Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Fermeture de lits : le lourd tribut de la réanimation dans le Grand Est

Fermeture de lits : le lourd tribut de la réanimation dans le Grand Est

Entre 2013 et 2018, la région a perdu 39 lits de réanimation sur 534, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques. C’est la région qui a subi le plus de fermetures de lits de réanimation ces dernières années.

Face à l’épidémie de coronavirus, les services de réanimation ont rapidement été saturés en mars. Des services conventionnels ont été reconvertis en unités Covid, multipliant les capacités d’accueil de la région Grand Est par trois. Ainsi, des services fermés quelques années plus tôt ont été remis en place. C’est le cas à l’hôpital de Sélestat, où le service de réanimation avait perdu définitivement ses 8 lits en 2016… avant de devoir en rouvrir 10 en urgence.

59 lits de réa en moins en 5 ans

Chaque année, la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) recense le nombre de lits affectés aux établissements de santé. Entre 2013 et 2018, le service des études statistiques du ministère de la Santé dénombre 59 lits en moins dans les services de réanimation du Grand Est, toutes unités confondues, public comme privé. Ces chiffres obtenus sur la base des déclarations des établissements, sont parfois contestés par les établissements eux-mêmes (voir encadré).  

Sur les unités de réanimation seules, réservés aux patients les plus graves, 39 lits ont été fermés. C’est la baisse la plus importante en France métropolitaine. Dans la plupart des régions, la réanimation « lourde » a été regroupée dans les centres hospitaliers universitaires, au détriment des établissements plus petits. En général, le nombre de lits y reste stable. Mais la région Grand Est a perdu 7% des lits dans ses unités de réanimation en cinq ans.

« On aurait pu retarder le point de saturation »

Les changements de méthodologie de la Drees dans ses recensements annuels rendent difficilement mesurables cette évolution sur le long terme. La dernière refonte des statistiques administratives des établissements a eu lieu en 2013. Reste la mémoire de syndicaliste pour en témoigner. Aujourd’hui secrétaire national adjoint de l’Unsa santé-sociaux, Jean-Claude Stutz a fait ses armes en Alsace. Il était aux premières loges pour observer le tournant des fermetures de lits, au milieu des années 2000 : 

« C’est évident que si on avait gardé cette capacité, on aurait pu retarder le moment de saturation plutôt que d’improviser avec des bouts de ficelles et de commander des respirateurs en urgence. La tendance des Agences régionales de santé, c’est de décréter les moyens en fonction d’une activité moyenne. Sauf que dans un hôpital, il y a des pics d’affluence, avec les grippes et les épidémies plus graves comme celle que l’on traverse. »

Jean-Claude Stutz, secrétaire national adjoint UNSA santé-sociaux

La réouverture en urgence d’unités est d’autant plus difficile qu’une fois les services fermés, le personnel et le matériel ne restent pas toujours à proximité. Jean-Claude Stutz poursuit :

« Si le matériel n’est pas obsolète, il est revendu. Recréer un service, c’est un vrai investissement. Pareil pour le personnel. Une infirmière en réanimation, c’est trois semaines avant d’être autonome en théorie. Mais dans les faits, c’est plutôt deux ans. »

Sur le papier, le NHC n’a pas fermé de lits de réanimation. Dans les faits, le manque de personnel en temps normal oblige l’hôpital à mettre des lits en veille. Photo : Pierre Pauma

Son homologue messin Pascal Viry dressait le même constat au micro de France Bleu Lorraine Nord le 1er avril. Alors qu’une pétition réclamait la réouverture du service de réanimation de l’hôpital militaire Legouest de Metz, le délégué Unsa de l’intersyndicale jugeait impossible de rouvrir si vite un service de réanimation fermé en 2014. L’établissement a tout de même créé une cinquantaine de lits Covid non réanimatoires, et pris en charge des patients non-Covid pour soulager le CHR de Metz.

Remplacement partiel de la réanimation par de la surveillance continue

Depuis 2004, le remplacement de la dotation globale aux hôpitaux par la tarification à l’activité (T2A) s’est accompagné d’une distinction entre la réanimation lourde, qui nécessite une ventilation mécanique avec intubation, les soins intensifs avec une ventilation mécanique au masque, et la surveillance continue et sa ventilation non-mécanique.

Ainsi, la surveillance continue, moins coûteuse en personnel et en matériel, s’est progressivement substituée à des lits de réanimation, jugés sous-utilisés ou trop peu dotés en personnels.

La Drees enregistre des créations de lits en surveillance continue pour les hôpitaux de Colmar, Chaumont et Sélestat, en parallèle de fermetures de lits de réanimation. Mais de manière générale dans le Grand Est, le total de lits en surveillance continue est également en baisse.

Encore une fois pour Jean-Claude Stutz, l’étude de la Drees ne rapporte que l’écume d’une lame de fond vieille de 20 ans :

« Durant la période 2000-2005, on avait encore des capacités de ventilation à Saint-Louis, Thann, Altkirch. C’était des unités qui gardaient des patients qui avaient besoin d’une ventilation courte, ou bien en accompagnement de fin de vie. Tout ça a progressivement disparu avec la définition plus stricte de la surveillance continue et de la réanimation. Quand il y a eu des réorganisations de services, ces unités ont été fermées. »

« Les lits déclarés ne sont pas toujours opérationnels »

Le syndicaliste redoute même que ces statistiques ne cachent une réalité plus grave, en raison du manque de personnel :

« La Drees établit ses statistiques sur la foi des déclarations des hôpitaux. Mais si un hôpital a l’autorisation pour 20 lits par exemple, et qu’il déclare ces 20 lits, il se peut qu’il ne puisse en réalité en faire fonctionner que 16 à cause du manque de personnel. Les problèmes de démographie médicale sont parfois invoqués pour fermer des lits. C’est un phénomène difficilement quantifiable, très informel. »

C’est le cas au NHC. Chef du service de chirurgie cardiaque et membre du collectif médecins, Jean-Philippe Mazzucotelli ne se fait guère d’illusions pour l’après Covid :

« En théorie, le NHC dispose de 59 lits de réanimation en temps normal. Mais on va retomber à 49 par manque de personnel. Il nous manque au moins 25 infirmières pour faire fonctionner tous les lits ouverts. »

Questionnée par France 2 sur ces fermetures de lits, l’Agence régionale de santé (ARS) du Grand Est fait valoir que la région reste légèrement mieux dotée en lits que le reste de la France métropolitaine. En 2015, la moyenne était de 0,11 lits pour 1 000 habitants majeurs, contre 0,10 en France métropolitaine.

Le département le mieux doté à l’origine, la Meurthe-et-Moselle, est aussi celui qui a été le plus durement frappé par les fermetures, notamment au CHRU de Nancy. Celui-ci est toujours menacé par la suppression de 174 lits et de 598 postes à l’occasion d’un regroupement de sept sites en un seul.

Le Grand Est reste légèrement mieux équipé en lits de réanimation que le reste de la France, malgré de fortes disparités.

L’annonce du maintien de ce projet de fermetures par l’ex-directeur de l’ARS, Christophe Lannelongue, en pleine épidémie, avait suscité une vive polémique chez les élus locaux, qui avaient parfois validé ce plan quelques mois plus tôt. Mais la persistance du haut fonctionnaire lui a coûté sa place.

Le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé la suspension de tous les projets de suppressions de lits en France. Peut mieux faire, avait réagi dans la foulée le président (PS) du Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, Mathieu Klein, en réclamant l’abandon du plan. En 2016 lors de la fermeture de l’unité de réanimation à Sélestat, l’ARS n’avait pas non plus fait des manières avec les élus. « Ce n’est ni au maire, ni au député, de décider du nombre de lits ! », prévenait le directeur de l’époque, Claude d’Harcourt.

Les mobilités du monde d’après en débat

Les mobilités du monde d’après en débat

L’esclandre de la semaine, c’était entre Robert Herrmann et les associations de cyclistes. Le Président de l’Eurométropole a refusé l’expérimentation de nouvelles pistes cyclables qui se seraient faites au détriment des automobilistes. De son côté, la CTS doit composer avec des difficultés financières, liées à la limitation du nombre de voyageurs dans ses bus et ses tramways.

Les candidats et « l’Après » : pour Jeanne Barseghian, « nos modes de vie » sont à l’origine de la crise

Les candidats et « l’Après » : pour Jeanne Barseghian, « nos modes de vie » sont à l’origine de la crise

Municipales sous la Covid (3/4) – Social, démocratie et écologie… Jeanne Barseghian (EELV) veut continuer de s’appuyer sur les trois piliers qui ont fait son succès au premier tour pour imaginer la ville de l’après-crise. La conseillère municipale souligne que ce sont bien les actions de l’Homme qui ont provoqué la crise sanitaire.

Le deuxième tour des élections municipales est prévu pour le dimanche 28 juin. Les quatre candidats qualifiés se sont préparé à ce scénario, ou un report à l’automne.

