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Blocages et regain de mobilisation : le résumé de la première journée de grève générale

Blocages et regain de mobilisation : le résumé de la première journée de grève générale

Pour la première journée de grève générale contre la réforme des retraites, la rédaction de Rue89 Strasbourg est mobilisée afin de rendre compte en direct des manifestations et des blocages organisés.

C’est la fin de ce direct. Merci à vous de l’avoir suivi. Ci-dessous, les principales informations à connaître concernant la manifestation du mardi 7 mars contre la réforme des retraites à Strasbourg :

    Selon nos estimations, plus de 15 000 personnes ont participé à la sixième manifestation contre la réforme des retraites. La préfecture avance le chiffre de 9 500 participants. L’intersyndicale annonce 25 000 manifestants. La manifestation fait suite à une matinée de blocages. Dès le début de matinée, des étudiants ont empêché la tenue des cours dans plusieurs bâtiments de l’Université de Strasbourg. Le collectif « On crèvera pas au boulot » a empêché les camions d’entrer et sortir de l’entrepôt Amazon à Strasbourg. À Marckolsheim, une centaine de personnes ont occupé une écluse coupant ainsi la circulation à ce niveau dès 22 heures lundi 6 mars. À Strasbourg et à Mulhouse, les cheminots strasbourgeois ont voté la poursuite de la grève lors d’une assemblée générale intersyndicale dans la matinée du mardi 7 mars. Dans la journée du mercredi 8 mars, la circulation des TER restera donc « fortement perturbée » comme l’indique la direction régionale TER Grand Est. La société SNCF Voyageurs estime qu’en moyenne un TER sur trois circulera en région et que seuls deux trains sur cinq circuleront sur l’axe Est TGV Inoui. Une assemblée générale étudiante a décidé de la poursuite des blocages dans la journée du mercredi 8 mars. Un manifestant a été interpellé aux alentours de 15h30 au niveau de l’agence Groupama de la rue Thomann. Vers 17h30, plusieurs personnes se sont rendues devant le commissariat centrale de police pour le soutenir. Peu avant 18 heures, une trentaine de personnes ont fini par être encerclées par la police.

Suite à l’interpellation d’un manifestant peu après 15 heures, au niveau de l’agence Groupama de la rue Thomann, un rassemblement spontané a commencé vers 17h30 devant le commissariat central de la police nationale à Strasbourg.

Vers 17h30, quelques manifestants se sont rassemblés devant le commissariat central pour protester contre l’interpellation d’un manifestant. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

Lors d’une assemblée générale étudiante au palais universitaire, les opposants à la réforme des retraites ont voté la reconduction du blocage de l’Université de Strasbourg. Une quarantaine de personnes se sont portées volontaires pour mettre en place cette action.

Assemblée générale étudiante du mardi 7 mars. Photo : Axelle Auvray

Mardi 7 mars, la présidence de l’Université avait décidé d’annuler les cours dans les bâtiments bloqués et listés ci-dessous.

https://twitter.com/unistra/status/1633015081783947265?ref_src=twsrc%5Etfw

Aux alentours de 16h, le cortège de tête, constituée par les organisations de jeunesse, passait l’arrêt de tram Porte de l’hôpital en scandant : « À bas l’État, les flics et les fachos ! »

Aux alentours de 16h, le cortège de tête, constituée par les organisations de jeunesse, passait l’arrêt de tram Porte de l’hôpital en scandant : « À bas l’État, les flics et les fachos ! »

Plus de 15 000 manifestants selon nos estimations

Selon nos estimations, plus de 15 000 personnes participent à la manifestation du mardi 7 mars à Strasbourg contre la réforme des retraites.

Aux alentours de 15h30, le cortège s’étendait du numéro 1 de l’avenue de la Liberté jusqu’au pont Saint-Nicolas. Il mesurait ainsi 1,8 kilomètre, une taille équivalente aux deux premières manifestations qui avaient rassemblé près de 18 000 personnes le jeudi 19 janvier, puis près de 20 000 personnes le mardi 31 janvier.

Taille du cortège de la manifestation du mardi 7 mars à 15h25.

La différence du nombre de participants provient d’une différence de densité de population au mètre carré. Si le cortège du jour est très fourni à certains endroits, il comporte aussi quelques zones plus vides, notamment entre les cortèges des différents syndicats.

Exemple de « passage à vide » de la manifestation du jour.

En utilisant l’application mapchecking.com, on obtient une estimation de près de 17 000 manifestants.

Estimation du nombre de manifestants à partir du logiciel en ligne MapChecking.

Cette évaluation est basée sur le nombre d’individus présents par mètre carré (que nous avons estimé à 1,25 personnes par mètre carré) rapporté à la surface totale qu’ils couvrent.

L’un de nos journalistes sur place a effectué son propre décompte et estimé à plus de 13 000 personnes le nombre de manifestants. Citée par les Dernières Nouvelles d’Alsace, la préfecture du Bas-Rhin avance une participation de 9 500 personnes.

« Tous ensemble, tous ensemble, grève générale », scandent les manifestants derrière la banderole du syndicat Force Ouvrière.

« Tous ensemble, tous ensemble, grève générale », scandent les manifestants derrière la banderole du syndicat Force Ouvrière. (Vidéo Axelle Auvray)

Julie est aide-soignante à l’accueil des urgences au Nouvel hôpital civil. Elle a 36 ans et déjà des pathologies liées à la pénibilité de son travail. Elle se mobilise au cours d’une journée de repos :

« La rue, c’est notre dernière arme en tant que citoyen français. Le problème, à l’hôpital, c’est qu’on a l’obligation d’assurer les heures mais les soignants sont mobilisés. Notre travail est dur physiquement et mentalement. J’ai 36 ans et déjà deux tassements cérébraux. J’ai commencé à 18 ans et je suis déjà repositionnée en poste d’accueil… »

Julie est aide-soignante à l’accueil des urgences au Nouvel Hôpital Civil : « La rue, c’est notre dernière arme en tant que citoyen français. » Photo : Axelle Auvray

Sandrine est agent administratif. À 55 ans, la secrétaire générale de la section santé sociaux du syndicat Sud aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg exprime sa détermination :

« Je vais reconduire la grève. J’irai jusqu’au bout. On perd des thunes comme tout le monde mais on est dans la rue pour la bonne cause. Dans mon secteur, je sens que tout le monde est assez mobilisé. Je pense que la rue peut faire bouger le gouvernement sinon je serais pas là ! »

Sandrine est agent administratif et secrétaire générale du syndicat Sud des hôpitaux de Strasbourg. Photo : Axelle Auvray

Thierry Gussmann, 59 ans, délégué syndical CFDT dans l’entreprise de fabrication d’ascenseur Otis :

« Moi avec cette réforme, je vais devoir faire six mois de plus. Chez nous, même des jeunes s’investissent dans le mouvement de contestation. Je ne suis pas pour la violence mais je pense que seuls de gros blocages peuvent avoir un impact. Le gouvernement compte sur l’inflation pour faire passer sa réforme mais je suis optimiste parce que je vois qu’il y a du monde et que la mobilisation monte en puissance. On est quand même en démocratie, cette réforme devient tellement indéfendable. S’il faut bloquer l’économie, on ira jusqu’à là et on est capable de le faire. »

Thierry Gussmann, 59 ans, délégué syndical CFDT dans l’entreprise de fabrication d’ascenseur Otis : « S’il faut bloquer l’économie, on ira jusque là. On est capable de le faire. »

À quelques mètres de la place de la République, l’ambiance est festive peu avant le départ de la manifestation.

Ambiance festive peu avant le départ de la sixième manifestation contre la réforme des retraites. (Vidéo Axelle Auvray)

Remise de sa fracture de la cheville, la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (EELV) est aussi venue manifester son opposition à la réforme des retraites :

« Je crois qu’on est dans une phase décisive avec la discussion et le débat qui se tient maintenant au Sénat. C’est le moment de ne rien lâcher. Les Françaises et Français ont largement fait savoir à quel point ils sont opposés à cette réforme qu’ils considèrent comme injuste, infondée, antisociale… Il me semble important en tant qu’élue de venir soutenir la mobilisation intersyndicale et citoyenne. »

Luc, 36 ans, travaille chez Siemens et manifeste aux couleurs du syndicat CFTC Métallurgie : « Je suis en manif’ depuis le début. Je n’en ai raté qu’une. J’espère que le gouvernement va finir par nous entendre. Je suis prêt à continuer les manifs autant qu’il faut. Même si je suis jeune, je sais que c’est maintenant qu’on doit se faire entendre. »

Luc, 36 ans, travaille chez Siemens et manifeste aux couleurs du syndicat CFTC métallurgie. Photo : Roni Gocer

Benaissa Benzakour, délégué syndical CGT dans l’entreprise Schaeffler à Haguenau, observe une mobilisation qui se maintient dans son entreprise. Il se dit optimiste pour la suite du mouvement :

« Je pense que c’est possible de convaincre les collègues de reconduire cette grève parce qu’aujourd’hui ils voient bien que la réforme va avoir un impact sur leurs conditions de travail. »

Benaissa Benzakour, délégué syndicat CGT dans l’entreprise Schaeffler à Haguenau. (Vidéo Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc)

Cosecrétaire du syndicat Snuipp-FSU, Agathe Konieczka annonce un taux de 40% d’enseignants grévistes en école élémentaire dans le Bas-Rhin. La moyenne locale est inférieure à la mobilisation nationale dans le même secteur, avec un taux de gréviste de 60% en France :

« C’est le cinquième jour de grève. Les collègues ne sont pas tous partants à cause de la perte de salaire. Au niveau national, certaines organisations syndicales ont acté et appelé à la reconduction de la grève pour toute la semaine. Dans le Bas-Rhin cela n’est pas notre choix, car le mouvement se construit progressivement sur la durée. On a fait des tournées d’école. On a préparé un tract et discuté avec les professeurs. On est bien accueillis, mais chez certains collègues, il y a une résignation. Dans le Bas-Rhin, on remarque qu’il faut que les gens aient le sentiment d’une forte coordination, d’un appel très fort au niveau national. La difficulté c’est aussi le décret Omont qui pénalise le mouvement. Si un enseignant fait grève mardi et jeudi, on nous enlève le mercredi pour la paye. Cela freine des collègues. Lorsqu’une grève longue s’installe (nombreux jours de grève, ou reconduction), au moment de la reprise du travail ou dans le cas d’un conflit qui se solde par une victoire, le retrait des jours de grève entre dans la négociation avec le ministère, avec un étalement dans le temps ou une limitation des retraits des jours de grève. »

