La préfecture du Bas-Rhin annonce que 264 places d’hébergement d’urgence supplémentaires sont ouvertes « au fur et à mesure » pour les personnes sans-abris à Strasbourg durant l’hiver. Mais ce dispositif est vraisemblablement insuffisant. La Ville de Strasbourg sera à nouveau sollicitée si les températures devaient davantage baisser.
Avec les températures très froides, la question de l’hébergement d’urgence pour les personnes sans-abris est revenue plusieurs fois. « Quand est-ce que l’État déclenche son plan hivernal à Strasbourg ? » La Préfecture du Bas-Rhin publie ce lundi 4 décembre un communiqué à ce propos.
Elle explique que depuis le 1er novembre et jusqu’au 30 mars, le plan hivernal est de fait activé. Au total, 264 places « exceptionnelles et temporaires » s’ajoutent au 8 476 places existantes dédiées à l’hébergement d’urgence à Strasbourg. Ces lits « s’ouvrent au fur et à mesure en fonction des situations identifiées et justifiant une mise à l’abri ». Rappelons que cet accueil d’urgence est inconditionnel (français, étrangers, déboutés du droit d’asile, etc).
Forte pression
La pression, et la sensibilité d’une partie de la population, est forte à Strasbourg sur cette question. Depuis l’été, deux campements sauvages de demandeurs d’asile se sont formés, avant une ré-orientation express. Les situations de familles à la rue se multiplient.
Une pression politique nouvelle vient s’ajouter à cela. L’élu strasbourgeois Syamak Agha Babaei propose que la Ville de Strasbourg, assure l’hébergement en urgence de 400 à 500 personnes, en plus de l’action obligatoire de l’État. Il chiffre cette démarche volontariste entre 2 à 2,5 millions d’euros par an selon le nombre de personnes accueillies. Elle pourrait en partie s’appuyer sur le financement de citoyens, voire de fondations ou de mécènes.
Dans son communiqué, la préfecture précise que « le parc d’hébergement […] a augmenté de plus de 120% en 6 ans ». Cette politique de mise à l’abri représente 47,6 millions d’euros dans le Bas-Rhin en 2017.
Tous les SDF, Français ou étrangers, ne pourront pas trouver de place d’hébergement (photo Karim Corban / Flickr / cc)
Des gymnases en cas de grand froid
En cas de période de froid plus intense, la mise à disposition d’un gymnase par la municipalité sera renouvelé, comme cela avait été le cas pendant 20 jours en janvier 2017. Il pouvait accueillir 80 personnes. Une manière aussi de reconnaître que les 264 places ne sont pas suffisantes pour loger tout le monde le reste du temps.
Du mardi 5 au samedi 9 décembre au Maillon, le collectif Berlin propose un voyage en zone contaminée à Zvizdal, près de Tchernobyl. Cette création rend compte de cinq années de tournage auprès d’un couple d’octogénaires, Petro et Nadia, qui ont décidé de demeurer dans leur village malgré la catastrophe nucléaire.
Que peut nous dire une ville du monde actuel ? Interroger nos sociétés à travers le portrait de villes ou régions du monde, c’est l’intention du cycle de spectacles Holocène du collectif Berlin, entamé en 2003 et dont Zvizdal, présenté à Strasbourg au Maillon du mardi 5 au samedi 9 décembre, est le sixième volet. Après Moscou, Bonanza, Iqaluit et Jérusalem, le groupe s’intéresse à un petit village ukrainien de la banlieue de Tchernobyl, déserté après l’accident nucléaire. Ou presque.
Bart Baele et Yves Degryse, fondateurs du collectif anversois BERLIN, en plein tournage (Photo: Geert De Vleesschauwer).
Bart Baele et Yves Degryse s’y sont rendus à la rencontre de Petro et Nadia, deux octogénaires qui n’ont jamais voulu quitter leur ferme après l’explosion de la centrale de Tchernobyl en 1986. L’auteure et journaliste Cathy Blisson est à l’initiative de ce projet. Ayant rencontré le couple en 2009 par le biais d’un ami photographe entré en zone interdite, elle a contacté le collectif Berlin afin de relater leur histoire.
Ce collectif, fondé en 2003 par Bart Baele, Yves Degryse et Caroline Rochlitz, et caractérisé par l’aspect interdisciplinaire de son approche (documentaire, installation, vidéo etc). Pour cette création, l’équipe s’est rendue dans le « no man’s land » à différentes saisons de 2011 à 2015, cinq années au cours desquelles le couple s’interroge, vieillit et se dévoile.
Le nom de Tchernobyl évoque aujourd’hui la catastrophe nucléaire accompagnée de sa remise en cause, la radioactivité omniprésente alentours et des dizaines de villes et villages évacués. Dans ces lieux fantômes où la nature reprend doucement ses droits, certaines personnes ont décidé de braver les interdictions pour revenir y vivre en autarcie. On les nomme les « samosioli » (littéralement « colons individuels »); leur nombre est estimé à un millier.
Petro et Nadia, eux, ont refusé d’être évacués. À l’époque de la catastrophe, ils avaient soixante ans et passé leur vie dans ce village, les spectateurs découvrent en leur compagnie le monde d’après Tchernobyl.
« Le plus bel endroit du monde, c’est la maison qui est la tienne »
Pourquoi ont-ils refusé d’être évacués comme le reste de la population (350 000 personnes) ? Comment vit-on dans une zone envahie par la radioactivité ? Petro et Nadia sont profondément attachés à la terre qui les a vus naître, mais au-delà de ça, la nature s’y trouve luxuriante et la contamination incolore et inodore. Eux ne comprennent pas pourquoi les gens ne reviennent pas vivre dans la zone, car comme le souligne Yves Degryse :
« La contamination, cela ne se voit pas. Même nous, au bout de quelque temps, nous n’étions plus aussi prudents. Je peux donc m’imaginer qu’après trente ans, on peut se demander pourquoi les gens ne reviennent pas dans ce petit coin de paradis. La nature est très belle, pour recommencer tout est là. Un jour par an, les anciens habitants du village sont autorisés à revenir visiter le cimetière. C’est comme un rêve. »
Par ailleurs, le couple dévoile un discours sur un monde totalement déroutant pour notre mode de vie contemporain, où nous sommes sans cesse amenés à nous déplacer et à voyager. Petro livre une conception personnelle et forte de l’enracinement et de l’attachement à sa terre. Cathy Blisson précise à ce sujet :
« Ils pensaient que c’était le plus bel endroit du monde. Petro nous disait tout le temps : “regardez-nous, on marche, on est debout ; ce sont les gens qui sont partis qui sont morts. Mon corps s’est adapté et si je partais, je mourrais”. »
Petro et Nadia, couple d’irréductibles octogénaires, ont décidé de demeurer à Zvizdal avec leurs champs et leurs animaux (Photo Berlin / doc remis)).
Un lieu hors du temps ?
Dans ce lieu où le temps semble s’être arrêté à celui de l’Union soviétique, et loin de la civilisation, les principaux repères du couple sont les saisons qui rythment leurs travaux aux champs. Ce temps, intrinsèquement lié aux questions de subsistance, est éprouvé différemment lorsqu’il est vécu dans un tel isolement. Pour Bart Baele, l’histoire du couple raconte aussi la vie dans une ferme :
« Indépendamment de la solitude et de la contamination, il s’agit aussi d’un récit sur le fait de vivre de la terre, de vivre avec une vache, un cheval, un chat, un chien et quelques poules. Le moindre changement prenait d’emblée de grandes proportions dans la vie de Nadia et Petro. »
Pourtant au cours de ces cinq années de tournage, Petro et Nadia vieillissent et se retrouvent confrontés à la finitude, celle de leurs bêtes, la leur, celle de leur mode de vie.
Le documentaire est projeté au public sur une scène au dispositif bifrontal (Photo Frederik Buyck).
Le « théâtre filmique » du collectif Berlin
Dans cette création, ce qui n’aurait pu être qu’un documentaire rend compte de la force du spectacle vivant : on donne rendez-vous aux spectateurs pour les plonger dans ce récit si éloigné et pourtant si proche. Le public est divisé en deux groupes, situés de part et d’autre de la scène selon un dispositif bi-frontal, avec, au centre, l’écran. En dessous, sont disposées trois maquettes de la ferme à différentes saisons, animées par des images du documentaire. Ce dispositif permet de compléter le film porté à l’écran :
« Le théâtre permet d’aussi créer des scènes qui se sont déroulées en notre absence. Ce que nous faisons entre autres, à l’aide de maquettes de l’enclos de Nadia et Petro. »
En effet, les membres du collectif Berlin leur ayant rendu visite à raison de deux fois par an pendant cinq années, et n’ayant pas d’autre forme de contact avec eux, ils ne savaient jamais à l’avance s’ils allaient les retrouver, ni les évènements qui avaient pu advenir.
Les trois maquettes de la ferme de Petro et Nadia, en fonction des saisons (Photo Frederik Buyck).
Zvizdal est une expérience théâtrale riche et originale à différents niveaux. Par sa pluridisciplinarité et son dispositif scénique, par l’intérêt de la série Holocène, enfin par le récit de ce couple qui décide de rester malgré tout. À ne pas manquer !
