Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

À l’Elsau, « si La Poste ferme, il ne reste plus rien dans le quartier »

À l’Elsau, « si La Poste ferme, il ne reste plus rien dans le quartier »

Avec la rénovation urbaine amorcée en entrée de quartier, les habitants de l’Elsau s’inquiètent de voir leur bureau de poste disparaître. Le local doit être détruit en 2025. La Ville de Strasbourg assure que le service postal sera maintenu. Mais l’emplacement futur reste à déterminer.

9h40, rue Watteau. Dans l’unique artère commerçante du quartier de l’Elsau, il n’y a plus de distributeurs de billets ni de supermarché depuis plus de cinq ans. Au milieu de ces devantures fermées ou décrépies, le bureau de poste fait figure d’exception. L’établissement est ouvert en cette matinée du jeudi 17 février. Chargé de clientèle de l’entreprise postale, Fabrice sifflote en attendant le prochain client. À ses côtés, Mehdi fait office de médiateur pour l’association Face Alsace. Son rôle : prévenir les incivilités et venir en aide aux personnes en difficultés dans leurs démarches administratives ou pour l’envoi d’un coli.

Fabrice (à gauche) est chargé de clientèle pour La Poste. À sa droite, Mehdi est médiateur pour l’association Face Alsace. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

La Poste : seule option pour retirer de l’argent à l’Elsau

La Poste de l’Elsau n’est jamais vide très longtemps ce matin. Il y a d’abord Franck, 53 ans. Ancien sans-abri, il habite le quartier depuis un an. Il est venu pour retirer de l’argent et évoquer un problème d’accès à son compte bancaire sur internet. Interrogé sur une éventuelle fermeture de l’établissement, il s’exclame : « Ce serait le comble pour les personnes âgées. Elles ne vont pas aller au centre-ville juste pour retirer de l’argent ou payer une facture ! »

Josiane, 91 ans, fait partie des autres usagers de la matinée. Avec sa canne dans une main, elle peine à ouvrir la lourde porte du bureau. Habitante de l’autre coté de la rue Watteau, la dame à la longue jupe à carreaux vient deux fois par mois retirer 250 euros. Et si la poste de l’Elsau fermait ? « Alors il faudrait que je prenne le tram pour retirer de l’argent, il y a toujours des courses à faire en ville », répond elle simplement.

« On reste dans le quartier »

Selon le chargé de clientèle Fabrice, la majorité des usagers du bureau de poste du quartier viennent retirer de l’argent. Gordana, 60 ans, arrive en claquettes chaussettes, gilet sans manche. Dans un français teinté d’accent bosniaque, elle arrive en priant « pour que la machine marche aujourd’hui, parce que mon portefeuille est presque vide ». Habitante de la rue Watteau, elle est venue quelques jours plus tôt pour envoyer des cigarettes achetées en Allemagne à des connaissances parisiennes. Et l’utilité du service postal ne s’arrête pas là pour Gordana : « Ils m’aident aussi parfois pour remplir les papiers », explique-t-elle.

Selon les estimations de Fabrice, 60% des usagers de la Poste de l’Elsau viennent pour retirer ou déposer de l’argent. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Après 10 ans de carrière au bureau de poste de l’Elsau, Fabrice connaît les usagers. « Voilà ma mamie qui me dit bonjour, bonjour madame Klein », lance-t-il avec un baiser envoyé de la main. L’agent postal a remarqué l’inquiétude des habitants sur l’avenir de la poste du quartier :

« Depuis le début de la rénovation urbaine, les gens nous demandent si on va fermer ou si on va déménager. On leur dit qu’on changera juste d’emplacement, mais on restera dans le quartier. »

« On sacrifie souvent le bureau de l’Elsau »

L’inquiétude des Elsauviens vient aussi du fait que l’agence La Poste se situe côté pair de la rue Watteau, une zone vouée à la démolition dans le cadre de la rénovation urbaine. Et puis il y a le service irrégulier de La Poste. Tous les usagers interrogés évoquent un bureau régulièrement fermé alors que les horaires d’ouverture indiquent une amplitude maximale. À côté de Fabrice, le médiateur Mehdi le reconnaît : « Quand il faut du renfort au bureau des Halles ou de Koenigshoffen, La Poste sacrifie souvent le bureau de l’Elsau. »

La Poste se situe côté pair dans la rue Watteau. Elle sera détruite en 2025 dans le cadre du plan de rénovation urbaine de l’Elsau. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Angélique, aide à domicile rémunérée 1 300 euros par mois, se plaint aussi d’une poste trop souvent fermée. Elle vient pour retirer de l’argent, envoyer du courrier et suivre son abonnement téléphonique à La Poste. Alors une fermeture, l’Elsauvienne depuis 22 ans préfère ne pas y penser :

« S’il y a plus de Poste, il n’y a plus rien ici. Déjà qu’il n’y a plus de banque ni de supermarché, seulement deux épiceries et un bureau de tabac… »

Benjamin Soulet : « La Poste sera maintenue »

Adjoint à la maire de Strasbourg en charge de l’équité territoriale, Benjamin Soulet (Labo citoyen) rassure :

« L’Elsau est notre priorité numéro un parmi les quartiers prioritaires. La Poste sera maintenue. La seule question porte sur la future localisation du bureau postal : à partir de 2025 (date de démolition du côté pair de la rue Watteau, NDLR) elle pourra se trouver soit en entrée de quartier, au niveau du programme immobilier du promoteur Marignan, soit dans le site de la mairie de quartier ou alors dans le futur bâtiment de la maison des services au public, dont la construction commencera en 2023 et doit aboutir en 2025. »

Benjamin Soulet, adjoint à la maire de Strasbourg en charge de l’équité territoriale. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Conscient de la lassitude des Elsauviens vis-à-vis des promesses lointaines, l’adjoint de la municipalité écologiste évoque des échéances plus proches : en 2022, la mairie de quartier sera rénovée grâce à des contrats d’insertion pour des habitants du quartier. Le projet doit permettre à l’établissement d’être ouvert plus souvent et d’offrir tous les services compris dans le label France Services (CAF, Pôle Emploi, CPAM…). Benjamin Soulet assure aussi que des négociations sont en cours pour faire revenir un distributeur de billets dans le quartier.

La justice pourrait annuler la dématérialisation des demandes de titre de séjour

La justice pourrait annuler la dématérialisation des demandes de titre de séjour

La Cimade, le syndicat des avocats de France et la Ligue des droits de l’Homme ont saisi le tribunal administratif de Strasbourg en juin 2021 contre la dématérialisation des demandes de titre de séjour. Mardi 22 février, le rapporteur public les a suivi en demandant l’annulation du processus mis en place par la préfecture.

« C’est plutôt positif, on espère que le juge va suivre », commente Me Ekaterini Sabatakakis, avocate pour le collectif composé de La Cimade, le syndicat des avocats de France (SAF) et la Ligue des droits de l’Homme. Mardi 22 février, le rapporteur public (dont l’avis est très souvent suivi) du tribunal administratif de Strasbourg vient de se prononcer en faveur de l’annulation de l’obligation par la préfecture du Bas-Rhin de passer par une plateforme en ligne pour les étrangers qui demandent un titre de séjour.

Comme Rue89 Strasbourg l’expliquait dans un article publié fin janvier, depuis juin 2017, la prise d’un rendez-vous en préfecture ne se fait plus que sur internet. Et depuis mai 2020, le dépôt des dossiers ne se fait que par le portail de l’Administration numérique pour les étrangers de France (Anef).

Ces démarches posent des problèmes aux associations, qui doivent souvent assumer seules l’accompagnement des étrangers dans leurs demandes. Le collectif a donc saisi le tribunal administratif le 31 juin 2021 pour demander l’annulation de ces obligations. L’audience a eu lieu huit mois plus tard, mardi 22 février.

Quelques personnes se sont rassemblées devant le tribunal administratif de Strasbourg à l’occasion de l’audience sur la dématérialisation. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg

Une exception pour les titres de séjour étudiant ou les « passeports talents »

Le rapporteur public retient notamment un vice de forme : la préfecture n’a pas demandé l’avis de la Commission nationale informatique et des libertés (Cnil) avant de mettre en place ce téléservice. En plus, les personnes ne peuvent pas réaliser certaines démarches obligatoires, comme la prise d’empreintes digitales, puisque les rendez-vous se font en ligne.

Il a cependant rejeté la demande des associations de condamner l’État au paiement des frais d’instance. Il a aussi souhaité que l’annulation de la décision ne prenne effet qu’au 1er juin 2022, afin d’éviter d’entraver les procédures déjà en cours.

Le rapporteur public a proposé que les téléservices soient maintenus pour les titres de séjour portant la mention « étudiant », ou les « passeports talents » (une carte de séjour pluriannuelle pour pouvoir travailler plus de trois mois en France). Le suivi de ces procédures est « déjà assuré dans les universités ou les entreprises », comme le dit Me Ekaterini Sabatakakis.

Le rapporteur ne demande pas de mesure précise

Le rapporteur public n’a, en revanche, pas donné d’avis concernant les mesures que la préfecture doit mettre en place pour accompagner davantage les travailleurs étrangers, « comme par exemple le dépôt physique d’un dossier ou encore la voie postale », s’inquiète Me Ekaterini Sabatakakis.

Me Typhaine Elsaesser, qui représente aussi le collectif des associations, a évoqué pendant l’audience un rapport du Défenseur des droits publié le 16 février 2022. Celui-ci parle de « dysfonctionnements systémiques et de graves atteintes aux droits pour les étrangers » dans les administrations françaises.

Il pointe notamment des plateformes de prise de rendez-vous en ligne saturées, faute de créneau disponible. De plus, les plateformes de « simplification des démarches en ligne » deviennent bien souvent l’unique moyen de faire une demande de titre de séjour. Pourtant, le Conseil d’État a déjà rendu un arrêté le 27 novembre 2019, soulignant que ces téléservices ne pouvaient pas légalement être l’unique moyen de faire ces démarches.

La Ligue des droits de l’Homme s’est mobilisée contre la dématérialisation. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg

Pour la préfecture, une alternative existe, les associations l’ignorent

La préfecture assure qu’il y a pourtant « bien une alternative : nous avons un accueil sur place, avec une prise en charge entre 8h30 et 15h30, par des titulaires et des services civiques spécialement formés ». À cela, Me Sabatakakis soulève :

« L’accès à la préfecture est interdit sans prise de rendez-vous en ligne. S’il y a un bien un service sur place et que l’information n’est pas portée à la connaissance des concernés, alors ce n’est pas un service. »

La préfecture a par ailleurs soutenu qu’il existait un service dénommé « e-meraude », dédié à l’accueil des personnes étrangères dans leur demande de titre de séjour. Mais « on ne trouve aucune trace de ce service sur le site de la préfecture du Bas-Rhin », affirme Me Ekaterini Sabatakakis.

