Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Au dernier conseil municipal, l’heure des comptes

Au dernier conseil municipal, l’heure des comptes

Il sera beaucoup question d’argent ce lundi 8 juin, pour la dernière séance, en théorie, de Roland Ries. Celui dépensé en 2019, mais surtout celui qui manque depuis la crise du coronavirus. Le tout à trois semaines d’un second tour épique. À suivre en direct et avec nos commentaires à partir de 15h.

Cette fois-ci, c’est la fin. Après celui chargé d’émotion en février, celui de crise début mai, le conseil municipal de ce lundi 8 juin devrait bel et bien être le dernier du maire Roland Ries (ex-PS).

Alors les accords de second tour pour les élections municipales ont été connus une semaine plus tôt, il sera difficile de faire abstraction du contexte politique local. Il n’y aura pas de campagne « classique » de second tour avant le vote du 28 juin. Ainsi, le conseil municipal, en visioconférence pour la plupart, est une tribune exposée pour se démarquer.

Retour vers les comptes du passé

La majorité sortante (PS-EELV-LREM) va notamment présenter le compte administratif de 2019 (point 4), c’est-à-dire l’argent réellement dépensé en 2019. Une époque où « tout allait bien », sur le plan de l’investissement (102 millions d’euros, le meilleur total depuis 2014), de la dette (681 euros par habitant) ou de la gestion (412 millions encaissés contre 383 dépensés), estime la municipalité. Désormais mariée avec le premier adjoint Alain Fontanel (LREM), l’opposition de droite et son nouveau président de groupe… Jean-Philippe Vetter (LR) sera-t-elle aussi critique que les 6 dernières années ? Lors des précédents exercices, elle s’est abstenue, voire a voté contre.

C’est en théorie l’adjoint aux finances Serge Oehler (PS) qui doit rapporter sur ce point. Juste après la conférence de presse effectuée ensemble à ce sujet jeudi 4 juin, Roland Ries confirmait, un brin embarrassé, son soutien à Alain Fontanel. Son premier adjoint est désormais uni avec « Les Républicains », soit l’opposition à Roland Ries, socialiste jusqu’à l’année dernière.

Le soutien de Roland Ries à Alain Fontanel

Roland Ries : « Je n’ai pas me prononcer sur ces choix tactico-stratégiques. »

Quelques minutes plus tard, Serge Oehler, colistier de Catherine Trautmann (PS), se fendait d’un texte amer :

L’argent qui manque en 2020

Avant ce grand coup d’œil dans le rétroviseur, la municipalité communiquera (point 2) justement l’impact financier de la crise du Covid-19.

Entre les dépenses supplémentaires et les manque à gagner, les Finances de la collectivité s’attendent désormais à un trou de 13,6 millions d’euros, soit 3,6 millions de plus que fin avril et 3,5% des dépenses habituelles.

Dans le détail, les dépenses nouvelles se chiffrent à 3,6 millions d’euros, dont 2 pour l’achat de protections, auxquels s’ajoutent la prime pour la mobilisation du personnel (0,8M€) ou la sécurisation des marchés (0,5M€).

Le trou du stationnement

Le plus gros impact concerne les manque à gagner avec 14,4 millions d’euros. Enjeu de la campagne des municipales, la gratuité du stationnement fait perdre 4,6 millions d’euros à la municipalité : 2,5 pour la gratuité totale du confinement au 1er juin, puis presqu’autant, 2,1 millions, avec la gratuité de la pause méridienne en juin, puis les deux premières heures offertes de juillet à septembre. Les autres pertes concernent les « droits de mutation » perçus par les notaires lors des transactions immobilières (3M€) et les recettes de la tarification scolaire (3M€).

Ces dépenses et pertes sont atténuées par 5 millions d’euros de dépenses en moins, comme le fonctionnement de la restauration scolaire (-1,6M€), les économies d’énergie, d’eau et de maintenance (-1,8M€), etc.

Le maire Roland Ries (à droite) a-t-il assez engagé Strasbourg dans la lutte contre le réchauffement climatique ? (photo Pascal Bastien)
Roland Ries (à droite) soutient sont premier adjoint Alain Fontanel, désormais allié à son opposition . Photo : Pascal Bastien / Divergence

Du cinéma pour finir

Le dernier point, le numéro 11, est une mesure de soutien financier à deux cinémas privés, 65 000 euros pour le Vox comme pour le Star Saint-Exupéry.

Les salles obscures s’attendent à une reprise périlleuse (voir notre article). La mesure semble consensuelle, mais la question des cinémas en centre-ville a généré d’âpres débats depuis 2016.

« Après le 31 juillet, on va où ? » La crainte du retour à la rue des sans-abris de l’hôtel Pax

« Après le 31 juillet, on va où ? » La crainte du retour à la rue des sans-abris de l’hôtel Pax

Depuis le début du confinement, l’hôtel Pax accueille des personnes sans-abri. Mais tous les résidents redoutent le 31 juillet, date à laquelle ils devront quitter l’établissement.

Quelques personnes fument des cigarettes et discutent devant les portes de l’hôtel Pax, rue du Faubourg-National dans le quartier Gare de Strasbourg. Parmi cette majorité d’hommes, certains toquent à la vitre qui donne sur le bar presque vide de l’hôtel. Ils interpellent tout sourire quelques travailleurs sociaux et médecins qui se sont donnés rendez-vous avant une intervention médicale. Touristes et hommes d’affaires sont confinés à la maison.

À l’initiative de l’État, l’hôtel réserve ses chambres jusqu’au 31 juillet pour des personnes sans-abri. À l’entrée, trois colosses sécurisent l’hôtel. Plus loin, des travailleurs sociaux du Service intégré d’accueil et d’orientation du Bah-Rhin (SIAO 67) siègent à la réception. Environ 130 personnes, dont 14 femmes, y sont logées depuis le début de la pandémie. Avant la crise sanitaire, tous étaient SDF, et certains sont étrangers en situation irrégulière. Cette parenthèse à l’hôtel leur permet de se stabiliser.

À gauche, Lagder, à droite Faouzi, résidents à l’hôtel Pax, (rue du Faubourg-National à Strasboug) le temps de la crise sanitaire

Il est 19h30, jeudi 28 mai, quand une dizaine de résidents sortent des chambres, franchissent la cour et récupèrent le repas fourni par un traiteur. Des travailleurs sociaux tendent les barquettes individuelles déjà prêtes. Pour éviter un afflux et maintenir les gestes barrières, la distribution est organisée suivant un roulement par étage. D’autres habitants attendent leur consultation auprès de l’association Médecins du monde.

« On est là pour travailler, mais qui embauche les sans-papiers ? »

Un homme se promène. Il demande une cigarette à un des encadrants. « Un peu plus tard », répond-il. Ici, les cigarettes sont gratuites, mais rationnées. Pour éviter que les fumeurs ne ramassent des mégots et que le virus se propage ainsi, le tabac est financé par des dons sur une plateforme internet.

Plus loin, quelques hommes discutent en arabe. Ils sont originaires d’Algérie et ont entre 30 et 60 ans. Parmi eux, un homme aux cheveux noirs et courts, dont les rides trahissent une cinquantaine d’années. Avant de partir en consultation, l’Algérien explique : « Ça fait un peu plus de cinq ans que je suis en France et à la rue. » Adi a quitté l’Algérie et son travail de fonctionnaire. Mais il ne souhaite pas s’étendre sur les raisons de ce départ.

S’exprimant dans un français clair, il estime à 400 000 le nombre de sans-papier en France : « Qu’est-ce que ça coûterait de nous régulariser ? », demande-t-il. Reconnaissant envers les travailleurs sociaux de l’hôtel Pax, Adi reste en colère : « Ici on ne manque de rien, on est bien encadré. Mais un problème s’impose, après le 31 juillet, on va où ?! » Le lendemain, le 29 mai, il prendra part au rassemblement place de la gare pour la régularisation massive des sans-papier. Le résident temporaire de l’établissement ajoute :

« On n’a pas encore de réponses de la préfecture pour notre demande de papiers et d’hébergement. On est là pour travailler, mais qui embauche des sans-papiers ? »

Adi, résident à l’hôtel Pax pendant la crise sanitaire

Repas chauds, accès à la douche : « Merci le virus »

Attablés à l’ombre, Jamel et Faouzi discutent tranquillement. Le premier a soigné son look, la chevelure bien taillée et arbore une barbe de quelques jours. Il est en France depuis cinq ans et confie : « Je suis divorcé, j’ai deux enfants, j’ai travaillé et je suis à la rue ». Soucieux de l’image qu’il renvoie, il ajoute : « Je n’ai pas de casier judiciaire, je ne suis pas allé en prison. Je suis quelqu’un de stable. » Depuis deux ans, ce père n’a pas vu ses deux enfants installés à Mulhouse. Accompagné par un assistant social depuis quelques jours, Jamel attend la réponse de sa demande d’appartement et celle du tribunal, concernant le droit de visite de ses enfants. Il espère les revoir rapidement.

Jamel, jeune Algérien résident à l’hôtel Pax jusqu’au 31 juillet.

Faouzi intervient. D’une quarantaine d’années, il comprend peu le français, s’exprime par mots-clés et répète le mot « travail ». En France depuis 8 mois, l’Algérien vivait à la rue avant le confinement. Comme Jamel, le petit groupe de sans-abri apprécie l’hôtel, après avoir connu le froid et le manque de sacs de couchage. « Merci le virus », sourit Jamel. Ce dernier est soulagé au Pax : depuis son arrivée ici, il a accès quotidiennement à une douche. Jamel se réjouit également de la récente installation du four. C’est important de manger chaud, insiste-t-il, « sans ressource, on n’a pas le choix ».