Cosecrétaire du syndicat Snuipp-FSU, Agathe Konieczka annonce un taux de 40% d’enseignants grévistes en école élémentaire dans le Bas-Rhin. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

En avance sur l’heure de départ du cortège, Pierrette, 86 ans, n’a manqué aucune manifestation contre la réforme des retraites en 2023. L’ancienne employée de comptabilité assure qu’elle sera aussi de tous les futurs cortèges pour s’opposer au projet du gouvernement d’Élisabeth Borne : « Je trouve que ce n’est pas normal de faire travailler les vieux alors que les jeunes sont au chômage. On dirait que le gouvernement est sourd et aveugle, il ne voit pas ce qui se passe. »

Pierrette, 86 ans, ancienne employée de comptabilité. Photo : Axelle Auvray / Rue89 Strasbourg / cc

Début de la manifestation

Les opposants à la réforme des retraites commencent à se rassembler avenue de la Liberté. Voici le trajet qu’empruntera la manifestation :

Dans la matinée du mardi 7 mars, la boutique de luxe Louis Vuitton était recouverte de peinture noire. Le slogan « Ni patrie, ni patron, ni patriarcat » y a été tagué. L’épicerie fine Maison Artzner, notamment spécialisée dans le foie gras, a aussi été salie.

En fin de matinée, la vitrine du magasin Louis Vuitton était déjà nettoyée.

La maison Artzner est une épicerie fine, notamment spécialisée dans le foie gras. Elle a aussi été recouverte d’une matière noire. Photo : Carol Burel / Rue89 Strasbourg / cc
En fin de matinée, la vitrine de la boutique Louis Vuitton était déjà nettoyée.

Opération tractage de la CFDT à Illkirch-Graffenstaden

Une quinzaine de membres de la CFDT mènent ce matin une opération de tractage à côté de l’hypermarché Auchan d’Illkirch-Graffenstaden. Comme l’explique Stéphane Béguin, secrétaire du syndicat construction bois CFDT 67 :

« Cette tractation doit permettre d’informer sur la mobilisation. On ralentit les voitures. On a de bons retours. Même les forces de l’ordre disent être avec nous. »

Stéphane Béguin, secrétaire du syndicat construction bois CFDT 67. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

Claudine Béguin, 50 ans, est adhérente CFDT et auxiliaire de vie. Elle décrit les raisons de sa mobilisation :

« Je fais pas beaucoup d’heures chaque semaine. Donc j’aurai très peu de retraite. C’est le cas pour beaucoup de mes collègues : dans ma profession, on a de toutes petites retraites. Ce n’est pas possible de nous faire travailler plus longtemps, de faire le ménage, de déplacer des personnes âgées, surtout pour de si faibles pensions à la fin… »

Claudine Béguin, 50 ans, adhérente CFDT, auxiliaire de vie : « Je fais pas bcp d’heures, j’aurais très peu de retraite. » Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

Devant l’entrepôt strasbourgeois d’Amazon, le blocage est toujours en cours. Raphaël fait partie des Gilets jaunes de Strasbourg République. Le militant du collectif « On crèvera pas au boulot » explique la nécessité d’installer une ambiance de révolte :

« On est là ce matin pour participer à un mouvement qui doit être le plus fort possible. Les travailleurs bloquent par la grève. Nous on vient en soutien en bloquant des lieux au cœur de l’économie et symboliques de tout ce qu’on veut changer dans cette société. Je pense que c’est important de multiplier les blocages, les actions et de créer une ambiance insurrectionnelle qui nous permettra d’aller plus loin, en plus du recul sur la réforme des retraites. »

Raphaël est déterminé :

« Si on ne fait rien aujourd’hui, ça sera très difficile ces prochains mois. Il faut soutenir les actions syndicales et organiser plein d’actions de manière autonome. Si les retraités, les précaires, les chômeurs, tous les gens qui ne sont pas dans le monde du travail participent, c’est inarrêtable. Le gouvernement joue sur le pourrissement de la contestation. Mais pour nous, ça peut aller vite si toute la société se met en mouvement. On peut enclencher un nouveau cycle de conquêtes sociales après avoir perdu des acquis. On peut renverser la tendance. »

Raphaël, Gilet jaune de Strasbourg République, veut installer une ambiance insurrectionnelle pour reconquérir les acquis sociaux perdus. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Plusieurs centaines de manifestants autour de Haguenau

Selon Victor, délégué FO chez Alstom à Haguenau, plusieurs centaines de personnes défilent dans la zone artisanale. Elles ont répondu à un appel intersyndical des unions locales à se mobiliser au départ du rond-point devant l’usine Schaeffler. Le cortège installe des barrages filtrants aux ronds-points de la zone et prévoit de continuer ces actions jusqu’à la fin de la matinée en direction de Schweighouse-sur-Moder.

Plusieurs centaines de personnes bloquent les ronds-points de la zone commerciale de Haguenau Photo : doc remis

Une partie de ces personnes doivent se rendre en bus à Strasbourg afin de rejoindre la manifestation prévue en début d’après-midi.

La gare de Strasbourg à l’arrêt

En gare de Strasbourg, le hall central est quasiment vide depuis le début de la matinée.

La gare de Strasbourg est presque déserte ce matin du mardi 7 mars. Photo : Carol Burel / Rue89 Strasbourg / cc

Une voyageuse allemande, Julia, attendait le train de 9h27. Il n’est jamais passé. Comme l’indiquait Rue89 Strasbourg, aucun TER ne circule en cette journée de mobilisation contre la réforme des retraites.

Panneau d’affichage en gare de Strasbourg : aucun TER ne circulera le 7 mars. Photo : Carol Burel / Rue89 Strasbourg / cc

Sur le campus central de l’Université de Strasbourg, les bâtiments de l’Escarpe, l’Atrium, le Portique et le Patio sont bloqués depuis 6h30. Noémie, étudiante en faculté de psychologie et militante du collectif Nous Toutes Unistra, décrit l’organisation de cette action :

« Le blocage a été voté en assemblée générale étudiante vendredi 3 mars. C’est un moyen de discuter avec les gens sur la réforme. On va par exemple organiser une conférence sur la réforme des retraites, avec des professeurs. »

Une trentaine d’étudiants participent au blocage ce matin du mardi 7 mars. Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg / cc

Julian, étudiant à Science Po, participe à son premier blocage : « Le rendez-vous était à 6 heures du matin. En moins d’une heure c’était fait. Le blocus permet aux jeunes de venir manifester l’après-midi. Au delà de ça, c’est une action symbolique qui fait parler de la réforme au sein du campus. »

Banderole en cours de confection avant la manifestation. Photo : RG / Rue89 Strasbourg / cc

Blocage de la navigation sur le Rhin

Une centaine de personnes ont répondu à un appel intersyndical et occupent l’écluse de Marckolsheim aujourd’hui, selon Philippe Charpentier, délégué syndical CGT pour EDF hydro, joint par Rue89 Strasbourg. La navigation a été coupée dès 22h hier soir et une vingtaine d’occupants ont passé la nuit sur place. Plusieurs péniches se sont mises à l’arrêt en amont et en aval de l’écluse.

Les grévistes ont hissé le drapeau de la CGT à l’entrée de l’écluse
Les occupants répondent à un appel intersyndical
Un chapiteau a été dressé afin d’accueillir les occupants.

Toujours selon M. Charpentier, d’autres écluses sont fermées sur le Rhin en raison de l’absence d’éclusiers, qui se sont déclarés en grève et malgré les réquisitions.

L’appel à la grève étant reconductible, le blocage de la navigation pourrait se poursuivre les jours prochains.

L’Université de Strasbourg a communiqué la liste des bâtiments bloqués ce matin :

https://twitter.com/unistra/status/1633015081783947265

Heure et lieu de départ de la manifestation du jour, services de transport perturbés et cantines fermées… Toutes les informations sur la mobilisation du mardi 7 mars sont sur Rue89 Strasbourg.

Un autre blocage est en cours, à l’Université de Strasbourg. Les entrées de plusieurs bâtiments, dont le Nouveau Patio et L’Escarpe, sont bloquées depuis le début de matinée. Les opposants à la réforme des retraites appellent à se rassembler à 11h30 pour un barbecue. Une assemblée générale est prévue après la manifestation à 17 heures au palais universitaire.

Un autre blocage est en cours à l’Université de Strasbourg. Photo : Document remis

Mathieu Hahn, Gilet jaune et membre du collectif « On crèvera pas au boulot », décrit un autre blocage qui a eu lieu plus tôt dans la matinée au port aux pétroles :

« On a organisé un blocage du port aux pétroles ce matin, suite à l’appel syndical du 7 mars. On s’est retrouvés suite à la réunion de samedi. On a mis des palettes et des pneus sur le rond point d’accès au port au pétrole. Il n’y a qu’un accès. Il y avait une cinquantaine de camions à l’arrêt. Les routiers nous soutenaient. Nous on était une dizaine. On est arrivés à 3h10 sur place. À 6h la police était là. On est partis. »

Mathieu Hahn, Gilet jaune et membre du collectif « On crèvera pas au boulot ». Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

Parmi les cinquante participants à cette action entamée à 7 heures du matin, la militante d’Alternatiba et membre du collectif « On crèvera pas au boulot » Zoé Mary, qui dénonce l’entreprise de Jeff Bezos :

« Amazon est une figure de proue des entreprises contre lesquelles on se bat. Elle pratique la fraude fiscale, elle pollue, elle détruit des emplois, est violente avec ses employés. On va bloquer aussi longtemps que possible ce matin puis on ralliera la manifestation de cet après midi. »

Peu avant 8 heures, ils étaient cinquante personnes à bloquer les deux portails de l’entrepôt Amazon à Strasbourg. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

Une trentaine de personnes bloquent l’entrée de l’entrepôt Amazon, situé rue Livio à Strasbourg. Le collectif « On crèvera pas au boulot » a été créé spécialement pour cette action. Isabelle Wendling, militante des Gilets jaunes Strasbourg République, décrit la mobilisation :

