Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

À Bruxelles, Strasbourg lance sa campagne pour le siège du Parlement

À Bruxelles, Strasbourg lance sa campagne pour le siège du Parlement
Catherine Trautmann (capture d'écran du direct vidéo)
Catherine Trautmann semblait un peu seule face aux quelques soutiens et journalistes (capture d’écran du direct vidéo)

« Bruxelles rime avec technocratie. Strasbourg avec démocratie ». C’est avec ce slogan osé et cette interprétation très strasbourgeoise de l’art de la rime que la capitale européenne veut convaincre qu’elle est la seule ville légitime à accueillir le Parlement européen. Et pour la première fois, elle égratigne un peu Bruxelles. Les futurs travaux sur le site bruxellois sont une aubaine pour parer l’argument des coûts.

Où en est la défense du siège strasbourgeois du Parlement européen ? Cet été, elle donnait l’impression de vouloir se consoler avec un hypothétique « Parlement de la zone euro », dont l’idée était revenue après la crise grecque. Même le ministre de l’Économie Emmanuel Macron (PS) s’y était dit favorable sous les hourras de la classe politique locale socialiste et de « Les Républicains ».

Ce mercredi 21 octobre à Bruxelles, Catherine Trautmann (PS), ancienne maire de Strasbourg et députée européenne, aujourd’hui à la tête de la « Task Force » pour défendre le siège strasbourgeois a présenté les arguments pour la capitale alsacienne lors d’une conférence de presse. Cette fois-ci, finies les initiatives personnelles des uns et des autres ou les communiqués pour simplement dire que la Task-Force « s’est réunie ».

Fini aussi de dire que les votes contre Strasbourg ne sont que la faute des eurosceptiques, quand plus de 545 sur 751 ont voté un texte défavorable au siège strasbourgeois, un rapport de force qui n’a cessé d’empirer. La campagne s’articule autour de deux arguments : rationaliser les coûts et renforcer le rôle du Parlement, à l’influence en déclin.

L’opportunité des travaux

Fin septembre, la version européenne du site d’informations américain Politico révèle que l’administration du site bruxellois envisage des travaux de rénovation et d’agrandissement, qui prévoit notamment la construction de 750 nouveaux bureaux. L’occasion est trop belle. L’argument principal des pro-Bruxelles était d’arrêter les coûts des allers-retours (estimés de 50 million à 200 millions d’euros selon que l’on soit pour ou contre Strasbourg) entre Bruxelles et Strasbourg.

Pour Catherine Trautmann, la solution est toute trouvée. On regroupe tout à Strasbourg et la Commission européenne, qui cherche de nouveaux locaux et songe à acheter en périphérie de Bruxelles où l’immobilier est moins cher qu’au centre, pourrait investir le bien-nommé bâtiment du « Caprice des Dieux ». L’ancienne ministre de la Culture avance que l’immobilier est 30% moins cher à Strasbourg, un levier pour réaliser des économies. Le futur quartier d’affaires du Wacken a de son côté réservé 30 000 m² pour les institutions européennes, si elles le souhaitent.

Renforcer le rôle du Parlement

Autre axe de la campagne, redonner du poids politique à l’institution. Le traité de Lisbonne devait renforcer le Parlement avec un droit de vie ou de mort sur la Commission, mais a surtout donné une grande puissance aux 28 chefs d’État au sein du Conseil européen et dilué le pouvoir des eurodéputés. Pour Catherine Trautmann, l’hémicycle strasbourgeois est devenu « une chambre d’enregistrement ». Environ 2 500 actes réglementaires et une cinquantaine de directives lui échappent. D’autres textes sont à peine débattus.

Dans l’assemblée, un journaliste n’est pas convaincu :

« Je comprends qu’il faut repenser le fonctionnement de la démocratie européenne, mais je ne vois pas en quoi le fait d’être à Strasbourg change quoi que ce soit… »

Pour Catherine Trautmann, l’éloignement géographique renforce l’indépendance de l’institution :

« Quand les chefs d’État viennent à Bruxelles, ils vont voir la Commission, puis le Conseil européen et enfin le Parlement. Avoir sa propre ville permet d’affirmer l’identité du Parlement. »

Toujours selon l’ancienne députée européenne, se regrouper à Strasbourg permettra aussi de tenir les lobbyistes à distance pour mieux défendre les citoyens. Les opposants pensent qu’au contraire seuls les lobbys les plus puissants peuvent payer le déplacement à leurs salariés à Strasbourg. Le quartier d’affaires au Wacken pourrait aussi être investis par ceux qui en ont les moyens.

Une image de capitale auto-proclamée de la démocratie écornée

Les votes du Parlement correspondent souvent à de subtiles alliances politiques et diplomatiques, auxquelles les partis européens et chefs d’État participent. Le seul exemple marquant où l’institution avait affirmé son indépendance était lors d’un vote contre le traité ACTA après une mobilisation de la société civile en 2012.

Convaincre les européens en jouant la carte de la démocratie à Strasbourg s’annonce risqué. Entre les consulats géants de Chine et de Turquie à quelques pas des institutions, ou la venue du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à Strasbourg, ce à quoi le maire de Bruxelles avait lui réussi à s’opposer, la ville à quelque peu écorné son image de capitale auto-proclamée de la démocratie.

Les changements de fonctionnement proposés par la Task Force ne nécessiteraient pas une modification des traités européens, puisqu’ils fixent le siège du Parlement à Strasbourg, contrairement à un regroupement à Bruxelles. Changer de traité nécessiterait l’accord de tous les pays, une opération périlleuse.

Strasbourg contre-attaque sur Bruxelles

Autre nouveauté, jusqu’ici les pro-Strasbourg n’avaient jamais répondu aux attaques directes contre la capitale alsacienne, jugée comme trop provinciale ou mal desservie. Cette fois, Strasbourg tacle à son tour la capitale belge :

« Le terme «bruxellisation » a fait son entrée dans le dictionnaire pour définir le “pourrissement d’immeubles d’habitations en vue de les transformer en espaces de bureaux”. »

Catherine Trautmann a aussi expliqué qu’elle a passé 50 minutes dans les embouteillages à Bruxelles récemment. La vice-présidente de l’Eurométropole, comme la plaquette d’information, insistent sur un meilleur cadre de vie à Strasbourg.

Concernant les hôtels, souvent fustigés pour leurs prix plus élevés qu’à Bruxelles lors des sessions, la plaquette avance la création de nouvelles chambres, ce qui impliquera une réduction des prix . Le secteur hôtelier s’est toujours montré réticent à baisser ses tarifs quand bien même certains parlementaires et leurs assistants choisissent désormais l’Allemagne. Si le Parlement est à plein temps à Strasbourg, il semble peu probable que les députés et leurs assistants se logent à l’hôtel.

Où sont passés les millions d’euros pour le tram direct gare-institutions ?

La Task Force propose enfin de mieux connecter Strasbourg aux sept aéroports à moins de deux heures de vol (Amsterdam, Francfort, Paris, Stuttgart, Zurich et Bâle-Mulhouse) et un temps de voyage raccourci en TGV grâce à l’extension de la ligne à grande vitesse vers Paris (1h50 contre 2h20 à partir d’avril). Elle ajoute qu’une navette TER relie l’aéroport à la gare en 9 minutes. Mais la gare n’a toujours pas sa ligne directe vers les institutions, contrairement au métro bruxellois.

Ce projet doit être pourtant financé par le contrat triennal entre l’État et les collectivités alsaciennes. Lors d’un déjeuner de presse en janvier Catherine Trautmann se voulait rassurante en affirmant que les sommes prévues n’étaient pas toujours dépensées jusqu’alors et que cette fois-ci ce serait le cas. La version 2015-2017, à la baisse, prévoit 16 millions d’euros pour une ligne directe, mais est liée à l’extension de 1,4 kilomètre du tram vers la Robertsau. Or à l’Eurométropole, toute extension du réseau de tram n’est plus d’actualité et reste suspendue aux débats d’arbitrages budgétaires qui durent plus longtemps que prévu.

La campagne du siège ne fait que commencer.