Le jugement sera rendu fin mars 2022.

La section internationale allemande maintenue à l’école Vauban à la rentrée

La section internationale allemande maintenue à l’école Vauban à la rentrée

Lundi soir, la rectrice de l’académie de Strasbourg a indiqué lors d’une réunion avec les parents d’élèves que la suppression de la section internationale allemande de l’école Vauban avait été « gelée. » Mais la menace demeure pour la rentrée de septembre 2023…

« La vraie consultation commence maintenant », se réjouit Angélique Ferat, représentante de l’Apelevis, l’Association des parents d’élèves des établissements à vocation internationale de l’Académie de Strasbourg, à la sortie d’une réunion avec la rectrice de l’Académie de Strasbourg au soir du lundi 21 février. 

Rue89 Strasbourg avait relaté dans un précédent article la mobilisation de parents d’élèves qui craignaient que la section internationale allemande de l’école Vauban soit remplacée par des filières du nouveau lycée franco-allemand pour les élèves de collège et lycée et par des classes bilingues pour les plus jeunes.

Lundi soir, la rectrice de l’académie de Strasbourg a indiqué dans un communiqué qu’ « afin de parfaire la concertation, la rectrice a annoncé le maintien des sections internationales allemandes à Strasbourg dans le premier degré à la rentrée 2022. »

Soupir de soulagement chez les parents d’élèves, qui se sentent « enfin conviés aux discussions » :  

« Nous n’avions absolument pas été concertés, contrairement à ce qui a plusieurs fois été dit. Pendant la réunion, le rectorat a reconnu qu’il y avait eu un manque de communication et qu’il fallait repenser ensemble l’enseignement franco-allemand à Strasbourg. Nous avons donc obtenu un an de sursis et l’engagement que les parents seront écoutés pour la suite. »

Angélique Ferat, parent élue de l’Apélévis

Le problème de recrutement d’enseignants allemands natifs

Le communiqué annonce également que la rectrice « réunira un conseil académique des sections internationales exceptionnel fin avril » afin d’étudier avec les différents acteurs les principaux obstacles au maintien de la section internationale. Le premier étant la carence d’enseignants germanophones natifs.

La section internationale (SI) propose effectivement l’enseignement de la langue allemande, mais aussi celui de sa culture et de sa pédagogie qui demande une grande connaissance du système allemand (contrairement aux sections bilingues, qui n’enseignent que l’allemand). « Dans la SI, il doit avoir un enseignant allemand pour un enseignant français. C’est le Bade-Wurtemberg qui doit les fournir, or, depuis plusieurs années, ils peinent à en trouver », résume la représentante de l’Apelevis.

« Il y a, d’un côté, les parents qui ont peur d’une perte de niveau avec un mélange d’élèves germanophones et de débutants et la disparition des enseignants natifs et, de l’autre, la difficulté de faire venir ces enseignants. Avec une telle problématique, je ne me fais pas d’illusion et je ne pense pas que la SI telle que nous la connaissons puisse perdurer sur le long terme. »

Angélique Ferat, parent élue de l’Apélévis

Seuls les parents élus étaient conviés à cette réunion lundi soir. Une autre réunion réunissant les parents à l’origine de la pétition « Pour le maintien de la Section Internationale Allemande à Strasbourg ! », comptant à ce jour plus de 2 800 signataires a été reportée à une date ultérieure. Alice Canet, mère de deux petites filles franco-allemandes que nous avions rencontrée, devait y participer et regrette ce choix.

Sortie du Grand Est : le plébiscite attendu s’est produit, la compétition électorale débute

Sortie du Grand Est : le plébiscite attendu s’est produit, la compétition électorale débute

Sans surprise, seuls les anti-Grand Est se sont mobilisés pour participer à la « consultation politique » visant à extraire l’Alsace de la Région Grand Est avec 142 400 voix comptabilisées. Si en Alsace, des élus régionalistes, de droite, marcheurs et frontistes s’enthousiasme le résultat, rien n’assure que les candidats à l’élection présidentielle s’en saisiront.

Lundi matin à Colmar, Frédéric Bierry a commencé par annoncer la participation totale (« 168 456 bulletins ») à sa consultation publique, mais le président de la Collectivité d’Alsace (CeA) a dû rapidement admettre que 9% des bulletins avaient été identifiés comme des doublons par la société Open Source Politics qui a géré le vote en ligne, et par les huissiers de justice.

« Certains ont même voté trois fois : en ligne, dans une urne et par courrier », rapporte Karen Deneuville, l’huissière en charge du contrôle de cette consultation des Alsaciens qui a débutée début janvier. Ce ne sont que finalement « que » 153 844 voix qui ont été comptabilisées et comme attendu, 142 200 d’entre elles (soit 92,4% des bulletins valides exprimés) se sont prononcées « pour » une sortie de l’Alsace de la Région Grand Est.

Les huissiers ont retrouvé plusieurs bulletins identifiés comme émanant de Frédéric Bierry ou de Jean Rottner, le président du conseil régional du Grand Est (LR). Ce ne sont que les faux bulletins facilement identifiables. Comme il n’y avait pas de fichier électoral, qu’il était possible de rentrer des noms, dates de naissance et adresses fictives, une suspicion sur l’unicité de chacune des voix s’applique. Le nombre de bulletins émanant du Bas-Rhin (60,4%) et du Haut-Rhin (37%) est à peu près conforme à la répartition de la population. À cela s’ajoutent 2,6% de bulletins venus d’autres régions de France et même de l’étranger. Une grande majorité des participants, 82,2%, a voté en ligne.

La représentativité en question

Comme pour s’en convaincre, Frédéric Bierry et ses équipes rappellent à tue-tête qu’il s’agit là d’une « participation exemplaire ». C’est pourtant sur ce point que les critiques devraient venir depuis les formations politiques pour minorer, voire négliger le résultat. Certains observateurs tablaient sur une participation plus forte, compte tenu des moyens déployés, du temps alloué et des multiples moyens pour participer. La participation est bien plus faible que lors du référendum de 2013 pour créer une collectivité unique d’Alsace, alors que le Grand Est et le rejet qu’il suscite, n’existaient pas.

Peu importe, Frédéric Bierry estime que les situations ne sont pas comparables :

« On ne parle pas de la même chose. Le Grand Est existe depuis 6 ans et pourtant il y a cette participation. Beaucoup de personnes se sont demandées à quoi sert cette consultation et pensant que ça ne servirait à rien, n’ont pas participé ».

Dans la majorité de la CeA, la mulhousienne Lara Million (LREM) rétorque le nombre de voix exprimées est supérieur que celui qu’a accumulé Jean Rottner en Alsace (137 687) lors des élections régionales de 2021. Autre élément de comparaison, c’est davantage que les votes des primaires, uniquement en ligne, des écologistes et des adhérents LR pour se choisir un candidat. Mais bien moins que celle de la « primaire populaire » (393 000 voix) qui débouche sur un début de campagne poussif pour Christiane Taubira.

Finalement, Frédéric Bierry parlera à tout le monde

Frédéric Bierry dit maintenant vouloir solliciter « tous les candidats », alors que dans un premier temps, il ne pensait adresser sa demande qu’à Emmanuel Macron et Valérie Pécresse. Les relais alsaciens des deux candidats se félicitent du résultat, mais se gardent bien de prendre position à leur place.

« Orateur régional » de Valérie Pécresse, le Strasbourgeois Jean-Philippe Vetter (LR) salue le « succès de mobilisation après la faible participation aux élections » et un résultat « sans ambiguïté ». Il met en avant la proximité politique de sa candidate avec Frédéric Bierry :

« Elle est la seule à l’avoir rencontré lors d’un dîner le 6 octobre, quand la consultation n’était pas encore lancée. Il avait pu lui expliquer sa position. Elle a missionné Xavier Bertrand sur la question de la République des territoires. Emmanuel Macron a été président pendant cinq ans, il n’est pas revenu sur les grandes régions et lors de l’examen de la loi sur la CeA, tous les amendements pour lui donner plus de pouvoirs économiques ont été rejetés par les macronistes. À titre personnel, je souhaite désormais une expression sur ce sujet. Ce sera une proposition travaillée, c’est une équipe sérieuse. Il n’y aura pas de déclaration rapide et non-réfléchie. »

La majorité présidentielle pas au niveau sur l’Alsace ? Ce n’est pas du tout le sentiment de la ministre Brigitte Klinkert, aussi élue à la CeA et à la Région Grand Est :

« Lors des élections régionales, j’avais proposé une consultation sur le périmètre de la région. Le président et ce gouvernement se sont engagés pour l’Alsace comme rarement. Avec la loi pour la CeA notamment mais pas seulement, avec aussi la recréation de la commission du droit local. Je vais relayer les résultats qui donnent une grande tendance. C’est surtout une démarche vers les candidats et les députés. »

Soutien du RN, prudence des écologistes

Quelques semaines plus tôt, un écho du Canard Enchaîné a relaté que la majorité présidentielle serait prête à recréer une Région Alsace pour faire payer à Jean Rottner sa présence dans l’équipe de campagne de Valérie Pécresse. Si la déclaration a le don de diviser la droite alsacienne, cela ne vaut pas pour un engagement dont Emmanuel Macron serait comptable.

Au Rassemblement national, la prise de position est plus directe. « Marine Le Pen s’est engagée à rendre l’Alsace aux Alsaciens. Élue présidente de la République, elle le fera », a réagi le porte-parole du parti pour le Grand Est, Laurent Jacobelli. Idem chez les régionalistes d’Unser Land qui clament être « le seul parti politique en Alsace à s’être engagé pleinement en faveur de cette consultation ». Son président Jean-Georges Trouillet fustige la position du RN « Christian Zimmermann (patron du RN en Alsace) s’est exprimé contre la consultation, c’est un parti centralisateur qui était contre la collectivité unique en 2013 ». Il estime que les clés sont plutôt dans le camp du président : « Emmanuel Macron n’a pas fait de réforme institutionnelle et pourrait le faire lors d’un deuxième mandat. On entend que ça bouge là-dessus » et voit mal LR se positionner au risque de se diviser. « Ils tenteront de ménager les majorité d’Alsace et Grand Est ! », prédit-il. Néanmoins, l’ancien candidat aux élections régionales a un désaccord majeur avec le projet de Frédéric Bierry, le fait de maintenir le mode de scrutin majoritaire par cantons qui n’est pas représentatif des forces politiques comme la sienne ou d’autres partis.

