Nicolas Deprez pourra garder une activité librairie au Tigre.Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
La librairie indépendante Le Tigre, quai des Bateliers à Strasbourg, va devenir un café-librairie. Son propriétaire, Nicolas Deprez, a vendu le fonds de commerce au dirigeant du parc animalier Sainte-Croix.
« Depuis 2020, chaque année est pire que la précédente. Je n’arrivais plus à équilibrer les comptes et c’est pas mon truc de faire des Ulule… C’est devenu très compliqué. Sur un bouquin, une fois tout enlevé, il me reste 1%… En tant qu’indépendant, ce n’est pas tenable. »
C’est Laurent Singer, dirigeant du parc animalier Sainte-Croix près de Sarrebourg en Moselle, qui s’est porté acquéreur du fonds de commerce du Tigre pour 150 000€. Nicolas Deprez détaille :
« C’est un copain. Je lui ai fait part de mes difficultés et lui voulait développer un café avec des spécialités et des pâtisseries à Strasbourg. Donc après quelques échanges, il a proposé de racheter le fonds, d’y installer un café sur la partie en façade des locaux et de me garder en temps que salarié pour continuer à gérer la librairie dans l’arrière boutique. »
En bonne place sur le quai
Le Tigre étant idéalement placé sur le quai des Bateliers, piétonnisé depuis 2019, le nouveau commerce va demander une licence III et l’autorisation d’installer une terrasse. L’objectif étant d’ouvrir après quelques semaines de travaux au premier semestre 2026.
Cette transformation du Tigre marque un nouveau recul pour les librairies et les commerces indépendants à Strasbourg. Mais Nicolas Deprez reste combatif :
« Je perds environ 100 000€ dans cette affaire et ma société est liquidée mais au moins, je vais pouvoir continuer à proposer des bandes dessinées avec la même politique éditoriale. Donc même si ce sera dans un format réduit, la librairie continue et ça a beaucoup joué dans ma décision. J’ai d’ailleurs dit à Laurent qu’avec cette affaire, il continuait d’œuvrer pour la préservation d’espèces menacées… »
Julien et Gwendoline ont été relaxés par le tribunal correctionnel de Strasbourg.
Deux parents ont comparu devant le tribunal de Strasbourg lundi 17 novembre pour ne pas avoir inscrit leur garçon en classe maternelle. Ils ont été relaxés, faute d’infraction constituée. Leur avocat dénonce un durcissement des conditions d’accession à l’école à la maison, en lien avec la loi de 2021 contre le séparatisme.
Les voix des enfants de Gwendoline et Julien résonnent depuis les bancs du tribunal correctionnel de Strasbourg. À l’intérieur de la salle d’audience, leurs parents comparaissaient lundi 17 novembre pour « refus d’inscrire un enfant d’âge scolaire dans un établissement d’enseignement malgré mise en demeure ».
La convocation du couple fait suite à un signalement au procureur de la République du directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen) du Bas-Rhin. À la rentrée 2024, après une première année d’école à la maison pour le jeune Logan, l’un des sept enfants du couple, les services académiques ne renouvellent pas leur autorisation. Le couple tente de contester la décision, avec un recours gracieux puis un recours contentieux et décide de ne pas inscrire l’enfant en classe maternelle à Drusenheim.
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Margaux Delanys est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis octobre 2025. Originaire du Grand Ouest, elle est diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille et s’intéresse aux enjeux sociaux, notamment les questions de santé au travail.
Dans le Bas-Rhin, 5 % de l’eau du robinet distribuée était non conforme aux seuils réglementaires en 2024.Photo : Gary Wheeler / FlickR / cc
Dans une étude publiée mardi 18 novembre, l’antenne bas-rhinoise de l’association UFC-Que-choisir publie une analyse de la qualité de l’eau potable dans le département. Par rapport à 2021, le Bas-Rhin est davantage concerné par les pollutions aux pesticides et aux nitrates.
De plus en plus de pollutions identifiées dans l’eau du robinet des habitants et des habitantes du Bas-Rhin. C’est l’une des conclusions de l’étude publiée par l’association UFC-que-Choisir, basée sur les données 2024 de l’Agence régionale de santé (ARS). Dans le département, un peu plus de 5% du réseau d’eau potable est concerné par une pollution aux pesticides ou aux nitrates.
Un pourcentage en hausse par rapport à la précédente étude parue en 2021, où le Bas-Rhin n’apparaissait pas comme un département particulièrement concerné. Une situation « logique » selon Pierre-Jean Dessez, référent environnement pour l’UFC-Que Choisir du Bas-Rhin :
« Si le nombre de cas de pollutions explose dans le département, c’est en partie parce que les analyses de l’eau potable sont plus poussées. Davantage de pesticides sont recherchés par rapport à la fin des années 2010, ainsi que leurs métabolites [des molécules issues de la dégradation d’un pesticide, NDLR]. C’est pour cela que le nombre de pollutions identifiées dans le Bas-Rhin a connu une telle évolution en seulement quelques années. »
Des agglomérations également concernées
À l’instar des observations au niveau national, les communes rurales bas-rhinoises ne sont plus les seules concernées par ces pollutions aux pesticides. Certaines agglomérations sont également touchées, comme Rue89 Strasbourg l’a déjà évoqué pour Haguenau et ses environs, mais aussi au sud et à l’ouest de l’Eurométropole de Strasbourg.
Le point le plus critique dans le Bas-Rhin reste le secteur de Mommenheim. L’antenne locale de l’association UFC-Que-Choisir alerte : « l’eau y est déclarée “de qualité insuffisante” pour les pesticides avec un taux de conformité des analyses de 0% sur l’année 2024 ! »
À l’origine de ces pollutions, des pesticides utilisés dans l’agriculture intensive, comme l’OXA alachlore, un métabolite de l’herbicide S-Metolachlore, utilisé dans la culture intensive du maïs jusqu’en juillet 2024, avant son interdiction par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Les métabolites peuvent mettre des dizaines d’années avant de disparaître après leur interdiction.
Le principal responsable des pollutions de l’eau potable dans le Bas-Rhin reste la chloridazone-desphényl, un métabolite de la chloridazone, herbicide utilisé pour le traitement des cultures de betteraves, interdit depuis fin 2020 en France. Selon l’ARS des Hauts-de-France, cette interdiction est liée au « non renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché [par le producteur] pour des questions de rentabilité ».
Pas de prise en compte des PFAS dans cette étude
Une des limites de cette nouvelle étude est l’absence de prise en compte des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), connues sous le nom de « polluants éternels » dans l’eau du robinet. Très persistants dans l’environnement, ces substances chimiques ont déjà été découvertes en quantité dans l’eau de nombreux habitants de l’agglomération de Saint-Louis, dans le sud de l’Alsace.