Entre-temps, Lagder est venu s’asseoir avec Jamel et Faouzi. Plus âgé, sa démarche est assurée, son crâne est lisse et l’homme porte des lunettes de soleil noires, qui lui donnent une certaine classe. Habituellement, ils ont recours au « 115 », le numéro du Samu social, à composer pour obtenir un hébergement d’urgence. « Quand ça répond », insiste l’un des deux hommes. Cette situation instable est dénoncée par les travailleurs sociaux qui souhaitent voir plus d’hébergements ouvrir de façon pérenne.

L’aide des travailleurs sociaux, « ça nous maintient en vie »

Dans le couloir qui mène à la cour, Magalie marche à pas pressés. Elle est âgée de 43 ans. Comme les autres elle s’interroge : où aller après le 31 juillet ? Avant le confinement, elle dormait dans un parking. La voix rauque, elle raconte : « Vivre dehors 24h/24 c’est fatiguant. Là, on a le luxe de s’endormir dans un lit tous les jours ». À l’hôtel Pax, elle apprécie la disponibilité des travailleurs sociaux. Elle espère que des solutions vont être trouvées :

« S’ils nous ont accueillis pendant le confinement, ce n’est pas pour nous relâcher dans la nature ».

Magalie, résidente à l’hôtel Pax.

Au milieu de la cour, il y a aussi Alexander. C’est un jeune homme qui a quitté la Grèce en janvier, son pays natal, pour trouver du travail en Allemagne. Il ne parle pas français, s’exprime en anglais et se sent seul au Pax. Il fume une cigarette, a les cheveux en bataille, porte un jogging, des bottines marrons et un haut noir sur lequel est inscrit : « Demain je change de planète. »

Alexander, résident de l’hôtel Pax, originaire de Grèce.

Alexander essaie d’expliquer rapidement une longue histoire. Il a d’abord enchaîné quelques petits boulots en Allemagne. Puis la police l’a expulsé vers Strasbourg, où il a fait la manche. À nouveau arrêté par la police, il est interné quelques temps dans un hôpital psychiatrique. Au Pax, il a ainsi trouvé l’aide des psychologues qui lui manquaient à la rue. Inquiet, il doute de la pérennité des aides après le confinement :

« L’aide nous maintient en vie, mais je ne pense pas qu’on en aura après le confinement. Avant le virus, on ne recevait pas d’aide dans la rue, autre qu’alimentaire. À chaque fois que quelqu’un a besoin d’aide, c’est trop tard… »

Alexander, résident à l’hôtel Pax, d’origine grecque.

Le confinement en hôtel, une expérience bénéfique pour les personnes sans domicile

Le confinement en hôtel, une expérience bénéfique pour les personnes sans domicile

L’hébergement des personnes sans-abri en hôtel pendant la crise sanitaire offre un bilan sanitaire et social très positif selon les associations de solidarité.

lÀ Strasbourg, 872 personnes vivaient sans hébergement début mars, selon un décompte de la Nuit de la solidarité entre le 4 et le 5 mars. Habiter dehors empêche de maintenir des règles de confinement et la promiscuité dans les squats rend impossible l’instauration des gestes barrières. Pour lutter contre l’expansion de la pandémie, l’État a ouvert 5 467 places d’hôtels en France et 1 300 places pour les SDF malades du Covid-19 ne nécessitant pas d’hospitalisation. Au 30 mars, 50 millions d’euros étaient mobilisés. Dans le Bas-Rhin, 763 places ont été ouvertes, dont l’immense majorité, 712, en hôtels.

L’hébergement en structure hôtelière est valable au moins jusqu’au 10 juillet, date de fin de la trêve « hivernale ». Pour l’instant, le ministère de la Cohésion des territoires ne s’est pas prononcé sur les conditions de relogement de ces personnes. Les associations d’aide sont inquiètes, un retour à la rue réduirait à néant trois mois de suivi et d’amélioration de l’état de santé de ces personnes en grande précarité.

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Municipales : les fous du volant au second tour

Municipales : les fous du volant au second tour

On vous a vu, on vous a entendu : vous aviez vu venir l’alliance entre Alain Fontanel et Jean-Philippe Vetter avant tout le monde, bravo. Mais avez-vous prévu que Paul Meyer resterait sur la banquette arrière ? Nous, on a hâte de voir comment se passera le voyage.

Moins de places et pas de films, l’équation incertaine des cinémas

Moins de places et pas de films, l’équation incertaine des cinémas

Forcés de fermer durant plus de trois mois, les exploitants de salles de cinémas strasbourgeoises s’interrogent sur la reprise le 22 juin et demandent à être soutenus.

Sans les passants masqués, le centre-ville de Strasbourg ressemblerait presque à ce qu’il était avant la crise du coronavirus. Suivant les magasins, les restaurants et cafés ont rouverts et les places en terrasse valent cher. Pourtant quelque chose détonne dans cette atmosphère de normalité : sur les façades des cinémas, les affiches de films sortis il y a trois mois.

Si les salles ont annoncé sur les réseaux sociaux leur réouverture le 22 juin à la suite d’une annonce du Premier ministre, les exploitants se demandent encore comment.

La façade du cinéma Star Saint-Exupéry Photo : SW / Rue89 Strasbourg / cc

Le Vox a profité du confinement pour faire des travaux. René Letzgus, à la tête du cinéma de la rue des Francs-Bourgeois et de celui du Trèfle à Dorlisheim se félicite de cette date annoncée mais s’interroge :

 « On ne s’attendait pas à ouvrir dès le 22 juin, quels films va-t-on mettre à l’affiche ? Les premières sorties sont programmées pour le 22 juillet. Toutes les plateformes ont tapé dans les plus gros films qui auraient dû sortir pendant cette période. On essaye encore de persuader les distributeurs d’avancer les productions qui devaient sortir en décembre. »

Avec Faruk Gunaltay, directeur de l’Odyssée, les deux hommes ont voulu mettre en place un drive-in. Des films auraient été projetés sur le toit d’un parking du centre-ville et sur des places à la Meinau et à Hautepierre, pour animer un peu les soirées de ces quartiers confinés. Contactée par René Letzgus, la préfecture a répondu qu’un délai de 6 mois était nécessaire pour obtenir l’autorisation. Las, les deux exploitants ont jeté l’éponge.

« Une activité ralentie pendant un an et demi »

Faruk Gunaltay vient d’acquérir du plexiglas dans une grande surface de la périphérie de Strasbourg quand il répond au téléphone. L’Odyssée, cinéma public qui bénéficie d’une subvention municipale de 28% de son chiffre d’affaires, se prépare au retour du public. Le directeur ne voit pas la reprise d’un très bon œil :

« Tant qu’il n’y a pas de vaccin ou de traitement efficace, je m’attends à moins de fréquentation. Notre activité va être au ralenti pendant un long moment, au moins un an et demi. Une bonne part de notre public, ce sont les scolaires et ils ne devraient pas revenir de sitôt. Mais notre force par rapport aux salles grand public et art et essai est que notre programmation crée sa propre actualité, nous ne sommes pas dépendants du calendrier des sorties nationales. »

Au Star Saint Exupéry Photo : SW / Rue89 Strasbourg / cc

Sur le front sanitaire, les exploitants strasbourgeois se disent prêts. La profession s’est organisée. Un groupe de travail de la Fédération nationale des cinémas français a planché sur le sujet et le ministère de la Culture a avalisé les propositions du groupement professionnel. Principale mesure avec un impact sur la fréquentation : remplir les salles à 50% seulement pour laisser un siège d’écart entre chaque spectateur.

Des postes en danger

Sur le front économique, l’avenir inquiète les exploitants. La crise a atteint durement les rentrées financières. Plus qu’un manque à gagner, c’est l’existence même de certains cinémas qui pourraient être menacée. Stéphane Libs, à la tête des cinémas Star et co-président du Syndicat des cinémas d’art et de répertoire d’essai de France, dresse un tableau bien sombre :

« Le confinement représente 3 mois et demi de pertes sèches. Alors que 2019 était la meilleure année depuis 20 ans, je ne veux même pas regarder le différentiel ! On a dû perdre le tiers des recettes de l’année. On perd aussi l’ensemble des scolaires et dispositifs d’éducation à l’image. Tous les événements ont sauté. Cela met en danger des postes dans nos cinémas. En tant que salles indépendantes, nous sommes plus fragiles que les salles municipales ou les grands groupes soutenus par les maisons-mères. »

L’UGC Rivétoile tempère un peu ce constat, sans citer les chiffres permettant d’estimer le manque à gagner. Laurence Algret, la directrice, et ses équipes sont en pleine préparation. L’ensemble des salles, soit 23 écrans, devraient rouvrir le 22 juin. Le multiplex compte aussi sur les distributeurs pour avancer des sorties. Sinon, elle prévoit de programmer des films de mars ou des reprises.

Un Strasbourgeois cherche des informations sur la devanture du Vox Photo : SW / Rue89 Strasbourg / cc

Malgré la crise et les difficultés du secteur, aucun fonds de soutien ou d’aide directe n’ont été mis en place à l’échelle nationale. Pour alléger ces longues semaines de fermeture, le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) a suspendu la perception de la taxe sur les entrées (10,72% du prix du billet). Les salles ont aussi bénéficié d’emprunts d’État, mais la capacité à les rembourser avec une activité en berne se pose.

Les cinémas appellent à l’aide la Ville et l’Eurométropole

Des dossiers de demande d’annulation de versement de la taxe ont été déposés : tous refusés pour le moment. Ces sommes alimentent un compte qui finance les travaux dans les salles de cinéma, des ressources essentielles pour le secteur. Stéphane Libs espère néanmoins :

« Il faudrait que Bercy réalimente ce compte, le CNC n’a pas d’argent. Et à Strasbourg, il faut inventer quelque chose, les cinémas sont un générateur de flux humains dans le centre-ville. Économiquement, on représente quelque chose. »

Les demandes ont été entendues. Avec une délibération prévue lundi 8 juin, le conseil municipal de Strasbourg votera une subvention de fonctionnement de 65 000 euros au Star Saint Exupéry. Le Vox bénéficie de la même somme également pour les travaux entrepris en 2019-2020. Un dispositif permis grâce à la loi Sueur, votée en 1992.

