Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Les incertitudes de Distrimasques

Les incertitudes de Distrimasques

Ça y est, le déconfinement est là. Certains l’attendent, d’autres le redoutent. À commencer par le personnel soignant, dont l’approvisionnement en masques ne semble toujours pas garanti.

Pour les médecins, kinés, infirmiers et sages-femmes libérales, l’ARS s’apuie sur l’URPS Médecins Libéraux Grand Est (Union Régionale des Professionnels de Santé), et sa plateforme Distrimasques. Cependant, à quelques jours du déconfinement, les libéraux en lien avec Distrimasques ont eu la surprise d’être appelés à faire preuve « d’auto-régulation citoyenne » sur leurs demandes de masques.

Les médecins à

Alain Lobet : trente années qu’il plonge du huitième étage

Alain Lobet : trente années qu’il plonge du huitième étage

Il a parcouru le monde, de parcs d’attractions en falaises, se produisant dans des paysages de rêve et sous les yeux de centaines de spectateurs. À bientôt 52 ans, Alain Lobet, le titi de Cronenbourg, a déjà derrière lui trois décennies de plongeon de haut vol. Comme chaque année, il passe la morte saison à Strasbourg.

En le voyant blaguer avec ses potes du club de natation et faire des pitreries au bord du bassin de la piscine de Schiltigheim, on se dit : « Voilà un plongeur du dimanche. » Mais quand il monte au 10 mètres et fait tranquillement son enchaînement (saut périlleux et demi arrière, vrille et demie), on comprend qu’on s’est bien mis le doigt dans l’œil.

Alain Lobet. Photo : FrG / Rue89 Strasbourg

Car Alain Lobet est un professionnel du « high dive », le plongeon de haut vol. Une discipline dans laquelle on s’élance de 20 mètres, voire plus. Et grâce à laquelle il est devenu artiste professionnel.

Champion de France junior en 1985

Mais son tout premier plongeon, c’est sur une aire de jeu la Cité Nucléaire de Cronenbourg qu’il l’a fait. « À trois ans, je suis tombé du haut d’un toboggan, tête la première. De trois mètres, mais dans le sable heureusement. » Une expérience qui ne l’a pas dégoûté des acrobaties.
Adolescent, il pratique la gymnastique, avant de découvrir le plongeon, le vrai, à 14 ans, à la piscine de Schilick.

Rémy Hammer, son entraîneur de toujours, se souvient :

« La première chose que je lui ai dite c’est : “Va chez le coiffeur !” Il avait une mèche sur l’œil gauche qui l’empêchait de voir. Mais lui et ses copains étaient assez motivés pour venir à pied depuis Cronenbourg. Et Alain avait les dispositions physiques. Et l’intelligence. »

Alain, 14 ans, piscine de Schiltigheim Photo : remise

Un cocktail qui, ajouté au travail, permet à l’adolescent de progresser très vite. L’ambiance détendue que fait régner Rémy Hammer à l’entraînement convient à merveille à son tempérament. Il progresse jusqu’à devenir vice-champion de France junior de plongeon à 10 mètres, en 1985.

Le goût du spectacle

Alain aime la compétition, mais il aime encore plus les réactions du public lors des meetings que le club organise. De vrais spectacles.

« On ajoutait toujours aux démonstrations un côté comique, clown, qui attirait des quantités de gens. La fédération n’appréciait pas trop ça, mais on s’en fichait, c’était notre état d’esprit. Moi, les rires et les applaudissements, ça m’enthousiasmait. »

Alain Lobet

Alors à l’été 1986, quand un ami lui propose de rejoindre sa troupe de spectacles nautiques pour une tournée d’été en Suisse, il accepte sans hésiter.

« Et je n’ai plus arrêté ensuite. J’ai laissé tomber l’école et je me suis lancé à fond. Je ne le regrette pas. Le plongeon m’a permis de vivre de ma passion en parcourant le monde. »

Alain Lobet

Toute première fois

Mais il a d’abord fallu qu’Alain passe du 10 mètres, plus haut plongeoir en piscine, au 25 mètres utilisé dans les spectacles de haut vol. L’équivalent d’un 8e étage.

« La première fois, c’était en décembre 1990, sur le parking d’un supermarché de Bordeaux. Je me le rappelle comme si c’était hier. Double salto avant et demi-vrille. Il était parfait ! Et quel pied ! Je crois que je n’en ai plus connu de meilleur depuis. »

Alain Lobet
Plongeon groupé avec « Milord entertainment » à la foire expo du comté de Norfolk (Canada) Photo : remise

Ensuite, changement de décor, Alain écume les plus grands parcs d’attractions au sein de différents groupes de plongeurs. En France, en Allemagne, en Italie, en Chine, à Hong-Kong, en Afrique du Sud, au Canada. Il devient un habitué des festivals d’Oman, de Riyad et de Dammam en Arabie saoudite. Et il fait le circuit des foires géantes du Midwest américain.
Comme celle du comté de Norfolk (Canada) où a été filmée cette vidéo :

Normalement, ça passe… (doc remis)

« Tu sens le shoot d’adrénaline »

À chaque fois c’est le même principe : une tour métallique de 25 mètres, une plate-forme de 20 centimètres sur 20, et un bassin circulaire de 8 mètres de diamètre pour 3 mètres de profondeur. C’est moins qu’en piscine. Bien sûr, les pieds entrent en premier dans l’eau.

« Quand tu t’élances, tu sens le shoot d’adrénaline » Photo : remise

« Quand tu commences à monter, tu sais que la seule façon de redescendre, c’est de plonger. Arrivé tout en haut, tu entends le public qui retient son souffle. Tu es dans ta bulle de concentration. Tu plonges, et tu sens le shoot d’adrénaline. Mais dans les airs tu dois encore te concentrer. Sur ton élégance et sur la précision du geste pour ne pas te blesser en pénétrant dans l’eau. Et quand tu remontes à la surface, tu entends les acclamations. C’est grisant ! On ne peut pas s’en lasser ! »

Alain Lobet
Un bassin de 8 mètres de diamètre Photo : remise

Pourtant, une fois il n’a pas sauté. Et il s’en rappelle encore :

« Je débutais. En haut, le vent soufflait très fort, alors j’ai eu peur. J’ai désescaladé la tour. Et je me suis fait huer, mais huer ! Je me suis dit “plus jamais !” Maintenant le vent ne me fait plus peur. Je trouve même qu’il pimente le show. »

Faire le show, Alain aime ça ! C’est pour ça qu’à sa palette, il a ajouté d’autres disciplines : jongleur, clown, magicien, cracheur de feu, sculpteur de ballons, il fait aussi des échasses, du monocycle, du trampoline, du trampo-mur, du fly-board, de la roue Cyr, etc.

Le high dive, version burlesque Photo : remise

Des talents qu’il met à profit depuis 18 saisons au Canada’s Wonderland, près de Toronto. C’est d’ailleurs à ces séjours qu’il doit le surprenant accent qui le fait souvent passer pour un Québecois.

18 saisons au Canada’s Wonderland, le plus grand parc d’attraction du pays.
La petite cascade du parc Wonderland Photo : doc remis

C’est aussi dans ce parc, en 2017, qu’Alain a connu la plus grosse frayeur de sa carrière. Dans un cadre qu’il connaissait pourtant parfaitement :

« Au Wonderland, on plonge d’une cascade artificielle dans un petit lac. Ce jour-là, il venait d’être rempli après vidange. Ce qu’on ne pouvait pas voir, à cause des remous, c’est qu’il manquait 20 centimètres d’eau. Ça semble peu, mais quand tu plonges de 25 mètres, ça fait une sacrée différence ! Mon talon a frappé le fond. La douleur ! Et la peur ! Un ami avait eu le sien fracturé en plusieurs endroits avec le même type d’accident… Finalement je n’avais rien de cassé, mais j’ai souffert en marchant pendant deux ans. »

Plongeon dans l’eau glacée à Brontallo Photo : remise

Acapulco, Hawaï, Monaco…

Le high dive a aussi permis à Alain Lobet de plonger dans des rivières, des lacs, des fleuves, et presque toutes les mers du globe, au milieu des paysages les plus somptueux. À commencer par LE spot des plongeurs de haut vol :

« Acapulco ! Mythique. On avait eu l’autorisation exceptionnelle des plongeurs locaux. C’est superbe. Et très technique. Déjà, la falaise est inclinée en arrière, alors il faut donner une sacrée poussée pour ne pas s’écraser dessus. Et puis il faut attendre la vague qui va amener une hauteur d’eau suffisante dans la crique et plonger pile au moment où elle atteint un certain repère sur un rocher particulier. Si on ne t’explique pas, c’est extrêmement dangereux. »

Acapulco, le rêve de tout plongeur de haut vol Photo : remise

Autre temps fort de la carrière d’Alain : le Red Bull Cliff Diving, une tournée en eaux libres à laquelle participent les meilleurs spécialistes du monde. Il a participé aux éditions 1999 et 2000.

« J’ai plongé à Rome, à Monaco, à Brontallo en Suisse, à Dubrovnik en Croatie, à Hawaii… On sautait d’au moins 25, 28 mètres au maximum. Du moins en théorie. Une fois, on s’est rendu compte qu’on était à 30 mètres. On a tout de même plongé. On a senti passer l’entrée dans l’eau ! C’était vraiment limite. »

A Rome, Alain Lobet plonge dans l’eau froide du Tibre depuis le pont Saint-Ange Photo : remise

Montrer ses fesses au prince

C’est aussi avec le Red Bull Cliff Diving que le Strasbourgeois a frôlé le drame :

« Pour un film promotionnel en Méditerranée, on longeait les côtes en catamaran, à la recherche de spots inédits. Près d’Amalfi, j’étais en équilibre sur les mains pour plonger de la falaise (ma figure préférée), quand un pote m’a saisi à bras le corps. En dessous il y avait un rocher que je n’avais pas vu. J’ai plongé d’un peu plus loin, en poussant fort sur les jambes, mais l’entrée dans l’eau a été violente pour le bas de mon dos. J’étais bien marqué. »

Albert et Alain Photo : remise

Cet épisode sera aussi l’occasion d’une anecdote qu’il aime raconter : quelques jours après l’incident, les plongeurs arrivent à Monaco, où ils sont présentés au prince Albert.

