L’hébergement de personnes sans-abris à l’hôtel F1 de Geispolsheim, au sud d’Illkirch-Graffenstaden, s’arrête vendredi 22 octobre. L’hôtel avait été réquisitionné par la préfecture du Bas-Rhin lors du premier confinement. L’État doit les reloger mais une vingtaine de personnes se retrouveront dans la rue, peu avant le début de la trêve hivernale.
Awochi (prénom modifié), un sans-papier originaire du nord-est de l’Afrique, est en pleurs lorsqu’il apprend la nouvelle, mardi 19 octobre. Alors qu’il est logé depuis avril 2020 et le début de la crise sanitaire dans l’hôtel F1 de Geispolsheim, il va se retrouver à la rue peu avant le début de la trêve hivernale. L’homme d’une trentaine d’années raconte :
« Un travailleur social nous a annoncé que l’hôtel allait fermer vendredi 22 octobre. On nous a affirmé que tout le monde allait être relogé. Alors, je ne me suis pas inquiété. Je pensais avoir une solution pérenne, surtout avec l’arrivée de la période hivernale. Ça m’a fait un choc d’apprendre que cette solution, ce ne serait que 8 nuits dans un hôtel puis d’appeler le 115 (Samu social, à destination des personnes sans abri, NDLR). Tout le monde sait qu’ils n’ont pas assez de place et qu’on dormira dehors”.
Voici le papier remis à Awochi par Horizon Amitié. Il y est indiqué la date et l’adresse de l’endroit où il passera les 8 nuits suivantes. Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc
8 nuits en hébergement d’urgence avant la rue
Sur les 80 personnes présentes à l’hôtel, une vingtaine, principalement des sans-papiers, se trouve dans la même situation qu’Awochi. Ibrahim (prénom modifié) est l’un d’entre-eux. Âgé d’une vingtaine d’années, ce jeune homme originaire d’Afrique du Nord ne sait même pas s’il aura droit à ces 8 jours d’hébergement :
« Contrairement à Awochi, personne n’est venu me voir pour me donner une adresse où aller. Je n’ai même pas de rendez-vous pour en parler. Parmi, les dernières personnes encore à l’hôtel, on est quelques-uns dans ce cas. Ça fait deux jours que je n’en dors pas, je suis très stressé par cette situation. Pour l’instant, je pense dormir dans un parc, dehors, la nuit de vendredi à samedi. Je ne comprends pas, la plupart des personnes logées à l’hôtel ont eu des solutions de longue durée. Pourquoi nous on se retrouve dans la rue alors qu’il fait froid ? »
Ibrahim, mercredi 20 octobre, à 18h.
L’hébergement de personnes sans-abris dans cet hôtel du sud de Strasbourg doit prendre fin Photo : Google Maps
En effet, le reste des sans-abris de l’hôtel a été relogé grâce à des dispositifs comme l’intermédiation locative, des centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), des pensions de famille, etc.. Il s’agit d’une soixantaine de personnes « en règle administrativement ou aux démarches suffisamment abouties » note un employé du Service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO) qui préfère garder l’anonymat.
« Il y a un roulement car il n’y a pas suffisamment de places »
Parmi la vingtaine de personnes sans solution dans 8 jours, trois ont été orientées par le SIAO au centre Frietz Kiener géré par le Centre communal d’action sociale (CCAS) de Strasbourg. Le reste a été orienté vers le centre du Château d’Eau géré par l’association d’accueil et d’hébergement pour les jeunes (AAHJ) et vers le centre géré par l’association Antenne. Un agent du CCAS confie anonymement :
« Ce sont des centres temporaires, personne n’y reste durablement. Il y a un roulement car il n’y a pas suffisamment de places. De plus, le logement collectif n’est pas toujours le plus adapté pour des hommes isolés. Dormir à 10 dans un dortoir, ce n’est pas facile ».