Aller plus loin

Sur TheSeat.info : les arguments de la campagne The Seat

Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur la bataille du siège

Arte publie un jeu documentaire pour s’essayer à la transition énergétique

Arte publie un jeu documentaire pour s’essayer à la transition énergétique
Les éoliennes de Madère (Photo Arte Futur)
Les éoliennes de Madère (Photo Arte Futur)

Dans le cadre d’une série documentaire sur le développement durable, Arte a mis en ligne un jeu vidéo dans lequel il s’agit d’assurer la transition énergétique d’une île. Le jeu a été conçu par Seppia depuis Strasbourg et développé à Lille.

Faire vivre une île sans pétrole, ni charbon, ni gaz, c’est le défi que propose un jeu vidéo produit à Strasbourg, les Îles du Futur, publié ce mercredi pour accompagner une série de cinq films documentaires sur le développement durable, diffusés sur Arte du 23 au 27 novembre.

Ce jeu en 3D qui se joue dans le navigateur (mais qui nécessite un complément, Unity Web engine, qui ne fonctionne pas sur Chrome) ou sur les smartphones et tablettes propose aux utilisateurs d’utiliser l’énergie des vagues, du vent, du soleil et même de la terre, sans augmenter les impôts si possible ni dégrader le cadre de vie des habitants et sans puiser dans les ressources naturelles. Donc installer une éolienne, oui mais pas près des villes, ni près des arbres, etc.

Le jeu s’inspire de l’expérience acquise par cinq îles en Europe, qui sont toutes parvenues à l’autonomie énergétique : l’Islande grâce à ses sources d’eau chaude, El Hierro aux Canaries et Samsø au Danemark grâce à des parcs éoliens, Madère au Portugal puise dans son énergie hydraulique même au coeur de l’été, et l’archipel des Orcades en Écosse mise sur les marées.

Objectif zéro pollution

Dans ce jeu de gestion très complet, de nombreuses techniques de production d’énergie sont proposées, avec pour chacune leurs avantages et inconvénients présentés en vidéo : panneaux solaires, parcs éoliens, panneaux photovoltaïques, géothermie, traitement des déchets, etc. On apprend ainsi que les éoliennes ne fonctionnent pas en continu, car elles ne tournent que 2 500 heures par an en raison d’une vitesse du vent souvent inférieure à la vitesse minimale.

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Page d’accueil du jeu Arte Futur, les îles du Futur (capture d’écran)

L’objectif du jeu est de faire disparaître toute trace de pollution sur l’île. Il faut donc remplacer les centrales polluantes par d’autres sources, plus respectueuses de l’environnement.

Le jeu est complexe, et il faut s’armer de patience pour choisir à bon escient l’énergie solaire, aquatique ou géothermique en fonction des contraintes. Comment arbitrer entre l’énergie thermique de l’usine d’incinération avec générateur thermoélectrique ou l’usine de bio carburant de nouvelle génération ? Heureusement, dans ce Sim City écologique, les joueurs peuvent échanger leurs techniques, car toutes les îles partagent le même « archipel ».

Un projet à 220 000 euros

Ce jeu, dont le budget avoisine les 220 000€, à été coproduit par Arte et Universcience, avec une aide de l’Ademe (Agence pour la maîtrise de l’énergie) et d’un fonds de soutien aux expériences interactives de la Région Nord-Pas de Calais, Pictanovo. L’Eurométropole et la Région Alsace ont également participé.

C’est l’agence de production audiovisuelle strasbourgeoise Seppia qui a piloté le projet, après avoir conçu la série documentaire avec Arte. Elle a fourni ou sélectionné la quarantaine de vidéos explicatives présentes dans le jeu et c’est un studio de Lille, Vertical, qui a développé le jeu. L’ensemble des partenaires ont mis plus d’un an pour achever ce projet.

Avec cette série, Arte espère apporter sa contribution aux débats écologiques à venir à l’occasion de la COP 21, la conférence des Nations Unies pour le climat, qui se tient à Paris en décembre. Pour Cédric Bonin, producteur chez Seppia, une transition énergétique similaire à celle qui a eu lieu sur ces îles sera difficile à mettre en place en France :

« La transition écologique dépend de la volonté de certains individus, il existe des visionnaires, des gens motivés dans certains pays. Et heureusement car, il faudra énormément de volonté pour changer les habitudes de 66 millions d’habitants en France. Le processus demande une très forte adhésion démocratique, car il se heurte à de nombreux acteurs installés, à des politiques, des lobbies, dont certains sont gigantesques et très puissants comme celui du nucléaire. »

Le monde fonctionne à 80% avec de l’énergie fossile

À l’échelle du monde, le mix énergétique est dominé à plus de 80 % par les énergies fossiles, à savoir le pétrole et le gaz naturel. La combustion de ces matières est responsable d’une bonne partie de la production planétaire de gaz à effet de serre. En France, la loi sur la transition énergétique a conservé une production nationale assurée pour moitié par le nucléaire. Pourtant, l’Ademe a publié une étude en avril 2015 révélant que produire la totalité de l’énergie en France à partir de sources renouvelables ne coûterait pas plus cher.

Le jeu des Îles du Futur n’intègre pas les lobbys et les atermoiements politiques comme variables. Pour donner une chance de gagner aux joueurs peut-être.

Aller plus loin

Sur Arte Future : accéder au jeu (cliquer sur l’image) – Attention, seuls les navigateurs Mozilla Firefox et Internet Explorer sont compatibles.

Sur Arte Future : la série documentaire (disponible du 23 au 27 novembre)

#Seppia

À Mulhouse, le maire Jean Rottner sermonne les familles absentéistes

À Mulhouse, le maire Jean Rottner sermonne les familles absentéistes
L'hôtel de ville de Mulhouse (photo Flickr / Jorbasa Fotografie /cc)
L’hôtel de ville de Mulhouse (photo Flickr / Jorbasa Fotografie /cc)

Environ 80 familles mulhousiennes ont été convoquées à l’Hôtel de ville de Mulhouse mardi 14 octobre, pour un rappel à la loi, en présence du maire Jean Rottner (« Les Républicains »). En cause, les absences de leurs enfants des établissements scolaires : une semaine de cours manqués à la fin de l’année scolaire, ou une semaine de vacances supplémentaires après la rentrée.

Les syndicats de parents FCPE et PEEP avaient déjà interpellé la municipalité et l’Éducation nationale sur ce point en janvier. L’action a été menée conjointement avec la direction académique des services de l’éducation nationale (DASEN). Au printemps 2015, la DASEN avait envoyé un courrier en cours d’année aux familles dont les enfants étaient absents l’année dernière, ce qui aurait permis de réduire les absences lors de cette rentrée, bien que cela ne soit pas chiffré.

« Convocation devant le tribunal »

Un ami d’une des familles convoquée a eu l’impression que le moment devant le maire ressemblait à une « convocation devant le tribunal, alors que les familles s’étaient déjà excusées auprès de l’école. C’est stigmatisant ».

L’adjointe au maire de Mulhouse, en charge de l’Éducation Chantal Risser (UDI), réfute le terme de tribunal, mais s’accorde à dire que c’était un moment solennel :

« C’était un rappel à la loi. Il faut rappeler que les parents risquent une amende ou voire plus (une mère avait été condamnée à 5 mois de prison avec sursis en 2012 à Valenciennes, ndlr). La plupart des parents ont reconnu les faits et se sont engagés à ne plus recommencer. L’important est de sensibiliser à l’absentéisme de manière générale, car cela se reproduit. On espère constater une diminution l’été prochain. »

Pour Juliette Staraselski, ancienne déléguée syndicale du Haut-Rhin PEEP l’année dernière, les départs en vacances s’expliquent en partie par les tarifs attractifs des compagnies aériennes en dehors des congés scolaires, notamment vers les pays du Maghreb ou en Turquie. Les familles dont les enfants n’ont manqué que quelques journées ont reçu un courrier.

GCO : et le concessionnaire est… encore Vinci !