« Nous sympathisons en bavardant de sport. Je lui raconte le fameux plongeon. Et je descends mon maillot pour lui faire voir les ecchymoses. Mes potes n’en revenaient pas ! Tout le monde ne peut pas se vanter d’avoir montré ses fesses à un chef d’État. »

Alain Lobet
Des marques et des remarques… Photo : doc remis

Les risques du métier

Pour pratiquer le high dive, il ne faut ni être douillet, ni avoir peur des bleus ou des bosses. Les cervicales et le sacrum sont régulièrement endoloris. Quand on demande à Alain si le plongeon de haut vol est une discipline de casse-cou, il est formel :

« On doit être d’autant plus prudents que, vu la hauteur, le risque est important. Il faut se tenir en forme et ne pas se laisser endormir par la routine. Il n’y a pas d’accident mortel mais j’ai vu des accidents graves : un de mes amis s’est explosé le coccyx, un autre s’est retrouvé avec une jambe dans le dos, déboîtée. Moi je me suis juste cassé un genou. J’ai passé deux semaines dans le coma, mais c’était suite à un accident de skate-board ! »

Un regard d’expert sur les autres plongeurs Photo : FrG Rue89 Strasbourg

Transmettre

Chaque année, Alain Lobet revient hiverner à Strasbourg. Il retrouve Rémy Hammer et les plongeurs du club, toujours prêt à leur donner des tuyaux. Comme à Charlotte, qui a commencé à plonger en spectacle il y a quelques mois :

« Alain, c’est un exemple. Quand on fait du plongeon comique, on a tendance à oublier la sécurité. Mais avec lui, c’est toujours safe. Et il est heureux de partager son expérience. En toute modestie. »

Charlotte : « Alain, c’est un exemple » Photo : FrG / Rue89 Strasbourg

Cette générosité dans la transmission de ses savoirs-faire, Alain ne l’a pas que pour le plongeon. Par exemple, depuis quelques mois, il s’implique auprès des jeunes du Cirk&Toile de Molsheim. Mais en cette période de crise sanitaire du Covid-19, Alain piaffe d’impatience dans son appartement du centre de Strasbourg en attendant la réouverture des parcs :

« J’aurais préféré être confiné à la piscine ! L’eau me manque ! À défaut, je sors courir, je fais de abdos et d’autres exercices pour préparer la saison. Je devais plonger tout le mois de juin dans l’Ohio et enchaîner au Wonderland jusqu’à Halloween, mais l’Ohio vient d’annuler à cause du virus. Je croise les doigts pour la suite ! »

« Plonger me donne toujours autant de plaisir » Photo : FrG / Rue89 Strasbourg

Champion du monde

Quand on lui demande combien de temps encore il compte faire du haut vol, Alain arbore son sourire d’ado :

« Le plus longtemps possible. Tant que mon corps me le permettra. Parce que je ne suis pas près d’être blasé. Plonger me donne toujours autant de plaisir. Et quand je ne pourrai plus faire de high dive, je reviendrai plonger en compétition. »

En 2004 Alain Lobet a remporté le titre de champion du monde senior de plongeon à 10 mètres. Son palmarès n’en est peut-être qu’à ses débuts.

Au soleil couchant d’Acapulco Photo : doc remis

Mme la préfète, autorisez l’accès aux parcs et jardins au nom de la santé publique !

Mme la préfète, autorisez l’accès aux parcs et jardins au nom de la santé publique !

Colistiers de Strasbourg écologiste et citoyenne, Suzanne Brolly et Jean Werlen s’offusquent que l’accès à la nature en ville ne soit pas autorisé pour le déconfinement. Ils font valoir que ce contact avec les plantes et le vivant est un impératif de santé publique.

Réouvrir les golfs à partir du lundi 11 mai, mais pas les jardins publics en ville ? Spécialiste de la nature en ville pour l’une, architecte pour l’autre, tous deux écologistes, nous sommes sidérés par l’iniquité et l’aspect contre-productif de cette décision ! (Le département étant classé rouge, l’accès aux parcs et jardins n’est pas autorisé, selon le plan de déconfinement du gouvernement, NDLR).

Pour enrayer la progression de l’épidémie de coronavirus, la préfecture du Bas-Rhin a décidé dès le vendredi 20 mars d’interdire l’accès à toutes les forêts, jardins publics, plans d’eau et parcours de santé du département. À l’aube du déconfinement, ces dispositions sont maintenues pour les parcs et jardins, alors qu’elles vont à l’encontre du bien-être de la population et ne permettent pas de réduire les risques de contamination.

Le parc de la place de Haguenau permet la pratique du jogging et un peu de promenade Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

En outre, ces dispositions induisent des risques qui ne peuvent être ignorés :

    Un risque de concentration des flux du fait de la réduction du périmètre de déplacement : Pour tenir compte de la « distanciation physique » imposée dans l’espace public, rendue plus difficile encore par les files d’attente devant les magasins, augmenter la place allouée aux piétons et aux cycles est une évidence. Permettre la circulation sur les berges et dans les parcs réduirait le nombre de piétons sur les trottoirs et donc la pression sur un espace public réduit. Un risque accru pour la santé mentale : plusieurs études attestent que les espaces de nature (parcs urbains, forêts, berges végétalisées, etc.) nous offrent de précieuses ressources pour lutter contre le stress en concourant au recouvrement de nos réserves cognitives et émotionnelles. Nous ne remettons pas en question les mesures barrières pour réduire la progression de la pandémie, mais nous nous inquiétons en revanche pour le bien-être de ceux qui vivent en ville, parfois dans des espaces très restreints et bien souvent sans jardin.
    Le contact avec la nature est nécessaire pour la santé physique et mentale, comme pour le développement physique et psycho-affectif de l’enfant. Le lien à la nature est un besoin essentiel qui ne peut être ignoré. La pression psychologique (stress, dépression anxiété, trouble de l’humeur) renforcée par le confinement pourrait être soulagée en permettant aux Strasbourgeois de se promener dans les parcs urbains et dans les forêts qui bordent notre ville.Un risque accru pour la santé physique : les parcs urbains proposent une alternative à la vie sédentaire que nous avons subie pendant près de deux mois, en stimulant les envies de promenades et d’activités physiques de toutes les catégories sociales et de toutes les tranches d’âge. La présence d’espaces verts tend également à réduire les risques de surpoids, surpoids facteur de risque majeur de Covid-19.
Le petit parc des Halles, une respiration bienvenue dans la forêt de béton, est inaccessible Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Si les forêts et espaces verts urbains favorisent des activités physiques bénéfiques pour la santé, comment tolérer l’interdiction de leur fréquentation en cette période de crise sanitaire ? Cette interdiction accentue également les inégalités, car ces espaces sont bien souvent le seul lien à la nature accessible pour nos concitoyens !

Outre l’offre de soins, une grande part des facteurs de santé d’une population reposent sur des déterminants environnementaux et socio-culturels. En intervenant sur le logement, la mobilité, la nature en ville, l’alimentation ou encore la pollution de l’air, une municipalité peut actionner des leviers positifs ou négatifs sur ces déterminants. Autoriser l’accès à la nature, c’est offrir de meilleures conditions de vie aux habitants.

« Faisons confiance aux Strasbourgeois ! »

En 1907, à Strasbourg, le docteur Garcin, membre du conseil de direction de l’Assistance publique, proposait la mise à disposition de terres pour améliorer l’hygiène et la santé des ouvriers issus de l’exode rural : c’est la naissance des jardins ouvriers / familiaux.

En 2020, en pleine pandémie, l’État fait l’exact inverse en interdisant la fréquentation des espaces de nature, lieux hautement bénéfiques pour la population, en particulier pour la part de celle-ci qui ne peut jouir d’une maison secondaire, d’un jardin ou d’un environnement spacieux et verdoyant.

À madame la Préfète et au maire de Strasbourg, nous adressons cette requête : pour prendre soin de la population, permettez la réouverture immédiate des espaces verts à Strasbourg ! Plutôt que d’interdire, informons, éduquons, éveillons les consciences, pour mieux appréhender les risques liés à la contamination du virus. Comme nos voisins allemands le font depuis le début de la crise, faisons enfin confiance aux Strasbourgeois !

Amoureux par-delà le Rhin : la « double peine » d’une séparation à durée indéterminée

Amoureux par-delà le Rhin : la « double peine » d’une séparation à durée indéterminée

Le déconfinement approche en France. L’Allemagne, déconfinée, assouplit ses restrictions. Une maigre consolation pour celles et ceux dont l’être aimé vit de l’autre côté du Rhin. Des Strasbourgeois racontent la distance qui s’installe, et l’incertitude, voire les doutes : quand pourront-ils re-franchir cette frontière qu’ils avaient oubliée ?

« Pour la première fois de ma vie, je la vois cette frontière », déplore Jennifer (tous les prénoms ont été changés), 24 ans, éducatrice de jeunes enfants en formation. Le 17 mars, la France a installé un confinement strict et l’Allemagne a fermé sa frontière avec la France la veille, dès le matin. Seuls les couples mariés et pacsés ont le droit de traverser le Rhin.

