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Vélo en ville : quand les cyclistes doivent redevenir piétons

Vélo en ville : quand les cyclistes doivent redevenir piétons

Après avoir révisé les droits et devoir du cycliste avec l’Automobile club, nous leur avons soumis quelques cas pratiques. Et les choses se corsent pour les cyclistes Strasbourgeois qui bien souvent, pour respecter le Code de la route, doivent… redevenir piétons !

Après avoir révisé, les droits et les devoirs du cycliste avec Marie-Stella De Jesus-Andre, responsable juridique de l’Automobile Club Association, nous lui avons soumis quelques cas pratiques que rencontrent quotidiennement les cyclistes strasbourgeois pour lui demander son avis. Et c’est là qu’on se rend compte à quel point il est fait appel aux facultés d’adaptation du cycliste, dernier arrivé dans l’espace public.

1. – Un camion sur la piste cyclable

Camion sur piste
Rue du 22 novembre, un camion sur la piste cyclable.

Rue du 22 Novembre à Strasbourg, un camion stationne sur la piste cyclable. À droite, le trottoir, à gauche la rue en contresens. Que doit faire le vélo ? Pour Marie-Stella De Jesus-Andre, c’est clair :

« Le cycliste doit mettre pied à terre pour passer le trottoir avec son vélo à la main ou quand le deuxième camion est passé, prendre, à ses risques et périls, la voie en contresens… »

2. – Piétons et vélos sur un même espace réduit

Avenue Jean Jaurès, une bizarrerie urbanistique : piétons et cyclistes partagent un même espace particulièrement petit. Le vélo est bien sur la « piste officielle » et le piéton sur son espace, chacun est dans son bon droit, mais qui cède la place à l’autre ?

Espace commun
Avenue Jean Jaures – 1m50 pour faire passer des piétons et des cyclistes dans les deux sens.

Marie-Stella De Jesus-Andre rappelle alors une règle générale qui supplante toutes les autres :

« La priorité est à la personne la plus vulnérable, c’est-à-dire le piéton. Le cycliste doit se signaler grâce à son avertisseur sonore, et au besoin, doit mettre pied à terre. »

3. – Piste et passage qui se croisent

À Strasbourg, les pistes cyclables ne sont pas continues. Elles ont été aménagées en fonction des projets et souvent, aux intersections, il faut changer de côté de voie. Ainsi par exemple, pour aller sur le pont Winston Churchill, la piste est à gauche, le passage pour les piétons à droite, mais c’est exactement l’inverse de l’autre coté, et si les cyclistes respectent correctement la signalisation… ils foncent dans les piétons.

Pistes croisées
Pont Winston Churchill – ça coince …

Là, Marie-Stella De Jesus-Andre croit aux bonnes pratiques des usagers :

« On signale avec son bras son changement de direction, et on vérifie que la voie est libre pour passer. S’il y a des piétons, le cycliste doit s’arrêter et les laisser passer. »

4. – Avenue Artistide Briand : le carrefour fou

Au bout de la ligne de tram D, avenue Aristide Briand il y a un carrefour « fou ». Voici une piste et un passage croisés avec au milieu pas moins de 5 poteaux.

Carrefour fou
Avenue Aristide Briand : l’ingénieur n’aimait pas les cyclistes !

Marie-Stella De Jesus-Andre n’a pas de solution magique :

« Il faut que le cycliste redevienne temporairement piéton pour passer ce carrefour, et reprendre son vélo un petit peu plus loin. »

5. – L’arrêt de bus de part et d’autre de la piste

Boulevard de la Marne, on trouve un arrêt de bus de part et d’autre de la piste. Que doit faire un cycliste quand arrive un bus ?

arrêt de bus
A gauche l’espace pour le bus, à droite l’arrêt de bus…au milieu une piste cyclable.

Pour Marie-Stella De Jesus-Andre, la priorité doit aller aux usagers des bus :

« Il faut ralentir l’allure, et se signaler pour passer en toute sécurité. S’il y a des usagers qui montent dans le bus, il faut les laisser passer. »

6. – Le cas du convoi exceptionnel sur la piste cyclable

Cas fréquent, un convoi exceptionnel barre la piste ainsi que le trottoir. Mais les véhicules utilisant la chaussée ne sont pas avertis de l’arrivée probable d’autres usagers.

arrêt de bus
Aucune signalisation, aucune déviation… le quotidien du cycliste et du piéton.

La seule règle qui convienne dans ces cas, selon Marie-Stella De Jesus-Andre, c’est la prudence :

« Il convient de prendre la chaussée automobile, et bien vérifier avant si l’on peut s’insérer dans la circulation en toute sécurité. »

7. – Mettez pied à terre, vraiment ?

Une équipe des espaces verts intervient pour tailler les arbres, mais passer tout droit est dangereux, et à droite il y a des voitures qui empêchent de passer. Que faire ?

Pied à terre
Encore un fois des travaux, mais aucune déviation…

Pas de doute pour Marie-Stella De Jesus-Andre, il faut se plier aux recommandations :

« Les règles en vigueur à cet endroit sont temporairement à mettre entre parenthèses. Le cycliste doit redevenir piéton pour utiliser le sas mis à disposition. « 

8. – Rappel : le stationnement (et l’arrêt) sur les pistes cyclables est interdit

Le stationnement et l’arrêt (même pour deux minutes) sur un trottoir ou une piste cyclable sont qualifiés depuis juillet 2015 de « stationnement très gênant ». Ainsi par exemple quai Mullenheim, la voiture oblige le cycliste à passer sur la voie de gauche où les voitures viennent en contresens.

voiture sur piste

Marie-Stella De Jesus-Andre rappelle le Code de la route :

« Le stationnement met en danger le cycliste qui est obligé de changer de route. Il est sanctionné d’un amende de 135 €. « 

Difficile donc pour les cyclistes de réaliser leurs trajets en restant sur leurs vélos. Ces quelques cas ne sont pas isolés et ils montrent surtout que c’est au cycliste de s’adapter, parce que le vélo est modulable et parce que ce mode de déplacement n’est pris en compte dans les plans d’urbanisme qu’en dernier.

#automobile club

Oxmo Puccino : « Le rap est le thermomètre du monde »

Oxmo Puccino : « Le rap est le thermomètre du monde »
Oxmo Puccino
Oxmo Puccino (photo Vincent Desailly)

Enfant du Mali et des cités parisiennes, parrain du rap en vers et de la poésie du flow, Oxmo Puccino promène une plume affûtée par le choix d’un verbe lumineux et une clairvoyance qui lui ouvre la route de La Voix Lactée. Entretien avant son concert du 4 mars sur la scène de la Laiterie à Strasbourg.

« A la recherche du temps perdu », vu par Oxmo Puccino. L’ouvrage de Marcel Proust barré de ce bandeau d’éditeur se montre brièvement pour appuyer un peu plus encore le propos de Slow Life, ode au temps épicurien où « quelquefois gagner du temps ne vibre à rien ».

La vie est belle quand on la prend par le bon bout, quand on prend le temps de s’y balader : « Pense à l’horizon en séparant les distances […] Sors tes antennes, capte […] Respire un peu, écoute ce cœur battre ».

La Voix Lactée
La Voix Lactée, nouvel album d’Oxmo Puccino (Doc. remis)

Brosser le tableau de cette Slow Life vient en contrepoint du mirage du star system qu’Oxmo Puccino met en lumière dans un autre morceau de son album, Star & Célébrité.

« Aujourd’hui, bien souvent, on devient célèbre pour de mauvaises raisons, c’est un peu comme une étoile filante, et être célèbre n’est plus forcément le propre des artistes. Ca concerne n’importe qui, ceux qui éclosent sur les réseaux sociaux, à la télé et ça peut devenir dangereux, surtout si on ne maîtrise pas son domaine, si on se fixe la célébrité comme unique objectif.

Là, c’est un gros problème car c’est la question de l’identité qui se pose, celle de la cellule familiale, de l’éducation, de la transmission. Aujourd’hui, quand je parle avec les jeunes, je remarque souvent qu’il n’y a plus d’échelle de valeur dans la société, on essaie de nous convaincre que le bonheur se trouve dans le matérialisme mais force est d’admettre que cela n’a jamais été vrai.

L’un des troubles qu’on connaît actuellement, c’est qu’on veut briller à tout prix, être apprécié des autres mais en oubliant un facteur essentiel : l’amour. L’amour, c’est la seule chose qu’on n’ait pas essayée aujourd’hui. Comme la poésie qui est de l’amour pur, sous forme littéraire, avec de beaux mots pour guérir les maux. Mais on ne s’en donne plus le temps aujourd’hui, tout va trop vite ! C’est pour cela que la société engendre des personnalités individualistes. Et d’après moi, cela marque la fin et les limites du capitalisme. »

« Implique-toi dans toi-même et tu trouveras ton chemin »

A 41 ans, Oxmo Puccino n’en apparaît pas pour autant blasé et désabusé. Son rap propose des solutions, des pistes d’exploration et ouvre la voie de l’optimisme à qui veut bien l’écouter ou s’en imprégner. En ouverture de son huitième album studio, La Voix Lactée, sorti en novembre 2015, le conteur lumineux propose sa vision du bonheur.

« Je suis parti de l’idée que chacun a une part de responsabilité dans son propre destin. Ce qu’on devient, on le doit à son implication, à son travail parce qu’à partir du moment où on est sur terre, on a l’obligation d’exister et on peut ainsi accomplir quelque chose. Je pense qu’on peut appréhender les obstacles qui se présentent à nous comme des étapes et non comme un mur infranchissable. Pour ça, il faut développer une certaine vision des choses mais ça pose aussi le concept du mérite, des efforts que tu vas faire, des relations sociales que tu vas nouer. Implique-toi dans toi-même, sois à ton écoute et ce sera plus simple de trouver ton chemin »

« Si on avait écouté nos textes, beaucoup de problèmes auraient pu être abordés plus tôt »

Voilà qui pose aussi la question de la place et de l’impact du rap et du rappeur dans la société. Quelle évolution le quadragénaire Oxmo observe-t-il, lui l’acteur atypique de cette scène depuis plus de 25 ans, lui qui a écrit « né le matin, majeur à midi, vieux dès 20 heures » (365 jours, album L’Arme de Paix en 2009) ?

