Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Les prétendants à la grande région croisent une première fois le fer

Les prétendants à la grande région croisent une première fois le fer

Cinq têtes de liste absentes (Photo Iulia Gheorghe / Club Presse Strasbourg)

Dans une librairie Kléber plus que bondée, un premier débat a opposé cinq têtes de listes aux élections régionales. Les candidats en ont profité pour souligner leurs différences sur les principales compétences des régions.

Dans une salle blanche de la librairie Kléber qui a dû refuser du monde, 350 personnes ont assisté au vif débat du Club de la presse de Strasbourg entre cinq têtes de liste des régionales de la future grande région Alsace – Lorraine – Champagne – Ardenne (ALCA).

Philippe Richert (« Les Républicains ») s’est posé en bon connaisseur des dossiers, Jean-Pierre Masseret (PS) a insisté sur une gestion décentralisée de la future région, Florian Philippot (FN) s’est dit opposé à cette fusion et pour plus de soutien à l’économie locale, Sandrine Bélier (EELV) a insisté sur les retombées positives possibles de la transition énergétique et de l’agriculture biologique, tandis que Jean-Georges Trouillet (Unser Land), a lui beaucoup proposé de s’inspirer de l’Allemagne et fustigé à de nombreuses reprises le regroupement des régions.

Sandrine Bélier parle de son programme

Sandrine Bélier a ouvert les débats et a d’emblée donné les axes forts de son programme : investir dans la transition énergétique pour lutter contre le changement climatique, mais surtout permettre des économies futures et de soutenir des emplois durables et locaux. Elle plaide aussi pour aider les jeunes agriculteurs à se convertir ou à ouvrir des exploitations biologiques. Les cantines des écoles soutiendraient ces mêmes agriculteurs en commandant 20% de produits bio et 50% de produits locaux. Pour d’autres projets structurants comme les transports en commun, elle pense que la Région doit davantage solliciter les fonds européens prévus à cet effet.

L’ancienne eurodéputée strasbourgeoise a ensuite peu eu la parole, les quatre hommes se répondant parfois directement ou se prenant le micro des mains. Elle s’est aussi étonnée qu’une part importante du soutien aux entreprises aille à des grands groupes (elle a cité Lilly en Alsace) alors que les mêmes sommes feraient davantage de différence pour des petites et moyennes entreprises. Autre proposition, que les tickets de transports comprennent des tarification intégrées avec les réseaux de l’autre côté des frontières.

Elle s’est trouvée un accord étonnant avec le vice-président du FN, qui trouve que les sols et les eaux de la grande région sont parmi les plus pollués de France. Un thème que le parti frontiste exploite rarement, pour ne pas dire jamais. Elle lui a demandé de s’investir sur le sujet comme député européen. Il a répondu avoir soutenu une proposition dans ce sens, mais que centre-droit et centre-gauche ont voté contre, car il s’agissait d’une proposition de l’extrême-droite.

Revoir le débat en vidéo

FN et PS s’interpellent directement

Philippe Richert a, lui, expliqué l’importance de la région pour financer de grandes infrastructures. Il a pris l’exemple de la Région Alsace qui dépense 1,4 milliard d’euros pour le haut débit ou encore le contournement de Strasbourg (GCO) sur plusieurs années. Il a aussi insisté sur l’importance de la formation en apprentissage et en alternance, à qui il faut donner une meilleure image.

Les échanges les plus directs étaient entre Florian Philippot et Jean-Pierre Masseret, notamment sur l’emploi en Lorraine, même si le bras-droit de Marine Le Pen a reconnu que la Région « ne peut pas tout faire dans ce domaine ». Jean-Pierre Masseret a répondu que le chômage avait moins augmenté dans sa région qu’ailleurs. En tutoyant certains adversaires ou en les appelant juste par leur nom de famille, l’actuel sénateur et président de Lorraine a pu donner l’impression d’une attitude dilettante, qui tranchait avec le comportement de ses contradicteurs.

Pour Jean-Pierre Masseret, qui a rappelé son soutien à la réforme territoriale, les solutions ne doivent pas identiques partout et pour tous les domaines. Il est par exemple opposé à une nouvelle agence de développement économique, contrairement à Philippe Richert. Il pense qu’il faut des solutions adaptées aux différentes domaines de l’économie (énergie, service aux seniors, agriculture). Il veut créer des petites assemblées dans les 57 bassins de vie (les actuelles intercommunalités et agglomérations) du Grand Est pour « déconcentrer » le pouvoir.

Pour Jean-Georges Trouillet, ingénieur en génie civil, ces structures sont inadaptées car trop modestes (l’agence d’attractivité d’Alsace compte une quarantaine de salariés, mais 4 pour le développement économique spécifiquement, s’ajoutent une trentaine de l’agence économique des deux départements, l’Adira). D’après lui, elles n’aident pas assez les entreprises locales à répondre aux appels d’offres privés et publics dans la région, mais aussi à l’étranger.

Philippe Richert chahuté

Philippe Richert a été chahuté par une salle bien dissipée, car candidat après une fusion qu’il n’a pu éviter et avait combattu. Florian Philippot comme Jean-Georges Trouillet se sont alors donné un malin plaisir à ré-insister sur ce point, même quand ce n’était plus le sujet. Il a répondu qu’un référendum n’était pas possible, quand bien même une pétition de 100 000 signatures l’exigeait. FN et Unser Land se sont aussi retrouvés sur le fait qu’il y ait trop de normes administratives, même si en cas de victoire, ils proposent de créer des assemblées supplémentaires dans les régions actuelles.

Tous les candidats se sont dits favorables à un meilleur apprentissage des langues étrangères de la maternelle au lycée de l’allemand et de l’anglais, même si Florian Philippot s’est distingué en appelant à apprendre les langues comme le brésilien ou le chinois pour davantage exporter vers ces pays. Un paradoxe qui a plus qu’étonné Sandrine Bélier, qui pense qu’il faudrait d’abord s’occuper de notre territoire et que le FN prétend défendre le patriotisme économique et non le libre-échange.

Le Front de gauche, pourtant quatrième dans les deux sondages publics, a regretté de ne pas avoir été invité. Mardi 10 octobre, nous laissions la tête de liste départementale Sylvain Brousse aborder les positions que le parti aurait défendu.

#Jean-Georges Trouillet

Régionales en ALCA : neuf listes en lice pour le premier tour

Régionales en ALCA : neuf listes en lice pour le premier tour
Les élections régionales ont lieu les 6 et 13 décembre 2015 (Photo Rama / Wikimedia Commons / cc)
Les élections régionales ont lieu les 6 et 13 décembre 2015 (Photo Rama / Wikimedia Commons / cc)

Neuf listes seront proposées au premier tour des élections régionales dimanche 6 décembre, dans chacun des 10 départements qui composeront la future grand région Alsace Lorraine Champagne Ardenne (ALCA). Parmi les têtes de listes régionales, on compte 5 Lorrains, 4 Alsaciens, une seule femme et deux présidents sortants.

Voici les listes avec leur nom complet, dans l’ordre du tirage au sort communiqué par la préfecture de région Alsace :

    Liste « Écologistes, solidaires et citoyens », conduite par Sandrine Bélier (EELV-MEI-PRG) Liste « Nos vies d’abord », conduite par Patrick Perron (Front de Gauche) Liste « Debout la France avec Nicolas Dupont-Aignan », conduite par Laurent Jacobelli (Debout la France) Liste « + forte, + proche, notre région », conduite par Jean-Pierre Masseret (PS-UDE) Liste « De l’ambition pour nos régions », conduite par Florian Philippot (FN) Liste « L’UPR avec François Asselineau, le parti qui monte malgré le silence des médias », conduite par David Wentzel (UPR) Liste « Lutte ouvrière – faire entendre le camp des travailleurs », conduite par Julien Wostyn (LO) Liste « Non à l’ACAL, oui à nos régions », conduite par Jean-Georges Trouillet (Unser Land/Parti Lorrain/Parti des Mosellans/AEI) Liste « Unissons Nos Energies » liste d’Union de la Droite et du Centre en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, conduite par Philippe Richert (LR-UDI-MoDem)

1 701 candidats pour 169 sièges

Toutes ces listes totalisent 1 701 candidats pour former un conseil régional de 169 élus. Leur mandat sera de six ans et leurs premières tâches seront de trouver un nom à cette grande région, ainsi qu’un siège de région.

Pour se maintenir au second tour (dimanche 13 décembre), une liste doit obtenir 10% des suffrages exprimés, en moyenne sur l’ensemble de la grande région. Pour fusionner, une liste doit obtenir 5% des suffrages, en moyenne sur l’ensemble de la grande région. Lire notre article explicateur sur le fonctionnement de ce scrutin.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : Posez-vos questions aux candidats
Sur Rue89 Strasbourg : Richert et Masseret, ce qu’ils ont fait
Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur les élections régionales

Régionales : trois choses à retenir du programme de la droite

Régionales : trois choses à retenir du programme de la droite
Le programme de Philippe Richert est très axé sur l'économie. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le programme de Philippe Richert est très axé sur l’économie. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Philippe Richert a présenté le programme de sa liste Unissons nos énergies (« Les Républicains », UDI, Modem). Voici ce qu’il faut en retenir.

