Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Contre le tracé par le Faubourg National, le collectif bloque la circulation

Contre le tracé par le Faubourg National, le collectif bloque la circulation

À un mois de l’enquête publique sur le tramway vers Koenighsoffen, plusieurs associations d’habitants ont organisé un blocage symbolique rue du Faubourg national en ce jour de marché, afin de motiver les Strasbourgeois à s’exprimer pour le choix du tracé par la gare, qu’elles ont toujours privilégié.

Plusieurs associations d’habitants de la Gare (AHQG), de Koenigshoffen (K-Demain), de l’Elsau (AREL) et des Poteries (ARP) ainsi que de défense de la Nature (Adena), toutes membres du collectif pour le tram à Koenigshoffen ont bloqué la circulation un peu plus d’une demi-heure dans un sens, rue du Faubourg national ce vendredi 10 février.

Comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête de l’article, il s’agissait d’un jour de marché, comme tous les vendredis et mercredis. L’autre axe de circulation n’a pas été fermé, car il permet d’accéder à la clinique. Faire passer le futur tram par le Faubourg national est contesté car le terre-plein central est l’un des rares lieux de vie du quartier. La délibération de la Ville assure que le marché serait en partie maintenu sur autour du tram et déborderait rue de la petite course.

Revirement en 2015

En 2013, la municipalité votait un autre tracé, un prolongement de la ligne C depuis la gare. Mais fin 2015, un revirement ne prévoit plus que trois arrêts jusqu’à l’entrée de Koenigshoffen, mais surtout un autre tracé, par le Faubourg national. Une concertation au printemps 2016, où de nombreuses voix s’élèvent pour le choix initial n’y change rien.

Pour ne pas retarder le projet, le collectif a abandonné la menace de recours, mais espère que toutes les variantes soient présentées lors de l’enquête publique en mars/avril, afin d’obtenir un avis favorable, mais « sous réserve » qu’il s’agisse du tracé par la gare.

Le tramway est très attendu à Koenigshoffen (doc Eurométropole)
Le tracé du tramway vers Koenigshoffen présenté en décembre 2015, avant la concertation (doc Eurométropole)

Des arguments qui ne convainquent pas

La municipalité a justifié que le tracé qu’elle privilégie coûte moins cher que celui du collectif, qui rétorque que cette position ne tient plus :

« Le seul argument en faveur de l’option du passage du tram à travers la rue du Faubourg national a été discrédité en fin d’année 2016 ! En effet, l’Eurométropole avait préféré l’option « Faubourg National » car moins onéreuse : elle était annoncée à hauteur de 29 millions d’euros (contre 47,8 millions pour celle du collectif NDLR). Or l’Eurométropole a rétropédalé : désormais, son projet de 1,5 kilomètres coûterait 42 million d’euros !

Cet écart avait alors été expliqué par les aménagements prévus autour des rails, alors que les coûts des variantes ne portaient que sur les infrastructures du tram.

Le collectif estime que ce choix est coûteux et « cumule les défauts » :

« – Presque – 40% d’offre de tram à l’Elsau, la Montagne-Verte et la Gare-Sud
– Un cadencement vers Koenigshoffen en deçà des besoins: un tram toutes les 10 minutes aux heures de pointes et 30 minutes passé 20h
– L’espace Faubourg National, cœur du quartier gare, sacrifié sans plus-value;
– Aucune perspective de désaturation de la station Homme-de-Fer, pourtant si nécessaire ! »

Appel aux dons bientôt terminé

L’appel aux dons du collectif pour financer une étude d’un expert sur le tracé par la gare a atteint 59% de l’objectif de 10 000 euros, à une semaine de la fin.

Jamais à court de pédagogie sur ses positions, le collectif a aussi réalisé une vidéo sur le projet.

5e « marche des cabanes » contre le GCO dimanche

5e « marche des cabanes » contre le GCO dimanche

Mobilisés contre l’autoroute de contournement de Strasbourg, le « Collectif GCO Non Merci » organise dimanche 12 février une 5e « marche des cabanes », entre Griesheim-sur-Souffel et Pfettisheim. La semaine dernière, le collectif avait inauguré une 8e cabane, une construction légère disposée sur le passage du GCO, afin de permettre à chacun de visualiser l’emprise future de cette autoroute à péage.

Marcher dans le Kochersberg, un plaisir du menacé selon les opposants au GCO (photo collectif GCO Non Merci / doc remis)

Fouilles archéologiques en cours

Côté promoteurs, les fouilles archéologiques et les forages géotechniques ont commencé. Les travaux doivent débuter à l’hiver 2017. Mais le collectif « ne baisse pas les bras et continue les combat » selon ses mots :

« Rappelons que ce contournement, s’il était réalisé, ne résoudrait pas les problèmes d’engorgement aux abords de Strasbourg mais conduirait à toute une série de nuisances supplémentaires, non seulement dans les communes traversées, mais aussi au niveau de l’Eurométropole : bouchons supplémentaires (échangeur d’Ittenheim), augmentation de la pollution atmosphérique dans la plaine rhénane, nuisances sonores tout le long du tracé, disparition irrémédiable de terres agricoles, atteintes graves à la biodiversité… »

Le collectif GCO Non Merci rappelle qu’il mène cette bataille contre l’autoroute également devant les tribunaux, dont plusieurs décisions sont en attente.

Nouvel appel à mobilisation pour sauver la radio Fip

Nouvel appel à mobilisation pour sauver la radio Fip

Radio France a l’intention de fermer les trois dernières stations locales de Fip, sa chaîne musicale et culturelle, à Strasbourg, Bordeaux et Nantes. Selon Rue89 Bordeaux, l’objectif est de gérer l’antenne depuis Paris à la rentrée 2017. Les Fipettes et leurs auditeurs se mobilisent pour tenter d’infléchir cette décision, mettant en avant des audiences en constante progression.

À Strasbourg par exemple, la part de Fip est de 5,2%, en progression de 1,4 point entre septembre-décembre 2015 et septembre-décembre 2016, d’après le récent sondage commandé par la direction des études et de la prospective de Radio France. À Bordeaux, la radio musicale et culturelle se classe 8e radio, devançant ses sœurs France Info, France Culture, France Bleu, France Musique et Mouv’.

Ces bons résultats d’audience, Fip Strasbourg le doit comme à Nantes et à Bordeaux à leurs programmes locaux : une trentaine d’infos locales culturelles « sont déclamées quotidiennement par le timbre voluptueux des Fipettes installées en régions », explique Rue89 Bordeaux, tandis qu’à Marseille, Montpellier, Paris, Rennes et Toulouse, les émetteurs de Fip ne diffusent que le programme national.

Il faut en finir avec les 3 stations

Rue89 Bordeaux a pu consulter le projet de la direction qui stipule : « cette situation atypique crée une disparité entre les différentes villes où Fip est diffusée. » Il faut donc en finir avec ces trois stations. La stratégie de Radio France prévoit de ne pas remplacer les départs à la retraite – une mort lente à un « rythme naturel » selon le document de la direction. Les décrochages locaux du week-end devraient disparaître les premiers. Selon Rue89 Bordeaux, « l’objectif final est de passer de 16 postes partagés entre trois locales (9 équivalents temps pleins) à 6 postes répartis dans 6 villes. »

 

En avril 2015 au cours de l’historique grève de Radio France, Fip craignait déjà pour son avenir (Photo XR / Rue89 Bordeaux)

Comme lors des trois tentatives d’extinction précédentes, c’est la mobilisation des auditeurs pour garder leurs antennes locales qui ont fait reculer la direction. Cette année, une page sur Facebook appelée « Fip toujours ! » rassemble les fans du réseau tandis qu’une pétition sur Internet totalise plus de 23 000 signatures.

Au Shadok : « Fabriquer Inventer Partager » ou les effets créatifs du numérique dans les quartiers

Au Shadok : « Fabriquer Inventer Partager » ou les effets créatifs du numérique dans les quartiers

Des petits robots et des lignes de code peuvent-ils créer du lien et ouvrir des perspectives dans les quartiers ? À Strasbourg, on pense que oui et le Shadok, Horizome et AV Lab ont soutenu un programme nommé « Fabriquer Inventer Partager » pendant deux ans à Hautepierre. Le résultat de ces expérimentations est exposé jusqu’au 8 mars.

Quand on n’habite pas Hautepierre, un quartier à l’ouest de Strasbourg, on ne sait pas forcément ce qui s’y passe ni comment on y vit. La rédaction de Rue89 Strasbourg s’est bien délocalisée là-bas pendant un mois l’an dernier, mais l’association Horizome y est implantée depuis 10 ans. Composée d’urbanistes, d’artistes et de bonnes volontés en tous genres, le collectif travaille à la transformation du terrain et des mentalités sur place, en gardant toujours comme priorité la participation active des habitants et le brassage des connaissances.

Avec le programme « Fabriquer, Inventer, Partager » (FIP), Horizome s’est emparé des outils du numérique et de ses innombrables applications, avec les « makers » du collectif AV Lab. Résultat : de nombreux ateliers, ludiques, simples, accessibles qui ont donné à tous les participants de nouvelles capacités d’action, parfois insoupçonnées.

L’atelier Avatar d’Horizome (Photo Horizome / doc remis)

Apprendre à programmer, pour quoi faire ?

Comme la philosophie du projet repose en premier lieu sur l’ancrage dans le terrain, les initiateurs du FIP sont allés voir les partenaires sur place : Éducation nationale, organismes d’insertion professionnelle, éducation populaire, structures municipales… La première question a souvent été : « mais à quoi cela va-t-il servir ? » Géraldine Farage, directrice du Shadok, répond :

« Nous leur avons exposé les divers ateliers possibles et au final nous nous sommes retrouvés sur le but commun de l’insertion professionnelle. Cela a été facilité par la récente réforme scolaire, qui a introduit l’encodage informatique, le décryptage des médias ou encore la programmation de puces électroniques Arduino dans les écoles. »

C’est grâce à cette mise en réseau que le programme a pu toucher 1 200 jeunes de 14 à 25 ans, à Hautepierre.

