Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Migrants, exilés et voyageurs sur les grands écrans allemands

Migrants, exilés et voyageurs sur les grands écrans allemands

Augenblick, festival de cinéma en langue allemande, s’installe dans les salles de cinéma alsaciennes entre le 7 et le 24 novembre 2017. L’occasion de prendre le pouls d’un large pan du cinéma européen, traversé ces temps-ci par le thème des migrations.

Le festival du cinéma en langue allemande, Augenblick, s’ouvrira le 7 novembre avec la comédie La tête à l’envers en séance privée, au Relais Culturel de Thann. Le festival se clôturera au Vox, à Strasbourg, avec la projection du Loulou de Pabst le 24 novembre. Avec l’alpha et l’oméga, ce début et cette fin, le festival dévoile deux de ses axes, à savoir un regard sur la production contemporaine et une inclinaison naturelle vers la rétrospective et le devoir de mémoire.

Un grand rôle pour la Diane Kruger dans In The Fade (Photo Pathé Distribution)

Entre curiosité et poids lourds

La compétition proposera 6 films inédits d’Allemagne, d’Autriche, de Suisse ainsi qu’une co-production bulgare. Ce panel diversifié, offert à un jury présidé par l’acteur André Wilms, conserve une dominante sociale. Le cinéma proposé s’axe autour de problématiques contemporaines, de récits mettant en scène des migrants, des exilés, des voyageurs. Le cinéma allemand se montre en prise avec l’actualité.

Deux œuvres sont par ailleurs mises en exergue : Les conquérantes, manifeste féministe et accessoirement représentant de la Suisse aux Oscars, et In the Fade, nouveau film coup de poing du brillant Fatih Akin. Dans cette œuvre poignante et très directe, Diane Kruger surmonte le deuil de ses proches, victimes d’un attentat, jusqu’à se transformer en mère vengeresse. L’actrice a gagné pour ce rôle un prix d’interprétation à Cannes.

Fatih Akin, brillant auteur d’œuvres célébrées telles que Head on ou Soul Kitchen, pourra se voir reprocher la frontalité et le jusqu’au-boutisme de son film. Il aurait été illusoire d’attendre de sa part un film tiède et la présentation d’In The Fade sera, sans nul doute, l’un des temps forts du festival.

Karoline Schuch et David Striesow Katharina Luther, présenté dans la rétro (doc remis / Augenblick)

Tribune offerte à David Striesow

Augenblick soigne ses hommages. David Striesow, brillant acteur germanique, aura donc les honneurs d’une masterclass le vendredi 10 novembre à l’Auditorium du Musée d’art moderne. Il pourra ainsi revenir sur une carrière passionnante, au cours de laquelle il a alterné des films à succès comme Les Faussaires, de Stefan Ruzowitzky et les multiples apparitions télévisuelles.

La rétrospective de son oeuvre s’ouvrira avec un intriguant inédit, Drei, signé du très polyvalent Tom Tykwer en 2010. Striesow, véritable star outre-rhin, pourra donc se familiariser avec le public strasbourgeois et partager les détails de son art.

Le festival continue également à s’ouvrir au jeune public et propose, par ailleurs, un panel de « films de l’année », avec cinq succès, cinq oeuvres passionnantes tournées en langue allemande que vous pourriez avoir manqué en salle en 2017.

Augenblick a, d’évidence, des désirs d’exhaustivité. Il y a une volonté forte de proposer un large spectre d’oeuvres.

En abordant des genres différents, en se penchant sur les nouveaux noms, en célébrant un grand comédien et en exposant les têtes de file que sont Akin et Tykwer, il semble que le festival remplit son office de la meilleure des manières.

#Augenblick

Comme chez Watt, le petit festival comme à la maison, c’est bientôt

Comme chez Watt, le petit festival comme à la maison, c’est bientôt

Le premier week-end de décembre, le festival Comme Chez Watt invite en appartement les amateurs de musique acoustique à Strasbourg. Intimité et proximité, les secrets d’un festival maison. Attention, les places sont rares.

Le festival Comme Chez Watt à Strasbourg, c’est un rendez-vous pour les amoureux du folk, avec quelques spécificités. La première : les artistes jouent en appartement. Un cadre tout doux, et tout petit, qui force donc l’intimité. Pensez aux concerts à emporter de la Blogothèque. Des gens assis, un public religieusement silencieux, et toute place laissée à l’artiste.

La deuxième particularité, c’est l’acoustique. Voisins obligent, on débranche les guitares et on baisse le son. Une contrainte pas forcément habituelle pour les artistes de l’édition 2017 du festival. Si Mony (and the Hatmen), Sophy-Ann Pudwell, Prokop sont des artistes qu’on imagine tout à fait dans ce cadre, c’est du côté de Bad Juice, Lost Bastards et Caesaria que la curiosité se porte. On a l’habitude de voir ces groupes tout feux dehors. Il est temps de les découvrir d’une autre manière.

Convivialité et moments privilégiés

Pour ajouter à la convivialité, il est demandé à chaque invité d’amener de quoi boire et grignoter. Car les concerts se prolongent par une vraie rencontre avec ces artistes, et l’occasion de partager avec eux des moments privilégiés. L’occasion aussi de parler musique et de participer au chapeau, à prix libre. Car, bonne nouvelle, l’inscription aux concerts est gratuite. Mais limitée, forcément.

Pour découvrir les artistes dans ce contexte inédit en Alsace, il faudra donc être rapide. L’an passé, les places pour la première édition du festival (avec entre autres Claire Faravarjoo ou Petseleh) étaient parties très vite. Cette année ne dérogera sûrement pas à la règle. L’inscription se fait par e-mail (voir ci-dessous), et l’adresse des appartements ne sera révélée aux participants inscrits que quelques jours avant le concert.

Quand les commerçants se battent pour vous offrir votre parking

Quand les commerçants se battent pour vous offrir votre parking

Acheter des tickets de parking en gros pour les offrir à leurs clients. Les commerçants de Strasbourg se sont emparés de l’idée, et deux protagonistes s’en disputent la paternité. L’énigmatique Marc Valentin (pseudonyme) a frappé le premier, mais le directeur de l’association des Vitrines de Strasbourg, Pierre Bardet, compte frapper le plus fort.


Avec Crowd de Gisèle Vienne : la rave party s’installe au Maillon !

Avec Crowd de Gisèle Vienne : la rave party s’installe au Maillon !

Dans sa nouvelle création présentée les 8, 9 et 10 novembre au Maillon à Strasbourg, Gisèle Vienne poursuit sa réflexion sur le rapport de notre société à l’expression du désir et de la violence en nous plongeant dans l’univers de la rave party !

Si Gisèle Vienne s’intéresse à la violence depuis ses premières créations, sa nouvelle proposition, Crowd, programmée au Maillon les 8, 9 et 10 novembre, lui permet d’approfondir sa dimension rituelle et collective à travers la fête, lieu par excellence d’exaltation des émotions et des sentiments. Quinze danseurs se meuvent au son d’un DJ-set de Peter Rehberg articulant musiques électroniques des années 90 à nos jours et d’une composition originale du duo novateur KTL (Peter Rehberg et Stephen O’Malley), dans une chorégraphie hypnotique. Aucun dialogue audible, mais un sous texte élaboré avec Dennis Cooper qui contient de multiples narrations, à la fois individuelles et collectives.

Rave party au Maillon en novembre (Photo Estelle Hanania).

« Vouloir éradiquer la violence me semble absurde »

Le contexte de la rave party se prête bien à une réflexion sur la violence des émotions puisque le groupe de jeunes gens va être amené à vivre une expérience très forte passant par l’endurance d’un état physique et l’immersion dans une communauté. L’intensité de la musique, la danse répétitive, l’excitation et les attentes des différents personnages, voire la prise de drogues, les amène dans un état second qui trouble la perception.

Cet état génère différents sentiments – désir, plaisir, tension – qui vont eux-mêmes amener un certain nombre de comportements chez les danseurs. À cette dimension individuelle s’ajoute celle, collective, du groupe. Comment gère-t-il – ou non – la violence induite par ces sentiments ? Gisèle Vienne insiste sur le fait que la violence est inhérente à l’homme civilisé. Celui-ci est en recherche d’espaces où la laisser s’exprimer face à une société qui marginalise et méprise la quête de ce type d’expériences :

« La violence peut évidemment être mauvaise mais elle ne l’est pas forcément, et en tout cas vouloir l’éradiquer me semble d’une absurdité folle. La question est plutôt de savoir comment créer des espaces d’expression ou d’expérimentation de cette violence qui ne mettent pas en péril la communauté. (…) À mon échelle, avec Crowd, j’essaie d’insister encore sur l’aspect jubilatoire, exutoire de la violence – ou plutôt des violences, ou des déploiements d’énergie différente -, sur le plaisir possible de l’expression violente, et sur les possibilités d’absorption de celle-ci. »

La rave party, une transe cathartique

La longue partition musicale soutient les mouvements des interprètes et tient une place de premier ordre dans ce rite collectif, où le côté cathartique de la transe rituelle est recherché pour les danseurs comme pour les spectateurs. Il y a quelque chose de très physique, une très grande empathie dans la vision ce spectacle. Ce qui est poursuivi ici par l’artiste, c’est l’expérience partagée, essentielle et bénéfique.

Tout comme Peter Rehberg a sélectionné des morceaux liés au label Underground Résistance pour son DJ-set, Gisèle Vienne insiste sur l’apport des cultures électroniques et underground dans le travail de nombreux artistes contemporains, dont le sien. Ces différentes cultures sont poreuses et se nourrissent mutuellement.

Les corps dansants des différents interprètes se figent formant de sublimes compositions (Photo Estelle Hanania).

