Le Foyer de l’enfance accueille des mineurs bas-rhinois retirés de leur famille suite à la décision d’un juge des enfants. Des employés de la structure témoignent du manque de moyens octroyés par la Collectivité européenne d’Alsace. Selon eux, l’état de nombreux enfants se dégrade suite à leur arrivée.
« Je suis broyé par mon travail », confie Cyril (le prénom a été modifié), travailleur social au Foyer départemental de l’enfance du Bas-Rhin. Financée et administrée par la Collectivité européenne d’Alsace (CeA), cette structure accueille, souvent en urgence, des mineurs après une décision du juge des enfants qui les considère en insécurité chez eux. « Ils vivent donc un moment particulièrement traumatisant quand on les prend en charge », indique Cyril. Le site principal du foyer se trouve rue Stéphanie dans le quartier du Neuhof à Strasbourg. Treize autres petites unités sont réparties dans le Bas-Rhin. En général, les jeunes y restent entre six mois et deux ans.
« Parfois 17 enfants pour 10 places »
Lors de cette enquête, Rue89 Strasbourg a notamment interrogé cinq salariés et trois anciens employés du Foyer de l’enfance. Tous décrivent des conditions de travail extrêmement difficiles et un manque d’encadrement aux conséquences graves pour les mineurs accueillis. Celles et ceux qui sont encore en service souhaitent que les événements précis qu’ils ont vécus ne soient pas relatés, afin qu’ils ne puissent pas être identifiés par leur direction.
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Au travers de sculptures, dessins, installations et vidéos, une exposition retrace la carrière de l’artiste italienne Chiara Camoni au CEAAC et invite à une immersion dans un art organique et collectif.
Co-produite avec le Musée d’Art contemporain de Bordeaux, l’exposition La Meraviglia est le premier projet de commissariat pensé par la nouvelle directrice du Centre européen d’actions artistiques contemporaines (CEAAC), Alice Motard. Cette petite structure nichée à la Krutenau s’est fixée comme objectifs de souligner l’identité européenne du centre et d’obtenir le label de Centre d’Art contemporain. Au travers d’environ trois propositions par an, des artistes internationaux et locaux seront mis à l’honneur dans des expositions monographiques ou collectives.
L’artiste italienne Chiara Camoni, participe de cet objectif en installant ses formes organiques et poétiques dans cet ancien magasin de verrerie. Inspirée de l’arte povera et des savoir-faire artisanaux et régionaux, Chiara Camoni entretient un respectueux rapport avec les matériaux naturels qu’elle collecte, principalement en Italie. Terre, pierre, bois, marbre et végétaux sont autant de matières utilisées lors d’expériences collégiales et situées, où chacun et chacune est invitée à partir de son expérience personnelle à s’émanciper grâce à la création. Au travers de représentations variées, l’artiste propose de lâcher prise et de de laisser émerveiller par un imaginaire inspiré du passé, où se rencontrent symboles mythologiques, divinités protectrices féminines et sentiment sacré.
Un travail collectif
L’émerveillement et la surprise sont de mise dès l’entrée de l’espace d’accueil. Une petite roulotte (Carrozzone) invite les visiteurs à s’approcher de ce cabinet de curiosités ambulant aux multiples compartiments. De-ci de-là, divers trésors interpellent l’intérêt du public : une mante religieuse en plastique recyclé, des petits bols en céramique, un aigle en terre cuite ou encore une fausse dent gigantesque… Les spectateurs et les spectatrices les plus attentives profiteront des vidéos témoignant du travail collectif, réalisé par plusieurs artistes, quand d’autres plus observateurs découvriront des tiroirs cachés, un petit œilleton dissimulé sous un rideau ou des pierres translucides permettant de lire autrement le texte d’une amie de Chiara.
(de gauche à droite): Senza Titolo (mosaico), Vasi Farfalle, Senza Titolo (Una Tenda), Chiara Camoni Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines
Des témoignages du temps
Le second espace est plongé dans l’obscurité. Là, une apparition. Simplement éclairé par deux bougies qui semblent flotter dans la pièce, on s’habitue petit à petit à la nuit, avant de découvrir la silhouette faite de céramique, de bois, de terre et de cire (Senza Titolo, 2019). Dans ses deux mains, les flammes vacillantes dévoilent une forme aux allures anthropomorphes mais énigmatiques. Entre sculpture organique d’une divinité féminine et esprit vaudou, cette puissante présence semble revenir d’un âge ancien, le temps d’un rituel que chacun peut se plaire à imaginer.
Deux lionnes en terre cuite qui, au lieu de garder l’entrée, se regardent mutuellement Photo : Léa Bailly-Maître
Une fois cette expérience mystérieuse terminée, l’obscurité laisse place à la lumière, au rez-de-chaussée où marbres et mosaïques décorées jonchent le sol. On semble alors faire un pas dans l’espace domestique si chère à l’artiste. Pour accueillir le visiteur, deux lionnes (Senza Titolo (Le Leonesse)) en terre cuite qui, au lieu de garder l’entrée, se regardent mutuellement, la bouche entrouverte, comme si leurs voix s’apprêtaient à résonner dans un murmure. Non sans rappeler la silhouette des sphinx qui gardaient les temples, l’artiste s’inspire ici des figures mythologiques, reliant le passé au présent à travers la matière joliment travaillée. La lionne, énergie puissante et féminine par excellence, renvoie autant à la protection de l’espace domestique qu’à l’instinct maternel.
L’ancien magasin prend alors des allures de maison, voire presque de palais romain où renaissent, dans un enthousiasme collectif, des savoir-faire et traditions vernaculaires. Le travail des ouvrières de Nove est honoré dans un assemblage de mosaïque de grès décorée de fleurs, d’insectes, ou de motifs plus abstraits (Pavimento (Per Clarice)) ; et plus loin, des marbres de tailles et couleurs différentes, déposés les uns à côté des autres, rappellent tout autant un plan urbain, que le sol luxueux des anciennes villas romaines.
Prodiges de la nature
L’espace domestique, ouvert et étendu au rez-de-chaussée du CEAAC, se referme quelque peu le temps d’une expérience plus intime avec Senza Titolo (Una Tenda). Sorte de cabane circulaire à la structure de laiton, recouverte de longs rectangles de soie, l’œuvre invite au recueillement, seul.e ou à plusieurs. Sur le tissu, des figures mi-humaines, mi-végétales regorgent de marques poétiques obtenues par impression de végétaux. Cet espace hors du temps émerveille par sa beauté et sa délicatesse. Encerclé.e.s par ces êtres, l’atmosphère en devient presque mystique.
Mais le silence est rapidement rompu par des cris de joie provenant d’une vidéo (La Meraviglia), projetée derrière la cimaise attenante, qui retrace le processus créatif et collectif de ces tentures végétales. On comprend alors l’importance de la rencontre, du partage et de l’échange dans le travail de Chiara Camoni.
Spiritualité et divinités animistes viennent ensuite envahir l’entièreté d’une cimaise blanche, ornée d’immenses colliers pour l’occasion (Le Grandi Sorelle). Parés d’éléments naturels, comme des coquillages, fleurs, bogues de châtaignes, terre ou encore pierres ponces, ces colliers tendent à rappeler les premières créations ancestrales, où l’énergie de la nature se transformait en ornement spirituel.
Le Grandi Sorelle (détails), Chiara Camoni, au Centre européen d’actions artistiques contemporaines
Beauté ambivalente
En montant à l’étage, les visiteurs franchissent un nouveau pas dans l’intimité du quotidien. Sur une table faite de planches et de tréteaux, recouverte d’un autre tissu imprimé de végétaux, trône une série de vases aux formes mystiques (Vasi Farfalle). Créatures extraordinaires, entre figures anthropomorphes et animales, ils sont le symbole de la féminité qui préserve ce qu’on lui confie. Cette réinterprétation des vases canopes de l’Égypte antique remplace les organes habituellement conservés à l’intérieur par des fleurs, fraîches ou sèches, collectées localement.
Plus intime encore, car tout à fait personnelle, l’œuvre Autoritratti est une longue série d’autoportraits nus grandeur nature. Pour dessiner sa silhouette, Chiara Camoni ne regarde pas la feuille, mais seulement son reflet dans le miroir, créant des décalages et des déformations dans la représentation de soi. Les visages se multiplient parfois et la limite entre beauté et laideur devient plus floue.
Objets quotidiens et œuvres d’art
L’exposition se termine comme une invitation à s’installer quelques instants dans un intérieur domestique réduit (Casetta) où une armoire remplie de curiosités côtoie une chaise recouverte d’un joli tissage, ainsi qu’une table basse et un petit banc. L’œuvre, semblable à un salon où l’on s’arrêterait pour discuter, est composée du travail d’autres artistes, comme une vidéo de Bettina Buck et un manteau de Lucia Leuci. Rappelant la première œuvre de l’exposition par ces curieux objets du quotidien (Carrozzone), cette petite maison est un travail collectif où le moindre détail devient une œuvre d’art.
Entre sublimation du quotidien et transmission de traditions, l’exposition de Chiara Camoni partage avec les visiteurs l’enthousiasme des expériences collectives, la puissance créatrice des matériaux naturels et une énergie intuitive inspirée des civilisations passées et de divinités féminines.
« Pour un Nouvel an apaisé », la préfète du Bas-Rhin a multiplié les mesures sanitaires et sécuritaires. Les mineurs de moins de 16 ans sont interdits de sortie à partir de 22 heures, les bars et restaurants doivent fermer au plus tard à 3 heures du matin et les forces de l’ordre seront déployés dans les quartiers périphériques pour lutter contre les habituels feux de voiture du 31 décembre.