Suffisant vue l’ampleur de la crise ? Du côté du Vox, René Letzgus, fan de foot, avance :

« À Strasbourg les cinémas attirent entre 2 et 2,5 millions de spectateurs par an, le Racing en draine 400 000, on dépense 100 millions d’euros pour refaire le stade. On pourrait dédier 20 millions à la Culture, dont les cinémas, cela représente 20€ par spectateur ! »

L’Alsace esport arena, première salle pour la compétition de jeux vidéo à Strasbourg

L’Alsace esport arena, première salle pour la compétition de jeux vidéo à Strasbourg

L’Alsace esport arena a ouvert ses portes dans le quartier Meinau. Son fondateur, Quentin Naegelen, propose la location à l’heure ou en illimité d’un parc de près de 30 consoles et ordinateurs pour accueillir des tournois de sports électroniques.

Dans ce bâtiment de la Plaine des Bouchers, un long couloir mène au nouvel espace dédié aux jeux vidéos à Strasbourg : l’Alsace esport arena. Près de 180m² de surface dédiée au « gaming » avec l’ambition d’accueillir à la fois les joueurs du dimanche mais aussi les professionnels de cette discipline appelée « esport ». Néons et revêtements muraux rouge sang attirent le regard.

Quentin Naegelen, ancien joueur professionnel de 2005 à 2008 sur le jeu-vidéo de course Trackmania, peaufine ce projet depuis 2015 :

« J’ai voulu créer un lieu que j’aurais rêvé d’avoir en tant que joueur professionnel. « Arène » est un terme générique dans l’esport, il y a ce côté gladiateur quand tu rentres dans le long couloir, comme les équipes de football avant d’entrer sur le terrain… Je veux que les gens qui se posent dans mes sièges, se sentent comme des champions. »

Une trentaine de postes et une tribune de 40 places

Une tribune amovible de 40 places campe au milieu de la salle principale de 120 m². En face, une estrade équipée de 10 postes d’ordinateur, de leurs fauteuils en cuir (350€ pièce), et un écran de 3 mètres sur 3 qui diffusera les parties en cours.

« L’écran ne sera pas allumé que pendant les tournois, il sera toujours en marche. Si un joueur se débrouille bien, je peux retransmettre sa partie à l’écran. Si tous les postes sont occupés, le but est que les joueurs se posent sur la tribune en buvant un coup pour ensuite prendre la relève. »

Location à l’heure ou par abonnement mensuel

Au total, 21 postes d’ordinateurs et une dizaine de consoles sont à disposition des joueurs qui pourront également, entre deux parties, profiter de boissons non alcoolisées et de petite restauration au bar.

De la même manière qu’un quidam loue une salle de sport, l’Alsace esport arena accueille tout individu à partir de 8 ans souhaitant se défouler devant un écran. Les tarifs : 5€ par heure sur console, 7€ sur PC ou un abonnement mensuel de 45€, sésame pour une consommation illimitée à la seule condition de ne pas dépasser trois heures consécutives. Le catalogue de jeux disponibles suit les tendances actuelles : League of Legends, Fifa, Fortnite, Overwatch, Street Fighter, etc.

Présentation des lieux (vidéo Alsace esport arena / YouTube)

Un investissement de plus de 100 000€

Quentin Naegelen propose également la location de la salle « Bootcamp ». Un espace de 60 m² qui pourra profiter aux équipes de esport en vue d’un entraînement intensif avant un tournoi.

L’entrepreneur de 31 ans, associé avec le graphiste Pierre Schmidlin, a investi plus de 100 000€ dans cette aventure et s’est entouré de plusieurs partenaires dont la Banque publique d’investissement et Alsace active :

« Je suis allé voir une demi-douzaine de banques. Deux ont refusé de m’accorder un prêt et trois autres m’en ont proposé à des conditions risquées. La BNP Paribas en revanche, y a cru et m’a bien accompagné. Je suis aussi allé voir le pôle Développement économique et attractivité de la Ville de Strasbourg, mais mon projet ne les a pas intéressés. Je ne demandais pas d’argent, juste qu’ils approuvent ma démarche. »

Pour rentabiliser cet investissement, Quentin Naegelen envisage la privatisation de son club à partir de 1 000€ par soir et des événements thématiques (initiation aux jeux vidéos, stages proposés par des professionnels, tournois, etc.). La compétition sera dans l’ADN du l’arène pour cet ancien joueur professionnel qui espère accueillir une étape du tournoi Strasbourg Esport Tour.

« J’ai la structure taillée sur mesure pour accueillir ce genre d’événement. L’équivalent le plus proche dans la région, c’est la Gaming Arena à Amnéville. À Strasbourg, je suis le seul à avoir pensé une infrastructure pour faire de la compétition. »

Lors de sa recherche de locaux pour implanter son club, Quentin Naegelen a tout de suite écarté l’hyper-centre de Strasbourg. Au 6, rue Lafayette, il paie un loyer de 1 000€ par mois et mise sur une « bonne fréquentation » les jours de semaine avec la proximité des lycées Couffignal, Pasteur et du campus de la CCI. « Si ça se trouve, le week-end ça peut être désert. Je comblerai avec des privatisations. »

« Dédiaboliser le sport électronique »

En mai 2019, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu l’addiction aux jeux vidéo comme une maladie. Pour rassurer les parents inquiets et attirer une jeune clientèle, Quentin Naegelen a une « volonté pédagogique » et espère « dédiaboliser le esport » :

« Je veux organiser des colloques, des table-rondes, des conférences, j’aimerais faire intervenir des addictologues en face d’un joueur professionnel. Avec l’envie de faire venir ici des parents en conflit avec leurs enfants à cause d’une pratique excessive des jeux vidéo. »

L’ancien étudiant de l’Ecole de Management de Strasbourg a mis « all-in » pour faire de son club une « référence régionale » :

« Je ne suis pas un opportuniste ni un business angel. Je ne fais pas ça pour mettre de l’argent dans un marché en croissance, faire une plus-value et le revendre dans 6 ans. Mon objectif, c’est de vivre de ma passion. Avant j’avais un groupe de musique. On m’a toujours dit que dans une salle de concert, si les backstages sont bonnes, tous les groupes que tu rencontreras après tu leur diras : “Allez jouer là-bas, ça déchire !”. »

#esport

Plusieurs milliers de poings levés place Kléber contre le racisme et les violences policières

Plusieurs milliers de poings levés place Kléber contre le racisme et les violences policières

Vendredi 5 juin, place Kléber, plusieurs milliers de personnes ont participé à un rassemblement contre le racisme et les violences policières. Une première manifestation pour de nombreux jeunes qui veulent mettre fin aux bavures et aux inégalités.

« Justice pour Adama ! » « Pas de justice, pas de paix ! » « Police partout, justice nulle part ! » Les slogans scandés sont nombreux vendredi 5 juin vers 19 heures, sur la place Kléber. Des milliers de manifestants sont venus pour dénoncer le racisme et les violences policières au centre de Strasbourg. Malgré le ciel gris et menaçant, de nombreux jeunes ont répondu présents à un appel à manifester diffusé sur les réseaux sociaux depuis quelques jours.

Des milliers de manifestants sont venus dénoncer le racisme et les violences policières au cœur du centre-ville de Strasbourg. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

Le rassemblement est ponctué de discours, malheureusement peu audibles et de moments de silence en hommage aux victimes des bavures policières, dont les noms ont été égrenés par les organisateurs. Les genoux à terre, les poings levés et les pancartes « No justice, no peace » font référence à la mobilisation américaine depuis la mort de George Floyd à Minneapolis. Quatre policiers ont été inculpés pour meurtre et non assistance après une semaine de manifestations dans de nombreuses villes des États-Unis.

Les genoux à terre, les poings levés et les pancartes « No justice, no peace » font référence à la mobilisation américaine depuis la mort de George Floyd. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

« On ne veut pas mourir à cause de la police »

Estel, 25 ans, participe à sa première manifestation. Confrontée depuis toute petite à des remarques liées à sa couleur de peau, cette animatrice pour enfants vient aussi dénoncer les violences policières, d’Adama Traoré en France à George Floyd aux États-unis : « On ne veut pas mourir à cause de la police », explique-t-elle.