Le jeu vidéo « HTP » (Photo Horizome / doc remis)

La technologie, un outil à (se) façonner soi-même

Concrètement, qu’est-ce que cela donne ? Des collégiens qui programment des robots, des ados qui créent un jeu vidéo en modélisant leur quartier et en s’y représentant eux-mêmes, une radio locale en construction, un documentaire réalisé par des jeunes sur l’association de cuisine solidaire Table et Culture, un « fablab » mobile qui se prolonge au Shadok avec des ateliers de réalisation d’objets design…

L’atelier « Stick me up » au Fablab (Photo AV Lab / doc. remis)

Diane Philippe, animatrice d’AVLab, raconte :

« Au Shadok, les jeunes ne voulaient plus partir du fablab, ils faisaient exprès de traîner et parfois ils allaient même conseiller les autres utilisateurs de l’atelier. C’est aussi cette possibilité de fréquenter un lieu plein de personnes différentes partageant les mêmes intérêts qui est importante dans le projet. »

Quel que soit le domaine abordé, toucher au numérique, c’est s’apercevoir que ses possibilités sont accessibles et que l’on peut y appliquer ses propres envies. Ce n’est pas un univers réservé aux diplômés ou aux techniciens. Lors des ateliers, la créativité et l’esprit critique sont encouragés. Beaucoup d’intervenants sont artistes : le plus spectaculaire d’entre eux fut le performer plasticien catalan Marcel Li Antunez Roca, qui à l’été 2015 avait retourné Hautepierre en impliquant ses habitants dans la réalisation d’une immense légende carnavalesque du quartier.

Entre l’utopie et le terre-à-terre, chacun peut s’approprier un moyen de créer – et de ne pas rester simple consommateur de services ou d’applications. À force de remuer ces idées, des initiatives spontanées se sont aussi formées : c’est ainsi que le rappeur Djaless est allé enregistrer au studio du Shadok – à découvrir en direct vendredi 10 février lors du vernissage.

Djaless en studio au Shadok (Photo Horizome / doc remis)

Une réflexion sur le projet et au-delà

En regard de la présentation de tous les projets menés, l’exposition dévoile aussi la trame de conception de « Fabriquer Inventer Partager ». Le programme a en effet été suivi sur toute sa durée par des sociologues et des étudiants en sciences de l’éducation : c’est un laboratoire empirique, auto-réflexif de l’action sociale et du développement local. On y réfléchit sur les manières de créer, mais aussi sur les manières d’enseigner les outils de la création.

Marine Froeliger, coordinatrice de FIP, commente cette démarche :

« Nous avons constaté qu’il ne faut pas tout écrire dans un projet comme celui-ci, pour rester réactifs. Avec les textes et les modélisations qui ressortent aujourd’hui, on peut transmettre l’expérience, et pourquoi pas, l’appliquer ailleurs. »

Pour les curieux de pédagogie innovante, de sociologie participative et de Do It Yourself, ne ratez pas le livret de l’exposition, qui contient une mine d’informations pour prolonger le sujet.

Après le centre, Strasbourg va tenter des mettre ses quartiers au vélo

Après le centre, Strasbourg va tenter des mettre ses quartiers au vélo

Pour les trois dernières années du mandat, l’Eurométropole va continuer quelques aménagements cyclables mais surtout davantage viser les quartiers périphériques, où l’usage du vélo est moins courant que dans le centre de Strasbourg.

Après un questionnaire en ligne en janvier 2016 et des comptages des passages de vélos sur une vingtaine de points (voir plus bas), l’Eurométropole va un peu plus cibler les quartiers périphériques de Strasbourg, souvent populaires, où le vélo est moins entré dans les habitudes qu’au centre-ville.

Dans la grande-île et ses alentours, près de 17% des déplacements se font à bicyclette désormais, soit une part plus importante que celle des transports en commun (13%) et presque autant qu’en véhicule motorisé (19%) selon les extrapolations de l’Agence d’urbanisme de Strasbourg, l’Adeus. Cette part était à 13% en 2009, lors de la dernière grande enquête sur le sujet. Dans le reste de la ville, la part du vélo est passée de 9% à 12%.

Les associations, chargées de motiver les habitants

Pour changer les pratiques dans les quartiers, la municipalité va travailler sur quelques aménagements, mais surtout aider et s’appuyer sur des associations de pratique et d’entretien des vélos (comme CADR 67, Bretz’selle ou A’CRO pour Cronenbourg). Des vélos seront aussi mis à disposition dans les écoles.

L’étude de l’Eurométropole, qui a réuni plus de 4 300 participants et a été complétée par un sondage téléphonique auprès de 600 personnes, s’adressait aux cyclistes comme aux non-cyclistes. Elle a fait remonter que « la cohabitation avec les piétons n’est pas le problème principal », note Jean-Baptiste Gernet (PS), conseiller communautaire en charge des mobilités, en réponse aux nombreuses plaintes de piétons comme de cyclistes que reçoivent les élus, particulièrement rue des Grandes-Arcades et de manière générale dans le centre.

Parmi les raisons qui poussent près d’un Strasbourgeois sur deux (une proportion stable depuis 2009) à ne jamais s’adonner aux joies de la petite reine : les problèmes de santé, d’âge ou de handicap, et l’insécurité sur le vélo, que ce soit dessus, mais aussi la crainte du vol et… la non-possession d’un vélo. A contrario, les aspects pratiques, économiques et de loisir sont ceux qui motivent le plus l’autre moitié des Strasbourgeois à enfourcher leur bécane.

Evolution du nombre de vélos

Les relevés du nombre des passages à vélo en moyenne(doc Eurométropole)

Séparer les cyclistes lents et rapides

Pour Roland Ries (PS), maire de Strasbourg et vice-président de l’Eurométropole en charge des transports, le vélo en ville a atteint désormais atteint « une masse critique ». Le compteur devant la Cité de la musique et de la danse, place de l’Étoile, a recensé 2 141 897 passages en 2016, un total qui ne cesse d’augmenter avec les années.

Un des axes de travail pour le centre sera de mieux séparer les cyclistes lents, qui roulent au pas pour de petits trajets dans le quartier, et ceux plus rapides qui traversent. Les premiers seront incités à partager la chaussée avec les piétons avec autant de civisme que possible, tandis que les seconds seront invités à rejoindre la rue avec les automobiles, quitte à y disposer de couloirs réservés.

Pour autant, il ne faut pas s’attendre à de grands changements visibles. Les nouveaux arceaux à vélo, plus compacts, sont surtout déployés aux abords des places centrales (et parfois sur d’anciennes places de stationnement), pour inciter à ne pas utiliser son biclou sur la place Kléber et les autres lieux très fréquentés par les piétons.

L’aménagement de la piste cyclable quai Pasteur faisait partie des débuts des « autoroutes à vélo » en 2013 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La suite des autoroutes à vélo

Enfin, l’Eurométropole va poursuivre la construction de ses « autoroutes à vélo », sous le nom de Velostras ou REVE (réseau vélo express).

L’un des prochains aménagements visibles pour compléter l’existant sera le réaménagement des quais sud de l’Ill, qui deviendront une « zone de rencontre » avec des voitures se dirigeant vers la Grande-ïle. Il y aura également des aménagements des boulevards vers la gare, pour la « petite rocade », puisque ces deux axes pour vélos ne sont pas complets.

Dans la présentation du plan vélo de 2013, d’ambitieux éclairages nocturnes avec systèmes de détection ou d’enlèvement des feuilles mortes étaient annoncés.

Pour les communes autour de Strasbourg, une discussion avec les maires sera engagée, pour savoir quels sont leurs besoins. Parmi les premiers travaux, l’ex-CUS compte améliorer l’itinéraire du canal de la Marne au Rhin (I – rouge, sur l’image ci-dessous), au nord sur un tronçon de 14,1 kilomètres, mais aussi des aménagements à Geispolsheim, Fegersheim, Holtzheim, Wolfisheim.

Le REVE

Le réseau express vélo sensé mailler le territoire de l’Eurométropole d’ici 2020 (Document remis)

Plus de cohérence grâce à la gestion des routes

Comme l’Eurométropole s’occupe désormais des routes, alors que c’était le rôle du Conseil départemental jusque là, cela pourrait éviter quelques couacs sur le terrain, avec des pistes cyclables terminées mais des routes encore en travaux, ou inversement, espère Robert Herrmann (PS), président de l’Eurométropole.

Ce développement ne passe pas seulement par le déploiement de kilomètres cyclables. De meilleures indications ou des points multiservices, pour réparer ou entretenir son engin, doivent être mis en place. Environ 6 millions d’euros d’investissements sont prévus jusqu’à 2020, après les 20 millions dépensés entre 2012 et 2015.

Avec « Étincelles », des commerçants du centre-ville veulent bousculer la municipalité

Avec « Étincelles », des commerçants du centre-ville veulent bousculer la municipalité

Des commerçants du centre-ville de Strasbourg, insatisfaits de l’évolution de leur quartier, se sont réunis mardi soir pour constituer un collectif nommé Étincelles. Ils comptent ainsi faire entendre leurs revendications par la municipalité. Rue89 Strasbourg était à cette soirée fondatrice, dans une ambiance électrique.

« Enfin là, on dirait surtout que vous voulez sortir le fusil contre la municipalité.
– Mais ce n’est pas un fusil qu’il faut, c’est un missile ! »

L’échange est vif, c’était le but de cette soirée « parole libre » où quelques noms d’oiseaux ont volé. Elle se déroule mardi soir, dans un salon du pâtissier Christian à Strasbourg, où une trentaine de commerçants ont fait le déplacement.

La raison : une insatisfaction vis-à-vis de la situation du centre-ville pour leurs commerces. L’initiative de Christophe Meyer et de sa sœur Isabelle Felten, gérants des deux enseignes Christian, vise à « décloisonner » les associations de commerçants (Vitrines de Strasbourg, Cœur gourmand, Carré d’or, etc.), faire « remonter les difficultés et les idées », pour mieux se faire entendre. Dans le collimateur : la municipalité de Strasbourg.

Ce cauchemar du centre-ville de Strasbourg

Chacun devait venir « en son nom » et pas en celui d’une association. Certains problèmes évoqués ont « au moins 30 ans », d’autres sont plus récents.