« Je vois le rap comme le thermomètre du monde, il n’existe rien qui puisse mieux prendre la température de la société que le rap ! On n’en écoute d’ailleurs peut-être pas assez aujourd’hui, et si on avait écouté nos textes il y a déjà longtemps, beaucoup de problèmes auraient pu être abordés bien plus tôt. Les paroles des rappeurs de ma génération étaient certes abruptes, brutes de décoffrage, maladroites parfois mais elles donnaient l’alerte sur l’état de notre monde.

Le souci c’est qu’elles n’étaient comprises que comme des incitations à la violence ! Et à mon avis, aujourd’hui, l’incompréhension reste la même. Pourtant, quand j’écoute les jeunes rappeurs, je trouve plein de choses : de la violence, oui, car il y en a encore, mais beaucoup de sincérité, des sentiments à vif, de la fragilité chez beaucoup d’entre eux. Certainement parce que la pression derrière eux est très, trop importante ! Cela engendre une peur de se démarquer, d’être vraiment soi-même alors qu’ils ont toutes les qualités pour briser le moule ».

Oxmo Puccino
Oxmo Puccino en janvier 2016 (photo BestImage)

« L’échange est ma raison de vivre »

Briser les chaînes, s’affranchir des codes. Pour être soi-même ou bien surgir là où on ne l’attend pas. Artiste boulimique d’expériences et de découvertes, Oxmo Puccino vit sa vie d’artiste au pluriel en menant plusieurs projets de front. Son nouvel album, La Voix Lactée, et la tournée qui l’accompagne, mais aussi une précédente tournée en acoustique avec le guitariste Edouard Ardan et le violoncelliste Vincent Segal ou encore le superbe projet Au Pays d’Alice avec le trompettiste Ibrahim Maalouf, un orchestre classique et la chorale d’enfants de la Maîtrise de Radio France.

« Je ne fais que vivre et exister, c’est tout. Et j’ai de la chance que ce soit de la musique ! Je profite des rencontres que j’ai pu faire mais ce qui me motive avant tout, c’est la scène. Je vis de ça, elle me porte. Ma vie change à chaque concert car j’estime que le plus important, c’est l’attention que l’artiste donne au public et que lui rend aussi le public.

Et puis j’accorde beaucoup d’importance au rendez-vous régulier du disque lorsque tu sors un album. Il y a de la magie là dedans, de l’émotion qui est à la fois liée à la mise nu de l’artiste et à la fébrilité de ton public qui t’attend et te découvre enfin sous un nouveau jour. C’est le moment de vérité, tu dois assumer. C’est comme un rendez-vous amoureux. Mais ce point de jonction de l’échange est une vraie raison de vivre. »

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#oxmo puccino

30 migrants de Calais installés à Strasbourg

30 migrants de Calais installés à Strasbourg
La jungle de Calais est insalubre, l'État cherche à réduire sa taille et à reloger une partie des migrants (Photo Squat Le Monde / FlickR / cc)
La jungle de Calais est insalubre, l’État cherche à réduire sa taille et à reloger une partie des migrants (Photo Squat Le Monde / FlickR / cc)

Trente personnes migrantes qui étaient dans la jungle de Calais, dont une partie doit être rasée, ont été relocalisés à Strasbourg par les autorités. Ils sont arrivés, par bus, mercredi soir et ont été répartis entre les foyers d’Horizon Amitié et de l’Adoma à Schiltigheim.

Ces migrants sont tous des hommes seuls, entre 20 et 40 ans, et ont accepté de déposer une demande d’asile en France, bien qu’ils visaient le Royaume-Uni. Ils viennent d’Afrique pour la plupart, du Soudan, d’Éthiopie mais aussi de Syrie. Les services de la préfecture du Bas-Rhin, en lien avec les structures d’accueil, s’emploient à déterminer leurs nationalités et leurs statuts civils exacts.

C’est au moins la deuxième fois que l’Alsace accueille des migrants de Calais. En octobre, 28 personnes originaires d’Afrique pour la plupart, avaient déjà été reçus au foyer Adoma de Schiltigheim.

Réduire la pression à Calais

L’État cherche à réduire la pression qui s’exerce sur la région de Calais, où échouent des milliers de migrants qui cherchent à tout prix à rejoindre l’Angleterre après avoir traversé l’Europe et parfois l’Asie mineure ou l’Afrique du Nord dans des conditions effroyables et très dangereuses.

Un démantèlement de la partie sud du camp est également prévu. La relocalisation d’une partie des migrants dans d’autres parties du territoire national fait partie d’une opération de « mise à l’abri » menée par l’État mais vivement contestée par les associations aidant les migrants sur place.

Voir les reportages de Taranis News dans la jungle de Calais

 

« Fit to print », les images des étudiants de Strasbourg dans le New York Times

« Fit to print », les images des étudiants de Strasbourg dans le New York Times
La facade extérieure du Musée Tom Ungerer, Place de la République à Strasbourg. (Photo: Anaïs Engler)
La facade extérieure du Musée Tom Ungerer, Place de la République à Strasbourg. (Photo: Anaïs Engler)

Les travaux de 17 anciens étudiants de la Haute École des Arts du Rhin (HEAR) publiés dans le New York Times sont exposés au Musée Tomi Ungerer de Strasbourg, du 16 janvier au 10 avril 2016.

La première salle de l'exposition Fit To Print. (Photo: Anaïs Engler)
La première salle de l’exposition Fit To Print. (Photo: Anaïs Engler)

L’exposition « Fit to print » commence quand le visiteur passe l’encadrement de porte tapissé des pages Opinion du New York Times au premier étage du musée Tomi Ungerer de Strasbourg. Les différentes illustrations sont encadrées de blanc sur les murs blancs d’une seule salle. La pièce suivante regroupe les travaux personnels des artistes.

De Strasbourg à New-York

Le projet a débuté lorsque qu’une amie d’Alexandra Zsigmond, directrice artistique de la rubrique Opinion du journal new-yorkais, rapporte la revue Nyctalope à son retour de Berlin. Nyctalope est une revue d’illustration et de bande dessinée strasbourgeoise, créée par Marion Fayolle, Matthias Malingrëy et Simon Roussin, tous les trois anciens élèves de la HEAR (Haute École des Arts du Rhin, anciennement l’école des Arts Décoratifs).

Alexandra Zsigmond apprécie la qualité et le talent des artistes présents dans la revue. Elle leur passe commande à plusieurs reprises pour illustrer des articles de la rubrique Opinion du New York Times. Chaque jour, la responsable iconographique doit trouver trois à quatre illustrations pour ces pages, qui seront imprimées à deux millions d’exemplaires et diffusées partout sur le globe.

D’après Cécile Ripoll, assistante de conservation au Musée Tomi Ungerer, ce qu’Alexandra Zsigmond apprécie tout particulièrement dans les travaux de ces artistes formés à la HEAR, c’est leur qualité :

« Elle aime ce côté surréaliste, poétique et le côté manuel dans la réponse des artistes. Ils ont été formés en école d’art donc encouragés à développer leur univers graphique, leur imaginaire, leur patte artistique. »

Il est aussi pratique, pour un journal américain de travailler avec des Européens, la commande est passée le soir et, du fait du décalage horaire, les réponses sont proposées à New York dès le lendemain matin.

La rubrique Opinion paraît aussi le weekend, sous forme de cahier. En fonction du thème des articles de société à paraître, la directrice artistique demande à deux ou trois artistes parmi sa liste de contacts de proposer une illustration adéquate. Les délais sont très courts, la réponse est attendue dans les heures qui suivent la demande. Les illustrations sont rémunérées entre 100 et 300 dollars, en fonction de leur taille et de leur place dans la rubrique.

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Lucie Larousse, sans titre, 2014, dessin illustrant l’article What to Do About California’s Drought, paru dans The New York Times le 17 mars 2014 à l’issue du workshop organisé entre la HEAR et le journal. Encre sur papier. Collection de l’artiste © Lucie Larousse

Une première collaboration en 2014

Toujours à la recherche de talents, Alexandra Zsigmond prit alors contact avec Guillaume Dégé, professeur responsable de l’atelier d’illustration de la HEAR depuis une dizaine d’années. En mars 2014, l’école et le journal organisent un atelier pour faire découvrir le dessin de presse aux étudiants de l’école d’art. Le thème était la sècheresse en Californie et la meilleure proposition fut récompensée par sa publication dans le New York Times.

Cécile Ripoll, qui est également coordinatrice de l’exposition et qui a rencontré aussi bien Alexandra Zsigmond que les différents artistes, rajoute que d’habitude les cours de dessin de presse ne sont pas très prisés :

« Quand j’ai posé la question aux artistes, ils m’ont dit que c’était les cours qu’ils séchaient tout le temps. En école d’art, on leur apprend davantage à rechercher leur propre univers graphique et les professeurs essayent de ne pas les insérer dans un moule. Mais le jour où le New York Times était présent, tous les étudiants étaient là ! »

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Plus d’une trentaine de dessins sont exposés au musée Tomi Ungerer (Photo Anaïs Engler / Rue89 Strasbourg / cc)

C’est en avril 2014, lorsque Guillaume Dégé se rend à New York et rencontre Alexandra Zsigmond, que naît le projet d’exposer à Strasbourg puis à New York les travaux publiés dans le NYT des illustrateurs, diplômés de la Haute Ecole des Arts du Rhin.

Les artistes exposent aussi leurs travaux personnels

Alexandra Zsigmond, commissaire de l’exposition, a conçu et organisé l’exposition temporaire dans les quatre petites pièces du premier étage du Musée Tomi Ungerer. Elle a insisté pour que la deuxième partie de l’exposition soit une collection des œuvres personnelles de chaque artiste. Selon elle, les deux sont indissociables et s’influencent mutuellement. Le visiteur découvre des œuvres en sérigraphie, une technique d’imprimerie qui utilise des pochoirs interposés entre l’encre et le support, aussi bien que les œuvres numériques des artistes.