GCO : et le concessionnaire est… encore Vinci !
(Dessin Guillaume Decaux)
(Dessin Guillaume Decaux)

Alain Vidalies, secrétaire d’État aux transports, a communiqué mardi soir le nom de l’entreprise qui aura la charge de construire le Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Après plus d’un an d’étude du dossier, ce sera le groupement d’entreprises Arcos, dont le mandataire est Vinci concessions. La mise en service est prévue pour un vague « horizon 2020 ». Quatre groupements avaient candidaté pour ce marché d’environ 400 millions d’euros, dont 200 millions d’argent public : Vinci, Bouygues, Eiffage ainsi que plusieurs entreprises de taille moyenne constitué de NGE, Fayard et du groupe Lingenheld.

Un temps rendu nécessaire par la complexité du dossier, puisqu’il s’agira d’une autoroute de contournement à péage, dont l’équilibre financier est très contesté. En janvier 2012, le groupe Vinci avait déjà été retenu comme concessionnaire, mais il s’était vu retirer cette qualité en juin, en raison d’insuffisances dans son montage financier et aussi, d’un changement de majorité au gouvernement.

Remis au goût du jour en 2013

Mais les partisans du GCO n’ont jamais désarmé. En septembre 2012, la chambre de commerce et d’industrie du Bas-Rhin a lancé une campagne pour réhabiliter le projet autoroutier, en proposant que le transit poids-lourds dans l’agglomération soit interdit. Un an plus tard, un rapport du conseil général de l’environnement et du développement (CGED) préconise de relancer le GCO, dans une version légèrement modifiée.

Face à ce retournement de la situation auquel les élus de l’Eurométropole, hors écologistes, se sont ralliés, le collectif « GCO Non Merci » s’est remobilisé et a érigé sur le parcours prévu du GCO plusieurs « cabanes », pour sensibiliser le public aux étendues de terres agricoles que cette autoroute détruirait. La troisième a été inaugurée en janvier 2015. Quant à l’association environnementaliste Alsace Nature, elle a publié un rapport contre le GCO, déclinant 10 propositions alternatives.

Le PS reste divisé

Au sein du PS local, le projet reste controversé. La première secrétaire du PS bas-rhinois Pernelle Richardot a affirmé le 11 octobre lors d’un débat sur les transports dans la future grande région qu’elle était opposée. Mais le maire de Strasbourg Roland Ries et le président de l’Eurométropole Robert Herrmann se sont ralliés au projet une fois qu’il est passé d’un 2×3 voies à 2×2 voies.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : Vingt ans de grand contournement ouest de Strasbourg

Aide juridictionnelle : « grève totale » des avocats à Strasbourg

Aide juridictionnelle : « grève totale » des avocats à Strasbourg
Réunis en assemblée générale, les avocats de Strasbourg ont approuvé le principe de la "grève totale" (Photo Maître Corbeau / Twitter)
Réunis en assemblée générale, les avocats de Strasbourg ont approuvé le principe de la « grève totale » (Photo Maître Corbeau / Twitter)

Après une assemblée générale houleuse ce mardi midi, le conseil de l’ordre a voté à l’unanimité de ses 21 membres la « grève totale des audiences » à compter d’aujourd’hui et jusqu’au 1er novembre. Autrement dit, aucun avocat ne doit se rendre à une convocation devant un magistrat, un tribunal ou une juridiction. Seuls les conseils entre un client et son avocat à l’étude se poursuivront.

« Grève totale »

Selon le bâtonnier de l’ordre, cette décision s’impose aux avocats, ce qui laisse prévoir une paralysie de la justice. Les avocats protestent contre un projet de financement de l’aide juridictionnelle, ce système permettant aux personnes avec de faibles ressources, de voir leurs frais d’avocats pris en charge. Dans un article de la loi de finances, la Ministre de la Justice Christiane Taubira prévoit de mettre les fins de compensation gérés par les avocats à contribution et de relever le plafond de revenus des bénéficiaires.

Mais ces derniers refusent en bloc, arguant que les prises en charge de l’aide juridictionnelle ne sont d’ailleurs pas suffisantes pour couvrir leurs frais et honoraires.

Certains aimeraient bloquer les paiements de la TVA en provenance des études, mais ce point n’a pas été voté par le conseil de l’ordre :

Pour le président de l’ordre des avocats, Me Jean-François Brun, il n’est pas exclu que d’autres manifestations suivent :

« Dans ce dossier, la situation évolue tous les jours. Donc nous sommes déterminés et à l’écoute des propositions du gouvernement ».

#aide juridictionnelle

À la Robertsau, l’Eurométropole s’enorgueillit de sa politique maraîchère

À la Robertsau, l’Eurométropole s’enorgueillit de sa politique maraîchère
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La signature de la convention le 15 octobre à la Robertsau – Photo EJ – BDLR

Jeudi 15 octobre, la Ville de Strasbourg, l’Eurométropole, la chambre régionale d’agriculture et les agriculteurs bios d’Alsace ont signé à la Robertsau une nouvelle convention de partenariat visant « le développement d’une agriculture locale, durable et innovante ».

partenaire blog de la RobertsauC’est dans le cadre bucolique de l’exploitation maraîchère « Au Jardin de Marthe » que se sont retrouvés les élus de l’Eurométropole de Strasbourg et de la chambre régionale d’agriculture jeudi pour signer une nouvelle convention de partenariat « pour le développement d’une agriculture locale, durable et innovante ».

Qu’est-ce que ça veut dire ? Que l’Eurométropole se désole de la disparition de l’agriculture vivrière de proximité, que la chambre d’agriculture aussi, et que les deux institutions sont tombées d’accord pour sanctuariser des hectares appartenant à la collectivité pour l’agriculture biologique. Et pour les élus, « Au Jardin de Marthe » est le parfait exemple de cette politique.

Aux manettes de l’exploitation depuis six mois, David Hornecker est un maraîcher heureux :

« Les Robertsauviens viennent de plus en plus nombreux. Ils veulent savoir d’où viennent les produits, comment ils sont cultivés. Ils sont surtout heureux de trouver une boutique de proximité où trouver des produits frais ».

David Hornecker dans son exploitation cet été - Photo EJ / BDLR
David Hornecker dans son exploitation cet été. (Photo EJ / BDLR)

En 2010, il y avait sept exploitations agricoles sur le territoire de l’Eurométropole, et le bio représentait à peine 0,51 % de la production. Aujourd’hui, elles sont 12 et la part du bio est passée à 1,36%.

« Pour se parler et échanger »

La convention est surtout un document qui permet aux différents acteurs de se parler, et de travailler de manière transversale et de trouver des solutions, car comme le rappelle Jean-Paul Bastian, président de la Chambre régionale d’agriculture d’Alsace :

« Il faut que le monde agricole travaille de manière plus étroite avec les villes. Avant on avait l’impression qu’il n’y avait pas de relation, maintenant elles sont plus officielles et avec des actions concrètes comme les fermes en ville ».

Robert Herrmann et Jean-Paul Bastian - Photo EJ - BDLR
Robert Herrmann, président de l’Eurométropole, et Jean-Paul Bastian, président de la chambre d’agriculture d’Alsace. (Photo EJ – BDLR)

Même position du côté du président de l’Eurométropole, Robert Herrmann (PS) :

« On a re-signé car nous sommes heureux du bilan qui va au-delà de nos espérances. On souhaite dans le cadre du PLUI (plan local d’urbanisme intercommunal) tripler la surface des terres destinées à l’agriculture biologique, car la demande en produit bio pour la restauration scolaire n’arrive pas à être satisfaite ».

Même si Robert Herrmann souligne « l’accord global » à l’échelle des 28 communes sur cette intention, les terres agricoles sont des pépites convoitées.

Le reportage vidéo du Blog de la Robertsau

 

Aller plus loin

Sur le Blog de la Robertsau : Exploitation Hornecker : des maraîchers bio à la Robertsau (vidéo)

Sur le Blog de la Robertsau : On a gouté le melon Robersauvien (test)

Sur DNA.fr : Bienvenue chez les Hornecker (accès abonnés)

 

Y aller

Le Jardin de Marthe, 9 Chemin Goeb à Strasbourg – Robertsau. site web. Ouverture du magasin : du lundi au vendredi : 15h à 19h et le samedi : 8h à 13h.