Confrontée depuis toute petite à des remarques liées à sa couleur de peau, Estel, 25 ans, participe à sa première manifestation. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

Un peu plus loin, Joël a tenu à participer à ce rassemblement pour s’opposer aux « discriminations liées à la couleur de peau dans tous les domaines. » Pour le danseur de 25 ans, certaines personnes blanches n’ont pas encore pris conscience du « racisme encore bien ancré dans notre société ». Cet habitant de Neudorf espère une « montée en puissance du mouvement, par le travail associatif et le dialogue, pour confronter la police (à ses dérives racistes, ndlr). »

Pour le danseur de 25 ans, certaines personnes blanches n’ont pas encore pris conscience du « racisme encore bien ancré dans notre société » Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

« Si on ne parle pas maintenant, on ne parlera jamais »

Sokhma, 28 ans, estime qu’elle ne pouvait pas être ailleurs ce soir : « Si on ne parle pas maintenant, on ne parlera jamais. » Pour cette future mère, qui assiste à sa première manifestation, le problème du racisme doit d’abord se résoudre par l’éducation : « L’Histoire doit être mieux enseignée aux enfants, pas seulement en cherchant à valoriser la France. » La jeune cheffe d’entreprise, arrivée du Sénégal à l’âge de 13 ans, invite ainsi à visionner les documentaires « I am not your negro » sur Arte ou encore la série « Dear white people » sur Netflix pour se « poser les bonnes questions. »

Sokhma, 28 ans, estime qu’elle ne pouvait pas être ailleurs ce soir : « Si on ne parle pas maintenant, on ne parlera jamais. » Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

De l’autre côté de la statue du général Kléber, un étudiant de 21 ans s’étonne face à la foule massée sur la place : « Vu ce qui se passe dans les banlieues, j’avais l’impression que les gens s’habituaient aux violences policières. » Pour le jeune homme originaire du Maroc, le racisme s’est résumé à des « regards, des attitudes. » Mais selon l’habitant de Marckolsheim, il est évident qu’une personne d’origine immigrée devra « faire plus d’efforts pour arriver à la même situation qu’un Blanc. »

Un étudiant d’origine marocaine, 21 ans, s’étonne du monde présent sur la place Kléber : « Vu ce qui se passe dans les banlieues, j’avais l’impression que les gens s’habituaient aux violences policières » Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

« C’est ça le privilège blanc »

À ses côtés, Moubarak approuve les dires de son ami. Étudiant en droit et auto-entrepreneur, il rappelle que plusieurs études ont démontré qu’un simple nom à consonance étrangère peut être un frein dans l’accès à un logement ou à un emploi. Et le jeune de 23 ans de raconter une arrestation par la police, dont l’origine ne fait aucun doute selon cet habitant du quartier des Poteries :

« J’étais sur mon vélo électrique pour aller travailler. J’étais pressé, parce que j’étais en retard. Là, je me fais arrêter par la police. Ils me demandent la facture du vélo. Déjà, qui se balade avec la facture de son vélo ? Par la suite, quand je leur ai envoyé le bon de commande internet, ils ont encore cherché à trouver quelque chose contre moi. C’est ça le privilège blanc, vous avez beaucoup moins de chance de vous faire contrôler de cette manière. Vous ne pouvez pas ressentir ce que ça suscite comme sentiment de honte et d’infériorité. »

C’est ça le privilège blanc, vous avez beaucoup moins de chance de vous faire contrôler de cette manière. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

En bordure du rassemblement, Yan Gilg assiste à la manifestation avec satisfaction. Le directeur des compagnies Mémoire Vive et Les sons de la rue se dit « fier face à ce rassemblement inédit de la jeunesse. » L’artiste et initiateur du projet d’universitaire populaire FAC espère que cette mobilisation aura un impact sur la campagne des élections municipales. Sa seule crainte : que le mouvement, né sur les réseaux sociaux, s’avère n’être qu’une simple mode.

Vers 21 heures, la pluie intermittente avait déjà poussé la majorité des manifestants à quitter les lieux. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Les noms des victimes ont été égrenées au mégaphone dans le silence de la foule Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

« Justice pour Abdou »

Vers 21 heures, la pluie intermittente avait déjà poussé la majorité des manifestants à quitter les lieux. Un groupe d’une cinquantaine de personnes s’est alors rendu devant le tribunal judiciaire de Strasbourg. Devant l’édifice, ils ont continué de réclamer la fin du racisme, des violences policières et de l’impunité. Les manifestants auraient aussi pu réclamer « Justice pour Abdou », du prénom du Strasbourgeois accusé de violence contre un policier fin mai. Au cours d’une audience en comparutions immédiates mardi 2 juin, le visionnage de la vidéosurveillance au commissariat a permis de révéler que l’accusé avait été frappé au visage par un policier pendant sa garde à vue.

La manifestation s’est dispersée dans le calme vers 21 heures. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

Municipales : Fontanel / Vetter, ils se sont tant aimés

Municipales : Fontanel / Vetter, ils se sont tant aimés

Le premier à la tête de la mairie, le second à l’Eurométropole. Telle est la nouvelle ambition d’Alain Fontanel et de Jean-Philippe Vetter. Mais avant cette idylle, les deux Strasbourgeois n’ont pas eu que des gentillesses l’un pour l’autre. Compilation.

L’échange public le plus violent entre Jean-Philippe Vetter (LR) et Alain Fontanel (LREM) a lieu le 16 décembre 2019. Ce soir-là en fin de conseil municipal, l’opposant Vetter demande un point sur les mesures de sécurité au Marché de Noël. Il regrette que le maire Roland Ries (ex-PS) lui réponde et non le premier adjoint Alain Fontanel, qui pilote l’opération. Après une grosse demi-heure de débats, Alain Fontanel revient dans l’hémicycle. Un échange entre les deux hommes précède sa réponse :

« – Je sens que dès que je ne suis pas là, je lui manque énormément et je sens qu’il a besoin de moi. Jean-Philippe libère toi, grandis, et sois majeur tout seul, tu n’as pas besoin de moi ! Il n’y a pas de problème.

– Merci Alain, je vois bien cette arrogance qui te caractérise si bien. »

16 décembre 2019, conseil municipal

Les programmes ne sont pas encore connus, Jean-Philippe veut alors camper la figure du candidat « fils de boulanger » qui ne « vit pas de ses mandats » (il est assistant parlementaire). Fort d’un bon sens du contact, son positionnement est celui d’un homme plus proche des classes moyennes et populaires face à Alain Fontanel, énarque comme Emmanuel Macron.

Interrogé sur cette remarque vieille de six mois, Alain Fontanel a répondu lors de la conférence de presse du 3 juin :

« Ce jour là, il m’a dit “tu exagères“. Je suis allé le voir et je lui ai dit “tu as raison, c’est une phrase que je n’aurais pas dû dire, ce n’est pas digne du débat public et respectueux d’un autre élu”. J’ai regretté auprès de lui ces propos et je regrette aujourd’hui. […] Le débat public amène parfois à des confrontations inutiles et une certaine agressivité au détriment des idées, au détriment des valeurs.« 

Alain Fontanel et Jean-Philippe Vetter, un tandem strasbourgeois à la conquête de la Ville et l’Eurométropole. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« Deux socialistes » candidats

Deux mois plus tard, samedi 15 février, Roland Ries affiche enfin son soutien à son ancien premier adjoint. Jean-Philippe Vetter commente alors auprès des DNA :

« Encarté au PS depuis 1986, Alain Fontanel a opportunément quitté son écurie historique pour rejoindre LaREM en 2017. Personne n’est dupe. Avec Catherine Trautmann, deux socialistes seront donc candidats à l’élection municipale strasbourgeoise… »

La bataille des arbres

Une semaine plus tard, Jean-Philippe Vetter présente son programme complet devant l’école Neufeld à Neudorf. Il résume :

« Ce sont des mesures simples, elles n’ont pas été imaginées derrière un bureau où l’on établit des propositions technocratiques. Il n’y a pas de projet fumeux comme un bouclier vert ou un Plan Canopée. »

21 février, présentation du programme

Le plan Canopée figure parmi les premières propositions dévoilées par Alain Fontanel mi-janvier. Cette première communication programmatique est centrée uniquement sur la question écologique. Ce premier bouquet de mesures est appelé « Bouclier vert ». Le Plan Canopée consiste à obtenir 30% de la surface au sol ombragée par les feuilles des arbres, contre un peu plus de 20% environ aujourd’hui.

Ce matin là, le colistier de Jean-Philippe Vetter, Pascal Mangin, conseiller régional et président de la commission Culture pour le Grand Est, tacle au passage « l’occasion manquée de la Coop », pour disposer d’une salle moderne pour les musiques actuelles à Strasbourg. Un projet piloté par… Alain Fontanel, en charge notamment de la Culture.

Quelques heures plus tard, Alain Fontanel annonce au biocluster des Haras :

« Nous proposons une plantation par naissance chaque année, soit 4 000 par an, un objectif tout à fait raisonnable. »

21 février, présentation du programme d’Alain Fontanel

Sous entendu, un objectif bien plus raisonnable que ce qu’a promis Jean-Philippe Vetter, 500 000 arbres soit « un par habitant de la métropole » qui imposerait 136 plantations par jour, dimanches et jours fériés compris, pendant 10 ans. Le rythme voté début 2020 dans le plan Climat est de 1 000 par an à Strasbourg.

Les 500 000 arbres ont été chiffrés à 25 millions d’euros par l’Institut Montaigne. Après plusieurs moqueries, le programme officiel du candidat de droite est un peu amendé. Il est question « d’arbres et arbustes ».

Les responsabilités passées d’Alain Fontanel

Le mercredi 4 mars, lors d’un débat avec 7 têtes de listes à la Librairie Kléber, il est question des transports publics. Alain Fontanel détaille un plan ambitieux, ce qui fait bien rire Jean-Philippe Vetter qui lui répond :

« Cher Alain, si seulement tu avais été président de la CTS, on aurait eu des transports merveilleux ! »

Débat à la librairie Kléber, mercredi 4 mars

Jean-Philippe Vetter a défendu une gratuité des transports le dimanche, couplée à celle des musées, afin d’avoir « un réflexe dimanche en famille ». Opposé à la gratuité, sauf en cas de pic de pollution, Alain Fontanel vante plutôt un service « universel » des transports 24h sur 24 et 7 j/7. Les deux candidats réunis sont restés muets sur cette question.

Sur l’avenue des Vosges, l’opposant face au « trio punitif »

Lundi 2 mars, Jean-Philippe Vetter fait le buzz. Sur l’avenue des Vosges, il donne rendez-vous à 8h, heure où l’artère est supposée être bouchonnée. Avec des colistiers, il dévoile un panneau promettant un retour à 2×2 voies avec un retrait des bandes cyclables. Derrière lui, les voitures avancent relativement paisiblement notamment sur sa droite (2 voies, contre une dans l’autre sens).

Partagée sur Twitter, la vidéo fait le tour de la France. Elle est vue environ 35 000 fois. Ressuscitée par plusieurs défenseurs du vélo en ville depuis mardi soir, elle a refait plus de 10 000 vues supplémentaires.

Quelques jours plus tard, son colistier Éric Sénet partage un détournement de la photo de famille.

