Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Eurométropole : vers une 3e hausse des impôts locaux, de 1,5%

Eurométropole : vers une 3e hausse des impôts locaux, de 1,5%

Le conseil de l’Eurométropole va débattre vendredi du budget qu’il adoptera en mars, pour l’année 2017. Le scénario privilégié est celui d’une nouvelle hausse des impôts locaux, de 1,5%. À suivre en direct à partir de 10h.

Deux mois après la Ville de Strasbourg, c’est au tour des représentants des 33 communes de l’Eurométropole de passer par le débat d’orientations budgétaires (DOB), qui préfigure de l’adoption du budget le mois suivant. Au total, c’est un peu plus d’un milliard d’euros, voire même 1,37 milliard en comptant les budgets annexes de l’eau, des transports, de l’assainissement et zones d’aménagement, à gérer.

Certains effets sont similaires. La modération de la baisse de la dotation générale de fonctionnement (DGF) par l’État, finalement réduite de moitié, a permis de faire un peu souffler les finances de la collectivité (soit 5,82 millions d’euros en moins, alors que le double était attendu, sur un total de 82,3 millions), tandis que la masse salariale est projetée stable suite au non-remplacement d’agents, en dehors des transferts d’employés du Département et des cinq nouvelles communes intégrées. De plus, la collectivité emprunte à des taux d’intérêts plus faibles.

6 à 10€ en moyenne

Malgré ces indicateurs et certaines économies décidées au sein de la « commission de la sobriété », aussi surnommée « commission de la hache », l’Eurométropole va néanmoins connaître sa troisième hausse consécutive des impôts locaux (des hausses variables en 2015 et 3% en 2016).

Le scénario à l’étude table sur une augmentation de 1,5% des quatre taxes locales sur laquelle l’Eurométropole a un pouvoir de modulation (taxe d’habitation, taxe foncière, taxe sur le foncier non-bâti et cotisation foncière des entreprises). C’est moins que ce qu’avait prévu l’an dernier la coalition droite-gauche, qui s’était mise d’accord à l’époque sur une hausse de 3% en 2017. Selon les projections de la direction des Finances, cette hausse augmentera d’environ 6 euros en moyenne la taxe d’habitation et de 10 euros en moyenne pour les propriétaires qui paient la taxe foncière.

Rebelote en 2018 ?

Les projections soumises aux élus et présentées mercredi à la presse tablent une nouvelle hausse en 2018, de 1,5% sur les taxes d’habitation et foncière, ainsi que de 0,42% pour la cotisation foncière des entreprises (CFE). Mais l’élection présidentielle peut rebattre ces prévisions. Par exemple, qu’en sera-t-il de la dotation de l’État à l’avenir ?

Les deux autres scénarios étudiés proposent soit une hausse de 3%, soit aucun changement aux taux actuels. Mais l’exécutif a déjà indiqué que le scénario intermédiaire avait leur préférence, pour ne pas dégrader le ratio recettes/dette dans le futur. Robert Herrmann (PS), président de l’Eurométropole, défend la nouvelle hausse des taxes locales :

« Ne pas augmenter la fiscalité pénaliserait doublement la collectivité. On se priverait de recettes et notre note (rehaussée à AA stable selon Fitch, NDLR) pourrait de nouveau être dégradée, et donc on emprunterait plus cher à l’avenir. »

Un peu plus d’investissements

Le niveau d’investissements en 2017 pourrait atteindre 210,1 millions d’euros. C’est loin des standards de 2014, mais un un peu plus que l’année dernière. Parmi les chantiers importants de l’année 2017, la reprise du PAPS -PCPI après deux ans d’arrêt, la fin du Palais de la Musique des Congrès (PMC) et le tram vers Kehl. En 2016, 84% des dépenses prévues ont effectivement été payées durant l’année.

La dette toujours actionnée

La dette de l’Eurométropole continuera d’augmenter, à raison de 614 millions d’euros au total, contre 528 il y a deux ans. Mais les dirigeants locaux pensent qu’il est soutenable d’augmenter l’endettement pour le moment, car celle de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) devrait diminuer à l’horizon 2025. Les premières lignes de tramway construites dans les années 1990 seront alors entièrement remboursées. Et les nouvelles extensions (Robertsau, Koenigshoffen) sont beaucoup plus modestes, trois arrêts chacune.

La dette de la société des transports devrait passer de 360 millions en 2016 à 130 millions vers 2025, en comptant les extensions programmées, mais pas le renouvellement éventuel de matériel… ou de nouvelles extensions décidées après les élections municipales en 2020.

Une étude sur Sénerval pour finir

En fin de Conseil, une expertise réalisée par le ministère des Finances sur la gestion du cas de l’usine d’incinération, à l’arrêt pour deux ans et demi, sera présentée aux 100 élus. L’opposition de droite a regretté de ne pas avoir reçu les éléments à l’avance, afin de poser des questions plus précises sur ces travaux et ces conclusions.

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Les médiathèques de Strasbourg dans la galère du prêt des livres numériques

Les médiathèques de Strasbourg dans la galère du prêt des livres numériques

Les médiathèques de Strasbourg ont mis en place un système pour que les abonnés puissent « emprunter » des livres numériques. Mais les lecteurs passés aux liseuses devront se montrer motivés pour dépasser les barrières mises en place par les éditeurs, peu enclins à accélérer la transition numérique de leur secteur.

Souvent, le numérique simplifie les échanges. Parfois, non. Dans l’univers du livre numérique, tout est très verrouillé. Officiellement, il s’agit de protéger les droits d’auteurs mais en réalité, les éditeurs restent frileux face au développement de ce segment, qu’il suspecte de leur réserver le même sort qu’à l’industrie musicale. Du coup, les livres numériques sont verrouillés par des systèmes anti-copie qui ne sont pas compatibles entre eux, tandis que les constructeurs d’appareils essaient aussi de leur côté d’utiliser des formats de publication propriétaires.

Le secteur du livre numérique est donc encore loin de la maturité et pourtant, les médiathèques de Strasbourg ont réussi à lancer un service de prêt numérique, baptisé L’@ppli Books. Elles ont utilisé pour cela les services de Bibliotheca, qui assure l’interface, des négociations constantes et ardues, entre les éditeurs et les bibliothèques. Car les éditeurs français ne veulent pas que les bibliothèques achètent des livres numériques pour les « prêter » ensuite à leurs abonnés. Ils ont mis en place un système d’abonnement, qui revient à louer un nombre de licences d’utilisations aux bibliothèques, qui peuvent ensuite les rétrocéder à leurs abonnés. Aux Pays-Bas, les bibliothèques ont dû faire appel à la justice européenne pour aligner le droit des livres numériques sur celui des livres imprimés.

Une borne au deuxième étage de la Médiathèque Malraux permet de visualiser le catalogue numérique disponible. (doc Ville de Strasbourg)

Un marché verrouillé et hostile

Conséquences : les livres numériques disponibles pour les bibliothèques sont deux fois moins nombreux (117 000 pour 288 000 disponibles aux particuliers), ils sont très chers (15 à 20€ « l’exemplaire »), le nombre d’emprunts simultané est limité et leur durée d’exploitation est limitée de 1 à 5 années. C’est un peu comme si chaque année, une partie du fonds d’une bibliothèque disparaissait.

Le message des éditeurs aux bibliothèques est clair : on ne veut pas de vous sur ce nouveau marché. Mais ça n’a pas découragé les bibliothèques publiques, qui tentent de faire évoluer les positions des éditeurs via la démarche PNB (prêt numérique en bibliothèque).

Le schéma détaillant le processus du prêt numérique de livres… (doc Dilicom)

Plus de 200 romans en français

Du coup, emprunter un livre numérique dans une bibliothèque en France est très compliqué. À Strasbourg, l’abonné des médiathèques doit créer un « compte utilisateur », directement au guichet de la Médiathèque Malraux pour se connecter au site L’@ppli Books, qui centralise l’offre de prêt numérique. Puis, il lui faudra s’inscrire sur le site d’Adobe, pour se créer un deuxième compte, qui comptabilisera les droits de lecture transmis par la médiathèque.

Sur ses appareils (liseuse, tablette, téléphone), le lecteur passé au numérique, motivé, devra en outre installer au moins deux applications. La première gère les droits de location, il s’agit d’Onleihe (ici sur Android, ici sur Apple). La seconde accède au livre proprement dit, ça peut être une application préinstallée ou capable de lire les formats PDF et ePubs qui se partagent l’univers de l’édition électronique. Les médiathèques recommandent BlueFire Reader (ici sur Android, ici sur Apple). À noter : en raison des restrictions liées à ces formats, le service de prêt des médiathèques n’est pas disponible sur la liseuse la plus populaire, le Kindle d’Amazon.

Plus de 200 ouvrages en français sont disponibles à « l’emprunt » numérique (visuel Médiathèques de Strasbourg)

Des livres à réserver de chez soi…

Ce service est proposé gratuitement aux abonnés des médiathèques de Strasbourg, plus de 220 livres numériques en français peuvent être « empruntés », ainsi qu’une centaine en anglais ou en allemand. Une borne située au 2e étage de la médiathèque Malraux permet de visualiser le catalogue. Mais il n’est pas nécessaire de se déplacer, une fois le compte initial créé, la réservation du livre numérique et son téléchargement peuvent être faits en ligne, directement depuis le site dédié.

Les livres « empruntés » sont ensuite téléchargés directement sur les appareils des abonnés. Ils peuvent y rester jusqu’à 28 jours. Au delà, le livre est effacé de l’appareil de l’abonné et « rendu » à la médiathèque pour un nouvel emprunt. Il est possible de réserver un livre, si toutes les copies numériques ont été « empruntées ».

Ce service est encore en phase de test par les médiathèques de Strasbourg. Courant en Allemagne, le prêt de livres numériques est balbutiant en France et les médiathèques ont besoin d’évaluer la demande, les bénéfices et les coûts d’une telle formule.

 

En deux ans, la pollution à Strasbourg a un peu diminué, mais reste élevée

En deux ans, la pollution à Strasbourg a un peu diminué, mais reste élevée

Strasbourg et l’Alsace traversent un nouvel épisode de pollution aux particules de longue durée. Pourtant à long terme, la qualité de l’air progresse doucement, bien que les effets de la pollution aient toujours un impact sur la santé des habitants et que certains seuils ne soient pas respectés.

