Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Richert / Masseret : ce qu’ils ont fait de différent

Richert / Masseret : ce qu’ils ont fait de différent
Philippe Richert (à g.) et Jean-Pierre Masseret (à d.) présidents de l'Alsace et de la Lorraine et adversaires pour les régionales. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Philippe Richert (à g.) et Jean-Pierre Masseret (à d.) présidents de l’Alsace et de la Lorraine et adversaires pour les régionales. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Les élections régionales de décembre en Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne (ALCA) opposent deux présidents de région en exercice : Jean-Pierre Masseret (PS) et Philippe Richert (« Les Républicains »). L’occasion, unique, de se demander quelles décisions différentes ont été prises en Lorraine et en Alsace au même moment.

D’habitude lors d’élections, le candidat sortant dit « tout ce que j’ai fait est génial » et les opposants répondent que « tout a été nul » ou à la rigueur losqu’il y a consensus, « oui mais ça a coûté cher ». Avec le regroupement des régions Alsace, Lorraine et Champagne – Ardennes (ALCA), deux présidents de région en exercice vont s’opposer lors des élections de décembre : Jean-Pierre Masseret (PS) en Lorraine et Philippe Richert (« Les Républicains) en Alsace. Qu’ont-ils fait de différent ? Rue89 Strasbourg passe à la loupe les choix des deux candidats.

Les compétences des régions concernent principalement les transports, les lycées, le développement économique, la formation et à partir de septembre 2017 les transports scolaires, sauf délégation aux départements. Les politiques actuellement en place devront être harmonisées lors de la fusion des collectivités dès le 1er janvier 2016, ce qui nécessitera probablement quelques années.

1. Le TER, des tarifs sociaux en Lorraine

La comparaison des systèmes de trains-express régionaux (TER) est périlleuse, car les offres et abonnements sont très différents. De plus, le territoire de la Lorraine est plus étendu et avec plus de distances entre le gares, ce qui rend plus complexe l’élaboration d’un service compétitif qu’en Alsace. On compte néanmoins 65 000 voyageurs par jour en Lorraine, contre 80 000 en Alsace. Les deux régions sont les plus ponctuelles de France. La Champagne-Ardenne, elle, se classe troisième.

La Région Lorraine prend en charge 76% des dépenses de fonctionnement du réseau, contre 66% en Alsace. Cette différence ne se répercute que très marginalement sur le prix du billet. Le prix moyen (tous types d’offres confondus) est de 0,71 centimes par kilomètre par voyage en Lorraine contre 0,76 en Alsace.

Comparaison des systèmes de TER


Un choix très différent est en revanche celui du type de tarification. En Lorraine, les personnes les plus modestes (demandeurs d’emploi, invalides, titulaires du RSA, etc.) bénéficient de 75% de réduction sur le tarif normal, valable pour un aller/retour en Lorraine par jour. Le billet pour se rendre à un entretien d’embauche dans la région est intégralement pris en charge avec Pôle Emploi.

L’Alsace connaît de multiples offres en fonction de l’âge ou du type de voyage (domicile-travail, domicile-études…), mais pas selon les ressources. On notera que la SNCF a réalisé un meilleur résultat net en Lorraine (5 millions d’euros), qu’en Alsace (3 millions d’euros) en 2014.

Les grands projet de la Région Alsace ont été la mise au norme de gares pour personnes handicapées, la réouverture de la ligne franco-allemande Mulhouse-Mülheim, le calculateur de trajet Vialsace, la construction d’un atelier de maintenance à Mulhouse ou la commande des nouveaux trains Regiolis, plus grands, mais qui ne permettent plus d’emmener son vélo. Les deux régions ont transformé certains trajets en lignes par autocars, mais de manière plus rapide en Alsace.

2. Une aide aux livres scolaires plus conditionnée en Alsace

C’est l’une des différences les plus claires. Le choix est inverse de celui de la tarification des trains. La gauche en Lorraine a choisi d’aider indistinctement toutes les familles à l’achat des livres pour leurs enfants lycéens en Lorraine. Elle s’échelonne de 40€ (pour les troisième années de CAP) à 100€ (pour tous les élèves de seconde).

En Alsace, ce soutien régional est limité à l’ensemble des lycéens de l’enseignement général, technologique et professionnel, dont les familles sont non-imposables ou payent moins de 1 000€ d’impôts nets avant corrections. Le montant de la prime de rentrée est de 100 € pour les élèves de l’enseignement général et technologique et de 70 € si l’élève est dans une filière professionnelle. On compte environ 18 000 bénéficiaires par an.

3. Santé : la prévention en Lorraine, la formation en Alsace

La Lorraine (tout comme la Champagne-Ardenne) a choisi de financer des actions de santé, une prérogative qui n’est que secondaire dans les compétences des régions. La Région Lorraine accompagne quelques actions de prévention avec des associations. Elle propose aussi une aide de 70€ pour l’acquisition d’une mutuelle pour les étudiants boursiers, dans la limite des 1 000 premières inscriptions. En Alsace, s’il n’y a pas de ligne budgétaire consacrée à la santé, la Région a choisi de soutenir la recherche médicale et d’intervenir dans le domaine scientifique. Le plus important d’entre eux est celui de l’Institut de chirurgie guidée par l’image de Strasbourg pour 10 millions d’euros en 2012.

La Lorraine a aussi participé au financement de maisons de santé, c’est-à-dire des infrastructures où plusieurs médecins libéraux se regroupent pour limiter les frais et les tâches administratives, souvent dans des territoires ruraux qui manquent de praticiens. Au niveau national, le PS a fait de ces projets l’un de ses axes de campagnes des régionales. Mais l’Alsace a choisi de ne pas investir dans de tels établissement, contrairement à la Ville et l’Eurométropole dans certains quartiers périphériques de Strasbourg, car la région ne connaît pas de « désert médical » si marqué, bien que certains secteurs du nord-ouest et du sud ouest de l’Alsace connaissent des difficultés.

4. Des aides aux apprentis

En Lorraine, une aide à l’achat du premier matériel pour 6 700 apprentis, entre 60 et 200€. Pour les plus démunis, la prise en charge de l’hébergement est totale. Cela a concerné 10 apprentis en 2014. En Alsace, l’aide s’échelonne entre 50 et 450 euros. Les aides directes en termes de transport, hébergement et restauration – versées aux Centres de formation des apprentis qui les reversent ensuite aux élèves – sont plus élevées en Lorraine (5,7 millions de budget contre 2,65 millions d’euros) pour un nombre d’apprentis similaire (14 921 en Lorraine), mais plus fort en proportion en Alsace (14 790 en 2014). L’Alsace soutient également les apprentis les plus défavorisés. Les deux régions aident aussi en cas d’expérience à l’étranger.

5. Des cartes pour les jeunes : le Multipass et Vitaculture

La Lorraine a choisi de regrouper plusieurs services sur la carte Multipass + (16-25 ans). Cette carte permet d’avoir son abonnement de transports Metrolor, mais aussi une réduction de 10€ sur la première licence sportive scolaire et sur des manifestations culturelles sélectionnées. La carte permet aussi d’accéder à la plateforme d’aide au logement pour les jeunes (LOJ’Toit), qui depuis 2012 a « accueilli et accompagné » 9 000 jeunes et permis à 1 300 personnes d’être logés ou relogés. Le principal but de cette plateforme est la mise en réseau.

En Alsace, la Carte Vitaculture permet d’aller à tarif réduit pour tous les 15-28 ans à des spectacles (5,5€) dans la région en dehors des agglomérations de Colmar, Mulhouse et de l’Eurométropole de Strasbourg qui connait déjà les cartes Atout Voir et Culture aux dispositions similaires (mais payante pour 7€). Les autres politiques envers les jeunes ne sont pas déclinées avec une carte mais se retrouvent dans les aides pour les stages en entreprises (300 bénéficiaires par an), les projets « Expériences de jeunesse » (80 bénéficiaires par an), l’animation de la vie lycéenne (700 000 euros) ou le concours « Alsace Terre de Jeunes Talents (5 à 6 récompensés) ».

6. Développement économique et innovation

L’Alsace a créé sa propre agence de développement économique (comme la Champagne-Ardenne), l’Agence d’attractivité d’Alsace (AAA – tourisme et prospection à l’international), contrairement à la Lorraine, dont l’administration gère directement cet aspect. À ce jour, il n’est pas clair si une grande agence sera crée en ALCA.

Les deux régions mènent des réflexions sur « l’usine du futur ». Le « livre bleu » produit par les trois administrations des trois régions note une différence dans le domaine de l’innovation :

« En Lorraine : Prestation d’intelligence économique aux créateurs et PME pour sécuriser les phases amont d’un projet d’innovation et des ateliers de partenariat-innovation pour rapprocher l’Université des entreprises dans le cadre d’un premier projet innovant.

En Alsace : soutien à la création d’entreprises innovantes, à l’intégration d’une personne dédiée à un projet innovant, à la structuration d’une première démarche d’innovation. »

Et en termes de développement économique :

« L’Alsace mise sur l’usine du futur, la fertilisation croisée, l’accompagnement sur mesure des entreprises en croissance ainsi que sur une politique offensive en matière d’attractivité dont le principal outil est la Marque Alsace.

La Lorraine entend faire levier sur l’initiative privée, afin de maximiser l’effet des fonds publics. Elle recherche systématiquement les partenariats opérationnels les plus efficaces (mutualisation entre entreprises, apport d’ingénierie, partenariats financiers,…). »

Dans son développement économique, la Région Lorraine a surtout ciblé la « Vallée européenne des matériaux, de l’énergie et des procédés (VEMEP). L’Alsace, aucun secteur particulier.

7. Un référendum raté partout

Les deux présidents ont tous les deux proposé un référendum lors de leur mandat et ont connu un revers. Jean-Pierre Masseret a mis au vote sur le projet de la gare « interconnectée » de Vandières, amenée à remplacer celle qui accueille le TGV à Louvigny (à mi-chemin entre Metz et Nancy), à une vingtaine de kilomètres. Le 1er février 2015, le « non » l’avait emporté avec 58,66% des voix pour ce projet à 100 millions d’euros. Mais le projet pourrait resurgir.

Philippe Richert avait proposé la fusion des deux départements et de la Région Alsace, avec le Conseil unique d’Alsace. Une majorité d’électeurs avaient voté « oui » (58%), mais pas dans le Haut-Rhin et la participation était trop faible dans le Bas-Rhin (il fallait que 25% des inscrits disent « oui »). Dans les deux cas, l’abstention avait été très importante (90% en Lorraine).

8. Impôts plus élevés en Lorraine, mais plus de rentrées en Alsace

Depuis la réforme de 2011, les conseil régionaux ne sont maîtres que de deux impôts : la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques), qui est au taux maximum partout (44,19 centimes par litre pour le gasole et 61,42 centimes pour l’essence sauf en Corse et dans le Poitou) et celui sur les chevaux fiscaux lors de l’immatriculation d’un véhicule voiture.

Ce dernier taux est plus élevé en Lorraine (45€ par cheval fiscal contre 36,5€ en Alsace), mais les recettes d’impôts directs par habitant sont plus fortes en Alsace (78,72€ par habitant contre 65,6€). La dernière rentrée directe pour la région, la taxe sur la valeur ajoutée des entreprises (TVAE), qui a remplacé le taxe professionnelle, obéit à un taux fixé au niveau national.

Les budgets par population

Les deux régions sont très endettées (386 euros par habitant en Lorraine et 415 en Alsace), car elles ont financé en partie la ligne Est du TGV, plus la fin de la ligne LGV en Alsace, pour le compte de la SNCF.

D’autres politiques différentes en Alsace et Lorraine ? Laissez les en commentaire !

#politiques publiques

Attaquée par les conservateurs turcs, Mine Günbay réplique

Attaquée par les conservateurs turcs, Mine Günbay réplique
Élue à Strasbourg, Mine Günbay n'entend pas se laisser intimider par les partisans d'Erdogan (Vidéo EJ / Rue89 Strasbourg)
Élue à Strasbourg, Mine Günbay n’entend pas se laisser intimider par les partisans d’Erdogan (Photo EJ / Rue89 Strasbourg)

Vidéo. – Attaquée par les conservateurs turcs après des propos critiques sur le régime d’Erdogan en Turquie, l’adjointe au maire Mine Günbay réplique en affichant ses soutiens et en indiquant qu’il n’est plus question de se laisser intimider.

Lorsque le 11 octobre, alors qu’elle vote au consulat de Turquie à Strasbourg pour les élections législatives turques, l’adjointe au maire de Strasbourg Mine Günbay publie sur Facebook un message parlant « d’État fasciste turc », en réaction à l’attentat ayant fait plus d’une centaine de morts à Ankara la veille, elle ne se doutait probablement pas qu’elle allait déclencher une telle vague d’indignations et de protestations.

