Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Blocage du bâtiment Le Patio sur le campus de l’université

Blocage du bâtiment Le Patio sur le campus de l’université
Des barrières empêchent l’accès au Patio depuis 6h.

Les entrées du bâtiment Le Patio, sur le campus central de l’Université de Strasbourg, ont été bloquées par des étudiant·es de 7h à 17h ce lundi 15 septembre.

Selon des témoignages recueillis par Rue89 Strasbourg, il n’était plus possible d’accéder aux cours dispensés dans le bâtiment Le Patio, situé sur le campus central de l’Université de Strasbourg à l’Esplanade dans la journée du lundi 15 septembre.

Quelques dizaines d’étudiant·es ont disposé des grilles et d’autres éléments devant les entrées du bâtiment dès 7h. Elles et ils s’inscrivent dans les appels à agir du mouvement « Bloquons tout », qui vise à mobiliser la population contre les mesures d’austérité par des actions de blocages éparses. Lisa, étudiante de 25 ans, indique :

« C’est une période de mobilisation et nous bloquons ce bâtiment, afin que les étudiants puissent rejoindre le mouvement sans risquer d’être considérés comme absents. L’Université ayant refusé de banaliser les cours, les boursiers peuvent perdre leurs aides s’ils apparaissent comme absents. »

Selon Lisa, les étudiants se sont mobilisés pour dénoncer des mesures d’austérité appliquées aux universités et à l’enseignement supérieur alors que « le seul budget qui progresse, c’est celui des Armées, dont une partie servira à Israël contre sa guerre en Palestine ».

La dénonciation de la guerre en Palestine fait partie des revendications du mouvement des étudiants.Photo : document remis

L’Université de Strasbourg a confirmé le blocage de son bâtiment et indique qu’une partie des cours prévus ont eu lieu en distanciel tandis que d’autres ont été reportés. Des vigiles sont venus constater les éléments placés devant les portes mais aucune intervention policière n’a eu lieu.

Vers 17h, l’Université de Strasbourg a constaté le départ des étudiants qui bloquaient les entrées et a rouvert le bâtiment.

La station d’épuration d’Issenheim, mortelle pour la biodiversité

La station d’épuration d’Issenheim, mortelle pour la biodiversité
La station d’épuration d’Issenheim est gérée par la Communauté de Communes de la région de Guebwiller.

La station d’épuration d’Issenheim est responsable de pollutions mortelles pour les poissons de la rivière Lauch. Les travaux pour empêcher ces rejets risquent de ne pas avoir lieu avant plusieurs années.

Installée sur les bords de la rivière Lauch, la station d’épuration d’Issenheim, entre Colmar et Mulhouse, pourrait porter le titre de tueuse en série de poissons. Son dernier méfait en date remonte au mercredi 27 août. Après un gros orage et de fortes précipitations, l’eau de la rivière Lauch devient trouble, teintée de brun et une odeur nauséabonde s’en dégage.

Alerté, le président de l’Association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique (AAPPMA) de Rouffach Pierre Muller ne peut que constater la forte mortalité : 

« En début d’après-midi, j’étais au-dessus de la rivière, sur un pont à côté de l’étang de pêche Aimé Gerber à Rouffach, à six kilomètres de la station d’épuration d’Issenheim. Avec un collègue, nous avons vu dévaler plusieurs centaines de poissons vers l’aval. Il y en avait de tous types, de toutes tailles, certains morts, d’autres luttant pour respirer à la surface. C’était catastrophique. »

Un événement s’ajoutant à la liste des pollutions des cours d’eau alsaciens depuis le mois de mai. En juin, plusieurs tonnes de poissons morts avaient été retrouvés dans l’Ill, en aval de la station d’épuration de Colmar, que les pêcheurs locaux tiennent pour responsable de cette mortalité.

Une station d’épuration « non-conforme » depuis 2019

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Engagée contre les atteintes à l’environnement, la rédaction suit de près les enjeux écologiques et travaille sur les alertes qui lui sont transmises. Sans Rue89 Strasbourg, la pollution de l’eau potable par les pesticides et des projets comme un stade de biathlon dans les Vosges, ou une route sur la colline de Lorentzen seraient bien moins connus des Alsaciens.

Thibault Vetter suit les collectifs militants et les associations qui se mobilisent partout dans la région face aux projets écocides, comme de nouvelles zones d’activités sur des terres cultivables. Il enquête sur diverses sources de pollution, les pesticides, les usines, et leurs impacts sur la santé publique. Un travail de l’ombre, qui nécessite beaucoup de contacts et le décorticage de nombreuses alertes.

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La discrète reconversion de l’ex-évêque auxiliaire de Strasbourg Gilles Reithinger

La discrète reconversion de l’ex-évêque auxiliaire de Strasbourg Gilles Reithinger
Gilles Reithinger en juin 2021

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Des fondations de l’ancienne usine de gaz apparaissent place des Halles

Des fondations de l’ancienne usine de gaz apparaissent place des Halles
Les fondations datent du XIXe siècle.

Les travaux de rénovation de la place des Halles ont mis au jour des vestiges du XIXe siècle, des fondations de l’ancienne gare ferroviaire de Strasbourg et surtout de l’ancienne usine de gaz urbain.

Les travaux de la place des Halles de Strasbourg ont entamé leur phase finale : après avoir déplacé le trafic des voitures et des cars interurbains, les ouvriers s’emploient désormais à agrandir le parc. Pour ça, ils vont devoir creuser profondément, afin de créer des réservoirs de stockage de l’eau de pluie et des puits de terre qui permettront aux arbres de se développer.

Une usine construite en 1838

Ces aménagements imposent de creuser jusqu’à près de deux mètres sous le niveau du sol, ce qui va détruire des constructions anciennes. « À cet emplacement se situait l’usine de gaz de Strasbourg », indique Florent Minot d’Archéologie Alsace :

« Elle a été construite en 1838. Il y avait notamment des chaudières pour transformer le charbon en coke autour de 1 100 degrés et un réservoir de gaz. L’usine a été détruite lors des bombardements de Strasbourg par les Allemands en 1870 puis reconstruite. Elle a cessé de fonctionner en 1932, pour être remplacée par des bâtiments administratifs de Gaz de Strasbourg. »

Les vestiges laissent apparaître des fondations de plusieurs époques. Un mur en grès des Vosges date du XIXe siècle tandis que d’autres éléments en briques sont postérieurs. On distingue aussi la base d’un gazomètre, un réservoir d’un diamètre de 40 mètres dont la capacité pouvait s’étendre et se restreindre à l’aide de composants guidés sur des rails verticaux, afin de maintenir la compression du gaz. Il y a également les fondations d’une ou deux cheminées.

Une vue de l’ancienne usine de gaz de Strasbourg en 1930.Photo : Auteur inconnu / ArchiWiki / cc

Des terres très polluées

Les archéologues doivent faire attention, car les terres mises au jour recèlent des restes d’hydrocarbures et d’autres pollutions indéterminées. La pluie leur permet de travailler sans masque en clouant au sol les poussières, mais ils devront peut-être se protéger si les émanations perdurent.

Florent Minot, archéologie en charge des recherches pour Archéologie Alsace. Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc

« On distingue également des restes de l’ancienne gare ferroviaire », note Florent Minot :

« Sous les bâtiments de l’usine, on distingue ce qui pourrait être une remise à locomotives. Il s’agit d’une structure qui permettait d’intervenir sous les locomotives pour leur entretien. Les rails étaient posés sur les murs, qui se repèrent par leur caractère parallèle. Certaines remises étaient dotées de cuves de vidange, mais ça ne semble pas être le cas ici. »

Des recherches jusque fin septembre

L’ancienne gare de Strasbourg a également été bombardée en 1870. C’est son bâtiment des voyageurs qui a été reconverti en halles jusqu’en 1973, date de construction des bâtiments de la place des Halles qui existent encore aujourd’hui.

Ces fouilles préventives étaient programmées dans le planning des travaux de la rénovation de la place des Halles. Les quatre archéologues alloués à cette mission de préservation ont jusqu’à fin septembre pour photographier et documenter l’ensemble du site. « Ça devrait suffire », note Florent Minot :

« Le site s’est urbanisé sur le tard. C’était un quartier populaire avec des jardins. Des plans de l’époque moderne ne documentent que des champs par ici, d’où le nom de Marais-Vert. On n’est pas à l’abri de tomber sur une ferme mais il ne devrait pas y avoir de vestiges plus anciens à la profondeur du chantier. »

Le musée zoologique de Strasbourg reprend vie après six ans de travaux

Le musée zoologique de Strasbourg reprend vie après six ans de travaux
Il aura fallu attendre six ans pour que le musée soit entièrement rénové.

Le musée zoologique de Strasbourg rouvre ses portes après six ans de travaux. Le bâtiment passe directement du XIXe siècle au XXIe siècle avec des espaces réinventés pour sublimer une foisonnante collection.

Depuis le boulevard de la Victoire, impossible de rater l’imposant squelette de baleine qui trône fièrement dans le hall d’accueil du Musée zoologique de Strasbourg. À travers la façade vitrée, les passants aperçoivent l’ossature du mammifère marin et les fresques d’époque, auparavant cachées derrière la lourde porte d’entrée. Six ans de travaux ont été nécessaires pour dépoussiérer de fond en comble le bâtiment et le transformer en un musée moderne. Inauguré jeudi 11 septembre, il rouvrira ses portes au public le vendredi 19 septembre.

