Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Près de Colmar, la menace d’un ancien dépôt de déchets de pesticides sur la nappe phréatique

Près de Colmar, la menace d’un ancien dépôt de déchets de pesticides sur la nappe phréatique

À la fin des années 60, une entreprise de production de pesticides a déposé entre 700 et 750 tonnes de déchets toxiques à l’air libre près de Colmar. Des analyses ont mis en évidence un panache de pollution de 2 kilomètres dans la nappe phréatique. L’eau n’y est plus potable. L’association locale Tiefenbach Environnement plaide pour le déstockage de ces déchets.

Pascal Lacombe, habitant de Colmar, ne retient pas ses mots : « C’est un scandale sanitaire. La nappe phréatique est lourdement polluée aux abords du site. On dirait que c’est devenu tolérable par les autorités ce genre de situation. » Il est engagé, avec l’association Tiefenbach Environnement dont il est le vice-président, pour le déstockage d’un dépôt de déchets chimiques à Wintzenheim, une commune en bordure de Colmar.

Le site de PCUK près de Colmar Photo : doc Basol

En 1966, l’usine Produits Chimiques Ugine Kuhlmann (PCUK), un fabricant de pesticides, déverse entre 700 et 750 tonnes de déchets sur ce terrain, sans autorisation. Les déchets se présentent sous la forme d’une poudre blanche qui contient un puissant insecticide connu sous le nom de lindane. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), cette molécule, interdite en France depuis 1988, est toxique en cas d’ingestion ou d’inhalation. Elle induit aussi des effets graves pour les organes qui y sont exposés à long terme. Elle est également très toxique pour les organismes aquatiques.

Un panache de pollution de 2 km sous Colmar

À l’époque, la poudre s’envole et pollue les environs. Suite aux plaintes des habitants, en 1974, les déchets sont recouverts d’une couche de remblais. L’entreprise PCUK cesse toutes ses activités la même année. En 1985, le Bureau des Recherches géologiques et Minières (BRGM) réalise une couverture argileuse au dessus du dépôt. En 2009 et 2010, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) reprend les travaux pour imperméabiliser et limiter les infiltrations d’eau de pluie, en installant une couche de géotextile.

La situation actuelle, couche par couche. Photo : Document ADEME

Dans les années 2000, l’Ademe pratique des analyses pour surveiller la qualité des eaux souterraines aux abords de ce stockage de déchets. Une pollution sévère de l’eau est mise en évidence. Le lindane, vraisemblablement lessivé par les eaux de pluie vers la nappe phréatique, est détecté par les tests sous quatre formes différentes (l’agencement des atomes change), toutes toxiques. Michel Roeder, membre du bureau de l’association Tiefenbach Environnement, explique que « sur de nombreux points à Colmar, la concentration est bien au dessus des normes de potabilité. » Il faut préciser que les puits de captage de l’eau potable destinée au réseau de consommation se situent en amont du dépôt et ne sont pas concernés par cette pollution.

Celle-ci s’est répandue sous forme d’un panache d’une longueur d’environ 2 kilomètres d’après les relevés. Les molécules toxiques ont suivi les mouvements des eaux souterraines et se sont donc dirigées vers l’Est, puis vers le nord-est. Depuis 2015, un arrêté préfectoral interdit l’usage de l’eau de la nappe pour la consommation, l’irrigation, l’arrosage et l’abreuvage, dans un périmètre basé sur la position estimée du panache de pollution. Cette mesure concerne donc les puits et captages d’eau (notamment privés) situés dans la zone.

Photo : Doc. remis

Les travaux d’imperméabilisation limitent la diffusion

Franck Lemoing, ingénieur pour l’Ademe en charge du dossier du lindane de Wintzenheim, indique « une stabilisation voire une légère régression de la pollution observée au niveau de nombreux puits depuis les travaux de confinement de 2008. » Selon lui, « la démarche d’imperméabilisation aurait fonctionné, en limitant la diffusion des composés toxiques après lessivage par les eaux de pluie. »  

Le rapport d’interprétation publié en 2017 souligne que le panache est effectivement globalement stable. Cependant, la variation des mesures au niveau de certains puits « met en évidence un étirement potentiel du panache au sud et à l’est, au-delà du périmètre de restriction d’usage défini par l’arrêté préfectoral. » Le bureau d’étude Artelia, qui a réalisé le suivi pour l’Ademe, estime alors « qu’un agrandissement du périmètre de restriction serait nécessaire pour assurer la sécurité sanitaire de la population. » Celui-ci a pourtant toujours la même envergure depuis 2015.

Michel Roeder, qui étudie de près les résultats du suivi, attire l’attention sur certaines données :

« Au niveau de trois puits à l’Hôpital Pasteur de Colmar, à environ 1 250 mètres du dépôt, les résultats sont préoccupants. En 2018, la concentration en lindane avait fortement augmenté dans un puits, pour atteindre une valeur de 3,2 µg/l, soit 32 fois supérieure à la norme de potabilité qui est de 0,1 µg/l. Pour la dernière étude qui date de 2019, l’Ademe explique que ce même puits est à sec, et qu’il n’a donc pas été possible de réaliser le prélèvement. Cependant, pour deux autres puits situés également à côté de l’Hôpital Pasteur, la concentration en lindane a encore augmenté. »

Résultats des relevés effectués sur un puits qui mettent en évidence une forte augmentation de la concentration de delta HCH et gamma HCH, deux formes de lindane. L’eau ne rentre plus dans les normes de potabilité depuis longtemps, les concentrations devraient être sous la ligne noire en bas du graphique. Photo : Doc remis

Les molécules toxiques, probablement encore diffusées via les eaux souterraines

Franck Lemoing de l’Ademe « n’explique pas ce pic », mais estime « qu’il faut le prendre avec des pincettes, les mesures réalisées n’étant peut-être pas fiables. » L’étude d’Artelia souligne que même si le risque de lessivage par les eaux de pluie est devenu faible grâce au géotextile, celui-ci n’est peut-être pas efficace à 100%. Pour Pascal Lacombe, « les déchets n’étant pas contenus dans une bulle étanche, des échanges avec l’environnement continueront temps que le lindane sera dans le sol. » Aussi, les militants s’interrogent sur les fluctuations du niveau des eaux souterraines, qui pourraient créer un contact entre celles-ci et la couche polluée la plus basse, permettant ainsi la diffusion des substances toxiques, d’autant plus que des incertitudes demeurent quant à la profondeur du dépôt.

Michel Roeder pointe du doigt un manque de transparence des autorités : « Il est très difficile d’obtenir des informations. Une seule fois, l’Ademe a délivré un bulletin d’information dans les boites aux lettres en 2016. » L’article 6 de l’arrêté préfectoral de 2015 indique pourtant que « la population concernée doit être informée par tous les moyens adéquats sur la pollution des eaux souterraines et sur les recommandations d’usage. »

25 à 35 millions d’euros à trouver pour dépolluer

Localement, l’association Tiefenbach Environnement se mobilise et a notamment mis en ligne une pétition pour la dépollution du site. Suite à la pression mise par l’association, le 27 septembre 2019, le conseil municipal de Wintzenheim a voté une motion pour la dépollution du site. Le 19 décembre 2019, le conseil de l’agglomération de Colmar s’est prononcé « en faveur d’un renforcement des mesures de précaution pour assurer la qualité de l’eau de la nappe phréatique. » Il demande aussi à l’État « d’envisager, si la pollution devait s’élargir, de faire extraire les produits stockés. »

D’après Franck Lemoing, « une éventuelle extraction des déchets ne pourra se faire qu’en la présence d’un projet de reconversion du site permettant de supporter les coûts importants qu’impliquerait ce chantier. » Les estimations varient entre 25 millions d’euros, pronostiqués par l’Ademe en 2008, et 35 millions d’euros selon Claude Muller, maître d’oeuvre et directeur des travaux de la dépollution du Lindane du site de Huningue (abouti depuis novembre 2019), lors d’une conférence en février où il a été invité par Tiefenbach Environnement.

L’école Louise Scheppler va devoir engranger des soutiens pour garder ses 5 classes

L’école Louise Scheppler va devoir engranger des soutiens pour garder ses 5 classes

L’Éducation nationale envisage de fermer une classe de l’école maternelle Louise Scheppler. Les parents essaient de mobiliser les élus et candidats pour une meilleure reconnaissance de cette école atypique du quartier Laiterie.

Les élèves de l’école maternelle Louise Scheppler ne se sont plus vus depuis le vendredi 13 mars. Il n’est pas sûr qu’ils se revoient d’ici l’été. La municipalité hésite à faire reprendre ses maternelles en juin. L’école du quartier Laiterie n’étant pas rattachée à une école élémentaire, ceux qui passeront au CP seront répartis entre les écoles Sainte-Aurélie, Finkwiller et l’Elsau.