« Aucune personne à la rue » selon Horizon Amitié
La préfecture du Bas-Rhin doit assurer le principe d’inconditionnalité et de continuité de l’accueil. Selon la circulaire du 19 mars 2007 « toute personne accueillie dans un centre d’hébergement d’urgence devra se voir proposer, en fonction de sa situation, une solution pérenne, adaptée ». Ni le SIAO ni la préfecture du Bas-Rhin n’ont répondu aux sollicitations de Rue89 Strasbourg.
Amina Bouchra, directrice de l’association Horizon Amitié, en charge de la gestion de l’hôtel depuis mars 2020, affirme de son côté :
« Les services de l’État, c’est-à-dire la préfecture et le SIAO, ont tout mis en œuvre pour trouver une réponse adaptée à chaque personne. Elles vont toutes être relogées. Il n’est pas question de les laisser à la rue ou sans solution. Pour rappel, l’idée n’a jamais été de faire habiter des gens dans un hôtel ».
Mais une salariée du SIAO est moins affirmative. Elle précise anonymement :
« On a eu l’information de la fermeture de l’hôtel F1 de Geispolsheim très tard, alors l’orientation de ses occupants se termine tard (c’est-à-dire jusqu’à la fermeture de l’établissement, vendredi 22 octobre, NDLR). C’est pour cela que certains ne savent toujours pas ce qu’ils feront après. Concernant les solutions de relogements, on a fait au mieux mais une vingtaine de personnes seront sans solution dans 8 jours et dépendront du roulement du 115… »
Victime de violences conjugales, Sarah est accompagnée par l’association SOS Femmes Solidarité depuis septembre 2020 à Strasbourg. Logée de chambre d’hôtel en appart-hôtel d’urgence, avec ses deux filles de 12 ans, la quadragénaire n’arrive pas à trouver de logement pérenne, faute de papiers en règle. SOS Femmes Solidarité lui a signifié que son dernier hébergement temporaire prenait fin le 21 octobre, lui conseillant d’appeler le 115 pour trouver une solution. Suite à l’appel de Rue89 Strasbourg à l’association, cette dernière a finalement prolongé son contrat pour un mois supplémentaire.
« Je suis tellement en colère, je ne pensais pas qu’on pouvait traiter les gens comme ça ». Sur son visage fermé, les larmes coulent parfois au cours de la discussion. « Mais j’ai trop pleuré, je ne veux plus pleurer », confie Sarah, 41 ans, dans son appart-hôtel Odalys du centre de Strasbourg. C’est dans ce petit deux pièces de 30 m² environ, que la jeune mère, cheveux courts et petites boucles d’oreilles dorées, et ses deux adolescentes de 12 ans – des jumelles – vivent depuis le mois de juin 2021.
La visite des lieux est plutôt express. La cuisine est dans un placard qui déborde d’assiettes, de Nutella et de pâtes. Dans l’unique chambre, les trois lits des filles et de leur mère ont été rapprochés. Il y a des tas de vêtements sur le canapé, des serviettes qui sèchent sur une porte, et quelques miettes du petit-déjeuner sur la table à manger. « Excusez moi, je n’ai pas vraiment eu le temps de ranger. Depuis deux jours, je ne dors plus, j’essaie juste de trouver une solution. »
Sarah est victime de violences conjugales de la part son ex-compagnon. Elle est logée dans un appart-hôtel, via l’association SOS Femmes Solidarité. Mais le contrat d’hébergement se termine le 21 octobre. Et aucune solution ne lui a été proposée. (Photo Maël Baudé / Rue89 Strasbourg).
Mise à l’abri par SOS Femmes Solidarité en septembre 2020
Algérienne, Sarah s’est mariée à Annaba en 2008 à un homme violent – le père de ses filles. Elle finit par divorcer en 2012, après avoir prouvé les violences conjugales à l’aide de certificats et de photos de son corps meurtri (documents que Rue89 Strasbourg a pu consulter). Encore aujourd’hui, ses bras portent les cicatrices de cette histoire douloureuse. « Mais en Algérie, les violences conjugales, tout le monde s’en fout. On est très mal vues, en tant que femmes divorcées, quand on parle de ça. » Son ex-conjoint continue de la harceler. Elle déménage plusieurs fois.