Ce n’est pas le cas de Jennifer, qui ne peut plus voir son compagnon Leo, étudiant allemand de 25 ans. Ils se sont rencontrés il y a 2 ans et demi lors d’un séjour Erasmus en Irlande. De retour au pays, chacun a continué ses études dans sa ville d’origine. Elle habite Strasbourg et lui Constance, à moins de 3 heures de route. D’habitude, leur relation ressemble à celle de nombreux amoureux frontaliers : se voir les week-ends et pendant les vacances. Le dimanche 15 mars quand ils se séparent, des rumeurs de confinement commencent à circuler. Dans le doute, Jennifer préfère être proche de ses parents et de ses grands-parents :

« J’étais à Constance pour le week-end. On a retardé la séparation jusqu’au dernier moment, mais il a fini par me dire : “On va préparer tes valises, parce que demain, tu pars.” Quand je lui ai dit au revoir, je savais que je ne le reverrai pas avant longtemps. »

Le même jour, Bastian, 35 ans, a fait le chemin inverse : il avait passé le week-end à Strasbourg, chez sa compagne Laura, professeur d’allemand. Leur relation a démarré en 2017, lors de vacances en Espagne. Le dimanche 15 mars, il a reçu un SMS de l’entreprise pour laquelle il travaille, à Heilbronn, non loin de Stuttgart : « Les frontières ferment ». De toute façon, il avait prévu de rentrer le lendemain pour retourner au travail. À la frontière, les policiers ont commencé à filtrer : ils lui ont demandé s’il se sentait bien, ou s’il avait des symptômes. Il allait très bien, mais son employeur lui a demandé de rester 14 jours chez lui, « au cas où » car l’Alsace était considérée comme une zone à risque. « En gros, il m’a quittée pour être en quarantaine deux semaines chez lui », regrette Laura, qui pensait le revoir assez vite : 

« J’ai été naïve : on nous avait dit deux semaines. Et la situation ne paraissait pas si grave. »

Ils finissent par comprendre que leur séparation n’aura pas de date de fin avant longtemps. Le quotidien de leur relation est alors fait de SMS et d’appels vidéos, « une fois par semaine » et toujours en allemand.

Deux confinements différents, deux réalités différentes

Des coups de fil qui prennent parfois un goût amer. En France, les activités sont limitées et Jennifer n’a pas grand-chose à raconter :

« On s’appelle trois fois par semaine, mais c’est parfois pesant, triste. Il me dit souvent : “Je sais que tu n’aimes pas que je te pose cette question, mais tu vas faire quoi demain ?” Alors que c’est toujours la même réponse : travailler (en télé-travail, ndlr), faire du sport… »

Du côté de Wissembourg, d’où est originaire Laura, ce bout de frontière est marqué par un assemblage de quelques barrières Photo : doc remis

Elle trouve sa situation d’autant plus pénible qu’en face, l’être aimé allemand a plus de libertés : l’Allemagne n’a pas confiné sa population aussi strictement et a commencé à déconfiner dès le 4 mai. Jennifer raconte que Leo avait déjà le droit d’aller voir des amis et de faire des tours de vélo « de 50 km, s’il en avait envie ». Presque une vie d’étudiant normale, en somme.

« C’est comme si elle était en Nouvelle-Zélande »

C’est cette « frustration » qui pèse aussi sur la relation actuelle de Vincent. Ce quadragénaire strasbourgeois travaille dans l’événementiel. Sa compagne, Lana, est un peu plus jeune que lui et vit à Munich, en Bavière. Mais pour lui, c’est comme si elle était en Nouvelle-Zélande :

« On vit vraiment dans deux mondes différents. Elle peut aller voir ses parents, ses amis. Elle peut aller manger une glace. Ça paraît bête mais psychologiquement, c’est énorme. C’est pas qu’il y a de la jalousie, mais quand même… »

Le lundi 16 mars, Bastian a quitté l’appartement de Laura. Ils pensaient « en avoir pour deux semaines » Photo : doc remis

C’est qu’il commence à en avoir marre de se sentir isolé, de faire du télé-travail. Il aurait « besoin de rencontrer des gens autour d’une bière », de « claquer une bise », de voyager. Il constate que leur séparation et leurs réalités différentes créent de la distance entre eux. Et les conséquences sur leur jeune relation d’un an et demi risquent d’être irrattrapables. Lana exprime des doutes sur leur avenir commun.

Pour Vincent, c’est la double peine, à cause de la frontière qui a tout compliqué. En se quittant quelques jours avant le premier tour des élections municipales françaises, il ne savait pas qu’ils ne se reverraient pas :

« Une relation à distance, c’est déjà difficile. Mais alors quand on ne peut plus se voir et qu’on a zéro visibilité sur l’avenir, c’est très très dur. Et même si la frontière rouvre : y aura-t-il des trains pour Munich ? Devrais-je m’isoler pendant quinze jours avant de pouvoir voir ma copine ? D’un point de vue sanitaire, on ne sait pas ce qu’il va se passer. Si ça se trouve, il y aura une deuxième vague et l’Allemagne sera reconfinée. »

« On est revenu à une Europe forteresse »

Il déplore une barrière qui lui paraît infranchissable, qui « met vraiment à l’épreuve les couples franco-allemands », et qui, au-delà de son cas particulier, ternit le projet européen :

« Soudain, on est revenu à une Europe forteresse, où chacun vit intra-muros. C’est très triste pour moi, qui ai vécu toute ma vie d’adulte avec la liberté de circuler : depuis 1993, aller en Allemagne, ça passait comme une lettre à la poste. »

Ces Strasbourgeois amoureux de l’Allemagne et des Allemands regrettent amèrement ce retour d’une « Europe forteresse » Photo : doc remis

Laura, la prof d’allemand de 30 ans, européenne dans l’âme, le prend aussi à cœur : 

« Ça fait un peu mal. On nous parle d’Europe, et là, chacun fait ses propres règles. »

Des relations suspendues par la frontière

Vincent est très amer envers le gouvernement. Une raison de plus pour faire fuir sa bien-aimée, qui envisageait de le rejoindre pour vivre ensemble dans la « capitale européenne » : 

« La gestion politique de la France ne la rassure pas du tout. L’ambiance est hyper anxiogène. Et le gouvernement n’est pas très aidant : c’est un peu “démerdez-vous.” Bref, ça ne doit pas donner très envie aux étrangers de se pointer. »

Jennifer et Leo devaient également emménager ensemble à Karlsruhe, le 1er mai. Jennifer devait faire un stage dans une garderie et Leo avait la possibilité de continuer ses études là-bas. Ils avaient déjà signé le bail et prévu de profiter du coin, de faire « plein de randos en Forêt-Noire. »

Laura, professeur d’allemand, s’occupe en télétravail. A Heilbronn, Bastian a la possibilité de faire plus de choses Photo : doc remis

Laura a vu son idée d’anniversaire surprise de Bastian partir en fumée :

« Nous devions partir au Danemark le 19 avril, sans qu’il ne sache où nous allions. Son frère, qu’il voit peu, devait nous rejoindre. Au final, on a fêté par écrans interposés, avec un petit verre à la main… »

Contourner les règles pour se revoir

Face à l’incertitude totale du jour où ils pourront à nouveau se serrer dans les bras, certains ont décidé de prendre leur destin en main. Jennifer espère trouver une solution dès la fin du confinement. Les Allemands auront repris de nombreuses activités (certaines classes dans les écoles vont rouvrir, ainsi que les musées, les aires de jeux pour enfants, les coiffeurs…), et si sa garderie rouvre, cela pourrait être l’excuse qui changerait tout :

« Si ma direction me demande de reprendre le boulot, j’essaierai de voir avec les autorités françaises s’il est possible de déménager. L’appartement de Karlsruhe est là, il nous attend. »

Les couples franco-allemand n’ont plus d’horizon. Photo : Pixabay / cc

Laura et Bastian se renseignent tous les jours, à la recherche d’articles qui leur donneraient des indications sur une réouverture des frontières. Ils tombent sur des témoignages de personnes dans la même situation, en Pologne, en Hongrie… Ils ne vont peut-être plus attendre très longtemps. Laura a un plan :

« Si ça dure trop, j’irai voir du côté de Wissembourg, d’où je suis originaire. Je pense à un bout de frontière, dans les vignes. Je pourrais traverser, me poster de l’autre côté de la barrière et attendre qu’il vienne me chercher. »

Fête de l’Europe samedi : action symbolique à la frontière

Fête de l’Europe samedi : action symbolique à la frontière

Pour protester contre le maintien de la fermeture de la frontière entre la France et l’Allemagne, des collectifs de citoyens ont choisi de manifester silencieusement leur désapprobation samedi 9 mai à midi, jour de la Fête de l’Europe.

Des citoyens français et allemands organisent une action symbolique samedi à l’occasion de la Fête de l’Europe. En ouvrant des parapluies au même moment des deux côtés du Rhin, ils entendent dénoncer le maintien de la fermeture de la frontière entre la France et l’Allemagne, effective depuis le début de la crise sanitaire.

Samedi 9 mai autour de midi, jour de la Fête de l’Europe, plusieurs groupes de Français et d’Allemands vont se retrouver en « marche silencieuse » autour des rives du Rhin, au niveau des ponts sur le fleuve qui existent entre Bâle et Karlruhe. À Strasbourg, les groupes ont prévu de se retrouver des deux côtés du pont de chemin de fer et de celui du tramway.