Les listes devront adapter leurs discours et programmes dans la future campagne pour intégrer les impacts de la crise sanitaire sur une ville comme Strasbourg. Avant l’annonce de la date, Rue89 Strasbourg a interrogé les quatre têtes de liste qualifiées au second tour. Au tour de Jeanne Barseghian (EELV) pour la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne ».

La destruction de la nature à l’origine de la pandémie mondiale

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Auchan, Carrefour : les salariés les plus précaires sont les perdants de la prime

Auchan, Carrefour : les salariés les plus précaires sont les perdants de la prime

Chez Auchan ou Carrefour, la prime de 1 000 est indexée sur le temps travaillé pendant le confinement. Les perdants de la prime sont les plus précaires : les caissières à temps partiel, les étudiants en contrat de 10 heures hebdomadaires, voire les premiers salariés contaminés par la Covid-19…

« La direction d’Auchan a fait tellement de pub autour de cette prime. Pour envoyer des mails nous félicitant et nous demandant de prendre soin de nous, ils étaient très forts. Tout ça pour se voir enlever une partie de sa prime parce que je suis tombée malade… »

Giovanna Sagliano, caissière à Auchan Hautepierre et élue CGT

Caissière dans le supermarché Auchan de Strasbourg Hautepierre et élue CGT, Giovanna Sagliano se souvient d’avoir commencé à tousser le 23 mars. La veille, la direction d’Auchan Retail avait annoncé une « prime forfaitaire de 1 000 euros » pour « l’ensemble des collaborateurs des magasins, entrepôts, drives, services de livraison à domicile et site de e-commerce. »

Le 22 mars, la direction d’Auchan Retail a annoncé une « prime forfaitaire de 1 000 euros » pour « l’ensemble des collaborateurs. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Paye ta prime de malade

Mais très vite, l’état de santé de la salariée s’est dégradé, entre forte fièvre et fatigue intense. Le médecin de Giovanna lui signe un arrêt du travail. Il sera prolongé pendant plus de trois semaines. Convaincue d’être victime de la pandémie de coronavirus, la mère de famille passe une semaine entière confinée seule dans sa chambre. Fin avril, elle lit sur sa fiche de paie que l’acompte « prime covid-19 » s’élève à 176 euros. « Je devrais avoir la même chose le mois prochain », prédit-elle avec amertume.

Giovanna Sagliano fait partie des perdants de la prime annoncée par certaines enseignes de la grande distribution. Elle recevra environ 350 euros, soit un tiers de la promesse initiale d’Auchan… En dénoncant l’injustice auprès de sa direction, la caissière s’est vue demandée de prouver sa contamination au covid-19 sur le lieu du travail…

Les salariés contaminés au début du confinement subissent une pénalité, due au manque de tests en France. « Nous avons eu des malades, mais c’étaient des suspicions. Nous n’avons eu aucun malade validé officiellement par un médecin », affirme Hélène Pennec, responsable de 12 supermarchés de l’Eurométropole de Strasbourg.

« Nos vies valent moins parce qu’on donne moins d’heures »

Au sein de la même enseigne, Maxime (le prénom a été modifié) fait partie des nombreux étudiants salariés à temps partiel pour s’occuper des caisses. Pendant le premier mois de confinement, il a travaillé 25 heures par semaine, puis 15 heures hebdomadaires. Fin avril, le jeune homme a reçu sa fiche de paie avec un premier versement supplémentaire de 259 euros. Pour lui, il est clair que la prime totale ne dépassera pas les 600 euros. Le jeune homme dénonce une prime au prorata « insensée » :

« En caisse, il suffit d’un client contaminé pour tomber malade. Nous sommes bien plus exposés que les cadres aux contrats de 35 heures qui travaillent dans les bureaux. »

Sentiment de « dégoût », d’avoir été « trahi », d’être pris pour des « idiots »… Maxime regrette cette impression « que nos vies valent moins parce qu’on donne moins d’heures à l’entreprise… » Une de ses collègues, aussi hôtesse de caisse, reproche à la direction d’Auchan son manque de transparence : « Le problème, c’est cette ambiance où l’on ne comprend jamais vraiment comment on est payé. On se sent utilisé tout le temps », souffle Ayşe.

« Auchan doit payer sa promesse »

Pour David Colino, élu Force Ouvrière du Auchan de Hautepierre, l’équation est simple : « Auchan a fait une promesse, maintenant ils doivent payer. » Le caissier strasbourgeois rappelle que les victimes du prorata sont souvent des personnes précaires :

« Ce sont des femmes travaillant à temps partiel. Elles gagnent un salaire autour du smic et certaines d’entre elles sont des mères isolées. En l’absence de solution pour garder les enfants, elles n’ont pas choisi le nombre d’heures travaillées et elles auraient bien besoin d’un coup de pouce de mille euros. »

Un « empressement des syndicats » pour la direction

De son côté, Hélène Pennec ne voit pas de différence entre l’annonce initiale et la prime réellement versée : « Il y a eu un gros empressement des syndicats à parler de 1 000 euros pour tous », explique-t-elle. La directrice rappelle aussi que « tous ceux qui ont eu un temps de travail hebdomadaire moyen de plus de 28 heures percevront mille euros. » Elle défend cette méthode de calcul comme une mesure proportionnelle au risque pris : « Quelqu’un qui a fait ses 35 heures sur toute la période, on peut dire qu’il a pris plus de risques. »

Exemples de calcul de la prime covid-19 Photo : document remis

Même revirement chez Carrefour

Mais la direction d’Auchan n’a pas été la seule à annoncer une prime unique pour tous les salariés. Gérant d’un Carrefour Express strasbourgeois, Yannick Simon a dû expliquer à ses salariés qu’ils n’étaient pas concernés par la prime annoncée sur BFM TV par Alexandre Bompard, P-DG de Carrefour. Pour le patron gérant d’un Carrefour Express en franchise à Neudorf, 1 000 euros pour chacun de ses 21 salariés constituerait un « montant inatteignable » malgré une hausse moyenne de 20% du chiffre d’affaires sur la période du confinement par rapport à l’année précédente.

Dans son supermarché, les employés seront ainsi payés de 150 à 1 000 euros supplémentaires, selon le temps travaillé. Pour le chef d’entreprise, cette modalité de calcul de la prime est une question d’équité : « Comment voulez vous entretenir de bonnes relations avec vos employés si vous versez la même chose à celui qui a fait 6 heures et à l’autre qui en a fait 35 ? »

Des primes différentes selon les franchises

Xavier (le prénom a été modifié), gérant d’un Carrefour Contact de l’Eurométropole de Strasbourg, a lui tenu à récompenser tous ses salariés avec la même somme : « Ils ont le même mérite, que ce soit à temps partiel ou à temps complet », tranche-t-il en décrivant une solution qui n’a suscité aucune insatisfaction. Malgré tout, le responsable n’a pas apprécié la sortie du P-DG de Carrefour :

« Lorsqu’Alexandre Bompard s’exprime, il parle aussi pour les magasins franchisés, qui constitue 50% des supermarchés chez Carrefour. Or, tous n’ont pas forcément les moyens de donner une prime de 1 000 euros à leurs salariés. »

« Lorsqu’Alexandre Bompard s’exprime, il parle aussi pour les magasins franchisés, qui constitue 50% des supermarchés chez Carrefour », estime un gérant de supermarché franchisé.

20% de hausse globale du chiffre d’affaires

Les supermarchés du centre de Strasbourg ont par exemple subi la baisse des passages touristiques : « Les collègues de la Grande Île ont fait moins 30% de chiffre d’affaires pendant la période de confinement par rapport à l’année précédente », indique Hélène Pennec. Cependant, malgré un confinement « compliqué » pour Auchan Kléber, tous les salariés recevront une prime au prorata de leur temps de travail.

Mais le chiffre d’affaires global des supermarchés Auchan supervisés par Hélène Pennec a plutôt décollé pendant le confinement. « En moyenne, on se situe entre 20 et 30% de hausse pour les Auchans de l’Eurométropole de Strasbourg », admet-elle. Le gérant d’un Carrefour Express strasbourgeois Yannick Simon compte lui aussi une croissance de 20% pendant les deux mois de confinement.

Pas de promesse en l’air, pas de mécontent

Dans d’autres grandes surfaces, comme Lidl, les salariés n’ont pas cette désagréable impression d’être les perdants d’une prime annoncée en grande pompe puis réformée en petit comité. Ainsi, Manon (le prénom a été modifé) se satisfait des 600 euros qu’elle recevra en plus de son salaire de juillet. Dans son supermarché, ce supplément de revenu est aussi indexé sur le temps de travail effectif. Mais la décision ne suscite aucun mécontentement : « Peut-être parce qu’il n’y a pas eu de promesse en l’air chez nous », devine la caissière.

#Yannick Simon

Le tribunal administratif juge que le port obligatoire du masque au centre-ville est légal mais inutile

Le tribunal administratif juge que le port obligatoire du masque au centre-ville est légal mais inutile

Dans une décision rendue en référé samedi 23 mai, le tribunal administratif valide la légalité de l’arrêté du maire de Strasbourg, rendant obligatoire les masques au centre-ville. Mais le juge en conteste l’utilité dans l’espace public.

