Le parquet de Sarreguemines a lancé des investigations au sujet des agissements de David Suck, élu aux multiples mandats dans le canton de Bitche en Moselle.
En juin 2021, Rue89 Strasbourg publiait une enquête sur les réseaux de David Suck, un élu d’un village agricole devenu président de la Communauté de communes du Pays de Bitche (CCPB), en Moselle. Parmi ses nombreux pouvoirs locaux, l’agriculteur de 40 ans, se trouve à la tête de l’Association mosellane d’économie de montagne (Amem), subventionnée par le Département de Moselle, dont il est aussi le vice-président. La principale mission de l’Amem est de reverser des subventions aux exploitations agricoles au titre des aides aux mesures agro-environnementales (MAE). Et sa famille en a été plusieurs fois bénéficiaire sans que David Suck ne s’écarte du processus de décision pour éviter un conflit d’intérêt comme le préconise la loi.
Interlocuteur de David Suck à Bitche pour la question de la distribution de l’eau potable, le Syndicat des Eaux et de l’Assainissement Alsace-Moselle (SDEA) s’était retrouvé à recueillir de nombreux témoignages concernant l’élu local. L’institution avait elle-même questionné publiquement l’attitude de l’élu, le suspectant de prendre partie pour leur concurrent Veolia. Avec plusieurs maires et témoins, le SDEA avait déposé un signalement au procureur de la République, une première dans l’histoire de ce gestionnaire du service d’eau potable. Le SDEA s’était adressé au parquet de Strasbourg, en vue de « dépayser » l’affaire pour s’éloigner du microcosme de l’est-mosellan.
Enquête pour atteinte à la probité
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Vendredi 11 mars, l’ancien centre de vaccination de la Bourse a été transformé en centre d’accueil pour des réfugiés ukrainiens. Plus de 500 personnes se sont enregistrées en une semaine à Strasbourg.
Selon un membre de l’association Foyer notre dame, plus de 520 réfugiés en provenance d’Ukraine ont demandé de l’aide à la Ville de Strasbourg depuis lundi le 7 mars. Au centre d’accueil de la Bourse, place du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, les réfugiés ukrainiens peuvent s’enregistrer auprès des services de l’État. Ils ont aussi accès à des ressources pour leur logement ainsi qu’aux services médicaux et psychiatriques.
À l’intérieur du centre, les réfugiés sont invités à suivre un circuit. Après s’être rapidement restaurés, à proximité d’un espace où les enfants peuvent jouer, ils attendent qu’une personne de l’Association Foyer Notre Dame leur détaille les ressources disponibles dans leur situation. Ils peuvent ensuite consulter des médecins et des psychologues de la Croix Rouge. Selon les premières observations, peu de réfugiés doivent soigner des blessures de guerre, en revanche beaucoup de femmes enceintes ont été accueillies.
L’afflux est tel qu’une queue d’environ 50 personnes s’était formée à l’extérieur du centre. La Ville prévoit d’installer des tentes pour protéger ces personnes pendant qu’elles attendent.
Strasbourg, un refuge temporaire
Alina Tatarenko, membre du l’association PromoUkraina, mobilisée depuis l’invasion russe pour mettre en place des filières de soutien à Strasbourg et vers l’Ukraine, détaille :
« Nous sommes reconnaissants pour ce soutien de la Ville de Strasbourg et à tous les Strasbourgeois qui accueillent, aident et reçoivent des Ukrainiens chez eux. Malheureusement, cette crise va durer et nous avons besoin que ce soutien continue. Nous avons encore besoin de logements, de vêtements et d’aide pour accompagner nos enfants vers l’école française. »
Les réfugiés ont pu se restaurer pendant leur attente dans le centre Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc
Interrogés par Rue89 Strasbourg, la plupart ont exprimé leur souhait de retourner en Ukraine à la fin du conflit. Valeria Rozhdestvenska, journaliste ukrainienne d’une trentaine d’années, est venue de Bucha, près de Kiev, avec sa mère Svitlana Protsyk :
« On ne voulait pas partir. On était heureux là-bas mais le silence a disparu, il n’y a plus que le bruit des bombes. Je suis restée dans le sous-sol de notre maison pendant neuf jours et pour rejoindre la Pologne, j’ai dû marcher entre six et huit heures. Je n’ai pas vu ma fille de 5 ans depuis un mois, au moment de l’invasion, elle était en Turquie avec mon ancien mari. »
Nastya Levashova, jeune femme ukrainienne, souhaite également retourner dans son pays dès que la guerre sera terminée :
« Je suis partie dès le lendemain de l’invasion, après le premier bombardement. J’ai rejoint la Pologne en voiture, mais nous avons dû faire la queue pendant cinq heures à pied… Puis la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne… et désormais la France. J’espère que la justice triomphera et que la Russie paiera. L’Ukraine est en train d’être détruite. Je crains qu’il n’y ait plus rien quand j’y retournerai. »
Plus de 500 personnes ont demandé l’aide de la Ville de Strasbourg en une semaine Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc
Ce samedi 12 mars, plusieurs manifestations sont organisées au centre de Strasbourg, parfois au même endroit au même moment. Ces rassemblements ont pour objectif d’interpeller à un mois de l’élection présidentielle sur le Climat, l’Ukraine, la prégnance de l’extrême-droite ou l’exclusion du passe sanitaire.
Marche de soutien à l’Ukraine
Une nouvelle marche de soutien au peuple ukrainien est programmée ce samedi à 14h place Kléber. L’association PromoUkraïna continue sa mobilisation en réaction à l’invasion et aux bombardements russes qui sévissent en Ukraine depuis le 24 février. Le cortège prévoit de se rendre devant le consulat de Russie, place Sébastien-Brant dans la Neustadt.
L’objectif est d’adresser un message aux « élus locaux, régionaux, nationaux et européens » pour dénoncer « une guerre et une idéologie agressive du gouvernement de la Fédération de Russie ». Les organisateurs de ce rassemblement appellent les Strasbourgeois à aider les Ukrainiens. Ils demandent également à la communauté internationale d’agir afin de « sauver des vies » et « sauver l’Europe ».
Mobilisation Look Up Strasbourg pour le climat et la justice sociale
« Look Up » fait référence au film « Don’t Look Up » qui dénonce l’inaction des dirigeants mondiaux face aux avertissements des scientifiques sur l’imminence d’une catastrophe climatique. Le but est de mobiliser les strasbourgeois, mais aussi d’interpeller les candidats à l’élection présidentielle sur leurs engagements en faveur du climat.
Ce collectif d’organisations écologistes organise partout en France des manifestations pour dénoncer l’urgence climatique, après le rapport du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le compte rendu de cet organisme des Nations Unies démontre que le changement climatique est un problème actuel. Les conséquences de l’inaction face à l’urgence climatique est une véritable menace pour la planète et l’humanité. Plus de détails ici.
Manifestation franco-allemande anti passe
Le collectif Anti Pass 67 organise une manifestation à la gare de Kehl à partir de 13h30. Cette mobilisation devrait rassembler des Français et des Allemands qui se positionnent contre les mesures limitant la liberté de déplacement, comme le passe sanitaire ou vaccinal.
Le collectif Anti Pass souhaite en outre « la réintégration sans condition et l’indemnisation des salariés soignants et libéraux [non-vaccinés] » et « la pleine responsabilité des laboratoires concernant les effets indésirables » des vaccins contre la Covid-19. Le passe vaccinal doit être suspendu en France à partir du 14 mars, même si un passe sanitaire sera toujours demandé dans les établissements de santé.
Manifestation contre l’extrême droite à Strasbourg
Une quatrième manifestation est organisée par le Collectif Antifasciste 67. Cette mobilisation partira à 16h de la place du Maréchal de Lattre de Tassigny (place de la Bourse) pour dénoncer « un glissement général de la sphère politique vers le racisme et l’intolérance ». Le collectif organisateur souhaite rassembler les strasbourgeois pour « refuser la banalisation [de décisions] politiques haineuses » dans un contexte de campagne électorale. Plus de détails ici.
En raison de travaux de rénovations, environ 70 étudiants de la résidence universitaire Paul Appell à l’Esplanade seront sans logement à la fin du mois de mars. Le Crous ne prévoit que d’en reloger une partie.
Margot, étudiante en psychologie de 20 ans, loge dans la résidence Paul Appell, située dans le quartier de l’Esplanade à Strasbourg, depuis septembre 2019. Mais elle a dû quitter sa chambre en mars, en raison des travaux de rénovation qui doivent débuter dans son bâtiment.
Le Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires (Crous), propriétaire de ces résidence étudiantes, assure avoir averti ses étudiants locataires de ses projets de rénovation en septembre. Ces travaux sont prévus depuis 2016 dans le cadre du Plan campus.
Mais Margot n’a su qu’elle devrait déménager que par d’autres étudiants, eux-mêmes résidents de la cité universitaire. Du Crous, elle n’a reçu que deux mails concernant ce projet. Un premier, envoyé le 16 décembre 2021, concerne une « Enquête d’hébergement » sondant les occupants de la résidence afin de savoir où ils souhaiteraient loger en cas de travaux. Le second, envoyé le 7 février 2022, lui indique son déplacement du bâtiment C au bâtiment B de la même résidence :
« J’étais stressée au moment où on attendait plus d’informations, je regardais tous les jours ma boîte mail. Il y a des étudiants des 3e et 4e étages [du bâtiment C] qui attendent toujours d’être relogés. »
Margot a vérifié, rien dans son bail n’indique qu’elle aurait à déménager en cours d’année. Le Crous est néanmoins dans l’obligation de reloger les étudiants dont le bail se termine fin août. Or, environ 70 étudiants de la résidence n’ont toujours pas reçu de proposition de relogement.