Mais il y a autre chose qui préoccupe les parents d’élèves depuis le confinement. Le Rectorat prévoit de passer le nombre de classes de 5 à 4.

Une menace depuis plusieurs années

Représentant élu des parents d’élèves, Adrien Vuillemin n’est pas surpris par l’annonce, mais par la méthode :

« Cette fermeture est évoquée depuis plusieurs années en conseil d’école, car cela fait plusieurs années que les inscriptions baissent. L’an dernier, il y avait 119 inscrits pour un seuil de fermeture à 118 (soit 29,5 élèves par classe ndlr). Mais le timing, l’apprendre par les syndicats et la directrice, est un peu affligeant. Avant le confinement, nous avons eu un conseil d’école début mars et l’inspecteur d’Académie présent n’en avait pas parlé. »

Le Comité Technique spécial départemental (CTSD) qui décide des ouvertures et fermetures de classes dans le Bas-Rhin devait se tenir en avril, après les élections municipales… qui attendent toujours leur second tour à Strasbourg. Ainsi ce sont les anciens élus qui suivent le dossier, l’adjoint de quartier Paul Meyer (groupe municipal La Coopérative) et l’adjointe à l’Éducation, Françoise Buffet (divers gauche).

Une école hors REP mais avec des difficultés

Les projets de fermetures et d’ouverture de classes se basent sur des projections statistiques, qui tiennent compte des inscriptions passées et des naissances trois ans plus tôt. Les seuils sont autour de 30 élèves par classe pour une école hors Réseau d’éducation prioritaire (REP). « La Ville décide de la carte scolaire et a une marge de manœuvre pour intervenir sur les inscriptions », note à ce sujet François Schill secrétaire départemental adjoint Snuipp. « J’ai déjà évité des fermetures deux fois à Louise Scheppler en refusant des dérogations ou en réorientant des parents d’autres communes qui voulaient inscrire leurs enfants », abonde Paul Meyer. Le Rectorat n’a pas souhaité répondre à notre sollicitation.

Pour le Snuipp, François Schill dit avoir défendu la situation atypique de cette école lors de la réunion d’avril :

« Le Rectorat applique une prétendue équité avec un même quota à toutes les écoles. Mais l’école Louise Scheppler est dans une configuration particulière. Elle n’est pas dans la situation des REP ou REP+, mais concentre tout de même des problématiques sociales. Bien que proche du centre-ville, elle n’est représentative d’une école normale. Au vu de cette situation, elle pourrait avoir un peu plus de moyens. »

Selon Adrien Vuillemin, de nouvelles inscriptions ont été enregistrées en mai, pour atteindre 127 enfants (54 petites sections, 31 moyens et 42 grands), soit au-delà. « Parmi les nouveaux inscrits en petite section, il y a 10 enfants dont les parents sont hébergés dans des structures d’hébergement d’urgence », pointe le parent d’élève Adrien Vuillemin. « Si les seuils sont atteints, il n’y a plus de raison objective pour une fermeture », assure François Schill.

L’école Louise Scheppler est très proche de l’A35. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Paul Meyer espère « un électrochoc »

L’adjoint de quartier est persuadé que « cette classe ne fermera pas ». Au contraire, Paul Meyer estime que cette menace créera « un électrochoc » :

« Ce n’est pas juste l’histoire d’une fermeture de classe. Cette école vit une triple peine. Géographiquement, elle est proche de l’A35 et de ses émanations polluantes. Elle n’est pas rattachée à une groupe scolaire et ses élèves sont répartis dans trois écoles. Et elle n’est pas reconnue comme elle le devrait, alors que le quartier gare concentre les difficultés sociales, l’accueil de personnes sans abri, etc. Il faut savoir que même une classe avec 18 élèves de petite section et 2 de moyenne section est considéré comme un cours double et donc n’a qu’un demi-poste d’Agent territorial spécialisé des écoles maternelles (Atsem). C’est aussi une école avec des enfants qui arrivent en cours d’année, ceux des demandeurs d’asile et qui parfois repartent du jour au lendemain, avec tout le traumatisme que cela entraîne pour leurs camarades. J’ai compilé tout un dossier auprès de l’Éducation nationale pour empêcher cette fermeture. »

La décision de remettre ou non une cinquième classe devait se prendre lors du CTSD de juin. Mais il a été décalé à fin août.

Du côté des parents d’élèves élus et de l’association des parents de l’école Louise Scheppler (APEELS), on s’apprête à mobiliser davantage. Les quatre têtes de liste qualifiées au second tour des élections municipales ont été contactées. Une prise de position en tant que candidat est espérée pendant la campagne électorale. Une manifestation, avec distanciation physique, pourrait aussi se monter, surtout si les élèves ne revoient plus leur école. « Nous essayons de mobiliser les jeunes parents, dont les enfants arriveront dans quelques années dans cette école », conclut Adrien Vuillemin.

Entre-deux tours : l’opération séduction a commencé

Entre-deux tours : l’opération séduction a commencé

Qu’il est bon d’être courtisé ! Sans surprise, la liste écologiste et citoyenne de Jeanne Barseghian tend une perche à Catherine Trautmann, qui pour l’instant ne l’a pas saisie. De son côté, Alain Fontanel semble vouloir refaire le coup du dépassement des clivages en appelant à la « responsabilité collective ».

Réouverture des bars : « pour le plan de salle, on va jouer à Tetris ! »

Réouverture des bars : « pour le plan de salle, on va jouer à Tetris ! »

À partir de mardi 2 juin, les cafés, bars et restaurants pourront rouvrir. Arnaud Lesage, propriétaire de trois établissements à Strasbourg, raconte les coulisses d’une organisation minutieuse.

Mardi 2 juin, les cafés, restaurants et bars pourront rouvrir dans une majorité de départements, dont l’Alsace. La Ville de Strasbourg a annoncé jeudi, avoir élaboré une « charte » avec le syndicat des bars et restaurateurs, afin d’étendre les terrasses déjà existantes sur l’espace public, et d’en créer des nouvelles temporairement. Le but est de permettre la réouverture de ses établissements en respectant les mesures sanitaires.

Arnaud Lesage, propriétaire des bars Code Bar (bar à cocktails), Au Pif (bar à vin), et What The Fox (bar à bière), à Strasbourg, a accepté de raconter les 4 jours intenses de préparation qui l’attendent.

Arnaud Lesage, Frédéric Charlet et Camille Thouin, les 3 gérants du Code Bar, rouvriront l’établissement jeudi 4 juin en utilisant la terrasse du café voisin. Photo : doc remis

Rue89 Strasbourg : Comment avez vous-appris que vous alliez pouvoir rouvrir vos 3 établissements ?

Arnaud Lesage : On a eu des signes par le syndicat de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie du Bas-Rhin (Umih 67), qui nous disaient de se préparer pour le 2 juin ou le 15 juin, car la région risquait de repasser en vert. Mais on ne l’a su officiellement qu’hier à 17h, comme tout le monde, lors de l’allocution du Premier ministre Édouard Philippe. Maintenant c’est le branle-bas de combat pour rouvrir nos établissements ! C’est une super nouvelle, mais c’est un peu abrupt. Pour le confinement, on a appris qu’on devait fermer le soir même, et là on a 4 jours pour rouvrir ! Mais au moins cette fois-ci, c’est une bonne nouvelle ! Le What The Fox rouvre mardi 2 juin mais Le Code Bar et le Pif ne rouvriront que jeudi 4 juin. Nos fournisseurs ne peuvent pas nous livrer du jour au lendemain, et avec le lundi de férié c’était compliqué…

Comment allez vous mettre en place les règles sanitaires dans vos établissements ?

Pour toute la partie matérielle, on a pu prévoir depuis le mois d’avril. On a par exemple fait un stock de gel hydroalcoolique.

À partir de lundi et mardi, on va faire revenir le personnel et on va former nos 16 salariés sur les bons gestes à adopter, les gestes barrières… Nous, les gérants, on se chargera de l’aspect technique. On va leur expliquer tout ce qui concerne l’organisation des établissements, comme laisser la porte d’entrée ouverte, mettre des marques au sol pour laisser un mètre de distance entres les personnes qui feront la queue pour aller aux toilettes… On voulait aussi mettre des barricades en plexiglas devant le bar pour éviter les postillons sur les tireuses à bières, mais il y a eu une rupture de stock, donc finalement personne ne pourra s’asseoir au bar.