Attendu sur sa capacité à présenter un programme engageant pour la future grande région Alsace – Lorraine – Champagne – Ardenne (ALCA), Philippe Richert, tête de la liste « Unissons nos énergies », présentée par « Les Républicains » (ex-UMP), l’UDI et le MoDem, en a présenté les grandes lignes ce mardi matin à Strasbourg.

Une grande place à l’économie

Le programme de la liste « Unissons nos énergies » comprend plusieurs volets économiques. « C’est la première préoccupation des citoyens et la première compétence des régions », commente Jean Rottner, maire de Mulhouse et tête de liste dans le Haut-Rhin. Parmi les propositions, un grand « plan de relance » pour accompagner avec les investissements des communes et intercommunalités lors de leurs commandes aux entreprises des bâtiments et travaux publics (BTP). Philippe Richert et son équipe souhaitent également mettre en place une agence de développement économique, comme l’agence d’attractivité d’Alsace (AAA) à l’échelle de la grande région. Cette structure viendrait se superposer à celles déjà existantes (ou non) dans les trois régions actuelles.

On retrouve aussi un Pacte pour l’agriculture pour « moderniser » les exploitations actuelles, renforcer la formation agricole et « encourager » la réduction des activités polluantes. La Région testerait des aides avec des obligations de résultats. Enfin, Philippe Richert et ses colistiers aimeraient que la future Région coopère davantage avec Pôle Emploi, avec par exemple un site de centralisation des offres. D’après la liste, seules 17% des offres d’emploi sont publiées via Pôle Emploi et la Région pourrait aider à faire remonter les informations et les besoins des employeurs régionaux. « Unissons nos énergies » propose aussi que la prime d’activité soit aussi attribuée lors des formations et pas seulement une fois un emploi retrouvé. Autres chantiers, développer les « usines du futur » comme pour Peugeot près de Mulhouse et le déploiement du haut-débit.

Même pour les déclinaisons territoriales de grandes politiques régionales, la liste veut s’appuyer sur les décideurs économiques (CCI, Chambre des métiers ou de l’agriculture). Les associations auraient, elles, surtout la charge de définir l’identité de la future grande région, notamment via une conférence régionale de la vie associative. Les syndicats ne sont pas mentionnés.

Un taxe de transit et des TGV-TER

Déçu du retrait de l’éco-taxe, Philippe Richert souhaite que les trajets nord-sud des poids-lourds dans la grande région soient taxés. Cet impôt, dont les contours restent à déterminer, se veut un peu différent. « Il doit viser les déplacements nord-sud, quand les transporteurs ne viennent sur nos routes que parce qu’elles sont gratuites, et pas les livreurs de chou et de céréales », explique Philippe Richert. Le poids et le kilométrage seraient modulables et à définir. Pour collecter cet impôt, la Région s’appuyerait sur les portails de l’éco-taxe, mis en place par l’État et non-démontés. Les recettes financeraient de nouvelles infrastructures. Le territoire de l’Alsace est le premier concerné, puisqu’une taxe poids-lourds est mise en place en Allemagne.

Autre proposition en termes de transports, que les TGV servent à la desserte du réseau TER pour les grandes distances et d’ajouter des routes (Grand contournement ouest en Alsace, compléter la 2×2 voies sur les tronçons manquants de la RN4 en Lorraine et passer l’A31 en 3×2 voies). Le titre de transport unique comme à Nancy et à partir de l’automne 2016 pour les TER et les transports en commun strasbourgeois doit se généraliser.

Des prestations différenciées

De manière générale, la liste estime que les prestations de la Région ne peuvent pas être les mêmes pour tous et que la gratuité des services publics est une mauvaise solution. Pour Lilla Merabet (UDI), la liste préfère « aider davantage ceux qui en ont le plus besoin », plutôt que d’aider tous de la même manière. C’est déjà le cas en Alsace avec les livres scolaires ou les aides aux apprentis.

L’exemple du budget du TER, davantage pris en charge par les usagers en Alsace que Philippe Richert dirige, que dans les deux autres régions (34% contre 24 et 21% et Lorraine et Champagne Ardenne) a été cité. En revanche, c’est en Lorraine qu’une tarification différenciée pour les plus démunis a été mise en place.

D’autres interrogations ? Il est possible de poser vos questions aux candidats sur le site Questionnez vos élus. Une synthèse des réponses sera publiée avant le vote sur Rue89 Strasbourg.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : Posez-vos questions aux candidats
Sur Rue89 Strasbourg : Richert et Masseret, ce qu’ils ont fait
Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur les élections régionales

Manuel de survie pour le retour du Racing au professionnalisme

Manuel de survie pour le retour du Racing au professionnalisme
Le manuel de survie au professionnalisme
La D2, c’est le professionnalisme, c’est l’enfer

Ce vendredi, le Racing n’a fait que 0-0 face à Marseille-Consolat. Pas glorieux pour le coup, mais au moins pour le moment ça suffit pour être deuxième de National. De quoi déjà anticiper la montée en D2 et les scories qui ne manqueront pas de l’accompagner. Car pour le supporter, le professionnalisme s’apparente à des terres hostiles…

BlogFaisons comme si Marc Keller l’avait annoncé dès le mois d’août : cette saison c’est la bonne, on monte. À nous la D2, le professionnalisme, les droits télévision pharaoniques et les équipes prestigieuses comme Tours, Niort ou Brest. Que demande le peuple ?

En fait non, à la réflexion, c’est glauque. Le retour au professionnalisme est synonyme d’un changement drastique de notre style de vie footballistique. On s’est bien amusés en CFA2, CFA, moins en National, mais ça reste plaisant. Les déplacements sont pittoresques, à l’occasion les trios d’arbitres incluent un gros.

On ne se tape pas les ridicules protocoles clownesques de la Ligue avant les matchs. Les mentions du club dans la presse nationale ne concernent presque uniquement les records d’affluence battus les uns après les autres : aux oubliettes les sempiternelles tribulations grotesques de notre Club de Légende.

Dès le mois d’août 2016 les avanies du football moderne et professionnel vont nous tomber sur la cafetière comme pluie de sauterelles sur la terre d’Egypte. Il reste encore quelques mois pour se préparer psychologiquement au choc systémique qui va frapper violemment notre ethos bonhomme et placide entretenu par le monde si frais et mignon du football amateur et semi-amateur.

C’est donc dans le but de servir la communauté que nous vous proposons ce manuel de survie. Avec un peu d’avance (parce qu’on est comme ça) et un bon zeste d’arrogance, car, évidemment, en vrai, la montée c’est loin d’être fait…

On sera des nains

En D2, nous ne serons plus l’ogre de la division au budget (soit disant) digne d’un État gazier. Les clubs adverses ne mettront plus les petits plats dans les grands pour nous accueillir. Il faut être réaliste : ils n’en auront rien à secouer de rencontrer le Racing. Ils n’auront pas peur, ne voudront pas spécialement gagner, mais (souvent) ils nous battront, sans trop se forcer et même parfois avec leur troisième gardien qui a 40 ans et de l’arthrose dans les doigts.

Finies aussi les interventions misérabilistes et pitoyables de présidents adverses chouinant contre les exigences de sécurité imposées par la caravane que se trimballe le Racing dans tous ses déplacements, contre le déséquilibre budgétaire, quand ce n’est pas contre le terrible complot de la FédérationLigueLesArbitresLémédias pour nous avantager.

Tous ces moments rigolos qui nous permettent de jouer les empereurs de la division et de mépriser du haut de notre tas d’or tous ces gueux, c’est fini. Et ce, quand bien même on est en train de se taper une énième saison de National, comme si le Racing finalement s’y plaisait comme un poisson dans l’eau. En D2, les indigents, ce sera nous. Osons espérer que Le Plus Beau (ou son successeur) ne tombera pas dans ces facilités pathétiques pour exister dans « lémedias ».

Il faudra donc retrouver une humilité provinciale de bon aloi et faire profil bas.

Conseil JPDarky et Paolo pour se préparer : supporter jusqu’à la fin de la présente saison en parallèle le club actuel de Jean-Michel Furlan, quel qu’il soit. Faut se forcer un peu, mais ça marche à tous les coups pour l’humilité du supporter.

La relative liberté dans le stade et en déplacement : terminé

Etienne, président des UB90 l’a laissé entendre dans l’excellente interview qu’il a accordée à RacingStub à l’occasion des célébrations des 25 ans desdits UB90 : à partir d’août prochain, c’est le retour du football à la Thiriez. Préparons nous à (re)connaître les quatre cavaliers de l’Apocalypse-Moustache :

Conseil JPDarky et Paolo pour se préparer : devenir ZADiste à temps partiel jusqu’à la fin de la saison. Rien de mieux pour tâter de la matraque, expérimenter les décisions préfectorales, etc.

La bière avec alcool (la bière quoi) dans le stade : terminé

Le drame. Que dire de plus ?

Conseil JPDarky et Paolo pour se préparer : nous sommes démunis devant tant de cruauté administrative. Il ne serait pas humain de vous enjoindre de tenter l’abstinence. A la limite, entraînez-vous à boire deux heures, puis faites une pause deux heures, et reprenez trois heures. Une sorte d’entraînement fractionné de la binouze.