Pourtant, depuis ses positions au moment des événements de Gezi à Istanbul, Mine Günbay se savait déjà scrutée par la frange conservatrice de la communauté d’origine turque installée en Alsace. Soutien indéfectible du régime islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan, ses membres ont vivement réagi aux propos de Mine Günbay sur les réseaux sociaux d’abord, puis en publiant une pétition demandant sa démission du conseil municipal de Strasbourg.

Il faut dire que toute critique de la politique du président Erdogan est de plus en plus mal tolérée. En Turquie, des librairies sont incendiées par des partisans de l’AKP, le parti au pouvoir et deux chaînes de télévision réputées proches de l’opposition ont vu débarquer la police dans leurs locaux pour les contraindre au silence, deux jours avant les élections législatives de dimanche !

Relativement discrète face à ce déferlement de haine et d’intimidations, Mine Günbay a finalement changé de stratégie depuis dimanche, qui a vu l’AKP obtenir une nouvelle majorité absolue à l’assemblée turque.

« Strasbourg laboratoire politique de l’AKP »

Pour Mine Günbay, « Strasbourg est devenue un laboratoire politique pour l’AKP » :

« Il y a des menaces contre mon intégrité physique, on m’indique que je ne pourrai plus sortir de chez moi. Je tiens à réaffirmer ici que je n’ai pas peur. Sur le territoire français, ce genre de pratiques et de propos ne sont pas acceptables. Tous les Franco-Turcs font les frais de ces méthodes d’intimidation, je parle aussi en leur nom. »

(Vidéo Emmanuel Jacob)

Les attaques ont commencé le 11 octobre. Parmi les premiers soutiens à l’élue strasbourgeoise, on retrouve l’Astu (ancienne association d’aide aux travailleurs turcs, dont Mine Günbay fut présidente), la fédération bas-rhinoise du Parti socialiste, Europe Ecologie-Les Verts Alsace, le Parti communiste, le Nouveau parti anticapitaliste, le centre culturel d’Anatolie de Metz, Osez le féminisme ou la Ligue des droits de l’Homme…

Mardi, deux jours après les élections en Turquie, le maire de Strasbourg, Roland Ries (PS), a réaffirmé sa confiance à Mine Günbay et appelé « à l’apaisement et au retour du dialogue serein qui anime habituellement notre cité ».

Weepers Circus en concert sur sa Planète des Songes

Weepers Circus en concert sur sa Planète des Songes
Weepers Circus
Weepers Circus (photo Damien Doiselet)

Les Strasbourgeois proposent un voyage fort émouvant sur la Planète des Songes, leur neuvième et nouvel album tout récemment publié. L’occasion pour le Weepers Circus d’ouvrir en grand les portes de son bel univers atypique et de proposer un nouveau spectacle. Rendez-vous vendredi 6 novembre à la salle des Fêtes de Schiltigheim.

À la fois globe-trotters et touches-à-tout de la scène française, les cinq poètes strasbourgeois du Weepers Circus ne cessent de surprendre. Par leur originalité, leur sensibilité, leur signature si singulière dans l’écriture, les harmonies et les mélodies. Et avec cette Planète des Songes, où se côtoient rêves et (parfois dure) réalité, c’est une nouvelle fois le cas.

« Une nouvelle énergie et une dynamique retrouvée »

Planète des songes
Planète des songes

Pour ce neuvième opus en près de vingt ans, les compositions sonnent plus brut, teintées d’une urgence live et d’une tonalité chaleureuse liée à l’enregistrement en analogique, tous les musiciens réunis ensemble, dans des conditions de concert avec un nouvel ingénieur du son, Jean-Sébastien Mazzero (qui a déjà collaboré avec une autre formation alsacienne, Chapel Hill). Un changement radical exposé par Christian Houllé, pianiste et claviériste du Weepers Circus :

« Avec nos précédents albums, on était arrivé au bout du processus, en enregistrant par exemple de manière séparée, parfois chacun de son côté. On a donc voulu se recentrer uniquement sur le groupe, sur nous cinq, avec un son qui fasse live. Ça nous a donné une nouvelle énergie, avec un son de groupe, une dynamique retrouvée, grâce aussi à la présence de nouvelles personnes autour de nous. On se sent vraiment revigoré ! »

C’est ainsi que le concert du 6 novembre sur la scène de la salle des Fêtes de Schiltigheim verra la participation exceptionnelle d’Eddy la Gooyatsh à la guitare, de Matskat sur deux titres (dont Le Boucher des belles dames) ou de Léopoldine HH, présente pour interpréter le très primesautier duo qui referme Planète des Songes :

« Oublie tes peines »

Ce conseil idoine de Léopoldine HH et de Franck George (Avant la fin du monde) s’attache à ne prêter attention qu’aux tranches de vie qui valent d’être vécues. Car le Weepers Circus connaît aussi ses moments difficiles et ses absents, comme Alexandre George, le chanteur-guitariste et cofondateur du groupe, en longue convalescence pour quelques mois encore, remplacé sur scène par Paul Grosse alias Paul d’Amour, bien connu des aficionados des Garçons Trottoirs.

Éric Kaija Guerrier, autre cofondateur, a, lui, quitté le « cirque des gens qui pleurent » en 2013 mais l’amitié supplante l’absence et une chanson, assurément la plus belle du disque, lui semble en quelque sorte dédiée : Syd, cinq minutes à la tonalité post-rock d’une noirceur éblouissante et d’une beauté obscure et poignante, qui prend aux tripes et émeut comme rarement par son intensité musicale et la force de ses paroles aux échos à la fois universels et personnels.

« Tu prends tes reflets pour des mirages d’été, chante Alexandre George. Pour sortir de la brume, pas besoin d’amertume, […] Tu t’es trompé de lune Syd, tu marches à l’envers Syd ».

Syd, comme Syd Barrett, le génie génial de Pink Floyd, mais aussi comme beaucoup d’autres, ceux que les aléas de la vie amènent quelquefois à se perdre. « Alex s’est beaucoup impliqué dans ce titre », confesse pudiquement Christian Houllé. Tout comme il lui tenait à cœur de ne pas rester silencieux face aux terribles événements racistes de Ferguson en août 2014 :

« C’est la première fois que le Weepers Circus écrit sur un fait d’actualité. D’habitude, on n’aime pas trop ça. D’ailleurs, ce n’est pas le propos de la chanson Ferguson de commenter ce qui s’est passé là-bas, avec le meurtre d’un jeune noir par un policier blanc. Mais tout cela est tellement dur, tellement fort qu’on ne pouvait pas rester muet. »

En duo avec Olivia Ruiz

En quarante minutes qui s’écoulent trop vite et onze compositions ciselées dignes d’un minutieux travail d’orfèvre, le Weepers Circus reste fidèle à ses racines bigarrées tout en réinventant son monde, capable de nous surprendre encore après presque deux décennies d’amour, de partage et de vie commune. Tous cinq entretiennent avec délicatesse la flamme qui les cimente mais les unit aussi à leur public.

On vibre donc avec eux sur des influences jazzy (La main), on entame un tour du monde enchanteur sans « plus aucune barrière pour nous stopper » (Je connais tous tes secrets), on se dit Au revoir sans mélo mais conscient d’une bien douloureuse réalité portée par l’orchestre symphonique des jeunes de Strasbourg et on se laisse allumer par l’érotisme gainsbourien magnifiquement interprété en duo avec l’incontournable amie fidèle Olivia Ruiz (De l’amour exactement) :

Un projet avec l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg

Planète des songes porte donc bien son nom, propice à la rêverie et à la balade d’une idée à une autre. Plus sobre que par le passé, la scénographie du nouveau spectacle (travaillée durant une semaine de résidence au Brassin de Schiltigheim fin septembre – début octobre) qui sera présenté le 6 novembre reprend cette formule avec un jeu sur les atmosphères et les lumières. Articulée en plusieurs tableaux, elle alterne entre mid tempo, rock, période intimiste et finale festif.

Hormis quelques rares dates en cet automne 2015 (notamment Le Divan du Monde à Paris le 13 novembre avec Matskat), la tournée de Planète des Songes commencera vraiment début 2016, sans omettre un autre projet excitant pour le Weepers Circus : une résidence prévue avec l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg au mois de février afin d’adapter Le Grand Bazar (livre-album publié en 2013) et donner sept représentations en mars prochain au Palais de la Musique et des Congrès.

Y aller

Les Weepers Circus, mercredi 4 novembre à 17h30 en showcase à la Fnac de Strasbourg et vendredi 6 novembre à 20h30 à la salle des fêtes de Schiltigheim.

Pourquoi les Églises chrétiennes font entrer l’Islam à l’école

Pourquoi les Églises chrétiennes font entrer l’Islam à l’école
Les Eglises chrétiennes veulent remplacer leurs enseignements de religion confessionnels par un enseignement commun interreligieux. (Photo LenDog64/Flickr/cc)
Les Églises chrétiennes veulent remplacer leurs enseignements de religion confessionnels par un enseignement commun interreligieux. (Photo LenDog64/Flickr/cc)

Verra-t-on en Alsace un cours sur toutes les religions à l’école publique ? Ce projet est porté par les Églises chrétiennes. Et il s’invite dans la campagne électorale des régionales. Lundi 2 novembre, Florian Philippot, candidat FN, s’alarmait de sa prochaine expérimentation au lycée. Dans la foulée des attentats de janvier, les autorités chrétiennes d’Alsace ont décidé de tendre la main aux musulmans et de concevoir un nouveau cours interreligieux à destination des élèves sans distinction de religion.

Lundi 2 novembre, Florian Philippot s’alarmait d’une prochaine expérimentation d’un enseignement de l’Islam dans des lycées publics d’Alsace-Moselle. Une tentative « d’étendre les lois issues du Concordat à l’Islam par des moyens détournés » selon le candidat du Front National à la présidence de la future grande région Alsace-Champagne Ardenne-Lorraine.

De quel projet s’agit-il ? Les principes de la religion musulmane, comme du bouddhisme, pourraient être enseignés dès la rentrée 2016 dans des lycées publics d’Alsace au sein des cours de religion dispensés aujourd’hui par les catholiques et protestants. Rue89 Strasbourg soulevait déjà la question en juin alors que la préfecture du Bas-Rhin ouvrait une réflexion sur l’enseignement de l’Islam dans l’enseignement public.

Le volontarisme de la préfecture se heurtait aux rigidités du droit local. Le Rectorat pointait que seules les Églises reconnues par les lois concordataires étaient à même de débloquer le dossier. Celles-ci confiaient qu’elles planchaient de leur côté sur une formule d’enseignement interreligieux, qui pourrait intégrer l’Islam. Depuis, ce sont bien elles qui ont pris la main.

Les Églises chrétiennes à l’initiative

Préfecture et acteurs musulmans ont pris acte des blocages juridiques qui s’opposent à l’organisation d’un enseignement autonome sur l’Islam, à côté des enseignements de religion catholique, protestant et juif qui existent déjà dans les établissements publics d’Alsace-Moselle. D’une part, le Conseil d’État avait rappelé en 2013 que le droit local des cultes peut se maintenir mais en aucun cas s’élargir à de nouveaux cultes.

Par ailleurs, l’enseignement de religion est organisé en Alsace et en Moselle via une instance qui réunit le Rectorat et les cultes reconnus par les lois concordataires pour fixer les programmes. Intégrer des responsables musulmans dans cette instance de validation nécessiterait un changement de réglementation de la part de l’Education nationale. Sans cela, toute initiative concernant un enseignement de l’islam ne peut émaner que des cultes reconnus.

Vers un enseignement commun interreligieux

En parallèle de la réflexion engagée par la préfecture, les Églises catholique et protestante ont justement amorcé au printemps leur propre réflexion sur une évolution de leurs enseignements de religion. Elles ont constitué une commission de travail sur la question composée d’enseignants de l’École supérieure de professorat et de l’éducation (ancien IUFM) et de l’universitaire strasbourgeois Francis Messner, spécialiste de droit des religions.

S’inspirant d’expériences étrangères, leur objectif est de produire un enseignement commun interreligieux dans des lycées et collèges volontaires qui se substituerait aux actuels enseignements confessionnels et ciblerait tous les élèves sans distinction de religion.

Exposer les mythologies grecques ou nordiques

Cet enseignement viserait à « éduquer au dialogue interreligieux et interculturel » dans des établissements secondaires où la diversité est déjà une réalité sociale. Les enseignants, qui resteraient choisis par les Églises, le dispenseraient indépendamment de leur appartenance religieuse. Concrètement, les Églises chrétiennes souhaitent fixer un socle commun de contenus puis rédiger les programmes définitifs avec des experts juifs, musulmans, bouddhistes et même d’autres religions.

Les mythologies romaines, grecques ou encore nordiques seraient aussi exposées aux élèves dans ce cadre. Une fois les programmes conclus, ils seraient présentés officiellement aux autorités académiques au nom des cultes statutaires, catholique, protestant et juif.