« On est mobilisés contre la réforme des retraites. On veut aussi lier la bataille sur les retraites à toutes les autres problématiques : augmentation des salaires, l’inflation, les services publics, l’hôpital, l’éducation, et la précarité en général. On veut lutter contre d’autres réformes comme celle de l’assurance chômage. On est sensibilisés à ce que vivent des petites entreprises comme les boulangeries, avec leurs augmentations de charges. »

Blocage de l’entrée de l’entrepôt Amazon dans le cadre de la journée de mobilisation contre la réforme des retraites du mardi 6 mars. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

Bienvenue sur ce compte-rendu en direct de la première journée de grève générale, contre la réforme des retraites menée par le gouvernement. Les premières mesures ont été adoptées lundi 6 mars par le Sénat, dont la majorité est à droite (Les Républicains). Le gouvernement a également tenu à garder secrète une note du Conseil d’État sur le projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale, le véhicule législatif de la réforme des retraites…

Ce mardi 7 mars sera la sixième journée de mobilisation intersyndicale contre cette réforme, qui prévoit notamment d’allonger graduellement la durée de cotisation nécessaire pour se retirer à taux plein, et le recul de l’âge minimum. Faisant le constat que le gouvernement n’entendait pas modifier son projet, les syndicats ont appelé pour ce mardi à la « grève générale. »

Rue89 Strasbourg est mobilisé pour rendre compte ici même des mouvements sociaux dans les entreprises et les services publics, des blocages et des cortèges. Si vous êtes organisatrice ou organisateur d’une action, membre d’un collectif ou simplement témoin d’un événement en lien avec cette journée de mobilisation, merci de nous envoyer vos éléments à redaction@rue89strasbourg.com (en incluant un numéro de téléphone) ou via le formulaire de contact afin qu’ils puissent être relayés sur ce compte-rendu.

La Collectivité européenne d’Alsace, une « maison de la générosité » à géométrie variable

La Collectivité européenne d’Alsace, une « maison de la générosité » à géométrie variable

Généreux pour accueillir la présentation du nouveau guide Michelin à Strasbourg, le président de la Collectivité d’Alsace, Frédéric Bierry, se montre bien plus avare quand il s’agit de venir en aide aux Alsaciens les plus défavorisés de son territoire.

Une semaine qu’il jubile, tout sourire. En tenant un bretzel, un livre de recettes, ou à côté d’une toque géante, Frédéric Bierry donne l’air d’être l’homme le plus heureux d’Alsace. Ce lundi 6 mars, le guide Michelin 2023 est présenté au Palais de la musique et des congrès à Strasbourg et le président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) savoure. Toujours pas de restaurant trois étoiles en Alsace, certes, mais la cérémonie est un succès médiatique.

À la veille de cet événement phare de la gastronomie française, dimanche 5 mars, le président Bierry n’a pas hésité à décrire la CEA comme une « maison de la générosité », ainsi que le rapportent les Dernières Nouvelles d’Alsace. En effet, la collectivité alsacienne n’a pas lésiné sur les moyens pour accueillir cet événement-phare de la gastronomie française : 390 000 € ont été dépensés pour l’occasion.

Une collectivité en retrait voire absente sur ses compétences

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La FSU confirme la fermeture du lycée Charles de Gaulle de Pulversheim à la rentrée 2024

La FSU confirme la fermeture du lycée Charles de Gaulle de Pulversheim à la rentrée 2024

La Fédération syndicale unitaire Grand Est a appris lundi 6 mars la fermeture de six lycées dans la région pour les rentrées 2024 et 2025. À partir de septembre 2024, les élèves du lycée polyvalent Charles de Gaulle de Pulversheim seront répartis dans quatre établissements aux alentours de Mulhouse.

Dans le cadre de son « Plan lycées », la Région Grand Est a décidé de la fermeture prochaine de six lycées polyvalents ou professionnels. C’est ce qu’a communiqué le recteur de l’Académie de Strasbourg à la Fédération syndicale unitaire (FSU, une fédération syndicale majoritaire chez les enseignants) lundi 6 mars. Un seul est situé en Alsace, il s’agit du lycée polyvalent Charles de Gaulle à Pulversheim, en banlieue de Mulhouse. L’établissement accueillera encore des élèves pour une dernière année scolaire en 2023-2024. Ils seront ensuite répartis dans quatre lycées autour de Mulhouse à la rentrée de septembre 2024.

Contactée par Rue89 Strasbourg, Christelle Willer, vice-présidente de la Région Gand Est en charge de l’éducation, rappelle les raisons énoncées par la collectivité :

« Ce lycée coûte 1 400 euros par lycéen et par an, contre 575 euros en moyenne dans les autres établissements. Le taux de remplissage des classes est de seulement 39%. En général, il y a une baisse démographique dans le Grand Est : en 2010, il y a eu 65 000 naissances contre seulement 53 000 en 2020. Cette baisse aura des répercussions ces prochaines années. Nous devons nous adapter à cette réalité démographique. »

La Région Grand Est fermera le lycée de Pulversheim à la rentrée 2024. Photo : Document remis

« Un choix dogmatique »

Les autres établissements concernés sont le lycée Hurlevent de Behren-les-Forbach, le lycée Jean Morette à Landres, le lycée Simone Veil à Charleville-Mézières et le site de Vivier-au-Court du lycée Jean-Baptiste Clément. Ces derniers fermeront pour la rentrée 2025, avec un « transfert des formations » vers des établissements proches. La FSU Grand Est rappelle que ces fermetures concernent notamment des territoires ruraux :

« Elles mettront en difficulté les élèves et leurs familles contraints à des déplacements plus importants pour se former. »

Christelle Willer assure que malgré les fermetures, les élèves auront d’autres solutions à 10-15 km maximum de leurs anciens lycées : « Nous n’avons pas fermé des établissements dans des vallées enclavées comme celui de Sainte-Marie-aux-Mines par exemple. »

Pour FSU, la baisse des effectifs des lycées professionnels est liée à la loi du 5 septembre 2018 “Pour la liberté de choisir son avenir professionnel”, qui fait la promotion de l’apprentissage :

« La région Grand Est choisit de relayer le choix dogmatique du gouvernement de favoriser, par un soutien financier important, le développement de l’apprentissage aux niveaux bac et pré-bac. Cette orientation va exacerber la concurrence entre les systèmes de formation professionnelle au détriment de leur qualité et de l’accueil des jeunes. »

#Pulversheim

Les élus d’opposition de la Collectivité d’Alsace dénoncent les 390 000 euros engloutis par la cérémonie du guide Michelin

Les élus d’opposition de la Collectivité d’Alsace dénoncent les 390 000 euros engloutis par la cérémonie du guide Michelin

Dans la matinée du 6 mars, les conseillers départementaux d’opposition à la Collectivité européenne d’Alsace ont dénoncé le budget alloué à la cérémonie du guide Michelin. Ils estiment que de nombreuses mesures sociales sont plus urgentes.

Quelques manifestants sont venus ce lundi 6 mars devant le Palais de la musique et des congrès, occupé par la cérémonie annuelle du guide Michelin. Les conseillers d’opposition de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) sont là, ainsi que des militants écologistes et quelques parents d’élèves. Ils sont venus dénoncer les 390 000 euros dépensés par la CEA pour accueillir cet événement phare de la gastronomie française. Des financements utilisés pour la communication de l’événement ainsi que le déplacement et l’hébergement de chefs étoilés et d’influenceurs présents sur place pour en faire la promotion.

De gauche à droite : les conseillers départementaux écologistes Florian Kobryn et Ludivine Quintallet. Au centre, le militant écologiste Bruno Dalpra. Puis la conseillère départementale communiste Fleur Laronze et le militant communiste Antoine Mezy. Photo : Carol Burel / Rue89 Strasbourg / cc

« Un investissement à géométrie variable »

« Nous n’avons rien contre la gastronomie, ni contre les chefs », soulignent les manifestants. Ces derniers se disent opposés aux « investissements à géométrie variable » de la part de la CEA. Car la collectivité a récemment rejeté plusieurs projets sociaux. Début mars, Rue89 Strasbourg se faisait l’écho du blocage par la CEA de deux projets d’insertion dans le cadre du dispositif territoire zéro chômeur de longue durée.

Conseillère départementale communiste, Fleur Laronze dénonce aussi l’absence de cantine scolaire dans le futur collège Lyautey qui doit ouvrir ses portes dans le quartier du Neuhof en septembre 2026. Une attaque à laquelle la CEA a répondu par communiqué le 2 mars 2023 : « Le projet de demi-pension n’est toutefois pas encore définitivement modélisé : la Collectivité d’Alsace étudie seulement les mutualisations d’accueil possibles. » Selon Fleur Laronze, le département refuse également de proposer une tarification spéciale des cantines pour les foyers en difficultés. Elle conclut :

« La cérémonie du guide Michelin n’est pas la mission initiale de la Collectivité européenne d’Alsace. Les dirigeants de la CEA délaissent leur prérogatives sociales au profit du rayonnement territorial… »

Fleur Laronze, conseillère communiste de la CeA

Certains parents d’élèves sont aussi venus manifester leur mécontentement. Noureddine, travailleur social et parent d’un enfant en situation de handicap, s’insurge contre un engagement plus timide du Département quand il s’agit de « s’occuper des plus fragiles ». Proposant le slogan « des étoiles pour tous nos collèges », il dénonce des « économies réalisées au mauvais endroit » et au détriment des « quartiers populaires strasbourgeois ».

Un gros coup de pub ?

Le projet avait pour but selon Fréderic Bierry, président de la CEA, de « reconnaître et célébrer » l’excellence gastronomique de l’Alsace à travers la France et dans le monde. Le rapport de délibération publié en janvier souligne la grande « renommée internationale » du Guide Michelin et sa médiatisation très forte : « 2 600 articles de presse et 2,5 millions de pages vues sur internet ». Des chiffres qui offrent selon le président « une opportunité unique tant dans le domaine touristique que culturel et économique ».

En désaccord sur l’héritage, il est jugé aux assises pour avoir égorgé sa mère

En désaccord sur l’héritage, il est jugé aux assises pour avoir égorgé sa mère

La cour d’assises du Bas-Rhin va se pencher à partir de jeudi sur le cas d’un homme de 50 ans accusé d’avoir tué sa mère à Hoerdt après une dispute sur le partage successoral. Le meurtre, à coups de couteau, a été commis en présence de deux jeunes filles.