Deux Strasbourgeois, Vincent Feireisen et Christian Chartier, ont saisi le tribunal administratif pour contester la légalité de l’arrêté du maire de Strasbourg, rendant obligatoire depuis le 21 mai le port du masque dans le centre-ville et sur une partie des quais piétonnisés. Les deux citoyens, qui ont agi en leur nom propre,

Dans une décision rendue en référé (procédure accélérée) le samedi 23 mai, le tribunal administratif a débouté les deux requérants, considérant que le port du masque de 10h à 20h, même dans une grande partie du centre-ville de Strasbourg, ne porte pas atteinte à la liberté de circulation.

Cependant, le tribunal note dans son point 10 que « selon des études, le port du masque, [dans l’espace public ouvert], ne présente pas d’utilité à lui seul si les gestes barrière ne sont pas, par ailleurs, respectés » et conclut « dans ces conditions, l’arrêté du 20 mai 2020, qui est une mesure de police administrative générale prise par le maire en complément aux mesures de police spéciale prises par les autorités de l’Etat, n’est justifié par aucune raison impérieuse liée à des circonstances locales propres à la commune de Strasbourg. »

Tous avec un masque ! Photo : doc remis

La galère des démarches administratives pour les Strasbourgeois aux emplois multiples

La galère des démarches administratives pour les Strasbourgeois aux emplois multiples

Pour les Strasbourgeois qui cumulent différents emplois ou statuts, les démarches pour se faire indemniser relèvent d’un vrai parcours du combattant.

Hélène (le prénom a été changé) est musicienne. Mais pas seulement. Elle est aussi professeure dans deux écoles de musiques, salariée d’une association, animatrice d’ateliers d’éveil musical, professeure de chorale… Hélène fait partie des « slashers », ces personnes qui cumulent différents emplois. Durant l’année, cette Strasbourgeoise travaille pour six ou sept employeurs différents, avec des contrats variables. Mais depuis le confinement la jeune femme peine à se faire indemniser.

« Je ne coche aucune case »

Avant la pandémie de coronavirus, Hélène arrivait à un salaire oscillant en moyenne entre « 1500 et 1600 euros par mois ». Mais en avril dernier, elle a touché 800 euros. Cette somme provient uniquement des deux écoles de musique dont elle est salariée et qui lui permettent d’être au chômage partiel. La musicienne est toujours dans l’attente d’une réponse pour la mise en activité partielle concernant son travail pour une association.

Pour le reste, c’est-à-dire des « petits contrats, très ponctuels », comme l’encadrement de chorales en milieu scolaire, Hélène tente depuis plus d’un mois de se faire indemniser. 

« 40 caractères pour expliquer ma situation »

« Je ne coche aucune case », regrette Hélène. Ni auto-entrepreneur, ni indépendante, ni intermittente du spectacle, mais uniquement salariée, Hélène ne rentre dans aucun des critères pour recevoir une aide de l’État, destinée à ces statuts spécifiques. Elle s’est donc inscrite à Pôle emploi. Une autre bataille commence alors, celle de « la paperasse, du casse-tête, de la galère. »

Hélène a dû signaler sa situation sur le site de Pôle Emploi : « J’avais à peine 40 caractères pour expliquer ma situation… », souffle la Strasbourgeoise. Vient ensuite l’étape des pièces justificatives : « J’ai dû envoyer entre 20 et 25 documents, plus mes fiches de paye et les contrats de travail depuis août à janvier ». Hélène avait une quarantaine de fiches de paye… Pendant plus d’une heure et demie, avec des problèmes de connexion internet, elle a dû prendre en photo plus de 60 documents, et les joindre « un à un » sur la plateforme en ligne… car il n’est pas possible de les joindre tous en même temps.

Pour Pôle emploi, Hèlène a dû prendre en photo plus de 60 documents avant de les joindre un par un sur la plateforme en ligne dédiée. Photo : document remis

Imprimer plus de 60 documents

Une fois tous les documents envoyés, « on continuait de me demander des fiches de paie déjà fournies ou pour des mois non-travaillés, on me demandait des contrats que je n’ai pas, puisque que certains employeurs, comme l’Eurométropole de Strasbourg, ne font pas de contrats pour les vacataires…. », renchérit Hélène.

Après avoir envoyé des mails à son conseiller Pôle emploi, ce dernier lui a finalement proposé de lui envoyer les pièces manquantes par mail. Hélène s’exécute et envoie une dizaine de mails, avec pièces jointes. Tous ses messages lui sont revenus car les fichiers étaient « trop lourds ». Hélène renvoi donc un à un, les fichiers par mail. Mais cela ne fonctionne pas mieux. Même un seul fichier PDF était trop lourd…

Finalement, Hélène a dû photocopier et imprimer la soixantaine de documents et les déposer directement dans la boîte aux lettres de Pôle emploi le 18 mai. À ce jour, Hélène reste « sans nouvelle ». Elle espère pouvoir être indemnisée rapidement pour continuer à s’occuper de ses enfants et payer son loyer de 879 euros par mois.

Pour être indemnisée, Hélène a photocopié et imprimé une soixantaine de fiches de paie et de justificatifs avant de les déposer dans la boîte aux lettres de Pôle Emploi. Photo : document remis

« Je ne rentrais pas dans les clous »

Juliette, elle, cumule deux statuts. Elle est indépendante pour ses différents travaux en tant qu’artiste, auteure ou illustratrice. Pour son travail de professeure d’arts plastiques en périscolaire pour la Ville de Strasbourg et de Schiltigheim, Juliette est inscrite comme auto-entrepreneure et dans l’école des arts de Schiltigheim. Ce double-statut l’a empêché d’accéder à certaines aides ou indemnisations, comme le fond de solidarité destiné aux indépendants, car Juliette ne « rentrait pas dans les clous ». 

En effet, afin de percevoir cette aide pour le mois d’avril, Juliette devait justifier avoir « subi une perte de chiffre d’affaires de plus de 50 % en avril 2020 par rapport à avril 2019« . Or, l’artiste reçoit des paiements « très souvent en différés ». Pour le mois de mars-avril, elle a perçu plusieurs sommes pour des projets qu’elle avait effectués trois mois plus tôt… Mais avec l’absence de nouvelles commandes pendant le confinement, Juliette aurait bien eu besoin de cette aide aux indépendants.

Juliette n’a pas eu le droit aux indemnités journalières liées à la garde des enfants suite à la fermeture des écoles. « J’ai des amis qui ont le même statut et la même situation que moi, ils ont pu percevoir cette aide, assure-t-elle, mais pour nous les artistes et les auteurs, ça bloque. » Encore une fois, son double statut l’a empêché de recevoir cette aide. Pour l’instant, avec l’Urssaf, Juliette a simplement pu reporter ses charges et les étaler dans le temps, en tant qu’auto-entrepreneure.

« Je pense repasser à un seul statut »

Actuellement, Juliette touche seulement un salaire de l’école d’art pour laquelle elle donne des cours en télétravail. L’établissement lui rémunère également les heures qu’elle ne peut plus faire. Avec quelques revenus des droits d’auteur, et beaucoup de projets et cours annulés, l’artiste perçoit désormais 1000 euros par mois contre 2000 euros en général. « Sans aide c’est difficile, heureusement que j’avais un peu d’argent de côté », se rassure-t-elle. Juliette pense ainsi repasser à un seul statut, celui de salariée.

« Je ne sais pas où et quoi demander »

Maeva a 25 ans. Elle cumule quatre emplois et trois statuts différents : salariée, intermittente du spectacle et indépendante. Depuis trois ans, la jeune femme est en CDI dans un restaurant pour des extras de 4 heures par semaine. Elle est aussi intermittente du spectacle en tant que comédienne, metteure en scène et professeure de théâtre dans un espace jeune à raison d’une heure trente par semaine. Depuis juillet dernier, Maeva est également VDI (Vendeur à domicile indépendant). L’été, elle est aussi saisonnière dans un parc animalier.

En temps normal, Maeva gagne « la moitié d’un Smic », soit entre 720 et 800 euros par mois en moyenne. En mars, elle a touché entre 300 et 400 euros, et pour ce mois d’avril entre 150 et 200 euros de l’assurance chômage de Pôle Emploi, pour son CDI. Pour le reste, Maeva admet : « Je n’ai pas fait les démarches parce que je ne sais pas où demander et quoi demander ». Elle ne sait pas non plus si les différentes aides selon ses statuts sont cumulables. Pour l’instant Maeva touche uniquement la prime d’activité de la CAF, qui complète ses revenus d’activités.

En tant que VDI, Maeva a pu continuer partiellement ses activités de vente en télétravail. En tant qu’intermittente du spectacle, ses heures sont pour l’instant reportées. Cet été, Maeva a postulé pour être animatrice. Elle espère reprendre les cours de théâtre en juin, et reprendre son travail dans la restauration début juillet.

