Le parquet de Nancy a missionné d’autres enquêteurs dans le but de terminer l’enquête sur l’attribution de courts rapports commandés en 2008 et 2009 à un proche de l’ancien maire Roland Ries.
Il est soupçonné de favoritisme pour des rapports commandés à un proche, Roland Boehler, membre des réseaux rocardiens du Parti socialiste comme l’ancien édile. Une triple étude optimiste sur le tramway, qui n’a jamais été réalisé dans la capitale malienne, avait été facturée 50 000 euros, et la société de Roland Boehler avait joué le rôle d’intermédiaire et touché une commission pour l’ajout d’un graphique et la mise en page. Le rapport sur l’évolution du marché de Noël de 5 pages, qui a surtout fait parler de lui pour ses banalités, avait été payé initialement 23 000 euros, avant que la collectivité ne récupère une majeure partie de la somme, compte tenu de sa piètre qualité.
Roland Ries lors d’un conseil municipal en juin 2019 Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg
Selon les DNA, le parquet de Nancy, où l’affaire est dépaysée pour s’éloigner du microcosme strasbourgeois, a dessaisi les deux juges d’instruction pour confier l’enquête au pôle d’instruction de la JIRS, la juridiction interrégionale spécialisée de Nancy. Un changement justifié par une « très grande complexité de ce dossier » selon le procureur François cité par les DNA, que ce soit pour les aspects techniques, sa durée ou le profil des protagonistes. Depuis 2010, l’affaire a été plusieurs fois relancée, sans toutefois aboutir. Roland Ries a toujours mis cette affaire sur le compte d’une « querelle très technique de juristes » sur la procédure de commande et l’absence de mise en concurrence. Les moyens spécifiques de la JIRS doivent permettre, enfin, d’y mettre un terme, plus de dix ans après les faits.
Plusieurs personnes passées par le cabinet du Dr Henri Brunner, expert-psychiatre auprès des tribunaux alsaciens, décrivent un processus irrespectueux, expéditif, voire brutal… Sept psychiatres alsaciens ont déposé une plainte contre lui auprès de l’ordre des médecins pour dénoncer ses pratiques.
« Il m’a reçu comme une grosse merde dans son cabinet. Ça a duré un quart d’heure et ça a suffi pour foutre ma vie un peu plus en l’air. » Patricia (le prénom a été modifié) sent monter la colère lorsqu’elle évoque le docteur Henri Brunner. Le psychiatre est régulièrement mandaté par le tribunal judiciaire de Strasbourg, la Cour d’appel de Colmar ou encore des assurances pour fournir une expertise qui peut être déterminante pour l’issue d’une audience ou d’une demande d’arrêt maladie.
Des abus sexuels vus comme une « relation amoureuse »
Au courant de l’année 2021, cette dame de 55 ans doit se rendre chez un expert-psychiatre dans le cadre d’une demande de congé longue maladie. Victime d’abus sexuel de la part d’un prêtre au cours de son adolescence, le traumatisme est encore vivace, près de quatre décennies plus tard. Plongée dans une dépression chronique, diagnostiquée par sa psychiatre, Patricia ne parvient plus à dormir, à se lever et à mener sa vie quotidienne. Reçue par le Dr Brunner dans le cadre d’une procédure juridique, 15 minutes ont suffi à l’expert-psychiatre pour émettre un avis sans appel :
Les maltraitances des expertises psychiatriques du Dr Brunner, une affaire révélée par Rue89 Strasbourg
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Depuis 2022, Rue89 Strasbourg a été destinataire d’alertes évoquant des cas de maltraitance par le Dr Henri Brunner. Toutes ces alertes racontaient des vies brisées par des expertises bâclées, l’attitude méprisante et les propos insultants du médecin. Autre constante : la passivité des institutions à laquelle les victimes se retrouvaient confrontées. Car qui va croire une personne expertisée « paranoïaque » ?
Nous avons écouté ces personnes. Elles nous nous ont détaillé comment leurs vies ont basculé après seulement quelques minutes d’entretien. Rue89 Strasbourg étant un média indépendant, nous sommes peu sensibles aux renommées et personne ne peut nous décourager d’enquêter.
Cette injustice qui a frappé des milliers de personnes en Alsace a été rendue visible par un travail d’enquête qui a besoin de votre soutien. Même si vous n’êtes pas directement concerné·e par les expertises psychiatriques, chaque abonnement compte pour consolider à Strasbourg en en Alsace un journalisme engagé, capable d’écouter et de donner de la voix aux victimes d’injustices.
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Une intersyndicale appelle les personnels de l’éducation à la grève jeudi 13 janvier. Le syndicat FSU compte sur une participation de 50% des enseignants du Bas-Rhin. En cause : le manque de moyens matériels et humains dans les établissements scolaires pour faire face à la pandémie. En outre, toutes les cantines scolaires seront fermées.
« Le manque de moyens dans l’éducation existait déjà. La pandémie a aggravé la situation », analyse Agathe Konieczka, co-secrétaire au Snuipp-FSU du Bas-Rhin. L’intersyndicale Unsa, FSU, FO, CFDT, CGT, Solidaires, appelle les personnels de l’Éducation nationale à la grève ce jeudi 13 janvier. 47% des enseignants devraient participer, d’après les données collectées par le syndicat FSU.
Des rassemblements à Sélestat, Haguenau et Strasbourg
Trois rassemblements sont prévus : à 10h, à Sélestat et Haguenau, devant les inspections de circonscription, et à 14h, à Strasbourg, devant l’inspection académique, au 65 avenue de la Forêt-Noire. Début janvier, en conférence de presse, les syndicats dénonçaient le manque de masques, de capteurs de CO2 et l’impossibilité d’appliquer le protocole sanitaire contre la pandémie de Covid-19. Dans un communiqué, le syndicat Force Ouvrière détaille :
« Nous n’en pouvons plus des ordres et des contrordres permanents, des personnels non remplacés, des pressions pour effectuer du télé-enseignement, de la charge de travail insupportable que le ministre fait subir aux directeurs… Nous constatons que le ministre se refuse de nous fournir les moyens de protection individuelle qui manquent toujours. »
« Nous demandons 1 000 postes d’enseignants supplémentaires »
Agathe Konieczka, de FSU, résume les revendications :
Et nous exigeons le recrutement de 200 enseignants dans le Bas-Rhin, pour occuper les postes vacants et augmenter le nombre de remplaçants. Sinon, les classes doivent trop souvent fermer. À terme, nous demandons 1 000 postes supplémentaires, pour améliorer durablement la situation, relâcher la pression sur les professeurs en poste et diminuer les effectifs par classe. »
À Strasbourg, quelques multi-propriétaires décident de passer par les plateformes de tourisme comme Airbnb ou Booking pour louer leurs meublés. L’activité s’est largement ralentie avec le Covid mais reste rentable. Particulièrement pour les restaurateurs, qui bénéficient de dérogations.
L’immeuble de Anne Bazille, au coin de la rue Kuhn, est animé. Entre le laboratoire d’analyses médicales au rez-de-chaussée et les deux cabinets de médecins, la retraitée voit passer du monde. Loin de la déranger, puisqu’elle habite au dernier étage, elle se pose tout de même la question pour l’un des co-propriétaires « discrets » de son immeuble, qui possède un appartement de 175 m² au premier ainsi que la buanderie du sous-sol.
Son activité est annoncée dès la porte d’entrée : une plaque gravée renseigne sur le logement loué via Airbnb. « Le Gabriel » est présenté comme un complexe de cinq « hébergements indépendants » notés trois étoiles sur la plateforme. Allant de 100 à 120 euros la nuit, les chambres de l’appartement sont réservables à la manière de chambres d’hôtel. Son propriétaire, Bacel Sarrouge, a racheté cet appartement il y a huit ans et dit continuer de le rembourser, à hauteur de « 30 000 euros par an ».
Des meublés vides de touristes pendant le Covid
Lui qui enregistrait un chiffre d’affaires de 100 000 euros avant la pandémie, s’est retrouvé avec un gros déficit en 2020 :
« Nous avons eu une aide du fonds de solidarité pour compenser le manque à gagner, cela nous faisait 40 000 à 50 000 euros au total, comme pour les bonnes années. Mais c’est un pseudo chiffre d’affaires, puisqu’en réalité, les réservations m’ont rapporté environ 3 000 euros. De toute façon ma femme travaille, je considère que c’est pour la retraite que je loue cet appartement. »
« Le Gabriel » est un appartement de 175 m² loué en plusieurs parties sur Airbnb. Photo : Danae Corte / Rue89 Strasbourg / cc
Comme nous l’expliquions dans le premier volet sur les Airbnbà Strasbourg, le nombre de meublés touristiques était passé de 3 192 à 1 785 entre janvier 2019 et décembre 2021, avec une baisse de 22% en 2020 par rapport à l’année précédente. Selon les données du site AirDNA, leur prix moyen était de 107,9 euros en novembre 2021.
