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#Fillongate : ma réponse de juriste à propos d’un « coup d’État institutionnel »

#Fillongate : ma réponse de juriste à propos d’un « coup d’État institutionnel »

Avocat strasbourgeois, Antoine Matter, réagit à l’appel du droit au secours de la défense de François Fillon, par plusieurs juristes dans une tribune publiée sur Atlantico.

Un panel d’éminents juristes vient de signer une tribune sur le site Atlantico, intitulée « appel de juristes contre un coup d’État institutionnel », à propos de l’affaire Fillon. Le propos est éloquent. Du haut de leurs compétences et de la légitimité de leurs titres (professeurs émérites, avocats au Conseil d’État et à la Cour de cassation, avocats au barreau de Paris, certains en cumulant plusieurs…), ils s’acharnent à donner corps au principal argument du camp Fillon depuis la révélation de l’emploi de sa femme comme collaboratrice parlementaire : il s’agirait ni plus ni moins que d’une « machination » ourdie pour faire tomber un « candidat dangereux » et faciliter l’élection de l’ »héritier désigné par le pouvoir ». Ce sont leurs propres termes. Les signataires du texte ajoutent qu’ « aucun juriste ne peut cautionner ce dévoiement voulu et partisan des institutions, préalable à un « coup d’État permanent ». Rien que ça !

Que ces illustres juristes aux titres ronflants pardonnent à un simple avocat au barreau de Strasbourg d’oser émettre une telle critique à leur encontre, mais je me permettrai de contester leur point de vue.

Un élu ne serait pas chargé d’une mission de service public ?

Commençons par la première affirmation des auteurs : le délit de détournement de fonds publics défini par l’article 432-15 du Code pénal, ne vise que quatre types d’auteurs possibles :

    les personnes dépositaires de l’autorité publique, les personnes chargées d’une mission de service public, les comptables publics, les dépositaires publics.

Or d’après les auteurs, un parlementaire n’a « évidemment pas » ces qualités, de sorte que le délit ne peut lui être imputé. Pourquoi ? On ne le saura pas : les auteurs n’élaborent aucun raisonnement autre que l’argument d’autorité. C’est tellement évident voyons, nous sommes juristes !

Pourtant, outre qu’il existe d’autres infractions reprochées à François Fillon, la question mérite de s’y attarder davantage. Il est vrai que toutes les décisions de condamnation sur ce fondement que j’ai pu trouver concernent des maires ou des présidents de collectivités locales. Rien sur un député, ou alors il s’agissait de cumulards condamnés pour leurs actions en tant qu’élus locaux.

Pour autant l’analyse de cette jurisprudence ne manque pas d’intérêt. On citera notamment un arrêt de la Cour d’appel de Paris du 5 novembre 1999 qui condamne un président de conseil général en tant que comptable public de fait, c’est à-dire en tant qu’ordonnateur principal des dépenses du département. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’un député, mais ne peut-on pas estimer que lorsqu’il attribue une partie de l’enveloppe destinée à payer ses collaborateurs, le député se transforme en un comptable de fait, ordonnateur de l’emploi des fonds publics qui lui sont alloués ?

J’observerai également que très récemment, Eric Ciotti, député (LR) des Alpes-Maritimes, a obtenu la condamnation d’une personne qui l’avait menacée sur Twitter à trois mois de prison ferme, pour « menaces de commettre un crime ou un délit contre une personne chargée d’une mission de service public ». Si un parlementaire peut bénéficier d’une législation protégeant les personnes chargées d’une mission de service public, il devrait également tomber sous le coup de la loi qui sanctionne ces mêmes personnes lorsqu’elles ne respectent pas les règles.

François Fillon en 2013 (Photo Les Républicains / cc)
François Fillon en 2013 (Photo Les Républicains / cc)

La justice est légitime pour s’intéresser aux frais des députés

Deuxième point soulevé par la tribune, la séparation des pouvoirs : la justice ne peut pas se mêler de l’utilisation de ses fonds par un parlementaire, seul le bureau de l’Assemblée est compétent en la matière. Or il s’agit précisément d’un argument qui avait été utilisé dans l’affaire jugée par la Cour d’appel de Paris. En effet, la défense avait invoqué la séparation des pouvoirs en arguant que la justice ne pouvait pas se mêler de l’utilisation des fonds publics par un élu local avant que la juridiction financière, à savoir la chambre régionale des comptes, ne se prononce.

La réponse de la Cour d’appel est sans équivoque et mérite d’être citée in extenso :

« Considérant sur l’exception tirée du principe de la séparation des pouvoirs que la procédure suivie devant les juridictions financières, tendant à voir déclarer un ordonnateur comptable de fait, de même que la décision de débet, n’ont pas de caractère sanctionnateur, mais un aspect patrimonial, et visent à rétablir les formes comptables, en imposant au comptable de fait de rendre compte des opérations accomplies par lui, et d’en supporter éventuellement les conséquences financières.

Considérant que les faits reprochés à M. X… étant qualifiés d’abus de confiance pour la partie d’entre eux commise sous l’empire de l’ancien code pénal, et de détournement de fonds publics pour les faits postérieurs à l’entrée en vigueur du nouveau code, il appartient au juge pénal, contrairement à ce qui est soutenu, de se prononcer sur l’existence des infractions déférées au vu des éléments de la procédure qui lui est soumise, dont l’appréciation ne saurait être subordonnée à la constatation préalable d’une qualité de comptable de fait par la juridiction financière ; que l’exception sera en conséquence rejetée ».

En d’autres termes, chaque juge a son domaine de compétence : les juridictions financières contrôlent l’utilisation des comptes, les juridictions pénales sanctionnent les infractions pénales, et l’une ne peut empêcher l’intervention de l’autre. Bien sûr un député n’est pas un élu local, mais il n’est pas insensé de penser que le raisonnement est transposable sur le principe.

La séparation des pouvoirs ne permet pas tout

Il serait surtout totalement absurde de prétendre que les parlementaires doivent être intouchables, puisque si leur immunité est essentielle à la démocratie, il est tout aussi essentiel qu’elle ne soit pas totale, et qu’elle soit cantonnée au strict nécessaire : permettre le libre exercice de la mission de député, soit le vote des lois et la représentation des citoyens. Ni plus ni moins. On citera ici la Cour européenne des droits de l’Homme, qui dit clairement dans un arrêt du 30 janvier 2003 qu’en l’absence d’un lien évident avec une activité parlementaire, l’immunité ne saurait jouer.

Ainsi, s’il sort du cadre normal de sa fonction, le parlementaire doit pouvoir être poursuivi : comment prétendre que le député aurait le droit d’utiliser les fonds qui lui sont alloués pour n’importe quel usage, y compris sans aucun lien avec l’activité parlementaire ? Même s’il ne s’agit pas d’une jurisprudence pénale, il existe ici un arrêt intéressant de la Cour d’Appel de Lyon du 24 octobre 2011. Il s’agissait d’une affaire de divorce dans laquelle la Cour estime que l’indemnité représentative de frais de mandat allouée à un parlementaire ne peut être assimilée à une ressource personnelle puisqu’elle a « pour objet de couvrir l’ensemble des frais afférents à l’exercice du mandat parlementaire qui ne sont pas directement remboursés par l’Assemblée Nationale, ainsi que le coût lié à l’emploi de collaborateurs lorsqu’il excède l’enveloppe de crédit allouée spécifiquement à cette fin ». En d’autres termes, l’indemnité a un objet précis, en lien avec l’activité parlementaire, ce qui sous-entend qu’elle ne peut être utilisée pour un autre but.

Pourquoi le parquet national financier serait-il incompétent ?

Les auteurs ne sont cependant pas en reste, et continuent sur leur lancée en affirmant que le parquet national financier (PNF) ne serait pas compétent, l’article 705 du Code de procédure pénale ne lui permettant pas de poursuivre de tels faits. Pourquoi ? Cela « saute aux yeux », et « personne ne peut prétendre sérieusement » que l’affaire serait suffisamment complexe pour justifier la compétence du PNF… Là encore, celui qui cherchera un raisonnement juridique argumenté dans cette tribune en sera pour ses frais.

Reprenons l’article 705, qui nous explique que le PNF est compétent pour poursuivre les chefs d’infraction de détournement de fonds publics « dans les affaires qui sont ou apparaîtraient d’une grande complexité, en raison notamment du grand nombre d’auteurs, de complices ou de victimes ou du ressort géographique sur lequel elles s’étendent. » Il me semble qu’au vu de ce texte, la compétence du PNF peut s’envisager.

Rien que le ressort géographique de l’affaire pose problème, puisque le camp Fillon lui-même a indiqué tour à tour que Penelope Fillon avait travaillé tantôt à Paris, tantôt dans le département de la Sarthe. Deux territoires différents, donc, et qui relèvent normalement de deux procureurs différents. Est-il donc tellement absurde de penser qu’il est plus rationnel de confier l’enquête à un organisme national créé pour ce genre d’affaires ? Comment par ailleurs nier la complexité de l’affaire, dont l’emploi de son épouse par François Fillon est loin d’être le seul volet ? À titre d’exemple, le PNF s’est occupé de l’affaire de la vente de tableaux par Claude Guéant, qui ne me paraît pas plus complexe à première vue que l’affaire Fillon.

Bien plus, les auteurs vont jusqu’à comparer le PNF aux juridictions d’exception d’antan, telle que la Cour de sûreté de l’Etat, supprimée par la gauche, qui n’hésiterait pourtant pas ici à la ressusciter avec ce nouvel organisme. Faut-il vraiment expliquer que le PNF est une simple autorité de poursuite et que François Fillon, s’il est renvoyé devant un tribunal, sera jugé par une juridiction de droit commun tout ce qu’il y a de plus banale ? Les auteurs ne peuvent pourtant pas l’ignorer. Ils indiquent d’ailleurs eux-mêmes plus haut dans leur article que le parquet n’est pas l’autorité judiciaire, comment peuvent-ils ensuite s’aventurer à une comparaison aussi hasardeuse ? Serait-ce pour égarer le lecteur profane ? Je n’ose le croire…

Il n’y a pas de complot du pouvoir

J’en viens à présent à l’accusation la plus grave de l’article : celle d’un complot politique ourdi par le pouvoir pour favoriser l’élection d’un candidat choisi à l’avance. Décidément, il faut croire que quand on s’est spécialisé à outrance dans une matière, on en arrive à oublier les principes les plus élémentaires. Il me semble en effet qu’en droit, pénal ou civil d’ailleurs, une affirmation doit être étayée par des faits et des éléments précis. Or, que nous disent les auteurs pour étayer leur thèse ? Cela vaut la peine de les citer :

« Le bras armé du pouvoir, en l’espèce, est ce parquet national financier. (…) La précipitation avec laquelle l’enquête a été ouverte, sans même le respect d’un délai suffisant pour lire à tête reposée le Canard Enchaîné laisse perplexe ; surtout, la publication dans Le Monde par deux « journalistes » familiers du président de la République, de son secrétaire général etc., des procès-verbaux de l’enquête à peine sont-ils clos, au mépris de secret de l’enquête, démontre irréfutablement une collusion entre les officiers du ministère public ou leurs délégataires et ces « investigateurs ». Le même journal combat d’ailleurs les moyens de défense constitutionnels invoqués par la défense de François Fillon en faisant appel à un civiliste…(…) Il reste que la tentative de déstabilisation et de disqualification du candidat de la droite et du centre à l’élection présidentielle est sans précédent par sa violence et par l’implication ouverte de l’Etat. »

Alors, je ne suis bien sûr moi-même qu’un pauvre civiliste, mais j’ai la prétention de croire qu’un juriste a le droit de s’intéresser à des sphères de compétences qui sortent de son domaine habituel, sans être immédiatement disqualifié par les gardiens du temple. Surtout, je trouve extrêmement léger de prétendre que le seul fait que des journalistes soit-disant familiers du président de la République aient eu accès au dossier montre « irréfutablement » que le pouvoir est derrière tout cela. L’amalgame entre les journalistes, le pouvoir et les enquêteurs est ici fait sur la base de simples affirmations.

