Le tribunal administratif a annulé des décisions de la préfecture du Bas-Rhin qui contraignaient les ressortissants étrangers à utiliser la voie numérique pour leurs procédures. La Cimade et d’autres associations dénonçaient des difficultés d’accès et une invisibilisation des étrangers.
Dans un communiqué publié mardi soir, le tribunal administratif de Strasbourg a indiqué qu’il avait décidé l’annulation d’une série de mesures prises par la préfecture du Bas-Rhin, obligeant les étrangers à utiliser le numérique dans le traitement de leurs demandes de titres de séjour.
C’est une victoire pour les associations d’aide aux étrangers, dont La Cimade et la Ligue des droits de l’Homme, qui avaient saisi le tribunal sur cette question (voir notre article initial). Lors de l’audience, qui s’est déroulée le 22 février, le rapporteur public, un magistrat chargé de proposer une solution au tribunal, avait déjà préconisé cette annulation (voir le compte-rendu de l’audience).
Des dispositions annexes qui interrogent
Avocate pour La Cimade et intervenant régulièrement en défense des étrangers, Me Typhaine Elsaesser réagit :
« La rapidité par laquelle le jugement a été rendu est surprenante ! Le tribunal nous a suivi sur certains points mais c’est un jugement en demi-teinte, puisque les regards restent tournés vers le Conseil d’État. Est-ce que le tribunal a voulu rendre un jugement symbolique, par lequel il prend position en retenant l’illégalité des téléservices pour les étrangers, ou est-ce qu’il a voulu rapidement juger cette affaire pour passer le relai de ce dossier sensible à la Cour administrative d’appel de Nancy ? »
Car le tribunal administratif a assorti sa décision de quelques dispositions, par « souci de sécurité juridique » indique-t-il. D’abord, les « situations constituées antérieurement au jugement ne seront pas affectées par cette annulation ». Mais surtout, sa décision ne prendra effet qu’au 1er juillet 2022, soit après le délai d’appel mais surtout à une date qui donne au Conseil d’État l’opportunité de se prononcer sur cette question… qui a vocation à faire jurisprudence en France.
File d’attente devant les guichets de la préfecture du Bas-Rhin en février 2021 (Photo Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
Dans les motivations de sa décision, le tribunal considère que les procédures dématérialisées de prises de rendez-vous et de pré-demandes « n’ont pas été instaurées conformément au règlement sur les téléservices. Ces procédures auraient dû être créées par un acte réglementaire publié et précédé de la transmission d’un engagement de conformité à la Commission nationale Informatique et liberté (CNIL) ».
En outre, le tribunal considère que les demandes relatives au droit au séjour en France sont « en principe exclues du droit de saisir l’administration par voie électronique et qu’elles portent atteinte à l’obligation de comparution personnelle du demandeur prévue par le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. »
Les associations avaient tenté de démontrer, lors de l’audience, que les étrangers se retrouvaient piégés et seuls face à des procédures complexes dont ils ne comprenaient pas le sens. La préfecture du Bas-Rhin dispose de deux mois pour faire appel de cette décision.
Sous-payés, les experts psychiatres se font rares. Mais les procédures judiciaires exigent de plus en plus d’expertises, les juridictions se débrouillent avec les experts disponibles même s’ils sont défaillants. Exemple à Strasbourg où avocats et magistrats se sont habitués à travailler avec des rapports que tout le monde ignore.
Cour d’assises du Bas-Rhin, audience des 23 et 24 septembre 2021. Le Dr Jean-Pierre May est appelé devant la cour pour relater devant les jurés son expertise psychiatrique d’un couple de parents. Cinq ans plus tôt, le psychiatre avait expertisé les deux gardés à vue suite au décès de leur bébé. L’homme de 74 ans s’exprime d’une voix mal assurée, comme le rapporte une témoin du procès :
« Il a indiqué qu’il était perturbé et que la Cour devait l’excuser, parce qu’il venait de recevoir une convocation auprès d’une magistrate de la Cour d’appel de Colmar afin d’être entendu sur des soucis par rapport à ses expertises. »
Au tribunal judiciaire de Strasbourg, de nombreux avocats se plaignent des expertises bâclées du Dr May. (Photo Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Plus de 3 000 personnes se sont rassemblées samedi 26 février à 15h place Kléber à Strasbourg pour manifester contre la guerre lancée en Ukraine par le chef d’État russe Vladimir Poutine. Des élus, des ressortissants ukrainiens et d’autres pays proches de la Russie appellent à un soutien diplomatique, militaire et matériel de l’Europe.
Samedi 26 février place Kléber à Strasbourg, plus de 3 000 personnes se sont rassemblées à l’appel de l’association de la diaspora ukrainienne à Strasbourg, PromoUkraïna, pour dénoncer l’invasion russe de l’Ukraine. Des rassemblements similaires ont eu lieu dans plusieurs villes de France et d’Europe.
Borys Tarasyuk, ambassadeur et représentant permanent de l’Ukraine au Conseil de l’Europe, a pris la parole, en s’appuyant sur les haut-parleurs installés sur le balcon de l’Aubette. Il a remercié la Ville de Strasbourg pour avoir éclairé le centre administratif aux couleurs de l’Ukraine et rappelé que la veille, le Conseil de l’Europe avait exclut la Russie de tous ses droits de représentation au sein de l’assemblée européenne. Après avoir évoqué les victimes civiles de ce conflit, Borys Tarasyuk a averti Vladimir Poutine qu’il se retrouverait poursuivi par la Cour pénale internationale comme criminel de guerre.
À ses côtés, la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian a déclaré que la Ville de Strasbourg serait « aux côtés des Ukrainiens » et qu’elle « étudiera les possibilités d’accueil » des réfugiés ukrainiens. La maire a promis d’apporter une « aide matérielle et humanitaire aux zones touchées par le conflit ».
Borys Tarasyuk a invité la France a censuré les médias de propagande russes.Luydmila Ilchuk, président de l’association PromoukraïnaJeanne Barseghian a précisé les mesures de soutien mises en place par la VilleYegor Boychenko, avocat à Strasbourg et Kiev, a demandé un soutien financier aux manifestants.
Des bombardements jour et nuit
Beaucoup d’ukrainiens parmi les manifestants ont toujours leur famille en Ukraine. C’est le cas de Sophia et Daniel. Originaires de Lviv, à l’ouest de l’Ukraine, les deux étudiants parlent de coupures d’internet incessantes qui empêchent de prendre des nouvelles :
« Notre frère a essayé de passer la frontière mais ils ne l’ont pas laissé passer parce qu’il a 30 ans (depuis le 24 février, les hommes ukrainiens de 18 à 60 ans ont l’interdiction de quitter le pays, NDLR). Ils entendent des bombardements tous les jours, même la nuit. On a très peur. »
Sophia, Daniel et leur père, originaires de Lviv en Ukraine, craignent pour leur famille restée là-bas. Photo : Rue89 Strasbourg / Danae Corte / cc
« Il faut que les sanctions de l’Europe soient très strictes »
Un peu plus loin, Alexandre reste bien proche de ses parents. Ils sont venus d’Ukraine il y a dix jours et ont échappé de justesse aux bombardements. L’ingénieur de 30 ans regrette une réponse timide de l’Europe face aux attaques :
« Il faut que les sanctions de l’Europe soient strictes. On a déjà demandé à ce qu’ils retirent la Russie du système monétaire Swift (un système international de transactions bancaires, NDLR.), mais l’Allemagne et d’autres pays européens font blocus. »
C’est aussi l’avis de Kateryna, 24 ans. Pour elle, ces manifestations sont un « appel à l’aide » adressé aux occidentaux :
« Le gouvernement russe peut supporter les sanctions, ce sont les gens ordinaires qui vont les subir. Ce qu’il faut, c’est une aide à l’armement de l’Europe ainsi qu’une aide humanitaire. Il faut aussi que les pays se préparent à accueillir les réfugiés. »
Devant le consulat de Russie, les manifestants proclament des slogans anti-Poutine. Photo : Danae Corte / Rue89 Strasbourg / cc
« Le peuple russe ce n’est pas le gouvernement »
Arrivés devant le Consulat de Russie, les manifestants proclament des slogans et accrochent des pancartes anti-Poutine. La veille, des croix gammées avaient été taguées sur la façade de ce bâtiment de la Neustadt par une personne voulant protester contre les attaques russes en Ukraine.