Moins d’activité en 2020
D’après notre estimation calculée à partir des taux d’occupations (soit le nombre de jours loués dans le mois par logements proposés sur les plateformes Airbnb et Vrbo, NDLR) sur l’année 2020 à Strasbourg, les logements ont été réservés en moyenne 13,6 jours par mois entre janvier et novembre cette année-là. Soit quatre jours de moins qu’en 2019. En novembre 2021, ces taux repassent à 16,9 jours réservés.
Puis retour à la normale
Une tendance qui correspond bien à l'expérience de Dominique Klein. Ce propriétaire a monté une société pour gérer en famille ses huit logements situés Grand'Rue à Strasbourg. Pendant le confinement, faute de réservations, il a décidé de prêter ses Airbnb à l'hôpital pour héberger des médecins. Ses réservations sont depuis reparties à la hausse :
"Mes logements sont quasiment tous pleins depuis la rentrée de septembre. Mon réseau se situe surtout dans le monde de la culture. J'ai été régisseur de spectacle, donc j'héberge beaucoup les comédiens."
Ses logements se louent de 85 à 200 euros la nuit (voire 250 en période de marché de Noël), avec un minimum de trois nuits par réservation. En calculant la moyenne des prix à la nuit des huit appartements proposés, un petit logement peut rapporter 1 037,5 euros le mois, selon nos estimations.
Des loyers "20 à 25%" plus rentables qu'en location classique
Sur les plateformes de location de tourisme, ils sont quelques propriétaires à louer plusieurs logements simultanément à travers une société de location. Certains passent par des conciergeries spécialisées qui se chargent de la logistique. Simon Ehrenreich est président de l'agence spécialisée Cotoon à Colmar. Il explique :
"Nous nous occupons de la promotion du logement, de l'accueil et du ménage, contre une commission de 21% toutes taxes comprises. Ce genre de location rapporte en moyenne 20 à 25% de plus que pour de la location classique dans notre agence. Mais les propriétaires ne sont pas seulement intéressés par cela : c'est aussi plus flexible et il n'y a pas le risque d'impayés."
Le chef d'agence nuance la profitabilité de ces recettes :
"Il faut aussi prendre en compte les charges comme l'eau, l'électricité ou le wifi qui sont payés par le propriétaire et pas par le locataire. L'année passée, avec le Covid, certains propriétaires n'ont pas eu de location avant juillet. Avec les charges, les revenus de l'un de mes propriétaires tournent autour d'un tiers du chiffre d'affaires global".
Une concurrence déloyale, selon les hôteliers
Il reste que, dans le quartier du centre où Dominique Klein loue ses huit meublés de tourisme, le prix au mètre carré d'un logement est estimé à 18 euros sur le site de location Seloger.com. Pour le meublé de tourisme le moins cher de son bâtiment, la location mensuelle d'un mètre carré est à 98 euros, selon notre estimation.
Pour Christophe Weber, directeur du l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie (UMIH) du Bas-Rhin, louer ses meublés de tourisme permet aussi de s'affranchir de certaines charges et réglementations propres à l'hôtellerie :
"La législation dit qu'au-dessus de cinq chambres, je suis un hôtel. Donc il faut un système d'évacuation de fumée, un SCI (Système Central Incendie), une conciergerie de nuit et il y a tout un tas de critères et contrôles qui alourdissent les charges. En louant par tiroirs (donc plusieurs chambres sur un appartement), on n'est pas censé avoir plusieurs chambres louées à la fois. C'est de la concurrence déloyale quand cela fonctionne comme un hôtel."
Un propriétaire, sept logements en Airbnb
Dominique n'est pas le seul à posséder l'équivalent d'une résidence remplie de logements de tourisme. Franck Meunier, multi-restaurateur connu à Strasbourg pour ses 15 bars et restaurants, propose ainsi sur la seule plateforme Airbnb un catalogue de sept logements dont il est hôte, tous situés à différents endroits du centre-ville. Quatre d'entre eux sont dans deux bâtiments de la Grand'Rue, près de son bar Le Troquet des Kneckes. Il possède aussi deux logements rue du Faisan, et un autre à côté de son Bar des Aviateurs. Ces logements sont gérés directement par sa SARL de location immobilière, Les apparts des Kneckes.
Le restaurateur est aussi co-hôte de 15 logements. Selon Airbnb, ce statut permet d’aider les titulaires à gérer les logements et voyageurs, contre rémunération. Interrogé, le multi-restaurateur affirme "ne pas gagner d’argent" sur cette activité "d’aide", sans cependant préciser cette affirmation.
Parmi les appartements dont il est co-hôte, il y a deux appartements au-dessus de la galerie Aedaen, un centre artistique de la rue des Aveugles de Strasbourg. Son propriétaire, Patrick Adler, dit aussi ignorer comment se passent les locations : ce sont les employés de sa société de location 45 A Main Street qui gèrent.
L'Aedaen Place, géré par Patrick Adler, propose deux appartements sur Airbnb au-dessus du bar-restaurant. Photo : Danae Corte / Rue89 Strasbourg / cc
Des loyers plus rentables
À partir des données d'AirDNA, la moyenne de prix d'une nuit est de 92,6 euros et les appartements étaient réservés en moyenne 16,8 jours dans le mois, sur les 11 premiers mois de 2021 à Strasbourg. Ces chiffres nous permettent d'estimer qu'un appartement pouvait générer 1 555,68 euros par mois en moyenne aux propriétaires de meublés de tourisme.
Pour l'exemple de Franck Meunier, avec 95,71 euros de prix journalier moyen et des logements en plein centre-ville, ce montant peut s'élever à 1 607,9 euros par mois, toujours selon notre estimation. Tandis qu'à Strasbourg, le loyer moyen mensuel pour la location d'un meublé deux pièces est de 744 euros, selon le site de location Seloger.com. Cette marge conséquente n'est pas la motivation principale d'après le restaurateur :
"Ce n'est pas avec cette activité que nous faisons des bénéfices, ce n'est pas notre cœur de métier. Les locations touristiques sont aussi un moyen d'éviter de déranger les locataires. La population qui loue en Airbnb n'est pas la même que celle en location classique, le bruit les dérange moins."
Sans limite pour les restaurateurs
Pour les multi-propriétaires qui louent leurs meublés à Strasbourg au-dessus de leur bar-restaurant, aucune restriction ne s'applique sur le nombre de logements possédés. En fait, la réglementation veut que dans un même bâtiment, la surface disponible pour l'habitation classique ne soit pas inférieure à 60%. Cette règle ne s'applique pas dans le cas "d’installation de locaux d’activités au-dessus d’un bar-restaurant ou de toute activité générant des nuisances sonores durant les horaires nocturnes".
Autrement dit, les locations touristiques installées au-dessus d'un bar-restaurant (comme c'est le cas de Franck Meunier ou de Patrick Adler) ne sont soumises à aucune limitation réelle de taille ou de nombre. Il en va d'ailleurs de même pour le système de compensation (pour chaque autorisation de changement de statuts, un logement de dimensions et de qualité équivalentes doit être pourvu dans le même quartier pour de la location classique, à partir du deuxième logement par personne physique, NDLR).
Suzanne Brolly, vice-présidente en charge de l’habitat à l'Eurométropole, justifie :
"L’objectif de la règle concernant les locaux au-dessus d’un bar-restaurant ou d’une activité générant une gêne sonore est de privilégier des locaux d’activités plutôt que des logements. L'objectif est de permettre une activité compatible avec les nuisances, pas de faire du meublé de tourisme."
Podcast Dialogues de campagne – Tout au long de la campagne de l’élection présidentielle, les trois Rue89 locaux font rencontrer et débattre des citoyens sur des thèmes de société. Premier épisode autour de la place du travail dans nos vies avec Éric Senet, un chef d’entreprise strasbourgeois dans la restauration et Hugo Mordini, un artisan qui souhaiterait travailler moins, quitte à gagner moins.