« Nous nous sommes basés sur les données en accès libre des différentes ARS de l’Hexagone, or l’obligation d’analyse des PFAS dans l’eau potable ne rentre en vigueur au niveau national qu’à partir du 1er janvier 2026. C’est pour cela que ces données ne sont pas présentes dans cette étude », justifie Pierre-Jean Dessez.
Depuis 2011, l’estimation du coût de la dépollution des pesticides et des nitrates dans les eaux souterraines en France métropolitaine n’a pas été actualisée. À l’époque, le Commissariat général au développement durable (CGDD) a chiffré le montant de « la restauration des eaux souterraines » entre 522 et 847 milliards d’euros (hors coûts d’énergie du pompage avant traitement).
Une estimation basse 15 ans plus tard, étant donné que ce calcul ne prenait pas en compte de nombreux pesticides ni leurs métabolites, ni le coût de la dépollution des PFAS. Le Forever pollution project a estimé le montant de la dépollution des « polluants éternels » entre 710 millions et 12,2 milliards d’euros en France, chaque année pendant 20 ans.
Journaliste indépendant basé en Alsace, je m’intéresse de près à l’écologie et aux entreprises du territoire alsacien. Membre du collectif Enketo depuis mai 2025, j’enquête sur les pollutions chimiques des industries.
Les candidats aux élections municipales 2026 soutenus par des listes.Photo : Adrien Moerlen / Rue89 Strasbourg
Qui se présente aux élections municipales de Strasbourg en mars 2026 et d’où viennent les candidats et les candidates ? Voici le récapitulatif, régulièrement mis à jour, pour tout savoir et suivre les prochains épisodes de ce scrutin.
Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 décideront des 65 conseillers et conseillères qui siègeront au conseil municipal de Strasbourg et des 99 conseillers et conseillères qui siègeront au conseil de l’Eurométropole, l’assemblée des 33 communes de l’agglomération. Les municipalités décident de presque tout sur leur territoire, et particulièrement des écoles, du logement, des transports et de l’urbanisme. Strasbourg est en outre dotée de compétences sociales, en partie héritées du droit local alsacien-mosellan.
Qui a remporté les élections municipales à Strasbourg en 2020 ?
Jeanne Barseghian au soir du 29 juin 2020.Photo : Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg
Lors des dernières élections municipales en mars et juin 2020, la liste menée par Jeanne Barseghian (Europe Écologie) est arrivée en tête avec 21 592 voix, soit 41,71% des suffrages exprimés au second tour. C’était la première fois que les écologistes remportaient les élections à Strasbourg, même s’ils avaient participé à des coalitions victorieuses avec les socialistes. Le macroniste Alain Fontanel (La République en Marche) avait été désigné successeur par le maire sortant, Roland Ries, mais il est arrivé second (18 099 voix, 34,96% des suffrages exprimés). Il s’était allié avec la droite conduite par Jean-Philippe Vetter (Les Républicains) après le premier tour. En troisième position, Catherine Trautmann (PS) avait réuni 12 080 voix, soit 23,33 %.
Métropole dynamique et vivante, capitale européenne, Strasbourg bénéficie d’une très forte attractivité et devrait dépasser les 300 000 habitants au prochain recensement. Mais ce dynamisme accroit les tensions sur le marché immobilier, ce qui fait de Strasbourg l’une des villes de province où les prix des logements sont les plus chers. En outre, un quart de la population strasbourgeoise vit sous le seuil de pauvreté. Cette situation accroit les risques de ségrégation sociale au sein de la ville, une tension régulièrement soulignée dans le débat public par l’apparition et la persistance d’importants campements de sans-abris, dont les tentes se déploient dans les parcs et les espaces verts.
Côté transports, Strasbourg déploie depuis 1989 un réseau de tramway pour proposer une alternative fiable et rapide aux déplacements intra-urbains en voiture. Il reste à connecter au réseau Schiltigheim et le nord de l’agglomération. L’accès des communes de la seconde couronne à la ville centre est également un problème récurrent.
Quels sont les candidats et candidates en campagne
Jeanne Barseghian en octobre 2025.
Jeanne Barseghian, la maire sortante (Les Écologistes). Jeanne Barseghian, 45 ans, s’est déclarée candidate à sa réélection fin août 2025. Elle doit rebâtir une coalition de mouvements citoyens et de partis de gauche. Elle est soutenue par Place Publique mais elle devra compter avec La France insoumise sur sa gauche et Catherine Trautmann avec une majorité du Parti socialiste sur sa droite. Elle devra également défendre son bilan.
Pierre Jakubowicz, entouré par Anne Reymann (à gauche) et des bénévoles de « Strasbourg on y croit ».Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
Pierre Jakubowicz, le centriste (Horizons). Conseiller municipal d’opposition depuis 2020, il est à la tête du mouvement « Strasbourg on y croit ! ». Il a 37 ans il est soutenu par les partis macronistes Horizons et Renaissance.
Vendredi 10 octobre, Catherine Trautmann a déclaré sa candidature pour la mairie de Strasbourg.Photo : Guillaume Krempp
Catherine Trautmann, toujours là. Vétérane du Parti socialiste, Catherine Trautmann a déjà été maire de Strasbourg (1989-1997 et 2000-2001) et ministre de la Culture de 1997 à 2000. À 74 ans, elle mise sur son aura pour rallier au-delà du centre-gauche strasbourgeois.
Virginie Joron, eurodéputée et conseillère régionale du Rassemblement National. Photo : Parlement européen
Virginie Joron, pour le Rassemblement national. Virginie Joron est députée européenne du Rassemblement national. À 51 ans, elle a pris la tête d’une liste appelée « Sauver Strasbourg » soutenue par le RN. Fidèle de Marine Le Pen depuis les années 2010, elle s’est fait connaître avec ses voyages en Crimée et à Damas, son soutien aux référendums pro-Poutine… au point d’apparaître sur une « liste noire » du Parlement européen.
Florian Kobryn, candidat aux municipales pour LFI à Strasbourg. Photo : Eva Chibane / Rue89 Strasbourg / cc
Florian Kobryn, l’Insoumis. Conseiller d’opposition à la Collectivité d’Alsace, Florian Kobryn, 36 ans, a rejoint La France insoumise en juin 2025. En octobre, il a été propulsé à la tête de cette liste qui doit s’appuyer sur les succès électoraux des scrutins nationaux pour prouver que le mouvement de gauche de rupture a un ancrage à Strasbourg.
Jean-Philippe Vetter en campagne à l’Esplanade.Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg
Jean-Philippe Vetter, le candidat de la droite. À 44 ans, Jean-Philippe Vetter est conseiller municipal depuis 2014. Avec son mouvement « Aimer Strasbourg », c’est la deuxième fois qu’il prend la tête d’une liste de droite à Strasbourg. En 2020, il avait obtenu 18 % des voix. Il est soutenu par Les Républicains et par une partie des centristes strasbourgeois.