La fermeture de la frontière depuis deux mois renvoie une piètre image de la construction européenne Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Dans un communiqué, ces citoyens expliquent que ces manifestations doivent envoyer un message aux élus français et allemands :

    qu’ils « n’acceptent plus la situation actuelle aux frontières, »qu’ils « aimeraient construire l’avenir ensemble, Français et Allemands. »

En outre, ces citoyens demandent :

    « l’arrêt des contrôles aux frontières,la fin de l’inégalité de traitement des personnes fondée sur la nationalité ou la résidence,que soient appliquées les dispositions du pacte d’amitié d’Aix-la-Chapelle qui accordent aux Eurodistricts des compétences autonomes accrues et des possibilités d’expérimentation. »

Masques, tests, tracing… Comment les autorités locales comptent appliquer le déconfinement dans le Bas-Rhin

Masques, tests, tracing… Comment les autorités locales comptent appliquer le déconfinement dans le Bas-Rhin

Dans le Bas-Rhin, 10 millions de masques à distribuer, 8 174 tests virologiques quotidiens possibles et 200 agents préposés à l’enquête sur les personnes suspectées de contact avec un cas de Covid-19… « Nous sommes prêts pour le déconfinement », a affirmé la préfète du Bas-Rhin lors d’une conférence de presse avec les responsables de la Ville, de l’Eurométropole, de l’Académie de Strasbourg et de l’ARS.

« Nous sommes prêts pour le déconfinement ce lundi », a répété plusieurs fois la préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier, lors d’une conférence de presse sur le déconfinement dans le Bas-Rhin jeudi matin. Avec les responsables de la Ville de Strasbourg, de l’Eurométropole, de l’Agence régionale de santé, de l’Assurance maladie et de l’Académie de Strasbourg, Josiane Chevalier a décrit les mesures accompagnant la fin progressive du confinement, qui doit débuter lundi 11 mai dans le département.

Millions de masques et milliers de tests

Pour limiter la propagation du virus, 11 millions de masques sont disponibles dans le département du Bas-Rhin. Les 73 laboratoires privés du département sont en capacité de réaliser 8 174 tests virologiques par jour (par prélèvement, de type PCR). Une capacité supérieure aux besoins locaux, selon la préfète, qui assure que la solidarité interdépartementale sera à l’oeuvre au niveau des tests PCR. Les capacités haut-rhinoises atteignent 4 600 tests par jour. Au total dans la région Grand Est, 18 519 tests sont réalisables quotidiennement.

Les médecins traitants prescriront ces tests à tous les patients présentant des symptômes de la Covid-19. Sur rendez-vous, ils pourront aller dans l’un des 73 laboratoires du département pour être testé « sur site, en drive (en restant dans la voiture, ndlr) ou à domicile grâce à des équipes mobiles », indique Adeline Jenner, déléguée territoriale de l’Agence régionale de santé. Un centre de prélèvement sera installé au Parlement européen à Strasbourg, il devrait permettre de tester 2 000 personnes par jour. Il sera dédié aux patients asymptomatiques.

Strasbourg prêt à sortir de son confinement… Photo : Laurent Khram-Longvixay

Le « contact tracing » pour isoler les cas Covid-19

Si le test PCR est positif, l’Assurance maladie enclenche le dispositif de « contact tracing (traçage des contacts, ndlr) » afin d’identifier les contacts à risque du patient testé positif à la Covid-19. Ce dernier doit ainsi retourner chez son médecin traitant, qui va assurer la prise en charge et tenter d’identifier les proches potentiellement contaminés.

Près de 200 salariés de l’Assurance maladie enquêteront pour dresser des listes de cas suspects et contacter chacun d’entre eux. Objectif : les inviter à faire un test dans le laboratoire le plus proche et dans les sept jours ayant suivi la rencontre avec la personne testée positive à la Covid-19. En attendant les résultats de leurs tests, les potentiels contaminés devront se fournir en masques en pharmacie. Si le résultat est positif, ils seront mis à l’isolement à domicile ou dans des hôtels dédiés.

Une reprise scolaire graduée

Le maire de Strasbourg, Roland Ries, s’est déclaré « personnellement hostile au report de la rentrée à l’automne. Six mois sans école pour les élèves, c’est trop, notamment pour les enfants des milieux vulnérables, » a-t-il indiqué mais il « conçoit une souplesse par rapport à la date du 11 mai. »

Pour la rectrice de l’Académie de Strasbourg, la reprise est une priorité pour les élèves les plus fragiles, ceux qui ont souffert du confinement et ceux qui ont décroché. Selon une enquête de l’Education nationale, dans le Bas-Rhin, 3,5% des élèves du CP au CM2 hors éducation prioritaire n’ont donné aucune réponse aux sollicitations de leurs professeurs. Ce taux monte à 14,1% dans les établissements REP+ (Réseau d’Education prioritaire). « Ces chiffres datent de début avril, donc aujourd’hui l’écart entre les deux zones est encore plus grand », affirme Elisabeth Laborde.

La rectrice de l’académie strasbourgeoise veut aussi capitaliser sur l’expérience des pôles d’accueil pour les enfants de personnel soignant : « On est passé de 122 enfants pris en charge en début de confinement à plus de 1 200 élèves sur une centaine de sites, dans des écoles ou des collèges. » Elisabeth Laborde estime que ces accueils ont été une réussite : « Les témoignages de reconnaissance des parents montrent que le lien de confiance s’est renforcé après un doute au début. »

Les autres précisions du plan de déconfinement

    Tous les commerces pourront ouvrir à partir de lundi, à part les cafés et les restaurants. Les marchés pourront aussi reprendre leur activité dès le 11 mai. « On inverse la logique : l’autorisation devient la norme, l’interdiction devient l’exception », résume la préfète du Bas-Rhin. À partir du 11 mai, les déplacements sont autorisés sans attestation sur l’ensemble des trajets dans une limite de 100 kilomètres autour du domicile. Une attestation est disponible sur le site du ministère de l’Intérieur pour pouvoir bénéficier de dérogation pour des motifs professionnels, ou des raisons familiales impérieuses.Les grandes manifestations, sorties culturelles, grands salons professionnels, festivals ou tout type d’événements de plus de 5 000 participants ne pourront se tenir avant fin septembre.Les parcs et jardins restent fermés et interdits, tant que le Bas-Rhin est classé « rouge » sur la carte de la circulation du coronavirus. Les promenades sont autorisées mais les plans d’eau interdits.Dans le domaine culturel, certains musées devraient pouvoir ouvrir et d’autres non, les autorisations se décideront au cas par cas. Le critère de taille, un temps envisagé, n’a plus cours car ‘il est parfois plus difficile de mettre en place les gestes barrière dans un petit musée alors qu’un grand musée peut accueillir des visites de petits groupes », note Josiane Chevalier. Concernant l’activité sportive, la préfète du Bas-Rhin a indiqué qu’il sera « possible d’exercer un sport individuel en plein air mais en respectant les règles de distanciation physique. Il ne sera pas possible d’exercer un sport collectif ou de faire du sport dans des lieux couverts. »

Après avoir obtenu la prime aux soignants, les internes espèrent une réforme de leur statut

Après avoir obtenu la prime aux soignants, les internes espèrent une réforme de leur statut

Après plusieurs jours de négociations, les internes devraient aussi percevoir la prime annoncée par le Premier ministre pour les soignants. Lassés par le manque de reconnaissance de l’Etat pour leur travail, les internes alsaciens se disent soulagés par cette annonce tout en continuant de lutter pour la réforme de leur statut.

« Tous les internes, en médecine comme en chirurgie, ont participé, en ville comme à l’hôpital, à la lutte contre l’épidémie et à la protection des Français. Il a toujours été et il reste évident que tous les internes percevront la prime soignants », a déclaré Olivier Véran le 24 avril sur son compte Twitter.

Au départ, les internes ne devaient pas recevoir la prime annoncée par le Premier ministre Edouard Philippe le 15 avril. Ensuite, seuls les internes des services de « première ligne » (c’est à dire les internes hospitaliers en unité Covid) devaient pouvoir en bénéficier. Les internes en ambulatoire, de psychiatrie, de chirurgie, de médecine général exerçant en cabinet n’étaient donc pas concernés.

Le 24 avril, Olivier Véran, ministre de la santé, a indiqué dans un tweet que tous les internes bénéficieront d’une prime.

« Un système d’attribution opaque »

L’intersyndicale nationale des internes (ISNI) s’est très vite indignée de la décision du ministère de la santé d’exclure une partie des internes. Dans un communiqué diffusé le 17 avril, elle dénonçait un « système d’attribution opaque dans lequel viendrait se glisser des logiques budgétaires d’économies de bout de chandelle ». Dès lors, l’ISNI a exigé que la prime soit attribuée à tous les internes « sans distinction ».

Après plusieurs jours de négociations avec les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur, tous les internes devraient pouvoir bénéficier de cette prime, selon les accords conclus avec les syndicats lors de la dernière réunion du 22 avril. Pour Léonard Coti, secrétaire général de l’ISNI, qui a participé aux négociations, il était nécessaire qu’il y ait « une équité entre les régions, entre les hôpitaux et ceux qui exercent en ville, et entre les différents services et secteurs. » 

Un avis largement partagé par Lucas Gauer, président du syndicat autonome des internes des hospices civils de Strasbourg (SAIHCS). « Tout le monde a relevé ses manches », affirme le responsable syndical. Il rappelle aussi qu’en Alsace plus de 380 internes se sont portés volontaires pour soutenir le personnel soignant alsacien face au Covid.