Peut-on encore discuter de politique sans s’invectiver ? C’est le pari de nos trois rédactions locales, après ce début de campagne d’une élection présidentielle sous tension, où les invectives sur les plateaux des chaînes d’informations semblent servir de métronome. Mais la société est-elle aussi polarisée que le laisse penser les déclarations sentencieuses des hommes et femmes politiques et des éditorialistes ? De l’Aquitaine à l’Alsace, en passant par le Rhône, nous réunissons des Français qui semblent opposés par leurs idées et voteront sûrement différemment le 10 avril 2022. Objectif : susciter l’échange, repérer où se situent les différences et s’écouter, voire se comprendre.
« Présidentielles 2022 : Dialogues de campagne » est un podcast de Rue89 Bordeaux, Rue89 Lyon et Rue89 Strasbourg à retrouver un vendredi sur deux jusqu’au premier tour de l’élection présidentielle. Le deuxième épisode sera diffusé le vendredi 14 janvier.
Premier épisode : le travail
Le premier épisode a été enregistré début décembre au Social Bar de Strasbourg avec Éric Senet, chef d’entreprise dans la restauration, patron des restaurants Flam’s, 231 East Street et Nooï, et Hugo Mordini, artisan aux ateliers de l’opéra national du Rhin. Tous deux ont fait une école de commerce, mais des choix de vie différents. Le père de famille de 34 ans refuse par exemple de travailler le samedi, même s’il est payé double. Il souhaiterait un contrat à temps partiel pour privilégier sa vie de famille. De son côté, Éric Senet, 60 ans, comprend des « choix individuels », mais il estime que collectivement, il faut travailler et consommer autant, si ce n’est plus : « moins le gâteau est important, moins il y a à se partager ».
Hugo Mordini répond que l’on peut faire des choix différents, sur les impôts ou le partage du temps de travail. Il aimait l’idée d’un « temps de travail différent en fonction des âges ». Il regrette que la question du travail ne soit guère abordée dans cette pré-campagne électorale. Pour Éric Senet « la création de richesse se fait dans l’entreprise », et si elle augmente, cela permettra « des services pour les habitants ». C’est ce point qui guidera son vote.
Dialogue de campagne, épisode 1 autour du travail au Social Bar. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Les syndicats des enseignants du Bas-Rhin ont communiqué, le 6 janvier, les résultats d’une enquête sur 160 établissements du département. Elle dévoile un déficit de masques, de capteurs de CO2, ou encore d’autotests dans de nombreuses écoles.
Dimanche 2 janvier, le ministre de l’Éducation nationale a dévoilé dans les colonnes du Parisien le protocole à tenir à la rentrée du 3 janvier pour faire face à la pandémie de Covid-19 et la propagation du variant Omicron dans les écoles. Jeudi 6 janvier, les représentants du personnel de l’Unsa Education, de la FSU, de la FNEC FP-FO et du Sgen-CFDT ont tenu une conférence de presse visant à « rétablir la vérité » sur l’organisation de la rentrée, et plus généralement, sur la gestion de la crise sanitaire par le ministère de Jean-Michel Blanquer.
« 127 des 160 établissements ne disposent d’aucun capteur »
L’intersyndicale a mené une enquête sur 160 écoles maternelles, primaires, collèges et lycées du département, pour faire le point sur les moyens matériels effectifs et le mal-être du personnel éducatif. Dans chaque établissement, le 5 janvier et dans la matinée du 6 janvier, une personne était chargée de collecter les informations. Myriam Brandt, syndiquée FSU et secrétaire du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l’Education Nationale du Bas-Rhin, explique :
« Le ministre estime être au rendez-vous de la crise et de ses responsabilités. Par exemple, il prône les capteurs de CO2, pour savoir s’il est nécessaire d’aérer. Dans notre enquête, on observe que 127 des 160 établissements ne disposent d’aucun capteur. 25% des enseignants ne peuvent ouvrir leurs fenêtres qu’en oscillo battant. En plus, avec des classes de 30 élèves, ils sont forcément les uns sur les autres. Le brassage est impossible à empêcher. »
Les membres du CHSCT dénoncent le sous-équipement des établissements scolaires du Bas-Rhin, chiffres à l’appui. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Aucun personnel médical dans 60% des établissements sondés
Selon l’enquête, les masques ne sont pas fournis en nombre suffisant dans 67% des établissements. « Ce sont des masques en tissu, ils n’ont pas de barre nasale. Les collègues achètent eux-mêmes des masques chirurgicaux ou FFP2 pour avoir une vraie protection », dit Jacques Pousse, trésorier adjoint du syndicat Force Ouvrière. François Friedelmeyer, représentant du personnel Sgen-CFDT, poursuit : « Après quasiment deux ans, le ministère n’a pas réussi à nous fournir des masques chirurgicaux. C’est scandaleux. » Aussi, dans 60% des établissements sondés, il n’y a aucun personnel médical.
Les représentants syndicaux insistent également sur les consignes lorsqu’un cas covid est détecté chez un élève. Dans cette situation, tous ses camarades de classe et l’enseignant doivent présenter un test négatif avant de revenir. Deux et quatre jours plus tard, ils doivent réaliser des autotests. 70% des enseignants indiquent que la gestion de ce protocole les empêche de réaliser leurs missions. Dans 35% des écoles, collèges ou lycées, les personnels ne disposent pas d’autotests. Pour ceux qui en disposent, leur nombre est insuffisant dans 72% des établissements.
« Ces chiffres ont des conséquences. Dans le Bas-Rhin, entre 10 et 20% des enseignants sont malades début janvier. Les enseignants nous appellent en pleurs. Les protocoles successifs sont jugés absurdes et inapplicables. Dans notre enquête, 85% des enseignants disent avoir le sentiment d’être exploités. »
Myriam Brandt (à gauche), de la FSU, et Laure Trémolières (à droite), de l’Unsa, disent recueillir de nombreux témoignages d’enseignants en détresse. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
En 2021, l’intersyndicale compte 18 démissions et cinq ruptures conventionnelles chez les enseignants dans le Bas-Rhin. « C’est sans précédent », s’accordent les délégués syndicaux. La même année, ils dénombrent aussi 150 démissions d’accompagnants d’élèves en situation de handicap, « contre 50 habituellement ». Myriam Brandt conclut :
« Les personnels de l’éducation sont mis en danger par le ministère. Une ligne rouge a été franchie. D’urgence, l’Éducation nationale doit nous fournir les moyens matériels pour poursuivre les cours : des masques fonctionnels, des capteurs de CO2, des autotests. Comme en Italie, elle doit aussi augmenter le nombre de professeurs pour qu’il y ait moins d’élèves par classe. »
La première minute de silence « pour la mort annoncée de l’hôpital public » a eu lieu à Strasbourg le 10 décembre 2021. Vendredi 7 janvier 2022, l’initiative sera suivie dans des hôpitaux de toute la France.
Rennes, La Rochelle, Lorient, Pau, Marseille, Paris, Colmar, Lille… Une quinzaine d’hôpitaux de toute la France observeront ce vendredi 7 janvier à 14 heures une minute de silence « pour la mort annoncée de l’hôpital public ». L’initiative est née à Strasbourg. Le 10 décembre 2021, sur Rue89 Strasbourg, des médecins strasbourgeois appelaient à participer à cette action pour mettre en lumière les difficultés inédites de l’hôpital public, liées à une « dégradation continue, au niveau du budget, des effectifs et des lits d’hospitalisation », comme l’expliquait le médecin des urgences du Nouvel Hôpital Civil, Sébastien Harscoat.
« Dire à la population que l’hôpital public se meurt »
Cette minute de silence a d’abord fait son chemin en Alsace. Les annonces du Premier ministre pour l’hôpital strasbourgeois n’ayant pas convaincu les soignants, un nouvel appel à rendre hommage à l’hôpital public mourant est lancé pour le vendredi 17 décembre. Cette fois, infirmières, médecins et aides-soignantes des hôpitaux de Colmar, Wissembourg et Haguenau répondent présents.
Les minutes de silence se suivent, et l’objectif reste le même. Comme l’explique un médecin de l’hôpital du Scorff à Lorient : « L’hôpital doit rester un service public et pas une entreprise marchande. Pourtant, on assiste, ici comme ailleurs, à une dégradation de la qualité des soins et à l’épuisement des personnels. Vendredi, ce moment de recueillement permettra de dire à la population que l’hôpital public se meurt… »
À l’approche de l’élection présidentielle, les soignants espèrent aussi que cette action permettra d’inscrire la défense de l’hôpital dans le débat public. Le médecin urgentiste Sébastien Harscoat résume l’idée de cet hommage : « Cela fait plusieurs années que nous dénonçons le manque de moyens que nous subissons, en vain. Alors on s’est dit qu’une minute de silence pourrait peut-être permettre de mieux nous faire entendre. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
Jeudi 6 janvier, la police aux frontières est intervenue au gymnase Branly à Strasbourg, où des SDF sont abrités dans le cadre du plan grand froid. Une quinzaine de personnes ont été emmenées en car à Bouxwiller, dans une structure qui vise à les reconduire à la frontière. Le collectif Pas d’enfant à la rue dénonce cette pratique des autorités qui « transforme des dispositifs d’hébergement d’urgence en piège ».