Anna est russe et souhaite modifier son prénom pour ne pas risquer de « stresser en allant voir ma famille » :
« Ici je suis en sécurité, en Russie ils arrêtent tous ceux qu’ils considèrent comme des opposants. S’ils cherchent des informations sur moi et qu’ils voient que j’ai participé à une manifestation, je peux me faire arrêter. Il y a déjà eu 1 700 manifestants arrêtés là-bas. S’ils vont dans la rue, ils font 30 jours en prison »
Devant le consulat de Russie.Devant le consulat de Russie.Devant le consulat de Russie.Devant le consulat de Russie.Devant le consulat de Russie.Devant le consulat de Russie.
Elle regrette les liens qui sont faits entre le peuple russe et la propagande du gouvernement. C’est aussi l’avis de Lucia (prénom modifié), originaire du Kazakhstan, qui met en garde contre les fausses informations reprises des médias russes :
« J’ai vu passer un chiffre dans la presse locale qui dit que 70% des russes sont favorables à la guerre en Ukraine. Mais ces chiffres sont repris du gouvernement et des médias de propagande comme RT France ou Sputnik donc ils sont invérifiables. C’est Poutine qui veut la guerre, pas la Russie. »
La majorité métropolitaine ne compte désormais plus qu’une soixantaine de membres, après plusieurs départs d’élus en 2021. Malgré une hausse d’impôts à venir, la coalition des maires et des écologistes pense avoir réuni les conditions pour ne plus subir d’autres défections, grâce à un grand nombre de projets. L’opposition conteste la vision développée à l’échelle des 33 communes.
« Une majorité resserrée autour de 65-70 voix ». C’est en ces termes que l’adjoint strasbourgeois Alexandre Feltz (Place publique) décrivait le nouveau rapport politique au conseil de l’Eurométropole, à l’issue de l’élection de Pia Imbs et de ses vice-présidents et vice-présidentes le 15 juillet 2020. L’élu local, qui a connu les deux mandats précédents, décrivait ainsi l’étendue de la nouvelle coalition, moins large que la gouvernance droite-gauche formée autour de Robert Herrmann (PS) en 2014. Le président socialiste était parvenu à rassembler une majorité formée de 80 à 90 élus, sur les 99 que compte l’assemblée des 33 communes strasbourgeoises.
Pour les écologistes et leurs alliés, cette majorité « resserrée » visait donner un cap clair autour de projets, une « feuille de route » autour des mobilités, du défi climatique et d’une coopération rénovée avec les communes. Au-delà des aspects tactiques, c’était aussi en réaction au résultat des élections municipales : un clivage davantage marqué entre les écologistes de Strasbourg, Schiltigheim et Ostwald avec des maires, piliers de la majorité précédente, positionnés à droite.
Parmi les sujets de désaccord, le montant d’investissements et le niveau d’emprunts, et donc d’impôts, qui vont avec, la répartition des dépenses entre les projets routiers ou de transports en commun et cyclables, ou encore le « rayonnement » et les dépenses qui l’accompagne, notamment en raison des grands équipements. Avec les Socialistes, beaucoup de terrains d’entente étaient possibles. Avec les écologistes, c’est plus délicat.
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Depuis qu’un fichier numérique composé de 5 000 images a été vendu chez Christie’s pour 69,35 millions de dollars, la technologie NFT (non fongible token) intéresse le marché de l’art, qui y voit une manière de certifier les oeuvres numériques. Entretien avec l’artiste mulhousienne Hao Jingfang.
L’artiste chinoise Hao Jingfang travaille en duo à Mulhouse avec Wang Lingjie. Après avoir obtenu leur diplôme d’ingénieurs en design industriel à l’université maritime de Shanghai, ils décident de s’orienter vers les arts plastiques et de poursuivre leurs études en France. En 2008, ils intègrent l’École supérieure d’art de Lorraine.
Wang Lingjie (gauche) et Hao Jingfang (droite) Photo : Hao Jingfang / doc remis
Leurs œuvres, souvent liées à des changements parfois subtils du monde naturel, ont été, depuis 2012, exposées dans de nombreux centres et événements artistiques internationaux : Beaubourg, Palais de Tokyo, Biennale de Lyon ou CEAAC à Strasbourg. À l’été 2021, Hao Jingfang et Wang Lingjie ont été invités à participer à L’Industrie Magnifique à Strasbourg, au sein du Cosmos District place du Château. Grâce à un dispositif composé d’une lentille, d’un socle et de papier thermique installé, les artistes ont invité le soleil à dessiner sur le papier sa course au-dessus de Strasbourg.
Après avoir créé l’œuvre immatérielle Une et Sept Milliards de Lunes (exposée en 2021 à Beijing Contemporary Art Expo), Hao Jingfang n’a de cesse d’explorer la technologie des Non Fungibles Tokens (NFT), une méthode certifiant l’unicité de l’achat d’un objet numérique.
Quand avez-vous découvert les NFT pour la première fois ?
Hao Jingfang : Mon premier contact avec les NFT a eu lieu en mars 2021, lorsque l’application de discussions audio Clubhouse a été lancée. Il y avait de nombreux salons dans cette appli sur l’art et les NFT. Puis, en avril, plusieurs personnes dans mon cercle de l’art crypté cherchaient des artistes afin de collaborer sur des projets NFT : j’ai presque été « forcée » d’en apprendre plus.
Pourriez-vous expliquer ce que sont les NFT dans l’art ?
Le NFT est d’abord une technologie, qui ne s’applique pas uniquement aux œuvres d’art. C’est un jeton, une sorte de monnaie, stockée dans une blockchain (chaîne bloquée, c’est à dire non modifiable). Puisque ce jeton n’est pas homogène, c’est un actif unique qui ne peut pas être échangé de manière équivalente comme l’argent que l’on utilise quotidiennement. Les NFT peuvent être attaché à des fichiers numériques, tels que des sons, des vidéos, des éléments de jeux vidéo ou d’autres formes d’œuvres créatives, de souvenirs et d’objets de collections.
La rareté de l’art est une source importante de sa valeur. Comment les œuvres NFT peuvent-elles être uniques ?
Si le NFT se combine avec l’art, ce ne sera que pour prouver l’unicité. Une œuvre certifiée par NFT aura une identité unique sur la blockchain. Il n’y a aucun doute sur cette unicité. De plus, le NFT stocke toutes les informations d’un objet numérique, y compris son code, l’adresse du contrat ou les transactions d’achat sont traçables sur la blockchain. Si on copie une image numérique, son historique ne suit pas forcément. C’est en fait la partie la plus attrayante de l’art crypté : une transparence totale.
Si j’achète une œuvre NFT, télécharge l’image et la retélécharge sur Internet, l’œuvre peut être copiée de manière illimitée, n’est-ce pas ? La rareté des œuvres ne peut-elle n’exister que dans le monde de la blockchain ?
Les acheteurs de NFT se soucient davantage de la valeur ajoutée d’un NFT que de la valeur de l’objet lui-même. Par exemple, l’attribut de combat d’un personnage de jeu vidéo est sa valeur ajoutée mais sa rareté, si cette valeur est attachée à un NFT, est sa valeur réelle.
Il existe de nombreuses œuvres NFT populaires (par exemple, le célèbre collage Everydays: The First 5000 Days de Beeple), leurs images sont très générales, mais elles peuvent apporter d’autres retours en plus de l’expérience visuelle, de sorte que les acheteurs ne soucieront pas si les images sont belles.
Ce qui est amusant, c’est que j’avais acheté une image avec un NFT et que j’ai voulu l’enregistrer et l’utiliser en tant que photo de profil de mon réseau social, mais je ne pouvais pas la télécharger. Je n’ai pu prendre qu’une capture d’écran, puis la couper. Les développeurs de NFT semblent ne pas se soucier de savoir si les images NFT en haute résolution sont téléchargeables ou non…
Hao Jingfang et Wang Lingjie, Une et Sept Milliards de Lunes, 2021 Photo : Hao Jingfang / doc remis
Pourriez-vous présenter l’œuvre NFT Une et Sept Milliards de Lunescréée avec Wang Lingjie ?
Ce travail a l’air un peu naïf maintenant, mais je l’aime toujours. C’est une œuvre créée lorsque nous avions relativement peu de connaissances sur le NFT. Maintenant, j’en ai une compréhension différente. Le point de départ à l’époque était justement de mettre en cause cette question de l’unicité. Si on peint un tableau dans le monde réel, il n’y a aucun moyen de le copier parfaitement : la peinture et la température ne sont pas identiques. Il ne peut s’agir que de deux peintures différentes en sens physique, tandis qu’une image ou une vidéo numérique peut être copiée à l’infini. J’étais très sceptique à l’égard du caractère unique de ce type d’œuvre.