Chez les écologistes, de nombreuses critiques ont été émises sur le coût de l’opération, l’absence de contrôle de la sincérité des votes et la mobilisation des fonctionnaires dans une campagne politique lors de cette consultation. Des prises de position qui ont valu une séance sous les sarcasmes d’une partie des élus de la CeA. Mais dans un communiqué qui rappelle ces critiques, EELV Alsace met en avant la participation des citoyens aux questions territoriales :

« À l’instar du projet porté par Yannick Jadot, candidat à l’élection présidentielle, nous souhaitons soumettre à référendum les futures réformes territoriales qui proposeront de revenir progressivement et selon la volonté des citoyens, à des périmètres qui font sens. »

Les petites voix dissonantes de la majorité

Plus tard dans la matinée, la séance publique du Conseil de la CeA a montré que le consensus n’est pas total dans l’hémicycle présidé par Frédéric Bierry. Dans ce qui pouvait ressembler à une critique implicite, le député haut-rhinois Raphaël Schellenberger (LR) aimerait désormais que les consultations servent à « construire des décisions », ce qui n’est pas le cas ici. Après ce « premier test », il voit des « points à consolider » sur la méthode. Quand au prochain sujet, il souhaite qu’il s’agisse de « la taxe poids lourds ». Un point d’accord avec les écologistes, qui aimeraient que la question porte sur l’opportunité d’instaurer cette taxe « dès 2024 ». « Avoir du poids nous permettra d’avancer, on craint d’avoir des blocages de l’État ou des élus lorrains », s’explique l’intéressé après coup. Sur la consultation anti-Grand Est, il réfute toute critique de la consultation et attend désormais des propositions de Valérie Pécresse. « Il faut que la droite fasse des propositions systémiques, la réforme territoriale n’est pas la nôtre », explique-t-il. « Pour gagner, il faut prendre des risques », abonde son homologue Philippe Meyer, qui reconnait que le sujet peut crisper au sein de la droite.

Plus offensif, l’adjoint au maire de Mulhouse, Alain Couchot, (dans la majorité de Jean Rottner) « questionne la temporalité » de l’opération dans le contexte électoral et de crise sanitaire. Il est le seul élu de droite et du centre à s’être abstenu sur la reconnaissance du résultat, avec les deux élus socialistes et les 4 élus écologistes strasbourgeois. On imagine que le résultat aurait été bien différend si le conseil régional du Grand Est avait dû se prononcer.

Pour le budget de la CeA, le coût de la campagne de communication est de 235 000 euros, près du double d’une précédente « consultation » en 2018 avant la création de la CeA, où les habitants étaient appelés à s’exprimer sur les compétences.

Les travailleurs sociaux obtiennent une revalorisation de 183 euros, la CGT craint que des professions soient oubliées

Les travailleurs sociaux obtiennent une revalorisation de 183 euros, la CGT craint que des professions soient oubliées

Le Premier ministre a annoncé vendredi 18 février l’extension de la prime Ségur à l’ensemble des professions socio-éducatives. La CGT demande l’inclusion du personnel administratif et des fonctions support. Jean Castex n’a pas précisé si ces métiers étaient aussi concernés.

À Strasbourg comme dans toute la France, les travailleurs sociaux ont manifesté le 1er février pour dénoncer leurs mauvaises conditions de travail et leurs bas salaires. Le mot d’ordre : une revalorisation mensuelle de 183 euros nets pour le personnel des structures sociales et médico-sociales. C’est ce que les soignants ont obtenu dans le cadre du Ségur de la santé.

Vendredi 18 février, le Premier ministre Jean Castex a annoncé l’extension de la prime Ségur à l’ensemble des professions socio-éducatives, dans les structures sociales et médico-sociales. Par exemple, les foyers de la protection de l’enfance, de l’hébergement d’urgence, ou les structures pour les adultes handicapés, sont concernés. « La lutte paie ! Mais il n’y a pas de quoi se satisfaire pour le moment », commente la CGT Mosaïque Action Sociale 67, dans un communiqué publié lundi 21 février.

« Eux aussi font tourner les structures »

Jérôme Bardot, éducateur technique spécialisé à l’Apedi (une association qui gère des établissements d’accueil pour les handicapés mentaux) et porte-parole du syndicat, indique que le périmètre de cette revalorisation salariale n’est pas encore défini :

« Pour les éducateurs comme moi, ça devrait être bon. Mais nous craignons que les collègues des fonctions supports, administratifs, logistiques, les surveillants de nuit et maîtresses de maison, soient laissés de côté. Eux aussi font tourner les structures, sont complètement indispensables, et, pour la plupart, précaires. »

Environ 800 travailleurs sociaux ont manifesté à Strasbourg le 1er février. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : TV / Rue89 Strasbourg

La CGT dénonce aussi la volonté des organisations patronales du secteur social, Fehap et Nexem, de créer une nouvelle convention collective pour les éducateurs. Dans une note datée du 17 février (voir ici la note synthétique et ici la note complète), ces organisations envisagent une nouvelle grille des salaires, qui ne dépendrait plus de l’ancienneté ni du niveau d’études, mais de critères classants individuels, « forcément subjectifs », alerte Jérôme Bardot, de la CGT : « Nous craignons une mise en concurrence des salariés pour les rémunérations. »

Le Premier ministre soutien une « modernisation des conventions »

Dans son communiqué du 18 février, le Premier ministre a déclaré « soutenir la démarche en faveur d’une modernisation du cadre conventionnel ». La CGT prévient :

« La lutte va se poursuivre tant que l’ensemble de nos collègues ne bénéficieront pas d’une revalorisation salariale. Elle se poursuivra aussi pour contrer le projet destructeur des employeurs. »

La CGT demande une revalorisation de 300 euros nets, en comprenant la prime du Ségur. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

La CGT demande une prime de 300€ nets, incluant la prime Ségur. Le syndicat demande un « financement des établissements à hauteur des besoins, des embauches massives, d’en finir avec les logiques libérales dans les structures », et « une convention collective unique de haut niveau, améliorant fortement les garanties collectives ».

Moins de votants pour sortir l’Alsace du Grand Est que pour empêcher une région unique en 2013

Moins de votants pour sortir l’Alsace du Grand Est que pour empêcher une région unique en 2013

Les 140 000 participants à la consultation sur la sortie du Grand Est ont-ils donné assez de poids au président de la Collectivité d’Alsace ? En 2013, davantage d’Alsaciens avaient voté « contre » la fusion du Haut-Rhin et Bas-Rhin pour fonder une collectivité unique que veut relancer Frédéric Bierry.

Frédéric Bierry a décalé d’une heure la réunion de son assemblée pour l’occasion. Lundi 21 février, à Colmar, le président de la Collectivité d’Alsace doit annoncer en majesté le résultat de la consultation sur la sortie de l’Alsace du Grand Est. Le résultat fait peu de doute : un plébiscite pour la sortie de la Région Grand Est est attendu. Mais la participation est déjà connue. La Collectivité d’Alsace (CeA) annonce plus de 140 000 votants. Est-ce beaucoup ou peu pour l’Alsace qui compte 1,8 millions d’habitants ?

C’est deux fois et demi plus que la consultation sur un sujet plus anodin, le choix du logo à apposer sur les plaques d’immatriculation, organisée par la même CeA fin 2020 (58 000 votants). C’est aussi au-delà que l’objectif que Frédéric Bierry s’était lui-même attribué fin décembre, à savoir 100 000 votants.

Mais c’est bien-deçà du référendum de 2013 qui proposait (déjà) la fusion du Haut-Rhin et du Bas-Rhin afin de fonder une « collectivité unique d’Alsace » avec les compétences d’une Région et d’un Département fusionnées. La collectivité que souhaite créer aujourd’hui Frédéric Bierry. Le dimanche 7 avril 2013, 457 685 Alsaciens et Alsaciennes s’étaient déplacés (35,96% de participation) et 187 623 avaient glissé un bulletin « non » dans l’urne. Soit davantage que toutes les personnes qui ont répondu au formulaire de la CeA contre le Grand Est…

À cet égard, la participation à la consultation peut être jugée décevante et guère représentative. Car c’est justement l’abstention qui avait plombé le référendum de 2013… Malgré une majorité de « oui », il fallait atteindre 25% des inscrits, ce qui n’a été le cas ni dans le Haut-Rhin ni dans le Bas-Rhin. La majorité des votants haut-rhinois avaient même rejeté la proposition.

Un vote sur deux mois pour contrer l’abstention

Plutôt qu’un vote physique et solennel dans des bureaux de vote un dimanche, Frédéric Bierry a choisi de faire durer la consultation pendant près de deux mois, en l’accompagnant d’une campagne promotionnelle sans précédent pour la collectivité. Le montant du coût de cette consultation n’a pas été dévoilé, mais une question à ce sujet est prévue lors de l’assemblée départementale. La campagne avant la création de la CeA avait coûté 120 000 euros. Avec des opérations de communication jusque sur les baguettes de pain, des tracts laissés au vaccinodrome et l’inondation des réseaux sociaux, on peut s’attendre à une opération plus chère. Frédéric Bierry avait en outre réuni à l’Hôtel de la CeA ce qu’il appelle des « influenceurs alsaciens » pour qu’ils s’engagent pour appeler à voter.

« La respiration démocratique ne se fait plus dans les urnes », disait-il lors du lancement de l’opération. Il voyait avec sa démarche un « outil moderne, » comme une réponse à l’abstention historique lors des élections régionales et départementales de juin 2021.

Frédéric Bierry, au centre, a déployé tous les moyens de la collectivité alsacienne pour cette campagne Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

Ainsi pouvoir voter à tout moment, en ligne, par QR code, par courrier ou dans des urnes disposées dans les locaux de la CeA devait être plus simple que de se déplacer à une date fixe. Une manifestation du « laboratoire démocratique » qu’il veut insuffler en Alsace. Avec les consultations, l’élu de Schirmeck dit s’inspirer des « votations suisses », sauf que son procédé n’a pas du tout la même rigueur.

En l’absence de fichier électoral et de contrôle de l’identité des votants, les spécialistes de la démocratie locale ont d’ailleurs critiqué la non-représentativité du procédé. En remplissant des noms ou adresses fantaisistes, il était possible de voter plusieurs fois. Idem en ligne, en changeant d’adresse. En outre, le corps électoral était plus large qu’en 2013 puisque même les non-Alsaciens pouvaient voter, il suffisait de déclarer « avoir une attache » avec l’Alsace, un autre critère invérifiable. Cette case ciblait des communautés d’Alsaciens qui ne vivent plus dans la région, mais qui sont mécontents du Grand Est quand même…

2013/2022 : un même objectif mais deux différences

En 2022, l’objectif de Frédéric Bierry est similaire à celui de 2013, mais l’opération présente deux différences de contexte majeures. D’abord, un résultat positif au référendum de 2013 aurait vraiment résulté dans la création d’une collectivité unique. Ce qui est bien moins sûr pour la « consultation » de la CeA, qui n’a aucune valeur juridique. Son but est de mettre la pression sur les candidats et les futurs députés pendant cinq ans pour qu’ils votent une loi en ce sens. De ce point du vue, il est compréhensible que la consultation soit moins motivante pour l’électeur qu’un vote en 2013.