Le squelette se voit depuis l’extérieur du musée.Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

« Le musée zoologique, c’est un objet iconique de Strasbourg, il faut l’assumer. Maintenant, lorsque les gens passent devant, ils le voient. Avant, ce n’était pas le cas », explique Guillaume Aubry, de l’agence d’architecture Freaks, entre deux petits fours. La visite d’inauguration débute par la pièce maîtresse, le « hall de la biodiversité », à l’entrée, dédié à la diversité du vivant. Décloisonné sur trois étages, il laisse apparaître une multitude d’animaux lorsqu’on lève la tête.

Faire un musée du XXIe siècle

Un parquet légèrement grinçant et des vitrines en bois rappellent l’ambiance du cabinet d’histoire naturelle du médecin et naturaliste Jean Hermann (1738-1800). Acheté en 1804 par la Ville de Strasbourg, il devient le noyau de la collection du musée zoologique. Une des pièces de ce dernier, qui n’a pas été conservée, mettait d’ailleurs en scène Hermann dans son cabinet, avec une véracité historique laissant à désirer.

Les éléments d’époque ont été conservés au maximum. Mais l’agencement des lieux a été revu pour donner plus de lisibilité aux 2 000 mètres carrés d’expositions où figurent 1 800 spécimens. Après le lumineux et théâtral hall d’entrée, on pénètre dans les pièces du deuxième étage, faiblement éclairées par les spots des vitrines. La galerie aux oiseaux est l’une des plus impressionnantes avec ses 600 spécimens. Le public appréciera sûrement les sept salles « totems » consacrées aux pièces phares du musée. On y trouve notamment un morse, un loup, un crocodile, un gorille ou le mystérieux coelacanthe.

Des centaines de spécimens ont été sortis des cartons.

Terminées les pièces et vitrines surchargées. Le musée est épuré et moderne, laissant une place importante à l’imagination, dans un esprit inspiré de l’art contemporain. C’est ce qu’illustre Guillaume Aubry, de l’agence Freaks :

« Les stores et les papiers peints ont été faits à la main par FormaBoom, un groupe de graphistes qui travaille beaucoup autour du tag. Ils ont pensé ces décorations dans l’esprit des anciens dioramas, ces papiers peints qui représentent les milieux naturels. »

Chaque zone intègre des « espaces d’oralité » où l’on peut se poser et échanger. Ils sont également prévus pour accueillir des chercheurs et des chercheuses lors de conférences.

La renaissance d’un musée poussiéreux

Cela faisait des décennies que le musée et ses animaux empaillés prenaient la poussière. 1,2 million de spécimens y étaient conservés, dont 95% demeuraient enfermés dans les remises et les combles du troisième étage. Les différentes pièces et vitrines étaient restées telles qu’elles depuis l’époque où le bâtiment a été construit par les Allemands, en 1893. La disposition des salles, en anneaux, avec culs-de-sac et salles contiguës en faisait un labyrinthe aux émanations de formol. En 2018, avant le début des travaux, il était le musée le moins fréquenté de la ville avec 41 646 visiteurs.

« Malgré tout, il y a un attachement très fort des Strasbourgeois à ce lieu depuis des générations. Chacun en garde des souvenirs, des anecdotes, et se souvient de son animal préféré », assure Anne Bocourt, responsable de la communication des musées de la Ville de Strasbourg. Alors, pour en faire un musée flambant neuf, l’Université de Strasbourg a répondu à l’appel à projets de l’État « Opération Campus », destinée à soutenir financièrement la rénovation des campus universitaires. Ainsi, un budget total de 18 556 000 € a été mobilisé, financé à hauteur de 8 770 000 € par l’État et 3 634 000 € par la Ville.

L’humain et son impact sur l’environnement

« Ce n’est pas juste une exposition d’animaux morts. C’est aussi un musée pour penser la place de l’humain dans son environnement », insiste Enrica Zanin, vice-présidente de l’Université de Strasbourg, depuis les marches de grès du hall d’accueil. La rénovation a en effet été pensée pour mettre en avant des enjeux actuels : l’impact de l’humain sur son environnement et le rôle de la recherche scientifique.

Sébastien Soubiran, directeur du Jardin des sciences et Samuel Cordier, directeur du musée zoologique.Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

À travers les différents espaces, le visiteur ou la visiteuse est invitée à se questionner. Sébastien Soubiran, directeur du Jardin des sciences de l’Université, prend l’exemple de l’exposition semi-permanente « la nature au laboratoire » :

« Cet espace est dédié à des espèces que l’on connaît bien : les moustiques et les abeilles. Il questionne le rapport de l’homme aux insectes. L’abeille est primordiale, mais avec la récente loi Duplomb et le retour des néonicotinoïdes, l’actualité nous montre bien que le politique n’est pas toujours à l’écoute des discours scientifiques. »

« Le musée n’est pas figé ».

Avec ses salles d’expositions temporaires et semi-permanentes, le musée n’est pas figé, explique Sébastien Soubiran. « Il est voué à se transformer au fil du temps. Les salles doivent pouvoir évoluer au gré des avancées scientifiques et des questionnements de la société ». Le musée zoologique de Strasbourg souhaite ainsi redevenir un lieu vivant. Pas seulement un conservatoire du passé, mais un espace pour interroger l’avenir de l’homme et du vivant.

Gardés à vue, gazés, surveillés… Lourde répression contre les lycéens bloqueurs à Strasbourg

Gardés à vue, gazés, surveillés… Lourde répression contre les lycéens bloqueurs à Strasbourg
Les policiers se placent près des lycéens, « en dissuasion ».

Des lycéens ont tenté de bloquer des établissements dans le cadre du mouvement Bloquons tout les 10 et 11 septembre. Malgré l’absence de violences ou de dégradations, au moins cinq élèves ont été placés en garde à vue et détenus 24 heures.

Huit véhicules de la police nationale sont stationnés devant le lycée Fustel-de-Coulanges de Strasbourg jeudi 11 septembre. Cinq des agents présents sur place s’approchent d’un groupe d’une vingtaine de jeunes. « On est là pour les dissuader. Il ne faut pas qu’ils retentent de mettre des barrières devant les portes », lâche un policier. Le matin même, les forces de l’ordre étaient intervenues avant le début des cours pour empêcher un blocage. Deux personnes, une lycéenne et une étudiante, ont été interpellées et placées en garde à vue.

La veille, mercredi 10 septembre, journée d’actions du mouvement Bloquons tout, la police a également empêché trois blocages, aux lycées Fustel-de-Coulanges, Pontonniers et Marie Curie. Face à des jeunes qui n’ont pas accepté de se pousser devant le lycée des Pontonniers, un agent a fait usage de gaz lacrymogène. Des jeunes filles et garçons se sont retrouvés à terre à ce moment là, sans parvenir à bouger et à ouvrir les yeux, avant de se relever péniblement, aidés par leurs amis. Au total, dans la matinée du 10 septembre, quatre élèves ont été interpellés et placés en garde à vue.

Des agents viennent prendre la relève pour surveiller le lycée, ce qui amène brièvement à douze au lieu de huit le nombre de véhicules sur la place du Château.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

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Lundi 15 septembre, manifestation devant le Conseil de l’Europe pour la libération d’Abdullah Öcalan

Lundi 15 septembre, manifestation devant le Conseil de l’Europe pour la libération d’Abdullah Öcalan
La communauté kurde se réunira lundi 15 septembre de 13h à 16h devant le Conseil de l’Europe.

Des organisations kurdes et les avocats d’Abdullah Öcalan, emprisonné en Turquie, se réuniront lundi 15 septembre devant le Conseil de l’Europe. Les militants espèrent des sanctions de la Turquie par l’organisation de défense des droits de l’Homme en Europe.

Des sympathisants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) se réuniront lundi 15 septembre devant le Conseil de l’Europe de 13h à 16h pour faire pression sur l’organisation de défense des droits de l’Homme. Le comité des ministres – composé des représentants des 46 Etats membres du Conseil de l’Europe – se réunira cette semaine pour étudier le dossier d’Abdullah Öcalan, chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), emprisonné en Turquie depuis 26 ans.

Pression sur le système judiciaire turc

Condamné à une « peine perpétuelle » empêchant toute réexamen de son cas, Abdullah Öcalan « a été le premier prisonnier condamné à cette peine en Turquie. Depuis, elle a été utilisée contre une centaine de prisonniers politiques », dénonce Sara Fontaine, membre de l’association for peace and justice à Strasbourg. La militante rappelle qu’en 2013, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a considéré que ces peines perpétuelles violaient l’article 3 de la Convention. La CEDH a ainsi établi que la Turquie devait mettre fin à ces « peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Mais depuis, le système judiciaire turc n’a pas changé. Sara et les manifestants kurdes espèrent que le Comité des ministres sanctionnera la Turquie.

Des militants de la cause kurde resteront devant le Conseil de l’Europe jusqu’au vendredi 19 septembre, dernier jour de discussion des ministres et autres représentants des États européens. Sara explique la mobilisation de la communauté kurde : « Les gens manifestent pour que le système juridique turc change et qu’Abdullah Öcalan ait l’espoir d’être un jour libéré ». Entre 1 500 et 2 000 personnes sont attendues.

Considéré comme une organisation terroriste par la Turquie et l’Union Européenne, le le PKK a annoncé un processus de désarmement en juillet 2025. Une décision conditionnée à la libération du leader kurde Abdullah Öcalan. Le président turc Recep Tayyip Erdogan ne s’est pas engagé sur ce point.