Avec Blackalicious, du hip hop qui dé-Freez mercredi à la Laiterie

Avec Blackalicious, du hip hop qui dé-Freez mercredi à la Laiterie
Freez
Le trio strasbourgeois Freez (Doc. remis)

Amateurs de hip hop, réjouissez-vous ! Et non amateurs, lisez quand même cet article, vous apprendrez des trucs. Le Club Laiterie accueille Blackalicious mercredi 21 octobre une légende de la scène indé californienne et Freez, un trio strasbourgeois qui décoiffe, tous deux placés sous le sceau d’un flow sismique.

En ouverture de soirée, voici Freez. Le combo strasbourgeois, auteur d’un premier EP très récent, s’organise autour de l’hyperactif MC new-yorkais Eli Finberg, alias Mr E d’Art District, également pilier du groupe Blockstop ou encore de Caterva. Freez réunit aussi Arthur Vonfelt à la batterie ainsi qu’Octave Moritz à la trompette pour un son furieusement groovy et assurément explosif en live.

Ce collectif se présente sous la bannière « cosmic groove poetry », abordant la grammaire hip hop par la mélodie et la poésie. Et puisque le trio cultive un certain mystère visuel et sonore sur ses productions, l’unique moyen pour mieux connaître son univers reste la scène !

Blackalicious
Le tandem californien Blackalicious, à l’affiche du Club Laiterie ce 21 octobre (Doc. remis)

Blackalicious roi de la rime

Freez chauffera donc bien la petite salle de la Laiterie avant que ne débarque Blackalicious, tandem mythique du hip hop west coast avec son flow acrobatique doublé d’un groove jouissif et chaleureux. Illustration avec l’un des tout premiers singles des Californiens, issu de l’album des débuts, Nia, en 1999.

Voici Deception et son sample du fameux Burnin’ Love de Black Grass :

À cette époque, Blackalicious (Gift of Gab au micro et Xcel aux machines) gravite dans la galaxie du Quannum Projects, collectif hip hop de San Francisco dans lequel évoluent les déjà illustres DJ Shadow et Lyrics Born. Le tandem est donc à bonne école lorsque paraissent les deux disques suivants, les excellents Blazing Arrow (2002) et The Craft (2005).

Autre illustration du talent incomparable des deux rappeurs : l’étourdissante capacité à rimer de Gift of Gab au fur et à mesure qu’accélère le tempo avec, en prime, un alphabet tout entier à prendre en considération pour relever le défi :

En octobre 2014, d’ailleurs, le succès de Blackalicious a été amplifié par un passage de l’acteur Daniel Racliffe (alias Harry Potter) dans le Tonight Show de Jimmy Fallon, rappant lui aussi l’Alphabet Aerobics avec brio.

Mais ce qui fait aujourd’hui l’actualité de Blackalicious, c’est un grand retour discographique après dix ans de silence. Gift of Gab et Xcel ont sorti il y a quelques jours Imani vol.1, premier opus d’une trilogie entièrement produite par Xcel qui n’a rien perdu de sa superbe (album à découvrir ici en intégralité). En atteste l’un des premiers extraits de cette nouvelle livraison, The Blowup, agrémentée d’un film d’animation bien plaisant :

En 16 titres, Blackalicious régale ses fans et se fait plaisir en invitant les membres de sa grande famille via de délicieux featurings avec Lateef, Lyrics Born, Amde (de Watts Prophets) ou encore Myron et, plus étonnant, Zap Mama, le groupe belgo-congolais de Marie Daulne. Blackalicious prouve donc une fois encore sa grande perméabilité et livre un excellent cru qui ne pourra qu’être bonifié par la tournée actuelle. À voir absolument sur scène !

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576 personnes ont voté "dans les urnes" le bas-rhin d'après le parti socialiste. Ici, la première secrétaire Pernelle Richardot (photo PS 67)
576 personnes ont voté « dans les urnes » le bas-rhin d’après le parti socialiste. Ici, la première secrétaire Pernelle Richardot (photo PS 67)

Démarche critiquée car ne portant pas sur les programmes, le référendum « pour l’unité de la gauche aux régionales » s’est tenu ce week-end dans le Bas-Rhin. Sans surprise, le « oui » l’a largement emporté avec 93,06% des voix, a-t-on appris via un communiqué du Parti socialiste bas-rhinois.

Toujours selon la fédération du Bas-Rhin, le nombre de votants « dans les urnes » était de 576. Le nombre d’adhérents au PS 67 est de 806, mais celui des votants « en ligne » pour le Bas-Rhin n’est pas encore disponible.

Au niveau national, le PS revendique 251 327 votants (135 027 dans les urnes et 116 300 sur internet) pour 89% de « oui ». Certains journalistes ou opposants se sont amusés à voter plusieurs fois, ou à faire voter des opposants.

Aucun impact sur les alliances

Le résultat ne risque cependant pas d’impacter les alliances aux élections régionales de décembre. D’après de nombreux observateurs ou politiciens, cela permettra surtout de pointer la responsabilité des autres partis de gauche après les élections régionales de décembre 2015, scrutin qui s’annonce très difficile pour la gauche en général. Le PS va par ailleurs envoyer chaque mois « une lettre aux compagnons de l’unité », c’est à dire aux gens qui ont donné leur e-mail.

Quant au contre-réferendum « pour une politique de gauche », uniquement en ligne, il a obtenu 96,04% de « oui » pour 10 483 votants. Comme ça, tout le monde a gagné et tout le monde est content !

Séréni’T, le cauchemar de Bouygues Immobilier à la Robertsau

Séréni’T, le cauchemar de Bouygues Immobilier à la Robertsau
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Présentation du programme Séréni’T (Plaquette commerciale Bouygues Immobilier)

En 2014, le promoteur Bouygues immobilier a construit une résidence d’appartements appelée « Séréni’T » à la Robertsau. Depuis leur installation, propriétaires et locataires se battent entre lettres, appels et fatigue pour que des malfaçons du bâtiment soient réparées, mais les solutions se font attendre de la part du promoteur immobilier. Explication d’un système et de ses risques.

« Bouygues c’est un nom que l’on connait, qui nous rassure. On avait entièrement confiance quand on les a choisi ». Cette phrase, on peut l’entendre à la volée de la part de nouveaux propriétaires qui ont fait confiance au promoteur immobilier pour le programme Séréni’T, à Strasbourg Robertsau. Lors de sa commercialisation, Bouygues décrivait ainsi l’ensemble sur sa brochure : « Votre vie respire le bien-être », « C’est là que votre nouvelle vie vous attend », « L’expertise et la qualité de Bouygues Immobilier », « Réduisez votre consommation d’énergie », etc.

Mais depuis la livraison en juillet 2014, résidents de l’impasse du Hüttwörth n’ont pas l’air si sereins : portes qui ne se ferment pas, parquet mal installé, infiltrations d’eau, chauffage qui ne fonctionne pas, sols brûlants, problèmes d’électricité…

La première propriétaire à s’être installée (en juillet 2014) s’appelle Yvonne Von Zeidler. Après trois semaines dans son nouveau trois pièces de 60 m2, elle décide de quitter les lieux avec sa fille, constatant des défauts d’étanchéité, de l’humidité, des malfaçons, la pente de son terrain inversée, récupérant en cas d’averse, les eaux s’écoulant du toit et des terrasses supérieures et amenant toutes les eaux de pluie terreuse vers son jardin.

Elle se lance alors dans une procédure judiciaire, fait assigner Bouygues Immobilier devant le tribunal de grande instance de Strasbourg, aux fins d’obtenir la résolution de la vente ainsi que la restitution du prix (224 000 euros).

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Yvonne Von Zeidler récoltant l’eau des terrasses supérieures dans un seau, dans son jardin en juillet 2014. (document remis)

En juillet 2014, le promoteur propose de reloger Yvonne Von Zeidler et sa fille dans un hôtel, le temps que les travaux s’achèvent afin de régler ce problème d’étanchéité. Elle refuse et remet ses clés à l’agence, estimant que le contrat n’a pas été respecté et qu’elle ne souhaite plus vivre dans l’appartement, qu’elle juge dangereux pour sa fille asthmatique.