Depuis Noël, le gymnase Branly est réquisitionné pour les personnes sans-abri dans le cadre du plan grand froid. Il peut accueillir 80 personnes. Selon le collectif Pas d’enfant à la rue, constitué de parents d’élèves et d’enseignants en lien avec plusieurs familles abritées dans ce gymnase, il doit rester ouvert au moins jusqu’au 11 janvier. Mais au matin du jeudi 6 janvier, la police a réveillé les bénéficiaires du dispositif d’accueil pour contrôler leur situation administrative.
Une famille monte dans le bus de la police aux frontières. Photo : remise
Selon trois témoins, une quinzaine de personnes ont été emmenées dans un car affrété par la police aux frontières. Elles ont été redirigées vers un centre d’hébergement à Bouxwiller. D’après les associations, cette structure permet d’organiser les retours à la frontière, mais les personnes qui y sont placées restent libres. Cécilia Quintiliani, infirmière scolaire et membre du collectif Pas d’enfant à la rue, est arrivée sur place peu après 7h. Elle raconte :
« Il y avait un car, un fourgon de gendarmerie et des voitures de la police nationale qui sécurisaient le site. Les personnes ont été triées selon leur situation administrative avec des bracelets de couleur. Un bracelet vert signifie que les personnes sont en situation irrégulière. Elles m’ont expliqué que la police a essayé de leur faire signer un papier qui autorise la préfecture à les reconduire dans leur pays d’origine. Heureusement, elles ont refusé. Ensuite, elles ont été emmenées au centre de Bouxwiller. Les personnes qui ont un bracelet rouge peuvent rester au gymnase. »
Les situations administratives de toutes les personnes présentes au gymnase Branly ont été examinées. Photo : remise
« Ces pratiques sont violentes »
Delphine Bernard est membre de la FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves) et du collectif Pas d’enfant à la rue. Également en lien avec des familles, elle s’insurge de la tentative des policiers de faire signer des papiers qui autorisent la reconduite à la frontière :
« Le gymnase Branly est censé être un dispositif de solidarité. Quel est le message que la préfecture envoie à ces familles précaires ? Elles risquent de ne plus oser venir s’abriter dans le gymnase malgré le froid. Ces pratiques sont violentes, elles traumatisent les enfants. Il y a vraiment une volonté, de la part de la préfecture, d’expulser des familles. Elle transforme les dispositifs d’hébergement d’urgence en pièges. »
Pour la deuxième fois en un mois, la police aux frontières intervient au gymnase Branly. Photo : remise
Au moment d’écrire ces lignes, la préfecture du Bas-Rhin n’a pas encore communiqué sur l’opération. Les forces de l’ordre ont quitté le site vers 10h. Lors de la précédente évacuation du gymnase Branly le 16 décembre, plusieurs familles avaient été emmenées au centre de Bouxwiller. Sabine Carriou, présidente de l’association Les Petites Roues, explique :
« Nous logeons en ce moment une famille iranienne qui a refusé de retourner en Iran et qui est partie de Bouxwiller le 4 janvier. Nous sommes aussi en contact avec une famille tchétchène, qui avait été emmenée à Bouxwiller le 16 décembre. Eux ont signé les papiers pour être reconduits dans leur pays d’origine. Ils n’en pouvaient plus et ont renoncé à rester en France. Mais on ne connait pas tout le monde et comme la préfecture ne communique pas, c’est très difficile de savoir exactement ce qu’il se passe là-bas. »
Le Figaro a publié une dépêche de l’AFP indiquant que « deux frères, dirigeants d’une entreprise alsacienne de composants automobiles, ont été condamnés mardi 4 janvier à Paris à huit et six mois d’emprisonnement avec sursis pour avoir caché au fisc des recettes via une société hongkongaise ».
Ces faits ont été révélés à la connaissance du public en 2016 grâce au travail de l’International consortium of investigative journalists (ICIJ), dont les journalistes ont obtenu et authentifié des documents comptables pour en republier les éléments dans le cadre d’un série d’articles internationaux appelés les « Panama Papers ».
La dépêche précise que le parquet national financier (PNF) s’est intéressé à la situation de ces deux frères « après un article de Rue89 Strasbourg. » Cet article de juin 2016 (à lire ici) tentait de caractériser qui étaient les quinze Alsaciens figurant dans les Panama Papers. Parmi eux donc, les frères Schneider de Gambsheim avec leur société Trade Group Limited immatriculée aux Îles vierges britanniques, qui leur a permis depuis 2002 de détourner environ 200 000€ de recettes.
Ils ont reconnu les faits et convenu d’une peine avec le PNF. Le tribunal a homologué la peine et les a condamnés pour abus de biens sociaux aggravés et fraude fiscale à 25 000 euros d’amende chacun. En outre, l’administration fiscale leur a imposé un redressement avec des pénalités de 89%.
Pour les élus et les exposants, l’heure est au bilan. Malgré une baisse de la fréquentation estimée entre 20 et 25 % par rapport à 2019, la municipalité compte approfondir sa transformation du marché de Noël strasbourgeois.
« Le pari était énorme et nous l’avons relevé collectivement », annonce d’emblée la maire de Strasbourg. Pour Jeanne Barseghian, l’édition 2021 du marché de Noël était celle de l’innovation. Après une année blanche en 2020, l’événement phare de l’hiver strasbourgeois a évité la fermeture anticipée. « Nous avons eu quelques incertitudes, mais on a joué le jeu du collectif et de la transparence pour y arriver », affirme la maire.
Les premiers retours de la Ville ainsi que des professionnels du tourisme estiment une baisse de fréquentation du marché de Noël 2021 entre 20 et 25 % par rapport à 2019. Photo : / Rue89 Strasbourg / cc
Des marchands conquis par la nouvelle formule
Malgré le passe-sanitaire obligatoire aux places Kléber et Broglie, le port du masque et les Zones d’Alimentation Dédiées (ZAD), la nouvelle formule du marché de Noël initiée par la municipalité verte aura fait l’unanimité auprès des exposants locaux, pourtant craintifs au départ. « Le marché a ouvert des perspectives de manière totalement gratuite. On a qu’une envie, c’est continuer comme ça », salue André Scheidel, vice président du syndicat professionnel des exposants du Christkindelsmärik.
Pour offrir une expérience apaisée et conviviale, tout en limitant la promiscuité, la municipalité verte avait décidé d’espacer davantage les chalets et d’élargir les allées. Forains et commerçants ont également pu s’installer sur de nouvelles places, comme celles du Corbeau et du square Louise Weiss. La maire a annoncé que cet agencement serait reconduit pour les éditions à venir.
Un bilan économique et touristique en demi-teinte
Dans les chiffres, le marché de Noël n’aura pas connu les succès d’avant Covid. Alors que les élus peaufinent encore leurs méthodes de comptage pour obtenir un chiffre brut concernant le nombre total de visiteurs, les premiers retours de la Ville ainsi que des professionnels du tourisme estiment une baisse de fréquentation entre 20 et 25 % par rapport à 2019. L’absence des groupes de visiteurs internationaux en est une des principales raisons : « Nous avons pu observer l’effondrement du tourisme de groupe, en faveur d’un tourisme beaucoup plus individualisé. Il y avait moins d’Américains et d’Asiatiques en raison de la crise sanitaire, mais les habitants des régions autour ont pris le relais », observe Joël Steffen adjoint à la mairie de Strasbourg en charge du tourisme.
Grâce à des voyageurs français et d’autres pays voisins donc, les restaurateurs de l’hypercentre ont enregistré des résultats quasi-similaires à 2019. Pour les restaurants plus excentrés, la fréquentation en baisse s’explique en partie par des annulations de repas de fin d’année des entreprises et l’absence de grands groupes de voyageurs.
La première phase d’un chantier
Ce format totalement repensé n’est que le premier volet du projet de la municipalité verte : faire du marché de Noël un événement éco-responsable et solidaire. La municipalité écologiste vise, avant la fin de son mandat, une labellisation par l’association Éco-Manifestations Alsace (EMA) et le label ISO 20121, une norme internationale consacrée au développement durable dans l’événementiel. « Cela passera par plusieurs réflexions, comme remplacer les éco-cups en plastique par des tasses en céramique faites par des artisans », propose Guillaume Libsig, adjoint en charge de la politique événementielle.
