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Le dimanche des abstentionnistes du premier tour de la présidentielle : « Je ne vais pas être leur instrument »

Le dimanche des abstentionnistes du premier tour de la présidentielle : « Je ne vais pas être leur instrument »

L’abstention à l’élection présidentielle reste importante en France. En Alsace, ce 10 avril, elle était de 25,04 %, contre 21% au premier tour en 2017. Rue89 Strasbourg s’est rendu à Obernai et dans le quartier de la Musau à Strasbourg pour interroger celles et ceux qui décident de ne pas voter à l’élection présidentielle.

Dans la petite ville d’Obernai, ce dimanche 10 avril, on ne sait pas trop si les dizaines de personnes présentes au centre-ville sont là pour l’élection présidentielle ou le soleil. Dans la mairie encastrée entre deux bâtiments et une église romane, deux bureaux de vote se font face et accueillent une soixantaine de personnes. « Je n’ai jamais vu ça, les urnes sont déjà à moitié pleines ! », s’exclame un homme en redescendant les marches de l’hôtel de ville. Vers 11h40, 644 bulletins avaient été comptabilisés sur 2 400 inscrits dans ce bureau. 

Pourtant, l’engouement du matin est vite retombé. La ville a enregistré 30,76% d’abstention au premier tour, soit l’un des taux les plus élevés d’Alsace, qui compte 25,04% d’électeurs abstentionnistes dans les deux départements. Magali est caissière dans un supermarché, elle passe devant le bureau de vote sans interrompre sa promenade dominicale en famille : 

« Il n’y a rien qui m’intéresse dans cette élection. Cela ne fait que se répéter de toute façon : ils annoncent déjà un deuxième tour Macron-Le Pen à la télé. »

Dans la mairie d’Obernai, les électeurs affluent le matin pour aller voter. Photo : DC / Rue89 Strasbourg / cc

Plus d’abstention et de votes à l’extrême droite 

Dans cette ville « de droite », les électeurs ont davantage voté pour François Fillon en 2017 qui avait obtenu 26,55% des voix. Cinq ans plus tard, 34,34% ont choisi le président sortant et 24,05% la candidate d’extrême-droite, reléguant Les Républicains à 4,52%. Une tendance que note Christian Bohn, horloger à la retraite, en rentrant dans son quartier résidentiel à deux pas du centre : 

« On est une ville privilégiée, il y a un côté un peu bourgeois quand même. Il y a du boulot et beaucoup d’entreprises autour. Les gens votent Macron ou Le Pen parce qu’ils pensent que c’est plus dans leur intérêt. »

Hubert, la soixantaine, presse sa famille dans une ruelle voisine vers le restaurant où ils iront manger ce midi. L’ancien gérant de boucherie revendique fièrement son vote pour le Rassemblement national. Marianne l’accompagne, la soixantaine aussi, et lui demande de parler moins fort. Elle ne veut pas voter parce que « les politiques ne tiennent pas leurs promesses » :

« Moi je travaille depuis que j’ai 14 ans et j’ai 760 euros de retraite. Marine Le Pen m’intéresse plus parce que Emmanuel Macron avait promis d’augmenter les retraites et qu’il ne l’a pas fait. »

Le centre-ville d’Obernai est fréquenté par les touristes en ce dimanche d’élection. Photo : DC / Rue89 Strasbourg / cc

« Pourquoi je voterais ? »

« Je n’ai pas lu les programmes, de toute façon ils n’ont jamais été respectés », affirme aussi Loïc, alors que sa bande de potes le raille parce qu’il n’a pas voté. Eux l’ont tous fait, mais le jeune étudiant en commerce se montre catégorique. De nombreux abstentionnistes interrogés remettent en cause l’utilité même du vote sur leurs vies.

« Personne ne devrait aller voter, pour montrer un désaccord avec ce système ! », insiste Loïc, qui ne sait pas dire ce qu’il voudrait mettre à la place. C’est aussi l’avis de Jérémy, qui marche pour rentrer chez lui, pâté emballé et miche de pain frais à la main :

« Je ne me fiche pas de l’élection, mais le principe de représentativité, c’est un peu old school. Je ne me reconnais dans aucun candidat. Là, j’ai choisi de ne pas m’exprimer. Je le fais plutôt en répondant à des sondages d’opinion sur internet. On pourrait faire des referendums pour chaque sujet, là je serais motivé à voter parce que je verrais concrètement les effets sur ma vie. »

Une politique « fourvoyée »

Même avis du côté de Lydia, qui est venue du Nord voir sa fille et son fils. Elle n’ira pas voter aujourd’hui car elle n’avait personne pour se déplacer dans son bureau de vote avec sa procuration. Elle avoue que c’était de toute manière « peu enthousiasmant ». Thibaut, son fils de 22 ans, renchérit :

« Entre promettre tout et n’importe quoi, comme le SMIC à 2 000 euros, et certains slogans… Je trouve que tout ça, ça paraît un peu lointain. Un président n’a de toute façon pas la capacité de faire ce qu’il veut. »

« Justement, si l’extrême droite passe au pouvoir, on sera bien contents que le président ne puisse pas faire ce qu’il veut ! », nuance Camille, 28 ans, sœur de Thibaut.

À Obernai, plusieurs abstentionnistes se désespèrent de l’offre politique. Photo : DC / Rue89 Strasbourg / cc

« Il n’y a plus de conscience sociale »

À quelques rues de là, Miloud raccompagne ses enfants à sa voiture. Il semble désabusé quand on aborde le sujet des élections. Pour ce gérant d’une entreprise de l’agroalimentaire, « le vrai problème, c’est que les politiques ne peuvent plus rien faire » :

« Il y a des lobbys et d’autres pays qui orientent les décisions. C’est très présent dans l’agroalimentaire par exemple. »

Alors qu’il suit la politique depuis ses études à Sciences Po, il refuse de voter aujourd’hui. Pour lui, c’est peine perdue :

« Il n’y a plus de conscience sociale. Ce n’est plus possible de créer de gros mouvements collectifs ou des changements nationaux. Les gens ne votent que pour leurs intérêts. Je crois que la seule façon d’avoir un impact, c’est d’agir au niveau du quartier, de la ville… Je suis dans plusieurs associations d’aide aux sans-abris par exemple et je me sens plus utile. »

Les étrangers sur la touche 

Loin des discussions de la ville, à quelques rues de là, Majeh émerge de sa matinée de sommeil. Dans l’encadrure de sa porte d’entrée, il explique avoir quitté l’Algérie pour trouver un job en France. Il en cumule deux, un la journée en tant que livreur de colis, et un la nuit pour distribuer des journaux. Il n’a pas fait la démarche administrative nécessaire pour voter :

« Oui, le vote c’est bien pour exprimer son opinion. Mais sachant qu’ils ne font pas ce qu’ils disent, même à l’extrême droite, ça ne me dérange pas. C’était pareil avec Trump qui avait dit qu’il construirait un mur et qui ne l’a jamais fait. »

Rumen, venu de Bulgarie il y a 12 ans, peut quant à lui voter car il a la nationalité française. Mais ce scrutin ne l’intéresse pas non plus. Il n’aurait d’ailleurs pas eu le temps, puisqu’il part tous les dimanches vers midi pour travailler en tant que bûcheron dans la région parisienne et revient le week-end dans sa famille. La politique ne l’intéresse pas :

« J’ai signé pour être inscrit sur les listes électorales. Macron ne me dérange pas, je ne sais pas grand-chose sur lui. De toute façon, en Bulgarie, tu travailles 8 heures et tu gagnes 30 euros par jour. Après c’est vrai qu’avec les charges et les prix en France, c’est de plus en plus difficile… S’ils pouvaient augmenter les salaires ce serait bien. »

Des électeurs strasbourgeois désabusés

À la Musau, un petit quartier populaire de Strasbourg, des familles se regroupent dans le parc Kurgarten. Ce dimanche après-midi, les abstentionnistes préfèrent profiter de l’air frais que d’aller voter. Ils sont principalement de gauche et attribuent leur inaction à la déception.

Gilles, un homme de la quarantaine, se promène avec ses enfants. Il est toujours intéressé par la politique mais prend ses distances avec cette élection :

« J’ai toujours voté, mais ces dernières années, j’ai perdu espoir. C’est toujours les mêmes personnes, avec les mêmes types d’idées. Ils parlent et rien ne change. J’ai voté pour la dernière fois à l’élection présidentielle en 2017. Je n’ai ni voté aux élections législatives, ni municipales. Je ne vote plus, et ça ne me stresse pas parce que je sais que rien d’important ne changera. »

Le petit quartier de la Musau à Neudorf rassemble des foyers et du logement social. Photos : MM / Rue89 Strasbourg

« Je ne veux pas être leur instrument »

À l’arrêt de tram Aristide Briand, Gérard, 65 ans, quitte le Mansau pour observer des oiseaux. Le temps maussade concorde bien avec sa déception de la politique des dernières années :

« Ce sont des hypocrites. Ils ne parlent pas de la terre, seulement de la croissance. Même les verts, je n’y crois pas. Mélenchon est le plus proche de la nature. Si je pensais qu’il passerait au deuxième tour, je voterais aujourd’hui. Les politiques pensent que nous sommes des machines à voter, mais je ne vais pas être leur instrument. Je ne vote pas blanc parce que je ne vais pas me déplacer pour ces gens. Ils prennent déjà tout mon argent. J’ai calculé et, après le loyer et les charges, il me reste 346 euros par mois pour vivre. J’habite en HLM et les politiques prennent mon argent au lieu de l’argent des riches. Je veux juste vivre décemment. »

Une abstentionniste en série va voter

Jade, un homme de 30 ans, qui « ne vote pas d’habitude », quitte son appartement de Neudorf pour aller glisser un bulletin Jean-Luc Mélenchon (LFI). Il est intéressé par son programme qui crée une rupture dans le paysage politique :

« Je veux empêcher un deuxième tour capitalisme contre fascisme. La France Insoumise est le seul parti qui n’est pas islamophobe, et qui offre une politique cohérente de gauche. Le système a besoin de changer. Le président a beaucoup trop de pouvoir dans la cinquième république et Mélenchon propose d’agir sur ce problème. »

En revanche, il rejoindra les abstentionnistes au deuxième tour :

« Le Pen est ouvertement fasciste, mais Macron a produit de nombreuses lois fascistes pendant son quinquennat. Il ne respecte ni la liberté de manifester, ni la liberté de la presse. Quand quelqu’un vote pour Macron contre le fascisme, il légitime ses actions. Je pense que c’est à cause de lui que nous avons un candidat comme Zemmour cette année. »

Ces Strasbourgeois radiés des listes électorales, qui ont tout tenté pour voter

Ces Strasbourgeois radiés des listes électorales, qui ont tout tenté pour voter

Des Strasbourgeois ont eu la mauvaise surprise, en se présentant à leur bureau de vote dimanche 10 avril, jour du premier tour de scrutin, de découvrir qu’ils avaient été radiés des listes électorales. Certains ont tout tenté pour voter quand-même, jusqu’à demander leur réinscription expresse au tribunal judiciaire. Reportage.

À 19h, au centre administratif de la mairie de Strasbourg, deux jeunes hommes passent en courant. Ils suivent l’affichage « radiations électorales », qui doit les mener dans une salle où quatre agents accueillent les personnes dans leur situation. « On vient d’essayer de voter mais on n’était pas sur la liste, on va tout donner là », glissent-ils, essoufflés.

Des dizaines de Strasbourgeois radiés des listes électorales ont fait la course contre la montre au dernier moment pour voter. Photo : TV / Rue89 Strasbourg

Au moins 200 personnes se sont présentées à la mairie de Strasbourg afin de contester leur radiation de la liste électorale et réclamer leur réinscription ce dimanche 10 avril pour voter au premier tour de l’élection présidentielle. Et beaucoup d’autres se sont probablement résignées en apprenant leur éviction. Selon Léo-Paul Latasse en charge des opérations électorales pour la France insoumise, au bureau de vote 311 à Hautepierre où il était présent, une centaine de citoyens se sont présentés et n’ont pas pu voter parce qu’ils étaient radiés. Soit environ 10% des effectifs du bureau de vote. D’après l’Insee, depuis le 24 mai 2021, 227 000 français ont été radiés à l’initiative des communes.