Le retour du gros lourd à la machine à café

Les résultats de deuxième division sont annoncés à la radio et la télévision, on les trouve avant la page 18 dans l’Équipe. Résultat ? Ce gros lourd de Jean-Michel a de grandes chances de tomber dessus pendant son trajet de tram le matin pour se rendre au travail.

Du coup, chaque lundi matin on va y avoir droit, en attendant dans un semi-coma que l’ignoble brouet tombe dans le gobelet plastique qui a plus de goût que la mixture douteuse qu’on ingurgite par réflexe pour ne pas lire tout de suite les mails en arrivant : Jean-Michel lancera un « Ha ben dis donc, ils sont nuls le Racing encore, pffft. »

Rien de plus horripilant que les remarques footballistiques des gens pour qui le foot n’est pas le centre de la vie mais qui pensent que la consultation des résultats est un vademecum suffisant pour pouvoir deviser sereinement des tenants et aboutissants de cette quatrième défaite de rang. Est-ce que je parle de rugby moi ? Non, bon. Il faudra faire preuve d’un calme de bonze pour ne pas défoncer les yeux du fâcheux à coups de touillette aiguisée avec les dents.

Conseil JPDarky et Paolo pour se préparer : faire un stage de méditation contemplative védique au temple Boudhiste Sakya Tsechen Ling de Kuttolsheim.

On ne passera plus régulièrement à la télévision

Se rabattre sur Ma Chaîne Sport avec une grande chance de tomber sur un match du Racing lorsqu’on ne peut aller au match, c’est fini. Après un match au mois d’août sur Eurosport 2 pour occuper la grille de fin d’été, ce sera terminé. Médiatiquement, nous serons des nains. C’est pas grave, le foot c’est mieux au stade (sauf dans les stades modernes bien sûr) de toutes façons.

Conseil JPDarky et Paolo pour se préparer : ne rien faire. Le foot, ce n’est pas à la télé, c’est en vrai, au stade.

Plus ça change, plus c’est toujours la même chose

Il y a tout de même une chose qui ne changera pas : à la LFP comme à la FFF, les décideurs géniaux n’ont toujours pas compris que le foot, c’est le samedi, à la limite, le dimanche après la sieste, sur les coups de 16 ou 17 heures. Par conséquent, ce sera toujours la course le vendredi pour tenter de sortir du boulot à temps. Il y a le lundi aussi, ce qui est encore plus idiot que le vendredi. Le lundi, ce jour maudit pour le supporter.

Il reste deux espoirs pas totalement irréalistes pour sauver notre club et notre santé mentale. Tout d’abord, rien n’est perdu, nous ne sommes pas à l’abri d’une série hivernale infernale comme notre Racing nous a habitués depuis la nuit des temps, une litanie de matchs nuls soporifiques n’est pas exclure. Ensuite, de CFA2 en Première Division, on peut compter sur le Racing pour perpétuer sa tradition dada-punk qui remonte à la plus haute Antiquité : des blessures baroques (accident de badminton, ligaments distendus d’un joueur clé en remontant une bouteille de Riesling de la cave, etc.), ou un petit putsch dans l’organigramme histoire de bien mettre le bronx comme il faut.

Gouverner, c’est prévoir ; du coup anticipons d’ores-et-déjà le retour des coulisses agitées et des micro-luttes de pouvoir qui ne manqueront pas de réapparaître tôt ou tard. Si le Racing venait à réussir sa première promotion en D2 de son histoire, il faudra aussi sans doute mettre une croix sur l’ambiance bisounours actuelle : tout le monde subitement ne s’aimera plus et les coups fourrés seront à nouveau légion. Ça aussi c’est le prix du retour au professionnalisme.

Suivez le débat entre cinq têtes de liste des régionales en direct

Suivez le débat entre cinq têtes de liste des régionales en direct
Cinq têtes de liste débattent (photo Club de la presse)
Cinq têtes de liste débattent (photo Club de la presse)

Les listes pour les élections régionales viennent d’être déposées en préfecture. Le Club de la presse de Strasbourg organise un débat avec cinq têtes de liste d’envergure à 12h30 à la Librairie Kléber. À suivre en vidéo et sur Twitter.

C’est définitif, neufs listes sont déposées pour les élections régionales de décembre. Le Club de la presse de Strasbourg organise un débat entre cinq têtes de listes, dont les trois partis les plus importants, à 12h30 à la librairie Kléber.

C’est le premier grand débat qui ne réunit que des têtes de listes. Le débat sera animé par la journaliste de France 3 Caroline Kellner, avec l’association des étudiants en journalisme (l’Adej) et Sciences Po Forum.

Les 5 têtes de listes présentes :

    Sandrine Bélier, (Europe Écologie Les Verts) Jean-Pierre Masseret (PS) Florian Philippot (Front national) Philippe Richert (« Les Républicains ») Jean-Georges Trouillet (Unser Land)

Le débat durera jusqu’à 14h environ. Les entrées sont libres dans la limite des places disponibles. Il est possible de poser vos questions aux candidats sur le site Questionnez vos élus. Une synthèse des réponses sera publiée avant le vote sur Rue89 Strasbourg.

Pas de Front de gauche

On notera tout de même l’absence du Front de gauche, pourtant placé quatrième position dans les deux sondages, au coude-à-coude avec Europe Écologie Les Verts. Les organisateurs ont préféré la dominante locale des régionalistes d’Unser Land et Europe Écologie Les Verts, qui participe à la majorité strasbourgeoise avec le parti socialiste.

Pour Sylvain Brousse, tête de liste bas-rhinoise de la liste menée, voici ce que le rassemblement « Nos vies d’Abord » aurait aimé dire :

« La logique générale de cette réforme est la mise en concurrence des régions au nom d’une soi-disant compétitivité. Nous sommes pour une unité de la loi, pas forcément que tout soit décidé à Paris, mais que les règles soient les mêmes pour tous. Nous aurions aimé parler des aides économiques. Nous sommes pour que les régions aident les entreprises, mais il faut qu’elles soient conditionnées, en termes de maintien de l’emploi et de modernisation des équipement vers des normes écologiquement viables, au contraire du système du crédit d’impôt compétitivité des entreprises (CICE) par exemple. Pour la restauration scolaire, nous sommes pour favoriser les circuits courts. Nous sommes aussi pour la gratuité des livres scolaires pour tous. Sur les transports, il faut re-développer les réseaux que nous avons et qui sont sous-utilisés, pour le transport des hommes et des marchandises, plutôt que de miser sur les bus et les camions. La gratuité n’est pas envisageable, mais une tarification sociale est possible (comme en Lorraine). Enfin, nous pensons qu’il faut impliquer davantage les citoyens dans les décisions, avec notamment des votes réguliers sur les grands projets structurants. »

Les trois autres partis engagés sont Debout La France, Lutte Ouvrière et l’Union populaire républicaine.

Revoir le débat filmé par StrasTV

Sur Twitter avec le hashtag #Regionales2015ALCA

Un débriefing du premier tour sera également organisé par le Club de la presse le 11 décembre.

Y Aller

Débat entre 5 têtes de liste des régionales, mardi 10 novembre à 12h30, Salle Blanche de la Librairie Kléber, rue des Francs bourgeois à Strasbourg

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur les élections régionales

#Jean-Georges Trouillet

On a testé le Stück et c’est compliqué

On a testé le Stück et c’est compliqué
Le Stuck chez Pur Etc. (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
Le Stuck chez Pur Etc. avec quelques centimes d’euros pour compléter (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Avec ses nombreuses règles, consommer avec la monnaie locale de Strasbourg, le Stück, n’est pas toujours simple. Au risque de se couper d’une certaine partie de son public ? Suivons Juliette, bien décidée à changer sa manière de consommer.

Juliette (le prénom a été changé) est Strasbourgeoise. Elle croit dans les monnaies locales et qu’il faut réfléchir à sa manière de consommer. Ce mardi matin, c’est décidé, elle veut acheter ses premiers stücks pour consommer local et favoriser l’économie solidaire.

Le Stück, c’est quoi déjà ? Si vous avez raté les épisodes précédents, il s’agit d’une monnaie locale complémentaire (MLC), en circulation à Strasbourg et ses environs depuis le 3 octobre et gérée par une association citoyenne. Le principe est simple : 1 stück = 1 euro. Un particulier ne peut mettre cet argent à la banque. Un commerçant, s’il ne les réutilise pas, peut les convertir en euros, mais moyennant 5% de commission (mais pas de frais bancaires).

Une quarantaine de monnaies locales en France

Ce mécanisme doit inciter la monnaie à circuler dans un cercle de producteurs et consommateurs locaux. Il existe une quarantaine de monnaies locales en France et environ autant en projet. Une dizaine ont été abandonnées. À l’heure où seuls 10% des euros circulent dans l’économie réelle, consommer avec une MLC doit permettre de soutenir l’économie près de chez soi. Les valeurs du Stück sont compilées dans un charte, qui traite notamment de solidarité, de coopération, d’une production et d’une consommation plus cohérente, et de valeurs environnementales.

Pour Juliette, direction le Crédit municipal de Strasbourg, rue d’Ingwiller près des Halles, seul endroit avec la Biocoop, à quelques rues de là, où l’on peut se procurer des stücks. Pas d’affiche à l’extérieur. Elle est reçue par Gérard Fischer, le directeur du crédit municipal, devenu partenaire de la démarche, comme une dizaine d’associations ou d’institutions locales. Il lui explique le fonctionnement du Stück comme à la dizaine de nouveaux adhérents qu’il a reçu en un mois. Première surprise, elle ne peut pas payer avec sa carte bancaire. Juliette repart tirer des euros au distributeur du coin puis revient.