Les personnes en désaccord, sur le fond ou la forme, avec l’objectif de la consultation ont choisi de ne pas participer, afin de ne pas donner plus de poids à cette opération de communication politique. Même la droite alsacienne, aux commandes de la Région Grand Est, n’est pas prête à rouvrir ce chantier. C’était pourtant le souhait du maire de Colmar, Éric Straumann, qui souhaitait que les fédérations du 67 et du 68 de « Les Républicains » se positionnent sur la question. En vain. Ses représentants ont ignoré le sujet, comme la plupart des partis politiques.

Pourtant, et c’est une autre différence majeure avec 2013, la CeA aurait pu profiter d’un rejet de la Région Grand Est, après une réforme que beaucoup estiment bâclée. Depuis 2015 après une fusion de l’Alsace avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne, nombre d’élus se sont exprimées contre cette « super-région », tour à tour qualifiée de trop grande, trop chère, etc. Beaucoup d’organisations (associations, syndicats, entreprises, ligues sportives) ont dû se réorganiser sur le périmètre du Grand Est, loin d’être naturel. Force est de constater que malgré les tribunes, les livres très critiques et les campagnes, cette grande région n’est pas si détestée que ça en Alsace.

Frédéric Bierry prévoit deux autres consultations. Une sur la taxe poids-lourds en Alsace, un sujet qui cette fois-ci relève uniquement de sa CeA. Il a aussi évoqué le déstockage des déchets toxiques de Stocamine où, là encore, la CeA n’est pas décisionnaire. En se précipitant sur le rejet du Grand Est avant la présidentielle, pour un résultat qui n’est pas complètement probant, Frédéric Bierry a peut-être affaibli un moyen démocratique qu’il voulait promouvoir. Et donc de démobiliser encore plus les Alsaciens pour les prochaines consultations.

À la manif anti-passe, l’agrégat des colères contre Emmanuel Macron

À la manif anti-passe, l’agrégat des colères contre Emmanuel Macron

Samedi 19 février, un millier de personnes ont manifesté à Strasbourg contre le passe vaccinal, et plus généralement, contre les politiques du gouvernement. Dans le cortège, Rue89 Strasbourg a interrogé des militants aux profils variés, sur les raisons de leur engagement. Lors de la dispersion, une femme âgée d’environ 60 ans a été blessée par une intervention des forces de l’ordre. Reportage.

Les premiers manifestants arrivent vers 13h place de l’Étoile ce samedi 19 février. Ils répondent à un « appel international » contre le passe vaccinal, les restrictions de liberté et plus généralement, les politiques du gouvernement. D’autres rassemblements avaient lieu en France, y compris à Mulhouse et Colmar.

Sous le soleil, entre 800 et un millier de personnes se rassemblent dans la capitale alsacienne. Des participants au « convoi de la liberté », une manifestation, en voiture, de blocage des routes, témoignent au micro. Ils viennent de Belgique, du Luxembourg, de Normandie, du Var et d’Alsace évidemment. Beaucoup portent un gilet jaune.

C’est le collectif Alsace Révoltée qui appelait à manifester. Photo : Danae Corte / Rue89 Strasbourg / cc

Après les Gilets jaunes et les violences policières, « on ne leur fera plus jamais confiance »

Ingrid, 66 ans, vient de Boulay en Moselle. L’ancienne femme de ménage a commencé à manifester sur les ronds points en novembre 2018. « J’ai une retraite de 755 euros. Avec la hausse du prix du chauffage, je dois me restreindre à ne manger qu’une seule fois par jour », dit-elle. Ingrid s’étonne de ne pas voir plus de monde dans la mobilisation. « Tout le monde devrait se serrer les coudes en ce moment, et arrêter de trouver des excuses pour ne pas venir », s’énerve la retraitée.

Ingrid a « repris espoir » grâce aux Gilets jaune en 2018, et elle participe aujourd’hui, au mouvement anti-passe, parce qu’elle est radicalement opposée au gouvernement. Photo : Danaé Corte / Rue89 Strasbourg / cc

Comme beaucoup de personnes interrogées, elle est là en défiance du gouvernement, « qui taxe toujours les pauvres, jamais les riches, et attente aux libertés avec des mesures sanitaires disproportionnées ». Et donc le « convoi de la liberté » représente de l’espoir pour Ingrid : « Enfin, il y a autre chose que de la résignation. Je suis là parce que je n’en peux plus, et qu’au moins, là, je milite pour un monde meilleur. »

À quelques mètres d’elle, Ahmed, Cécile, Samantha et Louise (prénoms modifiés), de Montbéliard, insistent aussi sur les difficultés financières, qui sont leur « premier motif de mobilisation » et de défiance contre la politique du président de la République, Emmanuel Macron. Ahmed expose :

« Les mesures sanitaires abusives sont une chose parmi d’autres. De toute façon, on ne fera plus jamais confiance à Macron et aux politiciens comme lui. On n’a pas oublié les violences policières, les yeux crevés et les matraquages des Gilets jaunes. »

« Je ne veux pas vivre dans cette société, tout est absurde »

Le cortège tarde à prendre la route en direction des institutions européennes. « On attend un grand groupe de personnes venues de Bordeaux », glisse une femme. Stéphanie et Éric, un couple colmarien, étaient à Paris et à Bruxelles ces derniers jours avec le convoi.

Eux s’engagent pour la première fois dans un mouvement de contestation, parce qu’ils estiment que « le gouvernement manipule le peuple ». « D’abord les masques ne servaient à rien. Ensuite, il fallait en mettre même dehors en se promenant seul. Et puis, pourquoi on n’a jamais parlé des alternatives au vaccin comme les traitements ? » interroge Éric, qui travaille dans la communication (un premier traitement anti-viral, le Paxlovid, a été autorisé en France en janvier 2022, NDLR).

Le couple manifeste presque tous les samedis contre le passe vaccinal. Photo : Danae Corte / Rue89 Strasbourg / cc

Après un silence de quelques secondes, il ajoute :

« Souvent, je vois des gens se promener seul dans la nature en gardant le masque. Je ne veux pas vivre dans cette société là. Tout semble absurde, et quand on le remet en cause, on est des complotistes. Tout ça me fait vraiment peur. »

Éric et Stéphanie souhaitent ouvrir un lieu de vie alternatif

Stéphanie était psychologue pour une structure de la protection de l’enfance. Personnel médical non vaccinée, elle est suspendue depuis le 15 septembre 2021. « Je ne regrette absolument pas, même si la plupart de mes collègues ne me parlent plus », déclare-t-elle.

Leur nouveau projet : établir « un lieu de vie et de soin alternatif », près de Colmar, avec des amis anti-passe. « On utilisera des huiles essentielles, des sirops naturels et des plantes », indique Stéphanie.

Les deux ont pris part à la délégation reçue par des eurodéputés à Strasbourg le 14 février. « Nous leur avons demandé une enquête indépendante sur les politiques du gouvernement français depuis le début de la crise sanitaire », relate Éric. Avec ses camarades, il souhaite savoir si « des intérêts financiers ont influencé les mesures contre la pandémie ». « On sait bien que les labos ont fait plein d’argent grâce aux vaccins », abonde-t-il.

Des abstentionnistes et des orientations politiques diverses

Derrière la banderole de tête, les manifestants s’élancent et invitent la foule à chanter : « On est là, même si Macron ne veut pas. » Le tracé déclaré passe rue de Lausanne. Une partie du cortège tente d’avancer rue de la Brigade d’Alsace Lorraine. Les militants sont bloqués par un cordon de gendarmes mobiles. Le dispositif des forces de l’ordre, constitué de dizaines de fourgons, est très visible. La manifestation repart sur le trajet établi.

Ahmed, Cécile et Samantha n’iront pas voter à l’élection présidentielle. Pour les autres, l’éventail des accointances politiques est large. Par exemple, Raymond hésite encore, mais donnera peut-être sa voie à Marine Le Pen « parce qu’on ne l’a jamais essayée ». Ingrid, la retraitée de Boulay, désignera Mélenchon, comme Cécile, venue de Lyon, qui passe à côté. Éric avait choisi Macron en 2017. Aujourd’hui, il est « très déçu ». Avec Stéphanie, ils voteront aussi peut-être Mélenchon, qu’ils estiment « assez engagé contre le passe sanitaire ».

Le mouvement anti-passe, l’occasion de retrouver une vie sociale pour certains

Une dizaine de fois dans l’après-midi, le cortège entonne : « Siamo Tutti Antifascisti », « Nous sommes tous antifascistes » en italien. Malgré ça, Ahmed reconnait : « Il y a des racistes, mais c’est loin d’être la majorité dans le mouvement. Les médias et le gouvernement grossissent ça pour nous pointer du doigt », analyse-t-il. Il ne croit plus du tout que les partis et les syndicats « peuvent changer quelque chose », et préfère se mobiliser dans ce mouvement populaire, « fait de pleins de gens différents, avec une organisation plus horizontale ».

Des manifestants usent de fumigènes et de pétards. « Collabos » lancent-ils aux policiers présents à tous les coins de rue. D’autres personnes, plus calmes, font du bruit avec des sifflets ou des tambours.

Pour Bernard, divorcé depuis quelques années, le mouvement anti passe est aussi l’occasion de retrouver une vie sociale. Il ne peut plus travailler comme il est soignant et non-vacciné. Alors il se balade en forêt presque tous les jours, puisque c’est la « dernière chose qu’il a le droit de faire ». L’homme de 58 ans n’est « compris par personne dans son entourage », certains de ses amis ont coupé les ponts :

« Heureusement, il y a les manifestations. L’ambiance est super dans le mouvement. J’ai eu de bonnes conversations, il y a un esprit d’ouverture. »

De leur côté, Stéphanie et Éric, de Colmar, regrettent que leurs familles soient fracturées « à cause du rejet du mouvement anti-passe ». Ils trouvent aussi refuge dans un groupe d’amis qui partagent leurs idées, rencontrés grâce à la mobilisation.

Bernard utilise son sifflet pour animer le cortège. Photo : Danae Corte / Rue89 Strasbourg / cc

Des vidéastes amateurs en nombre

Bernard, Stéphanie, Éric, et bien d’autres, disent s’informer sur des « médias alternatifs » : Odyssee ou Reinfo Covid (qui diffusent régulièrement des inexactitudes et des fausses affirmations, notamment sur la pandémie, NDLR). « Je ne crois plus ce qu’on nous dit sur BFM », s’exclame René. Une dizaine de personnes filment la manifestation en direct sur Facebook. « Les médias mainstream ne sont jamais là pour documenter les violences policières, heureusement que vous êtes là », leur adresse une femme.