Cem Yoldas, porte-parole de l’organisation antifasciste de la Jeune Garde, candidat aux élections municipalesPhoto : Eva Chibane / Rue89 Strasbourg / cc
Cem Yoldas, l’activiste antifasciste. Cem Yoldas, éducateur de 29 ans, est porte-parole de la Jeune garde antifasciste à Strasbourg. Il a pris la tête d’un mouvement appelé « Strasbourg c’est nous » soutenu par le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), la Yeni Demokratik Gençlik et le collectif « D’ailleurs nous sommes d’ici ».
Fahad Raja Muhammad a lancé sa campagne sur TikTok.
Fahad Raja Muhammad, issu du syndicalisme étudiant musulman. Étudiant en ingénierie informatique, Fahad Raja Muhammad, 20 ans, a déclaré sa candidature sur TikTok en octobre 2025. C’est sur ce même canal qu’il avait réalisé une vidéo critiquant la collectivité, ce qui lui a valu d’être renvoyé d’un stage. Avant d’avoir lancé le Mouvement populaire indépendant, Fahad Raja Muhammad était président de l’association des Étudiants musulmans de France, un syndicat étudiant qui « s’inspire de l’éthique et des valeurs musulmanes ».
Louise Fève, la figure de LO. La cheminote de 44 ans présentera une liste en mars en 2026. Elle était déjà candidate aux élections municipales de 2020. L’objectif est de représenter “ le camp des travailleurs”, même si Lutte ouvrière estime que ce n’est pas par les élections que “nos vies peuvent changer”.
Elle sera secondée par son binôme, Marc Baud-Berthier, enseignant en collège.
Ismaïl Becherirat, candidat aux élections municipales de mars 2026
Ismaïl Becherirat, le novice. À 36 ans, le conducteur de tram à la CTS, se lance sans expérience politique ou parti. Il affirme porter une liste « sans étiquette », ouverte à tous sauf à l’extrême droite. Entouré d’une vingtaine de personnes, il mène une campagne éclair, sous la bannière Unis pour Strasbourg.
Au cœur de son projet, un pari : attirer des industriels au Port du Rhin.
Il veut plus de policiers municipaux et des transports qui tournent 24h/24 le week-end.
Il souhaite dévoiler un clip de campagne courant du mois de décembre 2025.
Il s’est engagé pour visibiliser le vote des quartiers avec la plateforme Viens (Vivre et imaginer ensemble une nation soudée).
Clément Soubise, déjà présent en 2020.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg
Clément Soubise, le second front du NPA. Déjà candidat lors des municipales de 2020, le cheminot de 37 ans se relance dans la course pour 2026 sous l’étiquette du NPA-Révolutionnaire (Cem Yoldas est candidat sous l’étiquette NPA anticapitaliste). À la tête d’une nouvelle liste située à l’extrême gauche, il défend ce qu’il présente comme « un programme de lutte ».
Il mise sur l’extension et la gratuité des services publics ou encore la réquisition des logements vacants.
Bertrand Pancher et Mohamed Sylla, tout deux représentants du parti Utiles.Photo : Romain Cunat / Rue89 Strasbourg
Mohammed Sylla, le participatif. Le président du parti « ultra-centriste » Utiles 67 a officiellement été désigné par son bureau le 9 décembre. Mohamed Sylla, juriste, syndicaliste, est candidat aux municipales de 2026 à Strasbourg avec un projet construit à partir d’un cahier de doléances citoyen.
Il défend notamment un plan de redressement financier sans hausse d’impôts, un programme municipal de mentorat pour l’emploi des jeunes et l’intégration de clauses d’embauche jeunesse dans les marchés publics.
Les candidats pas encore déclarés
La conseillère régionale et présidente de Convergences, Linda Ibiem (PS).Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg
Linda Ibiem, la socialiste en rupture. Conseillère régionale du Grand Est, Linda Ibiem se présente comme une autre candidate socialiste. Avec son mouvement « Convergences », elle vise à s’insérer entre le Parti socialiste strasbourgeois et les Écologistes.
Thibaut Vinci va œuvrer lui aussi à un rassemblement au centre-gauche. Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
Thibaut Vinci, trait d’union à gauche. À 38 ans, Thibaut Vinci est le candidat du mouvement centriste Parti radical de gauche. La sécurité est au cœur de son projet, que le policier à Paris considère comme un enjeu de gauche. Il plaide pour un rassemblement de centre-gauche et reproche à Catherine Trautmann de partir en solitaire.
Les élections municipales auront lieu les dimanches 15 et 22 mars 2026 dans toute la France. À Strasbourg, les bureaux de vote fermeront à 20h. Pour voter, il est nécessaire d’être inscrit sur les listes électorales de la commune, ce qui peut se faire jusqu’au 6 février 2026 pour ces élections. Des exceptions existent jusqu’au 5 mars pour les jeunes de 18 ans n’ayant pas fait le recensement citoyen, en cas de déménagement récent, ou en cas d’acquisition récente de la nationalité française.
L’inscription est possible en ligne sur le site Service-public, en mairie ou par courrier avec les justificatifs requis (pièce d’identité et justificatif de domicile).
Il est possible de voter par procuration si l’électeur ou l’électrice ne peut pas se déplacer. Dans ce cas, il convient de désigner un autre électeur inscrit dans la même commune pour voter à sa place. La demande de procuration peut se faire en ligne (maprocuration.gouv.fr) ou auprès du tribunal, commissariat ou gendarmerie, en fournissant une pièce d’identité et les informations du mandataire. Important : pour donner procuration, vous devez connaître le numéro national d’électeur de votre mandataire (la personne à qui vous donnez procuration). Ce numéro est inscrit sur la carte électorale de chaque électeur et peut être retrouvé directement en ligne sur le site service-public.gouv.fr.
Eva Chibane est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis novembre 2025. Diplômée de l’ESJ Pro, elle a travaillé en Franche-Comté pour Le Trois et l’AFP. De retour à Strasbourg, elle arpente les conseils et les réunions politiques.
Depuis l’incendie de la Maison Mimir en 2023, l’association a continué à organiser des événements, malgré des conditions d’accueil difficiles.Photo : Paciane Rouchon
L’association Mimir emménage dans un nouveau local, près de deux ans après l’incendie de la maison de la rue Prechter. Ateliers d’éducation populaire, événements musicaux et festifs vont pouvoir reprendre au bénéfice des personnes précaires.