Les commerçants présents ont dressé un portrait de la grande-île de Strasbourg qui peut paraître quelque peu apocalyptique : « une porcherie » d’abord, difficile d’accès en plus, un tramway « infréquentable » évidemment, des parkings forcément trop chers et pas assez nombreux, des vélos qui terrorisent les passants et découragent les clients, des pickpockets en liberté, une vie nocturne où « on s’emmerde » et qui incite les jeunes à préférer les soirées en appartement, une opération « Strasbourg Mon Amour » qui ne ramène aucun touriste…

On continue ? Un parking place de Bordeaux annoncé depuis deux ans mais qui ne vient pas, un Parlement européen qui profite surtout aux locations AirBnb et aux hôteliers allemands, le stationnement entre 12h et 14h devenu payant…

Conclusion logique : « Les Strasbourgeois ne viennent plus dans le centre », mais les habitants des communes aux alentours non-plus, car « c’est trop compliqué », en particulier pour y accéder et par manque d’information.

Le Marché de Noël, rhabillé pour l’année

Quant au Marché de Noël, il serait « en perte d’identité », en « manque d’animation » et l’image d’une ville fermée qu’il renvoie a été très critiquée. La fréquentation est annoncée en hausse ? Qu’importe, les commerçants présents ont le sentiment inverse. Selon une personne dans l’assistance, les chiffres communiqués lors des bilans seraient inventés. « Quand les gens lisent ça dans la presse ensuite, ils ont l’impression qu’on est des nantis ! », s’énerve un commerçant. Une partie de l’assemblée insiste sur l’importance de porter le débat sur « les onze autres mois ».

La situation est-elle si dramatique ? En termes de pourcentage de locaux commerciaux vides (moins de 5%), le centre-ville de Strasbourg figure pourtant parmi les plus dynamiques de France. Mais s’ils ont vu certaines taxes augmenter ces dernières années, les commerçants n’ont pas constaté d’amélioration des services, comme le résume Christophe Meyer :

« À part la rénovation de la place du Château et les éclairages de la cathédrale, que s’est-il passé au centre-ville ? Rien. Alors qu’au Port-du-Rhin, au Wacken, à Vendenheim, se sont des nouvelles villes qui se construisent. »

La grosse inquiétude appelée « ZAC Vendenheim »

L’agrandissement de la zone commerciale au nord de Strasbourg, déjà l’une des plus grandes de France en surface, pour laquelle l’Eurométropole va débourser 9,7 millions d’euros revient régulièrement dans les inquiétudes et les griefs des commerçants. La question, soulevée par une participante, est de s’y opposer frontalement ou pas, de trouver des passerelles, des partenariats, des boutiques éphémères…

Christophe Meyer, commerçant à l’initiative de la soirée (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Après le temps des critiques, vient celui des propositions. Le problème est que si les échanges sont cordiaux avec les élus, certaines décisions majeures seraient prises sans que les commerçants en soient informés, selon certains participants. La mise en place du stationnement payant entre 12h et 14h est dans toutes les têtes. Les commerçants espèrent faire annuler cette mesure « qui a fait fuir même la clientèle aisée », et fustigent le déploiement d’arceaux à vélo sur des places auparavant consacrées au stationnement des véhicules.

Pour un commerçant, la Ville n’a pas de vision pour son centre à long terme :

« Si le projet est que la ville soit piétonne dans 5 ou 10 ans, ce qui n’est pas forcément mon souhait mais qui est une possibilité, il faudrait qu’on le sache et que l’on puisse anticiper. »

Et alors déployer des propositions, des taxis électriques dans le centre, des vélos-cargo pour transporter les personnes et développer la livraison à vélo du dernier kilomètre, des navettes électriques dans la grande-île (à l’instar des véhiclules Cristal qui seront en test à partir de septembre), etc.

Parmi les idées, des parkings en plein centre

Parmi les autres idées évoquées en vrac : un parking (imaginé rue de la Fonderie) où les enseignes loueraient à l’année quelques places pour leurs clients, la gratuité des tramways ou des parkings pour les acheteurs, un stationnement gratuit 15 minutes et où l’on paierait 5 euros au-delà, une consigne où laisser ses courses, ses affaires ou demander se faire livrer, une conciergerie, des ouvertures « un dimanche par mois » ou « en nocturne » une fois par semaine…

Tous les problèmes évoqués ne sont pas du ressort de la municipalité. La qualité de l’accueil dans les magasins a aussi été déplorée par certains consommateurs. Les gérants de commerces indépendants regrettent que les chaînes qui investissent le centre-ville soient peu impliqués dans son animation, sa qualité et sa défense.

Quant au Marché de Noël, une idée plusieurs fois évoquée est de décaler ses horaires d’ouverture. En début de journée, le centre resterait facilement accessible aux Strasbourgeois, puis une ouverture à la nuit tombée après 16h, coïncidant avec les illuminations, serait davantage à destination des touristes, avec une fermeture plus tard, jusqu’à 22h ou minuit. Laisser des locaux vacants au pays invité a aussi été proposé.

Des petits groupes pour former des étincelles

Les participants ont promis de se recontacter pour former des « petits groupes de travail » autour de plusieurs thématiques, par exemple l’animation, les mobilités ou l’aménagement. L’objectif est ensuite de présenter des propositions étayées aux élus, qui pour certains en ont pris pour leur grade mardi soir. Des participants ont aussi signalé que les actions en faveur des commerçants n’ont pas été meilleures quand la droite dirigeait la Ville, entre 2001 et 2008.

Pour l’instant, il n’y a pas de structure formelle. Mais ce nouveau collectif de commerçants prendra le nom d’Étincelles. Il compte ensuite s’ouvrir aux habitants et aux usagers du centre-ville. Christophe Meyer imagine faire émerger « trois ou quatre interlocuteurs » avec la Ville, car il pense que tout seul, il est difficile de « négocier sans trop sympathiser et faire des compromis défavorables. » Directeur des Vitrines de Strasbourg, la plus importante association de commerçants, Pierre Bardet, présent mardi soir, a pu entendre le message.

Ce n’est pas la première initiative de commerçants remontés. Il y a quelques mois, l’association Défis a été lancée par Michel Pirot, ancien président des Vitrines de Strasbourg. Plusieurs membres de Défis étaient présents mardi soir.

Après un mois payant, le Marché-Gare est à nouveau gratuit pour les particuliers

Après un mois payant, le Marché-Gare est à nouveau gratuit pour les particuliers

L’accès au marché professionnel de Strasbourg à Cronenbourg a bien été payant pour les particuliers… pendant un mois. Après un test en décembre, la mesure a finalement été abandonnée. De nouvelles discussions sont prévues.

Fin octobre, Rue89 Strasbourg annonçait qu’un prix d’entrée de 7 euros serait fixé pour accéder au Marché-Gare à Cronenbourg, entre le dépôt CTS et Ikéa, à partir du 15 novembre. Ce marché de gros est normalement réservé à l’usage des professionnels de Strasbourg. Mais en l’absence de contrôle à l’entrée, beaucoup de particuliers viennent aux aurores pour s’approvisionner.

Les prix ne sont pas forcément plus avantageux qu’en grande surface, mais les produits sont d’excellente qualité, il est facile d’y accéder et les places de parking sont nombreuses. Pour certains commerçants du centre-ville, le Marché-Gare représente une concurrence déloyale. Tout récemment nommé adjoint au maire en charge du commerce, Paul Meyer (PS), avait alors annoncé un prix d’entrée, pour décourager les particuliers. Las, la mesure n’aura duré qu’un mois. Depuis janvier, les particuliers peuvent de nouveau venir faire leurs courses à côté des professionnels au Marché-Gare.

C’était un test en fait

Paul Meyer ne l’a pas claironné, mais il précise aujourd’hui que ce prix d’entrée n’était qu’un test :

« La période de Noël est un pic très difficile à gérer, avec beaucoup plus de clients que le reste de l’année. Il n’est pas normal que les coûts supplémentaires pour l’accueil et la sécurisation soient seulement portée pour la Samins (la Société d’aménagement et de gestion du marché d’intérêt national de Strasbourg, une société d’économie mixte de la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, ndlr), ce qui organise une concurrence déloyale pour d’autres commerces. Le prix de 7 euros était un point d’équilibre. Maintenant, il faut regarder les chiffres et on va relancer une concertation avec la Samins et les commerçants. »

La décision d’instaurer un tarif d’entrée avait provoqué de nombreuses réactions à l’automne. Certains Strasbourgeois regrettaient que l’interdiction ne soit totale, comme l’exige l’article L761-1 du code du commerce et d’autres souhaitaient que la situation ne change pas.

La réglementation non-appliquée

Côté commerçants, on ne digère pas d’avoir lu que ce prix était une demande de l’association de commerces alimentaires du centre-ville Cœur gourmand, alors « qu’on n’a jamais rien demandé ! », a déploré l’un d’eux lors de la première soirée du nouveau collectif de commerçants, Étincelles.

En revanche, certains commerçants souhaiteraient en effet que la réglementation s’applique, à savoir qu’un contrôle soit mis en place à l’entrée. Paul Meyer se dit défavorable à une interdiction stricte, mais répond que beaucoup de commerçants des marchés voulaient un accès restreint.

Le marché gare se situe à la limite de Cronenbourg et de Schiltigheim, à deux pas de l’autoroute (capture d’écran Google Maps)

Trop cher à surveiller

Aux commerçants, la Samins a aussi fait savoir qu’à certains moments de l’année, l’emploi de salariés chargés de surveiller l’entrée ne serait pas couvert par les recettes des tickets d’entrée. Une hypothèse confirmée par Paul Meyer, qui poursuit avec un propos plus politique sur le sujet :

« Il faut aussi s’interroger sur les manières d’échanger, de produire et de consommer. Tous les Strasbourgeois se plaignent de leurs commerces de proximité comme le boucher disparaissent. Mais c’est en maîtrisant les extensions commerciales que l’on préserve le commerce. C’est comme cela que le centre-ville de Strasbourg est celui avec le moins de commerces vacants. »

Il reste néanmoins la possibilité de formuler un recours pour exiger l’application stricte du code du commerce. Mais à ce jour, aucune association ou fédération de commerçants n’a souhaite porté le cas devant les tribunaux.

