Le train de nuit Nightjet, opéré par la SNCF, la DB et l’ÖBB, ne circulera plus à partir du 13 décembre. Son remplaçant ne passera plus par Strasbourg.Photo : Juri Maier / Flickr
La SNCF, la Deutsche Bahn et la société ferroviaire autrichienne ont mis fin au train de nuit reliant Paris, Berlin et Vienne. Une coopérative belgo-néerlandaise a pris le relais mais en supprimant l’arrêt à Strasbourg.
Une capitale européenne bien mal connectée. À partir du jeudi 13 décembre, les sociétés ferroviaires françaises, allemandes et autrichiennes mettront fin au train de nuit reliant Paris, Berlin et Vienne. La SNCF accuse la fin d’une subvention « d’aide au démarrage » du ministère des Transports. Dans une annonce datée de mercredi 12 novembre, la coopérative ferroviaire belgo-néerlandaise European Sleeper promet de prendre le relais. À partir du 26 mars 2026, la société compte mettre en place trois allers-retours par semaine reliant les capitales française et allemande de nuit.
Une mauvaise nouvelle pour Strasbourg
Mais la mauvaise nouvelle concerne les Strasbourgeois et les Strasbourgeoises : le train de nuit ne s’arrêtera plus à Strasbourg. En partant de la gare du nord à Paris, European Sleeper a décidé de faire escale dans les Hauts-de-France, à Aulnoye ou à Douai, puis à Bruxelles et Hambourg.
Le prix des billets n’est pas encore connu. Les réservations sur le site d’European Sleeper seront possibles à partir du 16 décembre 2025. Si la coopérative estime que cette offre de nuit entre Paris et Berlin est économiquement viable, il lui reste encore plusieurs obstacles à gérer. Il faudra que la société trouve des créneaux horaires adaptés pour circuler sur le réseau ferroviaire, tout ça en bonne entente avec les gestionnaires d’infrastructures DB-Netz en Allemagne, Infrabel en Belgique et SNCF-Réseau en France.
Dans un communiqué, le député socialiste Thierry Sother déplore une décision de la SNCF et du gouvernement qui « prive Strasbourg d’un lien direct et symbolique entre la France et l’Allemagne, alors même que notre ville demeure le cœur européen de cette coopération ». L’élu de la troisième circonscription du Bas-Rhin (Strasbourg nord) promet de continuer « à mener le combat » à l’Assemblée nationale et à l’Assemblée parlementaire franco-allemande.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Mediapart a analysé les interventions dans l’hémicycle du porte-parole du Rassemblement national au cours des douze derniers mois. L’immense majorité sont des interruptions d’autres parlementaires et des invectives, souvent sexistes, loin de l’image de respectabilité que le parti d’extrême droite revendique.
Jeudi 30 octobre, vers 22h15, la députée écologiste Sandrine Rousseau prend la parole dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. La journée est consacrée à la niche parlementaire du Rassemblement national (RN), qui a la main sur l’ordre du jour. Au cours de sa seule prise de parole, qui dure cinq minutes, l’élue est interrompue au moins à seize reprises par des cris venant des bancs de l’extrême droite.
Parmi les député·es RN particulièrement remuant·es, un homme sort du lot. Installé au quatrième rang, en bas de l’hémicycle, Laurent Jacobelli s’agite, claque des mains, rit aux éclats en prenant l’oratrice à partie. Il l’interrompt à onze reprises à lui tout seul. « Venez, on va se faire un barbecue à la place », lance-t-il dès l’arrivée de Sandrine Rousseau à la tribune, avant de véhiculer, plusieurs fois et de plusieurs manières, le préjugé sexiste de la folie.
« Un docteur ! Y a-t-il un docteur dans la salle ? », « Manger des graines, ça rend dingue ! », « Laissez-la, elle a le syndrome de Gilles de La Tourette ! », « Sandrine, prends un cachet ! Sandrine, tu vas craquer ! », « Un cachet et au lit ! », « Pin-pon ! Pin-pon ! Pin-pon ! », « Elle est complètement dingue ! », crie successivement celui qui est à la fois vice-président du groupe RN à l’Assemblée, porte-parole du parti et conseiller régional du Grand Est.
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Pancarte du Brif lors d’une manifestation en mars 2023.Photo : doc remis
Samedi 15 novembre à Strasbourg, plusieurs associations se mobilisent contre les violences faites aux enfants et aux adolescents dans le cadre d’un appel national.
Ouvrons les guillemets, Union solidaire d’Alsace ou encore le Bloc révolutionnaire insurrectionnel féministe (Brif) Strasbourg sont parmi la dizaine de collectifs qui organise un rassemblement pour sensibiliser et alerter sur les brutalités dont sont victimes certains enfants et adolescents. Le rendez-vous avec atelier pancartes, goûter participatif, jeux et prises de parole libres est donné samedi 15 novembre à 14h, place Dauphine, devant le centre commercial Rivétoile, à Strasbourg.
Ce rassemblement répond à l’appel de la coalition Manifenfantiste, qui a appelé à des mobilisations similaires dans toute la France. Selon ce collectif, 77 organisations dans 34 villes en France participent à l’appel 2025.
Strasbourg y participe pour la première fois mais sans cortège dans les rues car la manifestation « a été organisée en une semaine seulement » détaille Emma Sengel, cofondatrice d’Ouvrons les guillemets, une association strasbourgeoise « fondée en 2022 par des victimes pour les victimes de violences sexuelles ».