La présentation des travaux personnels met en avant la pluralité du travail des artistes illustrateurs, auteurs de bandes dessinées, collaborateurs de projets collectifs, etc.

Hubert-Félix Thiéfaine : « L’inespoir, une place de choix pour observer »

Hubert-Félix Thiéfaine : « L’inespoir, une place de choix pour observer »
Hubert-Félix Thiéfaine
Hubert-Félix Thiéfaine (photo Yann Orhan)

Il fait partie de ceux qui donnent du relief à la chanson en France. Poète au rock électrisé, héraut d’un verbe incisif et sémillant, Hubert-Félix Thiéfaine rassemble les générations. Et celles-ci le lui rendent bien. Il sera mercredi sur la scène du Palais des Congrès de Strasbourg. Entretien.

Son public constitue une base solide, une troupe fidèle depuis ses débuts discographiques en 1978. Folies, amours, plaisirs, mort, dérives, drogues émaillent les textes de ses chansons qui, au bout du compte, s’accrochent toujours à la substantifique moëlle du genre humain. Parmi ses succès intemporels, citons pêle-mêle La fille du coupeur de joint, Les Dingues et les paumés, Maison Borniol, Lorelei Sebasto Cha ou encore Alligators 427.

Passer en revue les titres de ses albums met en exergue sa force poétique doublée d’une puissance imaginaire atypique : Autorisation de délirer (1979), Soleil cherche futur (1982), Eros über alles (1988), Fragments d’hébétude (1993), Scandale mélancolique (2005). Il y a aussi le diptyque La tentation du bonheur (1996) – Le bonheur de la tentation (1998).

Puis les deux derniers disques en date construits en écho l’un de l’autre, Stratégie de l’inespoir (2014) s’érigeant en pendant rêche et abrasif de l’irradiant Suppléments de mensonge (2011) aux sublimes porte-étendards.

L’inespoir, zone neutre

Stratégie de l’inespoir est votre 17è album. Comment définissez-vous l’inespoir ?

L’inespoir, ce n’est ni l’espoir ni le désespoir… C’est une sorte de no man’s land émotionnel à équidistance de ces deux extrêmes, un peu comme l’amoralité se situe entre la moralité et l’immoralité. C’est une zone neutre, préservée à la fois des désillusions de l’espoir et de cette affliction qu’est le désespoir, c’est une place de choix pour observer le monde et écrire.

Son utilisation n’est pas un emprunt volontaire à Verlaine ou à Drieu la Rochelle, qui a également utilisé ce terme. En revanche, il est vrai qu’ayant lu ces deux auteurs, il est tout à fait possible que ce mot ait percuté mon inconscient. Mais mon univers, c’est aussi le surréalisme, la psychanalyse, l’écriture automatique, le monde onirique. J’aime mettre de ces ambiances un peu complexes dans mes chansons sans pour autant tomber dans le piège de l’intellectualisme. J’apprécie quand c’est épais, quand ça pétille. Et puis se sentir plus intelligent qu’avant en sortant d’un disque, c’est pas mal, non ?

Sur ce disque, votre fils Lucas co-réalise et les compositions sont signées par de nombreux autres artistes, jeunes, incarnant des générations de trentenaires et quadragénaires. Vous avez aussi travaillé par le passé avec Cali ou Mickaël Furnon. Est-ce l’envie d’un autre souffle ou bien un passage de relais ?

Quand j’écris un texte, il m’arrive de me dire à un moment donné qu’il correspondrait bien à l’univers musical de tel ou tel artiste. Dans ces moments-là, j’abandonne ma mélodie et je leur confie mon texte. Pour ce qui est de la participation de Lucas, c’est quelque chose de différent, ça s’est fait un peu accidentellement… Je lui avais demandé d’enregistrer en version guitare-voix plusieurs de mes titres afin d’avoir une maquette convenable.

Quelques jours plus tard, Lucas m’a envoyé une version de En remontant le fleuve sur laquelle il avait fait des arrangements. Son travail était remarquable, il correspondait exactement à l’ambiance musicale que je voulais pour cette chanson. Je lui ai alors dit de continuer avec d’autres morceaux.

Parmi ces collaborations, il y a aussi Mat, le leader de Skip the Use. Vous avez partagé la scène avec lui aux Eurockéennes de Belfort 2015. Qu’est-ce qui vous rapproche ?

J’aime le côté rageur de Mat et de son groupe et je trouvais intéressant de voir ce qu’il allait faire sur un texte comme Médiocratie. Pour ce qui est des Eurockéennes, il m’a invité sur leur scène en m’aguichant avec l’idée d’une version punk de La fille du coupeur de joints… Je ne pouvais décemment pas refuser !

La pression après les récompenses

Durant votre carrière, vous avez travaillé avec Grand Corps Malade. Mais aussi avec Aldebert ou Paul Personne. Vous avez également rendu hommage, sur des albums, à Renaud, François Béranger, Bashung, Jean Ferrat. Qu’est-ce qui motive tout cela ?

Ce sont tous des artistes que j’apprécie, que ce soit pour leurs qualités humaines ou artistiques, c’est le seul critère susceptible de motiver une collaboration.

Hubert-Félix Thiéfaine
Hubert-Félix Thiéfaine (photo Yann Orhan)

Il y a cinq ans, Suppléments de mensonge remportait un grand succès public et vous permettait aussi d’inscrire votre nom au palmarès des Victoires de la Musique 2012 avec deux récompenses…

Ces récompenses m’ont amusé et m’ont fait plaisir, je n’avais pas l’habitude et c’était également une satisfaction pour ceux qui travaillent à mes côtés. Alors dans l’euphorie, on y prend plaisir… mais avec le recul, je dois avouer que ça n’a pas changé grand-chose à mon quotidien. En revanche, j’ai tout de suite senti que quelque chose de particulier allait se dérouler lorsque l’album est sorti en mars 2011. C’était plus fort que d’habitude.

Mais la pression était telle, la peur aussi, que je me suis tout de suite remis au travail, dès le mois de mai 2011, juste après la promo. La tournée a ensuite duré deux ans, jusqu’en juin 2013 à Londres. Mais c’est seulement quelques mois plus tard que j’ai pu conjurer cette peur grâce à Stratégie de l’inespoir.

Aujourd’hui, avec un peu de recul, que vous a apporté Suppléments de mensonge ?

Certainement de la sérénité et du bien-être. Mon dernier disque remontait à 2005 (Scandale mélancolique, album solo qui a précédé Amicalement blues en 2007, écrit et composé en collaboration avec Paul Personne) et j’avais commencé à travailler sur un nouveau projet qui devait s’intituler Itinéraire d’un naufragé.

Mais mon burn-out en 2008 a tout bouleversé. J’ai tout abandonné, j’ai dû repartir sur de nouvelles bases car ma convalescence a été assez longue. Suppléments de mensonge m’a vraiment aidé à sortir la tête de l’eau.

33 fois coupable

En 1998, sur l’album Le Bonheur de la Tentation, vous chantiez Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable. A quoi ressemblerait ce texte en 2016 ?

A priori la chanson serait beaucoup plus longue et elle s’intitulerait probablement « Exercice de simple provocation avec 99 fois le mot coupable » ! La médiocrité, l’injustice, la bassesse humaine ont suivi leur cours et ont grandi au fil des années. Aujourd’hui, ce serait donc un texte encore plus révolté et indigné. Mais ce ressenti est toujours distillé dans nombre de mes titres. Tout comme la peur de voir ce monde devenir, bientôt, dépourvu d’émotions, d’inspiration, d’âme, de poésie.

Et justement, comment ré-inspirer le monde d’aujourd’hui, comment le re-poétiser ?

On pourrait peut-être commencer par déprogrammer Cyril Hanouna, ça serait un bon début je pense… non ?

Comment avez-vous vu votre public évoluer au fil des années et des tournées ?

Il s’est étoffé, s’est féminisé aussi… et puis avec les années il est devenu transgénérationnel, ceux qui étaient présents au début des années 1980 sont toujours là, mais ils viennent désormais accompagnés de leurs enfants et de leurs petits-enfants !

Hubert-Félix Thiéfaine
Hubert-Félix Thiéfaine (photo Yann Orhan)

Sur internet, on trouve des groupes sur Thiéfaine « le poète maudit », Thiéfaine « le poète au blues noir ». Des thèses ou des mémoires sont également écrits sur vos chansons. Êtes-vous devenu un monument ?

Non, heureusement que non ! J’aime simplement écrire, composer, chanter, faire ce qui me passionne profondément. Alors, bien sûr, le fait que des universitaires s’intéressent à mes textes me flatte beaucoup mais je ne veux pas connaître les résultats de leurs recherches. Vous imaginez, j’aurais l’impression d’être disséqué… vivant !

« Je trouve la scène française dramatiquement pauvre »

Quel regard portez-vous sur la scène actuelle ?

Dans l’ensemble, je trouve la scène française dramatiquement pauvre. Il y a malgré tout des artistes brillants, mais ce ne sont malheureusement pas ceux que l’on entend le plus sur les ondes radiophoniques.

Quels sont les écrits et les auteurs qui continuent de vous inspirer ?

C’est très difficile à dire. Je peux par exemple me plonger dans Thucydide ou Hérodote puis lire des textes de Mikhaïl Boulgakov. J’essaie de ne rien cloisonner, de lire tous azimuts, de dévorer ce qui me passe sous le nez. Sur Stratégie de l’inespoir, c’est surtout le monde actuel qui m’a profondément inspiré. Mais bien souvent, lorsque j’ai terminé un titre, je me rends compte que ce que j’ai écrit a été théorisé par le passé et parfois bien mieux que ce que j’ai pu exprimer.

Mais au moins, cela me rassure, je sais que je ne suis pas le seul à y penser, que je ne suis pas fou ! Ma référence majeure, mon pilier reste Léo Ferré, pour son personnage, sa mélancolie, sa tendresse, sa manière de briser les structures traditionnelles de la chanson. Il m’a vraiment libéré, à partir du moment où je suis parvenu à m’émanciper de son influence.

