Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Le déontologue à Strasbourg, immobile en attendant une première plainte

Le déontologue à Strasbourg, immobile en attendant une première plainte
Intronisé en novembre 2014, le déontologue de Strasbourg n'a pas encore été saisi. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Intronisé en novembre 2014, le déontologue de Strasbourg n’a pas encore été saisi (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La Ville de Strasbourg organise ce jeudi un colloque sur l’éthique et les conflits d’intérêts. Mais depuis janvier, son déontologue est limité à un rôle de conseil, car il n’a reçu aucune plainte et seulement une dizaine de déclarations d’intérêts sur les 44 qu’il attend des conseillers municipaux.

La déontologie à Strasbourg avait mal commencé. Lors d’une séance surréaliste du conseil municipal du 26 janvier 2015 où la charte de déontologie était modifiée en pleine séance, l’opposition demandait une suspension des débats mais le maire Roland Ries (PS) procédait au vote, pressé de se rendre à un dîner à l’Élysée. Pour comprendre l’histoire de la déontologie et de Strasbourg, il faut remonter aux élections municipales de mars 2014.

L’éthique est un sujet du début de campagne car deux enquêtes pour favoritisme sont ouvertes : l’une concerne des études conduites par des entreprises locales dans l’affaire dite du « tram de Bamako » et l’autre une enquête bidon de quatre pages sur le marché de Noël facturée près de 30 000 euros, finalement remboursée à 70%. Les juges n’ont ni prononcé un renvoi, ni un non-lieu, bien que le coup d’État en 2012 au Mali risque de compliquer les enquêtes. La Chambre régionale des comptes avait pointé plusieurs irrégularités comme l’absence de mise en concurrence.

En janvier 2014, tous les prétendants à la mairie strasbourgeoise signent la charte de l’association anti-corruption Anticor. Problème, l’ancienne adjointe Chantal Augé (sans étiquette) en est la présidente dans le Bas-Rhin et cette dernière a été écartée par le maire au cours du mandat 2008-2014, car il estimait que cela mettait en doute sa loyauté envers l’équipe municipale. Lors du mandat précédent, une autre adjointe, Caroline Ctorza, avait aussi proposé une charte, mais son texte tombe aux oubliettes.

Chantal Cutajar arrive dans la campagne des municipales pour parler déontologie

C’est alors qu’entre en scène Chantal Cutajar (sans étiquette, adjointe de Fabienne Keller en 2001 partie en 2002, puis candidate Modem en 2008), qui doit « attester de la probité de Roland Ries« . Maître de conférence de droit public à l’université, elle est alors membre du conseil d’administration de Transparency International, association plutôt connue pour son action au niveau international, qui rédige sa propre charte que Roland Ries signe. Le vice-président de l’antenne française se déplace même à Strasbourg pour marquer le coup.

C’est dans ce contexte que Roland Ries, réélu en mars 2014, adapte plusieurs recommandations de cette charte. Première interprétation alsacienne, plutôt que de mettre en place, comme à Paris – et non sans polémiques locales – une commission avec des élus de la majorité, de l’opposition, des citoyens et des déontologues, Chantal Cutajar et la municipalité préfèrent un seul interlocuteur. L’adjointe précise :

« Je n’ai jamais été partie prenante de cette commission, car je crains l’instrumentalisation que l’on peut faire de ces sujets. Nous avons fait le choix d’un déontologue indépendant. »

Dès novembre 2014, Strasbourg peut se targuer d’être la première ville avec son propre déontologue, comme pour l’Assemblée Nationale. La mission revient au professeur de droit public Patrick Wachsmann, un collègue de Chantal Cutajar à la faculté de droit. Les milieux universitaires comme l’opposition politique louent ses qualités et son professionnalisme, mais sa proximité avec l’adjointe interrogent tout autant.

« L’indépendance, ça se prouve », répond le déontologue, qui compte bien ne pas ternir sa réputation d’ici 2020. Ses fonctions sont bénévoles, il dispose d’un secrétariat, d’un bureau, d’une adresse email et d’un coffre pour garder les déclarations d’intérêts.

Seulement une dizaine de déclarations transmises

En janvier 2015, la charte de déontologie est modifiée. Les conseillers municipaux (et non plus seulement les adjoints comme l’exige la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, HATVP) peuvent remettre – sur la base du volontariat, la loi empêchant une telle obligation – une déclaration d’intérêts, qui liste leurs mandats, métiers, activités associatives et profession du conjoint. Le but est qu’un membre d’une association ou d’une société ne vote pas des dispositions qui favorisent l’enrichissement, le gain de notoriété de sa propre personne ou de ses proches.

Mais malgré un vote à l’unanimité de la majorité PS-EELV (27 conseillers en plus des 21 adjoints), le déontologue n’a reçu « qu’une dizaine » de déclarations et a été sollicité par une demi-douzaine d’élus, adjoints compris, pour éclaircir leur situation personnelle.

Dans l’opposition LR/UDI/Modem (15 élus), la règle est le cas par cas. Les deux conseillers FN n’ont pas remis la leur. Celle de Jean-Luc Schaffhauser (eurodéputé) est déjà publique et Julia Abraham n’a pas d’autre mandat, fait valoir le parti. De manière générale, l’opposition ne comprend pas trop comment elle pourrait faire valoir des intérêts personnels alors que ce sont les adjoints qui prennent les décisions. Chantal Cutajar répond que l’opposition a tout de même accès aux décisions à travers des commissions spécifiques.

Chez les adjoints, certaines déclarations non publiées

Chez les adjoints, la charte votée préconisait qu’ils publient leurs déclaration d’intérêts sur le site municipal, strasbourg.eu, ce qui devrait être la règle sur le site de la HATVP, mais prend du temps, semble-t-il Dix mois après le vote, encore quelques déclarations sont manquantesDans les DNA, Nawel Rafik Elmrini (sans étiquette) plaide l’oubli et l’a depuis mise en ligne. Cinq manquent encore à l’appel, dont celle de la secrétaire départementale du PS 67, Pernelle Richardot et de son prédécesseur, Mathieu Cahn, qui avancent ne pas vouloir faire paraître la profession du conjoint ou en avoir déjà rempli une auprès de la HATVP. La phobie administrative n’est pas loin.

Parmi celles remplies, toutes à la main sauf pour le maire et son premier adjoint, beaucoup de libertés sont prises : des pages manquent, certains mettent leurs mandats en cours, d’autres non, d’autres ne mentionnent pas la rémunération, etc. Même Chantal Cutajar a découvert que certaines pages n’avaient pas été numérisées quand nous lui avons signalé. Pour la HATVP l’essentiel est que les infos qui ne sont pas publiques par ailleurs figurent dans le document.

Aucune plainte enregistrée

Dès la création du poste de déontologue, plusieurs critiques ont accompagné l’encadrement de la fonction. Notamment, que son périmètre soit cantonné au conseil municipal, qui laisse de plus en plus les dossiers économiques et stratégiques aux 28 communes de l’Eurométropole, et qu’il n’a pas de pouvoir d’enquête, là où la HATVP dispose d’une trentaine d’agents. Le déontologue précise que son rôle est nouveau et vise d’abord à sensibiliser les élus :

« En dehors des cas connus comme l’affaire Cahuzac, il y avait une grande méconnaissance des conflits d’intérêts au niveau local. Je suis un outil à la disposition des élus. S’ils me sollicitent, je les aide à se mettre en conformité par des recommandations. Par exemple, s’ils sont membres du conseil d’administration d’une association ou de société, je préconise qu’ils ne participent pas au vote et même sortent de l’hémicycle lors des débats (le premier point est habituellement respecté mais pas le deuxième, ndlr). Je ne peux m’auto-saisir, il faut qu’il y ait une plainte écrite. Dans ce cas, je mettrai en place une procédure contradictoire et si je vois qu’un conseiller municipal me raconte n’importe quoi, je pousserai l’enquête plus loin. Mais à ce jour, je n’ai reçu aucune plainte. Est-ce que cela veut dire que tout est en règle ou que mon rôle n’est pas connu ? C’est peut-être plutôt la deuxième solution (rires). »

N’importe qui peut saisir le déontologue

Même s’il n’a pas d’éléments, un simple citoyen ou un agent de la collectivité, peut interpeller le déontologue sur une situation par une demande écrite et motivée, qui ne peut être anonyme. Le déontologue garantit l’anonymat des différentes parties et ne peut donner le résultat de sa procédure à celui qui l’a alerté. Le séminaire à destination des agents, premiers témoins de ce genre de situations, doit mieux les sensibiliser à ces questions. Au Parlement, un projet de loi vise à mieux protéger les fonctionnaires des pressions s’ils deviennent « lanceurs d’alerte ».

Cette absence de plainte en dix mois peut étonner. Plusieurs situations ont agité l’actualité locale : la construction de résidences pour en confier la gestion à l’association Amitel présidée par l’élu écologiste Jean Werlen via la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), « l’outil de la collectivité » dixit le maire ; la société Gaz de Strasbourg est présidée par l’adjoint Olivier Bitz et passe des marchés publics avec l’Eurométropole ; des recrutements à l’Eurométropole et dans ses sociétés satellites concernent des proches ou des collaborateurs d’élus…

Comme souvent avec les conflits d’intérêts, la qualité des personnes ou des prestataires n’est pas remise en cause, mais ces situations correspondent à la définition de la loi à savoir une « situation d’interférence [qui] paraît influencer l’exercice d’une fonction ». Sur les différents cas, le déontologue répond qu’il se prononcera avec plaisir s’il est saisi. Il considère en que son rôle s’étend au delà du simple hémicycle strasbourgeois, et donc aussi aux établissements en lien avec la collectivité :

« J’ai une vision large du rôle d’élu. S’il est prouvé qu’il utilise ses relations, peu importe la forme, pour ses intérêts, cela me concerne. Mais le mode d’organisation des services via des sociétés dépend du choix de la collectivité. Je n’ai pas à les commenter. »

Il est plus difficile d’inspecter des sociétés et leurs conseils d’administration fermés que les délibérations publiques et filmées du conseil municipal.

Pour le conseiller municipal d’opposition Pascal Mangin (LR), toutes les critiques de l’année dernière restent d’actualité :

« Quand bien même un(e) élu(e) ne vote pas une délibération qui la concerne, la majorité est très importante et cela ne changera jamais l’issue d’un vote. »

L’opposition demande un déontologue à l’Eurométropole

Quant à la mise en place d’un déontologue pour le Conseil de l’Eurométropole, son président Robert Herrmann (PS) avait répondu en février qu’aucun groupe n’en avait fait la demande, bien qu’une lettre de Georges Schuler, président du groupe d’opposition « Les Républicains » prouve le contraire, et qu’il attendait de voir si cela fonctionne ou non au niveau de la Ville. Pour Chantal Chantal Cutajar, certaines pratiques à la Ville valent tout de même pour l’échelon supérieur :

« Quand nous mettons en place des règles sur les marchés publics, liberté d’accès, égalité de traitement des candidats et transparence des procédures, aux différents niveaux, elles valent pour l’Eurométropole puisque les administrations sont complètement fusionnées. »

L’adjointe est-elle en situation de conflit d’intérêts ?

Reste que le conflit d’intérêts est une notion laissée à l’appréciation de chacun. L’adjointe en charge de ces questions, Chantal Cutajar, est par exemple directrice du Collège Européen des Investigations Financières et de l’Analyse financière Criminelle (CEIFAC). Cette composante de l’Université perçoit 1,84 million d’euros en trois ans à travers le contrat triennal 2012-2015. Ce dispositif est signé par l’Eurométropole et la Ville de Strasbourg, le département du Bas Rhin, le conseil régional et l’État. Le CEIFAC n’y figurait pas avant. Pour Chantal Cutajar, cela ne relève pas d’un conflit d’intérêts :

« Je n’ai pas voté le contrat pour couper court à la polémique, mais ce n’était pas une situation de conflit d’intérêts. C’est de l’argent que perçoit l’Université, pas moi. Le CEIFAC était déjà financé avant par la CUS et la Région Alsace à hauteur de 20 000 euros (5%) chacun, et 90% par la Commission européenne, l’État participant par la mise à disposition d’un lieutenant-colonel de la gendarmerie. Et puis ce centre participe au rayonnement de Strasbourg. »

Après une première note pour rappeler la loi en juin, le déontologue rédigera son premier rapport annuel en décembre sur les pratiques constatées. S’il reçoit une première plainte d’ici là, il pourra y ajouter des enseignements à titre général, mais pas sur des situations particulières.

Y Aller

Discussion entre les déontologues de l’Assemblée nationale et de Strasbourg, jeudi 29 octobre à 18h, à la librairie Kléber rue des Francs-Bourgeois à Strasbourg.