Détournement de la photo prise sur l’Avenue des Vosges. Photo : Facebook d’Éric Sénet

Sur le trottoir de l’avenue au cœur de la Neustadt, devant les journalistes, Jean-Philippe Vetter hausse le ton face à ses concurrents. Il s’en prend au « trio » (oubliant au passage l’adjointe Chantal Cutajar) :

« Cette réalisation symbolise parfaitement l’écologie punitive mise en œuvre par la majorité sortante du trio Fontanel-Trautmann-Barseghian. Tous trois ont voté en faveur de cette logique. Moi pas. »

Lundi 2 mars, sur l’Avenue des Vosges

Quelques semaine plus tôt, Alain Fontanel avait promis, après Jean-Philippe Vetter, le retour à 2×2 voies. « Le 9 janvier 2020, dans le cadre de la campagne municipale devant le CRIF, ce même candidat réitérait son soutien à l’arrivée du tram avenue des Vosges. […] Qui croire ? », s’interrogeait déjà Jean-Philippe Vetter dans un communiqué du 14 février

Les commerçants et la zone commerciale

Au soir du 1er tour, Jean-Philippe Vetter garde ses distances avec Alain Fontanel. « Pour s’allier il ne faut pas être deux, il faut être 65. Il faut même être 130 », déclare-t-il sur le plateau de France 3 Alsace. À quelques jours du dépôt des listes de second tour encore, Jean-Philippe Vetter campe la figure du seul représentant de l’opposition à la majorité sortante. À Rue89 Strasbourg, il déclare :

« Entre Streeteo, la disparition de places de stationnement et la zone de commerciale de Vendenheim, les commerçants et artisans ont été étranglés ces douze dernières années. »

Jean-Philippe Vetter, 26 mai 2020

Ce n’est pas la première fois que Jean-Philippe Vetter critique la zone commerciale du nord, ses parkings gratuits, et la concurrence faite aux commerces du centre-ville. Dans les DNA du 11 février, le candidat conservateur défend son projet de parking souterrain rue du Vieux-Marché-aux-Poissons, que ne souhaite pas Alain Fontanel.

Il tacle son concurrent au passage :

« Il est ainsi surprenant de voir Alain Fontanel, premier adjoint au maire et vice-président d’une Eurométropole qui a voté une subvention de 9,8 millions d’euros en soutien au développement de la zone commerciale Nord à Vendenheim, proposer aujourd’hui un moratoire sur l’extension des zones périphériques. »

DNA du 11 févrer

La zone commerciale a été souhaitée par les maires du nord de l’Eurométropole. Or désormais, Jean-Philipe Vetter est le candidat à sa présidence, dans une gouvernance qu’il faudra ouvrir au moins à quelques maires des 32 autres communes. S’il est élu, se rendra-t-il à l’inauguration ?

Le procureur saisit l’IGPN suite à des violences policières au commissariat de Strasbourg

Le procureur saisit l’IGPN suite à des violences policières au commissariat de Strasbourg

Mardi 2 juin, Abdou Diallo était jugé en comparution immédiate au tribunal judiciaire de Strasbourg pour vol de vélo et agression sur un policier. Mais la vidéosurveillance du commissariat strasbourgeois révèle qu’un policier a frappé le jeune homme de 21 ans.

La vidéosurveillance a sauvé Abdou Diallo. Mardi 2 juin, le jeune homme de 21 ans était jugé par le tribunal correctionnel de Strasbourg pour vol de vélo, utilisation d’une fausse identité et violence contre une personne dépositaire de l’autorité publique. Cette dernière accusation était fondée sur une plainte d’un policier, appuyée par le témoignage d’une policière ainsi qu’un procès-verbal décrivant les images de vidéosurveillance du sous-sol du commissariat strasbourgeois.

Un coup de poing gratuit par le policier

Mais l’avocate du prévenu, Me Kaoutare Choukour, a détecté des contradictions dans les différents témoignages des policiers. À l’audience, elle a demandé au président du tribunal Phillipe Schneider de visionner les images de vidéosurveillance. Elle raconte la suite :

« Quand on lit le dossier, on s’imagine que M. Diallo a été provoquant et agressif, comme l’ont relaté non pas un mais trois policiers. Sauf que sur la vidéo, on voit deux policiers et M. Diallo, menotté et calme. Puis un policier lui enlève les menottes. On ne sait pas ce qu’il lui dit à ce moment là. Mais ensuite mon client lève le coude, un geste défensif, parce que le policier lui donne un coup de poing au visage. Le policier le prend ensuite par la veste et lui plaque la tête contre la porte, avant de sortir du champ de la caméra. »

Me Kaoutare Choukour : « Les policiers savent très bien que souvent, par manque de temps, le président ne regarde pas les images de vidéosurveillance » Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Au vu des images, le président du tribunal a relaxé Abdou Diallo pour les violences et l’usurpation d’identité. Il a cependant été condamné à quatre mois d’emprisonnement pour le vol de vélo. La peine étant aménageable, le jeune originaire de Guinée-Conakry n’a pas été incarcéré. Pour Me Kaoutare Choukour, son client aurait bien pu finir à la maison d’arrêt de Strasbourg :

« On a eu de la chance d’avoir un président du tribunal rigoureux qui a bien voulu visionner ces vidéos. Les policiers savent très bien que souvent, par manque de temps, les magistrats ne regardent pas les images de vidéosurveillance. Mardi, on a terminé les audiences de comparution immédiate à 21 heures. Les juges partent souvent de l’idée que le procès verbal de la vidéosurveillance est fidèle aux images. »

L’IGPN saisi dès le lendemain de l’audience

Face à ces images, le président du tribunal Philippe Schneider a demandé au vice-procureur Guerogui Varbanov de se saisir des faits. Ce dernier a promis l’ouverture d’une enquête lors de l’audience, comme le rapportent les Dernières Nouvelles d’Alsace. Chose faite dès mercredi, comme l’indique le parquet à Rue89 Strasbourg :

« Ce matin, au vu de la copie du dossier et de la note d’audience, le procureur a saisi l’IGPN d’une enquête ouverte du chef de violences commises par un dépositaire de l’autorité publique. » 

Les mensonges des policiers

Deux autres policiers encourent des sanctions dans cette affaire. Tout d’abord, le policier qui a rédigé le procès-verbal des images de vidéosurveillance sans mentionner le coup porté à Abdou Diallo. Ensuite, une policière témoin de la scène a aussi caché le comportement agressif de son collègue. Sans doute fallait-il aller dans le sens de la plainte déposée contre le jeune de 21 ans pour « violence aggravée par deux circonstances avec interruption temporaire du travail inférieure à huit jours. »

Me Kaoutare Choukour ajoute un autre élément de preuve favorable à Abdou Diallo : un rapport médical. Ce document atteste que deux coups ont été portés contre le gardé à vue. « Mais ce n’est pas mon client qui s’est plaint, rappelle l’avocate. Quand on est victime de violences policières, on se dit : “De toute façon, qui va me croire ?” Heureusement qu’un autre policier a demandé au médecin de rédiger un rapport, car les constatations médicales confirment les allégations de M. Diallo. »

Abdou Diallo introuvable

En début de soirée, mardi 3 juin, Abdou Diallo était introuvable. Son téléphone semble éteint. Deux de ses amis se disent « inquiets » en l’absence de nouvelles de sa part : « On est tout le temps ensemble, c’est comme un frère pour nous. S’il ne répond pas, c’est qu’il est traumatisé », affirme Mdjoh (le prénom a été modifié). Les deux compagnons d’Abdou envisagent d’organiser une manifestation ce samedi devant le tribunal judiciaire de Strasbourg : « Justice doit être faite pour Abdou », estime André Mulenda. »

« On est tout le temps ensemble, c’est comme un frère pour nous. S’il ne répond pas, c’est qu’il est traumatisé », affirme Mdjoh (à gauche, le prénom a été modifié) Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Contactée, la direction départementale de la sécurité publique n’a pas souhaité s’exprimer sur cette affaire. De même, l’avocate du policier ayant frappé Abdou Diallo a simplement indiqué à Rue89 Strasbourg que son client souhaite faire appel de la décision du tribunal.

Rassemblement contre le racisme et les violences policières vendredi à Strasbourg

Rassemblement contre le racisme et les violences policières vendredi à Strasbourg

Le collectif Mama Road organise vendredi 5 juin un rassemblement contre les violences policières et le racisme. Il aura lieu à 19h, place Kléber à Strasbourg.

Dans le prolongement de l’indignation provoquée aux États-Unis par la mort de Georges Floyd, afro-américain de 46 ans, alors qu’il était arrêté par un policier blanc à Minneapolis le 25 mai, le collectif strasbourgeois Mama Road appelle à une manifestation de soutien au mouvement #BlackLivesMatter (« les vies des noirs comptent »), afin de dénoncer à Strasbourg aussi le racisme et les violences policières.

L’appel, diffusé sur les réseaux sociaux par Mama Road, propose un « sitting » place Kléber vendredi 5 juin à 19 heures, les participants devant apporter leurs masques et être vêtus de noir afin de « montrer une unité sur la préservation des vies noires », selon Manon, porte-parole de Mama Road.

L’envie de participer au mouvement d’indignation américain s’est exprimée sur un groupe WhatsApp d’une centaine de personnes. Le collectif Mama Road a mis à disposition mercredi le Wagon Souk, un local rue Gruber à Koenigshoffen, pour la confection de banderoles et pancartes.

Tract du rassemblement contre les violences policières envers les personnes Noires et d’origine arabe, vendredi 5 juin 19h, place Kléber, Strasbourg.