Au RSA et encore trop riche pour bénéficier du tarif le plus bas de la CTS

Au RSA et encore trop riche pour bénéficier du tarif le plus bas de la CTS

Des Strasbourgeois vivant du RSA socle ne bénéficient plus de l’abonnement le moins cher de la tarification solidaire de la CTS. Car le RSA a été légèrement revalorisé tandis que le barème de la CTS est resté le même depuis… 2010. Pour quelques euros, certains ont la mauvaise surprise de voir le prix de leur abonnement doubler.

À quel point faut-il être pauvre pour bénéficier du tarif le plus bas des transports en commun de Strasbourg ? Même en étant au RSA, c’est encore trop pour avoir droit aux prix les moins chers de la tarification solidaire de la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS), à savoir l’abonnement à 5,50€ par mois.

Calculés selon les quotients familiaux (basés sur les ressources d’un foyer), trois niveaux différents d’abonnements mensuels existent (voir ci-dessous).

La tarification solidaire de la CTS permet trois niveaux de réduction (Capture d'écran Gide tarifaire CTS)
La tarification solidaire de la CTS permet trois niveaux de réduction (Capture d’écran Gide tarifaire CTS)

D’après la CTS, plus de la moitié des abonnés (56%) bénéficient des prix des abonnements solidaires, c’est-à-dire des tarifs allant de 24,90€ à 5,50€ par mois, au lieu de 49,80€ en plein tarif. Une proportion qui reste stable indique la CTS, qui reconnaît néanmoins que des abonnés ont changé de tranche.

Trop « riche »du jour au lendemain

Car depuis 2010, le RSA socle a légèrement augmenté, étant revalorisé en fonction de l‘inflation, de l’indice de référence des loyers, etc. Il est à ce jour à 470,95€ par mois pour une personne seule. Mais le barème solidaire de CTS, lui, n’a pas varié. Résultat, des usagers indemnisés au RSA ont changé de tranche et vu doubler le prix de leur abonnement (12,80€ par mois).

Les tarifs des abonnements sont calculés selon le quotient familial. Pour une personne seule, il s’agit du RSA ajouté à l’Allocation Logement, le tout divisé par deux. Par exemple, une personne seule qui vit du RSA socle et paye un loyer de plus de 255€ bénéficie d’une allocation logement de 272€. On considère que son revenu est de 742,95€, et donc son quotient à 371. La voilà dans la deuxième tranche, entre 351 et 550€.

Des personnes se retrouvent dans le niveau supérieur depuis septembre 2013, où une personne bénéficiant d’un RSA socle de 433,76€ et d’une allocation logement de 270,63€ (pour un loyer de plus de 255€), avait déjà un quotient de 352. Alors qu’en janvier 2012, la même personne percevait 417,74€ de RSA et restait « éligible » au premier prix, avec un quotient de 348.

Un couple au RSA, touchant 802,76€ pour deux, tombe directement dans la deuxième tranche.

En présentant leur attestation de quotient familial à l'agence CTS, certains découvrent qu'ils doivent payer le double de leur tarif habituel (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
En présentant leur attestation de quotient familial à l’agence CTS, certains découvrent qu’ils doivent payer le double de leur tarif habituel (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

Pour certaines personnes qui travaillent avec des personnes dans le besoin touchés par cette situation, il est temps de questionner la pertinence du barème :

« Peut-être que les quotients ne sont pas forcément adaptés, ils ne bougent pas, il n’y a pas d’évolution. Il y a un bilan à demander. Est-ce que la ville a réfléchi à l’évolution des revenus ? »

Inégalité de logement = inégalité d’abonnement

Surtout, le barème introduit des incohérences et des inégalités entre les personnes les plus en difficulté : comme le RSA est le même pour tous, c’est l’allocation logement qui détermine le quotient, et donc le prix de l’abonnement CTS.

À partir d’un loyer de plus de 215€ pour une personne seule, l’allocation logement est de 232€, ce qui donne un quotient de 351 et fait basculer dans la seconde tranche. Il faut avoir un loyer de moins de 210€ et donc une allocation logement de 227€ pour avoir un quotient de 348 et rester dans la première tranche. Certains professionnels de l’aide sociale alertent sur l’inégalité que cela crée :

« C’est un barème curieux, pas très cohérent entre les personnes. C’est le montant du loyer qui détermine les variations du quotient : si une personne n’a pas la chance de bénéficier d’un appartement à bas tarif, elle ne bénéficie pas non plus du tarif CTS le plus bas. En plus, l’allocation n’est pas une ressource pour les gens, elle est versée au propriétaire. »

Depuis 7 ans, les critères pour circuler à tarif préférentiel sur le réseau CTS n'ont pas évolué (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
Depuis 7 ans, les critères pour circuler à tarif préférentiel sur le réseau CTS n’ont pas évolué (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Contactée, la CTS renvoie vers l’Eurométropole par la voix de sa directrice commerciale, Camille Janton :

« La tarification solidaire nous est imposée, on applique une décision du conseil de l’Eurométropole. Effectivement, le barème n’a pas évolué depuis le début et on a bien constaté que des gens ont été passés dans une tranche supérieure. Mais c’est aussi parce que le quotient familial reflète au mieux les différentes ressources des personnes, qu’il prend en compte plusieurs paramètres, qu’il a été choisi par l’Eurométropole. »

« Un dispositif toujours socialement intéressant »

À l’Eurométropole justement, on considère que si le système induit quelques situations regrettables, il n’est pas question de changer quoi que ce soit pour l’instant. Alain Fontanel (PS), vice-président de l’Eurométropole et président de la CTS, évoque des problèmes de seuils :

« C’est le principe, quand le revenu augmente, le tarif augmente. On s’était posé la question de la réactualisation, mais la proportion de gens bénéficiant du QF1 a plutôt augmenté, on en est à 21% des abonnés. Si cette catégorie se vidait, on reverrait les critères, mais il faut garder un certain équilibre aussi, qu’il n’y ait pas une majorité de gens qui payent le tarif le moins cher. »

Le manque à gagner de la CTS est directement compensé par l’Eurométropole. Pour Alain Fontanel, le fonctionnement actuel est satisfaisant :

« Quand on a mis en place la tarification solidaire, il y a eu 30% d’abonnés en plus, ce qui prouve son utilité. Aujourd’hui, 42% des abonnés payent au maximum 12,80€ par mois, car sur 120 000 abonnés, 51 000 relèvent des quotients 1 et 2. Surtout, deux tiers des personnes payant plein tarif se font payer la moitié de l’abonnement par leur employeur. Tout comme les personnes relevant du QF3 qui sont salariées, car il y en a. Donc c’est quand même un dispositif socialement intéressant. »

Pour ceux qui en bénéficient encore.

Avec La La Land, Damien Chazelle accomplit la promesse du 7ème art

Avec La La Land, Damien Chazelle accomplit la promesse du 7ème art

Son précédent succès, Whiplash, chronique d’une rivalité masochiste, ne laissait rien présager de la tendresse de son auteur. On ne pouvait même soupçonner son intense cinéphilie, son amour de la comédie musicale et son goût pour la mélancolie. Pourtant, deux ans plus tard, Damien Chazelle vient bouleverser le cinéma avec le somptueux La La Land.

Il y a peu, Martin Scorsese s’épanchait dans les médias en révélant que le cinéma, tel qu’il l’avait connu, était bien mort. Venant d’un immense défenseur du 7ème art, garant acharné de bon nombre d’œuvres oubliées, le constat paraissait alarmiste, voir désespérant.  Fort heureusement, un jeune cinéaste américain nommé Damien Chazelle est, dans l’intervalle, venu réconcilier passéistes et utopistes.

L’acteur dans un rôle mémorable (Copyright SND)

I feel good

La La Land est une comédie musicale narrant la rencontre d’une actrice en herbe et d’un jazzman maudit dans un Los Angeles de carte postale. De l’amour du jazz dans sa forme la plus classique au culte du musical des années 50, des décors carton-pâte des rues de studio aux chorégraphies où l’on tournoie dans des robes colorées, le réalisateur prône une nostalgie forcenée.

Le culte du « c’était mieux avant » peut se révéler fondamentalement irritant et stérile. Nombres de cinéastes ont tenté de nous servir des ersatz des standards de l’âge d’or hollywoodien. En ont résulté souvent des purs exercices de style et des propositions incomplètes.

En un sens, La La Land serait, dès le premier instant, le feel good movie par excellence. La scène d’ouverture impressionne, la musique séduit, les comédiens sont désarmants de charisme. Chazelle donne précisément à voir tout ce que le cinéphile attend. Le film est drôle, habilement référentiel, parfaitement rythmé. On le savait doué, et le réalisateur confirme aisément les espoirs fondés en son talent. L’œuvre n’offrirait que cela, elle serait déjà une appréciable réussite. Mais aucun film majeur ne saurait se satisfaire du vernis de la virtuosité.

Le duo sous un ciel superbe (Copyright SND)

Le talent réside dans la simplicité

Scorsese, toujours lui, avait tenté en 1977 de marier la comédie musicale classique au déchirement excessif de deux amants dans New York, New York. Ses personnages n’étaient pas des stéréotypes. Ils habitaient le décor, ils étaient de chair et de sang.

La La Land poursuit un même but. Le film opère un insidieux glissement, de la frivolité vers la substance, de la comédie au drame, sans se départir de son identité. Chazelle rassemble ses thèmes musicaux, se fait grave pour aborder une relation qui se délite, pour entrevoir les concessions inhérentes à toute existence, pour ouvrir une porte sur les sacrifices d’un artiste et les regrets qui s’en suivent.

Boy meets girl. Et tout part de là, les joies comme les déceptions. C’est simple comme quelques notes jouées sur un piano. C’est simple comme un ultime regard, un champ-contrechamp de l’un à l’autre, un fondu au noir. Et parce que la véritable grandeur tient à la simplicité du geste, La La Land a déjà une place parmi les monuments du 7ème art.