Sauver l’enseignement de religion

Cette tutelle des chrétiens sur un enseignement de religion plus large que le seul christianisme permettrait de ne pas remettre en cause le droit local existant. Au-delà du plan légal, cette solution contrerait la tentation du communautarisme à l’école, défendait cet été Pierre-Michel Gambarelli, directeur adjoint de la catéchèse scolaire catholique en Alsace, dans les pages de l’Ami Hebdo :

« On ne peut plus imaginer aujourd’hui un communautarisme, où les catholiques parleraient aux catholiques, les protestants aux protestants et les musulmans aux musulmans. Ce serait la pire des lectures de notre statut local. »

Christian Krieger, vice-président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace-Lorraine, confiait aussi à l’Ami Hebdo que le projet chrétien serait préférable à une introduction d’un cours supplémentaire sur l’Islam à destination des seuls élèves musulmans :

« Un morcellement de l’enseignement de religion ne me semble pas être une solution. La vocation de l’école républicaine est de rassembler les enfants dans une meilleure connaissance d’eux-mêmes et des autres. »

Un nouvel enseignement interreligieux au lycée pourrait permettre aux Eglises d’attirer de nouveaux publics dans leurs cours et de contrer la baisse de fréquentation. (Photo Ecole polytechnique/Flickr/cc)
Un nouvel enseignement interreligieux au lycée pourrait permettre aux Églises d’attirer de nouveaux publics dans leurs cours et de contrer la baisse de fréquentation. (Photo Ecole polytechnique/Flickr/cc)

Le projet de cours interreligieux se veut aussi une réaction au malaise après les attentats de janvier, défendait Christian Krieger :

« Derrière cette réflexion, il y a aussi la volonté des Églises d’assumer leur mission citoyenne. »

Attirer de nouveaux publics

Cependant, la refonte de l’enseignement de religion doit surtout permettre aux Églises de rebondir et d’attirer de nouveaux publics alors que leurs cours sont en constante perte de popularité. Un constat que confirmait Pierre-Michel Gambarelli :

« Beaucoup de professeurs attendent le feu vert des autorités pour pouvoir accueillir le plus grand nombre. Dans le secondaire, il nous faut évoluer, sinon on disparaîtra parce qu’on n’aura pas été en mesure de proposer une offre qui correspondait aux besoins des familles. »

Rappelons que l’enseignement religieux obligatoire est dispensé sur les heures de cours à l’école primaire, puis proposé en plus au collège et au lycée. Il est facile d’obtenir une dispense. Jusqu’au CM2, les élèves non-inscrits, suivent alors un cours de morale. Au collège et au lycée, ils sont libres. En 2010, 30% des collégiens et 14% des lycéens des trois départements suivaient ces enseignements. À Strasbourg, on compte même 72,4% de dispensés en primaire.

Ne pas oublier les athées et les agnostiques

Pour Christian Moser, du syndicat d’enseignants Unsa Éducation du Bas-Rhin, cité par l’Ami Hebdo, la voie interreligieuse portée par les Églises ne peut se substituer à un enseignement laïc du fait religieux. Comme plusieurs autres organisations en Alsace, son syndicat souhaite que le cours de religion devienne optionnel en primaire au lieu d’être inclus dans les 24 heures de temps scolaire obligatoire :

« On ne peut pas occulter la question religieuse à l’école, car elle fait partie intégrante de notre patrimoine et de notre culture. Mais il est indispensable qu’elle y soit abordée dans un cadre laïc et sans oublier les athées et les agnostiques. Le projet d’enseignement interreligieux va dans le bon sens, mais nous ne faisons pas confiance aux religieux pour construire un programme commun d’ouverture objectif. »

Convaincre les Musulmans

Les Églises ambitionnent une expérimentation de ce nouvel enseignement dès la rentrée 2016 dans quelques collèges et lycées volontaires puis un élargissement en 2017 pour une généralisation dans le secondaire à l’horizon 2018.

Pour l’heure, il leur faudra d’abord convaincre Musulmans et ensuite Bouddhistes de s’associer au projet. Annoncé dans les milieux chrétiens dès cet été, le projet a été présenté aux responsables musulmans fin septembre. Les représentants du Conseil régional du culte musulman (CRCM) d’Alsace ont déjà rencontré ceux des Églises à deux reprises pour l’évoquer. Si Murat Ercan, président du CRCM, qualifie l’initiative chrétienne de « louable », il annonce qu’une large consultation des responsables musulmans de la région est nécessaire avant toute prise de décision.

Le projet pourrait se limiter à l’Alsace. Les musulmans de Moselle n’ont eux pas encore été consultés et les autorités catholiques voisines resteraient réservées quant à l’idée de leurs homologues alsaciens.

#Christian Krieger#Christian Moser#Pierre-Michel Gambarelli

Kochersberg : marche contre une usine de méthanisation samedi

Kochersberg : marche contre une usine de méthanisation samedi
Une usine de méthanisation en Allemagne (Photo Wikimedia Commons / cc)
Une usine de méthanisation en Allemagne (Photo Wikimedia Commons / cc)

Un collectif « pour la sauvegarde du Kochersberg » organise une marche de protestation contre le projet d’installer une usine de méthanisation, qui prévoit de transformer 48 000 tonnes de déchets agricoles par an en biogaz à l’ouest de Strasbourg. La marche doit débuter devant la mairie de Wiwersheim samedi 7 novembre à 9h pour se rendre à Truchtersheim, au Trèfle où le collectif sera reçu par Justin Vogel », maire et président (LR) de la communauté de communes du Kochersberg (la CoCoKo, ça ne s’invente pas).

La méthanisation, ça ne sent pas bon

Cette usine permettrait de valoriser en énergie le lisier de porcs et de bovins, la fiente de volaille, la paille de maïs et d’autres résidus en provenance des exploitations agricoles alentours, mais le processus génère de mauvaises odeurs. L’usine doit aussi traiter les boues d’épuration et d’abattoirs, ce qui inquiète une partie des habitants alentours.

Du coup, un collectif de riverains s’est constitué contre l’implantation à Schnersheim de cette usine, qui bénéficie du soutien de la Région Alsace et de l’Ademe (Agence pour la maîtrise de l’énergie). Face à cette opposition, Justin Vogel espère trouver un autre terrain sur lequel tomberaient d’accord les porteurs du projet et les riverains. Faute de quoi, le collectif entend protester lors de la phase d’enquête publique prévue pour la fin de l’année. Sauf retard, le chantier devrait démarrer au début de l’année 2016 pour une usine opérationnelle à l’été 2017.

Y aller

Marche contre une usine de méthanisation, départ devant la mairie de Wiwersheim, samedi 7 novembre à 9h. L’événement sur Facebook.

 

Aller plus loin

Sur Les Échos : Du biogaz à l’ouest de Strasbourg

New York Express 2 : la jeune scène américaine bouscule le Maillon

New York Express 2 : la jeune scène américaine bouscule le Maillon
"Youarenowhere", à la fin de la semaine au Maillon Wacken (Photo Maria Baranova)
« Youarenowhere », à la fin de la semaine au Maillon Wacken (Photo Maria Baranova)

Le Maillon poursuit son parcours avec la scène underground new-yorkaise par le biais d’un jeune producteur américain, PS122. Deux de ses productions viennent faire pulser les scènes du théâtre de Hautepierre et du Maillon Wacken cette semaine, respectivement Yesterday Tomorrow et Youarenowhere. Un troisième opus, Relative Collider, sera accueilli en mai au Maillon Wacken. Rare et inspirant.

Bernard Fleury, qui signe sa dernière programmation à la tête du Maillon, expliquait à Rue89 Strasbourg en juin dernier au sujet du projet New York Express :

« Ce qui est remarquable avec les jeunes américains actuellement, c’est qu’ils ont un travail sur la forme extrêmement technique, très élaboré. Ce n’est pas compliqué, mais c’est très différent de ce qu’on a l’habitude de voir. Il n’y a pas de narration, il n’y a que des impressions. »

C’est presque sans surprise que l’on découvre, encore, qu’il faut tourner son regard du côté de la grosse pomme si l’on veut du nouveau (pas seulement d’ailleurs). Si les États-Unis sont très présents sur la scène, même alternative, des musiques actuelles, il est plus rare d’en avoir un échantillon sur un plateau de spectacle vivant. On peut donc se féliciter que Bernard Fleury ait associé le Maillon au Théâtre Garonne, au T2G-Gennevilliers (dans le cadre du Festival d’Automne à Paris) et aux scènes d’Arras et de Douai pour permettre aux spectateurs strasbourgeois de s’en prendre plein la vue (et plein les oreilles).

Algorithmes musicaux

La première de ces créations, présentée depuis hier soir au Théâtre de Hautepierre, est Yesterday Tomorrow de Annie Dorsen. Comme le nom de la pièce l’indique, ce spectacle interroge la question du temps par des algorithmes, méthode de manipulation numérique, programme informatique conçu par Pierre Godard (jeune artiste français qu’on retrouvera dans la pièce Relative Collider en mai) re-créant chaque soir une partition différente pour les trois chanteurs, Hai-Tin Chinn, Jeffrey Gavett et Natalie Raybould.

Véritable performance de chanteurs formidables, qui découvrent chaque soir en temps réel la partition qu’ils exécutent, la pièce trace une trame de la chanson mondialement patrimoniale Yesterday des Beatles jusqu’à Tomorrow, extrait optimistico-béat de la comédie musicale américaine Annie.

La genèse du spectacle est expliquée par Annie Dorsen à Marion Siéfert dans le cadre du Festival d’Automne à Paris :

« C’est donc la structure de la pièce : un passé et un futur connus et un présent totalement inconnu. Il y avait […] un point de départ plus personnel : j’ai 40 ans et je commence à penser que je suis arrivée au milieu de ma vie. J’ai ressenti de manière quasi viscérale quelque chose dont tout le monde m’avait parlé : l’impression que la vie n’apporte pas de résultat, mais qu’il faut quand même continuer à faire des choses. Je voulais donc trouver une manière de rester intéressée par le futur et de ne pas être oppressée par l’incertitude. »

« Les Beatles se retourneraient dans leurs tombes s’ils entendaient ça! »

Dès les premières minutes de la performance la salle du Théâtre de Hautepierre s’agite, trépigne en résonance avec la partition des chanteurs. Certaines personnes dans le public s’interrogent, parlent, et manifestent bruyamment leur exaspération devant cette performance au concept jusqu’au-boutiste. On entend chuchoter, assez clairement, dans les premiers rangs : « Les Beatles se retourneraient dans leurs tombes s’ils entendaient ça! » Plusieurs personnes, par grappes, se lèvent et quittent la salle. Une spectatrice l’affirme en sortant, l’air un peu déprimé : « ce spectacle donne un aperçu de ce que deviendra le monde de l’art quand il sera entièrement géré par des machines. »

Pourtant l’espace scénique de Yesterday Tomorrow a tout d’un intérieur bourgeois, cosy et bobo, avec des canapés un peu vintage et le lampadaire assorti au grand ficus. Les trois chanteurs y sont installés confortablement, et ont des chaussons douillets que n’importe qui souhaiterait avoir aux pieds en cette période de premiers frimas brumeux et bruineux. La lumière, au début, est chaude, les voix mélodieuses. L’harmonie est parfaite autour de ce passé rassurant, ce Yesterday encore tiède qui fond dans la bouche.

Mais le spectacle se laisse aller, lentement, dans l’aléatoire algorithme qui partitionne la soirée, qui transforme peu à peu la chanson familière en une mélopée inconnue. Les répétitions font rire les spectateurs qui ont bien voulu se laisser prendre au jeu, les sons incongrus de certains passages aussi. On croit y reconnaître, dans une apparente dissonance répétitive, des échos de gospel ou de chants grégoriens.

La lumière devient plus froide, les chanteurs se rapprochent les uns des autres. Chaque soir est différent, mais se termine assurément de la même façon, et c’est là l’ultime consolation, la récompense : Tomorrow est entonné à trois voix, à l’unisson, comme il se doit. La boucle est bouclée, c’est la fin de l’incertitude.

Vertigineux "Youarenowhere" (Photo Maria Baranova)
Vertigineux « Youarenowhere » (Photo Maria Baranova)

Perceptions chahutées

Cette semaine se poursuit par le très étonnant Youarenowhere de l’artiste Andrew Schneider. Seul en scène, c’est à travers une performance virtuose que Andrew Schneider perds les spectateurs dans un espace-temps extrêmement habité, entre théâtre, vidéo et installation. Créateur d’objets connectés (comme le Solar Bikini, maillot de bain chargeur d’Ipod), l’artiste est féru de nouvelles technologies et les utilise de façon très habile.

Si Youarenowwhere est une manière subtile d’utiliser tous les ressorts de ces technologies pour en faire des effets spéciaux particulièrement convaincants, la pièce est aussi une façon de dénoncer ce qui, dans cet environnement connecté, s’apparente à une disparition de l’espace.

Envoûtant de rapidité et d’habileté, le message n’en est pas moins sombre : cette perte de repère, vécue en direct par le spectateur, conduit à une disparition du réel matériel au profit du virtuel, du non-palpable, du nulle part. La performance hallucinée et hyper-précise resterait longtemps fichée dans l’esprit des spectateurs qui y assistent, comme un parfum entêtant, selon les critiques américains. Nous voilà prévenus.