« I can’t breathe »

En France, le collectif « Vérité pour Adama Traoré » a organisé mardi 2 juin une manifestation à Paris en mémoire de ce jeune homme de 24 ans, mort après son arrestation par les gendarmes en 2016. Une contre-expertise médicale indique qu’Adama Troaré est mort « suite à un syndrome asphyxique par plaquage ventral« , probablement ce qui est arrivé à Georges Floyd dont les derniers mots ont été « I can’t breathe » (je ne peux pas respirer).

« Les personnes noires ou arabes sont perpétuellement victimes de violences policières. On a pu le constater pendant le confinement, du côté de l’Elsau, à la Meinau ou à Koenigshoffen. Au Neudorf c’est pareil, quelqu’un a fini à l’hôpital. Il n’y a pas qu’aux États-Unis qu’il y a des violences. La France n’échappe pas à ces répressions. « 

Manon, porte-parole et membre du collectif Mama Road.

Le collectif est également fermement opposé au projet de loi qui vise à interdire de filmer les policiers dans l’exercice de leur fonction, déposé à l’Assemblée nationale le 26 mai par des députés de droite. Selon le collectif, l’existence de telles vidéos permettent de documenter les violences policières et aux victimes de témoigner.

À ce jour, la manifestation n’est pas déclarée en préfecture. Les rassemblements de plus de 10 personnes sont toujours interdits en raison de la crise sanitaire.

Un feu tricolore planté au milieu d’une piste cyclable toute neuve

Un feu tricolore planté au milieu d’une piste cyclable toute neuve

Un feu tricolore a été installé sur une voie de la toute nouvelle piste cyclable reliant la Gare à Koenigshoffen, le long de la future ligne de tramway. Il va rester là.

Les cyclistes de l’ouest de Strasbourg qui quittent le centre-ville ont eu une surprise de taille depuis quelques jours : un feu tricolore a été planté au milieu de la piste cyclable toute neuve, aménagée à l’occasion de la nouvelle ligne de tram vers Koenigshoffen, au niveau de la rue de Rothau.

La photo du feu impétrant a été postée mardi sur la page Facebook de l’association des cyclistes de Strasbourg et du Bas-Rhin, le Cadr 67 avec ce seul commentaire : « sérieusement ? » Il faut reconnaître que l’irruption de cet aménagement à cet emplacement interroge…

Renseignements pris, le feu est bien au bon endroit. C’est la piste cyclable qui va devoir le contourner. Jean-Baptiste Gernet, adjoint au maire de Strasbourg en charge des mobilités, détaille :

« J’ai été avisé qu’il y avait un défaut à cet endroit. Le feu tricolore ne peut pas être déplacé, en raison du carrefour entre la rue de Koenigshoffen et la rue de Rothau. C’est le marquage qui n’est pas conforme et qui sera modifié très prochainement. »

Sauf que la place est limitée à cet endroit spécifiquement, les piétons n’ont guère de place sur ce qui reste du trottoir. La piste cyclable toute neuve et fort appréciée des cyclistes de l’ouest va donc se rétrécir juste à cet endroit, provoquant l’apparition d’un nouveau point d’attention. Un de plus.

Alain Fontanel perd plusieurs colistiers bien placés suite à l’union avec la droite

Alain Fontanel perd plusieurs colistiers bien placés suite à l’union avec la droite

La nouvelle liste LREM/LR écarte plusieurs personnalités dénichées par Alain Fontanel au profit des « professionnels » de la politique.

In extremis, Alain Fontanel (LREM) et Jean-Philippe Vetter (LR) ont déposé une liste commune. « Unis pour Strasbourg » se présentera face au PS et aux écologistes au second tour des élections municipales à Strasbourg, dimanche 28 juin. Si Jean-Philippe Vetter a conservé son ordonnancement en début de liste, Alain Fontanel a grandement remanié son équipe. Avec son lot de perdants et de gagnants, notamment chez les novices.

Le top 4 de l’ex-liste Fontanel absent

Alain Beretz, ancien président de l’Université de Strasbourg et « la plus belle prise » chez les non-professionnels de la politique n’est pas sur la nouvelle liste. Il était numéro 3 en mars. Réputé plutôt proche du centre-gauche, il avait critiqué la proposition de Jean-Philippe Vetter d’ouvrir la BNU 24h/24. Dans un post Facebook, il a indiqué qu’il « ne partage pas les convictions affichées par la liste Vetter » et aurait préféré une alliance avec Catherine Trautmann. Il souhaite néanmoins le succès d’Alain Fontanel.

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Trois concerts de Lyre le Temps à la Laiterie, pour un public très restreint

Trois concerts de Lyre le Temps à la Laiterie, pour un public très restreint

Depuis ce mardi 2 juin, la Laiterie est à nouveau ouverte pour les artistes en résidence. Pour marquer le coup, Artefact a décidé d’inviter le groupe d’electro-swing Lyre le Temps. Les Strasbourgeois se produiront trois fois entre vendredi et samedi, devant un public restreint.

Que le temps des concerts parait loin ! À la Laiterie, le dernier c’était celui la chanteuse folk Pomme et c’était le jeudi 12 mars, il y a déjà trois mois. Depuis, plus rien. La salle des musiques actuelles strasbourgeoise est restée porte close avec pour conséquence le report ou l’annulation d’une soixantaine de dates. Mais cette période inédite d’inactivité est sur le point de s’interrompre. La Laiterie sera en effet exceptionnellement ouverte au public pour une série de trois concerts du groupe de hip-hop et d’electro-swing strasbourgeois Lyre le Temps. Thierry Danet, co-directeur d’Artefact précise le dispositif :

« Tout est parti du projet de Lyre le Temps qui s’appelle #StudioDressing. Pendant le confinement, Ry’m [le chanteur] a publié une vidéo par jour tous les jours depuis son dressing. Les musiciens de Lyre le Temps sont résidents chez nous depuis très longtemps et donc ils nous ont proposé de conclure cette série par une captation avec un stream sur scène. Alors on s’est dit que, quitte à rebrancher la Laiterie, il fallait que ce soit en présence de notre public. »

Jour 53 pour le #StudioDressing de Lyre le Temps (YouTube)

60 spectateurs au lieu des 870 habituels

Vendredi 5 et samedi 6 juin, la Laiterie accueillera donc à trois reprises 60 spectateurs au lieu des 870 habituels dans la grande salle, soit à peine 7% de la jauge maximale. Une réouverture unique dans le respect des conditions sanitaires : distanciation physique dans les files d’attente, port du masque obligatoire pendant toute la durée du concert, gel hydroalcoolique à disposition du public, zone de 4 mètres-carrés par personne…

Le patron d’Artefact et de la Laiterie en a bien conscience, ce modèle de concert ne peut pas « s’inscrire dans la durée, » ne serait-ce que pour des raisons économiques (voir encadré ci-dessous). Pour Thierry Danet, il s’agit de réinventer la culture en période de Covid-19 :

« C’est pour ça que c’est un coup unique ! Aujourd’hui, nous travaillons à la réouverture en septembre. Ce qui est sûr, c’est que ce scénario avec un public aussi limité ne pourra pas fonctionner. Cette série de concerts, c’est aussi l’occasion d’entendre la voix des spectateurs, qui sont absents de tous les débats autour de la culture. »

Session swing et « scratchs furieux »

Après une dernière date qui avait mis le feu à la Laiterie en 11 mai 2019, la formation strasbourgeoise proposera donc à la poignée de chanceux présents une session live de son dernier album « Prohibition Swing » (label French Gramm).

Et pour décrire la patte des quatre musiciens, c’est encore la description Facebook du groupe lui-même qui en donne la meilleure définition. Lyre le Temps, c’est un peu « comme si Cab Calloway faisait des claquettes sur une bordée de scratchs furieux ». Un concert qui présentera quelques nouveautés, notamment le titre I’m Not A Robot sorti pendant la période de confinement.

Le succès de « Coup de pouce Vélo » fait dérailler certains réparateurs

Le succès de « Coup de pouce Vélo » fait dérailler certains réparateurs

Depuis le 11 mai, « Coup de pouce Vélo » permet de bénéficier d’une aide de 50€ pour faire réparer son vélo. Le dispositif a eu beaucoup de succès à Strasbourg, si bien que certains réparateurs ont dû mettre fin à leur participation.

Pour améliorer les transports depuis le déconfinement, l’État et la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) proposent une aide directe de 50€ pour faire réparer son vélo. Appelé « Coup de pouce Vélo, » ce dispositif a généré des centaines d’appels chez les réparateurs strasbourgeois, qui ont rempli des centaines de dossiers et réparé autant de vélos. Certaines boutiques ont ainsi pu retrouver une partie de leur chiffre d’affaires perdu lors du confinement.

Mais des vélocistes pointent des bugs dans la plateforme Alvéole, censée enregistrer ces opérations et leurs remboursements, des dossiers trop longs à remplir et des retards dans les paiements… car les réparateurs avancent les frais. En outre, certains particuliers ont asséné les réparateurs de « voleurs, » quand ils ont découvert que l’opération ne couvrait pas la TVA, d’autres se sont vengés en laissant des avis négatifs sur internet.

À Stras’bike, le gérant Sabri Abdelali a mis en place le dispositif Coup de pouce Vélo le 11 mai. Le samedi 29 mai, il affichait complet. Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Au 17, rue de la Première-Armée, une haie d’honneur formée de vélos accueille les clients. Au bout de l’allée, à son bureau, le gérant du magasin de vente de scooters et vélos Stras’bike, encaisse une dame d’une « quinzaine d’euros ». Elle récupère son vélo réparé grâce à l’opération « Coup de pouce. » Au fond de la boutique, l’atelier est occupé par trois vélos, et les réparations s’enchaînent. « On a arrêté de compter les réparations Coup de pouce », explique Abel Abdelali, un des deux réparateurs.

« On a arrêté de compter »

Sauf urgences, le planning des réparations d’Abel est complet jusqu’à la mi-juillet. Les deux employés reçoivent une vingtaine de vélos par jour. Ils se sont adaptés à la demande et ouvrent désormais six jours par semaine au lieu de cinq habituellement.