Le bâtiment C de la résidence Paul Appell Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc
Directeur adjoint du Crous, Jean Wisson se dit « surpris » par les inquiétudes des étudiants :
« Les étudiants dont le bail se termine fin août seront tous relogés. En revanche, rien n’est prévu pour ceux dont le bail se termine le 31 mars. Ces baux ont bien été signés après avoir précisé aux étudiants que la fermeture du bâtiment C aurait lieu fin mars. »
Sauf que ces baux à fin anticipée mentionnent également que « l’occupation est consentie du 01/09/2021 au 30/04/2022 », soit un mois plus tard. La direction du Crous n’a pas été en mesure de chiffrer le nombre d’étudiants encore à reloger. Jean Wisson admet que la communication du Crous aurait pu être plus claire. Il explique que le directeur d’unité de gestion de la cité universitaire Paul Appell a décidé lui-même d’informer les résidents au fur et à mesure :
« Il a choisi d’avertir les étudiants étage par étage, afin de faciliter les déménagements des occupants. Ces informations ont suscité des questionnements entre les résidents d’étages différents… La communication était d’autant plus compliquée que nous n’étions pas nous-mêmes certains du calendrier des travaux. »
La plupart des 140 résidents du bâtiment C dont le bail prend fin en août ont été relogés au bâtiment B, également prévu à la rénovation à partir du mois de juin. D’autres se sont vus transférés à la résidence universitaire de la Robertsau, à près de 4 kilomètres du campus principal. Sophie Roussel, directrice du Crous depuis début mars, s’est engagée à trouver un logement uniquement à ceux dont le bail échoit au 31 août, mais pas forcément au même endroit.
« Nous voulions proposer des logements au plus d’étudiants possible »
Le plan de rénovation des bâtiments B et C de la résidence universitaire Paul Appell doit se dérouler entre mars et juin 2022, en plein pendant les examens des étudiants. Quant au bâtiment E, il a déjà fermé ses portes depuis plusieurs mois.
Sophie Roussel explique pourquoi le Crous se retrouve dans cette situation :
« Nous avons décidé d’ouvrir les logements des bâtiments prévus à la rénovation en septembre 2021 afin de proposer des hébergements au plus grand nombre d’étudiants possible. Les travaux ont été planifiés entre mars et juin 2022 afin de pouvoir remettre en service ces logements à la rentrée de septembre, car à cette période il est difficile de trouver une chambre en raison de l’afflux important d’étudiants et du peu de logements qui se libèrent. »
Éléonore, représentante d’Alternative étudiante Strasbourg (AES) au conseil d’administration du Crous, estime que le Crous doit trouver une solution de relogement à tous les étudiants et pas seulement ceux dont le bail échoit à la fin de l’été :
« J’ai contacté les collectivités et des bailleurs sociaux, mais je n’ai eu que des réponses négatives ou pas de réponse. C’est de toutes façons au Crous d’assurer la continuité du service public et de permettre à ces étudiants de finir l’année sans avoir à angoisser d’avoir à se trouver un toit. »
Sophie Roussel affirme que le Crous a sollicité ses partenaires pour savoir s’il existe des logements avec des loyers abordables et propose des services d’aides et d’accompagnement aux étudiants qui en font la demande. Mais selon Michel Koebel, représentant de la cellule de veille et d’alerte des étudiants internationaux à Strasbourg, nombre d’entre eux sont étrangers et très précaires. Certains n’ont pas de garant et n’ont ni accès à une bourse ni aux aides de la Caisse d’allocations familiales (CAF) :
« La plupart des étudiants concernés par cette situation étaient des primo étudiants arrivés en 2021. Ils ne savent pas comment fonctionnent les institutions locales et pensaient pouvoir signer un nouveau contrat par la suite. »
Selon Éléonore, le directeur adjoint du Crous Jean Wisson pense que les résidents sans logement pourront dormir sur les canapés des étudiants qui disposent d’un logement, au moins pour un temps. Interrogé par Rue89 Strasbourg, ce dernier précise ses propos :
« Il s’agirait d’une alternative proposée par les syndicats qui se sont toujours mobilisés pour organiser la solidarité. Nous ne souhaitons pas minorer la situation des étudiants et nous faisons notre possible pour réduire au maximum les nuisances rencontrées par les étudiants. »
Des augmentations de loyers obligatoires
L’inquiétude gagne les étudiants déplacés du bâtiment C au bâtiment B, ce dernier étant promis à la rénovation en juin. Où seront logés les étudiants, par exemple en stage, qui pensaient pouvoir compter sur le Crous jusqu’en août ? La direction n’a pas encore programmé leur déménagement, car elle ignore toujours le nombre de logements vacants en raison du départ de nombreux étudiants à cette période.
En outre, les étudiants craignent des augmentations de loyer, une fois ces rénovations achevées. Margot paie sa chambre 175€ par mois mais à partir de septembre, elle affirme que ce sera 293€. Le Crous assure que lors des déménagements de juin à août, le montant mensuel à payer ne devraient pas changer pour les locataires. Ce ne sera néanmoins pas le cas à partir de septembre. Margot ne voit pas bien comment elle pourra continuer :
« Ma bourse et mes allocations permettent à peine de couvrir mon loyer actuel. Je devrais demander plus d’argent à mes parents l’année prochaine si je continue avec le Crous. »
Selon Sophie Roussel, ces rénovations ne peuvent plus attendre :
« Est-ce acceptable en 2022 d’avoir des chambres de 9 mètres-carrés avec sanitaires communs ? À 293€, les étudiants auront un bloc sanitaire dans chaque chambre avec une tarification très sociale, ces prix sont plus abordables que ceux du marché privé. À l’échelle individuelle, la situation peut paraître problématique mais à l’échelle de l’ensemble des étudiants, on ne peut pas faire des miracles. »
Les rénovations à la résidence Paul Appell ne « peuvent plus attendre » selon la directrice du Crous Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc Les rénovations à la résidence Paul Appell ne « peuvent plus attendre » selon la directrice du Crous Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc Les rénovations à la résidence Paul Appell ne « peuvent plus attendre » selon la directrice du Crous Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc Les rénovations à la résidence Paul Appell ne « peuvent plus attendre » selon la directrice du Crous Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc
De son côté, Éléonore du syndicat AES dénonce un manque de prévoyance et d’investissement régulier :
« Ces rénovations forment l’un des plus gros investissements du Crous pour la cité universitaire mais cela faisait vraiment longtemps que c’était en très mauvais état. À côté de ça, rien n’est fait pour construire de nouveaux logements afin de faire face à la hausse démographique de l’Eurométropole et du nombre d’étudiants à Strasbourg. »
D’autres travaux de rénovation sont prévus par le Crous, notamment à la cité universitaire de la Somme dans le quartier des Quinze. Sophie Roussel indique que le Crous est à la recherche de terrains pour de nouveaux programmes mais aucun projet de construction d’une nouvelle résidence n’est programmé.
Un collectif d’associations écologistes organise samedi 12 mars des manifestations partout en France et à Strasbourg pour interpeller les candidats à l’élection présidentielle sur leurs engagements en faveur du climat.
Samedi 12 mars, des marches pour que le climat soit un sujet de l’élection présidentielle auront lieu un peu partout en France mais à Strasbourg, ce sera un rassemblement statique, place Kléber de 14h à 17h.
Bruno Dalpra, membre du collectif d’organisation, détaille :
« On attend entre 500 et 1 000 personnes. L’objectif est d’interpeller les candidats sur la question du climat. Il y aura une prise de parole autour de plusieurs thèmes environnementaux, on souhaite que les candidats en parlent et trouvent des solutions. »
Selon l’annonce de ce rassemblement, il s’agit de rappeler aux candidats « l’ordre des priorités et faire de 2022 l’année où la France prends enfin le chemin d’un avenir juste et soutenable pour toutes et tous. Nous n’attendrons pas 5 ans de plus. »
Les Marches pour le Climat sont connues pour leur pancartes et slogans accrocheurs. Ici, le 12 septembre 2020 à Strasbourg. (Photo ML / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : ML / Rue89 Strasbourg
Bruno Dalpra a appuyé la mobilisation sur le mouvement #LookUp, lancé en réponse au film « Don’t look up » qui dénonce l’inaction coupable des dirigeants mondiaux :
« Dans ce film, les avertissements des scientifiques ne sont pas pris au sérieux alors qu’ils dénoncent à chaque rapport que la terre se meurt. Samedi, on interpellera les candidats sur cette nécessité de prendre enfin les avertissements au sérieux. »
L’autre objectif de ce rassemblement est de mobiliser les Strasbourgeois. Après les prises de parole, diverses activités seront proposées, dont une fresque du climat. L’association Fresque du Climat sensibilise les français à la lutte contre le changement climatique en construisant des fresques avec des cartes qui représentent des causes et des effets liés à la crise climatique. En tout, 17 organisations appellent à cette manifestation.
Dimanche 6 mars, les néonazis de Strasbourg Offender sont allés se battre contre ceux de Reims. Plusieurs blessés sont à déplorer, dont certains ont été hospitalisés. Un arrêté préfectoral a pourtant ciblé tous les supporters strasbourgeois du Racing, interdits de porter les couleurs du club lors de son déplacement à Reims.
Les hooligans ont pu jouer leur match retour. Après une première bagarre en plein centre de Kilstett dans le Bas-Rhin le 21 novembre 2021, les hooligans néonazis de Strasbourg Offender ont à nouveau affronté ceux de Reims (MesOs) dans la journée du dimanche 6 mars 2022, alors que le Racing club de Strasbourg rencontrait le Stade de Reims. Cette fois, les hooligans strasbourgeois étaient accompagnés des nancéens du groupuscule Brizak, tandis que les Rémois étaient accompagnés de hooligans toulousains et parisiens.