« J’ai l’impression qu’on me vole ma voix »

« C’est scandaleux ! Je ne pourrai pas voter alors que j’étais certain d’être inscrit. Pourquoi on ne m’a pas prévenu ? », s’énervait Arnaud dimanche à 18h au bureau de vote de l’école Schoepflin. « C’est vraiment un choc pour moi, je vais essayer de trouver une solution », déclarait-il, en sortant son téléphone. Il dit avoir déménagé il y a 15 ans dans un autre quartier de Strasbourg, mais être resté inscrit au bureau de vote de l’école Schoepflin « sans que ça ne pose jamais de problème » :

« Apparemment, ils ont essayé de m’envoyer une nouvelle carte d’électeur à mon adresse d’il y a 15 ans. Comme il n’y avait pas mon nom sur la boite aux lettres, ils m’ont radié. Je ne savais pas que c’était possible. J’ai vraiment l’impression qu’on me vole ma voix. »

Nikita, avec ses deux jeunes filles, tente tout pour voter également. Inscrite à Cronenbourg en théorie, les assesseurs lui ont indiqué qu’elle n’était pas sur leur liste et qu’elle devait se rendre au centre administratif. Sauf qu’au guichet, on vient de lui annoncer qu’elle est bien sur la liste et qu’il s’agit d’une erreur. Elle est invitée à retourner sur place. « Je n’y comprends rien. Je vais essayer de m’y rendre mais ça va être compliqué, je n’ai plus beaucoup de temps ! », souffle-t-elle.

Nikita ne sait pas si elle atteindra son bureau de vote à temps. Photo : TV / Rue89 Strasbourg

Des Strasbourgeois qui tentent tout pour voter au dernier moment

Stéphane, la soixantaine hausse le ton : « Mais vous trouvez ça normal ?! » Il est exactement dans la même situation qu’Arnaud : « J’ai toujours voté au même bureau de vote. J’ai déménagé il y a un an et demi. Là ils me disent que c’est impossible. » Idem pour Farida, qui a déménagé en 2017. Les agents de la Ville analysent chaque situation et expliquent la démarche à suivre pour s’inscrire aux prochaines élections.

D’après la maire Jeanne Barseghian (EELV), les personnes radiées pour le premier tour ne pourront pas voter au second, mais s’ils actualisent leur situation avant le 4 mai, ils pourront mettre leur bulletin dans l’urne aux élections législatives le 12 juin. Des problèmes similaires avaient déjà causé l’énervement de Strasbourgeois en 2017.

L’ambiance est tendue au centre administratif, en ce jour d’élection présidentielle. Photo : TV / Rue89 Strasbourg

De nombreuses personnes, déterminées à voter coûte que coûte, tentent de contester leur radiation au tribunal judiciaire, après leur passage à la mairie. C’est le cas de Dominique, qui quitte le centre administratif en trombe pour se rendre au tribunal. Il est environ 19h15, elle a peu d’espoir pour que ça marche, sachant que son bureau de vote est à Cronenbourg, et qu’elle doit parcourir la distance à vélo.

Radiées pour leur nom de jeune fille

Son problème : elle était inscrite avec son nom de jeune fille sur la liste électorale. « Je suis mariée depuis 17 ans, ça ne m’est même pas venu à l’esprit que cela pouvait poser problème d’un seul coup aujourd’hui », assure-t-elle. Comme pour Arnaud et Stéphane, la carte d’électeur qui devait lui parvenir a été retournée à la mairie comme il n’y avait pas son nom de jeune fille sur la boîte aux lettres. Elle a donc été radiée directement. Cette impossibilité de voter touche donc davantage de femmes concernées par un éventuel changement de nom.

Devant le tribunal judiciaire, quelques minutes plus tard, une dizaine de personnes tentent d’obtenir une autorisation de vote, justificatifs de domicile et carte d’électeur à la main. Jagathem Arlette est là depuis 16h. Elle aussi, elle a encore son nom de jeune fille sur sa carte : « Les femmes se sont battues pour le droit de vote et on nous l’enlève pour un nom de jeune fille, ça fait drôle ! » À quelques mètres, Cécile Paradon et Jeanne Madembo sont dans la même situation. La première déclare : « Je suis mariée depuis 1989. Depuis, je suis inscrite avec mon nom de jeune fille. C’est la première fois que cela pose problème. » Jeanne Madembo a ramené tous ses documents liés aux élections depuis qu’elle a commencé à voter : « C’est la première fois, j’ai jamais vécu ça. »

Au tribunal, Farida ne parviendra pas à voter, « alors qu’il n’y a jamais eu de problème aux dernières élections ». Photo : DC / Rue89 Strasbourg

Selon Léo-Paul Latasse, certaines personnes n’ont pas pu aller voter à cause du changement de nom de leur rue. L’adresse indiquée sur leur carte électorale n’était donc plus valable. Pour d’autres, c’est simplement la numérotation de leur immeuble qui avait changé. « C’est un problème lié à l’urbanisme qui touche davantage les quartiers populaires », commente le jeune militant. Tout en estimant ces situations injustes, il estime qu’elles ne sont « pas de nature à contester le score » de l’élection pour son mouvement, car limitées par rapport au nombre total de voix.

« On nous dit que l’abstention est un fléau, et après on nous empêche de voter »

Abdelkarim Ramdane (EELV), adjoint à la maire en charge des élections, reconnait des dysfonctionnements concernant les noms de jeune fille et les changements de noms de rue. D’après lui, depuis les municipales en juin 2020, environ 14 000 Strasbourgeois ont été rayés des listes :

« Nous envoyons plusieurs courriers recommandés aux personnes concernées (mais souvent pas à la bonne adresse vu que c’est l’une des principales raisons des radiations, NDLR). Si les lettres nous sont retournées, retirons les personnes des listes électorales. Nous avons communiqué sur des affiches, à la radio et sur les réseaux sociaux. Ainsi, plus de 18 000 Strasbourgeois ont été réinscrits ces derniers mois. »

« Tout ces dysfonctionnements posent vraiment question. On nous dit que l’abstention est un fléau, et après on nous empêche de voter », observe Stéphane. Dominique abonde : « Il devrait y avoir une sensibilisation là-dessus. S’ils disent juste qu’il faut être inscrit sur les listes, ça ne suffit pas, parce qu’on était plein à penser que tout était en règle aujourd’hui. C’est frustrant. »

Parmi toutes les personnes interrogées, à priori, aucune n’a pu voter ce 10 avril, malgré les démarches engagées. Selon Abdelkarim Ramdane (EELV), en tout, 7 personnes qui en ont fait la demande ont pu finalement exprimer leur vote, en passant par le tribunal. Il s’agit uniquement de personnes dont le nom de rue avait changé et n’a pas été pris en compte.

Présidentielle : Jean-Luc Mélenchon domine le premier tour à Strasbourg

Présidentielle : Jean-Luc Mélenchon domine le premier tour à Strasbourg

Dans la capitale alsacienne, le leader de la France insoumise a largement amplifié son score de 2017 pour passer devant Emmanuel Macron, en légère progression également. Loin derrière, Marine Le Pen et Yannick Jadot complètent le quatuor de tête.

À Strasbourg, le duo de tête s’est inversé par rapport à 2017. Jean-Luc Mélenchon est arrivé nettement devant, avec plus de 35% des voix. Il est suivi par Emmanuel Macron, tout juste au-dessus des 30%. En 2017, les deux hommes avaient réalisé des scores moindres, respectivement de 24% et 28%.

Jean-Luc Mélenchon, qui enregistre donc la plus forte progression, remporte le plus de bureaux de vote. Il cumule des victoires au centre-ville et ses quartiers voisins (Krutenau, Gare, Neudorf, Cronenbourg) ainsi que dans les quartiers populaires de la ville (Hautepierre, Neuhof, Elsau, Port-du-Rhin, Cité de l’Ill). Il monte jusqu’à 69% à l’école Paul Langevin à Cronenbourg, 64% et 63% dans deux bureaux de Hautepierre ou encore 63% dans un autre à l’Elsau. Mais ce sont aussi des secteurs où l’abstention atteint les 40%, ce qui rapporte moins de bulletins.

Emmanuel Macron amasse ses voix dans les bureaux des quartiers nord de la ville, là où la droite avait l’habitude de dominer. Ses plus hauts scores sont un peu moins élevés que ceux de Jean-Luc Mélenchon, mais ce sont des secteurs où la participation est plus forte, de l’ordre de 80% à 85%. Il enregistre près de 55% des voix au Pavillon Joséphine à l’Orangerie, là où Valérie Pécresse fait aussi son meilleur score (12,96%). Il dépasse les 50% dans quelques bureaux de ce secteur. Le chef de l’État réalise aussi quelques percées au sud de Strasbourg, par exemple à la Meinau, à Neudorf ou au Stockfeld.

Emmanuel Macron a choisi de venir à Strasbourg pour un meeting au pied de la Cathédrale mardi 12 avril à 18h30. Au soir du premier tou, son soutien local et ancien candidat à la mairie Alain Fontanel s’est dit « mitigé » entre la « satisfaction » de voir « loin devant, à un niveau élevé pour un président sortant » et « une inquiétude » de voir à nouveau Marine Le Pen au second tour. Il appelle à « ne pas stigmatiser les électeurs » mais à « apporter des réponses concrètes ».

Le RN en léger recul

Loin derrière avec 11,06%, Marine Le Pen voit de son côté son score légèrement diminuer par rapport à 2017 (12,2%). Il faut dire que le RN n’est plus du tout implanté à Strasbourg après un mandat fantomatique de ses élus locaux et une campagne catastrophique aux élections municipales de 2020. Sa candidate remporte deux bureaux de vote au Neuhof, soit trois de moins qu’en 2017.

Soutenu par la maire Jeanne Barseghian (EELV) ainsi qu’une partie de son équipe, Yannick Jadot fait un peu mieux à Strasbourg que son score national avec 6,41% et se classe quatrième. De quoi devancer Éric Zemmour (6%) et Valérie Pécresse (3,65%).

Jean-Luc Mélenchon progresse de 10 points par rapport à 2017, de quoi l’emporter à Strasbourg. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Un bonne participation retrouvée

Les scores suivants sont anecdotiques, notamment à gauche. Septième avec 1,88%, Anne Hidalgo ne profite d’aucun effet local dans une ville longtemps gouvernée par le Parti socialiste. Alors que les communistes sont membres de la majorité municipale, leur candidat Fabien Roussel ne réalise, avec 1,22%, que la moitié de son score national.

La participation a retrouvé un niveau correct : 74,28%, comparable au reste de l’Alsace (74,96%) et à la participation strasbourgeoise de 2017 (78,44%). Le jour de vote a aussi été marqué par des centaines, voire des milliers, de personnes radiées à tort des listes électorales (voir notre article).

Au Meteor, les gauches strasbourgeoises se toisent

Au Meteor, c’était un peu le rendez-vous à distance des gauches strasbourgeoises. Au rez-de-chaussée, une soixantaine de soutiens de Jean-Luc Mélenchon sont évidemment déçus lorsqu’à 20h leur candidat n’apparaît pas sur l’écran des qualifiés. Mais ils font aussi part de la « fierté » pour leur progression et du passage du cap des 20%. Avant-même que l’écart ne se ressert avec Marine Le Pen, beaucoup des participants mettaient les pourcentages manquants sur le compte du maintien du Parti communiste « battu même par Jean Lassalle ».

L’ambiance était bien sûr plus terne dans une salle du rez-de-chaussée chez les soutiens de Yannick Jadot, avec surtout des jeunes militants. Il faut dire qu’en dessous des 5%, leur campagne n’est pas remboursée, ce qui va susciter d’importantes difficultés financières pour le parti Europe Ecologie – Les Verts (EELV). Un appel aux dons a été émis par EELV dès les résultats connus.

La vingtaine de personnes présentes s’agaçait par exemple de voir Jean-Luc Mélenchon ne pas appeler explicitement à voter Emmanuel Macron au second tour. Même si le soutien de Yannick Jadot « divise chez les militants du pôle écologiste », note Améris Amblard, engagée dans la campagne avec le parti Generation.s. Sur l’absence de la gauche au second tour pour quelques pourcents, « il y a un loupé, mais qui n’est pas lié à la campagne présidentielle en-elle même, mais aux cinq dernières années », estime-t-elle.

Également au rez-de-chaussée, entre un bar et d’autres écrans qui diffusaient le match du Racing, l’ambiance était beaucoup plus détendue chez les soutiens de Philippe Poutou. Comme souvent, les militants NPA ne s’attendaient pas à un score élevé. « Ce n’est pas là que ça se passe, le principal c’est ce qu’on fera demain dans les grèves, dans la rue, pour faire échec aux projets du prochain président ou de la prochaine présidente car quel qu’il soit ou qu’elle soit, ce ne sera pas bon. À nous d’empêcher une nouvelle réforme des retraites ou des lois inspirées d’extrême-droite. Ce qu’on a, la retraite, la Sécu, les congés payés, on a été le chercher, c’est jamais un président qui nous l’a donné », détaille Clément Soubise, militant et ancien candidat aux élections municipales à Strasbourg.