Le défilé de carnaval de Strasbourg ne veut plus faire peur aux enfants

Le défilé de carnaval de Strasbourg ne veut plus faire peur aux enfants

Pour une fois, le carnaval de Strasbourg aura lieu avant Mardi-Gras. Le départ de la cavalcade est programmé dimanche 26 février à 14h11. Autre nouveauté, il n’y aura plus de chars motorisés surmontés de caricatures à gros nez. À la place, l’association Arachnima envoie dans les rues ses « bidulos », des véhicules plus petits, tractés par les carnavaliers et pensés pour les enfants.

Après 25 années d’un carnaval d’inspiration rhénane, avec ses fanfares et ses chars aux thèmes satiriques, la municipalité de Strasbourg change de partenaire et oriente la manifestation vers les enfants. Lors d’une conférence de presse mardi, Mathieu Cahn (PS), adjoint au maire en charge de l’animation, a précisé les raisons de ces modifications :

« Peu après le carnaval l’an dernier, l’association Stras’Carnaval nous a indiqué qu’elle manquait de bénévoles et qu’elle ne souhaitait plus être en charge de la réalisation des chars pour la cavalcade. Nous en avons profité pour repenser entièrement la manifestation. Cette année, la cavalcade sera « à hauteur d’enfant », les véhicules seront moins grands et participeront à un imaginaire qu’ils pourront comprendre. On n’aura donc plus de chars avec des messages satiriques ou politiques, ni tractés par des véhicules. »

Des « bidulos » à la place des gros nez

À la place des chars surmontés de personnages aux gros nez, l’association Arachnima va proposer des « bidulos », des modules de quelques mètres de haut tout de même, dans un « patchwork visuel, coloré, aérien et festif » mais « aux coeurs battants », c’est à dire tractés par des carnavaliers. Treize modules sont prévus. Arachnima a repris la subvention destinée à la construction des chars, soit 60 000€.

Une demi-tonne de confettis devraient être projetée sur le public (Photo IDSquare / FlickR / cc)

Autre changement d’importance, le carnaval de Strasbourg est avancé de plusieurs semaines. Il aura lieu cette année dimanche 26 février, soit avant Mardi-Gras. C’est plus risqué en terme de météo mais selon Mathieu Cahn, seule une « alerte orange » pourrait conduire la municipalité à reporter les festivités.

Le parcours de la cavalcade a été légèrement modifié également : le départ est prévu à 14h11 route de Vienne, devant la Cité de la Musique et de la Danse. Puis le cortège se rendra rue de la Brigade Alsace-Lorraine, place d’Austerlitz, rue des Orphelins, rue de Zurich, quai des Bateliers, rue du Vieux-Marché-Aux-Vins pour terminer place Gutenberg et non plus place Kléber.

38 éléments dans le cortège

Bidulos compris, le cortège sera composé de 38 éléments, soit un bon millier de carnavaliers. Il y aura plusieurs compagnies de théâtre de rue, professionnelles ou amateurs, essentiellement de France, comme La Fabrique à Délices de la compagnie Remue Ménage :

Déjà vus à Strasbourg, mais toujours sympathiques, les Poules de la Compagnie Démons et Merveilles seront de retour :

Une place de l’Étoile transformée en parc de loisirs

Un volume similaire aux années précédentes mais la durée du défilé devrait être raccourcie, en raison d’une proportion moindre de fanfares et d’une marge de sécurité moins importante entre les éléments puisqu’ils ne sont pas motorisés. Une tonne de bonbons sont prévus pour être jetés sur les bambins en délire, ainsi que 500 kg de confettis.

En outre, de 12h à 15h, la place de l’Étoile sera transformée en une aire de jeux sécurisée pour préparer les enfants au défilé, avec ateliers de maquillage, animation musicale et cerfs-volants.

La municipalité prévient que des dispositifs anti-intrusion de véhicules seront mis en place, ce qui avec d’autres mesures de sécurité, neutralisera plus de places de stationnement que précédemment. L’ensemble des manifestations liées au carnaval revient à environ 150 000€ à la Ville de Strasbourg, une enveloppe identique à celle des années précédentes.

Contre la désinformation, Rue89 Strasbourg s’allie à 15 rédactions

Contre la désinformation, Rue89 Strasbourg s’allie à 15 rédactions

Rue89 Strasbourg s’associe à 15 autres médias pour lutter contre la diffusion de fausses informations. La rédaction va participer à Crosscheck, un consortium mis en place par le Google News Lab et First Draft en France.

Lundi 6 février First Draft et Google News Lab ont annoncé au News Impact Summit de Paris le lancement de CrossCheck. Cet outil de vérification collaboratif est destiné à aider les citoyens à savoir à quoi et à qui se fier dans les flux des informations issues des réseaux sociaux ou de recherches sur Internet au cours des prochains mois. Rue89 Strasbourg fait partie des médias participant à cette plate-forme.

Avant l’élection de Donald Trump aux USA, les rumeurs ont été plus partagées que les articles d’information (Photo Pasa47 / Visual Hunt)

16 rédactions sont déjà parties-prenantes

Avec l’approche de l’élection présidentielle française, 16 rédactions vont former et mobiliser des journalistes pour s’assurer que les rumeurs, fausses déclarations et autres informations parcellaires soient rapidement détectées et que les nouvelles trompeuses ou fallacieuses soient signalées.

À l’aide des technologies développées par le Google News Lab et CrossCheck, les journalistes, dont ceux de Rue89 Strasbourg, vont collaborer pour identifier et vérifier les contenus qui circulent en ligne, qu’il s’agisse de photos, de vidéos, de « memes », de commentaires ou de sites d’actualités.

Parmi les premiers partenaires du projet figurent l’AFP (Agence France-Presse), BuzzFeed News, France Médias Monde (via les Observateurs de France 24), France Télévisions, Global Voices, Libération, La Provence, Les Echos, La Voix du Nord, Le Monde (Les Décodeurs), Nice-Matin, Ouest-France, Rue89 Bordeaux, Rue89Lyon, Rue89 Strasbourg et StreetPress.

Chaque rédaction mobilisera son expertise, ses ressources et sa connaissance du terrain pour accélérer et approfondir le processus de vérification et s’assurer que tous les citoyens aient accès à des informations vérifiées. Le public sera également incité à participer : les lecteurs pourront envoyer leurs questions et des liens vers les sites et contenus douteux afin que CrossCheck puisse mener une enquête. Toutes les questions seront recensées sur un site dédié, où figurera également le résultat des investigations de CrossCheck.

Les médias participant à Crosscheck (doc remis)

« Un moment crucial pour la France »

En tant que partenaire du réseau collaboratif First Draft, Facebook offrira aux membres du projet CrossCheck l’accès à CrowdTangle, un outil facilitant l’identification et le suivi des contenus sociaux en lien avec les élections.

Le projet bénéficiera de l’expérience et des enseignements que First Draft et le Google News Lab ont tirés de leur participation à Electionland, une initiative collaborative pour découvrir et rapporter les preuves de manipulation des électeurs au cours de l’élection présidentielle américaine de novembre dernier.

La directrice générale de First Draft, Jenni Sargent, explique :

« Nous observons depuis longtemps la qualité du travail de vérification réalisé par de nombreuses rédactions en France. Face à un défi de cette ampleur, c‘est vraiment l’union qui fait la force. En collaborant avec de nombreuses rédactions et en ouvrant le projet au public, je suis convaincue que nous serons en mesure de contribuer à limiter le flux de désinformation à un moment aussi crucial pour la France. »

CrossCheck sera lancé le lundi 27 février. Des étudiants du Centre de formation des journalistes et de Sciences Po y seront également impliqués. Quant aux lecteurs, ils pourront partager leurs propres démystifications et leurs reportages qui seront publiés après vérification.

#désinformation

Vétéran du parkour, Jihane Dehbi : « un bon saut est un saut où tu restes entier »

Vétéran du parkour, Jihane Dehbi : « un bon saut est un saut où tu restes entier »

Vous êtes-vous déjà demandé qui sont ces drôles de personnages qui jouent les acrobates dans la ville ? L’un d’entre eux, Jihane Dehbi, nous a raconté sa passion pour le « parkour » à Strasbourg, le temps d’un entraînement. Une approche autant physique et technique que philosophique.

Sous un ciel couvert, les bourrasques glaciales s’engouffrent entre les rues de Strasbourg et balaient la surface de l’eau près du centre commercial Rivétoile. Au dessus du bassin Malraux, Jihane Dehbi, jogging large et sweat à capuche, joue les funambules sur la rambarde. Après un instant de concentration, il bondit sans élan d’un bord à l’autre du pont dans un saut de précision de quasiment trois mètres. Simple entraînement de routine, malgré l’air surpris de quelques spectateurs.

Sur la passerelle de Rivetoile, Jihane s’exerce au saut de précision, un grand classique. (Photo VP / Rue89 Strasbourg)

Un des premiers pratiquants à Strasbourg

Âgé de 33 ans, il a été l’un des premiers pratiquants de « parkour » à Strasbourg, cette discipline qui consiste à se déplacer en enchaînant les sauts et le franchissement d’obstacles en milieu urbain.

Il doit sa passion à une rencontre, avec le groupe des Yamakasi à Paris en 1999. Ces derniers connaîtront la gloire en 2001 avec le film éponyme. Jihane a alors seulement 16 ans. Le jeune homme part alors sur de bonnes bases. Gymnaste dès l’enfance, champion de France à 17 ans, il possède un solide bagage technique et une constitution physique d’athlète. Une expérience qui l’a aidé à progresser rapidement :

« La gym, ça aide pour la souplesse, savoir se situer dans l’espace, connaître son corps et se muscler. On est à l’aise au niveau acrobatique mais ça peut être un problème un niveau du mental. Les gymnastes sont habitués à travailler avec des tapis de réception, pas comme en parkour où ils vont plus hésiter. »

Il fut aussi basketteur à la SIG, entre la troisième et la fin du lycée. Une activité qui, de son propre aveu, ne lui a absolument rien apporté dans la pratique du parkour :

« À l’époque, on ne nous apprenait pas à nous réceptionner quand on montait au panier. J’ai justement du arrêter à cause d’une blessure. »

Ses premiers entraînements ont lieu autour de l’allée des Comtes à Koenigshoffen où vit sa mère et à Illkirch-Graffenstaden, chez son père. Une cabine téléphonique, les rambardes devant l’Illiade ou le parvis de la mairie d’Illkirch constituent autant de terrains de jeu :

« Au début, on fait ça dans son coin. Je ne quittais pas l’entraînement avant d’avoir réussi trois ou quatre répétitions. Parfois, je rentrais à une heure du matin, ce qui rendait fou mon père. »

Même incompréhension lorsqu’il était élève du lycée Le Corbusier à Illkirch-Graffenstaden :

« Mes copains au lycée se demandaient pourquoi je sautais dans la cage d’escalier. À l’époque, ce sport n’était pas médiatisé. »

« Les fractures sont rares »

Aujourd’hui, même si Internet a popularisé le parkour, sa pratique interpelle souvent les curieux. Ce jour-là, ils sont quelques-uns à observer Jihane s’élancer au dessus du vide. Réception parfaite, « un bon saut est un saut où tu restes entier », dit-il, un brin inquiétant.