Pour la solidarité, la ville entend approfondir la dynamique en associant directement les habitants à l’organisation de l’événement. Ce véritable défi pour les prochaines éditions débute au premier semestre de cette année, avec l’instauration d’une consultation citoyenne pour recueillir les avis et suggestions de 2500 personnes.
La campagne de vaccination contre la covid-19 a débuté au début de l’année 2021. Sa cartographie à l’échelle des intercommunalités du Grand-Est met à jour de nombreuses disparités. Ces dernières peuvent s’expliquer par des différences d’âge, de revenus ou une proximité avec une culture anti-vaccins.
L’Assurance maladie fournit depuis 2021 des données de vaccination contre la covid-19 à l’échelle des Établissements publics de coopération intercommunale (EPCI, souvent des communautés de communes). Rue89 Strasbourg s’en est servi pour cartographier les taux de vaccination de ces territoires de la région Grand Est jusqu’au 20 décembre 2021.
Du côté des moins vaccinés, l’ensemble du Pays Haut de Meurthe-et-Moselle et ses alentours se distinguent, mais aussi la quasi totalité du Haut-Rhin. Le département haut-rhinois compte le taux de vaccination le plus bas de la grande région, avec 71% de sa population vaccinée à la fin de l’année 2021.
À l’opposé, la communauté de communes du Kochersberg affiche un taux de vaccination de 79,60%. De même, dans plusieurs communautés de communes à l’Est de Reims, plus de 77% de la population est vaccinée.
Les plus âgés sont aussi les plus vaccinés
CoviPrev est une étude menée par Santé Publique France (SPF) afin de suivre l’évolution des comportements durant l’épidémie de covid-19. Cette étude a notamment permis de mesurer l’adhésion à la vaccination par classe d’âge. Dès la fin 2020, les plus de 65 ans y étaient favorables à plus de 60%, tandis que les autres tranches d’âge se situaient toutes en-dessous des 50%.
Dans le Grand Est, certaines communautés de communes les plus vaccinées fin 2021 sont aussi celles qui ont une forte proportion de personnes âgées. C’est le cas de l’Argonne Ardennaise, qui compte plus de 77% personnes complètement vaccinées lors de la semaine du 20 décembre 2021. En 2018, selon un recensement de l’INSEE, près de 33% de la population de ce territoire était âgée de plus de 60 ans. Au niveau de la grande région, seulement 26% de la population était âgée de plus de 60 ans en 2018.
L’Eurométropole de Strasbourg (EMS) comptait quant à elle 22% d’habitants de plus de 60 ans lors du même recensement. L’EMS figure donc sans surprise dans le groupe des intercommunalités les moins vaccinées du Grand Est, avec 70% de la population ayant un schéma de vaccination complet.
Une distinction par catégorie socio-professionnelle
L’enquête CoviPrev décrit aussi la catégorie socio-professionnelle comme un facteur déterminant dans le choix de la vaccination. En résumé, les cadres et ingénieurs sont plus enclins à se faire vacciner que les ouvriers et employés.
Ce parallèle entre vaccination et revenu s’illustre par exemple lors de la semaine du 20 décembre 2021 par deux extrêmes alsaciens : dans la communauté de communes du Kochersberg, aux revenus plutôt aisés : 79,6% de personnes complètement vaccinées, tandis que dans l’agglomération de Mulhouse, aux revenus moyens plus modestes, 65,7% de personnes complètement vaccinées.
En ce qui concerne le niveau de vie, l’INSEE a l’habitude de calculer la médiane du revenu disponible par ménage. Le revenu médian d’un territoire divise sa population en deux parts égales : le nombre d’habitants qui gagnent moins que le revenu médian est égal au nombre d’habitants qui gagnent plus. En 2018, la différence entre Kochersberg et Mulhouse était nette : le revenu médian était de 27 360 euros côté Kochersberg, contre un revenu médian de 21 040 euros au sein de l’agglomération de Mulhouse.
Les dynamiques par classe d’âge sont également intéressantes à comparer. Durant la semaine du 13 décembre 2021, 69% des 20-39 ans et 77% des 40-54 ans totalement vaccinés à Mulhouse. Ces niveaux avaient été atteints dès le début du mois d’août dans le Kochersberg. Mi-décembre, sa communauté de communes dénombrait 87% des 20-39 ans et 92% des 40 -54 ans totalement vaccinés.
L’impact de l’anthroposophie
Le paradoxe mérite d’être relevé : pour quelles raisons une zone comme celle de Mulhouse, qui a été frappée de plein fouet par la covid-19 avant le reste du pays, a boudé les vaccins contre cette maladie ? Contactées par Rue89 Strasbourg, l’Agence régionale de Santé (ARS) et Santé Publique France (SPF) Grand-Est pointent des influences locales :
« Les études de couverture vaccinale hors covid-19 montrent dans le Grand-Est une séparation Est/Ouest. Les départements de l’Est étant historiquement les plus « tièdes » à l’égard de la vaccination en général, probablement sous l’effet d’influences germaniques. »
Interrogée sur la signification des « influences germaniques », l’ARS a transmis à Rue89 Strasbourg un rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) publié en 2017. Ce document affirme qu’un quart des adeptes français de l’anthroposophie résident en Alsace. La proximité directe avec la Suisse alémanique, berceau du mouvement, expliquerait en grande partie cet engouement alsacien. Le rapport stipulait que « les parents adeptes de ce courant de pensée sont moins enclins que les autres à vacciner leurs enfants. […] L’élément le plus saillant de ces publications est la convocation par les enquêtes de leur volonté de “laisser faire la nature”. »
L’implantation ancienne d’écoles à pédagogies alternatives en général et d’écoles Steiner-Waldorf en particulier en Alsace expliquerait en partie, selon l’ARS, la frilosité de certains Alsaciens à l’égard de la vaccination contre la covid-19.
Une pression hospitalière réduite
Un peu plus d’un million d’habitants du Grand Est se sont fait complètement vaccinés contre la covid-19 entre février et juin 2021. Une importante accélération s’est opérée dès la fin du printemps, avec presque 2 millions de vaccinations supplémentaires entre juin et août 2021. Mais à partir de la rentrée, la courbe commence à se tasser : entre septembre et fin décembre 2021, seulement 500 000 personnes ont terminé un cycle vaccinal complet.
En parallèle de cette campagne de vaccination, une accalmie est visible au niveau des hospitalisations, entrées en réanimation et décès à l’hôpital. Les établissements hospitaliers connaissent un regain d’activité liée au covid entre la mi-juillet et la fin septembre 2021. Mais dès la mi-octobre, une hausse plus significative s’amorce, sans atteindre pour l’instant les niveaux de la longue vague s’étirant de l’automne 2020 au printemps 2021. L’ARS Grand-Est détaille :
« La quatrième vague (entre juillet et septembre 2021, NDLR) a été moins importante dans le Grand-Est que dans d’autres régions métropolitaines très touristiques comme la PACA ou la Corse. Elle s’est caractérisée par une circulation virale essentiellement chez les plus jeunes, moins exposés au risque de faire une forme grave de covid-19, et aux départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle.
Contrairement à la vague précédente, celle que nous traversons aujourd’hui a concerné l’ensemble des classes d’âge et des départements de la région. Cette reprise épidémique s’explique à la fois par la perte d’efficacité vaccinale causée par le variant Delta, notamment chez les personnes pour qui la dernière injection de primo-vaccination datait de plus de 6 mois, par les conditions climatiques hivernales favorisant une concentration des activités dans des espaces confinés, et par la circulation d’autres pathologies infectieuses (bronchiolite, GEA) qui n’avaient quasiment pas circulé pendant l’hiver 2020/2021. »
Une incertitude liée à de nouveaux variants
Concernant les effets de la vaccination, l’ARS et SPF Grand-Est répondent sans ambiguïté :
« Ce qu’on peut dire à ce stade, c’est que la vaccination, en réduisant le risque de faire une forme grave, a contribué à réduire l’impact sanitaire des troisième, quatrième et cinquième vagues. »
Une incertitude demeure avec l’apparition de variants du SARS-CoV2 capables d’échapper à l’immunité acquise par la vaccination et/ou une infection antérieure. Là encore, l’ARS et SPF Grand-Est préviennent :
« L’émergence de nouveaux variants pourrait à nouveau bouleverser le contexte, et ce risque demeure tant qu’une grande partie de la population adulte mondiale n’a pas accès à la vaccination. »
Jacky Walter est accusé du meurtre de sa compagne, Sylvia Auchter, dans la nuit du 10 au 11 novembre 2019 à Oberhoffen-sur-Moder. Il comparaît jeudi 13 et vendredi 14 janvier devant les assises du Bas-Rhin à Strasbourg.