Pierre, Strasbourgeois de 22 ans, a obtenu deux CAP : maçon et tailleur de pierre. Mais on ne le verra pas sur un chantier. Dans la Zone d’expression prioritaire (ZEP), un média d’accompagnement des jeunes à l’expression, il raconte dans un récit glaçant comment s’est déroulé son apprentissage chez les Compagnons du devoir lorsqu’il avait entre 16 et 19 ans : un calvaire dans les Vosges et en Alsace.
Logement insalubre, intrusion dans sa vie privée, heures supplémentaires non payées, interdiction de sorties, brimades et punitions… Rien de lui aura été épargné, jusqu’aux travaux inutiles et présentés comme tels comme laver la voiture du patron et recommencer. Éloigné de sa famille et seul face à ses patrons, Pierre a bien failli s’en prendre à lui-même :
« Un jour, j’étais tellement mal que j’ai tenté de me casser la main en me l’écrasant avec deux panneaux de coffrage. Je ne savais plus quoi faire et je me sentais seul. Je suis allé chez le médecin. Il m’a proposé de m’arrêter pour dépression, jusqu’à ce que je passe mon diplôme. Je n’ai pas voulu. Il fallait que j’acquière encore des compétences en vue de l’examen. »
Fort heureusement, Pierre a fini par trouver une oreille attentive auprès de la direction du CFA d’Illkirch-Graffenstaden. Il a pu terminer ses études mais pour se diriger dans la vente. Plus question pour lui de retourner sur un chantier. Son témoignage montre à quel point les apprentis peuvent se retrouver seuls face à des cas de harcèlement dans de très petites entreprises.
Dans les médias destinés à la communauté turque de Strasbourg, les opinions conservatrices ont pris l’ascendant. Les traditionnels mensuels turcophones connaissent des difficultés financières tandis que le fondateur du Parti Egalité et Justice investit dans des chaînes de télévision sur Internet.
« Des personnes opposées à l’AKP [parti du président turc islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan] me demandent encore où trouver mon journal », explique Fahri Ekmekci. Mais l’ancien rédacteur en chef du mensuel Objektif a fait imprimer son dernier numéro, 4 000 exemplaires, en janvier 2017. Depuis 2005, ce journal donnait la parole à toutes les sensibilités politiques au sein de la communauté turque de Strasbourg. Pro-Erdogan, soutiens de la cause kurde, souvent taxés de « terroristes » par les partisans du président turc, ou militants de gauche du parti républicain du peuple (CHP) pouvaient s’adresser au lectorat turcophone résidant en Alsace via Objektif.
En France, les journaux à destination de la communauté turcophone ont commencé à exister dès les années 2000, à la suite de l’arrivée d’émigrés turcs en provenance d’Allemagne. En général, ces médias sont financés par la publicité des entreprises créées par la diaspora turque. Ils offrent un moyen aux Turcs ne parlant pas français de s’informer, à la fois sur leur vie en France et sur l’actualité en Turquie et autour. En 2002, Fahri Ekmekci a lancé le premier mensuel turcophone en Alsace : Avrupa Reklam (Publicité européenne). Jusqu’en 2003, 20 000 exemplaires du journal étaient déposés chaque mois dans les commerces et les cafés fréquentés par la communauté turque.
Avantaj Post : média pro-kurde en difficulté
D’autres médias turcophones ont ensuite été créés et diffusés en Alsace. En 2006, le groupe Ihlas Yayin a lancé dans la région un mensuel gratuit : Post Aktüel. Le magazine est aujourd’hui diffusé à 20 000 exemplaires et se dit “apolitique”.
Il y a trois ans, le journaliste Ahmet Dere a lancé en Alsace le mensuel Avantaj Post. Imprimé pour près de 3 000 lecteurs, le magazine est rédigé en turc, en français et en kurde. Depuis le début de l’année, les difficultés financières ont obligé la rédaction à n’éditer un nouveau numéro que tous les deux mois. « Notre média traite beaucoup des questions liées à la communauté alévi et kurde. Nous sommes aussi pro-Union européenne », indique le rédacteur en chef.
La place importante de l’AKP dans Alternatif Gazete
Alternatif Gazete est un autre mensuel turcophone produit en Alsace, à Schiltigheim, depuis 2010. Son directeur de publication, Zekeriya Sahin, est même un ancien collègue de Fahri Ekmekci. Ancien professeur de turc, il a une vision du journalisme qui diffère du rédacteur en chef d’Objektif. Interrogé sur la place prépondérante de l’AKP et d’Erdogan dans ses pages, il répond :
« Le parti d’Erdogan représente une large majorité au parlement turc. Ça fait 15 ans qu’il est toujours populaire. Et tout le monde a sa place au sein de l’AKP : les Kurdes, les Alévis, les Arméniens… Je ne vois pas donc pas de problème à ce que les partisans de l’AKP soient plus souvent cités dans Alternatif Gazete. »
Les difficultés financières n’épargnent pas ce journal non plus. Toute la famille du directeur participe bénévolement à sa rédaction. Türkan Sahin, sa femme, rédigeait dans l’édition d’octobre un éditorial sur les incivilités au quotidien. Melike Esma Sahin, étudiante et conseillère de l’Eurométropole (LR), tente de répondre à une question philosophique dans chaque édition. Le fils, Burak Sahin, salarié dans un restaurant, publie une recette de cuisine par mois.
Alternatif Gazete sort souvent en retard : « on attend toujours l’argent pour imprimer l’édition d’octobre, » concède Zekeriya Sahin au début du mois de novembre, « la semaine prochaine il sortira. İnşallah. » À la fin du mois de novembre, le directeur de publication est parvenu à imprimer 5 000 exemplaires de ses deux dernières éditions.
Du papier aux webtélés
Dans son dernier éditorial, Zekeriya Sahin annonçait : « Medya Türk TV, nous sommes à vos côtés. » Lancée en décembre 2016 par le groupe Bosphore Films, Medya Türk TV est une webtélé à l’habillage rappelant les chaînes d’infos américaines sur Facebook et YouTube. Le directeur de publication d’Alternatif Gazete y anime une émission hebdomadaire. Sur Medya Türk TV, les sujets abordés sont variés. On y parle du populisme en Europe, de la tentative de coup d’Etat en Turquie du 15 juillet 2016, des relations entre la France et la Turquie…
En avril 2017, le groupe Bosphore Films a lancé à Strasbourg Media France TV, une déclinaison francophone de Medya Türk TV. Les deux chaînes affichent respectivement 1 300 et 2 500 abonnés sur Facebook. Sur Media France TV, les émissions s’intitulent « Sans langue de bois », « Ethique dans la société et les médias » ou « Vers 2020 ». Les présentateurs y mettent en avant certaines personnalités d’origine immigrée, débattant de problématiques liées à l’Islam ou commentant l’actualité politique française.
Critique des médias français et ligne conservatrice
Le président de Bosphore Films, Ali Gedikoglu, détaille l’objectif de ces nouveaux médias :
« Les associations turques et les personnes issues de l’immigration n’ont pas de plateforme pour s’exprimer. Nous voulons tout simplement faire entendre leur voix. »
Mais Ali Gedikoglu n’est pas seulement le président d’un groupe de médias. Il dirige aussi l’association Cojep International (Conseil pour la Justice, l’Egalité et la Paix) et a fondé le Parti Egalité Justice (PEJ), parti islamo-conservateur, en janvier 2015. Les studios d’enregistrement de Média France TV et de Medya Türk TV se trouvent à la même adresse strasbourgeoise que celle de Cojep… et du Parti Egalité et Justice (PEJ).
Sur son site internet, le Cojep indique qu’il organise des conférences et des expositions autour de « l’intégration des immigrés, du racisme et de la vie des cités ». Le Parti Egalité et Justice se donne pour objectif « de rassembler les citoyens rejetés, oubliés, délaissés, par les partis politiques ordinaires ». Pour les élections municipales et législatives, il a cherché à récolter les voix de la population immigrée, d’origine turque en particulier.
Ces organismes sont souvent associés à l’AKP, le parti au pouvoir en Turquie et qui accompagne la dérive autocratique du régime de Recep Tayyip Erdogan. Ali Gedikoglu rejette catégoriquement toute accointance avec l’AKP, tout au plus admet-il une ligne éditoriale conservatrice et critique à l’égard du traitement médiatique du régime turc :
« Malheureusement, les médias français ne servent pas les intérêts de la coopération franco-turque. Ils créent une image de la Turquie à partir de points de vue minoritaires dans la société turque [ceux des journalistes de gauche, des chercheurs de l’université de Galatasaray, des soutiens de la cause kurde, ndlr] Nous travaillons plutôt avec les personnes influentes en Turquie. »
Le Parti Egalité et Justice, omniprésent sur les médias de Bosphore films
Entre avril et juin 2017, Media France TV publie exclusivement les investitures des candidats du PEJ aux élections législatives. Ce n’est qu’à partir de septembre que la chaîne produit d’autres émissions. Interrogé sur les débuts du média, Ali Gedikoglu nie également tout lien entre Media France TV et le Parti Egalité et Justice :
« Que le lancement de Media France TV ait eu lieu en même temps que la campagne des législatives n’est que pure coïncidence. Il serait injuste d’affirmer que nous avons créé cette chaîne pour le PEJ. »
L’homme aux nombreuses attributions a d’ailleurs officiellement quitté le parti qu’il a fondé. Son assistant, Muhammet Cavus, précise : « il n’est plus que président honoraire de la formation politique. »
Le parti reste pourtant bien présent sur les plateaux de Medya Türk TV et Média France TV. Sur une dizaine de bénévoles animant les émissions, nombreux sont ceux issus du PEJ. Murat Yozgat, par exemple, est un ancien candidat du PEJ aux législatives partielles de 2016. Il coprésente l’émission « Vers 2020 » avec Muhammet Cavus, aussi président de l’association de financement du PEJ. Interrogé sur la présence de partisans d’autres partis sur ses plateaux, Ali Gedikoglu admet qu’il n’y en a aucun à l’heure actuelle. Il promet cependant :
« Il y aura des membres d’autres partis politiques dans nos émissions. Nous devons d’abord asseoir notre présence médiatique. Nous sommes très désireux de représenter d’autres sensibilités politiques. »
Murat Yozgat, ancien candidat du PEJ aux législatives partielles de 2016 et Muhamet Cavus, président de l’association de financement du PEJ, présentent l’émission hebdomadaire « Vers 2020 » sur Media France TV.