À 64 ans, Denise supporte son fils depuis cinquante ans déjà. Mère au foyer, elle s’occupe de Christophe, depuis qu’il est né prématuré avec une infirmité l’empêchant de se déplacer normalement, lui préparant à manger et s’occupant de son linge. Ils occupent une petite maison dans un lotissement de Hoerdt, lui ne descendant de sa chambre guère que pour les repas.

Mais ce mercredi 11 mars 2020 vers 10h, il en descend en trombe alors que Denise est au téléphone avec son frère Yannick, de sept ans son cadet. Ce dernier est chez le notaire et Denise lui confirme qu’elle souhaite bien lui confier une maison issue d’un héritage, tandis que celle où elle vit irait à Christophe. Un partage qui ne convenait pas du tout à Christophe, lequel pensait plutôt aller vivre avec son frère et sa famille dans la seconde maison après avoir vendu la première.

Le drame s’est déroulé dans un lotissement de Hoerdt Photo : Google Earth

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À la recherche d’un lieu pour ses collections, un milliardaire suisse lorgne Strasbourg

À la recherche d’un lieu pour ses collections, un milliardaire suisse lorgne Strasbourg

Strasbourg a tapé dans l’œil du milliardaire Jean-Claude Gandur. Plusieurs villes se disputent les faveurs du magnat du pétrole qui souhaite ouvrir un musée exposant sa collection d’art privée. Portrait d’un mécène à la personnalité contrastée.

La Fondation Gandur envisage l’ouverture prochaine d’un musée à Strasbourg pour exposer la collection privée de Jean-Claude Gandur. Le milliardaire suisse hésite entre plusieurs villes pour accueillir son patrimoine. Il était déjà venu faire un repérage dans la capitale alsacienne en 2019 et avait envisagé plusieurs quartiers du secteur des Deux Rives (Pointe de la Citadelle, Port du Rhin, Coop, Starlette).

Le projet était porté à l’époque par Thierry Roos (LR), ancien conseiller municipal d’opposition. Avec la participation de l’ancien maire Roland Ries, et Alain Fontanel, son ex-adjoint à la culture, les acteurs locaux avaient montré leur enthousiasme par un accueil en grande pompe de Jean-Claude Gandur, désireux de mettre toutes les chances du côté de la ville. La décision a été ajournée par la crise du Covid en 2020, mais le projet redevient d’actualité. Contacté début mars, Thierry Roos considère qu’une véritable « compétition » se joue toujours entre les villes, dans laquelle « Strasbourg a tous les points pour gagner ».

Le processus de décision en cours

Selon Anne Mistler, ajointe à la maire chargée de la culture, en juillet 2022, un dossier de candidature a été déposé par la capitale alsacienne. Il est en ce moment analysé par le cabinet de conseil suisse Thématis, spécialiste de l’ingénierie culturelle, chargé de départager les villes potentielles. Anne Mistler a reçu vendredi 3 mars la visite de Thématis. « Le processus est toujours en cours » selon l’adjointe, et le mécène devrait rendre sa décision finale début avril. Mais qui est donc ce milliardaire qui suscite toutes les convoitises ?

Jean Claude Gandur, 2021 (Photo Grégory Maillot / Fondation Gandur)Photo : Jean Claude Gandur, 2021 © Grégory Maillot http://point-of-views.ch/

Né à Grasse dans les Alpes-Maritimes, l’entrepreneur suisse fonde le complexe pétrolier Addax and Oryx Group (AOG) en 1987. La société se spécialise dans l’exploration et la production de pétrole et de gaz en Afrique et au Proche-Orient. Vingt-deux années plus tard, il la revend pour 7 milliards de dollars au groupe chinois Sinopec, se plaçant ainsi parmi les plus grandes fortunes suisses, avec 2,1 milliards de Francs suisses en 2015 selon Forbes.

Un « homme simple, abordable » selon Thierry Roos

Sur son temps libre, l’homme d’affaires vaudois se consacre à la collection d’œuvres d’arts et crée en 2010 la Fondation Gandur pour l’art. De l’antiquité gréco-romaine à l’Europe d’après-guerre, en passant par des œuvres contemporaines africaines, elle constitue l’une des plus larges collections privées d’œuvres du monde. 

Décrit par Thierry Roos comme un « homme simple, abordable, passionné par l’art et doté d’une véritable âme de collectionneur », Jean-Claude Gandur serait aussi « un homme qui veut laisser une trace dans l’histoire », issu de « cette longue tradition de mécènes qui ont permis à l’art de se déployer en France » citant notamment Bernard Arnault, Guggenheim, ou Ernst Beyeler.

L’homme d’affaires semble tenir à son image d’esthète désintéressé, animé par « le goût de l’art, l’envie de développer des collections et le désir de les partager » (voir son portrait sur son site). Une image qu’il n’hésite pas à défendre devant la justice.

À l’occasion du projet d’association entre le Musée d’art et d’Histoire de Genève et la collection personnelle de Jean-Claude Gandur, le journal genevois Le Courrier publie en mai 2015 un portrait de l’homme d’affaire intitulé « Mécène en eaux troubles ». Celui-ci met en lumière le parcours du milliardaire et l’origine de sa fortune, soulignant notamment les activités de son entreprise pétrolière qui avait été mêlée à une affaire de corruption au Nigéria à la fin des années 90, à son insu selon l’un de ses avocats, Nicolas Capt. En 2021, la justice genevoise a reconnu que la direction du groupe Addax était hors de cause, selon Le Temps.

Une atteinte à la personnalité ?

Le milliardaire intente un double procès, civil et pénal, en 2019 contre le quotidien. Il se dit profondément « meurtri et blessé » par un portrait perçu comme une attaque directe. Au pénal, la plainte pour « calomnie et diffamation » est frappée de prescription, la justice suisse reconnaît cependant que ces informations étaient « d’intérêt public ». Au civil cette fois-ci, l’affaire portée jusqu’au tribunal fédéral conclut finalement que certaines formulations portaient « atteinte à la personnalité » de Jean-Claude Gandur et donnent finalement tort au Courrier.

Joint par téléphone, le rédacteur en chef du quotidien, Phillipe Bach, estime que le journal était pourtant « dans les clous ». « Nous n’avons mentionné que des faits avérés ». Il se voit tout de même obligé de retirer l’article en question. Le quotidien déplore une « lecture restrictive de la liberté de la presse » de la part de la justice suisse, et est toujours en attente du dernier jugement de l’affaire, maintenant portée devant la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg.

« Ce qui est sorti, est sorti »

« Alors, boulimique, Jean-Claude Gandur ? – Pourquoi vous me trouvez gros ? » dans une interview donnée à la RTS en mai 2011 faisant référence à son immense collection d’art qui continue de s’étoffer, l’homme d’affaire élude la question sur un ton taquin. Pourtant, avec une collection de plus de 3 500 œuvres, et à la lumière des débats contemporains sur les questions de restitution, l’appropriation d’œuvres dans les mains d’un seul homme interroge. 

Jean-Claude Gandur se positionne sur le sujet en 2019, dans une interview sur la radio RTS, pour l’émission Vacarme intitulée « Pour tout l’art du monde ».  Il argumente :

« Faudra-t-il que les États-Unis et la Russie rendent à la France tous les tableaux des impressionnistes parce que “chacun son patrimoine” ? Non, je pense que le patrimoine doit être partagé. Il faut respecter aujourd’hui le patrimoine qui existe dans les pays sources, mais ce qui est sorti est sorti. »

Jean-Claude Gandur pour la RTS, dans l’émission Vacarme en 2019

Une collection estimée à près de 600 millions d’euros

Si pour le collectionneur « le passé, c’est le passé », il se dit cependant très attentif à la provenance de ses œuvres : « On ne peut plus collectionner en pirate, aujourd’hui il faut avoir un respect des objets, un respect des civilisations des autres, » ajoute t’il à l’antenne.

Quand le journaliste de la RTS lui demande s’il serait prêt, par exemple, à se séparer de ses collections égyptiennes au nom du patrimoine du pays, Jean-Claude Gandur rétorque : « Comment voulez-vous qu’un pays comme l’Égypte puisse réclamer son patrimoine, quand elle-même vendait officiellement ses objets ? », rappelant ce qu’il considère comme une « réalité historique » longtemps ignorée. Le milliardaire suisse se dit toutefois prêt à retourner certaines de ses œuvres, si la preuve de leur pillage était avérée. Ce dernier n’a pas fait suite à la demande d’entretien de Rue89 Strasbourg.

Estimé à près de 600 millions d’euros, le trésor vaudois de Jean-Claude Gandur est encore en quête d’un sanctuaire français. Les musées de Strasbourg ont proposé d’héberger dès 2025 une partie de cette collection dans une exposition temporaire. 

Journée internationale pour les droits des femmes : le programme du 8 mars à Strasbourg

Journée internationale pour les droits des femmes : le programme du 8 mars à Strasbourg

À l’occasion de la journée d’action, de sensibilisation et de mobilisation dédiée à la lutte pour les droits des femmes, l’égalité et la justice, différentes associations et collectifs se donnent rendez-vous mercredi 8 mars, à Strasbourg. Tour d’horizon des mobilisations.

Associations de quartier, mairie, ou encore organisations syndicales : les mobilisations seront nombreuses mercredi 8 mars (mais pas seulement), à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Liste (non exhaustive) des rendez-vous proposés à Strasbourg.

L’appel à la grève féministe par tous les syndicats

Le mercredi 8 mars, 14h, Place Kléber : l’appel à la grève féministe et à marcher contre le patriarcat et le capitalisme est lancé par plusieurs syndicats dont la FSU et la CGT. Le cortège de tête de la manifestation se fera en « mixité choisie » (c’est à dire sans homme), puis différents évènements sont à suivre tout au long de la journée.

    à 18h, atelier « pimp my ride » puis « ride » de nuit à vélo, en « mixité choisie », départ 19 rue du Ban-de-La-Roche. dès 19h, soirée au Molodoï, scène ouverte, musique et repas (prix libre).
Manifestation du 8 mars 2021, avec la CGT dans le cortège, réclamant l’égalité professionnelle femmes-hommes. Photo JFG / Rue89 Strasbourg.