Les hooligans se sont affrontés dimanche 6 mars à quelques kilomètres du centre-ville de Reims. Photo : Document remis
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Quatre secteurs de métiers des services de la Ville et de l’Eurométropole demandent à ce que leur pénibilité soit davantage reconnue alors que se tiennent depuis des mois des négociations à ce sujet.
« Ce n’est pas la même ligne politique qu’avant. On est plutôt en phase avec certaines orientations, mais on veut voir comment elles s’appliquent ». Pour Karim Hadi, secrétaire général de la CGT de l’Eurométropole, la patience du syndicat majoritaire commence à être épuisée.
Vingt mois après leur élection, les écologistes et leurs alliés à la Ville et Eurométropole de Strasbourg font ainsi face à leur première grève interprofessionnelle du personnel. Lundi 14 mars, la CGT appelle quatre catégories de métiers à cesser le travail entre 10h et 12h. Il s’agit des égoutiers, des agents des espaces verts, des mécaniciens qui s’occupent véhicules et des ateliers, ainsi que les agents qui s’occupent des rues et des routes.
Depuis le début du mandat, les grèves des agents municipaux s’inscrivaient dans des mobilisations nationales (cantines, protocole sanitaire des écoles, animateurs, opposition au passe sanitaire dans les médiathèques, etc.) ou étaient relatives à des situations très précises dans certaines médiathèques. Elles ne ciblaient pas les choix du nouvel exécutif.
Une demande de prime pour la pénibilité
Pour comprendre la situation, il faut se plonger un peu dans l’historique, détaille Karim Hadi :
« En 2019, la précédente majorité a mis en place un nouveau régime indemnitaire des fonctionnaires (Rifseep), avec une garantie par Robert Herrmann (précédent président de l’Eurométropole, ndlr) du maintien de la rémunération. La CGT s’était abstenue, car cela permettait notamment des valorisations dans l’encadrement. Mais cela supposait aussi une négociation à venir pour les métiers à responsabilités et missions particulières, notamment ceux qui sont pénibles ou insalubres. »
Si la CGT appelle spécifiquement les agents des espaces verts, de la voirie et des garages de la collectivité, c’est en raison d’une absence « de reconnaissance de leur pénibilité, alors qu’ils sont dehors ou au contact de substances chimiques dans les ateliers ». Ils ne bénéficient pas de l’indemnité de sujétion.
La CGT, seul syndicat à appeler à cette mini-grève, demande que le niveau 1 de cette indemnité leur soit accordé, c’est-à-dire le plus élevé, soit une augmentation de 140 euros de leur traitement. Une seule exception a été faite depuis le début du mandat concède Karim Hadi, « une revalorisation de 20 euros en juin 2021 pour les agents des espaces verts, sauf ceux qui travaillent dans les serres qui ont été oubliés ».
Pour les égoutiers, le problème est un peu différent :
« La pénibilité est bien reconnue, mais alors qu’ils commencent à 5 heures du matin trois semaines sur quatre, la première heure de travail n’est plus considérée comme une heure de travail de nuit. »
Les égoutiers s’étaient déjà mobilisés en 2018. Photo : CGT Eurométropole, remise
5 millions sur 2 ans pour l’agenda social
Ces revendications précises s’inscrivent dans des négociations globales dans le cadre d’un « agenda social » initié par la nouvelle majorité. Des pourparlers qui patinent selon Karim Hadi :
« On a eu une première rencontre avec les élus en charge du personnel, Syamak Agha Babaei et Valentin Rabot, puis des réunions techniques. À notre dernier échange, on nous a parlé d’un plan de formation. Nous ne sommes pas contre, mais ce n’est pas l’urgence du moment. Sur la question des rémunérations, on nous répond que l’Eurométropole n’a pas encore travaillé là-dessus et que quelqu’un a été recruté pour s’en occuper. On se demande quelle a été la raison d’un tel blocage ! Il nous faut des réponses, que ce soit des politiques ou de l’administration, c’est à eux de se mettre d’accord. Nos revendications sont connues depuis quinze mois. »
Pour la CGT, le temps presse. La majorité a prévu 2 millions d’euros pour l’année 2022 et 3 millions pour 2023 afin de revaloriser les rémunérations des métiers pénibles. « Une délibération pour juin devrait donc être prête en mai. On a l’impression que les délais sont étirés au maximum pour qu’on n’ait pas le temps de réagir. »
L’égalité femme-homme « à ce rythme il y en a pour 20 ans »
Ces négociations globales visent à rattraper les rémunérations entre filières techniques et non-techniques, c’est-à-dire les catégories de recrutement (A ; B ; C), notamment pour répondre à l’égalité femme-homme. « Une cheffe de service administrative peut gagner moins qu’un ingénieur qui n’a pas de d’encadrement », cite par exemple Karim Hadi. Selon le responsable syndical, ce rattrapage est à l’œuvre, mais trop lentement. « C’est du saupoudrage, à coup de quelques dizaines d’euros. À ce rythme-là, il y en a pour 20 ans… Et tant qu’il n’y a pas d’égalité, ceux qui ont une meilleure rémunération ne peuvent plus avancer. »
La grève du lundi 14 mars est limitée à 2 heures afin de limiter les pertes de salaires et permettre un rassemblement devant le centre administratif, avec l’espoir qu’un entretien décante la situation. Sollicité via l’Eurométropole, le vice-président en charge du personnel, Valentin Rabot, n’était pas disponible mercredi 9 mars, jour de l’annonce de cette grève, pour une réaction.
Rue89 Strasbourg révélait en avril 2021 de grosses failles dans le protocole d’acceptation des déchets ultimes à Stocamine. Dans la foulée, Alsace Nature, qui demande leur déstockage, portait plainte pour obtenir un inventaire. Mardi 8 mars, le parquet a saisi un service de police judiciaire. Mais le début des travaux de confinement voulus par l’État est imminent, et pourrait empêcher d’accéder aux preuves.
Peut-être que nous saurons enfin ce qu’il y a précisément sous la nappe phréatique, à Stocamine. D’après les DNA, le pôle environnement du parquet de Strasbourg a annoncé mardi 8 mars avoir saisi l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) dans le cadre de l’enquête pénale en cours sur la nature des déchets enfouis. Il s’agit d’un service de police judiciaire de la gendarmerie nationale spécialisé dans les atteintes à l’environnement et à la santé publique.
En avril 2021, Rue89 Strasbourg publiait une enquête révélant la probable présence de déchets irréguliers parmi les 42 000 tonnes d’éléments contaminés à l’arsenic, à l’amiante ou encore au cyanure dans l’ancienne mine à Wittelsheim. Elle se basait notamment sur les témoignages d’anciens employés de Stocamine. Un incendie survenu en 2002, causé par des déchets irréguliers, avait mis un terme à cette activité de stockage.
Des militants de Destocamine avaient symboliquement bloqué l’entrée du site en septembre 2021. Photo : remise
L’Oclaesp, pour mener son enquête, pourrait chercher les preuves dans la mine
C’est en se basant sur cette enquête et un autre témoignage dans le journal allemand Badische Zeitung, qu’Alsace Nature a déposé une plainte pénale en juin 2021. Elle concerne « la fourniture d’informations inexactes sur l’origine, la nature, les caractéristiques de déchets stockés, et le fait de s’être mis volontairement dans l’impossibilité matérielle de fournir ces informations ». L’objectif de l’association est d’obtenir la réalisation d’un inventaire des déchets de Stocamine.
« Saisi par le parquet, l’Oclaesp doit mener une enquête sur la nature des déchets. Il est tout à fait possible que cela les mène à réaliser des tests sur les big-bags et les fûts dans la mine vu que ce sont des preuves. Nous saurons ça dans les prochains jours », explique l’avocat de l’association Alsace Nature. Pour Maître Zind, le temps est compté pour réaliser cet inventaire. En effet, des travaux de confinement doivent commencer dans la semaine du 7 mars, ce qui entraverait la possibilité d’accéder aux déchets, et donc aux preuves.
Sans déstockage, la nappe phréatique sera forcément polluée un jour
Pour rappel, le gouvernement a décidé le 18 janvier 2021, par la voix de Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, que ces déchets allaient être confinés grâce à un sarcophage de béton. Pourtant, la quasi totalité des élus locaux, y compris les présidents de la Collectivité européenne d’Alsace et de la Région Grand-Est, ainsi que de nombreuses associations, plaident depuis deux décennies pour un déstockage le plus important possible des déchets, afin de protéger la nappe phréatique.
La structure pour couler le béton est en place depuis l’été 2021. Photo : remise
Le 15 octobre, la Cour administrative d’appel (CAA) de Nancy avait suspendu l’autorisation de confiner les déchets. La CAA arguait alors que la société MDPA, gestionnaire du site et détenue par l’État, ne présentait pas les garanties financières nécessaires aux travaux. Selon un arrêté publié dimanche 6 mars au journal officiel, le gouvernement a apporté une garantie financière pour l’entreprise de 160 millions d’euros jusqu’en 2030. Forte de cette enveloppe, l’entreprise MDPA s’apprête à débuter le chantier.
Dans le cas où les déchets seraient confinés, ils contamineraient forcément un jour la réserve d’eau potable, à cause des infiltrations d’eau. Difficile de dire en quelle proportion. L’État table sur une forte dilution des éléments polluants, et argue que l’opération de déstockage serait trop dangereuse pour les mineurs. Pour Alsace Nature, cette position n’est pas raisonnable, « vu qu’on ne sait même pas précisément ce qu’il y a dans la mine », dénonce Me Zind, avocat de l’association. De son côté, Jean Rottner, président de la Région Grand Est, a affirmé être en contact avec trois entreprises en capacité de déstocker des déchets. Parallèlement, de nombreux anciens mineurs de Stocamine, dont Jean-Pierre Hecht, de la CFDT, considèrent que le déstockage est tout à fait possible techniquement.