Impossible d’oublier le visage de Stella Guitton au lendemain du meurtre de sa mère : filmée par France Bleu Alsace dans la matinée du 11 novembre 2019, elle exprimait sa colère, les yeux rougis par les larmes : « Cela fait trois, quatre ans qu’elle est rouée de coups, qu’elle n’a jamais voulu parler par peur pour elle et pour le défendre. On voit où ça mène aujourd’hui ». Moins d’un an et demi plus tard, jeudi 13 et vendredi 14 janvier, Jacky Walter sera jugé par la cour d’assises du Bas-Rhin à Strasbourg. L’ex-mari de Sylvia Auchter est accusé de meurtre sur conjoint. Il encourt une peine de prison à perpétuité.
« Un manque d’empathie flagrant »
« Il a reconnu les faits, mais il y a un manque d’empathie flagrant de la part de l’accusé », affirme l’avocat des parties civiles, dont la fille et les deux sœurs de Sylvia Auchter, Me Maxime Bordron. Selon lui, « l’accusé se réfugie derrière l’alcool et l’amnésie. Il était connu pour avoir l’alcool violent, et ce soir là il était alcoolisé. Il parle de coup de folie suite aux insultes de son épouse… C’est très flou. »
Le procès est prévu pour durer deux jours. Lors de la première journée, lecture sera faite de la synthèse du dossier, l’ordonnance de mise en accusation, la description de la personnalité de l’accusé. Jacky Walter sera ensuite interrogé sur sa personnalité et son passé. Les proches de l’accusé seront aussi entendus, de même que les témoins directs du féminicide, comme Stella Guitton, son compagnon et un ami.
Le lendemain, les experts psychiatres et psychologues et le médecin légiste feront la synthèse de leur rapport. Jacky Walter sera ensuite interrogé sur le déroulement de faits, avant les plaidoiries des avocats.
« Elles attendent encore des explications »
« Ce procès permettra à la fille et aux sœurs de Sylvia Auchter de faire leur deuil. Face au mutisme de l’accusé, elles attendent encore des explications qu’elles n’ont pas forcément eues pendant l’instruction. C’est vraiment un processus très important, d’où le fait qu’elles attendent ce procès depuis de longs mois », indique Me Maxime Bordron.
Suite au féminicide, le directeur général de la police nationale avait commandé un rapport de l’Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale (IGGN). Selon l’avocat de Stella Guitton, qui a eu accès à cet audit, « les investigations faites n’ont pas permis de relever des défaillances majeures qui auraient pu entrainer la responsabilité des gendarmes. »
Contacté, l’avocate de l’accusé Jacky Walter n’a pas donné suite à notre demande d’interview.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
L’Eurométropole de Strasbourg a voté le 19 novembre 2021, un durcissement de la « réglementation Airbnb » sur les locations de meublés de tourisme. Celui-ci poursuit des efforts entamés en 2016 qui ont accompagné une baisse drastique du parc de logements loués via cette plateforme à Strasbourg. Mais elle est plutôt due aux conséquences du Covid-19, puisque la collectivité peine à sanctionner les fraudeurs.
Présents sur plusieurs plateformes, Airbnb pour la plus connue, mais aussi Booking.com, HomeAway, ou encore Vrbo, les logements touristiques voués aux séjours de courte durée sont particulièrement sollicités dans une ville touristique comme Strasbourg. L’Eurométropole a délibéré le 19 novembre 2021 pour réglementer plus fortement les locations touristiques, accusant ce secteur de subtiliser « 200 à 300 logements à Strasbourg chaque année » au parc locatif classique.
En 2016, l’intercommunalité avait déjà posé les bases de ces restrictions, en estimant déjà que ces locations produisaient une perte de 300 à 400 logements annuels. Cette délibération s’ajoutait à trois textes nationaux, la loi Alur, la loi Elan et la loi pour une République numérique… Ces lois limitent par exemple le nombre de nuitées à 120 jours par an pour les résidences principales et obligent le propriétaire d’un logement de tourisme à s’enregistrer auprès de sa commune.
La règlementation locale limite en outre le nombre d’appartements par propriétaire et contraint Airbnb et les autres services à collecter la taxe de séjour. Depuis 2019, les hébergeurs doivent compenser la création d’un appartement de tourisme par la création d’un logement similaire dans le quartier.
« Privilégier l’hébergement »
Le nouveau règlement de l’Eurométropole, applicable depuis le 1er janvier 2022, limite les autorisations de changement d’usage à 6 ans, contre 9 ans auparavant. Après cette période, les propriétaires devront remettre leurs appartements dans le parc locatif classique. Il ne pourront en posséder qu’un seul par personne physique (contre deux avant). Enfin, le pourcentage de surface pouvant être investie dans un même bâtiment ou une même unité foncière pour du meublé de tourisme a été abaissée de 50 à 40%.
Pour Suzanne Brolly, vice-présidente en charge de l’habitat, ce nouveau texte doit permettre de « privilégier l’habitation » :
« Nous observons dans les logements en centre-ville des sociétés qui segmentent des bâtiments pour en faire des logements touristiques. Lorsque nous voyons ce genre de vente en bloc, nous sommes impuissants. L’idée est d’utiliser tous les leviers disponibles pour lutter contre l’inflation immobilière. »
À Strasbourg, le logement le plus cher sur Airbnb se trouve place Kléber Photo : Macchi / Visualhunt / cc
Une mesure pas rétroactive
Pour les propriétaires interrogés, cette réglementation ne change pas grand-chose. Dominique Klein, retraité qui loue huit logements dans un même bâtiment de 26 lots du centre-ville de Strasbourg, est toujours soumis à l’ancienne règlementation :
« J’ai commencé seul il y a 20 ans puis j’ai monté une société avec ma famille pour la gestion. Techniquement avec mes logements, je suis réglementaire. Un ami m’a appelé un peu paniqué après le passage de la délibération, mais celle-ci ne s’applique pas aux logements déjà en place ».
Suzanne Brolly confirme :
« La nouvelle réglementation s’applique pour les enregistrements en meublés de tourisme effectués après le 31 décembre 2021. Cela va nous permettre de réguler et d’assainir le marché mais pas de changer la situation sur ce qui a été fait par le passé. »
Un doublement des changements d’usage à l’annonce de la réglementation
Pour ces changements d’usage, la mairie espère réduire de moitié le nombre de logements transformés en meublés touristiques. Elle comptabilise 245 dossiers déposés au 23 décembre 2021, contre 493 en 2019. Un pic a été observé en décembre, imputé par la mairie à l’annonce de cette nouvelle règlementation : 2,5 fois plus de demandes ont été enregistrées au cours du mois par rapport aux 11 précédents.
La mairie estime à 2 348 le nombre de meublés de tourisme à Strasbourg au 23 décembre 2021, toutes plateformes confondues. Ce chiffre est à prendre « avec des pincettes » précise Suzanne Brolly, à cause d’un marché très fluctuant. Il est obtenu par le croisement du registre de collecte de la taxe d’habitation et du fichier AirDNA, un service fournisseur de données internationales sur la location à court terme.
Sur les sites Airbnb et Vrbo, 1 785 annonces de logements entiers…
Selon ce dernier, qui a communiqué une partie de ses données à Rue89 Strasbourg, 1 785 annonces pour des logements entiers ont été publiées pour Strasbourg sur les seules plateformes Airbnb ou Vrbo au cours du mois de novembre 2021, principalement situées en centre-ville.
Carte des annonces pour des meublés de tourisme entiers publiée sur le site AirDNA. Photo : Capture d’écran
Comme l’écrivait Rue89 Strasbourg l’année de la première réglementation, le site de location de meublés Airbnb avait connu en 2016 une croissance exponentielle de son offre, avec plus de 3 000 annonces publiées contre 1 000 deux ans auparavant. Ce chiffre a largement diminué, selon les données du gestionnaire AirDNA, qui se base sur les annonces mises en ligne au moins une fois dans le mois.
… un chiffre en baisse significative
Entre janvier 2019 et novembre 2021, 1 470 annonces en moins ont été recensées sur AirDNA pour la ville de Strasbourg. Ces données incluent les locations de logements entiers, les chambres privées et celles partagées au sein d’une résidence. Un pic est observable en décembre 2019, période du marché de Noël, avec 3 504 annonces, contre 2 742 le mois précédent.