Sur le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg, le taux d’incidence du Covid-19 a atteint un nouveau record entre le 21 et le 27 décembre, avec 1 211 personnes contaminées pour 100 000 habitants. À la pandémie, s’ajoutent les habituels feux de voiture et autres débordements de la Saint-Sylvestre. Face à la conjugaison de ces éléments, la préfète du Bas-Rhin Josiane Chevalier a multiplié les mesures sanitaires et sécuritaires dans le Bas-Rhin et à Strasbourg en particulier. Petit tour d’horizon des restrictions « pour un Nouvel an apaisé », selon le mot de la préfecture.
Bars et restaurants ferment au plus tard à trois heures du matin
« Au vu de l’augmentation des contaminations en raison notamment de l’expansion du variant Omicron », la préfète du Bas-Rhin a pris un arrêté imposant aux débits de boissons et autres restaurants de fermer au plus tard à trois heures du matin dans la nuit du vendredi 31 décembre 2021 au samedi 1er janvier 2022. « Cette mesure vise à limiter les regroupements et brassages de population », a indiqué la préfecture par communiqué de presse jeudi 30 décembre.
Des interdictions de ventes
Le 29 décembre, la préfecture du Bas-Rhin a aussi annoncé plusieurs interdictions liées aux feux de voitures récurrents à Strasbourg lors de la Saint-Sylvestre. Jusqu’au 3 janvier 2022, l’achat, la vente et le transport de « l’ensemble des artifices de divertissement et des articles pyrotechniques » sont donc proscrits. Dans la même perspective, il est interdit de distribuer, acheter ou vendre à emporter du carburant dans tout récipient transportable jusqu’au 3 janvier 2022 à 6 heures. De même du vendredi 31 décembre à midi jusqu’au samedi 1er janvier à 12h, la vente et la consommation d’alcool sur la voie publique sont interdites.
Un couvre-feu pour les moins de 16 ans
Les dispositifs pour lutter contre l’épidémie de covid sont de plus en plus rapidement recyclés pour être utilisés dans des objectifs de maintien de l’ordre par les autorités. Pour Nouvel an, la préfecture du Bas-Rhin a mis en place un couvre-feu pour tous les jeunes de moins de seize ans non accompagnés de leurs parents, à partir de 22 heures jusqu’à 6h le lendemain matin. Cette mesure s’appliquera sur les bans des communes de Strasbourg, Hoenheim, Bischheim, Schiltigheim, Illkirch-Graffenstaden, Lingolsheim et Ostwald. Une mesure que la préfecture justifie en ces termes :
« Des phénomènes de violences et de dégradation urbaines sont régulièrement observés dans l’agglomération de Strasbourg la nuit du Nouvel An depuis 1997. Ces phénomènes comprennent notamment l’utilisation d’artifices pouvant entraîner de graves blessures, l’incendie de véhicules et de mobilier urbain, ainsi que des agressions sur les sapeurs-pompiers et les forces de l’ordre. Chaque année les mineurs sont particulièrement impliqués dans ces troubles à l’ordre public, et plus particulièrement la tranche d’âge de 13 à 16 ans. »
Un dispositif de sécurité important
Selon le journal 20 Minutes, 360 fonctionnaires des Unités de force mobile (soit des policiers d’une Compagnie républicaine de sécurité (CRS) ou des gendarmes d’un escadron de gendarmerie Mobile (EGM) seront déployés à Strasbourg aux côtés de 400 policiers et une « centaine » de militaires de l’opération Sentinelle. L’objectif est, selon la préfecture, d’éviter les « attaques » dont avaient été victimes les pompiers dans la nuit du 31 décembre 2019.
Des parkings gratuits
Pour réduire le nombre de voitures brûlées la nuit du Nouvel an, la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg mettent à disposition des parkings gratuits et surveillés par des agents de sécurité du 31 décembre à midi au 1er janvier à 23h59. Voici la liste des parkings concernés :
Parking-relais (P+R) BaggerseeParking-relais (P+R) Ducs d’AlsaceParking-relais (P+R) ElsauParking-relais (P+R) Parc des RomainsParking-relais (P+R) PoteriesParking-relais (P+R) Hoenheim gareParking As Stockfeld (Strasbourg, Neuhof-Sud)Parking du centre de formation de conduite (Strasbourg, Musau)Parking du centre funéraire du cimetière nord (Strasbourg, Robertsau)Parking du jardin des Deux Rives (Strasbourg, Port du Rhin)Parking du parc de la Citadelle (Strasbourg, Esplanade)Parking de la piscine de la Kibitzenau (Strasbourg, Neuhof-Nord)Parking du stade de la Canardière (Strasbourg, Meinau)Parking du Zénith (P1 + P2, entrée depuis Hautepierre uniquement)Parking de l’école des Pruneliers (Bischheim)Parking du gymnase Lixenbuhl (Illkirch-Graffenstaden)Parking du stade Joffre Lefebvre (Lingolsheim)Parking du centre nautique (Schiltigheim)
Aérer les soirées
Quant aux soirées privées, la préfecture recommande des mesures individuelles : « limiter au maximum ses contacts sociaux, limiter le nombre de convives à table à la Saint-Sylvestre, respecter le port du masque, la distanciation physique d’au moins 1 mètre, et l’aération des locaux sont des mesures simples qui permettent à chacun de freiner la circulation virale, et ce quel que soit le variant », indique-t-elle dans un communiqué. La préfecture recommande en outre de réaliser un test, même vacciné, avant et cinq jours après le réveillon de la Saint Sylvestre.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Photo : Photo Laure Brillaud (Investigate Europe) pour Mediapart
« L’année européenne du rail » s’achève et les leaders politiques multiplient les déclarations d’amour pour le train. Mais les promesses cachent un sous-investissement chronique et une compétition acharnée entre opérateurs historiques. L’espace ferroviaire unique européen est encore loin d’exister.
Fin septembre, sur le quai principal de la gare centrale de Varsovie. La locomotive bleue freine dans un crissement tranquille. Les flashs des journalistes crépitent et les ballons rouges s’agitent au passage des wagons du « Connecting Europe Express », le train promotionnel affrété par la Commission européenne et le CER, le lobby des entreprises ferroviaires.
À l’occasion de « l’année du rail », le tortillard fait halte dans 26 pays de l’Union européenne (UE). Debout sur le quai polonais, une quarantaine de badauds applaudissent tandis que deux officiels cravatés s’échangent des drapeaux. Le premier, le chef de l’office du transport ferroviaire polonais, gonflé par l’enthousiasme, lance : « Que l’année européenne du rail soit le fer de lance d’une politique qui permettra à tous d’atteindre des résultats record en matière de transport de voyageurs et de marchandises ! »
Des employés de la Commission se promènent, attrapant au vol les brochures que des jeunes en tee-shirt publicitaire leur tendent en souriant. Ne comprenant pas le polonais, ils ne s’aperçoivent pas qu’il s’agit de la plaquette des consignes de sécurité à destination des conducteurs de train. Le grotesque de la propagande ferroviaire européenne saute aux yeux. Et pas seulement à Varsovie.
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Un impact avant la publication
Notre impact commence avant même la rédaction d’un article. Nous l’avons réalisé à plusieurs reprises cette année. Lors d’un reportage auprès des artistes et artisans du quartier Coop, l’un d’eux explique avoir eu des difficultés avec la municipalité au niveau de la qualité des travaux et du respect du calendrier d’ouverture : « On a pensé à vous alerter il y a deux ans. Mais au final, il a suffi qu’on menace d’écrire à Rue89 Strasbourg pour obtenir gain de cause. »
Quelques semaines plus tard, nous avons eu le même retour d’un soignant des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) : dans les services en grande difficultés, médecins ou infirmières n’hésitent plus à alerter Rue89 Strasbourg car ils savent qu’un appel du média d’investigation locale à la direction de l’hôpital peut contribuer à trouver une solution plus rapidement.
Puis il y a bien sûr les impacts identifiés suite à la publication d’une enquête ou un reportage. Pour l’année 2021, voici une liste d’articles qui, à notre connaissance, ont fait bouger les choses.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
La municipalité écologiste veut faire de l’Elsau une vitrine de sa politique concernant les Quartiers Prioritaires de la Ville. Le point sur les dernières modifications du projet et les premières concrétisations de la rénovation urbaine du quartier.
Huzume Özdemir ne comprend pas : que se passe-t-il dans la rue Watteau, où habite sa mère ? Côté pair de cette allée du quartier de l’Elsau, des habitants ont déménagé ces deux dernières années, anticipant la destruction des immeubles dans le cadre de la rénovation urbaine. Mais les logements ne sont pas restés vides. En partenariat avec l’association Caracol, le bailleur social CDC Habitat y expérimente des « colocations mixtes à loyer modéré (200 euros par personne, NDLR), avec des étudiants étrangers, des réfugiés et des personnes qui ont du mal à se loger », comme le décrit Frédéric Pautte, directeur d’agence CDC Habitat à Strasbourg.
Dans la rue Watteau, les bâtiments du numéro 2 au 12 doivent être démolis en 2025. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Cinq colocations ont ainsi été installées dans la rue Watteau. La convention d’occupation des appartements T4 et T5 dure 18 mois. Une période courte, qui permet au bailleur de s’adapter aux changements de calendrier de la rénovation urbaine de l’Elsau. « La date initiale de démolition se situait vers 2023, affirme Frédéric Pautte, aujourd’hui, on parle de démolition en 2025 pour le côté pair de la rue Watteau. Nous avons donc décidé de ne pas laisser des logements vacants trop longtemps, pour éviter de créer un sentiment d’abandon dans la rue Watteau. »
Un renforcement de la maison des services au public
Le retard des opérations est lié au projet, central, de Maison de services au public pour le quartier de l'Elsau. Une structure que la municipalité écologiste a récemment renforcée, comme l'explique Benjamin Soulet, adjoint (Labo citoyen) en charge de l'équité territoriale à la Ville de Strasbourg :
"À l'Elsau, nous avons fait le constat d'un quartier en carence de commerces et de services. C'est pourquoi nous avons voté en conseil municipal un budget de 2,4 millions d'euros supplémentaires pour la Maison de services (pour un budget total de 5,5 millions d'euros, NDLR). Cela nous permettra notamment de bénéficier du label Espace France Services qui garantit un pôle de neuf administrations allant de Pôle Emploi à la CAF en passant par l'assurance retraite ou la Mission locale."