François Fillon opposé à des parquets plus indépendants

Quant à partir du principe que le PNF est forcément aux ordres compte tenu de l’absence d’indépendance du ministère public, c’est encore une fois une affirmation péremptoire. On rappellera d’ailleurs que même si on est loin du compte, le gouvernement a fait voter plusieurs lois pour modifier le statut du parquet, dont un texte en 2013 supprimant les instructions individuelles aux procureurs. Juste un détail, François Fillon, de même que tous ses collègues UMP, avait alors voté contre ce texte…

Enfin, s’agissant de la rapidité avec laquelle le parquet s’est saisi du dossier, elle n’est pas sans précédent : on citera l’affaire des Football leaks ou des Panama papers.

Je ne peux pas croire en tout cas que des spécialistes éminents du droit pénal s’étonnent ainsi qu’une affaire médiatique engendre des fuites dans la presse et en tirent de telles conclusions. Je suis le premier à trouver cela regrettable, mais c’est quasi-systématiquement le cas : l’écrasante majorité des affaires médiatiques, qu’il s’agisse de délits financiers ou de délinquance ordinaire, donnent lieu à ce genre de fuites. Comment peut-on dès lors proférer de telles accusations sur une base aussi fragile ? Que des politiques qui défendent leur champion se le permettent, c’est une chose, et cela fait partie du jeu, mais que des juristes s’abîment dans un tel exercice en se parant derrière leurs habits d’experts, cela pose un autre problème.

Chacun a le droit de penser ce qu’il veut de l’affaire Fillon. On peut penser que François Fillon est un saint homme injustement persécuté, qu’il n’a rien à se reprocher, qu’il n’est pas pire que les autres, que le Canard Enchaîné et le parquet national financier sont téléguidés par Rachida Dati, par François Hollande, par Emmanuel Macron, ou même par les extra-terrestres si on veut. Émettre un avis en tant que citoyen est une chose, le mien ne vaut pas plus que celui d’un autre, et je n’ai pas la prétention de détenir la vérité. Mais se poser en tant qu’expert, en tant que technicien du droit, en prétendant qu’aucun juriste digne de ce nom ne saurait s’aventurer à remettre en cause le point de vue des auteurs, me semble contestable au plus haut point. Surtout quand le texte en question, loin de la simple analyse technique, s’apparente à un manifeste politique, truffé d’accusations graves sans la moindre preuve, et même d’approximations assez énormes.

Un tel texte politique ne peut pas être assimilé à un texte scientifique comme le laisse penser son introduction et les titres mis en avant par ses auteurs. Qu’ils ne m’en veuillent pas dès lors de paraphraser leur conclusion en ces termes :

Aucun citoyen ne peut cautionner ce dévoiement voulu et partisan de la qualité de juriste, préalable à une confiscation du débat démocratique.

Antoine Matter
Avocat au barreau de Strasbourg

Le nouvel archevêque de Strasbourg s’empresse de chanter les louanges du concordat

Le nouvel archevêque de Strasbourg s’empresse de chanter les louanges du concordat

Jusqu’à présent, on a surtout retenu de Mgr Luc Ravel son parallèle entre les attentats de janvier 2015 et l’avortement. Fraîchement nommé archevêque de Strasbourg, il a voulu marquer les esprits en vantant le modèle concordataire d’Alsace-Moselle, à l’heure où certains candidats à la Présidentielle proposent de l’abroger.

(Dessin de Piet)
(Dessin de Piet)

 

 

Des ateliers philo pour enfants… et si on s’y mettait ?

Des ateliers philo pour enfants… et si on s’y mettait ?

Depuis 2016, un mouvement se dessine en France et dans la Francophonie sous l’impulsion d’intellectuels visant à organiser pour les enfants des discussions à visée philosophique, les amenant à s’exprimer, à argumenter et à réfléchir ensemble. Dans ses nouveaux programmes, même l’Education Nationale les inscrits en Education morale et civique. Quelles en sont les raisons ?

Qu’est-ce que la philosophie ? Vos souvenirs de Terminale sont loin ? On vous a trouvé une petite séance de rattrapage :

Léa, 9 ans, nous dit : « La philo c’est quand on parle ensemble des choses importantes de la vie. »

Assis en rond, auprès d’un adulte bienveillant formé à l’écoute et à la relation avec les enfants, les futurs citoyens prennent la parole, à tour de rôle. Ils s’emparent de questions telles que « c’est quoi une vie réussie ? Peut-on être pauvre et être heureux ? »

Certains écoutent seulement et ne prennent pas la parole mais le sérieux et l’attention portée par les enfants à ces questions que les hommes se posent depuis toujours est souligné par tous ceux qui ont animé de pareils ateliers.

Pourquoi faire « philosopher » les enfants ?

C’est Frédéric Lenoir, philosophe, sociologue, auteur de nombreux ouvrages traduits dans de nombreuses langues, fondateur de SEVE qui en parle le mieux :

Avec leurs mots, dans le cadre d’un groupe où l’on ne se moque pas, où l’on ne juge pas et où l’on apprend à s’écouter, les enfants vont s’approcher des grands concepts par comparaison ou par opposition : la peur, le mensonge, le courage, le bonheur… Ils vont chercher des exemples, des contre-exemples…

On construit peu à peu à partir de ce que l’on sait. L’adulte les aidera à problématiser. La pensée collective est plus forte que la pensée individuelle nous dit Wittmann. Découvrir que l’Autre est intéressant parce qu’il est différent est enrichissant pour l’enfant.

Vivre dans une démocratie demain

La démocratie est fondée sur des valeurs partagées, des principes, mais la démocratie peut être fragile. Le lien entre philosophie, liberté de penser et démocratie a été reconnu par l’Unesco en 2011 lors de la conférence de Milan.

Se préparer à la pensée réflexive, savoir s’exprimer et accepter de confronter ses idées est nécessaire pour grandir comme citoyen. Savoir écouter l’autre, exercer sa pensée et devenir capable de modifier son point de vue est important pour le développement de la personne.

Aujourd’hui, dans un monde ouvert et face à l’importante qu’ont pris les réseaux sociaux, il est important que l’enfant apprenne à passer par le filtre de la réflexion les informations qui lui arrivent et qu’il développe son propre point de vue.

De l’avis de maîtresse Charlotte à…  la vie de Maîtresse Charlotte

« Ils n’écoutent pas, ils ne sont pas attentifs, mon fils, Madame, a des problèmes d’attention depuis la maternelle… », c’est un constat quotidien. Et s’il existait un moyen de les éduquer à l’attention,  pour pouvoir apprendre mieux ?

Convaincue depuis longtemps que l’on ne peut continuer à se limiter à enseigner des savoirs et des savoirs-faire bien évaluables dans le système, je pense qu’il y a une nécessité à se pencher sur le savoir-être et l’attention. Il y a aussi un besoin de renouer avec la relation à l’enfant. Une rencontre avec des collègues belges termine de me convaincre de la nécessité d’entreprendre une formation à l’animation de tels débats.

Me voici inscrite comme stagiaire à une formation à la Fondation SEVE dans le Grand-Est, qui devrait durer plusieurs mois, dispensée tant en présentiel sur plusieurs week-end, à raison d’un centre par région, qu’en ligne. Une nouvelle aventure pédagogique commence, la suite se retrouvera certainement un jour dans ce blog.

La prison prévue à Strasbourg sera construite à Colmar

La prison prévue à Strasbourg sera construite à Colmar

Il n’y aura pas de nouvelle prison à Strasbourg dans les prochaines années. La capitale du Grand Est et sa maison d’arrêt surpeuplée était pourtant une ville jugée prioritaire par le gouvernement en octobre 2016, mais Colmar s’est montrée preneuse en janvier 2017.

Son maire Gilbert Meyer (LR), avait justifié sa demande par le fait de « rester une capitale judiciaire », peut-être inquiet par la perspective de regroupements de tribunaux dont sa ville ferait les frais.

550 nouvelles places

Un terrain au sud-ouest de la capitale haut-rhinoise, loin des habitations, accueillera l’établissement de 550 places. Sa maison d’arrêt actuelle est aussi en surpopulation avec 191 détenus pour 119 places, selon France Bleu Alsace.

Fils barbelés à la prison (Photo Visual Hunt / cc)
Fils barbelés à la prison (Photo Visual Hunt / cc)

Voilà de quoi soulager les candidats socialistes aux élections législatives à Strasbourg, et manière générale les élus locaux, qui voyaient d’un mauvais œil l’arrivée éventuelle d’une nouvelle maison d’arrêt dans leurs fiefs.

En photos, à la découverte du Pixel Museum, le musée du jeu vidéo à Schiltigheim

En photos, à la découverte du Pixel Museum, le musée du jeu vidéo à Schiltigheim

Le premier établissement français dédié à l’industrie vidéoludique, baptisé « Pixel Muséum », ouvre ses portes ce samedi 25 février à Schiltigheim.

Après avoir fondé Ludus Académie en 2012, une école de développement de jeux vidéos, son directeur Jérôme Hatton s’est lancé, à la même époque dans la création d’un musée participatif qui retrace 40 ans d’histoire des jeux vidéos.

Le cœur du musée, installé dans un ancien centre pour enfants handicapés à Schiltigheim, donne accès à de nombreuses consoles et bornes d’arcades. Une autre partie des salles vise à lier ce « 10ème art » avec les 9 autres (cinéma, figurines, BD…).