Divers évènements tout au long du mois de mars, organisés par la Ville de Strasbourg

Le samedi 4 mars, de 17h à 22h, au Théâtre de Hautepierre : la Ville de Strasbourg organise sa propre mobilisation, avec un spectacle gratuit « Toutes en scènes », basé sur une programmation 100% féminine. Se succèderont lectures, slam, chants et danses.

Le mercredi 8 mars, 18h30, « Marche festive pour l’égalité » : défilé en centre ville (point du départ de la manifestation encore inconnu) avec arrivée place Broglie.

Les samedi 18 et dimanche 19 mars, à l’Aubette, conférences « Le temps des féminismes » : dans le cadre du Off des Bibliothèques idéales, deux jours d’échanges et de conférences sont organisés avec l’intervention d’autrices, d’artistes et de personnalités comme l’historienne Michelle Perrot ou la journaliste grand reporter au Monde, Annick Cojean, qui débattront de la vieillesse, du féminisme ou encore de l’écologie radicale.

Tout le programme détaillé des évènements organisés par la Ville de Strasbourg sont à retrouver ici.

« Koenigs se mobilise pour le droit des femmes »

Les habitantes du quartier de Koenigshoffen travaillent depuis deux mois sur cette journée du 8 mars. Elles organisent un événement à la Maison des projets au 91 route des Romains, entre 15h et 21h. À travers des enjeux féministes qui les traversent dans leur quotidien, comme la place de la femme dans la sphère domestique, ou dans la ville (avec notamment les questions de sécurité), une trentaine d’habitantes ont élaboré un programme de festivités très varié.

Il y aura notamment des ateliers en non-mixité pour réparer son vélo avec la perm’des Romaines, un conte féministe co-construit par les habitantes avec la conteuse Fatou Ba de La Compagnie 12:21, ou encore un atelier pour participer à l’hommage artistique aux 147 victimes de féminicides en 2022.

Au Point d’Eau, une fantaisie macabre pour dénoncer le mauvais accueil des réfugiés

Au Point d’Eau, une fantaisie macabre pour dénoncer le mauvais accueil des réfugiés

Toucher une prime de l’État si le réfugié que vous accueillez se suicide proprement ? C’est possible, du moins dans le présent pas si lointain imaginé par l’auteur et metteur en scène Pierre Notte. Une comédie macabre à découvrir au Point d’Eau à Ostwald vendredi 17 mars.

L’homme qui dormait sous mon lit, est une fable à peine dystopique qui pousse les comportements hypocrites de notre société à l’absurde dans une écriture incisive et rythmée. Une femme, interprétée par Muriel Gaudin, accueille, dans son minuscule appartement, un réfugié joué par Clyde Yeguete. S’il se suicide, elle recevra une prime de la part de l’État. Le spectacle d’un peu plus d’une heure sera présenté vendredi 17 mars au Point d’Eau à Ostwald. Pierre Notte, lauréat du prix Beaumarchais, est l’auteur et metteur en scène du spectacle. Il sait faire rire jaune ou aux éclats, mais surtout faire grincer des dents.

Une comédie noire et dystopique

Le postulat de la pièce rappelle celui de L’hiver sous la table, une pièce de Roland Topor écrite en 1994, où une traductrice parisienne accueille dans son minuscule appartement parisien un réfugié qui vit sous sa table jusqu’à nouer entre eux une relation de complicité. 

Extrait de L’homme qui dormait sous mon lit, Pierre Notte Photos : Giovanni Cittadini Cesi / doc remis

Dans la pièce de Pierre Notte, l’accueil d’un réfugié est encouragé et subventionné par l’État pour service rendu à la patrie. L’hôte a la possibilité de toucher une prime supplémentaire à une condition : le suicide du réfugié. Un problème de moins et un soulagement pour l’Europe toute entière. Ainsi, tout est mis à la disposition de celui-ci ; lames de rasoirs, sacs poubelles pour y enfouir sa tête jusqu’à l’asphyxie, morts aux rats. Si ça ne suffit pas, il y a toujours une fenêtre par laquelle se jeter.

Le troisième personnage joué par Sylvie Laguna est une modératrice. Elle incarne la neutralité, pour ne pas dire la Suisse. Sa présence permet d’apaiser les tensions et tisser des liens. Par ses rappels à la loi et aux droits de l’Homme, elle amène une forme de burlesque sur la scène et casse par moment le quatrième mur en s’adressant directement au spectateur.

Minimalisme au service du surréalisme

Un plateau plutôt dépouillé. Seul un chic tabouret de piano se trouve au centre de la scène. Il donne une assise à celui qui dicte les règles et un lieu de trêve pour celui qui a été trop éprouvé. Le tabouret trône au milieu de découpes de lumières symbolisant les différents éléments de l’appartement : un lit sous lequel le réfugié cultive son potager, un évier et des « merdouilles » chères aux yeux de l’accueillante.

Extrait de L’homme qui dormait sous mon lit, Pierre Notte Photos : Giovanni Cittadini Cesi / doc remis

Tout comme la mise en scène, le jeu des comédiens ne laisse pas de place au naturalisme. Ils interprètent des entités plus que des personnages, caractérisés par leur gestuelle surréaliste et des déplacements chorégraphiques, parfois clownesque. De plus, la musique composée par Pierre Notte est très présente durant le spectacle, menant à une dernière scène de danse et de fête entre les comédiens.

Une fable tirée d’une sombre réalité

Pour Pierre Notte, la pièce est née de sa honte, de notre honte, de celle de l’Europe : « Devant l’immensité du drame qui se joue, chacun y va de ses excuses, de ses justifications. Chacun se positionne, comme il peut où il peut. » Pierre Notte écrit pour sortir de cette inertie, comme il le raconte dans un entretien avec le théâtre du Rond Point :

« C’est encore écrire contre, jamais pour. Contre l’impuissance et l’inaction. Ou en réponse, en écho. Faute de mieux, faute d’agir. Ici, faute d’une parole politique, d’un geste engagé, il reste l’invention possible d’un dialogue entre les parties… On ne fait rien, on fait semblant, mais c’est déjà ça. Et on en rit, aussi. C’est la moindre des choses, par souci de décence… »

Extrait de L’homme qui dormait sous mon lit, Pierre Notte Photos : Giovanni Cittadini Cesi / doc remis

L’auteur ne cache pas ses propres travers. Il raconte avoir un jour demandé à un migrant qui campait sous ses fenêtres de baisser sa musique pour qu’il puisse écrire paisiblement. 

Dans cette fable très noire, il est difficile de ne pas reconnaître nos propres hypocrisies et lâchetés. Cependant, Pierre Notte ne se souhaite pas moralisateur ou défaitiste, la fin du spectacle esquisse une possibilité d’amélioration si l’on sait s’écouter et si on trouve la volonté de se comprendre.

Grèves et manifestations prévues le 7 mars à Strasbourg contre la réforme des retraites

Grèves et manifestations prévues le 7 mars à Strasbourg contre la réforme des retraites

En Alsace, les syndicats de nombreux secteurs professionnels prévoient une grève d’ampleur mardi 7 mars, avec de nombreux impacts : fermetures des cantines scolaires, perturbations des réseaux SNCF, CTS et du ramassage des déchets… Le point sur cette journée de mobilisation sociale à Strasbourg. 

La 6ème journée de mobilisation contre la réforme des retraites aura lieu mardi 7 mars. Après 2 semaines de débats houleux à l’assemblée nationale, l’hémicycle n’est pas parvenu à trouver un accord. L’examen au Sénat de la mesure a débuté ce 2 mars. Dans ce contexte, l’intersyndicale, déterminée à se faire entendre, appelle à « mettre la France à l’arrêt ». La CGT demande « des rues noires de monde, des rideaux baissés, des grèves aux formes multiples reconduites, une désorganisation organisée… » :

« Il faut montrer que sans travail, pas de richesses et que cette fois on ne veut pas payer l’addition ! Et le 8 on remets ça ! »

La manifestation strasbourgeoise partira à 14h de l’avenue de la Liberté. Le cortège poursuivra le trajet habituel en passant par la Place République, pour rejoindre la Place Broglie et suivra la ligne de tram jusqu’à la place Homme de Fer. Il se dirigera ensuite vers le quartier de la Krutenau via la rue de la Division Leclerc, rue de la Première-Armée, rue des Orphelins puis tournera vers la place de Zurich pour rejoindre les quais et finira avenue de la Liberté.

La dernière manifestation du samedi 11 février, avait réuni dans la capitale alsacienne entre 3 200 (selon la police) et 10 000 manifestants selon la CGT. Les opposants espèrent mobiliser un maximum de personnes pour cette journée jugée cruciale, notamment grâce à « de grandes distributions de tracts le 6 mars à Haguenau et Strasbourg pour demander aux salariés de rejoindre le mouvement de grève ».

Les cantines scolaires en grève

Dans un communiqué adressé aux parents, la municipalité annonce que toutes les cantines des écoles de Strasbourg seront fermées. Les services périscolaires, quant à eux, devraient fonctionner « dans la mesure du possible ». « Aucune démarche n’est à effectuer par les parents pour l’annulation des réservations, les repas ne seront pas facturés », indique la Ville de Strasbourg.

Le 19 janvier 2023, la première manifestation contre la réforme des retraites a rassemblé près de 20 000 personnes. Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

Elle annonce également la mise en place d’un service d’accueil minimum si au moins 25% des enseignants de l’école, dont l’enseignant de l’enfant concerné, sont grévistes. Les enfants en bénéficiant pourront être accueillis de 8h30 à 12h et de 14h à 16h30 dans une des 6 écoles désignées pour ce dispositif. Les modalités de ces SMA seront précisées sur des affiches devant l’entrée de chaque école.