 

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : Au conseil municipal, « unanimité » pour plus d’éthique, mais lors du vote seulement

Les taxis menacent de bloquer des établissements partenaires d’Uber

Les taxis menacent de bloquer des établissements partenaires d’Uber
La guerre entre Uber et les taxis fait rage à Strasbourg (-)
La guerre entre Uber et les taxis fait rage à Strasbourg.

Entre les taxis et Uber, une guerre sourde se déroule à Strasbourg. Après avoir fait annuler une conférence d’un dirigeant d’Uber, les taxis ont menacé de bloquer l’accès à des établissements qui proposaient une promotion du service de transport. En ville, ils intimident les chauffeurs d’Uber, relèvent leurs immatriculations et prévoient de porter plainte contre eux.

Uber ou taxis ? À Strasbourg, c’est la guerre et les élus et les forces vives sont sommées de choisir leur camp. Ainsi en octobre, Michel Blanck, organisateur du salon i-Novia, ne pensait pas qu’en invitant un dirigeant d’Uber pour une conférence, il mettrait en péril sa manifestation et ses relations ! Et pourtant, dès que la venue d’Uber a été connue, il a reçu un appel de la police : les artisans-taxi, qui accusent Uber de concurrence déloyale, avaient illico déposé un avis de manifestation à la préfecture, prévoyant de bloquer les accès au salon.

Devant l’éventualité d’une annulation générale, Michel Blanck recule et demande à Uber de bien vouloir annuler sa venue. La start-up mondiale spécialisée dans le transport accepte et se contentera finalement d’une petite soirée chez Curieux, lieu tenu secret jusqu’au dernier moment, pour officialiser son déploiement à Strasbourg (voir la vidéo ci-dessous).

Les élus priés de se positionner

Mais les taxis ne s’arrêtent pas là : ils font suivre à des élus, le président de la chambre des métiers Bernard Stalter et le président de la chambre de commerce et d’industrie Bernard Stirnweiss, les e-mails du salon i-Novia mentionnant Uber en leur demandant de se positionner puisque leurs organismes sont partenaires du salon. Eux aussi doivent promptement et publiquement rappeler leur opposition à Uber.

En juin, les taxis avaient violemment pris à partie un chauffeur utilisant UberPop, le service ouvert aux particuliers d’Uber (voir la vidéo). Quelques jours plus tard, la préfecture du Bas-Rhin prenait un arrêté interdisant l’utilisation d’UberPop dans le département. En juillet, Uber a finalement suspendu ce service en France mais la mesure n’a pas calmé les taxis, qui demandent à présent l’interdiction d’UberX, le service où les chauffeurs sont des professionnels (VTC, voiture de tourisme avec chauffeur).

« Je vous appelle pour vous éviter des problèmes »

Sur le terrain, les taxis continuent de mener une guérilla de tous les instants : menaces contre les chauffeurs VTC et menaces contre les partenaires d’Uber. Ainsi la Cour de Honau, un club de sport à La Wantzenau, et le bar Les Aviateurs proposaient des promotions à leurs clients, qui pouvaient bénéficier d’une première course gratuite avec Uber. Roger Ritter, vice-président du syndicat des artisans taxi du Bas-Rhin, les a appelés, pour qu’ils retirent ces offres.

Au patron des Aviateurs, Franck Meunier, mardi, Roger Ritter dit carrément :

« Si je vous appelle, c’est tout simplement pour vous éviter d’avoir des problèmes avec les taxis. Il faut enlever la pub pour Uber. (…) Rappelez moi dans la journée que je puisse passer le mot aux gars parce que sinon, ils vont vous bloquer le bar, et à juste titre, je suis désolé. Parce que nous, on perd énormément d’argent avec ces Uber là… »

Franck Meunier comprend le message et retire l’annonce pour « ne pas prendre de risques ». La Cour de Honau en revanche n’avait pas cédé au moment de la rédaction de cet article.

(Dessin Guillaume Decaux)
(Dessin Guillaume Decaux)

Harcèlement des chauffeurs VTC

Chauffeur professionnel à Haguenau, Thierry Speater utilise Uber pour compléter son activité. Bien que les tarifs d’Uber soient inférieurs à ceux qu’il propose et que le service s’octroie une commission de 20%, son chiffre d’affaire a progressé de 40% depuis qu’il répond aux sollicitations des utilisateurs d’UberX. Mais il doit supporter le harcèlement des taxis :

« On est agressés par les taxis en permanence, ils relèvent nos plaques d’immatriculation, ils appellent la police… Ils menacent en nous avertissant qu’en “un coup de fil”, ils peuvent “venir à une dizaine pour nous casser la tête”. Et ça, qu’on soit avec des clients d’Uber ou des clients à nous évidemment, ils n’en ont rien à faire. J’ai signalé à la police. Mais je continue, je n’arrêterai pas et je ne connais personne qui cède à ces pressions. Il y a des chauffeurs qui viennent de Belfort pour travailler avec Uber à Strasbourg, le week-end ça tourne bien. »

Le service UberX n’est pourtant pas beaucoup moins cher que les taxis, il en coûte environ 30€ pour se rendre du centre-ville de Strasbourg à l’aéroport d’Entzheim en journée. Mais il est plus pratique. Du coup, le gouvernement a aidé les taxis à mettre en ligne leurs propres applications avec l’écosystème le.taxi. Étonnamment, là où Uber sécurise les transactions en exigeant un paiement par carte, donc traçable, le.taxi exclut spécifiquement le paiement du service qui pourra continuer à se faire en espèces…

Pour Roger Ritter, ces actions sont nécessaires, face à l’inaction des pouvoirs publics :

« Uber est illégal en France, quel que soit le service. La loi Thevenoud interdit l’usage de la géolocalisation pour d’autres services que les taxis. On les dénonce et il ne se passe rien. Alors évidemment, ça va chauffer parce que pendant ce temps, on perd de l’argent nous. »

Le syndicat des artisans taxi du Bas-Rhin a chargé son avocat de porter plainte pour exercice illégal de la profession de taxi auprès du procureur de la République contre une vingtaine de chauffeurs que les taxis accusent d’avoir utilisé l’application pour réaliser des « maraudes électroniques », une exclusivité réservée aux taxis.

#Les Aviateurs

Fantastique procession avec Marcel Li Antunez Roca au Shadok

Fantastique procession avec Marcel Li Antunez Roca au Shadok
(Photo Carl Rodriguez)
Batamaille (Photo Carl Rodriguez)

Marcel Li Antunez Roca est un personnage extraordinaire et inclassable qui évolue entre plusieurs disciplines artistiques. Il investit la salle d’exposition du Shadok avec son univers peuplé de créatures fantasques, et depuis quelques mois il a emmené les habitants de Hautepierre dans une aventure aux multiples facettes intitulée Alsaxy dont on découvre ici le récit.

En montant dans la pénombre à l’étage du Shadok, quai Malraux à Strasbourg, on arrive d’abord dans une première partie de l’exposition qui plante le décor et présente l’artiste. Le personnage de Marcel Li Antunez vaut la peine que l’on s’y attarde un peu : figure de l’art catalan, il est connu au-delà de ses frontières depuis les années 90 pour ses performances où se télescopent une foultitude de concepts et d’influences, de Roberts Combas à la science-fiction, du folklore espagnol aux performances Fluxus des années 60.

Marcel Li Antunez Roca, SOundbot (photo CM/Rue89 Strasbourg)
Marcel Li Antunez Roca, Soundbot (photo CM/Rue89 Strasbourg)

Marcel Li s’est fait connaître par la scène, œuvrant à la fois dans l’underground et dans le théâtre de rue avec sa compagnie Fura del Baus. Plusieurs de ses compagnons de scène sont exposés dans la première salle : des créatures robotiques faites de métal étincelant et d’animaux naturalisés, ainsi que des exosquelettes motorisés qui influent sur les mouvements de celui qui les porte.

Conçues en collaboration avec un ingénieur, ces machines sont contrôlées par la voix d’un tiers, ou par des commandes activées par le spectateur. Le performeur est à la merci de systèmes pneumatiques ou d’articulations externes tel une marionnette. Le corps et l’interactivité sont au cœur de cette démarche : l’artiste conçoit des scènes qui parlent des relations humaines et des désirs, et en jouant de leur trivialité il nous rappelle notre condition commune.

Marcel Li Antunez Roca - Pol - performance multimedia interactive, 2002
Marcel Li Antunez Roca – Pol – performance multimedia interactive, 2002                       (photoCM/Rue89 Strasbourg)

La subversion s’associe à l’humour

Lorsqu’il a commencé à élaborer ses dispositifs, il y a une vingtaine d’années, les logiciels informatiques et la réalité augmentée n’en étaient qu’à leurs balbutiements. Marcel Li imagine de connecter tous les aspects de son travail pour faire de son œuvre un organisme vivant. Les vidéos sont incrustées de dessins animés, des caméras insèrent le visage du spectateur dans la scène, des costumes sensoriels agissent comme des joysticks. Et le tout est relié aux éclairages et à la musique. Un peu difficile à suivre peut-être, à l’image des interdépendances qui régissent la vie…

Violence, sexe, grimaces, nourriture, tout passe grâce à une approche pleine de franchise et d’humour. Le spectateur impliqué grâce aux divers dispositifs de contrôle se sent humain et animal au même titre que les personnages hybrides des œuvres : la projection et la catharsis fonctionnent, encouragées par l’aspect ludique.Géraldine Farage, responsable du Shadok, raconte comment elle a eu envie d’inviter cet artiste :

« J’ai vu sa performance Hipermembrana lors de la Nuit Blanche à Amiens en 2009. Sa démarche pluridisciplinaire, en direction du public, rejoint l’esprit du Shadok. Il a une attitude sincère, généreuse, modeste, qui m’a fait penser qu’il serait intéressant de le faire intervenir à Hautepierre ».

Marcel Li Antuniez en train de peindre Megafish (Photo Carl Rodriguez)
Marcel Li Antuniez en train de peindre Megafish (Photo Carl Rodriguez)

La résidence à Hautepierre

Début 2015, l’artiste débarque donc à Hautepierre, dans l’idée de réaliser un projet participatif. Le contact avec les habitants – et par la suite la production de tout le projet – se fait grâce à Horizome, association implantée dans le quartier depuis longtemps et qui a gagné leur confiance. Marcel Li partage ses impressions :

« Les contacts se sont mis en place progressivement, ce n’est pas aussi facile qu’en Espagne, où j’ai déjà travaillé en lien avec les habitants. Là-bas, les traditions populaires sont fortes, des groupes d’artistes de rue amateurs existent déjà et sont habitués à travailler ensemble. À Hautepierre, on ne sent pas de solidarité spontanée. Quand elle existe, c’est chapeautée par une association ou la mairie de quartier. Mais si je n’avais pas bien senti le projet, je ne me serai pas lancé ».

Si l’utopie architecturale des mailles prévoyait une cité idéale, il y a 40 ans, le résultat est mitigé aujourd’hui. Marcel Li a pris en compte ces paramètres dans sa démarche :

« Ce qui est bien, c’est la présence de la verdure, d’espaces sans voiture pour les enfants, la possibilité de circuler à vélo. Mais il n’y a aucun commerce de proximité – le contraste avec le quartier tout proche de Cronenbourg est frappant. Même pas un bar où aller regarder un match de foot ! En plus, chaque maille fonctionne comme une forteresse. Les personnes extérieures ne s’y aventurent pas, et il y a un fort sentiment d’appartenance voire même de défiance entre les habitants de chaque maille ».

Marcel Li Antuniez en directeur de spectacle à Hautepierre (Photo Carl Rodriguez)
Marcel Li Antuniez en directeur de spectacle à Hautepierre (Photo Carl Rodriguez)

Raconter des histoires pour créer des liens

Tout de suite, Marcel Li comprend qu’il faut proposer quelque chose de concret. Il va proposer des narrations, qui prendront des formes variées – fidèlement à la multiplicité de son œuvre. Avec différents groupes de travail, il va ainsi monter cinq récits inspirés à la fois de témoignages d’habitants, de contes et de mythes populaires.

Le dessin géant Megafish raconte des voyages migratoires. Arkignol – contraction d’architecture et de guignol – se moque de tendances architecturales à grand renfort de costumes en carton et de pantomime. La performance Kiosk fait participer de jeunes artistes du quartier, qui se retrouvent habillés de nourriture ou dansant sur le parking désert d’Auchan. Les pulsions sont mises à jour : l’art permet de révéler une autre réalité, ici celle des désirs rentrés, de la consommation ou de l’affection frustrées.