Les jeux vidéos ont influencé d’autres arts. Ici, avec une statue de l’espion de Metal Gear Solid (photo CR / Rue89 Strasbourg)
Les jeux vidéos commencent bien souvent avec des dessins (photo CR / Rue89 Strasbourg)

Une fois la porte d’entrée franchie, le hall d’entrée se consacre aux expositions temporaires. Pour débuter, Mario et Zelda, les deux grandes licences de Nintendo, sont mis à l’honneur en attendant la sortie de la console Nintendo Switch, le 3 mars.

Ubisoft, Nintendo ou d’autres ne sont pas (encore) partenaires du musée, mais des contacts sont noués, assure le fondateur qui lance le musée à partir de sa collection. L’exposition est organisée de manière chronologique.

Ça, c’est pour la partie vintage (photo CR / Rue89 Strasbourg)
Les bons vieux jeux de Nintendo 64 (photo CR / Rue89 Strasbourg)
Link, le héros des jeux Zelda (photo CR / Rue89 Strasbourg)

Dans la première pièce, on découvre l’anatomie des premières machines puis une salle est remplie de consoles de l’un des premiers jeux vidéos installés sur les écrans domestiques, le jeu de « tennis » Pong, avec ses célèbres traits blancs et sa balle carrée (1976).

Un oscillo et hop un jeu… (photo CR / Rue89 Strasbourg)
À sa sortie, Pong était un jeu révolutionnaire (photo CR / Rue89 Strasbourg)

La visite se poursuit au sous-sol avec quatre espaces retraçant l’évolution des consoles et des jeux tels que King-Kong, Pokémon jusqu’aux plus récents Assassin’s Creed. Consoles et bornes d’arcades sont accessibles au public, dans chaque salle pour que les gamers (joueurs en français) puissent démonstrer leur talents.

La bonne vieille Game Boy, qui avait aussi du succès auprès des filles. (photo CR / Rue89 Strasbourg)
Une petite partie ? Au musée du jeu-vidéo, c’est possible ! (photo CR / Rue89 Strasbourg)
(photo CR / Rue89 Strasbourg)

Une salle d’arcade est ouverte, pour les nostalgiques des jeux éclairés aux néons. Un des axes du musée est la pédagogie, permise notamment par un espace consacré aux jeux éducatifs. Dans les mois à venir, des ateliers de découverte seront proposés à destination des enfants.

Culture ? Art ? Divertissement ? (photo CR / Rue89 Strasbourg)

Ramenez vos vieilles consoles

Le lieu joue sur la fibre nostalgique de la première console de jeux, apprend quelques anecdotes historiques mais permet aussi de partager un moment entre gamers ou en famille. Si jamais dans votre grenier il traîne une ou deux vieilles consoles, vous pouvez les donner au musée. Les pièces serviront à l’exposition permanente ou à réparer certains modèles.

La majorité des objets exposés appartiennent à Jérôme Hatton. En 20 ans, le directeur de Ludus Académie a accumulé plus de 25 000 pièces de collection. Environ un millier sont exposées dans la dizaine de salles et un roulement sera organisé au fil du temps.

(photo CR / Rue89 Strasbourg)
Rayman, la star des années 2000 de la marque française Ubisoft (photo CR / Rue89 Strasbourg)

Le musée se situe au 14 rue de Lattre de Tassigny à Schiltigheim, derrière la brasserie Heineken. La mairie met à disposition gratuitement, au moins la première année, l’ancien centre médical Pierre Bourgoin. Quatre mois de travaux ont été nécessaires pour remettre aux normes ce bâtiment.

Financé par l’école du jeux vidéo

Ce pôle vidéo-ludique a un budget de 1,6 million d’euros sur trois ans, travaux compris. Il est financé à hauteur de 90% par Ludus Institut, l’association qui gère la Ludus académie et désormais ce musée et les porteurs du projet à titre individuel.

En plus de la mairie de Schiltigheim, quelques partenaires privés comme Orange, Athéo ou encore Fivory ont apporté leur pierre à l’édifice, notamment avec de l’aide matérielle. Les entrées et les événements à destinations d’entreprises ou des enfants doivent permettre au lieu de s’autofinancer.

(photo CR / Rue89 Strasbourg)
(photo CR / Rue89 Strasbourg)

La partie musée occupe 600 des 1 000 mètres-carrés disponibles, 200 autres mètres-carrés servent aux bureaux et ateliers.

En outre, 200 m² sont consacrés à Pixel Factory, un nouvel espace de co-working. La dynamique autour du Pixel Museum et l’accessibilité sont les atouts mis en avant pour attirer des professionnels du milieu du jeux vidéo au même endroit et les faire travailler ensemble.

Attirer au-delà de Strasbourg

Ludus espère attirer un public de gamers et de familles venus des quatre coins de France et même d’Europe. La documentation du musée a été traduite en allemand et en anglais.

L’emplacement du musée, accessible depuis le centre-ville, près de parkings et d’une sortie de l’autoroute, vise à permettre aux touristes de faire une étape par curiosité.

(photo CR / Rue89 Strasbourg)
(photo CR / Rue89 Strasbourg)

À noter, dans l’espace dédié pour les artistes locaux, le photographe Lucas alias Kenevra expose jusqu’au mois de mai ses photos « Assassin’s From… Strasbourg », où des figurines tirées des jeux à succès Assassin’s Creed sont mis en scène dans la capitale alsacienne.

À quelle heure est le prochain tram ? Demandez à un robot sur Facebook Messenger

À quelle heure est le prochain tram ? Demandez à un robot sur Facebook Messenger

Le robot TramBots propose de dire, ou plutôt d’écrire, quand passent les prochains tramways à Strasbourg, si on lui demande sur Messenger, l’application de messagerie de Facebook.

Les robots débarquent ! Vous êtes à 5 minutes de l’arrêt de tram, mais vous hésitez. S’il arrive tout de suite vous serez à l’heure à votre rendez-vous. Mais s’il est là dans 12 minutes, c’est mort. Que faire ? Tenter sa chance ou réfléchir à une alternative ? Voiture, vélo, courir…

Un simple message et bim

Plus besoin d’aller sur la bonne vielle appli Tramway Strasbourg, le site de la CTS ou pire… marcher jusqu’à l’arrêt et garder le suspense. Depuis le 21 février, un simple message sur Messenger, l’application de messagerie de Facebook à TramBots – Strasbourg et les horaires des quatre prochains trams sur chaque ligne s’affichent instantanément.

Pour le contacter, il suffit de taper le nom TramBots – Strasbourg, comme s’il s’agissait d’un ami sur le réseau social. Pratique.

Et en plus, il est poli, voire il tente de faire du charme avec ses smileys à cœur. C’est presque gênant. À d’autres questions hors sujet, il sait répondre avec humour.

capture d’écran

Mais attention à ne pas trop s’emballer, TramBots peut aussi briser des cœurs :

Etre précis

Plus sérieusement, on a un peu essayé et mieux vaut être précis. Si vous cherchez les horaires à Robertsau Boecklin, écrire Robertsau ne suffit pas, mais peut-être va-t-il s’améliorer. Le petit robot ne fait que débuter. Idem pour Illkirch si vous cherchez Illkirch-Lixenbuhl.

Le système marche aussi depuis un ordinateur, comme un message Facebook classique. Depuis son smartphone, on peut se géolocaliser (ce n’est pas obligatoire), pour connaitre les arrêts à proximité. TramBots peut aussi informer sur les perturbations sur le réseau. Les horaires sont en temps réel, directement récupérées sur le site de la CTS.

Le bus pour bientôt ?

Pour l’instant seules les horaires de tram, et non celles de bus sont disponibles, comme sur Monprochainbus. Mais quand on lui demande le robot promet de s’y mettre un jour.

capture d’écran

Et ça marche dans d’autres grandes villes

Gros avantage par rapport à une application classique, le « bot », c’est-à-dire un robot informatique répondra aussi à vos questions à Nantes, Toulouse, Lyon, Lille et Bordeaux, la ville d’origine de Facebots.

Comme toute « vraie » start up (le terme – à la mode – est utilisé pour beaucoup de nouvelles sociétés), cette jeune entreprise cherche encore à savoir quel modèle économique s’appliquera le mieux aux technologies qu’elle développe, nous a-t-elle fait savoir. Ses programmes sont spécialisés dans la ville intelligente (smart city en anglais).

En revanche, si l’une de vos résolutions de 2017 est de passer moins de temps sur Facebook et son téléphone, pas sûr que TramBots aille dans ce sens. Le grand projet de Mark Zuckerberg pour que Facebook remplace internet semble trouver de nouveaux services tous les mois ou presque.

Et si on faisait de Strasbourg le paradis de la voiture électrique ?

Et si on faisait de Strasbourg le paradis de la voiture électrique ?

Pour l’élu d’opposition Thierry Roos, Strasbourg peut encourager l’essor des voitures électriques avec des incitations financières, mais aussi dans l’aménagement des voies, des bornes et du stationnement. Il y a une place de capitale à prendre…

À Strasbourg, l’heure est à l’exclusion de l’automobile vers l’extérieur de la ville au profit d’autres modes de déplacements. La voiture souffre d’une mauvaise image et n’a plus la cote auprès des citadins comme dans les années 1980 et 90. Il est désormais certain que la circulation automobile doit être apaisée et éloignée des zones densément peuplées.

Mais condamner à faire disparaître la voiture pour ce qu’elle est, à savoir un moyen de déplacement et de transport, n’a pas de sens. Ce n’est pas la fonction de l’automobile qui est mise en cause mais bien son mode de fonctionnement actuel. Il génère du dioxyde de carbone, responsable d’une aggravation de l’effet de serre, et des particules fines (PM10) aux conséquences graves sur la santé. Surreprésentée aujourd’hui, la voiture doit trouver sa place dans un équilibre des transports adapté à chacun et à tous.

Des ventes en explosion en France

Pour autant, l’automobile propre est pour demain. En témoigne l’intérêt et les investissements des grands groupes de constructeurs pour la propulsion électrique de leurs derniers modèles. Au dernier mondial de l’automobile, les stands Tesla et Renault étaient saturés alors que les marques de prestiges italiennes ou anglaises se trouvaient délaissées voire absentes .

La France a été en 2016 le meilleur élève en Europe pour la vente de véhicules électriques. Elles ont bondi de 26% en un an, soit 22 000 immatriculations. C’est plus du double qu’en 2014 et 1,08% des voitures neuves.

Notre région est une terre de tradition automobile : Peugeot, Bugatti, Punch, Mercedes… et les sous-traitants, fournisseurs et équipementiers y génèrent d’ailleurs des emplois en quantité. Sa capitale Strasbourg, plutôt que de faire la chasse ouverte aux autos, devrait au contraire s’ériger en porte-voix de la voiture électrique et montrer sa capacité à l’intégrer à la transition énergétique qu’elle appelle de ses vœux.

Strasbourg, ville bleue

Notre ville verte s’est illustrée par l’un des premiers tram de France et sa politique cyclable digne des Pays-Bas. Elle se doit également d’être ville bleue en incitant désormais les déplacements en voiture électrique. C’est de réalisme dont il faut faire preuve : la voiture fait et fera toujours partie du quotidien des citadins car nous sommes tous tour-à-tour piéton, cycliste ou automobiliste.