Esquisses d’union à gauche

Depuis la mairie, Jeanne Barseghian a surtout mis le bon score de Jean-Luc Mélenchon à Strasbourg sur le compte du « vote utile ». Une manière aussi de ne pas entamer de grande introspection sur cette campagne en-deçà des objectifs.

Une nouvelle fois spectatrice du second tour, la gauche se projette déjà vers les élections législatives en juin. Chez les Insoumis, on se sent en position de force pour faire obstacle à Emmanuel Macron ou Marine Le Pen, oubliant un peu vite que des électeurs ont voté Mélenchon, sans que cela soit un soutien plein et entier. « Nous comptons bien prendre le pouvoir et imposer une cohabitation », estime co-chef de file pour la première circonscription du Bas-Rhin, Léo-Paul Latasse. Dans l’immense bar du centre-ville, plusieurs soutiens de la liste écologiste de Strasbourg en 2020 présents avec les Insoumis aimeraient que la situation provoque un sursaut et une union large à gauche.

Mais chez les membres du mouvement, on redoute une impasse. Des propositions ont été faites jurent-ils, mais sont restées lettres mortes. Les écologistes ont investi leurs candidats. Parmi eux notamment la numéro 2 du parti Sandra Régol. Une ancienne Strasbourgeoise, mais qui n’est plus impliquée dans la vie locale depuis une dizaine d’années. La voici désignée sur la première circonscription, la plus « gagnable » à Strasbourg compte tenu de l’électorat dans ce découpage.

« Tirer de leçons »… avec ou sans les Insoumis ?

« Ni le PS, ni EELV, ni le PC ne sont remboursés de leur campagne. Ils vont avoir d’autant plus besoin du financement public via les élections législatives, » estime un vieux routier de la politique locale. Or, pour bénéficier de l’argent de l’État il vaut mieux présenter un maximum de candidat partout, puisque chaque voix obtenue aux législatives rapporte environ 1,5€ aux partis, quel que soit le vainqueur de l’élection… En clair, cela pousse les partis à présenter des candidats partout afin de grapiller des euros. Sans trop s’engager, Jeanne Barseghian espère néanmoins « que ce scrutin serve de leçon à la gauche » et que les partis « qui ont fait moins de 5% s’interrogent sur la suite ». Avant cela, elle attend qu’Emmanuel Macron « envoie des signaux à la gauche sur les solidarités, le climat et la démocratie » en vue du second tour.

Le premier secrétaire du PS dans le Bas-Rhin, Thierry Sother, a appelé EELV, avec qui les relations locales sont exécrables, et le Parti communiste, à s’unir localement aux élections législatives. Mais pas avec la France insoumise, qu’il distingue de la « gauche de gouvernement » malgré le fait que les électeurs Strasbourgeois aient majoritairement opté pour le parti dirigé par Jean-Luc Mélenchon.

Emmanuel Macron profite de l’effondrement de la droite et remporte le vote en Alsace

Emmanuel Macron profite de l’effondrement de la droite et remporte le vote en Alsace

Contrairement à 2017, Emmanuel Macron devance Marine Le Pen en Alsace, grâce à l’effondrement de la droite parlementaire. Troisième, Jean-Luc Mélenchon remporte les deux villes les plus peuplées, Strasbourg et Mulhouse, ainsi que plusieurs communes de leur banlieue.

Qualifiés au second tour, Marine Le Pen et Emmanuel Macron se partagent la plupart des communes d’Alsace. Troisième en 2017, le président sortant est cette fois-ci en tête avec 29,56% des voix, une progression de 8 points. Il s’appuie notamment sur ses victoires à Colmar (28,7%), Haguenau (31,39%), Sélestat (28,92%), Wissembourg (34,37%), Saint-Louis (29,36%) ou Illkirch-Graffenstaden (34,91%).

Emmanuel Macron lors du sommet européen de Talinn Photo : Arno Mikkor / président estonienne de l’UE

Avec 26,29%, la candidate du Rassemblement national améliore légèrement son score de 2017 (25,9%), malgré l’irruption d’Éric Zemmour. Deuxième, elle réalise de bons résultats dans les communes rurales du nord au sud de l’Alsace, notamment en Alsace bossue et dans les Vosges.

Plus loin derrière, avec 17,81%, Jean-Luc Mélenchon arrive troisième, lui aussi en progression par rapport à il y a 5 ans. En plus de Strasbourg, il remporte notamment les villes de Mulhouse (36,06%), Illzach (29,92%), Bischheim (30,71%) et Schiltigheim (36,26%). De manière plus anecdotique, il arrive en tête les villages d’Aubure et Wildersbach dans les Vosges, un secteur où Marine Le Pen fait un quasi carton plein.

La droite parlementaire s’effondre, Macron se déplace

Le fait marquant de cette élection Alsace est l’effondrement de la droite classique, pourtant habituée à réaliser des meilleurs scores dans cette région. François Fillon avait par exemple fini deuxième en 2017 et remporté plusieurs communes malgré un contexte défavorable. Plus récemment, en 2021, la droite avait dominé les élections régionales et départementales en Alsace. Mais ses électeurs habituels sont partis chez Emmanuel Macron et peut-être à degré moindre vers Éric Zemmour. Les visages de la droite alsacienne semblent perdues politiquement, à l’image du président de la Collectivité européenne d’Alsace, Frédéric Bierry, incapable de choisir entre sa famille politique et le légitimisme pour le gouvernement en place, comme aux régionales. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Emmanuel Macron a choisi Strasbourg et l’Alsace pour un meeting de campagne dès le mardi 12 avril.

Même à Mulhouse, la ville du président de Région Jean Rottner et soutien de la candidate LR, Valérie Pécresse arrive très loin, cinquième avec 3% et en-deçà de son faible score national. Idem à Colmar (5e ; 4,56%), un bastion immuable de la droite alsacienne.

La présidente de la Région Ile-de-France termine ainsi sixième avec 4,24%. Elle est devancée par Éric Zemmour (7,36%), mais aussi Yannick Jadot (4,94%), une inversion par rapport au classement national. Aucun de ces trois candidats n’est arrivé en tête dans la moindre commune d’Alsace.

Ces scores ont de quoi donner des sueurs froides aux candidats « Les Républicains » en vue des élections législatives en juin. Le parti comptait bien reprendre une partie des 7 circonscriptions sur 15 conquises par LREM et ses alliés en Alsace depuis 2017. Car après cinq ans de mandat, la victoire d’Emmanuel Macron semble cette fois-ci à nouveau tactique, mais aussi idéologique. La droite alsacienne repart de beaucoup plus bas qu’en 2017, sans dynamique nationale, et cette fois-ci ne peut mettre sa contre-performance sur le compte des affaires de son candidat.

Présidentielle : Jean-Luc Mélenchon largement en tête à Strasbourg

Présidentielle : Jean-Luc Mélenchon largement en tête à Strasbourg

Retrouver ci-dessous tous les résultats disponibles du premier tour de l’élection présidentielle 2022 à Strasbourg.

Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête dans la majorité des bureaux de vote habituellement situés à gauche, comme l’ouest strasbourgeois et le centre-ville. À l’inverse, Emmanuel Macron est arrivé en tête dans les bastions de droite, comme le nord de la ville. Le « vote utile » à gauche a complètement invisibilisé les écologistes.

Présidentielle en Alsace : Emmanuel Macron devant grâce aux grandes villes

Présidentielle en Alsace : Emmanuel Macron devant grâce aux grandes villes

Retrouver ci-dessous tous les résultats disponibles en Alsace du premier tour de l’élection présidentielle 2022.

La carte électorale de l’Alsace au soir du premier tour de l’élection présidentielle dévoile à nouveau le clivage entre les communes rurales, en montagne et souvent isolées, et les communes en plaine, moins enclavées.

Marine Le Pen est arrivée en tête dans toute l’Alsace bossue, dans les Vosges, dans les vallées désindustrialisées et en Alsace du nord, tandis qu’Emmanuel Macron est en tête dans toutes les villes les plus importantes d’Alsace, Sarre-Union étant la principale commune d’exception.

Premier tour de l’élection présidentielle : le compte-rendu et les réactions à Strasbourg

Premier tour de l’élection présidentielle : le compte-rendu et les réactions à Strasbourg

Emmanuel Macron est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle, il est suivi par Marine Le Pen. Jean-Luc Mélenchon, arrivé troisième, est éliminé. Retrouvez le compte-rendu de la soirée électorale, avec les réactions des élus et des militants à Strasbourg.

Les réactions à Strasbourg ci-dessous

Nouveau résultat disponible pour Obernai :

Nouveau résultat disponible pour Cernay :

La maire (EELV) de Strasbourg réagit aux résultats du premier tour de l’élection présidentielle, au soir du 10 avril 2022. (vidéo Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouveau résultat disponible pour Lingolsheim :

Nouveau résultat disponible pour Schiltigheim :

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Nouveau résultat disponible pour Molsheim :

Nouveau résultat disponible pour Bischwiller :

Grégoire, du Parti communiste, réagit aux résultats de Fabien Roussel (vidéo Millie Brigaud / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouveau résultat disponible pour Haguenau :

Clément Soubise du NPA réagit au score de Philippe Poutou et à celui de Jean-Luc Mélenchon (vidéo Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / cc)

Les résultats en France

Nouveau résultat disponible pour Brumath :

Nouveau résultat disponible pour Saverne :

Catherine Trautmann, ancienne maire socialiste de Strasbourg, conseillère municipale d’opposition, réagit au score du PS à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle (vidéo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouveau résultat disponible pour Souffelweyersheim :

Thierry Sother, premier secrétaire fédéral du PS 67, réagit aux résultats et appelle à un rassemblement d’une partie de la gauche à Strasbourg (vidéo Thibaut Vetter / Rue89 Strasbourg / cc)

À l’école des Romains, le bureau 204 préfère Emmanuel Macron :

Nouveau résultat disponible pour Mulhouse :

Le Parti socialiste du Bas-Rhin appelle à l’union pour les élections législatives, mais omet la France insoumise…

Abbel, militant LREM, réagit aux résultats (vidéo Thibaut Vetter / Rue89 Strasbourg)
Alain Fontanel, conseiller municipal LREM, réagit dans le bruit aux résultats et esquisse la stratégie de LREM pour le second tour (vidéo Thibaut Vetter / Rue89 Strasbourg)
Luc, militant de la France insoumise réagit aux résultats et à la troisième place de Jean-Luc Mélenchon. (vidéo JFG / Rue89 Strasbourg)
Câlins pour digérer la déception chez Les Républicains, qui s’attendaient à au moins 10% des suffrages (vidéo Millie Brigaud)
Victoire chez les partisans d’Emmanuel Macron (vidéo Thibaut Vetter / Rue89 Strasbourg)
Déception chez les partisans de Jean-Luc Mélenchon au Meteor (vidéo Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg)
Emmanuel Macron lors du sommet européen de Talinn Photo : Arno Mikkor / président estonienne de l’UE

Emmanuel Macron (LREM) est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle. Selon les estimations réalisées par sondages à la sortie des urnes, il aurait obtenu entre 28 et 29% des suffrages exprimés. Derrière lui, Marine Le Pen (RN) est arrivée deuxième avec entre 23 et 24% des suffrages exprimés, ce qui lui permet de se qualifier pour le second tour.

Arrivé troisième, Jean-Luc Mélenchon (LFI) est arrivé troisième avec environ 19% à 21% des suffrages exprimés, il est éliminé.

Loin derrière, en quatrième position, Éric Zemmour (Reconquête) est crédité de 7% des voix, puis Yannick Jadot (EELV) à 5%, Valérie Pécresse (LR) à 5%. Suivent Jean Lasalle, Anne Hidalgo (PS), Nicolas Dupont-Aignan (DLF) et Philippe Poutou (NPA) entre 1 et 2% des suffrages exprimés.

Une trentaine de personnes sont réunies à la brasserie Meteor pour suivre les résultats avec les militants de la France insoumise.

Une trentaine de personnes se sont rassemblée à la brasserie Tigre, rue du Faubourg-de-Saverne, pour suivre les résultats avec les militants LREM.

Alain Fontanel est au Tigre avec les militants de la République en Marche. Il dénonce les nombreuses radiations et blâme la ville de Strasbourg pour ces électeurs qui n’auront pas pu voter. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

À l’école Léonard de Vinci (Elsau), bureau de vote 214 : 60% sur les 940 inscrits, au 216 : 70% sur les 1007 inscrits

D’après Alex et Karima, très grosse participation pour ce bureau de vote comparativement aux élections précédentes : « Il y a même eu une grande file d’attente »

Toujours du monde au gymnase Sainte-Aurélie, au bureau 207. D’après Pierre Ozenne, adjoint à la maire, déjà 70% de participation sur 1 200 inscrits, un flux intense toute la journée.