De la même manière, Batamaille met en scène l’affrontement entre les mailles dans une joyeuse bataille de farine. Enfin, Cortège réunit les acteurs de toutes les histoires dans une grande procession carnavalesque qui a eu lieu cet été. Les chariots réalisés avec l’aide d’étudiants en scénographie de la HEAR ont défilé avec force vacarme, emmenés par Marcel Li et son mégaphone dans lequel il bonimente comme un forain.

projection des 5 scènes d'Alsaxy - Arkignol, vidéo interactive (photoCM/Rue89 Strasbourg)
Projection des 5 scènes d’AlsaxyArkignol, vidéo interactive (photoCM/Rue89 Strasbourg)

Cette aventure a marqué les esprits des habitants, comme en témoignait leur présence massive lors du vernissage vendredi soir. Elle souligne l’importance des traditions populaires dans la cohésion d’un groupe humain, et envoie un message positif quant à la possibilité d’introduire l’art dans tous les milieux. Contemporain, folklorique ou futuriste, peu importe, et il ne faudrait pas faire la différence, selon l’artiste. L’important est de raconter son histoire, exprimer ses désirs, formuler la critique, ouvrir des fenêtres vers d’autres réalités, et en cela on peut dire qu’Alsaxy atteint son but.

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Aller plus loin

Le site de Marcel Li Antunez Roca

Sur Strasbourg.eu : le site du Shadok

À 4 800€ le m², les appartements des tours Blacks Swans sont vendus

À 4 800€ le m², les appartements des tours Blacks Swans sont vendus
Projection des trois tours Black Swans vu du ciel côté arrêt de tram Winston Churchill. A gauche à côté de la 3ème tour (rouge), il manque le bâtiment actuellement en construction de l'Institut national des études territoriales (Inet). (Doc remis)
Projection des trois tours Black Swans vu du ciel côté arrêt de tram Winston Churchill. A gauche à côté de la 3ème tour (rouge), il manque le bâtiment actuellement en construction de l’Institut national des études territoriales (Inet). (Doc remis)

Le maire de Strasbourg Roland Ries et le groupe immobilier Icade ont inauguré officiellement en début de semaine le chantier des tours Black Swans. Les trois futures immeubles hauts de 50 mètres chacun doivent achever l’aménagement du site de la Presqu’île Malraux à l’horizon 2017. Le projet constitue la plus grosse opération immobilière à Strasbourg depuis dix ans et ne compte aucun logement social.

Lundi, le maire de Strasbourg Roland Ries (PS), une floppée d’élus et les dirigeants du groupe immobilier Icade se sont retrouvés derrière l’UGC pour marquer le coup : ils ont posé la première pierre d’un chantier pharaonique, les trois tours Black Swans d’Anne Demians, hautes de 50 mètres chacune. Ce chantier achèvera l’aménagement de la Presqu’île Malraux à l’horizon 2017.

Les travaux de fondation des deux premières tours ont débuté cet été. Le chantier de la troisième devrait démarrer en juin 2016. Le projet fait partie de l’aménagement en cours de l’axe Deux-Rives, du Heyritz à Kehl, et se destine à devenir le point central d’un « nouveau cœur de ville ». Mêlant logements et commerces sur 30 000 m2, les Black Swans constituent la plus grosse opération immobilière à Strasbourg depuis dix ans.

La Ville a confié ce projet au promoteur immobilier Icade. La Société d’équipement de la Ville de Strasbourg (Sers) avait retenu cette filiale de la Caisse des dépôts et consignations pour le projet en 2010. Les terrains appartenaient à l’origine à la Sers et à la Communauté urbaine de Strasbourg (CUS). La CUS a cédé ses parties en 2013 pour un montant global de 4 935 000 euros.

110 millions de budget

Icade a aussi été partenaire de la Ville pour la rénovation de l’ancien entrepôt Seegmuller sur la presqu’île Malraux, devenu les Docks et inauguré en 2014. Le même groupe a porté le projet des terrasses et villas d’Augia à la Robertsau, inauguré en avril 2015. Pour financer les 110 millions d’euros de budget des Black Swans, Icade s’est associé à la Caisse d’Épargne (15%).

Devant la station de tramway Winston Churchill la pose des fondations des deux premières tours a démarré cet été. (Photo CG)
Devant la station de tramway Winston Churchill, la pose des fondations des deux premières tours a démarré cet été (Photo CG)

Pour le promoteur, le pari s’annonce gagnant. Il n’a pas hésité à fixer la barre très haut avec un prix de vente moyen de 4 800 euros le m² pour ses appartements. Des tarifs qui n’ont pourtant pas refroidi les acheteurs : depuis avril 2014, 80 % des futurs logements des deux premières tours ont déjà été vendus, selon le promoteur.

Icade a lancé la commercialisation des appartements de la troisième tour la semaine dernière. En un week-end, le tiers des 60 logements mis en vente est déjà parti. Un rythme bien au-dessus de celui des autres projets strasbourgeois. Un vrai succès commercial. En complément des logements et commerces, les tours abriteront un hôtel de luxe, une résidence séniors de 90 logements et une résidence étudiante de 192 appartements.

Les bailleurs sociaux grands absents

La Ville n’a imposé aucun seuil de logements sociaux dans le projet Black Swans, alors qu’elle soigne habituellement la mixité dans ses réalisations. Mais les tarifs pratiqués par Icade laissent les tours hors d’atteinte pour les bailleurs sociaux. Elles n’intégreront donc aucun habitat social. Un choix que la Ville assume, en rappelant que les aménagements voisins comportent des habitats mixtes.

En effet, l’écoquartier Danube, à l’Est des futures tours, va comporter deux îlots de logements sociaux et deux des cinq bâtiments de Rivétoile sont dédiés à l’habitat à loyer modéré. Pour la chef de file de l’opposition municipale Fabienne Keller (LR), ce choix n’en reste pas moins indéfendable :

« Les Blacks Swans vont devenir des tours emblématiques de Strasbourg et on n’y retrouve aucun logement social, alors que la municipalité en remet au Port du Rhin, où l’on est déjà à 80% d’habitat social ».

L’élue de Les Républicains s’interroge par ailleurs sur la future vie au pied de ces tours :

« Comment vont fonctionner les flux de circulation entre le tramway, le cinéma et le centre commercial au pied des tours ? La dimension urbanistique devrait venir en amont des projets privés ».

Le Crédit agricole s’empare des commerces

D’après les lignes directrices de la Ville, les rez-de-chaussée des tours devraient être dédiés aux commerces de proximité et privilégier des enseignes locales. Le Crédit Agricole Alsace Vosges s’est déjà porté acquéreur de l’ensemble des locaux commerciaux des deux premières tours. C’est son premier investissement en fonds propres dans l’immobilier commercial. Hormis une agence de l’enseigne, le groupe prévoit de louer l’ensemble de ces locaux.

Pour les habitants des bâtiments voisins de Rivétoile, le projet des trois tours Black Swans a permis de préserver la place Jeanne-Helbling. L’espace entre le cinéma UGC et l’entrée Est du centre commercial Rivétoile est en cours d’aménagement. La place était un temps pressentie pour être réduite de moitié au profit d’un nouvel immeuble tandis qu’une tour de 100 mètres de haut devait initialement s’élever à la place des Black Swans. Avec ces trois tours, la place pourra finalement être consacrée à de l’agrément.

Oubliée au cœur de la Neustadt : l’autre île Sainte-Hélène

Oubliée au cœur de la Neustadt : l’autre île Sainte-Hélène
Vue panoramique du sud de l'île Sainte-Hélène - 1935 (Archives Strasbourg)
Vue panoramique du sud de l’île Sainte-Hélène – 1935 (Archives Strasbourg)

Au bout de la rue, la ville. – Elle tirerait son nom de l’île de l’Atlantique sud où Napoléon fut exilé de 1815 à sa mort, en 1821. Ou bien de celui de l’ancienne église autour de laquelle fut érigé le cimetière à l’entrée de Schiltigheim. Reste qu’il existe bien une île Sainte-Hélène à Strasbourg, longue bande de terre entre l’Ill et son bras l’Aar, oubliée au cœur de la Neustadt.

On ignore souvent qu’une autre île Sainte-Hélène concurrence celle de Napoléon. Plus encore que cette concurrente s’étend sur quelques hectares à Strasbourg, déguisée en quartier calme et cossu, coincée entre l’Ill et l’Aar, l’un de ses rares bras encore valides.

L'île Sainte-Hélène aujourd'hui (Google map)
L’île Sainte-Hélène aujourd’hui, entre l’Ill, à droite, et l’Aar, à gauche (Google map)

Une île maraîchère et industrieuse avant 1870

Cette île (appelée Spitalgarten sur le plan de Strasbourg dressé en 1861, puis Heleneinsel dans les années 1880 – 1900) n’est progressivement urbanisée qu’après 1870. Sillonnée par de nombreux bras de l’Ill, elle est auparavant marécageuse, abritant jardins et propriétés agricoles, des chantiers navals à la sortie du port de Strasbourg (quais des Bateliers et des pêcheurs), puis une usine chimique entre 1809 et 1839, valant longtemps à l’actuelle courte rue Gustave-Klotz (qui part de l’avenue d’Alsace au niveau de la station service Agip) le nom de « rue du Vitriol ».

Avant 1880, l'île abrite des chantiers navals et des jardins (Doc. "Il était une fois Strasbourg, vestiges disparus", Roger Forst) ; vers 1900, construction progressive de l'axe Vosges-Forêt-Noire (Archives Strasbourg) ; le quai Müllenheim début XXème (Doc. Roger Forst)
Avant 1880, l’île – en arrière-plan de la 1ère photo, la tour de gauche étant située à la place de l’actuel immeuble de l’Esca – abrite des chantiers navals et des jardins (Doc. « Il était une fois Strasbourg, vestiges disparus », Roger Forst) ; vers 1900, construction progressive de l’axe Vosges-Forêt-Noire (Archives Strasbourg) ; le quai Müllenheim début XXème, avec ses 1ères maisons cossues (Doc. Roger Forst)

Avant le parc, un champ d’entrainement pour arquebusiers

Au Moyen-Âge et jusqu’au XVIIIème siècle, l’île jouxte un vaste terrain à proximité de la Porte des Juifs, longtemps appelé Schiessrain ou « champ de tir ». Il servait aux corporations strasbourgeoises de lieu d’entrainement à l’arquebuse et à l’arbalète. Vers 1760, il devient une « promenade » pour les citadins, plantée d’arbres (des tilleuls d’abord) par le marquis de Contades, commandant en chef des armées royales à Strasbourg.

En 1768, l’installation d’un casino en bordure de la promenade est envisagée, puis abandonnée, tandis que des maisons de campagne sont construites sur le pourtour. Des restaurants donnent également sur les allées arborées, tandis que des orchestres civils ou militaires jouent chaque fin de semaine dans le kiosque à musique.

Le parc du Contades est ainsi nommé à partir du XVIIIème siècle. Avant, c'est un champ d'entrainement pour arquebusiers puis une "promenade pour citadins (Archives Strasbourg)
Le parc du Contades est ainsi nommé à partir du XVIIIème siècle. Au Moyen Âge, c’est un champ d’entrainement pour arquebusiers, puis une « promenade » pour citadins (Archives Strasbourg)

Devenu parc du Contades d’après le nom du dit marquis, aujourd’hui enserré dans une zone densément urbanisée (la synagogue de la Paix date de 1958), il est séparé de l’Aar par les immeubles de la rue… des Arquebusiers.

Zorn et Mullenheim, deux familles nobles et rivales

Mais c’est au début du quai Zorn, ainsi nommé depuis 1881, que notre promenade commence. Ce quai démarre devant l’église protestante Saint-Paul (construite pour la garnison allemande entre 1892 et 1897) et porte le nom, comme son jumeau le quai Mullenheim, de l’une des plus anciennes familles patriciennes de Strasbourg.

L'église protestante Saint-Paul occupe depuis 1897 l'un des sites les plus emblématiques de la Neustadt (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
L’église protestante Saint-Paul occupe depuis 1897 l’un des sites les plus emblématiques de la Neustadt (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Le site où se rejoignent les quais aux noms de ces deux familles rivales, dont les luttes ont provoqué une guerre civile à Strasbourg dans les années 1330, est jugé vers 1880 comme « le plus beau terrain de construction de la Neustadt ». Si spectaculaire qu’en venant de la vieille ville, Saint-Paul et son style néogothique s’imposent de toute la hauteur de leurs deux flèches de 76 mètres.

Avant l’annexion allemande, les deux quais, simples chemins de halage et lieux de chargement de bateaux, ne sont pas encore attachés au large pont d’Auvergne (Universitätsbrücke en 1881) qui complète aujourd’hui l’axe impérial, reliant la place de la République (Kaiserplatz) à celle de l’Université. L’île est reliée à la terre ferme, côté Ill, par le « pont des Ânes », passerelle en bois munie d’un pont levis.