Liste des établissements des services minimum d’accueil :

    Quartier Hautepierre et Cronenbourg : Accueil sur l’école maternelle Catherine, 1 place de la Comtesse de Ségur Quartier Neudorf et Port du Rhin : accueil sur l’école maternelle Neufeld, 1 rue de Sundgau Quartier Robertsau, Esplanade et conseil des XV : accueil sur le site de l’accueil des loisirs Schwilgué, 45-47 rue de la Doller Quartier Gare, Centre-Ville et Krutenau : acceuil sur l’école St Jean, 13 rue des Bonnes Gens, Quartier Elsau, Montagne Verte, Koenigshoffen et Poteries : accueil sur l’école maternelle Gliesberg, 10 chemin du Gliesberg Quartiers Meinau et Neuhof : accueil sur l’école Guynemer, 11 rue d’Argenton, Annexe

« Laissez les ordures s’entasser »

Les syndicats territoriaux de l’Eurométropole appellent les éboueurs à se mobiliser :

« Laissez les camions au parc, laissez les ordures s’entasser […] Vous êtes concerné-e-s au 1er plan car vous faites partie de ces métiers pénibles dont l’espérance de vie est réduite. Et malgré cela, le gouvernement veut vous faire travailler plus longtemps. »

Contacté par Rue89 Strasbourg, Mike Paul, éboueur et délégué syndical de Force Ouvrière, estime qu’il n’y aura pas de « blocage total » :

« Les collègues me disent que pour eux, une seule journée ne fera pas plier le gouvernement et qu’il faudrait complètement s’arrêter pendant une semaine. Il faut qu’ils aient l’impression qu’il y aura un vrai impact à la fin, car là, pour eux, la perte de salaire est trop importante par rapport à la possibilité que le gouvernement recule à cause d’un service impacté. C’est ce calcul que beaucoup de gens font en général. La majorité des équipes feront leur tournée, y compris la mienne. Certains feront grève, mais cela représentera quelques camions. »

Pas de TER en Alsace

L’ensemble des syndicats de la SNCF ont appelé à une mobilisation qui « s’inscrit sur la durée ». Selon nos informations, aucun TER ne sera en circulation en Alsace le 7 mars.

Perturbations sur le réseau CTS

Dimanche soir, la CTS estime que la cadencement des tramways des lignes A, B, C et D ne seront plus que de 13 à 16 minutes, voire 20 à 30 minutes pour les lignes E et F. La ligne de bus G circulera toutes les 10 à 15 minutes environ, la ligne H toutes les 13 à 20 minutes. La ligne de bus L1 circulera mais toutes les 9 à 15 minutes environ, la ligne L3 toutes les 14 à 26 minutes et la ligne L6 toutes les 15 à 20 minutes entre Pont Phario et Fort Desaix.

La Compagnie des transports du Bas-Rhin (CTBR), qui exploite 80% des lignes de car Fluo dans le département, annonce une baisse de 40% de son trafic. Les lignes 201, 209, 231, 233, 234, 235, 236, 262, 263, 404,405, 420, 903, 904, 905, 906, 907, 908, 909, 910, 911, 912 devraient circuler normalement, les autres devraient subir des perturbations toute la journée.

Autour de Strasbourg

L’union locale de la CGT de Schiltigheim appelle les salariés des entreprises de la commune (Heineken notamment) à se rassembler à 12h30 place de la Mairie pour rejoindre le départ de la manifestation avenue de la Liberté en cortège.

À Haguenau, les opposants à la réforme sont invités à se réunir le matin à 7h, au rond point situé route de Bitche (devant l’entreprise Schaeffler), pour du tractage avant de partir à 9 heures vers Strasbourg.

« Polluants éternels », de nombreux sites à haute contamination identifiés en Alsace

« Polluants éternels », de nombreux sites à haute contamination identifiés en Alsace

Dix-huit communes alsaciennes sont sérieusement contaminées par des substances chimiques utilisées dans l’industrie. Une enquête d’un consortium de médias, dont Le Monde en France, a révélé cette pollution à l’échelle du continent.

Surnommées les « polluants éternels », les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) sont des composés chimiques de synthèse ultra-toxiques. Invisibles à l’œil nu, ces molécules sont persistantes dans l’environnement et s’accumulent dans les organismes. Des vestes imperméables aux poêles anti-adhésives en passant par les emballages de fast-food, les PFAS relèvent autant d’usages quotidiens que de secteurs plus confidentiels comme la fabrication de mousses anti-incendie. Couramment utilisés par le secteur industriel depuis les années 50, ils sont à l’origine d’une pollution qui durera des centaines… voire des milliers d’années.

Les données concernant la présence de 17 000 sites contaminés par ces polluants éternels en Europe ont été rassemblées dans une base de données par les journalistes du Forever Pollution Project, un consortium international incluant 18 médias dont Le Monde. En France, les bords du Rhin et le bassin du Rhône sont particulièrement touchés par la pollution aux PFAS.

La concentration de pollutions détectées aux PFAS en Alsace sur la carte publiée par Le Monde. (Capture d’écran / Forever Pollution Project)

Sur plus de 900 sites contaminés identifiés en France, environ 200 se trouvent en Alsace, répartis dans 111 communes. Parmi eux, 30 prélèvements font état d’une concentration de PFAS supérieure à 100 nanogrammes par litre (ng/l) — une concentration considérée comme dangereuse pour la santé. Ces sites contaminés sont désignés comme des « hot spots ».

La contamination aux PFAS en Alsace

Sur la carte ci-dessus, chaque point correspond au résultat d’un prélèvement effectué par de multiples sources rassemblées par le Forever Pollution Project. Concernant les mesures alsaciennes, une grande partie des données ont été fournies par l’Association pour la protection de la nappe phréatique de la plaine d’Alsace (Aprona), dans le cadre du projet Ermes-Rhin. Cette étude, menée entre 2016 et 2018 à l’échelle de la nappe phréatique d’Alsace et des aquifères du Sundgau, considère qu’un site est contaminé lorsque la concentration de PFAS est supérieure à 1 ng/l.

4 échantillons positifs sur 5 testés

Victor Haumesser, chargé de la communication de l’Aprona, précise :

« Sur l’ensemble des prélèvements analysés, 80% révèlent une contamination par les PFAS. S’il n’y a pas de point sur la carte, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de contamination, cela veut juste dire qu’il n’y a pas eu de mesure. »

La nappe phréatique d’Alsace alimente près de 80% de la population alsacienne en eau potable, ce qui revient à dire que « toute la population est exposée à des niveaux variables » selon l’Agence Régionale de Santé (ARS) Grand Est qui rappelle qu’une étude de Santé Publique France l’a confirmé en 2019.

Dans la commune du Vieux-Thann dans le Haut-Rhin, les données font état d’une concentration de PFAS atteignant les 941 ng/l. Les communes de Strasbourg, Colmar, Ingersheim, Ribeauvillé, Berrwiller, Bartenheim, Rosheim, Mundolsheim, Village-Neuf, Lauterbourg, La Wantzenau, Sélestat, Seppois-le-Bas, Obernai, Saint-Louis, Chalampé et Burnhaupt-Le-Bas présentent des sites avec une concentration de PFAS allant de 110 ng/l à 525 ng/l.

Daniel Reininger, ancien président d’Alsace Nature, réagit :

« La pollution des eaux aux PFAS, on en parle depuis longtemps mais le sujet n’avait jamais été creusé avant ces enquêtes journalistiques. La qualité de l’eau est dégradée à la fois par l’agriculture et par l’industrie. On a besoin en Europe d’une cellule d’expertise qui régule la mise sur le marché unique de ces produits chimiques. »

Omniprésents malgré leur toxicité pour la santé

Contactée par Rue89 Strasbourg, l’ARS Grand Est précise par écrit les dangers sanitaires d’une présence de PFAS en forte quantité dans l’environnement :

« Il s’agit généralement de risques chroniques, c’est-à-dire liés à une exposition répétée et à long terme. Les principales sources d’exposition sont l’alimentation et l’eau consommée. L’air intérieur et extérieur est aussi une voie d’exposition possible, mais moins importante, ainsi que l’ingestion de poussières contaminées. » 

Quant à leur toxicité, elle est largement établie selon l’ARS, qui indique :

« Les PFAS provoquent une augmentation du taux de cholestérol, peuvent entraîner des cancers, causer des effets sur la fertilité et le développement du fœtus. Elles sont suspectées d’interférer avec le système endocrinien (thyroïde) et immunitaire. Cet effet des PFAS sur le système immunitaire a récemment été mis en exergue par l’EFSA [Autorité européenne de sécurité des aliments, NDLR] qui considère que la diminution de la réponse du système immunitaire à la vaccination constitue l’effet le plus critique pour la santé humaine. »

Contactée la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement du Grand Est (Dreal), notamment chargée de prévenir « les risques à fort impact humain » et d’œuvrer à la « préservation des ressources naturelles » n’a pas été autorisée à répondre à nos questions par la préfecture du Bas-Rhin.

De graves risques sanitaires, une réaction tardive de l’État

En France, l’intégralité de la population, adultes et enfants, présente des traces de PFAS dans le sang, selon le programme de biosurveillance Esteban publié en 2020 par Santé Publique France. En particulier les PFOS et les PFOA, des PFAS « historiques », interdits depuis 2009 pour le premier et 2019 pour le second. À Vieux-Thann dans le Haut-Rhin, c’est justement ces substances que l’on retrouve en grande quantité — 444 ng/l selon un prélèvement de l’Aprona effectué en 2016.

Le 17 janvier, le ministère de la Transition écologique a publié un « plan d’actions ministériel sur les PFAS ». Développé en six axes, l’un des objectifs du plan est d’encadrer l’utilisation des PFAS et de fixer des objectifs maximaux d’émissions industrielles. Mais le plan n’évoque pas de dépollution.

À l’heure actuelle, aucun PFAS n’est mesuré dans le cadre du contrôle sanitaire de l’eau destinée à la consommation. Une directive européenne (2020/2184) intégrée au droit français en décembre 2022 prévoit de cibler 20 composés chimiques de la famille des PFAS dans les analyses sanitaires de l’eau potable d’ici 2026.

L’opéra de Strasbourg va subir trois ans de travaux de rénovation à partir de 2026

L’opéra de Strasbourg va subir trois ans de travaux de rénovation à partir de 2026

La maire de Strasbourg Jeanne Barseghian a opté pour une rénovation en profondeur du bâtiment principal de l’opéra, plutôt qu’un déménagement. Les travaux doivent débuter en 2026 et devraient durer au moins trois ans.