Des indemnisations qui dépendent des heures travaillées

Delphine dit avoir « deux casquettes ». Elle est à la fois enseignante et artiste. À l’université, elle occupe un poste de contractuelle d’une durée de 3 ans. Elle donne des cours en art du spectacle. En même temps, elle est comédienne et metteure en scène dans un compagnie de théâtre strasbourgeoise. Delphine cumule donc deux statuts : celui de contractuelle et celui d’intermittente du spectacle.

Actuellement, ses cours à l’université sont maintenus en télétravail. Pour la partie artistique, Delphine continue également ses missions de chargée de production en télétravail. Pour les spectacles et les représentations en tant qu’artiste ou metteuse en scène, tout est à l’arrêt. Elle, comme tous les artistes de la compagnie, sont en activité partielle.

Mais Delphine explique que son revenu dépend des heures travaillées. Ainsi, pour obtenir des allocations chômage, l’intermittent du spectacle doit justifier avoir travaillé 507 heures au cours des 319 jours précédant l’inscription pour les artistes. Or, c’est souvent entre mars et juin que les artistes ont le plus de travail, car c’est là qu’ont lieu la plupart des activités culturelles. « Ça fait forcément baisser notre indemnisation » explique-t-elle. Pour elle c’est le plus gros problème. Delphine espère donc que tout ces projets pourront simplement être décalés à plus tard dans l’année. En tant qu’intermittent du spectacle « 80% de la rémunération se fait au projet », estime Delphine.

Des activités multiples qui garantissent aussi une rentrée d’argent fixe

En attendant Delphine travaille depuis chez elle pour l’université mais passe aussi ses journées à faire les démarches pour décaler les représentations et les spectacles. L’artiste et enseignante regrette aussi que tout ce travail « invisible » ne soit pas pris en compte et ne rentre pas dans les heures travaillées au moment de l’indemnisation pour son activité partielle.

Malgré cette période difficile, Delphine sait que cette double activité lui permet de vivre de sa passion, tout en ayant une rentrée d’argent fixe : « Mon travail à l’université me permet de compenser les impacts qu’on peut avoir en tant qu’artiste », comme le fait de ne pas trouver de contrats, ou l’annulation de projets.

Pour les intermittents du spectacle comme Maeva ou Delphine, Emmanuel Macron a annoncé mercredi 6 mai une « année blanche ». Si un intermittent du spectacle n’effectue pas ses 507 heures obligatoires, il pourra quand même toucher son assurance chômage jusqu’en août 2021.

Sept responsables de structures culturelles de Strasbourg appellent à « l’action »

Sept responsables de structures culturelles de Strasbourg appellent à « l’action »

Les salles fermées et le silence, c’est terminé pour sept responsables de salles culturelles strasbourgeoises. Ils rappellent qu’il n’y a pas de vie sociale sans culture et qu’il faut en débattre.

Alors que s’amorce l’été, que se dessinent leur prochaines saisons, les structures culturelles de Strasbourg sont encore en plein dans la crise sanitaire. Pour certaines, le flou et l’attente ont assez duré. Sept directrices et directeurs de structures culturelles strasbourgeoises ont publié un texte commun titré « Pour une culture agissante » (lire ci-dessous) dans lequel ils invitent le public, leurs partenaires et les collectivités à penser dès maintenant la Culture de « l’Après. »

Rue89 Strasbourg : Comment s’est déroulée la génèse de ce texte ?

Joëlle Smadja : Depuis le début de la crise, les annulations et les fermetures de nos salles, nous échangeons beaucoup entre responsables de structures culturelles, pour savoir quoi faire et à quoi s’en tenir… Nous avions un groupe informel à Strasbourg que nous avons réactivé à cette occasion. Après deux mois de silence, il nous apparaissait important de prendre la parole, de rappeler ce qu’est la culture et quel est notre rôle social.

Floe de Jean-Baptiste André, aux 30 ans de Pole-Sud en septembre Photo : capture d’écran

Est-ce en lien avec les élections municipales ?

Nous appelons les collectivités locales à se positionner bien sûr, et nous espérons que les candidats aux élections prendront part au débat. Il est important que les électeurs, même dans cette fin de campagne très courte, sachent à quoi s’en tenir quant aux choix des élus pour la culture. Mais il s’agit aussi d’un message à l’adresse du public et de nos partenaires. Dès le début de la crise, la culture a été évacuée comme quelque chose de non-essentiel. Puis on voit à présent qu’on nous demande d’occuper les enfants pendant l’été… On reçoit des fiches techniques ultra-détaillées qui nous expliquent comment faire venir et faire ressortir les gens sans qu’ils se croisent… Très bien, mais la culture, ce n’est pas que ça. Il faut se poser les questions de fond et surtout y répondre.

Pole-Sud a été particulièrement touché par la crise sanitaire ?

C’est une année maudite pour beaucoup de structures culturelles. C’était l’année d’une programmation spéciale à l’occasion de nos 30 ans et nous avons dû annuler entièrement notre biennale Extradanse. Mais nous sommes subventionnés et c’est une chance, particulièrement dans ce contexte. Nous avons payé les intermittents jusqu’en juin et honoré l’ensemble de nos engagements. Je pense surtout aux structures qui dépendent de la recette, qui vont devoir se relever après la perte d’au moins trois mois sans revenus, avec des jauges devenues minimes… La culture est un secteur économique important. On ne peut pas continuer à attendre en silence…

À Urmatt, la scierie SIAT pionnière d’une industrie écolo

À Urmatt, la scierie SIAT pionnière d’une industrie écolo

En investissant dans l’économie circulaire, SIAT, leader français de la production de bois installé à Urmatt, a réduit son empreinte carbone, favorise les circuits courts et vise le « zéro déchet. » Il s’agit « d’aller dans le sens de l’histoire » selon son dirigeant.

La scierie SIAT est un immense site de 32 hectares à Urmatt, commune de la vallée de la Bruche de 1 500 âmes. C’est presque un village dans le village, où des centaines de tronçons de bois et de palettes attendent d’être transformés en panneaux et poutres destinés à la charpente, à la couverture et à l’ossature des bâtiments.

C’est aussi là que s’élève une grande centrale de cogénération, où l’écorce, premier déchet de l’activité d’une scierie, est brûlée pour fabriquer de la biomasse puis de l’électricité. L’autre résidu, la sciure, y est transformée en granulés pour les chaudières à bois.

Ces trois activités de l’entreprise (bois de construction, bois d’aménagement et énergie renouvelable) permettent à Lionel Welsch, le responsable santé sécurité de SIAT, de dire que « 100% de la matière première entrante est transformée en produits immédiatement commercialisables. »

SIAT, une entreprise familiale qui a grandi tout au long de ses 200 ans d’existence, a fait ce choix en 2012-2013, avec un investissement de 45 millions d’euros pour l’unité de cogénération. Quelques années plus tôt, l’entreprise étendue sur deux autres sites (à Heiligenberg et à Niederhaslach) investissait 35 millions d’euros dans un nouveau parc à grumes (les grumes sont les troncs d’arbre qui arrivent des forêts sur les sites). 

Depuis, les affaires sont florissantes : étant la plus grande scierie de France, SIAT est l’un des leaders du bois de construction, un marché qui constitue encore deux tiers de son chiffre d’affaires annuel, qui s’élève à 120 millions d’euros. L’entreprise familiale produit 350 000 mètres-cubes de produits finis par an. Ce sont 50 camions de bois de sciage qui sont expédiés chaque jour.

L’entreprise a aussi investi dans les technologies de pointe, par exemple dans un scanner qui permet d’analyser dès l’arrivée des grumes la qualité intérieure du bois.

« Les affaires se portent bien, oui », confirme Marc Siat, le directeur général. C’est d’ailleurs ce succès qui confère à l’entreprise une certaine responsabilité de leader, selon lui, pour « atteindre les objectifs de développement durable en France. » Elle doit servir d’exemple, tirer la filière vers le haut.

Le « déchet écorce » devient « alimentation combustible » dans la centrale à cogénération Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

En lançant sa centrale de cogénération, SIAT s’engageait avant tout dans une démarche d’économie circulaire interne. C’était un besoin de l’entreprise de mieux valoriser ses déchets, et, tout simplement, de s’en servir pour sa propre activité. La chaleur produite par l’écorce sert à sécher une partie des produits de sciage et la sciure. Le groupe n’a pas peur de mentionner son objectif « zéro déchet. » Avec zéro regret pour Marc Siat :

« L’écorce, c’était le déchet historique dont il fallait se débarrasser. Maintenant, elle nous permet de créer de l’énergie verte. La sciure, nous devions la vendre à des kilomètres. »

120 000 tonnes de granulés, de l’électricité pour 10 000 foyers

Maintenant, elle est la matière première d’un marché supplémentaire. Plus de 120 000 tonnes de granulés sortent chaque année du site d’Urmatt, vendus à des particuliers et des collectivités. L’électricité verte produite correspond à la consommation annuelle de 10 à 12 000 foyers. Ce volet cogénération constitue environ 25% du chiffre d’affaires de la société.