Juliette doit aussi adhérer à l’association. Une obligation réglementaire, pour restreindre cette monnaie à un groupe limité d’usagers et ne pas concurrencer l’Euro. Juliette débourse 5€ pour son l’adhésion annuelle, au prix « conseillé » de 10€. Elle comprend cet impératif, mais se demande si ses amis moins engagés auront envie de payer 5€ pour consommer local, ce qui est déjà possible sans stück. Au passage, l’adhésion entraîne un petit fichage avec nom et adresse e-mail qui n’est pas vraiment du goût de Juliette.

Le Stuck chez Pur Etc. (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
Le Stuck chez Pur Etc. (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Des commerces en évolution, donc pas de guide

Juliette demande ensuite où elle peut consommer ses 55 premiers stücks. L’association compte une soixantaine de commerces référencés et pense arriver à environ 80 à la fin 2015 et une centaine début 2016. Comme ce nombre est en constante évolution, il n’y a pas encore de guide papier. Gérard Fischer montre patiemment à sa cliente du jour la carte interactive sur le site du Stück, mise à jour au fur à mesure.

Mais Juliette est un peu surprise par certains commerces :

« Si c’est pour consommer du quinoa bio, mais qui vient d’Amérique du Sud, ce n’est pas ma vision d’une consommation responsable. Je m’attends surtout à pouvoir payer avec mes stücks au marché où je rencontre les producteurs de la région. »

Les maraîchers font partie des commerçants que l’association le Stück démarche individuellement. Seules deux fermes acceptent la monnaie locale pour le moment. Les entreprises ont intérêt à re-dépenser les stücks, pour éviter le taux de conversion à 5%, qui finance en partie le fonctionnement de l’association. Cette dernière travaille aussi à mettre en relation ces mêmes entreprises avec leurs fournisseurs pour que la monnaie circule, plutôt que d’aller à la banque. Il est même possible, sur demande de l’employé, de verser une partie du salaire en monnaie locale, jusqu’à 1 500 stücks par mois.

Quant aux euros donnés au Crédit municipal contre les stücks, ils vont sur le livret d’épargne social « ESS’Or » dont la moitié des 3% d’intérêts sont redistribués à des projets de l’économie sociale et solidaire. Ce compte est timidement alimenté par les sociétés satellites de la Ville de Strasbourg et à la marge par des particuliers.

Rajouter les centimes en euros

Juliette déjeune à Pur etc. place Saint Étienne, l’un des 14 restaurants qui accepte les stücks. Pas de problème pour payer, sinon une petite réticence de la vendeuse (« bonjour les erreurs de caisse »), mais le montant de son menu n’est pas rond et le surplus doit être complété en centimes d’euros, comme avec un ticket restaurant.

Un seul arrondi vers le bas, au bénéfice de l’utilisateur de stücks, existe à Strasbourg pour le moment : un jus de pomme bio vaut 2 stücks contre 2 euros 50 à la Biocoop. Il faut donc aimer le jus de pomme et en boire 10 bouteilles pour « rentabiliser » l’adhésion. L’association espère inciter les commerçants à multiplier ces offres.

Juliette veut ensuite acheter du vin et les stücks lui font changer son programme :

« J’ai l’habitude d’aller chez un caviste, mais comme il ne prend pas de stücks, je suis allée chez un concurrent. C’est un peu un chantage pour les commerçants, mais cela peut inciter plusieurs magasins à passer au Stück, pour ne pas se couper de certains de leurs habitués. »

L’association Stück confirme qu’elle compte sur un effet domino. Mais pas sûr que tous les chefs d’entreprise acceptent de se prêter au jeu. En plus de l’adhésion à 20€ (« conseillée » à 60€), une grille d’analyse est mise en place.

Le « Comité d’Agrément des Professionnel » (CAP), à la composition tournante pour éviter le (dé)favoritisme, détermine à l’unanimité si l’entreprise appartient aux valeurs de la monnaie. Chaque entreprise, en accord avec le CAP, se voit aussi confier un « challenge » sur mesure à réaliser dans l’année. Exemples : augmenter la part de produits locaux, créer des événements intergénérationnels, mettre des poubelles de tri et de compost…

Des billets multicolores pour les Stücks (photo JFG / Rue 89 Strasbourg)
Des billets multicolores pour les stücks (photo JFG / Rue 89 Strasbourg)

« La branche la plus militante l’a emporté »

Les différentes règles associées ont fait l’objet de longues discussion lors de la création de la monnaie, raconte Gérard Fischer, directeur du Crédit municipal  :

 » [Pendant les discussions préalables à la mise en service] Il y avait une branche plus militante qui voulait interpeller sur la manière de produire et consommer, au risque de ne motiver qu’un cercle restreint d’utilisateurs. Un autre groupe dont je faisait parti proposait une approche plus incitative pour les commerçants et les consommateurs afin d’amener des personnes à consommer là où ils ne le font pas d’habitude… C’est l’approche plus militante qui l’a emporté. »

Une approche différente de Nantes, où la monnaie « SoNantes » a été initiée par la municipalité qui a déboursé 2,8 millions d’euros pour mettre en place l’éco-système, bien loin du budget du Stück. On parle de monnaie locale descendante, car mise en place par les autorités. SoNantes met en avant que beaucoup de « bons plans » sont disponibles, mais impossible de trouver des exemples sur son site. Il serait même question de complément de revenu en SoNantes. Après six mois, SoNantes comptait 380 particuliers et 120 commerçants. Le Stück revendique 580 particuliers.

À Strasbourg, l’idée vient de citoyens, une monnaie « ascendante » que la Ville a accompagné dans un second temps à hauteur de 25 000€, avec le Fonds social européen (17 000€), la Fondation de France (15 000€), la Région Alsace (2 000€). Ces subventions, avec les cotisations d’usagers et d’entreprises, permettent de rémunérer les deux salariés à temps partiel et deux services civiques. La structure explore aussi plusieurs pistes d’autofinancement.

Le 30 juin, ses stücks perdent 2% de valeur

Le 30 juin 2016, il faudra payer des vignettes, de 2% de la valeur de chaque billet, pour continuer à les utiliser, ce qui n’est pas le cas à Nantes. Et rebelote tous les 9 mois. Lors d’une réunion publique début novembre 2015, ce point suscite l’incompréhension. Pourquoi acheter de l’argent qui perd de la valeur au bout d’un certain temps ? Et pour les commerçants, quel intérêt à avoir des stücks dans son tiroir-caisse s’ils perdent de la valeur ?

Cécile Favet, membre du cercle de pilotage, répond que cette question a été tranchée il y a des mois. Cette « fonte » doit permettre de savoir combien de stücks sont en circulation à cette date, mais surtout d’interpeller sur la manière de dépenser les stücks, d’acheter juste le nombre de stück dont on a besoin avant la date butoir…

Payer sa piscine en Stück ? Pas tout de suite

L’association table sur 45 000 stücks en circulation (contre 15 000 aujourd’hui) et donc sur le fait d’encaisser 900€ à la première fonte. Une somme utile, mais plutôt symbolique. Face à l’incompréhension des consommateurs, le Stück a un plan, que dévoile Antoine Lévy, chargé de développement de l’association :

« On fera une grande fête fin juin, avec tous les commerces partenaires où chacun pourra dépenser ses derniers stück avant qu’ils ne perdent de la valeur. »

À cette réunion, la conseillère municipale en charge du soutien à l’économie sociale et solidaire, Jeanne Barseghian (EELV), présente dans le public, explique qu’elle travaille à ce que certains services publics strasbourgeois soient payables en Stück. Mais le temps de convaincre la comptabilité, régler son parking, ses tickets de transports ou ses entrées piscines en Stück, n’est pas pour tout de suite.

À moyen terme, le Stück travaille aussi à une carte de paiement. Moins amusant que les billets multicolores, un peu Monopoly, mais plus simple à recharger… Si les cartes ne sont pas piratables.

Et Juliette ? Elle espère que la prochaine fois, elle pourra se réapprovisionner dans un commerce de son quartier excentré, où une seule boutique de couture accepte des stücks. Elle se demande également comment elle va convaincre son entourage du bien fondé d’une monnaie… si compliquée.

Le fils de Saul : ultime voyage aux portes de l’enfer

Le fils de Saul : ultime voyage aux portes de l’enfer
L'histoire d'un homme qui voulait faire revivre la mort
Saul, ou l’histoire d’un homme qui voulait redonner du sens à la mort (Photo Ad Vitam)

Les portes qui claquent, les sols recouverts de sang, des corps qui gisent. Des cris en allemand, des pleurs d’enfants, des hurlements de douleur. Même le désespoir a disparu. La lumière se fait grise, l’air a le goût de la cendre. Dans un monde parallèle, dans un temps directement puisé en enfer, les commandos juifs responsables de la liquidation de leurs propres frères œuvrent dans la terreur. Mais comment raconter cette chose ? Qu’est-il possible d’en montrer ?