L’île échappe au plan Conrath

Alors qu’après 1870, l’occupant allemand envisage de multiplier par trois la surface de Strasbourg, en rasant les fortifications Vauban et désenclavant la ville médiévale, des plans sont progressivement établis pour modeler cette Neustadt (nouvelle ville). C’est Jean-Geoffroy Conrath, architecte et urbaniste strasbourgeois, qui remporte le droit de dessiner les contours du nouveau Strasbourg. Sur l’île Sainte-Hélène, il envisage, comme dans le reste de la ville nouvelle, des axes rectilignes et des carrefours perpendiculaires, sur le modèle du travail réalisé à Paris par le baron Haussmann.

Plans du secteur Contades - le 1er, datant de 1750, montre l'île Sainte-Hélène traversée de bras de l'Ill ; le second reprend le plan Conrath de 1880, qui imaginait une île Sainte-Hélène aux rues rectilignes comme dans le reste de la Neustadt ; le 3ème, de 1932, entérine le tracé conforme au parcellaire des jardins d'antan, courbe et très différent des plans imaginés par les Allemands (Archives Strasbourg)
Plans du secteur Contades – le 1er, datant de 1750, montre l’île Sainte-Hélène traversée de bras de l’Ill ; le second reprend le plan Conrath de 1880, qui imaginait une île Sainte-Hélène aux rues rectilignes comme dans le reste de la Neustadt ; le 3ème, de 1932, entérine le tracé conforme au parcellaire des jardins d’antan, courbe et très différent des plans imaginés par les Allemands. (Archives Strasbourg)

Dès 1880, les premières constructions s’élèvent dans la Neustadt, le mouvement s’accélérant dans les années 1890 et atteignant son paroxysme au tournant du siècle. Autour du secteur impérial et de la gare, les architectes respectent le plan originel d’extension. Mais à partir de 1987, un nouveau plan d’aménagement est mis à l’étude, plus respectueux du parcellaire existant. Le tracé envisagé pour l’île Sainte-Hélène, à peine urbanisée au tournant du siècle, sinon quelques maisons sur notre quai Zorn (exemple de la Villa Anna), reprend finalement celui des anciens chemins et parcelles agricoles.

Ponts du l'Aar, au départ du quai Zorn (Photos Marie Marty)
Ponts du l’Aar, au départ du quai Zorn (Photos Marie Marty)

Quartier calme et résidentiel, à l’éclectisme architectural

Dans le courant du XXème siècle, le quai se hérisse d’immeubles de rapport, conservant néanmoins son caractère bucolique et résidentiel. L’intérieur de l’île, lui, alterne constructions de la 1ère et de la seconde partie du XXème siècle, le long de rues et ruelles portant des noms de personnages et d’artistes liés à la cathédrale de Strasbourg. Dans le Dictionnaire historique des rues de Strasbourg (2012, Le Verger), l’on peut lire :

« Nous trouvons ainsi des noms d’architectes, de maître Erwin à Johann Knauth, d’Ulrich d’Ensinger à Gustave Klotz. La fille légendaire d’Erwin, Sabine, a également droit de cité. »

Eclectisme architectural sur l'île Sainte-hélène, quartier calme et bourgeois à deux pas du parc du Contades (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
Eclectisme architectural sur l’île Sainte-hélène, quartier calme et bourgeois à deux pas du parc du Contades (Photos MM / Rue89 Strasbourg)

En remontant le quai Zorn, avant qu’il ne bute sur le boulevard Jacques-Preiss (avocat colmarien à la fin du XIXème siècle et défenseur de l’Alsace-Lorraine aux Alsaciens-Lorrains…), le promeneur peut encore apprécier, au coin des rues Schwilgué et Jean-Hultz, une statue représentant ce dernier, maître d’œuvre à la cathédrale entre 1419 et 1449, avec dans ses mains la flèche qu’il contribua à faire ériger.

Après la colonnade de la Protestation, l’Aar s’enfonce au Tivoli

Et puis l’Aar glisse sous le pont de la Protestation, dont le nom provient de la protestation des députés à l’Assemblée Nationale, réunie à Bordeaux en 1870, contre l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne. Ce pont est reconnaissable à la colonnade qui orne sa partie nord. Il est fameux également par le nom de son architecte, Fritz Beblo, également concepteur des Bains municipaux et des ponts des Vosges et des Quatre-Hommes (actuel pont J.F.-Kennedy).

Autour de ce pont, plusieurs bâtiments appartiennent ou ont appartenu au Diaconat Bethesda, installé à Strasbourg depuis le tournant des années 1880. Et notamment la maison de retraite (Ehpad) Bethesda, construite en 1985, et l’ancienne clinique reconvertie en 2011-2013 en logements et bureaux.

L'ancienne clinique Bethesda boulevard Jeacques-Preiss et la colonnade Beblo sur l'Aar (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
L’ancienne clinique Bethesda boulevard Jacques-Preiss et la colonnade Beblo sur l’Aar (Photos MM / Rue89 Strasbourg)

Après le pont de la Protestation, l’Aar s’enfonce dans un entrelacs de terrains privés, avant de réapparaître au droit de la rue Lauth. Il agrémente ensuite les jardins des résidences cossues du Tivoli, avant de longer la maison de la Région, enserrant le Wacken, et de rejoindre l’Ill après avoir croisé le canal de la Marne-au-Rhin. Aujourd’hui apprécié des kayakistes, l’Aar était autrefois un lieu de baignade. Des bains, fermés dans les années 1960, étaient au quartier du Contades ce que le Herrenwasser était à la Montagne Verte.

Bains Weisz, 8 quai Zorn, fermés dans les années 1960 (Doc. CUS)
Bains Weisz, 8 quai Zorn, fermés dans les années 1960 (Doc. CUS)

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#église Saint-Paul

Gaspillage dans les restaurants : les limites du « guide des bonnes pratiques »

Gaspillage dans les restaurants : les limites du « guide des bonnes pratiques »
Michel
Vue de devant de la brasserie Le Michel (Photo CF / Rue89 Strasbourg /cc)

Pour lutter contre le gaspillage, les restaurateurs et hôteliers ont réuni dans un guide les bonnes pratiques à adopter. Surconsommation d’eau, d’électricité, achats responsables et déchets : tout est passé au crible. Rue89 Strasbourg l’a testé auprès de trois restaurants.

À l’approche de la conférence mondiale sur le climat, les restaurateurs veulent aussi montrer qu’ils se sentent concernés par l’écologie. Leur syndicat professionnel (UMIH) vient d’éditer un guide pour lutter contre le gaspillage dans les restaurants. De comment récupérer l’eau de pluie à produire ses propres plantes aromatiques, ce guide a été « élaboré par 400 chefs » assure l’UMIH. Nous l’avons testé auprès de trois établissements strasbourgeois.

Pour réduire sa quantité de déchets alimentaires dans un restaurant, d’après le guide, il faut les identifier via trois catégories : ceux produits pendant la préparation des repas, les produits non consommés en cuisine et les déchets des clients. Le guide rappelle que trier les déchets organiques est une obligation pour les restaurants qui dépassent le seuil de 20 tonnes de déchets par an. Selon l’UMIH, la restauration française produit un million et demi de tonnes de déchets par an.

Le patron de la brasserie Le Michel, avenue de la Marseillaise, Dominique Vonesch, estime qu’il est impossible de les trier, dans sa brasserie fréquentée par quelque 200 personnes tous les midis. Alors au lieu d’être valorisés en compostage, les déchets organiques se retrouvent dans les sacs-poubelles mélangés aux ordures ménagères :

« C’est beaucoup trop contraignant, il n’y a pas assez de place dans la cuisine pour plusieurs poubelles de tri. De plus, les cuisiniers n’ont pas le temps de s’occuper de ça. Nous balançons tout dans le même sac, les emballages sales, les retours des clients, les serviettes… Tout va dans les bacs à poubelles classiques ».

Le snack Michel récupère néanmoins ses cartons et ses cagettes, il paie un abonnement annuel pour cette récupération, auprès du Marché Gare.

Centre de tri Altem à Strasbourg (photo/cf/rue89strasbourg/cc)
Centre de tri Altem à Strasbourg (Photo CF Rue89 Strasbourg / cc)

Pour la patronne de Chez Yvonne, rue du Sanglier, Marjolaine De Valmigère, le tri des déchets est difficile à mettre en place, mais elle pense y arriver un jour, « quand ce sera obligatoire ». Pour le moment, le restaurant trie ses verres et ses cartons. Des sociétés, Sita et Schroll, s’occupent de la collecte, moyennant un abonnement mensuel. Ses bouchons en liège et en plastique sont donnés à des associations.

« J’imagine que dans un petit restaurant, le tri de déchets peut être envisageable. Dans un établissement comme le mien, de 20/30 employés, de 130 couverts sur 3 niveaux, ce n’est pas possible de demander aux serveurs, en plein service de jeter la serviette en papier dans une poubelle, les restes de viandes dans une autre, les végétaux dans une troisième… »

Trop peu de bacs de tri au centre-ville

Le restaurant In Vino Veritas, place de la Cathédrale, serait prêt à trouver de la place dans sa cuisine. Plus petit, cet établissement de quelques couverts pourrait prendre le temps de trier ses déchets. Mais le problème se situe au niveau des bacs de tri, comme l’explique Thomas, son cuisinier :

« Près de la cathédrale, il n’existe pas de poubelles de tri. Ni bacs bleus, ni bacs jaunes pour les cartons, il n’y a pas de conteneurs à verre et encore moins de bacs pour les déchets organiques. Pour le trier le verre, je devrais aller jusqu’à la place du Marché Gayot ou au parking Gutenberg. Même si nous privilégions les bouteilles consignées, beaucoup de bouteilles de vin ne le sont pas. Tous les restaurants sont dans la même impasse que moi, personne ne trie. Franchement, ça m’écœure ».

Françoise Bey, vice présidente de l’euro métropole
Françoise Bey, vice présidente de l’Eurométropole, en charge de la propreté (Photo CF / Rue89 Strasbourg / cc)

Françoise Bey, vice-présidente de l’Eurométropole, en charge de la propreté se dit consciente du problème. Elle aimerait réexaminer la possibilité d’installer de de nouveaux conteneurs à verre au centre-ville, mais le bruit qu’ils produisent pose problème.

Le doggy-bag en plein service encore mal perçu

Un tiers de la production mondiale de nourriture serait gaspillée. Les principales causes viendraient des difficultés à évaluer le nombre de repas, des stocks et des quantités inadaptées à l’appétit du client. Le doggy-bag, qui consiste à demander au restaurateur d’emballer les restes pour les emporter, serait un geste anti-gaspillage. Mais au Snack Michel, demander un doggy-bag en plein rush du service est mal perçu :

« En plus d’utiliser un emballage pour  un bout de part de tarte, c’est du temps perdu pour le serveur. Il serait préférable que les gens n’aient pas les yeux plus gros que le ventre ».

Marjolaine De Valmigère avoue ne pas être équipée en emballages pour mettre en pratique « cette méthode américaine ».

L’idée de valoriser les déchets alimentaires en faisant des dons aux associations locales ou aux établissements animaliers est aussi proposée dans le guide de l’UMIH. Les trois restaurateurs avouent ne pas s’être penchés sur la question. Marjolaine De Valmigère n’imagine pas donner des restes aux associations : « si l’on donne de la nourriture, ce sont des plats qui n’ont pas été touchés ».

Au Snack Michel, le marc de café est offert aux clients, pour être utilisé comme engrais pour les plantes ou comme répulsif contre les limaces par exemple, comme le conseille le guide. Mais chez In Vino Veritas, les capsules de café en plastique de Segafredo sont irrécupérables et sont jetées dans la poubelle commune.

15 000 litres d’eau pour 1 kg de viande

Le guide de l’UMIH aimerait sensibiliser les restaurateurs aux achats responsables. L’idéal serait de réduire sa consommation de viande et proposer plus de plats végétariens, ou de poissons dont les effectifs ne sont pas menacés et des produits issus de l’agriculture biologique.

En France, nous consommerions trop de protéines animales, plus de 3/4 de notre alimentation. Or l’élevage du bétail consomme beaucoup de ressources : 15 000 litres d’eau sont nécessaires pour produire 1 kg de viande de bœuf, 5 000 l pour 1 kg de fromage et 4 800 l pour la viande de porc contre 700 l pour 1 kg de pommes.

Mais à la brasserie Le Michel, faire attention aux origines des produits n’est pas la priorité de la maison, affirme Dominique Vonesh :

« Mon rôle n’est pas d’éduquer mes clients à manger plus sainement. Les gens viennent chez moi pendant leur pause déjeuner, ils veulent manger vite et pas cher et avoir le choix sur la carte. Ici, tout est fait maison, mais les produits de base viennent de Metro, Chrono et Cash, sinon les plats seraient hors de prix. On s’adapte à la demande, je réponds à mes clients. Ici, je ne peux pas me passer de viande, de saumon, de volaille ou de steaks hachés ».