Pour la carte, on a choisi d’annoncer tout à voix haute. On ne voulait pas laver nos cartes tout le temps, ni faire des cartes jetables, écologiquement, c’est juste pas possible ! Et si jamais, il sera aussi possible d’avoir la carte sur son téléphone en scannant un QR code. (NDLR : code-barres qui permet d’être redirigé vers une page Internet lorsque qu’il est scanné avec une application sur smartphone).

Honnêtement, sur les mesures à mettre en place, je m’attendais à beaucoup plus contraignant, surtout en terme d’espace. Au début, on nous annonçait un minium de 4 mètres entre chaque table. Ça n’aurait été possible que pour les restaurants gastronomiques ou les grandes enseignes. Je trouve que les syndicats tout comme la Ville de Strasbourg ont bien travaillé pour prendre en compte toutes les structures.

Comment allez-vous réorganiser vos salles pour respecter les règles sanitaires ?

Là, on commence à y réfléchir… et pour le plan de salle, on va devoir jouer à Tetris ! (rires). On peut mettre des tables de 10 personnes maximum. Entre chaque table, il faut un mètre de distance. Sauf que tout le monde ne va pas venir en groupe de 10 ! Chaque soir, il va falloir adapter et « ré-agencer » les tables en fonction des clients et des groupes. Sur nos trois établissements, en moyenne, on va perdre entre 30 et 40% de notre capacité d’accueil.

Au Code Bar, on ne pourra plus mettre personne à l’intérieur. Avant, on pouvait mettre 20 places assises. (la consommation debout à l’intérieur des établissements est interdite, ndlr). Maintenant avec les mesures sanitaires, on ne pourrait en mettre que 4. On ne pouvait pas faire venir les 3 salariés pour 4 personnes ! Et impossible d’ouvrir une terrasse dans la rue (au 39 rue du Vieil-Hôpital) car même si elle fait 4 mètres 50 de large, elle est répertoriée comme un accès pompier. On n’a pas eu l’autorisation de la ville. Mais le café voisin, Le Garde Fou, va nous prêter sa terrasse de 40 mètres carrés après 20h, quand lui ferme son établissement. On n’attend plus que l’aval de la ville. Avec la terrasse, on pourra alors accueillir environ 120 personnes. On va donc fermer totalement l’intérieur aux clients, et laisser ouvert uniquement l’accès aux toilettes.

Au Pif, (situé 21 rue de l’Ail) on va passer de 75 à 40 places, car on perd aussi les sièges du bar, qui sont trop proches des serveurs. Et au What The Fox, (15 rue de la Douane) on va passer de 150 places à 100. Au final, plus on aura de groupes de 10 personnes mieux ça sera ! On aura le même nombre de serveurs pour moins de clients mais au moins ça nous permet de reprendre doucement.

Comment vous sentez-vous à quelques jours de la reprise ?

J’ai juste un peu d’appréhension sur le comportement des clients entre eux. Il y aura forcément des tensions. Mais on espère qu’il n’y aura pas trop de frictions entre un groupe assez désintéressé et un groupe de la table voisine, plus anxieux. On n’est pas policiers donc dans ces cas-là, ça va être compliqué de faire respecter les mesures sanitaires. On ne peut pas obliger une personne à mettre un masque, mais on est quand même responsable de la santé des gens…

Tout cela va être difficile, c’est du jamais vu, mais on est assez serein, on est surtout heureux de retrouver notre métier. C’est comme un joueur du foot qui se blesse et qui après deux mois va pouvoir rejouer ! (rires). On espère qu’on a manqué aux gens autant qu’ils nous ont manqués… On espère que les clients seront compréhensifs dans ce contexte complètement inédit, et qu’ils seront tolérants et assez détendus. Et surtout, qu’ils seront heureux de bien manger et de bien boire !

Bamoussa Toure, Guinéen à Strasbourg, raconte pourquoi il milite pour la régularisation des Sans-papiers

Bamoussa Toure, Guinéen à Strasbourg, raconte pourquoi il milite pour la régularisation des Sans-papiers

Bamoussa Toure prendra part au rassemblement place de la Gare, à Strasbourg samedi 30 mai à 15h. Lui-même en attente de régularisation, il répond à l’appel de la Marche des Solidarités, les associations et collectifs de Sans-papiers ont organisé partout en France des rassemblements. Ils militent pour une régularisation massive, le droit au logement et la fermeture des Centres de rétention administrative. Dans une interview, Bamoussa Toure raconte pourquoi.

Bamoussa Toure a 25 ans, il est Guinéen. À Strasbourg depuis 8 mois, il se rendra au rassemblement samedi 30 mai, place de la Gare. La manifestation est organisée à l’appel des collectifs et associations D’ailleurs nous sommes d’ici 67, le Wagon Souk, Mama Road la maraude du Wagon Souk, La roue tourne Strasbourg, et le SOS Infos migrants 67, dont Bamoussa Traoré fait partie. 

Bamoussa Toure, jeune Guinéen à Strasbourg depuis 8 mois, milite pour la régularisation des Sans-papiers. Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Rue89 Strasbourg : Le rassemblement revendique la régularisation définitive des Sans-papiers. Quelle est votre situation personnelle ? 

Bamoussa Toure : La préfecture a accepté d’étudier ma demande d’asile il y a à peine deux semaines, j’y suis convoqué prochainement. Pendant trois mois, j’étais en “procédure Dublin”. Cela veut dire qu’autrefois j’étais au Portugal et la France voulait m’y renvoyer. J’ai contesté cette décision. Je ne voulais pas être au Portugal. Je parle Français, mais j’ai seulement quelques notions de Portugais. 

D’ailleurs la Portugal a décidé de régulariser les Sans-papiers pendant la crise pour éviter que la pandémie se propage. L’Italie a commencé aussi. Pourquoi pas la France, alors qu’elle connait la souffrance dans laquelle nous vivons ? 

Régularisation, accès aux logements, fermeture des Centres de rétention administrative… Quels messages souhaitez-vous faire passer ce samedi au rassemblement ? 

On veut que la préfecture et le gouvernement régularisent notre situation sur le territoire français, massivement. Nous, on veut travailler et vivre une vie normale, comme les autres personnes régularisées. 

Vivre sans papier impacte nos vies : on a difficilement accès aux soins et aux logements. Beaucoup de Sans-papiers sont dans la rue. C’est grâce à la pandémie que nous logeons dans des hôtels. Mais il reste du monde dans les squats qui vivent dans des conditions déplorables, sans chauffage ni eau, ni électricité. Sans papiers, on ne peut pas ouvrir de compte bancaire, et on ne peut pas travailler légalement. On milite pour avoir les mêmes droits que tout le monde, nous sommes des êtres humains.

Quand je suis arrivé, je logeais dans une tente derrière la gare. Il y a un an, un jeune Afghan s’est suicidé là-bas. On lui rend hommage aussi par ce rassemblement.

Puis on subit le racisme. J’ai déjà entendu des « rentre chez toi, tu n’es pas chez toi ici ». Dans le tram personne ne s’assoit à côté de toi quand tu es Noir, alors qu’il y a trois places libres à côté et devant moi. À Ostwald, une dame a changé de trottoir en me voyant. Elle est revenue sur le même trottoir après m’avoir dépassé. Cette situation m’est arrivée plusieurs fois. C’est choquant.

Comment êtes vous arrivé à Strasbourg et qu’y faites-vous ?

Quand j’ai mis les pieds sur le territoire français, j’ai dormi dehors à Bercy, à Paris. J’ai rencontré des personnes Sans-papiers, et on fondait une famille, on était solidaire. Puis, je suis allée à la gare de l’Est. Le premier train que j’ai vu sur se rendait à Strasbourg, j’y suis monté. Arrivé à la gare, comme dans toutes les villes, j’ai trouvé des Sans-papiers. Ils m’ont demandé ma nationalité et m’ont indiqué un groupe de Guinéens pas loin. Ils m’ont aidé, on a appelé le « 115 », le numéro d’hébergement d’urgence. Des fois on te donne deux jours, des fois une semaine… après tu retournes dans ta tente, si la police ne l’a pas détruite. Mais les associations sont là pour nous en procurer d’autres.

Désormais, je suis une formation de paysagiste au lycée à Illkirch-Graffenstaden. Je devais commencer un stage le 11 mai, la pandémie a tout bloqué. Je reprends les cours le 8 juin. Pendant la semaine, j’étais logé à l’internat, le week-end je rentrais au squat Bugatti, où je vivais quand le confinement a débuté. Puis j’ai été dépisté par Médecins du monde. Je n’avais pas de symptômes apparents, pourtant j’étais positif au Covid-19. Alors pendant 14 jours j’ai été soigné à l’Épide dont les locaux sont mobilisés pendant la pandémie pour isoler les personnes malades. Je loge maintenant à l’hôtel les Colonnes à Schiltigheim. En fait, je suis mieux traité pendant tout le temps que j’ai passé en France, c’est la bonne nouvelle de cette pandémie. J’en suis reconnaissant.