Blog1944. Alors que dans les théâtres parisiens on joue Huis Clos de Jean-Paul Sartre, dans les forêts polonaises, allemandes ou alsaciennes, les convois de la déportation arrivent encore. La machine est rodée, usée, mais elle ne s’arrête toujours pas. L’enfer ce n’est pas seulement les autres, loin de là. A Auschwitz-Birkenau, les feux et les flammes sont bien réels, l’enfer c’est cette entreprise de destruction massive, ces usines fabriquées pour anéantir la dignité de chacun en particulier et de toute l’humanité en général, par voie de conséquence.

Fabriquer des bourreaux, les exploiter, les tuer et les remplacer au plus vite. Le paroxysme du crime réside dans cette partie reculée des camps de concentration, celle qui exécute la solution finale. Pire encore que de tuer : il s’agit de former des assassins qui gèlent leurs âmes et pétrifient leurs cœurs pour survivre. En poussant des hommes, des femmes et des enfants qui hurlent, en refermant sur eux les portes des chambres à gaz, les membres des Sonderkommando deviennent les coupables de la haine et de la pulsion de mort déchainée par ceux qui les exploitent.

Que reste de ces hommes dont on fait des assassins?
Que reste-t-il de ces hommes dont on fait les pires assassins? (Photo Ad Vitam)

Au bout de l’enfer, les cris et les flammes

Sortir les cadavres, nettoyer les déjections de l’agonie. Deux hommes, une femme, un enfant ; telle est la composition d’une fournée à brûler… Ramassage des cendres toutes les deux fournées, nettoyage. Décharger les cendres à la rivière. Supporter le vacarme, le bruit métallique des portes qui claquent et des cris: « Bougez, vite ou vous cramerez tous ! » Et puis la roue tourne, le Kappo, chef du Sonderkommando établit la liste de la prochaine sélection de candidats parmi sa propre équipe. Ceux qui ont obéi à ces ordres inhumains, succomberont selon le même protocole que ceux qu’ils ont exécuté quelques jours auparavant. Les témoins de l’horreur doivent disparaître au plus vite.

Tout n’est pas montré mais tout est dit, tout est entendu et suggéré en hors champs, par les images et par les bruits. Jamais on aura vu ces scènes de si près, jamais la proximité de la mort, de l’exécution massive n’aura été palpable à ce point. Mais est-ce que l’importance du sujet, et la nécessité du propos justifie cette mise en scène ? On écarquille les yeux en se demandant si l’on croit à ce que l’on voit, mais en même temps, la façon de filmer est telle qu’il est impossible de faire abstraction du fait que ce sont des acteurs qui évoluent dans cette reconstitution des scènes du crime. Le cadrage très serré qui suit le héros pas à pas nous le rapproche de trop près, et empêche en quelque sorte de faire fondre son visage dans un propos plus universel qui le dépasse.

À défaut de sauver la vie, préserver la mort

Dans le projet de la solution finale, les victimes n’ont même pas le droit de mourir, mais seulement d’être exterminées. Au delà du cadavre, la symbolique qui l’entoure s’est volatilisé avec le Zyklon B. La mort invisible est celle qui tue par le gaz, mais c’est aussi celle qui pulvérise l’idée d’une existence qui a été arrachée à une vie singulière. La façon dont l’extermination est transformée en des gestes techniques qui visent à la rentabilité maximum, tue même la mort.

Une âme qui a bsculé dans le néant, un coeur de pierre et regard fixe...
Une âme qui a basculé dans le néant, un cœur qui se transforme en pierre et un regard vide… (Photo Ad Vitam)

La chambre à gaz et les fours crématoires transforment le corps de celui qui a vécu en un « reste », un amas de chair encombrant, une « pièce » dont il faut se débarrasser au plus vite. C’est du fond de cet enfer, que Saul a décidé d’offrir une sépulture à son fils qu’il croit avoir reconnu parmi les corps qui attendent en autopsie.

Son périple vire à la folie, son regard se perd dans le vide. Il ne voit plus rien autour de lui que les éléments qui vont lui permettre de réaliser son projet. S’est-il transformé en robot lui aussi ? Sa cause est noble, et elle répond parfaitement de ce qui est visé par cette machine à fabriquer des monstres qui tuent leurs frères.  Il marche à l’encontre de ceux qui « exécutent » la mort et au final l’essence même de l’humanité ; mais le combat que mène Saul représente-t-il la meilleure façon de le dire ?

Une étrange fiction en guise d’intrigue

Saul cherche un Rabbin, celui qui dira le Kadish –la prière mortuaire- quand il mettra son fils en terre. Pour ce faire il risque plusieurs fois sa vie à changer de commando, il erre dans des lieux strictement interdits et doit dérober les bijoux des morts pour payer les services des uns et des autres. La dureté et la froideur qui s’est installée dans « ces équipes » est parfaitement montrée, mais la fiction insensée qui est représentée dénote avec le réalisme auquel s’accrochent le son et les images.

un projet insensé dans un monde irrationnel
Un objectif insensé dans un monde irrationnel (Photo Ad Vitam)

L’enterrement d’un juif ne nécessite pas de sacrement particulier, et la prière tout à fait bienvenue (sans être indispensable) n’est en aucun cas l’apanage d’un Rabbin. Tout celui qui saurait prononcer le Kadish peut le faire, et à défaut, la mise en terre suffit largement, avec pour priorité qu’elle ait lieu le plus vite possible. À mesure qu’il s’acharne, envers et contre les intérêts de tous ses compagnons d’infortune, la course de Saul s’avère de plus en plus improbable, et son objectif purement incompréhensible.

Un documentaire

Alors effectivement, il faut peut-être changer de focale : ce film n’est pas un film, il est un documentaire, nécessaire, voire complètement indispensable. Mais ce scénario qui occupe tant de place, n’en est pas un non plus. Il ridiculise le personnage central bien davantage qu’il ne valorise le message au départ très subtil qu’il véhicule. Quelque chose tourne mal : Saul est bouleversant soit, mais il est avant tout un acteur. Il est au cœur de chaque séquence, la caméra l’approche au plus près comme pour chercher ce qui tremble encore dans son regard. Mais à mesure qu’il progresse, il perd en vérité et en authenticité, il se désincarne dans le ridicule d’une mission qui au lieu de faire sens, tourne à l’obsession.

Une fausse intrigue pour un film qui ne fait pas de cinéma
Une fausse intrigue pour un film qui ne fait pas de cinéma (Photo Ad Vitam)

Un projet magnifique et discutable

Sans voyeurisme ni sensationnalisme, en laissant l’essentiel dans le flou ou le hors-champs, l’horreur remplit l’écran. La vérité d’un témoignage unique qui dit le fin mot sur la perversion du système nazi est mise à jour. En ce sens, on vit bien avec Le fils de Saul ce «choc» dont tout le Festival de Cannes a parlé, et dont l’écho et la résonance ne peuvent être que bénéfiques. La puissance de ce film qui profite un peu de son propos, réside dans les regards perdus et profondément endoloris de ceux qui durent collaborer à la pire part de la guerre. Mais elle est aussi sa faiblesse : le néant de l’origine subjective et existentielle à partir de laquelle il y a aussi tant de choses à exprimer à ce sujet.

Le récit qui sert d’intrigue, n’est pas porteur. Il finit par alourdir et délayer l’intensité de ce témoignage. Mais ce n’est peut-être qu’à partir de l’impossible que l’on peut tenter de figurer l’impensable. Et c’est avec pour fond cette toile presque monochrome que l’on signifie les nuances et les différents degrés de destruction que le parti nazi fut si habile à mettre en place.

La bande-annonce

Le surréel a eu lieu, l’ineffable plane encore. Ce film n’est pas un film malheureusement –mais c’est en ce sens qu’il est alors bienvenu. Cette histoire n’est pas du cinéma non plus. Elle est celle de l’horreur qui se dit à corps et à cris, elle est celle de la capacité des hommes à s’autodétruire, à haïr, à anéantir la possibilité de toute finalité morale de l’humanité.

Fallait-il esthétiser l’innommable ? Fallait-il absolument vouloir le Kadish pour cet enfant alors que des centaines vies étaient arrachées à l’existence et autant de corps pulvérisés chaque jour ? Il semblerait que ce soit là que le projet de László Nemes se tienne malgré toutes ses contradictions : tenter de rendre compte au maximum de ce qui a vraiment eu lieu dans les Sonderkommando, mais sous la forme d’une fable, sous le couvert d’une anecdote, par le prétexte d’un détail insensé et même d’un personnage qui vire au ridicule…

À voir à Strasbourg dans les Cinémas UGC-Ciné Cité et Star St-Exupéry

Comment j’approche d’une alimentation zéro déchet à Strasbourg

Comment j’approche d’une alimentation zéro déchet à Strasbourg
Utiliser des bocaux pour des achats zéro déchet (Photo LH)
Utiliser des bocaux pour des achats zéro déchet (Photo LH)

La collecte, le traitement et la gestion des déchets représentent en moyenne 10% des émissions de gaz à effet de serre d’un Français et coûtent plus de 12 milliards d’euros chaque année pour les traiter. Voici comment réduire sa production personnelle à Strasbourg.