Etat de l'appartement d'Yvonne Von Zeidler après trois semaines. En attente des résultats d'une nouvelle expertise ayant eu lieu le 08 octobre pour connaître les causes de l'humidité excessive, elle loue un autre appartement à ses frais pour vivre depuis plus d'un an. (Crédit Photo : Yvonne Von Zeidler - document remis)
Etat de l’appartement d’Yvonne Von Zeidler après trois semaines. En attente des résultats d’une nouvelle expertise ayant eu lieu le 08 octobre pour connaître les causes de l’humidité excessive, elle loue un autre appartement à ses frais pour vivre depuis plus d’un an. (Crédit Photo : Yvonne Von Zeidler – document remis)

Jean-Louis Archambault, directeur de l’agence Alsace de Bouygues Immobilier et son chargé de projet Lucas Obernesser, considèrent qu’à partir du moment où Yvonne Von Zeidler a refusé les travaux proposés par Bouygues, « il faut laisser faire la justice ». En l’attente des résultats des expertises demandées dans le cadre du procès, et de preuves de sa responsabilité, le promoteur refuse de rembourser la propriétaire.

Cela signifie concrètement que l’appartement vide continue de se détériorer avec l’humidité alors que Bouygues Immobilier somme sa propriétaire de prendre soin du lieu dans lequel elle ne vit plus.

« Conforme aux règles de l’art »

Pour les autres propriétaires qui ont fait le choix de rester sur place ou de louer leur appartement, le quotidien est fait d’attente et de réclamations régulières auprès de Bouygues Immobilier. Le promoteur enchaîne pourtant les travaux, mais au compte-gouttes et à un rythme incertain.

La loi veut que le promoteur respecte les garanties mises en place : parfait achèvement et garantie décennale. Dans le cadre de la procédure avec Yvonne Von Zeidler, Bouygues Immobilier réfute l’invocation de la garantie décennale au vu des désordres et souhaite engager la responsabilité des différentes entreprises intervenues sur le chantier ainsi que leurs assureurs.

À savoir, la société Soprema, titulaire du lot d’étanchéité, Beyer, titulaire du lot plomberie-sanitaires, les Établissements Falières, pour le chauffage et la ventilation, Pontiggia qui s’est chargé des espaces verts, le contrôleur technique Qualiconsult et même AEA Architectes, l’agence maître d’œuvre de la conception et de l’exécution ! Mais en attendant que tout ce petit monde ne se retrouve devant un juge, les conditions de vie des résidents de Séréni’T continuent de se dégrader.

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La cour collective où les installations pour vélos ne sont pas terminées et laissent à leur sol une étrange trace marron. L’architecte constate l’état du parking à vélo : « Ca doit être de la terre qui tombe du jardin au-dessus, ça n’est rien, on va nettoyer ça. Et pour les trous béants je ne sais pas c’est étrange. »

Une défaillance imprévisible ?

Jean-Louis Archambault tient à rappeler que les différents problèmes découverts dans le programme Séréni’T sont rares et que Bouygues Immobilier met tout en œuvre pour les régler :

« Nous tenons à notre réputation et à la qualité de nos constructions pour nos clients. On l’a reconnu, il y a eu une défaillance d’une des entreprises avec laquelle nous avons travaillé sur ce chantier. Ils n’ont pas respecté les délais ce qui a perturbé l’enchaînement des tâches. Disons que le contrôle du chantier a été plus mobilisé sur le planning que sur un réel contrôle de la construction. Nous avons arrêté de travailler avec eux. »

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Seuil de porte d’un appartement pour personne handicapée, où l’eau s’infiltre. Lucas Obernesser, affirme que Bouygues « s’engage à tout reprendre, c’est un loupé. ». L’architecte, Olivier Lindelser, découvre pour sa part la planche de bois : « Ça n’était pas comme ça dans mes plans. Il devait y avoir du métal dessus. Après je ne suis pas là tous les quatre matins pour tout vérifier. » (Photo Emilie Lamine / Rue89 Strasbourg)

Bouygues mis en cause ailleurs aussi

Séréni’T, un cas isolé ? Pas si sûr. À Bordeaux, un éco-quartier construit en 2012 par Bouygues Immobilier a vu un de ses balcons s’effondrer en août 2015. On retrouve alors le même scénario qu’à la Robertsau avec des conséquences plus graves : réclamations à répétition contre les malfaçons et des réparations qui traînent. La qualité de la construction est alors remise en question et toujours dans la même logique, le promoteur rappelle qu’il s’agit d’un cas isolé mais prend les mesures nécessaires pour reloger les familles.

Une basse consommation d’énergie qui multiplie les frais

Les propriétaires de la résidence Séréni’T à la Robertsau sont également confrontés à des charges plus élevées que celles qui étaient présentées sur la brochure de Bouygues Immobilier (électricité, chauffage collectif au bois à granulés, entretien…). Le promoteur y mettait en avant le concept de logements à basse consommation grâce au label BBC-Effinergie. Selon le représentant du syndic de copropriété, Gest’Home, en charge à la Robertsau, cette estimation peut poser problème :

« Bouygues a vendu un BBC qui ne doit pas consommer beaucoup. Mais lorsqu’on a dû effectuer le budget des charges pour les résidents, on s’est rendu compte qu’il était presque trois fois plus lourd que prévu. La conséquence, c’est que les travaux qui doivent être effectués tardent puisqu’il n’y a pas le budget : l’entretien, le problème de pompe, d’électricité ou de chauffage. Les charges devraient être régulées autrement et le budget rehaussé à la prochaine assemblée générale, ce qui veut dire plus de charges à payer malheureusement ».

M. Archambault explique l’écart du montant des charges collectives :

« Le problème, c’est qu’on s’engage dans le cadre des conditions du label. Ce qu’il faut savoir, c’est que les données sont calculées sur une base de 19 degrés dans un appartement. Bien sûr que personne ne se chauffe à cette température. C’est pour cela qu’il y a un écart dans le montant des charges la première année car nous avons fait une simple estimation. Après, nous n’avons pas communiqué sur des montants de charges, nous sommes très transparents là-dessus, nous respectons seulement les conditions du label ».

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Impression écran de la plaquette commerciale de Bouygues Immobilier. La basse consommation est mise en avant grâce au label BBC-Effinergie

En 2012, dans un autre éco-quartier du Havre, des habitants se retrouvent confrontés à des problèmes similaires  : Bouygues construit des logements neufs, sur la vague écologique, avec un label de performance énergétique semblable à celui de la Robertsau et pour les résidents, les malfaçons s’enchaînent.

À Metz, une propriétaire créé même un blog répertoriant les problèmes encourus avec Bouygues immobilier dans son appartement acheté sur plans et le suivi de ses requêtes.
Aujourd’hui, Bouygues immobilier a assuré aux résidents de l’impasse du Hüttwörth à la Robertsau que les travaux nécessaires sur les balcons allaient être effectués et que Jean-Louis Archambault allait se rendre sur place en réunissant tous les propriétaires pour faire le point sur les réclamations.

Quant à Yvonne Von Zeidler, elle devra encore attendre les résultats de la dernière expertise du 8 octobre pour savoir si Bouygues Immobilier ou les entreprises en charge du chantier feront appel à leurs garanties pour le remboursement de son appartement.

Aller plus loin

Sur Rue89 Bordeaux : Gincko, l’éco-quartier qui essuie les plâtres

Le site de l’ADIL Bas-Rhin

#bâtiment BBC

A la réunion sur les Bains municipaux, le « cadre » se précise

A la réunion sur les Bains municipaux, le « cadre » se précise
Les participants ont beaucoup défendu les choix de la municipalité sur la rénovation des bains municipaux. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les participants ont beaucoup défendu les choix de la municipalité sur la rénovation des bains municipaux. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Lors de la deuxième réunion publique sur l’avenir des bains municipaux, l’adjoint Olivier Bitz et les intervenants ont beaucoup défendu les choix de la municipalité. Quelques zones d’ombres s’éclaircissent, même si le sauna et les bains romains restent le point chaud.

En 2008, Jean Waline et Olivier Bitz étaient adversaires. Aux élections cantonales (devenues départementales), le jeune Olivier Bitz (PS), aujourd’hui adjoint au maire en charge du dossier de la rénovation des bains muncipaux poussait, à la surprise générale, le professeur Waline (droite) à la retraite politique, après 31 ans de carrière. Vendredi 16 octobre, le passé était mis de côté. Le professeur de droit et ancien membre du Conseil constitutionnel était invité à parler de « l’évolution du service public » aux bains municipaux, en tant que Strasbourgeois attaché et usager du lieu.