« Accélérateurs de particules relationnelles »

C’est comme cela qu’on pourrait traduire « Relative Collider », selon Gérard Mayen. Présentée au Maillon Wacken en mai, la pièce a été créée le 8 mars 2014 à Paris, et elle est le fruit d’une collaboration entre la chorégraphe américaine Liz Santoro et Pierre Godard, ingénieur, performeur et metteur en scène français.

Trois danseurs et un « locuteur » se répondent à travers un mécanisme rythmé par un métronome. De façon circulaire, le système d’échange entre les corps et la voix s’altère progressivement en formant un mouvement continu. La partition est précise, sans faille, le résultat étonnant de virtuosité.

Et pourtant c’est bien d’humanité qu’il s’agit dans Relative Collider. C’est avant tout le jeu des regards des uns aux autres, danseurs entre eux, avec le locuteur, avec les spectateurs, qui structure la mécanique du mouvement. C’est ce contact qui lui donne vie.

Pas de narration, mais beaucoup de choses à dire

Les trois pièces de ce nouvel opus New York Express 2 révèlent des talents surprenants en terme de virtuosité et d’ingéniosité technique. Pourtant ce n’est pas tant cela qu’on en retiendra que le fait que chacune de ces création creuse et vrille au cœur de la structure intime. L’exposition nue et sans concessions de la mécanique humaine est une façon, assez singulière, d’en sublimer la beauté ou les inquiétudes, d’en dessiner des contours inédits.

Ces trois pièces sont donc une invitation lancée à la curiosité de chacun : gageons, chemin faisant, qu’il ne fait jamais de mal de se décentrer un peu.

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Pourquoi la Maison de l’Alsace à Paris est à vendre

Pourquoi la Maison de l’Alsace à Paris est à vendre
La Maison de l'Alsace à Paris devrait rouvrir début 2016 (Photo Éric Senet)
La Maison de l’Alsace à Paris devrait rouvrir début 2016 (Photo Éric Senet)

Joyau sur les Champs-Élysées, la Maison de l’Alsace à Paris est mise en vente par ses propriétaires, les conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Les deux collectivités, exsangues, ne veulent plus lâcher des millions pour un établissement aux retombées hasardeuses.

L’annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre : la Maison de l’Alsace à Paris, splendide immeuble sur l’avenue des Champs-Élysées à Paris, est à vendre. Acquis en 1968 par le Département du Bas-Rhin, l’annonce demande aux personnes intéressées de faire une offre pour ce bien « au cœur du quartier central des affaires », 2 200 m² sur « 7 étages et 3 niveaux de sous-sol », avec « au sommet, un espace événementiel de très grande qualité avec une vue unique sur l’Arc de Triomphe et la Tour Eiffel ».

Comment en est-on arrivé là ? Tout débute lorsqu’en 2012, d’importants travaux de rénovation sont engagés par les collectivités propriétaires, les deux conseils départementaux alsaciens. Des autorisations de programmes pour une douzaine de millions d’euros, supportés par les deux conseils généraux, sont votées. Les collectivités ne pouvaient plus attendre, la façade de ce bel ensemble haussmannien sis au 39 de l’avenue la plus chère d’Europe montrait d’inquiétants signes de délabrement et les bureaux n’étaient plus aux goûts du jour.

Une verrière au dernier étage… et de l’amiante

On en profite pour installer une verrière au dernier étage et mettre aux normes les cuisines du restaurant du rez-de-chaussée, L’Alsace, qui pourra doubler sa surface d’exploitation, sur 4 étages. Le loyer du restaurant, géré par les Frères Blanc, doit passer de 400 000€ par an à près d’un million d’euros. Mais alors que les travaux pour installer un monte-charge progressent, les ouvriers découvrent que le béton des fondations d’un immeuble voisin a débordé dans la cave.

Stupeur, constat et puisque nous sommes sur les Champs-Élysées, huissiers et cabinets d’avocats… Le chantier s’arrête et les complications commencent avec une bataille procédurière infinie pour laquelle les Départements votent, lors de plusieurs délibérations, le choix d’un cabinet d’avocats commun et des provisions financières. Autre détail imprévu : de l’amiante est découvert à proximité de l’espace de repos qui avait été aménagé pour les ouvriers dans les combles.

La Maison de l'Alsace en novembre 2012... Derrière les échafaudages, la galère. (Photo Greg Matter / MDAP)
La Maison de l’Alsace en novembre 2012… Derrière les échafaudages, la galère. (Photo Greg Matter / MDAP)

Entre les délais des expertises nécessitées par les procédures juridiques et le désamiantage, les travaux, prévus pour durer un an, ne devraient finalement être achevés qu’au premier trimestre 2016, soit plus de trois années de retard. La facture prévisible pour les Départements grimpe à « plus de vingt de millions d’euros » et encore, tout n’est pas compté dans ce chiffre, communiqué à la louche par le Bas-Rhin.

Pire, ces délais ont généré… de nouvelles procédures judiciaires. Le restaurant conteste le montant de son nouveau loyer et demande des indemnités, arguant que les travaux ont pénalisé son activité plus longtemps que prévu. D’autres enseignes voisines pourraient également initier des procédures similaires.

Les trous de la fermière

Mais ce n’est pas tout. La Maison de l’Alsace est gérée par une « société fermière », devenue une société d’économie mixte locale (SEML). Cette société vend des prestations aux entreprises, domiciliations, l’organisation de séminaires, de la location de salles ou de bureaux… Son chiffre d’affaire en 2011 était de près d’un million d’euros, des recettes abondées par les Conseils généraux, qui chaque année, votent entre 400 et 600 000€ de subventions.

À cause des travaux, la SEM n’a pu continuer son activité de location, se concentrant sur ses missions de rayonnement. Et il a fallu lui payer un loyer, pour ses bureaux « temporaires » rue de Marignan. Résultat : elle est devenue déficitaire et malgré un effectif réduit de 8 à 5 personnes, les Départements ont dû compenser ces pertes par de nouvelles subventions.

En septembre 2012 : "Prochainement" une nouvelle Maison de l'Alsace (Photo Greg Matter / MDAP)
En septembre 2012 : « Prochainement » une nouvelle Maison de l’Alsace (Photo Greg Matter / MDAP)

« Elle a manqué à qui la Maison de l’Alsace ? »

Lorsque le nouveau président du conseil départemental du Bas-Rhin, Frédéric Bierry (LR), découvre cette situation, il s’inquiète :

« On récupère chaque euro possible dans tous les services, j’ai l’intention de placer mon mandat sous le signe de la sobriété financière, ce n’est pas pour financer à fonds perdus un immeuble clinquant sur les Champs-Élysées ! On me dit que c’est un élément du rayonnement de l’Alsace, mais elle est indisponible depuis trois ans et personne n’est venu s’en plaindre. Elle n’a pas manqué au tourisme ni aux entreprises alsaciennes. Donc, je m’interroge sur son avenir, comme je dois le faire pour chaque denier public dépensé. S’il suffit de louer un centre d’affaires sur Paris, on règle la question avec un million par an. »

C’est le nouveau président du conseil départemental du Haut-Rhin et futur président du conseil d’administration de la Maison de l’Alsace, Éric Straumann (LR), qui a l’idée de mettre une annonce pour la vente de la Maison de l’Alsace :

« On a hérité d’une situation pour laquelle on ne maîtrise pas les coûts et il n’est plus question de continuer à dépenser autant d’argent. Donc on s’interroge sur son avenir et parmi les options, il y a la vente. Mais on ne sait même pas à combien peut se chiffrer le prix d’un tel immeuble… Sur ce type de bien, c’est la demande qui fixe le montant. C’est pourquoi on a publié cette annonce. »

La nouvelle Maison de l'Alsace est dotée d'une impressionnante verrière au sommet (Cabinet DRLW architectes)
La nouvelle Maison de l’Alsace est dotée d’une impressionnante verrière au sommet (Cabinet DRLW architectes)

Une vente à la surprise générale

Sauf qu’elle a été publiée un peu vite. Aucun des membres du conseil d’administration n’était au courant. Même son président, démissionnaire, le maire d’Obernai Bernard Fischer (LR) s’avoue surpris :

« On a été maladroits. La Maison de l’Alsace n’est pas vraiment à vendre… On s’interroge sur trois scénarios pour la suite, la vente n’est que la dernière option. Donc soit on garde la SEML avec un plan pour qu’elle devienne autofinancée, soit on externalise la gestion, via une délégation de service public (DSP). »

L’option DSP a été testée en 2014. Mais une seule offre a été déposée : celle de l’actuelle SEML avec son actuel directeur, Bernard Kuentz, qui avait fait jouer son carnet d’adresses pour demander à des entrepreneurs alsaciens d’investir. Dominique Formhals, P-DG d’Aquatic Show, était partant mais l’offre ne répondait pas à tous les critères de la DSP et surtout… c’était la seule, ce qui rendait délicat la légalité de l’opération.

La solution pour que la Maison de l’Alsace ne soit plus un centre de coûts n’est donc pas encore trouvée. De son côté, pour l’ancien président du conseil général du Bas-Rhin, le sénateur Guy-Dominique Kennel (LR), ce n’est pas l’important :

« La Maison de l’Alsace est un patrimoine qui appartient à tous les Alsaciens, il faut la gérer à long terme. Ce n’est pas un immeuble de rapport, mais on peut emprunter sur cet actif, qui vaut facilement 70 millions d’euros. Mais si on le vend, on fait quoi avec ? On paie une année d’allocations individuelles de solidarité (le RSA, ndlr) et l’année suivante, il faut vendre autre chose ? Sur l’ensemble de mon mandat, c’est un milliard d’euros de prestations qui n’ont pas été compensées par l’État, alors le Département doit mettre la pression sur l’État plutôt que vendre les bijoux de famille. »

À Paris, des visites de livraison de travaux doivent avoir lieu en novembre. Inutile de préciser que les deux conseils départementaux espèrent que cette fois, il n’y aura pas de surprise.

#Bernard Fischer

J’ai couru le marathon de l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau

J’ai couru le marathon de l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau
Une longue balade dans l'Eurométropole et en Allemagne (capture écran OpenStreetMap)
Une longue balade dans l’Eurométropole et en Allemagne (capture écran OpenStreetMap)

Coureur depuis plusieurs années sur de longues distances, je ne m’étais jamais aventuré sur la distance mythique du marathon avec ses célèbres 42,195 kilomètres. C’est désormais chose faite, puisque je me suis lancé sur celui organisé par l’Office de Sports de ma ville, Strasbourg: le marathon de l’Eurodistrict Strasbourg Ortenau. Récit de ma course.

BlogUne préparation et le départ

Il y a deux mois, quand j’ai mûri l’idée de franchir le cap du marathon, je m’étais dit que pour ne pas trop souffrir ou faire bonne figure il fallait s’engager dans un programme d’entraînements. Pullulant sur le net, j’en ai trouvé un qui se déroulait sur 5 semaines… J’ai tenu deux jours. Le jour J s’approchant petit à petit, je maintenais tout de même un rythme d’entraînement régulier.

Nous sommes le 25 octobre, le dossard « 429 » rouge et blanc autour de la taille, nous sommes quelques minutes avant le coup de feu du départ. Il est 8h50, les coureurs sont entassés derrière la ligne de départ dans la rue des Grandes Arcades. Je regarde autour de moi, j’observe ces gens qui allaient devenir mes concurrents. Nous sommes un peu plus d’un millier dans les différents sas de départ et je vois des coureurs qui se demandent un peu ce qu’ils font là, des coureurs anxieux, des décontractés, certains ne sont pas encore tout à fait réveillés, d’autres se font conseiller par un ami plus expérimenté, bref je vois et j’entends de tout.

Un petit discours de Claude Schneider, le directeur de course et président de l’Office des Sports de la Ville, qui donne ensuite le coup d’envoi. Le pistolet retentit, tout comme les « bips » des centaines de montres aux poignets des coureurs: c’est parti, et c’est même parti très rapidement.

Le coup d'envoi vient d'être donné (Photo Rue89 Strasbourg /AM)
Le coup d’envoi vient d’être donné (Photo AM / Rue89 Strasbourg)

Nous remontons la rue des Grandes Arcades en direction de la Place de l’Etoile à une vitesse fulgurante, allure que nous maintiendrons sur les quelques kilomètres qui suivront. Nous rejoignons le pont Vauban sous les applaudissements des nombreux spectateurs amassés dans les rues de Strasbourg. Plus loin, ça se corse, à l’approche du quartier du port du Rhin, le public se fait plus rare et passé la passerelle Mimram, il devient quasiment inexistant : les Allemands ne semblent que moyennement concernés par l’épreuve.

Pas grave, car passé la ville de Kehl (nous sommes au premier quart de la course), le paysage devient assez agréable, à travers les vergers allemands, proche des décors qu’apprécie le coureur de trail que je suis d’habitude. Nous sommes toujours à un rythme d’avion de chasse, même si je sens que la fraîcheur s’en va doucement.