Le philosophe Walter Benjamin pense que l’aura des œuvres d’art disparaît progressivement au cours de leur processus de reproduction technique. Pourtant, l’essence des œuvres numériques n’est faite que de 0 et de 1… Une copie infinie produira toujours exactement la même image, sans aucun changement de pixel. Dans ce cas-là comment peut-on dire qu’une oeuvre attachée à un NFT est unique ? Nous avons donc créé cette œuvre intitulée Une et Sept Milliards de Lunes. Sept milliards représente la population humaine sur terre. On dessine une lune dans le monde virtuel, puis on la copie sept milliards de fois pour que tout le monde puisse en avoir une. En supposant que l’aura de l’œuvre originale existe, puisque les codes sont les mêmes, l’aura de toutes ses copies est exactement la même. S’il s’agit d’une œuvre d’art, nous pouvons donc désormais partager une œuvre d’art sans aucune perte d’aura.
Malheureusement, j’ai compris depuis que le marché de l’art crypté maintient délibérément la rareté des oeuvres attachées aux NFT, afin de réaliser des bénéfices.
Le NFT ne semble pas être acceptés par le cercle de l’art contemporain. En tant qu’artiste active dans ce milieu, que pensez-vous de cette nouvelle forme d’art ?
Parce qu’il est nécessaire de s’immerger dans le monde virtuel pendant longtemps pour comprendre profondément le NFT, la plupart des gens dans le cercle de l’art contemporain ne le comprennent pas très bien. On ne peut pas juger l’univers de l’art crypté avec ceux qui s’appliquent au monde de l’art contemporain.
Quel avenir imaginez-vous pour les NFT dans l’art ?
Si on veut vraiment combiner l’art et le numérique, alors il faut intégrer les technologies telles qu’elles se développent. Quant à savoir les NFT peuvent représenter un nouveau courant, cela dépend de leur diffusion. Je pense qu’il y a de l’espoir, mais nous devons encore trouver une bonne jonction entre l’art et cette technologie de cryptage.
Proposé par le Département des Arts Visuels de l’Université de Strasbourg, le Master professionnel « Critique-Essais, écritures de l’art contemporain » forme sur les plans pratique et théorique, à la spécificité de l’écriture appliquée à la création artistique contemporaine, dans la diversité de ses supports, techniques, formats et publics. Cette spécialisation en deux ans, unique en France et ouverte à des étudiants issus de cursus divers (Arts plastiques, Histoire de l’art, Philosophie, Lettres, Cinéma, etc.), propose une pédagogie innovante centrée sur une articulation dynamique entre la recherche universitaire, l’acquisition de compétences professionnelles et la réalisation concrète de projets curatoriaux et éditoriaux, grâce à un réseau international de chercheurs et de partenaires culturels renommés.
Le Collectif antifasciste de Strasbourg organisait vendredi soir une table ronde au sujet de l’extrême-droite à la maison des syndicats. Vers 22h, une quinzaine d’individus équipés de bâtons ont tenté de pénétrer dans le bâtiment. Ils ont été repoussés par le service d’ordre du collectif après un affrontement d’une dizaine de minutes.
Vendredi 25 février, le Collectif antifasciste 67 a organisé une table ronde. Le sujet : comment définir l’extrême-droite et le fascisme en 2022 ? Quel est le danger fasciste en France aujourd’hui ? Comment y faire face ? Une historienne, une autrice, un syndicaliste et un membre de la Jeune Garde devaient prendre la parole sur ces thèmes devant plus de 100 personnes.
Peu après 22h, la discussion a été interrompue par une tentative d’intrusion violente d’un groupe d’une quinzaine d’individus. Ces derniers ont été filmés en train de jeter des projectiles et d’approcher de la porte en frappant les membres du service d’ordre de l’événement. William (prénom modifié), du Collectif antifasciste 67, témoin de l’événement, relate :
« Nous avons identifié au moins cinq membres bien connus des Strasbourg Offender (un groupe de hooligans néonazis). Ils ont couru vers le bâtiment mais plusieurs antifas avec des bâtons se sont mis dans le cadre de la porte. Quand ils ont compris que personne ne bougerait, ils se sont mis à jeter des objets, notamment trouvés au niveau de tentes de sans-abris juste à côté de la maison des syndicats. Au bout d’une dizaine de minutes, ils sont partis, peu avant l’arrivée de la police. »
Hier soir, une vingtaine de nazis ont attaqué la maison des syndicats où se tenait une table ronde du collectif antifasciste 67. Heureusement ils ont étés repoussés par le service d'ordre de l'événement. pic.twitter.com/1kiMvGSqwk
Vidéo postée sur Twitter par Cem Yoldas, porte parole de la Jeune Garde Strasbourg.
Selon William, aucun participant n’a été gravement blessé. Seule une personne placée en première ligne dans l’encadrure de la porte a subi une petite entaille à la tête. Les DNA ont recensé un autre blessé léger. « Nous revendiquons le fait de nous être défendus, pour empêcher les néonazis d’entrer et d’agresser le public », ajoute-t-il. Pour rappel, les collectifs antifascistes Jeune Garde Strasbourg et Action Antifasciste Strasbourg estiment que l’autodéfense est indispensable pour protéger les mouvements de gauche. « On voit bien que la police ne nous défend pas, au contraire, elle réprime nos mouvements », dit William.
« Les fachos ont pu partir tranquillement »
Rue89 Strasbourg a retrouvé une habitante de la rue, qui a vu la scène depuis son balcon. Elle confirme avoir observé entre 15 et 20 individus se battre pour entrer dans la maison des syndicats, sans succès. Cette dernière se dit choquée par une scène d’extrême violence. Comme d’autres riverains, elle a prévenu les forces de l’ordre « qui sont arrivées trop tard ».
Vers 22h40, au moins cinq véhicules de la police nationale étaient sur place. Des débris de projectiles jonchaient encore le sol. Une barrière de chantier était en équilibre sur des vélos en face de la porte de l’immeuble. Selon nos informations, aucune arrestation n’a eu lieu sur place. « Les fachos ont pu partir tranquillement », s’insurgent plusieurs participants à la table ronde. Fin novembre 2021, Rue89 Strasbourg publiait un article sur l’impunité des néonazis de Strasbourg Offender, qui ont pourtant déjà revendiqué plusieurs attaques violentes.
Après une vingtaine de minutes sur place, les forces de l’ordre sont parties. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg
Cette fois-ci, un hooligan des Strasbourg Offender contacté par Rue89 Strasbourg nie l’attaque. Selon les DNA, une source proche du dossier indique que les agresseurs sont « une douzaine de membres de l’ultradroite dont certains étaient venus armés de bâtons ». Interrogée, la police nationale n’a pas encore répondu à nos questions sur l’événement.
Une plainte pour dégradation
Albert (prénom modifié), du Nouveau Parti Anticapitaliste, était présent pour filmer la table ronde. Il a porté plainte samedi 26 février pour dégradations, car les individus d’ultradroite ont arraché les rétroviseurs de son scooter garé devant la maison des syndicats. « Je les ai vu se saisir de barrières de chantier et les jeter sur le service d’ordre. Ils étaient particulièrement violents. Je n’avais jamais vu une attaque comme ça », s’inquiète-t-il.
Des débris de projectiles devant la maison des syndicats le 25 février vers 22h40. Photo : Danaé Corte / Rue89 Strasbourg
Mina (prénom modifié), qui participait à la réunion, n’est pas étonnée par l’attaque. « On sait que quand il y a un événement antifasciste, les fachos nous prennent pour cible. C’est triste mais ça fait des années que ça dure », commente-t-elle.
Du IXe au XVe siècle, les Strasbourgeois avaient l’habitude de célébrer la Saint-Adelphe à grands coups de rasades de vin dans la cathédrale. Voici l’histoire de cette tradition oubliée.
En cherchant parmi les événements festifs du Moyen-âge strasbourgeois, on trouve le « Adelphi Tag », ou le jour de la Saint-Adelphe. Il s’agissait d’une sorte de fête du vin qui avait lieu tous les 29 août à l’intérieur de la cathédrale de Strasbourg, probablement dès le IXe siècle. C’est la plus ancienne fête du vin strasbourgeoise dont nous avons la trace. Considérée comme trop festive et surtout pas assez chrétienne, elle fut interdite à la fin du XVe siècle puis progressivement oubliée, tout comme Saint Adelphe, les légendes et le pèlerinage qui en étaient à l’origine.