Un référé liberté pour permettre l’inventaire malgré les travaux
Alsace Nature va maintenant tenter de retarder les travaux, pour qu’un inventaire de l’Oclaesp soit possible. Me Zind détaille :
« Je m’apprête à déposer un référé liberté pour suspendre, en urgence, les travaux. J’argumenterai notamment sur le droit à un procès équitable, parce que le coulage du béton empêcherait forcément la manifestation de la vérité concernant notre plainte. J’insisterai aussi sur le droit à vivre dans un environnement sain et garantissant la santé publique. »
Contacté, l’Oclaesp n’a pas encore répondu à nos questions, notamment sur les actions prévues pour leur enquête. Pour Me François Zind, réaliser des tests sur les déchets dans la mine dans le but de mieux connaitre la nature des éléments stockés serait logique. Il rappelle que la mission d’information parlementaire de 2018 stipule que dans le bloc 15, qui a pris feu, des sels de la mine se sont mélangés aux déchets toxiques formant un agglomérat de 30 000 tonnes, « soit un ordre de grandeur proche du reste des déchets stockés dans les autres blocs », dont on ne connait pas la composition chimique exacte.
Enfin, dans le rapport de 2011 du comité de pilotage de Stocamine, les experts estimaient que l’incendie faisait peser « une suspicion générale sur la totalité du dispositif de réception des colis ». Les écologistes espèrent que ces incertitudes sur la nature des déchets, et donc sur leur impact sur la nappe phréatique, pousseront les autorités à les extraire de la mine.
Une mobilisation des psychologues est prévue jeudi 10 mars devant l’Agence régionale de santé à Strasbourg, soutenue par la CGT et le Syndicat national des psychologues. Les psychologues libéraux souhaitent une révision du dispositif de remboursement des frais de consultation mis en place par le gouvernement. Dans l’hôpital public, les professionnels de santé demandent une revalorisation des salaires.
À l’appel du Syndicat national des psychologues, ces professionnels de la santé mentale manifestent jeudi 10 mars à 15h devant l’antenne de l’Agence régionale de santé (ARS) de Strasbourg. Ce rassemblement est soutenu par l’Union syndicale départementale de la santé et de l’action sociale du Bas-Rhin et le syndicat CGT des Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Ce dernier a déposé un préavis de grève auprès de la direction générale des HUS ce même jour.
Les psychologues libéraux contestent le dispositif MonPsy, promulgué le 24 décembre 2021 dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2022. Ce dispositif consiste à permettre le remboursement des frais de consultation chez des psychologues partenaires. Il permet de se faire rembourser jusqu’à huit séances par an, à hauteur de 40 euros pour la première permettant de faire un bilan initial et de 30 euros pour les suivantes.
En novembre 2021, des psychologues avaient déjà participé à la manifestation des travailleurs sociaux à Strasbourg Photo : Rue89 Strasbourg / cc
Selon Guillaume Jung, psychologue à l’hôpital de la Robertsau et coordinateur local du SNP, ce dispositif serait délétère pour le patient :
« En moyenne, une séance d’une heure chez le psychologue coûte 60 euros. On n’est vraiment pas contre le principe de remboursement, mais les tarifs prévus par le dispositif sont trop bas pour assurer des séances assez longues pour le patient, tout en se rémunérant correctement. De plus, il ne permet pas les dépassements d’honoraires. »
Ouvrir des négociations sur les salaires
En plus des libéraux, les psychologues de la fonction publique hospitalière manifesteront au même moment pour demander une augmentation des salaires. Contrairement à d’autres professionnels de santé, les salaires des psychologues n’ont pas été concernés par les revalorisations fixées dans le cadre du Ségur de la santé. La consultation commencée en 2020 prévoyait une nouvelle grille de salaire applicable dès le 1er octobre 2021 pour les employés de l’hôpital public. Celle-ci concerne donc les infirmiers, les aides-soignants, les cadres de santé et les kinés.
Vers 15h45, une délégation du Syndicat National des Psychologue espère être reçue par l’ARS pour demander une réouverture des négociations.
Le nouveau collectif Antifasciste 67 prévoit une manifestation contre l’extrême-droite samedi 12 mars à 16h à Strasbourg. Les militants entendent lutter contre les idées haineuses qui se propagent dans le cadre de la campagne présidentielle.
« La campagne des élections présidentielles est une plateforme pour les pires racistes et réactionnaires. On ne veut pas être absents de cette période », lance William, du collectif Antifasciste 67, qui appelle à manifester samedi 12 mars à 16h, contre l’extrême droite.
Le rassemblement est fixé place de la Bourse et le cortège ira jusqu’au Molodoï, au quartier Laiterie. Dans la soirée, les militants pourront manger et enchaîner avec les concerts des artistes locaux Pauwels (math rock), Dah Conecath (rap), Peter later (pop/rock), Yergachef (rock 70’s) et D.T.M. (volte punk).
Deux semaines après une attaque
L’argent récolté servira à la suite de la mobilisation du collectif, qui organise aussi des tables rondes, des soirées débat ou projection. William détaille :
« Des fachos ont attaqué notre table ronde (le 26 février, NDLR), mais ils ne nous feront pas taire. Nous pensons qu’il est aussi important de prendre la rue, d’être visibles dehors. Pour nous, les quatre candidats Zemmour, Le Pen, Pécresse et Macron ont des idées ou des pratiques haineuses, à différents degrés. Nous en avons assez des polémiques islamophobes, des obsessions sécuritaires et des lois liberticides. »
Un important cortège antifasciste est attendu à Strasbourg. Photo : TV / Rue89 Strasbourg
« Nous souhaitons montrer que la riposte est forte à Strasbourg »
Le collectif Antifasciste 67 s’est formé fin 2021 et regroupe la Jeune Garde Strasbourg, l’Action Antifasciste Strasbourg, les syndicats Solidaires, FSU, CGT, CNT, Alternative Étudiante, les associations Attac, Planning Familial, le collectif D’ailleurs nous sommes d’ici, et les partis France Insoumise (FI) et Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA).
William estime que le risque de nouvelle attaque d’un groupe fasciste est faible samedi, comme les antifascistes seront nombreux. « Nous appelons tout celles et ceux qui trouvent insupportable la propagation des idées d’extrême droite dans le débat public. Nous souhaitons montrer que la riposte est forte à Strasbourg », annonce-t-il.
En Alsace, terre de droite, Valérie Pécresse amasse beaucoup moins de parrainages que le candidat « Les Républicains » en 2017. Une tendance qui s’explique par les élus du Haut-Rhin qui ont cette fois-ci privilégié Emmanuel Macron.
Les élus et élues d’Alsace ont été bien moins enclins à parrainer Valérie Pécresse que le candidate de la droite classique cinq ans plus tôt, François Fillon. C’est l’un des enseignements du bilan des parrainages pour l’élection présidentielle 2022, rendu public pour la deuxième fois de suite. Bien que contesté avec les affaires, François Fillon avait largement dominé la course aux parrainages en 2017 en Alsace (121 signatures). En 2022, Valérie Pécresse n’a amassé que 71 signatures (40% de moins) de maires, parlementaires, conseillers régionaux et départementaux.
Dans le décompte 2022, Valérie Pécresse est même devancée par Emmanuel Macron (78), qui double son total de 2017. Une progression du chef de l’État était attendue : cinq ans plus tôt, « En Marche ! » n’était pas un parti et n’avait pas d’élus. Pour la campagne de 2022, en plus des maires, le président de la République a pu s’appuyer sur les nombreux députés, sénateurs et élus locaux aux étiquettes de LREM, Modem ou Agir.
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Dans ce retour à Forbach, le réalisateur Samuel Theis raconte la naissance du désir chez un enfant dont l’horizon semblait tout tracé.
À 10 ans, Johnny (Aliosha Reinert) a pris le rôle d’homme de la famille: sa jeune mère est débordée par ses trois enfants, son boulot et sa vie sentimentale. Quand il rencontre son nouveau professeur de CM2 (Antoine Reinartz), il entraperçoit la possibilité d’un autre monde, loin de sa cité HLM de Lorraine.
Après Party girl, tourné en Lorraine avec ses proches, qui racontait l’histoire de sa mère, Samuel Theis poursuit sa réflexion autobiographique en revenant sur son enfance à Forbach (Moselle) et son désir de quitter son milieu social. À nouveau, le réalisateur fait appel à des non-professionnels pour incarner Johnny et sa famille, mais les place face à des acteurs pro pour incarner l’ailleurs : Antoine Reinartz, découvert dans 120 battements par minute, et Izia Higelin. Mélange d’Antoine Doisnel et de l’héroïne du magnifique Fish Tank d’Andréa Arnold, nous ne sommes pas prêts d’oublier ce jeune Johnny en quête de lui-même et son interprète, Aliosha Reinert. Rencontre avec le réalisateur Samuel Theis et l’acteur Antoine Reinartz.
Rue89 Strasbourg: Le personnage de Johnny, interprété par Aliocha Reinert, a une sensualité précoce, cela crée une tension, parfois un malaise. Qu’est-ce qui vous a poussé à aborder ce sujet?
Samel Theis : Je me suis appuyé sur ma propre expérience : j’ai vécu cette rencontre avec un adulte qui m’a éveillé à tout un monde. Je voulais parler de toutes les facettes du désir, à aucun moment le désir n’est résumé à une seule définition: il peut y avoir un éveil à la sexualité mais aussi un éveil intellectuel. Il existe une libido du savoir. Le professeur joué par Antoine (Reinartz) est aussi idéalisé par Johnny : il représente une autre vie possible, c’est un père fantasmé, une projection de lui-même… En tout cas son éveil à la sensualité reste un mystère, il y a plusieurs pistes possibles. Cela vient peut-être du mimétisme avec sa mère, mais aussi d’une volonté d’être regardé. Il semble parfois crier intérieurement : Regardez-moi, sauvez-moi !