« J’ai dû quitter mon stage, ma famille »

« J’ai trouvé ça clairement dégueulasse ! » s’écrie Paul, en première année d’internat de médecine générale à Strasbourg. Fin mars, il s’est porté volontaire, comme 700 autres internes du Grand Est, pour rejoindre les soignants d’une unité Covid de l’hôpital de Hautepierre. Il y a travaillé pendant quatre semaines. Quand l’étudiant a d’abord appris que tous les internes ne recevraient pas la prime destinée aux soignants, il a ressenti une forte colère :

« Quand j’ai appris qu’on n’aurait rien, j’ai trouvé ça inadmissible. J’ai dû quitter mon stage habituel et ma famille. Je suis arrivé dans un service où je ne connaissais rien… Mais je ne pouvais pas ne pas aider ! »

Durant ses premières semaines à l’hôpital en tant que volontaire, Paul déclare avoir enchaîné « deux semaines sans jour de repos et sans week-end. » À la fatigue physique s’est ajouté peu à peu la douleur psychologique : « J’ai dû envoyer des gens de mon âge en réanimation… c’était dur à gérer. » Le soir, il rentrait souvent chez lui avec l’angoisse et la peur « d’avoir fait peut-être une connerie ». La nuit, il lui arrivait même de « rêver de ses patients ». Aujourd’hui, Paul se renseigne pour avoir un suivi psychologique. Il se sent beaucoup plus « stressé » qu’avant…

Une remise en cause des conditions de travail des internes

Désormais, syndicats et internes sont en partie soulagés par le versement de la prime aux internes. Mais tous attendent une vrai changement autour de leurs conditions de travail : « Nous ne sommes que des pions sur des tableaux Excel pour remplir des trous », regrette Benjamin, étudiant en médecine générale à Colmar. Selon l’ISNI, les internes représentent environ 40% du personnel médical en France. Ils constituent donc une ressource indispensable. « Un hôpital ne peut pas tourner sans internes », poursuit Benjamin.

Pour l’intersyndicale des internes, le fond du problème résiderait autour de leur statut paradoxal. Léonard Corti explique : « Quand la situation va bien, les internes sont juste des étudiants, et en période de crise tout d’un coup ce sont des médecins… »

Vers une revalorisation du statut des internes

C’est justement ce statut d’étudiant que les syndicats voudraient revaloriser. Une revendication qui existe « depuis longtemps », selon le représentant syndical strasbourgeois Lucas Gauer. En décembre, les internes alsaciens avaient déjà fait grève. Ils dénonçaient alors leur statut unique, celui d’un étudiant en stage…

Ce statut contraint les internes à payer « les frais d’inscription de l’université à l’année alors qu’on n’y met pas les pieds », regrette Lucas Gauer. Il ne leur permet pas non plus d’avoir un contrat de travail, de saisir l’ordre des médecins, ou de faire partie d’un syndicat de médecine.

Rémunération des heures supplémentaires

Les syndicats d’interne réclament également « un décompte horaire du temps de travail » et la « rémunération des heures supplémentaires ». Car aujourd’hui, rien ne permet aux internes de « pointer leur heures ». Dans certains cas, comme pour les étudiants en chirurgie, la moyenne de travail hebdomadaire peut atteindre 80 heures, selon une enquête de l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (ISNAR-IMG) de 2019.

Le temps du repos n’est également pas assez respecté, selon les syndicats d’internes. Après 24 heures de travail consécutif (soit un jour de travail plus une garde), un interne doit prendre minimum 11 heures de repos. Selon l’enquête ISNAR-IMG mentionnée ci-dessus, cette obligation n’est pas respecté pour un quart des internes, voire pour la moitié des étudiants en chirurgie. Ce qui peut poser un problème de sécurité pour les internes et les patients… « La prime ne doit donc pas être un prétexte pour calmer des revendications qui existent depuis très longtemps », conclut Lucas Gauer.

Des habitants de Hautepierre et Cronenbourg organisent des actions de solidarité et d’entraide

Des habitants de Hautepierre et Cronenbourg organisent des actions de solidarité et d’entraide

Distribution de masques et de paniers-repas, courses à domicile… Dès le début du confinement, des habitants des quartiers de Hautepierre et Cronenbourg ont mis en place des actions de solidarité et d’entraide à destination du personnel hospitalier et des personnes isolées, avec leurs propres moyens.

Tout a démarré dès le début du confinement, à la mi-mars. Majid reçoit le témoignage d’une amie, infirmière à la clinique de la Robertsau. « Le personnel hospitalier manquait de masques et se débrouillait comme il pouvait pour en obtenir », raconte ce membre de l’association ASSJ67 (Action Sport Solidarité Jeunesse), implantée à Hautepierre depuis six ans. Majid appelle Ludovic Groguhe, président de la structure.

Le boxeur de 33 ans contacte à son tour son ami Rachid, un habitant de Cronenbourg qui travaille dans le domaine de l’aide à la personne. Les deux amis mobilisent leurs réseaux respectifs pour organiser des actions de solidarité et d’entraide.

La clinique de la Toussaint a reçu des masques grâce aux réseaux de solidarité de Hautepierre et Cronenbourg. (Photo : Snapchat/doc. remis).

500 masques récupérés en trois heures

Par le bouche à oreille et par des appels lancés sur les réseaux sociaux, principalement sur Snapchat, les réponses positives arrivent très rapidement. En trois heures, le groupe récupère ainsi près de 500 masques auprès de particuliers ou d’entreprises, dont des auto-entrepreneurs de Hautepierre et Cronenbourg (ils ont souhaité rester anonymes). Ils ont été distribués à la clinique de la Robertsau, au CHU, à SOS Médecins, mais aussi à des infirmières libérales ou à des pompes funèbres.

Les masques ont été distribués à l’hôpital de Hautepierre, à SOS Médecins, mais aussi à des infirmières libérales ou aux pompes funèbres. (Photo : Snapchat/doc. remis).

« Je pensais que les besoins de masques, de gants et de gel hydroalcoolique allaient durer deux ou trois jours », se souvient Rachid.

Il poursuit : 

« Le personnel hospitalier était étonné du nombre de protections qu’on leur ramenait et nous demandait comment on les trouvait. Certaines infirmières en libérales avaient des patients à voir le soir et nous contactaient en urgence pour des gants ou des masques. On leur donnait rendez-vous à un point précis et on leur remettait ce dont elles avaient besoin. »

Des masques ont également été distribués à des personnes à la rue du quartier Gare, ainsi qu’à des particuliers qui allaient rendre visite à des proches en dialyse à l’hôpital.

1 000 euros de dons pour faire des courses

Le réseau de solidarité s’est aussi construit grâce à des dons financiers de la part d’amis : 50, 100 et même 1 000 euros pour acheter des masques et faire des courses. « On a toujours fait les courses pour les personnes âgées du quartier, on les aide à monter leurs achats », témoigne Rachid. Mais avec la pandémie, ces gestes d’entraide du quotidien ont pris une autre dimension :

« Par exemple ce matin, on est allé jusqu’à Eschau faire des courses pour quelqu’un qui ne pouvait pas se déplacer. Parfois, on avance l’argent à des personnes qui ont les moyens de nous rembourser. Sinon, on met de notre poche ou avec des dons financiers qu’on reçoit. »

Des personnes ne pouvant se déplacer ont remis leur liste de courses à Rachid. (Photo : Snapchat/doc.remis).

Il y a aussi ces petits services qui permettent de briser l’isolement de personnes âgées et isolées : réparer un frigo ou une télévision ou bidouiller une box internet qui fait des siennes.

Médiation auprès des plus jeunes

Dès le 16 mars, Anne Heintz, co-listière d’Alain Fontanel aux dernières élections municipales, avait contacté l’ASSJ67. Cette enseignante à la retraite souhaitait mettre à disposition du matériel informatique aux collégiens dont les familles n’ont pas les moyens de se le payer. « Ils connaissent chaque famille de Hautepierre, ce sont des courroies de transmission très rapides qui permettent d’aller plus vite que les procédures administratives », estime Anne Heintz. Mais avec la mise en place du confinement, l’initiative n’a pas pu aboutir. 

À Hautepierre, Ludovic Groguhe, qui fait figure de « grand frère », a mené des actions de médiation auprès des plus jeunes pour les sensibiliser au respect du confinement. « On leur a expliqué que c’était important qu’ils restent chez eux, que la mort n’est pas un jeu », précise le président de l’association. « C’est compliqué pour certains de le comprendre quand ils ont l’impression qu’au centre-ville les gens se baladent sans problèmes », poursuit-il.

Depuis la fin avril, l’association de Hautepierre a commencé à distribuer des paniers-repas pour les personnes dans le besoin. Avec leur argent personnel, les membres de l’ASSJ67 achètent les aliments et en cuisine, ce sont les mamans, dont celle de Ludovic Groguhe, qui s’affairent bénévolement.

« Les annonces du mépris » dénoncées par un syndicaliste du personnel hospitalier de Colmar

« Les annonces du mépris » dénoncées par un syndicaliste du personnel hospitalier de Colmar

Pascal Haen est secrétaire général du syndicat Force Ouvrière des Hôpitaux civils de Colmar. Le représentant du personnel fustige les annonces sans actions concrètes, entre prime aux soignants sans décret d’application ou « coup de communication » de Total sur le paiement des frais de carburant au personnel hospitalier.

Pascal Haen n’en peut plus des annonces sans effet. Secrétaire général du syndicat Force Ouvrière des Hôpitaux civils de Colmar, il regrette l’absence de décret d’application pour la prime aux soignants annoncée par le Premier ministre Edouard Philippe le 16 avril et le « coup de comm’ à bas coût » de Total, qui promettait d’offrir du carburant aux soignants.

Rue89 Strasbourg : Les conditions et la date de versement de la prime aux personnels de santé ont-elles été précisées depuis l’annonce du Premier ministre le 16 avril ?