Avec « citoyens engagés », Chantal Cutajar espère participer au bloc du centre

Avec « citoyens engagés », Chantal Cutajar espère participer au bloc du centre
Chantal Cutajar a gardé la présidence de son association de campagne, Citoyens engagés.

Chantal Cutajar, ancienne adjointe au maire Roland Ries, a présenté une démarche pour ses thèmes de prédilection puissent être inclus dans les programmes d’un ou des candidats contre Jeanne Barseghian aux élections municipales de Strasbourg.

Pas facile de se faire une place dans les élections municipales de Strasbourg, dont les scrutins sont prévus les 15 et 22 mars 2026. Les candidats à la droite de la maire Jeanne Barseghian (Les Écologistes), sont partis très tôt, dans l’espoir d’incarner l’alternance. Quant aux candidats à la gauche de la maire sortante, qui brigue un second mandat, elles et ils espèrent obtenir le plus de places possible sur la liste que Jeanne Barseghian conduira.

Il n’y a donc pas de place pour la centriste Chantal Cutajar, présidente de Cap 21 et ancienne adjointe au maire Roland Ries de 2014 à 2020. Engagée pour la démocratie participative et la probité des élus, elle n’avait rassemblé que 1 058 voix (2,17% des suffrages exprimés) lors du premier tour du scrutin de 2020.

Une boussole pour « retrouver un cap »

Chantal Cutajar propose donc un « appel à l’ouverture » qu’elle a appelé « la boussole ». Une démarche de construction selon quatre axes qui doit permettre à « Strasbourg de retrouver son cap », que la ville aurait perdu depuis l’élection de Jeanne Barseghian en 2020 :

« Les citoyens et les citoyennes de Strasbourg doutent de leurs élu·es. Ils ne se sentent pas écoutés et les fractures sociales s’aggravent. L’écologie est perçue comme punitive. Et ce qui résulte de tout ça, c’est l’abstention et la colère. »

Chantal Cutajar invite donc citoyens et élus à « travailler avec elle » lors de quatre ateliers dans un « restaurant convivial » de 18h30 à 20h30 les 15, 16, 17 et 18 septembre, un pour chaque axe de cette boussole : « La République et la laïcité : le cadre commun », « Co-construire la démocratie : la méthode », « L’exemplarité des élus : la garantie » et « Protéger le vivant : la finalité ». Les ateliers sont ouverts à toutes et à tous mais sont limités à une vingtaine de personnes et sur inscription. Une série de propositions issue de ces travaux sera ensuite présentée lors d’une soirée appelée « L’assemblée du cap », vendredi 26 septembre.

Mobilisation du 10 septembre : des blocages et une importante manifestation à Strasbourg, rassemblements plus sages en Alsace

Mobilisation du 10 septembre : des blocages et une importante manifestation à Strasbourg, rassemblements plus sages en Alsace

La mobilisation du mercredi 10 septembre a abouti à quelques blocages éphémères et à une manifestation de plus de 10 000 personnes à Strasbourg. Dans le reste de l’Alsace, des groupes plus modestes ont mené des opérations de tractage.

La circulation sur la M35 bloquée par un cortège tout de noir vêtu. Mercredi 10 septembre, peu après sept heures du matin, les automobilistes ont vu apparaître une nouvelle forme de mobilisation à Strasbourg. Le rendez-vous avait été donné lors du pot de départ du Premier ministre François Bayrou. Il avait ensuite été relayé sur les réseaux sociaux. Résultat : environ 150 personnes sont parvenues à empêcher les voitures de circuler pendant quelques dizaines de minutes.

Sur la M35, mercredi 10 septembre vers 7h.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

18 personnes interpellées

Les perturbations se sont ensuite déplacées au gré des pérégrinations du groupe. En parallèle, lycéens et lycéennes se mobilisaient dans trois lycées de la ville : Fustel-de-Coulanges, Pontonniers et Marie Curie. Au total, 18 personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre. En début d’après-midi, 11 militants et militantes avaient déjà été arrêtées pour des actes qualifiés de « rébellion », six dans le cadre de l’action visant à bloquer la M35, cinq lors des blocages des lycées Pontonniers et Fustel-de-Coulanges.

Au lycée des Pontonniers, les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et ont interpellé plusieurs lycéens. Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Dans l’après-midi, la manifestation déclarée par la CGT a été calme. La maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (Les Écologistes) est venue témoigner de sa solidarité avec le mouvement. Un important cortège s’est ensuite élancé. Plus de 10 000 personnes selon le syndicat organisateur, une estimation corroborée par notre journaliste sur place. La préfecture du Bas-Rhin, qui a requis et obtenu l’utilisation de drones de surveillance, a estimé à 4 900 le nombre de participants.

Plus de 10 000 manifestants selon la CGT, 4 900 selon la préfecture du Bas-Rhin.Photo : Mathilde Cybulski

Appels à de prochains rendez-vous

Place de la République, les prises de parole se sont succédé pour appeler à poursuivre le mouvement. Un rendez-vous a été pris dès jeudi 11 septembre à 8h, place de la Gare à Strasbourg. Une assemblée générale doit avoir lieu le même jour à 18h au parc de la Citadelle. Les militants et militantes comptent ainsi organiser de nouvelles actions avant la journée de grèves et de manifestations annoncée par les syndicats Unsa, CFDT, CGT, FO, CGC, CFTC, Solidaires et FSU.

La manifestation s’est terminée place de la République avec des prises de parole, entre rendez-vous pour organiser les prochaines actions et discours appelant à faire perdurer le mouvement.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Un cortège de plus de 1 000 personnes est parti vers l’Hôtel de police en fin d’après-midi, dans l’optique de « soutenir » les personnes interpellées. Les manifestants ont été empêchés de s’approcher du commissariat par les forces de l’ordre. La mobilisation a alors pris la forme d’un sit-in, sur le carrefour entre le quai Fustel de Coulanges et la rue de la 1ère Armée, où le groupe scandait régulièrement : « Libérez nos camarades ». La police nationale a usé d’une grande quantité de gaz lacrymogène pour débloquer la zone.

Tractage sans blocage dans le reste de l’Alsace

À Haguenau, une opération de tractage à destination des automobilistes a eu lieu au rond point vers Schweighouse-sur-Moder. Une « manifestation festive » a suivi entre la gare et le centre-ville. À Saverne, une trentaine de personnes étaient réunies devant la gare pour dénoncer le manque de moyens dans le service public et une taxation excessive des classes moyennes. À Sélestat aussi, une vingtaine de personnes ont manifesté dans le calme sur la place d’Armes.

À Haguenau, la mobilisation a pris la forme d’un tractage sans bloquer les automobilistes.Photo : Nicolas Thomas / Rue89 Strasbourg

Dans le Haut-Rhin, une mobilisation a rassemblé près de 500 manifestants en fin de matinée à Colmar. Du côté de Mulhouse, le cortège était constitué de 1 100 personnes, selon les chiffres de la police. Le syndicat CGT a compté entre 2 200 à 2 400 manifestants.

Pollution aux PFAS : l’aéroport verse 10 millions d’euros à Saint-Louis, « du marchandage » selon l’Adra

Pollution aux PFAS : l’aéroport verse 10 millions d’euros à Saint-Louis, « du marchandage » selon l’Adra
Une vue de l’Euroairport Bâle-Mulhouse à Saint-Louis.

Dix millions d’euros seront versés par l’aéroport international de Bâle-Mulhouse pour filtrer l’eau contaminée aux PFAS de l’agglomération de Saint-Louis. Un « marchandage » inacceptable pour l’Association de défense des riverains qui estime que ses revendications n’ont pas été entendues.

« Décevant… » Le président de l’Association de défense des riverains de l’aéroport de Bâle-Mulhouse (Adra), Bruno Wollenschneider, quitte le siège de Saint-Louis agglomération, au sud du Haut-Rhin, avec le sentiment de ne pas avoir été entendu. Mardi 9 septembre, le président de l’agglomération, Jean-Marc Deichtmann (divers droite), et le préfet du Haut-Rhin, Emmanuel Aubry, présentaient la convention conclue avec l’aéroport, pour partager les coûts liés au traitement de l’eau courante de onze communes, concernées par une importante pollution aux PFAS. Ces substances perfluoroalkylées, mieux connues sous le nom de « polluants éternels », proviennent de mousses anti-incendie régulièrement déversées dans l’environnement, lors d’exercices pratiqués par l’aéroport jusqu’en 2016.

Depuis le 5 mai, un arrêté préfectoral interdisait la consommation de cette eau aux personnes les plus sensibles, comme les très jeunes enfants, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées. Dans la foulée, l’agglomération promettait le déploiement d’unités mobiles de traitement au charbon actif, qui permettraient de filtrer l’eau des puits contaminés, avant la fin 2025. Des unités de traitement définitives sont attendues à l’horizon 2027.