Un projet de recherche dirigé par la professeure Mathelin de l’Icans s’intéresse à l’impact des PFAS sur le cancer du sein.Photo : Nathalie Stey / Rue89 Strasbourg
Carole Mathelin, cheffe du service de chirurgie de l’Institut de cancérologie de Strasbourg, a présenté les premiers résultats d’une recherche sur le cancer du sein en octobre. Des polluants éternels ont été retrouvés dans la quasi-totalité des tumeurs analysées.
Quel rôle les polluants éternels, les fameux PFAS, jouent-ils dans le cancer du sein ? C’est l’une des nombreuses questions auxquelles le projet de recherche Environnement et cancer du sein tente de répondre. Piloté par la professeure Carole Mathelin, cheffe du service de chirurgie de l’Institut de cancérologie de Strasbourg (ICANS), les premiers résultats cliniques, encore considérés comme préliminaires, ont été présentés à l’occasion des 31e rencontres internationales de sénologie à Strasbourg, vendredi 10 octobre.
L’analyse de 917 tumeurs cancéreuses, prélevées lors d’opérations chirurgicales menées depuis 2020 sur des patientes atteintes d’un cancer du sein, a révélé une presque omniprésence de PFAS. « Nous avons recherché quatre substances différentes : le PFOA, le PFOS, le PFNA et le PFHxS. Au total, nous avons trouvé au moins l’une d’elles dans 96 % des tumeurs analysées », explique Carole Mathelin.
Des PFAS découverts à l’intérieur des tumeurs
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Journaliste indépendant basé en Alsace, je m’intéresse de près à l’écologie et aux entreprises du territoire alsacien. Membre du collectif Enketo depuis mai 2025, j’enquête sur les pollutions chimiques des industries.
Patrice Schoepff, élu de quartier à l’Esplanade, quitte le groupe de la majorité.
Conseiller municipal délégué et référent du quartier à l’Esplanade, Patrice Schoepff a quitté le groupe des élus écologistes à la Ville et à l’Eurométropole de Strasbourg. Désabusé par un mandat qu’il juge sans cohérence ni pouvoir, il ne repartira pas avec la majorité sortante en 2026.
Le 30 septembre, Patrice Schoepff a écrit aux présidents des groupes des élus « écologistes et citoyens » de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg. Il précise dans son courriel qu’il mènera son mandat jusqu’à son terme mais qu’il ne se représentera pas pour un second. « Je ne voulais pas aller plus loin », souffle-t-il. « Je ne me voyais pas refaire six ans comme ça, sans aucun pouvoir… » Au téléphone, la déception de l’élu référent de quartier s’entend.
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Eva Chibane est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis novembre 2025. Diplômée de l’ESJ Pro, elle a travaillé en Franche-Comté pour Le Trois et l’AFP. De retour à Strasbourg, elle arpente les conseils et les réunions politiques.
La cour d’appel de Colmar a reconnu les DNA coupables de discrimination syndicale à l’encontre de l’ancien chef du service achat.
Le 30 septembre, la cour d’appel de Colmar a condamné les Dernières nouvelles d’Alsace pour discrimination syndicale. Une affaire vieille de plus de dix ans, qui ravive les souffrances des représentants du personnel du journal lors de son rachat par le Crédit Mutuel.
Nouvel épisode dans la bataille judiciaire que mènent les anciens syndicalistes des Dernières nouvelles d’Alsace contre leur ancien employeur. Le 30 septembre 2025, la cour d’appel de Colmar a reconnu la société de presse alsacienne coupable de discrimination syndicale et l’a condamné à verser 10 000 euros de dommages et intérêts à Luc Oswald, ancien syndicaliste CFE-CGC.
Les faits remontent à plus de dix ans. Alors que la presse papier traverse une crise structurelle, entraînant une baisse du nombre des ventes et une perte des revenus publicitaires, les DNA sont intégrées au groupe Ebra, filiale du Crédit Mutuel, dont faisait déjà partie L’Alsace. Actionnaire majoritaire, le groupe mutualiste décide d’un premier plan de restructuration avec, aux commandes, le président du Crédit Mutuel, Michel Lucas. La gestion des différents titres est centralisée et les rédactions se dotent d’une informatique commune, gérée par Euro-Information, filiale du groupe bancaire. Pour les cadres syndicalistes, vraisemblablement devenus gênants, la refonte organisationnelle signe le début d’années de maltraitance. « On lui a fait payer son engagement syndical », soutient Benoît Waerzeggers, ancien collègue de Luc Oswald et lui aussi syndicaliste licencié.
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Margaux Delanys est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis octobre 2025. Originaire du Grand Ouest, elle est diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille et s’intéresse aux enjeux sociaux, notamment les questions de santé au travail.
Quelques personnes souhaitaient sensibiliser le public du Racing concernant un partenariat avec E.Leclerc qui vend des produits issus d’élevages jugés scandaleux par L214.Photo : Document remis / L214 – Éthique & Animaux
L214 avait prévu une manifestation devant le stade de la Meinau dimanche 9 novembre pour protester contre un partenariat entre Leclerc et le Racing. L’action a été interdite par la préfecture du Bas-Rhin.
La préfecture du Bas-Rhin a interdit une manifestation de l’association de protection des droits des animaux L214, par un arrêté publié le 7 novembre. Ce rassemblement statique de quelques personnes était prévu le 9 novembre 2025 devant le stade de la Meinau, avant la rencontre entre le Racing club de Strasbourg et le club de Lille.