L'édifice sera construit à la place de l'aire extérieure de street workout, à côté du centre socioculturel. Il doit notamment accueillir la médiathèque et la Poste, qui sont aujourd'hui installées rue Watteau. La rallonge budgétaire votée en conseil municipal permettra aussi d'agrandir la surface de la médiathèque.
La municipalité a ainsi décidé de repousser les démolitions rue Watteau pour éviter une trop longue interruption de ces services de proximité. "Parallèlement, nous bataillons pour qu'un distributeur automatique de billets fasse partie des services de cette structure", assure l'adjointe en charge du quartier de l'Elsau, Hulliya Turan (PC).
Une nouvelle place pour l'école et une salle de boxe
La Ville de Strasbourg a aussi dû faire un choix quant au déménagement de l'école élémentaire Martin Schongauer. Cette année, la municipalité a ainsi décidé d'exploiter les terrains laissés par la destruction à venir des immeubles situés au 6 rue Jean-Martin Weis, au 40 et 43 rue Mathias Grünewlad et au 30 rue Jean-Baptiste Pigalle. Un gymnase sera créé au nord de la rue Mathias Grünewald. L'école et une cantine scolaire seront installées au sud de cette même rue.
Hüliya Turan se dit consciente du "sentiment d'abandon, totalement compréhensible" des Elsauviens. Sa collègue Nathalie Jampoc-Bertrand, vice-présidente (PS) en charge du renouvellement urbain à l'Eurométropole de Strasbourg, rappelle les changements concrets à court-terme pour l'Elsau et ses habitants :
"La salle de boxe va ouvrir fin 2022 et en attendant la construction de la maison des services au public. Fin 2022, le promoteur Marignan aura aussi construit ces premiers logements en entrée de quartier (le projet prévoit la construction de 100 logements et de 1 200 mètres carrés de locaux commerciaux et de services, NDLR)."
La première préoccupation des Elsauviens toujours en attente
Mais la municipalité peine à avancer sur la préoccupation principale des habitants de l'Elsau : la réouverture d'un supermarché. "Une enseigne était intéressée mais nous sommes toujours en négociation", tente de rassurer Nathalie Jampoc-Bertrand. Pour Benjamin Soulet, la rénovation urbaine doit justement permettre "de changer l'image du quartier, de le rendre moins enclavé et d'attirer une population avec un panier d'achat supérieur. C'est comme ça qu'on pourra attirer des investisseurs."
Le budget de la rénovation urbaine de l'Elsau avoisine les 215 millions d'euros. La Ville, l'Eurométropole de Strasbourg et les bailleurs sociaux comme Ophéa sont les principaux financeurs du projet. L'Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) a participé au plan à hauteur de 26 millions d'euros. Ces investissements permettront aussi d'améliorer les performances énergétiques d'un millier de logements sociaux, de construire 300 logements privés et de détruire 412 logements sociaux. Des travaux qui devraient durer jusqu'en 2028.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
Dans une décision rendue mercredi 28 décembre, le Conseil constitutionnel a trouvé cavalière la méthode du gouvernement qui consistait à proposer des garanties pour le futur de Stocamine dans la loi de finances.
En novembre, le Gouvernement avait profité du vote de la Loi de finances pour introduire un « cavalier législatif » sur Stocamine, un amendement qui promettait des ressources jusqu’en 2030 à la Société des mines de potasses d’Alsace (MDPA). Cet amendement devait répondre à une décision de la Cour administrative d’appel, révoquant l’arrêté d’interdiction définitive au vu de garanties insuffisantes (voir notre article) pour un enfouissement définitif, comme le souhaite le gouvernement. Dans une décision du 28 décembre 2021, le Conseil constitutionnel a censuré cette disposition, ainsi que deux autres articles de la Loi de Finances.
La devanture du Conseil constitutionnel Photo : Max Pix / FlickR / cc
Le Conseil constitutionnel avait été saisi par plusieurs députés, dont les Alsaciens Yves Hemedinger (LR) et Raphaël Schellenberger (LR). Ces députés contestaient le « rattachement au domaine des lois de finances des dispositions » prévues dans cet article n°165 sur les Mines de potasse.
Pour le Conseil constitutionnel, ces dispositions « n’ont ni pour objet d’autoriser l’octroi d’une garantie par l’État et d’en fixer le régime, ni pour effet d’affecter directement les dépenses budgétaires de l’année. » Elles « ont été adoptées selon une procédure contraire à la Constitution, elles lui sont donc contraires. »
C’est donc raté pour le gouvernement, qui va devoir trouver un autre moyen de boucler ce dossier. Quant à la procédure de contestation de l’arrêté d’enfouissement définitif, elle est en attente d’une décision du Conseil d’État.
Alors d’accord 2021 n’aura pas été une année facile. Rue89 Strasbourg, qui pense à votre bien-être, a donc concocté un quiz tout simple cette année, d’une facilité confondante. Relaxez-vous et vous n’avez plus qu’à cliquer sur des boutons…
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When will is end Photo : Brett Sayles / Pexels / cc
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Hôpital public en détresse, ouverture des bains municipaux et du GCO, fermeture d’entreprises ou projet d’attentat néonazi… Retour en onze photographies sur des faits marquants de l’actualité strasbourgeoise et alsacienne sur Rue89 Strasbourg.
Un soignant dans les couloirs du service de réanimation des NHC, le 1er avril 2021 – L’hôpital public a dû répondre à la crise sanitaire alors qu’il traverse une crise financière. (photo Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg) (Lire notre série « La hess aux HUS »)
Les vendredis 10 et 17 décembre, des centaines de soignants des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) ont observé une minute de silence en hommage à « la mort annoncée de l’hôpital public ». Entre sous-effectif chronique, fermeture de lits, besoins de soin en hausse et pandémie de coronavirus, l’établissement ne parvient plus à recruter. A l’initiative de ce mouvement, le médecin des urgences Sébastien Harscoat estime que « tout le monde se pose la question chaque jour : est-ce que je ferais pas mieux de quitter l’hôpital ? » (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg/ cc) (Lire l’interview des médecins à l’initiative de cette minute de silence)
En mars 2021, la municipalité écologiste prévoyait de financer à hauteur de plus de 2,5 millions le chantier de la mosquée Eyyub Sultan. Suite au refus de l’organisation islamique Millî Görüs de signer la charte des principes de l’Islam de France, le ministre de l’Intérieur a dénoncé la « mairie verte de Strasbourg », se gardant bien de préciser que l’État a lui aussi, par le passé, versé des subventions à la fédération. Millî Gôrüs a finalement retiré sa demande de subvention. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc) (Lire l’enquête)
Alexandre Bureau, que tout le monde appelait Rob, est décédé subitement jeudi 27 mai à 41 ans. Il est à l’origine de six bars et restaurants à Strasbourg, où il avait conquis de nombreux Strasbourgeois par sa bonhommie, sa générosité, son humour et sa franchise. (Photo Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc) (Lire le portrait)
Emmanuel et Laurence se sont rencontrés à l’usine Knorr à Duppigheim en 1998. Après 27 et 23 ans de travail à la chaîne, le couple tente de se soutenir face à la fermeture brutale de l’entreprise de soupes industrielles, annoncée en mars 2021. (Photo Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / cc) (Lire le portrait)
En plein coeur de l’été, les manifestations hebdomadaires ont surpris les autorités par leur ampleur. Résumée à tort à une simple opposition au vaccin, la contestation portait majoritairement sur la méthode gouvernementale, jugée autoritaire. (Martin Lelievre / Rue89 Strasbourg / cc) (Lire le reportage)
La Zone à faibles émissions doit débarrasser l’agglomération des véhicules les plus anciens et les plus polluants, mais le calendrier varie au gré des pressions politiques (Photo Mathilde Cybulski) (Voir tous nos articles sur la ZFE)Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg
Après trois ans de fermeture, les Bains municipaux rouvrent au public. Le mardi 8 novembre marque la fin d’un long chantier pour cette piscine située boulevard de la Victoire, classée aux monuments historiques, un joyau architectural du début du XXe siècle. (photo JFG / Rue89 Strasbourg) (Lire l’analyse)
Le suicide de Dinah, collégienne mulhousienne de 14 ans, a suscité une vague d’émotion dans tout le pays. Symbole dramatique des conséquences du harcèlement scolaire, ce geste pose aussi la question de la responsabilité d’un établissement dans la lutte contre l’homophobie. Samira et Serge ont déposé plainte pour « harcèlement » et accusent le collège de non-assistance à personne en danger. (Photo Mediapart) (Lire l’enquête de Rue89 Strasbourg et celle de Mediapart)
L’ouverture du Grand Contournement Ouest (GCO) a été retardée plusieurs mois par une décision du tribunal administratif jugeant insuffisantes les compensations environnementales de l’autoroute de Vinci. C’est la deuxième autoroute la plus chère de France. Pour emprunter l’A355, sur toute sa longueur de 24 kilomètres, aux heures de pointe, en voiture, il faudra débourser 5€, soit un coût au kilomètre de 20,83 centimes. (Photo Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg) (Lire le compte-rendu de la décision du tribunal,ou l’analyse des tarifs de l’autoroute)
Hélène Faust est agricultrice en bio. Son compagnon, Daniel Hoeltzel, est boulanger et transforme les céréales de sa femme en pain. Un projet de la communauté de communes de l’Outre-Foret menace une partie de leurs terres agricoles. (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas) (Lire le reportage)
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
À la fin de l’été, un petit festival de musique prévu à Gérardmer a été contraint d’annuler sa première édition. Les autorités locales n’ont pas apprécié que l’un des artistes programmés ait écrit une chanson critiquant les forces de l’ordre en 2020.