« Une oscillation physique et intellectuelle »

Aussi s’inspire-t-elle également des danses urbaines, comme le hip-hop ou le krump, dont les mouvements saccadés, altérés, ralentis, permettent de se rapprocher d’effets spéciaux vidéos. Les évolutions des techniques au cinéma ainsi que la musique électronique ont eu un impact sur le corps. Gisèle Vienne explique à ce sujet :

« Pour Crowd, je travaille avec des danseurs plus jeunes, d’une autre génération, qui ont donc, en partie, une bien plus grande connaissance et pratique de ces danses-là, largement intégrées depuis dans le champ de la danse contemporaine. (…) C’est le chemin entre le vivant et sa représentation, l’incarnation et la désincarnation, qu’il s’agisse d’humain, d’espace et d’autres, c’est cette oscillation stimulante, autant physiquement qu’intellectuellement, qui est au coeur de mon travail. »

Malgré ce travail très technique, pour cette création, les danseurs sont à la recherche d’un état d’être authentique et sensible. Dans Crowd, ils sont amenés à gagner en puissance non par un rapport sportif de contrôle dans la danse, mais par le lâcher prise.

La compagnie DACM est implantée à Strasbourg et Crowd est créé en novembre au Maillon, où la compagnie est en résidence de création en octobre. (Photo Estelle Hanania).

« Un sentiment quasi-hallucinatoire »

Ces jeux de distorsion, de danse saccadée parfois robotisée, servent d’outil d’interprétation pour le spectateur. Ils expriment les multiples subjectivités – notamment par rapport au temps – dans une fête :

« J’opère des subdivisions : à certains moments les quinze danseurs vont être à l’unisson, à d’autres, certains vont être dans un type de gestuelle et d’autres dans un autre par exemple, etc. Cela démultiplie les potentialités de montage, et surtout crée des vibrations rythmiques et musicales extrêmement excitantes qui génèrent un sentiment quasi hallucinatoire ou hypnotisant tout en produisant du sens. »

Les « intimités superposées » de la fête (Photo Estelle Hanania).

Cette saison, Gisèle Vienne et sa compagnie DACM ont été invitées à créer au Maillon. Ils ont en cela bénéficié d’un temps de résidence de quelques semaines destiné à favoriser la rencontre avec le public strasbourgeois, ainsi que la collaboration avec l’équipe technique.

#Crowd#Gisèle Vienne

Comment restaurer soi-même plutôt que jeter les objets à Strasbourg

Comment restaurer soi-même plutôt que jeter les objets à Strasbourg

À Strasbourg, des ateliers proposent d’apprendre à réparer ou restaurer ses affaires plutôt que de les jeter. Voici quelques adresses pour le meilleur recyclage qui soit, celui qui prolonge la durée de vie des objets.

Acheter une nouvelle cafetière coûte environ 50€. Pourtant pour quelques euros, le prix d’une pièce détachée, il est possible de réparer un appareil défectueux et ainsi de limiter les déchets. Et si à Strasbourg des professionnels peuvent restaurer les objets, il peut être encore plus économique d’apprendre à le faire soi-même. Pour ça, différentes associations proposent des stages et des ateliers.

Différents ateliers sont proposés à Strasbourg pour réparer soi-même son vélo ou encore remettre à neuf sa garde-robe. (Photo Rue89 Strasbourg)

Donner un second souffle à ses meubles

La décoration c’est avant tout une affaire de goût… et de mode. À Strasbourg, plusieurs associations proposent des ateliers de restauration de petit mobilier ou d’objets décoratifs. La Rue Créative organise des stages de 3 heures pour un montant de 40€ au cours desquels chacun peut venir relooker un objet. Anne Brosse, gérante de l’association, explique :

« Les gens viennent ici pour apprendre une technique, comme le patinage ou la peinture au pochoir. Ils arrivent avec un vieux cadre ou un tiroir et ils peuvent ensuite la reproduire chez eux sur des meubles plus imposants. »

L’association Creative Vintage propose elle aussi des ateliers pour recycler ses affaires. En attendant de se munir d’un local, elle s’associe à d’autres structures telles que la MiniMakerFaire. Au cours des ateliers, dont le prix varie entre 5 et 50€, il est par exemple possible de transformer de vieux tiroirs en tabourets. Et si chacun peut apporter de chez lui un objet à restaurer, l’association peut aussi en fournir.

Coté vêtements, l’association Tadam éco-couture accompagne dans le recyclage et la personnalisation de vêtements et du linge de maison. Delphine Gass, chargée de projet de l’association, témoigne :

« Je trouve qu’il y a une évolution des personnes qui viennent aux cours, on voit maintenant venir des gens issus d’une classe sociale plus élevée. Avant, quand on parlait de recyclage, les gens étaient plus réfractaires. Pourtant tout peut être transformé. On peut customiser un tee-shirt en y ajoutant des perles ou de la dentelle, mais aussi le convertir en sac. Tout est possible même de faire une jupe avec un parapluie ! »

Apprendre des techniques pour réparer soi-même ses affaires, c’est l’objectif de la « maker fair » à Strasbourg (photo Raphaël Creton)

Ordinateurs et plaques de cuisson ont plusieurs vies

Pour l’électroménager, l’association Repair Café organise des ateliers gratuits, une fois par mois à Strasbourg ou dans les communes voisines. Les sept bénévoles accompagnent les stagiaires pour trouver la panne et réparer les appareils qui leur sont amenés. Ivan Bajcsa, l’un des fondateurs, précise :

« Notre but n’est pas de faire de la concurrence aux professionnels mais de sensibiliser les gens au fait de ne pas jeter un appareil obsolète, parce qu’il ne fonctionne pas bien et qu’il n’est plus sous garantie. Il s’agit souvent de petites pannes, d’un composant défectueux qui peut être changé. Récemment, quelqu’un est par exemple venu avec une machine à coudre qui fumait, il n’y avait qu’à remplacer un condensateur. »

Repair Café s’associe également, pendant ses ateliers, à d’autres associations telles que Desclick pour initier à la réparation de matériel informatique.

Pour réparer les vélos, Vélo Station dispose d’un atelier d’auto-réparation à Neudorf. Le principe est que les adhérents (27€ par an en plein tarif) puissent venir avec leur vélo, utiliser le matériel de l’association et profiter des conseils d’une équipe de spécialistes bénévoles. L’association Bretz’selle propose elle aussi un atelier partagé, au centre-ville.

Pour ceux qui n’ont pas la main bricoleuse

Ceux pour qui le bricolage n’est pas le point fort, pas question pour autant de produire de nouveaux déchets. D’autres sauront faire ressortir des objets obsolètes tout leur potentiel. Il est ainsi possible de faire des dons auprès d’associations qui récupèrent, revalorisent et vendent à bas coût toutes sortes d’objets. Parmi elles, de nombreux chantiers d’insertion qui proposent ainsi un emploi à des personnes rencontrant des difficultés sociales et professionnelles.

C’est le cas de Carijou qui vend des jouets donnés et remis en état, de même que Vetis qui transforme et vend des vêtements et du linge de maison. Pour le matériel informatique, il est par exemple possible de le donner au chantier d’insertion professionnelle du collectif Humanis et pour l’électroménager défectueux, vous pouvez entre autre vous tourner vers l’association Envie Strasbourg.

« Le centre-ville piétonnier a stérilisé l’espace public »

« Le centre-ville piétonnier a stérilisé l’espace public »

Pour Laurent Perez, critique littéraire et traducteur, la piétonnisation du centre-ville de Strasbourg a transformé les rues en centre-commercial à ciel ouvert. L’endroit où les gens se croisaient est devenu un lieu marchand, mort dès que les rideaux sont baissés. Il appelle à une évolution de l’aménagement urbain.

Les images de l’INA du Strasbourg des années 1970 et 1980 sont étrangement séduisantes. On s’en voudrait d’éprouver de la nostalgie pour ce centre-ville envahi par les voitures, les étroits trottoirs de la rue Mercière sur lesquels se pressent les passants, la place Broglie transformée en parking… Il y a pourtant quelque chose de plus urbain, de plus citadin dans ces rues vivantes, animées par le trafic avec ses trajectoires imprévues et ses flux irréguliers – ce désordre ordinaire des rues de Paris ou de Marseille sans lequel la vie ressemble à une salle d’attente de dentiste.

Les passants ont l’air d’aller quelque part, comme si le coin de chaque rue devait receler une surprise, une rencontre fortuite, un signe. C’est un peu comme lorsque, dans un vieux film ou un reportage d’archives, on voit quelqu’un fumer dans un bureau ou un cinéma : on ne regrette pas l’odeur du tabac, mais on envie la liberté de ces gestes aisés qui n’imaginent pas qu’on puisse un jour les interdire.

La transformation pionnière du centre-ville de Strasbourg depuis 40 ans devait répondre à une définition nouvelle de la ville, plus apaisée, plus conviviale, plus écologique. Force est de constater que le compte n’y est pas. Comme le montre l’interview de Pierre Pflimlin, à l’initiative des premières rues piétonnières, dans un reportage de 1973, ces aménagements ont avant tout répondu à la volonté de développer l’offre marchande. Grand vandale devant l’éternel, l’édile l’expose benoîtement : le charme retrouvé du quartier de la cathédrale doit servir à y attirer les touristes.

Les rues ont été débarrassées des voitures mais pour y mettre quoi ? (Photo Ivan Ustyuzhaninov / FlickR / cc)
Les rues ont été débarrassées des voitures mais pour y mettre quoi ? (Photo Ivan Ustyuzhaninov / FlickR / cc)

La piétonnisation aura ainsi peu à peu fait de la Grande-Île une galerie marchande à ciel ouvert, où la circulation à pied et à vélo est encore plus difficile qu’au temps du tout-voiture.