Dans son arrêté, la préfecture considère que cette mobilisation appelée « sensibilisation à la cause animale » présentait un « risque sérieux de troubles à l’ordre public ». Elle estime qu’en raison de l’affluence (plus de 30 000 personnes), les forces de l’ordre n’auraient pas pu assurer la protection des manifestants. L’association dénonce dans un communiqué diffusé le 7 novembre une « décision disproportionnée ».
Action militante « scrutée et contrôlée »
L214 entendait sensibiliser le public du Racing en dénonçant le partenariat du club avec le groupe E.Leclerc. Le distributeur se fournit dans des élevages ne respectant pas les critères du Pig Minimum Standards, charte de l’élevage et de l’abattage des cochons. Elle demande l’arrêt du sponsor tant que Leclerc cautionne des pratiques « cruelles ». La marque E.Leclerc est visible au stade de la Meinau et le Racing propose des animations dans certains magasins.
Léa Bollecker, référente locale de L214 à Strasbourg l’assure, « la mobilisation a été annulée mais la demande est toujours d’actualité ». Elle déplore avoir « manqué une occasion cruciale d’informer et de sensibiliser le grand public ». L214 n’avait jamais vu une de ses mobilisations interdite selon Léa Bollecker. L’association avait déjà pu organiser un rassemblement devant le Rhenus, le stade de l’équipe de basket de Strasbourg. Pour la porte-parole de l’association Marine Le Tallec, c’est un signe que l’action militante est de plus en plus « scrutée et contrôlée ». L’association se tient prête à organiser de nouvelles mobilisations citoyennes dans les prochains mois.
Mobilisation du 12 décembre 2023, à la Gare de l’Est à Paris à l’occasion du lancement du train de nuit Paris-Berlin.Photo : Association Oui au train de nuit / Document remis
Le Collectif Oui au train de nuit appelle à un rassemblement jeudi 13 novembre à midi place de la Gare à Strasbourg. Il s’oppose à la suppression des trains de nuit Paris-Berlin et Paris-Vienne.
La pétition pour sauver les trains de nuit Paris-Berlin et Paris-Vienne lancée cet automne a déjà recueilli plus de 90 000 signatures au 10 novembre. Portées par cette dynamique, les associations membres du collectif Oui au train de nuit (ASTUS, Green peace, Rester sur Terre) appellent à un rassemblement ce jeudi 13 novembre à 12h, place de la Gare à Strasbourg. Les deux lignes concernées passent par la capitale alsacienne. « Usagers, élus et cheminots sont invités à venir avec pyjamas, peluches et oreillers », précise l’organisation.
« Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg, Jacques Fernique, sénateur du Bas-Rhin et Alain Jund, vice-président de l’Eurométropole seront présents », ajoute le collectif. Ses motivations sont surtout écologistes, pour que le train soit favorisé par rapport à l’avion. Alors que l’État était sur le point de supprimer une subvention versée à la SNCF pour les trains de nuit, les députés ont adopté en commission un amendement rétablissant ce financement. Il doit être étudié en séance plénière à l’Assemblée nationale vendredi 21 novembre.
« Le maintien de ces deux lignes internationales depuis la France va de pair avec une relance ambitieuse du train de nuit en France », rappelle le collectif :
« Le projet de loi de finances 2026 est aussi l’occasion de prévoir le doublement du nombre de trains de nuit en circulation, promis par Emmanuel Macron, en ouvrant de nouvelles lignes transversales (dont Nice-Bordeaux et Metz-Strasbourg-Nice) et internationales (Paris-Barcelone). Un amendement en ce sens a été adopté en commission. »
L’école Mathias Grunewald, près de Colmar.Photo : Eva Chibane / Rue89 Strasbourg
D’anciens élèves témoignent avoir subi ou constaté des violences régulières à l’école Mathias Grünewald de Colmar. Certains ont parlé à la gendarmerie du recours à la force physique de leurs enseignants dans cet établissement de pédagogie Waldorf-Steiner.
De loin, la pédagogie Waldorf-Steiner a une image bienveillante et non violente. Mais Rudolph Steiner, son fondateur mort en 1925, le disait lui même selon des écrits publiés en 2005 : « Plus nous nous fermerons de l’extérieur, mieux cela vaudra. » Alors existe-t-il une face cachée de l’enseignement pratiqué dans ces structures d’enseignement, hors contrat avec l’Éducation nationale ? Mediapart a répertorié dix plaintes liées aux 19 écoles Steiner de France ces dernières années. Elles dénoncent des négligences, des violences sexuelles ou des mises en danger de la vie d’autrui.
L’une des trois structures alsaciennes, l’école Mathias Grünewald de Colmar, est particulièrement concernée, avec au moins quatre plaintes déposées en 2023 (dont deux par le même plaignant). Elle compte 376 élèves en 2025. Rue89 Strasbourg a pu consulter six auditions réalisées au sein des bureaux de la gendarmerie de Wintzenheim. Des enfants et parents d’élèves ont mentionné des faits de violences devant les enquêteurs.
« Ils ont toussé, craché, ils avaient les larmes »
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Le samedi 8 novembre, le CSC de l’Elsau organise sa première fête de quartier depuis la fermeture.Photo : Adrien Labit / Rue89 Strasbourg
Fermé suite à la liquidation de son association gestionnaire en mars, le centre socio-culturel de l’Elsau a rouvert ses portes depuis le mois de juillet. Samedi 8 novembre, la nouvelle équipe donnait rendez-vous aux habitants pour une fête de quartier.