A Strasbourg, les bornes pour voitures électriques sont peu nombreuses (Photo : Jean-Louis Zimmermann / Flickr / cc)

Bannir la voiture de la cité ne fera que reporter le problème au-delà des portes de la ville. C’est à l’inverse, vers l’évolution technologique qu’il faut nous tourner. Alors que faire pour favoriser la démocratisation de la voiture électrique ?

Lorsque vous achetez un véhicule électrique vous bénéficiez d’une prime conséquente mais unique. La revente sur le circuit de l’occasion, majoritaire pour les particuliers, en est exclue.

600 euros une borne

La fiscalité locale peut être un moyen efficace d’encourager le déploiement d’une borne de rechargement payante et partagée devant chez soi. Une déduction financerait l’installation en totalité, d’un prix de 600 euros, sans compter le branchement au tableau électrique. Cette expérience locale est en cours à Colmar pour les vélos électriques, financés à l’achat par une petite prime.

Les bornes sur la voie publiques sont aujourd’hui insuffisantes et complexes. Il faut d abord s’abonner aux différents réseaux de distribution (Indigo, Freshmile), ce qui pour les touristes ou transitant est compliqué. Les stations doubles sont au nombre de 19 à Strasbourg, mais sur la voie publique seules quatre bornes (place de Bordeaux, allée de la Robertsau, place de la République, rue des Balayeurs) sont accessibles moyennant un abonnement, qui ne fonctionne pas pour tous les véhicules.

Elles sont pourtant indispensables pour les propriétaires de véhicules électriques sans garage (le quota dans les nouvelles constructions est 0,5 place de parking par logement) ou pour les usagers se rendant à leur travail pouvant recharger pendant la journée.

Les parkings privés mals adaptés

On peut certes rajouter les points de recharges dans les parkings payants Indigo et pour les abonnés du service d’autopartage Citiz. Souvent les emplacements réservés sont occupés par des voitures à essence sans aucune sanction. Le nombre de ces bornes en parkings sous gestion Indigo ou autres est insuffisante, mais surtout la charge peut durer jusqu’à 20 heures. À la sortie, l’addition peut alors être comparée a un plein d’essence. Peut-être faut il envisager un pass pour la recharge en parking.

Thierry Roos est conseiller municipal d’opposition à Strasbourg. Elu sur la liste de droite de Fabienne Keller, il n’est pas membre d’un parti politique (doc. remis)

Prendre une longueur d’avance

Le rythme de vente de voitures électriques va s’accélérer. À Strasbourg, il faudrait environ 500 places pour être en cohérence avec le stationnement disponible (10 000 places en parking, 12 000 en voirie, 4 000 en parking relais).

En France, 13 000 bornes pour 100 000 véhicules électriques sont déployées. La ministre de l’Écologie Ségolène Royal en prévoit 7 millions à l’horizon 2030, dont un million en trois ans.

Strasbourg peut prendre une longueur d’avance en devançant l’État qui envisage 900 000 bornes privées, avec un crédit d’impôt à la clef. L’offre créant la demande à l’image des pistes cyclables qui ont développé le vélo en ville, la possibilité de recharge sur des bornes gratuites sans abonnement en tout lieu contribuera au développement de la voiture propre.

Ceci lèverait alors un frein important pour les acquéreurs potentiels, à savoir l’autonomie qui se gère en fonction des bornes. Elles seront aussi d’un intérêt certain pour les touristes qui se déplacent en voiture électrique et gèrent leurs étapes en fonction des possibilités de recharge.

L’autre frein est le prix élevé à l’achat que la concurrence et les aides vont faire baisser, mais n’oublions pas le faible coût d’utilisation. « Un plein » d’électricité est estimé à deux euros.

Stationnement gratuit

D’autres incitations peuvent être envisagées comme la gratuité partielle du stationnement et des parkings, des emplacements réservés plus proches des sorties ou encore la possibilité d’utiliser certaines voies réservées aux transports en commun, à l’instar des couloirs de bus utilisés par les taxis plus rapides.

Relevons aussi quelques incohérences sur la circulation en cas de pic de pollution. La vitesse limitée s’applique aussi aux véhicules non polluants. Avec la requalification de l’A35 dans un futur proche, il faudra permettre aux véhicules bleus de circuler normalement dans des couloirs dédiés.

La mise en place prochaine de la vignette Crit’Air pourra peut être permettre cela, mais notons que cette vignette sera peu restrictive, malgré le risque d’amende. À Paris, ils sont nombreux à être passés outre les contraintes.

On peut aussi se demander au passage si ces vignettes s’appliqueront à la CTS, dont certains bus ont bien plus de 10 ans au vu des immatriculations. Notons également qu’à Amsterdam, la majorité des taxis sont des voitures électriques.

Dissuader le diesel en ville

En parallèle de ces dispositifs d’incitation, il serait aussi temps de se pencher sur la dissuasion de l’usage du diesel en ville et réfléchir au développement des véhicules propres. Techniquement, tout est quasiment prêt et nous devons anticiper la ville de demain comme à Lyon. La cité sera un lieu de vie, de culture, de convivialité et d’attractivité économique donc de circulation automobile.

Il est  aberrant d’avoir dépensé près d’un milliard d’euros pour les portiques Écotaxe et les laisser à l’abandon après les beaux discours de la Cop21. Que ces portiques maintenant en boulevard urbain prennent enfin du service, les pollueurs seront les payeurs.

Le diesel reste attractif par le prix du carburant plus intéressant, la free taxe de ces véhicules polluants ne freinera pas le problème des particules fines. Une vraie politique d’incitation à l’achat de véhicules propres ne peut être efficace que si elle est accompagnée de taxe carbone à assiette large permettant de financer les bonus pour les vertueux . En Autriche les ventes d’électrique ont bondi de 138% l’an passe grâce à la mise en place de bonus et de taxes.

Une taxation au kilomètre

Les assurances proposent des contrats au kilomètre par l’installation d’un compteur dans le moteur. Ce système pourrait permettre de calculer la vraie trace carbone de chaque véhicule et comme les assurances propose des bonus en rapport avec le kilométrage, telle une taxe carbone locale au kilomètre. On paye son eau, son électricité, le traitement des déchets pourquoi ne pas payer l’air que l’on pollue? L’air est devenu trop précieux pour être gratuit .

Cette mesure peut d’ailleurs être étendue à toute émission polluante et répercuter les effets sur la taxe d’habitation. Chacun se sentira concerné et prendra conscience de son implication, de sa part comme Pierre Rabhi qui nous compare à des colibris apportant une goutte d’eau pour éteindre un feu de forêt.

Préserver le sport automobile

L’automobile pour certains est dépassée et ne constitue plus un symbole de réussite sociale. Mais pour d’autre elle reste une passion, pour sa beauté, pour ses prouesses technologiques ou tout simplement pour le sport. Le sport automobile n’est autre qu’une compétition qui a acquis ses lettres de noblesse, comme l’équitation dont le cheval était à l’origine un moyen de transport ou utilitaire.

La voiture électrique procure un plaisir de conduite insoupçonné, par son moteur réactif, la répartition des masses idéale pour la tenue de route, son silence, son confort. La vitesse reste le domaine des sportifs .

Un grand prix de formule E ?

Le sport automobile est un merveilleux laboratoire de recherche pour la sécurité, la performance et le rendement d’un moteur moins polluant, pour de nouvelles formes d’énergies. Ainsi, la fédération internationale automobile (FIA) a imaginé la formule E, issue de la Formule 1, dont les monoplaces électriques font progresser les performances des moteurs, les batteries et diminuent l’impact sur en bruit et sur l’air.

Strasbourg peut être le siège d’un Grand Prix de formule E. Lors du dernier forum de l’association des automobile club au PMC, le maire de Strasbourg Roland Ries a déclaré ne pas y être opposé, après la proposition du président Didier Bollecker et devant celui de la FIA, Jean Todt.

Ce Grand Prix de Strasbourg ou même de l’Eurodistrict à dimension européenne serait alors un événement mondial, comme l’était le rallye de France. Strasbourg deviendrait ville bleue et verte, pour la transition énergétique, symbole d’une ville tournée vers l’avenir, la modernité et dans un esprit de préservation de la planète, qui ne nous appartient pas mais dont nous sommes tous les enfants, comme dirait Pierre Rabhi.

Thierry Roos
Conseiller municipal de Strasbourg

Vrai ou faux ? 9 choses à savoir sur les vignettes Crit’Air à Strasbourg

Vrai ou faux ? 9 choses à savoir sur les vignettes Crit’Air à Strasbourg

Vous avez été nombreux à réagir à l’instauration des vignettes Crit’Air, prévues pour être utilisées à l’automne à Strasbourg, après Paris, Grenoble ou Lyon. La raison et le fonctionnement de ces nouveaux macarons sont encore mal connus. Rue89 Strasbourg fait le point.

Rappel : l’Eurométropole va utiliser les vignettes Crit’air à partir du 1er novembre. Ces petites pastilles autocollantes doivent permettent d’empêcher les véhicules les plus anciens, souvent les plus polluants, de pénétrer dans les 33 communes de l’Eurométropole de Strasbourg, sauf deux axes est-ouest, tout au nord et au sud.

Cette restriction sera appliquée au troisième ou quatrième jour de pollution pour les voitures de classe 4 ou plus (niveau 5 ou sans vignette).

La pollution atmosphérique provoque 48 000 morts prématurées chaque année en France selon Santé Publique France, engendre des maladies, est à l’origine d’une naissance prématurée sur cinq, sans parler des coûts pour les finances publiques, évalués à plus de 100 milliards d’euros par an. Des associations d’usagers de la route ont néanmoins appelé au boycott des vignettes.

Pour s’y retrouver dans les vignettes et les véhicules légers (document ministère)

Ces nouvelles vignettes permettent de classer les automobiles de 0 à 6 (voir l’image ci-dessus), en fonction de leur année d’immatriculation. D’autres vignettes existent pour les poids-lourds, les utilitaires et les deux roues, sur le même principe. Elles sont déjà utilisées dans trois agglomérations (Paris, Lyon et Grenoble). Les vieilles voitures de collection et les véhicules de secours sont dispensées d’en arborer une. Revue des arguments et idées reçues.

1. « C’est pour rembourser le fiasco de l’écotaxe »

Faux. Le manque à gagner (9,83 milliards d’euros nets) et l’indemnisation de la société Ecomouv’ (958 millions d’euros) sont financés par une hausse de la taxe sur le gazole, de 2 centimes par litre et 4 centimes pour les transporteurs de marchandises. Cela qui devrait même rapporter près de 1,5 milliard d’euros de plus que l’aurait fait l’écotaxe, qui devait surtout financer de nouvelles infrastructures (routières, ferroviaires, fluviales, transports en commun).