Dans les bureaux de vote de la Krutenau, 71,4% de participation au n°110 et 83,79% au n°113.

Les bureaux de vote de l’école Schoepflin affichent 70 et 72% de participation.

Thierry Gorke, responsable sur place du bureau 420 : « on n’a même pas eu le temps de faire de pause midi tellement il y avait du monde ».

Comme dans de nombreux bureaux de vote, Arnaud vient d’apprendre qu’il est radié alors qu’il vote depuis quinze ans dans ce bureau.

L’Alsace et Strasbourg votent moins que le reste de la France

À 17h, la participation est estimée à 59,14% à Strasbourg, soit en-deçà de la moyenne nationale (65%).

Comme à la mi-journée, la participation dans le Bas-Rhin est estimée en net recul par rapport à 2017. Elle s’élève à 60,03% contre 73,94% à la même heure cinq ans plus tôt.

Dans le Haut-Rhin, la participation est davantage en phase avec le reste du pays, évaluée à 63,4%. Mais elle est aussi en recul si l’on compare aux 71,87% de 2017 et 68,61% en 2012.

Les bureaux de vote sont ouverts jusqu’à 19h et même 20h dans les grandes villes comme Strasbourg.

Affluence des grands jours aux bureaux de vote Sainte-Aurélie à Strasbourg Photo : doc remis

Comme en 2017, plusieurs électeurs découvrent qu’ils ont été radiés des listes électorales.

Ainsi, Frédéric, psychiatre à Strasbourg, a changé d’adresse en 2018, il a pu voter aux élections départementales et régionales en 2021 mais ce dimanche, son nom était absent de la liste de son bureau de vote habituel… Il avait été radié.

Depuis 2019, le répertoire électoral unique (REU) est géré par l’Insee, sur la base des rapports des communes et d’autres sources. Conséquences : les inscriptions sur les listes peuvent se faire jusqu’à quelques semaines avant les scrutins mais les radiations interviennent aussi plus systématiquement.

Une permanence permet aux électeurs de comprendre pourquoi ils ont été radiés Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Photo du courrier envoyé par la Ville de Strasbourg lorsqu’un changement d’adresse est constaté Photo : doc remis

Dans le cas d’une radiation, l’électeur strasbourgeois doit se rendre au centre administratif (place de l’Étoile) pour faire constater la radiation, une permanence avec une demi-douzaine d’agents est prévue. Le service administratif explique alors à l’électeur ce qu’il s’est passé, lui remet le retour des courriers envoyés, etc. S’il n’y a pas eu de déménagement, le service doit remettre une « attestation d’erreur matérielle. »

Avec ces éléments, l’électeur doit se rendre ensuite au tribunal judiciaire (45 rue du Fossé-des-Treize), où une permanence est également prévue. En cas d’erreur de l’administration, le juge peut ordonner une réintégration d’office, dans le cas d’un oubli des démarches de la part de l’électeur, une décision de réintégration est peu probable…

Une décision de réintégration du tribunal administratif peut permettre de voter dès le premier tour.

Exemple d’une décision favorable du tribunal Photo : doc remis

À midi, le taux de participation à Strasbourg s’élève à 21,50%. En 2017, il était de 28,81% en 2017 et de 28,39% en 2012.

Au bureau 416 (école Saint-Jean), il fallait attendre entre 10 et 15 minutes pour pouvoir mettre son bulletin dans l’urne en fin de matinée…

Belle affluence au bureau de vote 416… Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Le taux de participation dans le Bas-Rhin à midi est de 20,45%, selon la préfecture. Ce taux était de 29,13% au premier tour de l’élection présidentielle de 2017. Le Haut-Rhin s’est plus mobilisé puisque ce même taux est estimé à 28,69%, il était de 30,13% en 2017.

Dans le Grand Est, le taux consolidé de participation à midi est estimé à 25,63%, il était de 28,43% en 2017.

Les bureaux de vote restent ouvert jusqu’à 19 heures, sauf à Strasbourg où ils sont ouverts jusqu’à 20h.

À noter : les personnes positives au Covid peuvent tout de même voter, à condition de respecter une distanciation physique et de porter un masque.

Au bureau de vote d’Obernai, 655 bulletins déposés sur 2 432 inscrits, « une très bonne participation » de mémoire d’assesseur.

La maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, est allée voter ce matin.

opération de vote au bureau 415 de l’école Saint-Jean… Photo : PF / Rue89 Strasbourg

Bienvenue dans ce compte-rendu en direct du premier tour de l’élection présidentielle 2022. Les premiers résultats ne pourront être dévoilés qu’à partir de 20h. Tout au long de la journée, nous diffuserons ici des choses vues dans les bureaux de vote strasbourgeois, ainsi que des points sur la mobilisation des électeurs.

Au premier tour de l’élection présidentielle en 2017, 77,77% des électeurs s’étaient mobilisés.

Les réactions aux résultats en France avec Médiapart

Résultats et analyses en direct avec Médiapart.

Du 18 au 23 avril, le Curieux festival connecte les sciences, les arts et l’humour

Du 18 au 23 avril, le Curieux festival connecte les sciences, les arts et l’humour

Le Curieux festival propose d’interroger le réel pour en rire souvent, pour s’informer toujours. Une vingtaine de rendez-vous un peu partout à Strasbourg et alentours proposent de mêler sciences et humour afin de décoder notre quotidien.

En partant des postulats « qu’on apprend mieux quand on ressent des émotions » et que « plus on sait de choses, plus on est libre », la compagnie théâtrale strasbourgeoise Esprit Joueur a décidé de s’allier à la compagnie Va Savoir pour créer le Curieux festival. L’idée est d’aborder les sciences par l’intermédiaire du spectacle vivant, de l’art et de l’humour. Après une « édition zéro » repliée en ligne à cause de la situation sanitaire en 2021, le festival revient du 18 au 23 avril avec un programme d’une vingtaine de rendez-vous au Vaisseau, au Vox, au planétarium, à L’Illiade (Illkirch-Graffenstaden), au Point d’Eau (Ostwald) et au PréO (Oberhausbergen).

Curieuse rencontre, entre Sébastien Kauffmann, magicien des bulles, et Wiebke Drenckhan, physicienne (Photo Paola Guigou / doc remis).

Des spectacles pour réapprendre à se questionner

Avec un souci de vulgarisation et de mélange des genres, les deux compagnies ont élaboré une programmation variée et ouverte à tous pour évoquer les enjeux scientifiques contemporains et explorer autrement les grandes questions humaines. Du  « Pourquoi ? » en passant par le « comment ? », comédiens et humoristes associés tenteront de réveiller la curiosité enfantine, souvent enterrée sous la fine pellicule de l’habitude.

Les scientifiques le savent bien : pour trouver, il faut d’abord chercher. Encore faut-il bien le faire. Le spectacle interactif Eurêka proposera d’étudier différentes questions ainsi que la manière dont on s’interroge : « Pourquoi l’eau coule-t-elle vers le bas ? Pourquoi l’amour, ça ne s’explique pas vraiment ? »

Les deux compagnies qui portent le projet, Esprit Joueur et Va Savoir, sont spécialisées dans la vulgarisation scientifique. Photo : Curieux Festival / doc remis

La compagnie du Barraban s’emparera, elle aussi, d’une question de taille dans sa création théâtrale, intitulée Ovo, où va-t-on. Elle abordera les conséquences sociales des technologies numériques et leur impact sur la sphère privée des individus. Dans C’est pas moi, c’est mon cerveau (disponible), la compagnie Esprit Joueur s’interrogera sur l’importance des biais cognitifs.

Cécile Djunga, marraine d’une édition riche en rencontres

L’édition est marrainée par Cécile Djunga, co-animatrice de l’émission « C’est toujours pas sorcier« , sur France télévision. Elle participera au spectacle final, le Labo de l’Humour samedi 23 avril au Point d’O. Deux autres spectacles « seuls en scène » inviteront les spectateurs à rire des maths, comme Very Math Trip, ou de la physique globale, dans la conférence d’Olaph Nichte.

On cherche encore, spectacle sur la vie des chercheurs et chercheuses… au Vaisseau le 20 avril. Photo : Laurent Nexon / doc remis

Chaque spectacle est précédé d’une « curieuse rencontre » permettant un dialogue entre un artiste et un scientifique afin qu’ils échangent autour d’un thème. Pour se faire une idée, les rencontres de 2021 sont toujours disponibles en vidéo sur le site du festival. Il avait alors été question d’ondes sismiques et lyriques, d’une exploration du ciel en illustrations et de la physique de bulles de savon… 

Le festival laisse une part de sa programmation à la musique, avec notamment la chanteuse lyrique Leïla Badri, qui interrogera la perception des sentiments d’une intelligence artificielle avec Marion Mainsant-Barrera, chercheuse en neurocognition. Le docteur en philosophie et poète, Aurélien Barrau s’associera de son côté au batteur Samuel Klein pour proposer un « dérangement insolent ».



#Curieux festival

Contre le réchauffement climatique, 1 932 nouveaux arbres plantés en ville

Contre le réchauffement climatique, 1 932 nouveaux arbres plantés en ville

Le programme de végétalisation de la municipalité, appelé Plan canopée, a permis la plantation de près de 2 000 arbres en deux ans, selon un bilan d’étape présenté jeudi par la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian. Ce plan vise à préparer la ville au réchauffement climatique.

Depuis sa mise en oeuvre en 2020 jusqu’au 7 avril, le programme de végétalisation mené par la Ville de Strasbourg a permis la plantation de 1 932 arbres supplémentaires dans l’espace public. Appelé « Plan canopée », ce programme vise à préparer la ville au réchauffement climatique, en utilisant les propriétés ombrageuses des arbres.

D’abord plantés en 2020 et 2021 dans les parcs, les nouveaux arbres plantés en 2022 l’ont été aux abords des cimetières, des terrains de sports et des piscines, selon un bilan d’étape présenté jeudi au stade de la Rotonde par la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian (EELV). Ainsi, 87 arbres ont été plantés dans chacun des grands cimetières et 22 arbres permettront d’abriter les spectateurs présents au stade Michel-Walter, 34 au stade de la Ganzau, et 31 au stade de la Rotonde. 

Un travail collaboratif

Chaque année, la municipalité alloue 5 millions d’euros à ce programme, une somme qui comprend les études de faisabilités et les recherches d’emplacements ainsi que les végétalisations de parcelles. L’objectif de la municipalité est que chaque foyer soit à moins de 300 mètres d’un espace vert. 

Les emplacements des arbres plantés Photo : document Ville de Strasbourg

La Ville espère inclure les habitants dans les choix futurs du programme, en mettant notamment en place un « bouton arbre« , en fait un formulaire qui permet de suggérer des endroits qui manquent d’ombre ou de verdure. Au 7 avril, la Ville avait reçu 279 suggestions. Tous les sites proposés sont étudiés par le service des espaces verts mais une suite favorable n’est pas toujours accordée, en raison de contraintes techniques.  

Suzanne Brolly, adjointe à la maire en charge de la ville résiliente, rappelle qu’après la plantation, une surveillance fine doit être mise en place :

« La plantation d’arbres est complexe. Quand nous étudions des sites potentiels, nous examinons le sous-terre et la hauteur à prévoir. Y a-t-il des câbles ou un immeuble qui pourraient blesser les arbres par exemple ? Est-ce que des aménagements de la rue sont prévus ? Quant aux arbres déjà plantés, nous menons des visites médicales assez régulièrement, car les arbres peuvent tomber malades. »

Les arbres de l’avenue des Vosges réduisent la température ressentie lors des grandes chaleurs Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

Ainsi à la Meinau, 48 chênes des marais plantés il y a une dizaine d’années doivent être retirés, selon les DNA, car ils ne se sont pas bien adaptés au climat alsacien. Pour éviter ce problème à grande échelle, la Ville diversifie les essences de ces nouveaux arbres. En 2023, la Ville prévoit de planter des arbres plus jeunes, afin qu’ils puissent mieux s’adapter aux rigueurs des températures strasbourgeoises. 

En collaboration avec l’Université de Strasbourg, une mesure d’impact du Plan canopée est menée, afin de vérifier que la température au sol se réduise par endroit. Selon les aménagements, la température au sol peut varier de 10 degrés Celsius entre deux rues de Strasbourg (voir notre article)… 

Conseiller municipal d’opposition (Agir), Pierre Jakubowicz n’est pas convaincu par le Plan canopée : 

« C’est bien de planter des arbres, mais ça dépend où. Je demande, sans l’avoir encore obtenue, une carte qui montre à la fois les îlots de chaleur, la qualité de l’air et les arbres déracinés. Cette carte nous donnerait une vision de la réalité de l’impact du plan… »

En août 2020, Jeanne Barseghian s’était engagée à planter 10 000 arbres nouveaux en dix ans.