« Le réseau des pistes cyclables obéit à une logique autoroutière »

En dépit des effets d’annonce, les « mobilités douces » auront en effet été le cadet des soucis des donneurs d’ordres au centre-ville. Le tramway avance au pas, devant partager ses voies avec les chalands zigzaguant d’une vitrine à l’autre. Le réseau des pistes cyclables obéit à une logique autoroutière, favorisant les échanges entre le centre et la périphérie. Au centre-ville, en revanche, il s’agit de ne pas gêner les affaires.

La montée en standing de la Grand’Rue la rend désormais à peu près impraticable, comme c’était déjà le cas de la rue des Hallebardes et de la rue du Dôme. À pied ou à vélo, on y avance au pas ; comme il n’y rien à y faire à part du shopping, on n’a pourtant pas envie de s’attarder.

Il y a quelques années encore, on se plaisait à se frayer un passage dans la foule pour aller passer quelques instants dans la cathédrale ; mais on n’y circule plus librement, alors à quoi bon ? Hors de la Grande-Île, la place de la Gare de la « capitale du vélo » a été réaménagée, il y a dix ans à peine, sans un centimètre de piste cyclable. La « diagonale piétonne », entamée en 2013 rue du Maire-Kuss, y a étendu les trottoirs, ménagé un sens de circulation pour les voitures, mais n’a pas trouvé un mètre pour une vraie piste cyclable à contre-sens. Il n’était déjà pas possible de traverser efficacement le centre-ville, il ne sera bientôt plus possible de le contourner.

Sur les quais Sud, l’aménagement en « zone de rencontre » signifiera en fait l’impossibilité pour les cyclistes d’y circuler rapidement. Que restera-t-il alors des annonces de la municipalité ? L’objectif de la piétonnisation saute aux yeux rue du Jeu-des-Enfants, où elle n’a rien signifié d’autre que l’extension des commerces sur la voie publique.

La place du Château en est un autre exemple. Le projet choisi, comme tous ceux qui étaient soumis au « choix » des habitants, ne vise qu’à mettre visuellement en valeur le patrimoine à destination des visiteurs. Un joli décor ne faisant pas un lieu de vie, les habitants ont perdu toute raison de s’y rendre et même d’y passer, la circulation des vélos y ayant été méthodiquement découragée par des cheminements compliqués, voire dangereux.

« Ce qui était moderne il y a vingt ans ne l’est plus forcément aujourd’hui »

La municipalité strasbourgeoise a fait preuve en d’autres temps d’un courage politique qui force l’admiration, notamment face à un lobby de commerçants persistant à croire que chaque mètre de voirie soustrait à la circulation automobile est un euro de chiffre d’affaires en moins. Mais ce qui était moderne il y a vingt ans ne l’est plus forcément aujourd’hui, et il serait temps que l’aménagement du centre-ville soit pensé de façon moins verticale, et surtout moins exclusivement dévolue à l’activité économique.

Peut-être les lumières d’Alexandre Chemetoff seraient-elles précieuses au-delà du Port-du-Rhin, et aurait-il quelques idées d’aménagements légers, discrets, d’espaces non assignés, laissés à la libre appropriation des habitants, même si cela ne rapporte d’argent à personne ? La place d’Austerlitz peut à cet égard être donnée en exemple. Dans le centre, il n’y en a malheureusement pas d’autre.

Quand on entend parler de restituer l’espace public aux habitants, on sait maintenant qu’il faut comprendre : libérer de la place pour installer des terrasses entre deux boutiques de souvenirs ou de bouffe branchée, afin que Strasbourg ait sa part du grand Disneyland européen. 

Au Forum de la démocratie, l’expansion du populisme inquiète et interroge

Au Forum de la démocratie, l’expansion du populisme inquiète et interroge

Des régimes qui se tendent, des dirigeants élus qui surfent sur le nationalisme et qui verrouillent les contre-pouvoirs et les médias… C’est en Europe que ça se passe et pour le Conseil de l’Europe, il est temps d’essayer de comprendre le populisme, ce cancer des démocraties. Plusieurs conférences, rencontres, projections et expositions sont ouvertes au public du 3 au 10 novembre.

Qu’arrive-t-il aux démocraties ? Brexit au Royaume-Uni, Donald Trump aux États-Unis, le Front national au second tour de l’élection présidentielle en France, irruption de l’AfD en Allemagne, le FPÖ dans le gouvernement autrichien, sans parler des gouvernements nationalistes en Pologne, Hongrie, Russie, Turquie… Et en mars 2017, c’est l’extrême-droite, en tête des sondages, qui pourrait emporter les élections législatives hollandaises…

Pour le Conseil de l’Europe, dont l’une des missions est de promouvoir la démocratie, cette résurgence d’un populisme en période de paix et de prospérité a de quoi inquiéter. C’est pourquoi l’institution internationale, qui fédère 47 états membres, principalement européens, a choisi de questionner le populisme pour sa sixième édition du Forum mondial de la démocratie, du 8 au 10 novembre.

Peu de populistes invités à s’exprimer malheureusement, les membres du Conseil de l’Europe débattront surtout entre experts, sur des sujets comme la vérification dans les médias, la démocratie participative, comment répondre aux réactions populistes anti-migrants, comment renforcer le poids du vote, etc. Le Forum est théoriquement gratuit et ouvert à tous mais sur inscription préalable et elles sont closes depuis le 25 octobre.

Une « agora » participative et citoyenne à l’Aubette

Fort heureusement, la Ville de Strasbourg adjoint au programme officiel une partie « off » : des événements gratuits, en ville et ouverts à tous, sur le même thème du populisme en démocratie (télécharger le programme complet sur JDS.fr). Un premier débat, vendredi 3 novembre à 18 h à la Cité de la Musique et de la Danse, essaiera de répondre à la question « Faut-il tout jeter dans le populisme ? » avec Nicolas Baverez, avocat, chroniqueur et auteur de La France qui tombe, et Raffaele Simone, linguiste et professeur à l’Université de Rome, auteur de Si la démocratie fait faillite.

Nouveauté cette année, l’Aubette a été transformée en « agora » pour réfléchir du 3 au 10 novembre, en continu, sur la démocratie et les menaces qui pèsent sur elles, avec une exposition installée par Reporters sans frontières sur qu’est-ce que l’oppression et l’intimidation de la part d’un État, des débats, des rencontres et des ateliers comme l’écriture collective d’une chanson, des improvisations, du slam ou encore des atelier d’illustration.

    Spectacle d’improvisation : samedi 4 novembre à 20h, proposé par le Théâtre de l’Oignon Un spectacle de slam : dimanche 5 novembre à 20h30, proposé par l’association Oaz’art.

Mais au fait d’où vient le populisme ?

Parmi les événements programmés au Off, notons le débat entre Emmanuel Todd et Bernard Guetta, lundi 6 novembre à 17h30, à l’Opéra du Rhin (entrée libre), sur la question du populisme et des élites. Pour Bernard Guetta, Vladimir Poutine est non seulement précurseur mais aussi maître à penser du populisme. En face de lui, Emmanuel Todd affirme que « le populisme, c’est un peuple qui n’a plus d’élites. »

Autre « grand rendez-vous » du forum Off, la table ronde mardi 7 novembre à 18h à la librairie Kléber : « Un an de Trump, la régression démocratique », avec Lisa Simone , comédienne et chanteuse américaine, Bérangère Cagnat, chef du service Amérique du Nord à Courrier International, Ezra Suleiman , professeur de science politique à l’université de Princeton, Jérémie Gallon, directeur général de l’American Chamber of Commerce, Alexandra de Hoop Scheffer , directrice du bureau de Paris du centre de recherche German Marshall Fund.

Le lendemain, 17h au même endroit, « De quoi est fait notre nouveau monde ? », un entretien avec Marcel Gauchet. Dans le troisième tome de L’avènement de la démocratieÀ l’épreuve des totalitarismes, paru en mars, l’historien et philosophe a décrypté la dynamique qui anime les trois expériences de totalitarisme, de 1914 à 1974, le bolchévisme, le fascisme et le nazisme.

Comment naissent les dictatures ? Par la peur (Photo Jean-Louis Mazières / FlickR / cc)
Comment naissent les dictatures ? Par la peur (Photo Jean-Louis Mazières / FlickR / cc)

Le populisme en guest star

Plusieurs projections sont prévues au programme du Off, dont celle de Iz-La Trace, de Hakan Gürer. Ce film présente la répression dans une prison militaire de Turquie après le coup d’État du 12 septembre 1980, vendredi 3 novembre à 20h15 à l’Odyssée. La projection sera suivie d’un débat.

Can Dündar lors de la remise du prix RSF pour la liberté de la presse le 17 novembre 2015 à Strasbourg. (Photo : Wikipédia / cc)

Le lendemain, même au même endroit, encore la Turquie avec le documentaire sur le journaliste Can Dündar, Adieu à la Turquie. Exilé après avoir été emprisonné, puis victime de tentatives d’assassinat, Can Dündar avait mis au jour les liens entre le pouvoir turc islamo-conservateur et Daesh en Syrie, notamment contre les Kurdes. Il montre dans ce documentaire comment la répression s’est intensifiée en Turquie depuis la prise de contrôle de Recep Tayyip Erdogan et ses effets sur la diaspora turque. Un documentaire simple mais très dérangeant.

Notons également, une soirée entièrement consacrée aux séries TV, intitulée « Le populisme en Guest Star », vendredi 10 novembre à 18h à l’UGC Ciné-Cité. Dominique Moïsi, politologue et géopoliticien, auteur de La géopolitique des séries ou le triomphe de la peur, François Jost, professeur à Sorbonne Nouvelle Paris III et auteur de nombreux essais sur les séries et la télévision, Marianne Chaillan, professeure au lycée Saint-Joseph de la Madeleine à Marseille, auteure de Game of Thrones, une métaphysique des Meurtres, Eric Benzekri, co-créateur de la série Baron Noir, évoqueront comment le populisme existe dans les séries télé.