Après avoir foulé l’asphalte allemande sur une quinzaine de kilomètres, nous regagnons la France, par le sud de l’Eurométropole via le pont Pierre Pfimlin. Ce pont que je trouve à l’habitude architecturalement impressionnant me fait pester tant son interminable montée me fait mal aux jambes. Nous sommes à la moitié de la course et ma vitesse de croisière commence désormais à régresser.

Et puis ça se durcit…

Les très nombreux bénévoles habillés en orange ou jaune fluo jonchés sur le bord des routes et aux croisements, appuyés par la force publique à certains carrefours, assurent la circulation pour nous ouvrir la route, nous laisser la priorité sur les voitures ou les promeneurs du dimanche, bref assurer notre sécurité. Après avoir longé les bois d’Illkich-Graffenstaden, nous regagnons un environnement urbain par la ville d’Illkich, environnement que nous ne quitterons plus jusqu’à l’arrivée.

Dans les rues, le parcours est à présent bien moins linéaire, plus cassant de par les angles à prendre. Petit à petit, le public refait son apparition et il est le bienvenu car le moral commence à prendre un sérieux coup de mou. Je fais impasse sur l’état de mes jambes que je ne vais pas tarder à ne plus sentir. Je souffre et les derniers kilomètres sont un supplice car je suis en train de vivre le fameux « mur » du marathonien, mais je cours en serrant les dents.

Malgré cette souffrance, je prends le temps de taper dans les mains des enfants jonchés au bord des rues avec leurs parents. Ensuite, nous regagnons Ostwald pour finalement rejoindre Strasbourg par la Montagne Verte. Un passage carrément sympathique dans le barrage Vauban, suivi de la traversée de la Petite France (sous les regards des touristes se demandant « pourquoi on s’inflige ça ? », la question mérite d’être posée !) et les pavés cassants nous ramènent vers la ligne d’arrivée à la Place Kléber qui était la ligne de départ 3h05 plus tôt.

La fin, enfin !

Je me mets à mon tour dans le public pour encourager les concurrents qui arrivent petit à petit. Une nouvelle fois, j’observe des visages souffrants, des visages souriants, des coureurs soulagés d’être arrivés au bout, certains passent la ligne d’arrivée avec leurs enfants dans les bras, d’autres sous les vives acclamations des familles parquées derrière les barrières. Je trouve toutes ces scènes très belles et émouvantes, et me dis que ces gens sont quelque part tous des vainqueurs.

Les coureurs sous les acclamations du public (Photo Rue89 Strasbourg /AM)
Les coureurs sous les acclamations du public (Photo AM / Rue89 Strasbourg)

Quant à moi, je me satisfais de ma 38ème place pour ce premier marathon bien que je souhaitais secrètement réaliser un temps sous la barre symbolique des 3 heures. Je paie une préparation complètement aléatoire et peut-être le repas XXL au fast-food l’avant veille…

J’ai beaucoup donné sur cette épreuve, mais également apprécié que Strasbourg ait offert aux coureurs ses rues habituellement empruntées par les voitures; quelques kilomètres supplémentaires dans la ville auraient cependant été intéressants, à l’image de ce qui est fait lors des Courses Europe de Strasbourg. Une belle expérience: j’invite les (plus courageux) coureurs Strasbourgeois à vivre la même lors des prochaines éditions.

Il vous reste une année pour se préparer.

Pas invitée à la pose de la première pierre des Black Swans…

Pas invitée à la pose de la première pierre des Black Swans…
(Dessin Laurent Salles)
(Dessin Laurent Salles)

La première pierre des futures tours Black Swans a été posée lundi. Les appartements, qui ne comptent aucun logement social, se sont très bien vendus à un tarif moyen de 4 800€ le mètre carré.

5 choses à savoir sur les listes des régionales dans le Bas-Rhin

5 choses à savoir sur les listes des régionales dans le Bas-Rhin

La droite, le PS et Europe Ecologie ont présenté leur liste du Bas-Rhin pour les régionales en ALCA (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Trois partis ont présenté leurs listes dans le Bas-Rhin pour les élections régionales en Alsace, Lorraine, Champagne – Ardenne (ALCA) de décembre et le dépôt de liste en préfecture débute. Rue89 Strasbourg fait le point.

La composition des listes électorales relève de l’exercice d’équilibriste. Il faut quadriller le territoire, tenir compte de la parité, s’appuyer sur l’expérience des uns et la jeunesse des autres, et respecter les différentes tendances, voire les accords électoraux. Dans le Bas-Rhin, 35 places pour 28 à 17 « éligibles » pour le vainqueur (selon le résultat et du nombre de listes au second tour) et une dizaine pour les battus.

Les ambitions des uns croisent la déceptions des autres, c’est la loi impitoyable des constitutions de liste. Voici comment s’y retrouver à un peu plus d’un mois des élections régionales en Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne (ALCA).

1. Les jeunes qui montent

L’ascension la plus fulgurante est celle d’Elsa Schalck (« Les Républicains »), 28 ans et numéro 2 sur la liste bas-rhinoise menée par Philippe Richert, actuel président d’Alsace. Suppléante à la région Alsace en 2014, elle remplace Nathalie Roos. Elle est aussi conseillère municipale à Strasbourg et déléguée nationale du parti dans le Grand Est auprès des jeunes. En tant que numéro 2, elle pourrait rafler l’une des nombreuses vice-présidences en cas de victoire de sa liste, tout comme André Reichardt (numéro 3) sénateur et donc confronté au cumul des mandats en 2017, s’il est membre de l’exécutif.

Au PS, pas de personnalités sous les 30 ans dans les 10 premiers noms, mais une moyenne d’âge plus basse : 39,9 ans contre 51 pour la droite. Derrière la nouvelle secrétaire départementale Pernelle Richardot (44 ans, adjointe au maire à Strasbourg), on retrouve Emmaunel Recht (37 ans), Séverine Magdelaine (40 ans, adjointe à Illkirch-Graffenstaden) et Paul Meyer (32 ans, adjoint à Strasbourg). Anne-Pernelle Richardot est la seule conseillère régionale sortante sur les 5 bas-rhinois élus en 2010. En trente-troisième position, Jean-Marc Willer, qui avait remplacé Jacques Bigot maire d’Illkirch et sénateur, passera la main pour se concentrer sur la commune d’Erstein dont il est maire.

Le FN mise aussi sur un rajeunissement et avec deux femmes quadragénaires comme tête de liste alsacienne, déjà candidates lors d’élections locales, bien qu’une bas-rhinoise parachutée dans le Haut-Rhin cause des remous et pose question sur le leadership dans le sud de l’Alsace depuis que la famille Binder est écartée. Plus bas sur la liste bas-rhinoise, on devrait retrouver Julia Abraham (23 ans), conseillère municipale à Strasbourg, battue au premier tour des départementales 2015 et issue d’une famille très engagée. Andréa Didelot (23 ans) incarne aussi le rajeunissement du parti.

2. Les récalés

La liste de Philippe Richert est favorite, mais devait respecter un accord avec l’UDI et le Modem, tout en laissant une petite place à la société civile (Laurence Dreyfuss-Bechmann, avocate en 10è position). Autant dire qu’il y a eu quelques moments « de tension » comme l’a lui-même souligné Philippe Richert. Le maire de Schiltigheim Jean-Marie Kutner (UDI) et vice-président du parti a découvert de nouveaux membres de son parti lors l’annonce de la liste, comme Frederic Pfliergesrdorffer (13è) et s’est ému de la mauvaise place accordée à son adjointe Patricia Huck, avant de dénoncer des méthodes qui ne « respectent pas les alliés ». Lilla Merabet vice-présidente sortante et numéro 14 en 2010 qui se revendiquait « société civile » en juin est aujourd’hui numéro 4 en tant que membre du parti UDI, formation laquelle elle était aussi candidate à Strasbourg en 2014. Le parti de centre-droit a ainsi placé 5 candidats dans les 19 premiers, pour respecter les quotas de l’accord. À part Bernard Stalter (5è), président de la Chambre des métiers et de l’Artisanat d’Alsace, et Pascal Mangin (9è, conseiller régional sortant) on compte peu de soutiens à Fabienne Keller, l’ancienne maire et candidate à la mairie de Strasbourg.

Au FN, il y aura certainement plus d’élus qu’avant, ce qui attise les ambitions. Reste qu’entre les jeunes qui montent (Abraham, Didelot), les militants historiques de la campagne (Laurent Gnaedig numéro 3), les urbains actifs mais aux scores plus faibles (Laurent Husser) et les transfuges (voir plus bas), il n’y aura pas de bonnes places pour tout le monde, ce qui explique des négociations jusqu’aux dernières minutes.

3. Les transfuges

Une recrue dans un autre camp est souvent un bon signe d’ouverture. Le FN avait d’abord approché Pierre Marmillod (ex-UDI), mais les contacts n’ont rien donné. Mais le parti tient sa « belle prise » avec Jean-Claude Bader, « le sosie alsacien de Johnny Hallyday » ancien adjoint au tourisme de Fabienne Keller. Issu d’un milieu populaire et membre de l’aile droite du parti, il était en rupture depuis quelques années avec la droite alsacienne, plutôt tournée vers le centre. Il s’était présenté sans appui politique à la mairie d’Erstein en 2014, sans succès. Il avait pourtant chanté à la grande manif anti-fusion de la droite en octobre 2014.

Dans le Bas-Rhin, le Modem pourrait placer un élu en cas de victoire, Sylvain Wasermann (18è), maire de Quatzenheim et directeur de Gaz de Strasbourg. Un destin que ne connaîtra pas la chef du file du parti dans la grande région tête de liste, l’eurodéputée Nathalie Griesbeck, 34ème et dernière de la section mosellane. Le Modem s’estime lésé, mais est trop faible pour faire sécession.

Le parti souverainiste Debout La France, conduit par le parisien Laurent Jacobelli, annonce aussi avoir récupéré un élu de la droite alsacienne, mais en fait encore mystère.

Autre transfuge notable, Andrée Buchmann (59 ans), ancienne membre d’Europe Écologie Les Verts qui comme Jean-Vincent Placé ou François de Rugy au niveau national pense que les écologistes doivent s’allier directement au PS. Elle avait perdu son mandat d’adjointe en 2014 à Schiltigheim et n’a pas d’occupation professionnelle. Déjà conseillère régionale d’opposition entre 2010 et 2015, elle figure en cinquième position sur la liste PS.

Le rassemblement écologiste peut en revanche se targuer d’avoir attiré le parti radical de gauche, certes assez embryonnaire dans l’Est, mais seul partenaire du PS au gouvernement. Moins étonnant, EELV s’allie aussi, comme en 2010, avec le mouvement écologiste indépendant (MEI) d’Antoine Waechter, dont les bastions se trouvent dans le Haut-Rhin. Certains conseillers régionaux sortants en Lorraine et Champagne-Ardenne n’ont pas souhaité suivre l’ancienne députée européenne sur une candidature autonome. Sandrine Bélier a déclaré « regretter des désistements de personnes qui ont beaucoup donnée à l’écologie, mais il n’y a pas de division. »

Enfin, il n’y a pas de mouvement entre les partis écologiste et de gauche radicale, opposés entre-autre sur le transport aérien ou la fermeture de Fessenheim.

4. Les thèmes de campagne

Plutôt que de défendre l’action de Philippe Richert en Alsace, « Unissons nos Énergies », la liste qu’il conduit veut parler surtout de « construire un projet » dont les contours restent à affiner. Le candidat insiste sur l’importance à défendre les intérêts de chaque territoire et leurs identités : « L’Alsace restera l’Alsace, la Champagne est une marque connue dans le monde entier. Pareil pour la Lorraine ».

Le PS tente de son côté à « dénationaliser » au plus possible l’élection et de comparer les politiques mises en place en Lorraine et Champagne-Ardenne (à gauche), par rapport à l’Alsace (à droite). Même François Hollande est prié de reporter sa visite annuelle à début 2016. Le parti socialiste veut aussi mettre en avant les atouts économiques de c grand regroupement décidé par son gouvernement et pointe que ceux qui l’ont combattu (PS local y compris) veulent désormais le diriger. Catherine Trautmann, ancienne eurodéputée du Grand Est et 34ème sur la liste, appuie la campagne de Pernelle Richardot, qui fut son attachée parlementaire.

Europe Écologie Les Verts axe sa campagne autour de la transition énergétique « qui pourrait créer 30 000 emplois sur la grande région pendant le mandat 2015-2021 », dixit sa tête de liste l’ancienne eurodéputée strasbourgeoise Sandrine Bélier (43 ans) et la reconversion des parcelles agricoles en production biologique « qui nécessite 2 à 3 fois plus d’emplois ». Objectif 500 implantations par an.