Et les clients risquent de s’agacer si les frites maisons étaient remplacées par des pois secs.

Chez In Vino Veritas, le restaurant attire une clientèle plus touristique. Sa carte est réduite, l’enseigne peut se passer de saumon par exemple, qu’il ne souhaite pas proposer à cause des conditions d’élevage. Le restaurant peut se permettre de changer sa carte en fonction des saisons et des produits et Thomas est prêt à proposer plus de légumineux, comme le propose le guide.

Suggestions de saison au à la winstub chez Yvonne
Suggestions de saison, comme la biche ou le sanglier, à la winstub chez Yvonne

Chez Yvonne proposant une cuisine alsacienne, il serait difficile de trouver un compromis végétal à la choucroute ou au jambon braisé.

Pas assez d’approvisionnements bio

Le snack Michel s’approvisionne en fruits et légumes au Marché Gare, quasi quotidiennement, pour que ses clients profitent de produits frais. In Vino Veritas fait ses achats chez Pomona, grossiste pour les professionnels, où il privilégie les rayons de produits bio et régionaux quand il le peut. Mais Thomas se plaint qu’à Strasbourg, il soit difficile de trouver suffisamment de produits bio pour un restaurant, contrairement aux marchés allemands.

Pour espacer les commandes et livraisons, comme le conseille le guide, il faudrait que les restaurants aient suffisamment de place pour stocker les produits. Ce qui n’est que rarement le cas pour les restaurants du centre-ville. Marjolaine De Valmigère estime que ces mesures ne valent pas pour des restaurants comme le sien :

« Des marchandises sont livrées quotidiennement dans le centre de Strasbourg. Réduire les déplacements, pour quoi faire, si ce n’est pas moi que l’on livre, c’est le restaurant d’à côté. Je suis approvisionnée en produits frais tous les jours, les produits secs c’est une fois par semaine ».

En ce qui concerne les achats des produits d’entretien et de nettoyage, Marjolaine De Valmigère avoue avoir pensé à choisir des produits plus éco-responsables, mais le prix, 2 à 3 fois plus élevé, l’a rebuté.

Dans le rush des services, l’écologie passe après

Le guide préconise d’optimiser sa consommation d’eau. In Vino Veritas, la brasserie Michel sont d’accord, d’autant que le gaspillage de l’eau peut coûter cher. Dans ces deux établissements, les douchettes sont utilisées en dernier recours et les lave-verres et vaisselles ne sont lancés lorsque les paniers sont pleins. Mais chez Yvonne, victime de son succès, le nombre important de clients ne permet pas aux plongeurs de laisser tremper les plats.

Dominique Vonesh a sensibilisé le personnel du Snack Michel au gaspillage en général, mais estime que le rôle du patron est de répéter tous les jours la même chose :

« J’ai installé un système de régulateur d’eau sur le robinet d’eau froide qui sert pour les sirops et à remplir les carafes. Sinon dans le rush, les serveurs laissent le robinet en marche. Ici, c’est une cantine, entre 12 et 13h le restaurant est plein, les serveurs courent dans tous les sens et ne font pas attention à ça ».

L’eau de pluie pour les toilettes

Des idées originales sont également proposées dans le guide comme récupérer l’eau de pluie pour les toilettes. Seul bémol, il faut disposer d’un accès au toit, ce qui est rarement le cas des restaurants. L’eau des carafes pourrait être utilisée pour laver les légumes, ou les sols, mais là encore, les restaurants n’ont pas prévu de place pour stocker l’eau dans des réservoirs.

Il faudrait également diminuer la consommation de glaçons, dont la production et la conservation sont énergivores. Au Snack Michel, les glaçons ne sont plus servis systématiquement avec les boissons, mais les clients restent demandeurs. Pour Thomas d’In Vino Verita, c’est impossible de cuisiner sans glaçons, il préférerait travailler avec une cellule de refroidissement, mais d’après lui cette machine est encore moins écologique et de toutes façons, il n’a pas de place dans sa cuisine.

La patronne de chez Yvonne, estime que son restaurant doit avant tout faire plaisir aux clients :

« Si un client me demande des glaçons, car son vin est trop chaud, je ne vais pas lui dire que je suis éco-responsable et que je préférerais qu’il s’adapte à la température du vin. C’est pareil en cuisine, le chef doit parfois stopper la cuisson des légumes pour qu’ils gardent leur couleur et que les plats soient jolies, ou les aliments bien cuits ».

Les appareils électriques en question

Le guide de l’UMIH propose d’établir un état des lieux de la consommation d’énergie. Thomas d’In Vino Veritas et Dominique Vonesh du Snack Michel assurent être vigilants à ne pas surconsommer l’électricité. Ils entretiennent les appareils et ne les laissent pas tourner à plein régime. Chez In Vino veritas, les appareils électriques ne sont même pas laissés en veille, ils sont débranchés, ce qui est impossible au Snack Michel, qui propose de la restauration non-stop. En revanche, la température de la friteuse est réduite après le service de midi.

Chez Yvonne, en plein cœur historique, le bâtiment est mal isolé et plutôt sombre. Les chauffages et les lumières, spécialement en période de Noël, ne peuvent pas être arrêtés.

D’après le guide, les principales sources de consommation sont la cuisson et la production de froid. En moyenne, chaque repas consommerait 4 kilowattheure (une télévision allumée pendant trois heures consomme 1 kWh).

#Snack Michel

Menace sur les ateliers d’artistes de La Semencerie

Menace sur les ateliers d’artistes de La Semencerie
Le festival Salbst Gemacht en 2014 (Photo La Semencerie)
Le festival Salbst Gemacht en 2014 (Photo La Semencerie)

Alors que La Semencerie accueille le festival Salbst Gemacht du « Do it yourself » ce week-end, son existence est remise en question. Hébergeant à titre quasi-gratuit une trentaine d’artistes, le bâtiment est mis en vente par son propriétaire, qui cherche à se désengager. Mais pas avant qu’une solution ne soit trouvée pour les artistes.

C’est une belle histoire qui se déroule depuis avril 2008 au 42 de la rue du Ban de la Roche à Strasbourg, dans le quartier de la Laiterie. Dans un hangar à l’étanchéité suspecte appelé La Semencerie, une trentaine d’artistes, des plasticiens pour la plupart, disposent de 2 000 m² pour peindre, créer, composer, pour trois fois rien. Chaque artiste paie une cotisation de 30€ par mois à une association gestionnaire pour occuper un atelier.

Pour ce prix là, pas de chauffage : les conditions de création sont spartiates quand vient l’hiver (et étouffantes l’été). Mais les artistes présents, presque tous issus de l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg, apprécient l’ambiance de joyeux bordel autogéré qui y règne. Ils ne demandent aucune subvention à la Ville, ils y tiennent, et plusieurs fois par an, La Semencerie accueille des mini-festivals comme Salbst Gemacht, celui du « faire soi-même » (Do It Yourself) prévu ce week-end et sert de quartier général aux Ateliers Ouverts en mai.

Au départ, une histoire de cœur

Ce petit miracle a été rendu possible grâce à l’énergie des artistes et à la bienveillance du propriétaire des lieux, les Semences Nungesser dont La Semencerie était le siège social avant que l’entreprise ne déménage à Erstein en 2008. Le PDG, Roger Heitz, est heureux d’accueillir des artistes sous ce bâtiment craquant car… il aurait aimé être un artiste. Il peignait dans sa jeunesse. Il avait son petit coup de pinceau mais son père Marcel, qui a survécu à la déportation en Russie et à qui on ne disait pas non, ne l’entendait pas de cette oreille : il a refilé à ses deux fils la gestion des Semences Nungesser, acquis à une firme allemande. Et Roger est devenu directeur commercial, puis PDG, mais pas peintre.

Alors quand la question du hangar s’est posée, il a lancé un appel à projets plutôt qu’une mise en vente. Mais depuis quelques années, la charge de ce hangar commence à peser sur les comptes de cette entreprise qui emploie 9 personnes : plus de 20 000€ par an d’impôts fonciers, de taxes, d’assurance et d’autres charges. Formellement, Roger Heitz est vendeur du terrain occupé par La Semencerie :

« L’association reverse une compensation, pour l’électricité et une partie de l’assurance. Mais ça ne couvre pas, et de loin, tous les frais. Je ne pensais pas que cette situation durerait aussi longtemps. Ça fait six ou sept ans que le terrain est en vente, il y a quand même 6 000 m² de surface constructible. J’attends que des offres à la hauteur de la valeur du bien me soient transmises. Mais je ne suis pas pressé et dans tous les cas, il faudra trouver une solution pour les artistes. J’en fais une affaire personnelle même si je sais bien que, quelle que soit ma décision, je serai toujours le méchant dans cette affaire ».

Le joyeux bordel de La Semencerie (Photo La Semencerie)
Le joyeux bordel de La Semencerie (Photo La Semencerie)

« Il va falloir songer à y aller maintenant… »

En fait, Roger Heitz hésite, tiraillé entre ses hémisphères droit et gauche, mais il a quand même redit aux gestionnaires de l’association qu’il allait falloir songer à une autre solution pour les ateliers. Ces derniers ont beau y être habitués, depuis qu’ils occupent le hangar, régulièrement, il est question de « partir », cette nouvelle déclaration a provoqué un petit émoi. Car si les artistes savent bien que leur situation est précaire, ils n’ont guère envie de déménager ni d’abandonner tout ce qu’ils ont aménagé.

Du côté des artistes, on indique, en restant prudent, que la fin de La Semencerie serait un « coup dur » :

« Depuis six ans qu’on occupe le site, il n’y a jamais eu d’incident majeur et notre présence permet d’éviter que le site ne soit gardé, vandalisé, squatté… L’entreprise réalise quand même des économies grâce à nous. Et puis, on a créé le bar, les sanitaires, amélioré l’isolation… Et on a réussi à inscrire le lieu dans la ville quand même, avec nos rendez-vous. Donc si le propriétaire vend, on espère un geste de la Ville ou une solution de repli. »

Le hangar a été maintenu par les artistes, qui ont réalisé d'importants travaux (Photo La Semencerie)
Le hangar a été maintenu par les artistes, qui ont réalisé d’importants travaux (Photo La Semencerie)

La Ville pas intéressée

Un geste de la Ville qui pourrait aller jusqu’à préempter l’achat du terrain ? Les artistes n’en sont pas encore là mais certains ne seraient finalement pas contre. Du côté de la municipalité, on préfère que le statu quo se prolonge, comme l’explique Alain Fontanel, premier adjoint au maire et en charge de la culture (PS) :

« La Ville n’a encore été saisie d’aucune demande mais il est clair, compte tenu du contexte budgétaire, que l’heure n’est pas aux achats, ni aux dépenses nouvelles. »

Du coup, la solution serait peut-être que les Semences Nungesser entrent dans une démarche formelle de mécénat, qui leur permettrait au moins de déduire ce soutien d’une partie de leurs charges. Car pour l’instant, il n’y a aucune mention de l’entreprise d’Erstein, sauf à la deviner sous l’intitulé qui orne l’entrée du hangar, ni de son rôle dans l’existence du lieu.

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À l’automne 2016, les abonnés CTS pourront circuler entre les gares de l’Eurométropole

À l’automne 2016, les abonnés CTS pourront circuler entre les gares de l’Eurométropole
Les abonnés CTS pourront circuler dans les 14 gares de l'Eurométropole (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les abonnés CTS pourront circuler dans les 14 gares de l’Eurométropole (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Comme pressenti depuis le printemps, la Région Alsace et l’Eurométropole se sont mis d’accord pour unifier les abonnements des trains express régionaux (TER) et de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS).

Un abonnement unique dans les deux sens

À partir de l’automne 2016, les abonnés de la CTS pourront emprunter, pour le même tarif, le réseau de trains TER au sein des 14 gares des 28 communes de l’Eurométropole (voir encadré). Quant aux actuels abonnés TER qui habitent dans l’Eurométropole, ils auront alors intérêt à prendre un abonnement CTS, moins cher, et n’auront pas à payer un deuxième abonnement s’ils souhaitent prendre les transports en commun strasbourgeois.

La Région Alsace recevra une compensation financière pour les abonnements TER, dont elle gère le réseau, qui lui échapperont avec ce nouveau système. Les modalités pratiques (carte badgéo, contrôles) seront définies au cours de l’année 2016.

Une bonne nouvelle pour Philippe Richert

Une bonne nouvelle pour Philippe Richert (« Les Républicains »), président du régional d’Alsace et candidat à la grande région Alsace Lorraine Champagne Ardenne (ALCA) à la veille des élections régionales de décembre. En effet, il aurait pu souffrir de la comparaison dans ce domaine avec son homologue lorrain Jean-Pierre Masseret (PS), aussi candidat.