Les représentations publiques à l’opéra de Strasbourg, place Broglie, se déroulent malgré l’avis défavorable de la commission de sécurité depuis 1997. Systèmes d’évacuation des fumées, absence d’isolement entre la salle et la scène, accès pour les personnes handicapées… Tout est à revoir dans ce bâtiment du « théâtre municipal de Strasbourg » conçu et construit au début du XIXe siècle, et dont la façade est classée à l’inventaire des monuments historiques.

Seule la façade de l’opéra est classée à l’inventaire des monuments historiques (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc

Trois possibilités s’offraient aux municipalités : une mise aux normes, une rénovation ou la construction d’un nouvel opéra. Cette dernière solution était séduisante mais elle s’est heurtée à la brusque « sobriété » dont doivent faire preuve les collectivités locales désormais. Elle posait aussi un nouveau problème : que faire du bâtiment alors que Strasbourg ne sait déjà pas quoi faire du Palais des fêtes ?

Un opéra « à la hauteur de la capitale européenne »

La maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian (EE-LV), a donc opté pour une rénovation en profondeur, comme elle l’a annoncé jeudi 2 mars devant la presse :

« Il s’agit d’un vaste chantier de restructuration qui transformera notre charmant théâtre municipal en opéra contemporain à la hauteur de notre capitale européenne. L’objectif est de mener les travaux tout en maintenant une programmation “hors les murs” de l’Opéra national du Rhin. »

Après des audits menés en 2003 et 2011, une inspection du ministère de la Culture en 2018 et finalement une mission d’information et d’évaluation en 2021, la municipalité a également annoncé le lancement… d’une étude, afin de définir les périmètres et les travaux nécessaires, qui devraient durer au moins trois ans et débuter en 2026.

Selon Jeanne Barseghian, cette vaste opération sera l’occasion de « repenser les missions de l’Opéra national du Rhin (ONR) ». Elle propose de mettre en place un « comité de pilotage politique » afin d’associer aux décisions futures les financeurs et les partenaires de l’ONR. Car la Ville de Strasbourg aimerait ne pas financer seule ces travaux, qui pourraient atteindre 60 à 70 millions d’euros (contre 25 pour une mise aux normes, 300 pour un nouvel équipement). La Région Grand Est étant déjà parmi les financeurs publics, Jeanne Barseghian a également pensé à la Collectivité d’Alsace comme nouveau partenaire possible. Toujours au chapitre financier, cette rénovation devrait bénéficier d’une partie des fonds du contrat triennal Strasbourg capitale européenne (2024-2026).

La grande salle de spectacle peut accueillir 1 200 personnes mais dans un confort relatif et dans des conditions de sécurité insuffisantes (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc

Crise de croissance

L’Opéra national du Rhin est doté d’un budget de 22 millions d’euros, subventionné à 75%, emploie 160 personnes pour 226 spectacles par an en 2018-2019, dont 152 à Strasbourg. La jauge actuelle de la grande salle permet d’accueillir 1 200 personnes mais dans des conditions précaires, avec une partie du public (400 sièges) ne pouvant voir l’ensemble de la scène. L’objectif de la rénovation est de garder une jauge d’au moins 1 100 personnes, tout en offrant un confort optimal et un accès visuel à toute la scène pour tous. Le bâtiment manque en outre de loges, de salles de répétition, d’espace dans le hall d’accueil, de lieux pour les rencontres entre les artistes et le public et d’une salle conviviale pour le personnel. Dans les coulisses, les éléments techniques de manipulation des décors ne sont pas motorisés, ce qui pose d’importantes contraintes au personnel.

La direction de l’opera s’est installée dans une extension préfabriquée Photo : PF / Rue89 Strasbourg /cc

Au vu des ajouts nécessaires, il sera délicat de maintenir l’opéra dans les limites actuelles du bâtiment. L’occupation d’une partie de la place du Petit-Broglie est évoquée pour y installer une extension permanente, à la place du bâtiment préfabriqué de 680 m² occupé depuis 20 ans par l’administration de l’ONR.

Directeur de l’ONR depuis 2020, Alain Perroux se félicite que le futur de son bâtiment amiral se dessine enfin :

« Ces annonces nous soulagent ! Ces trois années “hors les murs” seront l’occasion de rencontrer de nouveaux publics. On a besoin d’une grande scène avec une fosse pour l’orchestre mais seulement pour les opéras classiques. On a produit une fiche technique minimale, afin de s’adapter aux structures existantes dans l’Eurométropole et en Alsace. »

L’installation d’une gigantesque structure temporaire a été évoquée mais Jeanne Barseghian n’a pas souhaité s’engager plus avant, remettant l’ensemble des décisions opérationnelles au futur comité de pilotage qui doit se mettre en place.

Pour échanger avant et après la grève générale, une réunion publique samedi 4 mars

Pour échanger avant et après la grève générale, une réunion publique samedi 4 mars

Le samedi 4 mars à Koenigshoffen, les Gilets Jaunes du QG « Strasbourg République » organisent une réunion en amont de la grève du 7 mars pour s’organiser et échanger, en partenariat avec Le Canard réfractaire.

Trois jours avant la grève générale prévue mardi 7 mars, la Maison des projets, située au 91 route des Romains à Koenigshoffen, abrite une réunion publique samedi 4 mars à 14h, organisée par les membres du QG « Strasbourg République » des Gilets Jaunes et Yohan Pavec, du média indépendant Le Canard réfractaire.

L’objectif est selon Tom Baumert, membre du mouvement Alternatiba, « d’offrir un espace dans lequel construire la lutte en complémentarité avec le mouvement syndical ». Après plusieurs opérations de tractage des Gilets Jaunes en manifestation, les organisateurs remarquent au fil des discussions avec les manifestants qu’il manque un cadre pour échanger et discuter. « En général, quand la manifestation est finie chacun rentre chez soi, cet évènement est là pour le type de personne qui veulent aller plus loin, » précise le militant.

La réunion abordera la réforme des retraites et l’organisation de la journée du 7 mars, lors de laquelle les syndicats appellent à « bloquer le pays », mais d’autres thèmes seront abordés selon la description de l’événement comme « l’inflation, la précarité énergétique, les négociations annuelles dans les entreprises… »

Un média breton en Alsace

Le Canard Réfractaire, média en ligne, sera présent à la réunion. Né en Bretagne pendant le mouvement des Gilets jaunes (2017-2019), il s’est spécialisé dans le suivi de l’actualité des mouvements citoyens, à travers des vidéos sur sa chaîne Youtube et prévoit un tour de France des mouvements de contestation.

Selon Deborah Fisher du Canard Réfractaire, ces réunions veulent « proposer autre chose que la politique syndicale », des cadres d’organisation relevant directement des personnes mobilisées, dans l’objectif de « globaliser le mouvement ». Présent également, Yohan Pavec, fondateur du média indépendant, doit présenter un panorama des luttes internationales actuelles mises en lien avec les luttes françaises.

Face à la colère des riverains, la Région remet en question le pôle maintenance SNCF à Schiltigheim

Face à la colère des riverains, la Région remet en question le pôle maintenance SNCF à Schiltigheim

Interpellée par des associations, la maire de Schiltigheim Danielle Dambach a organisé une réunion publique mercredi 1er mars au sujet de l’installation d’une zone de maintenance des TER dans sa commune. Face à la colère des habitants, Thibaud Philipps, le vice-président du conseil régional a annoncé remettre en question le projet et vouloir attendre les études d’impact. Reportage.

Après plus de deux heures de réunion publique houleuse à la mairie de Schiltigheim mardi soir, au sujet de l’installation d’un pôle de maintenance des Trains express régionaux (TER) dans la commune, Thibaud Philipps (LR), vice-président de la Région Grand Est chargé des transports, déclare :

« Nous allons réévaluer les impacts pour les habitants. Si cela représente trop de contraintes, je ferai le nécessaire pour trouver un site alternatif qui représente moins de nuisances pour les riverains. »

Thibaud Philipps, vice-président de la Région Grand Est et maire d’Illkirch-Graffenstaden, a finalement indiqué que la Région allait étudier en profondeur les nuisances du projet. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Applaudissements de l’assemblée. La salle est saturée, de nombreuses personnes sont debout, faute de chaises disponibles. Consommation logement cadre de vie (CLCV 67), Mon train j’y tiens, la Cabane des créateurs… Le projet rencontre une ferme opposition de plusieurs associations locales.

De l’activité 24h/24

Censé répondre aux besoins du Réseau express métropolitain (Reme) – une nette augmentation du cadencement des TER autour de Strasbourg-, le pôle de maintenance doit accueillir un atelier, une machine à laver les trains ou encore une station service ferroviaire, avec une activité 24h/24, y compris le week-end. La SNCF estime que l’endroit le plus adapté pour accueillir ces équipements et permettre l’efficacité du réseau est une vaste zone à Schiltigheim, le long de la voie ferrée et rue de-Lattre-de-Tassigny.

La réunion publique a été organisée par Danielle Dambach, maire de Schiltigheim, après des interpellations de riverains. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Au début de l’événement, pendant une petite demie heure, des cadres de la Région et de la SNCF parviennent à présenter leur diaporama. « Vous pouvez aller plus vite ? C’est un fiasco votre truc », lance un homme, faisant référence aux suppressions et dysfonctionnements qui ont suivi le lancement du Reme en décembre. Très remonté, Deny Gass, de la CLCV, prend aussi la parole :

« C’est de l’enfumage. Nous voulons parler de ce qui va se passer pour nous. Le bruit la nuit, les moteurs qui tournent, les odeurs, l’éclairage permanent… »

« Vous êtes face à une opposition formidable »

Plusieurs personnes s’insurgent aussi de la nature de l’événement. « Vous décidez entre vous, et vous venez nous voir aujourd’hui, alors que le projet est déjà ficelé. Nous on peut juste choisir la couleur des portails », lance Raymond Ruck, du collectif Mon train j’y tiens, provoquant les acclamations des autres participants. Alors qu’un représentant de la SNCF tente de reprendre, Jean-Luc Delforge traverse la salle, saisit un micro et se tourne face au public :

« Je suis président du conseil syndical d’une copropriété rue de Sélestat, en lisière du projet. Aujourd’hui, j’entends les oiseaux chanter dans mon jardin. Il y a d’autres zones, par exemple à Cronenbourg, qui peuvent accueillir ce site et qui sont éloignées des habitations. »

Des habitants et membres de collectifs ou d’associations ont adressé une série d’interpellations à la SNCF et à la Région tout au long de la soirée. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Dans la foulée, un homme âgé sort une carte de Strasbourg en s’exclamant que le pôle maintenance pourrait aussi se faire à Reichstett. Quelques minutes plus tard, une femme se lève et souligne un manque d’information sur les nuisances sonores et visuelles concrètes ou les rejets d’effluents. La présentation a effectivement mentionné la nature de ces perturbations, mais pas leur intensité. « Ce soir, vous êtes face à une formidable opposition. Nous demandons à la Région qu’elle coopère avec les habitants, par l’intermédiaire des associations et des collectifs », considère Raymond Ruck.