Levée partielle des restrictions

Deux unités mobiles temporaires ont donc été déployées au 2e trimestre 2025, permettant une levée partielle des restrictions de consommation, annonce le préfet :

« Une partie des communes concernées par l’interdiction peut désormais retrouver un usage normal de l’eau. Les analyses réalisées par l’Agence régionale de santé ont montré que les normes de potabilité sont à nouveau respectées dans les quatre communes de Bartenheim, Kembs, Rosenau et la majeure partie d’Hésingue. »

Une troisième et dernière unité devrait être opérationnelle avant la fin de l’année pour filtrer l’eau des sept communes restantes. « Nous espérons lever les dernières restrictions fin novembre ou début décembre », complète le président de l’agglomération, qui se félicite de la gestion de ce dossier :

« Nous avons trouvé la meilleure manière de traiter ce sujet et faire en sorte que la population retrouve le plus rapidement possible un accès à une eau courante de qualité. Je suis convaincu que tout n’est pas résolu mais je tiens à souligner la réactivité de nos partenaires et des services de l’État. »

8 millions pour le contribuable

Coût total estimé pour l’installation des unités temporaires, puis définitives : 20 millions d’euros, auxquels s’ajouteront 600 000 € d’entretien annuel. À titre de comparaison, le budget de l’approvisionnement en eau potable de Saint-Louis agglomération s’élevait jusqu’ici à 4 millions d’euros par an.

Il a donc fallu trouver des financements. « L’Euroairport a pris la décision de nous accompagner à hauteur de 50 % des investissements, soit 10 millions d’euros », se réjouit Jean-Luc Deichtmann, qui assure que l’aéroport n’avait aucune obligation légale en la matière :

« L’Euroairport est moralement responsable, mais juridiquement, on ne peut rien leur reprocher. Dès qu’ils ont eu la possibilité de changer de mousses en 2017, ils l’ont fait. Il fallait donc travailler avec eux sur l’aspect de l’engagement moral et non juridique. »

À la liste des contributions s’ajoutent 500 000 € de l’État, 1,5 million d’euros de l’Agence de l’eau et un montant qui reste à définir du côté de la région, qui sera « au moins symboliquement à nos côtés », assure le président.

Le président de Saint-Louis agglomération, Jean-Marc Deichtmann, remercie les services de l'État pour leur "réactivité", dans le dossier des PFAS.
Le président de Saint-Louis agglomération, Jean-Marc Deichtmann, estime que les services de l’État ont été réactifs dans le dossier des PFAS.Photo : Paciane Rouchon / Rue89 Strasbourg

L’aéroport s’est engagé à verser 80 % de la somme due avant la fin 2025, ce qui permettra à l’agglomération de ne pas répercuter de hausse sur les factures des consommateurs cette année. À plus long terme en revanche, c’est bien le contribuable qui devra absorber les 8 millions restants et les 600 000 € annuels d’entretien. Les factures n’augmenteront « probablement » pas avant en 2027, d’après les prévisions de l’agglomération.

« C’est au juge de rechercher la responsabilité »

Pour l’Adra, cette position reflète une forte défaillance de l’agglomération et des services de l’État. Depuis la mise en évidence de cette pollution, le président de l’association, Bruno Wollenschneider, rappelle la nécessité d’appliquer le principe européen du pollueur-payeur, pour qu’il n’appartienne pas à la population d’assumer les coûts liés à la dépollution :

« L’aéroport reconnaît être à l’origine de la pollution. Même s’il n’est pas coupable, il est au moins responsable. Pendant des années, nous avons bu une eau qui n’était pas saine. La population a été lésée, puisqu’il y a une atteinte à l’environnement et à notre santé. Et maintenant on nous demande en plus de payer ?

Saint-Louis agglomération aurait dû porter plainte contre X. Puis, c’est au juge de rechercher la responsabilité. Si ce n’est pas l’aéroport, alors peut-être qu’il faut se tourner vers le fabricant des mousses anti-incendie ou vers l’État, qui n’a pas su protéger sa population… C’est pourtant son rôle. Cette convention, c’est du marchandage ! »

Le président de l'Association de défense des riverains de l'aéroport (Adra), Bruno Wollenschneider, quitte le siège de Saint-Louis agglomération avec le sentiment de ne pas avoir été entendu.
Le président de l’Association de défense des riverains de l’aéroport (Adra), Bruno Wollenschneider, quitte le siège de Saint-Louis agglomération avec le sentiment de ne pas avoir été entendu.Photo : Paciane Rouchon / Rue89 Strasbourg

Autre point de crispation, la filtration de l’eau potable ne s’attaque pas au problème environnemental que pose la présence de PFAS dans les sols entourant l’aéroport. Faute de mesures de dépollution, l’Adra craint que ces polluants éternels — très persistants dans l’environnement, comme leur nom l’indique — continuent de se répandre dans l’environnement.

« On a perdu dix ans »

Bien que le préfet du Haut-Rhin assure que des études sont en cours pour caractériser la pollution des sols, Bruno Wollenschneider estime que les réponses apportées ne sont pas à la hauteur de l’enjeu :

« Ils n’ont pris aucun engagement ferme en matière de dépollution. Ils prétendent qu’ils font tout leur possible, qu’ils ont énormément progressé, que la mise en place de filtres est déjà exceptionnelle… Mais ils auraient dû réagir il y a bien longtemps ! Les premières mesures montrant des concentrations problématiques dans la nappe phréatique ont été réalisées en 2016 par l’Aprona (Observatoire de la nappe phréatique d’Alsace, NDLR). Le premier arrêté a été pris en avril 2025. On a perdu dix ans ! »

À la liste des revendications de l’Adra, figure également la mise en place d’un suivi médical visant à déterminer les éventuelles conséquences sur la santé des habitants, qui ont consommé cette eau pendant de nombreuses années. Là aussi, l’association estime ne pas avoir été entendue. « Ils nous ont répondu que c’était inutile », soupire Bruno Wollenschneider, qui reste déterminé à obtenir gain de cause :

« Lorsque l’État est défaillant, ce sont les associations environnementales qui montent au créneau. Alors c’est ce que nous sommes en train de faire. Nous sommes obligés d’avancer sur la voie juridique. »

Le chanoine Hubert Schmitt démissionne

Le chanoine Hubert Schmitt démissionne
Hubert Schmitt en mai 2025

Mis en cause depuis 1993 dans une affaire d’agression sexuelle, le retour d’Hubert Schmitt comme vicaire général du diocèse de Strasbourg avait provoqué des remous au sein de l’archidiocèse d’Alsace.

Réinstallé fin août en tant que vicaire général du diocèse de Strasbourg, le chanoine Hubert Schmitt renonce à cette charge « devant l’émoi suscité, en vue de préserver la sérénité du gouvernement diocésain » écrit-il dans un communiqué diffusé ce mercredi 10 septembre.

Hubert Schmitt avait accédé une première fois à cette fonction, qui consiste à seconder l’évêque dans les affaires courantes du diocèse, avant d’en être écarté par Mgr Ravel en 2023. Cette décision de l’ancien archevêque de Strasbourg faisait suite au signalement en 2021 d’un servant de messe qui l’accuse d’agression sexuelle dans le presbytère de Winkel, dans le Haut-Rhin, au cours de l’été 1993. Ce témoignage et la reconstruction de la victime avaient fait l’objet d’un documentaire poignant de Claudia Marschal, La Déposition.

Malaise dans le diocèse

Hubert Schmitt rappelle dans son communiqué qu’après « trois années d’enquête approfondie par le parquet de Mulhouse, la procureure de la République a mis un terme le 21 octobre 2024 aux poursuites diligentées à mon encontre ». Mais après l’annonce de son retour comme vicaire général, des paroissiens et même des prêtres avaient fait part, à mots couverts, de leur malaise. Hubert Schmitt a donc présenté sa démission à Mgr Pascal Delannoy, qui l’a acceptée. Hubert Schmitt garde cependant son titre de chanoine et continuera à officier comme prêtre.

« Bloquons tout » : brefs blocages à Strasbourg, 18 interpellations et une importante manifestation

« Bloquons tout » : brefs blocages à Strasbourg, 18 interpellations et une importante manifestation
Manifestation du mercredi 10 septembre place Kléber à Strasbourg.

Le mouvement « Bloquons tout ! » est passé à l’action ce mercredi 10 septembre. À Strasbourg, un groupe a bloqué la M35 pendant quelques dizaines de minutes. Des lycées ont également été bloqués. Une dizaine de personnes ont été interpellées. À Haguenau, une opération de tractage a eu lieu.

Bonsoir et merci d’avoir suivi ce compte-rendu réalisé en direct. Ce sont au total cinq journalistes qui ont été mobilisées de 7h à 19h pour vous permettre de suivre les blocages et autres manifestations du mercredi 10 septembre à Strasbourg et en Alsace.

Ce travail reste en accès gratuit mais la mobilisation d’une équipe de journalistes coûte cher pour produire des informations fiables, rapides et en toute indépendance. Si vous appréciez cette démarche, optez pour un abonnement ou pour un don.

Les forces de l’ordre finissent par évacuer la place de la bourse et ses environs. Au moins deux personnes ont été interpellées au cours de l’opération pendant laquelle l’usage de gaz lacrymogène a été important.

Magdalena, mère parent d’élève du lycée Fustel. Son fils est ami avec deux des lycéens interpellés :

« Il y en a un que je connais très bien. Ce n’est pas du tout son style de se rebeller contre l’autorité. Je suis très en colère. Je trouve ces gardes à vue disproportionnées. Ce sont des mineurs. Je n’étais pas du tout inquiète que mon fils participe au blocage. Mais maintenant, j’ai la trouille que les flics chargent. Je suis venue sans masque sans rien donc j’ai un peu peur. »

Magdalena, venue en soutien aux lycéens interpellés, des amis de son fils.Photo : Line Baudriller / Rue89 Strasbourg

Les forces de l’ordre empêchent les manifestants et manifestantes d’accéder au commissariat du centre-ville de Strasbourg. Plus d’un millier de personnes entament un sit-in bloquant la circulation des voitures et des trams en scandant : « Libérez nos camarades ». Il durera une heure et demie.