« C’est vraiment un nouvel élan pour Mimir, les gens reviennent, le lieu leur donne envie de s’investir », se réjouit une membre de l’association strasbourgeoise engagée dans l’aide aux personnes en situation de précarité alors que l’assemblée générale du 12 novembre s’achève dans le tout nouveau local de l’association : la Mimine. C’est ainsi que les membres ont rebaptisé La Mine, cette ancienne annexe de la Haute école des arts du Rhin (HEAR) dans laquelle les étudiants et les étudiantes avaient l’habitude de se retrouver. Le local vient d’être mis à leur disposition jusqu’au printemps 2026. Situé au 2 rue de l’Académie à la Krutenau, cet espace de taille modeste va néanmoins permettre à l’association d’organiser une multitude d’événements.
L’ancien local La Mine n’est pas très grand, mais il permet d’accueillir quelques activités au sec pour l’hiver.
Un local ardemment attendu, depuis qu’un incendie avait dévoré l’ancienne bâtisse à colombages de la rue Prechter en février 2023, occupée par le collectif depuis plus de dix ans. Du jour au lendemain, Mimir se retrouvait sans toit, avec pour seule demeure une cour vide, un abri ayant échappé aux flammes et un arbre menaçant de s’effondrer.
Avant cela, l’association Mimir accueillait des soirées étudiantes, des cours d’alsacien, des répétitions de fanfare, des restaurants éphémères, des concerts improvisés… Mimir, c’est surtout un lieu de refuge pour les personnes en situation de précarité comme la bagagerie par exemple : 90 casiers pour laisser ses affaires en lieu sûr quand on n’a pas de toit. Ce service a perduré après l’incendie ainsi que d’autres activités comme un vide-dressing, une collecte pour les enfants à la rue…
« Mais c’était vraiment compliqué l’hiver, pondère David, un membre de l’association qui vient de s’assoir sur une chaise, dos à une frise chronologique qui liste les actions sur autant de post-it :
« Niveau hygiène aussi. Plus rien n’était aux normes, on n’avait plus d’eau, plus d’électricité, toutes les soirées se faisaient sur batteries… Ce qui a considérablement réduit le nombre d’activités possibles. »
Éduc pop, scène slam et barakawa
Dès 2023, Mimir avait demandé à la Ville de Strasbourg la mise à disposition d’un autre local. L’association avait visité une première fois La Mine en octobre 2024, mais les délais se sont éternisés jusqu’à décourager les membres de l’association.
Alors, deux semaines après avoir reçu les clés de la Mimine, l’association bouillonne de projets. À gauche de la frise chronologique, un tableau blanc affiche l’agenda des mois à venir. Et il est déjà bien rempli. Une soirée de soutien à la lutte contre l’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, des ateliers d’éducation populaire, d’écriture, une scène slam…
Deux semaines après avoir reçu les clés de la Mimine, Mimir bouillonne de projets pour les mois à venir.Photo : Paciane Rouchon
Il y aura aussi le retour du « barakawa », complète Rémy, « un bar sans alcool à prix libre et conscient, le jeudi de 18h à 22h, pour réunir les gens autour d’une boisson chaude, qu’on puisse écouter un podcast, lire un bouquin ou juste chiller. » Les premiers barakawas auront lieu les 20 et 27 novembre. Les autres événements seront annoncés au fur et à mesure sur le site internet de la Maison Mimir et sur ses réseaux sociaux.
Un lieu à disposition des autres
Le reste de l’agenda se remplira au gré des envies et des propositions de chacun. « Le but est de mettre ce lieu à disposition des autres », explique David :
« N’importe quel collectif, association ou individu peut venir demander à l’utiliser pendant les « assemblées générales projets » qui auront lieu tous les deuxièmes mardis du mois. »
Mais d’abord, un gros travail d’aménagement reste à accomplir. « Mettre du chauffage, rendre ça joli et accueillant, installer une zone chill, une bibliothèque, peut-être une console vidéo, de quoi cuisiner, se sentir à l’aise, que ce soit le plus chaleureux et accueillant possible pour tout le monde », énumère une Mimirienne enthousiaste. Un atelier participatif de décoration doit s’ajouter au programme.
Après mars 2026, la Ville de Strasbourg devrait récupérer les locaux pour y installer le centre d’hébergement d’urgence de la rue Fritz-Kiener à l’horizon 2028. L’association Mimir n’a encore aucune solution pour continuer ses activités d’hiver après cette date. Un projet de construction d’un nouveau bâtiment sur le terrain de la rue Prechter est toutefois à l’étude.
Journaliste indépendante, sensible aux thématiques environnementales, avec un focus sur les enjeux agricoles, énergétiques et les atteintes à l’environnement. Je couvre notamment l’actualité de la géothermie et du lithium alsacien.
À l’occasion du festival Format(s), le studio Helmo détaille dans Jazzdorama une rétrospective retraçant vingt-quatre années de travail commun avec Jazzdor. Initiée en 2002, cette aventure graphique s’achève en 2025 mais les archives sont de sortie jusqu’au 23 novembre.
En 2002, Philippe Ochem, à la direction de Jazzdor, souhaite rompre avec l’identité visuelle du festival, qu’il juge trop figurative. Il fait alors appel à un studio de jeunes graphistes, Helmo, fondé par Thomas Couderc et Clément Vauchez, afin d’imaginer une charte visuelle qui ne se contente plus de représenter le jazz mais qui exprime également la contemporanéité, l’improvisation et l’esprit d’expérimentation du festival.
C’est dans le cadre de cette rétrospective que Helmo et l’équipe de la Chaufferie proposent une lecture thématique du travail mené pour Jazzdor où chaque mur décline un motif (cercles, lignes, photographies) et compose un panorama de plus de vingt ans d’images.
L’exposition montre également les coulisses de leurs démarches : recherches graphiques et expérimentations, ainsi que des pochettes de CD et de disques vinyles, rappelant l’identité musicale du festival.
En 2012, lorsque Jazzdor devient une Scène de musiques actuelles, la typographie California devient le signe distinctif de son identité visuelle. Cette typographie, inspirée des plaques d’immatriculation californiennes, vient habiller toutes les affiches créées pour Jazzdor.
Au centre de la salle, plusieurs casques d’écoute diffusent une playlist imaginée par Philippe Ochem. C’est une sélection d’œuvres présentées aux plus de trente éditions de Jazzdor et une manière d’ajouter une dimension sonore à l’expérience visuelle.
Étudiantes à la Faculté des Arts Visuels de l’Université de Strasbourg au sein du Master Écritures Critiques et Curatoriales des Arts et des cultures visuelles, leurs recherches portent sur les pratiques artistiques contemporaines de la diaspora arménienne et sur les résurgences symbolistes dans l’art contemporain.
Soul Behar Tsalik et Itamar Greenberg lors d’une conférence à Orléans.
Deux jeunes militants israéliens ayant refusé de s’engager dans l’armée seront à Strasbourg pour une rencontre mercredi 19 novembre. Ils raconteront cet engagement face au gouvernement d’extrême droite de Benjamin Netanyahou.