Toute une nuit à boire et manger…
Pour la Saint-Adelphe, le peuple de Strasbourg et de tout le diocèse se rassemblait la nuit venue dans la nef de la cathédrale. Ils n’y venaient pas pour prier ou chanter des cantiques, mais pour passer la nuit à boire et à manger. Enfin, surtout à boire puisqu’à cette occasion, la ville distribuait gratuitement environ 500 litres de vin directement dans la cathédrale.
De plus, selon l’historien strasbourgeois, Philippe-André Grandidier (1752-1787) qui a publié en 1782 un « Essais historiques et topographiques sur l’église cathédrale de Strasbourg », on y chantait des chansons profanes, on y dansait et on y fautait dans toute l’église. Toujours selon Grandidier, ces veillées dégénérèrent souvent en « un affreux libertinage » et donnèrent lieu « aux excès les plus criminels ». Il arrivait même qu’on force les gens à boire et on s’amusait à réveiller les personnes trop saoules en les piquant avec des instruments pointus ! À côté de la Saint-Adelphe, les fêtes du vin d’Alsace actuelles (qui se déroulent en général les après-midis) ont l’air bien sages…
Pour rajouter à la folie, durant les deux jours précédents et suivants la fête, on jouissait à Strasbourg d’une immunité personnelle : nul ne pouvait être poursuivi en justice, sauf les criminels et ceux qui purgeaient une peine déjà édictée par la ville…
Il y avait donc une fois l’an une foule d’hommes et de femmes ivres en train de bien boire, bien manger, danser et chanter des chansons paillardes sous la grande nef de la cathédrale encore en construction. Cette beuverie durait toute la nuit ; seules les bougies à la lumière tremblante éclairaient les fêtards, de nombreux recoins sombres devaient permettre de se cacher sous les arcs brisés et entre les piliers gothiques.
Extraits des « Essais historiques et topographiques sur l’église cathédrale de Strasbourg » à propos de la Saint-Adelphe. L’ouvrage est librement consultable dans la salle du patrimoine de la Médiathèque André Malraux.
Saint-Adelphe, obscur évêque, obscure tradition
Adelphe a été évêque de Metz entre 350 et 450, il est mort un 29 août. Adelphe vient d’un mot grec qui signifie ouvert et tolérant. Une fois sa vie terrestre achevée, son corps a été placé dans le caveau de l’église Saint-Clément de Metz. Le reste de sa biographie est sujet à caution, en raison des légendes qui ont été tissées sur son culte.
Car sa mort n’est que le commencement de la vie de ses reliques. Dès le premier siècle, des pèlerinages chrétiens s’organisèrent autour des tombeaux de martyrs, à mesure que la nouvelle religion gagnait du terrain dans l’ancien empire romain. Certains pèlerinages prirent de l’importance, contribuant à la prospérité de certains lieux grâce aux flux commerciaux.
Les moines de l’abbatiale de Neuwiller-lès-Saverne eurent aussi envie de créer un pèlerinage mais ils ne possédaient aucune relique. Une solution fut trouvée lorsque les moines parvinrent à obtenir de Drogon, l’évêque de Metz et un des fils illégitimes de Charlemagne, la translation des reliques de Saint Adelphe vers leur monastère, le 17 mai de l’an 826.
D’après la légende, trois miracles se produisirent lors de l’arrivée de ces reliques à Neuwiller-lès-Saverne, dont un lié au vin. Le jour de l’arrivée des reliques dans l’abbaye, le cellérier (moine chargé de l’intendance) se trouvait dans les caves du monastère. Il venait d’ôter le bouchon et d’ouvrir le robinet d’un grand tonneau de vin. C’est à ce moment que toutes les cloches du village se mirent à sonner à la volée pour annoncer la venue des reliques. Attiré par les sons, le moine sort de la cave en oubliant de refermer le robinet du tonneau. Se rendant compte de son oubli, il retourne dans la cave, craignant d’avoir perdu le précieux liquide. C’est là que le religieux fut témoin d’un miracle : le vin ne s’était pas déversé sur le sol mais formait un parcours magique, sortant du robinet puis tourbillonnant dans les airs avant de retomber dans le tonneau par le bouchon resté ouvert !
Le miracle du vin représenté sur une tapisserie du XVe siècle. Le dernier tonneau montre le parcours du vin qui en sort, puis qui retourne miraculeusement à l’intérieur par le bouchon. Photo : Laurène Jacob
Grâce au miracle du vin et dans le but de faire venir un maximum de monde à leur nouveau pèlerinage, les moines de l’abbatiale décidèrent d’écrire une biographie légendaire de la vie du saint. Tâche difficile, surtout quand la personne en question est décédée depuis plus de 500 ans… et qu’on n’en sait quasiment rien. Mais cela n’a pas découragé un moine anonyme d’écrire cette œuvre, dans laquelle on peut lire que Saint Adelphe aurait été le fils d’un duc d’Aquitaine et qu’il descendrait en droite ligne de l’empereur romain Constantin… Des assertions que l’historiographie connue des princes cités réfute mais malgré ses erreurs, cette œuvre réussit à lancer les pèlerinages. Les reliques sont rapidement créditées de guérisons miraculeuses, notamment pour les maladies des yeux. Le pèlerinage de Saint Adelphe devient vite un des plus important en Alsace, derrière celui de Sainte Odile.
Les pèlerins venant participer au culte des reliques de Saint Adelphe Photo : Laurène Jacob
De ce pèlerinage, il reste aujourd’hui quelques vestiges, visibles aujourd’hui dans l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Neuwiller-lès-Saverne. Sa construction date du Xe siècle. Son architecture n’a pratiquement pas été modifiée durant le dernier millénaire. Le reliquaire était présenté à l’époque dans l’alcôve. Les pèlerins venaient en procession de l’escalier de gauche et sortait par celui de droite.
Le reliquaire était présenté à l’époque dans l’alcôve. Les pèlerins venaient en procession de l’escalier de gauche et sortait par celui de droite. Photo : Laurène Jacob
Les reliques de Saint Adelphe, constituées de son crâne et de quelques os. Photo : Laurène Jacob
Grâce à cet important pèlerinage et en se basant sur le miracle du vin, les Strasbourgeois avaient trouvé une bonne raison pour faire la fête chaque 29 août. Et c’est ainsi que la veillée de la Saint-Adelphe s’est transformée, au cours du IXe siècle, en la première fête du vin strasbourgeoise.
De nos jours, la nef est réservée aux touristes, aux croyants et à des rangées de chaises en bois sur lesquelles il n’est pas permis de s’asseoir. Mais auparavant, il faut s’imaginer qu’à l’exception du chœur qui est sacré, la grande nef était utilisée comme place du marché, lieu de rencontre et salle des fêtes. Alors qu’aujourd’hui faire la fête est devenu suspect, voire dangereux, pourquoi ne pas ressusciter la plus ancienne fête du vin strasbourgeoise chaque 29 août ?
Rue89 Strasbourg a rencontré deux habitants de logements sociaux à la Meinau, en grande difficulté pour payer leur loyer. Depuis qu’ils sont seuls et à la retraite, leurs appartements sont devenus trop grands et trop chers. Dans l’Eurométropole, rien qu’en 2019, plus de 1 000 foyers avaient déjà demandé à changer de logement social pour ces raisons. Les bailleurs peinent à leur trouver des solutions.
Ruby (prénom modifié) touche une retraite de 825 euros, après une vie à travailler comme femme de ménage. Son loyer : 700 euros charges comprises. « Je suis piégée dans un logement trop cher pour moi, et la situation a empiré depuis juin 2021, lorsque je suis passée à la retraite et que mes revenus ont baissé », déclare-t-elle, en cette matinée de février lors d’une réunion de l’opération Quartiers connectés menée par Rue89 Strasbourg.