Mobilisation pour les militants et militantes interpellées le mercredi 10 septembre à Strasbourg.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Selon le décompte de notre journaliste sur le terrain, Thibault Vetter, près de 10 500 personnes ont participé à la manifestation du mercredi 10 septembre à Strasbourg. Laurent Feisthauer, secrétaire général du mouvement départemental CGT Bas-Rhin, évoque aussi plus de 10 000 manifestants. La préfecture du Bas-Rhin a estimé à 4 900 le nombre de participants à la mobilisation strasbourgeoise.

Plus de 10 000 manifestants selon la CGT. 4 900 selon la préfecture.Photo : Mathilde Cybulski

Les organisateurs de la manifestation ont demandé à la foule de se disperser, place de la République. Un cortège s’élance en direction du commissariat de la route de l’hôpital.

Plusieurs rendez-vous sont donnés en fin de manifestation. Le premier est celui de la prochaine assemblée générale du mouvement, le jeudi 11 septembre à 18h au parc de la Citadelle. Un second rendez-vous est annoncé le jeudi 11 septembre à 8h place de la gare.

La manifestation se termine place de la République avec des prises de parole, entre rendez-vous pour organiser les prochaines actions et discours appelant à faire perdurer le mouvement.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

La CGT appelle à se rendre au commissariat de Strasbourg à 17h30 : « Nous nous retrouvons au comico pour essayer de libérer nos camarades étudiants. »

A la fin de la manifestation, la CGT appelle à se rendre au commissariat de Strasbourg.

Le cortège est arrivé place de la République, sa destination.

Des étudiants allument des fumigènes devant l’École doctorale des sciences de la vie et de la santé.

Eglantine Berthet, productrice de fruits et légumes dans le Sundgau et porte-parole de la confédération paysanne en Alsace :

« Le gouvernement n’a jamais répondu à notre colère sur le revenu des agriculteurs. Il a ignoré nos demandes sur le soutien aux installations, sur la sécurité sociale de l’alimentation et sur les prix planchers. Il a aussi fait preuve d’hypocrisie, que ce soit sur l’accord du Mercosur, sur l’abattage d’animaux en lien avec la dermatose ou sur la loi Duplomb. Les élus doivent prendre en considération le terrain et les demandes des paysans. »

Eglantine Berthet, porte-parole de la confédération paysanne. Photo : Thibault Vetter / Rue89 strasbourg

« À bas l’Etat, les flics et les fachos ». En tête de manifestation, un cortège étudiant scande des slogans anticapitalistes et antifascistes.

Bâtons de marche à la main, gilet jaune, foulard de la CGT et pancarte accrochée dans le dos, Gilbert, 88 ans, suit le cortège, à son rythme. Ses luttes portent sur la retraite et les Ehpad : « La gestion des Ehpad, c’est une catastrophe. Le personnel n’y est pas suffisamment nombreux. Et les salariés des maisons de retraite ne peuvent pas se révolter. »

Gilbert, 88 ans, suit le cortège, à son rythmePhoto : Line Baudriller / Rue89 Strasbourg

« Lecornu est un enfoiré, il ne fait que nous mépriser ! », scande le speaker de la remorque de la CGT. Sur un rythme de djembé, le slogan est repris par la foule.

Un drone survole la manifestation. En début d’après-midi, le tribunal administratif a validé l’utilisation de cet outil de surveillance malgré la procédure en référé liberté initiée par le Syndicat des Avocats de France.

Un drone survole la manifestation du mercredi 10 septembre.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Roseline, retraitée et Gilet jaune à Strasbourg, se souvient de sa première mobilisation à partir de la fin 2019 :

« Ce qui m’a mobilisée à l’époque, c’est la politique d’Emmanuel Macron : fort avec les faibles et faible avec les forts. Il a fait une politique antisociale en même temps qu’il a favorisé les riches, par exemple en enlevant l’impôt sur la fortune. Et maintenant on nous demande encore de nous serrer la ceinture. Moi, je vais perdre un abattement forfaitaire de 10% sur ma retraite. C’est inacceptable. Je suis pour une destitution de Macron et qu’il nous rende l’argent. »

Roseline, retraitée et Gilet jaune à Strasbourg, veut la destitution d’Emmanuel Macron.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Vers 14h30, le cortège se dirige vers la place corbeau.

Laurent Feisthauer, secrétaire général de l’Union Départementale de la CGT, est satisfait face à l’ampleur de la mobilisation. Il appelle à poursuivre le mouvement :

« On a déclaré une manifestation pour que les gens puissent avoir un gros rendez-vous dans l’après-midi. C’est un succès. Et ce n’est pas la nomination de Sébastien Lecornu qui va calmer la colère. On va construire un mouvement de grève pour imposer la question sociale et la justice fiscale. Les gens nous le demandent. On doit imposer un tempo social. On ira jusqu’à faire tomber le gouvernement s’il nous ignore. »

Laurent Feistauer, secrétaire général de la CGT 67.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

« Je comprends la colère qui s’exprime. » La maire de Strasbourg (Les Écologistes) s’est rendue place Kléber pour exprimer sa solidarité avec la mobilisation du mercredi 10 septembre :

« Il me paraît important d’être présente aujourd’hui et je comprends la colère qui s’exprime, ce sentiment d’être méprisé par le Président de la République et par les gouvernements successifs dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat. Ce sont des politiques budgétaires profondément injustes qui ont été proposés ces dernières années. La demande très forte de changement de cap politique qui avait été exprimée dans les urnes après la dissolution de 2024 n’a pas été entendue. Evidemment, la nomination de Sébastien Lecornu hier est un très mauvais signal voire presque une provocation. »

La maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (Les Écologistes) s’est rendue place Kléber pour dire sa compréhension de la colère populaire.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Jeanne Barseghian appelle ainsi à un changement de cap qui se traduirait par « la mise en place de la taxe Zucman, le renforcement des services publics et une meilleure prise en compte des questions environnementales qui ont connu des reculs terribles du fait du dernier gouvernement. »

La place Kléber se remplit peu à peu.

Du campus universitaire, le cortège étudiant est en route pour la place Kléber.

Le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté la requête du Syndicat des Avocat de France (SAF) concernant l’arrêté préfectoral autorisant le recours au drone dans la journée du mercredi 10 septembre à Strasbourg :

« Eu égard à l’importance et au caractère avéré des risques encourus ainsi qu’à la finalité poursuivie consistant en la prévention des atteintes à la sécurité des personnes et des biens dans des lieux particulièrement exposés, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les mesures de surveillance contestées présenteraient un caractère manifestement disproportionné ou méconnaîtraient les exigences du droit au respect de la vie privée. »

Ce compte-rendu en direct est en pause jusqu’au départ de la manifestation de Strasbourg, dont le départ est prévu à 14h place Kléber.

À la mi-journée, voici les informations à retenir de cette première journée de mobilisation du mouvement Bloquons tout :

    La M35 a été bloquée vers 8h pendant quelques dizaines de minutes, par environ 150 personnes qui s’étaient mobilisées dès 7h du matin, Au moins trois lycées de Strasbourg (Pontonniers, Marie Curie et Fustel de Coulanges) ont été brièvement bloqués à l’ouverture des cours ce matin. 11 personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre pour des actes qualifiés de « rébellion », six dans le cadre de l’action visant à bloquer la M35, cinq lors des blocages des lycées Pontonniers et Fustel-de-Coulanges, À Haguenau, une opération de tractage à destination des automobilistes a eu lieu dans le calme au rond point vers Schweighouse-sur-Moder, une manifestation festive a suivi entre la gare et le centre-ville, Dans le Haut-Rhin, des manifestations se sont déroulées dans le calme à Colmar et Mulhouse.

Ce compte-rendu réalisé en direct est laissé en accès gratuit mais la mobilisation d’une équipe de journalistes coûte cher pour produire des informations fiables, rapides et en toute indépendance. Si vous appréciez cette démarche, optez pour un abonnement ou pour un don.

L’assemblée générale des étudiants, qui se tient depuis midi dans un amphi du bâtiment Le Patio, a voté contre la présence des journalistes. Il n’y aura donc pas de compte-rendu de la mobilisation des étudiant·es.

Selon les DNA, plus de 500 personnes se sont réunies en cortège à Colmar et se dirigent vers la mairie. À Moosch, dans la vallée de la Thur, un barrage filtrant a été mis en place au niveau du rond-point vers Thann.

Morgane (à gauche) et Lilit (à droite).Photo : Nicolas Thomas / Rue89 Strasbourg

Dans le cortège à Haguenau, Morgane, 16 ans, et Lilit, 17 ans, sont les seules lycéennes à avoir rejoint le rassemblement ce matin. « Lundi, les députés ont prouvé que le gouvernement Bayrou n’était pas légitime, affirme Morgane. Et hier soir, Macron a nommé un Premier ministre de son bord. Il continue à faire ce qu’il veut sans se préoccuper de l’avis des gens. On ne nous écoute pas. »

« Le gouvernement n’écoute pas sa jeunesse », abonde Lilit :

« Pourtant c’est nous l’avenir de ce pays, nous, les lycéens, les étudiants. Mais l’argent, il y en a de moins en moins pour l’éducation. On voit aussi nos enseignants qui souffrent de ces réformes. D’ailleurs, il y en a plusieurs devant nous, dans le cortège. »

Maxime Kieffer, secrétaire général du syndicat CGT cheminots de Strasbourg, détaille en marge de l’assemblée générale des cheminots :

« On a emmagasiné une colère contre le gouvernement et on apporte notre soutien au mouvement Bloquons tout. On veut faire entendre la voix des cheminots parmi celle des autres citoyens. Le P-DG de la SNCF est choisi par le gouvernement, donc il se fait porte voix des décisions gouvernementales. Le transport ferroviaire est ouvert à la concurrence qui bénéficie aux grands industriels au dépend des besoins des salariés et de la population en matière de transport, du service public qu’on défend ardemment. La grève et la mobilisation sont nos dernier recours mais nous sommes face a un mur, un gouvernement qui refuse d’entendre parce qu’il défend l’idée du capitalisme. »

À Haguenau, une manifestation se rend de la gare au centre-ville, sous escorte policière.