Où logerez-vous ensuite ?

Il y a un procès en juin contre le squat au Bugatti, les gens sont menacés d’expulsion car c’est un bâtiment privé de locaux qui appartiennent à la société Lidl. Alors on se demande si on va être à la rue ou pas. On ne nous dit rien et je n’ai pas accès à une assistante sociale. On reçoit des colis alimentaires, mais ce n’est pas notre but. On ne veut pas tant recevoir des dons, mais travailler.

Alors demain, on veut que le gouvernement nous entende.

Rassemblement samedi pour la régularisation des sans-papiers

Rassemblement samedi pour la régularisation des sans-papiers

Des manifestations et des rassemblements sont prévus samedi 30 mai en France pour demander la régularisation des sans-papiers, afin de leur permettre de se soigner pendant la pandémie. À Strasbourg, le rassemblement est prévu place de la Gare à 15h.

Le collectif D’ailleurs nous sommes d’ici 67, SOS infos migrants 67, l’association La roue tourne, le Wagon Souk et la maraude Mama Road organisent un rassemblement pour la régularisation des sans-papiers à Strasbourg. Rendez-vous samedi 30 mai de 15h à 17h, place de la Gare.

L’appel a été maintenu malgré l’interdiction, toujours en vigueur, des rassemblements de plus de 10 personnes. Les participants sont invités à apporter leurs masques et à maintenir les distances physiques pendant toute la durée de la manifestation.

Les organisations strasbourgeoises s’inscrivent dans une mobilisation nationale de la Marche des Solidarités, qui organise la manifestation à Paris. Ce collectif formé par des sans-papiers regroupe 200 organisations, syndicats, partis politiques, associations et collectifs. Leurs revendications se basent sur l’appel « Foyers, Centres de Rétention, Sans-Papiers : des mesures immédiates contre la bombe sanitaire !« .

Préparation des banderoles Photo : Mama Road / Facebook

Des populations plus vulnérables

La situation administrative des sans-papiers en France leur empêche d’avoir accès à un logement et aux soins. La promiscuité dans les squats et le recours impossible à un médecin traitant rendent ces personnes plus vulnérables face à la pandémie de Covid-19.

Municipales : sept enseignements de la pré-campagne de second tour

Municipales : sept enseignements de la pré-campagne de second tour

Avant le dépôt des listes, la campagne à distance a déjà débuté pour les quatre candidats qualifiés à Strasbourg.

Le dépôt des listes pour le second tour des municipales est fixé au mardi 2 juin à 18h. Les quatre candidats ont lancé des tractations pour d’éventuelles fusions et déboucher ainsi sur une quadrangulaire, une triangulaire ou un duel.

Cette situation inédite donne le sentiment de remettre les compteurs à zéro. C’est un argument que mettent particulièrement en avant les trois listes distancées le 15 mars. Cette pause de trois mois fait aussi oublier les potentiels reports des listes éliminées au premier tour (14,21% du corps électoral tout de même, réparti en 7 listes).

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Strasbourg va étendre les terrasses des bars et restaurants pour permettre leur réouverture

Strasbourg va étendre les terrasses des bars et restaurants pour permettre leur réouverture

La Ville de Strasbourg a élaboré une « charte » avec le syndicat des bars et restaurateurs pour étendre les terrasses existantes sur l’espace public afin de permettre leur réouverture en respectant les mesures sanitaires. De nouvelles terrasses pourraient même être créées, temporairement.

Les modalités selon lesquelles les bars et restaurants pourraient rouvrir, à partir du 2 juin, n’ont pas encore été communiquées par le Gouvernement mais la Ville de Strasbourg s’y prépare. Un protocole d’accord a été signé avec l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie du Bas-Rhin (Umih 67) afin que les bars et les restaurants puissent étendre leurs terrasses et ainsi, permettre que les mesures sanitaires de distanciation physiques s’y appliquent.

La terrasse du café Brant avant le confinement… Photo : Matthieu Mondoloni

Des places de parking et des voies de circulation pourraient être ainsi occupées par des terrasses agrandies de cafés et de restaurants. Cette demande était exprimée par une partie des restaurateurs qui ont dû fermer complètement leurs établissements dès le 17 mars (lire la tribune de Fanny Fuchs et Stéphane Wernert), sans pouvoir rouvrir depuis.

Pour le président de l’Umih 67, Pierre Siegel, il s’agit là d’une mesure « de sauvegarde pour une profession en très grande difficulté après trois mois sans exploitation. » Le maire de Strasbourg, Roland Ries, a également parlé d’une mesure « de solidarité avec les restaurateurs pendant cette période particulière. »

Des extensions évaluées au cas par cas

Ces extensions seront validées au cas par cas et seront en vigueur jusqu’en octobre, date à laquelle de nouveaux protocoles d’accueil des clients seront étudiés, en fonction de la vigueur de l’épidémie de Covid-19.

La charte élaborée par les restaurateurs et la Ville de Strasbourg comporte 10 points et vise à assurer la sécurité des personnels, des clients ainsi que la tranquillité des riverains. Le document précise que l’extension des surfaces ne doit pas permettre l’installation de plus de clients qu’en 2019.

Cependant, les établissements qui ne disposaient pas de terrasse en 2019 pourront demander une création, après l’étude de leur dossier qui doit faire état de difficultés économiques et d’une impossibilité de rouvrir dans les conditions actuelles et en respectant les gestes barrières.

Le maire de Strasbourg, Roland Ries, et Robert Herrmann en tant qu’adjoint à la sécurité, ont précisé que ces extensions ne se feraient pas au détriment de la sécurité des piétons, qui pourront toujours se croiser à bonne distance au centre-ville de Strasbourg.

La Ville de Strasbourg renonce par ailleurs à percevoir les loyers d’occupation de l’espace public auprès des restaurateurs et cette mesure est étendue jusqu’en octobre. En outre, le stationnement sur voirie est désormais gratuit entre 12h et 14h, puis pendant les deux premières heures à partir de juillet.

Action symbolique à la frontière samedi pour demander sa réouverture

Action symbolique à la frontière samedi pour demander sa réouverture

Plusieurs collectifs de citoyens continuent de demander la réouverture de la frontière entre la France et l’Allemagne. Ils réitèrent leur marche silencieuse ce samedi 30 mai à midi.

Des citoyens français et allemands réitèrent leurs actions pour dénoncer la fermeture des frontières entre la France et l’Allemagne, depuis le début de la crise sanitaire. Ils prévoient de manifester à nouveau, samedi 30 mai vers midi, pour la réouverture de la frontière, au nom de l’Europe et l’amitié franco-allemande.

Samedi 30 mai aux alentours de midi, des collectifs de citoyens marcheront silencieusement le long des rives du Rhin avant de saluer avec leurs parapluies leurs partenaires allemands pour demander la réouverture des frontières. Photo : doc remis

Comme lors des éditions précédentes, plusieurs groupes français et allemands se retrouveront silencieusement le long des rives du Rhin. Une fois arrivés aux niveau des passages et des ponts entre Bâle et Karlsruhe, les manifestants franco-allemands se salueront de part et d’autre de la rive, en signe d’amitié grâce des parapluies et des drapeaux. Dans un communiqué, les citoyens indiquent qu’ils liront ensuite une déclaration.

Le collectif souhaite envoyer un message symbolique au nom de l’Europe et de l’amitié franco-allemande. Photo : doc remis

Les collectifs de citoyens demandent toujours aux responsables politiques français et allemands l’ouverture « immédiate » de la frontière, mais également :

    l’arrêt des contrôles aux frontières,la fin de l’inégalité de traitement des personnes fondée sur la nationalité ou la résidence,l’application des dispositions du pacte d’amitié d’Aix-la-Chapelle, qui accordent aux Eurodistricts des compétences autonomes accrues et des possibilités d’expérimentation.

Les citoyens ne sont pas les seuls à demander la réouverture des frontières.