Pascal Haen : C’est encore une promesse gouvernementale qui n’est pas tenue dans le monde hospitalier. Cela va créer un tollé à la fin du mois. Aujourd’hui, le décret d’application de cette prime n’est pas sorti. Les établissements hospitaliers n’ont aucune directive quant à la répartition des primes. La seule certitude pour l’instant : elle ne sera pas versée fin mai.

« Un flou artistique total »

Au début, il était question d’une prime entre 500 et 1 500 euros. Ça laisse une marge assez importante. Qui a le droit à 500 ? Qui a le droit à 1 500 ? Est-ce que quelqu’un qui était au pied du malade doit avoir 1 500 ? Est-ce que celui qui a nettoyé des draps sales et infectés a le droit à 1 000 ou à 500 ? On ne sait pas. C’est un flou artistique total. Tant qu’il n’y a pas de décret d’application, on ne sait pas. Ça a été un effet d’annonce, non-suivi dans les faits.

Selon vous, ce n’est pas l’unique annonce sans effet pour le personnel hospitalier depuis le début de la pandémie…

Tout à fait. C’est comme les bons de carburant promis par Total à tous les personnels hospitaliers. Total s’est payé un coup de comm’ fabuleux. Dans les faits, l’entreprise a donné 400 bons d’essence pour 30 euros au personnel à Colmar. Mais pour ça, il fallait remplir un dossier de plusieurs pages… 400 bons distribués mais nous sommes 4 200 personnes aux hôpitaux civils de Colmar.

« Total s’est fait de la pub à bas coût »

Total s’est fait de la pub a bas coût. Ces annonces ont été faites à 20 heures devant la France entière et derrière il n’y a rien ou pas grand chose. Le personnel hospitalier se sent berné.

En particulier dans le Haut-Rhin, le personnel hospitalier alsacien a été en première ligne face à la pandémie de coronavirus. Y a-t-il des mesures particulières pour eux ?

Au contraire ! En Alsace, on a été confronté au Covid très rapidement, dès début mars. On avait les premiers contaminés autour du 7-8 mars. Normalement quand une personne est en congé maladie, quelle que soit la raison, le premier jour est retiré de son salaire, c’est le jour de carence. Sur cette pandémie sans précédent, il était plus ou moins acté que les gens qui chopaient le Covid pendant leur service, on ne leur enlèverait pas le jour de carence.

« C’est de plus en plus assimilé à du mépris »

Il y a eu des errements assez longs sur ce sujet puis le ministère de la Santé a sorti un texte qui supprimait le jour de carence mais… à compter du 23 mars ! En Alsace, cela faisait déjà deux semaines qu’on avait du personnel contaminé. Donc non seulement le personnel a chopé le coronavirus en bossant mais en plus on leur retire un jour de salaire s’ils ont pris leur arrêt maladie avant le 23 mars. C’est totalement incohérent et ces annonces non suivies d’effets sont de plus en plus assimilées à du mépris…

La Grande-Île transformée en « zone de rencontre » géante dès lundi 11 mai

La Grande-Île transformée en « zone de rencontre » géante dès lundi 11 mai

Suite à la première réunion d’un groupe de travail sur les mobilités post-confinement, Roland Ries (divers gauche) va prendre un arrêté pour transformer la Grande-Île en « zone de rencontre ». Le maire de Strasbourg va signer un arrêté municipal qui sera effectif lundi 11 mai, premier jour du déconfinement.

Ainsi, dans le centre-ville touristique, les piétons seront prioritaires sur les vélos, qui seront prioritaires sur les voitures. Ces dernières pourront circuler à 20km/h maximum. Ces changements concernent 8 kilomètres de voies dans l’ellipse insulaire.

Les piétons pourront ainsi marcher au milieu de la chaussée pour permettre la « distanciation sociale ».

La grande île en zone de rencontre Photo : doc VdS

Une expérimentation qui pourrait durer

Pour Roland Ries, le contexte le pousse à « positiver ce qui est entrain de nous arriver » :

« Il s’agit d’une expérimentation, mais qui pourrait être pérennisée. Certains voulaient entièrement piétonniser la Grande-Île, la zone de rencontre me paraît être un beau compromis. Il y a un certain consensus là-dessus entre les commerçants et associations de cyclistes qui étaient jusque-là plutôt en confrontation. »

Aucune place de stationnement ne sera supprimée. L’opération nécessitera notamment des marquages au sol et de panneaux de signalisation pour 50 000€.

Les pavés sont désagréables pour les vélos, mais aussi pour les piétons, qui préfèrent les côtés, plus roulants. Conflit inévitable.

Jean-Baptise Gernet (La Coop.), l’adjoint au maire qui a pilote ce groupe de travail ajoute :

« Cet aménagement permettra un contournement par les quais nord intérieurs sans traverser la Grande-Île. Les chauffeurs de bus sont formés pour rouler en toute sécurité vis-à-vis des cyclistes. »

Un comptage de déplacements et des accidents sera effectué. Le bilan devrait être tiré en septembre.

Des demandes en suspens

Pour Benoit Écosse membre actif du collectif Velorution, cette annonce est un « début de signal positif » :

« Cela faisait deux semaines qu’on attendait des réponses à nos propositions avec 12 autres collectifs et associations, alors que d’autres villes avancent. Cet apaisement est satisfaisant notamment pour le contournement continu de la Grande-Île, que l’on attend fléché. Mais nos demandes sont que les habitants des quartiers et communes périphériques puissent accéder en ville de manière sécurisée et sans détour. On demande ces aménagements-là, idéalement rapides, puis pérennisés. Cela va ensuite se jouer au niveau de l’Eurométropole. »

Au tour de l’Eurométropole de tenir son conseil de crise

Au tour de l’Eurométropole de tenir son conseil de crise

L’Eurométrople va rendre compte de son plan de déconfinement. À suivre en direct à partir de 14h30.

Après la Ville de Strasbourg lundi, au tour de l’Eurométropole d’avoir son premier conseil à distance, crise sanitaire oblige. Une quinzaine des 100 élus seront présents et le reste à distance. Les deux premières délibérations seront d’ordre technique, pour permettre la vie du conseil.

Ensuite, place aux cinq communications. Une de plus qu’à la Ville, puisque l’Eurométropole a adhéré au fonds « Résistance » de la Région Grand Est pour les associations, TPE et PME touchées par la crise liée au coronavirus. La participation de l’assemblée des 33 communes se solde à 988 178 euros, selon la règle de 2€ habitant. Ce fonds de solidarité régional, d’un total de 44 millions d’euros, permet des avances de trésorerie jusqu’à 10 000€ pour les entreprises à l’arrêt ; 30 000€ pour les associations, ainsi que des primes jusqu’à 5 000€ dans les secteurs « essentiels » qui ont poursuivi leur activité : chaîne agricole et agro-alimentaire ; produits de santé et protection ; transport et logistique ; tourisme ; sport et culture.

Le moment des premières ardoises

Côté Finances, la crise est déjà estimée à 28 millions d’euros à la fin avril pour l’Eurométropole, sur un budget total d’1,4 milliard environ. Dans le détail, il s’agit de 2 millions de dépenses nouvelles (1M€ pour « Résistance » et 0,9 M€ pour du matériel) et 26 millions de manque à gagner, soit 18M€ pour les transports en commun, 3,7M€ de taxe d’aménagement (les travaux) et 2M€ de taxe de séjour. Ces « trous » seront amenés à se prolonger dans le temps. Néanmoins, quelques dépenses publiques ont été diminuées : moins d’heures supplémentaires, étalement des dépenses liées aux chantiers et donc diminution de l’endettement.

Lundi en séance, des précisions ont été demandées sur les loyers d’entreprises et associations que perçoit la collectivité. Sont-ils suspendus, annulés, pour qui et combien de temps ? « On regardera cela au fur et à mesure et de manière transparente. Certaines entreprises peuvent payer et demandent à le faire », assure le président Robert Herrmann (PS).

Robert Herrmann
Robert Herrmann, qui devait arrêter la politique, est toujours aux commandes de l’Eurométropole, avec Yves Bur son bras droit qui ne s’est pas représenté à Lingolsheim. Photo : Pascal Bastien / Divergence

Les deux points suivants, sur les masques et la prime journalière aux agents pour la continuité du service public, sont similaires à ceux présentés lundi.

Le dernier point est celui du déconfinement à partir du 11 mai. Au programme : la reprise des médiathèques, des déchetteries, des transports en commun « vers 70% de l’offre normale à compter du 11 mai et 80 % d’ici fin mai ». En revanche les piscines et plan d’eau attendront au-delà du 1er juin.

La question des vélos

L’Eurométropole est aussi pressée par plusieurs associations et collectifs cyclistes de mettre en place des aménagements provisoires pour les vélos, à l’instar de nombreuses grandes villes de France. Le vélo est vu comme un moyen de déplacement permettant la distanciation sociale, alternatif à la voiture individuelle et aux transports en commun qui repartiront au ralenti.

À cette demande, Robert Herrmann répond :

« Je préférerais que l’on investisse dans du solide plutôt que dans de l’éphémère. On a vu les effets sur l’Avenue du Vosges avec quelques satisfaits, mais beaucoup de mécontents. »

Ainsi, l’élu strasbourgeois souhaite des investissements sur « les jonctions du réseau existant », pour le sécuriser. Trois critères ont été retenus :

    Résorption des points noirs et accidentogènesTraitement de discontinuitésDemandes récurrentes des communes et des associations cyclables

Dans la « communication » sur le déconfinement aux élus, il est indiqué que 1,5 million d’euros supplémentaires seront inscrits au budget pour ces travaux. Quelques jours plus tôt, le maire de Strasbourg, Roland Ries (divers gauche), avait aussi mis un coup de frein à ces revendications en expliquant en conférence de presse que « Strasbourg et l’Eurométropole ont déjà le réseau le plus développé de France avec plus de 700 kilomètres ». Le maire a néanmoins créé un groupe de travail piloté par Jean-Baptiste Gernet (La Coop.), son adjoint sur les mobilités. Quelques idées comme transformer la Grande-Île en zone de rencontre ou d’ouvrir les couloirs de bus aux cyclistes semblent néanmoins avoir eu l’oreille attentive du maire.