Alors qu’il effectue des réparations presque sur deux vélos à la fois, le téléphone retentit pour la troisième fois en quinze minutes. Il commente :

« Certains réparateurs de vélos ne décrochent plus leur téléphone, surtout pendant les deux ou trois premières semaines. Mais là ça se calme, les gens se rendent compte qu’ils appellent trop tard. C’est la guerre. »

Abel Abdelali, réparateur à Stras’bike, Strasbourg.
Abel Abdelali, vélociste à Stras’bike. Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Un matin, une file d’attente de 30 mètres faisait face à Fariar Fazeli, co-gérant de Tendance Cycle, au 7 rue d’Alsace. Avec une capacité de vingt vélos en magasin, son équipe en répare 100 par semaine depuis le 11 mai. L’année dernière, à la même période, il en comptait cinquante. « On est complètement débordés », ajoute-t-il, « on se garde le samedi pour effectuer d’autres tâches qu’on n’a pas le temps de faire dans la semaine ».

Face à l’afflux de demandes, l’atelier de réparation à domicile, MarcoVelo a décidé d’arrêter temporairement la mise en oeuvre du dispositif, au moins jusque la mi-juillet.

Des vélos sortis de la cave

Les cyclistes demandent principalement des révisions, des changements de pneus, de chambres à air et de freins. Depuis que le dispositif a été annoncé, les gens ont « sorti les vélos de la cave, » selon le mot d’un réparateur, notamment en raison des limitations appliquées aux transports en commun.

Certains vélos sont à l’état d’épave, explique un réparateur : « Il y a des « petits malins » qui récupèrent des vélos qui ont été jetés en Allemagne. Ils s’imaginent qu’avec l’aide de 50€ ils vont pouvoir récupérer un vélo intact ». Pour ces vélos, les frais de remise en état peuvent atteindre 200€. Il ajoute : « À mon avis, l’État aurait dû proposer une aide pour acheter un vélo neuf. »

10 à 20 minutes par dossier

Pendant les deux premières semaines, les clients ne pouvaient pas se pré-inscrire sur l’application. Les réparateurs témoignent passer 10 à 20 minutes par dossier. Ils doivent expliquer le fonctionnement du dispositif, prendre les coordonnées des clients, les numéros de série et les photos géolocalisées des vélos. Autant de minutes qui ne sont pas rentables. Parfois des bugs interviennent et les dossiers rentrés dans l’application sont perdus. Le dispositif permet aux réparateurs de renvoyer les dossiers qui n’ont pas pu être envoyés, sans avoir recours au code de vérification que le client reçoit et doit transmettre au réparateur pour valider le dossier.

Fariar Fazeli, se réjouit de la mise en place du dispositif pour pouvoir rebondir après le confinement, mais il explique :

« Parfois au niveau informatique l’application ne fonctionne pas et remet tout à zéro. C’est une perte de temps. Pour chaque client il faut compter 20 minutes, entre la réception du vélo, la mise en place du dossier, la facturation. Et sans parler de l’intervention sur le vélo ! »

Fariar Fazeli, co-gérant de Tendance cycle

Yannick Giess, chez Cityzen Bike, a reçu un mail de la part d’Alvéole. Le programme s’engage à procéder aux paiements sous vingt-deux jours, au lieu de sept, comme il est indiqué sur le site de Coup de pouce Vélo. Le gérant de Stras’bike, Sabri Abdelali raconte :

« Je suis devenue dactylographe, photographe… Je fais tout sauf réparer des vélos. Toutes mes factures sont à refaire, depuis le début, car mes nomenclatures ne sont pas acceptées. J’ai rentré mes dossiers le 11 mai, trois semaines après on ne m’a toujours pas remboursé. »

Sabri Abdelali, gérant du magasin Stras’bike
À Cityzen Bike Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

L’autre difficulté intervient dans le retard des pièces commandées aux fournisseurs. Les délais de livraisons ne sont pas respectés par les transporteurs et les préparateurs de marchandises. Fariar Fazeli pense que c’est lié au manque de personnel dans les structures couplé à l’explosion de la demande. Alors qu’un de ces fournisseurs livrait en 24 à 48h, dorénavant c’est une semaine et les réparateurs doivent avancer les pièces avant d’obtenir les sommes promises par l’État.

Des adaptations dans l’urgence de la part des entreprises

Certains vélocistes regrettent un manque de communication de la FUB. Ils ont été avertis de l’existence du dispositif par les médias et ont dû s’adapter au fur et à mesure que les informations « tombaient ». Par exemple, les magasins qui utilisaient des téléphones fixes ont dû acheter un smartphone pour enregistrer les clients dans l’application.

One City Tours, rue du Vieux-Marché-Aux-Vins, qui loue des gyropodes et des vélos a vu son chiffre d’affaires baisser de 95% pendant le confinement. L’entreprise proposait également des réparations de vélos aux entreprises, elle a étendu son activité aux particuliers depuis la mise en place de « Coup de pouce vélo. » .

La boutique propose des forfaits qui ne dépassent pas les 50€ hors taxes. Par exemple, pour une réparation et une révision complète du vélo, le montant est de 48€ hors taxes. La réparation d’un pneu atteint 25€ hors taxe sur la pièce et la main d’oeuvre.

Au magasin, le gérant Yves Ackermann relativise :

« Il y a des problèmes liés à la mise en route du dispositif. Les personnes à l’origine du projet ont eu peu de temps entre l’annonce et la mise en place, mais je pense que c’est une bonne initiative. Ce serait bien si on pouvait interagir avec une personne physique. Quand on s’interroge sur le fonctionnement de l’application, on n’a personne vers qui se tourner. »

Yves Ackermann, One City Tours
One City Tours, réparation de vélo. 5 petite rue du Vieux-Marché-Aux-Vins, 67000 Strasbourg. Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Le compteur de cyclistes installé devant la Cité de la musique et de la danse a enregistré plus de 15 000 passages du lundi 4 au dimanche 10 mai avant le déconfinement et près de 36 000 la semaine du 18 au 24 mai. Cependant, la Ville de Strasbourg n’a augmenté sa surface cyclable que de 2,2 km.

Municipales : accord de dernière minute Fontanel / Vetter, face aux écologistes et au PS

Municipales : accord de dernière minute Fontanel / Vetter, face aux écologistes et au PS

Jean-Philippe Vetter et Alain Fontanel ont noué un accord de dernière minute pour le second tour des élections municipales à Strasbourg. Ils feront face ensemble aux listes écologistes et socialistes, qui n’ont pas réussi à unir la gauche.

Changement d’avis face aux circonstances ou bluff organisé ? Après avoir annoncé qu’ils partaient seuls, Alain Fontanel (LREM) et Jean-Philippe Vetter (LR) ont trouvé un accord de dernière minute pour le second tour des élections municipales à Strasbourg, prévu dimanche 28 juin. L’actuel premier adjoint, Alain Fontanel, prend la tête de cette liste d’union à droite.

Son ancien opposant occupera la 3e place :

« Ce n’était pas le temps des idéologies, c’est la convergence entre deux programmes proches face à des personnes doctrinaires. »

Jean-Philippe Vetter

La nouvelle liste a été déposée in extremis avant 18h, juste après l’annonce de l’échec des négociations entre les écologistes et les socialistes, vers 15h.

Signaux inverses

Dès ce lundi 1er juin, Jean-Philippe Vetter avait posté sur Facebook un texte où il se déclarait « prêt à porter un projet d’avenir » et d’aller « au-delà des coalitions entre candidats ». Mardi matin, il postait des photos de son début de campagne sur le terrain. Depuis plusieurs jours, il disait en privé à ses connaissances ses réticences à une alliance avec LREM, notamment en raison de l’impopularité d’Emmanuel Macron.

Les anciens opposants Alain Fontanel et Jean-Philippe Vetter tombent les masques. Photo : remise

Alain Fontanel avait quant à lui écrit à la mi-journée à ses colistiers que « des postures partisanes [ont] empêché un rassemblement crédible et responsable » et qu’il allait « continuer […] avec la même équipe ». « Un vrai message », confirme un colistier, surpris néanmoins qu’il ait fuité avant officialisation. Le candidat macroniste avait « carte blanche » pour négocier seul pendant les 48 dernières heures. Jean-Philippe Vetter a aussi négocié seul dans les dernières heures. Alors qu’à gauche, ce sont des négociations par « délégations » de plusieurs personnes qui prévalu.

Mathématiquement, cet attelage a désormais une longueur d’avance sur la gauche. En cumulé, ils ont rassemblé 38,12% des voix au premier tour, avec de bons scores dans les quartiers nord, de quoi surpasser le score du 15 mars de Jeanne Barseghian (27,89%) et de Catherine Trautmann (19,77%).

Échec entre écologistes et socialistes

Après plusieurs jours de discussions, les écologistes et les socialistes n’ont pas réussi à s’entendre pour créer une liste commune au second tour des élections municipales. Depuis le week-end, les appels d’élus et personnalités de gauche s’étaient pourtant multipliés pour éviter une quadrangulaire périlleuse, avec le risque que la droite ou « En Marche » l’emportent au final.

Les deux camps risquent de se disputer longtemps la responsabilité de cette non-union. Tandis que leurs rivaux font campagne sur la difficulté de la crise économique.

Les deux femmes avancent plusieurs versions sur les nombre de places et l’ordonnancement proposé, suivant une règle proportionnelle. Mais s’accordent sur un point de désaccord, la présidence de l’Eurométropole, souhaitée par Catherine Trautmann.