En revanche, la Cour des comptes pointe que cette solution fait davantage payer les Français, puisque les transporteurs étrangers ont souvent la bonne idée de faire le plein à l’étranger, avant ou après leur traversée de l’Hexagone. Initialement, les poids-lourds étrangers devaient contribuer à hauteur de 31% à l’écotaxe. Avec ce nouveau système, ils ne participent qu’à 2%. « Une occasion manquée » ont conclu les Sages.

2. « C’est pour nous faire acheter des nouvelles voitures »

Plutôt vrai. Seule l’année d’immatriculation est prise en compte, bien qu’elle corresponde à des normes européennes, devenues plus ambitieuses avec les années. Les émissions individuelles ne sont pas évaluées, pas plus que les tests truqués pour correspondre aux fameuses normes.

L’efficacité de cette mesure peut être discutée. Par exemple, si seuls les véhicules de niveau 0 à 2 sont autorisés, un 4×4 diesel avec un seul passager construit en 2011 pourra rouler, là où une petite voiture à essence avec 4 ou 5 passagers immatriculée fin 2005 sera interdite. Rapportée au nombre de passagers, les émissions par personnes sont pourtant plus faibles pour la petite voiture.

L’âge moyen du parc automobile français est de 8,8 ans, une moyenne qui augmente depuis les années 1990 (3,7 ans cette année-là). Autrement dit, le véhicule moyen est au niveau 2 pour les essences (environ 40% des véhicules) et niveau 3 pour les diesels (environ 60%), ce qui permet de rouler partout pour le moment. Les véhicules hybrides et électriques (niveau 1 ou 0) représentent encore une part encore négligeable du parc, mais leurs ventes progressent (plus de 6% des immatriculations en janvier).

En revanche, pas besoin d’acheter une voiture neuve. Une voiture d’occasion à essence de 1997 ou un diesel de 2006 devrait permettre de circuler partout (classe 3), à moins que Strasbourg aille plus loin que les villes pionnières.

3. « C’est du racket »

Les panneaux que vous allez voir apparaître à Strasbourg

Tout est relatif. La vignette coûte 4,18 euros et reste valable jusqu’à la destruction du véhicule. Certes, comme le remarque une lectrice de Rue89 Stasbourg, c’est le prix de 4 baguettes, 3 expressos ou une entrée en piscine en moins.

À titre de comparaison, un seul passage sur les 24 kilomètres du GCO, ce projet d’autoroute à l’ouest de Strasbourg, coûtera environ 3,50 euros et plus du double pour les poids-lourds. Attention, un site comme crit-air.fr, très documenté, bien référencé et complet mais qui n’a rien d’officiel propose des vignettes à 20 euros et demande des informations supplémentaires.

Sur le site www.certificat-air.gouv.fr, le seul site agréé, seuls le nom, prénom, année et le numéro de plaque d’immatriculation indiqués sur la carte grise sont demandés. Il est aussi possible de les commander par courrier avec un chèque.

La facture devient un peu plus salée en cas d’absence de vignette lors d’un contrôle. L’amende est de 68 euros (45 euros si elle est payée immédiatement) et 135 euros pour un poids-lourd (minorée à 90 euros). Le véhicule peut en outre être immobilisé.

4. « On va nous embêter en ville et rien pour les camions sur l’A35 »

Faux. L’autoroute A35, qui traverse Strasbourg, est l’axe le plus pollué. Il est concerné par le périmètre retenu. Les entrées et sorties, ainsi que les péages seront en théorie utilisés pour repérer les récalcitrants.

Dans un premier temps, deux axes est-ouest ne seront pas concernés (document Eurométropole)

À Lyon-Villeurbanne, l’autoroute A6/A7 qui traverse la Presqu’île et quelques boulevards ne faisaient pas partie du périmètre lors du dernier pic de pollution. À Grenoble en revanche, les autoroutes d’accès A48 et A41 ont été inclus.

La question est surtout celle de l’efficacité des contrôles. En effet, difficile d’imaginer la police arrêter les véhicules sur l’autoroute pour vérifier leur pare-brise. À moins que quelqu’un se décide enfin à utiliser les caméras des portiques Ecotaxe, installés mais jamais utilisés…

Sur la route du Rhin, un autre axe parmi les plus pollués de Strasbourg, les poids-lourds qui traversent Strasbourg sans s’arrêter (on dit en transit) sont sensés être interdits. Pourtant, une opération surprise un matin de décembre à la demande des habitants a vidé la route de ses camions en une heure. Le reste du temps, ce sont les poumons des Strasbourgeois qui souffrent. En théorie, les contrôles doivent être « plus dynamiques » promettait l’ancien Préfet Stéphane Fratacci début 2017.

En semaine, les utilitaires d’avant 1997 et les poids-lourds d’avant 2001 sont interdits dans le centre de Grenoble

5. « Les étrangers pourront rouler sans se faire embêter »

Faux. Les vignettes françaises s’appliquent à tous les véhicules, étrangers ou non, comme par exemple la vignette autoroutière en Suisse et bientôt en Allemagne, ou pour les villes allemandes, pour lesquelles il faut acheter d’autres vignettes.

6. « Il faut des vignettes pour chaque ville »

Faux. (en France). Les vignettes sont les mêmes pour toute la France. Chaque ville est libre d’utiliser ou non cet outil. Ainsi, il peut être intéressant de déjà commander la sienne si vous devez vous rendre en voiture à Paris, ou à Lyon et Grenoble des jours de forte pollution.

D’autres villes devraient imiter la capitale ou les deux agglomérations de Rhône-Alpes, notamment Lille. En France, 24 agglomérations sont concernées par un Plan de protection de l’air (PPA), dont Nancy et Metz dans le Grand Est. Par ailleurs, Epernay et Reims se sont engagées à mettre en place un Zone de circulation restreinte (ZCR).

Une fois commandé, le délai de réception est de 30 jours maximum. En attendant, la facture peut suffire lors d’un contrôle. Ensuite, il suffit de la coller sur son pare-brise ou à l’avant de sa moto comme dans la vidéo ci-dessous :

En revanche, le système de vignettes ne soit pas le même partout en Europe. L’Allemagne, le Danemark ou l’Autriche ont aussi leur système de macarons pour rouler dans certaines villes et il n’y a pas de reconnaissance mutuelle. Là encore, attention aux sites d’arnaques.

7. « Seuls les automobilistes sont punis pour faire baisser la pollution »

Vrai. Le trafic routier est responsable d’environ 25% de la pollution aux particules (PM 10 et PM 2,5) et de 68% des émissions d’oxyde d’azote (NOx), dont 80% sont dus aux moteurs diesel dans l’Eurométropole. Ces proportions et concentrations sont plus fortes près des routes. La circulation automobile est le facteur polluant le plus simple à faire baisser.

Les voitures de classe 5 et non-classées représentent « 5% du parc roulant, mais entre 11% et 15% des émissions » selon l’adjoint au maire de Paris, Christophe Nadjovski (EELV) au micro de LCI. Si on inclut les diesel de classe 4 (comme à Lyon ou Grenoble lors des pics) on se situerait entre 25% et 30% des véhicules.

La pollution « résidentielle » contribue pour une part plus importante que la circulation automobile à la concentration des PM10 (environ 40% des émissions). Mais à moins de couper le chauffage, il est difficile de mettre des mesures restrictives lors des pics. Certaines mesures à long terme, comme une meilleure isolation de logements ou l’installation de réseaux de chaleur au bois et aux résidus de maïs comme au Wacken, pourraient permettre d’atténuer cette pollution.

Les usines sont très peu concernées par les plans de protection de l’air. Pour les agriculteurs, certains brûlages sont interdits. Autre sujet soulevé par l’association Strasbourg Respire, celui des navettes Batorama qui continuent de naviguer avec du gazole non routier (diesel) lors des pics, là où des alternatives au gaz ou à l’électricité solaire seraient envisageables.

Les particuliers peuvent aussi contribuer à améliorer la qualité de l’air en entretenant leur chauffage individuel au bois ou avec des appareils labellisés Flamme verte.

8. « Ca ne sert à rien d’en acheter, il y aura un nouveau gouvernement au printemps »

Peu probable. Aucun candidat ne s’était engagé pour la suppression des vignettes. Sur ce point

La France, comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne, s’est engagée à la réduire vis-à-vis de l’Union européenne.

(photo Twitter / @waltercolor)

9. « Rien n’est fait pour les plus pauvres qui ont les plus vieilles auto »

Moins vrai qu’avant. Initialement, il existait seulement une prime de 6 000 euros pour l’achat d’un véhicule électrique, uniquement neuf. Elle peut monter jusqu’à 10 000 euros si on se débarrasse d’un véhicule diesel. L’aide est de 1 000 euros pour l’achat d’un véhicule hybride rechargeable.

Quelques dispositifs de conversion de son véhicule existent désormais, y compris pour les achats d’occasion. Ils vont de 500 à 10 000 euros et Ils concernent les ménages non-imposables comme les personnes morales (entreprises, association, administration, etc) via l’agence de services et de paiements. Des aides existent aussi pour les deux/trois-roues et les vélo électriques (jusqu’à 200 euros).

Avec un véhicules d’occasion de niveau 3, il est possible de circuler partout en France à ce jour.

D’autres questions ? D’autres remarques ? Laissez un commentaire, nous l’ajouterons dans l’article ou nous y répondrons directement.

Roger Siffer : « pas de sketchs sur les djihadistes, parce qu’on a peur »

Roger Siffer : « pas de sketchs sur les djihadistes, parce qu’on a peur »

La revue satirique de la Choucrouterie, cru 2016-2017, fonctionne à plein régime depuis novembre. Réunissant plus de 14 000 spectateurs par an, la revue est prolongée cette année jusqu’à mi-avril. Mais pour son créateur, Roger Siffer, l’humour satirique évolue chaque année sur des terrains de plus en plus minés.

Archi-comble, le spectacle joué simultanément en français et en alsacien est un « must » du patrimoine alsacien, mais aussi bien plus que ça. Du TGV Est au Racing, du burkini aux élus de Strasbourg et de Colmar – surtout de Colmar !-, tous les sujets d’actualité sont bons pour passer au crible ce qui constitue notre petite communauté mais aussi ce qui lui fait défaut. Une sorte de « purge » annuelle, comme l’explique Roger Siffer, qui permet de renverser les pouvoirs et de mettre les fous sur la scène de la Choucrouterie, l’espace d’une soirée jubilatoire.

Roger Siffer en est la rutilante et exubérante figure de proue depuis plus de 20 ans. Qui ne connaît pas ce visage rond aux yeux moqueurs, cette barbe fleurie et ces cheveux longs assortis aux lunettes rondes de John Lennon ? Caricaturé plus de fois qu’il ne saurait les compter, Roger Siffer est un clown réfléchi, qui a beaucoup à dire et des convictions bien ancrées.