Et cela tombe bien, il avait le même avis que la municipalité : ce qui est ouvert au public doit le rester, dépenser pour rénover coûte trop cher (la somme de 30 à 40 millions d’euros à toujours été avancée sans que les études associées soient publiées), il faut confier la gestion du lieu à quelqu’un d’autre et il faut ouvrir les espaces inoccupés pour le futur exploitant, qui paiera la rénovation.

L’universitaire, qui a d’ailleurs jugé nécessaire de préciser deux fois sur le fait qu’il était là en tant qu’homme « libre » et « indépendant », s’est expliqué chiffres à l’appui. En 2013 comme 2014, plus de 150 000 entrées ont été enregistrées. Le budget est passé 3,1 millions d’euros à 2,9, alors qu’en revanche les recettes ont grimpé de 377 000 à 405 000 euros de recettes.

Défendre les choix

Interpellé lundi au conseil municipal par l’opposition sur le faible dialogue dans la première réunion, le maire Roland Ries (PS) avait répondu que certes il y avait « une concertation », mais qu’il avait avant tout fixé « un cadre », à savoir confier la gestion du bâtiment à un prestataire extérieur. Quand bien même certains ne sont pas d’accord avec celui-ci, ce cadre ne peut être remis en cause. Lors de cette deuxième réunion les intervenants ont surtout justifié ce cadre.

Pierre Laplane, directeur général des services de l’Eurométropole a expliqué que certains services publics n’étaient plus rendus par les agents de la collectivité et a détaillé les autres modes de gestion déjà en place à Strasbourg (convention, délégation etc.) qui garantissaient tout de même un « contrôle ». Pour la première fois l’économie en faisant recours à l’externalisation des activités de nettoyage des écoles et des piscines a été avancé. « Là où la collectivité payait 100, elle débourse 60 ». Cependant, l’exploitation sociale et précarisation des travailleurs par ces entreprises, dénoncée par des syndicats ou agents n’a pas été soulevée.

Alexandre Feltz (sans étiquette), adjoint à la Santé publique a, lui, détaillé le programme Sport ordonnance, qui doit bénéficier de davantage de créneaux dans les bassins de la piscine de la Victoire. Interpellé sur les bienfaits du sauna pour la santé « qui me font renoncer à mes séances de kiné », dixit un participante, il a répondu que cela correspondait à une activité de bien-être importante, mais qu’aucune étude ne prouvait qu’elle guérissait de maladies.

« Pas question de fermer les bains » pour Olivier Bitz

Votée en juin, une « charte de la rénovation » devait rassurer les citoyens, mais les participants (plus nombreux qu’à la première réunion, proches des quatre-vingt dix), ne l’ont pas comprise comme les rédacteurs. La phrase le « maintien d’activité de baignade » (au singulier) au même prix que les autres piscines de l’Eurométropole a été comme « juste une piscine sur les deux et pas les bains ». L’adjoint Olivier Bitz a affirmé que cela signifie bien les deux piscines et aussi les bains et sauna.

Après la réunion, l’adjoint Olivier Bitz estime que ces réunions servent à désamorcer l’incompréhension :

« Il n’est pas question de fermer les bains romains et sauna. Mais je ne m’engage pas sur un prix futur, car la priorité est de donner plus de créneaux au Sport sur ordonnance, dont les enjeux en santé sont plus important. »

Le prix des sauna et bains en questions

Pour autant les débats se crispent sur cette thématique, en partie car aucun budget séparé des activités n’est présenté, mais que cette activité est jugée aujourd’hui trop coûteuse. Olivier Bitz a avancé que les recettes sont de 8,84€ de recettes par entrée, pour un coût total de 26€, la différence étant prise en charge par la collectivité. Une moyenne qui a beaucoup fait réagir l’assemblée, alors que les entrées sont à 15€ et les abonnements ont été supprimés. Il reste cependant des tarifs réduits sous conditions à 8€ et 30€ les 5 entrées, mais cette proportion étonne.

Les participants, qui mettent en avant les milieux modestes qui fréquentent le lieu et comprennent mal que la part de la collectivité doivent baisser quand cela n’est pas remis en question dans d’autres domaines. L’exemple de l’Opéra, dans des proportions bien plus élevées, est revenu plusieurs fois.

Après les échanges, voici la direction que prennent les débats :

    Il y aura un seul exploitant privé de tout le bâtiment, dans un contrat encadré avec la Ville et l’Eurométropole propriétaire. La trentaine d’agents de l’Eurométropole ne travaillera plus sur ce site. La collectivité compte employer 1 000 agents de moins en 2020/2022 (de 8200 à 7400 salariés environ) pour stabiliser les dépenses de personnel. Les espaces rénovés devront générer une nouvelle activité, rentable, permettant de financer les activités maintenues. Le sauna et les bains bains romains ne devraient pas être fermé, leur prix pourrait en revanche augmenter. Les créneaux pour les activités de Sport sur ordonnance seront augmentés, ceux de natation réduits s’il n’y a pas de nouveau bassin construit. Quelques baignoires et douches resteront à disposition (entre 10 et 12 usagers s’y rendent tous les jours) Les piscines seront au même prix qu’ailleurs dans l’Eurométropole.

Un restaurant ? Un institut de formation ?

Les réunions publiques devraient en théorie davantage porter sur l’utilisation des autres parties du bâtiment, notamment la cour arrière actuellement utilisée comme parking pour les employés (une piscine extérieure avait été envisagée en 2009) ou les 5 000m², la moitié de la surface, successivement abandonnés par les municipalités. Olivier Bitz a toujours dit que ces questions n’étaient pas tranchées. L’idée d’un restaurant (sans plus de détail sur le type) a par exemple été évoquée et ne soulève pas d’opposition.

Reste qu’une activité de restauration ne permettra pas de compenser les 2,5 millions de déficit actuels, auxquels s’ajouteront la prise en charge des lourds travaux de rénovation. Olivier Bitz propose aussi à l’issue de la réunion la mise en place un institut de formation pour les intervenants dans le programme Sport sur ordonnance, un dispositif qui va s’élargir à la France entière avec la loi de Santé.

Bien qu’en désaccord avec « le cadre »? Bernard Aghina du collectif « la Victoire pour tous » voit un motif de satisfaction des réunions :

« On dirait qu’il y a une meilleure prise en compte de l’attachement au lieu et au fait de pouvoir continuer à y accéder. La piste de l’hôtel de luxe, ce qui exclurait beaucoup de Strasbourgeois du site, semble un peu moins forte qu’il y a quelques mois. Mais il faut rester vigilant. »

Il reste cependant peu clair en quoi ces réunions impactent la rédaction de l’étude prévue pour décembre, notamment car les débats portent sur ce qui doit être préservé et non ce qui peut être fait. Le directeur de la société publique locale Deux Rives Eric Bazard a assisté aux deux réunions :

« Je découvre que les Bains n’étaient pas un lieu de loisir et que les enjeux  évoluent avec les époques. Dans tout ce qui est demandé rien ne semble infaisable. Nos travaux ne doivent pas déterminer si c’est au privé ou au public de gérer le lieu, mais de savoir ce qui est possible sur le plan technique. Reste à trouver l’équilibre financier. »

La dernière réunion est prévue le vendredi 30 octobre, toujours en salle Louis Pasteur au Palais universitaire à 19h, en présence du maire Roland Ries.

Hypnose à Strasbourg, Philippe Richert s’y essaye avant les régionales

Hypnose à Strasbourg, Philippe Richert s’y essaye avant les régionales
(dessin Laurent Salle)
(dessin Laurent Salles)

Il est possible de se faire hypnotiser rue des Grandes Arcades à Strasbourg. Pas inutile pour le président d’Alsace Philippe Richert (LR), qui doit convaincre les Lorrains et Champenois aux élections régionales de décembre, après avoir manifesté contre le regroupement des trois régions.