Parfum de campagne ?

Côté débats, Roland Ries avait demandé de « faire abstraction de la campagne des élections municipales », mais elle a bien été présente en filigrane lundi. Des thèmes comme la gratuité du stationnement, le soutien aux commerçants ou la transition écologique ont plusieurs fois été évoqués. À l’instar de la fin du mandat puis de la campagne, les colistiers d’Alain Fontanel (LREM), Jean-Baptiste Gernet et Paul Meyer ont critiqué l’action des bailleurs sociaux, et donc par ricochet leurs anciens collègues Philippe Bies (PS) et Syamak Agha Babei (colistier écologiste). Et Roland Ries a renvoyé certaines explications… au conseil de l’Eurométropole « dont c’est la compétence ».

À l’échelle des 33 communes aussi, une campagne dite « de troisième tour » reste en suspens. Il faudra désigner un exécutif et un ou une futur-e président-e quand les élections seront terminées partout, vraisemblablement à l’automne. Ainsi, la prise de parole pour le groupe « Pour une Eurométropole équilibrée » de Pia Imbs, maire (sans étiquette) d’Holtzheim réélue et première candidate à la présidence devrait être scrutée de près.

Autre particularité de ce conseil, des maires et représentants de communes du mandat 2014-2020 seront toujours là. Parfois leur successeur a été élu le 15 mars et attend d’être intronisé. C’est par exemple le cas d’Yves Bur, vice-président (divers droite) qui avait passé la main à Lingolsheim à Catherine Graef-Eckert, élue en mars. Autres cas atypiques, les trois maires sortants qualifiés au second tour mais pas réélus, à savoir Claude Froehly à Illkirch-Graffenstaden, Jean-Louis Hoerlé à Bischheim et Jean-Marie Beutel à Ostwald. Enfin, Andrea Didelot (non-inscrit) tentera à nouveau de faire valoir sa motion sur une baisse de 16% de la rémunération des élus. Face à l’hostilité de plusieurs groupes, elle n’avait pas été soumise au vote.

Comme pour la Ville de Strasbourg, la date du prochain conseil n’est pas arrêtée. Néanmoins, un budget rectificatif devrait être voté d’ici le mois de juillet.

À suivre en direct à partir de 14h30.

Visio-apéro avec la rédaction lundi

Visio-apéro avec la rédaction lundi

La rédaction de Rue89 Strasbourg invite les abonnés à une rencontre par visio-conférence, pour évoquer la période, les sujets du moment et la situation du média.

Venez prendre un apéro-visio avec la rédaction de Rue89 Strasbourg lundi 11 mai à 18h. Confinement et distanciation sociale obligent, on vous propose de se retrouver par ordinateurs interposés.

Ce sera l’occasion de revenir sur la manière dont nous avons couvert cette période particulière et comment la crise sanitaire impacte le fonctionnement d’un média comme le nôtre. Mais surtout, ce sera un moment pour être à votre écoute et répondre à vos questions.

La rédaction de Rue89 Strasbourg n’a pas ménagé ses efforts pendant le confinement !

Ce sera aussi le moment de nous dire ce que vous avez aimé et moins aimé depuis le 17 mars, ainsi que ce que vous aimeriez lire dans les prochaines semaines alors que s’amorce le déconfinement et que se dévoile le « monde d’après. »

Le lien pour participer a été envoyé par e-mail aux abonnés (si vous êtes abonné et que vous ne l’avez pas reçu, contactez-nous). Si vous vous abonnez d’ici lundi, vous le recevrez avec votre confirmation d’abonnement. Rappel : un mois gratuit jusqu’à la fin du confinement !

Dans les TER, une reprise à 100% des trains fin juin et des masques dès le 11 mai

Dans les TER, une reprise à 100% des trains fin juin et des masques dès le 11 mai

Après le déconfinement, certains trains régionaux resteront réservés aux abonnés et au personnel soignant. Lors de la reprise, la Région Grand Est et la SNCF promettent une distribution gratuite des masques et une fréquence des trains à 60% de l’habituelle.

Toutes les lignes dans le Grand Est circuleront à environ 60% des fréquences habituelles à partir du lundi 11 mai (62% en Lorraine, 63% en Champagne-Ardenne et 65% en Alsace). L’offre des trains régionaux retrouvera les 100% d’ici la fin du mois de juin.

Des distributions de masques

La première semaine, du 11 au 18 mai, 200 000 masques chirurgicaux seront distribués aux usagers à savoir 100 000 disponibles à l’entrée des gares et 50 000 accessibles aux guichets, ainsi que 50 000 pour les contrôleurs. Comme dans tous les transports publics, le port du masque sera obligatoire dans les trains. À partir du lundi 18 mai, la Région Grand Est distribuera par l’intermédiaire de la SNCF 130 000 masques « grand public » à destination des voyageurs.

Au sol, l’installation d’auto-collants permettra aux usagers d’être guidés afin de respecter les distances de sécurité. Dans les trains, un siège sur deux seulement sera accessible et les mesures de nettoyage renforcées.

Des masques et du gel hydroalcoolique seront vendus dans les points relais et les distributeurs. Le port du masque sera contrôlé à l’entrée des principales gares par les services de surveillances appuyés par les forces de l’ordre, en droit de verbaliser.

Des autocollants indiquent les places disponibles, une sur deux. Photo : doc remis

Des offres commerciales

Côté tarifs, les abonnés mensuels pourront voyager en mai avec leur abonnement de mars ou d’avril. Ceux ayant choisi le prélèvement automatique ne seront pas prélevés et pourront voyager en mai gratuitement.

Les usagers qui s’abonnent avant le 30 septembre verront leur première mensualité offerte. Les prix des abonnements qui arrivent à leur échéance à la fin 2020 sera réduit.

Enfin, les détenteurs d’une carte de réduction Primo (- de 26 ans) ou Presto (+ de 26 ans) bénéficieront de deux mois supplémentaires de validité. Pour ceux dont elle arrive à échéance avec la fin 2020, le renouvellement ne coûtera que 5€ au lieu de 20€ pour la carte Primo et 15€ au lieu de 30€ pour les cartes Presto.

Des « trains sensibles » non-accessibles à tous

Le trafic sera maintenu sur l’ensemble des lignes du TER Grand Est. Ainsi, 24 « trains sensibles » ont été identifiés sur lesquels une forte demande est constatée habituellement (entre 6h et 8h et entre 16h et 18h). Ils seront réservés aux abonnés et au personnel soignant et donc fermés à la vente pour les autres usagers. En Alsace, cela concerne le Lauterbourg-Strasbourg de 7h26, le Strasbourg-Sélestat de 18h40 et le Kruth-Mulhouse de 6h37.

L’accessibilité à ces trains sera mise à jour au quotidien en fonction de l’évolution de la demande. La SNCF invite les usagers à pratiquer au maximum le télé-travail et à voyager en heures creuses.

Les 24 trains réservés aux soignants et abonnés

Martine Wonner exclue de La République en Marche

Martine Wonner exclue de La République en Marche

La députée bas-rhinoise dissidente a été exclue de la majorité suite à son vote contre le plan de déconfinement du gouvernement le 28 avril.

Le bureau du groupe « La République en Marche » (LREM) à l’Assemblée nationale a voté ce mercredi l’exclusion de la députée du Bas-Rhin Martine Wonner. Le parti présidentiel lui reproche son vote contre le plan de déconfinement du gouvernement le 28 avril. Il n’était que consultatif mais Martine Wonner a été la seule députée de la majorité LREM / Modem à s’être opposée.

Elle reproche notamment au gouvernement « l’absence d’une quelconque stratégie thérapeutique ». En outre, elle plaide pour la prescription d’hydroxychloroquine.

Martine Wonner est élue de la 4è circonscription du Bas-Rhin, dite « Strasbourg-campagne », à l’ouest de la capitale alsacienne.

Dans un message adressé aux autres députés LREM, le président de groupe Gilles Le Gendre a estimé que « ce vote qui s’inscrit dans une succession de prises de position publiques d’opposition revêt une gravité exceptionnelle » et « un manquement du principe de solidarité inscrit dans notre règlement », ce que Martine Wonner conteste. Elle est la quatrième députée à être exclue de la sorte. Une dizaine d’autres sont partis en raison de désaccords.

Critique sur plusieurs sujets

Nouvelle venue en politique avec son élection à l’Assemblée nationale en 2017, cette psychiatre s’est plusieurs fois retrouvée sur une ligne différente que celle du gouvernement. Localement, elle a été la seule députée opposée à l’autoroute du Grand contournement Ouest (GCO), qui traverse sa circonscription. Sur les dossiers de politique nationale, elle s’était abstenue sur la loi Asile et Immigration ou sur le traité de libre-échange avec le Canada (Ceta). Elle avait également voté contre la prolongation de l’autorisation du glyphosate, puis critiqué la conduite de la réforme des retraites.

Lors du bilan de la première année du quinquennat, Martine Wonner était déjà sur une ligne légèrement dissonante par rapport à ses collègues. Quelques semaines plus tard elle rejoignait l’opposition au GCO.Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Dès le bilan de la première année de mandat des députés bas-rhinois, elle attendait un rééquilibrage à gauche du quinquennat. « Pour pouvoir accompagner et protéger, il faut créer de la richesse et tout le projet a été fait la première année. Cette confiance créée, que l’on sent, va nous permettre d’aller vers ce qu’on peut l’appeler des prestations sociales, l’accompagnement des plus démunis », disait elle à l’époque. Elle n’était plus aux côtés de ses collègues pour le bilan des deux ans, en juin 2019.