Sur le parvis devant le centre socio-culturel de l’Elsau plusieurs stands sont installés, un enfant dessine une fresque à la craie sur le sol, pendant que des adultes discutent, un verre de thé en main. Un passant interroge : « Il se passe quoi là ? » Du tac au tac, Sabri, habitant de l’Elsau, lui répond : « Ils font une petite fête de quartier, comme avant. » En 2023, Rue89 Strasbourg révélait des dysfonctionnements dans la gestion du centre. Conflit d’intérêts, organisation floue, dépenses intraçables. Une procédure judiciaire est lancée en 2024 et en mars 2025, les financeurs publics de l’association gestionnaire décident de lui couper les subventions. Cette dernière doit demander sa mise en liquidation judiciaire et le centre ferme ses portes pour quatre mois, avant que la Ville de Strasbourg rouvre le centre et en assure provisoirement la gestion.
L’association Lu² a été missionnée pour participer à la célébration de la réouverture.Photo : Adrien Labit / Rue89 Strasbourg
À l’ouverture en juillet, Judith Ngka, chargée d’accueil au centre, raconte le retour des habitants : « Il y avait de la colère parce qu’ils ne comprenaient pas que le centre ait fermé, mais ils étaient ravis quand ils ont vu la porte de nouveau ouverte. » Salariée de l’ancienne structure, Judith Ngka fait partie des trois personnes recrutées par la Ville de Strasbourg pour reprendre le centre. « J’ai été très agréablement surprise de constater l’engouement des habitants sachant comment on les avait laissés », dit-elle.
Recréer le lien avec les habitants et les associations
À l’intérieur du centre, Brahim Mahi slalome entre les tables et passe d’un groupe à l’autre, visiblement satisfait du déroulement de sa fête de quartier. « C’est blindé, les gens sont super contents. C’est trop bien ! » Nouveau directeur arrivé en juillet, il était important pour lui que le centre reprenne ses activités au plus vite. Tout l’été, le centre de loisirs a ouvert ses portes, une trentaine d’enfants ont été accueillis, « ça allait au-delà de l’ancienne fréquentation ».
Depuis la rentrée, un accueil périscolaire a été mis en place, « on a une quarantaine d’enfants et d’ici un mois, on en accueillera entre 80 et 100 chaque soir, de la primaire jusqu’au lycée ». Cet automne, l’accompagnement social des familles a également repris. « Notre chargée de mission est arrivée le 1er octobre, depuis elle n’a pas vu le jour », explique Brahim Mahi. Anne-France Ramakavelo, chargée de mission famille, raconte :
« Je m’occupe de l’accompagnement dans les démarches administratives, les gens ne savaient plus où s’adresser, j’étais donc très attendue. J’organise aussi des ateliers et des sorties avec les familles, elles ont besoin de sortir et sont très demandeuses. Les habitants veulent participer et travailler avec nous. »
Anne-France Ramakavelo, Judith Ngka et Brahim Mahi, les trois personnes recrutées par la Ville de Strasbourg pour assurer la gestion du CSC de l’Elsau.Photo : Adrien Labit / Rue89 Strasbourg
À l’étage du centre, l’association Ballade a pris ses quartiers. Depuis septembre, la petite équipe propose des ateliers musicaux et des cours d’instruments. La structure doit relancer l’école de musique qui avait fermé en mars, Diane Caussade, responsable pédagogique, explique :
« On essaye de le faire dans l’esprit d’inclusion de notre association. Il y a des gens qui sont arrivés avec un quotient familial zéro, on ne peut pas les faire payer, mais on les accueille quand même. Il faut savoir que cette école, malgré son installation dans un quartier prioritaire, n’accueillait quasiment aucun élève habitant de ce quartier. »
Moment musical lors de la fête de quartier par l’association Ballade.Photo : Adrien Labit / Rue89 Strasbourg
Depuis la rentrée, une quinzaine de personnes se sont inscrites pour les cours individuels et les ateliers collectifs, « on a des habitants du quartier prioritaire mais on a aussi des habitants des autres secteurs de l’Elsau. C’est chouette parce qu’il y a une mixité socio-culturelle ». Ballade fait partie des dix associations qui ont déjà rejoint le centre. Pour Brahim Mahi, la dynamique est très positive :
« La moitié d’entre elles n’avait jamais travaillé avec le CSC et il y en a une dizaine d’autres qui sont en attente pour nous rejoindre. »
« Ici, c’est ma deuxième maison »
Fadila, habitante du quartier de l’Elsau
Interrogés, les habitants présents témoignent tous de leur joie de voir le centre ouvert de nouveau, mais les mois de fermeture restent comme une blessure dans le quartier. Amina, étudiante, se souvient : « Quand c’était fermé, on restait plus à la maison, on sentait qu’il manquait quelque-chose. » Sabri, lui aussi habitant de l’Elsau, avait l’habitude de passer pour discuter. « On est content que ça ait rouvert, un centre, c’est un peu le cœur d’un quartier. » Ces quatre mois de fermeture ont été difficiles pour Fadila :
« Je ne préfère pas en parler, sinon je vais pleurer. Ici, c’est ma deuxième maison, depuis que le centre a rouvert, c’est une nouvelle vie. »
Amina, étudiante et habitante de l’Elsau, propose des spécialités tchétchènes sur le stand de l’association Intégration, éducation, synergie.Photo : Adrien Labit / Rue89 Strasbourg
Rafik, la quarantaine, a le sentiment d’avoir retrouvé sa place. Handicapé, il ne pouvait plus compter sur l’aide administrative du centre, « c’était très compliqué ». S’il a finalement réussi à gérer ses démarches administratives seul durant la période de fermeture, il raconte que d’autres ont dû se rendre dans les CSC des autres quartiers.