Vers 16h30, la foule arrive devant le Conseil de l’Europe et se disperse lentement. À 17h, « la manifestation n’est plus autorisée », annonce un policier dans un mégaphone. Cette dernière était effectivement déclarée de 13h à 17h. Les forces de l’ordre forment un cordon.

Une femme d’environ 60 ans blessée par une charge de la police

Alors que les derniers manifestants quittent les lieux, un policier désigne un homme pour le contrôler. Ce dernier recule immédiatement. Plusieurs agents le poursuivent. Des manifestants tentent de s’interposer. Les forces de l’ordre chargent, matraquent et font usage de gaz lacrymogène. Une dame âgée d’environ 60 ans reste à terre de longues minutes, et se plaint d’une forte douleur à la hanche . Elle témoigne avoir été matraquée au dos avant de chuter. Les street medics la sécurise et appellent une ambulance.

Interrogé sur place, un responsable policier refuse de communiquer sur les raisons de cette intervention. Il ne reste plus qu’une cinquantaine de personnes à 17h40, qui partent à nouveau vers le centre-ville en cortège sauvage. Avant de se disperser totalement place de la Bourse, ils crient un dernier slogan : « Macron nous fait la guerre, et sa police aussi, mais on reste déter’, pour bloquer le pays ! »

Rassemblement lundi pour le maintien de la section internationale allemande en primaire

Rassemblement lundi pour le maintien de la section internationale allemande en primaire

Lundi, les parents d’élèves scolarisés à la section internationale allemande de l’école Vauban à Strasbourg manifestent contre sa suppression prochaine. Une pétition en ligne a recueilli plus de 2 700 signatures.

La mobilisation pour le maintien d’une section internationale allemande à Strasbourg se poursuit. Après une pétition et des interpellations au rectorat de l’Académie de Strasbourg (voir notre article précédent), le collectif de parents d’élèves appellent à un rassemblement lundi à 16h30 devant l’école maternelle Vauban, 4 rue de Louvain à Strasbourg.

L’école Vauban était le seul établissement à proposer une section internationale allemande à Strasbourg Photo : Google maps

Très attachés à la poursuite d’un cursus franco-allemand intégrant les deux cultures, les parents, enfants et soutiens sont appelés à défiler en portant les couleurs françaises et allemandes. Le cursus en section internationale est différent du cursus bilingue (largement déployé à Strasbourg), puisqu’il s’adresse à des enfants qui sont germanophones et francophones et qu’il peut être suivi de la maternelle jusqu’au baccalauréat.

Selon le collectif, il est important de maintenir cette section à Strasbourg, qui existe dans de nombreuses villes :

« Cette cause nous semble importante pour l’école publique, l’amitié franco-allemande, le rayonnement de Strasbourg, capitale européenne, ville frontalière qui accueille de plus en plus de familles franco-allemandes. »

La manifestation prévoit de se rendre devant les grilles de l’Inspection académique, avenue de la Forêt-Noire, après le rassemblement.

Strasbourg repeinte en vert par la revue de la Choucrouterie

Strasbourg repeinte en vert par la revue de la Choucrouterie

Après une interruption pour cause de pandémie mondiale, le théâtre de la Choucrouterie présente jusqu’au 20 mars sa nouvelle revue satirique. L’institution strasbourgeoise dépasse désormais confortablement le quart de siècle. C’est dans une petite salle où tout le monde semble se connaitre que se tient, sur l’étroit plateau, l’un des spectacles les plus irrévérencieux de la région.

La revue s’ouvre avec des salutations cordiales du fondateur Roger Siffer, qui lance d’emblée sa traditionnelle pique aux Lorrains : « ils font aussi partie du genre humain. » La troupe porte des vestes de costume et des bas de pyjama, une tenue devenue la norme pour les télétravailleurs en vidéoconférence. La revue prévient d’emblée : elle se moquera de tout et n’éprouvera pas de remords si elle blesse ses spectateurs.

Se moquer de tout et de tout le monde

Le ton est donné par le titre de cette édition : « En Vert et contre Tousse » (ou « Grien hinter de Ohre » pour la version alsacienne). L’arrivée des écologistes à la mairie de Strasbourg en 2020 a visiblement inspiré les auteurs de la revue. Le premier tiers du spectacle se dédie donc à brocarder en vrac l’écologie, le véganisme ou encore le féminisme. L’opposition récurrente de la campagne de tradition face à la ville de modernité est au cœur d’un bon nombre de sketchs, avec quelques retournements de situation surprenants.

Avec des costumes bigarrés et des grimaces impayables, la Choucrouterie reprend du service. Photo : de Jean-Marc Loos / doc remis

L’humour alsacien c’est aussi un ton volontiers gouailleur qui va jusqu’au paillard, au détour d’une chanson potagère phallique ou d’une allusion médicale. Depuis le haut d’un échafaudage, un chef de chantier se soulage sur les ouvriers en contrebas en revendiquant le « ruissellement ». Quelques touristes chinois se voient appelés « jaunes » dans une plaisanterie sur le communisme « rouge. »

Des miss improbables chantent une chanson pour le moins osée. Photo : Document remis

La revue renoue sans effort avec un registre qui peut faire rire comme grincer des dents, non sans une satisfaction palpable. Mais ce n’est qu’un des aspects de la soirée, qui sait varier le ton pour ne pas se cantonner à un champ d’humour trop restreint. La preuve en est dans un moment de danse sur du Vivaldi ou, sans un mot et tout en gestes, les comédiens tordent la salle de rire.

La politique est toujours dans le viseur

La revue s’empare évidemment de l’actualité politique et moque les figures locales. Le conseiller municipal d’opposition (LR) Jean-Philippe Vetter en prend pour son grade, dans une chanson qui décline le vocabulaire du pain (il a rappelé qu’il est fils de boulanger durant la campagne électorale). Il est également le héros d’un sketch où, costumé en ghostbuster, il se voue à la chasse aux communistes. La maire (EELV) Jeanne Barseghian est évoquée de temps en temps mais il semble que la revue n’ait pas encore su comment s’en emparer directement. Son ombre plane ainsi sur le spectacle et dès que l’on parle d’écologie, elle n’est jamais loin.

Les chasseurs, privés de leurs armes, se lamentent, dans une scène d’anticipation. Photo : document remis

Une figure de la Revue devenue culte est Chilibébert alias Gilbert Meyer, l’ancien maire de Colmar décédé en septembre 2020. Cela n’a pas empêché la bande de faire revenir leur quasi-mascotte pour un sketch rocambolesque ou l’ancien élu débarque au paradis et y conteste le mode de gouvernance, peu démocratique.

Un moment convivial qui demande une sacrée technique

Comme toujours très musicale, la revue se sert dans tout le répertoire populaire pour ses détournements. Entre « J’ai rédigé par erreur mon attestation » et « Alors on tousse », c’est surtout la thématique de la crise sanitaire qui imprègne le spectacle. Il est d’ailleurs notable de voir un certain nombre de sketchs se fonder sur des actualités depuis passées de mode. Les personnages confinés chez eux, applaudissant aux fenêtres, replongent le public dans une époque pas si lointaine, et pourtant révolue. Le piano est l’élément principal de nombreux sketchs, et la musique soutient toujours habilement le spectacle, lui donnant du rythme et du tonus.

Toujours minimaliste, le décor de la Chouc’ se contente de quelques cadres en bois pour figurer les fenêtres des confinés. Photo : document remis

Comme d’habitude, la revue française et la revue alsacienne se jouent simultanément, avec un quart d’heure de décalage. Les comédiens vont et viennent d’une salle à l’autre, ce qui explique les quelques instants de flottement qui surviennent parfois. Mais la troupe est bien rodée et quantité de costumes, d’accessoires et de scènes tournent en belle intelligence, tout au long des (presque) deux heures que dure le spectacle.

C’est avec une joie féroce que la troupe a repris ses gaudrioles, en ayant au passage accumulé beaucoup de matière pendant son mutisme forcé. Cela se ressent à travers la profusion de thématiques abordées. La revue présentée semble être celle qui n’a pas pu se jouer l’an passé, tant les thématiques traitées se rattachent à l’année 2020 : fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, élections municipales, confinement… Cette édition sert autant de rattrapage que de mise à jour, et permet un peu de venger la frustration causée par la crise sanitaire. Nul doute que la prochaine édition gardera encore la belle énergie qu’a su déployer la Choucrouterie dès cette reprise.

Au squat de la Meinau, le chauffage refonctionne, pas l’eau chaude, et des questions demeurent

Au squat de la Meinau, le chauffage refonctionne, pas l’eau chaude, et des questions demeurent

Après une intervention menée vendredi 18 février, le chauffage a été rétabli dans l’immeuble occupé rue de Bourgogne à la Meinau. En revanche, l’eau chaude ne fonctionne toujours pas. Des habitants dénoncent des dégradations régulières, et réfutent en être les auteurs.

Depuis mardi 15 février, il n’y avait plus de chauffage ni d’eau chaude au squat rue de Bourgogne à la Meinau. Le bâtiment de 9 étages et comprenant 54 appartements est en instance de démolition. Il accueille une centaine de personnes, dont des familles avec des enfants en bas-âge.

Gilles Rougeot, directeur général d’In’li Grand Est, agence propriétaire du bâtiment, annonce que des techniciens sont intervenus vendredi 18 février au matin et ont rétabli le chauffage et l’eau chaude. Depuis midi, le radiateur de Nino, l’une des occupantes (voir notre reportage précédent), fonctionne. Mais à 19h, elle n’avait toujours pas d’eau chaude. Même situation dans les appartements d’autres occupants.

Une intervention confirmée le jour de la coupure

Mardi 15 février, à la demande du propriétaire, In’li Grand Est, des techniciens de R-GDS ont enlevé le compteur de gaz de la chaufferie de l’immeuble, selon Isabelle Ott, responsable communication du gestionnaire du réseau de gaz de Strasbourg.

Au squat rue de Bourgogne, de nombreux habitants promettent qu’ils prendront soin du lieu jusqu’à sa démolition. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

D’après Gilles Rougeot d’In’li, la coupure du gaz a été demandée pour des raisons de sécurité. Il assure que « l’arrêt du chauffage et de la production d’eau chaude sanitaire ne sont pas liés à la coupure de gaz mais à un défaut d’alimentation électrique de la chaufferie », en théorie restitué lors de l’intervention du 18 février.

L’immeuble est approvisionné en chaleur par l’incinérateur Sénerval via le réseau urbain. Gilles Rougeot ajoute : « Nos chaudières (qui ne peuvent donc plus fonctionner depuis l’intervention de R-GDS, NDLR) ne sont là qu’en appoint », pour suppléer le réseau urbain lorsque son apport en chaleur n’est pas suffisant.

« Quel serait notre intérêt de détériorer notre bâtiment ? »

Pourtant, suite à l’intervention de R-GDS, brusquement, les occupants ont constaté l’absence soudaine de chauffage et d’eau chaude. Et l’opération du 18 février ne semble avoir rétabli que le chauffage.