BlogChaque Strasbourgeois est, en moyenne, à l’origine de 5 kilos par semaine d’ordures ménagères. Entre les emballages non recyclables et les épluchures de fruits et légumes, les poubelles sont vite remplies. Pourtant, avec de la volonté et des petites astuces, il est possible de réduire considérablement la taille de nos poubelles bleues. Voici quelques solutions pour réduire ses déchets alimentaires à Strasbourg.

Supprimer les emballages

Pour les fruits et légumes, l’achat d’une dizaine de sacs filets permettra de ne plus utiliser les sachets plastiques proposés dans les supermarchés. On les trouve sur internet ou dans les magasins de produits biologiques Biocoop (près des Halles) et Naturalia (boulevard de la Victoire), à partir de 3,95€ l’unité. En attendant de réaliser cet investissement, la première étape peut être de réutiliser les sachets utilisés une fois sur l’autre pour s’habituer à les ramener. Ils finissent néanmoins toujours pas se déchirer, d’où l’intérêt de sacs filets.

Des sacs et sachets en tissus permettent d'acheter fruits et légumes et produits d'épicerie sans emballage (photo LH)
Des sacs et sachets en tissus permettent d’acheter fruits et légumes et produits d’épicerie sans emballage (photo LH)

Pour les produits d’épicerie (féculents, légumineuses, céréales, biscuits …), certains supermarchés et magasins bio proposent une sélection en vrac. Le plus fourni reste la Biocoop qui offre un large choix de produits sans emballage. Pour éviter d’acheter ces produits dans les emballages fournis par les magasins (parfois en plastique), l’idéal est de se munir de sachets en tissus, qui peuvent aussi s’acheter sur internet à 3€ l’unité ou qui restent très facile à réaliser soi-même pour tout couturier débutant, comme le montre ce tutoriel.

Pour la viande, le poisson et le fromage, un brin d’organisation, de l’audace et un beau sourire sont nécessaires pour demander aux bouchers, poissonniers et fromagers (indépendants ou en supermarchés) de mettre ses achats dans des tupperwares spécialement amenés pour l’occasion. Ils feront la tare et colleront l’étiquette sur le couvercle mais c’est évidemment une opération plus longue. Vous pouvez aussi leur demander de mettre vos aliments dans les récipients après la pesée.

Les supermarchés de producteurs la Nouvelle Douane et Hop’La ainsi que la cloche à fromage acceptent, après un léger sourire, un lever de sourcil, une question ou un encouragement selon la personne derrière le comptoir.

Des tupperwares permettent de transporter poissons, viandes et fromages (photo LH)

Pour le pain, n’importe quel sac en tissus servira à transporter le pain de la boulangerie à chez soi. Vous pouvez ensuite le conserver dans une boite à pain, ou dans un sac à pain.

Pour les produits laitiers, la Nouvelle Douane propose du lait et des yaourts bio en bouteilles et bocaux en verre qu’on peut leur ramener. En plus, on y trouve des yaourts aux surprenants parfums de romarin ou géranium. De quoi oublier les yaourts en pot plastique, vanille ou fraise !

Attention au budget

Même sans emballage, tous ces produits vendus sont légèrement plus chers que les produits standards de supermarché (2,40 € le pot de yaourt aromatisé de 400 g à la Nouvelle Douane, et 2,10€ le kilo de flocons d’avoine à la Biocoop) car la qualité du produit et l’engagement environnemental des producteurs ne sont pas les mêmes.

Pour ne pas sortir de son budget, on peut se limiter sur les quantités (un beau morceau de fromage, une pièce de viande et un filet de poisson pour la semaine) et compléter les menus avec des recettes végétariennes. L’association végétarienne de France propose des recettes simples sur son site internet et le cuisinier strasbourgeois Thomas Ries propose sur son blog de nombreuses recettes délicieuses ainsi que des cours de cuisine végétarienne (devis en fonction du nombre de personnes et du cours de cuisine choisi sur www.latelierdubarbu.com)

Et, lorsqu’on n’a pas d’autre choix que d’acheter un produit emballé, le mieux est de privilégier les emballages en carton, en verre et en métal qui se recyclent.

Composter les déchets organiques

Les déchets organiques (épluchures de fruits et légumes, coquilles d’œufs, marc de café…) représentent en moyenne 30% du poids de la poubelle d’un Français. Pourtant ces déchets peuvent éviter l’incinération grâce au compost et au lombricompost.

Le lombricompost transforme les déchets en terreau (photo LH)
Le lombricompost transforme les déchets en terreau (photo LH)

En appartement, la solution est le lombricompost. Les déchets sont mangés par des vers de terre qui les transforment en engrais, avec une odeur de terre fraîche. Eco-worms commercialise sur son site internet un modèle à 70€, en plastique recyclé, de la taille d’une poubelle de 50 litres. L’Eurométropole de Strasbourg rembourse 40 € de cet achat sur envoi de la facture, comme expliqué ici. Et, pour les vers de terre, il est possible d’en acheter chez Mathieu Peche Passion, avenue de la Gare à Lingolsheim, de contacter l’association strasbourgeoise la Maison du Compost ou de chercher quelqu’un proche de chez vous sur la carte interactive de Plus 2 vers.

Lorsqu’on a un jardin, on peut en transformer un mètre carré en compost. La Maison du Compost propose régulièrement des ateliers au Centre d’initiation à la nature et à l’environnement (Cine) de Bussière pour apprendre à mettre en place et gérer son lombricompost d’intérieur et de jardin (toutes les dates sur le programme du Cine de Bussière).

L’autre solution est d’utiliser les composts de quartier. Il en existe cinq à Strasbourg ouverts à tous et gérés par des associations de quartier. Chacun y amène ses déchets qui, mélangés à de la matière sèche (feuilles, sciures de bois…) vont se transformer en engrais. Ils sont situés place Sainte Madeleine, Square Saint-Jean, Place Arnold, Rue des Lentilles et Place de Pierre.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : tous les articles du blog Écolo tous les jours

Assez rincé ou pas ?

Assez rincé ou pas ?
(Dessin Laurent Salles)
(Dessin Laurent Salles)

 

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur les Bains Municipaux

Les cinémas Star bataillent pour projeter Star Wars

Les cinémas Star bataillent pour projeter Star Wars
Les cinémas indépendants des grandes villes se liguent pour faire céder Walt Disney. (Photo Disney)
Les cinémas indépendants des grandes villes se liguent pour faire céder Walt Disney. (Photo Disney)

Les spectateurs pourront-ils voir le 7ème épisode tant attendu de la saga Star Wars dans leur cinéma indépendant ? Walt Disney a refusé sa diffusion au cinéma Star Saint-Exupéry comme à onze autres cinémas d’Art et Essai de grandes villes en France. Le directeur n’entend pas en rester là. Il a saisi la Médiatrice du cinéma au nom du Star et de son syndicat national.

À Strasbourg, l’UGC et le Vox diffuseront Star Wars : le retour de la force en versions originale et française. Mais à un peu plus d’un mois de la sortie du blockbuster, Stéphane Libs, directeur des cinémas Star et Star Saint-Exupéry, s’impatiente :

“Les billets pour Star Wars sont déjà en train de s’acheter et de notre côté nous ne savons pas encore si nous aurons la copie du film.”

Le Saint-Ex’ avait déjà reçu les affiches et les bandes annonces de septième épisode tant attendu de la saga Star Wars. L’établissement classé Art et Essai avait l’accord oral de la Walt Disney Company France, distributrice du film, pour recevoir une copie en version originale. Mais le géant américain a finalement fait machine arrière et lui a annoncé qu’elle ne fournirait pas les salles d’Art et Essai. La sentence a été la même pour onze autres cinémas classés à Lilles, Reims, Nancy, Le Havre, Caen, Angers, Saint-Étienne, Dijon, Montpellier, Grenoble et Cannes.

Pour Stéphane Libs, directeur des cinémas Stars, mais aussi président du Syndicat des cinémas d’Art de répertoire et d’essai (Scare), pas question de faire une croix sur la plus grosse sortie de l’année. Son établissement et les onze autres éconduits ont saisi vendredi 6 novembre la Médiatrice du cinéma, fonctionnaire indépendante auprès du Centre national du cinéma (CNC), pour tirer l’affaire au clair. Le Scare a aussi déposé une demande de médiation collective.

À Strasbourg, Stéphane Libs ne comprend pas le refus de Walt Disney :

« Nous avons diffusé tous les Star Wars depuis les débuts de la saga. Nos cinémas ont 10 salles. Leur diffusion n’empiète en rien sur notre programmation Art et Essai. Par le passé, nous avons projeté Le Hobbit ou encore Le Seigneur des Anneaux dans les périodes de Noël avec beaucoup de succès en marge du marché de Noël. Star Wars n’est pas simplement un film grand public, c’est un film tout public. C’est une saga qui a passé les générations et qui est une vraie source de cinéphilie. Il a toute sa place dans notre cinéma. »

Un conflit politique

À l’échelle nationale, le président du Scare estime que le problème appelle une action collective car il est avant tout politique :

« En apportant un refus global aux cinémas de grandes villes, qui sont dans des situations individuelles très variées, Walt Disney empiète sur la liberté de programmation des salles d’Art et Essai.”