En mars 2015, nous publiions un grand « explicateur » pour évaluer la qualité de l’air à Strasbourg et en Alsace. Cela faisait deux ans que Strasbourg n’avait pas dépassé la limite de 35 jours au dessus de 50 µg/m³ (microgrammes par mètre-cube, ce qu’on appelle le seuil d’information) de microparticules, les PM10, par an. Mais l’agglomération connaissait alors un long épisode de pollution printanière.

Sous les 35 jours de dépassement

Deux années pleines plus tard, ce nombre de jours limite n’a pas été atteint. On compte 31 jours en 2015 et même 19 en 2016 à partir de la station de mesure la plus exposée, au bord de l’A35 à Strasbourg. Les autres stations dans les villes d’Alsace oscillent entre et deux et huit jours de dépassement. Deux points de mesure à la campagne, sont même à zéro, une première !

Sur le long terme, la qualité de l’air s’améliore, mais pas toujours pour de bonnes raisons. Les fermetures d’usines, par exemple la raffinerie de Reichstett en 2011, diminuent la pollution, mais mettent des travailleurs au chômage.

Explications européennes, nationales et locales

Emmanuel Rivière, directeur délégué d’ATMO-Grand Est (l’Aspa jusqu’au 31 décembre 2016) salue la baisse, mais ajoute sans mesure supplémentaire, le seuil de 35 jours peut de nouveau être atteint :

« La tendance est encourageante avec une baisse durable, mais une année particulière météorologiquement peut nous remettre au-dessus des seuils limite. Avec une météo comme celle du debut du mois (l’entretien été realisé la semaine avant le début du pic actuel NDLR), il y a 15 ans, on était régulièrement en seuil d’information, qui était pourtant à 80 µg/m³, soit l’actuel seuil d’alerte. »

C’est le cas ce 26 jeudi janvier, avec le septième jour consécutif de dépassement consécutif.  Malgré cet épisode précis, Emmanuel Rivière avance trois explications à l’amélioration tendancielle :

« Malgré les scandales type Wolkswagen, les normes européennes permettent d’avoir des véhicules plus propres. Des mesures nationales comme l’alignement de la fiscalité du diesel sur l’essence viennent s’ajouter. Enfin, il y a aussi des efforts locaux avec le développement des transports en commun. »

La pollution vient aussi du chauffage des logements et bureaux, mais il est plus difficile d’agir, sauf à mieux isoler les bâtiments. Certains brûlages (déchets verts, chaume, paille, bois et ses dérivés en chauffage d’appoint) sont néanmoins interdits, mais uniquement lors des pics.

La pollution de l’air provient pour une bonne part des installations de chauffage (Photo Shinobu Sugiyama / FlickR / cc)

L’importance de la norme

Dépasser ces limites fixées par les États de l’Union européenne éloigne le risque d’une amende pour les pays membres. Mais l’absence d’une sanction de l’Union européenne ne veut pas dire qu’il n’y a pas de morts prématurées. Au niveau actuel, les autorités de santé évaluent que la pollution est responsable de 270 000 décès anticipés dans l’UE (à 25 pays), soit environ 48 000 en France et 5 000 dans le Grand Est si l’on rapporte à la population, même si les normes sont respectées. Ces valeurs n’ont pas été révisées en 2013, comme initialement prévu.

D’autres normes, celles de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), sont plus restrictives et aussi scrutées par les observateurs. Elles signifient que l’impact sur la santé n’est pas mesurable. Certaines paraissent atteignables à Strasbourg ou autour, d’autres sont hors de portée.

Moins de pollution de fond aux PM10

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Un millier de Strasbourgeois mal logés

Si l’on se base sur les normes de l’UE, 1 100 personnes dans l’Eurométropole habitent à proximité d’axes dont le niveau de pollution sur l’année est trop élevé. Un nombre qui diminue avec les années, mais qui peut remonter avec les projets immobiliers neufs de l’axe Deux-Rives, souvent proches de la très fréquentée route du Rhin ou à plus long terme près du Baggersee. En revanche, si l’on prend en compte les normes de l’OMS, toute la population de l’Eurométropole est concernée, comme… 92% de la population mondiale.

Quant aux particules PM 2,5 – plus petites et peut-être plus nocives – il n’existe pas de transposition des normes mondiales en droit français. En revanche les deux seules stations équipées pour leur détection en Alsace sont au-dessus de la norme de l’OMS, à 10 μg/m3 en moyenne annuelle, tout en étant en-dessous de 20 μg/m³.

Pas d’expertise sur les nanoparticules

Le situation est similaire pour les nanoparticules, 25 fois plus petites que les PM 2,5. La très active association Strasbourg Respire a régulièrement interpellé les élus ou l’association en charge de la surveillance de l’air, ATMO Grand Est, que ce polluant n’est jamais pris en compte, ni même mesuré. Or là aussi, l’absence de réglementation signifie moins de financement et donc moins d’informations sur ce polluant.

Les Régions Auvergne Rhône Alpes et Nouvelle Aquitaine se lancent à titre expérimental et volontariste dans l’étude de ce polluant. L’ATMO Grand Est devrait suivre ces résultats.

Trop de dioxyde d’azote sur les axes de circulation

Autre molécule mieux connue, le dioxyde d’Azote (NO2) Ce polluant est moins sensible à la météo, mais davantage au trafic routier. Il y a donc peu de pics, mais une pollution régulière, dont la différence est bien plus nette entre les stations de fond et celles routières.

Là aussi on constate une baisse régulière dans le temps. La norme européenne et de l’OMS sont identiques à 40 μg/m3. De fait, une partie de la population qui vit près de la route est trop exposée.

Légère baisse dans le temps du NO2

La concentration d’ozone dépendant de la chaleur

Autre polluant scruté, l’ozone (O3) qui se forme en cas de forte chaleur. Ce polluant est beaucoup plus diffus. Autrement dit, toute la plaine d’Alsace et même le Grand Est ou l’Allemagne sont concernés et pas seulement les axes près des routes ou des villes.

Il existe des mesures d’urgence mais leur impact est limité. L’été très chaud de 2015 a, par exemple, augmenté le nombre de jours en état d’alerte, qui flirtent avec les valeurs cible les autres années.

Le rôle limité de l’Allemagne

La ministre de l’Environnement Ségolène Royal (PS) a parfois botté en touche sur les questions de pollution, en expliquant qu’elle vient d’Allemagne et de ses centrales à charbon. Une rhétorique parfois reprise au niveau local.

La manœuvre politique est intéressée. D’une part, elle peut installer les citoyens dans une sorte de fatalisme et ne pas exiger plus de mesures de la part de leurs dirigeants. Mais surtout, s’il est prouvé que la pollution locale vient d’un autre pays, un État peut éviter les amendes européennes.

Qu’en est-il à Strasbourg ? Cela dépend des jours, notamment en fonction de la météo selon Atmo Grand Est. Le 18 mars 2015 par exemple, 63% de la pollution était bien locale. D’autres jours, cette proportion est plus forte. Mais comme le rappelle le directeur de l’agence Emmanuel Rivière, « il ne faut pas oublier que Strasbourg envoie aussi de la pollution à ses voisins. »

L’Eurométropole dans l’impasse pour améliorer la qualité de l’air

L’Eurométropole dans l’impasse pour améliorer la qualité de l’air

L’Eurométropole va revoir ses plans d’urgence et à long terme pour agir plus efficacement contre la pollution de l’air. Parce que là… ça marche pas.

Face à la persistance de pics de pollutions, un nouvel arrêté ministériel de protection de l’air (PPA) doit être décliné par un arrêté inter-préfectoral, pour prendre de nouvelles mesures de protection de la population en cas de dépassement des seuils. Sauf que cette fois, il doit être décliné sur les 10 départements du Grand Est, bien que chaque agglomération et départements aient ses mesures spéciales. Une des principales nouveautés sera le déclenchement des mesures d’urgence au bout de deux jours au seuil d’information, contre quatre aujourd’hui.

L’arrêté de 2015 se contentait d’étendre les routes concernées par les baisses de vitesse, des limitations souvent peu respectées. Cet accord doit être décliné dans les 10 départements de la nouvelle région Grand Est. Elles demandent souvent d’intenses négociations avec le monde agricole, car certains épandages sont interdits.

Pas de vignettes à Strasbourg, mais de nouvelles mesures prévues

Lors de ses vœux mercredi 25 janvier à Achenheim, le président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS) s’est interrogé :

« Nous sommes régulièrement à des niveaux de pollution au-dessus des seuils. Est-ce qu’il faut des vignettes ? Est-ce qu’il faut une circulation alternée ? Ces mesures ne peuvent être prises de manière technocratique… On remarque aussi qu’à Rennes, la pollution est plus forte sur l’autoroute malgré une baisse de la vitesse maximale à 70 km/h. Ils sont en train de revenir en arrière… »

Il rejoint le maire de Strasbourg Roland Ries, et en charge des Transports à l’échelle des 33 communes de l’agglomération, qui a déclaré sur France Bleu Alsace que l’Eurométropole devrait revoir son « plan particules », sans annoncer de modifications à ce stade :

Roland Ries sur France Bleu Alsace

La durée de l’épisode actuel fait prendre conscience à Robert Herrmann de l’inefficacité des dispositifs actuels pour réduire la pollution :

« C’est le plus long épisode depuis longtemps. Cela nous oblige à repenser ce qu’on fait. Les mesures actuelles ne sont pas suffisantes. »

Parmi les mesures qu’il estime prioritaires, un meilleur nettoyage de l’A35 par la Direction Interdépartementale des Routes de l’Est (Dir Est) sur laquelle selon lui « 20% de la pollution » est à nouveau projetée dans l’air avec le passage des véhicules.

(Photo Laura Makira / FlickR / cc)

La droite réclame la gratuité des transports lors des pics

Concernant les mesures d’urgence des plans particules, l’opposition de droite a souvent réclamé que les transports soient complètements gratuits (comme c’est le cas pour les autocars du Réseau 67, qui étaient gérés par le conseil départemental du Bas-Rhin jusqu’au 31 décembre 2016 et ont été transférés à la Région Grand Est), et non avec un ticket de 1€70 pour la journée.

Selon les élus « Les Républicains », Modem et apparentés, la mesure permettrait d’attirer une future clientèle sur les lignes de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS). L’exécutif strasbourgeois répond que la mesure est trop coûteuse, car il faut compenser la CTS pour les pertes économiques subies.