Vous serez en novembre 2016 sur la scène du Zénith de Paris pour un concert avec un orchestre symphonique. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce projet et sa genèse ?

En novembre dernier, j’ai donné un concert en symphonique à la Maison de la radio à Paris avec l’orchestre national de France, la salle était petite et le concert diffusé en direct sur France Inter. Après, nous avons reçu beaucoup de demandes de personnes qui avaient adoré ce qu’ils avaient entendu mais regrettaient de ne pas avoir pu y assister. On a donc décidé de réitérer l’expérience au Zénith de Paris le samedi 19 novembre prochain. Et puis c’est l’occasion de clôturer la tournée par un concert atypique.

Y aller

Hubert-Félix Thiéfaine en concert le mercredi 2 mars à 20h au Palais de la musique et des Congrès (salle Erasme) de Strasbourg et le jeudi 3 mars à 20h à L’Eden de Sausheim. Première partie assurée par le groupe alsacien Ill River

Manifestation samedi à Sélestat pour la défense de l’hôpital

Manifestation samedi à Sélestat pour la défense de l’hôpital
Le service de néonatologie a déjà fermé ses portes l'année dernière à l'hôpital de Sélestat. (Photo Google Maps)
Le service de néonatologie a déjà fermé ses portes l’année dernière à l’hôpital de Sélestat. (Photo Google Maps)

Suite à l’annonce de fermeture du service de réanimation de l’hôpital de Sélestat, l’association « Je veux un hôpital à Sélestat » gérée par le personnel soignant du service de réanimation de l’hôpital, appel à manifester samedi 27 février à 9h30 devant l’hôpital de Sélestat, avenue Louis Pasteur. L’événement est relayé par des associations et syndicats de gauche, les agriculteurs de la FDSEA ou des élus locaux et nationaux de droite.

L’Agences régionale de la Santé (ARS) prévoit la fermeture du service de réanimation de 8 lits au profit de la création d’une unité de surveillance continue pour compléter le service des urgences. Cette décision est justifiée par la baisse de l’activité du service de réanimation alors que l’unité de soins continus aurait besoin d’un lit supplémentaire par jour en moyenne. Cette annonce intervient un an après la fermeture du service de néonatologie de l’hôpital pour les mêmes raisons.

Les organisateurs demandent le maintien des 8 lits du service de réanimation ou la création d’une unité de surveillance continue et d’une unité d’hospitalisation de courte durée de 8 lits chacune, ainsi que le maintien du SMUR 24h/24.

Y aller

Manifestation pour défendre l’hôpital de Sélestat, samedi 27 février à 9h30 devant l’hôpital, 23 avenue Louis Pasteur, à Sélestat

Sur Facebook : l’événement de samedi.

Le site internet de l’association « Je veux un hôpital à Sélestat »

Manifestation samedi pour défendre les droits des migrants

Manifestation samedi pour défendre les droits des migrants
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Les pays comme la Hongrie ferment leurs frontières alors que les migrants continuent d’arriver sur les côtes grecques. Photo prise au camp de réfugiés de Szeged, Hongrie. (Photo Martin Leveneur / FlickR / cc)

À l’occasion de la Marche européenne pour les droit des migrants, une mobilisation aura lieu samedi 27 février à 15 heures place Kléber, à Strasbourg. Des rassemblements similaires sont prévus au même moment dans plus de 100 villes européennes. Les participants se mobilisent pour demander un passage sécurisé pour les personnes qui immigrent vers l’Union européenne et pour mettre fin aux naufrages en Méditerranée.

(Photo collectif pour une autre politique migratoire)
(Photo collectif pour une autre politique migratoire)

Dans un contexte de durcissement des politiques d’accueil des migrants dans les pays européens comme l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne ou la Hongrie et face aux retour des contrôles aux frontières à plusieurs points de l’espace Schengen comme en Belgique, les collectifs Migration et Marea Granate, à l’origine de ce rassemblement, convie les autres associations à se joindre à cette mobilisation.

Y Aller

Manifestation pour défendre les droits des migrants, samedi 27 février à 15h, place Kléber à Strasbourg.

 

Aller plus loin

Sur Facebook : l’événement de samedi

 

Les Strasbourgeois pourraient décider d’ouvrir les médiathèques le dimanche

Les Strasbourgeois pourraient décider d’ouvrir les médiathèques le dimanche
La nouvelle médiathèque de Hautepierre inaugurée en août 2015 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La nouvelle médiathèque de Hautepierre inaugurée en août 2015 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Jusqu’à lundi, un questionnaire en ligne demande aux Strasbourgeois s’ils souhaitent que les médiathèques ouvrent le dimanche. Mais avec des moyens en baisse, il faudra trouver des solutions pour rendre l’opération possible. Les défis qui attendent les médiathèques, fréquentées par près d’un strasbourgeois sur trois, dépassent la simple question des horaires.

Ce sont les derniers jours pour remplir le questionnaire sur le site strasbourg.eu et dans les établissements sur l’ouverture des médiathèques. Dans les questions, les services de la Ville demandent si des ouvertures le soir, plus tôt le matin ou le dimanche permettraient aux Strasbourgeois d’y aller plus souvent.

Fin 2015, l’ancienne ministre de la Culture Fleur Pellerin (PS) proposait un fonds de 80 millions d’euros pour les villes qui souhaitent étendre leurs horaires. Strasbourg se saisit de l’opportunité et demande aux usagers de se prononcer.

Une possibilité qui trouve écho chez Juliette, étudiante et utilisatrice régulière de la médiathèque Malraux :

« Les médiathèques fermées le dimanche et le lundi, c’est beaucoup. Si ça se fait, j’y passerais plus de temps  par rapport à aujourd’hui. Le dimanche c’est peut-être mieux, à la fois pour les familles et puis parce qu’il n’y a que la BNU (Bibliothèque nationale universitaire) d’ouverte sinon. »

Les semaines d’examen, il vaut mieux arriver avant l’ouverture à 14h pour obtenir une place. Juliette serait même prête à payer 1 ou 2 euros de plus par an pour des horaires plus amples.

Médiathèque Sud
La médiathèque Sud d’Illkirch

150 000 abonnés

Le service des médiathèques compte environ 150 000 abonnés dans l’Eurométropole sur près de 500 000 habitants. Un chiffre relativement stable, après une baisse notable avec la crise après 2008. Le nombre de prêts diminue, mais la fréquentation augmente. À Hautepierre, plus de 500 personnes visitent la médiathèque les samedis ou lors des vacances scolaires. Certaines restent toute la journée.

À une époque où chaque service doit être compté et transformé en statistique, difficile de chiffrer l’impact des médiathèques sur les personnes qui lisent les journaux ou même le temps passé sur les ordinateurs. Mais employés comme élus en sont convaincus : vue la qualité du service, il est possible de toucher plus de monde.

Pour l’adjointe au maire en charge des médiathèques, Souad El Maysour (ex-PS), c’est le moment de savoir ce que les gens attendent :

« Beaucoup d’étudiants sont repartis vers la BNU depuis sa réouverture. Les rythmes scolaires ont aussi impacté les pratiques. Le mercredi matin, les élèves sont désormais en classe. D’autres lieux de culture sont ouverts le dimanche comme les musées. En hiver, des familles pourraient y passer la journée. Mais nous n’auront pas de moyens supplémentaires. Il faut être sûr qu’il y ait une demande et imaginer des fermetures en mâtinés. »

Aucun objectif de participation ou de résultat n’est avancé pour décider ou non de ces ouvertures.

La nouvelle médiathèque de Hautepierre est intégrée à la maison de Hautepierre (photo JFG/Rue89 Strasbourg)
La nouvelle médiathèque de Hautepierre est intégrée à la maison de Hautepierre (photo JFG/Rue89 Strasbourg)

Pas tabou pour les syndicats, mais une décision qui implique des moyens

Pour Karim Hadi, secrétaire général du syndicat CGT, la question de l’ouverture le dimanche n’est pas taboue, mais elle doit impliquer plus de moyens :

« Toutes les médiathèques sont fermées le lundi, mais le questionnaire ne propose que l’ouverture les dimanches. On veut être sûr qu’il y ait un réel besoin et pas le créer de toute pièces. À ce stade, il est difficile de savoir si les agents sont pour ou contre, car on ne cerne pas encore tous les enjeux. Travailler le dimanche a forcément un impact sur la vie familiale. S’il n’y a pas plus de moyens pour un service public, soit on joue sur les horaires d’ouverture, soit sur la charge de travail des agents. La modernisation du service public, ce n’est pas la fermeture. »

Pour un agent de l’Eurométropole, travailler un dimanche de manière régulière implique une rémunération majorée de 50%.

médiathèque olympes de gouge (CUS)
Médiathèque olympe de Gouges (CUS)

« Une demande sur l’ouverture entre midi et 14h »

Ajuster les horaires, c’est ce qu’avait fait, entres autres, Mireille Leroux, directrice de la médiathèque de Hautepierre à l’occasion de l’ouverture dans ses nouveaux locaux, inaugurés en août 2015.

« Ce qu’on avait repéré c’est qu’il y avait une demande pour la pause entre midi et deux. On a coupé la poire en deux en ouvrant de 13h à 18h. Le matin, on accueille les collectivités et l’après-midi le public. On a aussi adopté des horaires fixes (sauf le samedi matin) pour que ce ne soit pas un casse-tête tous les jours. Est-ce qu’il y a une demande supplémentaire le dimanche ? C’est l’une des rares choses sur ma médiathèque que je ne sais pas. En tout cas, beaucoup de gens ont répondu chez nous, on leur a montré sur les ordinateurs comment faire. Si c’est le cas, nous sommes là pour répondre à toute demande. »

Le budget des médiathèques est certes inscrit au budget de la Culture, lui même « sanctuarisé », c’est-à-dire stable, par la municipalité de Strasbourg, mais il doit quand même faire face à des contraintes. La hausse des salaires par le glissement vieillesse technicité (GVT) entraîne une baisse « mécanique » d’autres dépenses, comme les acquisitions.