Le samedi 8 novembre, le CSC de l’Elsau organisait sa fête de quartier.Photo : Adrien Labit / Rue89 Strasbourg
« Pour les habitants, la réouverture de centre, c’est forcément bénéfique, explique Charles Conrad, bénévole à la Confédération syndicale des familles et usager du centre. Il faut qu’il y ait une montée en puissance au fur et à mesure. Les activités pour les personnes âgées ont déjà repris. » Cependant, le septuagénaire s’interroge toujours sur les raisons qui ont abouti à la fermeture du centre, « on avait quelque-chose qui fonctionnait », explique-t-il. Une bénévole de l’ancienne association gestionnaire, qui préfère rester anonyme, témoigne, elle, de son sentiment d’injustice face à la situation :
« Je n’ai rien contre les gens qui sont arrivés mais ce n’est pas fini cette histoire. Les habitants de l’Elsau ont le droit d’avoir un CSC mais la façon dont cela s’est fait, c’est autre chose. »
Interrogé sur l’amertume de certains habitants proches de l’ancienne équipe, Brahim Mahi répond : « C’est un travail de reconstruction qui se fait petit à petit. » La Ville de Strasbourg se donne trois ans pour recréer une dynamique associative autour du CSC de l’Elsau et rendre au centre sa gestion associative.
Pour la première fois en Suisse, la Fondation Beyeler consacre du 12 octobre 2025 au 25 janvier 2026, une exposition monographique à Yayoi Kusama, avant-gardiste du XXe et XXIe siècle. Plus de 300 œuvres internationales y sont rassemblées, métamorphosant l’espace muséal en une utopie visuelle sans limite, où le regard se perd dans l’infini.
En approchant de la Fondation Beyeler, le visiteur est accueilli par une première œuvre exposée, parmi les arbres centenaires et les bassins de nymphéas, submergés de centaines de sphères métalliques miroitantes. Une œuvre emblématique de Yayoi Kusama, Narcissus Garden recouvre la surface de l’eau d’un éclat argenté. Ces sphères d’acier poli, d’une trentaine de centimètres de diamètre, dérivent au gré du vent et des courants. Leurs surfaces réfléchissantes captent tout : les arbres, le ciel, les visages, jusqu’à dissoudre les contours du réel. Comme Narcisse dans les Métamorphoses d’Ovide, le regard se perd dans sa propre image, happé par le vertige de l’infini.
Le seuil franchi, l’exposition se déploie comme un voyage à travers plus de 70 ans de création. Entre polka dots (pois), nets (trames) et jeux de miroirs, Yayoi Kusama façonne un langage visuel où se mêlent l’obsession et la transcendance. Par la répétition infinie de ses formes, l’artiste explore les cycles de la vie et de la mort, jusqu’à la dissolution du soi. L’artiste, profondément inspirée par la nature, les fleurs et les cycles organiques, transforme son obsession en rituel poétique. Chaque œuvre naît comme un fragment du cosmos, où l’individu s’efface pour se fondre dans le tout.
Les citrouilles, talisman contre la peur
L’exposition se déploie comme un champ de résonances visuelles où les matières dialoguent et se répondent : sculptures et peintures s’y côtoient, se prolongeant mutuellement dans un même souffle envoûtant. Parmi elles, les citrouilles à pois, motif fétiche et obsession de Yayoi Kusama, apparaissent telles des présences familières, tantôt monumentales, tantôt miniatures. Leur origine plonge dans les souvenirs d’enfance de l’artiste, dans un Japon rural où la citrouille incarnait le réconfort au milieu de l’adversité. Chez Yayoi Kusama, elle devient un refuge et un miroir de soi, un talisman contre la peur et la dissolution du monde.
Plus saisissantes, les Infinity Mirror Rooms invitent le public dans un espace immersif à 360 degrés. Ici, les miroirs multiplient les reflets à l’infini, en abolissant les frontières entre le corps et l’univers. Le spectateur y entre comme dans une rêverie suspendue, où la perception et l’émotion se confondent. Baignée d’un jaune éclatant et recouvert de pois noirs, la lumière semble vibrer. Les formes serpentines qui traversent les murs et les sols évoquent des organismes en mouvement, mi-animaux, mi-végétaux. En son centre, une pièce tapissée de miroirs absorbe totalement le visiteur. Seules subsistent les colonnes lumineuses qui s’étirent et se reflètent à l’infini, telles des êtres respirant dans un espace parallèle.
Vue d’installation « Yayoi Kusama », Fondation Beyeler, Riehen/Basel, 2025 Infinity Mirrored Room – The Hope of the Polka Dots Buried in Infinity Will Eternally Cover the Universe, 2025Photo : Mark Niedermann
L’expérience devient presque magique, on ne regarde plus une œuvre, on s’y perd, on y disparaît, on y renaît.
Vue d’installation «Yayoi Kusama», Fondation Beyeler, Riehen/Basel, 2025 Infinity Mirrored Room – The Hope of the Polka Dots Buried in Infinity Will Eternally Cover the Universe, 2025 Photo : Mark Niedermann
Étudiante en Master d’écriture critiques et curatoriales de l’art et des cultures visuelles, mes recherches se concentrent sur performances queer et sur les études de genre.