Selon Gilles Rougeot d’In’li, « nos prestataires ont mené des investigations qui ont permis de conclure que des interventions illicites sur l’alimentation électrique de l’immeuble ont eu lieu ». D’après le directeur d’In’li Grand Est, ces actes « auraient probablement été commis par des occupants ou des personnes en lien avec l’occupation ». Aleksejs s’offusque de cette interprétation des faits :

« Quel serait notre intérêt de détériorer un système qui nous permettait enfin de vivre un peu plus dignement que lorsque nous étions à la rue ? C’est absurde. Autant que possible, nous réhabilitons ce bâtiment qui a été détérioré avant notre arrivée, pour le rendre inhabitable. »

Une discrète porte fermée à clé, située à l’arrière de l’immeuble, mène à la chaufferie. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Certains squatteurs disent avoir réhabilité les lieux

Les habitants de l’immeuble témoignent avoir constaté de nombreux sabotages dans le bâtiment, explique Aleksejs. Au sous sol, il montre des tuyaux qui ont été endommagés et qu’il a dû réparer « il y a quelques semaines ». À côté de sa porte d’entrée, Arman montre le boitier à fusible : « Dans beaucoup d’appartements, ils étaient détériorés. Quand nous sommes entrés dans notre logement en décembre avec ma famille, j’ai dû le réparer pour qu’on ait l’électricité », témoigne-t-il.

Impossible pour l’instant d’établir qui sont les auteurs de ces dégradations. Gilles Rougeot n’a pas souhaité indiquer à Rue89 Strasbourg quel est le prestataire qui a constaté une détérioration du système électrique, ni communiquer les preuves de cet acte.

Cette famille ukrainienne s’inquiète de l’absence d’eau chaude qui persiste malgré l’intervention de techniciens ce 18 février. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

La présidentielle en podcast : à Saint-Émilion, un viticulteur et un maraîcher bio face au changement climatique

La présidentielle en podcast : à Saint-Émilion, un viticulteur et un maraîcher bio face au changement climatique

[Podcast Dialogues de campagne] – Tout au long de la campagne de l’élection présidentielle 2022, les trois Rue89 locaux (Lyon, Bordeaux et Strasbourg) font se rencontrer et débattre des citoyen·es sur des thèmes de société. Quatrième épisode à Saint-Émilion où l’on discute d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement et des impacts du changement climatique.

Le quatrième épisode de notre podcast se déroule à Saint-Émilion, ce vignoble mondialement connu près de Bordeaux. En culture « éco-dynamique » depuis plus de 10 ans et en bio depuis 2020, Denis Pomarède sait que le changement climatique est incontournable pour les viticulteurs comme lui. « Quand on plante un pied de vigne ou quand on change un cépage, c’est pour les 50 ans à venir », raconte l’exploitant.

Face à lui, Olivier Bidault s’est lancé un peu par hasard. C’est en voulant quitter Bordeaux et en trouvant « une maison trop grande et avec beaucoup trop de terrain » qu’il s’est finalement lancé avec sa compagne en tant que maraîchers sur une toute petite surface, un demi-hectare. Et ça marche : le couple néophyte « dépasse le Smic au bout de 2 ans », ce qui est plus rapide que les modèles économiques habituels. « Une grosse satisfaction fierté, » dit-il. Ils racontent comment le changement climatique impactent leurs réflexions, leurs modes de production et leurs modèles économiques. Des préoccupations qu’ils aimeraient davantage présentes dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle.

À gauche, Denis Pomarède, viticulteur à Saint-Émilion face à Olivier Bidault, maraicher. Photo : JBLG / Rue89 Bordeaux

« Présidentielles 2022 : Dialogues de campagne » est un podcast de Rue89 Bordeaux, Rue89 Lyon et Rue89 Strasbourg à retrouver un vendredi sur deux jusqu’au premier tour de l’élection présidentielle.

Designeuse, architecte, ingénieure, scientifique… Les moteurs de la low-tech à Strasbourg

Designeuse, architecte, ingénieure, scientifique… Les moteurs de la low-tech à Strasbourg

À rebours de la high tech, la low-tech vise à favoriser l’émergence de technologies utiles, durables et accessibles au plus grand nombre. À Strasbourg, une communauté de sympathisants et de pratiquants s’est fédérée depuis le mois de novembre et propose des événements. Rencontres.

Comment faire en sorte que la technologie réponde à un besoin, que son développement et son fonctionnement soient durables et qu’elle soit accessible à tous ? Telle est la réflexion au cœur du mouvement low-tech. S’il fédère beaucoup d’ingénieurs et de designeurs, le courant se veut cependant ouvert au plus grand nombre, dans son questionnement de la technologie. À Strasbourg, une communauté s’est fédérée à l’automne 2021. En voici quelques visages.

Les ateliers Circul’R de l’ingénieure Marion Roullet

Scientifique des matériaux originaire de Nice, Marion Roullet, 29 ans, travaille sur la fabrication de nouvelles matières à partir de déchets organiques depuis un an. Dans son laboratoire, entre les murs du CNRS à Cronenbourg, les fanes de carottes et les peaux d’oignons se transforment en fines feuilles de papier. Le marc de café, en objets de toutes sortes, comme des petits pots de semis compostables.

Marion Roullet a été sensibilisée à la question des déchets et a cherché à appliquer la démarche low-tech dans la science des matériaux. « Lorsque l’on réfléchit développement durable, on pense assez spontanément à la question de l’énergie, mais assez peu aux matières », détaille t-elle. Photo : A.M / Rue89 Strasbourg / cc

Son objectif : pouvoir proposer ses matériaux biosourcés à des designers artisanaux et mettre en place des circuits courts de récupération des biodéchets nécessaires à leur confection. En marge de son activité de recherche et développement, l’ingénieure anime également des ateliers au cours desquels les participants sont invités à créer eux-mêmes de petits objets à partir de déchets organiques, grâce aux techniques qu’elle a développées.

« Je suis tombée sur ce courant au moment où je cherchais un sens à mon travail, retrace Marion Roullet. En plein développement en France, le mouvement se veut « technocritique » sans être technophobe. Il ne s’agit pas de se passer de technologie, mais de questionner son élaboration et son utilisation. La low-tech s’articule autour de trois axes : favoriser l’émergence de technologies moins gourmandes en énergie et en ressources, utiles – qui répondent à un besoin – et accessibles au plus grand nombre.

La cheville ouvrière de la communauté low-tech

L’ingénieure a pensé sa jeune entreprise, les Ateliers Circul’R, à partir de ces principes. Création de matières durables avec « une réflexion de tous les aspects de leur cycle de vie », transmission de savoirs lors d’ateliers… Reste de la question de l’accès :

« C’est ce à quoi je me heurte aujourd’hui. Plus une matière est technique, moins elle est accessible – moins il est facile de la produire et de la reproduire sans connaissances poussées, sans ingrédients très spécifiques ou outils techniques. Je pense que la création de mobilier à partir de biomatériaux pourrait être une première étape pour concilier les deux. »

Marion Roullet

Marion Roullet est un pilier de la communauté low-tech à Strasbourg. « Un groupe Facebook avait été créé il y a trois ans, mais personne n’avait vraiment le temps ou la motivation de s’en occuper, et il ne vivait pas beaucoup en dehors des échanges virtuels », retrace t-elle. En novembre 2021, l’ingénieure a co-organisé un évènement avec comme invité Kevin Loesle, responsable développement de la communauté au Low Tech Lab, une structure pionnière du mouvement en France, située à Concarneau. Suivront des ateliers publics et des apéros low-tech.

Maurine Koeberlé, créatrice de Lowarchitech

Issue d’une formation d’architecte, Maurine Koeberlé a découvert la low-tech à la fin de ses études. « Je préparais un mémoire sur une méthode écologique et sociale de construire. La démarche low-tech a totalement collé à mes représentations en matière de construction durable et créatrice de liens, détaille l’Alsacienne de 26 ans qui travaille sur des constructions utilisant des matériaux abandonnés, issus de la récupération ou d’origine naturelle.

Pour pouvoir continuer à travailler sur des projets de construction Low Tech, Maurine Koeberlé a renoncé à s’installer comme architecte à la fin de ses études. Photo : A.M / Rue89 Strasbourg

Maurine Koeberlé poursuit :

« J’utilise beaucoup le mélange-terre paille. C’est une technique ancienne qui offre un excellent confort thermique. Elle a également l’avantage d’être très accessible au grand public, c’est donc une ressource idéale pour l’auto-construction. C’est quelque chose qui a du sens aujourd’hui. Si on sait comment est construit un bâtiment, on va pouvoir le réparer. »

Une seule difficulté : les techniques utilisées aujourd’hui par la jeune femme sont encore considérées comme étant expérimentales par la règlementation. Conséquence : aucune assurance professionnelle n’accepterait de la couvrir en tant qu’architecte sur ces projets. Maurine Koeberlé a donc fait le choix de ne pas s’inscrire à l’ordre des architectes, pour pouvoir continuer à travailler dans le bâtiment low-tech. Elle a créé Lowarchitech, un blog pour accompagner ceux qui souhaitent se lancer dans l’auto-construction. Elle organise également des ateliers et a travaillé sur le chantier participatif de l’Orée 85 cet hiver.

Lola Ott, co-fondatrice d’Octop’Us

Juriste en droit international humanitaire de formation, Lola Ott est l’une des fondatrices de Octop’Us, une ONG qui met la low-tech au service de la protection des océans :

« J’ai découvert le mouvement à travers l’initiative Precious Plastic, quand je travaillais dans un camp de réfugiés en Grèce. Le projet formait les habitants au recyclage des déchets plastiques. Il s’agissait à la fois de dépolluer le camp, et d’améliorer les conditions de vies des réfugiés en leur permettant de créer des objets à partir des plastiques récupérés, grâce à des machines low-tech. »

Lola Ott est la directrice opérationnelle de l’ONG Octop’Us, qui veille sur la mer depuis les bords de l’Ill et prévoit une opération de dépollution du Rhin en septembre 2022. Photo : A.M / Rue89 Strasbourg / cc

Après cette expérience professionnelle, la jeune femme décide de se réorienter en droit de la mer, dans l’optique de travailler sur la protection des récifs coralliens. Problèmes : créer des récifs artificiels coûte cher, et ce type de projet peine à intéresser le grand public.

« Un kilo de cheveux permet d’absorber jusqu’à huit litres d’hydrocarbure »

De retour à Strasbourg, la jeune femme fonde d’Octup’Us, avec une solution de dépollution à partir… de cheveux et de poils. « Un kilo de cheveux permet d’absorber jusqu’à huit litres d’hydrocarbures ». En août 2020, l’ONG s’est d’ailleurs fait connaître en envoyant 20 tonnes de déchets capillaires à l’Ile Maurice, pour lutter contre la marée noire. Cette solution fonctionne aussi en paillage, pour dépolluer les sols.