À Strasbourg, la vie normale des personnes handicapées au sein de la communauté de l’Arche

À Strasbourg, la vie normale des personnes handicapées au sein de la communauté de l’Arche

Partir le matin au travail, revenir chez soi ensuite, cette routine honnie par beaucoup est parfois recherchée par les personnes handicapées, qui y trouvent une source d’équilibre et d’autonomie. À Strasbourg, la « communauté de l’Arche » s’installe au nouvel éco-quartier Danube avec cette proposition, et comme voisins immédiats des salariés et des étudiants. Objectif : mêler les populations plutôt que segmenter. L’association prévoit d’ouvrir un « café-rencontre » ouvert sur le quartier en devenir.

Une communauté de l’Arche vient d’ouvrir à Strasbourg, au sein du nouvel éco-quartier Danube. Derrière ce vocable un brin sectaire, il s’agit en fait de « vivre ensemble, avec ou sans handicap mental », selon le slogan de cette association qui a essaimé 33 « communautés » en France et plus de 150 à travers le monde. Dans ces résidences de 10 à 12 studios, tous les habitants vivent dans la même maison. Si chacun a son espace avec kitchenette, ils cuisinent la plupart du temps ensemble, sans compter les sorties et activités communes.

Si le concept de l’Arche peut paraître innovant par rapport aux autres structures d’accueil de personnes handicapées, sa création remonte aux années 60. En revanche, l’adjonction d’étudiants au sein du mix social, comme à Strasbourg, est une nouveauté.

Les résidences de l’Arche permettent aux personnes handicapées d’acquérir une certaine indépendance (doc remis / L’Arche Strasbourg / Facebook)

« Vivre en autonomie…. mais pas seul »

En cette soirée d’octobre, ils s’affairent tous pour préparer un apéritif dînatoire, mais la responsable de la communauté, Veronika Ottrubay, prend le temps de répondre aux questions de Rue89 Strasbourg. Elle travaille depuis plus de 30 ans au sein des communautés de l’Arche et arrive de l’Oise pour mener à bien l’atterrissage dans la capitale alsacienne.

Rue89 Strasbourg : Quel est le concept des communautés de l’Arche ?

Veronika Ottrubay : « Les communautés de l’Arche ont été fondées en 1964 par Jean Vanier, philosophe et écrivain, qui a bâti la première communauté à Trosly Breuil, dans l’Oise. Il s’agit de lieux où vivent ensemble des personnes adultes avec un handicap mental, et ceux qui les accompagnent, les salariés ou services civiques. L’idée est pour les personnes accueillies de vivre en autonomie… mais pas seules ! Chacun a son propre espace, son petit studio avec salle de bain, mais il y a également les parties communes, le salon, la salle à manger, la cuisine… S’ils ont des kitchenettes, la plupart du temps les résidents souhaitent manger tous ensemble. Les salariés, eux, ont un petit T2, mais l’important c’est que tous vivent sous un même toit. »

C’est donc ainsi que cela se passe à Strasbourg, avec une spécificité puisque des étudiants vous ont rejoint. Pouvez-vous nous détailler la composition des maisons strasbourgeoises ?

« Nous avons ouvert nos deux résidences le 1er octobre ici au nouvel éco-quartier Danube. Chaque maison accueille six personnes avec un handicap, deux salariés, deux personnes en service civique et un ou deux étudiants. Les étudiants paient un loyer, mais ils s’engagent aussi à participer à la vie de la maison. »

Il y a deux petites maisons dans la communauté de Strasbourg, chacune dotée d'une cuisine moderne où tout le monde peut faire à manger ensemble (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
Il y a deux petites maisons dans la communauté de Strasbourg, chacune dotée d’une cuisine moderne où tout le monde peut faire à manger ensemble (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Justement, comment la communauté fonctionne-t-elle économiquement ? Est-ce que tous les résidents paient un loyer ?

« Tout à fait. Les étudiants payent leur loyer de 450€ majoritairement couvert par les APL (Allocation Personnalisée au Logement). Pour les personnes en situation de handicap, il s’agit d’une « redevance » de 453€ précisément, aussi couverte par les APL. Le reste, ils le financent avec leur Allocation Adulte Handicapé ou leur salaire versé par l’ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail) où ils travaillent. L’argent de l’alimentation est également mis en commun. On va bien voir si ça marche, mais je pense qu’on devrait réussir à boucler nos fins de mois. (De manière générale, l’Arche est financée par des fonds publics et par la Fondation des amis de l’Arche, NDLR). »

Les maisons sont encore en phase d'aménagement, mais les résidents essayent de rendre les pièces conviviales, comme ce salon d'une des maisons (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
Les maisons sont encore en phase d’aménagement, mais les résidents essayent de rendre les pièces conviviales, comme ce salon d’une des maisons (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Réinventer les statuts pour bénéficier de subventions

« Ce qui est spécifique à notre communauté (et à celle de Nancy, NDLR), c’est que notre statut est celui d’un « habitat regroupé ». Nous sommes soutenus par la Ville, qui octroie des subventions aux bailleurs sociaux (pour nous, il s’agit de la SERS) et un prêt bonifié pour construire, ce qui permet de baisser notre loyer. Nous avons ce soutien de la municipalité car nous pallions un tant soit peu le manque de places dans les hébergements de personnes en situation de handicap. Car la politique aujourd’hui est de ne plus augmenter les places en établissement, mais de permettre des projets plus proches du parcours de la personne. »

Qu’est-ce que cela change pour les personnes accueillies par rapport à un établissement médico-social ?

« Tous les résidents sont occupés la journée ! Certains travaillent en ESAT, et les autres vont en activité de jour en Foyer d’Accueil Spécialisé (FAS). Le matin, tous les résidents partent de manière échelonnée, et reviennent le soir de la même manière. La plupart sont autonomes dans leurs déplacements et connaissent leur trajet. Sinon, on assure le transport.

Ce que les résidents préfèrent : les activités communes comme la cuisine (doc remis / Arche Strasbourg / Facebook)
Ce que les résidents préfèrent : les activités communes comme la cuisine (doc remis / Arche Strasbourg / Facebook)

« Une vie comme chacun de nous »

Ce qui est important ici, c’est que chaque personne ait son projet, sa vie, ses propres interlocuteurs… L’idée est qu’ils aient une vie comme chacun de nous, avec un travail, un logement… Il y a eu un contrat de location, un état des lieux, une remise des clés. Cela a été des moments extraordinaires. Les personnes se disent « Je suis chez moi, j’ai droit à un projet de vie d’adulte. » C’est cela qu’on essaye de valoriser, vivre chez soi.

Les résidents sont très satisfaits et heureux de vivre ici. Nous avons fait une vidéo où nous leur avons demandé ce qu’ils aiment à l’Arche, et ils ont répondu « Tout. Les activités, le partage, les sorties, le vivre ensemble, la cuisine… » Ils disent qu’ils préfèrent vivre avec des amis. »

L’Arche est issue des réseaux catholiques. Quelle est la place de cette dimension spirituelle ?

« Si les communautés se sont fondées sur la foi catholique, le concept est allé rapidement sur le terrain œcuménique et interreligieux, à commencer par les communautés en Inde et en Angleterre. Notre philosophie est aussi de trouver comment vivre la foi, compte tenu de la différence. L’Arche se reconnaît toujours de la foi, mais nous voulons permettre à chaque personne de la vivre dans sa culture et dans son contexte. Ici, nous avons des prières chrétiennes, mais tous les résidents, assistants et salariés ne sont pas pratiquants. Nous demandons simplement qu’ils respectent cette dimension-là. Finalement, la seule chose importante est que tout le monde ait « foi en l’Homme », c’est de croire en la valeur de l’Homme quelles que soient les conditions dans lesquelles il vit. »

La communauté souhaite s'intégrer dans son voisinage, le nouvel éco-quartier Danube (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
La communauté souhaite s’intégrer dans son voisinage, le nouvel éco-quartier Danube (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

Quelles sont les perspectives d’avenir et de développement pour la communauté de l’Arche à Strasbourg ?

« Depuis le début, le projet est de s’inscrire dans le développement de l’éco-quartier, qui est nouveau et encore en construction. Nous allons notamment ouvrir et animer un « café-rencontre » au service du quartier. Le but est d’enrichir la vie commune, et de mettre en lumière les talents de chacun. Il sera à côté du troisième foyer, dont les travaux commencent en décembre. Ensuite, nous serons propriétaires de ce café. Nous sommes d’ailleurs en recherche de dons ! Il nous manque encore 300 000€. Avec un peu de chance, la résidence et le café ouvriront fin 2018. »

#Communauté de l'Arche#Eco-quartier Danube

Le long du tram vers Koenigshoffen, le sous-sol chargé d’histoire de Strasbourg

Le long du tram vers Koenigshoffen, le sous-sol chargé d’histoire de Strasbourg

Des équipes d’archéologues sondent le sous-sol de l’ouest de Strasbourg, à la recherche de vestiges archéologiques avant le chantier de l’extension du tramway vers Koenigshoffen. Les premiers sondages sont « prometteurs », des fouilles plus étendues sont probables.

Va-t-on trouver des Romains, route des Romains ? Voilà quinze jours que des sondages archéologiques sont réalisés le long de l’extension prévue vers l’ouest de Strasbourg du tramway. Cinq zones potentiellement riches en vestiges sont particulièrement ciblées, trois d’entre elles ont déjà été scrutées. Pascal Flotté, archéologue, mène ces sondages à la tête de d’une équipe d’Archéologie Alsace :

« Il faut bien distinguer la fouille du diagnostic. Ce dernier doit être effectué avant tout aménagement du territoire, 10% de la surface à aménager doivent être déterrés et étudiés. Si la zone de recherches renferme d’importantes traces du passé, alors des fouilles plus approfondies doivent être lancées. »

C’est le service régional d’archéologie qui analyse les résultats des diagnostics et décide si fouilles il doit y avoir ou non. La ligne F du tramway strasbourgeois doit être prolongée de 1,7 km et devrait passer par la rue du Faubourg-National. Pour l’instant, cette ligne ne sera étendue que jusqu’au niveau de l’allée des Comtes, soit au début de Koenigshoffen.