Sur MedyaTürk.info, aucune critique d’Erdogan
La pluralité des opinions, souhaitée par Ali Gedikoglu, n’est-elle que de façade ? Sur son site d’information MedyaTürk.info, actif depuis 2015, les critiques d’Erdogan sont inexistantes. En mars 2017, les articles consacrés au référendum ont incité à voter oui à la réforme constitutionnelle en Turquie, consacrant des pouvoirs étendus à Recep Tayyip Erdogan. Deux semaines avant la consultation de la population turque, un article est publié sur le sujet avec comme titre : « La Turquie ose la réforme face une vieille Europe en crise de gouvernance ! »
Une autre publication résume la modification de la constitution et conclut en ces termes :
« Depuis des années, tous les partis sans exception ont promis le changement de cette constitution. Tous ont fait campagne pour le renouvellement. Or quand enfin Recep Tayyip Erdoğan décide de nettoyer les écuries d’Augias et ainsi renforcer démocratiquement les institutions de la Turquie, certains changent de cap par démagogie et populisme. On ne peut que féliciter l’AKP et le MHP de tenir le cap. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Le gouvernement a annoncé aux partis politiques sa volonté d’avoir des listes nationales pour les élections européennes en juin 2019. En effet, tous les Européens votent à une même élection proportionnelle, mais chaque pays peut adapter son mode de scrutin.
Depuis 2004, la France est divisée en 8 grandes circonscriptions. Celles de l’Est regroupait les anciennes régions de Bourgogne, Franche-Comté, Alsace, Lorraine . . .
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Deux Français qu’on croirait nés aux États-Unis, Charles Pasi et The Wooden Wolf, sont jeudi 7 décembre à l’Espace Django Reinhardt à Strasbourg. Deux talents complémentaires, mais tous les deux bruts et intenses.
Charles Pasi fait partie de la longue liste des artistes français bien trop méconnus sans qu’on sache pourquoi. Plus de 10 ans déjà qu’il traîne son blues jazzy dans toutes les salles et sur toutes les scènes possibles. À ses débuts, le voir arriver sur scène pouvait prêter à sourire : chemise blanche, gel dans les cheveux et physique de jeune premier, rien dans son apparence ne laisse présager la suite. Et la suite, c’est un homme à la voix éraillée et au groove incroyable, un joueur d’harmonica hors pair et un talent brut capable de faire danser et d’émouvoir tour à tour.
Bricks, le dernier album de Charles Pasi, est sorti chez Blue Note, quand même (doc remis)
Jazz-blues farouchement exigeant
Alors pourquoi Charles Pasi n’a-t-il pas les médias à ses pieds ? Parce qu’il n’en a que faire. Il préfère l’exigence aux compromis, la liberté aux contraintes, l’indépendance au rouleau compresseur de l’industrie. Des qualités qui se retrouvent dans tous ces albums, et a fortiori dans Bricks, dernier album en date. Entre arrangements riches et pointus et sessions plus intimes, on y retrouve l’harmonica, mais aussi beaucoup de piano et de saxophone, et l’esprit résolument urbain à travers les touches de soul et de groove qui transparaissent de partout.
On sent Paris, on sent New York. La ville, fil rouge de l’opus, est prise comme symbole de dualité. À la fois lieu de joies et de dangers, de stabilité et de violence, Charles Pasi décide de jouer sur autant de nuances dans ses chansons. Et fournit ainsi son album le plus ambitieux.
Blue Note ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Le plus célèbre des labels jazz a signé Charles Pasi pour 3 albums. Aucun Français avant lui n’avait réussi cette prouesse. Neil Young lui-même l’adoube en 2016 en le choisissant personnellement pour ses premières parties françaises. Et le public non plus n’a aucune chance de se tromper. Avis au public de Django : voir Charles Pasi, c’est ressortir de la salle le sourire aux lèvres avec l’assurance d’avoir vécu un grand moment de musique live.
Folk sauvage et grands espaces
Sans compter la merveilleuse première partie, qui sera assurée par The Wooden Wolf en version duo. Loin de l’esprit urbain de Charles Pasi, (voir nos précédents articles) c’est dans les grands espaces qu’il faudra s’attendre à voyager en prélude à la soirée. Plus sombre mais tout aussi éraillé, l’univers sauvage et intimiste de The Wooden Wolf sera le contrepoint parfait. Même liberté, même farouche indépendance…
La nappe phréatique d’Alsace polluée comme jamais. Dans ce cas-ci, les différences de législation entre la France et l’Allemagne, notamment sur les pesticides, pourraient bien avoir un impact au delà des frontières.
Cette semaine, l’Allemagne a voté pour le renouvellement de l’autorisation du glyphosate dans l’Union Européenne, alors que la France était contre. Mauvais timing, les prélèvements effectués en Alsace dans la nappe phréatique d’Alsace montrent que la présence de pesticides a triplé (celle de glyphosate a augmenté, dans une moindre mesure). Sauf que ladite nappe, une des plus grande d’Europe, s’étend également sous l’Allemagne et la Suisse. Gageons que comme le nuage de Tchernobyl, les épandages allemands auront la courtoisie de s’arrêter à la frontière pour les cinq prochaines années.
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Un an après le lancement de la salle de shoot de Strasbourg, la fréquentation s’établit entre 50 et 80 personnes par jour et ne faiblit pas. Élus et travailleurs sociaux se félicitent d’y accueillir un public auparavant très éloigné des soins. Prochain objectif : propose de l’hébergement pour accompagner les toxicomanes dans la durée.
En France, deux salles de shoot ont été ouvertes, la première à Paris en octobre 2016 et la seconde à Strasbourg un mois plus tard. Baptisée Argos, la « salle de consommation à moindre risque » (SCMR) selon le vocable officiel de Strasbourg accueille les toxicomanes au rez-de-chaussée de l’ancien bâtiment de chirurgie thoracique à l’Hôpital civil. Tous les jours de l’année, de 13h à 19h, ce centre permet la consommation de stupéfiants, dans des conditions sanitaires adaptées et sécurisées. Les toxicomanes apportent leurs produits et sont accompagnés dans leurs gestes, des précautions leur sont conseillées, du matériel stérile est fourni, etc.
À Argos, 85% de la consommation de drogue se fait par injection, de la cocaïne et des opioïdes essentiellement. Le crack et l’héroïne, sniffés, sont moins fréquents. Entre 50 et 80 personnes transitent par Argos chaque jour, la majorité sont en situation de grande précarité. La moitié vit en hébergement précaire et 18% sont sans ressource. C’était la population ciblée par les pouvoirs publics qui ont porté la SCMR.
Malgré des précautions et la nécessité d’attendre au moins 30 minutes entre chaque consommation, quatre overdoses ont été comptées depuis le lancement d’Argos. La proximité avec les services de secours et les formations aux gestes d’urgence du personnel sur place ont permis à ces overdoses de ne pas être fatales.
Le docteur Alexandre Feltz, adjoint au maire de Strasbourg en charge de la santé, souhaite réhabiliter et accompagner. C’est l’un des objectifs de l’Argos :
« C’est un lieu important pour la santé et la sécurité. Nous avons réussi à toucher une large population strasbourgeoise notamment les personnes en situation de grande précarité. Ils n’ont bien souvent pas accès aux soins et réduire les risques liés à cette pratique. Ce centre peut prendre en charge ces personnes dépendantes et cela de manière précoce. »
Un kit attend les usagers de l’Argos. (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)
Offrir l’écoute sans juger
Une équipe de professionnels spécifiquement formée accueille prioritairement les usagers injecteurs de drogues et / ou de médicaments en situation de précarité, en respectant leur anonymat. Ce sont des infirmiers, des assistants sociaux, médecins, psychiatres et éducateurs spécialisés… Au total, une équipe de 20 à 25 personnes est dédiée au fonctionnement d’Argos. Dans la journée, pour accueillir les usagers, l’équipe doit compter au moins 5 personnes : un infirmier dans la salle d’injection, deux chargés de sécurité devant le centre, etc.
À ce jour, aucun débordement n’a été déploré à l’intérieur du centre, aucun problème n’a été signalé entre les usagers et le voisinage et peu de contrôles de police aux abords du centre ont été relevés.