À l’usine d’incinération des déchets au Port-du-Rhin, une vingtaine de salariés sont en grève à l’appel de la CGT. Photo : CGT Sénerval

La maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian (Les Écologistes), sera présente à la manifestation prévue au départ de la place Kléber à 14h. Elle s’était félicitée de la démission du gouvernement de François Bayrou hier :

« Un gouvernement formé avec les perdants de la dissolution à hauts risques. Les citoyens comme les partis de gauche avaient pourtant pris leurs responsabilités en empêchant l’extrême droite de rafler la mise. Et ce gouvernement irresponsable n’a eu de cesse d’affaiblir le barrage républicain que nous avons bâti collectivement. Son budget de l’injustice qui privilégie les privilégiés, son budget d’étranglement des territoires, de rogne des services publics, de privation de soins, de repos, de culture ; son budget de mépris aura été son dernier. »

Une quarantaine de personnes sont réunies sur le premier quai de la gare de Strasbourg pour l’assemblée générale des cheminots. Certains arborent le chasuble de la CGT, d’autres celui de SUD Rail. Certaines personnes présentes ne sont pas cheminotes. « Aux chemins de fer, la seule façon qu’on a de bloquer, c’est de faire grève. C’est la seule manière de toucher le porte monnaie des plus riches », assure Louise, contrôleuse en gare de Strasbourg.

À la gare de Strasbourg, une assemblée générale s’organise à l’initiative de syndicats de cheminots. Photo : Line Baudriller / Rue89 Strasbourg

Une petite centaine de manifestants s’est rassemblée sur le parvis de la gare de Haguenau. Une quinzaine de policiers restent à distance. Les syndicalistes de la CGT présents au tractage du rond-point vers Schweighouse-sur-Moder sont présents. La plupart attendent de se rendre à la manifestation prévue à 14h à Strasbourg.

Sandra Regol, députée (Les Écologistes) de la première circonscription de Strasbourg, était présente avec les lycéens de Pontonniers ce matin. Elle réagit aux événements de ce matin.

Échauffourées au lycée des Pontonniers, alors que la police intervient pour débloquer à nouveau l’entrée du lycée situé dans la Neustadt de Strasbourg.

Selon les DNA, sept manifestants ont été interpellés ce mercredi 10 septembre. Un chiffre confirmé par la direction bas-rhinoise de la police nationale. Six parmi les manifestants qui ont bloqué la M35 alors qu’ils se trouvaient sur les Ponts-Couverts à la Petite France pour « refus de contrôle, rébellion » et « entrave à la circulation ». Une septième personne a été interpellée lors du blocage du lycée Fustel-de-Coulanges, pour un refus de contrôle.

Quelques dizaines de lycéens sont regroupés devant le lycée des Pontonniers à Strasbourg. Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

L’accès au lycée a brièvement été bloqué mais les cours ont pu se dérouler.

Paul est lycéen à Fustel de Coulanges :

« En tant que lycéens, ont ressent le besoin de se mobiliser. Les élites n’écoutent pas les gens, on ne se sent pas considéré. Le projet de budget, les livraisons d’armes à Gaza, ça nous dégoûte, c’est indécent et personne n’est d’accord avec ça chez nous. Et hier soir, Macron a encore mis un Premier ministre de son camp, alors que le gens ne veulent plus de cette politique. On a l’impression que c’est la fin de la démocratie. En tant que jeune ça fait peur, c’est notre avenir. Si on se mobilise pas maintenant, personne ne le fera, on a peur d’un basculement autoritaire encore plus important. Macron fait sa politique pour les riches. La démocratie ne fonctionne que si le peuple peut choisir. »

Une intermittente a participé aux actions de ce matin :

« Je suis maman, donc ça me fait peur de participer à une action, il ne faut pas qu’il m’arrive quelque chose, j’ai un enfant qui a besoin de moi. Mais aujourd’hui je suis présente, c’est aussi mon enfant qui me pousse à me mobiliser. Ce système de domination est insupportable. À un moment, il faut qu’il se passe quelque chose. Je crois profondément que les blocages peuvent avoir un impact positif. Mais pour que ça soit efficace, il faudrait que la population s’en saisisse et rentre en résistance. »

Fin de l’action de tractage au rond point entre Haguenau et Schweighouse-sur-Moder. Photo : Nicolas Antoine / Rue89 Strasbourg

Les militants de Bloquons tout de Haguenau se retrouvent désormais à 11h, place de la Gare dans le centre-ville de Haguenau. Selon notre journaliste sur place, une majorité d’entre eux compte se rendre à Strasbourg pour rejoindre la manifestation à partir de 14h.

Des manifestants de Bloquons tout et de la CGT tentent de mobiliser les automobilistes entre Haguenau et Schweighouse-sur-Moder.Photo : Nicolas Antoine / Rue89 Strasbourg

Léa, 46 ans, est professeure. Elle est présente parmi les manifestants sur le rond point entre Haguenau et Schweighouse-sur-Moder :

« On s’est chauffé à 18 degrés tout l’hiver dernier. On a des salaires corrects mais avec deux filles en études supérieures, c’est très difficile. Tous les ans on rogne de nouvelles choses : jus de fruits, biscuits, les sorties au restau, je fais mon pain moi même… J’en ai marre, parce que pour mes enfants je veux un monde plus juste. J’en ai marre, parce que je bosse, je dors. Ces mesures d’austérité, elles font mal à tout le monde : les enfants à l’école, les vieux dans les Ehpad, les malades dans les hôpitaux… Tout ça créé de la tension dans notre société, de la violence entre les gens. »

L’une des personnes interpellées ce matin a été relâchée. « Je suis venue voir si ça allait pour les personnes interpellées », témoigne-t-elle auprès de Rue89 Strasbourg :

« On était deux il y avait rien du tout, aucun danger, on leur disait que c’était pour prendre des nouvelles. Un policier m’a demandé de me présenter mon identité, j’ai dit non, que je ne l’avais pas sur moi. Il m’a bloqué le bras, je lui ai dit que ça me faisait mal, il réagissait pas. Il ont fouillé mon sac. »

Plusieurs cantines solidaires se sont réunies pour créer une « inter-cantine » afin de soutenir les manifestants de Bloquons tout à Strasbourg. Elle vient de passer ravitailler en café et en fruits les mobilisé·es au lycée Marie Curie. « Le soin c’est une manière de lutter, explique l’un des militants derrière les deux vélos-cargos, c’est une manière de faire durer le blocage. Parce qu’on sait que pour que le gouvernement accède à nos revendications, il va falloir qu’on tienne. »

Frédéric et Sandrine se sont mobilisés sur le rond point entre Haguenau et Schweighouse-sur-Moder.Photo : Nicolas Thomas / Rue89 Strasbourg

Frédéric, 34 ans, de l’union locale CGT Haguenau depuis 2016 :

« Les injustices sociales et fiscales et cette violence du gouvernement a créé un ras-le-bol général dans la population. En tant que syndicaliste, on le ressent énormément depuis quelque temps. Nôtre rôle à la CGT c’est de mobiliser ces gens pour créer un rapport de force avec le gouvernement. Et aussi avec les grands patrons qui applaudissent des deux mains la politique de Macron. Dans le secteur, c’est Indignons Nous Alsace Nord qui a lancé ce mouvement de citoyens. Nous on vient en soutien. C’est important de montrer qu’on est aussi dans les villes moyennes comme Haguenau. Que c’est pas qu’à Strasbourg ou Mulhouse. »

Sandrine, 54 ans, professeure et militante chez Sud Éducation :

« On est là parce que le gouvernement propose uniquement des politiques d’austérité en faisant croire qu’il n’y a plus d’argent en France. Pendant ce temps il fait des cadeaux fiscaux aux plus riches. Non seulement on ne redistribue pas mais on demande aux plus modestes de se serrer la ceinture, en exemptant les riches de cette participation. On dirait qu’on se rapproche de plus en plus de l’époque des seigneurs et des serfs. En tant que prof, je vois chez mes élèves une vraie angoisse permanente du futur. Ils sont constamment sous pression et pensent que leur avenir se joue à chaque note à cause de Parcoursup. Même ceux qui font des grandes études, je les retrouve quelques années plus tard, travaillant pour des entreprises qui participent à la destruction de la planète. Certains me disent que leur travail n’a aucun sens. »

Au moins cinq manifestants de Bloquons tout ont été interpellés à la Petite France, alors qu’ils sont poursuivis par la police depuis l’action de blocage de la M35 tôt ce matin.