Le F4 de 90 m² de Ruby se situe avenue de Normandie à la Meinau. « Je paye 100 euros de gaz et d’électricité, mes charges sont énormes comme l’appartement est grand », ajoute dépitée celle qui est aussi devenue grand-mère. Célibataire, elle raconte devoir continuer à travailler le soir, deux heures par jour, pour gagner les 200 euros qui « me permettent de manger ». Les larmes aux yeux, elle confie :
« C’est absurde, moi je me ruine, j’ai même dû renoncer à mon assurance vie pour m’en sortir. Et en même temps, il y a des gens qui vivent les uns sur les autres. Ils auraient besoin de mes 4 pièces… »
« Des situations comme ça, il y en a plein autour de moi »
Même situation pour Alain, seul, depuis que sa mère est décédée, dans un appartement de 72 m² situé rue de la Canardière, également à la Meinau. Il paye 716 euros par mois, charges comprises. Le retraité a demandé à changer d’appartement en septembre 2021 :
« Des cas comme ça, il y en a plein autour de moi. C’est le passage à la retraite, le fait de devenir veuf ou de perdre une personne dans le foyer qui peuvent entrainer une chute brutale du revenu. On se retrouve comme ça, seuls, dans des appartements trop grands. »
Un millier de demandes de HLM plus petits et moins chers
D’après Nadia Monkachi, de l’Agence de développement et d’urbanisme de l’agglomération strasbourgeoise (Adeus), en 2019, 8 312 demandes de changement de logement social ont été enregistrées (soit près de 40% du nombre total de logements sociaux, NDLR) dans l’Eurométropole de Strasbourg. Sur ces 8 312 demandes, environ 1 080 correspondent à des foyers qui sous-occupent leur logement et dont le loyer leur impose un taux d’effort (rapport entre le loyer et les revenus) supérieur à 30%.
Comme Ruby et Alain, les personnes concernées vivent donc dans des appartements trop grands pour elles et dont les loyers représentent des coûts trop élevés par rapport à leurs revenus.
Plusieurs centaines de personnes âgées essayent de changer de logement social à Strasbourg, parce que le leur est trop cher. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg
Yann Thepot est le directeur de l’Association territoriale des organismes HLM d’Alsace (Areal). Il explique que dans l’Eurométropole, en 2021, à peu près 430 demandes concernaient des personnes de plus de 65 ans, qui ont coché comme premier motif que leur logement social est trop grand ou trop cher.
Suzanne Brolly, adjointe à la maire (EELV) en charge de l’habitat, complète qu’en 2020, sur la commune de Strasbourg (à distinguer de l’Eurométropole, qui comprend les 33 communes de l’agglomération), 5 514 personnes souhaitaient changer de logement social dont 680 personnes qui déclaraient, comme motif de demande, que leur logement est trop grand ou trop cher.
Suites aux demandes, des propositions pas toujours adaptées
Daniel Bonnot, président de l’association Consommation logement cadre de vie (CLCV) du Bas-Rhin, explique que chaque mois, une dizaine de locataires du parc social doivent être accompagnés dans leurs démarches pour changer de logement. « Elles viennent nous voir parce qu’elles n’arrivent plus à payer le loyer. Certaines ont des retards de versements de plusieurs mois », indique-t-il. D’après lui, « il faut aussi considérer que de nombreuses personnes en difficulté financière ne demandent pas de changement de logement social parce qu’elles sont trop éloignées des institutions et que les démarches administratives sont compliquées ».
Avec la CLCV 67, Daniel Bonnot dénonçait déjà en 2017 le manque de moyens des bailleurs sociaux pour produire des logements sociaux peu onéreux. Photo : TV / Rue89 Strasbourg
En moyenne, le traitement d’une demande dure 18 mois, d’après Suzanne Brolly. « En attendant on fait comment ? On va au Secours populaire ? », s’indigne Alain. Et encore, lorsqu’un bailleur social fait une nouvelle proposition, celle-ci n’est pas forcément adaptée.
Par exemple, Ruby a formulé une demande pour changer de logement en 2017, lorsque ses enfants sont « partis de la maison ». En 2019, elle relate que son bailleur social, Alsace Habitat, lui a proposé un F3 mais… à Lipsheim et plus cher (802 euros charges comprises).
« Les logements sociaux récemment construits affichent des loyers plus élevés »
Contactés par Rue89 Strasbourg, les bailleurs sociaux Alsace Habitat et Ophéa n’ont pas répondu sur les taux d’efforts demandés lors des propositions de logements sociaux. Suzanne Brolly estime que le cas de Ruby est anormal :
« Les bailleurs sociaux à Strasbourg visent, dans leurs propositions de logements, un taux d’effort maximum de 33%. La proportion de ménages concernés par une attribution avec un taux d’effort supérieur n’est pas connue de nos services. Mais je pense qu’elle doit rester marginale. »
Nadia Monkachi de l’Adeus commente :
« Les logements du parc social récemment construits, affichent des loyers plus élevés que ceux des anciens immeubles. Donc, parmi les propositions faites suite à une demande de changement de logement social, il peut il y avoir des loyers plus chers. Mais en théorie, si le motif de la demande est que le loyer initial est trop cher, les bailleurs en prennent compte. »
Yann Thepot de l’Areal, ajoute : « C’est même dans l’intérêt des bailleurs, s’ils le peuvent, de proposer des logements adaptés aux revenus de leurs locataires, car ils évitent ainsi des risques d’impayés. »
L’échange de logement social, une pratique autorisée mais méconnue
De son côté, Ruby évoque ces voisins qui « vivent à huit dans un deux pièces. Moi j’en ai 4, dont deux toujours vides. On pourrait échanger tout simplement ?! » Cette démarche est autorisée mais elle est très peu utilisée car méconnue. À noter que près de 3 000 demandes de logements plus grands ont été formulées en 2020 parce que les familles suroccupent leur appartement.
Daniel Bonnot de la CLCV propose de mettre en place des dispositifs pour favoriser les échanges de logements. Selon Suzanne Brolly, des réflexions sont en cours sur ce sujet :
« La mise en place de nouveaux processus tels que les “bourses au logement” (échange de logements entre deux locataires) ou la “location choisie” (possibilité pour un demandeur de candidater sur un logement qui se libère) sont à l’étude. »
La CLCV 67 fait partie du Plan partenarial de gestion de la demande et d’information des demandeurs (PPGDID) de logements sociaux. Elle propose, à ce titre, une autre mesure : « la prise en compte de l’ancien loyer lors d’une réattribution de logement social, pour que le nouveau loyer soit proportionnel à l’ancien en fonction de la surface », expose Daniel Bonnot.
Les bailleurs de logements sociaux, comme ici à la Meinau, peinent à équilibrer les occupations effectives avec les besoins. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg
La CLCV demande un plan d’ampleur en faveur du logement social
Pour Suzanne Brolly comme pour Daniel Bonnot, le fond du problème vient d’une offre insuffisante en logements sociaux. Suzanne Brolly détaille :
« En 2020, on a compté 23 000 demandes pour 3 400 attributions. Le nombre de logements disponibles baisse chaque année alors que les demandes ne cessent d’augmenter. Sur toute l’Eurométropole, 1 300 logements sont produits tous les ans en moyenne depuis 2017, mais c’est insuffisant. Nous avons augmenté la cadence en soutenant la production de 1 500 logements sociaux en 2021, dont 500 PLAI (logements très sociaux) contre 350 en 2020. »
Daniel Bonnot de la CLCV pointe aussi la réforme de la réduction des loyers de solidarité en 2018 qui a fragilisé les bailleurs sociaux en diminuant leurs ressources. Elle rend donc plus difficile la construction de logements à loyers modérés.
Les ressortissants ukrainiens organisent dans plusieurs endroits d’Europe des rassemblements en soutien à leur pays samedi 26 février. À Strasbourg, l’association Promoukraïna donne rendez-vous place Kléber.
Alors que l’invasion russe de l’Ukraine se poursuit, les Ukrainiens appellent samedi 26 février à une journée de mobilisation en soutien à leur pays et pour la paix en Europe. À Strasbourg, l’association Promoukraïna, qui organise depuis 2014 une Foire ukrainienne à Strasbourg, appelle à un rassemblement place Kléber à 15h. Les organisateurs prévoient de se rendre en cortège jusqu’au consulat de Russie, place Sébastien-Brant dans la Neustadt.
Manifestation jeudi en soutien à l’Ukraine place Kléber Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc
Cette manifestation était prévue depuis plus d’une semaine mais suite à l’invasion, une manifestation spontanée a eu lieu dans l’après-midi de jeudi. Les Ukrainiens de Strasbourg présents ont expliqué l’effroi et la sidération qui les a saisis alors qu’ils apprenaient que leur pays était la cible de missiles, d’avions et de tanks russes.
Les abords du consulat de Russie à Strasbourg ont été tagués avec des croix gammées. L’auteur présumé a été interpellé, après s’être bagarré avec un policier présent.
En début d’après-midi vendredi 25 février, une personne s’en est pris au consulat russe situé place Sébastien-Brant à Strasbourg, en le recouvrant de croix gammées avec de la peinture rouge, selon les DNA qui étaient sur place. Cette personne, dont l’affiliation n’est pas connue à ce stade, voulait protester contre l’invasion de l’Ukraine par les forces armées russes.