La jeune mère de deux petites filles âgées alors de 7 ans, décide finalement de fuir en France en 2012. Après s’être installée à Rouen, elle tente sa chance à Paris, et enfin à Saint-Louis en Alsace, où elle s’installe avec Omar (prénom modifié) en 2017. Algérien comme elle, il a la double nationalité algérienne et allemande, il travaille en Suisse.
« Il avait un bon travail, un appartement. Il me promettait de m’aider dans mes démarches, et dans ma vie avec mes filles. Je l’ai cru. »
Rapidement, Omar se révèle être à son tour un homme violent. « Il me frappait, m’insultait, me harcelait. Il m’a violée plusieurs fois. » Terrorisée, elle n’ose pas porter plainte. « Il me menaçait de mort, disait qu’il allait me dénoncer à la police et que j’allais devoir repartir en Algérie. » Finalement, Sarah va déposer deux mains courantes (que Rue89 Strasbourg a pu consulter) en mai 2019 et mars 2020 pour « coups et blessures » et « injures et menaces ».
Juste avant le confinement de mars 2020, elle réussit à s’enfuir du domicile conjugal mais elle n’a toujours pas de titre de séjour en France. Le Service d’urgence sociale de Mulhouse la prend en charge, d’abord dans un hôtel, puis dans une famille d’accueil pendant plusieurs mois. En septembre 2020, elle arrive à Strasbourg. « Quelqu’un m’avait parlé de SOS Femmes Solidarité, j’ai pensé qu’ils pouvaient m’aider. »
Trois lieux différents en un an, avec des conditions parfois difficiles
L’association trouve d’abord pour la jeune femme une chambre d’hôtel, près de la gare. Au bout d’un mois, Sarah et ses filles sont ensuite déplacées dans un autre hôtel près de l’Esplanade :
« On a été mises dans une toute petite chambre, sans cuisine, sans frigo, sans micro-ondes. On ne pouvait pas se faire à manger, c’était très compliqué pour mes filles. L’une de mes jumelles a commencé à ne pas aller bien, elle déprimait. On est restées sept mois là-bas, mais c’était dur. »
Sarah est hébergée avec ses deux filles dans un appart-hôtel Odalys depuis 4 mois, à Strasbourg. (Photo Maël Baudé / Rue89 Strasbourg).
Ce dispositif d’accueil est exceptionnellement rallongé d’un mois, mais au 21 octobre 2021, Sarah doit quitter l’appart’hôtel. Sauf qu’elle n’a nulle part où aller. Selon elle, les travailleurs sociaux de SOS Femmes Solidarité lui ont répété qu’elle ne serait jamais à la rue : « Ils m’ont toujours dit, on trouvera une solution, on ne te laissera pas comme ça. »
Au début du mois d’octobre, la jeune femme commence à s’inquiéter. « Je les ai appelés, rappelés. Je leur disais, le 21, c’est bientôt, je n’ai rien trouvé pour me loger, pouvez-vous m’aider ? Mais non, rien. » Elle affirme chercher aussi un logement de son côté, via des dispositifs d’insertion, car sans titre de séjour, impossible de trouver un appartement, même du parc social :
« J’ai pourtant trouvé un travail à mi-temps, en CDI depuis le mois de novembre 2020, je suis auxiliaire de vie, je m’occupe des personnes âgées. Mes filles sont scolarisées, elles vont mieux, elles ont de bonnes notes. Je participe à la société française, je pourrais payer un petit loyer mais on refuse mon dossier parce que je ne suis pas française. »
Dans son petit deux-pièces, Sarah et ses deux filles de 12 ans vivent, hébergées à titre gracieux par le groupe Odalys qui a signé une convention avec la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF). (Photo Maël Baudé / Rue89 Strasbourg).