En plein dans la nécropole romaine

Site d’élection depuis l’époque antique, au moins, le sous-sol de Strasbourg est plein de traces du passé. Les premiers diagnostics des zones étudiées se sont révélés intéressants mais les archéologues attendent encore les résultats des zones situées à Koenigshoffen même. Deux zones « à fort potentiel archéologique » s’y trouvent.

En effet, la nécropole découverte il y trois ans a permis a mis au jour de nombreuses stèles de soldats romains. Un site qui daterait de la première moitié du Ier siècle après Jésus-Christ. Sur 75 mètres, pas moins de quinze emplacements de monuments funéraires ont été découverts. Des caves de maisons gréco-romaines, deux lions et deux sphinges ont été également retrouvés dans le remblai d’un aménagement postérieur.

Sur le tracé du prolongement de la ligne F, la zone de sondage à Koenigshoffendes permet de faire remonter à la surface d’importants vestiges. (doc remis)

Sur une autre zone du tracé surveillé par les archéologues, ce sont des vestiges de l’enceinte médiévale de Strasbourg qui sont retrouvés. Puis, boulevard de Nancy, Pascal Flotté prévoit de tomber sur un rempart du XIVe siècle.

À l’époque antique, Strasbourg a abrité un important camp romain (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)
Boulevard de Nancy, la terre est minutieusement analysée par Alexandre Bolly (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)

Possibles retards dans la construction de l’extension du tram

Les fouilles préventives ont été prévues dans le calendrier des travaux de l’extension. Cependant, si le service régional d’archéologie estime que des fouilles approfondies doivent être menées, cela pourrait retarder le chantier. Le secteur de la route des Romains au droit du carrefour avec l’allée des Comtes sera étudié par les archéologues fin 2017. La dernière zone à sonder est celle située place Sainte Aurélie. C’est une équipe de l’Institut national de recherche préventive (Inrap) qui se chargera du diagnostic, aucune date n’a encore été fixée.

Mise en lumière d’un rempart médiéval de Strasbourg, boulevard de Nancy sur le tracé du prolongement du tramway (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)
#boulevard de Nancy

Ayé le grand sapin de Noël est arrivé place Kléber

Ayé le grand sapin de Noël est arrivé place Kléber

C’est déjà (un peu) Noël ! Le grand sapin a été installé à Strasbourg, place Kléber, ce lundi matin et tout s’est bien déroulé. Long de 34 mètres et âgé de 90 ans, le vénérable conifère sera maquillé et l’objet de toutes les attentions pour ressembler le plus possible aux sapins des cartes postales.

Le grand sapin du Marché de Noël de Strasbourg a été installé lundi matin dans son emplacement désormais traditionnel, place Kléber. Àgé de 90 ans et haut de 34 mètres, il a été cueilli dans le massif du Donon dans les Vosges. Chaque année, des agents de l’Office national des forêts passent une semaine à sélectionner les candidats susceptibles de terminer leur vie d’arbre entourés de chalets et de sucre d’orge (voir le témoignage d’Henri-Pierre Gangloff de l’ONF à 39 mn 20 s) :

« On cherche des arbres branchus mais en forêt, on cherche plutôt à faire du bois, donc des arbres peu branchus, avec moins de noeuds. Il faut donc un arbre relativement isolé et il faut quand même qu’il soit accessible. On fait des tournées en forêt et on en sélectionne quelques uns, l’élu est choisi ensuite en comité. »

Le sapin a été correctement extrait de son environnement, un précédent prélèvement s’est conclu par la casse du tronc de l’arbre. Gorgé d’eau, le sapin a perdu une tonne pendant son transport, pour néanmoins peser encore 8 tonnes à l’arrivée. Il a été installé dans un trou d’1m80, dans lequel la base de son tronc est cimentée. Il dépasse donc de 30 mètres la place Kléber, la hauteur maximale autorisée. Deux attaches seront installées à 17 mètres, pour le maintenir avec des câbles, en cas de vents forts (dont la vitesse serait supérieure à 80 km/h).

S’il a l’air quelque peu décharné, c’est normal. Prélevé en forêt, le sapin utilisait surtout ses branches hautes pour capter la lumière. Des branches, notamment issues du premier sapin, lui seront ajoutées durant la semaine et ses branches existantes seront redressées pour qu’il arbore la silhouette triangulaire des sapins de cartes postales.

Les commerçants du centre-ville de Strasbourg vont offrir des heures de parking

Les commerçants du centre-ville de Strasbourg vont offrir des heures de parking

Pour faciliter l’accès des habitants de la périphérie de Strasbourg aux boutiques du centre-ville, les commerçants vont offrir des tickets de parking. Mais tous ne les ont pas achetés de la même façon. En coulisses, le bras de fer entre « Marc Valentin » et Pierre Bardet se précise.

L’idée est simple, mais encore fallait il y penser et la mettre en œuvre. Pour inciter les habitants de la périphérie de Strasbourg à venir faire leurs courses au centre-ville pendant le marché de Noël, des commerçants de la Petite-France ont pensé à leur offrir des tickets de parking. Achetés en nombre, l’heure de stationnement revient à 60,6 centimes au parking Parcus de la Petite-France, près du musée d’art moderne. Et en plus, on y trouve toujours de la place contrairement à d’autres parkings du centre-ville.

Une opération rentable pour les commerçants de la Grand’Rue, des rues du Fossé des Tanneurs, du Bain au plantes et de toutes les rues transversales du secteur. En tout, une trentaine de commerçants ont ainsi fait confiance à l’énigmatique « Marc Valentin », personnalité sous pseudonyme qui se propose d’accompagner les premières commandes de tickets auprès de Parcus.

Les commerçants de la Grand’Rue espèrent attirer du monde pendant la marché de Noël malgré les contraintes de sécurité qui vont peser sur la Grande Île de Strasbourg. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Une « communication qui ne coûte pas cher »

Mardi 24 octobre, l’agitateur de la Grand’Rue avait ainsi distribué 3 000 tickets. Il expliquait alors :

« C’est très facile à faire. C’est un service de prix dégressifs proposé par Parcus et on a négocié une quantité par commerçant. Chacun paie, comme ça, il maîtrise ses dépenses et sait où va son argent. Les clients se garent au parking de la Petite-France, le moins cher de Strasbourg après celui de l’Esplanade et vont faire leurs achats dans le quartier. Chaque commerçant gère son offre comme il le souhaite. L’un va offrir un ticket pour 50 euros d’achat, la coiffeuse va donner un ticket par heure de temps passé dans son salon. C’est un élément de communication qui ne coûte pas cher et fait vraiment plaisir aux clients. On espère que ça aura un impact sur les personnes qui pourraient hésiter à venir en ville. »

Une semaine plus tard, la riposte des Vitrines

Pour l’association de commerçants en place et les Vitrines de Strasbourg, l’initiative de l’agitateur de la Grand’Rue avait tout l’air d’une provocation supplémentaire. Plutôt que de la relayer, les Vitrines ont sorti au bout de quelques jours leur force de frappe… pour faire la même chose. Jeudi, Pierre Bardet, directeur des Vitrines, annonçait disposer de 1 600 tickets, au prix imbattable de 48 centimes l’unité, en vente pour les commerçants du même secteur de la Petite-France :

« Nous n’avons pas négocié avec Parcus. Nous profitons juste d’un tarif dégressif grâce à la puissance d’achat des Vitrines. Les 48 centimes par ticket correspondent à ce tarif préférentiel duquel on déduit encore une petite participation des Vitrines. J’ai souhaité proposer des carnets de 50 tickets et non de 100 pour que les commerçants puissent tester l’idée. »

Une récupération « de bonne guerre »

Difficile pour Pierre Bardet d’admettre la bonne inspiration de « Marc Valentin. » Le personnage « de mauvaise foi et malfaisant, » selon les mots de Pierre Bardet, accable les Vitrines et leur gestion des Illuminations de Noël sur les réseaux sociaux depuis des semaines. Le directeur de l’association admet du bout des lèvres :

« Là il a initié quelque chose. Mais il ne faut pas qu’il fasse croire qu’il a négocié alors que c’est des tarifs que tout le monde pouvait avoir depuis dix ans. »

Pierre Bardet a 1600 tickets de parking de la Petite-France à vendre aux commerçants. (Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Pourquoi ne pas en avoir parlé plus tôt ? Pierre Bardet assure :

« Je voulais finaliser mon projet. »

Marc Valentin de son côté, prend cette récupération avec amusement :

« Il essaie de reprendre ce que j’ai fait en faisant mieux et moins cher. C’est de bonne guerre. Mais les Vitrines arrivent après la bataille puisque j’ai déjà distribué 3 000 tickets. Dommage que l’association du Village, au courant du projet des Vitrines, n’ait pas dit que quelque chose de mieux se préparait. Un commerçant a cru que je l’instrumentalisais par rapport aux Vitrines. Une autre m’a demandé si ça me vexait qu’elle prenne ses tickets aux Vitrines et pas auprès de moi. C’est dire l’ambiance. »

« Créer une émulation »

Mais l’agitateur se dit surtout satisfait d’avoir passé le relais et d’avoir motivé « Pierre Bardet à se rendre utile aux commerçants » :

« Les Vitrines avaient une force d’action qu’elles n’utilisaient pas. Je n’ai jamais fait ça pour le faire toute ma vie, ça a été très chronophage pour moi. Je préfère que quelqu’un d’autre le fasse. De manière générale, les Vitrines sont en train de copier ce que je fais à l’échelle de la Grand’Rue. Et ça c’est bien, parce que plus j’en ferai et plus Pierre Bardet se sentira obligé d’en faire, ça créera une émulation. Ma situation de petite pique pour le stimuler, ça me va très bien. Une fois que les choses sont lancées, s’il prend le relais, j’en suis heureux comme ça au moins, il rentabilise le salaire qu’il touche. »

Vers une extension de l’opération à toute la Grande Île

De son côté, Pierre Bardet assure préparer l’extension de l’opération des tickets de parking au bénéfice de tous les commerçants de l’ellipse insulaire :

« Dans quelques jours, nous pourrons proposer des tickets du parking de la Petite-France aux commerçants de tout le centre-ville. Ce parking est intéressant parce qu’il est juste en dehors de l’ellipse insulaire, bouclée pendant le marché de Noël. Je suis en train de travailler cette même offre avec d’autres parkings de la ville : un parking de la place des Halles, celui d’Austerlitz… Ce ne sera pas le même prix qu’à celui de la Petite-France mais j’ai demandé les grilles tarifaires à Parcus. »

Sinon, il reste le tramway, toujours pas bloqué pendant le marché de Noël.