Installée aux Ateliers éclairés, dans le quartier de la Coop, l’ONG a également ouvert une antenne Precious plastic à Strasbourg. Elle organise des ateliers permettant de faire des objets à partir de déchets plastiques, grâce à quatre machines facilement transportables : une injecteuse, une extrudeuse, un broyeur et une presse. « C’est une façon de montrer que l’on peut faire plein de choses avec des déchets plastiques, sans que ce soit chronophage ou ennuyeux. »

Laura Conill et Morgane Lohazic, designeuses à l’Atelier Bouillons

Après des études de design à la Haute école des arts du Rhin (Hear), Laura Conill a également été influencée par Precious Plastic : « C’est un projet qui rend les gens acteurs du travail du plastique, et je trouvais que cela pouvait tout à fait s’appliquer au design », raconte-t-elle. Associée à Morgane Lohazic, Louna Desveaux et Chloé Stenger, elles ont fondé l’Atelier Bouillons, spécialisé dans le design durable.

Morgane Lohazic et Laura Conill sont toutes les deux designeuses à l’Atelier Bouillons. Sur cette photo, une pièce du broyeur à jarre que prépare Morgane pour concasser de la céramique et en faire de la poussière ou du sable réutilisable. Photo : A.M / Rue89 Strasbourg / cc

Les designeuses utilisent des rebus comme matières premières. Spécialisée dans la création de papier, Laura Conill travaille sur le recyclage des fibres naturelles. Jusqu’à présent, elle utilisait un mixeur à soupe, mais « ce n’est pas un outil pérenne pour faire du papier », explique-t-elle.

La découverte d’une machine du XVIIe siècle, la pile hollandaise

« En faisant des recherches, j’ai découvert qu’il existait une machine traditionnelle très intéressante pour raffiner de la pâte à papier. Cela s’appelle une pile hollandaise. » Mise au point à la fin du XVIIe siècle, elle permettait de traiter des fibres de lin ou de chanvre en quelques heures. Laura Conill planche sur sa fabrication :

« En école d’art, personne ne parlait de low-tech. Pourtant, quand on sort d’école sans avoir de moyens, je trouve ça tout à fait cohérent de créer ses propres outils. Cela permet de se réapproprier tout un processus de fabrication. »

Les designeuses organisent aussi des ateliers créatifs su les processus de fabrication et l’utilité des objets. Car est-ce vraiment utile de fabriquer une nouvelle assiette, même à partir de matériaux de récupération, quand il y en a déjà des centaines à vendre chez Emmaüs ? Morgane Lohazic explique :

« Si la finalité d’un projet c’est de donner lieu a un moment festif de transmission, alors sa fabrication a du sens. S’il est produit localement, qu’il permet de créer du lien entre plusieurs acteurs, et qu’il s’inscrit dans un processus de fabrication pensé de A à Z, aussi. Mais l’objet n’est pas forcément une fin en soi ».

Clément Carrato, fondateur d’Arkéale

Ingénieur mécanique, Clément Carrato a travaillé pendant six ans au sein grands groupes industriels avant de fonder la start-up Arkéale, en 2020. Un virage professionnel né d’une envie de se consacrer à un projet plus riche de sens, un projet ayant « une valeur sociétale » : le recyclage des biodéchets urbains.

Incubée chez Sémia, la start-up travaille sur de petites unités de valorisation énergétique des biodéchets baptisées BioCapsules. « Aujourd’hui, 80% de ces déchets sont détruits. Mais la législation va évoluer et en 2024, les producteurs de biodéchets auront l’obligation de les recycler. » Ce qui risque de surcharger les infrastructures actuelles :

« Un bac prend aujourd’hui six mois et nécessite un coût de main d’œuvre important pour produire du compost, poursuit l’entrepreneur. Et en ce qui concerne les méthaniseurs, leur installation génère aujourd’hui beaucoup de méfiance et des allers-retours de camions. »

À 32 ans, Clément Carrato est le fondateur d’Arkéale, une entreprise spécialisée dans la valorisation des biodéchets. L’entreprise est déjà en discussion avec l’Eurométropole pour l’installation d’une capsule pilote.
Photo : A.M / Rue89 Strasbourg / cc

Des stations de recyclage compactes

Arkéale a donc planché sur des stations de recyclage compactes, destinées à être installées en ville. Chacune sera capable de valoriser jusqu’à 600 tonnes de déchets par an – l’équivalent de production de 5 000 foyers – et d’alimenter de grandes infrastructures comme des écoles et des piscines en gaz renouvelable. Une unité produira également environ 100 m3 d’engrais vert par an, une quantité permettant de fertiliser 15 hectares de culture. Le tout pour un coût de traitement à la tonne presque deux fois inférieur à celui des unités des méthanisations.

« Dans la low-tech, beaucoup de projets associatifs, peu d’entreprises »

Si le projet Biocapsule répond bien à un besoin, en se voulant le plus durable possible – sa simplicité lui permettant d’être facilement réparable – reste la question de l’accessibilité :

« Au sein du mouvement, on trouve beaucoup de projets associatifs ou individuels, mais pas forcément des entreprises ayant la nécessité d’être viables économiquement après avoir engagé des frais en recherche et du développement. Certains sont même méfiants vis-à-vis de ce modèle et n’ont pas forcément envie que la low-tech puisse être utilisée par le secteur économique classique. Le financement de la low-tech se cherche encore à ce jour. »

Après les « convois de la liberté », les anti-passe vaccinal d’Europe appelés à converger à Strasbourg samedi

Après les « convois de la liberté », les anti-passe vaccinal d’Europe appelés à converger à Strasbourg samedi

Après Bruxelles le 14 février, une manifestation « internationale » contre le passe vaccinal est prévue samedi à Strasbourg. Une partie du convoi de la liberté pourrait converger vers la capitale alsacienne.

Toma Grcic a participé au convoi de la liberté qui est passé par Paris samedi 12 février, et Bruxelles deux jours plus tard. Il fait partie des trois personnes du collectif Alsace Révoltée qui déclarent une manifestation à Strasbourg ce samedi 19 février. Le rendez-vous est fixé à 13h place de l’Étoile. Il s’agit d’un « appel international », comme « il y a des institutions européennes à Strasbourg », explique l’organisateur.

« Nous avons du mal à jauger l’ampleur de la mobilisation pour l’instant. Il n’est pas impossible que des personnes du convoi de la liberté (mouvement mobile de contestation des restrictions sanitaires, NDLR) convergent vers Strasbourg », glisse-t-il.

Sur l’événement Facebook, près de 1 000 personnes ont répondu en fin d’après-midi le 17 février. Au même moment, environ 650 personnes sont inscrites sur un groupe Facebook dédié à l’organisation des covoiturages et de l’hébergement pour la manifestation. « On s’organise aussi sur Telegram », complète Toma Grcic.

De nombreuses revendications

« Rien ne justifie encore le passe vaccinal à ce jour. C’est une atteinte à nos libertés », déclare Toma Grcic, qui avait également pris part au mouvement des Gilets jaunes. Il insiste aussi sur les revendications sociales de la mobilisation : « Le prix de l’essence, du gaz, et d’autres produits de première nécessité, explosent, alors que les salaires n’augmentent pas. »

Le mouvement anti-passe est appelé à se retrouver à Strasbourg. Photo : ML / Rue89 Strasbourg

L’appel à manifester dénonce aussi les lois plus anciennes de sécurité globale et contre le séparatisme. Il agglomère, en général, de nombreuses revendications en opposition à la politique du gouvernement français, jugée liberticide.

Contrairement à l’événement du 12 février à Paris, la manifestation strasbourgeoise est autorisée par la préfecture du Bas-Rhin. Toma Grcic explique :

« Suite à notre déclaration, nous avons été convoqués au commissariat central de Strasbourg le 16 février. Nous avons alors fixé que la manifestation durera de 13h à 17h et ira de la place de l’Étoile jusqu’à l’Orangerie, en passant par le quai des Bâteliers. »

La manifestation en voiture interdite

Le 18 février, Josiane Chevalier, préfète du Bas-Rhin, a pris un arrêté interdisant un « convoi de la liberté » au départ de Mulhouse et à destination de Strasbourg prévu également le 19 janvier. Toute manifestation sur la route est interdite dans le département le même jour. Les forces de l’ordre seront mobilisées pour faire respecter l’arrêté en question.

Bloqués par les CRS devant les portes, les surveillants de prison rêvent d’un meilleur salaire

Bloqués par les CRS devant les portes, les surveillants de prison rêvent d’un meilleur salaire

Les surveillants pénitentiaires contestent une réforme de la grille de salaire qui ralentit l’avancement de carrière et l’atteinte de l’échelon du salaire maximal.

Une vingtaine de surveillants comptaient bloquer la Maison d’Arrêt de Strasbourg (MAS) ce jeudi 17 février à 6 heures du matin. En arrivant, les manifestants ont eu la surprise de découvrir huit camionnettes de CRS devant l’établissement pénitentiaire. « Je n’ai pas de souvenir d’une telle anticipation des forces de l’ordre face à la contestation d’une réforme », analyse Fabrice Meder, secrétaire régional du syndicat Syndicat Pénitentiaire des Surveillant(e)s (SPS). Le groupe patiente dehors. La plupart des personnes sont vêtues d’un chasuble du SPS.

Lorsque les surveillants sont arrivés pour « bloquer » la maison d’arrêt, ils ont été accueillis par huit fourgons de police. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Contestation de la réforme des salaires

Cet appel à bloquer les prisons françaises émane d’une intersyndicale réunissant les syndicats SPS, CGT et UFAP-UNSA. Dans un communiqué commun du 16 février, les formations syndicales déplorent plusieurs aspects de la réforme salariale en préparation pour les surveillants : « C’est non seulement le peu de revalorisation qui pose problème, mais surtout l’allongement de la durée de la carrière pour les surveillant(e)s, allant jusqu’à 5,5 années supplémentaires et donc une perte d’environ 5 000 euros. » « Aujourd’hui, on passe les échelons tous les deux ans, explique Estelle Eckstein, surveillante et secrétaire régionale adjointe du syndicat SPS, après la réforme, les derniers échelons seront espacés de trois ans et demi. Il ne faudra plus 19 ans de carrière, mais 24 ans de carrière pour atteindre notre salaire maximal. »

Face à une réforme dont de nombreux surveillants estiment qu’elle ne donne que quelques miettes aux agents, « on veut la baguette », affiche les manifestants. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Surveillant depuis 2004 à la Maison d’Arrêt de Strasbourg, Léo sourit lorsqu’on lui demande s’il aime son métier. Il parle d’un « travail alimentaire ». À 48 ans, l’homme à la casquette Motorhead s’estime « perdant de la réforme ». Avec son niveau d’ancienneté, sa rémunération n’augmente pas, et il devra attendre un an et demi de plus pour atteindre l’échelon suivant, et la rémunération correspondante.