Pas d’exception pour le personnel, les médiathèques sont aussi concernées par l’objectif de réduction des postes de 10% pour 2020. Soit 25 à 30 employés en moins. Même pour les agents les plus motivés, difficile d’imaginer d’ouvrir plus dans ces conditions, puisqu’il faut toujours être à plusieurs sur site. Sous anonymat, la directrice des médiathèques pense qu’il y aurait des petites économies encore possibles en déléguant un peu de pouvoir :

« Pour changer un store on doit passer par un prestataire spécial de l’Eurométropole, on ne peut pas le décider nous-mêmes. La dernière fois ça a coûté plus de 3 000 euros alors que ça devrait coûter trois fois moins. »

Problème de communication ?

Mais au-delà des questions d’horaires, usagers ou salariés se demandent si le service est bien connu des autres Strasbourgeois. Qui sait qu’avec 26 euros par an (13 euros pour le tarif réduit), il est possible d’emprunter en même temps 10 livres, 10 DVD et 10 CD pour un mois ? Qu’ont peut y jouer aux jeux vidéos ou y emprunter des œuvres d’art à l’Artothèque de Neudorf à accrocher dans son salon ?

Souad El Maysour reconnait « qu’une image un peu ancienne colle à ces lieux » :

« Les établissements sont parfois encore vus comme un endroit un peu intimidant, où il ne faut pas faire de bruit ou réservé aux enfants. Mais ceux qui franchissent la porte reviennent. »

La dernière campagne de communication mettait en scène un visage de Karl Marx et d’un rockeur pour représenter que différentes cultures se côtoyaient. « Qui sait que Marx est un économiste et qui saurait le reconnaître en dessin ? », moque une salariée déçue de l’affiche. La prochaine campagne du sac sera autour… du sac jaune, que l’on remet à chaque inscription.

Un défi aussi technologique

Les défis des médiathèques dépassent le cadre des horaires. L’univers culturel évolue vite, notamment avec le numérique. Et à cela s’ajoute une contrainte territoriale. « On ne fait pas la même médiathèque dans les différents quartiers », explique Souad El Maysour.

La médiathèque Malraux, inaugurée en 2008 (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La médiathèque Malraux, inaugurée en 2008 (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

À la nouvelle médiathèque de Hautepierre, plusieurs espaces différents s’agencent autour des bacs à livres : une salle de travail avec juste des dictionnaires, une « adothèque » avec jeux vidéos, BD et mangas, un « espace boudchou » pour les plus petits et une très prisée salle informatique « car on a tendance à l’oublier, mais tout le monde n’a pas d’ordinateur chez soi, alors que certaines démarches notamment à Pôle Emploi sont obligatoirement à faire en ligne maintenant », explique Mireille Leroux. À cela s’ajoute une salle d’événements où se déroulent par exemple des concours de jeux vidéos projetés sur grand écran. « Et quand un jeune attend son tour, on peut lui proposer un livre », glisse la directrice.

Ces changements de mode de consommation de la culture doivent se répercuter sur les médiathèques pour Souad El Maysour :

« Rien ne peut remplacer un livre papier qui est l’objet de base, mais les médiathèques doivent évoluer avec leur époque. On a acheté beaucoup de DVD, mais aujourd’hui avec la VOD (vidéo à la demande) les emprunts diminuent. Nous réfléchissons à développer un abonnement à la demande – à activer depuis chez soi – même si beaucoup de problèmes de droits se posent. L’écoute de la musique en streaming a aussi révolutionné le mode de consommation. Mais avec les recommandations de ces logiciels, on écoute la même chose. Les médiathèques doivent permettre de s’ouvrir à d’autres cultures. »

Les chantiers sont donc nombreux à l’intérieur des médiathèques. Il y a un seul endroit où les pelleteuses et bulldozers se font attendre, littéralement, c’est sur le terrain de l’ancien supermarché Atac à Schiltigheim où la médiathèque Nord est repoussée entre les bisbilles des municipalités successives et les contraintes budgétaires de l’Eurométropole.

La cité-jardin d’Ungemach à Strasbourg était un projet eugéniste

La cité-jardin d’Ungemach à Strasbourg était un projet eugéniste

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Le député PS Armand Jung démissionne

Le député PS Armand Jung démissionne
Armand Jung, Mathieu Cahn, Philippe Bies, trio socialiste (Photo David Rodrigues)
Armand Jung (à gauche), Mathieu Cahn et Philippe Bies, trio socialiste (Photo David Rodrigues)

Le député PS Armand Jung (65 ans) a annoncé ce jeudi 25 février par communiqué qu’il démissionnera mardi 1er mars de son mandat pour raisons de santé. En novembre, il avait été victime d’un malaise dans les jardins de l’Assemblée Nationale. Il était député de la première circonscription du Bas-Rhin, qui regroupe les quartiers centraux et ouest de Strasbourg depuis 1997.

Législative partielle dans trois mois

Son suppléant est son actuel attaché parlementaire, Éric Elkouby, par ailleurs adjoint au maire de Strasbourg et conseiller départemental. S’il souhaite se présenter à la succession d’Armand Jung lors de l’élection partielle dans trois mois et qu’il est réélu, il devra choisir avec son mandat d’adjoint après 2017 en raison de la loi sur le cumul des mandats. Avec Philippe Bies (2e circonscription), il était l’un des deux seuls députés socialistes dans le Bas-Rhin.

Le communiqué d’Armand Jung

Le député Armand Jung détaille ses raisons dans son communiqué - cliquez pour l'afficher en plus grand (doc remis)
Le député Armand Jung détaille ses raisons dans son communiqué – cliquez pour l’afficher en plus grand (doc remis)

La triple mutation des Halles : l’histoire du Marais Vert

La triple mutation des Halles : l’histoire du Marais Vert
La Marais Vert, avant 1840 (Carte postale Delcampe)
Le Marais Vert, avant 1840 (Carte postale Delcampe)

Au bout de la rue, la ville. – C’est l’une des transformations les plus marquantes à l’intérieur des murs du vieux Strasbourg. Là où se dressait au Moyen Age la potence du Marais Vert, l’éphémère deuxième République inaugure en 1852 la première gare de Strasbourg. Désaffectée en 1884, cette gare devient une halle, accolée à la toute nouvelle synagogue (1897), incendiée et rasée en 1940 par les nazis. Aujourd’hui, le complexe des Halles s’élève sur ce qui fut le Marais Vert, dont une rue porte le nom.

Longtemps hors les murs, les faubourgs de Saverne, National et de Pierre intègrent l’enceinte de Strasbourg lors d’un nouvel agrandissement de la ville à la fin du XIVème siècle. C’est alors que le quartier dit « du Marais Vert », devient proprement strasbourgeois.

Si les trois artères principales du quartier (les trois rues qui portent le nom des faubourgs), ainsi que certaines rues comme celle du Marais-Vert, ont bien résisté au passage du temps, « le bâti ancien [du secteur] a énormément souffert des bombardements, des démolitions, des constructions industrielles et commerciales », note le Dictionnaire historique des rues de Strasbourg (Le Verger, 2012, dirigé par Maurice Moszberger).

Plan du secteur des Halles (Google map) - Plan de 1914 (Archives Strasbourg citées par ArchiWiki)
Plan du secteur des Halles (Google maps) – Plan de 1904 (Archives Strasbourg citées par ArchiWiki)

Le président Bonaparte inaugure la gare en 1852

Et pour cause, le quartier a connu trois grosses mutations. D’abord, ce sont les constructions de la première gare de Strasbourg (1845) et de la synagogue (1898), sur les décombres du quartier semi-villageois du Marais Vert. Ensuite, ce sont la désaffection de la gare (1884), puis l’incendie de la synagogue (1940). Enfin, c’est l’édification d’un complexe commercial et tertiaire en 1978, sur les décombres des halles, installées dans l’ancienne gare entre 1884 et 1973.

Synagogue et ancienne gare vers 1900 (Carte postale ancienne) - Début de la construction du complexe des Halles vers 1970 (DR) - Place des Halles aujourd'hui (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
Synagogue et ancienne gare vers 1900 (Carte postale ancienne) – Début de la construction du complexe des Halles vers 1970 (DR) – Place des Halles aujourd’hui (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Retour en arrière. Alors que la première gare de Strasbourg, située à Kœnigshoffen et exploitée par la Société de chemins de fer d’Alsace-Lorraine, permet de relier Strasbourg à Bâle dès 1841, la gare installée en 1845 dans les murs, à l’emplacement actuel du complexes des Halles, est inaugurée en 1852 par le prince Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III alors président de la deuxième République.

Strasbourg – Paris en 11 heures seulement !

Ses trains desservent Paris en… 11 heures, puis, après la construction du pont sur le Rhin en 1861, tout le réseau allemand. La ruelle située à l’arrière des Halles porte d’ailleurs le nom de rue de l’Ancienne-Gare.

L'arrière de l'ancienne gare au Marais Vert (In "Il était une fois Strasbourg", Roger Forst, Coprur, 2010) - La gare routière place des Halles aujourd'hui, au même emplacement (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
L’arrière de l’ancienne gare au Marais Vert (In « Il était une fois Strasbourg », Roger Forst, Coprur, 2010) – La gare routière place des Halles aujourd’hui, au même emplacement (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
Rue de l'Ancienne-Gare, entre le centre commercial et le parking P3 (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
Rue de l’Ancienne-Gare, entre le centre commercial et le parking P3 (Photos MM / Rue89 Strasbourg)

Un marché ouvert tous les jours dans la gare désaffectée

Dans le livre de Roger Forst, « Il était une fois Strasbourg, vestiges disparus après 1870 » (Coprur, 2010), l’on apprend :

« L’ancienne gare fut installée en 1845 derrière la porte de Saverne. Elle occupait l’ancien Marais Vert, où se trouvait des fermes que la ville incorpora entre 1374 et 1390. Trente-deux ans après son inauguration par le futur Napoléon III, elle fut désaffectée car on avait élevé une grande gare de style wilhelminien près de la porte Nationale [ndlr, où elle est toujours]. De 1884 à 1974, l’ancienne gare abrita des bureaux, bistrots, magasins et un pittoresque marché des quatre saisons. Les anciens hangars de marchandises abritèrent jusqu’à la fin l’économat des cheminots. »

Au tournant du XXème siècle, la gare désaffectée reste donc très vivante, avec son estaminet, ses commerces et le tramway qui passe juste devant. Le marché des quatre saisons est ouvert en permanence, comme la Markthalle à l’Ancienne douane, à la même époque.