Pour être classés Art et Essai, et donc bénéficier d’aides spécifiques, les cinémas des villes de plus de 100 000 habitants doivent programmer un minimum de 70% de films recommandés Art et essai dans leurs salles. C’est le seuil maximal exigé pour une salle d’Art et Essai en France. En général, les salles classées des grandes villes comme Strasbourg diffusent dans les faits autour de 90% d’œuvres recommandées. Ce quota les laissent libres de diffuser une part de films grands publics, comme le rappelle une administratrice du Scare :

« Personne n’est tenu de projeter 100% de films d’Art et Essai quand il sollicite ce classement.”

Walt Disney dément un boycott

Walt Disney compagny France se défend dans un communiqué de boycotter les salles classées :

« Nous sommes surpris d’apprendre que certains exploitants présents dans des grandes agglomérations françaises prétendent qu’il y ait un boycott des salles d’Art et Essai car cela ne reflète en rien la réalité de notre sortie. Disney travaille en France depuis longtemps avec l’ensemble des exploitants, dont les salles d’Art et Essai et respecte particulièrement leur travail. Le film Star Wars : le réveil de la force n’est pas un film classé dans la catégorie des films recommandé Art et Essai. Pour autant, le film sortira le 16 décembre 2015 dans près de 282 salles bénéficiant d’un classement Art et Essai. »

Quels sont alors ces 282 cinémas classés qui auront accès au film ? Il s’agit selon le Scare de petits cinémas de province avec des critères de classement moins contraignant que ceux des grandes villes. Les quelque 1 000 établissements classés Art et Essai en France entrent dans 5 catégories distinctes selon la taille des villes où ils se trouvent. Loin des 70% exigés des grandes villes, certains d’entre eux ne doivent projeter que 25 % de films classés pour être labellisés. Une administratrice du Scare explique :

« Ces 282 salles dont parle Disney sont des salles classées dans des petites villes, où elles sont identifiées comme généralistes et parfois le seul cinéma du coin. »

14 000 signatures sous la pétition

C’est désormais la Médiatrice du cinéma qui va tenter de trouver une porte de sortie au conflit qui oppose les 12 cinémas à Walt Disney. Dans un premier temps elle va convoquer le distributeur et les exploitants pour tenter une conciliation. Si ceux-ci ne parviennent pas à un compromis, elle pourra dans un second temps trancher elle-même le litige dans le cadre d’une procédure d’injonction. Sa décision serait alors contraignante dans un sens ou dans l’autre. En théorie, les partis peuvent ensuite dénoncer l’injonction devant la justice administrative.

Une pétition publique circule depuis une semaine en appui à la demande de médiation et de diffusion dans les cinémas indépendants des grandes villes. Le 6 novembre en fin de journée, elle avait recueilli plus de 14 000 soutiens et une centaine de commentaires de spectateurs.

Après une action de militants contre une banque, la police arrête… un journaliste

Après une action de militants contre une banque, la police arrête… un journaliste
Les militants d'ANV COP21 à la sortie du crédit agricole. Pas de chance, c'est le journaliste qui s'est fait prendre? (Photo collectif ANV COP 21)
Les militants d’ANV COP21 à la sortie du crédit agricole. Pas de chance, c’est le journaliste qui s’est fait prendre (Photo collectif ANV COP 21)

Un journaliste, collaborateur de Rue89 Strasbourg, Gaspard Glanz, a été arrêté par la police et placé en garde à vue alors qu’il filmait l’action d’un collectif dénonçant l’évasion fiscale.

À l’approche de la conférence mondiale sur le climat COP 21, la police semble plus tendue qu’à l’accoutumée. En témoigne la mésaventure qui est arrivée à Gaspard Glanz, journaliste et collaborateur de Rue89 Strasbourg. Il a été arrêté et placé en garde à vue pendant 18 heures alors qu’il était en train de réaliser un reportage sur une action « de désobéissance civile » du collectif Action non violente COP21, vendredi 6 novembre.

Cette opération nationale visait à voler des chaises dans les banques françaises pour dénoncer l’évasion fiscale des banques ou de leurs filiales. Ces pratiques « [nuisent] aux efforts engagés dans la lutte contre le changement climatique » dixit le collectif, à un mois de la conférence des nations unies sur le climat (COP 21) de Paris.

Une poignée de minutes

À Strasbourg, 14 militants se sont rendus à l’agence du Crédit agricole, place de l’Homme de Fer, en fin d’après-midi. Après une brève confrontation avec les employés à l’extérieur, les manifestants se sont emparés de plusieurs chaises. Ils ont brièvement fait une déclaration dessus leurs prises et devant les passants avant de se disperser à l’arrivée des forces de l’ordre. Ils n’ont finalement réussi qu’à conserver une seule chaise. D’après un participant, tout a duré une poignée de minutes.

Alors que Gaspard était en train de filmer la scène, des policiers se sont rabattus sur lui et l’ont emmené dans l’agence bancaire. Lors du contrôle d’identité, Gaspard Glanz a indiqué aux agents de police qu’il était journaliste. On lui demande sa carte de presse mais gérant d’une agence de presse, il n’en a pas puisqu’elle est réservée aux salariés. Un policier lui répond que s’il n’a pas de carte de presse, il n’est pas journaliste, ce qui est faux.

On lui demande alors de montrer les images qu’il avait commencé à enregistrer. Devant son refus, il est emmené à l’Hôtel de police et placé en garde à vue à 17h45 pour « vol en réunion ». Arrivé au commissariat, son sac contenant sa caméra lui est retiré. Après un procès verbal qu’il n’a pas le temps de lire, il est emmené vers 18h30 dans une cellule du sous-sol du commissariat.

18 heures de garde à vue… pour rien

Avisés par la police en tant qu’employeur, nous confirmons auprès d’un officier de permanence la profession de Gaspard Glanz et les raisons pour lesquelles il était présent au moment de l’action du collectif. Nous demandons dès cet instant sa libération mais on nous répond que « l’enquête suit son cours ».

La veille à Bordeaux, un militant a passé 7 heures en garde à vue après une action similaire à la Société générale. Gaspard Glanz sera finalement gardé à vue 18 heures dans les geôles de l’Hôtel de police pour n’être libéré que vers 8h samedi. Les policiers lui rendent son sac, mais refusent de lui restituer sa caméra. Il constate à cet instant que l’écran de contrôle est brisé. Aucune charge n’est retenu contre lui, aucun document justifiant la réquisition de son matériel ne lui est communiqué, malgré sa demande.

Au nom de Rue89 Strasbourg, nous dénonçons l’entêtement des policiers à aller jusqu’au bout de la procédure alors qu’il était clair dès les premières minutes que Gaspard Glanz n’était pas impliqué dans l’action visant l’agence du Crédit Agricole. Nous ne comprenons pas bien pourquoi il a été jugé utile de le priver de sa liberté, de le ficher et de lui faire subir toute la violence d’une garde à vue nocturne. Nous dénonçons également l’exploitation des images filmées par la police, ce qui nous semble être une violation du droit de la presse.

(dernière mise à jour samedi 7 novembre à 21h)

Aller plus loin

Sur Taranis News : le récit de la garde à vue par Gaspard Glanz

Affaire des Bains : droit de réponse de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg

Affaire des Bains : droit de réponse de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg

Un bain à haute température. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Un bain à haute température. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg ont adressé à Rue89 Strasbourg un droit de réponse, suite à notre article sur l’affaire des Bains municipaux de Strasbourg.

« L’article paru sur le site de Rue89 Strasbourg le 30 octobre dernier, et portant sur les bains municipaux, comporte des erreurs flagrantes et de nombreuses inexactitudes.

Ainsi :

    Contrairement à ce qui est écrit, il n’y a pas eu une « commande passée par un adjoint », mais une procédure de consultation tout-à-fait conforme aux conditions prévues par le code des marchés publics, et le marché a été attribué par le Vice Président délégué aux marchés publics de la CUS ; Robert Adjej, consultant et dirigeant de la société 13 avril conseil, n’a jamais été salarié de la société Stratégie et gestion publiques ; il n’a donc jamais été « directeur d’études partenaires » de cette société, pour reprendre la terminologie employée dans le papier de Rue89 ; De fait et contrairement au propos mensonger de l’article cette personne n’a jamais été un collaborateur du Premier adjoint. Le coût indiqué pour la rénovation et l’extension du PMC (180 millions) est en réalité de 80 millions €… L’étude de 13 avril conseil ne propose pas de recourir à un PPP (Partenariat Public Privé), contrairement à ce qui est écrit.

Au-delà de ces erreurs manifestes, l’article cumule de nombreuses assertions qui se révèlent inexactes. Toutes les études comme leur cahier des charges sont à disposition.

Ces précisions sont apportées pour que le média puisse corriger ce qui a été écrit, et porter ainsi à la connaissance de ses lecteurs des éléments réels et démontrés. »

La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg

#PPP

Pour ses 30 ans, Jazzdor a l’anniversaire tranquille

Pour ses 30 ans, Jazzdor a l’anniversaire tranquille
Michael Wollny
Le pianiste Michael Wollny est à nouveau à l’affiche de Jazzdor, le signe d’un attachement à son travail et à son évolution (-)

Le festival Jazzdor égrène ses concerts au gré du mois de novembre pour la 30e année consécutive. Mais point de dispositif particulier, tout juste Jazzdor s’autorise-t-il une soirée de clôture festive et dansante. Pour sa programmation, le festival reste fidèle à ses principes : découvertes, exigence, passion et excellence.