Philippe Juhem : « Pas de crise de la représentation, l’électeur normal est indifférent »

Philippe Juhem : « Pas de crise de la représentation, l’électeur normal est indifférent »

Le premier tour des élections présidentielles aura lieu ce dimanche 10 avril et l’abstention pourrait être plus forte qu’à l’accoutumée. Selon le politologue strasbourgeois Philippe Juhem, il n’y a pas de « crise de la représentation politique » mais plutôt une crise de la légitimité des élus.

Philippe Juhem est maître de conférences à Sciences Po Strasbourg. Il travaille sur « sur les concurrences électorales et partisanes ». Le chercheur se concentre sur la construction des rapports de force entre les partis.

Selon lui, les campagnes présidentielles constituent le point culminant de ces concurrences politiques qui mobilisent les partis politiques, les rédactions de radio ou de télévision qui ouvrent leurs plateaux pour les besoins des campagnes, les instituts de sondages qui produisent les pronostics à flux tendu. Il estime aussi que l’électorat est de longue date peu impliqué dans la vie politique et difficile à mobiliser. Pourtant, selon le politologue, le vote est perçu par les professionnels de la politique comme un élément primordial afin d’assurer la légitimité du futur gouvernement. Entretien.

Philippe Juhem Photo : Unistra / doc remis

Rue89 Strasbourg : Pourquoi parle-t-on de « crise de la représentation politique » en France ?

Philippe Juhem : La « crise de la représentation politique » est un concept développé par les professionnels de la politique, c’est-à-dire les élus ou les observateurs de ces professionnels, les journalistes ou les universitaires entre autres. Ces personnes parlent de « crise de la représentation » mais cette idée de « crise » provient de l’écart existant entre leur propre représentation rêvée du régime électif, soit des électeurs enthousiastes qui se mobiliseraient fortement en période de vote, et la réalité du fonctionnement du régime politique, avec des citoyens faiblement impliqués, s’exposant peu à l’information politique et une abstention plus ou moins importante. Il y a par ailleurs une intense culpabilisation des non-votants de la part des acteurs politiques, des journalistes ou des universitaires.

« L’état naturel de l’électeur est une indifférence polie »

On explique souvent le manque de participation au vote par la complexité perçue comme excessive de la politique. Les électeurs seraient trop peu informés sur les systèmes démocratiques, les programmes et les institutions en France. D’autres supposent que l’abstention serait le résultat du mécontentement des électeurs. Cependant le niveau de participartion n’est pas lié à des facteurs idéologiques ou protestataires. En effet, statistiquement, les gens plus âgés, plus diplômés et plus insérés socialement votent plus fréquemment que les électeurs jeunes, moins diplômés ou moins insérés (les chomeurs par exemple). Ce constat vaut pour l’ensemble des pays européens mais aussi pour les États-Unis. En outre, cet écart de niveau de participation entre les mêmes catégories de votants s’observe depuis plus d’un siècle, donc on ne peut pas le relier à un simple mécontentement conjoncturel.

Il faut comprendre que dans l’esprit des professionnels de la politique, un état de « crise de la représentation » est un état pathologique qui doit être « soigné ». À l’inverse, un état considéré comme normal serait une bonne mobilisation des électeurs… Mais cet état « normal » n’a jamais vraiment existé. L’état naturel de l’électeur est une indifférence polie à l’égard du jeu électoral, une attention distante. L’électeur ordinaire est modérément impliqué dans la vie politique.

Que faire pour pousser les électeurs à se mobiliser dans les urnes ?

Les électeurs se mobilisent peu car peu d’efforts pédagogiques ont été mis en place par les gouvernements pour les informer en amont. Une solution serait d’instruire les élèves à l’éducation politique mais les programmes scolaires sont déjà des enjeux politiques. Depuis quelques années, le programme de sciences économiques et sociales au lycée contient une part plus importante de cours sur l’économie de marché, un choix politique qui va dans l’intérêt des chefs d’entreprises.

Le paysage médiatique fait disparaître certains points de vue

De plus, les médias, ainsi qu’Internet plus largement, ont également un rôle important dans la transmission d’informations relatives aux élections. Aujourd’hui, l’espace médiatique a évolué, en passant d’un paysage médiatique public avec seulement trois chaînes de télévision, à un espace beaucoup plus vaste et varié, mais aussi majoritairement privé. Est-ce-que ça va dans le sens d’une meilleure information, plus complète et équilibrée ? Je n’en suis pas certain. Je constate un affaiblissement du pôle critique dans la construction de l’information, c’est-à-dire un basculement vers des informations polémiques et des médias d’opinion.

On observe une asymétrie croissante dans l’orientation de ces médias d’opinion avec un renforcement des groupes orientés plutôt « à droite » (par exemple le groupe Bolloré) sans qu’émerge de groupe équivalent à gauche. Cela pousse ainsi à une raréfaction, voire à une disparition de certains points de vue. Potentiellement, l’électorat de droite va donc se voir davantage mobilisé, tandis que celui de gauche, moins intensément mobilisé, sera davantage enclin à l’abstention. Par ailleurs, on constate en 2022, du fait de la persistance du Covid puis de la guerre en Ukraine, une moindre focalisation de l’information délivrée aux électeurs sur la campagne présidentielle. Pour limiter de telles chutes de médiatisation de la politique, une solution pourrait être de mettre en place une obligation légale de consacrer un nombre d’heures de programmation minimum pour les principales campagnes électorales.

La mauvaise solution du vote électronique

Les institutions souhaitent améliorer le niveau de la participation électorale, principalement parce que la légitimité des institutions apparait indexée au niveau de la participation des citoyens. Cela explique pourquoi les solutions proposées pour remédier à la « crise de la représentation » portent essentiellement sur une facilitation du vote. Par exemple, il y a eu cette décision de créer un vote électronique par correspondance pour augmenter le nombre d’électeurs à court terme afin de légitimer le gouvernement élu. Cependant, il existe des problèmes techniques concernant ce vote en raison d’un risque inévitable de fraude, d’hacking ou de manque d’accès.

Pour inciter les électeurs à voter, ne faudrait-il pas consulter plus souvent les électeurs, par exemple pour des décisions intermédiaires plutôt que lors du renouvellement des mandats ?

Le système politique se garde de solliciter fortement les électeurs dans le cours même des mandats présidentiels. L’essentiel de la classe politique cherche plutôt l’autorité, la verticalité, la discipline de la part des électeurs, comme par exemple au PS, à LREM ou chez Les Républicains…

Le lendemain de l’élection, le citoyen est réputé avoir consenti à toutes les réformes promises et appliquées par le nouveau gouvernement. Les institutions en France ne sont pas faites pour solliciter les électeurs pour trancher les questions les plus importantes. À vrai dire les élus se méfient plutôt des électeurs, toujours suspects de mal voter.

Du mécontentement systémique aux « gaulois »

Par ailleurs, le niveau de réalisation des promesses électorales est rarement élevé. Bien sûr, les élus n’ont pas d’obligation légale de tenir leurs promesses. Mais les gouvernements ajoutent inévitablement en cours de mandat de nouvelles réformes qui n’avaient pas été annoncées. Cela a pour conséquence l’apparition systématique dans le cours des quinquennats d’une forme de mécontentement systémique que parfois l’exécutif théorise (les « gaulois » supposés réfractaires).

L’addition des électeurs déçus par la non réalisation des promesses de campagne et des électeurs mécontents des réformes ajoutées sans avoir été validées par un vote se traduit par l’émergence d’un nombre particulièrement élevé de mouvements sociaux, quelle que soit la couleur politique de l’exécutif. Lorsque ces mouvements surviennent, les soutiens de la majorité réaffirment systématiquement la légitimité du gouvernement et de ses projets de loi en rappelant le vote initial d’une majorité de citoyens : c’est l’importance de ces votes fondateurs qui permettent d’affirmer que « ce n’est pas la rue qui gouverne » et que « les Français sont derrière le gouvernement dans leur majorité ». On voit ici que le gouvernement et ses soutiens utilisent constamment la participation des électeurs comme fondement de leur droit à gouverner. Or que ce passerait-il si cette participation tendait à baisser ?

Le terme de « crise de la représentation » peut être alors contestable car il faudrait plutôt parler de crise des mécanismes d’établissement de la légitimité de l’exécutif : un gouvernement sans électeurs est-il suffisamment légitime pour imposer ses projets de loi ?

Samedi avant le premier tour, une marche pour l’égalité, la justice et la paix

Samedi avant le premier tour, une marche pour l’égalité, la justice et la paix

Le collectif Maintenant ou jamais, regroupant plus d’une centaine d’associations, appelle partout en France à une « marche pour le futur » samedi 9 avril, « pour faire des cinq prochaines années celles de la justice, du climat, de l’égalité et de la paix. »

Le manifeste du collectif Maintenant ou jamais a été signé par plus d’une centaine d’associations, de syndicats et d’entreprises, dont plusieurs alsaciens. À la veille du premier tour de l’élection présidentielle, il proclame « Guerre en Ukraine, crises climatique et sanitaire, explosion des inégalités, montée des discours de haine, violences sexistes et de genres… Nombreuses sont les raisons du découragement et de la paralysie. Samedi 9 avril, nous nous rassemblerons par centaines de milliers. Pour faire des cinq prochaines années celles de la justice, du climat, de l’égalité et de la paix. Pour enfin nous retrouver et porter haut et fort nos valeurs, celles du monde de demain. Nous n’attendrons pas 5 ans de plus pour le bâtir. »

La Marche pour le futur veut mobiliser l’électorat progressiste avant le premier tour de l’élection présidentielle Photo : doc remis

À Strasbourg, l’appel du collectif Maintenant ou jamais est relayé par un « intercollectifs », comprenant entre autres la section locale de la Ligue des droits de l’Homme, le groupe local de Greenpeace, Strasbourg à vélo ou Alsace Nature…

La marche doit partir vers 14h30 de la place Kléber après un pique-nique place de la République :

    11h : pique-nique sur la place de la République,14h : rassemblement sur la place Kléber,14h – 14h30 : prise de parole de départ et tour de parole,14h30 : départ de la marche en ville,17h : fin de la mobilisation

Chez les élus de la majorité écolo, l’indicible vote Mélenchon

Chez les élus de la majorité écolo, l’indicible vote Mélenchon

Comment la majorité municipale diverse se positionne pour l’élection présidentielle du 10 avril 2022 ? Certains, en particulier les adhérents à EELV, assument leur soutien à Yannick Jadot. Parmi les nombreux non-encartés, personne ne met en avant un vote pour Jean-Luc Mélenchon, seul candidat de gauche proche du second tour selon les sondages.

À deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, les élus de la majorité municipale à Strasbourg redoutent une réélection d’Emmanuel Macron. « Au niveau des communes, on est tributaires, sur de nombreux points, des politiques de l’État », constate la maire Jeanne Barseghian :

« Le président sortant a annoncé qu’il voulait imposer 10 milliards d’euros d’économie sur le quinquennat. Comment ferions-nous pour mettre en place nos politiques ? Évidemment, on aimerait que la gauche passe. »

Membre d’EELV, elle soutient publiquement et sans surprise Yannick Jadot, le candidat du parti, à l’instar de la dizaine d’autres élus encartés ou proches des écologistes, tels que Alain Jund, Aurélie Kosman ou Carole Zielinski. Ce dernier ne rassemble que 6% des intentions de vote dans les sondages au 7 avril d’après Le Monde. Jean-Luc Mélenchon, qui porte la candidature de la France Insoumise, atteint 16%. Dans toutes les études d’opinion, il lui manque quelques points pour doubler Marine Le Pen et susciter un second tour différent du duel de 2017.

Le 10 avril, une bonne partie de l’électorat de la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne » de 2020 pourrait pencher pour le leader insoumis, par conviction ou dans une logique de vote utile, dans l’espoir que la gauche atteigne le second tour. Mais dans la majorité locale, personne n’annonce clairement soutenir Jean-Luc Mélenchon, même chez les militants de gauche non-encartés.

« Si on se retrouve avec un deuxième tour Macron-Le Pen, ça laissera des traces »

Parmi les soutiens de la liste, Carole Santamaria est membre du conseil collégial de l’Assemblée citoyenne, une association qui veille à l’application du programme de la liste. De son côté, elle a choisi Jean-Luc Mélenchon et regrette qu’aucun élu n’ait pris cette position publiquement :

« Si Jadot était proche du deuxième tour, je voterais Jadot, même si ce n’est pas mon premier choix… Quand on a fondé la liste avec 60% de non-encartés, c’était avec des valeurs écologistes, mais aussi de gauche. On ne voulait pas que la droite gouverne à Strasbourg. J’ai l’impression qu’aujourd’hui certains oublient ça.