Passé les « regrets », Catherine Trautmann attaque frontalement ses anciens partenaires : 

« C’était les méthodes du vieux PS, mais en pire. Syamak Agha Babaei était le chef de délégation qui a passé beaucoup de temps au PS. Et les écologistes s’étaient gardé le poste de numéro 2 à l’Eurométropole pour Syamak Agha Babaei. C’est pour cela qu’ils ne voulaient pas d’une Strasbourgeoise en numéro 1. Je demande à voir comment ils garderont leur cohésion et cohérence. »

Moins offensive dans ses propos, Jeanne Barseghian estime que la discussion doit se faire avec les maires des 32 autres communes (50 sièges sur 100) et pas seulement entre Strasbourgeois (la majorité strasbourgeoise envoie une quarantaine d’élus).

Sur le fond, deux projets routiers ont été cités par Jeanne Barseghian, lors d’un point presse : « l’accès nord au port » et « les millions pour la requalification de l’A35, auquel nous préférons des alternatives d’éco-mobilité ». « On en a à peine parlé », estime de son côté la socialiste. Elle reproche d’avantage que les écologistes « n’ont pas su mettre en avant leur projet », « perçu comme coercitif » voire « négatif » en citant l’autonomie alimentaire ou les repas végétarien dans les cantines. Elle reproche de la défiance, pas tant de Jeanne Barseghian, mais de son équipe.

Dans un communiqué, Catherine Trautmann indique « n’avoir connu dans le cadre de ces négociations que de la défiance depuis le début » et parle même de « climat hostile. » L’ancienne maire socialiste voulait en outre que la « feuille de route soit revue à l’aune de la crise sanitaire que nous avons traversée et qui contient en germe une crise économique et sociale sans précédent, » ce qui n’était « pas prévu par la candidate écologiste considérant au contraire que son projet reste d’actualité. »

De son côté, Jeanne Barseghian pointe que « l’équipe de “Faire Ensemble Strasbourg” voulait imposer la présidence de Catherine Trautmann à la métropole. » Or la candidate écologiste réserve cette place en cas de victoire pour un troisième tour de négociations « avec les communes de première et seconde couronnes. »

Les deux femmes avancent plusieurs versions

Près de Colmar, la menace d’un ancien dépôt de déchets de pesticides sur la nappe phréatique

Près de Colmar, la menace d’un ancien dépôt de déchets de pesticides sur la nappe phréatique

À la fin des années 60, une entreprise de production de pesticides a déposé entre 700 et 750 tonnes de déchets toxiques à l’air libre près de Colmar. Des analyses ont mis en évidence un panache de pollution de 2 kilomètres dans la nappe phréatique. L’eau n’y est plus potable. L’association locale Tiefenbach Environnement plaide pour le déstockage de ces déchets.

Pascal Lacombe, habitant de Colmar, ne retient pas ses mots : « C’est un scandale sanitaire. La nappe phréatique est lourdement polluée aux abords du site. On dirait que c’est devenu tolérable par les autorités ce genre de situation. » Il est engagé, avec l’association Tiefenbach Environnement dont il est le vice-président, pour le déstockage d’un dépôt de déchets chimiques à Wintzenheim, une commune en bordure de Colmar.

Le site de PCUK près de Colmar Photo : doc Basol

En 1966, l’usine Produits Chimiques Ugine Kuhlmann (PCUK), un fabricant de pesticides, déverse entre 700 et 750 tonnes de déchets sur ce terrain, sans autorisation. Les déchets se présentent sous la forme d’une poudre blanche qui contient un puissant insecticide connu sous le nom de lindane. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), cette molécule, interdite en France depuis 1988, est toxique en cas d’ingestion ou d’inhalation. Elle induit aussi des effets graves pour les organes qui y sont exposés à long terme. Elle est également très toxique pour les organismes aquatiques.

Un panache de pollution de 2 km sous Colmar

À l’époque, la poudre s’envole et pollue les environs. Suite aux plaintes des habitants, en 1974, les déchets sont recouverts d’une couche de remblais. L’entreprise PCUK cesse toutes ses activités la même année. En 1985, le Bureau des Recherches géologiques et Minières (BRGM) réalise une couverture argileuse au dessus du dépôt. En 2009 et 2010, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) reprend les travaux pour imperméabiliser et limiter les infiltrations d’eau de pluie, en installant une couche de géotextile.

La situation actuelle, couche par couche. Photo : Document ADEME

Dans les années 2000, l’Ademe pratique des analyses pour surveiller la qualité des eaux souterraines aux abords de ce stockage de déchets. Une pollution sévère de l’eau est mise en évidence. Le lindane, vraisemblablement lessivé par les eaux de pluie vers la nappe phréatique, est détecté par les tests sous quatre formes différentes (l’agencement des atomes change), toutes toxiques. Michel Roeder, membre du bureau de l’association Tiefenbach Environnement, explique que « sur de nombreux points à Colmar, la concentration est bien au dessus des normes de potabilité. » Il faut préciser que les puits de captage de l’eau potable destinée au réseau de consommation se situent en amont du dépôt et ne sont pas concernés par cette pollution.

Celle-ci s’est répandue sous forme d’un panache d’une longueur d’environ 2 kilomètres d’après les relevés. Les molécules toxiques ont suivi les mouvements des eaux souterraines et se sont donc dirigées vers l’Est, puis vers le nord-est. Depuis 2015, un arrêté préfectoral interdit l’usage de l’eau de la nappe pour la consommation, l’irrigation, l’arrosage et l’abreuvage, dans un périmètre basé sur la position estimée du panache de pollution. Cette mesure concerne donc les puits et captages d’eau (notamment privés) situés dans la zone.

Photo : Doc. remis

Les travaux d’imperméabilisation limitent la diffusion

Franck Lemoing, ingénieur pour l’Ademe en charge du dossier du lindane de Wintzenheim, indique « une stabilisation voire une légère régression de la pollution observée au niveau de nombreux puits depuis les travaux de confinement de 2008. » Selon lui, « la démarche d’imperméabilisation aurait fonctionné, en limitant la diffusion des composés toxiques après lessivage par les eaux de pluie. »  

Le rapport d’interprétation publié en 2017 souligne que le panache est effectivement globalement stable. Cependant, la variation des mesures au niveau de certains puits « met en évidence un étirement potentiel du panache au sud et à l’est, au-delà du périmètre de restriction d’usage défini par l’arrêté préfectoral. » Le bureau d’étude Artelia, qui a réalisé le suivi pour l’Ademe, estime alors « qu’un agrandissement du périmètre de restriction serait nécessaire pour assurer la sécurité sanitaire de la population. » Celui-ci a pourtant toujours la même envergure depuis 2015.

Michel Roeder, qui étudie de près les résultats du suivi, attire l’attention sur certaines données :

« Au niveau de trois puits à l’Hôpital Pasteur de Colmar, à environ 1 250 mètres du dépôt, les résultats sont préoccupants. En 2018, la concentration en lindane avait fortement augmenté dans un puits, pour atteindre une valeur de 3,2 µg/l, soit 32 fois supérieure à la norme de potabilité qui est de 0,1 µg/l. Pour la dernière étude qui date de 2019, l’Ademe explique que ce même puits est à sec, et qu’il n’a donc pas été possible de réaliser le prélèvement. Cependant, pour deux autres puits situés également à côté de l’Hôpital Pasteur, la concentration en lindane a encore augmenté. »

Résultats des relevés effectués sur un puits qui mettent en évidence une forte augmentation de la concentration de delta HCH et gamma HCH, deux formes de lindane. L’eau ne rentre plus dans les normes de potabilité depuis longtemps, les concentrations devraient être sous la ligne noire en bas du graphique. Photo : Doc remis

Les molécules toxiques, probablement encore diffusées via les eaux souterraines

Franck Lemoing de l’Ademe « n’explique pas ce pic », mais estime « qu’il faut le prendre avec des pincettes, les mesures réalisées n’étant peut-être pas fiables. » L’étude d’Artelia souligne que même si le risque de lessivage par les eaux de pluie est devenu faible grâce au géotextile, celui-ci n’est peut-être pas efficace à 100%. Pour Pascal Lacombe, « les déchets n’étant pas contenus dans une bulle étanche, des échanges avec l’environnement continueront temps que le lindane sera dans le sol. » Aussi, les militants s’interrogent sur les fluctuations du niveau des eaux souterraines, qui pourraient créer un contact entre celles-ci et la couche polluée la plus basse, permettant ainsi la diffusion des substances toxiques, d’autant plus que des incertitudes demeurent quant à la profondeur du dépôt.

Michel Roeder pointe du doigt un manque de transparence des autorités : « Il est très difficile d’obtenir des informations. Une seule fois, l’Ademe a délivré un bulletin d’information dans les boites aux lettres en 2016. » L’article 6 de l’arrêté préfectoral de 2015 indique pourtant que « la population concernée doit être informée par tous les moyens adéquats sur la pollution des eaux souterraines et sur les recommandations d’usage. »

25 à 35 millions d’euros à trouver pour dépolluer

Localement, l’association Tiefenbach Environnement se mobilise et a notamment mis en ligne une pétition pour la dépollution du site. Suite à la pression mise par l’association, le 27 septembre 2019, le conseil municipal de Wintzenheim a voté une motion pour la dépollution du site. Le 19 décembre 2019, le conseil de l’agglomération de Colmar s’est prononcé « en faveur d’un renforcement des mesures de précaution pour assurer la qualité de l’eau de la nappe phréatique. » Il demande aussi à l’État « d’envisager, si la pollution devait s’élargir, de faire extraire les produits stockés. »

D’après Franck Lemoing, « une éventuelle extraction des déchets ne pourra se faire qu’en la présence d’un projet de reconversion du site permettant de supporter les coûts importants qu’impliquerait ce chantier. » Les estimations varient entre 25 millions d’euros, pronostiqués par l’Ademe en 2008, et 35 millions d’euros selon Claude Muller, maître d’oeuvre et directeur des travaux de la dépollution du Lindane du site de Huningue (abouti depuis novembre 2019), lors d’une conférence en février où il a été invité par Tiefenbach Environnement.