À la manière du Déserteur de Boris Vian, Itamar Greenberg et Soul Behar Tsalik, 19 ans tous les deux, ont refusé de servir dans l’armée de leur pays, Israël. Ne pas réaliser son service militaire obligatoire (2 ans et 8 mois pour les hommes et 2 ans pour les femmes) y est passible d’une peine de prison militaire. L’objection de conscience est pourtant un droit humain.
Les deux militants viennent témoigner à l’invitation du Mouvement pour une alternative non-violente (MAN) et de Raja Tikva, association d’amitié arabo-juive en Rhône-Alpes, dans le cadre d’une tournée à travers la France. Itamar Greenberg et Soul Behar Tsalik militent eux dans l’association israélienne Mesarvot, qui soutient des objecteurs de conscience.
Ces deux « refuzniks » (personnes refusant le service militaire) se sont engagés dans cette démarche en réaction à la politique d’extrême droite du gouvernement de Benjamin Netanyahou, qui encourage la colonisation en Cisjordanie et qui a mené une guerre dans la bande de Gaza ayant fait près de 70 000 morts à la suite des attaques du 7 octobre 2023.
« Je ne voulais pas être impliqué dans un génocide »
Itamar Greenberg
Itamar Greenberg, étudiant en droit à Tel-Aviv et issu d’une famille haredim ultra-orthodoxe, a déjà purgé 197 jours de détention. Cinq peines consécutives de prison ont été prononcées contre lui suite à son refus d’effectuer son service militaire. C’est la plus longue détention pour un objecteur de conscience depuis les années 2000, selon le MAN.
Itamar Greenberg, explique dans une tribune pour Amnesty International :
« Je n’ai pas pris cette décision de manière soudaine, je l’ai mûrie au cours d’un long processus d’apprentissage et de prise de conscience morale. Plus j’avançais dans mes réflexions, plus j’étais convaincu que je ne pourrais pas revêtir un uniforme symbole de meurtre et d’oppression. Ces considérations ont à voir avec le fait de refuser de servir dans le contexte de l’occupation. Mais dans mon cas, j’ai également refusé de m’enrôler parce que je ne voulais pas être impliqué dans la perpétration du génocide à Gaza. »
Soul Behar Tsalik est aussi originaire de Tel-Aviv. Il a passé deux mois en prison militaire après son refus de s’engager. « Mettre fin à la présence israélienne à Gaza n’est pas seulement la bonne chose à faire pour les Palestiniens. C’est aussi ce qu’il faut faire pour la sécurité et l’avenir des Israéliens », indique-t-il dans une tribune pour Mesarvot.
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Depuis le 5 novembre, les professionnels de 139 établissements classés REP et REP+ peuvent demander le versement rétroactif de leurs primes.
Les organisations syndicales de l’Éducation nationale ont obtenu de leur ministère des instructions pour que les assistants d’éducation (AED) et les accompagnants d’élèves handicapés (AESH) reçoivent les primes qu’ils auraient dû percevoir depuis 2015. À Strasbourg, près de 500 professionnels seraient concernés.
Le 5 novembre, le ministère de l’Éducation nationale a publié ses instructions pour le versement rétroactif des primes aux assistants d’éducation (AED) et aux accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) affectés dans des établissements des réseaux d’éducation prioritaire (REP).
« Ces primes auraient dû être versées dès août 2015. Selon nos éléments auprès des 139 établissements concernés dans l’académie de Strasbourg, nous avons pu estimer qu’il y a facilement 500 collègues qui pourraient être concernés. Pour l’instant, une quarantaine nous a d’ores et déjà contactés », indique Octave Walzer, assistant d’éducation au collège Lezay-Marnésia de la Meinau et syndiqué à Sud éducation Alsace.
En août 2015, un décret gouvernemental avait octroyé des indemnités annuelles aux enseignants, aux conseillers principaux d’éducation (CPE) ou encore aux personnels administratifs et techniques. Exclus de cette prime, les AED et les AESH avaient enjoint le gouvernement à revoir la liste des bénéficiaires.
Jusqu’à 5 500 euros
Après un premier recours devant le Conseil d’État déposé par Sud éducation, le ministère avait intégré les AED et les AESH dans la liste des bénéficiaires, au nom de l’égalité de traitement. Par un nouveau décret, publié en décembre 2022, les primes annuelles avaient été étendues. « Or celles avant janvier 2023 pour les AED et les AESH n’ont pas été versées, soupire Octave Walzer. On a donc continué à se mobiliser pour obtenir la rétroactivité de ces indemnités. » En mai 2025, le militant et son syndicat ont ainsi soutenu une dizaine de dossiers de demandes de rétroactivité des primes devant le tribunal administratif de Strasbourg.
La note ministérielle ne prévoit pas de versement automatique. Il revient aux personnels d’en faire la demande. « On invite nos collègues, adhérents ou pas, à contacter le syndicat. Il y a un courrier type à remplir. On se chargera de le relire puis il faudra l’envoyer en recommandé », détaille-t-il.
Le montant des primes que le syndicaliste aurait dû toucher s’élève à près de 4 000 euros. « Pour une AESH, ça commence à 1 100 euros nets. Pour un AED à temps plein, la somme peut atteindre jusqu’à 5 500 euros », appuie Octave Walzer, incitant les professionnels à défendre leurs droits.
« Pour bénéficier de l’année calendaire 2021, il faut que la demande soit faite et idéalement réceptionnée avant les congés de Noël, appuie le syndicaliste. C’est urgent que des collègues s’en emparent. »
Margaux Delanys est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis octobre 2025. Originaire du Grand Ouest, elle est diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille et s’intéresse aux enjeux sociaux, notamment les questions de santé au travail.
Selon Blast, le directeur de Sciences Po Strasbourg, Emmanuel Droit, a cherché à obtenir des informations sur une chercheuse du CNRS spécialiste de la Palestine afin d’alerter la présidence de l’Université de Strasbourg.
Stéphanie Latte Abdallah, chercheuse au CNRS, devait intervenir le 17 septembre à Sciences Po Strasbourg avec Yoav Shemer, docteur en sciences politiques. La chercheuse travaille notamment sur l’histoire des réfugiés palestiniens et le milieu carcéral en Israël et en Palestine. Et ses recherches actuelles s’intéressent aux nouvelles mobilisations citoyennes liées à l’économie alternative, à l’autonomie et à l’écologie en Palestine.