Autour de la gare, s’installent par ailleurs les bureaux de Gaz de Strasbourg (aujourd’hui Réseau GDS) en 1933, à l’emplacement de la première usine à gaz de la ville (construite en 1839 et détruite en 1932), au coin de la rue des Bonnes-Gens et de la place des Halles. Le siège d’Électricité de Strasbourg, au bout de la rue du Marais-Vert, avec son entrée boulevard du Président-Wilson, est plus récent, puisque l’entreprise ne s’y installe qu’en 1994.

Les sièges de Réseau Gaz de Strasbourg et Electricité de Strasbourg sont à deux pas l'un de l'autre (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
Les sièges de Réseau Gaz de Strasbourg et Electricité de Strasbourg sont à deux pas l’un de l’autre (Photos MM / Rue89 Strasbourg)

La synagogue 1900, incendiée en 1940

A côté de la gare désaffectée vers 1880, Strasbourg propose à la communauté juive de construire un lieu de culte de grande taille. Les faits sont ainsi évoqués dans le livre de Roger Forst :

« En 1870, la communauté juive de Strasbourg comptait 4000 âmes et représentait 5% de la population. L’ancienne synagogue rue Sainte-Hélène ne pouvait plus contenir ces fidèles. Strasbourg et son département lui accorde 260 000 reichmark et le terrain du Marais Vert. Le 8 septembre 1898, [la nouvelle synagogue] fut inaugurée. Le 10 septembre 1940, les nazis l’ont incendiée. Début 1941, elle fut rasée au sol. »

Synagogue consistoire, construite en 1897 et incendiée en 1940 (carte postale Delcampe)
Synagogue consistoire, construite en 1897 et incendiée en 1940 (carte postale Delcampe)

La halle aux blés, avant la Place des Halles

Pour construire la synagogue, la partie avant d’une halle, construite entre 1827 et 1830 à la suite d’une disette à Strasbourg en 1817, doit être détruite. Cette halle aux blés était située en bordure du canal du Faux-Rempart, le long du côté droit (en venant du quai) de la rue du Marais-Vert d’aujourd’hui, la ville disposant là de vastes terrains inoccupés. La halle est achevée en 1829 et ouverte au commerce en 1830. Utilisée jusqu’en 1852, elle sert ensuite de douane jusqu’en 1895.

Sa partie avant est démolie, donc, pour construire l’édifice religieux, tandis que la partie arrière conserve ses fonctions commerciales. Plus tard, la communauté juive achète ce qui reste de la halle aux blés désaffectée pour en faire des dépendances de la synagogue. Elle est incendiée en même temps que l’édifice religieux en 1940. Sur cet espace, s’élève la partie ouest du centre commercial Place des Halles (côté restaurant Vapiano), dont l’appellation semblait toute trouvée.

Halles aux blés, construite en 1830 (Doc. BNUS, cité par ArchiWiki)
Halles aux blés, construite en 1830 – Sur le même emplacement, fut ensuite construite la synagogue, puis aménagé le square de l’Ancienne-Synagogue (Doc. BNUS, cité par ArchiWiki)

Le Marais Vert, lieu d’exécutions devenu square mémoriel

Au Moyen Âge, l’espace occupé plus tard par la halle aux blés et la synagogue est un lieu d’exécutions capitales. Alors que jusqu’à la Révolution, le Marais Vert conserve un peu de son caractère rural, avec ses jardins et ses constructions clairsemées (voir le plan Morant de 1548 et le plan relief de 1727 ci-dessous), une potence, structure en bois utilisée pour les pendaisons, s’y trouve encore.

Le nom de Marais Vert (ou Grüne Bruch) remonte à 1419. Pour désigner ce quartier, on trouve aussi le nom de Wüste Bruch, qui veut dire « Marais à l’abandon » ou « Marais désert ». Tout un programme…

Plan Morant, secteur du Marais Vert, dans la 4ème extension des remparts de Strasbourg, 1548 (Doc. CRDP)
Plan Morant, secteur du Marais Vert, entre le fossé des Remparts et les portes extérieures de la ville, dans la 4ème extension des murs de Strasbourg, 1548 (Doc. CRDP)
Plan relief de 1727 - Le secteur du Marais Vert est compris entre les rues du Faubourg-de-Pierre et du Faubourg-de-Saverne (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
Plan relief de 1727 – Le secteur du Marais Vert est compris entre les rues du Faubourg-de-Pierre et du Faubourg-de-Saverne (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

À cet endroit toujours, entre l’immeuble construit en 1974 par la Caisse d’Epargne et l’actuel quai Kléber, ancien quai de la Station (1858), est aménagé en 1956 le square de l’Ancienne-Synagogue. Dans l’allée des Justes qui le traverse, une stèle du souvenir a été disposée en 1994, en « hommage aux victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l’humanité commis sous l’autorité de fait dite gouvernement de l’Etat français 1940-1944 ».

Dans ce square, un mât s’élève vers le ciel, avec une femme marchant dessus. Cette œuvre, signée par un artiste américain, a également été installée en 1994, à l’occasion de l’inauguration du nouveau tram.

A l'emplacement de la synagogue incendiée, un square du souvenir avec des stèles (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
A l’emplacement de la synagogue incendiée, un square du souvenir avec des stèles (Photos MM / Rue89 Strasbourg)

Les Halles de 1978, déjà obsolètes

Le bâtiment de la Caisse d’Epargne n’est pas un cas isolé. Entre 1975 et 1979, le projet de centre commercial, résidentiel et tertiaire de la Place des Halles voit progressivement le jour. Depuis la restructuration du quartier en 1963, la place des Halles (espace public à l’arrière du complexe privé) est reconfigurée. Les rails des trains et du tramway sont « déposées » (supprimées) et la place devient une gare routière, qui accueille aujourd’hui les cars du Réseau 67.

En discussions depuis plusieurs années, des travaux de rénovation importants (entre 10 et 20 millions d’euros injectés) devraient donner un nouveau visage à ce quartier, dont l’urbanisme, imaginé sur et autour d’une dalle, avec ses souterrains et ses parkings, est déjà dépassé. Le projet, attendu par le groupe Hammerson, propriétaire des lieux, et imaginé par la ville de Strasbourg, devrait apporter un peu d’ouverture et de verdure au « bunker » des Halles, forteresse moderne qui peine à rester attractive.

Autant la place des Halles, actuelle gare routière, que la rue du Marais-Vert, aux façades bien peu engageantes, qui font face aux murs aveugles en béton nu du centre commercial, devraient bénéficier de cette restructuration du secteur. À suivre.

Rue du Marais-Vert, tristes façades et sorties de parkings (Doc. Roger Forst, Photos MM / Rue89 Strasbourg)
Rue du Marais-Vert, au XIXème siècle – Rue ru Marais-Vert aujourd’hui, ses tristes façades et ses sorties de parkings (Doc. Roger Forst, Photos MM / Rue89 Strasbourg)

Un gigantesque « bike park indoors » à Strasbourg

Un gigantesque « bike park indoors » à Strasbourg

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Régionales : 9 cartes pour tout comprendre de l’ALCA

Régionales : 9 cartes pour tout comprendre de l’ALCA

Cartes. Retour sur les élections régionales de décembre et les enseignements que l’on peut tirer des zones de force et de faiblesses pour les 7 premières listes. Le vote alsacien se démarque des deux autres régions. Cliquez sur les départements pour voir les résultats dans chaque commune.

Les premières élections régionales dans la région Alsace – Lorraine – Champagne – Ardenne (ALCA) ont été marquées par beaucoup d’inédits. Entre un scrutin moins d’un mois après les attentats de novembre 2015 et le maintien de la tête de liste PS contre la volonté de son parti, la campagne, longtemps morne, s’est emballée sur la toute fin.

La nouvelle délimitation a forcé des fédérations des partis politiques qui n’avaient pas toujours l’habitude de travailler ensemble dans les trois régions à monter des gigantesques listes de 189 candidats. Et aussi à tâtonner en termes de stratégie électorale. Les esprits se sont calmés et c’est le moment de regarder à froid quels enseignements nous pouvons tirer du premier tour de cette élection.

Les tendances de fond de chaque parti

La première carte a été dressée en prenant au mot l’expression de « tripartisme » pour qualifier la recomposition du paysage politique entre gauche, droite et extrême droite. En prenant en compte les scores supérieurs à leur moyenne régionale, la carte ne donne pas le résultat brut mais met en évidence les endroits où les trois premiers partis ont été plus performants qu’ailleurs.

On observe cependant beaucoup de communes grises, où aucun bloc ne se distingue en particulier, pour deux raisons :

    Soit parce qu’une commune appartient au tiers supérieur de deux blocs : c’est le cas dans des villes comme Mulhouse, Nancy et Strasbourg (LR et PS dans le tiers supérieur) ou certaines communes de Moselle (FN et PS dans le tiers supérieur). Soit, parce qu’aucun bloc ne se distingue par rapport aux deux autres, c’est notamment le cas dans le Haut-Rhin, dans une vaste bande reliant Kruth à Ottmarsheim. La raison dans ce secteur est peut-être à chercher du côté des forts scores d’Unser Land allant jusqu’à 40% (voir plus bas)

La droite ne fait pas le plein

La droite a été créditée de 25,83% des voix au premier tour, quand le FN était à 36,07%. L’alliance conduite par Philippe Richert (LR) incluait pourtant le Modem et l’UDI.