Dans une lettre adressée au Premier ministre Édouard Philippe, Brigitte Klinkert, présidente (DVD) du Conseil départemental du Haut-Rhin, Fabienne Keller, députée européenne (Agir) et Anne Sander, députée européenne (LR), écrivent : « attendre le 15 juin (pour rouvrir les frontières) est non seulement un non-sens, mais cela sera aussi dommageable à la reprise économique alsacienne. »

Pour ces élues, le maintien des postes-frontières « ralentit les processus de coopération transfrontalière » censé oeuvrer à harmoniser les critères d’évaluations sanitaires en cas de nouvelle crise par exemple. De plus, elles dénoncent les conséquences directes et néfastes de la fermeture des frontières sur l’économie commerciale et touristique des régions transfrontalières (Alsace, Bade-Wurtemberg, Suisse du Nord-Ouest).

Face à la disparition de leurs clients, la délicate mutation des brasseries artisanales

Face à la disparition de leurs clients, la délicate mutation des brasseries artisanales

Vente à emporter, drive, livraisons à domicile… Les brasseries indépendantes cherchent à compenser l’arrêt des restaurants et des bars en mobilisant plus directement les consommateurs.

Entre 70 et 80% du chiffre d’affaires de la microbrasserie artisanale Matten, située à Matzenheim entre Benfeld et Erstein, a disparu depuis mars. Sur la trentaine de clients professionnels (bars et cavistes) de cette entreprise qui se limite à Anne et Jacques Korczak, 25 établissements ont fermé. Durant toute la période de confinement, les deux propriétaires n’ont pu que proposer une vente directe aux particuliers :

« On a une grange juste à coté de la brasserie. Pendant le confinement, les gens appelaient et on sortait déposer les cartons, c’était pratique, mais les clients ont été très peu nombreux, une ou deux personnes par jour maximum. »

Anne et Jacques Korczak dans leur brasserie à Matzenheim Photo : doc remis

Jacques et Anne Korczak n’ont pas eu à jeter leurs bouteilles de bières. Ni pasteurisées ni filtrées et avec deux fois plus de houblon que dans une bière classique, elles ont une durée de validité de 4 ans, selon le brasseur. Mais pour ce qui est des fûts, à destination des professionnels, le couple est plus inquiet :

« Il nous reste l’équivalent de 250 fûts commandés et brassés. On a rempli les cuves pour conserver ce stock et on a arrêté la production. Mais la durée de conservation n’est que de 3 à 4 mois. »

Pour conserver un maximum de bière, toutes les cuves de la brasserie Matten ont été remplies. Photo : doc remis

La brasserie Bisaiguë, elle, implantée à Kaysersberg a réduit de moitié sa production. Thibaut Ancel, le propriétaire, pense être obligé de jeter une vingtaine de fûts sur les 80 qu’il a en stock. En avril, l’entreprise composée de 4 salariés, comptait une perte de 60% de son chiffre d’affaires. Thibaut Ancel a pu décaler ses prêts bancaires et bénéficier du fonds de solidarité de l’État destiné aux indépendants. Mais il n’a pas enclenché de chômage partiel pour ses 4 employés.

De la bière en drive et des livraisons à domicile

Pour écouler sa production, la brasserie Bisaiguë a mis en place un système de commande par mail et de livraison à domicile chaque mercredi et vendredi, dans un rayon de 20 kilomètres autour de Kaysersberg :

« On a perdu 100% des ventes destinées aux cafés, hôtels, restaurants, mais on a récupéré beaucoup de nouveaux consommateurs locaux, ça a permis d’atténuer. »

Thibaut Ancel, propriétaire de la brasserie Bisaiguë
La brasserie Bisaiguë a mis en place un système de drive et de livraison à domicile. Photo : doc remis

Grâce aux ventes directes, Thibaut Ancel a pu réduire sa perte de chiffre d’affaires à 40% en mai contre 60% le mois précédent. Parfois, en association avec des restaurateurs locaux, la brasserie propose également de livrer des repas avec les bières. À partir de juin, Thibault Ancel a prévu d’ouvrir une boutique en ligne, dans l’optique de livrer partout en France.

Cependant, le gérant anticipe que les annulations des festivals et la baisse de fréquentation dans les établissements qu’il alimente pèseront durablement sur son activité. Pour s’en sortir, il a sollicité auprès de la Ville de Kaysersberg une autorisation d’ouvrir une terrasse, devant la brasserie.

L’équipe de la brasserie Bendorf Photo : doc remis

« Je ne considérais pas la bière artisanale comme un produit de première nécessité »

La brasserie artisanale Bendorf, implantée à Strasbourg dans le quartier du Neudorf, s’est complètement mise à l’arrêt de mars à avril. Benjamin Pastwa, son fondateur, a mis ses trois salariés en chômage partiel. La fermeture des restaurants et des barsa fait perdre à la Brasserie Bendorf entre 60 et 40% de son chiffre d’affaires mais dans un premier temps, Benjamin Pastwa n’a pas souhaité continuer la vente de bouteilles auprès des particuliers :

« Ça me paraissait pas forcément juste de faire des livraisons pour sauver notre chiffre d’affaires, je ne considérais pas la bière artisanale comme un produit de première nécessité. »

Cependant, il n’a pas jeté une seule goutte de bière :

« La bière peut se tenir, je ne comprends pas comment on peut en arriver à la jeter. La bière houblonnée n’est pas un produit très périssable, elle sera juste un peu moins fraîche, mais on ne la jettera pas ! »

50 livraisons par jour

La brasserie Bendorf a finalement rouvert sa boutique fin avril et débuté la livraison à domicile.

Les commandes effectuées en ligne peuvent être retirées directement à la brasserie Bendorf. Photo : doc remis

Depuis, les clients précommandent via une page dédiée. Ils peuvent être livrés chez eux les mardis et jeudis. Ceux-ci peuvent également récupérer leur commande à la brasserie le samedi ou au restaurant Au Crocodile, en centre-ville, quatre jours par semaine.

Au début, Benjamin Pastwa et ses employés avaient plus de 50 livraisons par jour. Depuis le déconfinement, la brasserie en honore une trentaine. Depuis le 11 mai, la fabrication a repris, dans deux brassins au lieu de trois. Dans le magasin, Benjamin Pastwa constate plus de monde qu’en temps normal.

Aucune perte grâce à des procédés naturels

Nathalie Blessing, de la microbrasserie familiale Blessing, à Waldambach dans les Vosges du Nord, loue son mode de production :

« Nous avions brassé la production pour la saison estivale, on a perdu 30% de notre chiffre. Comme on travaille en fermentation, avec des levures naturelles, ce sont des fûts qui vont pouvoir tenir jusqu’à l’été. »

Nathalie Blessing

La microbrasserie a complètement fermé jusqu’au 11 mai puis a repris quasiment normalement. Cette crise sanitaire a conforté Nathalie Blessing dans sa volonté de rester une petite structure artisanale. La microbrasserie produit en moyenne entre 450 et 500 hectolitres de bière par an.

Un appel à soutenir le local et l’artisanal

Nathalie Blessing espère aussi, que lors des retrouvailles, ou des petites fêtes durant l’été, les habitants vont penser à soutenir les artisans locaux :

« J’espère qu’il y aura une prise de conscience de la population. On parle souvent de malbouffe mais rarement de “mal boisson”. Je pense que si tout le monde opte pour le local et l’artisanal, cela pourra sauver une grande partie d’entre nous. »

Elle espère aussi que lors de la réouverture des bars et restaurants, les consommateurs auront plus le choix de consommer des bières locales, « je suis pour la biero-diversité ! », dit-elle.

L’Alsace est la première région française productrice de houblon. Dans la région, on compte 11 brasseries appartenant au Syndicat National des Brasseurs Indépendants (SNBi), dont trois dans le Bas-Rhin et huit dans le Haut-Rhin. Selon le SNBi un brasseur indépendant sur 3 serait en très grande difficulté.

Depuis le 4 mai, le syndicat a lancé une campagne intitulée « Soutenons Nos Brasseurs Indépendants », pour alerter et sensibiliser le grand public aux difficultés rencontrées par les artisans en cette période. L’objectif ? Inviter les amateurs de bière à consommer local. Le SNBi a également lancé un appel aux dons sur une plateforme participative. L’ensemble des dons serviront à alimenter un fonds de soutien pour les brasseurs en difficulté (soutien juridique, formations…). De plus, en échange d’une participation financière, le donateur reçoit un bon cadeau lui permettant d’acheter des bières chez un brasseur près de chez lui.

#brasserie Bendorf

Bruno Studer : « Pourquoi j’ai voté pour l’application StopCovid »

Bruno Studer : « Pourquoi j’ai voté pour l’application StopCovid »

Le député de Strasbourg-Nord, Bruno Studer (LREM) a soutenu la mise en place de l’application StopCovid lors du vote consultatif à l’Assemblée nationale. Dans cette tribune, il explique les raisons de son choix.