La conférence qu’elle devait mener, nommée « Les sciences sociales face aux sociétés en guerre : Gaza, Cisjordanie » a été reportée pour des raisons médicales. Mais visiblement, à la direction de Sciences Po, on aimerait qu’elle ne soit jamais reprogrammée. Dans un article de Blast publié le 11 novembre, on apprend qu’Emmanuel Droit s’est inquiété de sa venue à l’IEP (institut d’études politiques). Le 8 novembre, il adresse un courriel à son réseau, le RRA (Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme). Ne pouvant, écrit-il, « pas faire grand-chose en interne » contre cette historienne et anthropologue, il demande à ses contacts :
« Que savez-vous à propos de Stéphanie Latte-Abdallah ? (…) Si jamais vous avez des infos sur cette chercheuse me permettant d’alerter la présidence de l’Unistra, je vous en serai reconnaissant. »
Ce réseau, composé d’une centaine d’universitaires, s’était récemment félicité dans des échanges privés révélés par Blast — avec le soutien d’une avocate et lobbyiste, Déborah Journo — de l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe », co-organisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études de Paris (Carep). L’événement, prévu les 13 et 14 novembre au Collège de France, a été déplacé au Carep sous la pression, révèle encore l’enquête.
« Elle n’a que le mot génocide à la bouche… »
Emmanuel Droit, directeur de Sciences Po Strasbourg
Le 8 novembre, Emmanuel Droit envoie son message à son réseau. Les réponses reçues illustrent un climat particulièrement nauséabond. Stéphanie Latte Abdallah y est présentée comme une militante « pro-palestinienne, étant elle-même d’origine palestinienne ». Son travail scientifique est remis en cause par une autre chercheuse, Evelien Chayes, à l’origine du projet SION-Digit, qui vise à rendre accessibles de nombreuses sources archivistiques sur les communautés juives de Venise, Bordeaux et Amsterdam entre 1500 et 1700. Celle-ci décrit Stéphanie Latte Abdallah comme quelqu’un faisant des « déclarations douteuses dans les médias, clairement pas scientifiques, a-historiques et non vérifiées ». Le directeur de Sciences Po Strasbourg répond finalement : « Merci, oui, en faisant des recherches, je viens de voir qu’elle n’a que le mot génocide à la bouche… »
Contacté par Rue89 Strasbourg, Emmanuel Droit assure que ces messages « n’avaient vocation qu’à mesurer les éventuels risques sécuritaires posés par la conférence » :
« Je n’ai cherché qu’à agir de façon responsable suite à l’annulation du colloque au Collège de France. Dans le contexte des événements passés qui ont agité mon institut, mais aussi des troubles à l’ordre public à Paris 8 et Sciences Po Lyon, en me renseignant sur l’intervenante, j’ai simplement voulu tenter d’évaluer si un risque similaire existait, s’il fallait renforcer le dispositif prévu. »
Un climat déjà délétère à l’IEP
Ces révélations s’inscrivent dans un contexte de fortes tensions à l’IEP de Strasbourg. Depuis octobre 2024, l’établissement est secoué par des mobilisations étudiantes contre un partenariat avec l’université Reichman, en Israël. Les étudiants dénoncent ses liens avec l’armée israélienne et ses formations destinées aux élites militaires et politiques. Après sept mois de tensions, la direction a tenté de trouver une issue sans remettre en cause ce partenariat. Les mesures n’ont guère convaincu : le Comité Palestine de l’IEP réclame toujours la fin immédiate de cette coopération et plusieurs enseignants ont démissionné du conseil d’administration, dénonçant « un déni de démocratie universitaire ».
Éric Danon, oui. Stéphanie Latte Abdallah, non.
En interne, le sociologue Vincent Dubois n’est pas étonné par la teneur des messages envoyés par son directeur d’établissement. Il cite notamment l’invitation d’Éric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël, convié le 6 octobre au « forum pour la paix », un nouveau format de conférences censé faire de Sciences Po Strasbourg « un lieu privilégié de débat et de dialogue autour des défis vertigineux liés à la construction et au maintien de la paix dans le monde contemporain ». Sur le site de l’IEP, l’annonce mentionne encore la « conférence inaugurale de son Excellence, Éric Danon ».
Cette personnalité est notamment connue pour une vidéo d’une minute, largement relayée, où on l’entend déclarer être prêt à assumer publiquement « 50 ou 60 000 morts à Gaza si cela permettait d’éradiquer le Hamas. C’est pas facile d’assumer, parce que c’est immoral, mais c’est éthique s’il y a un résultat concret qui permet d’éviter la guerre suivante », ajoutait-il.
« D’un côté, le directeur s’inquiète d’inviter une chercheuse tout à fait reconnue du CNRS, mais de l’autre il invite ce type de personnages », critique Vincent Dubois. L’événement a finalement été annulé, Éric Danon ayant refusé de venir. Quant à la conférence de Stéphanie Latte Abdallah, elle a été reprogrammée au 10 décembre selon Vincent Dubois. Cette date n’est cependant pas mentionnée sur le site de Sciences Po Strasbourg mais Emmanuel Droit l’assure :
« À aucun moment cette conférence n’a été menacée de censure. Je dénonce toute tentative de déstabilisation, d’instrumentalisation et de diffamation visant à faire croire à une velléité de censure de la part de la direction. En octobre, nous avons projeté le documentaire No Other Land. Au prochain Forum pour la paix, nous accueillerons Rachid Benzine le 17 novembre puis Hala Abou Assira, ambassadrice de la Palestine en France.«
Eva Chibane est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis novembre 2025. Diplômée de l’ESJ Pro, elle a travaillé en Franche-Comté pour Le Trois et l’AFP. De retour à Strasbourg, elle arpente les conseils et les réunions politiques.
Les auteurs du tag voulaient certainement écrire « Stocamine contamine ».Photo : Document remis
Des activistes sont soupçonnés d’avoir tagué un pont à Dorlisheim pour sensibiliser sur Stocamine, dimanche 2 novembre. Interpellés par les gendarmes, ils et elles ont été placées 46 heures en garde à vue et ont dû contester leur placement en détention provisoire.
« Nous, ce qu’on veut, c’est protéger le vivant, déclare Anne (prénom modifié). Notre boulot, en tant qu’écologistes, c’est de prévenir la population. Mais passer à l’action devient de plus en plus répréhensible. » Avec sept autres personnes, Anne a été arrêtée sur un pont au-dessus de la route départementale à Dorlisheim. Un tag « Stocamine contamene » venait d’y être réalisé. Stocamine, c’est 42 000 tonnes de déchets toxiques que l’État veut confiner à Wittelsheim, sous la nappe phréatique, réserve d’eau potable de 5,6 millions de personnes.
Interpellés sur place par les gendarmes, les huit militants et militantes écologistes ont été placées en garde à vue dans plusieurs gendarmeries, à Schirmeck, Molsheim, Obernai, Rosheim et Wasselonne. Elles y sont restées 46 heures au total. Les faits reprochés : avoir volontairement dégradé ou détérioré un pont au préjudice de l’État. Le parquet de Saverne les accuse de la même chose pour un pont à Mommenheim, où un tag a été réalisé pour dénoncer la pollution de l’air.