On n’est pas une mairie EELV ou PC et pourtant les logiques de partis reprennent le dessus. Quand je vois les communistes faire leur groupe, ce n’est pas le message qu’on voulait diffuser. Nous souhaitions mener une liste ensemble, quitte à marquer nos différences. Si on se retrouve avec un deuxième tour Macron-Le Pen, ça laissera des traces. Mais il y en a, on dirait que ça ne les dérange pas. »

Pour cette ancienne colistière, son vote à une élection nationale ne remet pas en cause son soutien à l’équipe municipale. D’ailleurs, “il y avait des gens de LFI qui tractaient avec nous aux municipales”, glisse-t-elle. Il y avait pourtant une liste estampillée LFI concurrente au 1er tour. Mais sans grande ambition, elle n’avait pas pu se qualifier au second tour.

« Je rêve d’un gouvernement de gauche »

Floriane Varieras, adjointe en charge des solidarités, estime que l’enjeux de cette élection est énorme pour la municipalité. Les politiques sociales de la Ville, en particulier l’hébergement d’urgence, sont souvent pointées du doigt par les associations d’aide aux sans-abris. L’élue rétorque systématiquement que c’est à l’État de financer l’hébergement inconditionnel des personnes qui le demandent, et pas à la Ville et l’Eurométropole, qui ont néanmoins ouvert près de 400 places depuis le début du mandat.

« Je rêve d’un gouvernement de gauche, il faut à tout prix éviter un deuxième mandat d’Emmanuel Macron, qui ne propose rien sur le logement social, la grande précarité, l’hébergement d’urgence », s’inquiète-t-elle. Floriane Varieras dit encore hésiter entre Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon :

« Ils proposent une hausse significative de la construction de logements sociaux. Jadot veut instaurer une garantie universelle qui remplacerait les cautions et souhaite lutter contre la précarité énergétique. Mélenchon veut interdire les expulsions sans relogement. Des deux côtés, les candidats insistent sur la mise à l’abri de façon inconditionnelle, et proposent aussi un renforcement des moyens de la protection de l’enfance. »

Sur certains points, elle considère que le programme de Yannick Jadot est plus réalisable, mais « hésite énormément », vu que Jean-Luc Mélenchon est en tête dans les sondages.

Marc Hoffsess regrette l’absence d’union large à gauche

Selon Marc Hoffsess, président du groupe des élus, les voix de la majorité se répartiront « en âme et conscience » entre Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Fabien Roussel pour les communistes. Cet éparpillement s’explique selon lui par l’absence d’union plus large, comme l’avait réussi en partie la liste élue à Strasbourg. « La situation montre qu’au niveau national les débats entre les partis n’ont été assez menés pour se mettre d’accord sur une union, ce que l’on regrette », constate-t-il.

À titre personnel, il votera Jadot : « C’est le candidat qui propose le programme le plus proche de ce qui doit être fait et qui est réalisable ». Quant à Mélenchon, il représente selon lui « un idéal », mais il y a aussi « le principe de réalité ». Fidèle au credo, « au premier tour on choisit, au deuxième on élimine », il reste sur son choix initial : « Au moins, on pourra mesurer le poids politique du candidat dans lequel on croit. »

Une élection confisquée par la sphère politique et médiatique selon Syamak Agha Babaei

De nombreux membres du « Labo Citoyen », un collectif pilier de la majorité aux côtés d’EELV, étaient aux Journées d’été des écologistes fin août à Poitiers. Pour autant, tous ne soutiennent pas ouvertement le vainqueur Yannick Jadot, ce qui semble a minima montrer un manque d’enthousiasme pour l’issue de la primaire.

Après avoir soutenu Benoît Hamon en 2017, le premier adjoint et fondateur du Labo, Syamak Agha Babaei, avait soutenu Éric Piolle à la primaire des écologistes, battu dès le premier tour. Depuis, il a fixé son choix de dimanche, mais ne souhaite pas le dévoiler : 

« Comme pour beaucoup de Français de gauche, la situation est un peu désenchantée. La gauche est encore prise dans des luttes internes alors que les bases d’un programme commun sont là. Cela me conforte dans ma décision d’avoir quitté la vie partisane en 2015. » 

L’ancien membre de « l’aile gauche » du Parti socialiste note que les nouveaux mouvements progressistes n’ont « pas de débouchés très clairs » et que « les primaires ont leurs limites » : « On a du mal à les organiser à l’échelle d’un parti. » Pour lui, la campagne a été « confisquée par la sphère politique et médiatique. »

Également engagé au Labo citoyen, Guillaume Libsig, adjoint à la maire en charge des événements, ne dévoile pas non plus son vote :

« J’en ai un peu marre des injonctions à voter utile ou à faire barrage. Je suis un électeur, je n’ai pas à porter le poids de l’éclatement de la gauche ou de la montée de l’extrême-droite… Je me déciderai le jour du scrutin, pour l’instant j’hésite entre quatre options. »

En a-t-il discuté avec ses collègues ? « Pas vraiment », répond-t-il :

« Nous sommes une majorité composite, dont une large part des élus ne sont pas encartés. Donc les échanges politiques sont assez libres, on connait les opinions des uns et des autres et nos différences. Ce n’est pas un sujet de tension. »

Dans la majorité écologiste strasbourgeoise, Jean-Luc Mélenchon n’est pas un sujet de débat. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« Si Mélenchon est au second tour, je voterai pour lui »

De son côté, Caroline Zorn, vice-présidente de l’Eurométropole en charge du numérique et également membre du Labo, votera Yannick Jadot après avoir hésité :

« La question du premier tour à gauche est toujours un peu complexe… mais au final, ce ne sera pas de la faute de Jadot si Mélenchon n’est pas qualifié au second tour. Le programme écologiste me convient très bien et j’apprécie l’homme, que j’ai suivi comme eurodéputé. Et si Mélenchon est au second tour, je serai heureuse de voter pour lui, malgré mes réserves sur son programme pour l’Europe notamment… »

Caroline Zorn concède qu’avec les élus qui voteront Mélenchon, la question de l’Europe est la ligne de fracture politique, comme la production d’énergie (en particulier nucléaire) l’est avec les communistes. 

Alexandre Feltz non plus n’hésite pas, ce sera Yannick Jadot. Le médecin membre de Place Publique pense que « la santé est liée à la question de l’environnement » :

« L’éparpillement des voix progressistes est un vrai problème, mais le candidat qui fera le plus pour l’environnement, ce sera Yannick Jadot. Sur le reste, je suis très déçu de constater que le débat sur l’hôpital public n’a pas eu lieu, malgré les alertes et la pandémie… »

Le Dr Feltz ne discute pas beaucoup de l’élection présidentielle avec ses collègues élus mais il constate quand même une meilleure ambiance qu’en 2017 : « Quand je m’étais positionné pour Hamon lors de la primaire de gauche, les relations s’étaient vraiment tendues avec certains élus de la majorité socialiste à l’époque. »

Jeanne Barseghian comprend le vote Mélenchon

Également engagée en 2017 avec Benoît Hamon et son revenu universel, Sophie Dupressoir ne souhaite pas donner son vote, un choix « privé » et « sans lien avec l’action municipale ». Suzanne Brolly, deuxième adjointe, ne s’exprime pas non plus sur l’élection présidentielle. L’adjointe à la tranquillité publique Nadia Zourgui avait exprimé sur les réseaux sociaux un enthousiasme pour la potentielle candidature de Christiane Taubira en décembre.

Face à ce paysage éclaté, Jeanne Barseghian « comprend que beaucoup de personnes sensibles à l’urgence climatique se tournent vers Jean-Luc Mélenchon », mais logiquement, elle reste sur la ligne de son parti :

« Il peut encore y avoir une surprise et une remontée de Yannick Jadot, avec des gens qui se décident le jour-même comme avec nous. Les sondages se trompent souvent. »

Vice-présidente à l’Eurométropole en charge de l’Économie, Anne-Marie Jean regrette que la thématique la plus importante à ses yeux, la transition écologique qui « s’impose à nous », ne soit pas assez portée. Elle votera Yannick Jadot, sans avoir fait activement campagne pour lui. Elle regrette qu’il n’y ait pas d’union plus large, voire de recomposition politique, “autour de l’écologie” :

« Le clivage droite-gauche est dépassé. La dimension sociale est fortement imbriquée à l’écologie, elle doit être prise en compte. Mais la gauche n’a pas fait la démonstration qu’elle a l’apanage du social. »

Christelle Wieder, adjointe à l’égalité femmes-hommes estime aussi que « comme pour une partie du peuple de gauche, il est difficile de faire un choix ». L’ancienne militante chez « Osons le Féminisme » rappelle qu’elle avait soutenu avec enthousiasme Sandrine Rousseau lors de la primaire des écologistes. Désormais, « nul candidat n’emporte ma franche adhésion », indique-t-elle, déçue de constater que les sujets féministes ont peu été présents dans la campagne. Un peu comme les élus de la majorité municipale, qui se disent pour la plupart très affairés par leur mandat.

Lokafy, la plateforme qui ubérise les guides touristiques

Lokafy, la plateforme qui ubérise les guides touristiques

En 2019, la start-up canadienne Lokafy s’est installée à Strasbourg. Cette plateforme permet de réserver une visite guidée de la ville par un « habitant passionné ». Les guides professionnels dénoncent une concurrence déloyale et un manque de garantie sur le contenu des visites mais le service se développe.

Rendez-vous au pied de la statue du général Kléber dans le centre de Strasbourg, tout est prêt pour une visite guidée. Ma guide m’attend, une jeune femme qu’on appellera Élena. Elle m’accueille et m’emmène sur un itinéraire qu’elle semble connaître par cœur : d’un pas leste, elle rallie la Petite France à la Neustadt, en passant par la Cathédrale, où elle me montre le célèbre « mesureur de bedaine » (une colonne de grès datant de 1527). Il fait très beau en ce vendredi de février, les touristes ne sont pas encore vraiment revenus.

Pas grave puisqu’aujourd’hui, la touriste, c’est moi. Je fais part de mon intérêt pour en « apprendre » plus sur Strasbourg grâce à mon guide. Puis, au lieu d’écouter patiemment une experte, la discussion tourne plutôt à l’échange amical, comme si j’étais avec une camarade très calée sur l’Histoire et qui aurait un peu trop envie de partager. Car je ne suis pas en présence d’une guide de l’office du tourisme, ni même avec un guide proposant un « free tour », mais d’une « lokafyer » : une prestataire de la plateforme Lokafy. Cette start-up canadienne propose de « trouver un ami » le temps d’un jour, pour qu’il ou elle fasse visiter la ville. 

Date, clic, c’est validé

Le processus de réservation est très simple : le touriste curieux choisit la date et l’heure sur le site Lokafy ou sur Tripadvisor, et, en quelques minutes ou quelques heures, il reçoit un e-mail de confirmation, une fois qu’un « lokafyer » a accepté la visite. Pas de guichet, pas de salaires, pas de structure… C’est le même principe qu’Uber avec les taxis ou Deliveroo avec les livraisons de repas, appliqué aux visites touristiques.

En marchant d’un point d’intérêt à un autre, Élena se livre un peu. Après tout, nous allons passer deux heures en tête à tête. Elle n’est pas guide de métier, elle a une formation scientifique et fait des visites Lokafy quand elle a le temps, souvent le week-end, et davantage en été et autour de Noël. Simplement, elle adore Strasbourg, où elle réside depuis une dizaine d’années, et tire ses connaissances d’une option Histoire de l’art au lycée et de ses recherches personnelles. Son enthousiasme à faire connaître sa ville et ses particularités est palpable. Elle profite des espaces dans les échanges pour conseiller des attractions qui ne feront pas partie de la visite : le quartier européen, la cave des hospices de Strasbourg, etc.

Une foule d’anecdotes et de faits historiques

J’ai réservé une visite de deux heures en matinée. Pour une personne, le prix est de 50€. À deux, la visite aurait coûté 60€ ou 180€ à six, le nombre maximal de participants. Le lokafyer reçoit 60% du prix, ce qui met la commission du service à 40% quand même (pour mémoire, Uber prend 25% du prix de la course aux chauffeurs)… Pour une visite similaire via l’office du tourisme, le prix aurait été entre 80 et 160€, mais quelque soit le nombre de participants (les visites en groupe coûtent 9,5€ la place)…

Les lokafyers ne sont pas des guides professionnels au même titre que ceux qui assurent les visites de l’office du tourisme. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)Photo : photo JFG / Rue89 Strasbourg

Pour Lokafy, ce ne sont pas seulement des visites d’ailleurs mais des « rencontres » entre deux habitants… Lors de notre rencontre, Élena me demande ce qui m’intéresse le plus : l’histoire, l’architecture, la culture, la gastronomie ? Elle adapte alors son discours et son itinéraire. On opte pour un panorama très généraliste et mon « amie » du jour commence par un topo rapide sur l’histoire de la ville, du premier camp romain à la guerre de 1870, sans erreur que j’aurais pu détecter.