Comme lors des départementales, le Front national a jusqu’ici axé sa campagne sur des thèmes nationaux comme l’immigration. Parmi les propositions fantaisistes vouloir faire des économies en supprimant les aides à la future mosquée de la Meinau alors que le contribuable ne dépense pas un centime dans cette construction. Le parti oscille entre économies drastiques dans plusieurs domaines (associations, personnel) tout en s’affichant contre l’austérité. Autre enjeu, parler à certains territoires en perte de vitesse notamment dans les Ardennes ou même le Haut-Rhin. Les positions déployées (comme de taxer seulement les camions étrangers sur le GCO) seraient cohérentes si le parti dirigeait la France, objectif à plus long terme du Front national.

Le Front de gauche parlera de la défense du service public, et des questions du financement des régions, revu à la baisse par l’État, mais moins que les communes. Malgré l’échec du recours devant le Conseil d’État, Unser Land continue son combat contre la nouvelle région.

5. Les partis en attente

Avec Patrick Peron, maire communiste d’Algrange (Moselle), le rassemblement de la gauche radicale regroupera les trois partis du Front de gauche, ainsi que le Mouvement républicain et citoyen et la nouvelle gauche sociale. Dans le Bas-Rhin, la liste menée par Sylvain Brousse (parti de gauche) et Hülliya Turan (Parti communiste) doit être présentée le 5 novembre. Comme pour les départementales, le rassemblement a entamé un rajeunissement et fait place à une partie de la société civile (militants associatifs, syndicats) après la candidature de Jean-Claude Val à la mairie de Strasbourg en 2014. Le sorti concentre des militants dans les villes. Sauf surprise, Lutte Ouvrière (Julien Wostyn), Unser Land (Jean-Jacques Trouillet) et le parti anti-Europe UPR (David Wentzel) devraient compléter la liste des petits partis.

D’autre partis ont exprimé leur désir de présenter une liste, mais réunir 189 candidats dans 10 départements reste incertain à une semaine du dépôt des listes, tout en sachant que la barre des 5% qui permet de se faire rembourser les frais de campagne semble hors de portée. On pense au mouvement des dissidents du FN (Pierre-Nicolas Nups) et soutiens à Jean-Marie Le Pen ou au parti libéral démocrate de Christine Singer, qui a sa base en Lorraine.

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A la réunion sur les Bains, Roland Ries poussé à poursuivre les échanges

A la réunion sur les Bains, Roland Ries poussé à poursuivre les échanges
La piscine de la Victoire est classé comme patrimoine historique (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La piscine de la Victoire est classée à l’inventaire du patrimoine historique (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La dernière réunion publique sur l’avenir des Bains municipaux de Strasbourg a été agitée. Le maire a accepté d’autres réunions après la rédaction de l’étude en cours, dont le contenu reste mystérieux.

« La concertation est un exercice difficile. » Le maire Roland Ries (PS) savait qu’il n’était pas en terrain conquis vendredi 30 octobre au Palais universitaire pour la troisième et dernière réunion de concertation sur l’avenir des Bains municipaux de Strasbourg, boulevard de la Victoire. Mais sa parole était attendue par les usagers ou citoyens attachés à l’édifice de Fritz Beblo.

Dans une courte présentation, il a surtout voulu rassurer les 180 participants en se disant « personnellement et affectivement attaché au lieu » et a laissé plus d’une heure aux questions-réponses. Plus étonnant, il a répété que « rien n’est décidé » sur l’avenir du lieu, ce qui a parfois agacé la salle quand on sait que la Société publique locale (SPL) des Deux-Rives, qui appartient à la Ville et l’Eurométropole, travaille depuis cet été à des études pour déterminer les travaux à envisager et par qui. « Je ne crois pas qu’en se mettant à 200 autour d’une table on va trouver une solution », a aussi ajouté le maire.

Pour les contours du projet, le maire a rappelé la charte de la rénovation qui prévoit le maintien de quelques douches et baignoires publiques et de l’accès aux piscines au même tarif qu’ailleurs à Strasbourg. Les bains romains, sauna et hammam resteront ouverts, mais le prix (actuellement 15 euros) reste à déterminer. Le premier magistrat de Strasbourg a aussi donné quelques chiffres détaillés de la fréquentation : 95 000 entrées à la piscine, 23 000 de scolaires, 17 000 pour les bains romains et 9 000 pour les douches publiques, une partie de ces entrées étant celles de personnes sans-domicile fixe.

D’autres réunions publiques

Mais alors si rien n’est décidé, quand est-ce que les Strasbourgeois auront leur mot à dire ? Alors que la Ville prône la démocratie participative, c’est sur ce point qu’a dû insister à deux reprises l’un des participants, en demandant ce qui était prévu après ce triptyque de réunions. Si d’abord le maire a répondu qu’ « une synthèse de l’étude en cours sera portée à la connaissance du conseil municipal », Roland Ries et son adjoint Olivier Bitz (PS) ont finalement accepté le principe d’au moins une future réunion, une fois les études de la SPL livrées.

Le revirement de 2009 expliqué

Roland Ries a aussi eu l’occasion, par l’intermédiaire de Frédéric Thommen, directeur de la construction à l’Eurométropole, de s’expliquer sur le spectaculaire retournement de situation en 2009, seulement appris aujourd’hui, lorsque le cabinet parisien Ingénierie Sportive et Culturelle (ISC) proposait une piscine d’exception pour une rénovation entre 18 et 22 millions d’euros.

« Le chiffrement des travaux ne paraissait pas crédible. Certaines dépenses n’étaient pas budgétées ou sous-dotées. Il n’y avait par exemple que 400 000 euros pour les toitures. »

Quand bien même ce montant est du même ordre de grandeur que celui des autres bains municipaux rénovés en Europe, c’est pour cette raison que la collectivité s’est alors tournée vers un proche du maire et ancien collaborateur de l’adjoint en charge du dossier, Robert Herrmann (PS), pour une contre-étude de 13 pages à 25 000 euros qui chiffre la rénovation à 30 millions d’euros et propose alors un partenariat public-privé. Ce document choisissait déjà qui devait occuper les lieux.

ISC a pourtant retravaillé avec l’Eurométropole en 2009, en 2010 et 2013, notamment sur l’extension de la piscine de Hautepierre ou sur la localisation d’une dixième piscine dans l’Eurométropole, un projet qui ne semble plus d’actualité.

Mais le maire s’est dit « favorable à la poursuite de la publication de toutes les études déjà réalisées ». Peut-être saura-t-on un jour qui est ce mystérieux groupe international de BTP choisi pour occuper le lieu dès 2010, avant-même que le partenariat public-privé soit présenté au public ? Le contenu de la triple étude d’assistance juridique, financière et fiscale de 2010, facturée 102 000 euros par trois prestataires, sera-t-il aussi dévoilé comme promis ?

Mode de gestion encore incertain

Même sur le mode de gestion, qui avait tellement cristallisé le débat en 2011, le maire ne s’est pas avancé. Le bail emphytéotique (très long et à bas loyer), n’est plus qu’une hypothèse. Sur ce point technique, le maire a plutôt mis en avant l’exemple de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), une société anonyme d’économie mixte (SAEM), remise en concurrence régulièrement, mais dont la ville est actionnaire majoritaire et compense les pertes des horaires non rentables (par exemple entre 5h et 7h du matin). Dans le cas des Bains, la municipalité donnerait environ 3 millions d’euros par an (le budget actuel) au nouvel occupant.

D’autres modes de gestion existent et ont été présentés le 16 octobre. Reste que le prestataire sommé de payer la rénovation voudra la garantie de rester longtemps dans l’établissement. De plus, les options d’une société publique locale (SPL) qui gèrerait exclusivement cet établissement – qui prévalait entre 2011 et 2014 – ou encore une gestion directe par la municipalité comme le proposait ISC en 2009 en vendant deux bâtiments annexes, ne sont pas privilégiées.

Dans l’assemblée, le conseiller municipal d’opposition Jean-Philippe Vetter (LR) s’est étonné d’une solution ruineuse à moyen et long terme :

« On va continuer à verser de l’argent pour un établissement dont les recettes ne nous reviendrons plus. En 10 ans, on va donner à quelqu’un d’autre le prix de la rénovation, que nous aurions pu faire nous-même. »

Remise de la pétition aux 6 000 signatures

Autre moment fort de la soirée, Bernard Aghina du collectif la Victoire pour tous a remis au maire, la pétition « Défendons les bains municipaux de Strasbourg » et ses 6 000 signatures. Olivier Bitz a minimisé ce nombre en disant que cette pétition était lancée avant la charte du mois de juin et qu’il était d’accord avec beaucoup de remarques et signatures, notamment de ne pas vendre l’établissement.

Enfin sur la promesse de 2014, de rénover la piscine de la Victoire à travers le « plan piscine » (100 millions d’euros), le maire a répondu qu’ « en maintenant le prix d’accès au même tarif qu’ailleurs, la piscine de la Victoire fait toujours partie du plan piscine ».

Deux propositions concrètes balayées

Dans l’assemblée, deux propositions concrètes ont été formulées pour les parties inutilisées, ce qui est sensé être le but premier de ces réunions : créer une école ou un institut de formation, ainsi qu’un musée de la Neustadt – la vieille ville allemande de la République à l’Orangerie –  « dont tout le monde parle mais personne ne sait ce que c’est » dans le bâtiment de gauche, mais le maire y a coupé court.

Concernant l’école, le maire a déclaré « douter de la cohérence du lieu », tandis que pour le musée, il a répondu qu’il y en aurait déjà un place du Château, à côté de la Cathédrale, soit en dehors du quartier de la Neustadt. Le maire faisait en fait référence au Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP).

L’ouverture d’un tel établissement pour dix ans est devenu obligatoire lorsque la Ville de Strasbourg a choisi d’être labellisée « Ville d’arts et d’histoire » en 2014. Une inscription à un label national méconnu étonnant quand on sait que la Ville vient d’envoyer un dossier de classement de la Neustadt au patrimoine mondiale de l’UNESCO, où la grande-île est déjà inscrite. Prévue d’abord pour 2016, l’ouverture du CIAP est désormais programmée pour 2017.

Volonté en revanche réaffirmée, par le biais de l’adjoint à la Santé Alexandre Feltz (sans étiquette) présent à la réunion, l’augmentation des créneaux pour le dispositif Sport-Santé sur ordonnance dans les bassins actuels de la Victoire.

Roland Ries a obtenu des applaudissements à la fin de la séance en expliquant qu’il souhaitait continuer à dialoguer, sur la base de la charte actuelle, avec les participants. Pour la suite, rendez-vous début 2016 pour savoir quelles activités seront développées et quels prestataires la SPL a déniché.

Légendes du Blues et étincelles electro au Camionneur

Légendes du Blues et étincelles electro au Camionneur
Fred Wesley
Fred Wesley, en ouverture de la Semaine du Blues au Camionneur, le 2 novembre (Doc. remis)

Sept soirées pour emprunter les chemins de traverse du blues, du delta du Mississippi aux plateaux de l’ouest camerounais, des plaines canadiennes à la grisaille londonienne en passant par l’Île de France et l’Alsace. La 7e édition de la Semaine du Blues se déroule au Camionneur du 2 au 7 novembre. Présentation de l’affiche.

Sept ans, l’âge de raison. Même pour le blues ? Assurément pas, tant le blues a besoin de vivre, remuer, gigoter, sortir des sentiers battus pour exister pleinement. Il en va d’ailleurs de même pour tous les styles musicaux, mais plus spécifiquement pour le blues qui ne cesse d’être modelé et associé à d’autres genres.

2 novembre : Fred Wesley, mémoire et légende du blues

C’est typiquement ce qu’incarne l’immense Fred Wesley, tromboniste de légende qui fut notamment le directeur musical des JB’s Friends puis des JB’s Horns, le groupe de James Brown, le parrain de la soul. C’est sans compter d’autres collaborations mythiques avec George Clinton et Funkadelic puis Parliament, avec Marcus Miller, George Benson, Bootsy Collins, Maceo Parker ou, plus récemment, le clarinettiste klezmer David Krakauer et le DJ SoCalled pour un disque exaltant, Tweet Tweet, publié en 2009 sous le patronyme Abraham Inc. Lundi soir, Fred Wesley, 72 ans, ouvrira son grand livre de souvenirs accompagné de ses New JB’s  :

4 novembre : Dirty blues rugueux avec They Call Me Rico et Bad Juice

Rico, c’est le petit nom du Québécois Frédéric Pellerin, deux albums à son actif, un troisième bientôt né, et véritable héritier d’un blues authentique joué dans les juke joints américains. They Call Me Rico, donc, propose un son sans artifices ni édulcorants sans pour autant garder l’oeil dans le rétroviseur. Avec son timbre puissant et accrocheur et son bottleneck, il rend hommage au blues tutélaire du Delta sur les quelque 400 scènes qu’il a déjà pu fouler à Montreal, Cognac, Cahors et Vienne :

Le même soir, mercredi 4 novembre, un duo strasbourgeois viendra lui aussi faire monter la température avec son « Hillbilly urban blues » : Bad Juice, alias David et Tom Schmidt, fratrie rock’n’roll biberonnée au son garage bien abrasif dont Rue89 Strasbourg vous avait déjà parlé dans le détail.