À l’issue de leur garde à vue mardi 4 novembre, le parquet de Saverne a demandé leur placement en détention provisoire en attendant leur comparution immédiate, prévue initialement le 6 novembre. Les activistes auraient alors passé deux nuits en maison d’arrêt. Cette mesure s’applique en général plutôt pour protéger une victime d’un agresseur ou empêcher la fuite d’un prévenu.
Détention provisoire rejetée
Les écologistes ont contesté cette mesure devant la juge des libertés Anne-Sophie Lachkar, qui leur a donné raison. « Le risque de réitération des faits est insuffisamment caractérisé compte tenu de l’absence d’une quelconque condamnation inscrite au casier judiciaire », écrivait-elle par exemple, au sujet d’Anne :
« Le risque de non comparution en justice n’est pas davantage avéré compte tenu de la stabilité de la situation socio-professionnelle de l’intéressée. Enfin, il est permis de relativiser le risque de concertation frauduleuse entre les prévenus dans la mesure où ils ont été regroupés à plusieurs dans les geôles de la juridiction dans l’attente de leur présentation devant le procureur. »
Les activistes ont finalement retrouvé la liberté mardi 4 novembre, après avoir été privés de liberté 55 heures au total, en tenant compte du temps passé au tribunal de Saverne. Ils et elles ont demandé le renvoi de leur audience, afin de préparer leur défense. « Ce qui est délirant dans ce dossier, c’est la disproportion des poursuites engagées par le parquet », estime Me Théo Gauthier, avocat d’une partie des militant.es :
« Demander la détention provisoire pour des tags, je n’avais jamais vu ça. Même la comparution immédiate, normalement, c’est pour des récidivistes alors qu’aucun n’avait un casier. Quand ils sont sortis de garde à vue pour aller voir la vice-procureure de Saverne, il y avait une trentaine de gendarmes. On avait l’impression d’être face à de la criminalité organisée. »
Audience le 22 décembre à Saverne
« Leur but est de nous paralyser, mais cette répression ne nous arrêtera pas, prévient Anne, qui a surtout souffert de ne pas avoir de nouvelles de son enfant pendant sa garde à vue. On va s’en servir pour en parler aux journalistes, au public. Quand les gens se rendent compte de ça, ils sont choqués. » Dans un communiqué de presse envoyé le 13 décembre, Extinction Rebellion a dénoncé un « événement qui s’inscrit dans une répression croissante des mouvements militants » :
« Qu’en est-il de la liberté d’expression dans ce climat oppressif, face à l’urgence environnementale qui menace l’ensemble du vivant ? Qu’en est-il de nos luttes locales si nos militant-es doivent subir de tels traitements, brutaux, injustifiés et coûteux ?
L’audience aura lieu le 22 décembre à 9h au tribunal de grande instance de Saverne. Contacté, le parquet n’a pas répondu à nos questions, au moment de publier cet article, sur le traitement réservé à ces activistes.
La Caisse nationale d’assurance maladie a été condamnée pour homicide involontaire par le tribunal judiciaire de Strasbourg, le 13 novembre 2025.Photo : Paciane Rouchon
Jeudi 13 novembre, le tribunal judiciaire de Strasbourg a condamné l’Assurance maladie pour homicide involontaire. En décembre 2023, une médecin s’était donnée la mort en se défenestrant sur son lieu de travail.
50 000 euros d’amende et 2 000 euros de dommages et intérêts. Le tribunal judiciaire de Strasbourg a prononcé ce jeudi 13 novembre une condamnation historique pour la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), reconnue coupable d’homicide involontaire sur une ancienne salariée. Le 12 décembre 2023, la docteure Catherine Dumas-Pierog s’était défenestrée sur son lieu de travail. Après avoir reçu son planning de travail du mois de janvier, la médecin avait quitté son fauteuil pour se diriger vers la fenêtre de son bureau, situé dans les locaux de l’Assurance maladie, au quatrième étage du 2 rue Lobstein, à Strasbourg. La chute de quinze mètres lui avait été fatale.
La présidente du tribunal Isabelle Karolak a motivé la condamnation. À commencer par le lien clairement établi entre les conditions de travail de Catherine Dumas-Pierog et son suicide :
« Le fait que la victime se soit suicidée sur son lieu de travail, après réception de son planning de travail du mois de janvier, permet d’établir un lien entre sa défenestration et les conditions de travail de la salariée. Lien qu’elle a d’ailleurs expliqué dans un mot laissé sur son bureau. »
Une souffrance ignorée
Lors de l’audience du 9 octobre 2025, l’inspectrice du travail, Marlène Dangeville, avait rappelé l’obligation légale qui incombe aux employeurs d’évaluer et de prévenir les risques psychosociaux susceptibles de menacer la santé mentale de leurs employés. Aux termes de son enquête, l’inspection du travail avait estimé que ces risques — bien connus de l’employeur — n’avaient pas fait l’objet d’une prévention adaptée. Des conclusions retenues par le tribunal, comme l’expose la juge :
« La Cnam était tenue de mettre en place des mesures de prévention des risques psychosociaux, ce qu’elle n’a pas fait. L’état de souffrance de la victime avait été signalé. Pour autant, la Cnam n’a pris aucune mesure pour prendre en compte cette souffrance au travail. »
La peine prononcée est partiellement conforme aux réquisitions du procureur qui, en plus des 50 000 € d’amende, avait réclamé la publication de la décision dans un journal national. Le magistrat avait estimé qu’il était « important d’informer la population que de mauvaises conditions de travail peuvent avoir des conséquences dramatiques [et] d’informer les employeurs que si l’on ne prend pas les mesures qui s’imposent pour protéger la santé de ses salariés, on s’expose à des sanctions ».
« Ce que vivent ces salariés n’est pas normal »
Bien qu’il regrette que la publication dans un journal national soit absente de la peine prononcée, Philippe Perearneau, délégué syndical et représentant du personnel, quitte la salle d’audience avec satisfaction :
« C’est la reconnaissance par la justice que ce que vivent les salariés du service médical n’est pas normal. Ce mode de management très autoritaire, directif et descendant peut faire des dégâts. »
En 2019, la Cnam avait procédé à une réorganisation majeure des antennes locales de l’Assurance maladie. Une réforme qualifiée « d’industrialisation des processus de travail » par le syndicaliste : « La perte d’autonomie, la qualité empêchée, la perte de sens… Les gens finissent par ne plus se retrouver dans leur travail », résume-t-il. Pour lui, comme pour les magistrats, cette condamnation revêt une valeur d’avertissement :
« Le tribunal l’a bien dit : le but est d’envoyer un signal à l’employeur pour que ces risques psychosociaux soient pris en compte correctement et que de véritables mesures de prévention soient mises en place. »
À l’heure de publier cet article, la Cnam n’a pas communiqué sur son intention de faire appel de la condamnation.