Elle commente la façade de l’Aubette, glisse que son nom vient de ce qu’un général, du temps où c’était un bâtiment militaire, criait ses ordres du balcon à l’aube (en fait, il s’agirait plutôt du fait que la relève de la garde se faisait à l’aube). En passant devant l’église Saint-Pierre-le-Vieux, catholique et protestante, elle évoque l’histoire du protestantisme en Alsace, décrit avec fierté le Concordat et les autres spécificités régionales, avant de m’emmener sur les Ponts Couverts. Du barrage Vauban, elle raconte les différentes vies de l’ENA, explique pourquoi il y a des écluses ou pourquoi la Petite France porte ce nom. Elle partage aussi ses intérêts personnels, dont son admiration du travail du graffeur Dan23.

Une œuvre de Dan23 rue du Jeu-des-Rnfants, que la lokafyer aime montrer. Photo : DL / Rue89 Strasbourg

Même en connaissant déjà très bien la ville, j’apprends beaucoup de choses, comme le fait qu’il y a un mausolée dédié à Maurice de Saxe, un maréchal de Louis XV, dans l’église protestante Saint-Thomas (Élena s’amuse du fait que son caractère baroque tranche avec la simplicité protestante), ou que la famille du dessinateur Tomi Ungerer a assuré l’entretien de l’horloge astronomique de la cathédrale.

Arrivées à la Neustadt, où Élena profite de l’architecture allemande pour passer en revue l’histoire compliquée de la région, nous finissons par se quitter. J’ai la satisfaction d’avoir redécouvert Strasbourg autrement, avec quelqu’un de fort sympathique, pour un prix plus avantageux que pour une visite privée avec un guide professionnel (titulaire de la carte de guide conférencier).

Une « concurrence déloyale » pour les guides professionnels

Juliette Bossert-Meyer, présidente de l’Association des Guides d’Alsace, voit dans les services de Lokafy une concurrence déloyale :

« Je comprends l’attrait tarifaire et l’envie d’une visite personnalisée. Mais dans la vie, quand on veut une prestation de qualité, on met le prix qui permet de payer un professionnel. C’est le cas pour d’autres services comme ceux d’un prof particulier par exemple. »

Elle ajoute que la plateforme Lokafy a approché plusieurs guides professionnels de Strasbourg, en leur proposant une rémunération de 30€ pour deux heures de visite avec une ou deux personnes et un versement par virement. Une démarche qui tranche avec la position officielle de la plateforme, qui assure ne proposer des « rencontres » qu’avec des guides amateurs… Ce tarif est de toutes façons jugé « dérisoire et dévalorisant pour le métier de guide », selon Juliette Bossert-Meyer :

« Sur notre chiffre d’affaires, près d’un quart doit être payé à l’Urssaf pour nos cotisations sociales. Un tarif de 30€ ne prend donc pas en compte le temps de préparation de la visite. C’est triste car ces systèmes précarisent notre métier. »

« Il n’y a aucune garantie que le lokafyer s’y connaisse bien »

En moyenne, un guide touristique professionnel gagne un peu plus de 1 800 euros bruts par mois. Élena, elle, ne paye aucune charge sur ce que Lokafy lui verse. La société étant canadienne, elle s’affranchit allègrement de la loi française. Élena n’a même pas besoin de présenter un statut d’auto-entrepreneur et reçoit sa rémunération par virement bancaire ou par Paypal. Interrogée, Élena ne s’étend pas sur son statut, mais dit simplement qu’elle ne déclare rien, « car les montants sont trop bas ». Elle devrait cependant les déclarer à l’administration fiscale comme des revenus et, s’ils excèdent un certain montant, payer des cotisations sociales.

Fin janvier, sur le groupe Facebook « Strasbourg » de Rue89 Strasbourg, une femme se présentant comme travaillant pour Lokafy cherchait un strasbourgeois germanophone pour « montrer la ville à des voyageurs » à peine une semaine plus tard. En guise de rémunération, elle parlait de « compensation » et insistait sur le fait qu’elle cherchait « des gens qui aiment leur ville et aiment rencontrer des nouvelles personnes ».

La présidente de l’Association des guides d’Alsace estime qu’il n’y a aucune garantie que le lokafyer s’y connaisse bien ou ne dise pas de contre-vérités :

« Avec un guide professionnel, on est sûr du contenu de la visite, et on peut sortir des sentiers battus ou poser des questions poussées, le guide s’y connaît vraiment. »

Il est vrai qu’Élena n’était pas forcément très précise dans les dates ou avait un doute sur l’étymologie du nom latin de la ville, Argentoratum (elle se rappelait de la traduction « la cité entourée d’eau », or, le débat subsiste encore entre historiens). Mais les visiteurs ne peuvent pas attendre des guides de Lokafy qu’ils savent tout, la plateforme précise bien lors de la réservation que les lokafyers ne sont pas des professionnels.

Élena amène ses visiteurs sur le barrage Vauban pour évoquer les limites médiévales de la ville.
Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

Une image faussée du métier de guide

En revanche, les atouts des lokafyers sont mis en avant. Sur les langues étrangères étrangères par exemple, pas moins de 11 langues sont disponibles à la réservation pour une visite de Strasbourg sur Lokafy. Élena assure elle-même des visites en espagnol, en anglais et en français. Elle a peu de visiteurs de France d’ailleurs, elle rencontre plus souvent des personnes seules ou des couples en escale à Strasbourg, venant des États-Unis ou de pays européens.

En outre, la facilité de réservation est sans commune mesure avec le processus proposé sur le site de l’office du tourisme, où il faut au moins cinq clics pour trouver une page consacrée aux visites à pied avec un guide conférencier. Remontée, Juliette Bossert-Meyer rappelle que les guides professionnels proposent aussi ces expériences :

« Il est possible de réserver des visites individuelles sur le site de l’office du tourisme, ou sur le site book-a-guide par exemple. Et c’est comique que Lokafy axe sa communication sur le “vrai”, le local… Comme si les guides strasbourgeois n’étaient pas du coin ! Nous sommes de la région, nous pouvons aussi parler de nos cafés préférés ! »

Sur book-a-guide, mis en ligne par l’association des guides conférenciers d’Alsace, les profils des guides sont consultables, avec leurs thématiques privilégiées, et quelques mots de présentation pour les visiteurs qui souhaitent s’assurer de « matcher » avec le meilleur compagnon d’un jour, selon leurs intérêts et envies.

Contactée, la direction de Lokafy n’a pas répondu à nos sollicitations.

Les proches de l’homme décédé aux urgences par défaut de prise en charge portent plainte

Les proches de l’homme décédé aux urgences par défaut de prise en charge portent plainte

Après la révélation de Rue89 Strasbourg sur la mort, suite à un défaut de prise en charge, d’un patient admis aux urgences du Nouvel hôpital civil de Strasbourg, les proches de la victime ont porté plainte le week-end du 2 et 3 avril. Une enquête du parquet a été ouverte.

Jeudi 31 mars, Rue89 Strasbourg dévoilait la mort d’un homme atteint d’une hémorragie digestive aux urgences du Nouvel hôpital civil de Strasbourg le 17 mars, en raison d’un « défaut de prise en charge » selon le médecin urgentiste Sébastien Harscoat. Le week-end du 2 et 3 avril, les proches de la victime ont porté plainte. Le parquet déclare qu’une plainte a bien été déposée et ajoute qu’une enquête a été ouverte, confirmant une information publiée par l’AFP ce 5 avril.

« Nous étions à 170% de nos capacités »

Pour rappel, le patient avait été admis aux urgences du Nouvel hôpital civil le 16 mars vers 23 heures. Après avoir passé près de 12 heures dans un espace dédié à la répartition des patients, il a finalement été pris en charge pour une transfusion avec beaucoup de retard, comme le service était débordé d’après Sébastien Harscoat. Il est décédé jeudi 17 mars vers 13 heures. Le médecin urgentiste expliquait dans notre article du 31 mars :

« Par manque de lits d’hospitalisation en aval, les malades restent aux urgences… On n’arrive plus à évacuer les patients. Dans la nuit qui a précédée la mort de ce patient, nous étions à 170% de nos capacités. » 

La direction des Hôpitaux universitaires de Strasbourg a réagit en indiquant à nos confrères d’Actu Strasbourg que des lits en médecine, soins critiques et chirurgie étaient tout de même disponibles à ce moment là. Le parquet ne nous a pas transmis d’informations supplémentaires concernant la plainte.

Grand retour des Fat Badgers à la Péniche mécanique samedi

Grand retour des Fat Badgers à la Péniche mécanique samedi

Le printemps se fait attendre mais heureusement, les Fat Badgers sont en concert ce qui devrait augmenter la température de quelques degrés, au moins pendant quelques heures samedi soir du côté de la Péniche mécanique.

Les Fat Badgers, l’un des groupes les plus chauds de Strasbourg, font leur grand retour post-covidalyptique, à la Péniche mécanique samedi 9 avril. Juste ce qu’il fallait pour tout décompenser le stress de la guerre et de l’élection présidentielle…

Il y a des groupes qui devraient être remboursés par la Sécurité sociale. Fat Badgers est de ceux-là, une soirée face à ces quatre trentenaires à paillettes produit plus d’endorphine et de dopamine qu’une vie passée devant une armoire de pharmacie. Biberonnés au disco, à la soul et au groove, ces musiciens strasbourgeois produisent une fois ensemble sur scène un cocktail de note explosif, une injonction à la danse.

Mélange d’electro et de tonalités funk, les Fat Badgers ne s’écoutent pas assis Photo : Bartosch Salmanski / doc remis

Ce n’est pas pour rien qu’ils ont régulièrement squatté l’Espace Django pour y proposer leurs « soul trains », sorte de résurrections en salle d’un rituel télévisé américain des années 70, faisant à chaque fois salle comble. Il se dit qu’on a vu des gens rajeunir après avoir été à ces soirées… Leur mix de tonalités contemporaines électro avec les riffs du funk des années 70 ne laisse personne indifférent.

Aux concerts des Fat Badgers, il y a toujours beaucoup beaucoup de paillettes Photo : Bartosch Salmanski / doc remis

Leur dernier album, sorti en 2019, s’appelle d’ailleurs « Soul Train » mais il ne reproduit qu’une partie de l’ambiance du groupe car, comme l’indique Cyprien Steck, aka Leopard Da Vinci, aux claviers, au chant et à l’électro, « Fat Badgers est un groupe de scène, on improvise beaucoup à chaque set. Comme on se connait bien, ça se fait tout seul… On produit un sentiment de liberté grâce à ça, c’est la base du funk. »

You love me and you leave me (vidéo Fat Badgers / YouTube)

Composé également de Jérémie Revel à la guitare, Rémy Bouvet à la basse et de Victor Binot à la batterie, les Fat Badgers se sont faits les dents aux grandes heures du Mudd Club il y a plus de dix ans, c’est dire si le groove et le funk coulent dans leurs veines. « C’est ce qu’on aime, indique Cyprien, des petites salles avec de la chaleur tout en proposant de bonnes conditions d’accueil… Depuis la fermeture du Mudd, on avait du mal à jouer au centre-ville de Strasbourg, on est bien content de pouvoir y revenir ! »

#Péniche mécanique

Présidentielle : malgré un « challenge citoyen » en 2017, la participation au Neuhof « repart de zéro »

Présidentielle : malgré un « challenge citoyen » en 2017, la participation au Neuhof « repart de zéro »

En 2017, le centre social du Neuhof avait mené une large opération de mobilisation des quartiers populaires pour inviter leurs habitants à participer à l’élection présidentielle. Mais cette initiative est retombée et l’abstention de masse est de nouveau à craindre dans ce quartier dont les habitants « n’attendent rien » de la future ou du futur président.

Devant l’emblématique bâtiment de la Demi-lune au Neuhof, un jeune homme en survêtement promène d’un pas pressé un petit chien. « Moi, personne ne m’a jamais écrit pour aller voter. Allez peut-être demander à des personnes âgées, il y en a qui votent… » À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, le scrutin n’est pas dans toutes les têtes.