Anne-Sophie Koch est infirmière. Elle détaille son rôle :
« Les toxicomanes viennent ici parce que quelqu’un leur a conseillé. Nous leur proposons du matériel propre, sécurisé mais ce n’est pas tout : toute l’équipe s’emploie à leur offrir un moment de convivialité, de partage et d’écoute. »
Frédéric Krembel est quant à lui éducateur spécialisé, il appuie :
« La majorité des personnes ne viennent pas ici consommer de la drogue par plaisir. C’est devenu un besoin, une addiction pour échapper à leurs problèmes. Les raisons sont vraiment diverses. Notre rôle est de les écouter, sans les juger. Chaque personne a sa pratique, sa manière de consommer. Nous voulons être souriants, accueillants et non jugeants. »
Pour Hélène Niva, infirmière également, il s’agit d’un travail dans la durée :
« C’est vrai qu’un lien se crée au fil des rencontres. Certaines personnes viennent tous les jours, certaines restent toute la journée. Un dialogue se noue, nous ne sommes jamais intrusifs ou du moins on essaie de ne pas l’être. On est dans l’échange… »
Tous essaient de créer une atmosphère de confiance, de repos pour des habitués qui sont bien souvent en situation de grande précarité. Nourriture et vêtements sont proposés aux consommateurs de drogues grâce à des partenariats mis en place avec la Banque alimentaire et la Banque de l’objet.
2 personnes en cure, 13 dépistages d’hépatite C
Les encadrants sont également présents pour orienter vers des soins médicaux. Deux personnes sont parties en cure, treize ont été dépistées porteuses de l’hépatite C, quatre ont commencé un traitement de substitution. C’est le cas d’une jeune femme. Elle a demandé de l’aide au personnel. Au total, 180 personnes ont été orientées vers des soins, 391 personnes ont été enregistrées anonymement dans les fichiers d’Argos. Danièle Bader, directrice d’Ithaque, l’association gestionnaire du site précise :
« Pour les enregistrer, nous leur demandons simplement les deux premières lettres de leur nom et la première de leur prénom pour créer un dossier. Ainsi que leur mois et année de naissance. Nous n’acceptons pas les mineurs. »
Environ 90% des usagers d’Argos sont strasbourgeois, Danièle Bader souhaite également attirer les Allemands :
« Attirer les toxicomanes allemands, c’est notre objectif car nous sommes une région transfrontalière et nous devons progresser dans les dépistages, notamment concernant l’hépatite C. »
Pour cela, une équipe mobile d’Argos se rend dans des lieux tels que des espaces verts, des squats, pour sensibiliser et proposer de venir consommer les drogues au sein d’un lieu sécurisé. Danièle Bader précise :
« Nous faisons du travail de rue. Nous voulons créer un lien, donner des informations. Un éducateur se charge de réaliser de la prévention dans des lieux à risques, des lieux où la consommation de drogue se fait de manière non sécurisée. Un risque non seulement pour les usagers mais aussi pour les habitants. Les services de la ville, de nettoyage ou d’espace vert, nous contactent lorsqu’ils repèrent une zone avec des seringues par exemple. Nous envoyons du personnel sur place. »
Nouvel objectif : devenir un petit centre d’hébergement
Pour Danièle Bader, les toxicomanes pourraient être plus nombreux encore à bénéficier de cette salle de consommation. La majorité des usagers actuels souhaite un accès aux soins accrus. Ils espèrent en particulier une possibilité d’hébergement. D’ici la fin 2018, Argos voudrait aménager le premier étage du bâtiment resté inoccupé. Une dizaine de chambres pourrait être aménagée. Cette extension est encore en discussion, cependant, la directrice d’Ithaque a un souhait en particulier :
« Nous voudrions être en mesure d’accueillir les personnes qui ont des chiens et ne veulent pas s’en séparer. Dans les lieux d’accueil pour les personnes en précarité, les animaux sont souvent interdits. Nous réfléchissons à cela. »
Les salles de shoot en France sont soumises à une évaluation constante, dans le cadre d’une expérimentation sur 6 ans. Après un bilan des effets de ces lieux, il s’agira de savoir si d’autres salles pourront ouvrir en France. L’exemple strasbourgeois est copié, une nouvelle SCMR pourrait ouvrir à Bordeaux en 2018, au sein de l’hôpital Saint-André.
La ville et l’Eurométropole de Strasbourg ont présenté vendredi les projets retenus pour l’aménagement de cinq lots des Deux-Rives, dans les môles Citadelle et Starlette.
Lorsque le Strasbourgeois se rend au Port-du-Rhin ou à la Coop, il traverse des étendues de hangars désaffectés et de zones industrielles en déshérence. Ce sont les môles Citadelle et Starlette qui se retrouvent entre le Neudorf et le Rhin et qui ont longtemps abrité des entreprises liées aux activités portuaires.
Dans son entreprise pluridécennale vers le Rhin, Strasbourg a choisi d’urbaniser en priorité le quartier du Port-du-Rhin, laissant effectivement un vide entre la ville actuelle et le fleuve.
Plan des premiers projets
Le détail des nouveaux projets dan le quartier des Deux Rives. Cliquez pour agrandir (plan SPL des Deux-Rives)
Une batterie d’aménageurs et de promoteurs sont depuis deux ans invités à présenter leurs projets à la SPL Deux-Rives, la société publique créée par la Ville de Strasbourg et l’Eurométropole pour coordonner l’urbanisation de cette nouvelle portion de la ville.
Et vendredi, la SPL a communiqué de nouveaux lauréats pour 2 lots du môle Citadelle et 1 sur le môle Starlette.
Selon son directeur Éric Bazard, la SPL demande aux promoteurs et architectes de faire preuve d’originalité :
« Un débat qui émerge et se poursuit est comment ne pas faire des villes génériques, avec les mêmes projets architecturaux, quand bien même ils sont de qualité, avec les mêmes projets ou les mêmes magasins dans toutes les villes. »
L’Emergence de Citadelle devrait indiquer l’entrée dans la nouvelle ville (doc SAS-3B / KCAP / Oslo / Images : Yam Studio)
Sur la Citadelle, la tour émergence et ses petits
À Citadelle, la SPL a d’abord choisi l’opérateur SAS-3B, avec les agences KCAP, basée à Rotterdam, et Oslo, basée à Strasbourg pour construire une tour de logements haut de gamme. Rue89 Strasbourg avait déjà évoqué ce projet.
Autour, les constructions seront moins hautes et spectaculaires, mais prendront plus de place au sol. Elles permettront aussi de rééquilibrer la part de logements sociaux, fixée à 30% sur l’ensemble des Deux-Rives, vu qu’il n’y en a pas dans la tour triangulaire baptisée Émergence.
Une cité « jardin » avec des briques
À côté, c’est le cabinet ultra-sollicité et décidément très apprécié par les élus strasbourgeois, Dominique Coulon & Associés, qui a été choisi avec HHF et Stradim pour construire la « Cité Jardin, » qui était prévue dans le plan d’aménagement.
Parmi les originalités de l’opération : une terrasse collective, une serre, une salle festive, un atelier de réparation pour les vélos, une buanderie collective et même une chambre d’ami à partager entre les 85 logements, dont 30 locatifs sociaux et 14 en accession sociale.
Malgré quelques espaces pour de la verdure, plus de lumière ou des accès de plein-pied, difficile tout de même d’y voir des « jardins » sur l’ancien terrain portuaire. L’opération compte 6 500 m² avec des prix moyens qui devraient osciller autour de 3 900 euros par mètre-carré. Les façades seront en bois et en brique.
La construction devrait être plus rapide que celle des projets voisins. Les premiers emménagements prévu pour la mi-2020.
L’aspect « jardin » de la Cité Jardin ne saute pas aux yeux… (doc D. Coulon & associés + HHF architects / Images : Philippo Bolognese)
Les appartements de la Cité Jardins devraient disposer d’entrées de plein pied. (doc D. Coulon & associés + HHF architects + Tatiana Bilbao ESTUDIO / Images : Philippo Bolognese )
Au sud du môle deux autres opérations complètent l’ensemble. La SPL a choisi l’opérateur social Nouveau Logis de l’Est avec les architectes Kuhn & Lehmann, basés à Fribourg-en-Brisgau, pour le lot « Presqu’île Sud ». Il s’agira d’un « habitat de 80 logements sur 5 600 m², accessibles et de qualité » avec des commerces en rez-de-chaussée.
Plus au sud, l’opérateur social Domial a été retenu, associé à une plateforme, pour élaborer un programme mixte « innovant associant des logements et des solutions de stationnement et de mobilité ». Ce programme dit « Dock-1 », concerne 60 logements locatifs intermédiaires sur environ 4 000 m². Les livraisons sont attendues pour la fin 2020/début 2021. Les visuels de ces deux derniers ensembles ne sont pas encore disponibles et seront présentés en 2018.
« Rive Active » pour débuter Starlette
Juste en face, môle Starlette, la SPL propose un plus grand ensemble architectural de 35 000 m², dont 20 000 m² de bureaux et plus de 200 logements appelé « RiveActive ». Ces bâtiments en brique pleine doivent « incarner l’ambition de mixité économie-habitat du quartier Starlette », qui sera le quartier central de la « ville-port » que souhaite construire Strasbourg aux Deux-Rives.