Journaliste indépendante, sensible aux thématiques environnementales, avec un focus sur les enjeux agricoles, énergétiques et les atteintes à l’environnement. Je couvre notamment l’actualité de la géothermie et du lithium alsacien.
Le collectif Schluthfeld solidaire a débuté sa mobilisation lundi 10 novembre.Photo : doc remis
Deux collectifs de parents d’élèves et d’enseignants appellent à des mobilisations en soutien à des familles d’élèves sans-abris à Strasbourg et Schiltigheim. L’objectif est d’alerter les pouvoirs publics afin d’obtenir des logements d’urgence pour ces familles.
En janvier 2025, le collectif « Pas d’enfants à la rue » avait comptabilisé une centaine d’élèves sans abri au creux de l’hiver. Alors que le froid s’installe, deux collectifs d’enseignants et de parents d’élèves alertent à nouveau. Un rassemblement de soutien à huit familles est organisé par le collectif Schluthfeld solidaire devant cette école du Neudorf vendredi 14 novembre à 17h. À Schiltigheim, cinq familles dorment dehors selon le collectif Joséphine Baker, qui appelle à un rassemblement devant l’école du même nom jeudi 13 novembre à 17h15.
Des parents d’élèves, des personnels de l’Éducation nationale seront présents lors de ces deux rendez-vous pour soutenir ces familles et tenter de trouver des solutions. Un enseignant de l’école du Schluthfeld explique :
« Nous essayons de nous montrer solidaires face à la situation de nos élèves. Nous mettons en place une cagnotte qui sera mise en ligne vendredi ainsi qu’une collecte de vêtements. On invite aussi les élus à venir à ce moment convivial parce que c’est aux pouvoirs publics de mettre en place des solutions durables. »
« Personne n’en parle mais ils sont dehors »
Le collectif a dénombré huit enfants scolarisés et deux petits de moins d’un an sans solution d’hébergement, selon Fatima Ouldji. Cette mère d’élève explique que « ces familles demandent de l’aide et ne connaissent pas leurs droits » tout en ajoutant que « la Ville s’est manifestée pour les aider à être soignées mais a assuré ne rien pouvoir faire sur le logement ».
Samira Talbi, tête de liste des parents élus du collectif Joséphine Baker, « ce problème s’étend à tout le territoire strasbourgeois ». La mobilisation schilikoise est soutenue par la ville, qui déplore que « rien ne bouge. Nos appels auprès de la Collectivité européenne d’Alsace et de l’État sont restés sans réponse », selon Zoé Benali, directrice du cabinet de la maire de Schiltigheim, Danielle Dambach (Les Écologistes). « Personne n’en parle mais ces enfants sont dehors. Il est intolérable que le préfet ferme les yeux », dénonce Samira Talbi qui rappelle que l’hébergement d’urgence est un droit garanti par l’État.
L’association derrière la monnaie locale alsacienne du Stück fête ses 10 ans. Elle organise une journée d’ateliers et de conférences le vendredi 14 novembre 2025 au tiers-lieu Kaleidoscoop.
Vendredi 14 novembre à partir de 9h30, l’association le Stück fête ses 10 ans à l’espace Kaleidoscoop, dans le quartier Port du Rhin. La structure derrière la monnaie locale du même nom en profite pour mettre à l’honneur les acteurs engagés de l’économie locale. Pour rappel, le Stück est un instrument monétaire pour permettre de soutenir des producteurs locaux. Environ 80 entreprises, coopératives et associations du département acceptent les paiements physiques ou numériques en Stück (la liste est consultable ici).
Ateliers et conférences
La maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (Les Écologistes) ouvrira la journée avec un mot d’accueil dès 9h30. Des ateliers participatifs sur l’avenir du Stück et l’économie locale sont proposés, comme « Discriminations, angle mort des entreprises » ou « Les librairies indépendantes face aux multinationales du livre » (voir le programme complet).
Un village associatif se tiendra à midi. Il permettra au public de rencontrer différents acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire à Strasbourg comme Humanis (collectif d’associations de solidarité), bYfurk (incubateur de soutien aux projets de transition écologique) ou encore Hop La Transition (association de sensibilisation et de formation écologique et sociale).
La journaliste indépendante Juliette Dusquesne et Pierre Funalot, chercheur en économie écologique de l’Université de Bordeaux, donneront à 18h une conférence intitulée « S’organiser sans l’autorité de l’État? ». La thématique est liée à la sortie du livre « Autonomes et solidaires pour le vivant » de Juliette Dusquesne. Elle y aborde les initiatives démocratiques autonomes telles que les coopératives, habitats partagés ou ZAD et interroge notre rapport à l’État.
La journée se terminera à 19h30 autour d’un pot pour célébrer le dixième anniversaire du Stück.
Margaux Delanys est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis octobre 2025. Originaire du Grand Ouest, elle est diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille et s’intéresse aux enjeux sociaux, notamment les questions de santé au travail.
Dans l’académie de Strasbourg, des élèves d’écoles primaires sont sans enseignant pendant des semaines. Pendant ce temps, Vanessa Koehler poursuit sa grève de la faim. Monsieur le recteur, votre obstination paraît insensée.
Monsieur le recteur, depuis le mardi 28 octobre, Vanessa Koehler mène une grève de la faim devant votre bureau. Vous connaissez parfaitement sa situation : au début de l’été 2025, la jeune étudiante était inscrite sur la liste complémentaire au concours de recrutement des professeurs des écoles. Au regard des années passées, elle pensait enfin obtenir ce poste dont elle rêve depuis tant d’années. Puis Vanessa a fini par apprendre, à l’issue de nombreuses relances, qu’elle devait postuler en tant que contractuelle pour pouvoir enseigner en école élémentaire. Depuis, la jeune Strasbourgeoise se bat contre cette politique de précarisation qui privilégie l’économie à la qualité de l’enseignement pour nos enfants.
« Faut-il un drame pour que les choses bougent ? »
Passons le temps de réaction du rectorat, passons l’absence de réponse à notre demande d’interview. Certes, monsieur le recteur, vous avez reçu à deux reprises Vanessa Koehler pour lui faire part de vos inquiétudes. Mais vous lui avez répété ce que la future professeure des écoles savait déjà : il n’y a d’emploi pour elle qu’en tant que contractuelle. Vous avez aussi proposé un poste dans l’administration académique, ce que Vanessa Koehler a pris pour un affront. Ce dont elle rêve, c’est de se retrouver devant des enfants pour les instruire, on appelle ça la vocation. Est-ce devenu un gros mot dans l’Éducation nationale ?
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.