Agressions sexuelles au Parlement européen : les langues se délient

Agressions sexuelles au Parlement européen : les langues se délient

La bulle européenne aussi « balance ses porcs ». Tenue d’un cahier noir par une assistante parlementaire, formulaire en ligne qui fait remonter les cas de harcèlement, d’agressions, voire de viols, groupes d’entraide… Ces initiatives ne doivent pas faire oublier une réalité : la verticalité des rapports de travail souvent observés entre hommes et femmes et le faible nombre de dépôts de plainte laissent les abus bien souvent impunis.

Harcèlement sexuel : les assistants poussent le Parlement européen à se regarder dans une glace

Harcèlement sexuel : les assistants poussent le Parlement européen à se regarder dans une glace

Il ne fait pas bon être une femme au Parlement européen : voilà la conclusion qui pourrait être retenue de la session plénière qui s’est achevée cette dernière semaine d’octobre à Strasbourg. Des révélations dans la presse ont fait état de cas de harcèlement sexuel au sein de l’institution, obligeant cette dernière à l’introspection.

Révision de la directive sur le travail détaché, renouvellement de l’autorisation du glyphosate, protection des lanceurs d’alerte en Europe… Tous les sujets qui auraient pu donner du grain à moudre aux eurodéputés pendant la session plénière qui s’est terminée ce jeudi 26 octobre à Strasbourg ont été éclipsés par une seule question : comment diable lutter contre le harcèlement sexuel ?

Initialement, les députés avaient ajouté à l’ordre du jour un débat portant sur le harcèlement sexuel dans sa globalité, pour discuter du scandale Weinstein et de ses répercussions. Mais la focale s’est progressivement resserrée, jusqu’à cibler presque exclusivement le seul Parlement européen. Or l’image que renvoient ses couloirs n’est pas belle à voir.

« Consigner pour ne pas oublier »

Celle qui a en grande partie permis à l’hémicycle de procéder à son autocritique s’appelle Jeanne Ponté. Assistante parlementaire accréditée (APA) du député socialiste Edouard Martin, elle a dévoilé à la presse l’existence d’un petit carnet, dans lequel elle note des incidents « plus ou moins graves » dont elle et ses collèges ont été victimes ou témoins. Elle l’a entamé en 2014, après avoir été « attrapée par la taille » par un député allemand. Le cahier compte aujourd’hui plus de cinquante entrées. Jeanne Ponté explique :

« Avec ce carnet, je n’avais pas l’impression de faire quelque chose d’extraordinaire. Mon idée, c’était de consigner pour ne pas oublier. J’avais 24 ans quand l’épisode avec le député allemand est survenu. Vous imaginez ? Je venais de rejoindre le Parlement européen. Je me suis vite rendue compte qu’ici, certains hommes ont un sentiment de surpuissance. Ils pensent que tout est permis, peut-être sous prétexte que les médias s’intéressent globalement peu à cette institution. »

Jeanne Ponté et Edouard Martin sont de ceux qui oeuvrent au premier chef pour lutter contre le harcèlement sexuel au Parlement européen (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Jeanne Ponté et Edouard Martin sont de ceux qui oeuvrent au premier chef pour lutter contre le harcèlement sexuel au Parlement européen (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Le site d’informations européennes Politico a largement aidé à faire éclater la vérité au grand jour, quitte à ce que ce sujet prenne le pas sur tous les autres à Strasbourg. Un formulaire en ligne publié dans lpermet en effet aux femmes travaillant dans « la bulle bruxelloise » de se confier, anonymement ou non. Plus de 140 témoignages ont ainsi été recueillis en une semaine, dont 27 concernent le Parlement. Deux d’entre eux relèveraient de cas de viols. Maïa de la Baume, journaliste pour Politico, explique :

« Ces derniers jours, les langues se sont vraiment déliées. Des histoires de sexisme ordinaire, de comportements un peu étranges, j’en entendais souvent en couvrant les plénières du Parlement européen à Strasbourg. Souvent sous forme de blague, d’ailleurs. Mais là, ce sont des affaires beaucoup plus graves qui ont été dévoilées, aussi par le biais du Sunday Times. J’espère que la prise collective de cette semaine permettra de changer la donne et de faire en sorte qu’une aide sociale réelle existe au sein du Parlement. »

En revanche aucun de ces actes rapportés n’a fait l’objet d’une plainte à la police.

Certains députés ont affiché des pancartes "Me Too" à la porte de leur bureau au Parlement à Strasbourg (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Certains députés ont affiché des pancartes « Me Too » sur la porte de leur bureau au Parlement à Strasbourg (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Pour l’heure, le Parlement européen dispose de deux comités de lutte contre le harcèlement. L’un est réservé au personnel administratif, l’autre aux députés et aux assistants. Dans la résolution qui a été votée à une vaste majorité jeudi (580 voix pour, 10 contre et 27 abstentions), les eurodéputés demandent notamment la révision du fonctionnement de ces comités.

Pour beaucoup d’employés du Parlement, l’ampleur prise par le débat autour des questions de harcèlement sexuel a surtout été l’occasion d’apprendre l’existence de telles structures, car hormis quelques affiches et brochures qui les signalent, ces organes restaient pour le moins confidentiels.

Le comité anti-harcèlement au Parlement européen pour les députés et les assistants a été mis en place en 2014. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Le comité anti-harcèlement au Parlement européen pour les députés et les assistants a été mis en place en 2014. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

La Française Elisabeth Morin-Chartier, membre du Parti populaire européen (la droite dans l’hémicycle), préside le comité destiné aux députés et aux assistants depuis sa création, en 2014.  Elle a traité une douzaine de cas.

Son rôle, aux côtés de deux de ses collègues eurodéputés, ainsi que d’un représentant des assistants parlementaires élu par ses pairs, d’un représentant de l’administration, d’un juriste et d’un médecin, est d’interroger les victimes ainsi que les harceleurs présumés.

« À la fin de certaines auditions, les interprètes, les membres… tout le monde est malade. Je le vois bien, d’après les « me too », les « balance ton porc » : les victimes ont du mal à parler. Il faut donc que nous arrivions à mettre en place un système de réseau de personnes de confiance dans cette maison. Qu’elles soient formées et prêtes à s’attaquer à ces problèmes – dans la proximité et la confidentialité. Il faut aider la parole à se libérer. Aujourd’hui, elle est bloquée, et c’est ce qui explique l’écart entre ce qui sort des témoignages dans la presse et les plaintes concrétisées auprès du comité. »

Pour la députée européenne Elisabeth Morin-Chartier, il faut mettre en place un "réseau de confiance" au sein du Parlement (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Pour la députée européenne Elisabeth Morin-Chartier, il faut mettre en place un « réseau de confiance » au sein du Parlement (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Mais pour la députée du groupe des Verts, l’Allemande Terry Reintke, c’est l’ensemble de la structure du comité de lutte contre le harcèlement qui est à repenser, pour éviter que les députés ne soient à la fois juges et parties :

« Dans sa forme actuelle, le comité anti-harcèlement pour les députés et les assistants n’est pas adapté. Ce sont des eurodéputés qui le composent, et malgré tout ce que l’on peut en dire, entre députés, il peut y avoir des liens, qu’ils soient politiques ou amicaux… Ce n’est pas un système viable. »

L'eurodéputée Terry Reinkte est membre de la plateforme « All of Us » qui a demandé au président du Parlement, Antonio Tajani, de s'emparer du sujet du harcèlement sexuel (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
L’eurodéputée Terry Reintke est membre de la plateforme « All of Us » qui a demandé au président du Parlement, Antonio Tajani, de s’emparer du sujet du harcèlement sexuel (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Terry Reintke est l’une des plus engagées sur le terrain de la lutte contre le harcèlement sexuel au Parlement européen et s’est fortement impliquée pour faire bouger les lignes. Dès lundi, premier jour de la session plénière, elle co-signait, aux côtés d’assistants parlementaires, une lettre à l’initiative de la plateforme « All of Us » (qui regroupe des députés issus de plusieurs groupes de gauche – dont Edouard Martin) qui appelait le président du Parlement européen, l’Italien Antonio Tajani, un proche de Silvio Berlusconi, à se saisir de ce sujet hautement politique et polémique.