Pour Arnaud Mercier professeur en communication politique et chercheur associé au centre de recherche sur les médiations (CREM) de l’Université de Lorraine, c’est un résultat décevant par rapport aux précédentes élections :

« La droite n’a pas fait le plein des voix qu’elle pouvait espérer. Seule la droite alsacienne permet de limiter le succès du FN au premier tour. »

En dehors du Bas-Rhin, la droite réalise aussi de très forts scores dans les Ardennes, mais dans les zones peu peuplées. Au niveau du département, le FN l’a emporté avec 38,5% des voix contre 28,9% pour la droite. Pour rappel, le FN était en tête dans 9 des 10 départements au soir du premier tour.

Le Front national s’enracine

Contrairement à Strasbourg, la carte des forts scores du FN ne se superpose pas avec celle de l’abstention dans la grande région. Pour Arnaud Mercier, l’un des enseignements de l’élection est que le FN continue de s’enraciner :

« Il étend son influence, notamment dans les friches industrielles au nord de la Lorraine. Plus qu’en termes géographiques, il faut raisonner en termes de clivage ville/campagne pour analyser sa progression. »

Les plus gros scores sont dans le sud de la Champagne, notamment entre Saint-Dizier et Chaumont, ainsi que dans une large partie de l’Aube.

Une abstention plus forte près des frontières

Avec 52,09% d’abstention, la région ALCA est celle qui a le moins voté en décembre après l’Île-de-France. La faible participation se concentre dans les zones frontalières.

Pour Arnaud Mercier ce n’est pas un élément nouveau :

« Il n’y a pas vraiment de mouvement sur l’abstention. Les zones structurellement abstentionnistes restent les mêmes. »

Entre les deux tours, un peu plus de 11% des inscrits se sont mobilisés.

Le vote très alsacien pour Unser Land se complète avec Debout La France

La dilution des voix de la droite peut aussi s’expliquer par deux nouveaux partis, qui ont approché les 5%, ce qui a été une petite surprise au vu des sondages qui les donnaient plutôt à 3%. Au-delà de ce seuil, la question d’une éventuelle fusion avec une autre liste au deuxième tour se serait posée. Néanmoins, ces scores très hétérogènes témoignent d’un potentiel électoral limité pour les futures élections.

Regarder les zones de forces et faiblesses est particulièrement frappant pour le parti régionaliste alsacien d’Unser Land, allié avec plusieurs partis autonomistes lorrains ou l’alliance écologique indépendante (AEI). Il l’emporte même dans trois villages alsaciens (2 dans le Bas-Rhin, un dans le Haut-Rhin). Son score très élevé en Alsace – en particulier dans le Sud – et à degré moindre en Moselle, témoigne d’une sensibilité pour le droit local.

La carte d’Unser Land se complète avec celle des scores du parti souverainiste « Debout la France », témoin d’un vote à droite mais qui ne veut ni du FN ni de la droite traditionnelle de « Les Républicains ». Mais les amplitudes sont plus faibles que pour Unser Land, les plus hauts scores sont souvent autour de 15%, contre 30% pour Unser Land.

En dehors de l’Alsace, assez acquise à « Les Républicains », et donc aussi à Unser Land, les forts scores de DLF se sont faits sur les anciennes terres gaullistes relève Arnaud Mercier : le département des Vosges, la Meuse, la Marne et dans une moindre mesure l’Aube.

La Lorraine sauve le parti socialiste

Avec 16,11% des voix, le parti socialiste (PS) est arrivé troisième et dernier qualifié. La Lorraine permet au PS de gonfler son score avec 21,3% des voix (troisième) dans l’ancienne région de Jean-Pierre Masseret. Le parti remporte même une dizaine de communes autour de Nancy.

Arnaud Mercier poursuit :

« À certains endroits le parti socialiste devient une force politique quasiment résiduelle. Les conditions maximales pour un vote sanction étaient réunies : une élection intermédiaire, l’absence de résultats économiques, des insatisfaits de la fusion des régions… Même dans ses bastions, le PS se fait tailler des croupières par le FN. Malgré cela, il reste un parti influent en Meurthe-et-Moselle et il n’y a pas de confiance particulière dans les partis sur sa gauche. »

Front de gauche et écologistes, l’alliance qui faisait sens ?

Enfin qu’en est-il de la gauche de la gauche ? Europe Ecologie – Les Verts (6,7%) enregistre ses meilleurs scores en Alsace où le Front de gauche est quasiment inexistant. De manière générale, c’est près des villes que les écologistes sont plus forts (18% à Strasbourg), ce qui n’est pas impressionnant sur les cartes, mais permet de totaliser un nombre de voix intéressant, supérieur aux derniers sondages qui annonçaient 4 à 5% des voix.

Au regard de ces cartes, une alliance entre ces deux formations semblait faire sens d’un point de vue de la stratégie électorale. Peut-être même que la barre des 10% qui permet de se maintenir au second tour aurait pu être atteinte (le Front de gauche a réuni 3,22% des voix).

Mais comme nous vous l’expliquions, au-delà des aspects de personnes, des divergences profondes de vision de la société subsistent entre les deux camps, surtout entre l’aile « centriste » des écologistes notamment en Alsace.

Il n’y a que dans le nord de la Lorraine, où l’abstention est très forte, où Front de gauche et écologistes se concurrencent.

Et le deuxième tour ?

Quant au deuxième tour, il est difficile d’en tirer des conclusions tant le maintien de Jean-Pierre Masseret a suscité les passions et l’émotion, alors que le FN disposait de 11 points d’avance. La hausse de 11% de la participation trouble les estimations des reports de voix.
Pour Arnaud Mercier, on peut penser qu’il y a eu une « translation vers la droite » de l’électorat :

« Une partie des électeurs de Jean-Pierre Masseret a sûrement voté pour Philippe Richert pour empêcher au FN de l’emporter. D’un autre côté, certaines personnes qui n’auraient pas voté pour lui dans des conditions normales, sur sa gauche ou parmi les abstentionnistes, ont apprécié son geste et se sont mobilisés en sa faveur. »

Un phénomène particulièrement visible dans les quartiers sud et ouest de Strasbourg. Entre les deux tours, Jean-Pierre Masseret a gagné environ 55 000 voix.

Cartes : Raphaël Da Silva
Texte : Jean-François Gérard

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Rue89 Strasbourg s’installe à Hautepierre pour un mois

Rue89 Strasbourg s’installe à Hautepierre pour un mois
L'ancienne bibliothèque de quartier sera notre nouvelle salle de rédaction pendant un mois (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
L’ancienne bibliothèque de quartier sera notre nouvelle salle de rédaction pendant un mois (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Qu’est-ce que ça change de ne plus vivre et travailler au centre-ville de Strasbourg mais dans un quartier ? Pour répondre à cette question, Rue89 Strasbourg s’installe dans l’ancienne bibliothèque de Hautepierre jusqu’au 18 mars, à la rencontre des habitants et pour confronter nos a priori et nos clichés à l’observation du quotidien.

Qu’est-ce que Hautepierre ? Une cité connue pour l’inflammabilité de ses voitures, l’un des quartiers les plus jeunes de France, un réservoir de voix pour la gauche strasbourgeoise, la tête de pont de l’islamisme turc, une zone où plus du quart des habitants sont au chômage ? Un peu tout ça probablement, certainement beaucoup plus que ça. Mais les journalistes sont rares à Hautepierre, comme dans tous les quartiers populaires des villes de France, alors comment raconter le quotidien, faire émerger les enjeux ?

C’est pourquoi lorsque Les Migrateurs, qui occupent en partie le théâtre de Hautepierre, nous ont proposé d’investir l’ancienne bibliothèque du quartier, en « résidence », nous avons tout de suite accepté l’invitation. Le projet est simple : insérer les journalistes de Rue89 Strasbourg dans ce quartier en pleine transformation et voir ce qu’ils trouvent à en dire. Toute l’équipe est mobilisée dans cette opération unique.

Après de nombreuses tractations sur lesquelles il serait inutile de revenir ici et grâce à la bonne volonté de la Ville de Strasbourg, il faut le souligner, nous avons finalement pu quitter lundi soir nos amis de La Plage Digitale à Rivétoile pour brancher nos ordinateurs et notre machine à café juste en face du centre commercial d’Hautepierre. Pour un média qui s’appelle « Rue89 », pouvoir enfin planter sa bannière au niveau du pavé et ouvrir notre porte est un acte important.

Une porte ouverte sur le quartier

Car c’est aussi de ça qu’il s’agit, permettre aux habitants de Hautepierre de nous rencontrer, de voir comment nous travaillons et peut-être de nous suggérer des sujets d’enquêtes à mener dans le quartier. Nous n’allons pas transformer votre média préféré en « Rue89 Hautepierre » pendant un mois, mais nous allons profiter de cette résidence pour changer notre perspective habituelle, faire en sorte que les exemples et les témoignages soient issus du quartier plutôt que du centre-ville.

Le salon où se tiendront nos rencontres et la conférence de rédaction ouverte. (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Le salon où se tiendront nos rencontres et la conférence de rédaction ouverte. (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Et des rencontres sont prévues, avec l’association Horizome, le centre socio-culturel Le Galet, les collèges Érasme, François Truffaut et le lycée Marcel Rudloff, à nouveau pour faire tomber les barrières et parler de journalisme, de la fabrique de l’information et de la liberté d’expression ainsi que de ses limites. Les Migrateurs nous ont installé un superbe salon, dans lequel nous allons tenir nos conférences de rédaction hebdomadaires « ouvertes » le lundi matin et y tenir quelques rencontres et palabres.

Le programme des événements publics sera publié sur notre agenda des sorties et sur notre page Facebook.

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Gagnez vos places pour SIG – Oldenbourg demain soir

Gagnez vos places pour SIG – Oldenbourg demain soir
La SIG affronte Oldenbourg en huitième de finale de l'Eurocup de basket ce mercredi 24 février. (photo SIG)
La SIG affronte Oldenbourg en huitième de finale de l’Eurocup de basket ce mercredi 24 février. (photo SIG)

Pour la première fois, Rue89 Strasbourg vous propose de gagner vos places pour le match de la SIG à l’occasion du huitième de finale d’Eurocup face à Oldenbourg ce mercredi 24 février.