Après un premier succès, la fête des « Bricol’Heureuse » est reconduite à Schiltigheim.Photo : Documents remis
Samedi 15 novembre à Schiltigheim, plusieurs associations investies dans l’économie circulaire organisent la Bricol’Heureuse, une journée dédiée au recyclage.
Une fête pour les bricoleurs et bricoleuses est programmée samedi 15 novembre au centre associatif de la cour Elmia à Schiltigheim. L’événement à prix libre est organisé par Desclicks, qui défend l’informatique solidaire, la Schilyclette et l’antenne d’Emmaüs Méli-Mélo, qui répare et vend des vélos d’occasion. Les associations montreront au public qu’il existe des alternatives pour redonner une vie aux objets usés, cassés ou en panne, le tout en musique.
« On veut créer un évènement positif pour les citoyens et citoyennes et militer autrement », explique Julien Hofstetter, co-président de la Schilyclette.
Ateliers festifs
Tout au long de la journée, les diverses associations accueilleront le public qui participera à des ateliers d’auto-réparation de vélos. Ces ateliers de réparation seront mis à disposition avec des outils d’occasion pour alerter sur l’obsolescence programmée. Entre deux ateliers, un espace de restauration et une buvette seront proposés aux visiteurs. Une bourse aux vélos d’occasion se tiendra également toute la journée.
Côté numérique, les visiteurs pourront démonter et remonter des ordinateurs avec Desclicks pour apprendre à les réparer plutôt que d’en acheter de nouveaux. Une « Install party spéciale fin de Windows 10 » se tiendra de 10h à 17h pour installer le système d’exploitation Linux sur les ordinateurs dont le suivi est terminé par Microsoft. Un stand créatif pour fabriquer des bijoux avec des matières 100% recyclées est prévu dans l’après-midi.
Cem Yoldas, porte-parole de l’organisation antifasciste de la Jeune Garde, candidat aux élections municipalesPhoto : Eva Chibane / Rue89 Strasbourg / cc
Le collectif d’extrême gauche « Strasbourg, c’est nous » a dévoilé vendredi 7 novembre sa tête de liste pour les élections municipales de 2026. À 29 ans, Cem Yoldas, éducateur, porte-parole de la Jeune garde antifasciste, promet une ville féministe, antiraciste et solidaire, rompant avec les partis traditionnels.
Dans une arrière-salle du café Libro, l’estrade est modeste. Costume bien ajusté, ton posé, Cem Yoldas, porte-parole de la Jeune garde antifasciste s’adresse à la salle :
« Nous sommes la seule liste de gauche de rupture avec le programme de Jeanne Barseghian. Nous voulons incarner une ville féministe, antifasciste, antiraciste, capable d’être un bastion contre l’extrême droite. »
Une annonce qui marque le retour sur la scène politique locale d’une partie des militants de la Jeune garde, dissoute par décret gouvernemental en juin 2025. Le collectif, qui se revendique antifasciste et ancré dans les luttes sociales, avait dénoncé une décision politique « injuste » visant à criminaliser l’antifascisme. Un recours a été déposé devant le Conseil d’État. Depuis, ses anciens militants ont poursuivi leurs engagements locaux, notamment dans les quartiers populaires.
Cem Yoldas, l’un des visages les plus connus de l’antifascisme à Strasbourg, prend désormais la tête du projet « Strasbourg, c’est nous ». Un collectif qui s’est structuré en mars 2025. Au départ, plusieurs forces militantes — dont l’Union pour la reconstruction communiste, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), la Yeni Demokratik Gençlik et le collectif D’ailleurs nous sommes d’ici — se sont réunies pour aider des habitants des quartiers populaires à se réinscrire sur les listes électorales. Rapidement, l’idée d’un projet municipal plus large a émergé, centré sur la lutte contre la précarité, l’accès au logement pour tous, les services publics et une « écologie populaire ».
Transports, logement et alimentation
Vendredi 7 novembre, le candidat présente les grandes lignes d’un programme qui sera détaillé dans les semaines à venir. En cas de victoire en mars 2026, les transports seront gratuits pour tous. Les cantines municipales accessibles à tous ou à l’euro symbolique. Et dans les quartiers, des épiceries solidaires doivent se multiplier. Éducateur en prévention au Neuhof, il s’appuie sur le terrain et le quotidien des jeunes :
« Aujourd’hui, on fait face à une crise de l’alimentation. Dans les quartiers, les jeunes sont très exposés à des produits industriels, l’obésité est présente. »
Le soutien aux associations, en particulier féministes, et l’appui aux mobilisations sociales sont au centre de son projet. Dans le logement, Cem Yoldas promet un « plan d’urgence social » : lutte contre Airbnb, plafonnement des loyers, baisse de ceux des bailleurs municipaux. Sur la sécurité, son programme prévoit le désarmement de la police municipale, qu’il juge incompatible avec une politique de proximité.