C’était la fin de l’été. Bastien Poix et Benjamin Ousslou, deux jeunes strasbourgeois férus de musique, pensaient s’ambiancer une dernière fois avant la rentrée, en organisant un petit festival sur les hauteurs de Gérardmer : le « Fesse-tival des cons-finis ».
Benjamin est originaire des Vosges, il trouve un domaine qui répondra à leurs attentes, au milieu d’une clairière dans la forêt vosgienne. Le cadre est idyllique, le premier voisin est à 500 mètres, le suivant à un kilomètre. Les deux compères ont réussi à monter une belle programmation avec leur toute jeune association, L’Oisivistan, créée pour l’occasion : des concerts, des spectacles, des jeux pour enfants… C’est un tout petit festival, moins d’une centaine de personnes avaient acheté leurs tickets en prévente, avant le week-end du 28 et 29 août.
La clairière où devait avoir lieu le petit festival. Le premier voisin était à 500 mètres et avait été prévenu Photo : document remis
Confiants, ils contactent la mairie de Gérardmer pour connaître la procédure à suivre et déclarer la tenue du festival explique Bastien :
« Puisque c’était un lieu privé, non connu du public à l’avance, il n’y avait pas besoin d’organisation particulière, mais nous avons tout de même expliqué le projet à la municipalité, le système de prévente… Et signifié que nous avions prévenu la protection civile et les voisins. »
Trois semaines avant l’événement, ils envoient le formulaire indiqué par les services municipaux pour l’autorisation d’installer un débit de boissons sur place, une source de recettes importante pour équilibrer le budget du festival. Une formalité, pensent-ils.
« Une rave-party anti-flic »
Le 18 août, les deux co-organisateurs se rendent sur les lieux prévus afin de les visiter avec la mandataire des propriétaires, Alexandra. Cette dernière reçoit un coup de fil au même moment, d’un interlocuteur qui ne se présente pas mais qu’elle identifie comme faisant partie des forces de l’ordre. Elle met l’appel en haut-parleur : « Êtes-vous bien consciente à qui vous louez cette salle, madame ? », demande la voix. « Clairement, il s’agit d’une rave-party anti-flics qui s’organise sur votre terrain. Nous allons refuser la demande de débit de boissons. » Alexandra ne se laisse pas démonter, explique que Bastien et Benjamin lui ont bien donné le planning de la soirée, qu’elle n’est pas inquiète. « Vous êtes sûre ? », insiste la voix. « Ben… oui », répond-elle.
« On était sur le cul », se souvient Bastien. « Qu’ils nous taxent de quelque chose qu’on n’est pas et qu’ils mettent ainsi la pression à la gérante. » Voulant comprendre qui était au bout du fil, les jeunes hommes se rendent à la gendarmerie, qui ne sait pas de quoi ils parlent. Ils se rendent à la mairie, qui les renvoient vers la police municipale.
Les policiers municipaux leur expliquent avoir mené « leur petite enquête » à partir de l’événement publié sur Facebook et avoir trouvé dans leur programmation « des artistes qui promeuvent la violence contre les policiers. » Les organisateurs, qui n’ont rien contre les policiers, s’interrogent :
« On a fini par comprendre qu’il s’agissait de Joey Glüten, un musicien de “doom festif” qui avait fait l’année dernière une chanson sur les forces de l’ordre. Et ils en ont déduit que cela amènerait automatiquement un risque de troubles à l’ordre public ! »
Les deux camarades essayent de défendre leur projet et rappellent que l’événement accueille cinq concerts différents et des spectacles, dont de la magie pour les enfants. Un des policiers leur répond que « dans tous les cas, l’événement constitue une propagande à la consommation d’alcool » et que les organisateurs « devraient savoir qu’on ne programme pas ce genre de gens à côté d’autres artistes. »
La police municipale a donc rendu un avis négatif sur l’autorisation de débit de boissons, que le maire de Gérardmer, Stessy Speissmann (DVG), a suivi.
Des appels pour pousser à annuler la location
Ce refus est notifié à Benjamin le vendredi 20 août ainsi qu’à la gendarmerie de Gérardmer. Motif : les événements peuvent porter atteinte à la sécurité et à la tranquillité publiques et « la mairie ne souhaite pas s’associer à ce type d’événements. » Jamais Joey Glüten, 1 130 abonnés sur Youtube, 610 sur sa page Facebook, n’avait été aussi subversif.
Lors de cette audition, les gendarmes demandent à Benjamin combien de visiteurs sont attendus à leur événement et ce qu’ils comptent faire maintenant. Ils expliquent étudier une demande de débit de boissons dans un cadre associatif, où toute personne qui paye sa place est considérée comme adhérente à l’association et peut consommer sans que la structure n’ait eu d’autorisation de débit de boissons classique.
Il n’est pas habituel d’être convoqué à la gendarmerie pour être notifié d’un refus de débit de boisson. Mais le capitaine Finck, de la compagnie de gendarmerie départementale de Saint-Dié-des-Vosges, estime qu’elle était nécessaire au vu de la méthode « olé-olé » des organisateurs selon ses propres mots :
« Ils n’avaient pas fait de demande sur la tenue du festival, ils n’étaient pas dans les règles. Nous les avons auditionnés pour rappeler qu’il y avait une procédure à suivre et parce que la situation était tendue. On a mis “les points sur les i” parce qu’ils n’avaient pas l’air de comprendre ! »
Situation tendue pour un chanteur qui veut aussi « libérer Britney », qu’on lui touche les fesses et qui aime les yaourts à la cerise ? Effectivement car pendant ce temps, Alexandra, la gestionnaire du terrain, reçoit de nouveaux appels de la police municipale :
« Ils me demandaient d’aller vérifier qu’il n’y ait effectivement plus personne à l’heure où les festivaliers sont censés arrêter de faire du bruit, même s’il était 3h du matin ! Je leur ai répondu que je n’avais pas à faire ça, que je louais du vendredi au lundi et que je ne m’en mêlerai pas. »
Un autre appel surviendra, sans qu’Alexandra ne comprenne bien s’il s’agit de la mairie ou de la préfecture. Le message est toujours le même, « une rave-party illégale allait avoir lieu, il fallait que j’en sois consciente » :
« J’étais vraiment étonnée qu’on m’appelle ainsi plusieurs fois. Je me suis dit “Ben dis donc !”. Pour moi, les organisateurs avaient l’air réglo, on avait été en contact tout au long de l’été, ils m’avaient prévenu qu’il y aurait de la musique à haut volume une partie de la nuit. Mais il y a un énorme pré autour, ça n’allait pas déranger… »
Si Alexandra suppose qu’il pourrait s’agir de la préfecture au bout du fil, c’est parce que le propriétaire des lieux, dont elle est mandataire, a lui-même reçu des appels de cette institution, alors qu’il était en vacances en famille ! Ce dernier n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.
« Considérés comme des terroristes »
Bastien et Benjamin ressentent alors « une grosse pression » :
« On était à 10 jours du festival et sans débit de boissons, il fallait annuler. On n’a pas compris ce qu’il se passait car on n’avait rien à cacher, rien à se reprocher. On a eu l’impression d’être considérés comme des terroristes. »
Ils ne croient pas si bien dire, car le mardi 24 août, Benjamin est à nouveau convoqué par les gendarmes, pour être notifié du refus de débit de boisson associatif. Les gendarmes lui expliquent que ses déclarations lors de la première audition sont « remontées dans la hiérarchie, les renseignements territoriaux » et qu’il a été constaté que le lieu choisi serait un ERP (établissement recevant du public), ce qui rend impossible le débit de boissons associatif.
Le capitaine Finck explique que la « remontée dans la hiérarchie », c’est-à-dire à la préfecture, relève de la procédure normale dans ce cas-là : « Benjamin Ousslou était auditionné dans le cadre du renseignement administratif, car il y avait un risque de trouble à l’ordre public. »
Sidéré, Benjamin se rend à la mairie, décidé à en appeler à la clémence du maire. Il explique à nouveau la teneur de l’événement et insiste sur le caractère bon enfant du festival et son incompréhension face à cet acharnement. Le maire l’invite à lui faire un mail. Deux jours plus tard, deux jours avant le festival, c’est par mail qu’ils reçoivent la notification de maintien du refus.
Bastien Poix estime avoir fait toutes les démarches dans les règles et ne pas comprendre le motif de refus de débit de boissons Photo : Doc remis
Désinstaller sous les patrouilles
Las, le duo décide de tout annuler et commence à démonter les quelques installations qu’ils avaient déjà mis en place. Pendant ces deux jours, le vendredi et samedi, ils constatent que des voitures de gendarmes et de policiers passent régulièrement. « Ils s’arrêtaient, ne nous parlaient pas, mais regardaient ». Alexandra, elle, reçoit à nouveau un appel des forces de l’ordre, demandant si « c’était bien sûr que le festival était annulé », car il y avait « encore des installations » sur le terrain. « Les toilettes sèches, je crois », sourit Bastien.