Antoine Reinartz : C’est fou que cela soit malaisant alors que tout est à sa place. Dès que l’on touche à la sexualité des enfants, on se sent en danger.
ST : Oui mais j’aime ça, qu’on ne sache pas d’où vienne le danger: il peut venir de l’enfant, du professeur, de la mère, de la cité…
ARc: C’est le danger de la vie ! Et pourtant être à cet endroit nous crispe.
ST : Les enfants sont des explorateurs, fascinés par le monde des adultes. On a déjà vu souvent des récits de prédation racontés du point de vue de l’adulte. Mais le désir des enfants existe.
La bande annonce
Bande annonce
Quelles ont été les difficultés à l’écriture pour en parler ?
ST : J’ai beaucoup réfléchi à ma responsabilité d’écrire sur un enfant et pour l’enfant qui allait interpréter ce personnage. Les vagues de Metoo m’ont vraiment servi de garde-fou et m’ont amené à faire les choix de la suggestion et de la restriction. Mon histoire personnelle n’est pas la même, mais il n’est pas toujours très intéressant de rester fidèle à la réalité.
Vous n’avez pas situé l’histoire à l’époque de votre propre jeunesse mais à Forbach aujourd’hui.
ST : Oui, je voulais faire le portrait d’un enfant d’aujourd’hui, de l’école actuelle aussi. C’est mon regard d’adulte sur cette histoire. Je ne voulais pas non plus qu’on puisse se dire : ah oui, cette situation était possible dans les années 80 mais plus aujourd’hui.
Adamski (Antoine REINARTZ), le maître de Johnny (Aliocha REINERT), écoute battre son cœur. Photo : doc.remis
« À cet âge-là, il n’y a pas d’autocensure »
Johnny est en rupture avec son milieu social, on pense au parcours et aux livres d’Édouard Louis: est-ce que c’est un auteur qui a pu vous guider ?
ST : Ce sont des expériences que l’on a en commun: sortir de sa condition, avec tout ce que cela suppose de trahison, de honte, de colère. C’est le travail d’une vie ! Il faut trouver sa place, tout le monde n’a pas un problème de place. J’ai lu Edouard Louis avec beaucoup d’intérêt et je me suis construit avec ces lectures, je pense également à Annie Ernaux et à Didier Eribon. Mais Edouard Louis est un transfuge par exclusion. Le rejet n’a pas été un levier pour moi : ma famille est extrêmement tolérante, à la limite de l’indifférence ! J’ai voulu montrer la toute-puissance, la pureté du désir de Johnny. À cet âge-là, il n’y a pas d’autocensure, c’est cette innocence que je trouve belle.
Justement Johnny semble être un peu le seul à avoir cette rage, cette pulsion de vie. Sa mère ne réagit pas quand il devient méprisant envers sa famille.
ST : Oui, je pense que cela renforce la scène à laquelle vous faites allusion: la mère de Johnny sait que ce qu’il dit est vrai. Selon moi, dans les classes populaires, il y a bien souvent une forme de résignation, d’acceptation du déterminisme. On connait le sacrifice que cela demande d’essayer de changer les choses, tout le monde n’y est pas prêt. C’est aussi une jeune mère, qui élève ses enfants seule et qui manque d’expérience. Elle est néanmoins très courageuse, elle travaille et elle ne s’oublie pas, elle continue à avoir une vie pour elle.
AR: En plus, elle est à un moment où elle essaie de recréer quelque chose, elle est plutôt fière de ça.
Mélissa OLEXA, actrice non-professionnelle, joue la mère de Johnny. Photo : doc. remis
Le tournage s’est fait avec des acteurs professionnels et non-professionnels. Qu’est-ce que cela vous a apporté de jouer avec des non-professionnels?
AR : Franchement, j’avais la pression! J’avais vu Party Girl (premier film de Samuel Theis dans lequel joue sa famille et ses proches, NDLR) et j’étais très impressionné. Je suis partisan de l’hyperréalisme, je déteste les exercices de virtuose. J’avais forcément peur de paraitre moins crédible. Après, j’étais protégé par le rôle puisque nous ne sommes pas du « même monde » donc il peut y avoir un écart entre nous.
ST : Je ne voulais pas d’une lutte des classes, mais j’ai cherché plutôt à assouplir cette notion. Il y a une fascination mutuelle entre eux, ils s’observent, se volent des choses, s’imitent… Le film raconte comment ces milieux cohabitent.
« On a enrichi d’improvisations »
Qu’en est-il ressorti sur le long terme du tournage, de cette rencontre?
ST: Dans mon travail, j’aime travailler en famille et créer des familles. Pour moi, Antoine est devenu un membre de ces familles de cinéma et c’est évident que l’on va continuer à travailler ensemble.
AR: J’ai pas mal échangé avec Aliocha (Reinert) sur ce que cela produit d’entrer ainsi dans le milieu du cinéma. C’est troublant d’être très entouré lors du tournage, dans des émotions très fortes, puis ensuite de sortir de cela. Il faut gérer ce grand 8.
Quelle a été la part d’écriture et d’improvisation dans les séquences en classe ?
AR: Toutes les scènes sont écrites et il fallait commencer avec cette scène où l’on comprend que Johnny n’a aucun rêve parce qu’il n’a pas encore rencontré de choses qu’il pourrait désirer. Mais on les a enrichies d’improvisations. Par exemple, pour la séquence des capitales européennes, Antoine a vraiment donné cours aux enfants pendant 45 minutes et sur le plateau les enfants sont devenus des élèves, Antoine les a gérés tout seul.
C’est rare de voir l’école bien représentée au cinéma, loin des caricatures.
AR: C’est vrai qu’au cinéma, on voit souvent un prof qui se fait malmener, ou des blagues sur les profs. On avait envie de montrer ce que c’est que l’enseignement, pour pouvoir expliquer quel désir cela pouvait provoquer. Je me suis immergé deux semaines avec une classe et son enseignant et j’ai vu à quel point le rapport prof-élève avait évolué. Ces deux semaines de préparation m’ont redonné foi en l’humanité ! J’avais à cœur de défendre cette façon d’enseigner.
ST: Quand on n’a pas la vocation, on ne tient pas, parce que franchement, en ce moment, l’état de l’Éducation nationale n’est pas reluisant. Pour moi, ce sont ces éléments de la classe moyenne qui tiennent la société. On a tous rencontré au moins un professeur qui nous a changé. On n’utilise pas le mot « maître » par hasard…
Une centaine d’Elsauviens ont assisté à la présentation de la rénovation du quartier dans la soirée du lundi 7 mars. Une réunion de plus de trois heures, où l’ambition de la municipalité écologiste n’a pas suffi à rassurer des habitants lassés par des discours qui tardent à produire des effets concrets sur leur quotidien.
« On pensait pouvoir vous présenter la rénovation du quartier en une soirée. On est en train de se rendre compte que c’est compliqué… » Directeur du projet de rénovation urbaine de l’Elsau depuis 2016, François Desrue a dû admettre un excès d’ambition lors d’une réunion de présentation au centre socio-culturel. Dans la soirée du lundi 7 mars, élus de la Ville, sous-préfète et dirigeants de bailleurs sociaux devaient revenir sur le projet original de rénovation, datant de 2019, pour mieux présenter leurs nouvelles orientations. De quoi brosser des domaines aussi variés que la salubrité des rues, la circulation dans le quartier, les services et commerces à venir, les destructions d’immeubles et les rénovations… Les trois heures de réunion n’ont pas suffi.
La réunion de présentation de la rénovation de l’Elsau a été longue et tendue pour l’équipe municipale. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Les projets pour l’entrée de quartier
L’entrée de l’Elsau est un enjeu fondamental pour les décideurs. Il en va de l’image du quartier. Avec le projet du promoteur Marignan, 100 logements et 1 000 mètres-carrés de surface commerciale sont en cours de construction (le détail ici). Première nouveauté annoncée lors de la réunion : une maison urbaine de santé, qui regroupe plusieurs professionnels médicaux, devrait occuper une partie du lotissement en construction. La municipalité écologiste a aussi évoqué un projet de « tiers-lieu » éphémère dans une ferme délabrée située au 40 de la rue de l’Unterelsau.
La municipalité écologiste compte donc aménager une voie de circulation pour piétons et cyclistes. Elle partirait du début de la rue du tram pour atteindre le square Nicolas Poussin. La réunion d’informations a aussi permis au président d’Ophéa Salah Koussa d’annoncer le déménagement futur de l’agence du bailleur social au 2, rue Mathias Grünewald. Interrogé sur le maintien de la Poste, l’adjoint en charge de l’équité territoriale a aussi promis le maintien de ce service essentiel dans le quartier. La seule question en suspens concerne son emplacement futur. Trois solutions sont envisagées : les surfaces commerciales du projet de Marignan, la future Maison des Services au Public ou l’actuel site de la mairie de quartier. « La décision sera prise d’ici 2025 maximum », a assuré Benjamin Soulet.
Le déménagement de l’école Martin Schongauer
De l’autre côté du Quartier Prioritaire de la Ville (QPV), la municipalité compte aussi implanter un parc partant du 80, rue Martin Schongauer jusqu’aux berges. L’école élémentaire Martin Schongauer sera détruite. Elle déménagera au cœur du quartier. Le futur groupe scolaire sera en effet construit à la place des deux immeubles situés au 43 et au 30 avenue Jean-Baptiste Pigalle. Un futur gymnase sera implanté au 6 rue Jean-Martin Weis.