En avril 2015, les élus avaient déclaré qu’ils envisageaient la circulation alternée à Strasbourg, après une pétition d’une centaine de médecins strasbourgeois. Mais les vignettes pourraient donc s’y substituer. Elles permettent d’exclure les véhicules les plus polluants là où la circulation alternée est plus arbitraire, bien que certaines professions (dont les journalistes) sont exonérés. En revanche, elles demandent à certains foyers de renouveler leur véhicule, ce qui peut être difficile pour les plus modestes.

Les vignettes Crit’air qui permettent aux agglomérations d’interdire certains véhicules selon leur niveau de pollution

Pas de calendrier pour les projets « Ville Respirable »

L’appel à projet « Villes respirables » obtenu en octobre 2015 prévoit aussi des financements pour des mesures pérennes de réduction de la population. Car au-delà des seuils qui agitent l’intérêt médiatique, politique et des citoyens, la pollution de fond a aussi des effets sur la santé.

La mise en place des vignettes à Paris et à Grenoble à titre expérimental « est regardée » confirme Robert Herrmann. Une zone de circulation restreinte (ZCR) est un engagement  Autres mesures, le dernier kilomètre propre, qui nécessite des discussions avec les commerçants du centre-ville pour interdire les camions et proposer des alternatives, ainsi que les navettes électriques Lohr qui seront testées dans le centre-ville et la Krutenau à partir de septembre.

Le travail est en cours, pour ces projets dont il est question depuis des années, mais à part les navettes, il n’y a pas de calendrier précis, alors que l’appel à projets a été remporté il y a plus d’un an.

Ils doivent être mis en place avant 2020 pour que les financements soient perçus. Enfin, l’argument de la mise en place du Grand contournement ouest (GCO) pour repousser la pollution automobile de Strasbourg vers la campagne est, lui, un peu moins présent dans les discours. L’Atmo Grand Est travaille sur de nouvelles modélisations.

Gagnez des places pour assister au ciné-concert de Théo Ceccaldi

Gagnez des places pour assister au ciné-concert de Théo Ceccaldi

Rue89 Strasbourg en partenariat avec Jazzdor, vous propose de gagner 5 invitations pour deux personnes pour le ciné-concert Petite Moutarde de Théo Ceccaldi, jeudi 2 Février à 20h30 au Fossé des Treize.

Un ciné-concert épicé ! Le génial violoniste Théo Ceccaldi embarque trois exceptionnels musiciens et deux créateurs visuels pour réinventer la bande-son d’un film surréaliste des années 20 ! Entre jazz, rock et musique de chambre, un arc-en-ciel de nuances soniques, drôle et puissant.

Avec : Théo Ceccaldi, violon; Alexandra Grimal, saxophone; Ivan Gélugne, contrebasse; Florian Satche, batterie; Vincent Bodin, lumières; Jean-Pascal Retel, vidéo

Pour participer il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous, le tirage au sort aura lieu lundi 30 janvier.

« Cold Blood » de Kiss & Cry au Maillon : comme au cinéma, mais en mieux

« Cold Blood » de Kiss & Cry au Maillon : comme au cinéma, mais en mieux

Après le succès international de sa première création en 2011, le collectif belge Kiss & Cry reprend les ingrédients principaux, – le tournage d’un film en direct et la chorégraphie de mains-, pour un spectacle magnifique : Cold Blood. Ce ballet pour doigts tourné-monté traverse 7 histoires pour nous emmener, ébahis, dans la vie juste avant la mort. Au Maillon jusqu’au jeudi 26 janvier.

Le Collectif Kiss & Cry fonctionne autour de deux éléments essentiels, très spécifiques, qui donnent accès à un univers totalement magique et singulier. Tout d’abord, il y a deux spectacles en un : celui qui se déroule sur le plateau, les scènes qui sont jouées et tournées, et le film qui est en train de se faire et d’être projeté tout à la fois. Puis il y a les doigts : ceux qui jouent les personnages, qui dansent, qui s’agitent et qui, dans Cold Blood, meurent.

Ces deux aspects permettent au spectateur d’embarquer dans un univers à part : un monde où l’infiniment petit côtoie l’écran de cinéma, un rêve où le présent est déjà au passé, en train de se construire. Un art d’artisans virtuoses, de trucs à vue et de machineries ingénieuses : un spectacle où la magie naît de ce que l’on voit presque plus que de ce que l’on imagine.

Promenade en ville pour "Cold Blood" (Photo Julien Lambert)
Promenade en ville pour « Cold Blood » (Photo Julien Lambert)

7 morts remplies de vie

C’est bien de la mort qu’il s’agit dans Cold Blood. 7 fois en plus, pour les superstitieux et autres amateurs d’ésotérisme. Mais Cold Blood ne se situe pas dans la délectation de la mort sanguinolente. Il s’agirait plutôt ici d’évoquer cet instant fugace d’avant la mort, celui qui permet de se souvenir de ce qui a constitué sa vie. La surprise naissant du fait qu’on ne sait jamais de quel souvenir il s’agira, bon ou mauvais, nostalgique ou ridicule ! Tout comme les morts peuvent être, elles aussi, « stupides » ou « érotiques », tour à tour.

D’une certaine façon, Cold Blood apparaît comme une fenêtre possible de familiarisation avec la mort, par un univers puissamment cinématographique, enfantin et technicolor. Mourir avec les doigts, alors, ce n’est peut-être pas si grave, surtout si c’est au cinéma et dans des situations rocambolesques.

Expérimenter la mort, tranquillement

La voix du narrateur, chaude et enveloppante, est comme un corps de plus dans le spectacle. Entre tendresse et humour, la voix et le texte de Thomas Gunzig nous vouvoie et nous invite à partager, tranquillement, l’expérience de ces morts successives.

La mort, finalement, c’est assez bien pensé. […] Mais vous vous dites : « C’est un peu froid, j’aurais du prendre un pull. »

La narration nous emmène d’histoire en histoire, selon un rythme qui paraît tantôt resserré, tantôt dilaté, comme s’il était son propre maître. Cette voix si présente se fait parfois presque oublier tant les scènes touchent au virtuose très référencé magie du grand écran… Puis elle revient se poser à nouveau dans le creux de l’oreille du spectateur, bienfaisante, comme un guide que l’on suivrait au bout du monde.

Dans le salon de "Cold Blood" (Photo Julien Lambert)
Dans le salon de « Cold Blood » (Photo Julien Lambert)

Une danse [pas du tout] macabre

Tout est fait dans Cold Blood pour transporter le spectateur dans un ailleurs magique, avec brio. La nano-chorégraphie de doigts prends de l’amplitude par rapport au premier opus de Kiss & Cry en s’accaparant ça et là la diversité offerte par d’autres parties des corps. On y explore des bras, des muscles d’épaules, des cheveux et des yeux comme au microscope.

La façon dont la chorégraphie de Michèle Anne De May rencontre le cinéma de Jaco Van Dormael est tout simplement bluffante. Les lumières viennent épouser les courbes des mains et des parties de corps pour en révéler des fragments délicats, un rythme, une intensité. Que de vie dans ces corps-là ! Au plateau tout grouille, les gens parlent, se déplacent vite d’un endroit à l’autre, c’est un plateau de cinéma. A l’écran, c’est la résultat magique de l’agitation : la poésie en plein phares.

On en dira pas plus, mais, de forêts en villes, de cabarets en paysages, on touche parfois à des instants de pure beauté, irréelle et stupéfiante, comme cette scène aperçue à travers les carreaux d’une fenêtre… Il faut voir ce spectacle, ne serait-ce que pour ce moment.

Comme au cinéma

La bande son joue sans aucun doute un rôle essentiel dans cette affaire d’émotion, comme au cinéma. Elle puise pêle-mêle dans le chant baroque et David Bowie, de Perfect Day à On Moonlight Bay… Un réservoir musical hétéroclite et pop qui marche à tous les coups.

Alors, vous aviez prévu d’aller voir un film ? Allez voir Cold Blood, vous verrez en plus une pièce de théâtre, une scène de tournage, un spectacle de danse et l’envers du décor. Cette multiplicité des scènes offertes au regard en même temps est en soi une invitation au voyage. Chacun peut s’y créer son chemin, s’attarder ici ou là, déceler telle ou telle astuce cinématographique, et pourtant se faire totalement embarquer. Blockbuster et art et essai à la fois.

Israël Nisand : « L’Humanité s’hybride au contact de la technologie »

Israël Nisand : « L’Humanité s’hybride au contact de la technologie »

Le Pr Israël Nisand, cofondateur du Forum européen de bioéthique de Strasbourg (Febs), détaille les enjeux qui attendent l’Humanité, alors qu’elle s’ybride de plus en plus au contact des technologies. Le Forum de bioéthique se tient du lundi 30 janvier au samedi 4 février.

D’une certaine manière, nous sommes tous des post humains. La nature a fait le premier jet, et nous l’avons bel et bien modifié. Nous n’avons même fait que cela depuis toujours, depuis que nous sommes devenus des humains, échappant à notre déterminisme biologique de primate. En apprenant à gérer le feu dans la préhistoire de l’humanité, nous avons eu la possibilité de cuire nos aliments.

Et nous ne serions pas les mêmes humains, physiquement, si nous avions continué d’ingérer une alimentation crue. Les économies d’énergie faites sur la digestion nous ont donné plus de moyens pour développer nos cerveaux. La technique inventée et manipulée par l’homme s’applique à lui-même en retour. Et le change. En cela nous sommes tous des post humains.

Nous avons inventé la médecine ; elle modifie le corps des hommes. Pas toujours dans le « bon » sens d’ailleurs puisqu’elle permet à des malades qui autrefois ne pouvaient pas atteindre l’âge de la reproduction de vivre et de transmettre à leurs enfants les gènes de leurs maladies qui désormais augmentent donc en fréquence dans la population. C’est ce qu’on appelle l’effet dysgénétique de la médecine. Il était limité voire insignifiant jusqu’à présent et sans effet sur les populations. Il va devenir de plus en plus important avec les moyens de « transformation massive » que nous inventons.

Nadia Aubin, directrice du Febs, et le Pr Israël Nisand, cofondateur. (doc remis)

« Les évolutions actuelles : plus une explosion »

Une personne vaccinée est une personne « améliorée » par la technique et si demain nous disposions d’un vaccin contre le Sida, nombreux seraient sont ceux qui désireraient ainsi s’améliorer en se protégeant contre cette maladie. Peut-être sera t-on un jour capable, par un moyen ou par un autre, d’améliorer les capacités physiques ou intellectuelles des humains ; quel pays prendra alors le risque de rester seul à ne pas l’accepter pour ses citoyens ?