Un tel aménagement existe à Nancy depuis 1996, tandis que la carte Simplicités permet d’héberger son abonnement dans les TER lorrains comme de transports en commun dans plusieurs villes comme Metz, Thionville ou Epinal et sur les réseaux départementaux de Moselle et Meurthe et Moselle, avec une réduction en cas de cumul.

La proximité de la fusion des régions a permis d’accélérer la fin des discussions de ce projet, en réflexion depuis une dizaine d’années. En 2016, il aurait fallu relancer les négociations avec la nouvelle région ALCA, qui aura comme priorités d’établir un premier budget et d’harmoniser ses politiques.

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Sur Rue89 Strasbourg : Vers un abonnement unique TER et CTS dans l’Eurométropole

Gagnez des places pour CommunExtase à Pôle Sud

Gagnez des places pour CommunExtase à Pôle Sud

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En partenariat avec Pôle Sud, Rue89 Strasbourg vous propose de gagner 5×2 places pour CommunExtase , le mardi 3 novembre à 20h30.

Christophe Haleb / La Zouze
CommunExtase

3 danseurs + 1 comédienne / France
« La vie tout de suite » est une mise en jeu permanente pour les artistes de la compagnie La Zouze. Avec légèreté et sens de l’humour, ils ont forgé une sorte de « franc danser » qui fait l’originalité de leurs spectacles. Dans CommunExtase, quatre danseurs se demandent comment tenir ensemble, immergés dans un étrange cocktail de couleurs et d’images.
Installée à Marseille depuis 2003, fondée par Christophe Haleb en 1993, la compagnie La Zouze s’est fait une spécialité des gestes vifs et des élans un brin déjantés. Pièces – performances ou autres projets imaginés par le chorégraphe – s’intéressent aux humeurs du monde, façonnant en toute complicité avec les interprètes, de surprenants paysages intimes, mentaux et mouvants.
CommunExtase, créé cet été, est un quatuor de danseurs qui se jouent des frontières perméables entre les arts et les genres. Sur une scène évoquant le désœuvrement, le chorégraphe imprime aux corps une impatience à être et à agir. Une écriture se tisse puis se déploie, entrelaçant rituels et actions, images, musiques et mouvements. Christophe Haleb questionne ainsi nos façons de vivre ensemble et fait surgir de scène fictions et fantômes, souvenirs personnels et mondes oniriques, dévoilant une danse alerte et turbulente aux accents fraternels.

Le concours est clos

Sondage régionales : Richert devance légèrement Philippot

Sondage régionales : Richert devance légèrement Philippot
La grande région Alsace Lorraine Champagne Ardennes doit aller de la Seine au Rhin (carte préfecture du Bas-Rhin)
Qui dirigera l’Alca ? Premier sondage avant les régionales (carte préfecture du Bas-Rhin)

L’institut BVA publie un sondage sur les élections régionales de décembre commandé par les titres de presse régionaux. En Alsace, Lorraine, Champagne – Ardenne (ALCA), il place Philippe Richert (LR), président d’Alsace, en tête du premier tour avec 31% des voix, devant Florian Philippot (Front national) et 30% d’intentions de vote.

Jean-Pierre Masseret (PS), président de Lorraine sortant, se classe troisième avec 19% des voix. Front de gauche et Europe Écologie Les Verts suivent avec respectivement 7% et 6%, ce qui serait assez pour se rallier à une liste (vraisemblablement au PS), mais pas pour se maintenir au second tour. L’abstention n’est pas évoquée.

Au second tour, la droite l’emporterait avec 37% des voix, devant le FN 33% et le PS 30% si toutes les listes se maintiennent et qu’il n’y a pas de fusion.

Au niveau des 12 régions métropolitaines sur lesquelles porte ce sondage, le PS pourrait conserver trois régions (Aquitaine Limousin Poitou Charentes, Languedoc Roussillon Midi Pyrénées et Bretagne). La droite est en ballottage favorable dans 7 régions, tandis que le FN l’emporterait largement dans le Nord-Pas-de-Calais et est au coude à coude avec la droite en Provence Alpes Côtes d’Azur (PACA). Dans tous les cas, il y a des triangulaires FN, LR, PS.

Projection du nombre de sièges

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Sur BVA.fr : l’ensemble du sondage BVA
Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur les régionales

« L’Homme Irrationnel », un pas de plus de Woody Allen de la psychanalyse vers la philosophie

« L’Homme Irrationnel », un pas de plus de Woody Allen de la psychanalyse vers la philosophie
Les sentiments ne sont jamais les seuls responsables du naufrage de la rationalité
Les sentiments ne sont jamais les seuls responsables du naufrage de la rationalité (Photo Gravier Productions)

Pour son 46e long métrage, Woody Allen joue les mêmes notes, déclinant les obsessions noires de Crimes et délits et de Match Point. Mais si le début de son œuvre est marquée par la psychanalyse de toute une collection de névrosés, on constate que ses derniers opus ont davantage un ton philosophique. Nouvel exemple avec L’Homme Irrationnel.

BlogMême s’il peut apparaître comme une relecture désopilante mais un peu facile de Crime et Châtiment, L’Homme Irrationnel, le nouveau film de Woody Allen, se donne légèrement les allures d’une réflexion philosophique sur la valeur de nos actes. Alors qu’il est au volant de sa voiture en direction de son nouveau poste, le professeur Abe Lucas, déprimé et désabusé, incarné par la voix off qui parle en son nom, nous rappelle les tenants et les aboutissants de l’impératif catégorique de Kant.

Une leçon de philosophie

Le prof de philo à la réputation de Don Juan, fraîchement débarqué dans une petite ville américaine, scande mollement à ses élèves la façon dont Kant établit la possibilité d’une morale absolue, idéale. C’est la Raison qui dicte à la volonté son devoir, et elle est à la recherche d’une loi inconditionnée, et valant absolument. Il ne s’agit pas simplement d’établir des recettes empiriques pour la vie heureuse, mais de donner à notre existence, la dignité de l’inconditionné, une valeur absolue indépendante des circonstances ou des intérêts.

La Bande-Annonce

Mais la moralité ainsi envisagée, tombe dans les mêmes contradictions que la raison spéculative : les actes semblent y être superflus. C’est ce que reprochait déjà Hegel à Kant alors qu’il le surnommait « la belle âme » : cette personne pleine de bonnes intentions mais incapable d’agir et de s’engager en quoi que ce soit. C’est ainsi qu’Abe se tourne également vers l’existentialisme de Sartre, virant parfois au désespoir philosophiquement assumé de Kierkegaard alors qu’il n’est pas chrétien, et qu’il ne peut s’en remettre à un salut divin.

Panne d’inspiration et de désir

C’est à force de nager à contre-courant vers un idéal régulateur inaccessible que Abe a fini par épuiser sa capacité d’expression dans le monde concret. Déprimé, désabusé, il est en panne de créativité, d’inspiration et de désir. Le seul remède à cette âme métaphysique en peine de convaincre, devient le sort que lui réserve la roulette russe, ou à défaut, le passage à l’acte, enfin !

C’est alors qu’intervient la relation vieux libidineux / jeune fille évanescente, si chère à Woody Allen. Jill Polar, l’étudiante préférée de Abe, pense qu’il devrait retomber amoureux, d’elle évidemment. Mais le Prof-Grincheux voit les choses autrement. Ce n’est pas dans les sentiments qu’il compte s’investir, mais dans « la bonté de son vouloir ».

Il refuse aussi les appels de sa collègue La-Prof-Désespérée qui lui fait des avances tous azimuts. Il a pour seule motivation de mener à bien le projet qui l’excite : passer à l’acte pour faire le bien, par devoir et non par intérêt comme le préconise le penseur du Königsberg.

Panne d'Inspiration et de vitalité, malédiction ou condition humaine?
Panne d’Inspiration et de vitalité, malédiction ou condition humaine? (Photo Gravier Productions)

Vivre d’un acte, fût-il absurde ou criminel

Agir -quitte à sombrer dans le mal radical- mais agir en vue d’un bien universel, pour que le monde soit meilleur. Telle devient l’obsession du Prof-Buveur-de-Whisky. Il s’agit surtout de sortir de l’impasse, celle où son désir s’est lamentablement échoué, pour tenter de réactiver sa joie de vivre. Mais à l’instar de ces deux étudiants de Chicago qui, en 1924, invoquaient le surhomme de Nietzsche pour justifier de l’assassinat «gratuit» d’un enfant (comme le raconte Meyer Ervin dans Crime), Abe donne du sens à son acte en utilisant la philosophie qu’il enseigne à contre-emploi.

C’est ce retournement qui fait basculer le scénario du tragique au comique, le professeur déglingué se révèle être plein de charme au moment même où il se désincarne radicalement de tout ce qu’il enseigne. Le film de Woody Allen garde une certaine tension tout au long du périple du Prof-Assassin, mais il reste dominé par un vent de légèreté, voire même une certaine nonchalance du réalisateur. Moins ronflant que dans Magic In The MoonLight, la leçon est au final humoristique bien davantage que morale ou philosophique.

Même l'amour n'a de valeur que pour celui qui a déjà donné du sens à sa vie
Même l’amour n’a de valeur que pour celui qui a déjà donné du sens à sa vie (Photo Gravier Production)

Avec le comique tendresse, le crime imparfait est délicieux

Le crime reste toujours imparfait, par essence mais aussi par envie. À force de nous transporter dans un décor bucolique et de nous faire évoluer dans une histoire dépourvue de toute fioriture, Woody Allen fait de ce récit (censé être macabre) un moment plutôt agréable qui nous recentre sur des personnages très attachants. Pour notre plaisir, L’Homme Irrationnel fait encore entendre ce ton incomparable de la politesse du désespoir propre au cinéaste new-yorkais préféré des français. Et puis, nul ne peut résister au charme de Joaquin Phoenix.

« Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissante », disait Kant : « le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi »… Deux choses ne lassent jamais dans un Woody Allen : le choix de ses acteurs, et l’idée d’une créativité qui –même si elle est un peu redondante-  ne s’arrête jamais.

La solitude et le sentiment d'étrangeté face au réel, est-elle l'apanage des philosophes?
La solitude et le sentiment d’étrangeté face au réel, est-elle l’apanage des philosophes ? (Photo Gravier Production)

À voir à Strasbourg, dans les cinémas UGC Ciné-Cité et Star Saint-Exupéry

Un jeu pour revivre l’histoire de la construction de la cathédrale de Strasbourg

Un jeu pour revivre l’histoire de la construction de la cathédrale de Strasbourg
Capture d'écran du jeu Millenium Quest. (Photo/MéthodIntheMadness/cc)
L’essentiel du jeu se déroule autour de la cathédrale, qui évolue en fonction des époques (capture d’écran / MitM)

Millenium Quest est un jeu vidéo qui vient clore les célébrations du Millénaire de la cathédrale de Strasbourg. On y comprend comment s’est échafaudé l’édifice et les choix qu’ont dû opérer ses architectes successifs.

Qu’est-ce qu’un boulin ? Pourquoi parle-t-on d’écharpe en architecture ? À quoi servait la corde à treize noeuds ? Pour s’instruire sur la construction de la cathédrale de Strasbourg, dès 1015, on peut se plonger dans l’abondante littérature existante, visiter le musée de l’oeuvre Notre-Dame ou, puisqu’on est en 2015, utiliser un jeu vidéo. C’est le pari de Millenium Quest : retracer l’histoire de la construction de la cathédrale à travers les âges, par l’intermédiaire d’un jeu d’aventure sur tablettes et smartphones (disponible sur GooglePlay pour Android et AppleStore pour Apple).

Le petit bonhomme doit parcourir les âges et les abords de la cathédrale pour se faire expliquer les étapes de la construction (capture d'écran / MitM)
Le petit bonhomme doit parcourir les âges et les abords de la cathédrale pour se faire expliquer les étapes de la construction (capture d’écran / MitM)

Une appli à 26 000 euros

Pendant un an, de septembre 2014 à septembre 2015, Strasbourg a célébré les 1 000 ans de sa cathédrale. Dans ce contexte, la Ville a lancé un appel d’offres pour créer des outils digitaux permettant de mettre en avant le patrimoine et l’oeuvre architecturale.

Quatre projets ont été retenus : une visite de la cathédrale en réalité virtuelle, une maquette de l’édifice, une application dévoile ses secrets et Millenium Quest. Les projets, ainsi que d’autres sélectionnés, sont présentés lors d’une exposition, « Monuméric » au Palais Rohan du 22 octobre au 3 janvier 2016.