Conversation avec Roger Siffer dans son bureau de la Choucrouterie (Photo MB / Rue89 Strasbourg)
Conversation avec Roger Siffer dans son bureau de la Choucrouterie (Photo MB / Rue89 Strasbourg)

« On veut un pays sans Marine, sans guillotine »

« Je suis, j’ai toujours été, – c’est comme ça, on se refait pas -, extrêmement respectueux du public. C’est-à-dire que je disais déjà dans les années 80 : je ne suis pas un missionnaire en chaussettes blanches », j’ai évidemment des convictions. Je n’hésite pas à les exprimer sur scène. Attaquer le FN par exemple ça ne me pose aucun problème. J’étais anti-nucléaire, j’ai défendu ça. J’ai des idées mais je ne fais pas un spectacle militant même s’il y a des allusions très précises.

Dans la revue française, elle finit cette année avec : « nous on veut un pays sans Marine, un pays sans guillotine… » car elle veut remettre la peine de mort. On ne peut pas être plus clair. Mais je fais gaffe, sans faire d’autocensure, sans abonder dans le sens du poil, à être respectueux de ce qui peut choquer les gens, les heurter. »

Une horde d’auteurs issus d’une « émission sale »

« La première année de la Chouc’, Madame Latigrat, qui était la directrice de Radio France Alsace, nous a commandé, je cite, « une émission sale ». Nous avons donc fait cette émission qui s’appelait « Arrache-moi la jambe » pendant 10 ans. C’était un record : on avait le plus fort taux d’écoute que la radio ait jamais eu dans la région. Du vrai cabaret satirique, mordant. L’équivalent des Guignols à l’époque où ils étaient bons – maintenant ce n’est plus regardable. Nous avions chaque semaine, ou au moins une fois par mois, un invité politique que Francis Baerst tirait à travers le cacao, comme on dit. On a eu des Pflimlin, des Klifa, des Bockel, on en faisait un portrait satirique et ensuite on leur faisait faire n’importe quoi, chanter des chansons, réciter des poèmes – c’était assez délirant.

Cette horde – nous étions parfois jusqu’à 12, 14, 15 auteurs à écrire – je la poussais toujours plus loin. Il faut dire aussi que quand nous avons créé la Chouc’ c’était un événement assez unique, comme lieu et comme philosophie. Les personnes qui participaient à l’émission le faisaient bénévolement, et l’argent que la radio nous payait était versé directement au théâtre pour payer son fonctionnement, le loyer, etc. Nous étions donc une équipe très soudée parce qu’il n’y avait pas de concurrence ou de problèmes de fric. Les premiers problèmes de fric sont apparus bien plus tard, quand on nous a signalé qu’il fallait qu’on s’inscrive aux droits d’auteur, mais ça n’a pas duré longtemps. »

L'équipe de la revue satirique 2016-2017 de la Choucrouterie (Document remis)
L’équipe de la revue satirique 2016-2017 de la Choucrouterie (Document remis)

L’humour à la française, l’humour à l’alsacienne

« La jeune génération écrit et rit autrement… Vous riez d’autres choses que ma génération. Le public dialectophone est plus âgé. L’humour un peu provoc’ « Hara Kiri » des jeunes c’est quelque chose qui ne fonctionne absolument pas ni dans la langue alsacienne ni avec le public alsacien. Donc je suis très vigilant. Je laisse faire dans la revue française des provocations, je suis pas bégueule, car le public de la revue française est beaucoup plus jeune. »

La revue satirique et les politiques

« Les hommes politiques viennent toujours parce qu’ils sont dedans. Certains reviennent tous les ans, comme Roland Ries qui vient avec Christiane, sa femme : ils choisissent d’ailleurs la revue en alsacien. Ries aime le cabaret. C’est pour ça que j’avais fait le festival Babel à l’époque et que je lui ai proposé le théâtre du Scala à Neudorf. C’était une façon pour Roland Ries – il le dit dans son bouquin d’ailleurs-, de récupérer un électorat qui avait fui vers le Front national parce que les Socialistes avaient changé, qu’ils étaient devenu jacobins. C’était une stratégie politique de la part de Ries, pas de la simple militance antifasciste.

Dreyfus vient tous les ans. Et comment il s’appelle, l’écolo avec l’écharpe verte… Il est sur toutes les photos, il est sur Facebook tout le temps. Alain Jund ! C’est année c’est Mangin qui va venir, parce qu’il est dans un sketch. Fontanel aussi s’est annoncé parce qu’il est dans un sketch, on l’appelle « fontaine a miel » [rires]… Mathieu Cahn est venu avec un groupe énorme. Il était très sympa alors qu’il y a un sketch un peu violent… Mais le pire pour les politiques, c’est quand on ne parle pas d’eux. »

Germain Müller et le Barabli

« J’ai commencé mon métier – c’est à dire à devenir professionnel – chez Germain Müller au Barabli. Il a fait des revues satiriques pendant très longtemps. J’ai passé deux ans derrière le rideau à regarder comment il faisait. C’était extraordinaire : le type arrivait en scène, faisait les gros yeux, et les gens riaient déjà alors qu’il n’avait pas dit un mot. Il faisait des conférences politiques devant le rideau. Il était obligé de les nourrir tous les jours. La tradition satirique en Alsace c’est vraiment une vieille chose. »

Les tabous : la religion et la terreur

« Tous les ans, les jeunes auteurs proposent des sketchs sur les djihadistes. On fait tout pour ne pas les prendre. Parce qu’on a peur : c’est pas la peine de tourner autour du pot. Pas envie de finir comme Charlie Hebdo parce qu’il y a maintenant tellement de tapés qui sont prêts à tout… Ne pas en parler c’est aussi une façon de ne pas les faire exister… Mais c’est extrêmement inquiétant. J’avais commandé un sketch à Julien [Téhème] justement pour parler de ce qu’on ne peut plus dire aujourd’hui, à propos des 30 ans de Coluche, et que Coluche pouvait encore dire. Donc je sors quelques saloperies que Coluche a sorti sur le racisme. Quand je les mets dans la bouche de Coluche, je peux le faire. Mais faire un truc directement contre les connards qui mettent des bombes… j’y arrive pas.

Autre exemple et qui date de l’époque de « Arrache-moi la jambe », j’ai toujours refusé toute blague juive. Je crains le procès en antisémitisme. Je suis extrêmement prudent la-dessus. Quand les juifs racontent des blagues juives, ça me fait beaucoup rire. Mais quand c’est quelqu’un qui n’est pas juif, il y a une ambiguïté que je n’aime pas.

Moi je suis tout à fait a-religieux. Je suis athée. « Dieu merci » comme on dit. Donc je n’attaque aucune religion parce que je n’en ai rien à foutre si quelqu’un a du bonheur à croire je ne sais pas qui. »

Roger Siffer, clown qui pense (Photo MB / Rue89 Strasbourg)
Roger Siffer, un clown qui pense… et qui s’autocensure (Photo MB / Rue89 Strasbourg / cc)

La purge annuelle

« Alors les gens, c’est quand même extraordinaire. Il ne viennent pas voir les autres spectacles. Alors que la revue, c’est quatre mois dans l’année, le reste de l’année on travaille, on tourne, on joue… Non, ils viennent faire ce que Germain [Müller] appelait « les Pâques », cette espèce de catharsis. Comme certaines plantes que l’on peut prendre pour se purger : ils viennent faire ça. Et le plus extraordinaire – et c’est cela qui me plait beaucoup, qui me donne confiance en ce métier, c’est qu’il y a énormément de gens qui viennent de Colmar puisque tous les ans nous avons le sketch sur Gilbert Meyer. Les gens à la sortie me disent : « vous lui avez encore donné le beurre mais on votera quand même pour lui ! » La scène, ou le rire, ne peuvent pas faire changer un choix politique. Et heureusement parce que sinon tous les politiques se mettraient à chanter ou à faire du cabaret. C’est déjà assez triste comme ça ! [rires] »

Pourquoi faut-il venir à la revue satirique de la Choucrouterie?

« Comme on dit en alsacien : « les seules choses qu’il faut c’est mourir et aller aux toilettes, le reste il faut rien du tout. » Il ne faut pas, mais l’envie est grande. Parce que c’est une espèce de revanche. Une revanche des petits sur une classe politique, disons « suspecte ». Je suis pas du tout un adepte du « tous pourris » évidemment. Mais que ceux, comme par exemple Fillon, -qui a un peu niqué les Français il faut le dire-, se le prennent dans la tronche, c’est une espèce de revanche du petit David contre Goliath sur le moment, par le rire. Le fait que ce soit encore possible, en tout cas en Europe,  – en Amérique ça va surement changer vite – , ça rend les gens gourmands. Ils se dépêchent de venir en profiter, quoi.

Mgr Luc Ravel, nouvel évêque de Strasbourg aux positions tranchées

Mgr Luc Ravel, nouvel évêque de Strasbourg aux positions tranchées

Mgr Luc Ravel a été nommé évêque de Strasbourg par le Pape François et par le Président de la République. Au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo, alors évêque aux armées, Mgr Ravel avait suscité une polémique en 2015 en expliquant que les terroristes avaient tué moins de personnes en France que les « bien-pensants », qui légitiment la « destruction massive de l’IVG. »

En vertu du régime concordataire toujours en vigueur en Alsace-Moselle, le Pape François et le Président de la République doivent s’accorder sur les nominations des évêques de Metz et de Strasbourg. Atteint par la limite d’âge, Mgr Jean-Pierre Grallet se retire et pour lui succéder, leur choix s’est porté sur Mgr Luc Ravel, évêque aux armées depuis 2009, fils de général, ancien chanoine régulier de Saint-Augustin. Le décret de nomination a paru au Journal officiel samedi.

Les principaux élus alsaciens et strasbourgeois ont salué cette nomination et souhaité la bienvenue à Mgr Ravel en une terre où le dialogue interreligieux est intense et de qualité. Mais la nomination de Mgr Ravel a surpris dans certains cercles plus laïques, où l’on s’est souvenu de ses propos dans une longue tribune parue dans le journal du diocèse aux armées.

Mgr Luc Ravel, nouvel évêque de Strasbourg (-)
Mgr Luc Ravel, nouvel évêque de Strasbourg (-)

« Le mal sournois de l’idéologie Charlie »

Dans un éditorial titré « La guerre compliquée » (PDF) publié en février 2015, Mgr Ravel décrivait la difficulté des Chrétiens d’être pris entre deux feux : celui du terrorisme islamiste alors que venaient de périr 17 personnes suite à l’attentat contre Charlie Hebdo, et l’idéologie « des bien-pensants [qui] fait chaque année 200 000 victimes dans le sein de leur mère ». Pour l’évêque, l’idéologie Charlie est « un mal sournois qui caricature Dieu au mépris de l’Homme », tandis que l’islamisme « manipule l’homme au mépris de Dieu. »

Suite à ce texte, conforme à la doctrine catholique mais qui met sur le même plan l’IVG et le terrorisme, le ministère de la Défense avait sommé le diocèse aux armées de cesser d’apposer son logo sur sa revue. Une clarification bienvenue pour l’évêque, qui a pu ainsi mettre en application sa devise épiscopale, « Est est », c’est à dire « que votre oui soit oui » (et que votre non soit non, le reste vient du démon, (Mt 5,37) ).