« L’intérêt général doit primer »

C’est au bout d’une longue série d’interventions de ce type que Thibaud Philipps jette l’éponge. Il annonce que le conseil régional, maitre d’ouvrage du pôle maintenance, va réétudier le projet. Danielle Dambach (EELV), maire de Schiltigheim, se félicite de cette décision, qui a fait suite à la mobilisation des habitants :

« Nous n’avons pas tous les éléments, j’ai encore besoin de réponses, mais la Région va revenir devant nous avec des études nouvelles. »

La salle de l’Aquarium à la mairie de Schiltigheim était pleine pour l’occasion. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Reste à savoir comment la SNCF envisagera les autres emplacements du pôle maintenance, avec ses contraintes financières et logistiques, notamment pour faire fonctionner le Reme. « C’est l’intérêt général qui doit primer, surtout que cette installation coutera des millions d’euros d’argent public. On doit peser les avantages et les inconvénients, mais les nuisances pour les riverains doivent réellement être prises en compte », expose un quinquagénaire au fond de la salle. Danielle Dambach clôt en promettant une nouvelle réunion publique, dés que des informations plus précises sur les nuisances associées à ce projet seront connues.

« Je ne sais rien » : les élus d’Alsace centrale dans le flou sur le projet hôtelier d’Europa Vallée

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Pour éloigner les familles étrangères, la préfecture tente de les confiner à la campagne

Pour éloigner les familles étrangères, la préfecture tente de les confiner à la campagne

Alors que le projet de loi « Asile et immigration » a été présenté en conseil des ministres mercredi 2 février, la préfecture du Bas-Rhin délivre des OQTF assorties d’assignations à résidence dans le village de Bouxwiller, à 45 minutes en voiture de Strasbourg. Des restrictions de circulation parfois contestées par les familles devant le tribunal administratif, qui a déjà estimé pour l’une d’elle que l’État a agi dans la précipitation.

Des dizaines de familles sont à Strasbourg depuis plusieurs années et résident dans des hôtels d’hébergement d’urgence, orientées par le Service d’accueil et d’orientation, le 115. Ces familles, souvent en attente d’une décision quant à leur titre de séjour ou d’une audience pour contester un refus de régularisation ont pourtant reçu des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Et dans le même temps, des assignations à résidence à Bouxwiller, un village du Bas-Rhin de 4 000 habitants, abritant un centre d’aide pour le retour.

Assignés, mais pas logés

C’est le cas d’Adana (le prénom a été modifié) par exemple. Originaire du Kosovo, elle est en France depuis sept ans avec son conjoint et leur fils de 17 ans, scolarisé à Strasbourg. Lorsque la famille a reçu une OQTF en décembre 2022, c’est à Bouxwiller qu’ils ont été assignés à résidence alors qu’ils étaient logés dans un hôtel de l’Eurométropole tandis qu’aucune proposition de logement ne leur a été faite dans le village.

Comme le 4 février, des personnes du collectif « Familles exilées, insérées, engagées pour les papiers » manifestent régulièrement place de la République pour demander des papiers pour toutes et tous. Photo : CB / Rue89 Strasbourg / cc

En raison de cette assignation à résidence, le père de famille s’est rendu trois fois à Bouxwiller pour émarger auprès de la gendarmerie, avec des proches. Cette contrainte peut être exigée jusqu’à quatre fois par jour en fonction des situations. Un trajet coûteux pour une famille sans ressource – au moins six euros, en bus, pour un aller simple entre Strasbourg et Bouxwiller.

Puis la famille prend peur, quitte l’hôtel d’hébergement d’urgence et cesse de se rendre à la gendarmerie. « Ils se cachent depuis et craignent d’être renvoyés dans leur pays alors que ça fait sept ans qu’ils se construisent une vie en France », confie un proche, dépité, à Rue89 Strasbourg. Se soustraire à une assignation à résidence est passible de trois ans d’emprisonnement.

Des assignations en lot

Avocate à Strasbourg, Claude Berry représente plusieurs familles dans cette situation. Selon elle, ces assignations à résidence, même loin du lieu de vie des personnes, ne sont pas nouvelles. Ce qui est nouveau en revanche, ce sont des décisions préfectorales prises le même jour, pour plusieurs familles en même temps, logées au même endroit.

Me Berry a obtenu l’annulation d’une assignation, parce que la préfecture n’avait pas suffisamment examiné la situation des personnes et avait agi dans la précipitation. Mais dans une autre affaire, les juges ont considéré que le « détournement de pouvoir » de la préfecture, l’obligation de quitter leur hôtel pour se rendre à Bouxwiller, n’était « pas caractérisé ».

« Ce ne sont pas les mêmes juges qui s’occupent de tous les dossiers » poursuit l’avocate qui constate qu’il n’y a pas de « vision d’ensemble » des magistrats administratifs sur ces dossiers. En outre, les demandes d’annulation de l’assignation à résidence s’accompagnent parfois d’une demande d’annulation d’OQTF, faisant varier les délais légaux d’examen des dossiers par la justice.

Photo : CB / Rue89 Strasbourg / cc

Selon une résidente de l’hôtel d’hébergement d’urgence géré par l’association Coallia à Geispolsheim, à deux reprises « avant les vacances » plusieurs familles logées au même endroit ont reçu, toutes en même temps, des OQTF et pour certaines des assignations à résidence à Bouxwiller. « On a l’impression que cet hôtel, c’est un piège : comme s’ils savaient où nous trouver pour nous renvoyer dans notre pays », théorise la demandeuse d’asile.

Un acharnement administratif sans effet concret

Malgré les OQTF, les assignations à résidence et les refus de titre de séjour, les familles « ne partiront jamais », estime Gabriel Cardoen, militant pour la liberté de circulation et d’installation. Il en suit certaines depuis plus de six mois :

« Ces familles sont arrivées en France il y a longtemps, ne parlent certes pas toutes un français parfait mais ont la ferme intention de ne jamais retourner dans leur pays d’origine où elles sont menacées malgré les difficultés administratives. »

Claude Berry avoue son incompréhension :

« Je ne sais pas quel est le but de la préfecture. Les décisions qu’elle prend ne sont jamais exécutées et [les demandes d’annulation] ajoutent une activité peu intéressante et chronophage au tribunal administratif ».

Certains de ses clients se rendent à la gendarmerie pendant le délai imparti (45 jours, renouvelable une fois), mais ne sont pas pour autant renvoyés dans leurs pays d’origine. D’autres prennent peur et se cachent, « sortent du circuit » pendant la durée de l’obligation.

Samedi 4 février, plusieurs femmes étrangères prises dans cet étau administratif depuis des années ont pris la parole lors d’une manifestation organisée à Strasbourg. « En France depuis quatre ans, je n’ai pas le droit de travailler » ont exposé ces mères de familles qui se maintiennent sur le territoire, déterminées à rester avec leurs enfants

Quant au centre d’aide pour le retour de Bouxwiller, il sonne comme une menace aux oreilles des demandeurs d’asile à Strasbourg. « Je suis en contact avec un couple qui a accepté d’y aller et qui ne semble pas recevoir de pression pour rentrer dans leur pays », nuance Gabriel Cardoen. En revanche, les familles refusent d’y séjourner car elles « ne peuvent pas scolariser leurs enfants à l’école, » selon le militant.

À Schiltigheim, une réunion publique sur le Réseau express métropolitain mercredi 1er mars

À Schiltigheim, une réunion publique sur le Réseau express métropolitain mercredi 1er mars

La Région Grand Est, l’Eurométropole et la SNCF prévoient de s’expliquer sur le déploiement chaotique du Réseau express métropolitain européen (Reme), lors d’une réunion publique mercredi 1er mars à Schiltigheim.

Plus de deux mois après le lancement rocambolesque du Réseau express métropolitain européen (Reme), ses principaux instigateurs vont à la rencontre du public. Thibaud Philipps, vice-président Transports de la Région Grand Est, sera présent avec des représentants de l’Eurométropole et de la SNCF à une réunion publique avec la maire de Schiltigheim, Danielle Dambach (EE-LV) mercredi 1er mars à 18h30 à la mairie de Schiltigheim.

L’objectif de la réunion est d’évoquer les conséquences du Reme sur la gare de Schiltigheim – Bischheim et son impact sur le territoire communal. Mais compte-tenu du déploiement catastrophique du Reme en décembre 2022, et de son fonctionnement à 50% des promesses initiales, les questions risquent de dépasser ce cadre…

Financé par l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) et la Région Grand Est, le Reme devait ajouter 800 trains par semaine et de nouveaux cars express à l’offre de transports en commun reliant Strasbourg aux autres villes du Bas-Rhin. Mais un mois après son lancement, à peine plus de la moitié des nouveaux trains annoncés étaient en fonctionnement. Un échec qui a poussé la Région à prendre en charge 50% de l’abonnement des usagers du TER Grand Est jusqu’en avril 2023 ; pour les usagers ponctuels, plus de 1 500 000 billets à prix cassés ont été mis en vente, également jusqu’en avril.

La gare de Strasbourg est trop petite pour accueillir la cadence des trains du REME selon la CGT. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc

Le fonctionnement optimal du Reme prévu pour août

Le nombre de trains du Reme — dont 40% des dépenses de fonctionnement seront assurées par l’Eurométropole — devrait progressivement augmenter pour atteindre sa cadence promise en août. Lors d’une conférence de presse le 17 janvier, Thibaud Philipps faisait amende honorable :

« Je m’excuse que le Reme n’ait pas fonctionné comme il aurait dû. Maintenant, je veux que les choses soient fiables et progressives. Nous ne pouvons plus faire des annonces que nous ne sommes pas capables de tenir. »