Son engagement dans le développement durable, la société le voit comme la suite logique d’une activité ancrée localement en Alsace : le bois est prélevé dans un rayon de 150 km à la ronde. « 90% de la matière première vient même de moins de 100 km autour du site », précise Lionel Welsch. L’entreprise est labellisée PEFC et FSC, ce qui signifie que prélèvements dans les forêts ne dépassent pas leur accroissement naturel.

L’électricité produite sert aux foyers environnants, les panneaux et charpentes sont vendus aux réseaux nationaux de distribution de bois de charpente. Si une partie des granulés est ensachée pour être commercialisée, une autre partie est livrée en vrac par camions aux collectivités locales notamment. L’entreprise est fière de « répondre en local à un besoin local » et de ne pas importer de bois d’Autriche, « comme le font beaucoup de scieries, » pointe Marc Siat.

Prélever du bois, c’est stocker du carbone

Marc Siat avance même que l’activité de son entreprise présente un bilan carbone négatif (c’est-à-dire qu’elle participe à lutter contre l’effet de serre) :

« Nous stockons du bois qui stocke du CO2, ce qui évite donc qu’il soit relâché dans la nature quand l’arbre meurt. Aussi, le bois reste une méthode de construction bien plus écologique que le béton par exemple. »

Le bois est 12 fois plus isolant que le béton, permet d’optimiser la performance thermique et de réduire les consommations énergétiques. SIAT veut montrer que l’entreprise contribue à permettre des constructions plus respectueuses de l’environnement. Marc Siat voit d’un bon œil l’arrivée de la RE2020, une nouvelle réglementation sur les habitats à énergie positive (des bâtiments qui produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment). Ces maisons particulières nécessitent des dispositifs d’énergie renouvelable, parmi lesquelles… les chaudières à bois.

Pour Marc Siat, ces efforts permettent à l’entreprise de « simplement aller dans le sens de l’histoire » :

« Utiliser les granulés par exemple, c’est juste logique. Les marchés du fuel et du gaz ont de vraies questions à se poser. L’alternative aujourd’hui, c’est la pompe à chaleur. »

La responsable environnement, Muriel Hachet-Haas, ne cache pas non plus les efforts de l’entreprise pour filtrer ses rejets dans l’atmosphère : 

« Les indicateurs sont nombreux, notamment sur l’eau, et on est constamment en train de faire des analyses et des rapports. Au final, ce qui sort de la “cheminée” de la cogénération, c’est de la vapeur d’eau et un peu de CO2. Des écofiltres permettent de retenir les particules fines. »

Lionel Welsch précise que les produits de traitement utilisés pour protéger le bois des insectes et des champignons, sont « très dilués » (96% d’eau pour 4% de produit actif).

« Devenir meilleur dans la vie de tous les jours »

Sur le fonctionnement de l’entreprise même, la direction affirme se poser la question de « comment devenir meilleur dans la vie de tous les jours » :

« On n’est pas parfait mais on y travaille. On a prévu de supprimer les bouteilles et les gobelets en plastique et de renouveler le parc automobile pour rouler à l’électricité. »

La scierie SIAT fait partie du paysage d’Urmatt depuis 200 ans Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

Muriel Hachet-Haas, elle, estime que la question environnementale traverse toute l’entreprise, du tri dans les bureaux jusqu’aux produits finis, en passant par les procédés.

En tout cas, à la petite cafétéria, un bac de tri accueille les gobelets usagés, et rappelle qu’ils seront « très bientôt remplacés. »

#Urmatt

Les candidats et « l’Après » : Alain Fontanel veut éviter une crise des transports en commun

Les candidats et « l’Après » : Alain Fontanel veut éviter une crise des transports en commun

Municipales sous la Covid (2/4) – Pour Alain Fontanel (LREM), la crise a rendu tout le monde « un peu hygiéniste et agoraphobe ». Au-delà de certaines adaptations, il craint un grand recul sur les transports en commun.

Y aura-t-il « juste » un deuxième tour des élections municipales en juin ou faudra-t-il recommencer plus tard ? Les quatre candidats qualifiés au second tour se préparent aux deux scénarios.

En attendant de connaître les règles, les candidats réfléchissent aux impacts de la crise sanitaire sur une ville comme Strasbourg. Ils devront adapter leurs discours et programmes pour la suite de la campagne électorale. Rue89 Strasbourg a interrogé les quatre têtes de liste qualifiées au second tour. Place à Alain Fontanel (LREM) pour la liste « 100% Strasbourg ».

Des hiérarchies modifiées

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Pour le déconfinement, Strasbourg prête 2 kilomètres aux cyclistes

Pour le déconfinement, Strasbourg prête 2 kilomètres aux cyclistes

À Strasbourg, 2,2 kilomètres de bandes cyclables vont être aménagés sur trois axes de circulation. Pendant la crise sanitaire, la Ville souhaite éviter l’augmentation du trafic de voitures, tandis que la fréquentation des transports en commun a diminué.

Mercredi 20 mai, Roland Ries, maire (divers gauche) de Strasbourg et Jean-Baptiste Gernet, adjoint en charge des mobilités (La Coopérative), ont présenté la création de 2,2 kilomètres de voies supplémentaires dédiées aux cyclistes. Ces aménagements, d’un montant de 250 000€, sont transitoires et doivent durer le temps de la crise sanitaire. Ils pourraient cependant devenir pérennes, selon les choix de la prochaine municipalité.

2,2 km d’aménagements post-confinement Photo : doc Ville de Strasbourg

Ainsi une bande cyclable unidirectionnelle de 250 mètres a été aménagée rue de Molsheim, dans le sens de circulation du Musée d’Art Moderne vers la Laiterie. Cet aménagement supprime une voie de circulation automobile.

Autre ajout, route de Vienne près de la place de l’Étoile, 150 mètres de bande cyclable au niveau du croisement avec l’avenue Jean Jaurès, également équipée de 120 mètres dédiés aux cyclistes. Les travaux d’aménagement sont prévus jusqu’au début du mois de juin.

L’aménagement de six axes de circulation

Des aménagements vont aussi être créés spécialement pour les bus et les cyclistes. Deux bandes cyclables de 700 mètres vont être tracées sur le boulevard Clemenceau et avenue des Vosges. Au niveau de la rue de Wissembourg et du boulevard du Président-Wilson, une bande de 450 mètres va être ajoutée d’un côté de la chaussée, l’autre côté étant déjà aménagé.

Une bande cyclable a été aménagée rue de Molsheim. Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Depuis la fin du confinement, la capacité de fréquentation des transports publics a diminué à cause de l’obligation de se distancer physiquement. L’utilisation de la voiture n’a pas atteint les niveaux d’avant le confinement, contrairement à l’utilisation du vélo, qui a elle augmenté (+30% sur la route de Vienne).

Lundi 18 mai, le collectif Vélorution, qui fédère plusieurs associations oeuvrant en faveur de la pratique cycliste, a publié une lettre ouverte demandant à la municipalité d’ajouter sans délai des pistes cyclables transitoires pour éviter un report modal des transports en commun vers la voiture :

« De nombreuses villes se saisissent de l’enjeu que représentent les pistes cyclables transitoires, en lançant sans délai l’étude et la réalisation d’aménagements cyclables : Lyon +56 km, Paris +50 km, Bordeaux +25 km, Grenoble +18 km. Même des villes réputées hostiles aux cyclistes s’y sont mises : Marseille +23 km, Aix +13 km, Montpellier +15 km. Même Nice s’y met avec 60 km. »

Tribune de Vélorution

Selon une étude d’Alsace Nature, les fabricants de pesticides omettent des données de toxicité sur leur étiquetage européen

Selon une étude d’Alsace Nature, les fabricants de pesticides omettent des données de toxicité sur leur étiquetage européen

Les produits phytosanitaires ont un étiquetage officiel qui rend compte de leur toxicité. En comparant les étiquettes avec les informations d’autres bases de données scientifiques, Alsace Nature a découvert de nombreux risques non-répertoriés sur l’étiquetage européen des pesticides.

« L’information officielle sur la toxicité des pesticides à long terme est tronquée » C’est le nom d’une étude publiée le 20 mai par Anne Vonesch, vice-présidente d’Alsace Nature, avec l’aide d’autres membres de l’association environnementaliste. La médecin de formation donne un exemple de ses découvertes : « Selon une base de données universitaire anglaise, le cyflufenamid est toxique pour le foie et les reins. Ceci n’est pas signalé par l’étiquetage officiel européen. » Un long listing de conclusions similaires apparaît sur 41 des 109 pages du rapport. Anne Vonesch travaille dessus depuis plusieurs mois :

« Il est nécessaire de confronter le discours des autorités qui disent maîtriser les risques liés à l’usage des pesticides à la réalité des dangers potentiels qu’encourt la population. »

Une étude localisée aux alentours de Molsheim

Concrètement, Anne Vonesch a sélectionné les 72 produits phytosanitaires les plus vendus sur le secteur du code postal 67120. La zone se situe aux alentours de Molsheim, où la vigne et des céréales sont cultivés. La médecin de formation a également retenu 20 produits achetés dans des quantités inférieures, portant le total de produits analysés à 92 : 30 herbicides, 55 fongicides, 6 insecticides et 1 régulateur de croissance.