Une progression salariale plus lente

Père de deux enfants, Léo décrit une carrière où 15 ans sont nécessaires pour obtenir une salaire supérieur à 2 000 euros. L’habitant de Schirmeck, à 40 kilomètres, se plaint du gazole à 1,75 euros le litre et des prix de l’immobilier inabordables à Strasbourg et environs. Puis l’homme à la veste de l’administration pénitentiaire jette un œil aux CRS tout autour : « On a l’impression qu’une partie de la population est choyée, tandis que l’autre est méprisée. » Léo rappelle alors que l’indice de rémunération des policiers est bien supérieur à celui des surveillants. « En même temps c’est normal ils ont sauvé Macron », lâche ce soutien des Gilets jaunes.

Un peu plus loin, Julien se plaint aussi d’une réforme dont il sort perdant. Surveillant depuis cinq ans à Strasbourg, il gagne actuellement un peu plus de 1 500 euros net. « Une personne qui rentre dans l’administration pénitentiaire maintenant gagnera autant que moi. C’est tant mieux pour les nouveaux, mais de mon côté je vois surtout une progression salariale beaucoup plus lente… »

Heures supplémentaires et surpopulation carcérale

Julien a commencé dans l’administration pénitentiaire sur le tard, à 35 ans. Avec cette réforme, le surveillant se plaint aussi d’un plan de carrière où son salaire maximum ne sera atteint qu’à 63 ans, soit à l’âge de son départ à la retraite… Mais au-delà de sa situation personnelle, l’ancien salarié d’une entreprise de sécurité regrette les tensions qu’occasionne la faible rémunération et la nécessité de faire des heures supplémentaires :

« Tous les jours on regarde notre planning pour faire des heures supplémentaires. On est presque à se tirer dans les pattes parce que l’un ou l’autre a fait plus d’heures supplémentaires… »

Pour les surveillants de la maison d’arrêt située dans le quartier de l’Elsau, cette réforme s’ajoute à des conditions de travail dégradées depuis plusieurs années. L’un évoque l’absence de fenêtre dans le bureau des surveillants, « rien n’a changé malgré nos demandes répétées liées au risque de contamination au covid », souffle l’un.

« un discours ultra répressif mais sans les moyens qui vont avec »

Son voisin rappelle alors la surpopulation carcérale au sein de la maison d’arrêt de Strasbourg : 650 détenus pour 447 places. Il enchaîne avec le non-respect par la prison strasbourgeoise de la règle « Un détenu, une cellule » depuis des années : « La plupart des détenus sont deux dans neuf mètres carrés. » Et le surveillant, qui considère François Hollande comme un traitre de la gauche française, de conclure « avec philosophie », comme il le décrit lui-même : « En France, il y a un discours ultra répressif mais sans les moyens qui vont avec. Soit on change notre politique pénale, soit on construit des prisons. »

Protection de l’enfance : une demande de mission d’information qui agace à la CEA

Protection de l’enfance : une demande de mission d’information qui agace à la CEA

Les quatre élus d’opposition au conseil départemental demandent un travail approfondi sur la protection de l’enfance en Alsace via une mission d’information et d’évaluation (MIE). Une « posture politicienne », selon le vice-président en charge Nicolas Matt.

La question de la protection de l’enfance devient un sujet de tension à la Collectivité européenne d’Alsace (CeA). Les quatre élus et élues écologistes proposent une mission d’information et d’évaluation (MIE – voir encadré) sur le sujet. Une demande de transparence de la part de l’opposition qui braque la majorité. Une MIE est un travail approfondi d’audition des spécialistes d’un domaine sur une période de six mois, qui débouche sur un rapport public.

« 300 mineurs en attente d’un placement »

Dans une enquête de Rue89 Strasbourg sur le Foyer de l’Enfance (qui regroupe un site principal à Strasbourg et treize autres unités plus petites disséminées), les travailleurs sociaux témoignaient des difficultés croissantes et du manque d’encadrement. Malgré des hausses de budget, le taux d’encadrement restait identique.

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Avec « Un autre monde », Stéphane Brizé clôt sa trilogie sur la machine infernale du capitalisme

Avec « Un autre monde », Stéphane Brizé clôt sa trilogie sur la machine infernale du capitalisme

Après avoir interprété un chômeur puis un syndicaliste en lutte, Vincent Lindon retrouve le réalisateur Stéphane Brizé pour se glisser dans la peau d’un chef d’entreprise, tout aussi broyé par le système. Rencontre avec un metteur en scène qui place l’humain au cœur de sa réflexion.

Philippe Lemesle (Vincent Lindon), chef de site d’une multinationale, doit supprimer 58 emplois. Une liste de noms, c’est tout ce que demandent ses supérieurs, pour envoyer un signal fort aux actionnaires. La machine, dont il devient un simple rouage, se met en branle, pour arriver à ce résultat qui va à l’encontre du fonctionnement même de l’entreprise. L’absurdité de la tâche se lit sur le visage épuisé de Vincent Lindon, qui interprète magistralement cet homme au bout du rouleau, dont la famille explose, emportée elle aussi par ces années de stress.

La trilogie se termine côté chefs

Stéphane Brizé, après avoir dépeint le sort d’un chômeur dans la Loi du marché puis d’un syndicaliste dont l’entreprise va fermer dans En guerre, se place maintenant du côté des chefs : à l’intérieur d’un système hiérarchique où chacun met la pression sur celui d’en-dessous en se dédouanant sur celui d’au-dessus. Jusqu’à ce que l’engrenage déraille, laissant la possibilité d’Un autre monde ?

Bande annonce.

Rue89 Strasbourg : Philippe Lemesle, interprété par Vincent Lindon, est un rouage du système capitaliste, à la fois bourreau et victime. Ce personnage de patron d’entreprise a-t-il été plus difficile à construire que le chômeur de La loi du marché ou que le syndicaliste d’En guerre?

Stéphane Brizé : Oui, parce qu’il ne fallait pas qu’on se dise « ah ces pauvres riches ! ». L’approche qui va convoquer l’empathie du spectateur ne doit pas le dédouaner de ces actes. Il faut réussir à faire partager la problématique de quelqu’un qui peut faire le mal. Vous avez utilisé le terme de « patron », mais il n’est pas le patron de l’entreprise, il ne l’a possède pas : il a un patron. Quand il doit réduire les coûts, Philippe Lemesle n’a aucune autorité. Toutes les compétences qui lui sont demandées pour organiser le travail dans l’entreprise lui sont retirées à ce moment-là : on attend de lui qu’il soit un simple exécutant. Jusque-là, il n’a jamais interrogé ces injonctions, il a trouvé des solutions qui ont mené à l’épuisement et à la souffrance de tous : les salariés, sa famille, lui-même. Sa grande difficulté est d’accepter qu’il n’est pas le problème mais qu’il est pris au piège.

La tension est très forte tout au long des négociations avec ses supérieurs. Les dialogues sont extrêmement justes, mélange de flatterie et de coup de pression, de rappels hiérarchiques et de connivence. Où êtes-vous allé chercher cette matière pour écrire ?

SB : Ce que vous décrivez, ce sont les stratégies de management ! Dans ma vie professionnelle, je ne suis pas à cet endroit-là de contraintes donc j’ai été à la rencontre de ces cadres, hommes et femmes, qui ont vécu une rupture avec l’entreprise. La plupart du temps, le départ est involontaire. Mais parfois ce sont eux qui sont partis. Sur mon précédent film En guerre, j’avais déjà travaillé avec des cadres mais aussi avec un cabinet d’outplacement : ce sont des agences, souvent payées par l’entreprise qui a licencié, qui vont prendre en charge les cadres virés pour essayer de leur retrouver une place.

Philippe Lemesle (Vincent Lindon) acculé par ses supérieurs (docs remis).

Les personnes que j’ai rencontrées m’ont raconté leur histoire : elles n’avaient pas toutes digéré leur licenciement de la même façon. Certaines disaient s’en être sorties, d’autres avaient encore beaucoup d’amertume. Les termes utilisés étaient les mêmes que lors d’une rupture amoureuse. Il y avait cette injustice à se retrouver dans cette situation alors qu’ils avaient tout donné, et notamment sacrifié leur vie privée. C’est pourquoi c’était pour moi une nécessité de commencer et de terminer le film sur cet aspect personnel. Si on résume l’histoire à la partie professionnelle, cela peut paraître aride… Ce qui m’intéresse c’est l’être humain. Comment nous, hommes et femmes, nous nous questionnons à l’intérieur d’un système qui nous contraint ? Comment nous allons réagir ? Qu’est-ce que nous sommes prêt à sacrifier ?

Avec une mise en scène très sobre, centrée sur des bureaux, des tableaux Excel et des visages, vous arrivez à provoquer une émotion intense…

SB: Tout se passe dans des bureaux effectivement. D’ailleurs son chez-lui est devenu son bureau. On ne fait plus de distinction entre les deux. Il n’y a plus d’extérieur dans sa vie. D’autre part, la représentation de ce monde-là existe très peu au cinéma. Je voulais montrer les êtres, les corps malmenés dans un système qui a l’air très aseptisé. L’incarnation de Vincent (Lindon) est assez dingue, sur les cinq films que nous avons fait ensemble, c’est sa partition la plus difficile. Après, les moyens de dramaturgie sont les mêmes que pour un polar et on a peur pour lui.

Bref moment de respiration avec son fils (Anthony Bajon) (doc. remis).

Comment vous est venue l’idée de la maladie du fils (Anthony Bajon), comme un écho à l’absurdité du système ?

SB: En psychologie, on appelle ces enfants des « enfants symptômes ». Ils sont un reflet du système absurde qu’est le système capitaliste et qu’est devenue sa famille. Lui-même est dans une école de commerce. Dans les bouquins que j’ai lus pour préparer le film, je suis tombé sur ces jeunes, de plus en plus nombreux, qui commencent des études de ce genre et qui explosent en plein vol. Souvent ils partent pour faire quelque chose de très concret et qui a du sens. La dégradation psychologique de son fils est un événement fort, un surgissement du réel, qui va permettre au personnage de Vincent Lindon de sortir de son immobilisme.

Tout comme la demande de divorce de son épouse, interprétée par Sandrine Kiberlain.

SB : Oui, elle et son fils y participent, mais elle veut sauver sa peau. Elle ne demande pas le divorce avec l’idée de sauver Philippe Lemesle. Elle est très courageuse parce que ça ne l’arrange pas : elle l’aime, elle a 50 ans et a sacrifié sa vie professionnelle pour lui. Mais sans ces électrochocs, il pensera toujours que c’est lui le problème et il continuera à pédaler sans fin, comme un hamster dans sa cage.