Et si la pirouette est ratée ? Le traceur, le nom que se donnent les pratiquants de parkour, assure que « les fractures sont rares. La plupart des blessures sont des entorses ou des tendinites liées à une mauvaise préparation physique. » L’art de la réception consiste à avoir le corps légèrement incliné, à la renverse, au moment où les pieds touchent le sol ou la rambarde. S’ils glissent, c’est un aller simple pour l’eau glacée. Pas de quoi refroidir l’acrobate :

« La peur fait partie de chacun de nous, c’est ce qui va te dire de ne pas faire le con. Tu tomberas surtout si tu penses que tu vas tomber. »

Même si, par -4°C et vent glacé, la pensée positive du jour est passée de « j’ai pas peur » à « j’ai pas froid. »

A 33 ans, Jihane Dehbi fait partie de la première génération de traceurs à Strasbourg (Photo VP / Rue89 Strasbourg)

« Au début, les gens nous regardaient bizarrement avec nos pantalons amples et nos tenues noires »

Strasbourg possède « quelques coins intéressants » : la fac de droit, les Halles, le musée d’art moderne, l’Esplanade… Jihane regrette la destruction d’un des meilleurs endroits, surnommé le béton, en face du centre commercial Auchan de Hautepierre (on peut le voir dans cette vidéo). À Rivétoile, outre les passerelles, Jihane apprécie les nombreux bancs en pierre devant l’entrée ouest, autant de possibilités de figures.

Après quelques sauts de chauffe, il se lance dans un enchaînement de blocs en blocs, caméra GoPro dans la bouche. C’est « plus stable qu’avec un harnais », assure-t-il. Des promeneurs s’arrêtent. Certains prennent des photos. Le parkour jouit d’une bonne réputation, ce qui n’était pas si évident au commencement :

« Aux débuts, les gens nous regardaient bizarrement avec nos pantalons amples et nos tenues noires marquées du logo de notre groupe. »

La police d’abord suspicieuse, puis entraînée à la discipline

Il assure avoir été toujours prompt à saluer les curieux et à leur expliquer le comment et le pourquoi de ce sport. Idem avec la police, plus ou moins compréhensive selon les agents. La popularisation du parkour a pourtant fait s’intéresser les forces de sécurité à cette discipline. Jihane a déjà entraîné une quinzaine de membres de la Police nationale de Strasbourg il y a deux ans. Les sapeurs pompiers aussi, avec des formations à Strasbourg, Colmar et Metz où étaient réunis des agents alsaciens, lorrains, belges et luxembourgeois. Objectif : développer leurs capacités tactiques lors d’interventions grâce au franchissement d’obstacles.

Les mentalités changent : « même Roland Ries vient nous voir au NL Contest ! », rigole Jihane. Cette grande compétition rassemble différents sports issus de la culture urbaine, dont le parkour. Plus de 30 000 spectateurs étaient présents en 2016.

Jihane regrette toutefois l’impact parfois négatif des films qui ont popularisé le parkour en donnant au public une mauvaise image de ses pratiquants  :

« Le film Yamakasi a un bon fond mais ça nous donne un peu une image de cambrioleurs. C’est pareil avec Banlieue 13 qui fait penser que c’est uniquement réservé aux jeunes de cités. Et dans la réalité, il n’y a pas de courses-poursuites. »

« Maintenant c’est plutôt “regardez, j’ai fait un gros saut” »

Le salto, toujours impressionnant… pour les passants (Photos VP / Rue89 Strasbourg)

Un rayon de soleil perce la grisaille. Les yeux rivés sur son objectif, Jihane prend son élan et bondit dans un salto. Un peu ironique, il commente :

« C’est une des figures les plus simples à faire. Ce n’est même pas du parkour et pourtant, c’est ce que les gens préfèrent. »

Le parkour version 2017 serait-il tombé dans la superficialité ? Un peu, à en croire celui qui le pratique depuis maintenant 18 ans. Facebook, YouTube, Snapchat : des mots inconnus en 1999 et qui ont modifié l’image du parkour :

« On est dans une société où on a besoin d’être valorisés. Avant, on faisait des vidéos pour voir notre évolution maintenant c’est plutôt pour se montrer et dire “regardez, j’ai fait un gros saut”. »

Quitte à zapper la préparation physique et les bases techniques. Un jeune homme applaudit après un nouveau salto. Ce qu’il en pense ? Que c’est impressionnant et il avoue avoir déjà tenté le coup sans aucune expérience. Avec une belle chute comme résultat.

« Ça pourrait être un nouveau service militaire »

Le soir tombe. Ramassage des affaires, direction un dernier spot sur le campus de l’Esplanade. Jusque là peu bavard, Jihane prend un moment pour expliquer sa conception du parkour :

« C’est une quête de soi qui permet d’augmenter ses capacités physiques et mentales. Appliqué à la vie, ça permet de surmonter tous les obstacles. Le point le plus important, c’est l’entraide. On est une famille : peu importe d’où tu viens, tes origines sociales ou tes goûts musicaux. »

Développer ses capacités physiques, appartenir au même groupe, agir ensemble pour vaincre… On dirait un slogan de l’armée. Pas très loin pour Jihane :

« Ça pourrait être un nouveau service militaire : une troupe de bonhommes qui vont travailler ensemble, pour avancer et se soutenir. »

En attendant, ils seraient une centaine de traceurs à Strasbourg et gravitent pour la plupart autour de l’association PK Stras, qui accueille toute personne désireuse de se former à partir de 14 ans.

Dans la vie, Jihane est coach sportif et professeur de Kizomba à Strasbourg. Être travailleur indépendant lui permet de continuer à s’entraîner régulièrement. Quand à vivre du parkour, peu de gens y parviennent :

« Ce sont surtout des jeunes à Paris qui trouvent des débouchés dans le cinéma. Quand on atteint un certain niveau, on est parfois contacté. J’ai déjà été appelé pour représenter une marque de basket en Espagne une fois. »

L’entraînement du jour se termine sur le parvis de la fac de droit. Devant un groupe d’étudiants frigorifiés, il se faufile entre les barrières. Un moyen de passer le temps quand il attendait sa copine étudiante, il y a une dizaine d’années. Prochain obstacle à franchir : réussir à monter une école de parkour à Strasbourg.

Le premier mini-album de Peace Me Off, un diamant poétique

Le premier mini-album de Peace Me Off, un diamant poétique

Peace Me Off, groupe de folk-rock strasbourgeois, sort son premier mini-album éponyme, un diamant poétique couronné de superbes mélodies. Rencontre avec Jof, le chanteur, qui nous dit tout sur son groupe et leurs nombreux projets avec une gentillesse admirable et un sourire ravageur.

Peace Me Off
Peace Me Off (Photo Alexandre Nachbauer)

Élevé à la musique punk, mûri avec le folk

Peace Me Off, à l’origine, c’est Jof. Issu de la scène punk, il s’est finalement orienté vers la musique folk-rock. Un changement musical assez étonnant mais tout à fait réussi :

« Avant, j’avais le look qui allait avec le punk, la crête, le gros perf… J’ai toujours été un fan de punk, de ska, de hardcore. Le punk a une couleur très festive mais à côté de ça j’aime aussi les trucs plus dépressifs, comme peut l’être la musique folk ! On ne peut pas tout mélanger, alors j’ai décidé d’arrêter le punk pour m’essayer à l’indie folk. Mais étonnamment, en tant que chanteur, je crie beaucoup plus aux concerts depuis que je suis dans la folk ! »

L’idée de monter un groupe de folk a germé en septembre 2014. Au début, Jof pensait monter un projet solo mais il a très vite été rejoint par des amis, à l’image du guitariste ou du batteur qui sont des copains d’enfance. En 2015, la structure de Peace Me Off était complète. Ils ont fait leur premier concert et n’ont pas arrêté depuis :

« On a beaucoup tourné en Alsace, autour de Metz, à Belfort, Bruxelles… On a fait plus de 70 concerts et on a participé à pas mal de festivals vraiment sympas. On a notamment joué à la Foire Européenne où on avait une belle scène. »

Lumière automnale et nuit glaciale…

Leur premier clip, filmé par la sémillante Marie Furlan, laisse émerger de superbes images, entre une lumière automnale et une nuit glaciale :

« La chanson parle d’un mec qui imagine son propre enterrement. Je pense que c’est quelque chose qui nous est déjà arrivé à tous… C’est surtout le moyen d’approcher le thème de la solitude. Cette impression d’être seul, même quand on est entouré par plein de monde, ce sentiment de se sentir étranger par rapport à tout ce qui nous entoure. À l’origine la chanson devait s’appeler “Take this heaven” et ça s’est transformé en “twenty-seven”. En plus il faut dire que ce chiffre a une signification particulière dans le monde de la musique, qui colle d’ailleurs très bien avec les paroles. »

Pour ce clip les Peace Me Off ont fait appel à leurs proches, à commencer par Marie Furlan qui travaille également pour leur label Aros Production :