Directrice de l’école maternelle, Céline Laperrouze a d’abord évoqué la déception de l’équipe pédagogique, « c’était une école en plein milieu d’un espace vert », puis elle a décrit la satisfaction des parents d’élèves : « Ils sont contents d’avoir une future école au centre du quartier, dans la verdure, où il n’y aura plus de voie à traverser pour s’y rendre. »
Une majorité d’habitants du quartier pavillonnaire
Les attentes et les critiques à l’égard de la municipalité écologiste n’émanaient pas seulement des habitants du QPV. Comme souvent, de nombreux habitants du côté pavillonnaire de l’Elsau se sont rendus à la réunion. Réagissant aux débats sur les rats, l’un d’eux a attribué le problème « à un manque d’éducation de certains », une phrase qui a suscité la colère d’autres Elsauviens présents.
Toujours côté pavillonnaire, le président de l’AREL Daniel Vidot a fustigé le futur plan de circulation du quartier. Un habitant de la rue de l’Unterelsau s’est aussi plaint de l’impact de la rénovation urbaine sur le nombre de places de stationnement, déjà insuffisantes selon lui. Réponse d’Hülliya Turan (PCF), élue référente de l’Elsau : « Nous allons encore retravailler cette question. Nous allons revenir vers vous, c’est un engagement. »
« On va vivre avec les rats pendant combien de temps ? »
Dès 21h30, la salle a commencé à se vider pour finir à moitié pleine. Beaucoup de questions restent sans réponse et laissent aux habitants un goût d’inachevé. « On va encore vivre avec les rats pendant combien de temps ? On peut pas tenir comme ça encore quatre à six ans », a ainsi lancé Lailla Anar, habitante du quartier. Cette représentante de parents d’élèves de l’école élémentaire Léonard de Vinci, répondait à l’adjoint en charge de l’équité territoriale. Benjamin Soulet a annoncé le début du passage à la collecte enterrée dès la fin de l’année 2022 pour les logements de CDC Habitat. Côté Ophéa, le changement de système de dépôt des déchets s’étalera jusqu’en 2025.
Les poubelles ont occupé une partie importante des échanges entre Elsauviens et élus. Hmida Boutghata, président de l’association de locataires Alis-Unli, s’est aussi lancé dans une diatribe contre les porteurs du projet :
« C’est du pipeau que vous nous racontez. Ca fait trente ans qu’on vit avec des déchetteries à ciel ouvert et des rats. Le système de collecte enterrée ne suffira pas à résoudre ce problème. Dirigeants de bailleurs sociaux ici présents, c’est aussi votre mission de m’entendre. Tant que vous ne remettrez pas des gardiens et des concierges dans nos immeubles, mes enfants continueront de voir des rats sur le chemin pour l’école. »
Concernant les concierges et gardiens d’immeuble, le directeur d’Ophéa a évoqué des « expérimentations de concierge au Neuhof et au quartier gare qui ont donné des résultats positifs. Mais Jean-Bernard Jambier a aussi indiqué « qu’on ne pourra pas déployer des concierges partout ». Moins prudent, le président du bailleur social Salah Koussa a rappelé l’embauche de gardiens et de concierges supplémentaires : « On va continuer à recruter, mais le quartier de destination du personnel reste à déterminer. »
Des réunions et un calcul peu judicieux
La réunion s’est achevée sur les calendriers de démolition et de rénovation des différents bailleurs sociaux. Côté Ophéa, une première démolition aura lieu au 8 rue Jean-Martin Weis à la fin de l’année 2022. Le directeur du bailleur, Jean-Bernard Jambier, a aussi annoncé une réunion de concertation à la fin du mois de mars pour recueillir les besoins des locataires de la rue Martin Schongauer.
Côté CDC Habitat, une réunion publique avec les locataires doit avoir lieu le 6 avril. Elle sera dédiée à la rénovation du bâtiment hébergeant des personnes âgées située dans la rue Nicolas Poussin. Le directeur d’Alsace Habitat, Nabil Bennacer, a aussi détaillé les projets de rénovation des 220 logements du bailleur à l’Elsau. Vidéoprotection, locaux vélos et poubelles, rénovation thermique… Ces travaux doivent commencer en 2022-2023.
Sans doute que la municipalité comptait garder le meilleur pour la fin. Mais la longueur de cette réunion a rendu le calcul peu judicieux. Face à des dizaines de chaises vides et d’habitants fatigués, aux alentours de 22h, l’équipe municipale a abordé l’enjeu le plus important pour les Elsauviens : les commerces et les services aux habitants. La Maison des Services au Public a ainsi été décrite. Ses 1 000 mètres carrés accueilleront la médiathèque, la direction de territoire, la mairie de quartier et le centre médico-social.
En cours de construction, la salle de boxe offrira 380 mètres carré pour le club de l’entraîneur Mehdi El Idrissi. Aussi président de la société d’économie mixte Locusem, Benjamin Soulet a fini par annoncer qu’ « un prix du mètre-carré a été fixé pour le rachat des surfaces commerciales » pour les rez-de-chaussée des futurs immeubles en entrée de quartier. La Locusem, qui propose des loyers modérés, deviendra donc l’intermédiaire pour de futures implantations. Reste l’éternelle question, encore sans réponse : quel supermarché, quelle boulangerie, quelle banque acceptera de s’installer à l’Elsau ?
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Mohamed, qui vit à Strasbourg, a traversé l’Europe en voiture pour récupérer son jeune frère, étudiant marocain en Ukraine, et sa future belle-famille, à la frontière polonaise. Arrivés depuis quelques jours à peine, et encore sous le choc, ils commencent à penser à une nouvelle vie en France mais leur avenir reste flou.
Depuis la montée des tensions diplomatiques et les mouvements de troupes russes, Mohamed, Marocain de Strasbourg, conseillait à son jeune frère de quitter l’Ukraine. Mais au début, Omar, 22 ans, en 3e année de faculté de pharmacie de Kharkiv, ne croit pas à la guerre, ni sa copine Karina en première année.
L’université lui a assuré en outre qu’il ne risquait rien, qu’un conflit était improbable et qu’il serait pénalisé s’il partait en plein semestre. Le jeudi 24 février, en pleine nuit, le jeune couple est réveillé par des explosions. « Dis moi que c’est des feux d’artifices », dit Karina. « Pas avec les murs qui tremblent comme ça », répond l’étudiant. Ils se rendent dans la nuit chez la famille de Karina.
Arrivés là-bas, ils descendent dans la cave de l’immeuble. Plus de 70 personnes y sont déjà massées. Certains viennent d’autres bâtiments du quartier. « Au début on ne se sentait pas vraiment en danger », se souvient Tatiana, la mère de Karina. Mais quand elle sort chercher de l’eau et qu’une explosion retentit, elle panique d’avoir laissé ses deux filles toutes seules. Pourtant, pas question encore de quitter leur immeuble, ni la ville, ni l’Ukraine. Mohamed insiste depuis Strasbourg. Il parvient à convaincre Omar, qui appelle finalement un taxi pour aller à la gare le 26 février. La mère et les deux filles, Karina 19 ans et Darina 13 ans, acceptent finalement de partir, poussées aussi par leur mari et père, Oleg, qui veut qu’elles fuient le danger. Lui restera pour s’occuper de son père malade et invalide.
Un missile tombé dans le parc à jeux de l’immeuble de la famille de Tatiana à Kharkiv. Photo : document remis
Comme des dizaines de milliers d’Ukrainiens, ils tentent alors de rejoindre l’Ouest du pays, puis de passer une frontière. Les cartes bancaires ne fonctionnent plus dans les magasins, les distributeurs sont vides. Les gens se pressent dans la gare pour gagner Kiev, la capitale. Sur le quai, des bousculades et des disputes éclatent. Omar et d’autres collègues étudiants doivent former un corridor pour permettre aux enfants, aux femmes ou aux personnes fragiles d’accéder aux wagons. Le train part après une journée d’attente. Darina, l’adolescente, se souvient :
« À ce moment là je me disais que j’aurais préféré rester dans la cave. Je m’y sentais plus en sécurité. C’était terrible de voir ces scènes. »
Arrivés à Kiev, après un voyage dans un wagon bondé, ils doivent rester plusieurs heures dans le train. L’eau manque et il est difficile de respirer. Le voyage se poursuit lentement jusqu’à Lviv, à 500 kilomètres à l’ouest de la capitale. Le train ne va pas plus loin, mais il reste encore quelques dizaines de kilomètres pour atteindre la frontière polonaise. Mohamed a quitté Strasbourg le 26 février. Sa femme, Romane, insiste pour l’accompagner. « Elle avait peur que je me fasse arrêter ou que j’ai des ennuis », relate Mohamed. Il échange régulièrement avec Omar par message. Le grand frère se rappelle :
« Au départ je voulais rouler jusqu’à Kharkiv mais Omar m’a dit que ce serait impossible d’entrer en Ukraine. En tout cas il n’y avait pas à hésiter pour aller les chercher, comme pour les accueillir ici. C’était la meilleure solution possible, on en n’a pas cherché d’autre. C’est mon frère, et sa famille : c’est ma famille. »
Rejoindre la frontière
Côté ukrainien, les derniers kilomètres entre Lviv et la frontière sont les plus compliqués à franchir. Les taxis demandent de grandes sommes : 300 à 400 euros. Un chauffeur accepte la famille, et leur demande 100 euros de moins à la fin de la course. Il les conduit à un bus gratuit qui emmène tout le monde à la frontière.
Vidéo tournée par Omar dans le bus qui l’a emmené à la frontière. (Document remis)
Omar montre la vidéo tournée dans le véhicule qui emprunte la route en contre sens et dépasse des files de voitures à l’arrêt. L’autobus franchit plusieurs checkpoint. Au dernier, Omar est arrêté par les forces de l’ordre qui interpellent tous les hommes. Ils lui disent qu’il doit rester pour se battre, mais l’étudiant marocain explique qu’il n’est pas ukrainien. Il est autorisé à partir. À la frontière, des Ukrainiens offrent le gîte et le couvert aux déplacés qui ont tout laissé. Tatiana et sa famille se posent quelques heures.