Sa situation avait inspiré Piet lors de son dessin du dimanche.

Dessin Piet

Caroline Zorn du Syndicat des avocats de France : « Sur la reprise, la Justice navigue à vue »

Caroline Zorn du Syndicat des avocats de France : « Sur la reprise, la Justice navigue à vue »

Avocate strasbourgeoise et ancienne présidente de la section locale du Syndicat des Avocats de France, Caroline Zorn décrit un système judiciaire quasiment immobilisé par la pandémie et le confinement : aucune permanence d’avocats pour les gardés à vue, conseil de prud’hommes fermé et flou total sur les modalités de la reprise à venir.

Conseil de prud’hommes fermé, absence d’avocat de permanence pour les gardés à vue, manque de matériel de protection pour le personnel judiciaire… Avocate strasbourgeoise et ancienne présidente de la section locale du Syndicat des Avocats de France, Caroline Zorn décrit un système judiciaire quasiment à l’arrêt depuis plus d’un mois à Strasbourg. À quelques jours de la date du déconfinement annoncée par le Président de la République, celle qui est aussi engagée dans la liste écologiste et citoyenne aux élections municipales, s’inquiète du flou persistant sur les modalités de la reprise au tribunal judiciaire strasbourgeois.

Rue89 Strasbourg : Depuis plus d’un mois, la justice tourne au ralenti. Quels types d’audiences continuent malgré le confinement ?

Caroline Zorn : À part les audiences des comparutions immédiates, les audiences du juge des libertés et de la détention ainsi que les instructions en matière de crime, tout est à l’arrêt. À Strasbourg, il n’y a plus de permanence pour les gardes à vue. Donc un gardé à vue qui a les moyens de payer son avocat pénaliste, il va le faire appeler. Le pénaliste va se déplacer, lui facturer le travail et le défendre. Une personne qui ne ne connaît pas d’avocat, sans permanence, elle ne sera pas défendue.

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Tribunal vide, policiers masqués, audience en visio… Justice en période de confinement à Strasbourg

Tribunal vide, policiers masqués, audience en visio… Justice en période de confinement à Strasbourg

Malgré le confinement, les comparutions immédiates continuent au tribunal judiciaire de Strasbourg entre fausse attestation de sortie, vol d’alcool, conduite sans permis, agression dans un presbytère et tensions familiales… Mais le personnel judiciaire reste dans le flou quant aux modalités de la reprise.

À l’entrée du tribunal judiciaire de Strasbourg, le personnel de sécurité semble dépassé. Mardi 28 avril, les journalistes sont autorisés à assister aux comparutions immédiates. Deux jours plus tard, le palais de justice est fermé au public. L’accord du président du tribunal est nécessaire pour entrer. « Ça change tous les jours », justifie un homme masqué derrière le détecteur de métaux. Son collègue traverse la salle des pas perdus, vide, et monte au troisième étage, salle 301.

Une fois l’autorisation obtenue, il faut attendre devant la cour d’assises. Habituellement, les crimes les plus graves y sont jugés. Mais la pandémie et le confinement bousculent aussi les habitudes. Pour respecter les règles de distanciation physique, les comparutions immédiates ont lieu dans la plus grande salle du Palais du justice.

Robert (le prénom a été modifié) est jugé ce jeudi 30 avril pour vol d’alcool sur le parking d’un supermarché de la Robertsau Photo : Croquis Ariane Pinel

Une audience en visio : « Merci monsieur le juge »

14 heures passées, ce jeudi 30 avril, un prêtre, un jeune homme et une mère de famille accompagnée d’un avocat patientent dans le couloir. Le reste du palais de justice est silencieux. Une voix retransmise par un haut-parleur se fait entendre de la salle 301, comme saccadée par une connexion internet vacillante : « Merci monsieur le juge, vous allez voir, je vais pas vous décevoir. »

Derrière la porte, un Strasbourgeois détenu au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand (Saône-et-Loire) vient d’obtenir une réduction de peine de 18 mois par visioconférence avec le tribunal judiciaire. Présente dans la salle, son avocate Me Thomann explique sa requête relative à l’exécution des peines :

« Mon client a été condamné quatre fois pour des faits qu’on aurait pu juger d’un coup. L’audience en confusion permet aux différentes peines de s’absorber. »

Gestes barrière à moitié respectés

Les comparutions immédiates commencent vers 15 heures. Le premier prévenu porte un masque. Les gendarmes qui l’entourent dans le box vitré n’en sont pas équipés. Rachid (le prénom a été modifié) est jugé pour non-versement d’une pension alimentaire à son ex-femme et conduite sans permis. Fin avril, sans nouvelle de la mère de ses enfants, il s’était alors rendu en voiture à proximité de son domicile : « J’étais énervé, admet-il, j’ai pris des voisins à témoin. »

« J’étais énervé, admet Rachid, j’ai pris des voisins à témoin » Photo : Croquis Ariane Pinel

Lucie (le prénom a été modifié) s’occupe seule de quatre enfants et de sa mère, en situation de handicap. Victime de violences conjugales en décembre 2017, elle a porté plainte contre Rachid le 28 avril après son passage à proximité du domicile. « J’avais peur qu’il soit dans ces états où il n’est pas lui-même (sous l’emprise de l’alcool, ndlr) », explique la plaignante.

« C’est la banale chronique d’une désertion familiale opérée depuis des années », plaide l’avocat de la plaignante. Photo : Croquis Ariane Pinel

Rachid est condamné à 8 mois d’emprisonnement avec sursis. Pendant deux ans, il est tenu de travailler et de payer la pension familiale pour ses quatre enfants. Sur les bancs du public, l’avocat de la victime se retourne pour échanger avec sa cliente. Ni l’un, ni l’autre ne porte de masque. Les distances de sécurité sont loin d’être respectées. En face, ni le juge, ni ses assesseurs, ni la greffière ni la procureure ne disposent de matériel de protection. « Nous n’en avons pas encore reçu », explique l’un d’eux.

Une justice au ralenti

Pour l’instant, l’adaptation du système judiciaire à la pandémie est limitée : fermeture du tribunal au public, limitation des extractions de détenus grâce aux audiences en visio et utilisation d’une salle plus grande pour les comparutions immédiates. Les tribunaux correctionnels fonctionnent à peine. Les cours d’assises ou les tribunaux des prud’hommes sont à l’arrêt… « C’est difficile d’expliquer cet immobilisme à des clients pour des référés en droit du travail, explique Me François, il n’y a pour l’instant aucun plan de continuation post-confinement alors que les gens contestent un licenciement, attendent des rappels de salaire… »

Pas de masque pour le président du tribunal et ses assesseurs. Photo : Croquis Ariane Pinel

Agression, vol, fausse attestion…

Les trois prévenus suivants sont accompagnés de policiers équipés de masques, de visières, parfois des deux en même temps, toujours avec des gants. Le premier a menacé un ecclésiastique avec deux couteaux à pain alors qu’il était sous l’emprise de l’alcool. D’où la présence de la victime, père Briet, sur les bancs. Venu de la paroisse Saint-Jean à Strasbourg, ce dernier est venu témoigner et offrir son pardon au réfugié d’origine afghane : « Je suis prêtre, je ne sais que donner le pardon de Dieu gratuitement », dit-il devant le président du tribunal en regardant le jeune derrière le box vitré.

« Je suis prêtre, je ne sais que donner le pardon de Dieu gratuitement », dit-il devant le président du tribunal en regardant le jeune derrière le box vitré. Photo : Croquis Ariane Pinel

Robert (le prénom a été modifié) est le deuxième prévenu. Il a volé six bouteilles de vin dans une voiture garée sur le parking d’un supermarché de la Robertsau. Le troisième prévenu passe devant le tribunal après avoir été verbalisé quatre fois pour non-respect du confinement. Lors de sa dernière sortie, le jeune Aslan (le prénom a été modifé) s’était fait passer pour son frère sur son attestation, afin d’utiliser son permis de conduire.

Certains policiers sont équipés d’une visière, ou d’un masque, parfois les deux. Photo : Croquis Ariane Pinel

La pandémie à tous les niveaux de la justice

La pandémie de coronavirus et le confinement sont évoqués à chaque audience. Lorsque Robert (le prénom a été modifié) raconte sa sortie au supermarché, le président du tribunal lui rappelle que « l’alcool ne fait pas partie des denrées de première nécessité. » Pour les sorties sans attestation valable d’Aslan, la substitute du procureur Elise Wolton requiert du tribunal six mois de prison ferme : « En Alsace, le parquet prend très au sérieux le non-respect du confinement à plusieurs reprises, c’est une question de cohésion sociale et de solidarité », appuie-t-elle.

Ce jeudi 30 avril, aucun des prévenus ne finira en prison. Leur avocate Me Conein évoque à plusieurs reprises « la situation sanitaire » à la maison d’arrêt de Strasbourg pour s’opposer à leur incarcération. Ils sont tous condamnés à des peines carcérales de quelques mois avec sursis, parfois assortis de travaux d’intérêt généraux, d’obligation de soin, de travail ou de paiement d’une pension familiale. Robert est interdit de paraître à proximité des débits de boisson. Mais la pose du bracelet électronique ne pourra pas se faire tout de suite : « On ne sait pas encore comment s’organisent les rencontres entre le prévenu et le juge d’application des peines », explique un membre du personnel judiciaire.