Ce mercredi 27 mai, l’Assemblée nationale s’est prononcée sur le plan de déconfinement, qui intègre notamment le projet d’application « StopCovid », auquel j’ai voté favorablement.

J’ai beaucoup réfléchi, échangé, lu et hésité. Je tiens d’ailleurs à remercier ceux qui ont suscité ou participé à ces échanges.

Au final, je suis convaincu du plus important : ce vote me paraissait nécessaire pour lutter contre l’épidémie, tandis que l’application ne représente pas de risque pour les libertés.

En tant que député, il me parait légitime que je puisse présenter les raisons de mon vote, sur l’application « StopCovid ».

Pas pour convaincre à tout prix que j’ai raison, plutôt dans l’idée d’expliquer pourquoi et sur quelles bases j’ai réalisé mon choix.

Une période déterminée et provisoire

Pour des raisons éthiques, consacrer une trop grande place à la technologie ne m’enchante pas. Selon moi, l’individu se préserve à ne pas laisser la technologie guider chacun des aspects de sa vie.

Je me suis d’ailleurs battu pour défendre un droit plus fort à la déconnexion et à la vie privée des enfants influenceurs dans le cadre d’une loi novatrice adoptée récemment.

Constatons cependant que cette application ne sera utilisée que sur une période déterminée et provisoire, et que l’urgence sanitaire justifie de pouvoir lutter contre la propagation du virus par les moyens techniques dont nous disposons, dans le respect de la loi.

Pas l’alpha et l’oméga de la stratégie

À quel point l’application sera efficace ? Seul l’avenir nous le dira. Disons-le tout de suite, l’ensemble de la population ne dispose pas d’un smartphone, ou réside dans une zone blanche, c’est la raison pour laquelle l’application n’est pas l’alpha et l’oméga de la stratégie globale de lutte contre le coronavirus.

Le député bas-rhinois Bruno Studer explique son vote pour l’application StopCovid. Photo : document remis

Certes, l’application fonctionne mieux si elle est massivement utilisée. Mais elle trouve également son intérêt, dès les premiers pourcents de diffusion, en particulier dans des espaces urbains et denses comme Strasbourg et ses alentours, en permettant une identification plus efficace des chaines de contamination.

Le Bluetooth, moins intrusif que la géolocalisation

J’anticipe les critiques portant sur les risques d’atteinte à la vie privée, à laquelle je suis profondément attachée.

Quand la Pologne utilise une application combinant géolocalisation et reconnaissance faciale pour contrôler les quarantaines de personnes de retour de l’étranger, je trouve ici utile de rappeler que l’application française repose sur le choix individuel – nul n’est forcé d’installer l’application-, et sur l’anonymisation des données.

J’ajoute que l’application, dont l’architecture est déjà disponible en « open-source », afin que chacun puisse y accéder, repose sur une technologie des plus rigoureuse en termes de protection des données.

D’autre part, une vingtaine de hackers éthiques, répartis dans toute l’Europe commenceront à tester la sécurité de l’application, ce mercredi 27 mai. Si des failles venaient à être découvertes, et croyez-moi, elles le seront, elles pourraient ainsi être corrigées d’ici la mise en place de l’application.

Enfin, la technologie Bluetooth est bien moins intrusive qu’une localisation GPS, et plus sécurisée que l’utilisation du WiFi, chaque utilisateur se voyant associer un nom de code.

Sans ces pré-requis, l’application ne serait d’ailleurs pas conforme au règlement général sur la protection des données (RGPD). N’oublions pas que l’Assemblée a adopté en décembre 2017 à 505 voix pour (18 contre) ce texte qui nous apporte beaucoup de garanties sur l’usage des données.

La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés a d’ailleurs donné son feu vert au projet d’application ce mardi 26 mai.

GAFAM et souveraineté nationale

Le débat du stockage des données s’appuie sur un choix technique et complexe entre stockage centralisé et décentralisé, les deux solutions ayant chacun leurs avantages et leurs inconvénients.

Ce que je constate en revanche est qu’une gestion décentralisée reviendrait à utiliser la solution produite par Apple et Microsoft, et pourrait constituer une perte de maîtrise en termes de santé publique et de souveraineté.

Pas directement parce que ces entreprises sont américaines, même s’il est urgent pour l’Europe d’avancer dans ses initiatives de régulation des géants technologiques chinois et américains.

Plutôt du fait qu’une autorité sanitaire française en charge de la gestion de la crise devrait demander à Apple et Google l’autorisation de traiter ces données dans une « méthode par apprentissage. »

Ne pas être contraint par une grande entreprise

Je considère pour ma part, que le choix d’une autorité publique française ne peut et ne doit pas être contraint par celui d’une grande entreprise.

La plupart des choix auxquels, vous comme moi, sommes confrontés ne sont pas binaires. Nous tâchons de peser le pour et le contre avant une décision importante.

Devant les garanties que j’évoquais précédemment, et du fait de la situation sanitaire très particulière, je pense que voter en faveur de cette application est le meilleur choix pour stopper le virus, et éviter un re-confinement.

Bruno Studer

Engie et Freshmile chargées d’installer les bornes pour voitures électriques après le raté de 2018

Engie et Freshmile chargées d’installer les bornes pour voitures électriques après le raté de 2018

Après la non-réalisation de la commande de 2018, l’Eurométropole a retenu deux nouvelles entreprises pour déployer une centaine de bornes pour voitures électriques et hybrides d’ici 2022.

En 2018, l’Eurométropole annonçait le déploiement de 200 bornes de recharge pour véhicules électriques à partir de 2019. Un an et un prix plus tard, Rue89 Strasbourg révélait qu’aucune borne n’avait été installée. Le partenariat entre Bouygues et Électricité Strasbourg ne s’était pas réalisé, sans qu’une raison claire n’ait été alors énoncée. Plusieurs explications sommaires avaient ensuite été avancées sur ce retard lors des conseils des collectivités de décembre : un appel à initiative privée « infructueux » (selon le maire Roland Ries) ou une demande « maladroite » d’association entre concurrents émanant de la collectivité, ce qui serait interdit (selon le président de l’Eurométropole Robert Herrmann).

Ce mercredi 27 mai, l’Eurométropole annonce que l’entreprise Engie Solutions, associée « pour l’occasion » à la société strasbourgeoise Freshmile, a remporté l’appel à initiative privées (AIP) relancé le 8 novembre 2019.

92 bornes pour 150 prises

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Sacha, infirmier urgentiste à Strasbourg, dénonçait « l’hôpital-usine » bien avant la pandémie

Sacha, infirmier urgentiste à Strasbourg, dénonçait « l’hôpital-usine » bien avant la pandémie

La crise sanitaire liée au Covid-19 a jeté une lumière crue sur la situation de l’hôpital public. Particulièrement depuis trois ans, des soignants et des soignantes dénoncent la saturation des services d’urgence, qui serait causée par la rentabilité économique demandée aux hôpitaux. Témoignage.

Il est 6h du matin, en décembre 2017. Sacha (prénom modifié), infirmier urgentiste au Nouvel Hôpital Civil (NHC), vient d’envoyer un mail à des cadres de l’établissement, après avoir vécu une nouvelle nuit de service extrêmement difficile :

« Cela faisait un moment qu’on en parlait avec les collègues, on n’en pouvait plus. Là, c’était le coup de stress de trop. J’étais à mon poste, je régulais les flux, mais en même temps je devais gérer l’anesthésie d’une patiente qui s’était déboîtée la mâchoire et un homme qui devait être oxygéné. Ce n’était pas à moi de faire ça en théorie. »

L’embouteillage aux urgences faute de lits dans les services

Pour Sacha, c’est le début d’un engagement militant qui a commencé bien avant le coup de projecteur porté sur les soignants pendant la pandémie de Covid-19. Le 20 mars 2018, Rue89 Strasbourg couvre une manifestation dont il est l’un des organisateurs. Deux ans plus tard, en pleine épidémie, les revendications n’ont pas changé. En plus du sous-effectif, Sacha, désormais syndiqué à Force Ouvrière, estime que le principal problème est le manque de lits dans les services :

« Les services de pneumologie, de cardiologie ou encore de gériatrie sont sous-dotés, ce qui provoque un embouteillage aux urgences. On a surtout un problème de flux, avec des situations où plusieurs personnes sont coincées dans les ambulances parce que nous sommes saturés, sans possibilité d’envoyer les patients dans les services adaptés. »

« On aurait aimé du soutien avant la crise sanitaire »