L’histoire s’accélère en fait avec l’accroissement époustouflant des capacités technologiques. Les évolutions actuelles ressemblent plus à une explosion qu’à une simple évolution. Les découvertes des vingt dernières années sont plus conséquentes que celles de toute l’histoire des sciences depuis son début. Et la connexion universelle de tous les cerveaux par Internet décuple les possibilités de découverte. La première intelligence artificielle est là : une découverte scientifique est partagée le jour même par toute la communauté scientifique.

Il est loin le temps où l’accoucheur des rois d’Angleterre qui avait inventé le forceps le transmettait secrètement, de génération en génération, avec la charge d’accoucheur du roi, en évitant que quiconque ne puisse même apercevoir la précieuse découverte. Aujourd’hui des questions sont résolues par la communauté scientifique bien plus vite que si chacun travaillait seul dans son laboratoire.

« Mue par l’appât du gain, l’Humanité va accélérer »

C’est une des explications de cet aspect explosif des découvertes scientifiques et techniques. Mue par la curiosité, excitée par la compétition et l’appât du gain, l’Humanité ne va qu’accélérer ce mouvement des découvertes scientifiques de plus en plus puissantes et déstabilisantes.

Cœur artificiel implanté, rétines artificielles, bras bioniques reliés aux nerfs pour leur commande, puces implantées dans le cerveau des parkinsoniens, modifications du génome, etc. L’homme s’hybride de plus en plus avec la machine et multiplie ses prothèses pour se réparer d’abord, pour s’améliorer ensuite. Le transhumanisme, en cela qu’il questionne sur la nature même de l’homme, n’est donc pas une simple option sur la table.

Si l’homme se transforme de plus en plus profondément, une des questions qui se posent à toute l’humanité est bel et bien de savoir vers quelles directions, avec quels objectifs et pour quelles finalités. Personne n’est aujourd’hui en capacité de le dire mais la réflexion s’impose à tous car la vie de nos proches descendants sera vraisemblablement fortement impactée par ces bouleversements.

« Le pire n’est qu’une option »

La 7ème édition du Forum Européen de Bioéthique, du 30 janvier au 4 février 2017, fidèle à sa tradition, pose les questions qui fâchent, invite les transhumanistes et ceux qui les vilipendent et convie les citoyens à regarder ensemble par le « trou de la serrure de notre avenir ». Pas sûr que ces débats soient rassurants. Pas sûr non plus que les experts invités disent juste : après tout le pire n’est qu’une option.

Mais pas question non plus de pousser le mouton sous le tapis ; il nous faut essayer de comprendre ce qui nous arrive à nous les humains. Car nos sociétés gagnent à comprendre et à connaître. Une collectivité humaine avertie aura plus de moyens pour maîtriser les intérêts considérables qui sont un des moteurs de ces transformations que peu d’entre nous souhaitent mais qui sont probablement inéluctables.

Rue89 Strasbourg est partenaire du Forum européen de bioéthique.

Au forum de bioéthique, on va poser la question de la mort de la mort

Au forum de bioéthique, on va poser la question de la mort de la mort

Du lundi 30 janvier au samedi 5 février, le Forum européen de bioéthique de Strasbourg s’intéresse à l’évolution du genre humain, accélérée grâce aux technologies. Les robots vont prendre une place dans notre société, mais laquelle ? Faut-il augmenter les capacités du corps humain par l’adjonction de mémoires ou de muscles artificiels ? Et puis que faire avec la mort ?

Les technologies progressent vite, plus vite que le temps nécessaire à l’Humanité pour réfléchir à leurs conséquences. Mais il y a quand même des espaces, rares, ou ces enjeux sont questionnés, débattus, et le Forum européen de bioéthique à Strasbourg (Febs) en fait partie. Comme chaque année depuis sept ans, le Febs colonisera l’Aubette, place Kléber, dont les salles seront pleines à craquer du lundi 30 janvier au samedi 4 février, pour évoquer le futur et ses conséquences pour le genre humain.

Pour Nadia Aubin, directrice du Febs, cet engouement est le signe que des conférences similaires devraient se dérouler ailleurs et plus souvent :

« À ma connaissance, nous sommes les seuls à proposer chaque année une réflexion globale sur la bioéthique ouverte au public. Il existe de nombreux forums réservés aux professionnels, de la santé par exemple, mais le grand public est tenu à l’écart de ces discussions. Notre objectif est justement l’inverse, nous voulons que les débats soient posés, que les enjeux soient discutés et que chacun puisse se faire son opinion. »

Les organisateurs du Febs ont souvent été accusé de partialité, d’avoir des motifs cachés ou de rouler pour un courant… Nadia Aubin s’en défend :

« Nous invitons régulièrement des gens avec lesquels nous ne sommes pas d’accord, ni moi ni même l’ensemble du conseil d’administration. Il arrive que ces personnes ne participent pas à nos débats, mais ce n’est pas de notre fait ! Bien souvent, elles sont invitées mais refusent de venir se confronter à leurs contradicteurs et préfèrent le confort de leurs discours devant des parterres de fans. Nous pensons que la bioéthique est trop sérieuse pour que les débats soient confinés. Notre seul objectif, c’est l’information du public. »

Les transhumanistes en guest-stars

Cette année, les invités chargés de mettre un peu de piquant dans les débats sont les « transhumanistes ». Ce courant de pensée verrait d’un bon oeil que les innovations technologiques pallient les faiblesses organiques du genre humain. Pour eux, aucun problème à ce que notre mémoire soit téléchargée dans des corps artificiels… Elle pourrait ainsi être… immortelle. Science-fiction ? Pas tant que ça. Les technologies progressent tellement vite que pour Catherine Dufour, auteur de science-fiction, le genre a perdu son pouvoir prédictif. Elle fait partie de la cinquantaine d’intervenants qui participeront au Febs cette année.

L’association française de transhumanisme (AFT), dont Rue89 Strasbourg vous avait déjà présenté l’unique membre alsacien, sera également présente, notamment via son président Marc Roux, mardi. C’est en soit un événement, les membres de l’AFT goûtent peu l’exposition et rechignent à décortiquer en détail les conséquences de leurs options pour le futur de l’humanité.

Un futur connecté, en réseau

Pour le Pr Israël Nisand, cofondateur du Febs, il ne faudrait pas réduire les discussions sur le futur du genre humain au transhumanisme :

« L’humanité n’est plus la même depuis que l’homme cuit ses aliments… La transformation est constante. Sauf qu’elle s’accélère depuis quelques années, il est important d’en évaluer les conséquences dès aujourd’hui, pour nos enfants. Et ça va au delà du corps, c’est pourquoi nous parlons plutôt de « post-humains » que de « trans-humains ». Ainsi par exemple, un réseau de chercheurs a été mobilisé à l’échelle de la planète pour résoudre un problème. Ce fût une première mais on imagine vers où cette production intellectuelle mondiale peut nous mener… »

Comme chaque année, la mort sera invitée, avec le lot de questions infinies qu’elle suscite. Sauf que cette fois, il s’agira de poser la question de la mort de la mort. Vaste programme qui pourrait sembler anecdotique… si les géants américains de la Silicon Valley ne dépensaient pas des milliards de dollars sur cette question. Et eux, s’ils se posent des questions, elles ne sont pas publiques.

Tous les débats ont lieu à l’Aubette pour des raisons de sécurité. Mais ils seront retransmis en direct sur Rue89 Strasbourg.

Rue89 Strasbourg est partenaire du Festival de bioéthique.

Ma soirée de maraude pour les SDF de Strasbourg

Ma soirée de maraude pour les SDF de Strasbourg

Monique Maitte est connue pour son action en faveur des personnes sans-abri en Alsace. Dans un témoignage posté sur Facebook, que nous reproduisons ici avec son accord, elle raconte sa maraude lundi soir avec Strasbourg Action Solidarité, et les sentiments d’impuissance et de colère qui en découlent.

Je reviens sur la maraude de Strasbourg Action Solidarité SAS à laquelle j’ai participé lundi soir.  Tout d’abord j’ai rencontré, enfin, l’association des sauveteurs, Assistance sauvetage recherche (ASR) et en plus l’équipe de Cynotechnique 67 ; des rencontres extraordinaires. Départ après la préparation dans la cuisine de Valérie Suzan de tout le nécessaire.

Nous commençons par le centre-ville, peu de monde, il fait -12°C les gens se mettent à l’abri où et comme ils peuvent. La place Kléber et ses alentours ont perdu, par la mise en place de divers panneaux et barrières, de coins à l’abri ce qui rend la tâche des maraudes plus compliquée.

Après la place Kléber, Grand’Rue

Après cela, nous nous sommes dirigés vers la Grand’Rue et y avons rencontrés plusieurs personnes. Un repas chaud qui tient au corps, des pennes à la bolognaise et une soupe merveilleuse pour l’essentiel. Boissons chaudes et fruits frais.

Un homme nous indique où trouver des gens qui seraient heureux de nous voir et de manger. Nous remontons la rue doucement en observant les encoignures de magasins et les petites ruelles. Au bout de la rue, proches du tram, nous stoppons. Des gens sortis d’on ne sait où se présentent, les couvertures et les chaussettes ont du succès, le repas aussi. Soudain, l’œil aguerri d’un sauveteur remarque une femme seule sous les arcades. Visiblement elle n’a plus toute sa tête, grâce à Odile un contact féminin se fait et elle accepte de manger.

Les mardis soirs, Strasbourg Action Solidarité se place près de la gare (Photo Jacques Gross)

Direction les ponts couverts

Nous allons au lieu indiqué par le gars de la Grand’Rue.  Nous voici près des Ponts Couverts, il y a des touristes heureux, des gens qui passent et voilà que Valérie et les sauveteurs ramènent avec eux neuf personnes. Il est 22 heures, il fait nuit, il fait -12°C et nous sommes entourés de neuf personnes affamées. L’un d’eux n’a pas terminé son plat que déjà il se demande si du « rab » est possible. Je les regarde manger, ils sont concentrés sur leur plat, les coups de fourchette s’enchaînent.