Rompre avec des logiques racistes
« Nous ne voulons pas laisser l’extrême droite dicter les thèmes de campagne », insiste-t-il. Il cite Virginie Joron, candidate RN aux élections municipales (lire notre article), qui l’accuse de « communautarisme » : « C’est le reflet du racisme de l’extrême droite », tranche-t-il. Mais il dénonce aussi des « réflexes » persistants à gauche, qui continuent selon lui d’exclure une partie de la population. Il insiste :
« Je suis la seule tête de liste issue de l’immigration extra-européenne. Très souvent, on fait face à des réticences : “il n’est pas propre sur lui, il n’est pas présentable”. Nous voulons rompre avec ces logiques racistes. »
Cem Yoldas se positionne également sur le droit de vote pour les étrangers :
« Ce sont les oubliés de la gauche. Et moi, je veux que les étrangers vivant à Strasbourg puissent participer à la vie politique locale. Aujourd’hui, je suis entouré de gens qui veulent s’engager mais ne pourront pas être sur la liste car ils sont extra-européens. »
Vers le premier meeting avec Philippe Poutou
Pour Cem Yoldas, sa formation incarne « la seule force de gauche qui n’est pas portée par des professionnels de la politique ». Il considère le mouvement comme un « outsider ». « Aujourd’hui, la municipalité méprise l’espoir. Et Jeanne Barseghian a fauté », affirme-t-il, citant par exemple sa gestion du cas Hervé Polesi ou « le jumelage de la honte avec Ramat Gan », ville israélienne jumelée à Strasbourg. Pour lui, l’élection du nouveau maire à New York est la preuve que l’avenir est à une gauche « populaire ».
Avant de finaliser alliances et liste, Cem Yoldas souhaite dialoguer avec d’autres forces politiques et associatives. Le 8 décembre, il tiendra son premier meeting à la Maison des associations, en présence de Philippe Poutou.
Eva Chibane est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis novembre 2025. Diplômée de l’ESJ Pro, elle a travaillé en Franche-Comté pour Le Trois et l’AFP. De retour à Strasbourg, elle arpente les conseils et les réunions politiques.
Photo d’entrée de l’expositionPhoto : Talia Mikaelian
À Stimultania, l’exposition The Basilisk de l’artiste ukrainienne Yana Kononova transforme les paysages ravagés en lieux de mémoire. Une traversée sensorielle entre deuil, foi et résistance.
Dès l’entrée dans la salle d’exposition de Stimultania, située dans le quartier Gare de Strasbourg, une atmosphère dense et silencieuse s’impose. Dans la pénombre, les photographies en noir et blanc de Yana Kononova semblent émettre leur propre lueur. The Basilisk n’est pas qu’une exposition : c’est une expérience immersive où la guerre devient matière, et la matière, mémoire.
Co-produite avec le Centre du patrimoine arménien à Valence, qui a pour objectif de sensibiliser les gens au « monde conflictuel », l’exposition s’inscrit dans le sillage d’un travail photographique et expérimental que l’artiste développe depuis plusieurs années en Ukraine. Le titre The Basilisk fait référence au serpent qui se faufile et s’entrelace, symbole des sensations de l’artiste face à la guerre et à son identité ukrainienne, un va-et-vient constant entre passé et présent. Kononova s’intéresse aux traces invisibles de la guerre, à ces « radiations » qui imprègnent sols, corps et objets bien au-delà des zones de combat.
Photo de Izyum Forest (2022), Yana Kononova, The Basilisk à StimultaniaPhoto : Talia Mikaelian
Au cœur du parcours, la série Izyum Forest (2022) donne le ton. Face à une fresque panoramique retraçant l’exhumation de fosses communes à Izyum la même année que la réalisation de l’œuvre, les visiteurs deviennent témoins d’une scène à la fois documentaire et sacrée. Les secouristes, revêtus de combinaisons blanches, apparaissent comme des figures liturgiques, officiant un rituel de réparation silencieuse. La forêt, quant à elle, semble absorber la douleur du lieu : ses arbres deviennent les gardiens d’une mémoire impossible à effacer.
Photo de Thresholds (2024), Yana Kononova, The Basilisk à StimultaniaPhoto : Talia Mikaelian Photo de Thresholds (2024), Yana Kononova, The Basilisk à StimultaniaPhoto : Talia Mikaelian
L’exposition se clôt sur Thresholds (2024), une installation inspirée de l’iconostase orthodoxe. Trois panneaux verticaux fragmentent l’espace et exposent des photographies mêlant paysages et traces de guerres. Au centre, une fente laisse passer le regard sur la seule image apaisée de tout le parcours : un champ ouvert, un arbre solitaire, et une vache. Après les visions de destruction et de douleur qui jalonnent l’exposition, cette scène suspendue agit comme un souffle, une respiration, un instant de calme inattendu. On perçoit à travers cette fente une réalité parallèle, où le temps semble suspendu et où la vie ordinaire reprend ses droits. L’œuvre traduit le sentiment de l’artiste : la guerre crée un décalage, une limite invisible qui sépare le quotidien de l’absurde et de la violence.
Étudiante en Master à la Faculté des Arts Visuels de l’Université de Strasbourg, au sein du parcours Écritures Critiques et Curatoriales des Arts et des Cultures Visuelles, ses recherches portent sur les pratiques artistiques contemporaines de la diaspora arménienne.
Une dizaine de personnes sont venues soutenir Vanessa.Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg
Une dizaine de personnes se sont rassemblées vendredi 7 novembre devant le rectorat de l’académie de Strasbourg, pour soutenir Vanessa. Elle est en grève de la faim pour le recrutement des jeunes professeures comme titulaires depuis mardi 28 octobre.