Le consulat russe tagué avec des croix gammées (Photo Anas AlKhole / doc remis)Le consulat russe tagué avec des croix gammées (Photo Anas AlKhole / doc remis)
Une bagarre a éclaté entre cette personne et un policier en civil, qui s’est trouvée être l’adjoint au directeur de la sécurité publique selon France 3 Alsace. L’altercation a duré jusqu’à l’arrivée des agents de la police nationale (voir la vidéo ci-dessous) quelques minutes après. Les barrières de protection qui ont été déployées autour de la représentation diplomatique russe ont été renversées durant cette échauffourée. L’auteur présumé a été interpellé.
Compilation de clips vidéos publiés par des témoins de la scène.
La direction des Hôpitaux universitaires de Strasbourg négocie avec les organisations syndicales pour supprimer ou baisser certaines primes et indemnités dont bénéficie le personnel.
Le direction des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) est partie à la chasse aux primes et indemnités. Accompagnée par le cabinet d’avocats Houdart, spécialisé dans le droit de la Santé, elle cherche ainsi à économiser sur la masse salariale. Des négociations sont en cours avec les organisations syndicales. La prochaine réunion sur le sujet aura lieu le 18 mars.
Christian Prudhomme, secrétaire général du syndicat Force Ouvrière aux HUS, indique qu’il « va se battre au maximum pour récupérer ces primes. »
La dette des HUS se situe entre 450 et 500 millions d’euros en 2021, avec un déficit structurel pour l’année à venir autour de 70 millions d’euros. Les Hôpitaux universitaires de Strasbourg ont récemment obtenu un soutien financier supplémentaire de 20 millions d’euros lors de la venue du Premier ministre Jean Castex en décembre 2021.
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Dans ses vidéos, l’ex-strasbourgeois Joris Lechêne partage avec ses 200 000 abonnés ses connaissances d’ancien étudiant en architecture… avec un prisme marxiste et antiraciste. Sur le réseau social, il a trouvé sa place, après un parcours aussi atypique que sa personnalité.
Il aurait été intéressant de le rencontrer sur ses terres d’origines, sur les balcons de la Cité Rotterdam ou aux abords de l’école du Conseil des XV. Mais Joris Lechêne est un globe-trotter, qui a vécu dans 5 pays différents et quitté Strasbourg il y a quelques années… C’est donc en visio depuis la Guadeloupe qu’il sera possible de lui parler, et de le faire parler de ses vidéos.
Vous faire aimer l’architecture
Joris est « TikToker ». Son truc à lui, c’est la vulgarisation sur le réseau social prisé par les jeunes, TikTok, de savoirs sociologiques sur l’architecture, l’urbanisme, l’aménagement de l’espace, en liant tout cela aux rapports de classes. Lui qui se définit avec humour dans une de ses vidéos comme un « sale marxiste » indique que ce qui l’intéresse, c’est « la manière dont les groupes dominants façonnent l’espace de vie et l’espace construit, et les conséquences sur les minorités ». Au programme : les grands ensembles, les Nimby (Not in my backyard, mouvements de résidents qui refusent tout projet ou infrastructure à proximité de leur lieu de résidence), les gratte-ciels de luxe et la densité urbaine, les grands boulevards, l’architecture monumentale, ou encore l’embourgeoisement. Il passe plusieurs heures à réaliser chaque vidéo, où il est en général face à la caméra, devant le sujet dont il parle.
Sur TikTok, les « créateurs de contenu » postent des vidéos de une à trois minutes sur à peu près tout et n’importe quoi. « Il y a ce préjugé selon lequel ce ne sont que des ados qui font des chorégraphies », concède-t-il. « Mais c’est aussi un endroit où on peut apprendre plein de choses ».
Joris fait depuis septembre 2020 des vidéos en anglais (sous-titrées), postées quasiment tous les jours. Prévoyez quelques heures devant vous pour parcourir les 500 productions de sa chaîne Joris_explains. Au compteur, plus de 200 000 abonnés et 5,5 millions de mentions « J’aime » sur ses vidéos.
Joris Lechêne, qui se sent guadeloupéen et alsacien, vit maintenant à Londres Photo : remise
Joris vit à Londres depuis une dizaine d’années mais passe aussi beaucoup de temps à Paris, ce qui lui permet de comparer les deux villes, par exemple au sujet de leurs avenues emblématiques (avenue de l’Opéra et Regent street) ou à propos des monuments signatures laissés par les chefs d’Etat dans la ville : une vidéo tournée à Paris met en avant l’héritage culturel public des présidents français, avec la bibliothèque François Mitterrand, le Centre Georges Pompidou ou le musée du Quai Branly Jacques Chirac. Il y demande à ses abonnés quel héritage visible les gouvernements britanniques ont laissé, selon eux, à Londres.
C’est justement une vidéo sur le musée du quai Branly, dédié aux arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques qui a le plus fait réagir : Joris y aborde l’un de ses autres thèmes fétiches : le colonialisme. Il présente le lieu comme le « musée des artefacts volés » et dénonce le manque de contextualisation de la collection et son côté fourre-tout, sans mise en valeur des civilisations dont les objets proviennent ni explication sur la manière dont ils sont arrivés en France.
Certains internautes ont estimé qu’il voyait le mal ou le racisme partout, d’autres l’ont remercié pour cette nouvelle perspective. Lui est « très content que la vidéo suscite des réactions », et explique que « vu la nature du format » (des vidéos très courtes où il faut capter l’attention dans la première seconde), il est obligé de provoquer un peu, de « trouver un équilibre entre le polémique et le constructif ».
Quand il rentre à Strasbourg, il en profite aussi pour faire quelques vidéos alsaciennes. « Il aime voir l’évolution de la ville, ça le passionne », explique sa maman, Marie-Claire, sage-femme à la retraite. Dans sa vidéo sur la Cité Ungemach à Strasbourg, il souhaite aux internautes la « bienvenue au village eugéniste », avant d’expliquer la sombre histoire de ce quartier aux airs de banlieue calme, au pied du Parlement européen. Il emmène aussi ses abonnés, principalement anglophones, à la Cité Rotterdam, dont il rappelle qu’elle est « la première cité de France« . Montrant le quartier du Conseil des XV à la lisière, il fait part de son expérience d’une école à forte mixité sociale :
« Après cette école, j’étais au collège Vauban et au lycée Marie Curie, et ces trois établissements sont pour moi emblématiques du succès du système éducatif français dans le fait de réunir des quartiers « difficiles » et des quartiers bourgeois. »
Mais au début, l’école primaire a été un choc, alors qu’il arrivait de Guadeloupe, où il avait passé toute sa petite enfance. Sa mère se rappelle que « soudain, il était noir » et qu’il a subi des discriminations à l’école, à la fois de la part des autres enfants, de sa professeure et de la direction. « Des enfants lui disaient que « sa mère avait accouché dans du kohl » », se rappelle-t-elle encore. Joris estime aussi, paradoxalement, s’être senti « invisible » : « je n’étais « sur le radar » de personne, je ne trouvais pas ma place ».
Ado, il se découvre aussi homosexuel et prend conscience qu’il est différent des jeunes de son âge à bien d’autres égards : dans l’enfance, on le diagnostique surdoué. Il a de grandes facilités à l’école, il « retient tout ».
Heureusement, il a sa meilleure amie Sara, rencontrée à l’école primaire. Ensemble, ils sont « les Différents ». « On avait scellé un pacte : on était différent, et on le serait toujours », raconte-t-elle. « J’étais la boutonneuse intello. Et puis on a eu un troisième ami, un garçon turbulent, un peu mauvais garçon. Joris l’a pris sous son aile. Il a toujours eu cette tendance à aider, à ne pas laisser les gens de côté ». Les trois comparses auront même leur propre langage, un code créé de A à Z par Joris pour s’échanger des mots en cours, sans que personne ne comprenne. « Il avait le cerveau qui allait à 100 à l’heure », se rappelle Sara. « Et comme il est hyper perfectionniste, il faisait des mises à jour du code, et nous, on devait le réapprendre ! »
« Il y avait toujours une énigme à résoudre »
Elle n’a pas été étonnée quand il a choisi de faire des études d’architecture, car déjà au collège, il montait ses propres plans et maquettes. « Ça avait même commencé avant ses 8 ans, quand on était en Guadeloupe ! », précise sa mère. Sara raconte sa stupéfaction : « Il établissait des plans imaginaires, très élaborés, impressionnants de perfection. Il y avait toujours quelque chose à y trouver, une énigme à résoudre… ». Sa maman explique qu’il a très tôt été passionné de géographie et de cartographie, et qu’il a appris à lire avec les cartes de randonnée :
« Un jour, on avait fait une balade de crique en crique, en Guadeloupe. À la fin, il avait repris la carte et refait le parcours en citant toutes les baies. Il devait avoir 5 ans. »
Aujourd’hui, Joris sait qu’il est sur le spectre autistique et a un TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). Il « aurait aimé le savoir plus tôt » car le « fait que [s]on cerveau soit câblé d’une certaine manière » lui a posé des problèmes dans ses études : il a peiné à réussir ses examens, à rendre ses exercices à temps… Il a redoublé sa première année et validé difficilement sa 3e année de licence. Alors qu’il est en Erasmus à Lisbonne, il décide d’arrêter.