Même pour régulariser sa situation, Sarah a le sentiment d’être abandonnée par l’association. Alors la jeune femme se trouve une avocate, qu’elle paye à ses frais car l’aide juridictionnelle est réservée aux Français : « Je mets de côté tous les mois pour la payer. Il faut que cette procédure fonctionne, ça débloquerait tout. »
« Rassemble tes affaires, tu dois partir dans deux jours »
Mardi 19 octobre, Sarah raconte que la gouvernante de l’hôtel lui a demandé de faire ses sacs. « Elle m’a juste dit, Sarah, tu dois partir dans deux jours, prépare et rassemble toutes tes affaires. SOS Femmes ne peut pas poursuivre le contrat. » La jeune femme, la voix tremblante, s’interroge :
« Et alors je vais où ? Dans la rue ? Avec mes filles ? Je retourne voir mon ex ? C’est ça la solution ? Je comprends toutes ces femmes victimes de violences qui retournent auprès de leur mari, puisqu’à la fin, on nous laisse sans autre solution. »
Porte du petit deux-pièces dans lequel vit Sarah et ses deux filles, depuis le mois de juin 2021. Un hébergement temporaire, acté par une convention entre la chaîne Odalys et la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF). Photo : Maël Baudé / Rue89 Strasbourg
SOS Femmes Solidarité la renvoie vers le 115, qui n’a pas de place…
Sarah ne lâche pas son téléphone. Depuis deux jours, elle harcèle comme elle peut tous les services et les structures qu’elle connaît : « Le directeur de SOS Femmes Solidarité m’a dit d’arrêter de remuer ciel et terre, mais je n’ai pas honte de le faire, et je continuerai. Je ne me laisserai pas faire. » Pendant l’entretien avec Rue89 Strasbourg, au milieu d’une phrase, elle s’interrompt tout à coup pour appeler l’association. C’est l’heure où ils sont joignables. La conversation est sur haut-parleur :
« – Bonjour, c’est Sarah, je voulais savoir si vous aviez trouvé une solution pour moi, car ce soir je n’ai plus rien, je suis à la rue avec mes filles. – (une femme de SOS Solidarité) Non, je suis désolée, comme nous vous l’avons déjà expliqué, votre dossier n’est plus chez nous. C’est désormais le 115 qui va s’occuper de vous. Ils vont vous rappeler. »
Trente minutes plus tard, le SIAO (Service intégré d’accueil et d’orientation – 115) appelle :
– « Malheureusement, nous ne pouvons poursuivre la prise en charge actuelle. Nous n’avons pas de place pour vous. Je suis vraiment désolée. – Sarah : « Donc je dois aller dormir dehors avec mes filles ? – Oui, malheureusement vous êtes à la rue. N’hésitez pas à rappeler le 115 régulièrement, et à vous rapprocher des maraudes. Au revoir madame. »
Pour la nuit du jeudi 21 octobre, Sarah a demandé de l’aide à des amis qui se sont cotisés pour lui payer une nuit supplémentaire dans la résidence appart’hôtel : 153 euros la nuit. « Ils m’ont chacun donné 50 euros, mais je ne pourrai pas faire ça longtemps », glisse la jeune femme d’un air las. « Et comment je vais faire avec tout ça ? » lance-t-elle en montrant du doigt le bureau de ses filles recouvert de livres et de cahiers, ses vêtements, sa cuisine, sa chambre…
« C’est très choquant pour une femme victime de violences »
Contactée, une salariée d’une association strasbourgeoise tournée vers les femmes et les victimes de violences est très choquée par l’histoire de Sarah :
« On ne fait jamais de sortie sèche pour des femmes, victimes de violences conjugales. Avec en plus des enfants mineurs ? Normalement, quand vous rentrez dans un circuit d’hébergement, il y a des travailleurs sociaux censés vous accompagner vers une domiciliation pérenne. On essaie aussi d’aider ces femmes à régulariser leur situation administrative. J’ai tendance à me dire que lorsque la situation d’une femme n’a pas bougé d’un iota en un an d’accompagnement, c’est que quelqu’un, quelque part, a mal fait son boulot. »
Sarah tente de trouver une solution pour ne pas dormir dans la rue dès ce soir, avec ses deux filles de 12 ans. Photo : Maël Baudé / Rue89 Strasbourg
« On a fait ce qu’il fallait »
Un avis tranché mais opposé à celui du directeur de SOS Femmes Solidarité. Contacté, Thomas Foehrlé – légèrement embarrassé – assure que l’association qu’il dirige a fait son possible. Expliquant tout d’abord que la jeune algérienne, n’étant pas française, ne peut pas bénéficier du droit à l’hébergement d’urgence via son association : « L’État nous oblige à avoir des personnes qui sont régularisées sur le territoire ».