La SIG affronte de l’équipe allemande d’Oldenbourg en huitième de finale de l’Eurocup de basket ce mercredi 24 février à 20h45. Le match aller se déroule au Rhénus Sport au Wacken, avant la manche retour en Allemagne le 1er mars.

La SIG, actuellement première ex-aequo du championnat de France, aura à cœur de briller dans la deuxième coupe d’Europe pour rester en lice. Ces deux dernières années, l’aventure s’était arrêtée au tour précédent de la compétition.

Rue89 Strasbourg vous propose de gagner 5×2 places pour ce match face au vainqueur de la Coupe d’Allemagne et actuel troisième de la Bundesliga en remplissant le formulaire ci-dessous.

Pour participer il vous suffit de remplir ce formulaire. Résultats mardi après-midi.

Ryanair et easyJet suspendent leur ligne vers Londres dans l’indifférence

Ryanair et easyJet suspendent leur ligne vers Londres dans l’indifférence
Il n'est plus possible de réserver un Strasbourg-Londres après le 26 mars. (photo Transport Pixels / Flickr / cc)
Il n’est plus possible de réserver un Strasbourg-Londres après le 21 mars. (photo Transport Pixels / Flickr / cc)

Moins de quatre ans après la baisse des taxes aéroportuaires, la ligne Londres-Strasbourg opérée par Ryanair et easyJet n’est plus disponible. Il s’agissait d’une ligne très fréquentée et en hausse. L’aéroport espère que la situation n’est que temporaire. Rue89 Strasbourg a sorti la calculette, le taux de remplissage est inférieur à 60%, loin des objectifs affichés par les compagnies.

Après le 21 mars, il n’est plus possible de réserver un vol entre Strasbourg et Londres. Ryanair proposait 5 vols et easyJet 4 chaque semaine. Les compagnies avaient ouvert ce vol en 2013. La ligne avait pourtant enregistré une hausse de 38% de la fréquentation en 2015, soit 91 305 passagers (7,7% du trafic total de l’aéroport). Mais il est difficile de savoir si ces arrêts sont définitifs.

Ryanair « n’a pas encore de confirmation quant à la reconduction de la ligne Londres Stansted – Strasbourg » (comme pour une centaine de lignes en France), car elle « finalise son programme », tandis qu’easyJet semblait plus péremptoire sur sa seule ligne au départ de Strasbourg lorsque nous les avons contactés :

« La ligne easyJet entre Strasbourg et Londres-Gatwick cessera à partir du 21 mars 2016, compte tenu d’une baisse de la demande sur cette route. EasyJet a adapté son offre en conséquence. Strasbourg était un point du réseau easyJet en France et non une base. L’arrêt de cette route n’aura donc pas d’impact sur l’emploi local direct. La compagnie orange continuera cependant de desservir la région alsacienne via l’aéroport de Bâle-Mulhouse, d’où elle propose 53 destinations. »

En attendant, après mars, des vols vers Londres sont seulement disponibles depuis Baden-Baden via Ryanair et Bâle-Mulhouse pour easyJet. Les billets sur Strasbourg-Porto par Ryanair (2 allers-retours par semaine) sont, eux, déjà en vente jusqu’à octobre.

Pour le directeur de l’aéroport de Strasbourg Thomas Dubus, on « ne peut parler de fermeture » :

« Les négociations n’ont pas abouties pour des raisons opérationnelles et commerciales. Ces compagnies ont une activité volatile, parfois elles arrêtent quelques semaines puis reviennent. Pour ce qu’on appelle la saison “été” de l’aéroport, c’est-à-dire à partir du 26 mars, ce sera difficile d’avoir des vols, mais nous avons bon espoir d’avoir de nouveau des trajets vers Londres prochainement. Nous avons un fort potentiel sur cette ligne. »

Il explique en partie ce désintérêt par le renouvellement de la taxe d’aéroport qui tarde à être publié :

« La baisse des taxes aéroportuaires, qui sont indiquées dans le contrat triennal pour défendre l’accessibilité de Strasbourg en tant que capitale européenne, ne sont pas encore publiées par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Le contrat porte sur 2015-2017 mais court du 1er avril 2016 à 2018 en ce qui nous concerne. Je le regrette, mais comme c’est signé je n’ai pas d’inquiétude sur le fait que cela sera bientôt connu, le plus tôt sera le mieux. »

8,6 millions d’euros pour attirer ces compagnies

Depuis quatre ans, les collectivités dépensent beaucoup d’argent public pour redynamiser l’aéroport, qui a perdu la moitié de ses passagers avec l’arrivée du TGV Est en 2007. Depuis le 1er juin 2012, des baisses des taxes consenties par l’Eurométropole, le Département du Bas-Rhin et la Chambre de Commerce et de l’Industrie représentent 8,6 millions d’euros sur trois ans. Pour la période 2016-2018, la Région Alsace (devenue ACAL) a ajouté 2,4 millions d’euros, l’Eurométropole et le Bas-Rhin ont maintenu leur participation et la CCI a même augmenté la sienne, soit un total de 11,31 millions d’euros. Dans le contrat triennal, le budget consacré à l’aéroport est l’un des rares postes dont le montant des subventions n’a pas diminué depuis le précédent contrat.

Cette baisse permet d’aligner les taxes d’aéroport avec les cotisations des deux rivaux régionaux. Il faut dire que la situation est ubuesque. À Baden-Baden, c’est l’État français qui, en raison de vieux accords de l’époque où l’armée française y était implantée, paie le contrôle aérien.

Les objectifs revus à la baisse ?

Cette stratégie a permis d’attirer plusieurs compagnies : Volotea, Vueling, Ryanair, EasyJet, SunExpress et Transavia. Mieux, la comapgnie espagnole Volotea a même implanté sa troisième base française, soit une cinquantaine d’emplois. Mais il s’agit de compagnies « low-cost » comme à Baden-Baden et à Bâle-Mulhouse. L’aéroport franco-suisse a vu sa fréquentation passer de 3,3 millions de passagers à plus de 7 millions entre 2005 et 2015. La fréquentation du Baden Airpark oscille autour du million de passagers, comme Strasbourg.

À l’époque, la stratégie de l’aéroport avait été contestée. Ses détracteurs, notamment les écologistes, y voyant un dumping fiscal qui coûtait beaucoup d’argent public par passagers. Ils proposaient notamment de mieux connecter les aéroports à proximité de Strasbourg et de développer le rail. Si la décision de Ryanair et d’easyJet devait se confirmer, voire faire des émules, cela pourrait enrayer les objectifs de fréquentations annoncés. En 2014, le président du conseil de surveillance de la société gérant l’aéroport, Claude Liebermann, tablait sur 1,7 million de passagers en 2017.

Affluence à l’aéroport d’Entzheim

À cela s’ajoute l’argent dépensé dans le cadre contrat triennal, avec la subvention directes de trois lignes dites OSP (obligation de service public). L’État finance à hauteur de 12,8 millions d’euros trois lignes empruntées par les parlementaires européens (vers Amsterdam, Madrid et Prague). La même somme est reconduite dans le contrat 2015-2017. Ces lignes sont aussi en cours d’appels d’offres, qui seront réattribués en avril 2016.

Une autre explication, une fréquentation décevante ?

Lors de son arrivée, le P-DG de Ryanair Michael O’Leary expliquait qu’il fallait un taux de remplissage de 80% à 85% pour que ses vols soient rentables. Or avec 3 allers-retours puis 5 par semaine à partir de mars sur des avions de 189 places pour Ryanair, ainsi que 4 allers-retours sur des A19 (156 passagers) et A320 (180 passagers) d’easyJet, un rapide calcul donne 91 305 passagers pour 159 172 places au total, soit un taux de remplissage de 57% (voir méthodologie dans les commentaires).

Si les compagnies ne communiquent pas sur ces données qu’elles jugent confidentielles, une source à l’aéroport indique que le taux de remplissage était bien supérieur à 80%.

La priorité : rouvrir Roissy

Le silence des financeurs tranche avec les nombreuses prises de positions outragées des élus lors de la fermeture, annoncée en octobre, de la ligne Paris-Orly par Air France (à l’exception à nouveau des écologistes). Pourtant cette décision »était inéluctable » pour Thomas Dubus :

« On le savait depuis plusieurs années. Orly dessert surtout la France. Notre mission c’est de desservir l’international et pour cela, il faut être connecté à Roissy – Charles de Gaulle pour les correspondances. Le Strasbourgeois peut avoir le réflexe du train, mais pas ceux qui viennent d’ailleurs. »

Malgré l’agitation, la fermeture de la ligne vers Orly est actée pour le mois d’avril. Les parlementaires alsaciens ou la CCI expliquent qu’ils font du lobbying auprès d’Air France pour qu’en contrepartie, elle réouvre la ligne Strasbourg-Roissy, qui transportait environ 150 000 passagers par an lorsqu’elle a été fermé fin 2012.

Il y a beau avoir un TGV depuis Strasbourg qui arrive directement dans l’aéroport, cela n’est pas suffisant explique la sénatrice (LR) Fabienne Keller :

« Si on a un avion tôt le matin ou que l’on arrive dans l’après-midi, ce train n’est pas utile. Air France a perdu beaucoup de clientèle. La fermeture de la ligne a été une vraie perte de service. »

En attendant il reste l’Eurostar

Quant à la différence de l’intensité des réactions du monde politique, c’est peut-être Michael O’Leary, qui l’anticipait dès la conférence de presse du retour de Ryanair en 2013 comme le rapportait à l’époque le site Europolitique :

« Quand ils sont en voyage officiel, tous ces bureaucrates ne réservent jamais chez nous. Le prix du billet, ils s’en moquent. Leur contrat de management pour leurs voyages professionnels, avec American Express, ne les autorise pas à voler sur nos avions, parce que nous n’offrons pas de commission aux agences de voyages. Mais le week-end, quand ils décident de rentrer chez eux, c’est différent. »>

En attendant, les Strasbourgeois peuvent rejoindre la capitale anglaise par Baden-Baden, Mulhouse ou avec l’Eurostar via Paris.

Article mis à jour à 15h pour clarifier la non-publication des taxes aéroportuaires et sur le taux de remplissage.