En arrêt pendant deux semaines après avoir été testé positif au virus au milieu du mois d’avril, il développe de gros symptômes. L’un de ses collègues est placé en réanimation, et en ressort quelques jours plus tard. Il décrit un sentiment ambigu, chez lui et les autres urgentistes de son service, lorsqu’ils entendent les applaudissements de 20h :

« On remercie les gens bien-sûr, mais on aurait aimé du soutien lorsqu’on sortait dans la rue avant la crise sanitaire. Le personnel soignant essaye d’alerter depuis plus de dix ans. Cela fait autant de temps que des patients voient leur état se détériorer juste parce que les urgences sont saturées et qu’ils ne sont pas pris en charge à temps. Dans le métier, on sait tous qu’il y a des personnes qui décèdent à cause de cela. Ce que je veux dire par là, c’est que la situation est gravissime depuis longtemps. »

Les urgences constituent un point de tension de l’hôpital qui montre les défauts de moyens dans les autres services. (Photo Jérémie Rumpler)Photo : Jérémie Rumpler

« On a expliqué les urgences au directeur de l’hôpital »

Dès la fin de l’année 2017, avant sa première manifestation, Sacha avait déjà impulsé une mobilisation en interne :

« On était en sous-effectif. Il a fallu qu’on explique le fonctionnement des urgences au directeur général, lors d’une réunion que nous avions sollicitée. On a même dû lui dessiner un schéma d’un mètre sur deux. Les hôpitaux ne sont plus gérés par des médecins mais par des comptables. Après quelques manifestations et interpellations, deux postes supplémentaires ont été accordés courant 2018 : une aide soignante la nuit, et une infirmière volante en permanence. Mais c’est ridicule par rapport aux pertes de lits et de personnel qui ont lieu en même temps. »

69 000 lits de moins en 15 ans en France

Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), en 2019, on compte 69 000 lits d’hospitalisation de moins en France qu’en 2003. Plus précisément, 30 000 lits de « court séjour » et 48 000 lits de « long séjour » ont été supprimés, soit les lits qui permettent aux patients de rester des nuits. Parallèlement, des lits en chirurgie ambulatoire (les patients repartent le jour même) ont été créés. D’après Christian Prud’homme, secrétaire général du syndicat Force Ouvrière (FO) des hôpitaux universitaires de Strasbourg, entre 200 et 300 lits ont été supprimés ces 4 dernières années dans la capitale alsacienne. « Les lits en chirurgie ambulatoire sont plus rentables et donc privilégiés par rapport aux lits en gériatrie, en cardiologie ou encore en pneumologie. C’est ce qu’on appelle le virage ambulatoire, » explique le responsable syndical.

« Les lits ne cessaient d’être supprimés, donc forcément, au bout d’un moment, les urgences allaient être sévèrement saturées, » se souvient Sacha :

« On a senti un tournant dès l’été 2017. En théorie, à cette période de l’année, nous soufflons parce qu’il y a un peu moins d’activité. Mais là, le flux de patients, même en été, n’était plus assuré, parce que les services ne pouvaient pas les absorber. On se disait que l’hiver allait être très difficile, et ça n’a pas loupé. »

Une infirmière pour 100 patients en gériatrie la nuit

« En gros, si les services sont en difficulté, nous ne pouvons que l’être, » résume Sacha. En discutant avec des syndiqués, il comprend mieux les problèmes rencontrés dans les autres services de l’hôpital. Christian Prud’homme détaille la baisse de moyens :

« Certains secteurs sont en sous-effectif. Au CHU de Strasbourg, la nuit, l’un des services de gériatrie qui compte 100 patients est géré par une seule infirmière. Vous imaginez quand il y a plusieurs problèmes en même temps ? Pour nous, le service public ne doit pas être soumis à ces lois de rentabilité. Ce sont des vies qui sont en jeu, pas de la marchandise. Évidemment, nous ne voulons pas gaspiller de l’argent et des ressources, mais la santé devrait être une priorité budgétaire. Des moyens, il y en a dans ce pays, c’est un choix à faire. »

Avec du recul, Sacha estime faire partie des personnes qui ont « tout fait pour dénoncer cette situation. » Il reste amer face à l’absence de changement concret :

« C’est rageant parce qu’on alerte depuis longtemps ! Il y a des nuits où la situation pendant la pandémie est similaire à ce que l’on vit depuis longtemps. On est étonné que tout le monde s’émeuve maintenant ! C’est comme si la saturation des urgences et les hôpitaux en général étaient devenus le problème numéro un. Si on veut améliorer la situation, il faudra cesser toutes ces économies. »

« Un mauvais geste peut causer la mort »

Selon le panorama de la Santé 2019, la France est classée 28e sur 32 pays de l’OCDE sur les salaires infirmiers, en comparaison au salaire moyen du pays. Sacha est préoccupé par la précarisation des professions de soignantes (80% de femmes) dans le public :

« Aujourd’hui, dans le milieu hospitalier, les infirmières commencent leur carrière avec des CDD de trois mois qui s’enchaînent pendant 2 ans. Elles gagnent alors 1 700 euros brut par mois. Nos responsabilités doivent être considérées et partagées, avec plus d’effectifs et de moyens. Dans certaines situations, un mauvais geste peut causer la mort d’une personne, et avec des conditions de travail aussi difficiles, c’est vite arrivé. »

Sacha est appuyé par le responsable syndical de FO qui attire l’attention sur une étude canadienne publiée dans la revue médicale britannique The Lancet. Elle démontre un lien entre le sous-effectif en personnel soignant et les décès dans les services. Bien que le candidat Macron avait promis que l’hôpital aurait de « vrais moyens supplémentaires », les économies se poursuivent sous son quinquennat.

« Une logique de business plan »

Ce modèle de « l’hôpital-usine » est aussi fustigé par Frédéric Pierru, sociologue spécialiste des questions de santé publique dans un entretien à Marianne dès 2017 :

« C’est une logique de business plan. On vous met des moyens là où il y a de l’activité. Un hôpital performant c’est un hôpital pensé pour produire des soins à flux tendus. »

Des tarifs sont attribués aux patients selon leur pathologie

Pour Christian Prud’homme comme pour Frédéric Pierru, cette situation est issue d’un nouveau mode de financement de l’hôpital public mis en place depuis 2004 : la tarification à l’activité (T2A) couplée à des mesures d’économies. Le prix de chaque activité est fixé tous les ans par le ministère de la Santé. Avant cela, les hôpitaux étaient dotés d’une enveloppe de fonctionnement annuelle et limitée.

Frédéric Pierru explique les conséquences de cette politique :

« Dès qu’un patient entre à l’hôpital, il est classé selon sa pathologie, dans ce qu’on appelle un GHM (groupe homogène de malades). Il est ainsi rangé dans une catégorie à laquelle on a attribué un tarif (ce tarif est le même pour tous les hôpitaux et résulte d’un calcul statistique sur une trentaine d’hôpitaux-témoins). Résultat : on a créé un pseudo-marché. »

Pour les soignants hospitaliers, chaque geste compte.

Le 14 janvier 2020, quelques semaines avant le pic épidémique, en France 1 200 médecins hospitaliers démissionnent de leurs fonctions administratives. Ils dénoncent le manque d’investissement dans les hôpitaux et alertent sur la sécurité des patients.

Sacha regrette que « même cette mobilisation » n’ait pas eu d’écho politique. Il attend désormais la suite :

« Les autorités seront obligées de nous accorder quelque chose. L’enjeu après cette crise sera de réussir à communiquer sur nos problèmes structurels. Il faudra faire en sorte que ça ne soit pas une bouchée de pain et que tout le monde oublie après. On ne devrait pas avoir à quémander comme ça. L’hôpital sauve des vies tous les jours. »

Le gouvernement a débuté lundi 25 mai une concertation appelée « Ségur de la Santé », du nom de l’avenue où se trouve le ministère. Elle doit déboucher sur des décisions pour les hôpitaux « en juillet ».

400 personnes à un match de foot illégal : « on aurait dû être 20 ou 30 »

400 personnes à un match de foot illégal : « on aurait dû être 20 ou 30 »

Près de 400 personnes ont assisté dimanche 24 mai à un match de foot amateur au stade Paco-Mateo, dans le quartier des Poteries. L’initiative, condamnée par la municipalité et des responsables du monde sportif en raison de la crise sanitaire, vient de quatre joueurs amateurs. L’un d’entre eux a accepté de témoigner à Rue89 Strasbourg.

À la base, Sam (le prénom a été changé) et ses trois amis souhaitaient organiser un match de foot amateur entre habitants des quartiers de Strasbourg. « Habituellement, on est maximum 25 à 30 personnes », explique le Strasbourgeois de 22 ans.