On va danser à Jazzdor, qu’on se le dise, l’occasion ne se présente que tous les 30 ans !  Tous les festivaliers sont invités au Bal des Faux Frères, à Schiltigheim le vendredi 20 novembre pour la soirée de clôture. Et ce sera la seule soirée spéciale marquant cet anniversaire du plus exigeant des festivals de jazz de Strasbourg.

Son directeur, Philippe Ochem, n’a pas souhaité bouleverser les subtils équilibres qui permettent à Jazzdor d’exister :

« On reçoit 35 formations, soit cinq de plus que l’an dernier, pour 29 soirées dont plusieurs doubles plateaux. Le festival sera tout de même un peu plus intense que le précédent. Notre objectif reste de faire découvrir des musiciens auxquels on tient, et de soutenir des artistes dans la durée. L’événement de l’anniversaire, c’est peut-être la création du “Louis Sclavis Jazzdor Ensemble”, un quintet entièrement original qui viendra interpréter un répertoire composé pour l’occasion. Aux claviers, il y aura Benjamin Moussay, issu de Strasbourg, et deux classes du collège de Lingolsheim seront associées aux répétitions. »

Le Jazzdor Ensemble doit ensuite continuer à se produire dans d’autres festivals.

Michael Wollny, suivi de près

Parmi les « musiciens auxquels Jazzdor tient », il y a le jeune pianiste allemand Michael Wollny, qui sera reçu le samedi 8 novembre en première partie de soirée à la Cité de la musique et de la danse. La soirée se poursuivra avec Émile Parisien et un autre pianiste allemand, mentor du précédent, Joachim Kühn.

Six concerts gratuits

Moins célébrées, mais pourtant tout aussi talentueuses, les Alsaciennes Eve Risser et Yuko Oshima seront en concert, au Ceeac le mardi 10 novembre à 18h, dans un duet appelé Donkey Monkey. Ce sera l’alliance de l’eau et du feu et c’est l’un des concerts gratuits de Jazzdor, six rendez-vous à la médiathèque Olympe de Gouges ou au Ceeac qu’il serait dommage de rater (voir ici la liste).

Eve Risser sera par ailleurs le 17 novembre sur la scène de la MAC de Bischwiller avec son White Desert Ochestra. Cette formation avec ces compositions, inspirées par le Grand Canyon américain, ont été encensées par la critique. Eve Risser a travaillé en Alsace pour ce concert et Jazzdor promet « une surprise de taille » lors de ce concert… Mystère.

Notons également dans la série gratuite, le rendez-vous avec un Strasbourgeois de plus en plus rare à Strasbourg, le pianiste Christophe Imbs, jeudi 12 novembre à 18h, toujours au Ceeac.

Pergolesi et le jazz ?

Autre mariage improbable mais qui définit Jazzdor : celui de la musique classique et du jazz lors d’une rencontre autour du compositeur Giovanni Batista Pergolesi (XVIIIe s.), célèbre pour son Stabat Mater. Son répertoire sera revisité dans Il Pergolese mardi 10 novembre par un trio composé de la violoncelliste classique Anja Lechner et des musiciens de jazz Maria Pia De Vito à la voix, Michele Rabbia à la batterie et François Couturier au piano.

Philippe Ochem parle d’un « projet magnifique ». Voir ce reportage sur cette création :

Le programme complet est évidemment plus touffu, et plusieurs artistes et formations y apparaissent pour la première fois comme Yves Dormoy, Coronado, Amok Amor…

La plupart des concerts de Jazzdor sont accessibles pour 20€ au tarif plein, un prix qui ne couvre pas et de loin l’ensemble des coûts de chaque soirée malgré une participation de 5 à 6 000 spectateurs chaque année. Mais un impressionnant éventail d’institutions (dont la Ville de Strasbourg) et de partenaires permet d’équilibrer l’opération.

Jazzdor n’aura finalement pas de péniche dédiée sur les bords de l’Ill, mais entend bien poursuivre ses missions dans le cadre de son label « scène des musiques actuelles ». Pour Philippe Ochem, « l’argent public doit servir à financer le risque artistique ».
Sa saison programme une quinzaine de concerts de jazz, principalement à Pôle Sud, de septembre à mai. L’association, dont le budget tourne autour de 800 000€, doit renouveler sa convention quadriennale avec ses principaux financeurs l’an prochain.

[affiche_event id=96191]

#Philippe Ochem

Nouvelle Coop de la Robertsau : rapprocher consommateurs et producteurs

Nouvelle Coop de la Robertsau : rapprocher consommateurs et producteurs
nouvelle-coop-travaux-7
Visite de chantier pour Michel Herrgott aménageur et Henri Ancel porteur de la nouvelle Coop à la Robertsau (Photo EJ – BDLR)

Vidéo – Actuellement en travaux, le magasin Coop de la Robertsau va se muer en « Nouvelle Coop d’Alsace » avec un concept simple : penser local, agir local.

partenaire blog de la RobertsauLes scandales alimentaires sont au cœur de l’actualité : vaches folles, saumons bourrés d’antibiotiques, arnaque à la viande de cheval, OGM, huile de palme… Les Français deviennent méfiants vis à vis de l’industrie agroalimentaire. Les deux repreneurs de quatre magasins de la défunte Coop Alsace, Henri Ancel et Paul Adam, entendent bien surfer sur cette défiance, pour proposer un nouveau concept d’épicerie, faisant la part belle aux circuits courts.

À la Robertsau, cet intérêt est déjà visible avec le succès de la vente directe auprès des maraîchers (Jardin de Marthe ou Andres), ou les paniers de légumes du petit Lucien. C’est donc un retour aux sources du commerce de proximité qui va s’effectuer dans l’ancien magasin Coop de la Robertsau, rue Boecklin. L’épicerie doit devenir le porte-étendard de la « Nouvelle Coop d’Alsace », une renaissance voulant miser sur l’identité locale et la traçabilité des produits.

La Nouvelle Coop en pleine mue / Photo EJ - BDLR
La Nouvelle Coop en pleine mue (Photo EJ – BDLR)

Henri Ancel qui a repris, avec Paul Adam, la marque Coop ainsi que quatre magasins (La Robertsau, d’Ernolsheim-sur-Bruche, de Diebolsheim ainsi que de Benfeld) se veut pédagogue :

« Nos magasins ne seront pas des supermarchés, mais bien des nouveaux commerces de proximité, car nous sommes responsables par rapport à la planète, aux produits et à la santé du consommateur ».

Face à des enseignes comme U Express, Simply market, Match, Carrefour Market qui toutes s’appuient sur d’importantes centrales d’achat, les Nouvelles Coop d’Alsace se devaient de proposer une offre différente, car l’enseigne ne pourra pas s’aligner sur les prix. Mais elle peut proposer un assortiment répondant à des critères de traçabilité et de proximité des producteurs, sans forcément se limiter aux produits biologiques.

Inspiré par les magasins de producteurs

« La Nouvelle Coop » s’inspire des succès de La Nouvelle Douane en centre-ville et Hop’la à Oberhausergen, mais sans inclure de producteurs directement dans l’aventure économique. Néanmoins, l’objectif est bien de réconcilier producteurs et consommateurs, dans une plus grande transparence et avec une volonté de sélectionner des produits plus sains.

Henri Ancel est conscient de la difficulté :

« Notre plus grand défi, c’est de faire revenir les gens à la Nouvelle Coop, qu’ils comprennent notre concept et qu’ils trouvent satisfaction. »

L’enseigne ne manque pas d’imagination pour repenser sa relation aux « consom’acteurs » comme elle les nomme : blog, espace collaboratif, carte de fidélité avec la possibilité de donner ses points à des associations ou l’affichage des coordonnées et des heures d’ouverture des producteurs.

nouvelle-coop-travaux-5
Il y a encore un peu de travail, mais les promoteurs assurent que le magasin sera ouvert dans 15 jours (Photo EJ / BDLR)

Actuellement en pleins travaux, la Nouvelle Coop de la Robertsau ouvrira le 20 novembre. Avec un univers très coloré, pourpre et vert soutenu, et des stands en bois.

coop_robertsau
L’aménagement de la futur Nouvelle Coop de la Robertsau (document MG Groupe)

Y aller

Coop Robertsau : 85 Rue Boecklin à Strasbourg, 03 88 31 05 67.

Aller plus loin

Le site de la Nouvelle Coop
Sur Rue89 Strasbourg : Coop Alsace mise en liquidation judiciaire lundi
Sur le Blog de la Robertsau : 
Nouvelle Coop à la Robertsau : des travaux pendant 1 mois 1/2

Sur le site de l’Escale : La Robertsau en Cinéma…s’COOP

Alain Beretz : « L’université française n’est pas autonome »

Alain Beretz : « L’université française n’est pas autonome »

À LIRE SUR

ÉDUCPROS

(suite…)

Élections régionales : posez vos questions aux candidats

Élections régionales : posez vos questions aux candidats

En partenariat avec le site « Questionnez vos élus », nous vous proposons d’interroger les candidats déclarés aux élections régionales. Les 6 et 13 décembre, il s’agira d’élire le nouveau conseil régional de la grande région Alsace – Lorraine – Champagne – Ardenne (ALCA). Les réponses seront publiées sur Rue89 Strasbourg.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur les élections régionales de 2015