Le projet choisi a de nouveau été conçu par Dominique Coulon & Associés et HHF architects, associés cette fois à Tatiana Bilbao Estudio, un cabinet basé à Mexico, Bâle et Barcelone. Il devrait être construit par Kaufmann & Broad et Stradim, associés à un futur opérateur de logement social.
Certaines pièces seront réversibles en bureaux comme en appartement, selon l’état de la demande lors de la fin des travaux. Entre la route du Rhin et le quai, les concepteur arriveront par ailleurs à caser une piscine, un espace de co-working, une crèche, un cabinet médical, un restaurant face à l’eau du bassin Vauban.
La fin de ce vaste aménagement est prévue pour la deuxième moitié de 2021. Le coût de construction est estimé à 50 millions d’euros. Le prix au mètre carré devrait également avoisiner les 4 000 euros du mètre-carré.
Une projection de Starlette RiveActive (Dominique Coulon & associés + HHF architects + Tatiana Bilbao ESTUDIO / Images : Philippo Bolognese)
Les logements seront nombreux et denses (Dominique Coulon & associés + HHF architects + Tatiana Bilbao ESTUDIO / Images : Philippo Bolognese)
Commerces et logements devraient se côtoyer à Starlette (Dominique Coulon & associés + HHF architects + Tatiana Bilbao ESTUDIO / Images : Philippo Bolognese)
Pour le maire Roland Ries (PS), qui suit de manière très attentive l’urbanisation vers le Rhin là où il délègue volontiers d’autres dossiers à son équipe, notamment son premier adjoint (Coop, Manufacture des Tabacs, Wacken, transports, marché de Noël), ces projets répondent à l’ambition de ce nouveau morceau de ville : « une mixité fonctionnelle et mixité sociale ». Le but est d’en finir avec des quartiers de bureaux, d’appartements, d’industries, etc.
D’autres projets bientôt présentés
Un peu plus loin, au Port-du-Rhin, en face de Kehl, la SPL prévoit la « Cour des Douanes » pour s’élever à la place de l’ensemble administratif qui a été abandonné. Il s’agira d’un projet mixte de logements qui donnera le profil de Strasbourg vue du Rhin, comprenant environ 330 logements avec en outre 10 000 m² dédiés à des activités de services (commerces, bureaux, hôtels, résidences…). Les détails doivent encore être précisés.
Les avancées sur le projet de l’ancienne Coop, qui doit faire place à environ 200 logements, dont au moins une partie sous des formes originales comme l’habitat participatif seront présentées début 2018.
En décembre, 24 artistes contemporains décorent les fenêtres du 18 rue Kuhn dans le quartier gare de Strasbourg, pour former un calendrier de l’Avent géant sur la façade de ce bâtiment haussmannien. Chaque jour une nouvelle œuvre sera découverte à 17h30. Les 24 panneaux finalement découverts resteront visibles jusqu’au 6 janvier.
C’est une tradition pour attendre Noël : ouvrir les 24 fenêtres. Des calendriers de l’Avent, il y en a pour tous les goûts. Les traditionnels avec des chocolats, mais aussi des plus originaux. De bière, de bougies parfumées, ou encore de produits de beauté. Cette année un calendrier de l’Avent géant pend forme à Strasbourg avec, à chaque nouvelle fenêtre : des œuvres d’art.
C’est Anne Siegel qui est l’instigatrice du projet. Cheffe d’entreprise au 1er étage du 18 rue Kuhn, elle y est locataire. Après avoir discuté avec le propriétaire, le concept séduit :
« Ces initiatives, tout le monde peut en avoir. Le sens même d’un calendrier de l’Avent c’est de se préparer à la magie de Noël. Je voulais inclure l’art contemporain, le street-art à cette magie. Je trouvais la façade de mon lieu de travail très jolie, un vieux bâtiment haussmannien. Je voulais l’animer. Dans le cadre du Noël Off j’ai proposé cette idée qui a été très bien accueillie. »
Dans le quartier gare de nombreuses initiatives street-art ont vu le jour (lire l’article de Rue89 Strasbourg : Où sont les œuvres de street art à Strasbourg). Anne Siegel a voulu donner encore un peu plus d’importance à cet art de rue :
« Chaque jour, une nouvelle fenêtre sera illuminée individuellement. De manière aléatoire, elles seront décorées d’œuvres. Comme un vrai calendrier de l’Avent où il faut chercher la bonne fenêtre pour le bon jour! »
C’est sur cette façade que 24 fenêtres seront illuminées pour mettre en lumière des œuvres d’art moderne et contemporain. (doc remis)
Les artistes et leurs œuvres
Dans l’équipe, il y a 9 graffeurs, 8 photographes et 7 illustrateurs ou peintres. Le compte est bon, on arrive bien à 24. La majorité des artistes sont alsaciens, ils ont répondu à un appel à projet sur Facebook. Anne Siegel précise :
« J’ai sollicité Vincent Faller, le directeur de l’hôtel Graffalgar qui a diffusé l’information auprès des artistes. Ils ont tous répondu à l’affirmative avec beaucoup d’enthousiasme. Nous avons des grapheurs de street art à la renommée nationale voire internationale. »
Pour les 24 tableaux, il y a différents niveaux d’accrochage. Au rez-de-chaussée, au premier étage et au quatrième. Le premier panneau sera au premier étage sur le balcon, ils seront accrochés jour après jour. Pour éclairer les œuvres, des installations LED spécialement conçues pour le projet seront mises en place. Cela en partenariat avec l’hôtel voisin Best Western. L’artiste est appelé à s’exprimer sur un panneau de d’un mètre sur 55 centimètres, en format paysage. L’instigatrice de l’événement donne plus de détails :
« Chacun des artistes a reçu un panneau de Forex, une matière PVC qui résiste aux intempéries. Pour les photographies et les illustrations, l’impression va être faite directement sur le panneau, prise en charge par nos soins. Nous avons également un partenariat avec le Géant des Beaux Arts (une boutique voisine) qui prend en charge le matériel nécessaire pour les artistes qui en ont besoin. »
« Noël en Alsace : entre traditions et création contemporaine »
En plus du format, les artistes doivent s’inscrire dans le thème : « Noël en Alsace : entre traditions et création contemporaine. » Un tirage au sort déterminera l’ordre de passage.
L’un des artistes est en4ki (Nicolas Vautrin de son vrai nom). Il est graffeur. Il s’approprie des sujets déjà existants et les retravaille avec des outils d’art de rue (bombe aérosol, craie, acrylique, etc). Il a été sollicité via sa page facebook et a directement répondu présent :
« Je crois qu’on s’est tous pris au jeu. Je trouve que c’est un super projet pour la ville et la rue qui regroupe beaucoup d’artistes. Les gens passent devant le bâtiment sans s’y arrêter. Maintenant ils auront une raison. »
Il connait certains des artistes participants et les suit sur les réseaux sociaux. Lui-même est pressé de découvrir de travail des autres. Le sien aura pour sujet principal le renne, emblème de Noël. Mais il a été troublé par le format donné :
« J’aime dessiner les animaux, je ne fais jamais de portrait abstrait. Mais je n’ai pas l’habitude de travailler sur des formats paysages car je réalise principalement des portraits. Ça sera une grande première. »
Pour avoir une idée du travail de en4ki, cette œuvre baptisée : « qui hurle » (doc remis).
Karine Faby est photographe. Cela fait 20 ans qu’elle travaille en Alsace. Elle a orienté son activité professionnelle vers la photographie culinaire. Après avoir été contactée, elle a tout de suite trouvé l’idée intéressante :
« Il y a le côté ludique du calendrier de l’Avent, le retour en enfance. Et la rencontre de différents artistes, c’est une très bonne idée. »
Son cliché pourrait être surprenant :
« Je travaille sur le mouvement. J’ai voulu mettre en avant une spécialité Alsacienne pour illustrer l’ambiance de Noël. Tout ce que je peux dire c’est qu’avec ma proposition, on partira dans le sucré. »
Œuvre de Karine Faby appelée : « Carotte dans le Chergui ». (Doc remis)
Bénévolats et bonne cause
Tous les artistes sont bénévoles. En janvier, leurs tableaux seront vendus, les bénéfices de la vente seront distribués à l’association Alsace Contre le Cancer qui intervient au service d’oncologie pédiatrique au CHU de Strasbourg.
Chaque jour à l’affichage de son œuvre, une présentation de l’artiste sera mise en ligne sur la page Facebook de l’événement. Si Anne Siegel a décidé de mettre ce calendrier en place, c’est parce qu’elle a été conquise par Noël en Alsace :
« Je suis arrivée à Strasbourg, il y a 25 ans. J’étais admirative et fascinée par tous ces préparatifs reliés à Noël. Certains décorent leur maison, ils y mettent les moyens. Je voulais moi aussi proposer quelque chose de similaire en ville. »
Quant à l’heure de l’illumination, 17h30, elle a aussi été pensée soigneusement :
« Nous sommes proches de la gare, c’est à ce moment là qu’une majorité de personnes se déplacent devant notre bâtiment. »
L’inauguration de la première œuvre est prévue ce vendredi 1er décembre à 17h30. À cette occasion, tous les artistes seront présents. L’édition 2018 est déjà en cours de réflexion. Elle pourrait associer un mécène à un artiste. Les œuvres resteront éclairées et accrochées jusqu’au 6 janvier.