Chaque produit est composé de deux à trois substances chimiques. Les substances et produits chimiques commercialisés sont sujets à des études de toxicité. En Europe, la réglementation sur le système d’étiquetage impose des formulations officielles pour rendre compte de tous les dangers potentiels. En clair, lorsqu’un agriculteur européen achète un produit, il a des indications sur la toxicité de chaque substance qui compose le produit, et sur la toxicité du produit quand les substances agissent ensemble.

8% de substances cancérogènes selon l’étiquetage, 48% selon d’autres sources

Ces indications officielles, destinées aux utilisateurs, ont été comparées à des informations sur la toxicité de ces mêmes substances et produits d’autres bases de données. Les auteurs de l’étude ont surtout utilisé le Pesticides Properties DataBase (PPDB) de l’Université de Hertfordshire en Angleterre et la base de données canadienne SAGEpesticides (SAGE). L’écologiste déplore « un immense décalage » entre ces différentes sources :

« 8% des substances et 14% des produits observés induisent un risque cancérogène selon l’étiquetage officiel. En cumulant les données des autres sources, on arrive à 48% des substances et 63% des produits induisant un risque cancérogène.

Pour ce qui est de l’effet toxique sur la reproduction et/ou le développement, seuls 20% des substances et 22% des produits sont officiellement suspectés d’être dangereux. Mais en incluant d’autres bases de données, on arrive à des indications de danger pour 78 % des substances et 84 % des produits.

Les effets de perturbateur endocrinien, de toxicité sur le foie et les reins, et les effets neurotoxiques ne sont jamais mentionnés dans les fiches des phrases de danger officielles (alors qu’ils existent pour près de la moitié des produits et substances analysés, ndlr). »

« Les fabricants réfutent des effets toxiques »

Selon Anne Vonesch, de telles différences peuvent exister car « les fabricants de pesticides mobilisent des arguments pour éviter des classifications qui pourraient porter préjudice aux ventes. » Avec une enquête retentissante, Le Monde a prouvé en 2017 que Monsanto avait manipulé des études scientifiques pour contrer les données sur la toxicité d’un des produits phares de la firme américaine : le glyphosate.

Dans les interprétations des résultats, Anne Vonesch explique pourquoi les fabricants de pesticides rejettent la classification de certains produits phytosanitaires comme toxiques :

« Les industriels réfutent régulièrement des effets toxiques observés chez des animaux sous prétexte qu’il n’y a pas de preuves suffisantes pour dire qu’ils apparaîtraient aussi chez l’être humain. Un cas parmi d’autres, la fiche de sécurité du produit ELATUS ERA indique que des tumeurs apparaissent chez plusieurs espèces animales après exposition, mais qu’il n’y a aucune preuve que les mêmes effets seraient observés chez l’être humain. »

Selon une association de médecins, les pesticides sont un problème de santé publique

Anne Vonesch a mené cette étude en tant que responsable Agriculture d’Alsace Nature « en connaissant les enjeux autour de la communication sur les intrants agricoles. » Elle a voulu « œuvrer pour la transparence sur la toxicité des pesticides afin d’alerter les citoyens et leur donner des outils supplémentaires pour qu’ils s’approprient cette problématique. » Consciente de « s’attaquer à un gros morceau », elle s’attend à ce que l’étude soit critiquée par des industriels.

Des champs en agriculture intensive en Alsace, avec un tracteur qui épand des pesticides au loin. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Rémy Mazurier, médecin généraliste à Strasbourg, est membre du conseil d’administration de l’association Alerte des Médecins sur les Pesticides. Pour lui, « il est évident » que de nombreuses personnes développent des maladies à cause des pesticides, qui sont « un grave problème de santé publique » :

« Des études mettent en évidence que les troubles du neuro-développement, certaines maladies comme Parkinson, ou des cancers, explosent statistiquement chez des populations situées à proximité de zones d’épandage. Le problème, c’est que les industriels rétorquent que c’est juste une corrélation, et que le lien de cause à effet n’est pas prouvé. Mais c’est impossible de le démontrer. Cela induirait de faire des études de toxicité directement sur l’être humain. »

« Techniquement, c’est possible de sortir de ce modèle »

Ainsi, une étude publiée en 2014 dans la revue Environmental Health montrait qu’une femme enceinte qui vit près d’une exploitation utilisant certains pesticides a 66% de chances en plus que son enfant naisse autiste. C’est juste une corrélation, c’est-à-dire que le lien de cause à effet direct entre l’épandage de pesticides et la maladie développée n’est pas prouvé.

Mais les agriculteurs, « qui utilisent les produits phytosanitaires professionnellement sont très concernés, » explique Rémy Mazurier. Selon l’étude AgriCan, actualisée en décembre 2019, les travailleurs agricoles ont plus de chance de développer des cancers comme les myélomes (+25% de chances chez les agriculteurs) ou les lymphomes (+47%).

Le tracteur diffuse un pesticide de la catégorie des néonicotinoïde dans son champ. Cet insecticide est notamment fortement responsable de la chute des populations d’abeilles. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Daniel Starck, producteur bio à Seebach dans le Nord de l’Alsace et syndiqué à la Confédération paysanne, « sait que tout n’est pas transparent au sujet des pesticides et de leurs impacts » :

« C’est pour cela que je n’en utilise pas. Cela ne m’étonne pas qu’il y ait des tromperies de la part des fabricants. Ils jouent avec notre santé. Il faut tout faire pour sortir de ce modèle. De vraies solutions agronomiques existent pour garder des sols fertiles et avoir une bonne production sans les intrants. Le problème, c’est que cela n’est pas suffisamment encouragé par la politique agricole commune (PAC). Si cette situation perdure, c’est parce que des industriels font de l’argent en vendant des pesticides. Mais globalement, leur utilisation massive et l’agriculture intensive, qui vont de pair, sont nocifs pour les agriculteurs et pour la population en général. »

Pour cet été, des concerts aux fenêtres avec l’Espace Django

Pour cet été, des concerts aux fenêtres avec l’Espace Django

À partir du jeudi 20 mai et jusqu’à la fin du mois d’août, l’Espace Django organise dans le quartier du Neuhof une série d’événements adaptés aux règles sanitaires. L’établissement prévoit aussi des concerts retransmis sur les réseaux sociaux.

Concerts aux fenêtres, déambulations musicales, performances musicales filmées et diffusées sur les réseaux sociaux… À partir du 20 mai et jusqu’à la fin du mois d’août, l’Espace Django s’adapte à la sortie du confinement. La salle de concerts située dans le quartier du Neuhof met ainsi en place des événements compatibles avec les règles sanitaires.

Des concerts aux fenêtres 

En outre, l’Espace culturel prévoit aussi de transporter ses activités à l’extérieur. Une série de huit « concerts aux fenêtres » doivent avoir lieu en juillet dans plusieurs endroit du Neuhof. Le 2 et le 16 juillet avec La Bergerie (hip hop), le 3 et le 17 juillet avec Schifen (jazz), le 9 juillet et le 23 juillet avec Dirty Deep (blues musclé) et le 10 juillet et le 24 juillet avec Ispolin (folk bulgare).

Des déambulations musicales dans les rues de la ville seront aussi organisées durant l’été, tout comme des raids urbains, la réalisation de fresques participatives ou d’ateliers artistiques (les dates restent à préciser). Pour chaque projet, un protocole sanitaire sera mis en place afin que les règles sanitaires de distanciation et les gestes barrières soient respectés. 

Durant le mois de juillet prochain, une série de huit concerts aux fenêtres aura lieu dans le quartier du Neuhof. Photo : Bartosch Salmanski / doc remis

Des concerts filmés et diffusés sur les réseaux sociaux 

Malgré l’annulation des événements culturels prévus cet été, l’Espace Django promet d’abord une série de concerts. Seuls les artistes seront dans la salle. Le public pourra écouter et voir les musiciens derrière un écran puisque ces événements seront filmés et diffusés sur les réseaux sociaux. La direction de l’établissement travaille encore sur la programmation de ces performances musicales.

À partir du 20 mai, la salle de concert de l’Espace Django sera rouverte aux artistes locaux pour une série de concerts filmés et diffusés sur les réseaux sociaux. Photo : Bartosch Salmanski / doc remis

Recréer le lien avec les habitants et soutenir les artistes locaux 

Pour Pierre Chaput, directeur de l’Espace Django, ces activités culturelles transportées au plus près des habitants sont un moyen de « réenchanter le quotidien ». Pour lui, le confinement a souvent été vécu difficilement, et encore plus pour les personnes vivant dans des logements étroits et dans des conditions difficiles. « Il était donc essentiel, malgré le confinement et les mesures de distanciation sociale, de continuer à rassembler les strasbourgeois autour de l’art », explique-t-il.