Le capitaine Finck confirme que des voitures de la gendarmerie sont passées :
« Nous avons fait notre travail. Nous avions des directives des autorités préfectorales. Oui nous vérifiions que tout était bien annulé. Sinon, les mesures qui s’imposaient auraient été prises. »
Benjamin Ousslou a été auditionné deux fois par la gendarmerie, dans le cadre d’un renseignement administratif
Aujourd’hui, Bastien et Benjamin décident d’entreprendre un recours contre la mairie de Gérardmer devant le tribunal administratif, pour contester la légalité de la décision de refus de débit de boisson. Ils estiment qu’il s’agissait d’une mesure d’intimidation. Une démarche compliquée par l’obtention de pièces administratives de toute cette procédure.
Contactée, la police municipale de Gérardmer a d’abord indiqué par la voix d’un policier que le refus de débit de boisson avait été décidé car la demande émanait d’une association, qui ne pouvait « avoir de but lucratif ». Le chef de service a ensuite affirmé ne « jamais avoir rencontré Bastien ni Benjamin » et que cette affaire « ne lui disait rien ».
La préfecture des Vosges a répondu par écrit qu’aucune « décision d’annulation du festival n’avait été prise ». Le maire de Gérardmer, Stessy Speissmann, n’a pas répondu à nos sollicitations.
« Mémoires de quartier » est un podcast qui donne la parole aux habitants sur l’évolution de leur quartier. Dans ce quatrième épisode, Claude Kamper raconte la Robertsau dans laquelle il a grandi, puis repris la bijouterie de ses parents dans les années 1980. Il se souvient d’un quartier maraîcher riche en bistrots, où tout le monde se connaissait.
Ancien bijoutier-horloger à la retraite depuis un an, Claude Kamper le reconnaît volontiers en souriant: à 64 ans, il fait partie des « anciens » de la Robertsau. De celles et ceux qui ont connu le quartier à l’époque où c’était « un village », avec ses commerçants, ses ouvriers, mais surtout ses maraîchers, encore nombreux dans les années 60.
Pour ce quatrième épisode de la série de podcasts « Mémoires de quartiers », nous nous sommes promenés avec lui sur cette bande de terre située entre l’Ill et le Rhin, devenue en une trentaine d’années l’un des quartiers les plus prisés de Strasbourg. La Robertsau qu’a connu Claude Kamper dans sa jeunesse « n’était pas particulièrement un quartier aisé », mais « il y faisait bon vivre. »
Rue Mélanie, la place avec le restaurant La Vignette, refaite avec l’arrivée du tram. Photo : Anne Mellier/ Rue89 Strasbourg Une adresse historique du quartier. Photo : Document remis/ Kamper A rebours de l’image très résidentielle qu’il a aujourd’hui auprès des Strasbourgeois, Claude Kamper se souvient d’un quartier riche en bistrots. « Cela faisait partie intégrante de la vie de la Robertsau. Tous les gens, après le boulot, s’y retrouvaient, à une époque où tout le monde n’avait pas forcément la TV. Et beaucoup d’affaires y ont été traitées devant une bonne bière. » Marie-Laure Beaujean/ Archiwiki Anne Mellier/ Rue89 Strasbourg Parmi les bistrots évoqué par Claude Kamper, le « bunker », tenu par Madame Irène. A l’orée de la Robertsau, au Fuchs am buckel, Claude Kamper se souvient d’un autre lieu qui a marqué la vie des Robertsauviens: le Chalet. L’une des plus grandes boites de nuit d’Europe se situait près de l’Ill, le long d’une digue qu’empruntaient parfois les noctambules, pour éviter les contrôles de police rue de la Wantzenau, « au détriment de pas mal d’accidents jamais trop grave. Quoique… » se remémore Claude Kamper. « Toujours est il que souvent, le dimanche matin il y avait pas mal d’épaves qui y traînaient suite aux excès du samedi soir ». La boite de nuit a fermé en 2010. Elle a ensuite été rasée et des immeubles ont été construits à son emplacement.
Dans les années 1970, des maraîchers ont vendu leur terres et les promoteurs se sont intéressés à ce quartier tranquille, à l’environnement agréable. Le développement des institutions européennes à proximité, à la même époque, a par ailleurs contribué à son embourgeoisement. Aujourd’hui, les prix de l’immobilier y sont parmi les plus élevés de Strasbourg, avec un mètre carré avoisinant parfois les 4 000 euros.
Claude Kamper, 64 ans, a toujours vécu à la Robertsau. Anne Mellier/ Rue89 Strasbourg
Un rassemblement était organisé jeudi 23 décembre en l’hommage de Yasemin Cetindag, jeune fille de 25 ans tuée par son conjoint. Une trentaine de personnes étaient présentes. Les victimes ou leurs proches accusent le silence du voisinage et l’inaction de l’État face aux féminicides et aux violences conjugales.
Des roses blanches tapissent un bout de bitume devant le bâtiment gris du 10 rue de Carsatt. Ce jeudi 22 décembre, vers 13h30, une trentaine de personnes sont venues rendre hommage à Yasemin Cetindag, tuée par son conjoint un an plus tôt.
Le rassemblement devant l’ancien domicile de la victime est à l’initiative de sa sœur. Isolée à cause du Covid, Leyla Cetindag assiste à l’hommage via le téléphone de son amie Marie (le prénom a été modifié). Le petit groupe l’entend à travers le haut-parleur du smartphone. La jeune femme accuse le silence du voisinage face aux signaux de détresse :
« C’est un immeuble de quatre étages mal isolé. Les voisins ont déjà déposé une main courante pour tapage nocturne. Pourtant, le cri de la mort, personne ne l’a pas entendu. »
Sur la porte vitrée du 10 rue de Carsatt, des photos de Yasemin et une affiche dénonçant le silence du voisinage. Photo : Rue89 Strasbourg/Danae Corte
13 mains courantes, des voisins et de la victime
Il y a pile un an, une dispute a éclaté entre Yasemin Cetindag et son ex-conjoint, Savas O. Les quatre enfants de la victime, âgés de 1 à 8 ans, ont rapporté aux enquêteurs des coups portés à leur mère, avant que celle-ci ne soit enfermée dans la salle de bain avec son bourreau. Le 28 décembre, après cinq jours de recherche, le corps de la jeune femme est retrouvé enterré dans la forêt de Vendenheim.
C’était le 97e féminicide de 2020, sur les 102 recensés dans la dernière étude nationale. 13 mains courantes avaient été déposées à la police par le voisinage pour tapage nocturne et par la victime elle-même, pour violences. Yasemin avait aussi déposé une plainte qu’elle avait retirée. Par peur, selon Marie, qui l’avait rencontrée au Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de Strasbourg. Un an après, le mari se trouve toujours en détention provisoire.
« Je veux que la justice française entende ma voix »
Vers 14h, c’est Marie qui prend la parole. Devant les proches de Yasemin, elle déroule une histoire similaire à celle de Yasemin. Elle a récemment porté plainte contre son ex-mari pour menace de mort, comme l’avait rapporté Rue89 Strasbourg en septembre. La suite de plusieurs autres plaintes, qui n’ont pas abouti pour viol et violences conjugales. Une seule condamnation à trois mois de prison avec sursis avait été prononcée pour des faits datant de 2019. Aujourd’hui protégée par une mesure d’éloignement qui prend fin en 2023, Marie vit dans la peur, dans un foyer pour femmes battues.
Devant la famille de Yasemin, Marie a dénoncé des institutions de l’Etat inefficaces face aux violences faites aux femmes :
« Je suis toutes ces femmes battues tuées par ces pourritures. Je veux que la justice française entende ma voix et la voix de nos femmes qui auraient pu vivre aujourd’hui encore si leur travail avait été fait correctement. La justice reste chaque fois complice »
Une trentaine de personnes était rassemblée. Des proches, membres de familles de victimes, et les deux avocats des Cetindag. Photo : Rue89 Strasbourg/Danae Corte
« Vous trouvez normal qu’un an après, rien n’ait bougé ? »
Les deux avocats de la famille Cetindag, Me Metzger et Me Aras, étaient présents au rassemblement. Hager Sehili, la soeur d’Ahlam Idoudi, tuée le 17 avril 2010 par son conjoint, perce leur regard avant de lâcher : « Vous trouvez normal qu’un an après, rien n’ait bougé pour la famille Cetindag ? »
Dix ans plus tôt, Hager Sehili a perdu sa sœur strasbourgeoise. Ahlam Sehili avait tenté de porter plainte au commissariat de Strasbourg la veille de son assassinat, en vain. Le policier face à elle lui avait conseillé de s’adresser au commissariat de son quartier… qui était en travaux. Face à la rage d’Hager Sehili, les deux avocats restent calmes. Elle dénonce les dysfonctionnements de la justice française. Les avocats rétorquent que l’institution manque de moyens pour faire son travail.
Au travers du téléphone portable de son amie, Leyla Cetindag, retenue à la maison à cause du Covid, assiste à l’hommage de sa soeur décédée. Photo : Rue89 Strasbourg/Danae Corte
En mars 2021, Hager Sehili était parvenue à faire condamner l’Etat pour faute lourde suite au refus de prendre la plainte d’Ahlam Sehili. Cette reconnaissance de la faute de la police est source d’inspiration pour Leyla, qui pense aussi porter plainte contre l’Etat. Pour la sœur de Yasemin Cetindag, il faudra surtout s’armer de patience. Hager Sehili a obtenu gain de cause 11 ans après l’assassinat de sa sœur.
Le 17 mars 2021, le tribunal judiciaire de Strasbourg a condamné l’État pour dysfonctionnement du service public de la justice. Onze ans plus tôt, Alham Sehili avait tenté de déposer plainte pour violences et menace au commissariat strasbourgeois. Le lendemain du refus du policier d’enregistrer la plainte, la mère de 32 ans était assassinée par son mari.