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La progression dans Millenium Quest se fait par la réalisation de tâches (photo Method in the Madness)

Millenium Quest a été entièrement réalisé par Method in the Madness, un studio voisin de Rue89 Strasbourg à La Plage Digitale, pour un coût de 26 000 euros. Dans l’équipe, ils sont quatre à avoir travaillé sur le projet pendant deux mois : Martin Kuppe, Jean-Michel Stenger, Vivien Pfrimmer et Benjamin Buchwalter.

Capture d'écran du jeu Millenium Quest (Photo/MéthodIntheMadness/cc)
Les informations sont communiquées lors des dialogues avec les princes et les anonymes de chaque époque (capture d’écran / MitM)

Une très pratique montre à remonter le temps

Le jeu consiste à récupérer huit fragments de la rosace, éparpillés sur les mille années de l’histoire de la cathédrale. Grâce à une très pratique montre qui remonte le temps, le joueur, qui contrôle un petit personnage, doit aller à la rencontre des princes, évêques et seigneurs qui ont participé à la construction de la cathédrale, mais aussi parler aux ouvriers, charpentiers, tailleurs de pierre, soldats et autres, afin de récupérer auprès d’eux divers objets.

C’est un jeu relax, un documentaire, comme l’explique Martin Kuppe :

« Ce jeu s’adresse à ceux qui aiment lire, qui veulent connaitre l’histoire de la ville et de la cathédrale, pas aux gamers. Nous avons mis l’accent sur les textures et un peu moins sur les formes, pour que le jeu soit fluide sur smartphones, qu’il n’utilise pas trop de ressources, ni de mémoire et qu’il charge vite. Le graphisme de la cathédrale est basé sur un modèle fait par un architecte pour le documentaire “le défi des bâtisseurs de cathédrales” diffusé sur Arte. Pour les commentaires, j’ai fait des recherches sur le web, dans des livres. J’ai retracé l’histoire de Strasbourg via une quarantaine d’événements importants : la révolution, la libération, la ville impériale etc, tout en équilibrant entre les dates pour avoir une continuité dans l’histoire. »

La géolocalisation trop complexe près de la cathédrale

Dans le projet de départ, Martin Kuppe pensait utiliser la géolocalisation des téléphones au lieu d’utiliser un avatar. Mais il a fallu y renoncer :

« L’idée initiale était que le joueur se balade autour de la cathédrale. Pour voyager dans le temps, au lieu de cliquer sur la montre, il aurait dû se rendre systématiquement devant l’horloge astronomique pour pouvoir voyager dans le temps dans le jeu. On avait pensé à une dizaine de lieux à activer avec l’application. Mais le système de balises de détection était trop compliqué à mettre en place autour de ce bâtiment historique. »

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Capture d’écran du jeu Millenium Quest (photo/méthodinthemadness/cc)

Millenium Quest permet de replacer les choix architecturaux dans le contexte de l’époque. Comment les croisades ont permis l’instauration du style gothique en France voisine, et comment cette architecture s’est ensuite imposée au sein du Saint-Empire germanique par exemple. On comprend que l’ambition architecturale de la cathédrale découle directement des luttes de pouvoir entre les évêques impériaux, qui ont su capitaliser sur les drames successifs comme l’incendie de 1176 pour construire plus haut, plus beau.

L’ensemble du jeu peut être complété en quelques heures, selon la capacité de lecture. Il ne présente aucune difficulté et ne demande aucune adresse particulière. On peut regretter qu’il ne propose pas d’illustrations sur des détails de l’architecture, en soutien des textes. Mais si le jeu ne transforme pas tous les joueurs en érudits ès-Notre-Dame, il permet quand même d’acquérir une vision des grandes étapes de la construction de la cathédrale et de l’histoire de Strasbourg.

Aller plus loin

Sur Google Play Store : l’application pour smartphones et tablettes Android

Sur Apple Store : l’application pour smartphones et tablettes iOS

Sur Rue89Strasbourg : Les 8 savoirs indispensables sur la cathédrale de Strasbourg.

 

Y aller

Monumeric, exposition des projets numériques du millénaire de la cathédrale, du 22 octobre au 3 janvier 2016, du mercredi au samedi de 14h à 18h et le dimanche de 10h à 18h, galerie Heitz, Palais Rohan, 2 place du château à Strasbourg. Entrée libre.

« Répétition » ou les méandres des relations humaines au TNS

« Répétition » ou les méandres des relations humaines au TNS
"Répétition" de Pascal Rambert, ronde de paroles (Photo Jean-Louis Fernandez)
« Répétition » de Pascal Rambert, ronde de paroles (Photo Jean-Louis Fernandez)

Répétition, deuxième spectacle de Pascal Rambert accueilli cette saison après Clôture de l’amour, est présenté au TNS du 21 octobre au 7 novembre. L’occasion de continuer à présenter un certain nombre d’artistes associés au public strasbourgeois, tout en lui offrant une plongée rude et parfois drôle dans le système des relations humaines.

Pascal Rambert, auteur, metteur en scène et chorégraphe de Répétition, est considéré par certains comme une des étoiles les plus brillantes du théâtre contemporain français. Directeur du T2G-Théâtre de Gennevilliers depuis 2007, il travaille à manifester en permanence un attachement sans faille à ce qu’il y a de plus vivant dans le spectacle : auteurs contemporains, comédiens, danseurs, corps et voix. Cette connivence avec la vision du théâtre de Stanislas Nordey prend, pour ce début de saison, des allures de manifeste.

Pascal Rambert à la table de travail avec les acteurs de "Répétition" (Photo Jean-Louis Fernandez)
Pascal Rambert à la table de travail avec les acteurs de « Répétition » (Photo Jean-Louis Fernandez)

Dream Team

La liberté du texte naît de la matière : c’est en travaillant la langue en fonction de corps, de voix, d’identités précises de comédiens en chair et en os, que Pascal Rambert peut se défaire de chaînes académiques car sa langue trouve son ancrage dans les comédiens et non dans un texte de papier. Répétition est écrit pour un quatuor d’acteurs de haut vol : Stanislas Nordey himself, mais aussi Audrey Bonnet, Emmanuelle Béart et Denis Podalydès.

Créé en 2014 lors du Festival D’Automne, Répétition s’inscrit dans le prolongement de Clôture de l’amour, créé trois ans plus tôt. Leur succession pour cette ouverture de saison au TNS tient donc d’une certaine évidence, d’autant que la plupart des protagonistes sont, d’une façon ou d’une autre, artistes associés de la vénérable maison strasbourgeoise (et de la Comédie Française). Pour toutes ces raisons, l’on a envie de dire : « attention événement » !

Denis Podalydès dans "Répétition" (Photo Jean-Louis Fernandez)
Denis Podalydès dans « Répétition » (Photo Jean-Louis Fernandez)

Implosion du système humain

Quatre amis, deux couples se retrouvent pour répéter leur nouvelle pièce, autour de Staline et du communisme, avec Tchekhov en arrière-plan. Un auteur, un metteur en scène, deux actrices : ils travaillent ensemble depuis longtemps, ils ont un passé de désirs et de vécus communs qui les lie et façonne. Ensemble, ils forment une « structure », une famille qu’ils se sont choisie.

La pièce commence au moment où l’on passe au présent, au moment où ce qui constitue et cimente cette histoire partagée est remis en question par un regard de Denis à Emmanuelle. Audrey Bonnet, bloc de rage et de colère, entame la pièce en attaquant les autres protagonistes, avec une puissance fulgurante.

La colère d’Audrey Bonnet laisse la place au plaidoyer très incarné d’Emmanuelle Béart sur le droit à la jouissance : « Moi aussi je veux voir et toucher. » L’histoire de cette pièce est avant tout la représentation d’un système, une mécanique presque mathématique où les comédiens se répondent tour à tour en symétries physiques, textuelles et intellectuelles. Ce système forme une ronde et donne à chacun une « fenêtre de tir », un droit d’exprimer son point de vue, son regard sur un instant T. Le texte est asséné, scandé à grands renforts d’interpellation des comédiens par leurs prénoms mais aussi d’adresses au public, aux enfants, à la jeunesse.

Emmanuelle Béart est "Emmanuelle" dans "Répétition" (Photo Jean-Louis Fernandez)
Emmanuelle Béart est « Emmanuelle » dans « Répétition » (Photo Jean-Louis Fernandez)

Le syndrome du théâtre dans le théâtre

Les mauvaises langues diront que Répétition est une énième représentation du théâtre se mirant dans son propre nombril… La mise en abyme est encore plus ostentatoire si l’on considère son écho à Clôture de l’amour, comme un prolongement et une augmentation d’une variation sur le même thème.

Cette mise en abyme répétée à l’infini se reflète aussi dans ce décor de salle de gym, qui n’en est pas vraiment un car il affiche ostensiblement tous les artifices de sa tromperie : hauteur nue au dessus du plateau, pendrillons traînant au sol en rouleaux, dénonciation volontaire du « quatrième mur » entre la salle et la scène par les allers-retours des comédiens.

Le territoire de la scène est celui de l’imposture, la « fabrication d’un hologramme collectif » selon le texte de Répétition. Denis Podalydès, qui joue Denis dans la pièce (car chacun est appelé, de façon troublante, par son propre prénom), l’affirme : « Le langage est là pour supporter l’abysse ». La fiction permet d’assumer la douleur, la déchirure, le drame, l’explosion.

Des rires arrachés par de brusques décalages

En ce sens le théâtre de Pascal Rambert est aussi classique qu’on puisse l’être : un reflet aigu, mordant et désespérément drôle de la vie, de relations humaines complexes entre des hommes, des femmes, des amis, des amours et des partenaires de travail. Et c’est par cet effet de distance et de catharsis qu’il arrache des rires à la salle, par ses décalages inattendus et ses brusques retournements.

Stanislas Nordey et Audrey Bonnet (Photo Jean-Louis Fernandez)
Stanislas Nordey et Audrey Bonnet (Photo Jean-Louis Fernandez)

Chacun use alors de toute l’énergie et des mots qu’il possède pour expliquer et justifier le basculement d’une structure commune à celle de quatre identités individuelles et singulières. Est-ce la fin de l’idée de la communauté ? La fin des idéaux, des utopies ? On préférera à cette lecture socio-historique celle, plus immédiate, d’une plongée en humanités troubles et grinçantes. Celle de Denis par exemple, qui dit : « L’artiste est un psychopathe qui n’hésite pas à tuer pour l’accomplissement de son œuvre ».

Il n’en reste pas moins que le message de la pièce, porté par des comédiens aussi chevronnés que convaincus, est une véritable interpellation à la salle, un appel au réveil et au mouvement. Stanislas Nordey le scande avec force, tendu et tremblant : « On va prendre la parole et la jeter à la figure des personnes ici présentes! » C’est, semble-t-il, pour éviter le désastre d’un monde sans idéal que la jeunesse doit être interpellée. Et le final du spectacle, s’il amène avec lui la magie et la légèreté tout à fait inattendue de Claire Zeller, ne suffit pas à remettre tout à fait le spectateur des interpellations dont il a fait l’objet auparavant. C’est peut-être aussi bien.

L’autre saison, en écho à Répétition

Saison parallèle, gratuite mais sur réservation, l’autre saison du TNS propose plusieurs événements dans le sillage du spectacle Répétition : une conférence sur « Marx, le communisme : aujourd’hui et demain » le 7 novembre, mais aussi un spectacle de et avec Denis Podalydès : Ce que j’appelle oubli, les 24 et 31 octobre. Dans la même période on aura aussi l’occasion de rencontre Claudine Galea, artiste associée, le 9 novembre. Tous les renseignements sont à retrouver sur le site de l’autre saison du TNS.

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Doucement, des industriels du port se convertissent à l’économie circulaire

Doucement, des industriels du port se convertissent à l’économie circulaire
Le port fluvial de Strasbourg est le deuxième le plus important de France, après Paris (photo PF / Rue89 Strasbourg)
Le port fluvial de Strasbourg est le deuxième le plus important de France, après Paris (photo PF / Rue89 Strasbourg)

Une petite révolution anime les industriels installés au port de Strasbourg. Habitués à se focaliser sur leur entreprise, une vingtaine d’entre eux se convertit doucement aux principes de l’économie circulaire. Aussi appelée écologie industrielle, cette pratique propose de favoriser les échanges entre voisins. Objectif, réduire sa consommation, voire gagner de l’argent.

Les entreprises ont toutes des cartons à jeter ? Cela tombe bien, Blue Paper les recycle. Soprema a une chaufferie hybride qui brûle du bois ? Ses voisins lui revendront leurs morceaux inutilisés. Tout le monde a des palettes cassées ? Simply Market dispose d’un atelier et va en faire profiter tout le monde.

Voilà le quotidien que veut développer le Port autonome de Strasbourg (PAS) pour les entreprises qu’il héberge. Il n’est pas question d’altruisme, les échanges se déroulent dans le cadre de contrats, mais d’amélioration d’image et même de compétitivité. Étonnées au début, méfiantes, les entreprises ont vite compris leur intérêt.