Sa maman se rappelle avoir été un peu étonnée, mais pointe qu’avec Joris, c’était tout ou rien :
« Il ne fait les choses que quand il est sûr de réussir. C’était pareil pour apprendre à parler : il a mis du temps, mais quand il a ouvert la bouche, c’était pour faire des phrases entières ».
Le militant a aussi une carrière de mannequin derrière lui Photo : remise
… au mannequinat à Londres
Il reste au Portugal, apprend la langue, travaille comme barman et comme… mannequin. Un job qu’il avait commencé à Strasbourg dès ses 18 ans, pour des marques comme Puma et Adidas. Quand la crise économique touche le Portugal en 2010 et que les bars ferment les uns après les autres, il décide de partir à Londres, comme ça, « avec des rêves plein la tête », sans argent, sans connaître personne. Il veut devenir bilingue en anglais, faire quelque chose de créatif, peut-être dans la musique. Mais en attendant, pour gagner sa vie, il continue le mannequinat et travaille à Abercrombie & Fitch.
Mais si, rappelez-vous, cette marque qui fait parler d’elle dans les années 2010 avec ses beaux gosses qui accueillaient les clientes (et clients) torse nu. Joris travaille aussi dans l’événementiel, et découvre un monde à des années lumières de son univers : « je servais du champagne dans des soirées mondaines, où j’entendais la manière dont les célébrités parlaient des autres gens. Tu vois le film Parasite ? C’était ça ma vie ».
De quoi nourrir sa conscience de classe, dont il a eu des notions très tôt : sa mère était très engagée et régulièrement candidate locale pour Lutte Ouvrière. « Donc j’ai grandi avec l’idée que le système favorisait les plus puissants et privilégiés », estime-t-il. S’il se rappelle ne pas « s’être senti concerné par les idées marxistes ou révolutionnaires » pendant son adolescence, il explique s’y être intéressé à nouveau il y a quelques années, en découvrant la Critical race theory (un courant de recherche militant axé sur l’application de la théorie critique aux relations entre la race, la loi, et le pouvoir) :
« Ça m’a fait revenir à une critique du système, à la critique de Marx sur le capitalisme, mais aussi aux idées de Franz Fanon, Malcolm X, Kimberlé Crenshaw (qui a inventé le concept d’intersectionnalité) ou Foucault avec ses notions de capitaux culturels, sociaux, et habitus. Ça m’a donné une grille de lecture qui me permettait de mettre des mots et des concepts sur mes propres expériences vécues. Comme par exemple le fait que je sois “devenu noir” en arrivant en France. »
Trouver sa voix et sa voie avec TikTok
Alors avec sa chaîne TikTok, il a l’impression d’avoir trouvé sa place, en tant que personne sur le spectre autistique, hyper calée sur des sujets particuliers, et en tant que jeune métisse qui a plein de choses à dire sur les dynamiques sociales et raciales :
« C’est comme si, avant, je parlais dans le vide, et que là, j’avais trouvé un espace où ce que je dis intéresse les gens. Ce qui aurait pu devenir handicapant devient une force. »
Au début, l’algorithme de la plateforme, qui « classe » les contenus dans des niches (LGBT, littérature, science, animaux de compagnie, parentalité…) le pousse à poster surtout sur les thématiques neuroatypiques (le fait d’avoir un fonctionnement cognitif différent de la majorité des gens). Peu à peu, il aborde aussi le whitesplaining (une explication paternaliste donnée par les blancs à une personne de couleur, définissant ce qui devrait ou ne devrait pas être considéré comme raciste, selon Urban Dictionary), les discriminations, etc.
En septembre 2021, il revient à ses premières amours avec l’architecture et l’aménagement urbain, « un peu par hasard », et ses vues décollent encore plus : « J’ai compris que c’était un terrain qu’il fallait gratter, des thèmes que personne d’autre ne traitait sur TikTok ».
Joris au Brésil. Ses voyages ont forgé son côté « sociologue dans l’âme » Photo : remise
À travers l’aménagement urbain, il continue de parler de dynamiques racistes et classistes, notamment quand il est en Guadeloupe. Ses vidéos sur la quasi-privatisation, par des hôtels, de plages censées être du domaine public démontrent selon lui une logique toujours coloniale de la France dans ses territoires ultra marins. Fidèle à ses positions marxistes, il fait le lien entre féodalité, colonialisme et capitalisme. Mais il est aussi capable de vous expliquer pourquoi Beyoncé est emblématique du « black capitalism » tandis que Britney Spears serait plutôt une camarade communiste.
Sara a été agréablement surprise de voir son ami « timide » se lancer sur TikTok. Et en même temps, dit-elle, « je savais qu’il allait créer quelque chose d’énorme, de différent, mais je ne savais pas comment. Le voir faire ça, c’est magique ».
Quand il ne parle pas de conscience de classe et de race sociale, il a d’autres hobbies : « On dirait pas comme ça, mais je suis un vrai geek, un vrai nerd », rit-il. « J’ai une passion pour les avions, l’astrophysique, les trous noirs… ». Et, clairement, pour les voyages : grâce au mannequinat, il a vécu quelques mois en Afrique du Sud, visité le Brésil, et s’installe actuellement en Guadeloupe pour 2-3 mois, pour profiter notamment de sa « deuxième famille », celle de la nourrice qui l’a élevé alors que sa mère jonglait entre son travail et le fait d’être maman solo.
Enseigner aux enseignants sur l’antiracisme
En parallèle de ses premières vidéos (d’abord postées sur Youtube), un ami sociologue lui propose de se joindre à lui pour co-dispenser des formations aux universités britanniques sur le racisme et les discriminations. Aujourd’hui, il assure seul ces modules, auprès d’enseignants, toujours, mais aussi d’entreprises et d’administrations, et commence à aborder la « décolonisation des programmes et de l’enseignement ». En gros, il s’agit de prendre conscience que « la façon dont on appréhende la science, l’Histoire, est issue d’un rapport de force qu’on appelle le colonialisme ».
Il estime qu’il ne pourrait pas aborder ces thèmes de cette manière en France, car « les débats n’en sont pas du tout au même point » sur l’antiracisme. Il se tient donc un peu éloigné des débats français, mais en même temps, garde une place à part dans son cœur pour l’Alsace et pour Strasbourg.
Il y revient une fois par an, comme il l’a toujours fait, aux vacances de Noël, pour voir sa famille. Il se rappelle en riant avoir été « ce petit guadeloupéen à la neige au Champ du feu ».
Il se considère aussi alsacien et dit « beaucoup aimer Strasbourg, qui est une ville magnifique ». Il y a encore des amis d’enfance et de bons souvenirs. Parfois, il se demande s’il pourrait à nouveau y vivre, peut-être y avoir juste un pied à terre. Histoire de nous offrir quelques analyses made in Strasbourg, qui sait, sur le futur quartier Archipel 2, la rénovation de la Manufacture des Tabacs ou l’embourgeoisement du quartier du Port du Rhin ?
Jeudi après-midi, un rassemblement spontané a rassemblé entre 80 et 100 personnes en soutien à l’Ukraine, suite à l’invasion de ce pays par la Russie le matin même. Les expatriés ukrainiens ont témoigné de leur sidération.
Après l’appel de l’association Promoukraïna, entre 80 et 100 personnes se sont rassemblées place Kléber à Strasbourg, en soutien à l’Ukraine et pour dénoncer l’invasion du pays par des militaires russes. Parmi les personnes présentes se trouvaient des Ukrainiens établis ou de passage à Strasbourg, ainsi que des Strasbourgeois dont quelques conseillers et conseillères municipaux.