« J’ai l’impression d’avoir mis ma vie en pause. » Depuis l’assassinat de sa sœur par son mari le 17 avril 2010, Hager Sehili n’a jamais cessé de se battre contre les violences faites aux femmes. Jeudi 23 décembre 2021, la mère de famille s’est donc rendu devant l’immeuble où vivait Yasemin Cetindag, victime de féminicide un an plus tôt. Grelottant dans son écharpe et son pull noir, elle prend la parole devant le petit groupe venu rendre hommage. La militante dénonce l’inaction de l’État face aux féminicides :
« Encore cette année, 110 femmes sont mortes sous les coups de leur mari. L’année dernière, c’étaient 102 victimes. Le gouvernement parle de grande cause nationale, mais je ne vois pas les effets de cette annonce. Ces mortes, ce sont avant tout des femmes qui n’ont pas été entendues, parce que l’État n’a pas agi. »
Hager Sehili est venue rendre hommage à Yasemin Cetindag devant son ancien domicile le 23 décembre 2021. Dans ses bras, elle tient le fils de sa soeur, victime de féminicide en avril 2010. Photo : Danae Corte / Rue89 Strasbourg / cc
Ahlam Sehili a voulu porter plainte
Comme le famille Cetindag, Hager Sehili a aussi subi ces dysfonctionnements des services de l’État. La veille de son assassinat par son mari, sa sœur Ahlam Sehili a tenté de porter plainte au commissariat central de Strasbourg, le 16 avril 2010. Elle était d’abord allée à la Préfecture pour demander d’arrêter la procédure de régularisation de titre de séjour de son mari. Dans une lettre rédigée à cet effet, la mère d’un garçon de deux mois dénonce des violences, des menaces d’enlever leur enfant ou de la brûler vive s’il devait quitter la France. Face à ce témoignage, les agents préfectoraux l’avaient incité à se rendre au commissariat.
En compagnie de sa mère, Ahlam Sehili s’était rendue au poste de police. Une enquête administrative a confirmé sa présence la veille de son décès, de 10h22 et 10h38. Mais aucune plainte ou main courante n’a été enregistrée ce jour-là. Le policier en poste face à la victime de violences conjugales lui a conseillé de se rendre au bureau de police de son domicile… qui était en travaux au moment des faits.
Dix ans de procédure pour une condamnation de l’État
« J’avais promis deux choses à ma sœur, quand je l’ai vue pour la dernière fois à la morgue : m’occuper de son fils comme s’il était le mien et que justice soit faite », affirme Hager Sehili. Commence alors un parcours judiciaire de plus d’une décennie pour la mère de famille installée à Nice. Plus de quatre ans après le féminicide d’Ahlam Sehili, le tribunal pénal de Strasbourg s’estime incompétent pour juger « l’action en réparation du fait d’un dommage subi par ricochet en suite d’un dysfonctionnement du service public de la justice. » Peu après, le tribunal administratif se déclare aussi incompétent en la matière. « Ils savaient que l’État devait être condamné, alors ils se refilaient la patate chaude », commente Hager Sehili.
Ce n’est donc qu’en mars 2021 que la chambre civile du tribunal judiciaire de Strasbourg a condamné l’État « à réparer, au titre de la perte de chance d’éviter le dommage, la faute lourde pour dysfonctionnement du service public de la justice ». Dans ses motivations, le tribunal estime qu’il « est dès lors établi que ces abstentions fautives réitérées (du policier, NDLR) constituent une faute lourde. Cette analyse est renforcée par la lettre d’excuses adressées à la mère d’Ahlam Sehili par le directeur départemental de la sécurité publique du Bas-Rhin évoquant sans détour un dysfonctionnement de ses services. »
Le policier fautif jamais identifié
L’État a aussi été condamné à verser une somme au titre du « préjudice d’affection personnel » au fils d’Ahlam Sehili. Hager Sehili a aussi obtenu une réparation du préjudice financier. Elle n’a pas souhaité rendre public le montant des versements.
Seule regret de la militante contre les violences faites aux femmes : que le policier fautif n’ait jamais été identifié :
« Pour moi, il aurait dû être démis de ses fonctions. Mais même sans condamnation, il vivra toute sa vie avec sur sa conscience le fait d’avoir ignoré une femme qui venait porter plainte pour violences conjugales et qui a été assassinée le lendemain. »
Satisfaite d’avoir honoré ses promesses à sa sœur défunte, Hager Sehili vient de déposer les statuts de son association A l’âme (en référence au prénom de sa sœur Ahlam). Elle espère ainsi « travailler avec d’autres structures existantes pour soutenir sur le plan juridique, matériel ou psychologique les victimes de violences conjugales. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
À l’approche des fêtes, l’entreprise alsacienne Biosynex fait face à une explosion de la demande de tests. Malgré l’embauche de près de 200 intérimaires, l’entreprise basée à Illkirch-Graffenstaden est débordée.
Il n’y a plus d’autotests à la pharmacie des Vosges, rue du général Rapp. Mercredi 22 décembre, en début d’après-midi, un pharmacien espère en obtenir rapidement de l’entreprise Biosynex : « Je ne sais pas quand nous en aurons. Notre commande date de la semaine dernière… » L’homme au masque bleu et à la blouse blanche aimerait que les pharmacies strasbourgeoises soient privilégiées. Elles se situent en effet à moins de 10 kilomètres de leur fournisseur principal, implanté au parc d’innovation à Illkirch-Graffenstaden.
Les boites de tests en préparation sur le site de Biosynex à Illkirch-Graffenstaden. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
L’explosion de la demande de tests
Mais Biosynex n’a pas le temps d’organiser une préférence locale. Dans la matinée du mercredi 22 décembre, le directeur commercial de l’entreprise spécialisée dans le diagnostic in vitro présente une commande datée du 11 décembre et en cours de préparation pour la pharmacie Denis, à Saint-Denis-en-Jouhet (Indre). À l’approche des fêtes de fin d’année, le délai de livraison a plus que doublé, comme l’explique Oren Bitton : « En temps normal, quand une pharmacie passe commande, nous livrons en deux à trois jours. Mais face à la pénurie de tests dans toute l’Europe, le délai de livraison est aujourd’hui de huit à dix jours… »
Dans la matinée du 22 décembre, des tests antigéniques sont sur le point de partir pour une pharmacie de l’Indre. La commande date du 11 décembre. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Depuis le début du mois de décembre, Biosynex fait face à une demande de tests qui a quintuplé. « Du 1er au 15 décembre, nous avons vendu un million d’autotests. En général, sur une même période, nous vendons plutôt 180 000 tests », affirme Oren Bitton. Le directeur commercial de l’entreprise alsacienne décrit une croissance plus forte encore des commandes des tests antigéniques :
« On est passé de 800 000 tests antigéniques vendus par mois, à plus de 4 millions en 15 jours. De même, nous devons généralement satisfaire la demande de 300 pharmacies chaque jour. Aujourd’hui, ce sont plutôt 1 500 pharmacies qui passent commande chaque jour. »
Préparation des commandes de tests pour les pharmacies françaises. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Plus de 200 intérimaires pour préparer les commandes
Pour faire face à l’explosion de la demande, Biosynex emploie 200 personnes en intérim sur son site. À côté des laboratoires de recherche et développement, une soixantaine d’intérimaires travaillent en trois fois huit heures pour préparer les cartons de commande. À quelques pas, un grand chapiteau a été installé. Ici aussi, la production ne cesse jamais. En 24 heures, ce sont 140 personnes qui se relaient pour mettre en boite le test et sa notice.
« Nous aurions besoin de personnel supplémentaire, mais pour cela il faudrait faire venir deux autres tentes, ce qui prend plusieurs semaines. De plus, nous avions 800 intérimaires en avril, mais aujourd’hui les bars et les restaurants ont rouvert, donc nous avons du mal à trouver de la main d’œuvre. »
Pour faire face à l’explosion de la demande, Biosynex emploie 200 personnes en intérim sur son site. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
A quelques kilomètres du parc d’innovation, la hausse de la demande se fait aussi sentir dans les locaux de Rhénus Logistics. Maxime (le prénom a été modifié) a commencé à travailler en intérim dans un entrepôt situé Port du Rhin. Le jeune homme a observé une croissance rapide des effectifs : « Quand je suis arrivé, nous étions une quinzaine, avec cinq nouveaux intérimaires. À la fin de la semaine, nous étions 25 en tout. »
Dans un hangar de l’entreprise de transports, Maxime et ses collègues passent leur journée à découper des étiquettes sur un carton rempli de tests antigéniques. « On doit enlever les informations concernant le lieu de fabrication du produit, sinon nos distributeurs peuvent se fournir eux-mêmes chez nos sous-traitants chinois », explique le directeur commercial de Biosynex.
Dans une tente installée à côté du siège de Biosynex, ce sont 140 personnes qui se relaient sur 24 heures pour mettre en boite le test et sa notice.
Pas d’amélioration à court terme
L’impossibilité pour Biosynex de répondre à la demande de tests est telle que le gouvernement a dû revenir sur sa promesse de deux autotests gratuits par personne à l’approche des fêtes. « Nous n’avions pas la capacité de répondre à cette demande, c’est pour cette raison que cette annonce a été finalement retirée », explique Oren Bitton.
Mais le directeur commercial ne voit pas d’amélioration à court-terme, bien au contraire : « Quand le variant Omicron va nous tomber dessus avec les taux de contamination énormes liés aux fêtes, le nombres de patients à tester (cas contacts et symptomatiques) va encore sensiblement augmenter en janvier. Donc les tests antigéniques et tests PCR vont continuer à être demandés en grandes quantités. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
Deux familles en attente de relogement confrontées à des habitats insalubres avaient alerté Rue89 Strasbourg. Suite à la publication de l’article, Ophéa reconnaît des erreurs dans ces cas précis. Salah Koussa, le président du premier bailleur social de l’Eurométropole promet plus de proximité et de transparence à ses locataires.