Mais dans l’après-midi du dimanche 24 mai, les quatre organisateurs du match ont été dépassés par le succès de leur événement. Selon France Bleu Alsace, près de 400 personnes ont assisté à la rencontre qui opposait deux équipes des quartiers de Hautepierre et du Neuhof au stade Paco-Mateo, aux Poteries, alors que les rassemblements de plus de dix personnes dans l’espace public restent interdits. Pas de distanciation physique et des personnes sans masques : les images diffusées sur les réseaux sociaux ont fait le tour de la presse nationale dès lundi matin.

Le match a réuni plusieurs centaines de personnes (vidéo Twitter)

Alertée tardivement, la police municipale a constaté le rassemblement et fait évacuer les lieux en fin d’après-midi. Le match était terminé (3 à 1 pour l’équipe Hautepierre).

L’information a notamment fait réagir le professeur Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à la Pitié-Salpêtrière, à Paris, qui dénonce une initiative « franchement déraisonnable ». « Ce genre de réunion peut constituer une mini-bombe virale », indique encore le professeur sur Twitter.

Un match présenté comme « inter quartiers »

« On savait qu’on serait dans l’illégalité », confirme Sam. Lui et les autres footballeurs amateurs ont l’habitude d’organiser ce type de rencontres informelles. Mais ils n’avaient pas anticipé que la journée de dimanche faisait coïncider la fin du Ramadan et la fin du confinement, soit deux mois sans match pour les jeunes joueurs qui ont eu envie de se retrouver et de profiter de ce jour de fête.

Sur les réseaux sociaux, l’information de la rencontre présentée comme un match interquartiers a circulé dès vendredi soir. Selon Sam, c’est notamment cette opposition « Hautepierre contre Neuhof » qui a attiré la foule :

« Sur ce match, il y a eu une étiquette collée d’un quartier contre un autre. Alors que tous les joueurs ne sont pas nécessairement originaires de Hautepierre ni du Neuhof. Mais ça a été relayé comme ça et ça a fait du bruit sur les réseaux sociaux. »

« Ils ne prennent pas la mesure de la gravité de la situation », réagit Serge Oehler, adjoint au maire de Strasbourg (PS) en charge des sports. L’élu des quartiers Hautepierre, Poteries et Cronenbourg, qui craint la formation d’un nouveau foyer épidémique, a indiqué que des sanctions seraient prises si les équipes étaient celles des clubs de Hautepierre et du Neuhof. Selon l’élu, les organisateurs avaient « forcément les clés du stade » et il a prévenu qu’il ferait changer les serrures.

Sam estime que le nombre de spectateurs était largement supérieur à 400 personnes. Photo : capture d’écran Instagram

Aucun club strasbourgeois mêlé à la tenue du match

Sam, qui n’indique pas dans quel club il joue, assure pour sa part que l’association Joie et Santé Koenisghoffen (JSK), qui gère le stade où s’est déroulé le match, n’y est pour rien. Selon lui, les équipes et les spectateurs ne sont pas passés par l’entrée principale mais par une entrée située à l’arrière du terrain :

« Le président du JSK n’a rien à voir là-dedans et aucun club strasbourgeois n’est mêlé. On est venus avec nos propres équipements, aucun maillot de club n’a été porté et même l’arbitre avait ses affaires personnelles sur lui. »

Dans un communiqué, l’association JSK condamne avec « fermeté » la tenue du match sur le terrain dont elle est le gestionnaire. La structure déplore « l’irresponsabilité des participants quant à la propagation de la Covid-19 » et demande aux autorités d’enquêter pour retrouver les organisateurs du match.

L’association JSK considère l’événement comme « inexplicable » et « intolérable ». Photo : Document remis

À Strasbourg, dans plusieurs stades et terrains de football et de basket, les filets des buts ont été retirés par précaution. Serge Oehler indique avoir rappelé aux dirigeants de clubs le respect du protocole en vigueur dans le cadre du Covid-19.

De son côté, René Marbach, président du district Alsace de Football appelle les joueurs à respecter les consignes sanitaires et à s’entraîner à moins de dix personnes :

« Nous n’avons jamais été confrontés à une situation pareille. La Covid-19, c’est l’école de la patience. Je comprends la frustration de ne pas pouvoir pratiquer. Le football est le reflet de la société et dans cette situation, il est pris en otage par quelque chose qui le dépasse ».

Une enquête de police est en cours

La police nationale du Bas-Rhin a indiqué à Rue89 Strasbourg qu’une enquête était en cours pour déterminer l’identité des organisateurs de la rencontre. « Nous allons visionner les vidéos et nous prendrons des sanctions », prévient de son côté Serge Oehler.

Pour sa part, Sam l’assure : « si c’était à refaire, on ne le referait pas ». Dimanche, le score a a été de 3-1 pour « Hautepierre ». Et si un match retour doit se tenir, Sam certifie qu’il n’aura pas lieu tant que le coronavirus et le risque de contamination seront encore présents.

Les candidats et « l’Après » : Jean-Philippe Vetter veut être le maire « de la relance économique »

Les candidats et « l’Après » : Jean-Philippe Vetter veut être le maire « de la relance économique »

Municipales sous la Covid (4/4) – Après la crise sanitaire, Jean-Philippe Vetter estime qu’on ne perçoit pas encore les effets de la crise économique. Le candidate de droite va renforcer son discours sur cet axe ainsi que sur « les valeurs communes. »

Le deuxième tour des élections municipales est prévu pour le dimanche 28 juin. Les quatre candidats qualifiés se sont préparés à ce scénario, comme à un report à l’automne.

Les listes devront adapter leurs discours et programmes dans la future campagne pour intégrer les impacts de la crise sanitaire sur une ville comme Strasbourg. Avant l’annonce de la date, Rue89 Strasbourg a interrogé les quatre têtes de liste qualifiées au second tour. Fin de la mini-série avec Jean-Philippe Vetter (LR) pour la liste « Un nouveau souffle pour Strasbourg ».

L’Économie, un axe fort dès le premier tour

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Le tribunal administratif suspend l’arrêté sur les masques au centre-ville

Le tribunal administratif suspend l’arrêté sur les masques au centre-ville

Le tribunal administratif a suspendu l’arrêté municipal obligeant le port du masque dans le centre-ville de Strasbourg. Le juge considère qu’il n’y a plus de motif impérieux justifiant une exception à la liberté de s’habiller comme on le souhaite.

L’arrêté municipal du 20 mai obligeant tout le monde à porter un masque dans le centre-ville de Strasbourg a été suspendu ce lundi 25 mai par le tribunal administratif de Strasbourg.

Le procureur de la République a été notifié de la décision, qui est exécutoire. Il n’est donc plus obligatoire de porter un masque dès ce lundi dans les rues du centre-ville de Strasbourg ni sur les quais.

Le maire de Strasbourg avait rendu obligatoire le port du masque dans toute la Grande-Île, les quais des Bateliers et quelques grands axes qui mènent au centre-ville à partir du 21 mai. Mais la disposition est suspendue par la justice administrative depuis le 25 mai. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas

Le premier clou dans le cercueil de l’arrêté municipal avait été planté samedi, lorsque le même magistrat avait considéré qu’il était inutile d’obliger les passants à porter des masques dans l’espace public. Le juge n’avait cependant pas suspendu l’arrêté car les requérants n’avaient pas démontré en quoi cette mesure attentait à leur liberté de déplacement.

Attentif aux conclusions du juge, Me Nicolas Fady est retourné lundi devant le tribunal administratif, mieux armé :

« Dans sa décision de samedi, le juge a expliqué que la Ville de Strasbourg n’avait pas de motif impérieux pour déroger au principe de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme, qui veille au respect de la vie privée des citoyens. J’ai donc soulevé ce moyen et il l’a naturellement accepté. »

Avocat, Nicolas Fady a saisi le tribunal administratif de son propre chef cette fois :

« Arriver fin mai avec un arrêté sur les masques à l’extérieur, c’est n’importe quoi et tout le monde le comprend bien. Les gens se laissent imposer des mesures trop facilement… Mon prochain combat, c’est de lever l’interdiction d’accéder aux parcs et jardins. Cette mesure n’a aucun fondement sanitaire. »

La Ville de Strasbourg peut désormais contester la décision du tribunal administratif devant le Conseil d’État. Elle avait cependant prévu que cet arrêté ne soit valable que jusqu’au 2 juin mais se réservait la possibilité d’en étendre la durée.

Dans un communiqué, le maire de Strasbourg Roland Ries (divers gauche) a pris acte de la décision dans l’après-midi et « maintiens de façon très déterminée [s]es recommandations : dès qu’il y a du monde dans l’espace public, portez un masque ! »