Rupture du lien de confiance

Pourquoi alors la « culture du silence » est-elle si prégnante au sein du Parlement ? Emily Iona Stewart, assistante parlementaire et vice-présidente de l’ « APA Committee », une sorte de syndicat qui défend les droits des assistants, a son idée :

« Il y a dans le contrat des assistants parlementaires une clause relative au lien de confiance. Si le député estime que ce dernier est rompu, il peut renvoyer son assistant d’un jour à l’autre. Or la définition de ce lien de confiance est vague. Si une assistante accuse le député pour lequel elle travaille de harcèlement, elle devient soudain très vulnérable. Sans donner aux assistantes la protection dont elles ont besoin, personne ne parlera jamais plus qu’aujourd’hui. »

Le débat autour des cas de harcèlement sexuel au sein du Parlement européen était au coeur de nombreuses discussions cette semaine à Strasbourg (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Le débat autour des cas de harcèlement sexuel au sein du Parlement européen était au coeur de nombreuses discussions cette semaine à Strasbourg (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Au sein de l’ « APA Committee », c’est Miriam-Lena Horn qui est spécifiquement chargée des problèmes de harcèlement sexuel. En cas de problème, c’est à elle que ses collègues peuvent s’adresser s’ils ont besoin d’une oreille attentive. Miriam-Lena Horn témoigne :

« J’ai voulu endosser ce rôle d’une part pour soutenir mes collègues et d’autre part car il est clair qu’il y a des choses qui ne fonctionnent pas entre ces murs. Plus de dix femmes sont déjà venues pour trouver pour me parler, pour me dire qu’elles sont ou ont été la cible de violences sexuelles. Le seul fait de venir me voir est déjà très courageux ; je peux ensuite les guider vers les bonnes personnes – notamment les psychologues du Parlement. »

C'est notamment vers Miriam-Lena Horn, chargée des problèmes de harcèlement sexuel au sein de l’ « APA Committee », que les assistantes peuvent se tourner en cas de problème (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
C’est notamment vers Miriam-Lena Horn, chargée des problèmes de harcèlement sexuel au sein de l’ « APA Committee », que les assistantes peuvent se tourner en cas de problème (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Mais certaines femmes ne parleront jamais, du moins jamais à découvert. Il en va ainsi d’Emma (ce prénom a été modifié), qui a effectué un stage au sein du Parlement européen en 2016 :

« Mon maître de stage m’avait convoquée dans son bureau, au motif que j’avais, selon lui, fait une erreur dans un dossier qu’il m’avait confié. Je savais bien que non, mais bon, bref, j’étais debout à côté de lui, et lui étais assis devant son ordinateur. Il s’est vite rendu compte que je n’avais fait aucune erreur, qu’il s’était trompé. Et là, pour se faire pardonner je crois, il s’est levé d’un coup et m’a fait un bisou dans le cou. C’était tellement horrible, inattendu, je n’ai pas compris ce qui se passait. Encore maintenant, quand j’y repense, et cela arrive souvent, j’ai honte, j’aurais dû le dénoncer, mais je n’ai pas osé. »

Ras le bol

Pour faire face à ces multiples abus, la riposte s’organise. Miriam-Lena Horn est à l’initiative du groupe d’entraide « Period. » pour mettre en relation – et en confiance – des femmes, souvent jeunes et ambitieuses.

De même, Sabina-Maria Ciofu, qui travaille au Parlement européen en tant qu’assistante auprès d’une députée roumaine, est l’une des fondatrices du « Gentlewomen’s Club« , un autre réseau qui poursuit le même dessein :

« Beaucoup de nos membres appartiennent à la « bulle » européenne. Nous entendons de nombreux témoignages qui révèlent des attitudes sexistes, des discriminations, et même des abus, sur différents lieux de travail. Tous ont pourtant un point commun : des mentalités dépassées depuis longtemps. Notre travail consiste aussi à aider nos membres à gagner en confiance, en réactivité et en force, lorsqu’il s’agit de réagir à un incident sur son lieu de travail. Mais pour les cas graves de harcèlement, nous pensons que la seule voie à suivre est celle des procédures légales en place. »

Et mercredi matin, vers 10h30, le débat entre groupes politiques était sur le point de commencer, qui fut davantage suivi par les assistants derrière leur ordinateur que les députés. Devant l’hémicycle, deux hommes discutaient en privé. L’un fulminait : « T’as aucune nuance dans ces discussions-là ! Je crois que tous les hommes en ont ras le bol. » L’autre hochait le menton. Des « mentalités dépassées depuis longtemps », disait-on ?

Quand dans les années 1970, la piétonnisation du centre faisait déjà débat

Quand dans les années 1970, la piétonnisation du centre faisait déjà débat

Archives vivantes – Le centre-ville, paradis de l’automobile ? Les premières piétonnisations face à la Cathédrale dans les années 1970 ont à l’époque déjà soulevé leur lot de débats. Pour l’urbaniste Alfred Peter, le « retour de la marche » dans le centre à Strasbourg coïncide justement avec « l’apogée de la voiture », un concept bien vivant dans d’autres pays.

Difficile d’imaginer des voitures place Kléber, rue Mercière, face à la Cathédrale ou encore un immense parking à ciel ouvert place Broglie. Et pourtant, il suffit de remonter aux années 1970.

À cette époque, le maire de Strasbourg Pierre Pfimlin (centre-droit) appuie sur le frein du développement du « tout-voiture », dans un souci d’embellissement et d’attractivité touristique et commerciale. Comme on peut le voir dans la série de quatre vidéos en tête de cet article, une parade en costume alsacien est organisée pour fêter cette transformation au printemps 1973. Le maire déambule souriant lors de cette « première étape » dans « cette merveille qu’est le vieux Strasbourg »!

La piétonnisation débute par les rues étroites autour du secteur de la place du Marché aux cochons de lait, non loin de la Cathédrale et du Palais des Rohan. Les commerçants du secteur « sont contents, surtout quand il fait beau, mais problème « le dallage est un peu dur », ce qui fait mal aux pieds, surtout pour ces dames en « souliers à talon ».

Des commerçants s’opposent

Mais déjà, ces changements impliquent des réactions hostiles. En première ligne, on retrouve l’association des commerçants (toute ressemblance avec l’époque actuelle ne serait que fortuite). Après quatre samedis d’essais à l’automne 1975 sur un secteur plus large, plusieurs rues du centre dont certaines sont piétonnières aujourd’hui, repassent aux voitures.

Le maire Pierre Pfimlin, visage fermé face à la caméra, recule. Mais il maintient tout de même le cap pour une piétonnisation « méthodique, avec la lenteur qui convient » de l’extension du « secteur piétonnier définitif ». Il sent une « approbation générale » par exemple rue Mercière et place de la Cathédrale, transformées au cours de l’année. Une ligne jamais remise en cause par ses successeurs de droite ou de gauche.

Pour l’urbaniste strasbourgeois Alfred Peter, la piétonnisation, qu’il préfère appeler « retour de la marche » est apparue paradoxalement à l’époque de « l’apogée de la voiture » :

« La marche, c’est le plus grand des luxes. La logique est que les déplacements sont si bien maîtrisés que l’on peut même se permettre de marcher. Pour cela, il faut un espace apaisé, avec de la place, de l’ombre, des rez-de-chaussée agréables et divers. L’objectif aujourd’hui est que le retour de la marche ne soit pas un plaisir restreint aux “riches” du centre-ville, mais pour tous. Que même dans d’autres communes de l’Eurométropole, les habitants en fassent de même. La marche représente 80% des déplacements du quotidien. Si on sort du centre on a presque partout un trottoir d’1,4 mètre, la taille minimale. Ce défi de la marche est réactivé avec les téléphones portables qui servent de GPS ou les applications pour compter ses pas. Les « Plans marchables » sont les têtes partout en France, mais ils sont souvent phagocytés par les « plans vélos », qui ont une meilleure image. »

« L’eau n’a pas été recouverte »

Si selon lui l’idéal de la ville piétonne est Venise, il estime à l’aide de comparaisons internationales que « Strasbourg a été plutôt préservée » par l’époque du tout-voiture :

« On a enlevé des trams, élargi des rues, mais l’Ill n’a par exemple pas été recouverte. D’autres villes comme Rennes ou Nice ont construit par dessus leurs cours d’eau. À Strasbourg c’est surtout l’autoroute A35 qui a laminé la ceinture verte. Aujourd’hui, on essaie de la supprimer, comme si l’Histoire bégaie. Quand il y a des excès, il y a toujours un effet balancier. En travaillant dans d’autres pays, on peut se demander si ce n’est pas un stade obligé lié au développement, où la voiture est encore vue comme “une liberté”, etc. Je travaille par exemple au Sri Lanka où les pouvoirs public veulent faire une grande place à la voiture en ville, alors que dans quelques années il y aura surement un retour en arrière. Pékin avait éradiqué la place des vélos et aujourd’hui y revient. C’est comme si finalement, ce n’est qu’une fois que l’on a bien conquis la ville, que l’on peut enfin se payer le luxe de quelques rues piétonnes. »

Quand le tram allait « tuer » le centre

Le débat à Strasbourg est toujours vif, par exemple sur les quais sud finalement mutés en zone de rencontre. des critiques s’élèvent aussi contre le réaménagement de la rue du 22 novembre. Dans les années 1990, il s’est aussi concentré sur la place des transports en commun dans le centre.

Lors de l’Assemblée générale de l’association de commerçants les Vitrines de Strasbourg, le directeur Pierre Bardet a débuté son propos avec quelques phrases « collector » de scientifiques qui prédisaient l’échec de technologies devenues populaires comme le téléphone, internet, les smartphones ou le commerce en ligne… Une invitation aux adhérents à savoir s’adapter aux mutations de la société.

Mais lorsque c’était au tour du premier adjoint Alain Fontanel (LREM) de parler, ce dernier, par ailleurs président de la CTS, a pointé qu’il en manquait une : « le tramway va tuer le centre-ville ». Une citation qui vient… des Vitrines de Strasbourg en 1989.