Les activités prévues par l’Espace Django cet été ont pour but de continuer à diffuser l’art et la culture malgré la pandémie. Photo : Milan Szypura / doc remis

Ces événements sont aussi un moyen de soutenir les artistes locaux. Les déplacements à plus de 100 km étant proscrits, « autant faire participer les artistes du coin », poursuit le directeur de l’Espace Django. « L’art doit continuer à être diffusé, aujourd’hui plus que jamais », affirme Pierre Chaput. Il était donc essentiel, pour lui et son équipe, d’inventer d’autres scènes « que celles des salles de spectacles ».

Port du masque et distanciation physique provoquent des accrochages au marché de la Marne

Port du masque et distanciation physique provoquent des accrochages au marché de la Marne

Les nouvelles relations sociales du déconfinement se règlent difficilement… Exemple au marché de la Marne, où le port du masque et les règles de distanciation ont provoqué quelques accrochages mardi.

Faut-il réapprendre à vivre ensemble ? Depuis le déconfinement, de nouvelles règles s’imposent ou s’installent dans l’espace public, dans les transports, dans les magasins… et provoquent parfois des incompréhensions ou des manifestations d’hostilité.

Ainsi mardi matin, le marché du boulevard de la Marne a été le théâtre de deux incidents, alors que le port du masque sur les marchés a été rendu obligatoire à Strasbourg. Les contrevenants risquent d’écoper d’une amende de 38€.

Les commerçants et les usagers portent le masque, rendu obligatoire sur les marchés, des barrières marquent le sens de circulation obligatoire. Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Dépôt d’une main courante

Sans masque, Francesca Valerio s’est vue sommée de quitter les lieux par trois personnes peu amènes. Il s’avère que l’une d’elle était le chef placier du marché, et qu’il lui incombait de faire respecter le règlement. Elle avoue qu’elle n’a pas mis le masque, qui lui donne l’impression de suffoquer dit-elle, elle a 48 ans.

Sous le choc de ce qu’elle a vécu comme une agression publique, elle est allée dans la journée porter plainte à l’Hôtel de police, une démarche commuée en main-courante sur les conseils des policiers, explique-t-elle.

Un commerçant, témoin de la scène, explique :

« Après deux mois de confinement, on est tous à cran. Et puis on a peur que les marchés ferment alors on est rigoureux sur le port du masque pour qu’on puisse pas nous reprocher un défaut de sécurité. »

Un commerçant du marché de la Marne, Strasbourg.

Les marchés de Strasbourg ont été interdits durant toute la période du confinement, soit pendant huit semaines, malgré les démarches et les propositions d’aménagement de la Ville de Strasbourg.

Des distances de sécurité bien gardées

Autre incident, rapporté cette fois par Miriam. Alors qu’elle était aux abords d’un stand avec son masque, elle s’est écartée presque instinctivement lorsqu’une vieille dame, sans masque, s’est approchée d’elle. La dame ayant remarqué le geste, elle s’est sentie insultée, et elle est repartie en marmonnant qu’elle avait le sentiment d’être « fuie comme la peste. » Maintenir une distance d’au moins un mètre est pourtant recommandé comme « geste barrière. »

Le port du masque prive l’expression d’une bonne part des signaux corporels, qui servent à réguler les rapports sociaux entre inconnus ou entre voisins dans l’espace public. D’autres accrochages de ce type sont à craindre dans les prochains jours.

Non, l’opération Centramasques n’est pas qu’une opération commerciale déguisée en charité

Non, l’opération Centramasques n’est pas qu’une opération commerciale déguisée en charité

Un lecteur de Rue89 Strasbourg nous a alertés sur le lancement d’une chaîne de solidarité qui cachait, selon lui, un opportun business de masques entre Strasbourg et la Chine. Aux commandes : Jacques Bilde, président de Centrakor Alsace et son fils Christophe, installé dans la République populaire. Après vérification, il s’avère que la famille d’entrepreneurs a fait jouer son réseau pour s’insérer dans les productions chinoises.

« C’est la guerre des masques ! Un masque pour tous pour nos héros ! Rejoignez-nous. » Cet intitulé au ton accrocheur est l’objet d’un e-mail envoyé largement, notamment en Alsace, le 7 avril par Jacques Bilde. Dans le corps du message, le patron de Centrakor Alsace, qui importe du mobilier de décoration, invite sa liste de contacts à se rassembler « pour massifier [les] commandes » et ainsi prévoir « la protection actuelle et à venir [des] salariés pour la reprise [des] activités économiques et le déconfinement ! »

En pièce jointe, un bon de commande répertorie les différents articles disponibles et leur prix estimé, hors taxes. Il faut compter entre 0,60 et 0,75 euros pour un masque chirurgical à usage unique, de 1,90 à 2,60€ pour un masque FFP2 et 9,90€ pour une visière de protection.

Enfin dans un encadré intitulé « commentaires », il est rappelé que « le partenaire adhérent de la chaîne de solidarité s’engage à livrer obligatoirement un pourcentage de sa commande sous forme de dons aux soignants ». Une condition impérative à respecter pour l’entrepreneur alsacien :

« Nous avons créé ce collectif pour équiper les soignants de deuxième ligne, c’est-à-dire les infirmières libérales, les docteurs de ville et de campagne, les petits Ehpad. Pour ce personnel, il n’y a toujours pas assez de masques. »

Jacques Bilde a joint au mail une attestation faisant état d’un premier don de 1 800 masques aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (900 pour le Nouvel hôpital civil et 900 pour Hautepierre). Avec son fils Christophe, ils se considèrent comme le « premier maillon de la chaîne de solidarité », baptisée depuis Centramasques Autrement dit, grâce à ses contacts en Chine et à Singapour, l’entrepreneur est celui qui a permis l’importation de masques en Alsace.

« Il faudrait être solidaire du business de son fils ? »

Ce qui alertera Matthieu (le prénom a été changé), un juriste qui a contacté la rédaction de Rue89 Strasbourg, c’est l’utilisation de « couleurs agressives » et le choix d’une typographie grasse pour faire ressortir le texte. Il détaille son intuition :

« L’utilisation du rouge dans un paragraphe pour évoquer la mort des gens, du noir pour parler de pénurie… Pour moi, c’est un message très marketé qui met un vrai coup de stress. On sait que [Jacques Bilde] est un industriel et que son fils pilote une usine en Chine, donc forcément ça pose question ! Si je résume, on a l’impression qu’il veut que nous soyons solidaires pour qu’il fasse du business. »

Le profil LinkedIn de Christophe Bilde indique en effet qu’il est l’actuel CEO (« chief executive officer », P-DG en français) de l’usine China New Product Factory (CNPF) basée à Canton, dans le Sud-Ouest du pays.

Capture d’écran du profil LinkedIn de Christophe Bilde

Des commandes de 12 à 14 millions de masques

Contacté, Jacques Bilde a assuré que l’usine CNPF dirigée par son fils ne fabrique pas de masques : « C’est une société de contrôle qualité, de sourcing [trouver des fournisseurs] et de shipping [livraison]. » Il a certifié en outre, que ni lui, ni son fils n’avaient « perçu de commission » :

« L’épouse de mon fils est chinoise et dispose d’une solide réputation auprès de donneurs d’ordres européens majeurs. La société CNPF est l’interface indispensable entre les usines de fabrication en Chine et les entreprises d’importation européennes. »

En recherchant le nom de l’entreprise sur un moteur de recherche, plusieurs occurrences renvoient à une compagnie qui conçoit de la décoration d’intérieur, de Noël et de jardin. Mais en aucun cas à une production de matériel de protection à destination des soignants.

Pour le chef d’entreprise alsacien, l’opération Centramasques est suffisamment transparente :

« Vous pouvez regarder sur les réseaux sociaux, nous n’avons que des remontées positives. C’est malhonnête de penser que notre démarche puisse être intéressée. Depuis le 15 mars, j’ai visité beaucoup d’hôpitaux et de cliniques de la région et j’ai vu à quel point il était difficile de se procurer des masques. On avait besoin d’une commande d’un million de masques pour pouvoir être pris en compte en Chine entre d’autres qui atteignent 12 ou 14 millions d’unités, c’est pourquoi j’ai cherché à regrouper les commandes. Mon fils a servi d’intermédiaire grâce à son réseau professionnel là-bas. C’est comme ça qu’il a pu négocier des créneaux de fabrication. »

Don de masques à la Croix-Rouge du Bas-Rhin Photo : Document remis

Au 19 mai, quelque 80 entreprises se sont jointes à Centrakor Alsace pour commander ces masques chinois. Le cap d’un million de masques a été atteint. Quant à Jacques Bilde, il a annoncé avoir livré 20 000 masques de Centrakor Alsace « à plus de 450 soignants de Mulhouse et Wissembourg ».