Surpris par sa nomination

Pas sûr que cette manière très militaire de procéder convienne à l’Alsace… Mgr Ravel a déclaré à France 3 Alsace qu’il avait été le premier surpris par cette nomination, lui qui ne parle pas allemand et qui se plaisait aux armées. Dans un entretien à KTO-TV, Mgr Ravel se réjouit néanmoins et promet de venir conduire le « lourd paquebot » du diocèse de Saint-Arbogast avec des « mains vides mais des mains chaudes » :

L’Eglise en France compte quelque 115 évêques en activité.

Strasbourg, la scène hip hop la plus attractive de l’hexagone

Strasbourg, la scène hip hop la plus attractive de l’hexagone

Le site Radio Londres vient de publier un « long format » sur le hip hop à Strasbourg, car la ville héberge « une des scènes urbaines les plus attractives de l’hexagone. » Plusieurs artistes sont mis à l’honneur, dont Éric (alias Kirikou) de Toxic Crew, G-Vo d’Illusion Crew, Hamsi, Lucas (aka Goomar), Wise, Dan23…

Tous apportent leur contribution au Hip Hop, danseurs, DJs, chanteurs, graphistes… Un univers protéiforme, jaloux de son identité et de sa liberté. Ainsi, Éric espère que la danse hip hop ne sera jamais labellisée :

« L’État a pour projet de créer un brevet de danseur hip hop, un diplôme d’Etat. Ça tuerait notre art, des personnes qui dansent depuis des années avec la seule légitimité de leurs expériences seraient donc moins reconnues que n’importe quelle personne qui aurait passé son diplôme. Encore une fois, on essaye de nous décrédibiliser parce que notre art vient de la rue, que nous n’obéissons à aucune règle, que nous sommes libres. »

 

Les Freestyle Mondays, du slam, de l'impro, au Mudd (Photo Khedidja Zerouali / Radio Londres)
Les Freestyle Mondays, du slam, de l’impro, au Mudd (Photo Khedidja Zerouali / Radio Londres)

« Des gars quittent Paris pour Strasbourg parce que ça bouge mieux »

Radio Londres relate une conversation, dans la cuisine de Goomar et Gilles, un autre DJ strasbourgeois mais « à l’ancienne ». Ils accueillent Hugo, un des membres de Paris Reality Check :

Gilles : Il y a eu une nouvelle énergie, un élan avec Paye ton 16, les mecs de ma génération se sont réveillés. En plus maintenant à Strasbourg y’a plein de bars où les gens peuvent kiffer du bon son du coup, t’es arrivé pile au bon moment !

Goomar : Oui mais le truc c’est qu’on doit pas forcément attendre la mairie pour avancer, c’est pas une bonne chose l’institutionnalisation. Le hip hop appartient au peuple, le lisser c’est le pire truc qui puisse nous arriver !

Gilles : Moi j’ai 40 balais, mais Saligo avec ses 25 ans, toi Goomar, ou encore Hugo vous nous avez vraiment fait du bien, un élan de fraîcheur. C’est quand même dingue qu’aujourd’hui des gars quittent Paris pour Strasbourg parce que ça bouge mieux, c’est juste ouf, toute la sphère hip hop à Stras ou presque s’est déjà posé dans ta chambre. »

Radio Londres revient aussi sur les Freestyle Monday, ces rendez-vous au Mudd dont Rue89 Strasbourg vous avait déjà parlé, le NL Contest, RBS, et les stars de Strasbourg : outre Abd El Malik, MessBass, Kadaz ou Junior…

Strasbourg va gagner des classes à la rentrée, mais la campagne devrait en perdre

Strasbourg va gagner des classes à la rentrée, mais la campagne devrait en perdre

À la rentrée, Strasbourg va compter plus d’ouvertures que de fermetures de classes. En revanche, dans le reste du Département plus de fermetures sont envisagées, même si des ajustements sont prévus d’ici septembre.

Strasbourg gagne des habitants. Alors à la rentrée, la capitale du Grand Est pourra compter au moins cinq classes de plus, malgré des fermetures envisagées. Soit au total, 11 ouvertures pour 6 fermetures à ce stade. Ce sont surtout les écoles dans les quartiers périphériques de Strasbourg qui sont concernées.

La tendance strasbourgeoise est inverse à celle du reste du département, où l’on dénombre 63,68 ouvertures de classes contre 77,62 fermetures. Un total publié par le syndicat d’enseignants SNUipp-FSU, confirmé par l’Inspection académique. Ces totaux à virgule sont obtenus car les décharges des directeurs d’écoles sont dénombrées et leurs horaires sont comptabilisées en centième de poste. Elles dépendent de la taille de l’établissement.

Pour le moment, il ne s’agit que de prévisions, établies sur une base démographique. De nouveaux décomptes sont prévus au printemps et début septembre, où seules des (ré)ouvertures peuvent être décidées. Une trentaine de postes vont encore évoluer avant la rentrée selon l’Inspection académique, car 3 000 à 4 000 élèves vont déménager d’ici là.

Sur la carte au bas de cet article, on remarque néanmoins que les fermetures de classes concernent surtout la campagne et que les ouvertures sont à Strasbourg ou dans les villes de l’Eurométropole qui l’entourent.

Peut-être quelques ouvertures supplémentaires

Selon l’inspection académique, une classe est ouverte pour 28 élèves en élémentaire en moyenne et 31 en maternelle (voire 32 ou 33 dans les petites écoles). Les fermetures sont décidées dès qu’il est possible de caser 25/26 élèves par classe en élémentaire et 30 en maternelle. Mais là aussi, il peut exister des exceptions, notamment selon la taille des locaux disponibles.

À la rentrée, 66 postes seront créés (sur 5 289,3 existants) pour 226 élèves supplémentaires, soit un ratio enseignant pour 100 élèves légèrement supérieur à 2016/2017 (5,18% ; +0,04 point). Cela ne veut pas dire autant d’ouvertures de classes.

D’autres postes sont créés pour les remplacements des enseignants (20 postes), aux dispositifs « Plus de maîtres que de classes » (10 postes) à la  scolarisation des enfants de moins de 3 ans (10 postes), à des besoins éducatifs particuliers, ou de la formation (10 postes).

Pour Agathe Konieczka, représentante de la SNUipp-FSU au comité technique spécial départemental (CTSD), la situation doit être revue d’ici la rentrée :

« On a alerté sur le fait qu’il va y avoir des livraisons immobilières d’ici juin, qui ne sont pas prises en compte à ce stade. Il faudrait que l’inspecteur demande une meilleure dotation à la rectrice d’Académie, pour ne pas seulement être dans la gestion de crise. »

Ouvertures et fermetures envisagées dans le Bas-Rhin

Dans le Haut-Rhin, il faudra compter avec 53 postes en plus, alors que le nombre d’élèves diminuerait de 50.

Deaf Rock promet une année 2017 bien rock’n’roll !

Deaf Rock promet une année 2017 bien rock’n’roll !

Les gens de Deaf Rock records ont investi La PopArtiserie mercredi soir pour présenter leur saison 2017. Nouvelle équipe, nouveau logo, nombreux projets : revivons cette soirée célébrée en musique avec 1984 et Dirty Deep.

À la PopArt mercredi soir, on avait tous une bière à la main. Journalistes et blogueurs, à traîner et papoter, au calme, dans une ambiance cool et festive.

C’est Camille, chargée de la com’ de Deaf Rock qui nous accueillait. Elle fait partie de la nouvelle équipe au même titre que Claire. C’est aussi ça l’année 2017 : une équipe qui s’agrandit pour renforcer la communication du label.

Deaf Rock s’est d’ailleurs offert un joli petit ravalement de façade avec un nouveau logo tout beau, créé par l’école de communication strasbourgeoise ISCOM sans oublier un site internet entièrement revu et corrigé, encore en préparation à l’heure où je te parle.

Eux-mêmes évoquent d’ailleurs un « nouveau tournant » pour qualifier l’année 2017. Et pour cause les Deaf Rock proposent désormais un programme de formation dans leur studio. Ils se sont également associés à l’agence Candide pour sortir un livre-disque pour enfant, prévu en mai 2017, dont Rue89 Strasbourg vous a déjà parlé. Plein de projets très divers, mais tous bien pensés et bien menés.

Arrivé là, t’as peut-être envie que je te parle de musique, non ? D’autant que des nouveautés, il y en a pas mal !

Dirty Deep
Dirty Deep (Photo Lulu / Rue89 Strasbourg)

Mes chouchous : Last Train et Dirty Deep !

Alors je te cite comme ça, vite fait, une nouvelle régie au studio Deaf Rock et l’ouverture d’une antenne berlinoise pour le label strasbourgeois, et ça en jette, parce que Berlin c’est trop génial, j’ai tellement d’amour pour cette ville.

Et je m’attarde un peu sur les groupes ! Il se trouve que les Last Train, petits jeunes bourrés de talent qui connaissent un succès incroyable, travaillent avec Deaf Rock, et nos chouchous vont sortir un album en avril qui promet d’être rock’n’roll, puissant et décadant !

Autre nouvelle orgasmique de la soirée, et je pèse mes mots, c’est l’album des Dirty Deep, What’s Flowing’ In My Veins, qui est réédité en avril chez Deaf Rock après une première production par Hell Prod. Le trio de blues a rejoint la famille Deaf Rock en novembre 2016 et ces petites boules d’énergie musicales avaient déjà sorti un vinyle pour Noël avec James Leg, rien que ça, Written in coffee grounds.

Parmi les autres artistes du label, on pourra citer les luxembourgeois de Mutiny On The Bounty, des rois du math rock qui nous réservent eux aussi un album pour l’automne, tandis que les groupes Alpes, rock indé, et nos petits strasbourgeois de Colt Silvers, pop-electro, continuent de se balader sur les routes.

1984
1984 (photo Lulu / Rue89 Strasbourg)

« Est-ce que quelqu’un sait quand commence le concert ? »

« Est-ce que quelqu’un sait quand commence le concert ? » Ça, c’était moi, blogueuse impatiente et bornée, qui n’avait qu’une envie en tête : voir les Dirty Deep jouer. Bah oui ! Une soirée organisée par un label, ça ne se fait pas sans au moins un concert, surtout quand on possède de tels talents dans son écurie !