Y aller
Calendrier de l’Avent géant sur une façade, illumination tous les jours de 1er au 24 décembre à 17h30, rue Kuhn à Strasbourg.
L’observatoire de la nappe phréatique d’Alsace a publié des relevés, qu’il ne fournit que tous les six ans. Il constate une forte augmentation de molécules chimiques issues des pesticides, en particulier dans le sud de l’Alsace.
La prise de conscience du danger des pesticides dans la société commence à intégrer les institutions. En 2018, Atmo Grand Est va par exemple mesurer la concentration de glyphosate dans l’air. Jeudi 30 novembre, l’association pour la protection de la nappe phréatique de la plaine d’Alsace (Aprona) a diffusé des cartes très détaillées sur la qualité de l’eau dans les sous-sols alsaciens.
Ces relevés sont effectués de manière volontaire tous les six ans. Le principal enseignement est l’explosion du nombre de pesticides retrouvés et de leurs molécules de dégradation (métabolites). De 43 constatées en 2009, on passe à 137 en 2016, soit plus de trois fois plus. Les limites réglementaires sont dépassées dans 28,5 % des points de la nappe phréatique d’Alsace, l’une des plus grandes d’Europe, et 39,7 % des points des points d’eau du Sundgau.
Le Sundgau est particulièrement touché par l’exposition aux pesticides (Photo Olivier Bacquet / FlickR / cc)
Les désherbants agricoles en question
Comparé aux 43 molécules déjà relevées en 2009, c’est un peu plus dans la nappe (+2% environ) mais un peu moins dans le Sundgau (-3,5%). Comme le montre la carte en tête de cet article, les zones les plus contaminées sont dans le Haut-Rhin, notamment près de Mulhouse.
« De 2008 à 2016, les ventes de pesticides sont stables. Néanmoins, celles du S-métolachlore et de la diméthénamide ont doublé depuis 2008 et celles du glyphosate ont augmenté. », remarque l’Aprona.
Ces molécules chimiques viennent principalement des désherbants utilisés dans les exploitations agricoles non-biologiques.
Stabilisation des nitrates
Concernant, les nitrates, l’Aprona constate une stagnation des concentrations par rapport à 2009, sans que ces niveaux ne diminuent pour autant.
La carte des nitrates dans la nappe phréatique d’Alsace. Cliquez pour agrandir. (document Aprona)
De nouvelles mesures ?
Plusieurs actions ont pourtant été entreprises pour limiter la pollution des eaux. L’Aprona cite notamment : l’évolution des pratiques de désherbage, les soutiens à l’agriculture biologique et aux filières à bas intrants, la démarche Zéro Pesticide et distinction « Commune Nature » en zone non agricole, etc.
Les six autorités compétentes, l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, la Région Grand Est, l’Agence régionale de Santé Grand Est, la Chambre d’agriculture Alsace, les directions régionales de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement, ainsi que des Territoires et la Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et la Forêt doivent se réunir en 2018 pour convenir de nouvelles mesures, plus efficaces.
« Il y a lieu de faire évoluer les pratiques agricoles de désherbage afin d’inverser les tendances observées sur la qualité de l’eau », conclut l’Aprona.
Du 1er au 8 décembre, le nouveau député de Strasbourg-sud, Sylvain Waserman, propose une nuit grand public, puis des ateliers thématiques pour améliorer le contact entre la population et son député.
Un député peut-il rester au contact de ses administrés, même quand il est vice-président de l’Assemblée nationale ? C’est à cette difficile question que le député Sylvain Waserman et sa suppléante Christel Kohler vont tenter de répondre en ce début de mois décembre.
La tenue « d’assises citoyennes » en début de mandat était une promesse de campagne du représentant Strasbourg-sud et d’Illkirch-Graffenstaden. Sylvain Waserman étant membre du Modem, allié de « La République en Marche », le but de ces rencontres n’est pas de s’opposer à la politique du gouvernement Macron-Philippe, mais de faire « émerger des idées » localement. Un moment de restitution et les suites que compte y donner le député (amendement, projet de loi, question au gouvernement, etc.) sera prévu ultérieurement.
Plusieurs jours au contact de son député pour faire remonter des idées. (doc Facebook)
Parler démocratie numérique jusqu’à 6h du matin ?
La soirée d’ouverture à la salle de la Bourse est l’événement grand public. Tous les citoyens peuvent s’y rendre, sur inscription, même ceux qui ne sont pas électeurs de la deuxième circonscription du Bas-Rhin. Pour faire simple, les ateliers et prises de parole réfléchiront aux manières d’améliorer les échanges directs entre un député et les citoyens.
Passé 1h du matin, les plus courageux et passionnés pourront prolonger les échanges à la permanence du député, baptisée « Le Cube » pour poursuivre les échanges.
Christel Kohler et Sylvain Waserman tentent la politique en tandem (photo Facebook)
Des ateliers pendant 3 jours
La semaine suivante, du 4 au 8 décembre, sept ateliers sur des thèmes précis sont prévus le lundi, jeudi et vendredi. Même s’ils se déroulent en journée, avec des acteurs de chacun des sujets, les citoyens lambda aussi intéressés peuvent s’y rendre.
Au programme : le logement social (sujet sensible à Strasbourg avec la baisse des APL), la sécurité, l’engagement associatif, l’Alsace et l’Europe, la nature en ville, l’emploi ainsi que le handicap. Quelques documents en ligne permettent d’engager la discussion. Une manière d’engager « le service après vote », dixit le député.
Y aller
« Nuit citoyenne », avec Sylvain Waserman, vendredi 1er décembre de 17h jusqu’au… lendemain matin, salle de la Bourse à Strasbourg, puis à la permanence du député.
Depuis un an et demi, un bus aménagé en épicerie ambulante parcoure l’Alsace du Nord avec les produits de sept agriculteurs bios du Bas-Rhin. Ils profitent de ces déplacements pour convaincre les habitants d’acheter des produits issus de l’agriculture biologique. Mais l’association peine à trouver l’équilibre économique.
Il sillonne le nord de l’Alsace depuis le printemps 2016, chargé de produits locaux et 100 % issus de l’agriculture biologique. Ce bus de ville aménagé en épicerie ambulante veut faciliter l’accès à l’alimentation bio dans une quinzaine de communes entre Brumath, Mietesheim, Hatten et Roppenheim. Son nom ? Le Marchébus. Sa stratégie ? Aller au plus près des consommateurs, avec des prix modérés et les rencontrer. Si les sept agriculteurs à l’origine du projet sont enthousiastes, le succès économique se fait attendre.
L’aventure commence en 2013. Cette année, Daniel Starck, président de l’Association des producteurs bio d’Alsace du Nord, regroupe quelques paysans avec l’idée d’ouvrir un magasin. Ils y vendraient leurs produits en se passant des intermédiaires et feraient la promo de l’agriculture biologique. Mais comment ? Où ? Sous quel statut ?
« Il en est ressorti que les gens sont prêts à acheter bio à condition que ce ne soit pas trop cher, pas trop loin de chez eux et avec des horaires qui correspondent à leurs disponibilités. C’est comme ça que l’idée d’un magasin ambulant a surgi. En 2015, on a sondé les municipalités, afin d’obtenir les autorisations. En fin d’année, on a embauché deux salariés et acheté le bus. Enfin, en mars 2016, on a fait notre première tournée. »
600 000 km dans les roues
Le samedi matin, arrêt à Roeschwoog, village de 2 000 habitants sur la route de Lauterbourg. Au volant, Angélique Feiss. Tour à tour coiffeuse, surveillante en collège, éleveuse de volaille à ses heures perdues, elle conduit maintenant le bus décoré aux couleurs vertes. Elle s’occupe aussi de la vente. Et puis elle remplit les étagères, compte la caisse, nettoie le véhicule, bricole sur son « vieux coucou ».
Sa débrouillardise lui facilite les choses :
« Je n’ai pas eu trop de difficultés pour passer mon permis poids lourd. Mon père était agriculteur donc j’ai déjà conduit pas mal de tracteurs. J’ai découvert le concept du Marchébus à Mietesheim, lors de leur tournée. J’habite Philippsbourg, à l’ouest de Niederbronn, donc c’est l’option bio la plus proche. »
De gauche à droite : Roger Boehm, adjoint au maire de Roeschwoog, Angélique Feiss, salariée de l’association, Hélène Clerc, conseillère à l’Opaba et Daniel Starck, président du Marchébus lors de la visite du magasin ambulant. (Photo Fabien Nouvène)
Arrêtons-nous un instant sur la bête. Un autobus retraité des transports en commun lyonnais acheté en 2016 : 2,50 m de large, 12 m de long, 600 000 km au compteur. Quand on pousse la porte qui sépare la cabine conducteur du magasin, magie. Des présentoirs et étagères pleins de fruits et légumes le long d’un étroit couloir. Puis, les frigos remplis de volaille et de charcuterie cèdent la place au rayon épicerie, confitures et alcool. À la caisse, des tablettes de chocolat du coin remplacent les paquets de bonbons multicolores.