Retrouvez ici les prévisions des actions publiques pour cette journée :

La distribution de tracts se poursuit sur le rond point entre Haguenau et Schweighouse-sur-Moder, toujours dans le calme par une vingtaine de militants. La police reste présente et surveille.
Photo : Nicolas Thomas / Rue89 Strasbourg

En terminale au lycée Marie Curie, Elliot n’en est pas à son premier blocage. Ses dernières années, il s’est mobilisé contre Parcoursup et pour la Palestine. Ce qui le met particulièrement en colère aujourd’hui, c’est le sentiment que la France « devient un paradis fiscal pour les ultrariches pendant que les pauvres s’appauvrissent ».

À ses côtés, deux camarades décrivent la pression à faire des études et le sentiment « que seuls les gosses de riches qui font des écoles prestigieuses et payantes trouveront du travail à la sortie ». « On revendique simplement un monde plus humain. Et un 10 septembre, jour de mobilisation nationale, la police est envoyée à peine le blocage commence. Tout ça au lieu d’écouter ce qu’on a à dire », conclut Elliot.

Les manifestants à Strasbourg se déplacent désormais entre la plaine des Bouchers et l’Elsau.

Nouveau gazage des manifestants par les forces de l’ordre, sur des voies de sortie de la M35.

Un groupe bloque la circulation entre le quartier de l’Elsau et de la Montagne Verte.

La police a été déployée au lycée Marie Curie de Strasbourg.Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg

Quelques klaxons et des « On vous soutient » s’échappent des fenêtres des voitures au rond-point D1062 / chemin de la Sandlach / rue du Clausenhof à Haguenau. Il n’y a pas de blocage mais une distribution de tracts par une quinzaine de personnes. Ce sont surtout des syndicalistes CGT puisque c’est l’union locale de la CGT qui est à l’initiative. Ils font une distribution de tracts mais pas de blocage. La police est déjà présente sur place avec 4 véhicules et une quinzaine d’agents.

Frédéric de la CGT de Haguenau :

« Les retours des automobilistes sont plutôt bons. Mais j’ai quand même l’impression qu’il n’y a pas encore de prise de conscience du mouvement. On remarque qu’il y a beaucoup moins de circulation que d’habitude, les gens ont sûrement pris leurs dispositions pour éviter se circuler ou alors ils ne travaillent pas. L’action sur le rond-point est à l’initiative de l’UL de la CGT mais des membres du collectif Indignons Nous Alsace Nord nous ont rejoint. Eux ils sont à l’initiative du rassemblement de 11h, place de la Gare à Haguenau. On ira les rejoindre tout à l’heure. »

Devant le lycée Marie-Curie, une lycéenne 16 ans, en première au lycée Kléber : « Je participe pour la première fois à un blocage. Je le fais pour les lycéens qui se sont retrouvés sans professeur à la rentrée. Pour celles et ceux de région parisienne qui étudient dans des locaux insalubres. Je le fais pour les étudiants précaires qui n’ont aucun soutien du gouvernement. »Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg
La M35 est désormais également bloquée dans le sens sud – nord à Strasbourg. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Le trafic reste bloqué sur une partie de la M35, dans le sens nord-sud.

La police est rapidement intervenue pour rétablir la circulation.

Près de l’arrêt de tram de la Montagne Verte, des personnes mobilisées ont débuté un blocage routier.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

À l’arrêt de tram de la Montagne Verte à Strasbourg, Lisa, étudiante, est présente pour participer au mouvement :

« C’est très important de se mobiliser aujourd’hui. Les gens ont tendance à se reposer sur nos acquis sociaux alors qu’on n’en a plus vraiment, ils tombent les uns après les autres. La mobilisation sociale va exploser à un moment ou à un autre, mais elle ne sera jamais équivalente à la violence systémique qu’on subit depuis des années. »

À l’arrêt de tram de la Montagne Verte, le député de la 2e circonscription du Bas-Rhin, Emmanuel Fernandes (LFI), est présent. Il réagit à la nomination de Sébastien Lecornu hier soir.

La nomination comme Premier ministre hier soir de Sébastien Lecornu, un fidèle d’Emmanuel Macron, qui dialogue avec l’extrême droite, pourrait être perçu comme une provocation par les manifestants de « Bloquons tout », qui avaient comme première revendication la démission de François Bayrou et la fin des mesures d’austérité imposées au plus grand nombre de Français.

Un autre arrêté pris par la préfecture du Bas-Rhin interdit les manifestations aux alentours des péages de Schwindratzheim (autoroute A4) et d’Ittenheim (autoroute A355, le GCO). La préfecture invoque des « risques sérieux pour la sécurité des personnes » étant donné que « le nombre de forces de l’ordre disponibles ne permet pas de mettre en place des dispositifs de sécurité suffisants ».

La préfecture du Bas-Rhin a pris un arrêté autorisant l’utilisation de drones de surveillance, à Strasbourg à partir de 13 heures. Selon nos informations, cet arrêté sera contesté devant le tribunal des référés dès 9h.

Bonjour et merci de rejoindre ce compte-rendu réalisé en direct. Les premières actions sont prévues à 7h du matin, notamment à Strasbourg et à Haguenau. Nos journalistes seront présents sur quelques unes d’entre elles.

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L’ex-président du Crédit Mutuel bientôt avocat au barreau de Strasbourg

L’ex-président du Crédit Mutuel bientôt avocat au barreau de Strasbourg
Nicolas Théry

L’ancien président du Crédit Mutuel, Nicolas Théry, voudrait devenir avocat. À 59 ans, il a débuté une démarche d’équivalence auprès du barreau de Strasbourg.

Certains profitent de leur retraite pour aller à la pêche, pas Nicolas Théry. Président du Crédit Mutuel Alliance Fédérale de 2016 à 2024, la principale entité du groupe bancaire qui emploie près de 80 000 personnes, il en a démissionné pour ne garder que la fondation. Depuis quelques mois selon nos informations, il peaufine un dossier d’équivalence pour être reconnu comme avocat par le barreau de Strasbourg.

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Rap, stand-up, breakdance à l’affiche du festival OQP du 1er au 5 octobre à Strasbourg

Rap, stand-up, breakdance à l’affiche du festival OQP du 1er au 5 octobre à Strasbourg
L’équipe de breakdance du FACCrew clôturera le festival OQP le dimanche 5 octobre 2025.

Le Point d’Eau et une série de lieux strasbourgeois accueillent la dizaine de rendez-vous du festival Opération quartiers populaires du 1er au 5 octobre.

« C’est notre rap qui est écouté, ce sont nos stand-uppers qui se produisent. La culture française est irriguée par les quartiers populaires. » Mardi 9 septembre, Yan Gilg, directeur artistique des Fabriques artistiques culturelles et citoyennes (FACC), présente la 10e édition du festival Opération quartiers populaires (OQP) à la manière d’un discours politique : grands gestes, phrases chocs, voix qui porte. Les événements du festival OQP sont programmés sur les scènes de l’Elsau, de Hautepierre, de la Meinau et à l’espace culturel Le Point d’Eau à Ostwald du 1er au 5 octobre.

Yan Gilg tient à rappeler qu’au-delà d’un festival d’art urbain mettant sur scène des créations issues des quartiers populaires, il s’agit d’une « mobilisation politique » :

« Le festival Opération quartiers populaires est un coup de poing. Les quartiers populaires sont montrés comme responsables de tous les maux du monde. Nous, on veut montrer qu’on arrive encore à rire de tout ça, que les jeunes ont des choses à dire et qu’il faut leur laisser l’espace pour le faire. OQP, c’est un cri d’alarme. »

Pour fêter les 20 ans du spectacle À nos morts, trois représentations auront lieu les 29 et 30 septembre 2025.

Rendre hommage à la mémoire migratoire

Deux jours avant le début, le festival OQP commémore les combattants issus de l’immigration. Le spectacle À nos morts, qui tourne depuis vingt ans en Europe et en Afrique, rend hommage aux tirailleurs africains avec trois représentations, le lundi 29 septembre à 19h30 et le mardi 30 septembre à 14h puis à 20h, au Point d’Eau.

L’association Calima qui accompagne les personnes immigrées dans leur accès aux droits et notamment les « chibanis », les personnes immigrées vieillissantes, interviendra lors d’une table ronde mercredi 1er octobre à 19h sur les mémoires et la transmission intergénérationnelle. Une thématique centrale pour Yan Gilg qui observe que dix ans après la création du festival, « on a toujours du mal à montrer les créations artistiques issues des quartiers. »

Rap, stand-up et courts-métrages engagés

Côté stand-up, le festival a programmé Dysket pour la Whatafacccomedie, jeudi 2 octobre à 20h au Point d’Eau. Le jeune comédien présentera son premier spectacle, Loading, avec des humoristes locaux en première partie. Côté musique, c’est évidemment le rap qui est le genre-roi du festival, avec un concert samedi 4 octobre à 21h au Point d’Eau : Dilome, Bene6T et MC4 viennent de Marseille et seront confrontés à Bougris, Naicy et SNL de Strasbourg.

Pour le cinéma, deux séries de courts-métrages seront diffusées au Point d’Eau, vendredi 3 octobre à 21h. Lettre de Marianne à la République, d’abord, qui propose sept portraits d’habitants de quartiers populaires puis Les raisons du retour au pays natal qui relate l’odyssée de deux migrants, l’un sénégalais, l’autre comorien, arrivant en France. Aucun acteur n’a été sollicité : « ceux qui parlent de leur propre vie sont les plus sensibles et les plus légitimes », défend Yan Gilg.