Une centaine de personnes se sont déplacées Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc
Georgi, prénom d’emprunt, travaille au Conseil de l’Europe et habite à Strasbourg depuis sept ans. Il témoigne en tenant un large drapeau ukrainien :
« Je me suis réveillé ce matin à 4 heures avec mon pays en guerre, des avions qui survolent nos villes, des missiles qui tombent… C’est un cauchemar. La situation était stabilisée dans le Donbass, maintenant qui sait jusqu’où ce conflit peut aller ? »
L’appel au rassemblement a été diffusé quelques heures plus tôt Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc
Yegor a tenté de haranguer l’assemblée Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc
« C’est l’Europe qui est attaquée ! »
À côté, Yegor est avocat inscrit au barreau de Strasbourg. À l’aide d’un mégaphone, il s’adresse à la petite foule, qui a formé un cercle : « Soutien à l’Ukraine ! Stop Poutine ! » Les slogans sont repris par l’assemblée, sans grande énergie. Il précise :
« Il faut soutenir notre pays, qui est isolé et se retrouve seul face à la Russie désormais ! Aujourd’hui, c’est à l’Europe qu’il a déclaré la guerre ! Les Ukrainiens sont prêts à se battre. Depuis 2014 (date de l’invasion russe de la Crimée, NDLR), nous savions que Poutine voulait la guerre. J’appelle les Russes à exprimer leur désapprobation, même si c’est difficile. Nous sommes des peuples frères, pourquoi ils nous envahissent ? »
Anna a déjà fui le Donbass en 2014 Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc
Anna, la quarantaine, porte un petit carton avec « Arrêtez Poutine terroriste » inscrit dessus au feutre noir. Elle est en pleurs :
« J’ai fui l’Ukraine en 2014, lorsque la Russie a soutenu la sécession du Donbass. Je viens de Louhansk. Il n’y a aucune autre manière d’arrêter Poutine que la force. Les sanctions économiques n’ont aucun effet, c’est un terroriste. Tout ce qu’il dit n’est que mensonges. Il a déclenché une guerre totale contre l’ensemble de notre pays, des bombes sont tombées à Kiev, à Odessa, à Kharkov… »
Bâtiments aux couleurs de l’Ukraine
Dans un communiqué, la Ville de Strasbourg a indiqué que par « solidarité avec le peuple ukrainien qui subit une attaque militaire russe d’une intensité inégalée, trois bâtiments de la Ville seront habillés dès jeudi soir aux couleurs de l’Ukraine : l’Hôtel de Ville, le centre administratif, et le Pont Beatus Rhenanus (le pont du tram sur le Rhin, NDLR). »
Conseiller municipal d’opposition, Alain Fontanel (LREM) demande à la maire Jeanne Barseghian (EELV) que « le conseil municipal condamne, auprès de l’Ambassadeur de Moscou à Strasbourg, cette violation du droit international et suggère d’établir les contacts avec l’Ambassadeur d’Ukraine pour lui réaffirmer notre pleine et entière solidarité face à l’agression dont son pays est victime en conduisant symboliquement une délégation de notre Conseil municipal dans ses locaux en territoire ukrainien ».
Une manifestation européenne en soutien à l’Ukraine est prévue samedi 26 février à partir de 15h, place Kléber à Strasbourg.
Les troupes russes sont entrées en Ukraine dans la nuit de mercredi à jeudi 24 février. Face à cette guerre provoquée en Europe par la Russie, des citoyens appellent à un rassemblement en protestation, place Kléber à Strasbourg.
La communauté ukrainienne de Strasbourg appelle à un rassemblement ce jeudi 24 février à 15h, pour dénoncer l’invasion de leur pays par la Russie. L’appel est parti de l’association Promoukraïna qui organise régulièrement des événements en lien avec la culture ukrainienne à Strasbourg.
L’appel est relayé et soutenu par Europe Ecologie – Les Verts Strasbourg même si peu d’élus se sont prononcés officiellement à l’heure de publier cet article.
Rassemblement à 15h place Kleber à #Strasbourg aujourd'hui à l'appel de la communauté ukrainienne 🇺🇦🇪🇺#StandWithUkraine
D’autres personnes individuelles cherchent à exprimer leur indignation face aux bombardements et à l’invasion russes. Ainsi Valérie Thatcher prévoit de manifester devant le consulat de Russie, ce jeudi à 13h.
Je rejoins Strasbourg et me tiendrai devant le consulat de Russie, à partir de 13 heures, 6 place Sébastien Brant en solidarité avec le peuple ukrainien, pour une Ukraine libre et souveraine. 🇺🇦🇺🇦🇺🇦🇺🇦🇺🇦🇺🇦🇺🇦🇺🇦🇺🇦🇺🇦🇺🇦🇺🇦🇺🇦🇺🇦 pic.twitter.com/6h6tPtzlMr
Une proposition de panneaux supplémentaires sur l’A35 pour indiquer les accès gratuits vers Strasbourg a été envoyée au ministère des Transports, avec un avis favorable de la préfète du Bas-Rhin.
Des panneaux précis pour corriger des panneaux trompeurs ? Lundi 21 février en séance plénière, le président de la Collectivité d’Alsace (CeA), Frédéric Bierry (LR), a annoncé qu’une proposition de panneaux supplémentaires par ses services a reçu « un avis favorable » de la préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier. Une information confirmée par la préfecture du Bas-Rhin, qui indique que le dossier est désormais transmis à la Direction générale des Infrastructures, des Transports et de la Mer (DGTIM), sous l’autorité du ministère de l’Écologie.
Ces panneaux indiqueront un accès gratuit vers Strasbourg avec des indications type : « pour Strasbourg, suivre Schiltigheim » au nord de l’agglomération ou « suivre Illkirch-Graffenstaden » au sud. En effet, les panneaux actuels n’indiquent Strasbourg que par l’accès ouest, ce qui implique d’emprunter la moitié du Grand contournement ouest (GCO) payant, à l’encontre de l’objectif d’un contournement (lire notre article).
Les panneaux renvoient vers le GCO avec comme indication « Strasbourg » Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Des panneaux en plus plutôt qu’un remplacement
La proposition nouvelle n’est pas un remplacement des panneaux actuels controversés, mais un ajout d’autres panneaux en amont du GCO sur le réseau de l’A35, une autoroute désormais aux mains de la CeA avec ses nouvelles compétences. Au sud, le panneau serait par exemple à hauteur d’Innenheim, juste avant l’échangeur Sud. Avant de formuler cette proposition, Frédéric Bierry a également échangé avec la présidente de l’Eurométropole, Pia Imbs (sans étiquette), qui n’a pas vu d’opposition.
À Rue89 Strasbourg, le ministère de l’Écologie et des Transports avait indiqué qu’il ne voyait pas d’inconvénient à modifier les panneaux si une demande lui était adressée. Reste maintenant à déterminer dans quel délai.
Le président de la Collectivité d’Alsace s’oppose à la mission d’information sur la protection de l’enfance dans son département, alors qu’il est vice-président en charge de l’Enfance à l’assemblée des départements de France.
Président de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA), Frédéric Bierry (LR) se sent porté par sa consultation plébiscitaire pour extraire l’Alsace de la Région Grand Est. Mais c’est sur un autre front politique qu’il est mis au défi : celui de la protection de l’Enfance, une compétence des Départements. En tant que vice-président de l’Assemblée des Départements de France (ADF) chargé de la Solidarité, Santé et Travail (et donc entres autres de la protection sociale de l’Enfance), c’est un sujet sur lequel il est amené à s’exprimer régulièrement dans des instances nationales.
Or il a refusé lundi qu’une Mission d’information et d’évaluation (MIE), proposée par les écologistes, s’intéresse à ce dossier. Et comme il est d’usage, le reste des 38 binômes d’élus départementaux a suivi sans broncher ce que dit leur président. La demande n’a même pas suscité de débat interne au sein des groupes de la majorité, ni entre les présidents de groupes. Les écologistes devaient rallier au moins 12 élus de la droite et du centre pour que cette MIE voit le jour.
Frédéric Bierry refuse ainsi une série d’auditions avec des spécialistes du domaine, regroupées sur six mois. Elle aurait débouché sur un rapport transpartisan et public. Comme son vice-président Nicolas Matt, Frédéric Bierry voit cette démarche comme attaque politique. Ce n’est pourtant pas la définition d’une MIE telle que prévue dans le règlement. À la Ville et à l’Eurométropole de Strasbourg, les MIE sont devenues courantes avec quatre sujets étudiés en trois ans (l’avenue du Rhin, les rats, l’opéra, la géothermie).
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