« Avant le clip on avait créé un événement sur Facebook, et on a invité tous nos amis. On peut dire qu’on a passé une annonce en fait, pour voir qui était motivé pour participer à l’aventure ! Résultat, on retrouve des gens de différents groupes qu’on apprécie beaucoup dans ce clip, des membres de Cyanth, de Hopedale, de Facing Stanley et de Pearl & the Crabmen. C’était un vrai plaisir de les avoir avec nous. Et puis c’est sûr que de connaître Marie a également facilité les choses. On se connaît bien. Ça met tout de suite à l’aise. On s’est beaucoup concerté sur les idées, sur ce qui était faisable ou non. On a fait pas mal de récup pour ce clip, on a vraiment gardé le côté “do it yourself” du punk. Le tournage s’est fait en trois jours, dans différents lieux de Strasbourg. On a aussi filmé près d’un château et dans le jardin du guitariste ! Pour la scène filmée dans la nuit, il faisait vraiment très froid, on a tourné par -4, ce n’était pas évident ! »

Un premier EP d’une rare intensité

Concerts survoltés

Jof écrit et compose la musique. Les arrangements sont ensuite retravaillés avec tous les membres du groupe. Leur premier mini-album (EP) est à l’image de leur musique, introspectif, passionné et passionnant. Jof explique :

« J’avais envie de parler de ce qui me touche, de mes états d’âme. J’ai vécu des choses graves dont j’avais besoin de parler. C’est un peu comme si je me confiais à un psy en fait. Et tout ce que j’évoque peut parler aux gens qui m’écoutent. Car j’ai beau mentionner des choses très personnelles, il y en a forcément qui auront vécu la même chose que moi, qui se reconnaîtront dans les paroles. Mais je suis beaucoup dans la métaphore. Autant dans le punk j’étais très direct, autant là je travaille plus les paroles, j’aime bien évoquer des choses et laisser ceux qui écoutent chercher le sens qu’il y a derrière. »

Passion et sincérité se retrouvent dans leurs concerts survoltés. Les Peace Me Off donnent tout ce qu’ils ont sur scène et le public le ressent. Leur énergie est communicative :

« En concert, j’essaye de donner le plus possible, je vis vraiment le truc à fond. À la fin, je suis complètement épuisé … Sur scène, tu vis tellement de choses, c’est incroyable. C’est risqué aussi, quand tu vis les choses trop à fond, tu risques de craquer, de te laisser submerger par les émotions et de ne plus arriver à jouer. »

Dans ce premier EP, réalisé au KR NOYZ Studio, les Peace Me Off invitent à un voyage émotionnel, depuis l’ode à la nostalgie à la dénonciation de l’homophobie, les rêves étranges qui nous hantent, la passion amoureuse dévorante. Des murmures et des cris, la grâce du violon qui vient chercher les émotions qu’on cache tout au fond de nous, la batterie qui intensifie les battements du cœur. Une musique d’envies, d’espoirs, des mélodies qui prennent vie, comme un hurlement de rage ou un mot doux, le frisson d’une caresse, la violence du désir.

Un EP sublimé par le magnifique travail de Nella Nebula qui a réalisé tout le graphisme, retraçant avec justesse la beauté et le mystère de la musique de Peace Me Off.

Des projets plein la tête et un concert original à Strasbourg

Un EP, c’est bien mais c’est seulement 5 chansons. D’autres sont-elles en préparation ?

« Oh que oui ! On a plein d’idées de nouvelles chansons ! En restant toujours dans l’évocation de choses que j’ai vécu. Il y en a une notamment qui est très influencée par les Smashin Pumpkins. J’avais écrit les paroles quand j’étais encore dans le punk. Ça parle du fait qu’on veut toujours t’imposer des choses, parce que tu as tel sexe, tu es dans telle catégorie sociale. Tous ces clichés, ces règles insupportables, ce carcan de la société… On retrouve des influences très variées dans Peace Me Off d’ailleurs, 65 Days of Static, Explosions in the Sky, The Distillers… D’ailleurs, quand ça crie dans Peace Me Off, dis-toi que ça vient des Distillers ! »

Peace Me Off sera en concert à l’Elastic, Strasbourg, mercredi 22 février, avec Allan Ros le même soir. Pour Jof, cette date est plus qu’un simple concert :

« Le but de ce concert est de pouvoir rencontrer le public et d’échanger avec lui. On aimerait parler de nos projets, de nos idées et que les gens interviennent, qu’il y ait une réelle interaction avec le public. C’est quelque chose qui se fait beaucoup en Allemagne : des concerts qui permettent un échange réel. J’adorerais que les gens m’interrompent même pendant le concert pour me poser des questions, me demander ce que veulent vraiment dire les chansons… En temps normal, c’est quelque chose qui se fait peu. Si un mec parle trop pendant les concerts, on a juste envie qu’il se taise et qu’il joue ! Mais là c’est vraiment fait pour privilégier l’échange, il est même plus important que le concert en lui-même. »

Ainsi s’exprime la sincérité de la démarche de Peace Me Off, la générosité et la passion qu’ils offrent dans leur musique, pour une connexion totale avec le public.

#Allan Ros

À Rotonde, un projet immobilier va bouleverser le quartier de Cronenbourg

À Rotonde, un projet immobilier va bouleverser le quartier de Cronenbourg

Le projet immobilier Rotonde doit peupler l’entrée nord-ouest de Strasbourg à partir de septembre 2017. L’ensemble de quatre immeubles promet de la mixité sociale dans cette zone inhabitée jusqu’alors. Les nouveaux résidents s’intégreront-t-ils au quartier prisé du Vieux Cronenbourg ? Pas si sûr.

L’ensemble immobilier Rotonde sort de terre à l’entrée du quartier Cronenbourg, au nord-ouest de Strasbourg. D’un côté, le cimetière de Cronenbourg, de l’autre, la patinoire. Derrière, l’entrée de l’autoroute. Devant, la station de trams et bus et son parking-relais attenant. Pas vraiment un lieu de vie pour le moment. Mais d’ici mars 2018, ce terrain doit accueillir plus de 285 nouveaux logements et un hôtel, dans quatre nouveaux immeubles.

Ils s’érigeront sur le terrain de l’ancien parking municipal de la Rotonde, libéré par la construction du parc de stationnement à étages du même nom, juste en face. Le projet est sur les rails depuis 2009. Dès 2011, la municipalité avait ficelé avec un promoteur un projet d’urbanisation du terrain. Jugé trop dense, il n’avait pas résisté à la concertation publique. En 2012, l’Eurométropole vend finalement l’emplacement au promoteur Demathieu & Bard, chargé de l’aménager et de coordonner les différentes facettes de la construction après avoir vendu le terrain par lots à d’autres promoteurs. Objectifs fixés : densifier ce quartier inhabité, attirer les familles et améliorer la mixité sociale.

Le chantier du projet immobilier Rotonde côté tram, en février 2017. (Photo : CG : Rue89 Strasbourg / cc)
Le chantier du projet immobilier Rotonde côté patinoire, en février 2017. (Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Diversité de publics visés

Dans le premier immeuble, celui qui donnera sur la station de tram et bus, 25 appartements, du 2 au 4 pièces, doivent accueillir des locataires de classes moyennes, éligibles aux tarifs du logement intermédiaire (voir encadré). C’est le bailleur social Habitation Moderne qui est à la manœuvre. A leurs côtés, dans le même immeuble, des personnes âgées bien dotées se partageront 78 appartements d’une résidence senior, propriété de la Française AM, qui exploite déjà une résidence du même type, Les Essentiels, à la Robertsau. Dans le second bâtiment, derrière le premier, des propriétaires occuperont 80 appartements, du 2 au 5 pièces, vendus sur plans par le promoteur privé Joël Ohayon. À un prix moyen de 3 400 euros le mètre carré, les trois quarts de ces logements ont déjà trouvé preneurs.

Le troisième immeuble est consacré à du logement social classique : 62 appartements du 2 au 5 pièces en location, géré par Habitation Moderne. Le dernier bâtiment sera divisé en deux. D’un côté, un hôtel trois étoiles d’une centaine de chambres, commandé par une grande famille d’hôteliers strasbourgeois car Demathieu & Bard n’a pas trouvé preneur pour son projet initial d’en faire des bureaux. De l’autre, 38 logements du 2 au 5 pièces pour propriétaires de classes moyennes, vendus à « prix maîtrisés » par Neolia (voir encadré). Pour un prix moyen de 2 800 euros le mètre carré, 6 appartements sur 10 sont déjà vendus. Ces appartements devraient être les premiers occupés, à partir de septembre 2017.

Un emplacement géographique stratégique

Au bord du Vieux Cronenbourg, le nouvel ensemble de logements a plusieurs atouts pour attirer des habitants dans un quartier déjà réputé pour sa forte mixité sociale. Ses promoteurs aimeraient l’estampiller « écolo » avec ses « 60% d’énergies renouvelables » annoncés et son chauffage mixte au bois et au gaz. C’est surtout son emplacement stratégique, à deux stations de tramway du centre-ville et au bord du périphérique, qui attire les convoitises alors que les prix de l’immobilier restent élevés à l’intérieur de Strasbourg.

Le nouvel ensemble va profondément changer l’aspect du quartier (doc remis)

Un agent immobilier du Vieux Cronenbourg confirme que dans le quartier aussi, les prétendants sont bien plus nombreux que les logements disponibles à la vente comme à la location. Autre atout du quartier : restaurants, boulangeries, coiffeurs, pharmacies, fleuristes, pressings, boucherie et charcuterie traditionnelle, épiceries et boucheries communautaires, kebabs… Les rues de Mittelhausbergen et Oberhausbergen conservent une vie commerçante de proximité.

Une connexion incertaine au Vieux Cronenbourg

Mais certaines boutiques ont fermé. Plusieurs agences immobilières les ont déjà remplacées. L’arrivée des nouveaux habitants de Rotonde pourrait-elle dynamiser le quartier ? Pas de nouveau centre commercial à l’horizon dans le projet. Tous justes cinq espaces commerciaux en pied du premier immeuble : les premiers locataires décidés seraient des agences bancaires et une boulangerie. Le prix élevé des loyers a dissuadé quelques commerçants du Vieux Cronenbourg, un temps intéressés.