Samedi 4 octobre, plusieurs artistes de Marseille viendront rapper au Point d’Eau d’Ostwald à 21h.

Le festival OQP se clôturera autour de chorégraphies et de battle de breakdance, dimanche 5 octobre à 15h au Point d’Eau. L’équipe de Strasbourg, appelée FACCrew, s’entraîne pour participer à une compétition internationale en novembre, Dakar en Jeux.

Il a fallu six ans pour dissoudre le groupuscule de hooligans néonazis de Strasbourg Offender

Il a fallu six ans pour dissoudre le groupuscule de hooligans néonazis de Strasbourg Offender
Strasbourg Offender lors d’un déplacement à Rennes.

Par décret publié lundi 8 septembre, le « groupement de fait » de Strasbourg Offender est dissous. Pendant six ans, les hooligans alsaciens ont commis des violences et affiché leur idéologie néonazie en Alsace et à l’extérieur.

Attaque de manifestants contre la loi sécurité globale, appel à la chasse aux juifs, bagarre organisée au centre d’un village… Depuis 2019, Rue89 Strasbourg a chroniqué les violences du groupuscule de hooligans de Strasbourg Offender. Lundi 8 septembre, un décret ministériel prononçant la dissolution de ce « groupement de faits » a été publié. Sans existence officielle, les Strasbourg Offender se réunissaient derrière une banderole à leur nom en tribune Ouest du stade de la Meinau. Ils communiquaient régulièrement les résultats de leurs combats contre d’autres hooligans sur des canaux Telegram comme GruppaOf ou OuestCasual.

C’est la fin d’un long feuilleton lors duquel une trentaine d’hommes violents ont pu afficher leur idéologie néonazie et commettre leurs violences au sein du stade de la Meinau ainsi qu’à l’extérieur. Le décret relate une longue liste des faits reprochés aux membres de Strasbourg Offender. Entre novembre 2021 et mars 2022, plusieurs bagarres ont eu lieu avec des hooligans des MesOs de Reims, parfois suivies de rixe devant le domicile du meneur des MesOs à Reims. Le texte évoque aussi une attaque révélée par Rue89 Strasbourg visant des supporteurs du Paris Saint-Germain. Parmi les victimes de cette altercation figurait un proche de l’ex-joueur titulaire du Racing Club de Strasbourg Alsace, Jean-Ricner Bellegarde.

Saluts nazis et « chasse aux juifs »

Le premier fait d’armes des hooligans alsaciens remonte à juillet 2019. Le groupuscule publie une photo sur Telegram où plusieurs membres effectuent un salut nazi sur fond de drapeau à croix gammée et de bannière des Strasbourg Offender. En marge de la rencontre opposant le RCSA et le club du Maccabi Haïfa, les hooligans agressent une dizaine de supporters israéliens. Ils s’affichent ensuite sur Telegram en brûlant des écharpes du club de football d’Haïfa. La veille, une douzaine de membres du groupuscule avait appelé à une « chasse aux juifs » dans les rues du centre-ville strasbourgeois. « Un membre de « Strasbourg Offender » a été interpellé la veille du match pour avoir appelé l’hôtel Ibis Strasbourg Centre Halles en se faisant passer pour un policier dans le but d’obtenir « des informations sur des Israéliens », précise le décret concernant le volet antisémite du groupuscule.

L’antisémitisme se trouve aux racines du groupement. Le décret évoque aussi le passé du leader des hooligans de Strasbourg Offender. « M. A » est un ancien « Elsass Korps », du nom du groupuscule fondé en 1993 et lui-même dissous administrativement car impliqué dans la profanation de cimetières juifs en Alsace. Selon nos informations, M. A est un ancien membre d’une liste du Front National présentée aux élections municipales de 2014 à Haguenau.

Un drapeau algérien brûlé

Concernant la xénophobie des hooligans strasbourgeois, le décret établit que les Strasbourg Offender « commettent et légitiment des actes incitant à la haine envers des individus en raison de leur origine, de leur appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ». Le texte mentionne aussi un fait plus récent :

« Le 7 janvier 2025, un membre des « Strasbourg Offender » a été condamné à 500 euros d’amende assorti d’une interdiction de stade de trois ans pour avoir brûlé, en tribune, un drapeau algérien, le 29 septembre 2024, à Marseille, durant la rencontre entre le Racing Club de Strasbourg Alsace et l’Olympique de Marseille. »

Le décret ministériel n’évoque pas la « patrouille » organisée par les hooligans néonazis en décembre 2023 en marge de la demi-finale de la coupe du monde opposant la France au Maroc. Il omet aussi de mentionner la mise en examen pour trafic d’armes illégal d’un des membres du groupuscule en juin 2022.

Bonne nouvelle pour les ultras ?

Il est désormais interdit aux Strasbourg Offender d’arborer leur drapeau et d’organiser des événements. Leur bannière, encore visible à plusieurs reprises en 2025 au stade de la Meinau, ne devrait plus être accrochée en tribune Ouest. Cette dissolution pourrait être une bonne nouvelle pour les ultras strasbourgeois. Ces derniers subissent depuis de nombreuses années une répression liée aux violences commises par les hooligans. Encore faudrait-il que la répression étatique ne s’abatte pas indistinctement sur les supporters et les hooligans. Ces derniers entachent aussi la réputation des ultras, régulièrement confondus avec des hooligans.

« Bloquons tout » : au pot de départ de François Bayrou, des petits papiers pour cibler l’autoroute

« Bloquons tout » : au pot de départ de François Bayrou, des petits papiers pour cibler l’autoroute
Des petits papiers pour organiser un blocage. Et d’autres petits papiers pour exprimer sa colère.

Des petits papiers ont circulé lors de la fête de départ du Premier ministre François Bayrou à Strasbourg. Le mouvement « Bloquons tout » a défini son mode d’action pour le mercredi 10 septembre, et appelle à se rendre à 7h à l’arrêt de tram Montagne Verte.

Merci François Bayrou ! Les militants et militantes du mouvement « Bloquons tout » peuvent être reconnaissants. À deux jours de leur mobilisation prévue mercredi 10 septembre, la chute annoncée du Premier ministre a offert l’occasion rêvée d’une dernière réunion festive. Plus de 300 personnes étaient réunies place Kléber à Strasbourg lundi 8 septembre à partir de 20h. Au pied de la statue du général Kléber, un vélo-cargo équipé d’enceintes diffuse une musique techno qui ravit les étudiants et étudiantes. S’ensuivent de nombreux slogans chantés dans un mégaphone. Un air de mobilisation des Gilets jaunes flotte dans l’air : « Macron nous fait la guerre et sa police aussi ! Mais on reste déter’ pour bloquer le pays ! » Mais la manifestation ce soir-là connaît une différence notable : un petit papier a circulé de mains en mains.

Objectif : bloquer l’autoroute

Sur une place Kléber quadrillée par des dizaines de gendarmes mobiles, les manifestants se savent observés. Puisque personne ne veut prendre le risque d’être désigné comme organisateur des blocages du 10 septembre, l’information circule sur des carrés blancs ou jaunes. « Bloquons tout 10 septembre » est titré le papier qui ressemble presque à un ticket de caisse. Pour Strasbourg, le rendez-vous est donné à l’arrêt de tram Montagne Verte à 7h du matin. « Venez nombreux et munis d’habits et protections adéquats », indique aussi la petite note qui précise : « pantalon sombre, veste sombre, masque FFP2/P3, foulard, écharpe, gants, sérum physiologique et videz votre téléphone ou partez sans ! »

Beaucoup de jeunes étaient présents parmi les participants au pot de départ.

Le mouvement Bloquons tout ambitionne d’empêcher la circulation automobile sur les axes autoroutiers à proximité. L’espoir des militants et militantes est d’être suffisamment nombreux en annonçant publiquement l’heure et le lieu du rassemblement prévu.

« Il faut arrêter avec les manifestations »

Ainsi s’est concrétisé un sentiment exprimé à maintes reprises dans la foule. Comme le résume Hugues Werlé, commercial au chômage, ancien Gilet jaune de Molsheim :

« Il faut arrêter avec les manifestations. Ça ne sert à rien ! Ce qu’il faut, ce sont des blocages des flux économiques et financiers. »

Mercredi 10 septembre, Hugues Werlé ne montera pas sur une barricade. Après avoir été placé en garde à vue suite à l’occupation d’un rond-point, l’homme de 60 ans participera autrement au mouvement :

« J’ai retiré 600 euros en liquide pour mes dépenses courantes du mois. Je consommerai le moins possible, j’achèterai moins d’essence pour ma voiture et j’irai moins au supermarché. »

Pour Hugues Werlé, les manifestations sont inutiles. « Il faut bloquer les flux économiques et financiers », dit-il.Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg

À quelques pas, une manifestante compte bien s’impliquer dans une action de blocage. De son engagement contre la réforme des retraites, l’étudiante a tiré le sentiment que les manifestations « dans les clous » n’aboutissent à aucune victoire. Optimiste, elle est sûre que le « ras-le-bol général » autour d’elle se traduira en actions de blocages, notamment sur le campus universitaire.

Il y a enfin ces militants de La France insoumise satisfaits de leurs actions de tractage dans le quartier Esplanade. « Très souvent, les gens nous demandent ce qu’ils peuvent faire pour participer au mouvement, rapporte l’un d’entre eux. Soit on les renvoie vers la manif, ou alors on leur dit d’aller en assemblée générale. Le fait qu’ils puissent participer de différentes manières est intéressant. »