Le 25 novembre, Rue89 Strasbourg faisait état de la situation impossible de deux familles du Neuhof. En attente de relogement par leur bailleur social Ophéa, elle se retrouvaient forcées de vivre ou d’emmenager dans des appartements insalubres. Suite à la publication de cet article, Salah Koussa, le président du premier bailleur social de l’Eurométropole, également conseiller municipal délégué et eurométropolitain, a souhaité réagir et apporter des réponses. Salah Koussa est élu référent du quartier Hautepierre, membre de la majorité, il vient de quitter le groupe d’élus socialistes.
Rue89 Strasbourg : Comment expliquez vous ces situations dont Rue89 Strasbourg s’est fait l’écho et qui paraissent extrêmement choquantes ?
Salah Koussa : Concernant la famille rue de Clairvivre (dégâts des eaux et chauffage coupé NDLR), c’est une situation qui n’est pas acceptable. Nous nous sommes rendus sur place avec Lucette Tisserand, conseillère municipale du Neuhof, après la publication de l’article. Nous avons immédiatement enclenché les procédures d’urgence, la famille a été logée à l’hôtel et puis jusqu’à ce que son nouvel appartement soit prêt, elle est dans un logement provisoire.
Ce n’est pas la première fois que l’on se déplace sur le terrain, je fais beaucoup de visites surprises, je prends régulièrement des nouvelles de nos locataires, quand je ne viens pas à eux, ils savent qu’ils peuvent venir me voir lors de mes permanences, je suis accessible.
« J’aurais réagi de la même manière »
Qu’en est il de l’appartement qui avait été proposé pour un relogement avec remise des clés mais qui était encore en chantier ?
Les clés ont été remises comme si la famille pouvait s’installer… J’aurais réagi de la même manière. Quand on vous donne les clés, c’est que c’est fini, pas pour trouver des étais dans l’appartement. C’était une faute de notre part due à un manque de communication, je pense. Le maximum est fait pour terminer les travaux, au plus vite.
Ces locataires alertaient depuis un moment par des canaux qui existent bien mais elles n’avaient aucune réponse satisfaisante, pourquoi ?
Il y a clairement eu un problème de communication entre services. Je ne vais pas chercher qui a fait quoi mais il y a eu une erreur d’ordre organisationnelle qui a fait qu’on en arrive là. En tout cas personnellement, je ne trouve pas ces situations admissibles.
Fin novembre 2021: murs qui suitent, sols inondés et chauffage coupé dans un des logements, rue de Clairvivre. Dans le second, on a remis les clés aux locataires d’un appartement en chantier, avec des étais encore en place dans deux pièces. Photo : SW – Rue 89 Strasbourg
294 logements à démolir à Hautepierre, 306 à Hautepierre
Existe-t-il selon vous problème systémique dans la façon dont le relogement fonctionne ?
Non, ce n’est pas un problème systémique, ce sont des cas qui ne sont pas fréquents et heureusement d’ailleurs. L’une des locataires avait refusé des logements, 3 ou 4, je crois. Des logements il ne s’en libère pas des masses, notre parc est quasi complet, notamment les 3-4 pièces. L’idée c’est de faire aussi en fonction des desiderata de nos locataires, nous on propose, ils ont le choix ou pas d’accepter. Et il existe des secteurs très tendus : Neudorf, Esplanade…
Mais cette famille voulait rester au Neuhof…
Cela n’a pas pu se faire, parce que c’est plein.
Est-ce que c’est aussi la façon dont ces démolitions ou rénovations ont été pensées et décidées, elles sont plus importantes dans certains quartiers, le Neuhof par exemple est très concerné. Est ce que ça a été décidé trop vite ? Beaucoup de familles sont à reloger.
En tout, il y a 294 logements en démolition, seulement pour le Neuhof. C’est 21% du parc sur ce quartier. Même si ce n’est pas le quartier qui va subir la plus grosse transformation : c’est Hautepierre avec 306 logements.
Concernant les problèmes qu’il y a eu avec ces deux cas, j’ai réfléchi à un nouvelle organisation.
« Début 2022 nous aurons un pôle proximité »
Depuis quand ?
J’y réfléchis depuis le début de mon mandat que j’ai axé sur la confiance (Salah Koussa est à la tête du conseil d’administration depuis octobre 2020 ndlr). La confiance avec nos locataires. Pour cela je devais mettre en place une organisation telle qu’on puisse avoir plus de proximité avec eux. Début 2022 nous aurons un nouveau pôle, baptisé « pôle proximité » qui sera une entité à part entière, et non plus sous le pôle direction qui intégrait la gestion locative et la proximité. C’est tellement important que ce pôle sera géré par un responsable à part qui coiffera l’ensemble des agences.
Cela faciltera le contact direct avec les locataires ?
Oui et cela donnera les moyens aux agences d’agir plus vite et de donner des réponses plus rapidement aux locataires. Ce qui m’est remonté : quand une personne de l’agence n’a pas de réponse tout de suite par rapport à une intervention, c’est un problème. Ce pôle permettra une meilleure réactivité, un meilleur contact, et c’est vraiment ce que je veux : améliorer les relations avec les locataires d’où ce mot de confiance. J’ai vécu dans les HLM, chez Ophéa, donc je connais bien l’outil de l’intérieur.
Combien de personnes dans ce pôle proximité?
Un directeur chapeautera toutes les agences, qui sont au nombre de 6. Et j’y intégrerai une partie du pôle technique, pour accueillir les personnes et donner une date d’intervention, il faut que l’agent d’accueil et le directeur d’agence aient le planning des opérations des techniciens sous les yeux. Les responsables techniques seront intégrés à ce pôle également.
Selon des informations qui nous avait été communiquées, c’est une équipe de 4 personnes qui s’occupe des relogements cela paraît peu.
Il y a aussi les équipes du terrain, ils sont 5 à 6 par agence. Pour accentuer encore cette proximité, on a embauché 6 gardiens en plus.
Ils ont pour tâches ?
La proximité avec les locataires et aussi un job de contrôle, le lien avec les régies de quartier, intervenir dans les logements aussi. J’estime que le métier de gardien est très important, ils sont 4 à 5 par quartier, donc ils seront un gardien en plus par zone.
Au Neuhof plusieurs bâtiments sont vides, en attente de rénovation ou de démolition Photo : SW – rue 89 Strasbourg
Mais est ce que ces postes là auraient pu servir à quelque chose dans les cas dont on a parlé ?
Directement non, mais dans le cadre du pôle proximité à venir, très certainement.
Dans le cas d’une des familles qui nous ont alerté, un autre aspect choquant était que le chauffage avait été coupé dans l’immeuble…
Les immeubles sont voués à la démolition, donc le chauffage a été coupé dans le secteur, c’est le cas des bâtiment vides
Mais il n’était pas vide…
On aurait dû, c’est vrai, être plus attentif et plus réactif à cette situation.
Nous avons un parc de plus de 20 000 logements. Il faut entretenir ce parc là et mettre des moyens humains, il n’y a que l’humain qui peut régler les problèmes tels qu’on les voit aujourd’hui. Par de la médiation, des contacts avec les locataires, ça permettra de faire remonter les informations plus rapidement, par exemple de lutter contre les rats. Dire aux gens qu’ils ne faut pas jeter les déchets par la fenêtre, éviter de mettre les sacs poubelles à l’extérieur des containers… même si quand ils sont pleins, je comprends.
C’est tout un dialogue à refaire avec nos locataires, il y a des gens en grande majorité qui le font bien et ne comprennent pas ces comportements et nous demandent d’agir. Cela passe par du dialogue et on réfléchit même à donner des amendes aux gens qui ne respectent pas ce vivre-ensemble. Tous les nouveaux locataires signeront une charte où ils s’engagent à respecter les lieux de vie et du cadre commun. C’est aussi important que le bail.
Donner une date précise de fin de travaux
Ce pôle sera décentralisé ? Du point de vue des locataires il y avait aussi cette fatigue de s’entendre dire : « ça dépend pas de nous, on attend les réponses »…
Aujourd’hui un responsable d’agence ou un agent d’accueil doit être capable de donner une date précise d’intervention au locataire qui est en face. Jusqu’à maintenant ce n’était pas le cas, j’ai eu beaucoup de remontées de ce type.
C’était en effet le cas pour les situations des familles que l’on a rapporté.
Tout à fait. Aujourd’hui j’ai exigé que l’on soit plus précis dans nos interventions, que ce soit les entreprises extérieures ou quand les travaux sont faits en interne. Je veux que l’on soit exigeant vis-à-vis des prestataires et que l’on soit nous mêmes exigeants avec nos services de maintenance. (ndlr : une date précise de travaux et d’entrée dans l’appartement a bien été fixée pour une des familles locataires, ce n’est pas encore le cas pour l’autre)
Salah Koussa est élu référent du quartier de Hautepierre ou 306 logements sont concernés par la rénovation Photo : SW Rue 89 Strasbourg
« Si une société veut faire du business avec Ophéa, on sera très exigeant »
Jusqu’à présent aviez-vous l’impression, que les prestataires, qui sont des entreprises privées et ont d’autres chantiers, étaient moins pressés de finir quand c’était du logement social ?
Non je n’ai pas eu cette impression. Même si j’ai eu aussi ce genre de remontées. Mais ce que je peux vous assurer : si une société extérieure veut faire du business avec Ophéa, on sera très exigeant.
Plus qu’avant ?
Encore plus qu’avant.