5 novembre : la douce folie de Mountain Men

Avec Mr Mat au chant et à la guitare et l’harmonica endiablé du fantasque Barefoot Iano, Mountain Men propose un cocktail indescriptible où se côtoient folk, pop, blues tourbeux et accents cajun dans un univers festif et frissonnant. Le tandem franco-australien détonne sur scène grâce à un son groovy tantôt acoustique tantôt électrique mais surtout grâce au charisme sans pareil de ses deux acteurs :

7 novembre : blues et électro font des étincelles avec No Money Kids, Leopard DaVinci et Dirty Deep

Ce ne sont pas des enfants de choeur mais plutôt des gamins turbulents et râleurs. No Money Kids, c’est le chanteur-guitariste Félix Kazablanca et le bassiste-sampleur-arrangeur Jean-Marc Pelatan. Récemment programmé au festival MaMA Event de Paris, ce jeune tandem électro-blues rageur joue plusieurs cartes à la fois : la puissance sismique d’hymnes rock portés par des cordes graves et décapantes, une esthétique vintage qui sent le cambouis et les viscères, des nappes électro furieuses et épileptiques.

Une recette qui fait mouche à l’écoute du premier album, Old Man, sorti début 2014, et au regard, également, des nombreux prix remportés et scènes écumées par les deux génies parisiens.

Eux aussi prônent le métissage musical : Leopard DaVinci et Dirty Deep, réunis en exclusivité le 7 novembre au Camionneur pour marier la soul funky et discoïde du premier au blues rude et chaleureux des seconds. Soirée incandescente en perspective !

Durant sa Semaine du Blues, le Camionneur propose aussi, le mardi 3 novembre, une soirée « Blue-eyed soul and blues revue » avec deux grands noms du blues à l’affiche : l’Américain Tom Principato et le Britannique Paul Cox, à la manière des grands duos du blues tels Sam & Dave, Clapton et BB King, Sam Cooke & Lou Rawls. Enfin, vendredi 6 novembre, soirée afro-blues avec le Camerounais Roland Tchakounté et son répertoire en bamiléké, sa langue maternelle des hauts-plateaux du Grassland.

[Live-Tweets] La dernière réunion de concertation sur les Bains

[Live-Tweets] La dernière réunion de concertation sur les Bains
Les participants ont beaucoup défendu les choix de la municipalité sur la rénovation des bains municipaux. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Lors des précédentes éditions, les intervenants se sont attachés à présenter les choix de la municipalité sur la rénovation des bains municipaux. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Ce vendredi soir, le maire Roland Ries boucle la concertation pour l’avenir des Bains municipaux de Strasbourg lors d’une rencontre publique. Rue89 Strasbourg vous propose de suivre en direct cette réunion.

Quel avenir pour les Bains municipaux de l’avenue de la Victoire à Strasbourg ? Après avoir commandé de multiples études, plus ou moins utiles, le dossier entre dans sa dernière phase de concertation. De nombreuses questions restent en suspens.

Le maire de Strasbourg, Roland Ries (PS), présente ce vendredi soir à partir de 19h les grands axes des futurs possibles pour cet ensemble architectural devant une assistance composée de Strasbourgeois concernés, et probablement d’opposants à toute privatisation de tout ou partie de ces équipements.

La discussion en direct

Vous pouvez participer à la discussion en ligne, via Twitter, avec le mot-clé #BainsMun.

Sur mobile, le module ci-dessous peut mettre un peu de temps à s’afficher.


 

Y Aller

Réunion publique sur l'avenir des Bains municipaux en présence du maire, vendredi 30 octobre à 19h, au Palais Universitaire place Brandt, salle Louis Pasteur, à Strasbourg.

 

Aller plus loin

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Ce qu’il faut savoir avant la dernière réunion sur les Bains

Ce qu’il faut savoir avant la dernière réunion sur les Bains
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La réunion publique du 30 octobre peut lever des doutes sur la rénovation des Bains municipaux (Dessin Guillaume Decaux)

Avant la dernière réunion publique sur l’avenir des Bains municipaux ce vendredi en présence du maire, plusieurs questions restent en suspens concernant le nouveau projet de rénovation.

La Ville reste propriétaire des Bains municipaux, boulevard de la Victoire à Strasbourg, mais tout ce qui s’y passe sera géré par un prestataire. En échange de cette chance de disposer d’un bâtiment historique à l’architecture exceptionnelle, le même prestataire devra payer la rénovation, évaluée aux dires des élus à 30 millions d’euros. Le bail sera très long et à prix symbolique.

Dans une charte, le maire a fixé comme garanties que les piscines et douches seront conservées, au même tarif qu’ailleurs dans l’agglomération. L’adjoint au maire en charge du dossier, Olivier Bitz (PS), a aussi affirmé que bains et sauna continueront d’exister, même si le prix d’entrée reste à définir.

Tout le monde n’est pas d’accord avec ces changements, mais c’est le « cadre » qu’avait fixé la municipalité en juin, qui cherche à réduire ses effectifs et n’aura plus une trentaine d’agents sur le site. La consultation doit porter sur que faire dans ces espaces. Avant la dernière réunion publique, censée influencer les études en cours de rédaction sur l’utilisation future de l’équipement de prestige, plusieurs points restent à trancher. Les participants au débat auront-ils leur mot à dire ?

Qui ?

Il semble acquis que le lieu sera confié à un prestataire unique. Olivier Bitz s’est toujours déclaré ouvert à toute possibilité. La question serait de savoir quelles entreprises la Société publique locale des Deux-Rives démarche actuellement. Des établissements de luxe ou des entreprises issues de l’économie sociale et solidaire, ou encore des mutuelles, comme évoqué ? Impossible d’en savoir plus auprès d’Olivier Bitz sur les contacts noués à ce stade. L’étude de la SPL est attendue pour la fin de l’année.

Quoi ?

C’est – officiellement – le but de la consultation. Que faire des parties actuellement inutilisées ou non accessibles au public, notamment le parking dans la cour arrière, mais aussi des bureaux, qui représentent 5 000 m², soit la moitié de la surface ? Les deux premières réunions se sont assez peu portées sur ces questions, mais plutôt sur l’accessibilité future ou non des bains romains et du sauna. Olivier Bitz reçoit aussi des contributions sur la page dédiée du site de la Ville de Strasbourg, qui ne sont pas publiées pour le moment.

Parmi les pistes déjà entendues : un restaurant dans l’actuelle chaufferie, un centre de formation pour les intervenants de Sport sur ordonnance, mais aucune n’est définitive…

Option présentée le 16 octobre, la municipalité prévoit davantage de créneaux pour les activités du sport sur ordonnance. Pour Liane Zoppas, membre du collectif citoyen La Victoire pour tous, qui suit de très près les débats, c’est le signe que les militants pèsent sur la décision :

« L’idée d’y mettre le sport sur ordonnance, nous l’avions évoqué dans notre tribune, publiée sur Rue89 Strasbourg le 16 février 2015, avant les annonces de la municipalité. Peut-être vont-ils aussi reprendre l’idée de la “bière des Bains” et nous trouver un brasseur mécène ? »

En revanche, l’idée d’une piscine extérieure (de natation ou de loisir) évoquée dans une étude du cabinet Ingeniérie Sportive et Culturelle en 2009 n’a jamais été mentionnée en 2015. Mais Olivier Bitz explique qu’elle n’est pas définitivement exclue et que tous les travaux, quand bien même ils n’avaient pas été validés par le maire et son premier adjoint en 2009, sont étudiés.

Le « coût constant pour la collectivité » ?

La Charte de rénovation des Bains évoque des travaux « à coût constant » pour la collectivité. En 2014, le budget de fonctionnement était de 2,9 millions d’euros. Un montant qui étonne les membres du collectif, qui se rappellent d’un coût annoncé entre 1,2 et 1,8 million d’euros vers 2010. À cela, on peut déduire des recettes de 405 000 euros en 2014.

Voilà qui rappelle les investissements privés conseillés dans le cadre du partenariat public-privé proposé en 2011. Dans ces conditions, certes la rénovation ne justifie pas de nouvelles dépenses, mais ne permet pas d’économies, alors qu’il n’y aura plus d’agents de la collectivité sur place. Olivier Bitz explique :

« Cela veut-il dire que la municipalité continuera à prendre en charge l’exploitation du site comme on le fait quand un service public est géré par un association. »

La tentation de l’hôtel de luxe

La crainte d’un établissement haut de gamme, qui rendrait les parties réhabilitées inaccessibles, a été maintes fois évoqué. Il n’a été ni rejeté ni confirmé dans le nouveau projet. Une telle option fait aussi redouter de grands bouleversement à la Krutenau, qui reste un des rares quartiers près du centre-ville encore mixte socialement. Des établissements comme la Maison Mimir et l’hébergement d’urgence pour SDF rue Fritz-Kiener survivraient-ils à l’arrivée d’un hôtel de luxe ?

La question des nouvelles activités pose celle du futur rapport de force pour Bernard Aghina, membre du collectif La Victoire pour tous :

« Si le prestataire doit prendre en charge une piscine déficitaire et en plus payer des millions d’euros de travaux, quelles seront les marges de manœuvre pour la municipalité ? En Allemagne, comme à Darmstadt, les municipalités ont pris en charge elles-même les travaux, ce qui permet de pouvoir mettre le prestataire dehors très facilement si cela ne convient plus. Ici, ce ne sera pas le cas, un bail emphytéotique est très long. Le prix des bains et sauna ne peuvent pas être augmentés à 30 ou 50 euros, car personne ne pourrait y aller. Donc pour compenser, il faudra des activités très rentables. C’est pour cela que l’on peut craindre un hôtel de luxe dans la cour arrière. »

Dans l’opposition municipale, Jean-Philippe Vetter (LR) se mobilise contre l’installation d’un prestataire privé dans les lieux. Toute sa famille politique ne partage pas cette position, mais il s’explique :

« Comme quand Leclerc a racheté la Coop, on a l’impression que la situation des Bains est un échec planifié. On a laissé l’établissement se dégrader, on a supprimé en 2010 la possibilité d’acheter des tickets pour les comités d’entreprises qui amenaient du monde, et puis l’année dernière, on a supprimé les abonnements de 10 entrées.

Toutes les piscines ont été rénovées dans le plan piscines sauf celle-là, la seule qui peut attirer des intérêts privés. Et dans l’engagement 41 de Roland Ries en 2014, la piscine de la Victoire devait y être. Qu’on privatise une partie de la Manufacture de tabacs, qui n’est pas une merveille architecturale, ça ne me choque pas. Pour la SIG, pareil. Mais pour les Bains, le secteur public se justifie, car un acteur privé changerait forcément la configuration du lieu. En investissant quelques millions d’euros, la Ville pourrait baisser le coût de fonctionnement et rendre le lieu plus attractif. Ce serait justement un motif d’attractivité de Strasbourg d’être la seule ville à avoir conservé des bains publics. L’abandonner serait une erreur incroyable. Parmi les élus de l’exécutif municipal, les opposants de 2011 semblent accepter un projet très similaire en 2015. Ceux qui ont pris du poids ont perdu leur voix. »

La rénovation de la piscine de la Victoire n'a jamais figuré dans le plan piscine de l'Eurométropole, mais était dans le programme de Roland Ries, candidat en 2014.
La rénovation de la piscine de la Victoire n’a jamais figuré dans le plan piscine de l’Eurométropole, mais était dans le programme de Roland Ries, candidat en 2014.

Les études ?

Enfin, le dossier des bains ne susciterait pas des craintes sans des études jamais publiées qui alimentent rumeurs et fantasmes sur leur contenu. Avec cette consultation, certains documents du passé ont enfin été rendus accessibles et soulèvent des questions. Pourquoi l’étude de 2009 n’a pas satisfait la municipalité, qui se base sur d’autres travaux réalisés par un proche de l’adjoint de l’époque, Robert Herrmann ? Pourquoi l’étude de 2010 attribuée à 348 000 euros, finalement facturée 101 892 euros n’est toujours pas publiée ? Olivier Bitz explique que les lois ont changé et que des montages de l’époque ne seraient plus possible ou qu’un partenariat public-privé comme envisagé à l’époque n’est plus souhaitable. Peut-être que « la synthèse actualisée » promise sera présentée lors du dernier débat…

Y Aller

Réunion publique sur l’avenir des Bains municipaux en présence du maire, vendredi 30 octobre à 19h, au Palais Universitaire place Brandt, salle Louis Pasteur, à Strasbourg.

 

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Études et copinages, les dessous troubles du dossier des Bains

Études et copinages, les dessous troubles du dossier des Bains
Les études sur les bains municipaux révèlent une partie de leurs secrets. (photo JFG)
Les études sur les Bains municipaux révèlent une partie de leurs secrets (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Projet public ou privé ? Complexe de luxe ou piscine de proximité ? La rénovation des Bains municipaux agite la municipalité et les habitants de la Krutenau depuis 2008. Or une étude, commandée par Robert Herrmann, adjoint en charge du dossier entre 2008 et 2014, à l’un de ses anciens collaborateurs professionnels, aurait singulièrement fait pencher la balance.