#Pierre Pfimlin

L’ordre des avocats de Strasbourg condamné à payer 200 000€ pour harcèlement

L’ordre des avocats de Strasbourg condamné à payer 200 000€ pour harcèlement

La Cour d’appel de Colmar a condamné l’ordre des avocats de Strasbourg à payer plus de 200 000€ à son ancienne secrétaire générale, licenciée en 2011 « sans cause réelle et sérieuse. » Les magistrats ont en outre reconnu que l’ancienne responsable du barreau de Strasbourg avait été victime de harcèlement moral de la part de ses employeurs.

Les mille avocats de Strasbourg risquent d’être appelés à verser une cotisation supplémentaire à leur ordre dans les prochains mois… Car l’institution a été reconnue coupable d’avoir licencié « sans cause réelle et sérieuse » son ancienne secrétaire générale en 2011, Nathalie Campagnet par la chambre sociale de la Cour d’appel de Colmar.

Les magistrats ont fait leurs calculs et ont condamné l’ordre à lui payer 150 800€ de dommages et intérêts pour la réparation du préjudice de son licenciement, 5 000€ pour son préjudice moral, 37 698€ pour ses indemnités de préavis, 3 769€ pour ses congés non pris, et encore 5 000€ de frais d’avocats. Soit la somme de 202 267€ qui, avec les intérêts légaux et les charges sociales attenantes, fait monter la facture pour l’ordre à plus de 280 000€.

Comment en est-on arrivé là ? En 2010, Nathalie Campagnet, alors secrétaire générale de l’ordre des avocats de Strasbourg, n’en peut plus des reproches qui lui sont faits par plusieurs membres du conseil de l’ordre. Un « clan », a reconnu la Cour, constitué autour du Dauphin du bâtonnier d’alors, Me Renaud Bettcher. À cette époque, ce dernier avait vu son accession au poste de bâtonnier de l’ordre, normalement quasi-automatique, empêchée par la candidature et l’élection de Me Jean Wiesel.

Dans un contexte de tensions à l’ordre des avocats

Cette élection se joue à 15 voix près sur plus de 500 votants, les avocats de Strasbourg sont profondément divisés et les relations au sein de l’ordre sont tendues. Cheville ouvrière de l’institution, Nathalie Campagnet se voit rabaissée en public, sans cesse critiquée sur ses aptitudes, etc. L’arrêt de la Cour, que Rue89 Strasbourg s’est procuré, dresse une triste liste des éléments qui l’ont amenée à reconnaître que Mme Campagnet a bien été victime d’un lent et constant harcèlement sur son lieu de travail. Elle cite même un message SMS, envoyé par Renaud Bettcher à Jean Wiesel, accusant Nathalie Campagnet d’être la maîtresse de ce dernier. Ambiance.

La Cour reprend aussi un e-mail de Renaud Bettcher envoyé à tous les avocats de Strasbourg et accusant Mme Campagnet de fonctionner seule, de diviser les avocats et de ne pas accepter la direction des membres du conseil de l’ordre.

La Cour d'appel de Colmar (Photo Wikimedia Commons / cc)
La Cour d’appel de Colmar (Photo Wikimedia Commons / Emmanuel Brunner cc)

Cité à trois reprises dans l’arrêt de la Cour, Me Renaud Bettcher prévoit d’envoyer un droit de réponse :

« On m’accuse de harcèlement moral, mais je n’étais pas l’employeur de Mme Campagnet. Je n’ai jamais été amené, dans le cadre de cette procédure, à formuler la moindre observation ni à participer à un quelconque débat contradictoire quant aux faits qui me sont imputés. Je n’ai pas fait l’objet non plus d’une procédure disciplinaire concernant l’affaire de Mme Campagnet, contrairement à ce qui est indiqué. »

« Un véritable calvaire »

En novembre 2010, le conseil de l’ordre suspend les fonctions de Mme Campagnet pour inaptitude. À 52 ans, elle demande la résolution judiciaire de son contrat de travail aux prud’hommes en mai 2011. Défendue par un avocat de Strasbourg, Nathalie Campagnet ne comparaît pas à l’audience devant le tribunal des prud’hommes. Ces derniers ne reconnaissent pas de harcèlement moral et la déboutent.

Pour Me Christophe Béheulière, avocat de Mme Campagnet, sa cliente a vécu un véritable calvaire :

« Lorsqu’elle revient en novembre 2010, le médecin du travail la juge inapte tellement elle est au bout du rouleau. Elle s’est retrouvée entre le marteau et l’enclume, dans une guerre intestine au barreau de Strasbourg qui ne la concernait pas. Il fallait l’éliminer. Ce qui est troublant dans cette affaire, et la Cour d’appel le note, c’est qu’à aucun moment l’ordre n’a pris des mesures pour préserver l’intégrité et la santé de ma cliente. »

Du côté de l’ordre, l’actuel bâtonnier Me Pascal Crehange, reste réservé :

« Nous venons d’être notifiés de cet arrêt. Nous avons deux mois pour décider si nous nous pourvoyons devant la Cour de cassation. La procédure n’est pas encore terminée. »

Certes, la procédure n’est pas terminée mais les montants arrêtés devront eux être payés immédiatement.

Une application pour en finir avec la galère des bons de réduction

Une application pour en finir avec la galère des bons de réduction

Un Strasbourgeois et un Nancéen se lancent dans l’énorme marché des bons de réduction avec Shoppin’Hood, une application capable de rembourser vraiment les consommateurs. Ils appellent les premiers utilisateurs à participer à son financement.

Les bons de réduction, c’est sympa, mais c’est galère. Il faut les découper, les garder soigneusement, les renvoyer avec le bon ticket de caisse… Bref, c’est une logistique hors de portée pour beaucoup de consommateurs. Pour tous ceux qui veulent bien 0,70€ de remise sur leur prochain achat de pâtes mais pas passer une heure à les collecter, un Strasbourgeois s’est associé à un Nancéen pour créer Shoppin’Hood, une allusion au nom anglais de Robin des bois (Robin Hood). Cette application collecte les bons de réduction et les paie cash !

Comment ça marche ? L’utilisateur scanne ou prend en photo ses bons de réduction avec son téléphone, il fait de même avec ses tickets de caisse et voilà, terminé, il est remboursé d’une part variable du montant de ces mêmes bons. Cette part dépend du taux de remplissage de son profil utilisateur. S’il répond à toutes les questions, qui visent à connaître s’il a des enfants, des animaux, s’il est propriétaire ou s’il a une voiture, un jardin, des passions spéciales, etc., il reçoit tout l’argent affiché sur les bons. S’il n’en remplit que 50%, il ne reçoit que la moitié. L’utilisateur pourra aussi choisir de reverser ces montants à des associations caritatives.

Olivier Luet est le cofondateur de la société et le responsable marketing (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Olivier Luet est le cofondateur de la société et le responsable marketing (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Olivier Luet est le responsable marketing et cofondateur, avec Frédéric Dressler, de cette application. Il détaille son principe :

« Chaque année, les marques émettent pour 5,5 milliards d’euros de bons de réduction. Elles n’en paient que 350 millions. Ce taux de retour, autour de 6%, est un constat d’échec pour ce système. Nous allons y mettre fin en proposant d’une part aux marques d’être beaucoup plus efficaces dans leurs campagnes et aux utilisateurs de bénéficier bien plus facilement et systématiquement de ces réductions. »

L'enfer des coupons, Shoppin'Hood propose d'y mettre fin mais ce n'est pas gratuit (Photo Visual Hunt)
L’enfer des coupons, Shoppin’Hood propose d’y mettre fin mais ce n’est pas gratuit (Photo Visual Hunt)

Evidemment, si le service sera « gratuit » pour les utilisateurs, c’est qu’ils sont les produits, en tout cas les cibles. Shoppin’Hood a l’intention de se rémunérer avec des partenariats noués directement auprès des marques et des distributeurs mais surtout, de constituer une base de données étoffée de consommateurs. Des données qui valent de l’or, alors que la publicité en ligne peine toujours à cibler correctement les internautes et que la publicité classique rate sa cible neuf fois sur dix.

Faire évoluer les marques vers l’ère de la conversation

Pour Olivier Luet, cette base de données va pouvoir faire évoluer la relation client :

« Les gens vont recevoir des promotions mais qui les intéressent… Si on n’a pas de jardin, ça ne sert à rien de recevoir des promotions pour des abris ou des tondeuses, de même si on n’aime pas bricoler, on n’a que faire des nouveautés en perceuses. La communication des marques est encore très linéaire, « top down » (d’un seul émetteur vers une multitude, ndlr). Nous allons faire entrer les marques dans l’ère de la conversation, elles s’adresseront aux bonnes personnes et elles auront un retour. »

Shoppin’Hood prévoit de se lancer sans demander leur autorisation aux marques qui émettent des bons de réduction, afin de prouver la pertinence de son service. Olivier Luet reconnaît qu’il s’agit là du principal risque sur l’entreprise, qui aura besoin de beaucoup de fonds pour rembourser les utilisateurs, sans garantie que les marques concernées accepteront de payer ensuite. Mais il est confiant :

« Ça nous prendra un an, peut-être deux mais quand on voit l’état calamiteux du marché des bons de réduction, on pense qu’il est temps qu’une solution efficace et gagnante pour toutes les parties soit proposée. Nous allons “disrupter” ce marché. »

Une maquette de l'application est en test. Le lancement est prévu pour début 2018 (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Une maquette de l’application est en test. Le lancement est prévu pour début 2018 (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Un marché certes ronronnant, mais pour l’instant tenu très fermement par une poignée d’acteurs très importants… La bataille sera rude. Pour se lancer dans les meilleures conditions, les deux cofondateurs font appel aux consommateurs pour financer l’application en devenant actionnaire avec des parts de 50€.

Shoppin’ Hood pourrait être disponible au début de l’année 2018. Les deux entrepreneurs espèrent 100 000€ et promettent un retour de 5% par an et la possibilité de sortir en deux ans.