Les logements entiers pour le tourisme ont connu une évolution très similaire à l'ensemble des annonces. Ceux-ci ont baissé de près de 42% à Strasbourg entre 2019 et 2021. Les deux autres types de logements listés, soit les chambres privatisées et chambres partagées, ont aussi baissé respectivement de 51,5% et 47,83%.
... avant tout lié au Covid-19
Alors que le nombre d'annonces était relativement stable de janvier à novembre 2019, passant de 3 192 à 2 742, la baisse est réellement observable dès début 2020, période correspondant au premier confinement puis à l'arrivée des premières mesures de restrictions contre le Covid-19.
Dominique Debuire, président de l'Union nationale pour la promotion de la location de vacances (UNPLV), explique que certains gîtes destinés d'abord au tourisme ont été remis dans le parc classique durant cette période :
"Les gîtes et les locations de meublés ont eu des taux de remplissage nettement moindres que l’année précédente. Le petit hébergeur qui avait deux ou trois habitations s’est rendu compte qu’il gagnait nettement moins puisqu'il était fermé 3-4 semaines dans le mois. Le réflexe a donc été de remettre les logements en location dans le parc classique."
Simon Ehrenreich l'observe dans son agence Cotoon, située à Colmar et spécialisée dans la locations de meublés touristiques, qui a perdu "4 à 5 meublés" en 2020 sur ses 31 logements à Strasbourg. En plus du nombre de logements, le gestionnaire observe aussi une baisse des taux d'occupation (soit le nombre de jours où un logement est loué en moyenne sur le mois, NDLR), suite aux restrictions sanitaires :
"Les taux d'occupation étaient aux alentours 80%. Mais avec la fermeture des frontières et la baisse générale du tourisme, ce taux a baissé à 65%."
Moins de meublés touristiques, mais plus chers
Selon les données AirDNA, les prix des logements meublés ont augmenté à Strasbourg. En novembre 2019, avant la pandémie, un logement entier se louait pour 96,55 euros en moyenne sur les plateformes Airbnb et Vrbo. Ce chiffre est passé à 107,9 euros en novembre 2021.
Des prix qui rejoignent les tarifs hôteliers
En augmentation constante depuis mars 2020, le prix journalier des logements Airbnb vient ainsi rejoindre les prix des nuits d'hôtels, qui étaient de 83,7 euros par nuitée en novembre 2021 dans un hôtel deux étoiles, selon l'INSEE.
Ces éléments ne changent rien pour Pierre Siegel, président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) à Strasbourg, qui voit toujours dans ces plateformes une "concurrence déloyale" :
"Les particuliers qui louent une pièce dans leur appartement, cela ne pose absolument pas de problème. En proposant des logements moins chers pour les familles, ils répondent à une demande que les hôteliers ne sont pas à même de satisfaire. Mais à côté de cela, il y a les professionnels des Airbnb, avec des immeubles entiers qui sont en fait des hôtels déguisés et forment une concurrence absolument déloyale, avec des charges et des règles de sécurité beaucoup moins contraignantes."
"On comprend la problématique, mais les solutions ne sont pas appropriées"
Pour Dominique Debuire du Syndicat des meublés de tourisme UNPLV, ces règlementations ne sont au contraire pas justifiées :
"De plus en plus, les villes mettent en place des contraintes qui vont bien au-delà des règles prévues par le législateur, avec des compensations ou des quotas... Toutes ces mesures doivent être prises en proportionnalité et équité avec les autres types de logements, dans les villes en tension comme Strasbourg. Nous ne nions pas le problème, mais les solutions ne sont pas appropriées"
C'est aussi l'avis de Fiona, propriétaire qui a commencé des locations touristiques après des études d'histoire. Elle affirme s'être directement mise en règle. Son constat est différent pour les propriétaires de son entourage :
"Lorsque tout le monde a commencé à se lancer dans ce créneau, la plupart l'ont fait sans faire le nécessaire, sans payer les taxes… Le problème, ce sont les gens qui contournent la règlementation. Quand l'Eurométropole a mis en place la première règlementation en 2016, j'ai été appelée directement, parce que j'étais enregistrée. Les gens que je connais qui le faisaient sans se déclarer n'ont eu à subir aucun contrôle..."
Des contrôles et sanctions inefficaces
Les deux syndicats, UNPLV et UMIH, corroborent en chœur cette problématique des contrôles. Les principaux ressorts utilisés par l'Eurométropole pour identifier les fraudes sont les bases de données déjà existantes et les dénonciations par le voisinage. Cathy Muller, cheffe du service de la police du bâtiment, chargée de ces contrôles règlementaires, admet un manque de moyens alloué à la lutte contre les fraudes :
"Nous avons deux contrôleurs, qui étaient déjà des créations de postes lors de la première règlementation. Si l'on se compare aux métropoles sous pression immobilière, comme Lyon ou Nice, Strasbourg est moins bien dotée au prorata de ses numéros d'enregistrement."
Elle prend l'exemple de la ville de Lyon, qui avait réussi en juin à faire condamner un loueur Airbnb pour non-respect de sa règlementation. C'était la première condamnation de ce type en France. Pour Strasbourg, Cathy Muller parle d'un procès verbal dressé en novembre à l'égard d'un propriétaire qui avait dépassé le nombre de changements d'usage et ne respectait pas la limite de logements dans un même bâtiment.
Contactée, la plateforme Airbnb indique par écrit qu'une "série d'engagements" ont été pris pour limiter les fraudes, comme l'intégration obligatoire du numéro d'enregistrement municipal depuis septembre 2021 et le blocage automatique à 120 nuitées annuelles pour les résidences principales, ainsi que la création d'un portail ville, censé "faciliter la mission de contrôle et du respect des règlementations locales".
Les professeurs dédiés aux élèves qui ont de lourdes difficultés d’apprentissage ou de comportement sont de moins en moins nombreux. Résultat : des situations impossibles à gérer s’imposent aux enseignants et des enfants décrochent à Strasbourg.
« Au quotidien, je gère des événements pour lesquels je ne suis pas formée. Les premières victimes sont les enfants », confesse Nadine (prénom modifié). Aujourd’hui institutrice dans une école primaire d’un quartier prioritaire de Strasbourg, elle enseigne depuis 34 ans :
« Je trouve que mon métier n’a jamais été aussi dur. Certains enfants sont violents, refusent de travailler et empêchent leurs camarades. Parfois, il y en a plusieurs dans une même classe. D’autres ont des difficultés d’apprentissage très importantes. Ces profils atypiques ont besoin d’un accompagnement spécifique. »
Pour illustrer son propos, elle évoque un enfant de sa classe de CE2 qui perturbe quotidiennement les autres élèves. « Il tape avec ses ciseaux sur la table pour faire du bruit. Parfois, il pousse des cris. Il décline presque toutes les activités que je lui propose. Je suis démunie », explique t-elle. Elle rapporte aussi le cas de trois enfants de sa classe qui ne parviennent pas à lire et présentent de grandes difficultés en général. « Quand ils font des exercices, ils restent bloqués au tout début. Moi je ne peux pas passer la journée à les accompagner, il y a 26 autres élèves », indique t-elle.
Pendant son quinquennat, Nicolas Sarkozy a supprimé 5 000 postes d’enseignants spécialisés. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Le Rased, un dispositif d’accompagnement spécialisé
Avec une classe à gérer, impossible de dédier suffisamment de temps à tous les écoliers qui présentent des problématiques particulières. C’est là qu’interviennent les enseignants du Réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) : trois catégories de professionnels spécialisés dans l’accompagnement des enfants. Ils opèrent dans plusieurs écoles, selon les besoins repérés.