Au port, on s’inquiétait des projets urbanistiques

L’idée vient de l’association Idée Alsace (financée par la Région Alsace), dont le but est de favoriser le développement durable des entreprises. À l’époque, la structure fait encore partie d’Alsace qualité (les deux associations ont été séparées pour plus de visibilité en 2012). Guillaume Kauffmann, chargé de mission à Idée Alsace, se souvient que le déclic s’est opéré en novembre 2012 :

« L’idée de mettre en place un système d’économie circulaire remonte à plus longtemps, mais à l’échelle de l’Alsace on n’y arrivait pas car les entreprises étaient trop éparpillées. Lors de notre forum du développement durable, on s’est rencontré avec le responsable de l’économie verte de l’Eurométropole (à l’époque CUS) et par relations, l’idée est remontée au port autonome. »

À la fin des années 2000, les projets de constructions de logements par la municipalité vers le Rhin se précise. Du côté des industries du port, on se demande si leurs jours ne sont pas en train d’être comptés. En 2009, le groupement des usagers du port (GUP), sorte de syndicat des entreprises du Port, produit un cahier d’espérance où il détaille des pistes pour rester attractif et s’intégrer à la ville de demain.

Un peu d’inquiétude commence à poindre. Les nouveaux habitants vont-ils accepter de vivre près des industries, avec leur lot d’odeurs, de bruit, de pollution (3% de l’ensemble des émissions de CO2 de l’Eurométropole) ou des bâtiments parfois peu attrayants ?

25 entreprises sur plus de 300 sont associées à l'économie circulaire dans le port de Strasbourg. Il s'agit des plus grosses industries (doc. remis)
25 entreprises sur plus de 300 sont associées à l’économie circulaire dans le port de Strasbourg. Il s’agit des plus grosses industries (doc. remis)

C’est un début…

À travers le GUP, Idée Alsace et le Port autonome approchent alors une quinzaine d’entreprises pour mettre en place l’économie circulaire, qui doit améliorer l’image des industries. Guillaume Kauffmann se rappelle :

« Cela nous a beaucoup aidé de passer par le GUP. Si l’on avait dû démarcher chaque entreprise cela aurait pris beaucoup plus de temps et ce n’est pas sûr qu’elles auraient toutes compris si vite ce qu’on leur voulait et leur intérêt. »

Le projet en est à sa troisième phase. Pendant la première, de 2013 à 2014, une quinzaine d’entreprises ont été associées. Idée Alsace, avec l’aide du bureau d’études suisse Sofies, a cartographié l’ensemble des flux, c’est-à-dire toutes les matières ou fluides qui entrent et ressortent des entreprises du PAS. Sur le millier recensé, l’association estime qu’une vingtaine est échangeable entre les entreprises.

En 2014-2015, la deuxième phase a travaillé sur deux flux : l’achat en commun d’énergie et le recyclage de carton. Depuis 
février 2015, Punch Powerglide, SIL Fala et Soprema revendent leurs déchets de carton à Blue Paper, ce qui limite les trajets routiers. Pour Olivier Weymann directeur d’usine de Soprema, ces premiers projets sur des points parfois secondaires doivent amorcer des futures collaborations plus ambitieuses :

« Les échanges sont encadrés par une charte du recyclage. C’est l’entreprise Schroll qui collecte les cartons, qui doivent être rétribués au prix du marché, donc cela revient au même prix pour Blue Paper que de s’approvisionner en Chine. Cela parait du bons sens, mais quand on est soumis à la concurrence, on peut-être tenté d’aller au moins cher et sur le terrain il y a toujours des détails pratiques à mettre en place qui font renoncer. Avec ce cadre, personne ne peut être perdant. Les retombées pour nous sont surtout en termes d’image, mais si on n’arrive à s’entendre sur ça, on peut y arriver sur des domaines plus stratégiques à l’avenir. »

Le projet déjà à sa troisième phase

En effet, la quantité de papier récupérée par Blue Paper auprès de ses voisins ne représente que quelques centaines de tonnes sur les 300 000 qu’elle utilise chaque année. Cinq entreprises ont aussi groupé leur achat d’électricité. Cette fois-ci, l’économie est plus convaincante : 120 000 euros au total, soit près 24 000€ chacun, grâce à un meilleur rapport de force. Lorsque le contrat d’autres industriels sera échu, ils rejoindront ce groupement.

Cet automne, s’ouvre la troisième phase. Il faudra organiser les coopérations sur cinq nouveaux flux : les résidus organiques, à revendre pour de la méthanisation pour Soli’vers, les déchets en bois secs, qui intéressent la chaufferie par gazéification de biomasse de Soprema, la mutualisation des réparations de palettes dans l’atelier de Simply Market, l’achats en commun de services et consommables allant de la garderie aux ramettes de papier et permettre l’accès à l’atelier de maintenance de camions

L’approfondissement plutôt que l’élargissement

Les retombées sont encore difficiles à chiffrer, mais d’après Idée Alsace elles pourraient atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros sur 3-4 ans. Car au-délà des principes écologiques et d’image, le port autonome comme ses usagers souhaitent que l’économie circulaire renforce la compétitivité de ses entreprises.

Désormais, 25 entreprises sont associées à la démarche. Sur plus de 300 sur le site, ce total peu paraître faible. Mais pour Émilie Gravier, directrice du développement du Port autonome de Strasbourg, le plus important est désormais l’approfondissement plutôt que l’élargissement :

« Sur les autres sites, c’est souvent un gros industriel, comme Alstom à Dunkerque depuis 2001, qui a organisé une économie circulaire autour de son activité. Ici, nous sommes plutôt dans une démarche collective. Nous avons réuni les plus grosses entreprises du port, donc nous ne sommes plus en démarchage actif, mais si d’autres entreprises se manifestent, elles sont les bienvenues. »

Les industriels désormais mis à contribution

Il y a encore quelques années, les échanges entre dirigeants étaient rares, pour ne pas dire nuls. Chacun était convaincu d’avoir la meilleure optimisation et on ne s’échangeait pas ces informations, qui peuvent vite se révéler stratégiques. Désormais, le port demande une cotisation d’environ 1 000 euros par entreprises pour continuer à financer les réunions de travail. Vingt entreprises sont à jour de cotisation. Pour Olivier Weymann de Soprema, il est important de mieux se connaître :

« À part cafés Reck et cafés Sati (qui tous deux ne font pas partie des 25 entreprises du projet ndlr), il n’y a pas de concurrents directs sur le port, ce qui a facilité les premiers échanges. Maintenant, on se connait, on a nos coordonnées. Entre industriels, on voit qu’en échangeant des informations, chacun peut y trouver son intérêt. Et surtout, le port connait nos besoins désormais, ce qui n’était pas vraiment le cas avant. À plus long terme, on pourrait développer la question des énergies. »

Trouver une énergie à partager

Trouver une énergie à partager fait en effet partie des travaux à long terme du PAS et d’Idée Alsace. Mais les synergies semblent plus difficiles. Les entreprises ont des besoins en électricité ou en chaleur, mais ne rejettent pas grand chose d’utilisable.

Le projet de géothermie devait permettre à tout le monde d’avoir une source de chaleur et d’électricité. Mais face à l’opposition d’habitants de Kehl ou de Strasbourg, qui trouvaient le lieu inapproprié car soumis à un plan de protection des risques technologiques (PPRT), la société Fonroche à décidé de retirer son projet. Émilie Gravier comme Olivier Weymann pensent que pour développer une énergie commune, il faudra un engagement des acteurs publics.

TSPO : l’enquête prolongée et une réunion programmée le 5 novembre

TSPO : l’enquête prolongée et une réunion programmée le 5 novembre
le projet de TSPO a beaucoup évolué depuis le concept d'origine. Il prépare la venue du GCO (document de l'enquête publique)
Le projet de TSPO a beaucoup évolué depuis le concept d’origine. Il prépare la venue du GCO (document de l’enquête publique)

Le commissaire enquêteur du projet de Transport en site propre de l’ouest Strasbourgeois (TSPO) a décidé de prolonger de 20 jours l’enquête publique et d’y ajouter une réunion d’information. Une présentation du projet à la population qui n’était pas prévue initialement. Elle se tiendra le jeudi 5 novembre à la Maison des syndicats 1 rue Sédillot à Strasbourg.

L’aménagement du TSPO prévoit une voie ou des espaces réservés aux autocars du Réseau 67 entre Wasselonne et la place des Halles à Strasbourg pour garantir un meilleur temps de parcours. Le tronçon sur la RN4 et l’A351, deux routes gérées par l’État, est actuellement soumis à l’enquête avant une déclaration d’utilité publique par le préfet, ce qui déclencherait les fonds publics pour sa réalisation.

Une présentation du projet qui a étonné

Le 9 octobre, Rue89 Strasbourg décortiquait le projet. La solution retenue se trouve à mi-chemin entre deux options. Il n’est plus question de site physiquement séparé, mais d’une voie à côté de celle des voitures sur la RN4. Cette nouvelle voie pourrait accueillir des voitures lorsque si la circulation augmente. Or, les mêmes documents anticipent une augmentation de la circulation vers Strasbourg – une première – avec la construction du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg.

Une telle organisation faisait craindre pour l’efficacité du projet et que ce financement servait en fait un projet routier et non de transports en commun. Lors de l’enquête publique, les élus écologistes de l’Eurométropole ont demandé une réunion publique d’explications, car cette variante dénature le projet.

Le premier adjoint de la Ville de Strasbourg Alain Fontanel (PS) demandait à l’État d’apporter des garanties sur l’efficacité de l’aménagement pour que la municipalité prononce un avis favorable. De son côté, la première secrétaire du PS du Bas-Rhin, Pernelle Richardot, s’est déclarée contre le projet en l’état, tout comme pour le GCO, lors d’un débat public sur les transports dans la future grande région Alsace Lorraine Champagne Ardenne (ALCA).

Y Aller

Réunion d’information sur le projet de TSPO, jeudi 5 novembre à 19h, à la Maison des syndicats, salle B, 1 rue Sédillot à Strasbourg.

 

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : TSPO : comment l’État prévoit de détourner l’argent des cars pour la voiture
Sur alsace.developpement-durable.gouv.fr : les informations sur l’enquête publique du TSPO

Sur alsace.developpement-durable.gouv.fr : la notice explicative du TSPO

Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur les transports

Fin de partie pour le golf de la Sommerau

Fin de partie pour le golf de la Sommerau
La tractopelle déposée mardi n'a pas pu être utilisée (doc remis)
Le chantier avait timidement démarré en novembre, avant d’être bloqué par les opposants (doc remis)

À Saverne, on s’en doutait depuis la fin de l’été, mais la nouvelle officielle a été annoncée mardi soir lors d’une réunion du conseil syndical du golf de la Sommerau : le projet d’un golf public de 18 trous près de Marmoutier est abandonné. En cause, le retrait par l’État de son apport financier, 500 000€ que les élus locaux n’ont pas réussi à combler, d’autant que cet argent conditionnait une rallonge du conseil régional et du conseil départemental.

Le président du syndicat, Stéphane Leyenberger par ailleurs maire de Saverne, a donc préféré arrêter les frais, malgré plus de 1,8 million d’euros déjà dépensés par les collectivités partenaires (Saverne, communauté de communes de Marmoutier, Région Alsace…), dans un budget total prévu de 5,3 M€.

78 hectares cherchent preneurs

Dans ces conditions, les travaux de construction du golf ne peuvent débuter avant la fin du permis d’aménager, qui devenait caduc le 6 février 2016. Il faut dire que les pelleteuses se frottaient aussi à la résistance obstinée des opposants au golf, qui se tenaient prêts en cas de reprise des travaux à camper sur le site pour empêcher les ouvriers de travailler, du moins tant que les procédures juridiques qu’ils ont lancées contre la construction du golf ne sont pas arrivées à leur terme. Alsace Nature et l’Association pour la préservation de l’environnement de la Sommerau (Apes) contestent la déclaration d’utilité publique du golf, l’affaire doit être étudiée par le Conseil d’État.

Reste la question de l’avenir des terrains acquis, par expropriation pour certains. Rolande Einsetler, présidente de l’Apes, ne désarme pas tout de suite :

« Nous sommes très heureux, on le disait depuis 20 ans que construire un golf public à cet endroit n’était pas viable. C’est un morceau de nature qu’il faut préserver, nous resterons vigilants quant à la destination qui sera accordée à ces terrains. »

Très remonté, Dominique Klein, maire de Allenwiller et partisan du golf, s’est refusé à tout commentaire. De leur côté, les élus écologistes du Conseil régional se sont félicités de cette décision.