En 2017 pourtant, le Neuhof avait fait parler de lui en France et même à l’étranger. Pendant des mois, le centre socioculturel du Neuhof, et notamment son emblématique animatrice Jamila Haddoum, avait mis au défi les différents quartiers d’inscrire leurs habitants sur les listes électorales lors d’une opération appelée « Challenge citoyen ». Une tournée et un succès d’image dans 35 villes et 50 quartiers. En avril 2017, certains bureaux de vote du Neuhof avaient affiché une participation d’environ 80%, conforme à la moyenne strasbourgeoise. Mais cinq ans plus tard, que reste-t-il de cette mobilisation exemplaire ? Les souvenirs sont diffus et les préoccupations ont changé.

Voter blanc ou ne pas voter ?

Dans un parc de jeux, deux jeunes femmes surveillent leurs enfants. Le nom du Challenge citoyen n’évoque rien à Mégane, 26 ans et habitante du quartier depuis sa naissance. Néanmoins, elle a vaguement « vu des posts de Jamila sur Snapchat », le réseau social d’images éphémères utilisé par les plus jeunes, qui incitent à voter. Elle suit de loin la campagne présidentielle. « J’ai quelques échos, mais avec mes deux petits je ne suis pas trop. » De toute façon, « tout ce qui se passe est catastrophique », juge-t-elle en mentionnant le Covid et la guerre en Ukraine même si « tout n’est pas la faute de Macron ». Plus près d’ici, elle remarque que le quartier « ne s’améliore pas ». Cette salariée avec des enfants insiste sur le fait qu’elle n’a « aucune aide de l’État ».

Au sujet des élections, même si elle confesse en avoir « raté quelques unes », Mégane pense néanmoins que c’est un devoir de voter, y compris avec un bulletin blanc. Son amie Belinda, plus jeune, désapprouve. « Ça sert à quoi ? » Elle n’ira pas voter. « Faudrait que ce soit Le Pen pour que ça change », tente son amie, un brin provocante. Bélinda hausse les épaules. « Tout le monde est un peu raciste à sa manière », conclut-elle. « Passez le message à Macron, qu’il reste chez les riches, on ne veut plus de lui », lance Bélinda, en fermant le coffre de sa voiture.

Autour du grand bâtiment de la Demi-lune, l’élection présidentielle anime peu les discussions. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg

« L’essence à 2€, c’est très grave »

Assise sur une table de pique-nique, Inès, 19 ans, discute avec des amis. Le Challenge citoyen lui évoque aussi un vague souvenir. « Ma tante avait voté suite à ça », se rappelle-t-elle. Mais elle ne pense pas que cela suscitera une participation similaire en 2022. « On n’est tellement plus en accord avec cette société, qu’on ne va plus voter », explique cette employée d’un tabac du quartier. Elle note que « Mélenchon a de bonnes idées », comme un certain… « Emmanuel Macron qui a fait pleins de promesses », mais dont les gens sont « très déçus » selon elle. À l’écouter, sa mère ne votera pas non plus, car elle a des préoccupations plus concrètes : « Elle n’en peut plus de l’essence à 2€, c’est très grave ». Quant à elle, habitante du Port-du-Rhin, elle se projette difficilement sur ses futurs déplacements : « D’ici que j’ai le permis, le litre sera à 3€ ! Si ça se trouve, je vais me déplacer en trottinette ! »

Le rejet d’Emmanuel Macron revient souvent dans les paroles des habitants de ce quartier populaire. Sur l’avenue du Neuhof, le président compte cependant au moins un soutien. « J’aime bien tout ce qu’il a fait. J’ai voté pour lui en 2017 et je revoterai pour lui en 2022 », fait savoir Boualem, 63 ans, qui cite par exemple la gestion du Covid et le « quoi qu’il en coûte ». Boualem n’est pourtant pas le portrait-robot des riches que rejette Bélinda. Ce salarié dans la logistique n’est « pas encore à la retraite ». Actuellement arrêté, il soigne des douleurs articulaires. Qu’attend-il de plus du président en cas de second mandat ? « Faire peut-être un peu plus pour l’emploi des jeunes. Il y en a beaucoup qui cherchent sans trouver ».

L’impossibilité de s’inscrire en dernière minute

À première vue, la lassitude, le rejet, semble augurer d’une abstention bien plus massive qu’en 2017. Mais il y a aussi des personnes qui n’avaient pas voté et qui ont changé d’avis. Sur un banc ensoleillé près du tram, Mohammed, 36 ans, ne s’est pas déplacé cinq ans plus tôt. « On avait l’impression que c’était soit Macron, soit Le Pen ». Mais le quinquennat l’a décidé. « Ça a été dur économiquement ces 5 ans et là encore plus ces derniers mois. Les salaires, eux, n’ont pas bougé », relate cet assistant d’éducation. Cette fois-ci, il pense voter Jean-Luc Mélenchon. « Même si on n’est jamais sûr », tempère-t-il. Comme beaucoup de jeunes personnes, le nom de Jamila et ses prises de position pour inciter à voter lui évoquent quelque chose, sans forcément se rappeler du nom du « challenge citoyen ».

Mohammed n’avait pas voté en 2017, mais compte se mobiliser en 2022. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg

Attablée à une terrasse avec un café, Djamela, 59 ans, ne connait pas non plus le challenge mais votera et « incite ses enfants à voter ». Pour elle, le problème de l’abstention des quartiers vient des difficultés du quotidien. Ainsi, le rapport au temps pour s’intéresser à la campagne est différent, analyse-t-elle : « Ici, les gens n’anticipent pas trop. Si c’était possible de s’inscrire sur les listes le jour-même, juste avec une carte d’identité, davantage de personnes voteraient ».

Les inscriptions sont closes depuis le 4 mars et elle est elle-même préoccupée par son avenir à court terme. En ce jour où elle sort de l’hôpital, elle est sans emploi après avoir travaillé un an dans le centre de vaccination d’une clinique de Strasbourg. Elle recherchera un emploi à partir de mai, avec l’aide d’une association. Elle ne sait pas s’il est possible de voter « juste avec une carte d’identité » ou s’il faut une carte électorale. Il y a 5 ans, elle se rappelle avoir raté le jour du vote et que Macron avait été « élu par défaut ». Mais cette année, elle a pris ses dispositions avec une procuration et ne votera « pas blanc, c’est sûr ». Elle pencherait aussi pour Jean-Luc Mélenchon, en qui elle a « un peu plus confiance » même si « ça fait longtemps qu’on n’attend plus rien ici ».

Le centre social beaucoup moins engagé

Du côté du centre socioculturel (CSC), la structure ne déploie pas autant d’énergie qu’en 2017. Il faut dire que les lendemains n’ont pas été faciles à gérer. « Lors du mouvement des Gilets jaunes, des personnes qui s’étaient inscrites et avaient voté suite au Challenge étaient mécontentes et nous ont en quelque sorte demandé de nous justifier… Or, on n’a jamais appelé à voter pour un candidat, mais simplement à s’inscrire et voter pour la voix des habitants compte », se souvient Jamila Haddoum. Mais pour l’animatrice jeunesse, qui a aussi un groupe de musique avec ses enfants, la lutte contre l’abstention reste un impératif. Après l’abstention record aux élections départementales et régionales de 2021, le service jeunesse du CSC réalise des émissions pour une webTV appelée « Tous à bord ». La petite chaîne dispose d’un studio dans un gymnase mis à disposition par le collège. Pour d’autres enregistrements des politiques locaux échangeront avec le public.

Le plateau de la WebTv de « Tous à bord », où le CSC tente de faire débattre des personnes du vote. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

À quelques semaines du premier tour, la webTV tente de faire débattre des personnes de différents quartiers. Ceux qui pensent voter, avec d’autres qui ne veulent plus le faire. Derrière les caméras, Jamila Haddoum donne les consignes aux différents bénévoles pour le lancement, la technique et le ton à adopter. Sur le plateau un vendredi soir, les premiers arguments s’échangent. « Voter blanc, ça exprime au moins qu’on n’est pas représenté. Alors que l’abstention on ne sait pas », tente un invité. Voter quand on vit dans un quartier, « au-delà de faire basculer une élection, c’est représenter ceux qui n’ont pas de carte électorale », plaide Sitana, coach en insertion, en référence aux plus jeunes ou aux étrangers, plus nombreux dans un quartier comme le Neuhof.

« L’affaire Fillon m’a choquée »

Parmi les invités, Lina, demandeuse d’emploi de 24 ans, a certes voté une fois, en 2017. Mais désormais, elle pense « ne plus jamais voter ». En dehors du plateau, elle détaille l’argument qu’elle s’apprêtait à développer :

« L’affaire Fillon, ça m’a choquée. On paie tous des impôts ou des amendes et c’est celui qui a été Premier ministre qui prenait dans la caisse ! Pour moi, si on en prend un, c’est qu’ils le font tous. C’est peut-être injuste de penser comme ça, mais je m’en fiche. Je vois les politiciens comme des personnes corrompues qui n’écoutent pas assez et les gens ni ne s’intéressent pas aux vraies problématiques. »

Dégoutée par les affaires, Lina ne pense plus voter. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Et pourtant, elle vient d’une famille où elle est « la seule à ne pas voter ». Au contraire d’Achraf, 19 ans, dont les « parents n’ont pas la culture d’aller voter ». Cet étudiant, qui a passé le Bafa dans l’animation de rue à l’été 2020, fait partie de ceux qui pensent que davantage de personnes iront voter en 2022 qu’en 2017 :

« Avec tout ce qu’on a traversé avec le Covid, les gens se sont rendus compte qu’il y a des gens qui prennent des décisions importantes pour nous, qui peuvent être différentes d’une personne à l’autre. L’arrivée d’Éric Zemmour va aussi mobiliser, elle amène à prendre position. »

Achraf vient d’une famille où personne ne vote. Mais lui votera pour la première fois le 10 avril 2022. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Une fois les convives repartis, Djamila Haddoum prend le temps de revenir sur ses souvenirs d’il y a cinq ans. Des images qu’elle aurait aimé voir se répéter :

« Il y avait une énergie folle, partout où on est allés, dans les QPV (Quartiers prioritaires de la Ville, NDLR) de Marseille, Paris ou Lille, le logo était partout. Même le Time ou la BBC se sont intéressés à nous ! Ça a renvoyé une image positive du quartier. Le jour du vote, c’était comme un jour de fête. Alors que d’habitude, les jeunes aiment mettre en avant les drapeaux de leurs origines, ce jour-là, il y avait des drapeaux français sur les scooters. On disait aux personnes d’être fières de leurs richesses. Les plus jeunes allaient chercher des gens pour les motiver à aller au bureau de vote et remporter le challenge. Cette année, c’est deux fois plus dur, c’est comme si on repartait de zéro… »

Djamila Haddoum pilote le lancement de l’enregistrement. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« On pensait enclencher un mouvement pérenne »

Khoutir Kechab, le directeur du CSC se rappelle notamment avoir généré « 4 000 inscriptions en pied d’immeuble ». En dépit de règles strictes qui empêchaient « d’aller dans le domicile » ou de remplir un formulaire à la place de personnes, même si elles sont mal à l’aise avec le Français.

C’est la suite qui suscite un peu d’amertume pour Khoutir Kechab :

« C’était beaucoup d’énergie et des heures non-payées. Pour ce type d’opération, il faut des moyens. On pensait qu’on enclencherait quelque chose de pérenne et qu’on intéresserait les hommes politiques aux quartiers. Les bases étaient là avec des CSC de toute la France qui avaient participé. On a déposé un dossier à La France s’engage, mais on n’a pas été retenu, sans savoir pourquoi. C’est comme si ce problème de l’abstention dans les quartiers, que ce soit chez les jeunes ou les personnes âgées, ne semblait déranger personne. »

Pour Jamila Haddoum, la mobilisation est une question de volonté des pouvoirs publics. « Pour les gestes barrières, l’État a su communiquer efficacement et rapidement », compare-t-elle.

Koutir Kechab et Jamila Haddoum gardent un souvenir intense du Challenge Citoyen de 2017, mais auraient aimé que l’opération engage un changement durable qui intéresse les hommes et femmes politiques. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Lors des scrutins suivants, l’intérêt pour la démarche est retombé. Aux élections municipales à Strasbourg, Khoutir Kechab se rappelle tout de même, à beaucoup plus petite échelle, des « world café » dans les différents centres socioculturels de la ville. Et sur la forme, d’avoir modifié le rapport habituel entre habitants et candidats. « Ce n’était pas un débat particulier, les candidats s’installaient à une table, ils étaient juste à l’écoute et n’avaient que quelques minutes pour conclure ». Mais le jour du vote, en pleine vague Covid, les quartiers ont très peu voté. La campagne s’est jouée dans les quartiers centraux et du nord de Strasbourg.

Seul élément durable de l’opération de 2017 : les personnes inscrites sur les listes pourront bien voter dimanche. Même si elles se décident le jour-même.

#Djamila Haddoum#vote blanc