À l’appel de la CGT Educ’action, une dizaine de personnes se sont présentées au matin du vendredi 7 novembre devant le rectorat de l’académie de Strasbourg. Elles et ils sont venus soutenir Vanessa Koehler. En grève de la faim depuis le 28 octobre, elle passe ses journées devant le bâtiment académique pour dénoncer l’Éducation nationale qui lui a proposé, comme à d’autres personnes dans sa situation, de postuler en tant que contractuelle. Elle a pourtant passer le concours des professeur·es des écoles et pourrait être embauchée en tant que titulaire sur la liste complémentaire. Affaiblie par son jeûne, Vanessa, 25 ans, est en chaise roulante en cette froide matinée de novembre :
« J’ai réfléchi avant de faire ça. Mon but c’est pas de mourir mais de faire passer le message au recteur. »
Dans un communiqué publié le 5 novembre, la CGT Éduc’action a rappelé l’urgence d’une réponse du rectorat vu la dégradation de l’état de santé de Vanessa. Le recteur, Olivier Klein, a proposé en réponse une entrevue jeudi 13 novembre au syndicat, pour que celui-ci puisse porter la parole de Vanessa.
« Je n’arrive plus à pleurer »
Ce vendredi matin, Vanessa le visage pâle, emmitouflée jusqu’au cou, explique que sa santé ne fait que se détériorer : « Plus je marche, plus je fatigue, d’où mon fauteuil », souffle-t-elle. Après de bonnes analyses de santé au début de sa grève, sa médecin lui a expliqué qu’elle prenait désormais des risques pour sa santé en poursuivant, notamment pour ses reins.
David Vacher, informaticien pour le rectorat et syndiqué à la CGT, témoigne : « Elle est devant la porte, donc on est venu s’inquiéter. » Les fonctionnaires du rectorat ont profité de leur pause de 10h pour montrer leur solidarité à Vanessa. « Je n’arrive plus à pleurer, parce qu’il n’y a plus d’eau dans mon corps », lance la jeune enseignante, visiblement touchée par leur présence.
Vanessa passe ses journées devant le rectorat, rue de la Toussaint.Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg
Silence du recteur
D’autant plus que depuis le début de sa mobilisation, Vanessa n’a quasiment pas eu de contact avec Olivier Klein, le recteur de l’Académie de Strasbourg. C’est pourtant lui qu’elle est venue alerter : « Il sait que je suis là, il sait ce que je vis. »
Olivier Klein ne l’a invitée qu’une seule fois pour un rendez-vous, pendant lequel il lui a proposé un emploi en tant que contractuelle ou dans les services administratifs. Toujours un statut et des fonctions qui ne correspondent pas à son diplôme. « Les contractuels sont comme des pions que l’on place au bon vouloir des établissements », abonde un employé du rectorat. Vanessa affirme que cette situation est spécifique à l’académie de Strasbourg : « À Reims, ils recrutent des personnes sur liste complémentaire, assure t-elle, déplorant un manque de communication entre les rectorats ».
Le secrétaire général de la CGT du Bas-Rhin, Laurent Feisthauer est présent également : « C’est aberrant, on est dans une pénurie de recrutement et on décourage en même temps les gens qui veulent devenir enseignants. » Peu après la fin du rassemblement et le départ des soutiens de Vanessa, une personne a déchiré son carton revendicatif. Secouée par cette agression, elle se dit déterminée à tenir sa grève de la faim jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle demande. Dès lundi, elle sera de retour devant le bâtiment du rectorat.
Pierre Jakubowicz voudrait que les quartiers populaires votent plus, et surtout plus pour lui.Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
Candidat macroniste aux élections municipales de Strasbourg, Pierre Jakubowicz prévoit d’aller à la rencontre des électeurs et des électrices des quartiers populaires à l’aide d’un vélo doté d’une urne, pour tester des propositions concrètes.
Pierre Jakubowicz l’admet : « De tous les candidats aux élections municipales à Strasbourg, je dois être le seul qui n’a pas le permis de conduire ». Le candidat macroniste part avec d’autres désavantages : il ne dispose ni de l’important soutien financier de son rival à droite, Jean-Philippe Vetter, ni de la notoriété de Catherine Trautmann ou de Jeanne Barseghian.
Mais il a des idées ! Et la dernière consiste à aller chercher de nouveaux électeurs et électrices dans les quartiers populaires, traditionnellement abstentionnistes, à l’aide d’un vélo-cargo déguisé en urne. En novembre et décembre, Pierre Jakubowicz et ses équipes prévoient de sonder les Strasbourgeois à l’aide de ce vélo sur une série de sujets concrets : la réorganisation des services en mairies de quartiers, un forfait de stationnement universel à 15 euros par mois, un service minimum d’accueil dans les cantines en cas de grève, l’ouverture des cantines pendant les vacances scolaires et le retour de l’éclairage public partout et tout le temps dans les rues. Les personnes interpellées pourront voter pour ou contre ces propositions et glisser leurs bulletins dans l’urne installée sur le vélo-cargo.
Redonner envie
« Je veux redonner envie aux gens de s’intéresser à la politique locale », résume Pierre Jakubowicz :
« J’ai choisi la couleur jaune, symbole du Tour de France qui n’est pas parti de Strasbourg depuis 2006, pour apporter un peu de gaieté dans la grisaille des mois de novembre et décembre. Je voudrais que les gens se rendent compte de l’importance de ces élections, qui les concernent dans leur vie quotidienne. »
Pierre Jakubowicz se dit prêt à jouer le jeu de la démocratie, et à retirer ou modifier certaines propositions si elles suscitent des votes négatifs. Mais il y a peu de chance que ça arrive. L’une d’elles est par exemple formulée ainsi : « Pour ou contre augmenter l’offre de transports en commun avec des passages plus fréquents et des navettes de quartier pour accéder plus facilement au tram ». Il aurait été intéressant que le scrutin propose plutôt : « Pour ou contre la suppression des places de stationnement pour faire de la place aux transports en commun ». Mais Pierre Jakubowicz n’a pas pris ce risque.