Après ça ils vont mieux, on peut parler un peu, servir de la soupe. Car les maraudes de Strasbourg Action Solidarité ont non seulement une équipe médicale avec elles mais elles prennent le temps d’échanger, de parler. J’ai régulièrement le sentiment ce soir là que c’est « l’ingrédient » essentiel. Je ne regarde plus l’heure, j’ai faim, j’ai froid mais je me sens rassurée. Oui c’est cela, je suis rassurée pour ceux que nous trouverons dans ces dédales de la ville et de la vie. Je m’agace en pensant à certaines maraudes subventionnées et inutiles.

Personne dans les arbres place de la République

Nous repartons, nous roulons doucement, nous scrutons et dès que nous avons un doute sur une présence, nous proposons à manger, à boire, une couverture, etc. Place de la République, nous voilà à scruter les grands thuyas dans lesquels des gens, des familles, des bébés trouvent un abri. Quel soulagement de n’y trouver personne ; sans doute ont-ils obtenus un abri au gymnase, une chaise, une chambre ?

Une bien longue maraude par des températures autour de -10°C (photo Sandro Weltin)

Mon cœur s’est pincé à ce moment là. J’ai regardé l’heure, j’ai regardé Valérie et je lui ai dit « dire que nous devions faire une maraude “rapide” »… Elle a rit en me disant « j’espère que mon mari ne va pas s’inquiéter… » Nous repartons toujours sur ce rythme lent, nous scrutons.

22h21, malaise à la gare

Il est 22h21 lorsqu’on signale à Valérie un homme qui a fait un malaise à la gare. Le message est accompagné de deux photos sur lesquelles nous voyons un corps, au sol, sans protection. Nous fonçons là-bas. Des gens ont relevé et posé un homme sur un banc. Son visage tire sur le rouge et le bleu, il ne contrôle plus son corps qui tremble violemment, un de ses bras part dans tous les sens ; c’est impressionnant et très inquiétant. L’équipe médicale a pris les choses en mains. Température, rythme cardiaque, etc. Le froid l’a entièrement pris, il n’est plus que froid.

Pendant ce temps-là, nous apprenons que les pompiers étaient sur place peu avant, mais comme ils étaient là pour une autre personne, ils n’ont pas voulu venir voir. Même pas un coup d’œil, deux mètres à faire.

Les sauveteurs et Valérie s’occupent de Bruno qui reprend vie. Moins de tremblements, changement de chaussettes ; les extrémités doivent être réchauffées. Couverture de survie, couvertures normales et la chaleur humaine de Valérie qui lui tient les épaules et lui parle sans cesse.

Une hypothermie avancée

Moi, j’hallucine. Je suis à la fois révoltée et rassurée en voyant l’équipe de « sauveteurs » et des « cynophiles » agir si posément, si professionnels. Après quoi, les sauveteurs contactent le Samu. Le diagnostic m’affole un peu : « hypothermie avancée. »

Là, j’étais sûre que tout serait simple, normal. Non. Il faut convaincre le Samu d’envoyer une équipe. Je sors pour les guetter et ces 20 minutes m’ont parues interminables. Valérie se met en quête d’un abri pour lui. Les pompiers, les sauveteurs le disent clairement ; il doit être au chaud.

Une place en caféteria

Le 115 décroche et là j’en pleure encore et je ne cherche plus d’explication à ce que j’ai entendu… J’ai honte, je suis triste et déterminée à tout faire pour que ça ne se reproduise plus :

« – Réponse du 115 : ce monsieur avait une place à 21h, il n’est pas venu, nous l’avons donnée.
– À 21h, lui répète Valérie, ce monsieur avait fait un malaise, il était presque inconscient, au sol, il ne pouvait pas marcher.
Je ne vais pas vous dire qu’elle fut la réponse, la violence de cette réponse, en gros : « il ne s’est pas présenté, il n’y a plus de places ! »

Le pompier en chef accepte de prendre le téléphone, je n’ai rien écouté, je me suis rapprochée de Bruno et j’ai posé ma main sur son épaule. Je voyais Valérie révoltée mais moi, j’étais vide. Une place assise à la cafétéria ! C’est tout ce que nous avons pu trouver. C’est nullissime mais il est sauvé.

En revanche, c’est à nous de l’y emmener… Jusqu’au bout « on nous aura tout fait » me dis-je ; jusqu’au bout « on » aura tout fait à cet homme de 51 ans en hypothermie avancée pour qu’il reste là, dans ce hall de gare par -12°C.

Les maraudes tentent de repérer les personnes sans-abri dans les rues. (Photo Jacques Gross)

Il est 23h04, nous partons, il n’y a plus de place, nulle part. Nous laissons derrière nous plusieurs personnes sans solution pour la nuit. Les températures sont inhumaines, la situation aussi. Nous voici enfin à la cafétéria. L’accueil est froid avec les deux hommes qui surveillent. Un se lève, l’autre reste dans son fauteuil. Nous sommes tous entrés, les sauveteurs qui portent Bruno, les cynophiles et l’équipe de maraude de Strasbourg Action Solidarité.

Huit tapis de sol, tous occupés sauf un

Il y a huit tapis de sol posés sans espace entre eux, tous occupés sauf un. Le lieu est encombré des tables et des chaises poussées dans un coin. Une jeune fille essaye de dormir allongée sur trois chaises. Reconnaissant Valérie, un jeune homme s’est levé, il attend de pouvoir lui parler. Les sauveteurs et Valérie allongent Bruno. Une seule couverture, il faut lui en ajouter une.

Il va mieux, mais a encore besoin de se réchauffer. Le veilleur avec ses papiers à la main, il veut l’identité, la date de naissance… Ce sera ma seule intervention : « vous ne voyez pas son état, ça peut attendre demain. » Il n’a pas insisté.

Il faut presque arracher Valérie de lui, elle le rassure, le réconforte. Viens, laisse le s’endormir. Viens, ne t’inquiète plus pour le moment. Le matelas à côté est occupé par un couple de jeunes filles. Nous les connaissons bien… Je crois qu’elles ont compris que leur couple n’avait à Strasbourg aucune chance d’avoir une chambre commune. L’une d’elles est malade. Elle a une affreuse toux qui l’empêche de bien dormir. Elle est soignée par différentes structures médicales, tous lui donnent de la ventoline. Ça ne marche pas mais elle n’obtient que ça. Les sauveteurs lui donnent des conseils…

L’envie de rentrer

J’ai envie de partir de ce lieu oppressant. J’ai envie de rentrer à la maison. Valérie téléphone au campement des huit, un squat sous tentes à la Meinau, il est tard. Finalement ils préfèrent se coucher, nous irons plus tard, demain. Et nous continuons ! Objectif malgré l’heure, les bureaux d’Electricité de Strasbourg où nous attendent d’autres SDF. Tous dorment sous un entassement de couvertures à même le sol. Vérification sans faire de bruit ; ils sont vivants.

Pas question de ne pas aller voir Tom qui lui ne dort pas ! Sans Valérie et les sauveteurs, je ne sais pas ce qu’il serait devenu. Il est très malade. Ses pieds et ses jambes sont gagnés par l’infection. C’est insupportable à savoir et à regarder.

Une immense tristesse

Tom a eu des soins mais avec un retour à la rue. Les sauveteurs se mettent encore une fois en action. Ils désinfectent, ils soignent, etc. Chacun de leurs gestes est sûr, précis et chacun d’eux est d’un grand calme ; leur respect des gens, des conditions, est imposant.

Je n’avais plus ressenti cela depuis longtemps, cette immense tristesse, cette révolte, la colère et, en pensant à Valérie et à ce partenariat, cette association de gens formidables, au bout du désespoir en pensant à ces belles rencontres la lueur.

Il est 0h29, fin de maraude.

Les dirigeants d’EDF acceptent une fermeture de Fessenheim vers 2018

Les dirigeants d’EDF acceptent une fermeture de Fessenheim vers 2018

EDF a donné son accord pour la fermeture de la centrale d’électricité nucléaire de Fessenheim dans le Haut-Rhin vers 2018 contre une indemnisation par l’État de 446 millions d’euros, dont 100 millions versés dès l’arrêt de la centrale.

Le conseil d’administration d’EDF a voté en faveur de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim dans le Haut-Rhin mardi 24 janvier. Cela veut dire que les six administrateurs « indépendants », dont le P-DG Jean-Bernard Levy et sa voix double en cas d’égalité ont voté pour, tandis que les six représentants de syndicats ont voté contre.

Les représentants de l’État, actionnaire à 85%, ne pouvaient voter, car ils étaient en situation de conflit d’intérêts : d’un côté ils représentent l’État, qui souhaite payer une compensation financière la plus faible possible, mais aussi EDF, dont l’intérêt est l’inverse.

L’indemnisation de la part de l’État pour EDF porte sur 446 millions d’euros d’ici 2021, dont 100 millions lors de l’arrêt. D’autres indemnités seront versées jusqu’en 2041 selon certains paramètres, comme l’évolution des prix de l’électricité.

Selon Le Monde, « en cas de vote négatif sur Fessenheim, les pouvoirs publics menaçaient EDF de ne pas publier deux textes réglementaires : le premier pour permettre la poursuite du chantier de Flamanville ; le second pour relancer le réacteur numéro 2 de la centrale nucléaire de Paluel (Seine-Maritime). »

Une promesse de 2012

La fermeture de la plus veille centrale nucléaire de France était une promesse de campagne du candidat François Hollande. Elle devait se produire lors du quinquennat, ce qui ne sera matériellement plus possible. Vraisemblablement, le décret d’abrogation de l’autorisation d’exploiter liera la fermeture à la mise en route de l’EPR Flamanville, cette centrale de nouvelle génération en Normandie qui a accusé plusieurs retards, prévue en 2018.

La centrale nucléaire de Fessenheim (Photo Wikimedia Commons / CC)

Il n’y a pour le moment pas de projet connu de reconversion du site, qui emploie environ 800 personnes et 250 sous-traitants. Des contacts ont été noués avec le constructeur de voitures électriques Tesla mais les élus locaux ont évoqué une fermeture à l’horizon 2025. Les syndicats et une partie du personnel ont manifesté et fait grève ces derniers jours pour signaler leur opposition à une fermeture.

La fermeture remise en cause après les présidentielles ?

Si la procédure est enclenchée, certains espèrent qu’elle puisse être stoppée après l’élection présidentielle d’avril avec un décret pour défaire ce qui a été mené. François Fillon (« Les Républicains ») s’est clairement positionné contre la fermeture, ainsi que Marine Le Pen (FN). À l’opposé, Yannick Jadot (EELV) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) y sont favorables.