Ici, tout est bio et presque entièrement produit dans le nord du Bas-Rhin, poursuit Angélique :
« Les produits exotiques ne viennent évidemment pas d’Alsace, mais ils sont certifiés bio. On se concentre surtout sur des aliments de saison, mais certains fruits, comme le citron, restent incontournables toute l’année. Les gens doivent pouvoir faire leurs courses hebdomadaires ici, sans nécessité de compléter ailleurs. »
Tout se joue le long de cet étroit couloir. (Photo : Fabien Nouvène)
Un magasin en recherche de sa rentabilité
Onze heures, les clients s’approchent du bus stationné entre la Poste et la médiathèque de Roeschwoog. Roger Boehm, adjoint au maire séduit par l’opportunité de pallier l’absence de marché dans le bourg, a sélectionné cet emplacement stratégique.
Cette place au centre du village a l’avantage d’être raccordée au réseau électrique, de proposer une trentaine de places de parking à proximité et même un petit abribus en cas de pluie les jours d’affluence. Car l’autobus sature assez vite. Cinq personnes en file indienne maximum.
Malgré ça, à l’intérieur, ambiance épicerie de quartier, plaisanteries et discussions sur la vie du village. Le magasin a ses habitués, comme Claire, une jeune mère de famille :
« C’est mon activité du samedi matin. C’est plus près et parfois moins cher qu’au Leclerc. »
Sur les étalages, l’origine locale des produits est largement mise en avant. (Photo : Fabien Nouvène)
Daniel Starck se dit fier d’avoir « créé quelque chose, fait un petit trou ». Oui mais voilà, le Marchébus perd de l’argent, 2 000 euros par semaine environ. Daniel ne comprend pas ce qui pèche. Des prix trop élevés qui feraient fuir les clients ? Les producteurs ménagent la clientèle avec des tarifs à mi-chemin entre le magasin spécialisé et la grande surface. Des frais de carburant et de stationnement trop importants ? Pas plus que la location d’un local en dur. Des emplacements et horaires pas adaptés ? Son équipe a modifié la tournée plusieurs fois, afin de toucher davantage d’acheteurs potentiels.
Pourtant l’agriculteur a fait ses comptes, la petite aventure a besoin d’un bon tiers d’habitués en plus :
« On tourne autour de 250 clients par semaine, il nous en faudrait 150 de plus pour rentrer dans nos frais. Comment on tient ? On ne paye pas nos propres factures en tant que fournisseurs. Heureusement qu’aucun des paysans associés ne dépend du bus. On a tous des débouchés ailleurs. »
Une communication à améliorer
Le salut pourrait en fait passer par une meilleure communication, à commencer par l’utilisation des canaux des mairies concernées. L’entreprise aimerait apparaître plus souvent sur les panneaux d’information ou dans les bulletins municipaux.
Quoi qu’il en soit, l’équipage du Marchébus ne compte pas baisser les bras. Associés et salariés vont participer à des événements autour des cultures sans pesticides pour se faire connaître et promouvoir ce type d’agriculture. Un audit va aussi être mené début 2018. Il devra identifier les points faibles du magasin et trouver des solutions concrètes.
Ici aussi on soutient le Stück, la monnaie locale d’Alsace. (Photo Fabien Nouvène)
Petite éclaircie dans ce ciel menaçant, l’épicerie sur roues est en finale des Trophées de l’eau. Ce concours de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse récompense les initiatives en faveur de la protection de l’eau. Les internautes ont jusqu’au 30 novembre pour départager les neuf projets en lice. En plus de la reconnaissance des efforts accomplis, le vainqueur aura droit à une vidéo promotionnelle.
À Roeschwoog, 12h30 a sonné. Angélique remballe. Elle liquide ses dernières miches de pain au premier venu. Prochain arrêt, le dépôt où il faudra encore nettoyer le « ieux coucou. »
Deux policiers en civil arpentaient les rues de Strasbourg ce mercredi 29 novembre, dans le rôle de pickpockets. Depuis 4 ans, ils font des opérations de prévention au vol à la tire. Cette année, les passants les moins vigilants pourront retrouver un carton jaune dans leurs affaires. Une pratique pour faire reculer les vols de rue mais aussi faire passer un message : rester prudent.
Des Strasbourgeois ont croisé des pickpockets pas comme les autres dans la rue. Ces « voleurs » bien intentionnés travaillent pour la police. Les forces de l’ordre organisent ce type d’opérations de prévention au vol de rue depuis 4 ans. Elles visent en particulier les moments de forte affluence comme le marché de Noël, mais aussi la fête de la musique ou la grande braderie, environ 10 fois par an.
En 2016, 807 vols à la tire ont été constatés à Strasbourg et pendant les 10 premiers mois de 2017, ils sont déjà 579. Une légère baisse mais l’année n’est pas terminée. Strasbourg se situe légèrement en-dessous de la moyenne française.
Joël Irion, le chargé de communication de la police nationale dans le Bas-Rhin, participe chaque année avec un collègue à ces vols fictifs :
« Nous partons en civil par deux dans les lieux touristiques de la ville et nous mettons en lumière des comportements vulnérables qui pourraient amener un pickpocket à passer à l’acte. Tout comme une porte ou une fenêtre laissée ouverte, il y a des préventions au cambriolage. Dans tous les endroits avec du monde le mot d’ordre : faites attention à vos affaires ! »
« Dommage, vous ne pourrez pas acheter de crêpe »
Entre 9h45 et 13h30 ils ont sensibilisé une cinquantaine de personnes, en français, en allemand, en anglais voire en mimes pour les touristes japonais. Cette année, les policiers glissent un petit carton jaune dans les poches. Il est écrit « aujourd’hui c’est la police qui a décelé votre vulnérabilité, demain ça sera peut-être un pickpocket ». Sous-entendu, si on a glissé un carton là, ce n’est pas difficile de subtiliser un portable ou un portefeuille. Les policiers engagent ensuite une brève conversation.
Pour Joël Irion, il est important de rappeler que ces opérations ne sont pas mises en place pour accuser les victimes de vols de leur manque de vigilance. Il ne s’agit pas non plus de faire peur.
« Les gens doivent se rendre compte à quel point c’est facile et rapide de voler. L’année dernière je suis resté 1h30 en ville, j’ai eu le temps de prendre 16 sacs à main. Et ce n’est pas pour faire l’apologie du vol à la tire, bien au contraire. »
Le piège serait de ne plus faire attention. Avec des militaires et des policiers dans tous les coins pour sécuriser le marché de Noël, certaines personnes baissent la garde comme le présente Joël Irion :
« Ce matin, une dame était en train de prendre une photo. Son sac était grand ouvert. J’ai pu lui subtilisé son portefeuille. Puis je lui ai dit, ce serait encore plus beau avec une crêpe. C’est dommage, vous ne pourrez pas vous en acheter j’ai votre porte monnaie. Comme j’aime le dire, s’il y a un inventeur qui s’est cassé la tête pour inventer une fermeture éclair ce n’est pas pour rien. »
À Strasbourg des actions de préventions contre les pickpockets sont organisées. (capture d’écran)
Le premier réflexe à adopter : appeler le 17
Joël Irion rappelle que « le pickpocket n’a pas d’âge, pas de sexe, pas de couleur de peau ». L’an dernier un voleur avait 64 ans. La police aimerait que les victimes, passants comme commerçants, aient comme premier réflexe d’appeler le 17. La police nationale dispose d’une cellule policière spécialisée contre les vols à la tire de quatre personnes.
Les agents conseillent de bien fermer son sac, le porter sous le bras ou sur le ventre et d’avoir son moyen de paiement au fond du sac et même de fermer le bouton de la poche intérieure d’un manteau. Bien sûr, il faut oublier le réflexe de mettre le portable ou le portefeuille dans la poche arrière du pantalon. Une nouvelle opération de prévention devrait se dérouler mercredi 6 décembre.
La rédaction de Rue89 Strasbourg a retenu quelques éléments des deux heures consacrées au Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg au sein de l’assemblée des élus de l’Eurométropole mardi.
Le « débat » sur le Grand Contournement Ouest (GCO, voir tous nos articles) a duré un peu plus de deux heures mardi dans l’hémicycle de l’Eurométropole de Strasbourg. Il s’agissait plutôt d’un point d’information de la part de l’État, le signataire du contrat de concession de cette future autoroute de 24 km. Après une présentation de l’avancement, le secrétaire général de la Préfecture, Yves Séguy, s’est distingué des prises de paroles habituelles d’élus en répondant de manière très concise et factuelle aux interrogations.
Il a bien précisé que son but n’était pas de « polémiquer », voire de « convaincre ». Si les opposants ont pu exprimer leurs réserves, la réunion a surtout permis d’en connaitre un peu plus sur l’avancement du dossier vieux de 44 ans.
Un second avis du CNPN cet hiver
Si les travaux préparatoires en forêt prévus en septembre ont été décalés, c’est avant tout parce que les scientifiques ont estimé que les compensations prévues pour la nature n’étaient pas à la hauteur d’un grand groupe comme Vinci (et la Sanef, qui construit l’échangeur avec l’A4 au nord à Vendenheim).
Rappelons que l’avis du Conseil national de protection de la nature (CNPN) est facultatif, mais le premier était très sévère. La présence d’opposants sur le terrain a contribué à accentuer la pression.