Le projet de rénovation des Bains municipaux version 2015 fait émerger aujourd’hui les zones d’ombre d’hier. Récemment, la municipalité a enfin envoyé à ceux qui le réclamaient certains documents « historiques » jamais publiés auparavant. Pour ne pas prêter le flanc à la critique sur de nouvelles dépenses en études, l’adjoint au maire en charge du dossier depuis mai, Olivier Bitz (PS), a d’ailleurs affirmé que les nouvelles études devraient « s’inspirer » de celles déjà réalisées.

La municipalité n’a cependant pas joué la transparence jusqu’au bout. On découvre, en remettant les éléments bout-à-bout, une étude à 25 000 euros qui semble avoir singulièrement influencé le cours des débats. Commandée à un collaborateur du cabinet Stratégie et Gestion publiques, cette étude mouille deux élus proches du dossier, Robert Herrmann (PS) et Alain Jund (EELV).

Une première étude très attrayante, mais non validée

En 2008, le PS revient au pouvoir à Strasbourg. La municipalité précédente n’a pas engagé de travaux et l’établissement historique des Bains municipaux, avenue de la Victoire, se délabre. Le premier adjoint d’alors, Robert Herrmann (PS), commande très vite une étude au cabinet parisien Ingenierie Sportive et Culturelle (ISC). Ces travaux sont livrés en deux parties : 181 pages en octobre 2008 sur l’état des lieux, puis 85 pages en juin 2009 sur des « scénarios d’intervention »(voir l’étude complète). Ces deux documents sont très précis, complets et documentés, plans à l’appui. La deuxième partie propose une piscine extérieure (de natation, à vagues ou écologique), gérée par la collectivité et à bas prix.

Seuls deux bâtiments secondaires sont vendus au secteur privé : l’actuelle chaufferie et les douves. Pour chaque bâtiment ou aménagement, il existe trois variantes (brasserie, salle de sport, salle d’exposition, massages, bains médicaux…). Le coût de la rénovation est estimé entre 18 et 22 millions d’euros selon l’option choisie, « comme dans tous les bains qui ont été rénovés en Europe », commente Liane Zoppas, architecte membre du collectif citoyen la Victoire pour tous, qui suit de très près la rénovation et est en grande partie opposé à confier la gestion à des opérateurs privés.

Quant au coût de fonctionnement futur, il est évalué entre 1,5 et 1,8 million d’euros selon l’option et la fourchette choisie, et pour plus de prestations, avec des recettes comprises entre 1,046 à 1,256 millions d’euros (61% de taux de couverture). Pour l’année 2014, le coût actuellement annoncé est de 2,9 millions d’euros, pour seulement 405 000 euros de recettes (14% de taux de couverture).

Aussi attrayante soit-elle, cette deuxième partie n’est pas « validée » et ses conclusions ne sont jamais reprises dans le débat public. Et apparemment, il n’est pas question de « s’inspirer » de l’idée d’une piscine extérieure dans la consultation actuellement en cours. Le coût total de cette étude en deux volets n’apparaît dans le fichier en ligne des marchés publics de la Ville et de l’Eurométropole (ex-CUS). Les services nous ont répondu après vérification que la première partie à coûté 44 527 euros. Cette absence du site de la municipalité s’explique par un montant qui n’était pas arrêté lors de la commande et que ce type de fichiers ne sont pas encore extraits du logiciel comptable.

Les deux propositions d’aménagements par ISC en 2009

En 2010, 25 000 euros pour 13 pages et un changement de cap

Quelques mois plus tard, Robert Herrmann commande une nouvelle étude, qui sera rendue le 28 juin 2010. Facturée 25 000 euros, elle ne comporte que 13 pages. Ce document est réalisé par 13 Avril Conseil. Il s’agit de la société unipersonnelle de Robert Adjej, ancien directeur de la SERS (la société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg) entre 1984 et 2002. Également proche du maire Roland Ries, il travaille depuis cette date en tant que directeur d’études partenaires pour la société Stratégie et Gestion publiques, la société qu’a fondée Robert Herrmann en 2001, lorsque la gauche a été battue.

L’actuel président de l’Eurométropole a revendu ses parts en 2008. Mais l’adjoint au maire Alain Jund (EELV) apparaît toujours dans l’organigramme en tant que directeur d’études associé. Alain Jund nous a répondu avoir démissionné en 2008 une fois élu adjoint. Sept ans, donc, pour mettre à jour l’organigramme de l’entreprise sur son site internet, sur lequel, en revanche, Robert Herrmann ne figure plus. (NDLR Le nom d’Alain Jund a disparu depuis la parution de notre article. À noter que sa déclaration d’intérêts indique une suspension de contrat, ce qui est différent d’une démission.)

Dans cette nouvelle étude, les conclusions sont plus politiques qu’architecturales et visent à décrédibiliser les opposants, comme dans ce passage :

« La démarche exploratoire fut par ailleurs sensiblement contrariée par la campagne de presse locale qui a réservé au sujet une importance disproportionnée à la restitution d’inquiétudes prématurées voire injustifiées, d’une frange de la population relativement réduite, qui souhaite avant tout maintenir à son profit l’usage des lieux aux meilleures conditions actuelles. »

Néanmoins, cette étude nomme des opérateurs potentiels, qui ont été masqués dans la version envoyée à l’opposition municipale et au collectif la Victoire pour tous. On y apprend tout de même qu’il s’agit d’un groupe international du BTP et d’un concepteur-exploitant qui « maîtrise les choix stratégiques d’équipement ».

L’estimation du coût de la rénovation a été censurée, mais on devine que ce coût passe de 20 à 30 millions d’euros puisque c’est le chiffre avancé pour la rénovation à partir de 2011. Cette fois-ci, les conclusions plaisent à Robert Herrmann qui passe à la suite.

La version de l'étude de de 2010, de 13 pages à 25 000 euros, remise en 2015 (photo collectif la Victoire pour tous)
La version de l’étude de 2010, de 13 pages à 25 000 euros, remise en 2015 (Photo collectif la Victoire pour tous)

Contacté pour expliquer ce choix d’il y a 6 ans et cette proximité, Robert Herrmann a préféré abréger la discussion :

« C’est le maire qui validait ou non chaque étude. Il faut lui demander. Je ne souhaite plus m’exprimer sur ce dossier que je ne gère plus. »

Olivier Bitz se dit étonné par cette situation et affirme que tous les documents comptent aujourd’hui :

« Nous avons fait le choix de la transparence et de publier les documents qui avaient une utilité, même si nous n’en étions pas obligé. Les propositions de toutes les études réalisées sont étudiées dans la rénovation en cours, à laquelle nous ajoutons de nouvelles idées, comme le Sport sur ordonnance, qui n’était pas dans les discussions de 2011. »

Au sein même de la majorité, on ignore cette double commande. Paul Meyer, alors conseiller municipal PS et président du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) du Bas-Rhin était partie prenante de la mobilisation contre le PPP et avait réclamé des documents :

« J’apprends l’existence de ces deux études contradictoires aujourd’hui. Ce n’était pas faute d’avoir demandé de la transparence lors des débats en 2011. »

101 892 euros toujours dans le flou

Toujours en 2010, une troisième étude est commandée pour une « assistance juridique, financière et fiscale pour la rénovation des Bains » à trois sociétés : Finance Consult, Sartoro et Algoe. Une délibération à la CUS fixe le montant maximum à 265 000€ hors taxes, l’avis d’attribution à 348 400 euros mais le total est finalement de 101 892 euros selon l’administration. Comme pour les études d’ISC en 2008 et 2009, ce montant variable explique pour des raisons informatiques que la commande ne figure pas non plus dans le fichier des marchés publics. Le contenu n’a jamais été publié. Olivier Bitz explique que les lois ont changé et que publier ce contenu fausserait plutôt qu’enrichirait le débat.

Au collectif la Victoire pour tous, Olivier Bitz a promis par courrier qu’une synthèse actualisée sera présentée lors du débat public. Cela n’a pas été le cas lors des deux premières réunions. Quand bien même un document serait distribué vendredi 30 octobre, quel que soit le contenu de cette synthèse, personne ne pourra attester qu’il correspond à ce qui a été écrit à l’époque.

L’Ahbak entre en jeu pour favoriser une SPL

En 2011, le projet de rénovation est prêt. Il est présenté aux Strasbourgeois avec un partenariat public-privé (PPP), comme le propose l’étude de 13 Avril Conseil en 2010. Le coût avancé n’est plus d’environ 20 millions d’euros, mais de 30 millions d’euros. Un montant associé dans la communication de la municipalité à « 5 points supplémentaires d’impôts locaux », un parallèle qui n’a pas été fait pour d’autres travaux comme le Palais de la Musique et des Congrès (80 millions d’euros), l’École européenne (39 millions d’euros) ou le Palais des Fêtes (12 millions pour la première phase et 18 pour la suivante à venir).

L’association des résidents de la Krutenau, l’Ahbak, est à l’avant-garde de l’opposition à ce projet. Elle est suivie par l’opposition de droite mais aussi par les écologistes, le MJS et même une partie du PS. L’Ahbak réunit plus de 3 500 signataires dans une pétition. Face à la mobilisation, Robert Herrmann recule fin 2011. En 2012, l’idée d’une société publique locale (SPL) qui appartient à la collectivité pour gérer le lieux émerge.

En octobre 2013, l’Abakh organise un stammtisch sur l’avenir des Bains. La directrice de Stratégie et Gestion, la société où travaille Robert Adjej, auteur de la contre-étude de 2010, Danièle Ehrmann, est invitée et propose de créer une SPL. Une idée que soutient l’adjoint écologiste Alain Jund, après que les écologistes eurent combattu le PPP. La maîtrise du dossier par l’intervenante, dans le cadre d’un simple débat citoyen a surpris, tout comme ses liens professionnels avec l’ancien vice-président de l’Ahbak, Alain Jund lui-même, qui n’ont pas été évoqués. Le but de la réunion est de convertir les réfractaires du PPP de l’Ahbak à l’idée d’une SPL pour rénover et gérer les Bains.

En 2015, le clan Ries remet la main sur l’établissement

En 2015, les élections municipales sont passées par là. Pour les proches du maire Roland Ries, les liens avec Robert Herrmann, qui a menacé de se présenter aux élections en 2014, se sont tendus. Le clan Ries reprend la main sur le dossier des Bains, confié à son ancien attaché parlementaire Olivier Bitz. Il n’est plus question d’une SPL pour diriger l’établissement. Le PPP raviverait les mauvais souvenirs de 2011 et de manière générale, les collectivités se sont rendues compte qu’elles payaient souvent plus que prévu dans ces arrangements.

La solution choisie est, comme pour l’Aubette au temps de Fabienne Keller, de laisser la gestion de l’ensemble des équipements actuels, comme des nouveaux espaces, à un organisme privé, qui prendra en charge les travaux de rénovation. Les murs restent à la Ville de Strasbourg via un bail emphytéotique, c’est-à-dire de très longue durée avec un loyer modeste. Cette fois-ci, l’Ahbak est très discrète sur le sujet, bien que des similitudes avec le projet de 2011 existent.

C’est pour cette raison que le collectif « La Victoire pour tous » est fondé en février 2015. Il réunit plus de 6 000 signatures manuscrites et électroniques dans une pétition, mais manque de relais politiques auprès de la municipalité. Les opposants historiques devenus adjoints, comme Paul Meyer ou Syamak Agha-Babaei, sont aussi plus silencieux. Réussir, là où Robert Herrmann a échoué, le défi ne fait que commencer pour le clan Ries. Alain Jund, adjoint à l’urbanisme et Krutenauvien de toujours, semble quant à lui écarté.

Gagnez des places pour l’avant première de « 21 nuits avec Pattie » au Star St-Exupéry

Gagnez des places pour l’avant première de « 21 nuits avec Pattie » au Star St-Exupéry
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Photo : Pyramide Distribution

En partenariat avec les cinémas Star, Rue89 Strasbourg vous propose de remporter des invitations pour deux personnes à l’avant première de « 21 nuits avec Pattie » en présence des réalisateurs Arnaud et Jean-Marie Larrieu le vendredi 6 novembre à 20h15 au Star St-Exupéry.

Avec Isabelle Carré, Karin Viard, André Dussollier…

Au cœur de l’été, Caroline, parisienne et mère de famille d’une quarantaine d’années, débarque dans un petit village du sud de la France. Elle doit organiser dans l’urgence les funérailles de sa mère, avocate volage, qu’elle ne voyait plus guère. Elle est accueillie par Pattie qui aime raconter à qui veut bien l’écouter ses aventures amoureuses avec les hommes du coin.
Alors que toute la vallée se prépare pour les fameux bals du 15 août, le corps de la défunte disparaît mystérieusement.

Le concours est clos.