Benoît Hamon (PS) et Emmanuel Macron (En Marche) ont dit vouloir baisser la part d’énergie nucléaire, sans se prononcer sur la centrale alsacienne. Quant à Manuel Valls (PS), il a dit vouloir respecter la loi de transition énergétique, qui prévoit un plafonnement de la production de l’énergie nucléaire, soit une fermeture d’une centrale lors de l’ouverture de nouveaux équipements, comme Flamanville.

Trois mois après, le bébé politique « En Marche » a bien grandi à Strasbourg

Trois mois après, le bébé politique « En Marche » a bien grandi à Strasbourg

« En Marche », le mouvement politique de l’ancien ministre de l’Économie Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle, grandit à Strasbourg et dans le Bas-Rhin, même si les ralliements d’élus sont encore timides. En ligne de mire, le choix des candidats aux élections législatives pour avoir des députés en juin.

On les avait rencontrés la première fois en octobre, une quinzaine de militants de la première heure hésitaient à s’engager et à créer des mini-sections locales. À l’époque, il n’était pas sûr que passées les premières réunions fondatrices, toutes ces bonnes volontés ne s’essoufflent ou se déchirent, comme à l’époque du lancement de Nouvelle Donne fin 2013.

Mardi 17 janvier, à l’occasion des vœux du mouvement à ses adhérents et d’une soirée d’ateliers autour du travail, une petite centaine de personnes s’est réunie à la Maison des syndicats. Le mouvement revendique 2 000 adhérents dans le Bas-Rhin et un millier dans le Haut-Rhin. Un chiffre à relativiser, puisque contrairement aux partis classiques, l’adhésion est gratuite.

Dans le Bas-Rhin, une quinzaine de groupes locaux fonctionnent : trois dans le centre de Strasbourg, un pour les quartiers ouest et un pour Neudorf et le sud de la ville. D’autres se sont créés à Schiltigheim et à Lingolsheim. Les désistements ? « Ils se comptent sur les doigts d’une main », assure Bruno Studer, le référent bas-rhinois d’En Marche, lors de son discours d’introduction.

Ancien adhérent UDI, Bruno Studer est désormais référent local pour En Marche (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

En Marche sonde ses adhérents…

Pratique qui séduit les adhérents, En Marche demande vraiment à ses membres leurs avis. Chaque réunion est placée sous une thématique et des questionnaires sont distribués aux adhérents pour faire remonter les résultats. L’objectif, assure-t-on, est de « préciser » les prises de positions de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, par rapport à ses propositions déjà formulées. Lors de la soirée du 17 janvier, consacrée au travail, les participants se sont séparés en petits groupes d’une dizaine de personnes pour échanger sur le sujet et remplir les documents.

Sur la feuille, une question : « laquelle de ces orientations vous parait prioritaire ? » Réduire l’écart entre le salaire brut et le salaire net, renforcer les droits à la formation professionnelle des chômeurs, autoriser les accords de branche ou d’entreprises à déroger à la loi, universaliser l’assurance chômage… À cela s’ajoute un espace, « quelles autres solutions concrètes seriez-vous prêt à défendre » et « seriez-vous prêt à défendre l’idée de l’adhésion obligatoire à un syndicat afin d’améliorer la qualité du dialogue social ? »

Un questionnaire lors d’une soirée (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

… au service d’un seul homme

Mais le « mouvement » fonctionne aussi comme un parti politique classique, très centralisé, au service de la candidature d’un seul homme. L’équipe parisienne compte une cinquantaine de salariés, pour affiner son programme et lever des fonds. Pour l’instant, « En Marche » ne prend pas position sur des sujets locaux.

« En Marche » ne bénéficie pas de financement public et se finance par les dons. En novembre 2016, la députée « Les Républicains » Nathalie Kosciusko-Morizet avait mis au défi l’ancien ministre de publier la liste de ses donateurs, ce qu’il avait refusé. L’association en charge du financement est présidée par Christian Dargnat, ancien directeur général de la société de placement d’actifs de la banque BNP Paribas.

Des petits groupes de militants sont formés pour remplir les questionnaires et débattre du travail (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

De timides ralliements

Pour évaluer si la recomposition politique annoncée s’opère ou non, les ralliements d’élus et de militants à En Marche est particulièrement scrutée. À Strasbourg, le nombre de socialistes ayant rejoint Emmanuel Macron est bien inférieur à celui de la fédération du Rhône, où une cinquantaine d’élus et militants PS ont fait défection dans les traces du sénateur-maire de Lyon, Gérard Collomb. Bruno Studer assure que cela ne compte pas et met en avant que 90% des adhérents n’étaient ou ne sont pas dans un parti politique, une proportion en augmentation par rapport aux débuts.

À Strasbourg, citons quand même les adjointes proches du maire Roland Ries (PS) mais non-encartées, Nawel Rafik Elmrini et Christel Kohler. À droite, on recense la conseillère départementale Françoise Pfersdorff (qui a rendu sa carte de Les Républicains). « Nous ne sommes pas anti-élus. Avoir ce discours, c’est faire le jeu de l’anti-parlementarisme », commente Bruno Studer. En Marche ne remet pas en cause les institutions politiques françaises actuelles. Le maire de Niederhausbergen, Jean-Luc Herzog (divers droite), qui a fait parlé de lui avec son conflit avec la brasserie La Mercière, a donné son parrainage à l’ancien ministre

Citons également Stéphane Gross, entrepreneur de 36 ans et ancien colistier de Fabienne Keller (« Les Républicains ») aux municipales à Strasbourg en 2014, est devenu animateur d’un comité local et s’occupe de la communication sur Facebook et Twitter. À titre personnel, il soutenait Alain Juppé à la primaire de la droite, mais ne se reconnait pas dans François Fillon.

Stéphane Gross, entrepreneur et ancien colistier de Fabienne Keller est désormais En Marche (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Appel à candidatures pour les législatives, sans « crevard »

À ce stade, l’avenir du mouvement semble néanmoins suspendu au sort de son candidat à l’élection présidentielle. Une non-qualification au second tour découragerait sans doute nombre d’adhérents et plomberait les chances des candidats d’En Marche aux élections législatives en juin.

En 2007, après la troisième place et les 18% de François Bayrou à l’élection présidentielle, les candidats Modem n’avaient pas réussi à transformer l’essai aux législatives (7% en moyenne et 3 députés élus). En revanche, une victoire pourrait porter le mouvement, qui serait conforté dans son positionnement politique « de droite et de gauche ».

Quant aux investitures, « la meilleure voie est de s’investir dans les comités locaux », a prévenu Bruno Studer au public. « Ce sont les candidats de demain aux municipales, régionales et départementales. » Un appel à candidatures sera lancé de début février jusqu’au premier tour de la présidentielle. En Marche assure qu’au moins la moitié des 577 circonscriptions sera réservée à des personnes qui n’ont jamais été élues.

Les candidats seront choisis par une commission nationale d’adhérents, qui s’engagent à ne pas être candidats. Emmanuel Macron n’est pas sensé y participer, mais on doute qu’il n’aura pas un avis sur certaines personnalités. Un membre de l’équipe d’Emmanuel Macron a indiqué au Parisien que son mouvement « ne prendra pas les crevards », en référence à des ralliements de dernière minute d’élus en difficulté, avant de renier le terme. Mais le message est passé.

Malaise autour d’une photo d’élus lors d’une soirée d’En Marche à Strasbourg

Malaise autour d’une photo d’élus lors d’une soirée d’En Marche à Strasbourg

Françoise Pfersdorff, conseillère départementale élue avec un colistier « Les Républicains », s’est affichée le temps d’une photo derrière deux adjointes au maire de Strasbourg lors d’une soirée du mouvement En Marche, avant de repartir…

En mars 2015, Françoise Pfersdorff (ex-Les Républicains) et Christel Kohler (sans étiquette, mais élue à Strasbourg sur une liste PS) étaient opposées lors des élections départementales sur le canton 4, dans le nord de Strasbourg (Robertsau, Wacken, Tivoli). Elles étaient candidates en binôme, respectivement avec Yves Le Tallec (« Les Républicains ») et Alain Fontanel (premier adjoint au maire de la Ville de Strasbourg, PS). Le tandem de droite l’avait emporté au second tour.

Mardi soir, une centaine de personne s’est rendue à la grande soirée d’un comité local d’En Marche à Strasbourg qui proposait des ateliers autour du travail (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Aujourd’hui, les deux femmes se retrouvent ensemble dans le même mouvement, grâce au pouvoir d’attraction de « En Marche« , le mouvement (dont nous vous parlions des prémisses en octobre) de l’ancien ministre de l’Économie Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle. Mais le passé a la vie dure !

Une photo et puis s’en va

Car mardi 17 janvier, lors de la soirée des vœux du comité local d’En Marche à Strasbourg, Françoise Pfersdorff s’est placée à côté de Christel Kohler et l’autre adjointe au maire de Strasbourg non-encartée et désormais « En Marche », Nawel Rafik Elmrini, le temps d’une photo à la demande de la presse régionale, sans vraiment demander leur accord aux deux femmes.

Mais les deux adjointes, comme certains militants, ont surtout ont été choquées par le départ, tout aussi soudain, de la conseillère départementale, pour une soirée au Fossé des XIII. À ce moment, la soirée de travail autour du travail débutait à peine, après la formation de petits groupes pour remplir des questionnaires sur des propositions liées à l’emploi. La photo, prise par un militant d’En Marche, n’a finalement pas été transmise à la journaliste.

Au conseil municipal de Strasbourg : tourisme et soutien aux compagnies de spectacles

Au conseil municipal de Strasbourg : tourisme et soutien aux compagnies de spectacles

Le conseil municipal de Strasbourg du 23 janvier traitera des nouvelles règles de soutien aux compagnies de spectacle vivant, mais aussi de tourisme et de droit des femmes. À suivre en direct à partir de 15h.

Un ordre du jour assez léger attend le premier conseil municipal de Strasbourg de l’année, avec 25 points et 4 interpellations. Il sera notamment question de tourisme, avec le renouvellement de la subvention à l’Office du tourisme, qui reste stable (510 000 euros sur un budget total de 3,4 millions). Parmi les projets de cette année de l’institution, rénover son bureau d’accueil place de la Cathédrale et réfléchir à une stratégie numérique.

Comme l’année dernière, la Ville est toujours en conflit avec le Département du Bas-Rhin qui perçoit une taxe additionnelle sur la taxe de séjour (10% de la taxe totale, soit 300 000 euros par an l’année dernière) sur le territoire de l’Eurométropole, alors qu’il a arrêté de subventionner l’Office du tourisme.