À l’entrée de la route de Mittelshausbergen, le patron du restaurant La Rotonde, se frotte les mains : déjà très populaire auprès des personnes âgées de la maison de retraite de la rue voisine, l’arrivée prochaine de celles de la nouvelle résidence senior de Rotonde est pour lui une aubaine. Pour les autres commerçants, un peu plus haut dans la rue, les perspectives semblent plus mitigées. L’un d’entre eux confie :

« L’arrivée de nouveaux habitants est toujours une bonne nouvelle pour le commerce. Mais je doute que ceux-là se tournent vers nous. Je pense que comme ils seront directement connectés au tram, ils s’orienteront naturellement vers le centre-ville. »

Une vie commerçante sans vie de quartier

Un sentiment déduit de l’arrivée des premiers habitants de l’éco-quartier des Brasseurs. À l’autre extrémité de la rue de Mittelhausbergen, cet ensemble de logements en construction sur le terrain des anciennes brasseries Kronenbourg doit accueillir à terme près de 2 000 nouveaux habitants. La moitié y est déjà installée. Mais les commerçants de la rue de Mittelhausbergen ne sentent pas d’impact sur leurs affaires. Ils sont trop loin de la station de tram que ces habitants utilisent, Saint-Florent. Selon ces commerçants, le récent réaménagement de la rue, qui a supprimé les possibilités de stationnement temporaire, n’arrange rien.

Projection de l’ensemble de quatre immeubles du projet de Demathieu & Bard à la Rotonde, vu de la patinoire. (Document remis)

Les commerçants de la rue parallèle d’Oberhausbergen, eux, commencent à accueillir de nouveaux habitués, qui passent à pieds, sur leur chemin entre la station Saint-Florent et chez eux. En général, les deux rues accueillent des clients de passage. Ici, quelques bars PMU mais pas de cafés qui donneraient envie à une clientèle familiale ou de jeunes de passer du temps sur place. Alors pour ces commerçants, pas sûr que les futurs habitants de Rotonde s’aventurent jusqu’à eux, même s’ils ne seront qu’à quelques centaines de mètres.

Bientôt une école privée

Reste la question scolaire. Où iront les enfants des nouvelles familles installées à Rotonde ? Les écoles publiques du Vieux Cronenbourg pourront-elles les absorber ? Certaines, comme l’école Marguerite Perrey, a déjà ouvert en septembre une nouvelle classe pour accueillir les premiers enfants de l’éco-quartier et a des salles disponibles pour d’éventuelles nouvelles ouvertures. L’école Camille Hirtz doit connaître une extension prochainement. Pour le reste, Serge Oehler (PS), adjoint au maire de Strasbourg pour les quartiers Cronenbourg et Hautepierre pointe une autre solution :

« L’école privée de la Doctrine chrétienne va installer un nouvel établissement maternel et primaire à l’entrée de Cronenbourg, avant le cimetière juif, d’ici 2018. Elle devrait déjà attirer beaucoup de clientèle de Hautepierre. »

Mixité sociale on disait ?

#Neolia

À Kingersheim, Jo Spiegel fait participer les habitants aux décisions locales (mais vraiment)

À Kingersheim, Jo Spiegel fait participer les habitants aux décisions locales (mais vraiment)

Maire de Kingersheim dans le Haut-Rhin depuis 1989, démissionnaire du PS en 2015, Jo Spiegel raconte dans son nouveau livre Et si on prenait – enfin ! – les électeurs au sérieux ses méthodes pour impliquer les habitants dans les décisions qui concernent leur ville.

C’est une réunion publique houleuse au sujet du projet d’ouverture d’une nouvelle école, lors de son premier mandat de maire de Kingersheim, dans la banlieue de Mulhouse, au début des années 1990, qui a été le déclic des réflexions de Jo Spiegel sur la démocratie locale :

« Je ne comprenais pas comment des habitants pouvaient pétitionner contre l’ouverture d’une école ! J’ai très vite trouvé la réponse… et c’est à partir de là que je me suis dit que je co-construirai tous les projets importants avec les habitants. D’une part, l’instituteur qui était le directeur de la grande école de dix huit classes, grâce à une décharge spéciale, perdait cette dernière. On pouvait donc comprendre qu’il n’ait pas fait de publicité pour le projet. »

Mais surtout, c’est une chose qu’il n’avait pas vu, qui lui « a fait comprendre que quand on place l’intérêt général trop haut, on ne voit parfois plus le terrain » :

« Quand on ouvre une nouvelle école, on redistribue la carte scolaire. Or, avec cette redistribution, il y avait un certain nombre de chérubins “biens-nés” qui se retrouvaient à côté d’enfants de familles issues de l’immigration. Il y a eu un non-dit incroyable sur ce sujet. »

Dans son livre Et si on prenait – enfin ! – les électeurs au sérieux paru le 24 janvier aux éditions Temps présent, Jo Spiegel explique, sous la forme d’entretiens, ses aspirations et ce qu’il a mis en place pour améliorer la démocratie locale dans sa ville.

Finies les inaugurations par les élus

Dans sa commune de 13 000 habitants, le maire a arrêté les inaugurations avec des rubans par les élus, pour les remplacer par « un temps d’appropriation » pour tout le monde. Pour les jobs d’été, un système de tirage au sort est instauré. Ça, c’est pour réduire la distance entre l’entre-soi des élus ou les « y a qu’à, faut qu’on », mais l’autre enjeu est d’impliquer ses habitants dans les décisions.

Le maire, toujours réélu depuis 1989, porte un regard critique sur les grandes réunions publiques ou même les budgets participatifs, c’est-à-dire soumettre une partie de l’argent de la ville à des projets de ses citoyens, avant de faire voter les habitants. Seuls 1,5% des habitants votent à Porto Alegre (Brésil), la ville qui a pourtant lancé cette initiative. Depuis 2014, elle a été imitée par Rennes ou Paris en France.

Jo Spiegel a aussi été champion d’Alsace du 800 mètres en cours à pied (photo Le Temps présent)

Un blocage avec ses habitants

Pour enrayer le phénomène TLM « (toujours les mêmes » en référence aux personnes qui se pointent aux réunions publiques, à savoir beaucoup de retraités), Jo Spiegel s’est lancé dans un porte-à-porte en 1998, pour cerner les besoins des Kingersheimois à l’aide de questionnaires. Certes, 42% ont répondu et la restitution a permis « l’élévation du débat », mais il découvre un nouvel obstacle.

Sur deux points, il va contre la volonté de ses administrés. Sur les logements sociaux, rejetés à 82%, et la diminution des prix de l’eau. Sa commune comptait moins de 10% de loyers aidés, alors que la loi exigeait 20% et Jo Spiegel est convaincu des atouts de la mixité sociale. Quant à l’eau du robinet, baisser les tarifs revenait à diminuer la qualité de l’eau et des réseaux d’acheminement.  « La démocratie construction ne peut être la démocratie d’opinion », conclue-t-il de cet épisode.

Trois cultures qui ne s’entendent jamais

Pour Jo Spiegel, les blocages français viennent du fait que trois cultures politiques aiment s’ignorer : celle de l’indignation, de l’utopie et de la régulation. Convaincu que le suffrage universel donne la légalité, mais pas toujours la légitimité, il cherche à les réunir.

Parmi ses dernières innovations, les conseils participatifs, qui servent à élaborer toutes les grandes décisions de la commune. Ils sont composés à 40% de volontaires, 20% de personnes directement concernées par le projet et 40% de citoyens tirés au sort. Cela débute par une formation, ne serait-ce que pour le jargon utilisé. L’élu a selon lui un rôle d’animateur, avant d’être un décideur, et fixe quelques bornes, pour que les travaux ne partent pas dans tous les sens.

Pour autant, le maire regrette que ces mesures n’aient pas fait baisser le vote en faveur du Front national dans sa commune, aussi élevé qu’ailleurs en Alsace (40,25% au premier tour des dernières élections régionales).

Des états généraux et une nouvelle constitution

Le livre se termine par une compilation de réflexions postées sur les réseaux sociaux, dont les raisons de son départ avec fracas du PS en 2015 qu’il qualifie « d’officine de conquête du pouvoir ». Dans un autre témoignage, il raconte cet échange où une dame dans son bureau lui dit : « c’est la première fois que je rencontre un maire, je suis un peu stressée ». Sa réponse : « je le suis plus que vous, car mon souci est de trouver une solution à votre préoccupation. » Un moment où il a senti la confiance s’opérer.

À quelques mois de l’élection présidentielle, il expose dans l’un de ses textes quelle serait son unique mesure s’il était candidat :

« Élu, je le serai le temps d’une année pour organiser des états généraux de refondation de la République décentralisée et d’une démocratie réelle. Ceux-ci seraient financés, entres autres, par le budget consacré aux voyages d’études des députés et des sénateurs. […] Bassin de vie par bassin de vie, ils réuniraient par tirage au sort toutes les composantes, tous les âges, toutes les sensibilités et tous les regards de notre société. »

Cela déboucherait sur une assemblée constituante. Mais Jo Spiegel n’est pas candidat. À 66 ans, il exerce son dernier mandat à la tête de Kingersheim.

 

Gagnez des places pour assister à l’avant-première de Madame B de Jero Yun

Gagnez des places pour assister à l’avant-première de Madame B de Jero Yun

Rue89 Strasbourg, en partenariat avec le cinéma Star St-Exupéry vous propose de gagner 30 invitations pour découvrir en avant-première le film Madame B, l’histoire d’une nord-coréenne, mercredi 15 février.

Le pitch

Madame B, nord-coréenne, a été vendue de force à un paysan chinois par ses passeurs. Pour gagner sa vie en Chine et aider les siens restés en Corée du Nord, elle devient trafiquante. Elle réussit à faire passer sa famille en Corée du Sud et se lance à son tour avec un groupe de clandestins pour enfin vivre auprès de ses enfants. Au terme d’un périlleux voyage, Madame B est accueillie par les services de renseignement sud-coréens. Sa vie prend une toute autre tournure que celle dont elle rêvait.

La bande annonce

Le concours

Pour tenter de gagner une invitation pour deux personnes, pour la soirée de mercredi 15 février, il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous. Le tirage au sort aura lieu le 8 février.