Gagnez des invitations pour le festival de piano du Musée Würth

Gagnez des invitations pour le festival de piano du Musée Würth

affiche Piano 2015 internet

Pour la cinquième année consécutive, le musée vous propose un week-end complet en l’honneur du piano et à cette occasion Rue89 Strasbourg vous propose de gagner 5×2 invitations pour chacun des trois concerts de ce weekend exceptionnel du 24 et 25 octobre.

Samedi 24 octobre

20h à 21h : Récital de Emmanuel Strosser Programme : Franz Schubert (Trois Klavierstücke D946) et Robert Schumann (Kreisleriana) Originaire de Strasbourg, Emmanuel Strosser a participé à de nombreux enregistrements, tous chaleureusement accueillis. Pianiste incontournable de sa génération, il est également membre du Trio Owon en compagnie d’Olivier Charlier et du violoncelliste coréen Sung-Won Yang. Outre ses récitals, la musique de chambre tient une place importante dans sa carrière.

Dimanche 25 octobre :

14h30 à 15h45 : Concert piano/voix de Vincent de Murcia (pianiste) et Alvaro Vallés (baryton) Programme exclusivement germanique présentant deux grands compositeurs romantiques : Schumann et Brahms. Robert Schumann : Dichterliebe opus 49 pour Baryton et piano Robert Schumann : Kindeszenen opus 15 pour piano seul Johannes Brahms : 4 chants Sérieux opus 121 pour Baryton et piano

17h à 18h30 : Récital de piano à 4 mains – Claire Désert et Emmanuel Strosser Programme : Schubert : Variations sur un thème original en la bémol majeur D. 813 Dvorák : Extraits des Danses slaves pour quatre mains opus 72 (n°1, 2, 7) Schubert : Andantino varié en mi mineur D. 823 Dvorák : Extraits des Danses slaves pour quatre mains opus 46 (n°5, 7) Dvorák : Waldesruhe, extrait de De la Forêt de Bohême opus 68 Schubert : Fantaisie en fa mineur pour piano à quatre mains D. 940

Aux quatre coins du monde, Claire Désert séduit le public par la grâce, la profondeur et l’humilité de ses interprétations.

Pour participer et tenter de remporter vos places pour l’un de ces concerts il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous :

Le concours est clos

Ce soir, c’est petit concert, à la maison

Ce soir, c’est petit concert, à la maison
Concert en appartement
William Matter, en concert dans le jardin d’un particulier. (Photo : Marie Furlan/AROS)

Des réseaux comme celui de la start-up Concert en Appart mettent en relation des musiciens et des particuliers souhaitant organiser des concerts chez eux. À Strasbourg, 148 groupes sont référencés. Payés au forfait ou au chapeau, les artistes ne compensent pas leurs faibles revenus avec ce système mais peuvent y trouver un nouveau public, et une première expérience de la scène.

Allan Ros est auteur-compositeur-interprète à Strasbourg. Sa musique aux notes blues et folk séduit de plus en plus d’auditeurs mais comme beaucoup d’artistes, Allan peine à rencontrer son public :

« Jouer dans un bar a quelque chose de frustrant car on est loin des gens qui ne viennent pas spécialement pour nous voir mais pour boire un coup entre amis. La musique n’est pour eux qu’un fond sonore. Il est difficile de savoir si elle leur plaît. »

Pour se rapprocher de ses auditeurs, Allan a testé un nouveau concept : se produire directement chez eux. Il est sollicité aussi bien par des amis que par des inconnus qui ont repéré sa musique sur son site internet. Depuis juillet, l’artiste strasbourgeois est inscrit sur Concert en Appart, une plate-forme en ligne qui permet à des groupes en voie de professionnalisation de rencontrer des hôtes prêts à les accueillir chez eux.

Le Meetic de la musique

C’est en suivant le musicien parisien Charly et sa drôle de dame, sans cesse à l’affût de nouveaux lieux de représentations, que Jérémie Abric a eu l’idée de créer le site :

« La musique de Charly n’est pas faite pour être écoutée sur un CD. Il a besoin du contact direct avec le public. Dans ce cas, internet est un excellent moyen pour faciliter les rencontres. »

Créée en avril 2014, la plate-forme permet aux musiciens de se constituer un profil avec des photos et des extraits de musique afin de pouvoir être contactés par des particuliers. Lorsque le concert a lieu, l’hôte et le groupe laissent un commentaire sur la qualité de l’accueil et de la prestation. Ces avis sont collectionnés comme de précieux sésames car plus ils sont positifs, plus les groupes ont des chances d’être contactés.

148 groupes à Strasbourg

Près de 500 musiciens sont aujourd’hui référencés sur le site. Ils sont répartis dans une trentaine de villes en France et en Belgique. Jérémie Abric aimerait développer le réseau à l’étranger mais pour le moment, il doit gérer seul l’afflux constant de nouvelles demandes. Il avoue avoir déjà refusé des candidats qui manquaient de sérieux ou de professionnalisme, en se référant à leurs profils publiés sur les réseaux sociaux. Chaque jour, il reçoit les formulaires d’adhésion de deux ou trois nouveaux artistes. Certains comme Allan Ros ont dû patienter un mois avant de voir leur demande validée.

Parmi les 148 groupes qui proposent des concerts à Strasbourg, six seulement appartiennent à la scène locale. Les autres viennent parfois de loin et acceptent de se déplacer en échange d’une contrepartie financière. Avec une dizaine de concerts produits au total, la ville ne figure sur le site que depuis six mois environ.

Les voisins, premières personnes à inviter

Jérémie Abric note :

« Les particuliers qui n’ont encore jamais tenté l’expérience se montrent réticents à accueillir un concert dans leur appartement. Ils n’ont pas confiance et redoutent les problèmes ».

Appartement trop petit, plancher craquant, voisins pointilleux, les difficultés abondent et de nombreuses solutions sont mises en place pour les contourner : commencer le concert plus tôt, emprunter le grenier d’un membre de la famille ou le jardin d’un ami, inviter ses voisins de palier. C’est ce qu’a notamment fait Allan Ros, lors d’un concert qu’il a lui-même organisé dans son appartement avec une trentaine d’invités présents :

« Les musiciens avaient peu de matériel. D’autres groupes ont besoin d’espace, d’instruments encombrants, de prises électriques et d’insonorisation, ce qui est plus compliqué à gérer ».

En s’inscrivant sur le site, les artistes indiquent les contraintes liées au volume sonore, au nombre de musiciens ou aux types d’instruments qu’ils utilisent. En fonction de ses critères de recherche, l’internaute obtient une liste de groupes qui correspond à ses choix. Aucun incident n’a encore été signalé mais Jérémie Abric préfère prévenir :

« Le site n’est pas responsable en cas de problème d’alcool ou de bruit. En général, les groupes s’adaptent. Les concerts en appart’, c’est le royaume de la débrouille et du système D ».

Un point de vue partagé par des musiciens comme Allan pour qui la convivialité compense les faibles rémunérations.

Soutenir un projet au prix d’une place de ciné

Jérémie Abric finance le site en facturant la mise en relation entre le particulier et les musiciens. Les quinze euros versés sont remboursés si le concert est annulé. Pour rémunérer le groupe, l’utilisateur dispose de deux modes de paiement. Il peut opter pour un forfait à régler en ligne et dont le montant est défini avec les musiciens qui reçoivent l’argent après la prestation. Il peut aussi choisir le chapeau : sur la base du volontariat, les invités paient l’artiste le jour du concert en fonction de leur satisfaction.

À raison de cinq à dix euros par personne, soit le prix d’une place de cinéma, les artistes peuvent donc espérer gagner en moyenne 300 euros, l’équivalent de deux cachets officiels. Qu’ils soient amateurs, membres d’une association, auto-entrepreneurs ou intermittents, ils doivent ensuite déclarer leurs revenus en fonction de leur statut professionnel.