Nouvelles règles pour les compagnies de spectacles

Autre gros sujet, avec plus de changements, celle de la politique de soutien aux compagnies de spectacles vivants. De nouvelles règles vont être votées et concernent trois cas : la création artistique, la structuration des associations et les projets collectifs.

La salle des conseils du centre administratif, place de l’Étoile. (photo Pascal Bastien)

Ces mesures prévoient un plafonnement des aides pour la création (12 000€ par an et 15% du budget total, sans qu’il soit possible de les toucher deux années de suite), pour la structuration (15 000 euros par an, le plus souvent sur 3 ans), ainsi que pour des opérations qui mélangent plusieurs structures (projets fédérateurs, déplacement à Avignon, à l’étranger…).

Ces règles concernent une quarantaine de compagnies de taille intermédiaire sur les 215 soutenues. Elles doivent servir à éviter les soupçons « favoritisme » et de « culture officielle » selon le premier adjoint Alain Fontanel (PS).

Un peu de droit des femmes

Il sera aussi question du droit des femmes, une délégation occupée depuis septembre 2016 par l’adjointe Françoise Bey (PS) en remplacement de Mine Gunbay (non-encartée), démissionnaire en avril.

Présenter « un plan municipal d’action pour les droits des femmes et l’égalité de genre »est une obligation. Pour son deuxième plan (sur 2017-2020), la Ville s’inspire en grande partie de ce qui a été fait en 2012-2016, puisque les 35 actions engagées sont maintenues. Un rapport en annexe doit présenter l’état de la situation à Strasbourg et au sein de l’administration.

Le budget de la mission est de 113 000 euros annuels prévoit un soutien de 85 000 euros aux associations pour les droits des femmes. Les reste sert à structurer quelques événements, au-delà des travaux effectués par l’administration, dont le principal est un colloque annuel.

Des mesures contre les « porcs »

Parmi les interpellations finales de l’opposition, une concerne la propreté dans les rues. Le « buzz » d’une vidéo du réalisateur Guillaume Canet qui fustige des « porcs » strasbourgeois qui laissent leurs déchets d’une célèbre marque de hamburgers en pleine rue a poussé la municipalité à un peu bouger sur la question.

Un groupe de travail va être mis en place pour inciter les enseignes à « un protocole de ramassage volontaire » des enseignes de nourriture à emporter comme à Toulouse, installer des poubelles cendrier et instaurer des « brigades vertes ».

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Après dix jours de pollution aux particules, levée des mesures d’urgence mardi

Après dix jours de pollution aux particules, levée des mesures d’urgence mardi

Le seuil d’alerte de la concentration en particules a été dépassé lundi 22 janvier en Alsace. L’Eurométropole de Strasbourg a déclenché un « plan d’action », qui prévoit des réductions dans les prix des transports en commun et un abaissement des vitesses. Il ne sera levé que mardi 31 janvier.

Selon l’agence de surveillance de la qualité de l’air, ATMO Grand Est, le seuil d’information (50 µg/m³ ) aux particules fines PM10 a été dépassé dans le Bas-Rhin depuis samedi 20 janvier. Dans un bulletin publié lundi 30 janvier, ATMO Grand-Est indique qu’après dix jours d’épisode, les particules en suspension dans l’air ont retrouvé une concentration plus saine. Merci la pluie !

Suite aux nouveaux critères de « persistance » de la pollution au bout de deux jours, des maigres mesures d’urgences ont été déclenchées. Durant cet épisode, les concentrations de particules ont dépassé le seuil effectif « d’alerte » (80 µg/m³) avant de parfois redescendre, mais toujours au-dessus du « seuil d’information. » Et même si les concentrations fluctuent, les mesures sont restées en place pendant toute la durée de l’épisode.

Ainsi jeudi 26 janvier, la concentration moyenne était de 72 contre 63 mercredi pour une station « de fond » et autour de 100 µg/m³ près des axes routiers (A35 / Route du Rhin / Avenue des Vosges). Des niveaux comparables à Lyon, Paris ou Grenoble.

Les PM2,5, 4 fois plus nombreuses qu’en moyenne

Non réglementées, les concentrations de PM2,5 sont aussi environ 4 fois plus élevées qu’en moyenne, autour de 60µg/m³ contre 17 µg/m³ en moyenne en 2016. Les données « en direct » peuvent être consultées sur le site Atmo Grand Est.

Dans son bulletin publié vendredi, ATMO Grand Est prévoyait que les valeurs d’alerte soient à nouveau dépassées lundi 29 janvier. L’agence précise dans un communiqué :

« Cet épisode de pollution de type « Combustion » se caractérise par une concentration en PM10 majoritairement d’origine carbonée (issus de combustion de chauffage et/ou de moteurs de véhicules) dans des conditions de turbulence atmosphérique faibles. Selon Météo-France, les conditions anticycloniques se maintiendront ces prochains jours dans une masse d’air sèche et froide, avec une inversion de température bien marquée. En conséquence, peu de dispersion attendue des polluants déjà présents, combinées à des émissions élevées, conduiront à une stagnation des niveaux de PM10 sur le Bas-Rhin et sur le Haut-Rhin ces deux prochains jours. »

Capture d’écran du site ATMO Grand Est dimanche 22 janvier…

L’Eurométropole de Strasbourg a déclenché depuis lundi 23 janvier un plan d’action, censé réduire les émissions en favorisant l’usage des transports en commun. Ce plan a été reconduit depuis, jusqu’au lundi 29 janvier inclu :

    La Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) proposera lundi et mardi un ticket journalier « Pic de pollution » à 1,70 euros. Les bus du Réseau 67 sont gratuits. Vélhop accorde une réduction de 50% sur ses locations à la journée (3€ au lieu de 6€).

Dans les deux départements alsaciens, la vitesse maximale autorisée sur les routes est réduite de 20 km/h (donc 110 km/h au lieu de 130 sur autoroute) et 70 km/h sur les routes près de Strasbourg comme l’A35. La préfecture interdit également les combustions de déchets verts à l’air libre. Ces mesures sont reconduites tant que la concentration de particule ne passe pas sous le seuil d’information.

Capture d’écran du site ATMO Grand Est vendredi 27 janvier

Inertie de l’Eurométropole

De son côté, le collectif Strasbourg respire regrette « l’inertie de l’Eurométropole » dans un communiqué :

« Nous entrerons lundi dans le troisième jour consécutif de pics de pollution (voire quatrième jour car le niveau 8 était déjà atteint vendredi 20 janvier) et alors que Lyon, Paris, Grenoble prennent des mesures fortes telles que l’obligation de pastilles (vignettes) et la circulation alternée, à Strasbourg toujours la même inertie ! Nous rappelons également que la pollution hivernale est la plus toxique en raison de la composition des particules de combustion (trafic, chauffage) contenant des hydrocarbures et autres métaux lourds, cancérigènes et toxiques pour le système cardiopulmonaire, neurologique, ces particules traversant le placenta sont également responsables d’effets sur le fœtus. Nous demandons que soient mises en place l’ensemble des mesures prévues par l’arrêté inter-ministériel d’avril 2016 incluant le système de pastilles (déjà obligatoires à Paris et Grenoble) qui servira entre autres de base à la mise en place de la circulation différenciée. »

Dans un nouveau communiqué publié le 27 janvier suite à la persistance de la pollution, les propositions du collectif ont été mises à jour. Il appelle, entre autres, la préfecture à mettre en place les pastilles pour les voitures comme à Grenoble ou Paris, faire respecter les interdictions de circulation de poids lourds notamment route du Rhin ; la Ville et l’Eurométropole à aider les jeunes et les foyers modestes à l’acquisition de nouveaux véhicules moins polluants et mettre en place les mesures « Ville Respirables » ; la Région Grand Est à mettre fin aux « TER hybrides qui circulent au diesel sur des lignes pourtant électrifiées » ou remplacer les bus du Réseau 67 par des modèles au gaz ou hybrides

Primaires de la gauche : Benoît Hamon en tête en France et en Alsace

Primaires de la gauche : Benoît Hamon en tête en France et en Alsace

Selon des premiers résultats en France, portant sur un tiers des bureaux de vote, Benoît Hamon est en tête de l’élection primaire de la gauche avec 35,21%. Manuel Valls est deuxième avec 31,56%. Les résultats en Alsace devraient être communiqués vers 21h30. La participation a été relativement faible, elle s’établit à moins de 1,5 million de votants.

Les bureaux de vote de la primaire du PS et de ses alliés ont fermé sur une participation nettement plus faible qu’espérée. Elle devrait s’établir entre 1,3 et 1,5 million de votants, soit deux fois moins de participants qu’à la primaire de la droite en novembre. Le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis a remercié vers 20h ceux qui s’étaient déplacés malgré la météo peu clémente :

« Vous vous êtes déplacés alors qu’on n’a cessé de vous dire que ça ne servirait à rien. »

C’est mieux que François Hollande, le président de la République n’a pas voté à la primaire, car il était en déplacement officiel au Chili.

Benoit Hamon culmine à 40% à Strasbourg

6 822 personnes se sont déplacées dans les bureaux de vote de Strasbourg, Benoît Hamon réalise un meilleur score qu’ailleurs :

    Benoit Hamon : 40% Manuel Valls : 30% Arnaud Montebourg : 13,2% Vincent Peillon : 9% François De Rugy : 4% Sylvia Pinel : 1,7% Jean-Luc Benhamias : 1,1%

Dans le Bas-Rhin, 16 235 personnes ont trouvé le chemin des bureaux de vote, ils ont aussi consacré Benoît Hamon :

    Benoît Hamon 35,89% Manuel Valls : 31,17% Arnaud Montebourg : 15,57% Vincent Peillon : 8,56% François de Rugy : 4,94% Sylvia Pinel 2,35% Jean-Luc Bennahmias : 1,51%

Dans le Haut-Rhin, 8 358 personnes se sont déplacées et Benoît Hamon est arrivé en tête mais d’une courte tête :

    Benoit Hamon : 32,83% Manuel Valls : 32,21% Arnaud Montebourg : 17,1% Vincent Peillon : 7,8% François De Rugy : 5,98% Sylvia Pinel : 2,38% Jean-Luc Benhamias : 1,41%

Manuel Valls, arrivé deuxième en France

En France, Benoit Hamon est arrivé en tête de l’élection primaire. Les résultats sont publiés en continu sur le site de la primaire de gauche.