Si bien que le Gouvernement a demandé au constructeur de remballer ses engins et de revoir sa copie avant de revenir, bien qu’il n’y ait pas de texte légal pour encadrer cette demande. Des agents de l’État (Dreal) et de l’Eurométropole sont d’ailleurs venus en renfort des deux sociétés privées, empêtrées avec ses exigences pour la nature.
Le deuxième avis du CNPN est attendu le vendredi 15 décembre, selon Yves Séguy. Si le premier avis négatif avait mis un mois et demi à fuiter dans la presse au cœur de l’été, celui-ci devrait être connu rapidement. S’il est positif, l’État pourra enclencher l’enquête publique de trois mois, pour une décision d’utilité publique à « l’été 2018 » et logiquement, les travaux dans la foulée.
En cas d’avis négatif, deux possibilités : « soit choisir un troisième passage, ce qui est déjà arrivé y compris dans le département, soit passer outre », a expliqué Yves Séguy. La petite précision « ce qui n’entame rien sur la grande qualité de cette institution », laisse penser que dans tous les cas, il y a peu de chance que cette « grande qualité » soit de nouveau sollicitée. En visite à Strasbourg en novembre, la ministre des Transports Elisabeth Borne, excluait un refus : « ils l’auront [l’avis positif]. Ils savent très bien faire un bon dossier et ils vont nous faire un bon dossier », avait-elle déclaré aux DNA.
La gare de péage unique, au milieu du tracé du GCO (Visualisation XO3D pour Arcos)
Pour l’instant, les travaux ont été repoussés, mais leur achèvement est toujours prévue pour l’automne 2020. Demander un troisième avis décalerait à nouveau le début des travaux de plusieurs mois et rendrait probables des retards. Et là, reste à savoir si c’est l’État ou Vinci qui pourrait exiger des pénalités à l’autre. Du point de vue de l’État, c’est parce que le concessionnaire n’a pas produit des compensations à la hauteur (comme le laissait entendre le communiqué du ministre Nicolas Hulot). Du point de vue de Vinci, ce serait l’inverse, étant donné que l’État donne des consignes liées à un avis facultatif, alors que l’entreprise est dans son droit.
Un autre avis du CNPN est attendu au printemps concernant la forêt de Vendenheim. Cet autre dossier instruit par la Sanef devrait être étudié début 2018, pour un avis à l’été. Cela doit déboucher sur des travaux préparatoires en forêt en septembre 2018, seule période où de tels déboisement sont autorisés dans les zones protégées. La Sanef aurait ensuite un peu moins de deux ans pour les travaux de terrassement.
Le GCO ne mettra pas fin aux bouchons
Le GCO a souvent été « vendu » comme le remède aux bouchons sur l’A35 aux heures de pointe. Pourtant, ce n’est « ni l’enjeu ni l’objectif du GCO » avaient relevé les commissaires enquêteurs dans les années 2000, comme l’a rappelé Alain Jund pour les écologistes. « Desserrer la pression » n’est qu’une conséquence « en outre ». Le but est d’assurer « la continuité autoroutière de l’axe autoroutier nord/sud alsacien » et mieux relier les villes au nord et au sud de Strasbourg. Comme elle traverse la ville et que ses sorties sont rapprochées, l’A35 ne compte pas comme « une continuité autoroutière » dans les textes officiels.
Evolution notable de vocabulaire des défenseurs du projet, dont l’État, le GCO n’est plus qu’un « maillon » d’un plan plus large pour faciliter l’accès la capitale européenne. Mais un maillon un peu plus grand, plus cher et d’une durée de vie de 54 ans minimum tout de même, par rapport aux autres. Pour que le plan fonctionne, il faut l’accompagner d’autres décisions, y compris de transports en commun. Reste à savoir si ces mesures d’accompagnement seront mis en place avant ou après l’autoroute payante dans trois ans.
Du côté de l’Eurométropole, on convoque un « Plan Marshall des Transports » ou un « Grenelle des Mobilités » pour 2018. D’autres élus, en particulier les maires de seconde couronne, craignent beaucoup d’effets d’annonces, mais peu de projets concrets. Les ralentissements et renoncements des dernières années ont été énumérés en séance. Pernelle Richardot (PS) « craint un désengagement massif » de l’État sur les infrastructures de transport.
L’interdiction des poids lourds et les portiques écotaxe
Une fois le GCO terminé, des doutes subsistent sur la capacité à interdire que les poids lourds qui ne s’arrêtent pas à Strasbourg (on dit « en transit ») ne passent par l’A35. Cette même autoroute doit ensuite devenir un boulevard, vaste sujet sur lequel aucune annonce n’a été faite. La comparaison est tirée avec la Route du Rhin, un des axes les plus pollués de Strasbourg où le trafic en transit des camions est interdit depuis 2013. Or, on est passé « de 2 300 poids lourds par jour à 2 900 », a pointé Paul Meyer (La Coop.).
Un matin de décembre 2016, le trafic par camion s’est comme par magie évaporé au bout d’une heure, après un contrôle inopiné. Certains GPS indiquent cet itinéraire à des transporteurs de bonne foi.
Une piste avancée lors du débat serait d’utiliser les portiques de l’écotaxe pour surveiller le passage des camions. Après le fiasco, les élus alsaciens avaient demandé à ce que ces appareils soient maintenus dans la région, dans l’espoir de relancer un dispositif similaire. Demande entendue à l’époque.
Problème, cela fait plusieurs années que ces portiques sont à l’abandon. Personne ne sait dans quel état ils sont. Le représentant de la Préfecture a en tout cas affirmé que l’État était prêt à accompagner l’Eurométropole dans une démarche expérimentale. Son vice-président Yves Bur, maire de Lingolsheim, espère que… la Région Grand Est se saisisse de la compétence, comme elle le réclame. Quelqu’un a-t-il parlé du millefeuille administratif ?
Une étude de santé
La proposition est venue des rangs de La Coopérative et du docteur Alexandre Feltz. « Si on veut être vraiment sérieux pour parler de Santé publique », il faut une étude d’impact santé, qui prenne en compte « tous les éléments ». Il propose de mandater l’École des hautes études en santé publique (EHESP). L’adjoint au maire de Strasbourg en charge de Santé « n’a pas trouvé » d’élément rassurant dans les études actuelles. Même optimistes, elles indiquent qu’il y aura toujours de la pollution le long de l’A35, même si une partie sera détournée vers le Kochersberg (« et ses vents dominants vers la ville » a abondé le maire de Kolbsheim, Dany Karcher).
Au-delà de la qualité de l’air, Alexandre Feltz a aussi pointé la disparition de bonnes terres agricoles, à l’heure où la population de Strasbourg augmente et que s’approvisionner en fruits et légumes localement est vu comme un gage d’indépendance et de qualité.
Président de l’Eurométropole, Robert Herrmann (PS) s’est dit favorable « sans réserve » à cette étude d’impact mais « avec une condition » tout de même : ne pas se concentrer sur la pollution automobile, responsable d’environ 30% de la pollution, mais aussi y inclure les autres facteurs, à savoir l’habitat, les industries et l’agriculture.
Sur la pollution, il est en revanche peu soulevé que la sortie espérée du diesel, puis à terme de l’essence, arrive bien avant la fin de la concession, en 2074. Des villes en Europe interdisent aussi les véhicules dans leurs centre-ville, ce qui incite les constructeurs à se tourner vers d’autres technologies (gaz naturel et électricité). La pollution automobile ne va pas disparaître complètement pour autant, mais le problème devrait être abordé différemment dans quelques dizaines d’années.
Enfin, des médecins pointent que les nouveaux moteurs produisent certes moins de microparticules (les PM 10), mais peut-être plus des microparticules encore plus fines et pas encore suivies (PM 2,5), sans parler des nanoparticules, encore plus petites et vraisemblablement plus nocives. Problème : ces polluants ne sont pas réglementés et pas mesurés. On se tromperait peut-être de combat.
« En Marche » aux abonnés absent
On peut regretter que « En Marche » n’ait toujours pas de groupe à l’Eurométropole. Les partisans du président Macron auraient eu un temps de parole garanti. Lors du second tour, ouvert à tous, aucun des élus de « La République en Marche » n’a souhaité s’exprimer.
Le mouvement est divisé au niveau local sur le dossier et n’a pas de position. L’ancien référent Bruno Studer s’y était dit favorable à titre personnel, tout comme le conseiller municipal et président de l’Office du tourisme Jean-Jacques Gsell auteur d’une tribune sur le sujet (à laquelle l’Astus, « pantois » a répondu).
Les habitants sont en effet traversés par le GCO, mais l’infrastructure ne leur permet pas de rallier Strasbourg plus facilement. « Le GCO ne règle en rien le problème des habitants enclavés du Kochersberg », nous avait indiqué Martine Wonner lors de la campagne. Comme rappelé lors du débat de ce mardi 28 novembre, le calendrier des autres projets sensés les concerner (TSPO, VLIO, autoroutes pour vélos électriques) est flou.
D’autres élus, plus en vue au niveau strasbourgeois, sont aussi très silencieux sur le sujet. On pense au premier adjoint Alain Fontanel, mais aussi aux adjoints au maire Olivier Bitz, Nawel Rafik-Elmrini et Christel Kohler, dont les prises de position remontent à il y a plusieurs années (comme cette tribune « pour » en 2013 d’Alain Fontanel), ou sont inconnues.