Lancée dans la production de masques, l’entreprise alsacienne Labonal attend des commandes des collectivités locales

Lancée dans la production de masques, l’entreprise alsacienne Labonal attend des commandes des collectivités locales

Voyant les masques arriver de Chine ou du Pakistan, le P-DG de l’entreprise Labonal, qui s’est adaptée pour produire des masques, regrette de n’avoir reçu que « des commandes de compléments » de la part des collectivités territoriales alsaciennes.

Fabriqués au Pakistan, en Chine ou en Tunisie… Les masques commandés par les collectivités territoriales alsaciennes arrivent peu à peu. Mais leur provenance désole Dominique Malfait, P-DG de l’entreprise alsacienne et productrice de chaussettes en tricot Labonal :

« J’ai du mal à admettre qu’on fasse venir des produits de l’autre bout de la planète alors que ça fait deux mois qu’on prône la relocalisation de la production en France. »

L’entreprise Labonal produit aujourd’hui plus de 10 000 masques par jour. Photo : Document remis

Une longue bataille et une déception

Car Dominique Malfait a longuement bataillé pour que l’usine de Dambach-la-Ville parvienne à produire plus de 10 000 masques par jour. Son entreprise a d’abord élaboré une première solution en partenariat avec l’entreprise Lydall. Problème : l’entreprise bretonne ne pouvait pas fournir un nombre suffisant de filtrants jetables pour équiper le masque lavable. Le P-DG s’est alors tourné vers une entreprise alsacienne et est parvenu à atteindre le rythme de fabrication actuel dès début mai.

Une semaine après le déconfinement, le chef d’entreprise constate qu’une partie de la population n’a toujours pas reçu les masques promis par les pouvoirs publics locaux. Et l’entrepreneur de regretter :

« Les collectivités territoriales n’ont pas exploité la totalité des ressources locales pour répondre aux besoins. Ce n’est pas normal qu’on se retrouve dans une situation où j’ai des masques mais que la population alsacienne attende toujours d’en recevoir. »

Relocalisation manquée et protection au rabais

Pour le P-DG alsacien, cette relocalisation manquée est d’autant plus regrettable que les masques livrés de l’étranger sont bien moins protecteurs que ceux qu’il produit, selon lui. Les premiers équipements de protection livrés dans les boîtes aux lettres des Bas-Rhinois répondent à la recommandation Afnor imposant le filtrage de plus de 70% des micro-particules. « Nous, on filtre à 99,6% des micro-particules », assure le chef de l’entreprise Labonal.

Sortie d’un redressement judiciaire début 2018, la firme d’une centaine de salariés a vendu plus de 120 000 masques avec 450 000 patchs filtrants jetables. Photo : Document remis

Au-delà de la protection de la population alsacienne, des commandes des pouvoirs publics auraient permis de soutenir une entreprise locale fragile. Sortie d’un redressement judiciaire début 2018, l’entreprise d’une centaine de salariés a vendu plus de 120 000 masques avec 450 000 patchs filtrants jetables. Le tarif se situe entre 1,45 et 1,70 euros l’unité et 0,25 euro le patch jetable. « Si je fais 500 000 masques, j’amortis les pertes liées à la chute des ventes de chaussettes au cours des derniers mois », estime Dominique Malfait. En apprenant la livraison de masques chinois à la Ville de Mulhouse, le P-DG y voit un soutien manqué à l’économie du département :

« L’agglomération de Mulhouse a commandé plus de 500 000 masques. J’aurais pu en faire plus de 200 000… Je trouve ça dommage. J’attends toujours les commandes de masques des collectivités et des entreprises. »

Produisant actuellement plus de 10 000 masques par jour, l’entreprise Labonal dispose déjà de 80 000 équipements en stock, prêts à être livrés.

#labonal

À Strasbourg, la pandémie empêche des étudiants internationaux de rentrer chez eux

À Strasbourg, la pandémie empêche des étudiants internationaux de rentrer chez eux

Frontières fermées, vols annulés, quarantaine forcée… Certains étudiants internationaux de Strasbourg se retrouvent coincés dans la capitale alsacienne. Témoignages.

« Dans ma tête j’allais finir mes examens et rentrer chez moi », explique Ana, étudiante salvadorienne. En août 2019, la jeune femme de 17 ans arrive à Strasbourg pour commencer sa licence en sciences de la vie et de la Terre. Mais le 11 mars, les autorités locales salvadoriennes décident d’interdire l’entrée sur le territoire national à tous les voyageurs et ce pour 30 jours. Début mai, malgré la réouverture des frontières, son billet pour rentrer au Salvador est annulé. Ana se résigne à passer son été en France.

À 18 ans, C’est la première fois qu’Ana part si loin et si longtemps de son pays. Elle n’a pas vu ses parents depuis août dernier. Ils ont préféré qu’elle reste en France au début de l’épidémie. Ils avaient peur qu’elle « attrape le virus à l’aéroport ». 

La jeune femme tente de se rassurer en se disant qu’elle n’est pas la seule dans ce cas : « Avec d’autres étudiants internationaux de ma licence on s’est promis que si on ne pouvait pas rentrer chez nous, on passerait l’été ensemble », déclare-t-elle. « Je me sens triste mais j’essaye de me dire que ça peut être une opportunité pour découvrir un peu plus la ville de Strasbourg », conclut l’étudiante.

Bloqué dans 9 mètres-carrés

Jean-Christophe est originaire de Taïwan. Il est arrivé à Strasbourg en septembre dernier pour intégrer un master à Science Po. L’étudiant est actuellement « bloqué » en Cité Universitaire, dans sa chambre de 9 mètres-carrés.

Jean-Christophe vit dans une chambre de 9 mètres carrés en Cité Universitaire à Strasbourg Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Pour pouvoir rentrer, Jean-Christophe attend d’abord le retour de la libre circulation des personnes sur le territoire français. « J’avais prévu de rentrer début juin après les examens, explique-t-il, mais je vais devoir décaler à fin juillet-début août, suivant l’évolution de la situation. » Avec un seul avion hebdomadaire pour Taïwan au départ de Paris Charles de Gaulle, le départ de l’étudiant relève du casse-tête : « Il faut que les transports en commun et les trains concordent avec les horaires du vol, et puis il y a encore l’interdiction de se déplacer à plus de 100 kilomètres… », soupire-t-il.

Jean-Christophe aurait voulu rentrer à Taïwan mais la quarantaine de deux semaines imposée à l’entrée du territoire taïwanais l’en a dissuadé. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Jean-Christophe espère aussi que les mesures mises en place par l’État taïwanais s’assoupliront : « Si je rentre maintenant il y a le risque de devoir attendre 14 jours dans un hôtel avant de pouvoir voir ma famille, et je n’ai pas envie d’être encore isolé pendant deux semaines… », déclare l’étudiant. Depuis le 17 mars, Taiwan impose une mise en quarantaine à domicile de 14 jours aux voyageurs autorisés à entrer sur le territoire. Les personnes qui présentent des symptômes de la covid-19 doivent passer deux semaines isolées dans des centres publics dédiés.

La peur d’être contaminé

Ce qui empêche l’étudiant de rentrer, c’est aussi la peur d’être infecté par le coronavirus. Sa famille est elle aussi, très inquiète de la situation en Europe : « À chaque fois que je les appelle, ils me disent de sortir le moins possible et de mettre un masque quand je vais dehors. » Mais le fait de ne plus sortir renforce aussi l’isolement. « Je me sens assez seul, le plus dur c’est en fin de journée et le soir… » déclare Jean-Christophe. Depuis que les cours et les examens sont terminés, les soirées dans sa chambre du Crous paraissent parfois très longues.

« Est-ce que si je pars je pourrais revenir ? »

Islam est en troisième année de licence économie gestion à l’Université de Strasbourg. Arrivé dans la capitale il y a 4 ans pour ses études, le jeune Algérien est désormais bloqué en Alsace « jusqu’à nouvel ordre ». Il ne sait toujours pas s’il pourra rentrer cet été. Les autorités locales ont suspendu, depuis le 17 mars « toutes les liaisons aériennes et maritimes à destination et en provenance de l’Algérie, à l’exception du transport des marchandises« .

Il y a deux semaines, Islam a rempli un formulaire de l’ambassade algérienne pour se faire rapatrier. Depuis il attend une réponse. « Au début, je n’ai pas pensé à partir, je ne voulais pas prendre de risque pour ma santé et celle de mes parents, j’ai préféré rester seul », explique-t-il.

Mais aujourd’hui la solitude lui pèse. Habituellement, Islam rentre l’été en Algérie pour voir sa famille et pour travailler dans l’entreprise de son père. Il peut ainsi mettre de l’argent de côté et réduire ses dépenses de loyer. L’étudiant espère donc trouver rapidement un job étudiant en France. Il souhaiterait reprendre son travail de livreur en vélo. En attendant, pour tenir ce mois-ci, ses parents lui ont envoyé de l’argent. 

En septembre prochain, Islam aimerait poursuivre ses études en gestion des entreprises industrielles. Mais s’il arrive à rentrer en Algérie, l’étudiant sera toujours inquiet : « Si je pars, est-ce que je pourrais revenir en France ? »