Mais d’abord, c’était les 1984 qui sont montés sur scène pour jouer en exclu totale quelques morceaux de leur nouveau album encore en préparation. Grâce à la petite plaquette qui nous a été distribuée à l’entrée, j’ai appris que 1984 revenait après trois ans d’absence et que c’est, je cite, un « power-trio british » de « post-punk-rock ». Lève la main si toi non plus tu sais pas ce que c’est. #malaise #zeroculturemusicale

J’étais vaguement sceptique donc. Mais ça n’a duré qu’une demi-seconde. À peine le chanteur a entonné la première phrase que ça y est, j’étais amoureuse. 1984, c’était une belle claque, un rock puissant, brut, mais aussi dansant, très bien mené. Et puis cette voix de dingue, chargée d’émotions, une voix mélancolique et séduisante, qui te fait ressentir plein de trucs, un tourbillon de sentiments, ça te prend aux tripes.

On s’est tous mis à se dandiner, on était bien. Mais c’était un petit concert seulement, qui a trop vite pris fin, je n’ai pas vu le temps passer, comme à chaque fois à la PopArtiserie. J’étais toute dépitée en allant fumer ma clope. Leur prochain album sort à l’automne. Et l’automne, c’est loin…

Heureusement les Dirty Deep ont bien vite enchaîné et là, pas de surprises, ils ont assuré. C’était blues, c’était dirty, c’était déjanté, joyeux, cool et choupi. Ils nous ont fait Goin’ Down South mais aussi quelques petites nouvelles chansons comme une reprise bien pétante de John The Revelator.

Une bien belle soirée, je reparlerai de ce label par ici…

[Archive] Le Premier ministre canadien Justin Trudeau à Strasbourg

[Archive] Le Premier ministre canadien Justin Trudeau à Strasbourg

Après les joies du premier contact avec Donald Trump, Justin Trudeau était jeudi 16 février au Parlement européen. Il a salué l’adoption du CETA, le très décrié accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada. L’occasion de revisiter un classique du grand Charles ?

dessin de presse Ceta
(Dessin de Piet)
#ceta

Sous pression, Polaroid3 annule un concert à Paris

Sous pression, Polaroid3 annule un concert à Paris

Ce samedi soir, Polaroid3 devait présenter son premier album, Rivers, en concert à Paris. Mais le groupe strasbourgeois a dû annuler le concert, suite à la pression du Cran, un collectif d’associations anti-racistes, qui accuse les musiciens de propager des clichés racistes dans leur iconographie.

Dans son dernier clip, Rivers, les trois musiciens strasbourgeois de Polaroid3, évoluent dans la neige, grimés et déguisés (voir notre article sur la sortie de leur premier album). Pour eux, il s’agit d’une démarche artistique qui évoque un rapport ancien à la Nature et aux grands espaces. Mais deux musiciens sont maquillés de noir et ça, pour le Cran (Conseil représentatif des associations noires), c’est un « black face« , une pratique jugée « raciste et colonialiste ».

Polaroid3 a eu beau expliquer que leur démarche était à l’opposé de tout racisme et que leurs engagements passés et constants plaident en ce sens, le Cran est resté inflexible. Pour eux, il y a un cliché raciste dans ce clip et le groupe doit les retirer. En conséquence, le Cran a exigé des excuses de la part du groupe, menacé de publier un communiqué incendiaire et de s’inviter à chaque représentation du groupe…

Sur ces visuels de l'album Rivers, les musiciens ont retiré leurs masques, pour le Cran, l'image de gauche véhicule des clichés racistes (doc remis)
Sur ces visuels de l’album Rivers, les musiciens ont retiré leurs masques, pour le Cran, l’image de gauche véhicule des clichés racistes Photo : doc remis

La pression a été la plus forte

Les trois musiciens de Polaroid3 sont atterrés et abasourdis par la violence des messages qu’ils ont reçus depuis jeudi, sur Facebook notamment. Et vendredi, le Cran a fait remarquer aux musiciens que les membres de l’association antiraciste ne seraient pas très loin du concert de samedi, puisque le Cran fait partie des associations organisatrices de la manifestation « Justice pour Théo », l’adolescent blessé par la police à Aulnay-sous-Bois, place de la République à Paris soit à quelques rues d’où devait se dérouler le concert… Ambiance.

Les musiciens de Polaroid3 attendaient depuis longtemps de pouvoir présenter le fruit de quatre années de travail à la presse et au public mais face à la pression, ils ont choisi vendredi d’annuler leur concert parisien. Et dans la soirée de vendredi, le groupe a publié un communiqué où les musiciens présentent leurs excuses et promettent de modifier le clip. Le concert de mercredi à Strasbourg pourrait également être annulé.

Une partie des visuels du groupe a également été retirée, ceux où les deux musiciens grimés de noir enlevaient leur masque. Il sera difficile au groupe de faire plus, sauf à refaire entièrement leur clip. Le directeur artistique, Philippe Savoir, a également retiré de son portfolio les images contestées avec cette mention : « série présentée tronquée sur la demande du groupe ayant fait l’objet de menaces et de pressions de la part d’extrémistes. »

Samedi, le Cran a publié un communiqué dans lequel il se félicite du résultat de son action. Pour l’association, outre les visages grimés de noir, c’est toute la mise en scène qui est choquante :

« Le clip met en scène des hommes ayant tantôt une tête d’ours, tantôt une tête de noir, donnant l’impression d’une sorte de proximité ontologique entre les deux. Ces individus hybrides portaient un collier de paille et des tresses, comme on en a traditionnellement dans plusieurs régions d’Afrique. Ces deux hommes noirs, sauvages, animaux, suivaient docilement une maîtresse blanche, pourvue d’une coiffe blanche, d’une robe blanche, le tout dans un décor neigeux, tout à fait blanc, évidemment. »

« N’importons pas des conflits en France »

Ancien président de la Licra du Bas-Rhin, français d’origine sénégalaise, Gilles Winckler n’a nullement été choqué par les photos de l’album de Polaroid3 :

« Je trouve les accusations de racisme à l’encontre des artistes injustes et diffamatoires. J’espère que nous ne sommes pas en train d’importer en France les polémiques incroyables qui ont eu cours ces dernières années aux États-Unis à propos de l’ »appropriation culturelle » (cultural appropriation) et qui ont vu récemment des artistes blanches accusées de prétendu racisme parce qu’elles portaient des dreadlocks —ce qui serait un grave excès et une déviation du combat antiraciste. »

Pour Gilles Winckler, si le ressenti peut être exprimé, il n’a pas à censurer l’expression artistique :

« Si des personnes ont été choquées par ces images, le Cran a eu raison de le dire. C’est légitime. Il faut tenir compte des blessures et des souffrances des Noirs de France, liées à l’Histoire mais également aux violences et aux discriminations subies au quotidien, et dont l’affaire Théo est un révélateur récent et dramatique. Par contre, les injures, les intimidations et la censure sont intolérables. »

Mercredi, découverte de Rivers, premier album du trio strasbourgeois Polaroid3

Mercredi, découverte de Rivers, premier album du trio strasbourgeois Polaroid3

Le groupe strasbourgeois Polaroid3 sort enfin son premier album, Rivers. Issu du jazz, tenté par la musique contemporaine, le trio s’est finalement stabilisé dans une musique trip-hop, léchée, pointue, précise. Release Party de Polaroid3 mercredi 22 février au Camionneur.

Formé il y a quatre ans à Strasbourg, Polaroid3 publie cette semaine Rivers, son premier album. Pourquoi tout ce temps ? Il fallait bien ça pour que l’alchimie qui opère autour des trois musiciens d’exception qui composent le groupe se stabilise. Polaroid3 avait publié un premier EP en 2012, Rebirth of Joy, mais au final, seuls deux morceaux ont été conservés dans Rivers. Christine Clément, la chanteuse à dont la voix claire irradie tous les morceaux, explique :

« Quelques titres n’étaient pas assez aboutis pour figurer dans l’album à notre goût. Et même là, il y a des imperfections qui nous dérangent. Mais si on s’écoute, on ne sort jamais d’album ! On remet toujours tout en question… En fait, notre musique évolue constamment, notre style s’affine. L’album est finalement comme une photo de nous en 2016. En 2012, nous étions encore très jazz. Aujourd’hui, nous sommes clairement pop-electro, mais on a gardé la même exigence. »

Christine Clément, tout comme Christophe Imbs au Fender Rhodes et aux synthés et Francesco Rees à la batterie et aux samples, mène de multiples projets de front, notamment au sein du Collectif OH!, ce qui explique aussi le temps qu’il a fallu pour synchroniser tous ces agendas.

Un bijou de la musique électro

Mais le résultat final est à la hauteur de l’attente. Rivers est un bijou de la musique électro, hérité d’une tradition trip-hop, pointue, mécanique et baigné dans une ambiance pop, simple, accessible. Pour Indiemusic, ce disque est « destiné à devenir référentiel » :

« Polaroid3 crée un monde totalement à part et indescriptible, car accaparant tout l’espace qui nous entoure pour mieux nous faire errer dans ses propres contrées. Là où le tumulte et la contemplation sont de mise, dans des instrumentations merveilleuses et inédites. Composant leurs pistes en y intégrant autant d’intermèdes et de changements de direction que de passion et de découvertes, Christine Clément, Christophe Imbs et Francesco Rees atteignent un paroxysme artistique hors du temps et de l’espace, car ne cherchant jamais à reproduire un schéma tout tracé mais, à l’opposé, en poussant leurs tableaux sonores jusqu’au point de rupture, là où la beauté est la plus éclatante et réelle. »

Polaroid3
(Photo Philippe Savoir)

Grands espaces et créatures mythologiques

Le trio strasbourgeois évoque les grands espaces et les éléments naturels pour leur inspiration. L’esthétique du disque, dans une forêt immaculée (voir la vidéo ci-dessus), a été capté près du Lac Blanc dans les Vosges. L’équipe a eu de la chance, la neige est tombée la veille de leur arrivée et une éclaircie a permis de tourner la plupart des plans et tirer l’essentiel des photos.

Pour Christine Clément, tourner ce clip était comme un rite de passage :

« On a fait appel à des figures mythologiques, mi-hommes, mi-bêtes pour Christophe et Francesco et moi en dame des neiges. Il était important pour nous de se transformer, ça fait partie de notre démarche artistique, de notre progression globale. Sur scène, je suis assez statique, la musique est assez méditative donc pour la vidéo, il fallait des images qui marquent. »

Côté textes, les compositions sont de Christine Clément, qui revendique son attachement pour les poèmes d’Emily Dickinson ou de Thomas Hardy. Des vieux compagnons de la chanteuse.

Le trio est également impliqué dans un autre projet, appelé Liquid Landscape, plus électronique et qui mêle une création vidéo conçue par Josselin Fouché d’AV Exiters. Le groupe a été reçu en résidence aux Dominicains de Guebwiller pour cette création.

#Francesco Rees