De l’autre côté de la frontière, Mohamed ne sait pas trop où il va pouvoir récupérer les réfugiés. La famille, ses amis en France et au Maroc, demandent des nouvelles. Il les tient informés de son périple. Et constate que de nombreuses autres familles attendent que leurs proches passent la frontière dans le froid. Avec Omar, il échange pour décider du lieu où se retrouver. Przemys, la troisième ville frontière polonaise où Mohamed et Romane se rendent, est finalement la bonne. Mardi 1er mars au matin, Mohamed partage sur Instagram l’image d’Omar et Karina qui sourient en le saluant par la vitre du bus. La famille est réunie.
Extraits d’une story publiée sur le compte Instagram de Mohamed @moha_owl.
Après un MacDo englouti, la voiture remplie repart vers Strasbourg. Faute de place dans le véhicule Romane a pris le train et l’avion. Mohamed reprend la route. Il a à peine dormi, mais son frère, Karina, sa mère et sa petite sœur sont en sécurité. Leur périple depuis Kharkiv aura duré 5 jours. Ils arrivent à Strasbourg, le mercredi 2 mars dans la journée.
Des familles mobilisées pour aider
Dans l’appartement de Mohamed à Neudorf, ce vendredi 4 mars, la famille se blottit sur le canapé. Ils viennent de finir de manger. Mohamed, qui travaille dans une boîte d’inventaire, est en carence entre deux CDD : « Ça tombe bien », glisse le jeune homme. Aux petits soins, il cuisine pour ses hôtes et discute avec eux, à l’aide du traducteur de son smartphone. La famille de Romane est aussi mobilisée, elle apporte de la nourriture.
Tatiana, la mère de famille de 39 ans, appelle son mari deux fois par jour. Il sort la journée pour chercher de la nourriture pour lui et son père, et s’occupe de deux chats et d’un chien. Kharkiv a été particulièrement frappée par les bombardements russes, beaucoup d’immeubles sont détruits. Les civils sont touchés. Tatiana souffle :
« Le soir, il ne peut pas allumer la lumière, sinon il risque d’être visé. Même la journée c’est dangereux. Mon mari a vu une femme coupée en deux par un missile alors qu’il partait en quête de nourriture. Des distributions alimentaires ont été touchées. »
Omar, Tatiana et Darina, sa fille de 13 ans. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg
Après un jour de repos, les démarches ont commencé jeudi 3 mars : titre de séjour, renseignements pour un logement, courses pour acheter des vêtements … Les journées sont bien remplies. Mohamed essaye aussi de leur changer les idées. Il leur fait visiter Strasbourg.
« On essaye de leur faire oublier un peu ce qu’ils ont vécu, mais parfois ils se mettent à pleurer. On voit qu’ils sont marqués. Un bruit de perceuse dans la rue les fait sursauter. Quand les sirènes ont retenti mercredi 2 mars, Tatiana m’a demandé paniquée, si c’était la guerre ici aussi. »
« Si je pouvais aller chercher ma famille là-bas, je le ferais sans hésiter. »
Pour l’instant, la famille a été enregistrée à la Structure du premier accueil des demandeurs d’asile (Spada) et a demandé une solution de logement. Mohamed et Romane les hébergent dans leur deux pièces. Le 115 les a contactés, mais les seules places en foyer sont pour l’instant en dehors de Strasbourg : « Et ils ne parlent pas français, ça va être trop compliqué pour eux. Vu ce qu’ils ont vécu, on préfère les garder avec nous pour le moment. »
Josiane Chevalier, la préfète du Bas-Rhin, a annoncé lundi 7 mars que l’État a déjà créé 300 à 400 places d’hébergement d’urgence dédiées aux Ukrainiens dans le département. Et ces derniers peuvent demander la protection temporaire, qui donne accès à une allocation de 400 euros, l’autorisation de travailler, de se loger et de toucher les APL. Le titre de séjour en question est renouvelable jusqu’à 3 ans. Tatiana, Karina et Darina devraient donc suivre cette démarche.
C’est moins clair pour Omar. La France a dit qu’elle rapatrierait les ressortissants de pays tiers gratuitement. Mais Omar et Karina, après ce qu’ils ont vécu, ne veulent pas se quitter. Le jeune couple devait se marier jeudi 3 mars. Quand elle a appris que son fiancé devrait peut-être la quitter pour aller au Maroc, la jeune femme de 19 ans « a pété les plombs » :
« Je ne veux même pas y penser. Je suis très choquée par ce qui nous est arrivé. Je ne me sens pas bien, je pense que je suis en dépression. Si je pouvais aller chercher ma famille là bas, je le ferais sans hésiter. Pour l’instant je n’arrive pas à réfléchir à ma poursuite d’études. »
Vu les perspectives, Omar s’inquiète : « J’ai bien peur d’avoir perdu mes trois années d’études. » Le jeune homme parle russe couramment, mais ne maîtrise pas bien le français. Il ne sait pas s’il pourra obtenir une équivalence. Tatiana, la maman, est pressée de travailler pour pouvoir soutenir sa famille, offrir une vie en France à ses filles. Dans les premiers jours de la guerre, elle pensait que ça ne durerait pas et qu’elle pourrait rentrer à Kharkiv. Les images de leur ville détruite par l’armée russe inondent les réseaux sociaux. Pour elle, aujourd’hui, impossible d’envisager revenir prochainement : « Tout est à reconstruire, mes filles ont un meilleur avenir ici. » La maman enlace souvent Darina, sa plus jeune fille, et caresse ses longs cheveux blonds.
Mohamed (à gauche) a traversé l’Europe en voiture pour chercher son frère, Omar, et la famille de sa future femme, Karina. Pour l’instant, ils sont tous hébergés chez lui et sa femme. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg
Rester ensemble
L’adolescente sourit :
« Je me sens en sécurité ici, il n’y a pas de bombardements, je veux aller à l’école, me faire des amis, profiter un peu de la France… »
La famille est encore sous le choc, mais Tatiana insiste, elle a besoin de trouver un emploi. C’est sa priorité. À Kharkiv elle travaillait dans une usine de confiserie. Mohamed assure qu’il les hébergera et les aidera tout le temps nécessaire. La famille va tenter de se rapprocher des associations ukrainiennes : « Ils ne connaissent personne ici, n’ont pas idée des réseaux qui pourraient les aider. »
Les images de la guerre, l’angoisse pour ceux restés sur place, ne les épargnent pas et les ont suivies jusqu’à Strasbourg et continuent de rythmer leurs journées. À Kehl lorsqu’ils faisaient les courses, une femme de ménage du centre commercial a entendu Tatiana et ses filles parler entre elles : « Je suis russe, je suis désolée de cette guerre, avez-vous besoin de quoi que ce soit ? » leur a-t-elle demandé. « Tout le monde s’est pris dans les bras en pleurant », raconte Mohamed.
D’après la préfecture du Bas-Rhin, entre 300 et 400 places d’hébergement d’urgence, réparties dans des hôtels, des auberges de jeunesse et des centres de vacances, sont déjà prêtes à accueillir des réfugiés ukrainiens. Sur les 250 arrivés à Strasbourg au 7 mars, 70 sont logés par l’État, les autres par des citoyens.
Lors d’une conférence de presse lundi 7 mars, la préfète du Bas-Rhin a annoncé qu’environ 250 Ukrainiens sont déjà arrivés à Strasbourg après avoir fui la guerre suite à l’invasion de leur pays par l’armée russe le 24 février. « C’est lié à l’importante diaspora ukrainienne, l’une des plus importantes de France. Elle représente 600 personnes dans la capitale alsacienne. Nous attendons beaucoup d’arrivées », a expliqué Josiane Chevalier.
Il s’agit principalement de femmes, d’enfants et de personnes âgées. Beaucoup d’hommes s’engagent dans l’armée et restent sur le front. Pour l’instant, 70 Ukrainiens ont demandé un hébergement d’urgence d’après Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture. « Ils ont été accueillis dans des structures collectives comme des auberges de jeunesse, des centres de vacances, des hôtels », a-t-il précisé. Il n’a pas souhaité dire exactement quels sites sont concernés.
Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg
La majorité des Ukrainiens logés chez des Strasbourgeois
Les 180 autres personnes sont logées par leur réseau familial, amical, ou chez des citoyens. Rue89 Strasbourg a dressé une liste des possibilités d’aider les Ukrainiens depuis Strasbourg. Les personnes qui souhaitent héberger des réfugiés peuvent se manifester auprès de l’Université de Strasbourg, de l’Eurométropole de Strasbourg ou auprès de l’association PromoUkraïna.
La préfète a assuré qu’une enveloppe budgétaire supplémentaire était dédiée à l’accueil spécifique des Ukrainiens, et que la situation n’aurait aucun impact sur les réfugiés en provenance d’autres pays. Selon elle, dans le Bas-Rhin, entre 300 et 400 places sont déjà prêtes à accueillir les prochains demandeurs, dont le nombre est difficile à prévoir. En tout, 1,5 million d’Ukrainiens ont déjà quitté leur pays. « Nous continuons à chercher, en lien avec les élus locaux de tout le département, les sites qui pourront accueillir les Ukrainiens à leur arrivée », a déclaré Josiane Chevalier.
Les réfugiés ukrainiens bénéficieront de la protection temporaire
Dans un premier temps, les réfugiés seront donc accueillis dans des structures collectives, mais les services de l’État assurent qu’ils les redirigeront ensuite vers des hébergements individuels.