De musiciens à entrepreneurs

Pour rentabiliser le déplacement, certains cumulent plusieurs concerts en appartement dans la même ville. Allan envisage prochainement de faire une tournée à domicile, avec son sac à dos et sa guitare. Mal à l’aise à l’idée de faire payer les hôtes qui le reçoivent, il préfère emporter quelques CD pour les vendre. Pour Jérémie Abric, les musiciens d’aujourd’hui doivent agir comme des entrepreneurs. Ils ont à leur disposition une palette d’outils dont le site fait partie :

« Accueillir des musiciens chez soi, ce n’est pas comme acheter une place de concert. C’est soutenir le projet artistique qu’il y a derrière. A terme, il faudrait que les musiciens puissent en vivre. »

Allan Ros et sa guitare
L’artiste strasbourgeois Allan Ros envisage de faire une tournée de concerts en appartement.
(Photo : M.R/Rue89 Strasbourg)

Selon Allan, l’inscription sur la plate-forme permet de se faire connaître auprès d’un nouveau public. Mais les gens préfèrent le contacter directement, plutôt que de verser les quinze euros de mise en relation. Pour le moment, Allan n’a reçu aucune demande via le site :

« Quand un groupe marche bien, il est sollicité et cela crée un cercle vertueux qui fait de l’ombre aux autres. Le scénario des programmations de salles de concerts se reproduit à échelle réduite et ce sont souvent les mêmes qui reviennent sur le devant de la scène. « 

Loin de la scène et plus proches des gens

Également inscrit sur le site, William Matter a testé ses premiers concerts en appartement cet été. L’artiste alsacien, qui avait participé à l’émission Rising Star l’année dernière, est plus habitué aux grandes scènes et aux plateaux télé :

« Dans un appartement, tu as l’impression de jouer devant des amis, alors que ce sont des gens que tu ne connais pas mais tu croises leur regard et tu partages ta musique avec eux. »

Pour les invités aussi, la scène disparaît et les détails apparaissent. Présent au concert, Hervé a apprécié l’ambiance différente des représentations classiques où le spectateur attend un résultat en échange du prix qu’il a payé.

« On capte les émotions sur le visage, la façon de tenir la guitare. Derrière le musicien, c’est l’homme que l’on voit travailler et cela change la manière de ressentir la musique ».

 

Émotion pour les spectateurs d'un concert en appartement
Pour les spectateurs, la proximité modifie la perception de la musique. (Photo : Marie Furlan/AROS)

Pour Allan Ros, jouer chez quelqu’un rend le concert plus intimiste. Face à des individus et non à une foule, il remarque tout de suite si sa musique plaît et utilise les concerts en appartement pour essayer de nouveaux morceaux. Cela lui permet de tester l’impact sur les auditeurs et de corriger certaines erreurs. Les chansons qu’il a composées pour son nouvel album sont ainsi plus rythmées pour permettre au public de participer. Selon lui, une nouvelle façon de consommer la musique est en voie d’émerger :

« Aujourd’hui, les gens ne veulent plus dépenser pour voir un concert dans les bars. Ils paient pour admirer la performance de professionnels dans de grandes salles mais les petits groupes n’ont pas accès à ces endroits. L’appartement offre un autre circuit, un autre rapport à la musique. »

Aller plus loin

D’autres sites organisent des concerts en appartement. Privés, VIP, classiques, locaux ou ouverts à tous, à chacun son style, selon son budget : ChipiliConcerts à domicileConcerts privés et Sofarsounds.

Gagnez des places pour Pénélope à l’Opéra National du Rhin

Gagnez des places pour Pénélope à l’Opéra National du Rhin

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En partenariat avec l’Opéra National du Rhin, Rue89 Strasbourg vous propose de gagner 3 invitations pour deux personnes à la représentation de Pénélope le 27 octobre à 20h.

Marc Clémeur, directeur général de l’OnR a invité Olivier Py, pour mettre en scène la Pénélope de Gabriel Fauré, après Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas en 2014-2015. Les deux œuvres sont contemporaines et Olivier Py envisage ce projet comme la deuxième partie d’un diptyque. Il poursuit sa fidèle collaboration avec Pierre-André Weitz aux décors et costumes et Bertrand Killy aux lumières.

La direction musicale est confiée à Patrick Davin qui dirigera son Orchestre symphonique de Mulhouse. Dans les rôles principaux, Anna Caterina Antonacci dans le rôle-titre, se produira pour la première fois à l’OnR. À ses côtés le ténor Marc Laho sera Ulysse. Nous découvrirons aussi Élodie Méchain dans le rôle d’Euryclée et Sarah Laulan dans celui de Cléone. Cette distribution sera complétée par de nombreux artistes issus notamment de l’Opéra Studio de l’OnR ainsi que les Chœurs de l’OnR et les Petits Chanteurs de Strasbourg, Maîtrise de l’OnR.

Composé avant la première guerre mondiale

Opéra composé à la veille de la Première Guerre mondiale qui va plonger l’Europe dans un bain de sang, Pénélope est pleine de cette attente qui traverse à ce moment-là les sociétés. On pourrait dire qu’il s’agit même d’une grande métaphore de cette attente alors qu’on continue de penser l’artiste comme un visionnaire capable de voir l’avenir et de chanter des lendemains meilleurs.

Olivier Py conçoit sa mise en scène comme un diptyque avec Ariane et Barbe-Bleue, de la même période, qui convoque aussi la mythologie pour mieux évoquer l’époque de la création et baigner également dans cette atmosphère attentiste. Mais à la différence de l’ouvrage de Dukas, l’attente obstinée de Pénélope est couronnée desuccès puisque le couple se retrouve à la fin ce qui nous place pleinement dans le XIXe siècle finissant.

Comme à son habitude, il a imaginé avec son fidèle scénographe Pierre-André Weitz un dispositif audacieux et en mouvement permanent fait de plusieurs scènes tournantes. Elles permettent une profusion d’imagesalors que l’ensemble du décor baigne dans l’eau. Pas de transposition contemporaine mais une approche intemporelle, aux couleurs symbolistes avec quelques rappels à des éléments homériques.

(ONR)

Le concours

Le concours est clos.

#Olivier Py

Géothermie à Eckbolsheim : le préfet passe en force

Géothermie à Eckbolsheim : le préfet passe en force
Le préfet Stéphane Fratacci n'a pas suivi l'avis du commissaire enquêteur (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
Le préfet Stéphane Fratacci n’a pas suivi l’avis du commissaire enquêteur (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)

Le préfet du Bas-Rhin a autorisé la société Fonroche à réaliser quatre forages pour exploiter l’énergie géothermique du sous-sol d’Eckbolsheim. Cette autorisation survient alors que la commissaire enquêtrice, à l’issue de l’enquête publique, a émis un avis défavorable à cette opération (lire notre article), et que le conseil municipal d’Eckbolsheim s’était également prononcé contre.

La préfecture indique dans un communiqué avoir « fait procéder à une tierce-expertise du dossier par des experts miniers indépendants » et a saisi le conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), dont les membres sont nommés par le préfet, le 23 septembre.

Avis favorable du Coderst

Et selon la préfecture, les précisions de Fonroche et l’abandon du projet de géothermie à Mittelhausbergen (porté par Electricité de Strasbourg) qui « lève la principale réserve émise par le commissaire enquêteur » ont conduit le CODERST à émettre un avis favorable. « Dans ces conditions et sur la base de cet avis », poursuit le communiqué, « le Préfet de la région Alsace, Préfet du Bas-Rhin a décidé d’autoriser le projet, en imposant à l’exploitant les obligations techniques de nature à maîtriser les risques liés à cette activité ». La commissaire enquêtrice n’avait pourtant pas hiérarchisé ses multiples réserves. Elle avait aussi motivé son opposition par une mauvaise organisation politique du projet ou des plans qui changeaient d’un document à l’autre, ce qui ne levait pas les doutes technologiques.

La société Fonroche va donc pouvoir débuter son activité en Alsace, après avoir essuyé un échec au Port-aux-Pétroles. L’enquête publique pour le site de Vendenheim s’est terminée le 14 octobre. Elle devra cependant contrôler « en permanence la pression d’injection des fluides » afin de « prévenir le risque de micro-sismicité ». Ces contrôles seront assurés à toutes les étapes par la police des mines.

Consciente des craintes exprimées par la population et les élus d’Eckbolsheim et de l’Eurométropole, une commission de suivi sera mise en place, chargée d’étudier les rapports d’inspection de la police de mines ainsi que les relevés de la progression des forages, qui seront publiés sur Internet et rendus ainsi accessibles à tous.

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