Les maîtres E se concentrent sur les lourdes difficultés d’ordre pédagogique. Les maîtres G interviennent auprès des enfants qui ne s’investissent pas dans les activités scolaires et présentent des troubles comportementaux. Enfin, les psychologues scolaires organisent un suivi des enfants et des familles qui le nécessitent. Ils peuvent être sollicités par les enseignants, les parents ou les élèves. Nadine se souvient :
« Il y a 15 ans, presque tous les jours, un maître E intervenait avec moi dans la classe, ou prenait quelques élèves avec lui. Son poste a été supprimé. Aujourd’hui, mes élèves voient rarement le maître E : une fois par semaine, parfois moins. J’ai demandé l’intervention d’un maître G pour l’enfant qui refuse de s’investir et qui dérange les autres mais personne n’est venu pour l’instant. Comme ils sont de moins en moins nombreux, ils mettent du temps à intervenir et s’ils suivent un élève, ils le voient moins régulièrement. »
Un tiers des postes d’enseignants spécialisés supprimé
Le Rased a été créé en 1990. Des études ont prouvé son utilité, en particulier pour les enfants dont l’univers social, familial et culturel est très éloigné du monde de l’école. Mais à partir de 2012, le gouvernement de Nicolas Sarkozy a supprimé un tiers de ses effectifs pendant son mandat, soit environ 5 000 postes d’enseignants spécialisés. Et depuis, le nombre de maîtres E et G continue de diminuer. Agathe Konieczka est co-secrétaire au Snuipp-FSU du Bas-Rhin, syndicat majoritaire parmi les enseignants du primaire. Selon elle, le Rased est en déclin continu :
« Plusieurs réformes ont dégradé les conditions d’accès à l’enseignement spécialisé. Avant, les professeurs des écoles pouvaient essayer d’exercer en tant que maître E ou G, avant de commencer la formation, pour voir si ça leur plaisait. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Il faut directement postuler à la formation et à un poste d’enseignant spécialisé en même temps. S’ils font ce choix, ils perdent la fonction qu’ils occupent et se lancent dans l’inconnu. D’après les retours que nous avons, ce risque rebute beaucoup de personnes. »
Avant une réforme en 2017, chaque discipline (maître E, G et psychologue scolaire) avait sa formation particulière. Aujourd’hui, tous les futurs enseignants spécialisés ont un tronc commun, avec quelques modules spécifiques selon le métier qu’ils choisissent. « La formation est de moins en moins qualitative. Cela témoigne du désinvestissement de l’État concernant le Rased », analyse Agathe Konieczka.
« Je me sens parfois vraiment dépourvue »
Céline (prénom modifié), membre de l’association des maîtres G du Bas-Rhin, exerce depuis 2005. « Nous étions 75 maîtres G dans le Bas-Rhin en 2006. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que 27 », observe t-elle. En outre, le nombre de postes vacants augmente d’année en année. Entre 2015 et 2021, on est passé de 9 à 19 fonctions non occupées de maîtres E et G dans le département, selon Agathe Konieczka. Contactée, l’Académie de Strasbourg n’a pas transmis ses données à Rue89 Strasbourg, ni n’a souhaité répondre à nos questions.
Mais sur le terrain, la diminution du nombre d’enseignants est bien perceptible. « Les enfants sont les premières victimes », estime Jade, professeure des écoles dans un quartier strasbourgeois :
« Dans ma classe, en octobre dernier, un jeune garçon est allé jusqu’à ramener un couteau volé à la cantine pour menacer un camarade. Il essaye régulièrement d’empêcher le bon déroulement des cours, en attirant l’attention sur lui. Malgré mes demandes, aucun maître G n’est intervenu auprès de lui pour l’instant. »
Dans la cour de récréation, elle dit intervenir régulièrement sur des scènes de violences, avec des enfants qui frappent les autres. Un témoignage appuyé par le constat d’Agathe Konieczka, qui siège au comité technique académique chargé de répartir les moyens de l’Éducation nationale dans les écoles :
« Les enseignants sont censés être des superhéros, qui gèrent une multitude de situations particulières eux-mêmes, alors qu’ils n’y sont pas formés. Surprise : ça ne marche pas. Beaucoup sont lessivés et nous témoignent aller au travail le matin avec la boule au ventre. Nous constatons, dans le Bas-Rhin et notamment à Strasbourg, de plus en plus de burn-outs et de démissions. C’est sans-précédent. »
Les zones rurales, aussi concernées par le manque de personnel du Rased. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
« Toutes les écoles sont concernées »
D’après Jade, un déficit d’accompagnement peut avoir des conséquences graves sur toute la vie de certains enfants : « Très concrètement, jour après jour, nous constatons que nous ne pouvons rien faire pour des élèves, par manque de moyens », argue t-elle. Salomé (prénom modifié), psychologue scolaire à Strasbourg, abonde :
« Le Rased est indispensable. Il joue un rôle de prévention contre la déscolarisation et la désociabilisation. Malheureusement, certains enfants qui devraient être suivis ne sont pas accompagnés. Moi par exemple, je ne peux pas traiter tous les cas que je détecte, parce que nous ne sommes plus assez. »
« La problématique concerne de nombreux établissements strasbourgeois, et même certaines zones rurales », explique Céline, maître G depuis 2005 :
« Les écoles qui concentrent les cas les plus difficiles sont dans les quartiers prioritaires. Les enseignants spécialisés sont logiquement plus nombreux pour ces zones mais nous ne sommes plus suffisamment nombreux. Et il y a des écoles d’autres quartiers, ou de zones rurales comme la vallée de la Bruche et l’Alsace Bossue, où il y a beaucoup de mixité, et donc de gros écarts entre les profils des enfants. Certains enseignants nécessitent l’aide du Rased et sont complètement dépourvus, car l’Académie octroie très peu postes de maîtres E et G dans ces secteurs. »
Agathe Konieczka confirme : « Dans la quasi-totalité des écoles, des enseignants dénoncent l’impossibilité d’encadrer de manière pertinente tous les enfants. » Elle estime que la création de milliers de postes de maîtres E et G est nécessaire pour les enfants et les professionnels de l’éducation : « Cela fait partie de la solution à la crise sans précédent que connait l’Éducation nationale, comme la diminution du nombre d’élève par classe. Je pense que ce sont des conditions impossibles à contourner pour que l’école soit réellement plus inclusive », conclue t-elle.
Le fabricant alsacien de chariots de supermarchés, Caddie, s’est déclaré lundi matin en cessation de paiement. L’entreprise de 140 salariés sollicite un redressement judiciaire auprès de la justice, afin d’intéresser de nouveaux investisseurs.
Les syndicats de Caddie ont indiqué dans un communiqué publié lundi 3 janvier que l’entreprise alsacienne spécialisée dans les chariots de supermarchés était en cessation de paiement. L’annonce a été faite par la direction lors de la réunion extraordinaire du Comité social et économique (CSE) de l’entreprise vendredi 31 décembre.
Contacté, le P-DG de l’entreprise, Stéphane Dedieu, a confirmé cette information en la justifiant par la crise sanitaire, qui a rendu la situation financière de l’entreprise intenable :
« En raison du Covid, nos ventes à l’export se sont effondrées, or elles représentent environ 70% de notre clientèle. Nous étions autour de 22 millions d’euros de chiffre d’affaires, voire 30 en 2017. Mais en 2020, nous n’étions plus qu’à 15 millions d’euros, et en 2021, nous terminons autour de 12 millions d’euros. Notre seuil de rentabilité est à 18 M€. Cette crise sanitaire a multiplié les coûts des matières premières. Avant, je payais l’acier autour de 575€ la tonne. En 2021, c’était autour de 1 200€ la tonne… Nos marges se sont évaporées et nous avons dû livrer des chariots aux prix auxquels nous nous étions engagés… »
Caddies Photo : Yann Gar / FlickR / cc
« La trésorerie ne suit plus »
En outre, l’entreprise a dû faire face à plusieurs difficultés liées à sa réorganisation interne, et notamment son déménagement du siège social de Drusenheim vers Dettwiller, comme le détaille Stéphane Dedieu :
« Plusieurs salariés ne voulaient pas changer de site, nous avons dû faire un plan de sauvegarde de l’emploi qui a mis du temps à démarrer… À la réinstallation des lignes de production à Dettwiller, on a rencontré des problèmes techniques qui ont allongé les temps de fabrication… À un moment, la trésorerie ne suit plus même si nous avons sollicité, et obtenu, un prêt garanti par l’État (PGE). »
Dans leur communiqué, les syndicats se déclarent « choqués » par cette annonce, alors que l’entreprise s’était déjà séparée d’une quarantaine de salariés au printemps. Caddie compte encore 140 salariés, selon la direction. Les syndicats estiment avoir été tenus à l’écart de la situation financière de l’entreprise et auraient aimé être « assurés de l’utilisation des fonds du PGE par les dirigeants et actionnaires. »
Le tribunal de Saverne devrait accorder mardi 4 janvier une période de redressement judiciaire à Caddie. Des administrateurs seront alors nommés en attendant que des investisseurs se dévoilent dans les prochaines semaines. Stéphane Dedieu est optimiste :
« Notre outil industriel est bon, notre marque est très réputée et nous disposons d’excellents salariés. Nous devrions être en mesure d’intéresser des investisseurs. Il faut voir cette étape comme un nouveau départ. »