Mathieu Duhamel a aussi indiqué que les Ukrainiens bénéficient, à leur arrivée sur le territoire, de la protection temporaire. Cette mesure a été décidée par tous les ministres européens de l’Intérieur jeudi 3 mars. Concrètement, les Ukrainiens auront droit à un titre de séjour de 6 mois renouvelable jusqu’à trois ans. Pendant cette période, ils pourront demander une allocation d’environ 400 euros, comme les demandeurs d’asile. Contrairement à ces derniers, les Ukrainiens auront aussi le droit de travailler, de prétendre à un logement et aux APL.
Les Ukrainiens qui souhaitent demander un hébergement doivent pour l’instant se présenter à la Structure du premier accueil des demandeurs d’asile (Spada) au 2a rue Bartisch à Strasbourg. Le secrétaire général de la préfecture annonce que « dans les prochains jours, un sas d’accueil avec un guichet unique à la préfecture leur sera dédié ». Ils pourront s’y enregistrer rapidement pour demander un logement et accéder à tous leurs droits, notamment l’allocation et l’assurance maladie.
L’avant-première strasbourgeoise du documentaire « Média Crash – Qui a tué le débat public ? » aura lieu au cinéma Star Saint-Exupéry mardi 22 mars à 20 heures. La projection sera suivie d’un échange avec la journaliste de Médiapart et coréalisatrice du film, Valentine Oberti. Interview.
Vous voulez rattraper les dernières révélations sur l’influence néfaste des hommes d’affaires propriétaires de médias ? Dans ce cas, Rue89 Strasbourg vous encourage à réserver votre soirée du mardi 22 mars à 20 heures. Vous pourrez assister à la projection-débat du documentaire « Média Crash – Qui a tué le débat public », réalisé par notre partenaire Médiapart et la société de production Premières Lignes.
C’est un travail dense et d’utilité public qui passe en revue les méfaits des grands propriétaires de médias, tel un Bernard Arnault, propriétaire des journaux Les Echos ou le Parisien, qui sollicite un ancien directeur des renseignements intérieurs pour espionner la rédaction de Fakir, le journal de François Ruffin. C’est aussi un film choc sur les méthodes de Vincent Bolloré, à la tête de CNews, Europe 1 ou C8, pour censurer des journalistes et orienter des rédactions entières à droite, toute ! La projection aura lieu en présence de la journaliste de Médiapart et co-réalisatrice du documentaire, Valentine Oberti. Interview.
Valentine Oberti, journaliste pour Médiapart et co-réalisatrice du documentaire « Media Crash – Qui a tué le débat public ? »
Rue89 Strasbourg : Comment et quand est né le projet Media Crash ? Quelle était votre intention en vous lançant dans la réalisation de ce documentaire ?
Valentine Oberti : Médiapart est né il y a 14 ans en faisant le constat de la concentration des médias et de la nécessité de l’info indépendante. C’est un sujet qui traverse les débat de la rédaction depuis toujours. Il y a près d’un an, nos discussions ont porté sur les velléités d’expansion de Vincent Bolloré puis il y a eu la grève d’Europe 1. Avec Michaël Hajdenberg (co-responsable du service enquête de Mediapart, NDLR), on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose de plus grand. Nous voulions l’inscrire dans le débat public pour en faire un thème de campagne de l’élection présidentiel.
Heureusement qu’on était deux, avec Luc Hermann (co-directeur de la société de production Premières Lignes, NDLR) pour réaliser ce documentaire. Nous avions en effet une importante contrainte de temps. Et puis nous avons aussi travaillé sur la base d’enquêtes de Mediapart, avec des fils à tirer et des débuts d’histoires qui n’avaient pas forcément leur place à l’écrit mais qui faisaient sens dans un documentaire. Ca nous a permis de faire quelque chose en quatre mois et demi.
Quel est l’intérêt de Bernard Arnault, PDG de LVMH, ou de l’industriel et homme d’affaires Vincent Bolloré de s’acheter des médias ? Votre documentaire montre qu’il ne faut pas obligatoirement acheter un média pour l’influencer, quels sont les autres façons d’orienter le travail journalistique pour des industriels et autres grands groupes ?
Il est évident que les industriels s’achètent une influence. J’ai écouté les auditions de plusieurs propriétaires de médias au Sénat. Ils démentent l’achat d’influence en évoquant des arguments économiques et l’ambition de sauver la presse. Mais avec ce documentaire, nous montrons qu’ils ‘achètent une influence, qu’ils sont capables par leur réseau et la puissance de l’argent de faire pression, parfois sur des médias qu’ils ne possèdent même pas. Je pense à cet égard à Bernard Arnault qui a eu recourt à l’ancien patron des renseignements intérieurs, pour espionner Fakir, le journal de François Ruffin. Cet exemple montre bien que leur zone d’influence dépasse les médias possédés pour aller jusqu’aux hautes sphères.
A-t-il été difficile de mettre en images des enquêtes, comme celle de Mediapart sur Bernard Squarcini et l’espionnage de Fakir sur commande du patron de LVMH, ou celles de Complément d’enquête à propos de l’emploi de mineurs par l’industriel Bolloré dans des champs de palmiers en Afrique ?
Il y a effectivement une partie du documentaire qui repose sur des informations déjà connues. Mais il y a aussi des révélations. Elles s’inscrivent dans la continuité de révélations de Mediapart. Par exemple, dans l’affaire Cahuzac, l’info de l’article censuré par le magazine Le Point, c’est une histoire méconnue et inédite. De même, sur les ventes d’armes françaises à l’Arabie Saoudite, je n’avais jamais raconté l’histoire de la censure que j’ai subie, si ce n’est à Jean-Baptiste Rivoire pour son livre “L’Élysée (et les oligarques) contre l’info”.
Votre travail sur les ventes d’armes à l’Arabie Saoudite a été censuré. Pourriez-vous nous détailler comment l’Etat a empêché Quotidien de diffuser vos révélations ?
Dans Media Crash, on raconte que l’Etat aussi est capable de faire pression sur des journalistes quand on s’attaque à des infos sensibles sur les ventes d’armes. La pression venait directement du ministère des armées. Je détenais un document secret-défense avec des informations d’intérêt public. La justice a ensuite agi de façon pernicieuse au travers d’une enquête préliminaire et d’un rappel à la loi, qui m’empêche de publier sur le sujet pendant six ans. Il est clair qu’avec ce genre de menaces, un journaliste réfléchira à deux fois avant de publier ce genre d’informations sensibles. L’affaire s’est terminée par un classement sans suite et un rappel à la loi, qui démontrent à la fois la clémence et l’hypocrisie de la justice.
Diriez-vous qu’aujourd’hui, l’indépendance des principaux médias français est morte ?
Il y a quand même de l’espoir. En creux, dans notre documentaire, on montre qu’il y a des poches de liberté et de résistance dans le service public. Dans les rédactions privées, il y a des journalistes qui tentent de repousser les limites de la contrainte pour sortir des infos. Je séparerais donc indépendance des médias et droit à l’information. Aujourd’hui, le débat public est abimé. Il faut être vigilant car le droit à l’information est fondamental, c’est le gage d’une démocratie qui fonctionne.
Avez-vous le sentiment que ce sujet intéresse le grand public ou est-ce une question de journalistes ?
Des premières projections en salle, chaque fois qu’il y a eu un débat, les salles étaient complètes. J’étais à Montpellier dans la soirée du 24 février, les 400 places étaient prises. C’est un bon signal. On se plaint parfois du désengagement des jeunes, mais j’ai remarqué l’attrait des jeunes pour ce sujet lors des projections.
Quand on est journaliste d’investigation, on espère toujours que ses révélations permettront d’aboutir à un changement positif. Quel est ce changement que vous attendez suite à la diffusion de Media Crash ?
Journalistes et syndicats font des propositions pour assainir le paysage médiatique. J’en cite quelques unes, qui ne nécessitent qu’un peu de volonté politique, pas d’argent ni de radicalité. On pourrait décider que les industriels qui vivent de commandes publiques ne possèdent pas de médias. Il faudrait aussi rendre obligatoire la publication des actionnaires des médias. On pourrait enfin enfin offrir un vrai statut juridique aux sociétés de journalistes. Elles pourraient ainsi agir en justice quand un actionnaire dépasse le rôle qui lui est dévolu.
Vous avez commencé votre carrière chez Mediapart… pour y retourner près de dix ans plus tard. Le modèle du média financé par ses abonnés vous paraît-il être le seul garant de l’indépendance aujourd’hui ? Y a-t-il d’autres sources d’espoir ou d’optimisme selon vous ?
Le modèle de Mediapart est chimiquement pur : seuls nos lecteurs peuvent nous acheter. C’est facile d’être indépendant et de travailler en toute liberté ici. C’est un luxe dans le paysage médiatique français. Mais je pense que c’est aussi le rôle du service public que de sortir des informations d’intérêt général. Et puis il y a aussi des médias indépendants qui se créent avec pour enjeu de survivre financièrement. Certains fonctionnent par des dons de grands donateurs ou fondations. Tant que l’indépendance et garantie y est, ça va. Cela montre qu’il y a d’autres modèles à trouver pour un journalisme d’intérêt public.
Il y a un effet catalogue dans votre documentaire : on parle de grands journaux papiers comme Le Monde ou les Echos, de télé et radio reprises par Bolloré d’une main de fer… Ca ne vous fait pas peur cette mainmise croissante de grandes fortunes sur les médias français ?
Il faut être combatif. Ce documentaire est un exercice de transparence et de pédagogie. Ce n’est pas Media Crash qui alimente la défiance et le « tous pourris », ce sont les propriétaires de médias qui font n’importe quoi. Raconter l’arrière-cuisine est salutaire, cela permettra de retisser les liens distendus entre la population et les médias en général. Il faut avoir confiance dans les journalistes combatifs et travailler à ce qu’ils puissent encore mieux faire leur travail.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.