Combien de personnes s’occupent de la maintenance en interne ?
Les équipes techniques en charge des travaux d’entretien et de maintenance se composent de 148 personnes, réparties par sous-métier : chauffage, électricité, plomberie. Les interventions sont réalisées en interne à 74% et donc 26% en externe. Sauf pour les remises en état de logement qui sont 100% en externe, ce sont des marchés confiés à Bouygues depuis 3 ans.
Avez-vous eu des retours d’un fonctionnement qui se dégrade ?
Quand ça se passe bien, on ne nous remonte pas forcément l’information. C’est quand ça se passe mal qu’on est au courant. On entend qu’il y a des problèmes, que les travaux ne sont pas terminés, qu’on a pas la date définitive de fin de travaux… Les entreprises extérieures ont elles-mêmes parfois du mal à trouver du personnel, donc ça peut s’étendre. Mais on garde l’œil ouvert par rapport à ce que nous disent nos locataires.
« On doit la transparence à nos locataires »
Ce n’est pas un système que vous avez l’intention de changer?
Je suis en train d’y réfléchir. Je pense à impliquer les régies de quartier. Elles travaillent avec Ophéa depuis une quinzaine d’années. Il s’agit d’entreprises d’insertion, d’allocataires du RSA qui veulent apprendre un métier. C’est déjà le cas pour l’entretien extérieur, la propreté des parties communes etc… Ça représente 5 millions d’euros aujourd’hui. On pourrait les inclure dans les équipes techniques.
En tout cas, il faut trouver toutes les solutions qui permettent de donner des réponses claires à nos locataires, on leur doit la transparence, c’est la moindre des choses.
Le hall d’immeuble de l’appartement où devait être relogée une des familles, sera aussi remis en état selon Ophéa Photo : SW, rue 89 Strasbourg
« La lutte contre le vandalisme nous coûte cher »
Il y a aussi des personnes extérieures qui jettent ou dégradent. Dans un des immeubles qui a été attribué en relogement, et que l’on a visité, le hall est un lieu de squat, de trafic même. Les locaux sont dégradés et vandalisés, ce qui inquiète cette famille qui compte des personnes fragiles…
La lutte contre le vandalisme nous coûte extrêmement cher. C’est tout nouveau on va mettre en place des entreprises de médiation avec des jeunes pour nous aider à parler aux jeunes. À Cronenbourg, la rénovation de la tour du 11 rue Augustin Fresnel dont le hall était squatté a coûté 150 000 euros de travaux. Elle a été saccagée au bout de dix jours après le départ d’une entreprise de sécurité qu’on avait contractée. Je veux entamer le dialogue contre ces incivilités, on a aussi ce rôle social.
Je préfère donner du boulot aux jeunes pour qu’on l’on puisse régler ce phénomène, même si ça ne va pas se régler en un jour. Ce qui m’importe c’est la sécurité de nos locataires. Ca ouvre aussi des possibilités aux jeunes de ces quartiers qui ne trouvent pas de travail, Ophéa peut proposer des alternances pour les former et les aider à avoir un métier. Un projet d’entreprise de médiation qui m’a été proposée par un jeune d’Hautepierre, ce sera d’abord testé sur Hautepierre et Cronenbourg.
Ce programme est ambitieux, avez vous les ressources ?
Je préfère dépenser plus pour l’entretien et la sécurité, pour moi ce n’est pas un sujet
A un moment donné il faut quand même trouver les moyens …
L’entreprise se porte bien, nous avons des recettes à plus de 75 millions d’euros. On trouvera les moyens, l’ensemble de la réorganisation avec le pôle proximité va coûter 400 000 euros, qui sont déjà budgétisés.
25 000 demandes de logements sociaux
Vous dites que la situation du logement est tendue, combien de personnes attendent ?
Il y a grosso modo 25 000 demandeurs de logements dans l’Eurométropole, tous bailleurs confondus. La durée, difficile pour moi de vous la donner, cela dépend des critères …
Et quant à l’évolution du parc ? Le montant des loyers ?
Depuis 10 ans, le parc a augmenté de 210 logements. Le loyer moyen est de 342 euros, contre 307 euros en 2011. Une majorité des logements sont des 3-4 pièces.
Vous me parliez de visites surprises. Est ce qu’il y a des choses qui vous ont frappé au cours de ces visites?
Je suis un homme de terrain, issu de l’associatif, je connais tous les quartiers, c’est ce qui a fait que je me suis lancé en politique. Je connais le cadre de vie, je ne découvre rien mais aujourd’hui j’ai les moyens de changer les choses, on va y mettre les moyens humains et financiers. Les locataires ne voient pas encore les résultats, mais j’ai confiance je vais faire en sorte que cela fonctionne.
La question alsacienne passionne-t-elle vraiment la population ? Le président de la nouvelle Collectivité européenne d’Alsace veut pousser la population, même si elle n’habite pas dans la région, à s’exprimer pour lui donner du poids dans son grand combat pour un retour à une Région Alsace.
Des sondages commandés par des mouvements régionalistes qui plébiscitent une sortie du Grand Est, mais un flop des listes opposées aux Grand Est aux élections locales de 2021… Le président de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) Frédéric Bierry (LR) s’attaque à ce paradoxe qui interroge une partie de la classe politique et de la société depuis la fusion des régions de 2015.
La Collectivité européenne d’Alsace n’a pas le pouvoir d’organiser seule un retour à une Région Alsace. Mais à défaut de pouvoir décider, elle pose la question : « L’Alsace doit-elle sortir sortir du Grand Est pour redevenir une région à part entière ? »
Pas besoin d’habiter en Alsace pour donner son avis
N’importe qui peut remplir un bulletin, sur internet, dans l’un des 54 établissements appartenant à la CeA ou par courrier. La question s’adresse aux « habitants sur le territoire de la Collectivité européenne d’Alsace », mais aussi aux « personnes déclarant y avoir une attache ». Il suffit de donner une identité et une date de naissance.
La collectivité pourra enlever des doublons, mais ne pourra pas vérifier la représentativité des participants, voire la véracité de certaines voix. Mais ce n’est pas grave, la consultation n’a de toute façon « pas de portée juridique, mais une portée politique », selon Frédéric Bierry.
Ce partisan du « oui » se donne un objectif de participation pour faire pression sur les candidats à l’élection présidentielle :
« Nous avions 50 000 participations pour la consultation sur les plaques minéralogiques (trois logos étaient proposés). À partir de 100 000, cela aurait du sens. »
Ce total, qui ne ferait que 5% de la population, semble atteignable. Il est bien en-deçà de la participation aux dernières élections (30%), le déclencheur de sa réflexion. « La respiration démocratique ne se fait plus dans les urnes », explique l’élu de Schirmeck. « On ne pourra pas me reprocher de ne pas avoir demandé l’avis à la population », défend il.
Frédéric Bierry était entouré de deux collègues, mais est le seul à s’être exprimé. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
La pression exercée aura-t-elle une traduction politique ? Avec sa question simple, Frédéric Bierry prend le risque de créer une attente qu’il ne pourra pas concrétiser. Lors de la primaire « Les Républicains », les candidats de droite ont bien pris soin de ne pas prendre parti sur le sujet, soucieux de ménager des soutiens élus à la Région Grand Est comme à la CeA. « Les candidats ne maîtrisaient pas le sujet », balaie Frédéric Bierry, tandis que « Valérie Pécresse m’a dit qu’elle missionnera Xavier Bertrand sur le sujet et qu’elle était prête à cette hypothèse ». Pour que la situation institutionnelle change, il faudra une loi comme pour la CeA il y a quelques années. « Je suis sûr que tous les candidats diront être les plus grands démocrates », ironise Frédéric Bierry. Et selon sa logique, ils devraient donc suivre le résultat de la consultation.
Pas de campagne physique
Partisan du « oui », Fréderic Bierry n’innove pas dans ses arguments : rapprocher les décisions des habitant, une région avec une identité, moins de déplacements et moins d’élus… En plus de la fusion des pouvoirs de la Région Grand Est, Frédéric Bierry imagine en revanche garder le mode de scrutin par canton, contrairement aux autres régions qui ont un scrutin de liste et une dose de proportionnelle. Il prévoit d’autres « consultations » sur la taxe poids-lourds, ou Stocamine, que le gouvernement a décidé de confiner définitivement.
L’élu bas-rhinois a réussi à convaincre les dirigeants des trois principales associations mobilisées sur le sujet (Mouvement pour l’Alsace, Initiative citoyenne alsacienne, Club Perspectives Alsaciennes), dont quelques phrases figurent sur la plaquette de communication. Une brochure de six pages qui ne donne que des arguments pour la sortie du Grand Est.
Le sujet mobilisera-t-il au-delà des cercles passionnés et concernés par le sujet ? Alors que le vote est possible jusqu’au 15 février, la CeA n’a pas prévu de campagne physique de terrain ou de débat. Ce sera aux élus de s’impliquer. Frédéric Bierry n’a pas révélé le montant de l’opération, qui est « inscrite au budget annuel de communication ». Celle en 2018 qui préfigurait de la CeA avait coûté 120 000 euros.
Dans son discours d’intronisation le 2 juillet, Jean Rottner (LR) le président de la Région Grand Est pensait avoir tourné la page de la question alsacienne. « L’exercice démocratique dont nous sortons signifie également que le Grand Est tant décrié a bien une raison d’être », déclarait-il, avant du conclure sur « ce Grand Est que j’aime tant ». Avec l’initiative de Frédéric Bierry, l’ancien maire de Mulhouse risque d’être à nouveau interrogé.
Frédéric Bierry promet toutefois que si la réponse est négative, il n’en fera plus un sujet de revendication. Suffisant pour motiver les partisans du statu-quo ?