    Benoit Hamon : 36,35% Manuel Valls : 31,11% Arnaud Montebourg : 17,52% Vincent Peillon : 6,85% François De Rugy : 3,88% Sylvia Pinel : 1,97% Jean-Luc Benhamias : 1,01%
Dans un bureau de vote de la primaire de gauche dimanche après-midi (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Arnaud Montebourg a reconnu sa défaite et a déclaré soutenir Benoît Hamon. Vincent Peillon n’a pas donné de consigne de vote. Manuel Valls pourra compter en revanche sur le soutien de Sylvia Pinel.

Dans la soirée de dimanche, Benoit Hamon a appelé ses soutiens à se mobiliser dimanche, et il a rappelé l’urgence de la transition écologique alors qu’un pic de pollution doit s’abattre sur le pays lundi. De son côté, Manuel Valls s’est dit « heureux » d’être au second tour face à Benoît Hamon car, a-t-il dit, « les Français auront le choix entre une gauche fantaisiste et une gauche réaliste. »

Roland Ries appelle à voter Manuel Valls

Le maire de Strasbourg, Roland Ries, fait partie des soutiens de Manuel Valls. Il a donc logiquement appelé au rassemblement des socialistes derrière l’ancien Premier ministre, seul, selon lui, à incarner la gauche réformiste qu’il défend.

Peu de monde à la Robertsau

Aux bureaux de vote installés dans l’école Saint-Thomas au centre-ville de Strasbourg, il y avait une légère queue vers 16h. À la Robertsau en revanche, le quartier le plus à droite de Strasbourg, le Blog de la Robertsau a constaté dès dimanche matin une nette désaffection dans un bureau de vote du quartier.

Au Molodoï jeudi, la Sound Lab : plus qu’une soirée, une expérience sensorielle.

Au Molodoï jeudi, la Sound Lab : plus qu’une soirée, une expérience sensorielle.

Imagine. Le laboratoire d’un savant fou, des fioles, des lumières noires, une atmosphère occulte. Un docteur Frankenstein qui s’’érige en chef d’’orchestre, t’invitant à une folle nuit de musique et de fête, à un mélange de concerts de blues rock, de hip-hop et de psytrance qui s’entremêlent dans une symbiose unique d’amitié et de joie, pour une soirée inoubliable. Ça se passe au Molodoï à Strasbourg jeudi 26 janvier.

Aymara est une association de Strasbourg qui a vu le jour il y a trois ans. C’’est une dizaine de potes de longue date, tous artistes, qui se sont réunis. Photographes, musiciens, graffeurs… Ils ont créé un collectif unique, jeune, dynamique. Leur but ? Ce sont deux membres qui l’explique, Jenji et Vinc :

« On veut créer des atmosphères, tout un univers dans lequel le public est complètement immergé. On adopte une démarche pleinement artistique. On ne veut pas s’’imposer de limites, on veut pouvoir promouvoir plein d’’arts différents. On a la capacité pour développer un univers total. »

Issus du monde de la nuit et de l’’art, la bande d’Aymara veut mélanger les passions de leurs membres à travers la création d’’événements originaux. À partir d’’un thème précis, que ce soit la jungle ou le laboratoire d’’un savant fou, ils expriment leur créativité, développant une scénographie, invitant des musiciens sur scène, jouant sur les cinq sens :

« Chaque sens constitue un pôle pour nous et ils représentent une infinité de possibilités sensorielles qu’on va explorer dans nos soirées. On propose au public un voyage du corps et de l’esprit, on les pousse à transcender leur sens. Par le cocktail musical, pour l’aspect auditif, les couleurs, la lumière et le décor pour la vue, un labyrinthe de senteurs pour le côté olfactif, un jeu de texture pour le toucher et, bien sûr, l’aspect gustatif qui reste encore à développer. »

Mystical Jangle. (Photo Manya / doc remis)

Jenji et Vinc poursuivent :

« On veut transformer un lieu, de façon à ne plus pouvoir le reconnaître. Le métamorphoser, que le public puisse l’’oublier et pénétrer dans un tout autre univers. C’’est quelque chose qui se fait beaucoup dans les soirées psytrance mais cela se fait peu dans les autres soirées, c’’est vraiment dommage. Pour le moment, notre force, c’’est clairement la scénographie et les concerts. On n’’a pas encore mis tous les sens en avant, on veut développer beaucoup de choses, mais on prend vraiment le temps pour tout mettre en place de manière réfléchie et soignée. On ne veut rien bâcler. On a un côté un peu perfectionniste, voire même maniaque ! »

Mélanger les molécules sonores

Pour leur Sound Lab, qui aura lieu jeudi 26 janvier au Molodoï, les Aymara ont à nouveau vu les choses en grand :

« Jeudi, l’’idée est de mélanger toutes les molécules sonores. On veut proposer une expérience unique. Tout le monde peut venir. On retrouve des gens d’’univers différents qui ne sont pas habitués à se côtoyer. »

Pour cette édition, des groupes très hétérogènes vont se suivre sur scène, à l’’image de Funkindusty, qui en profitera pour faire la release de leur premier album, Let’’s do it again, Black Cat Crossin’’ pour le blues-rock, Le Stong et son rap énergique, les Mama Sun System et leur dub-reggea, Cinder pour l’’acid techno et Geho pour la psytrance.

« On a fait notre première Sound Lab l’’année dernière. On a déjà essayé de mélanger plusieurs styles, la dub, le funk, la trip-hop … C’’était au Check Point et les retours étaient très positifs ! C’’est vraiment intéressant de faire ça car ça ne se fait quasiment pas à Strasbourg. »

Aymara
La transformation complète du lieu fait partie du concept de la Sound Lab (Photo Manya / Aymara)

Jeudi, le collectif va s’inspirer du roman de Frankenstein et de l’univers des savants fous :

« On va aussi faire quelques références à la culture steampunk. On puise aussi notre inspiration dans différents films des années 70 et 80. On a un projet assez ambitieux, on va vraiment faire émerger tout un labo de chimie. On va jouer sur les lumières noires, il y aura aussi deux gros éléments de décors et on mise également beaucoup sur les détails. »

Un fantasme de soirée

Je pense que je serais incapable de te dire le nombre de fois où mes potes et moi avons fantasmé sur une soirée qui dépasserait enfin les frontières musicales pour mélanger tous les styles qu’’on aime. Alors leur Sound Lab me réjouit totalement. Mais je ne me contente pas de m’’extasier, je leur demande aussi comment l’’idée leur est venue :

« Chez Aymara, on vient tous du rock et du métal à l’’origine puis on s’’est progressivement ouvert à plein d’’autres styles. On fréquente beaucoup le Molodoï et on a assisté au gros boom de l’’électro avec la drum and bass et tous les autres styles. On a vraiment vécu la transition du rock vers l’’électro dans cette salle et c’’est quelque chose qui nous parle beaucoup. On a voulu réunir nos différents goûts et faire un clin d’oe’œil au rock qui nous unit tous. »

Les sept membres d’’Aymara sont très organisés. Chacun apporte ses idées, ils conçoivent le projet puis se répartissent les tâches, jouant sur les atouts des uns et des autres.

Mystical Jangle (Photo Manya / doc remis)

Il y a par exemple Nadia la présidente qui est étudiante en droit, Johanna chargée des décors ou Manya, actuellement étudiante à Paris, à l’’école de Luc Besson, qui s’’occupe des photos et des vidéos.

Louise, la secrétaire, développe des textes pour présenter de manière originale chaque événement. Les deux mecs très sympas que j’’ai rencontré sont Jenji, vice-président et dubmaker connu sous le nom d’Ecophylia, et Vinc, musicien qui évolue sous le nom d’’Obyah et qui se passionne pour la scénographie et le jeu de lumières. Récemment, il y a aussi Xavier, alias Rootsteppa, dubmaker du label Marée Bass qui les a rejoints.

DIY et une motivation sans borne

Organiser de tels événements demande évidemment un travail considérable, mais ce n’’est pas ça qui va arrêter les Aymara.

Aymara
(Photo Manya / doc remis)

Jenji et Vinc reprennent :

« Pour préparer une soirée, on s’’y prend quatre à cinq mois en avance. C’’est très chronophage et cela demande énormément d’’énergie. Pour notre première soirée, c’’était vraiment difficile. On n’’avait pas de budget alors on a dû investir beaucoup de temps, on a fait de la récup’, on a affronté les plans qui tombent à l’’eau… C’’était physiquement très éprouvant. On fait du DIY tout le temps, on utilise pleinement le système D. »

Aymara
Mystical Jangle. (Photo Manya / doc remis)

Mais leurs efforts sont payants puisqu’’ils commencent à avoir un bon public, fidèle. Ils reçoivent également de plus en plus de demandes pour des collaborations ou des installations de scénographie. Il faut ajouter que les Aymara sont très impliqués dans la vie associative strasbourgeoise :

« Chacun de nous est bénévole dans différentes associations, aussi bien Pelpass que Gaïaphonik ou Wassingue Krew. On essaye d’’aider pas mal d’’associations du coin, même si ce n’’est qu’’avec nos petits moyens, mais c’’est vraiment important pour nous. »

Soutenir les associations, oui, mais les groupes aussi !

« C’’est bien de faire des grosses soirées, en invitant des groupes qui viennent de loin, mais on tient vraiment à continuer à faire jouer des groupes locaux, on a tellement de talents ici, c’’est génial de pouvoir promouvoir cette formidable scène locale ! »

Aymara
(Photo Manya / doc remis)

Les sept membres d’’Aymara n’’ont pas fini d’exprimer leur créativité époustouflante. Débordants d’’énergie, d’autres événements devraient suivre :

« On a beaucoup de projets, ça va être une belle année. On envisage notamment de faire des choses avec le Diamant d’’Or, on pense aussi à avoir notre propre scène pour la fête de la musique. On travaille aussi sur une expo qui se tiendra normalement en mars. Et le 18 février on refera notre soirée phare, la Mystical Jangle. On a un thème de base, la jungle, autour duquel on évolue librement. On donne une couleur particulière à la jungle. L’’année dernière, on l’’avait joué maïa, avec un temple. Cette fois-ci on va plus s’’orienter vers le Voodooisme. A chaque fois, on transforme le Molo en jungle en utilisant beaucoup de végétations. »

Et de conclure :

« Une chose est sûre, on est lancé et on ne va pas s’’arrêter ! »