Depuis septembre 2020 et la prise en charge de Sarah par SOS Femmes Solidarité, l’association a donc pu trouver des logements via d’autres dispositifs d’hébergement d’urgence, comme le 115. « Mais nous, directement, nous ne pouvons pas les héberger, elle et ses filles, dans notre réseau, » précise le directeur.
Quant aux démarches de régularisation administratives de Sarah, Thomas Foehrlé soupire :
« Nous avons deux travailleurs sociaux, pour 2 500 sollicitations par an. Croyez bien que nous faisons de notre mieux. Certes, c’est notre travail d’aider ces femmes mais là, cette dame s’est réveillée quand elle a vu que la date de fin d’hébergement approchait, c’est un peu tard. »
Interrogé sur la perspective que cette famille se retrouve à la rue dès le vendredi 22 octobre, le directeur répond :
« On a fait ce qu’il fallait. Cette dame savait que l’hébergement se terminait le 21 octobre. C’est maintenant le 115 qui va lui trouver une place. Malheureusement, elle n’est pas la seule dans cette situation. »
Moins d’une heure après l’appel de Rue89 Strasbourg, Thomas Foehrlé a contacté Sarah pour lui dire que l’association avait pu prolonger le contrat avec Odalys pour un mois supplémentaire. Mais le 21 novembre, Sarah devra avoir obtenu un titre de séjour et accompli toutes les démarches pour trouver un logement…
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Sept élèves-avocats, qui se sont arrangés pour fournir des copies parfaites à l’examen de sortie de l’École régionale des avocats du Grand Est (Erage), ont été autorisés à repasser l’épreuve au rattrapage. Ils devraient obtenir leur diplôme et devenir avocats. Ils ont pourtant commis une infraction pénale.
Dans l’univers feutré du droit et de la justice, l’affaire fait désordre. Sur les 147 étudiants de l’École régionale des avocats du Grand Est (Erage) inscrits, sept ont fraudé lors de leur examen de sortie, le Certificat d’aptitude à la profession d’avocat (Capa).
Compte-tenu d’une situation sanitaire qui empêche toujours l’Erage d’organiser les examens dans leurs locaux du centre-ville de Strasbourg, les 147 étudiants ont reçu chez eux, mercredi 27 septembre, leur sujet de composition par la messagerie sécurisée de l’école : ils devaient assister un client à propos de la cession d’une entreprise. Cinq heures plus tard, ils ont dû rendre leurs copies par le même moyen, depuis chez eux.
Les locaux de l’Erage se trouvent au centre-ville de Strasbourg Photo : Maël Baudé / Rue89 Strasbourg / cc
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Les résidents et propriétaires d’un immeuble livré par Bouygues Immobilier en 2000 à Koenigshoffen doivent consolider d’urgence des balcons qui s’effondrent. Ils avaient déjà financé des travaux sur la tuyauterie qui fuitait en 2005. Au vu du coût et de la longueur des démarches, ils n’essayent même pas de poursuivre le géant de l’immobilier en justice.
« J’ai acheté cet appartement il y a trois ans, maintenant je ne peux plus aller sur ma terrasse », s’indigne Laurence Clauss. Depuis l’automne 2019, un étayage soutient les deux balcons au dessus de chez elle, rue du Donon à Koenigshoffen. Ces derniers menacent de s’effondrer. « Je dois vivre avec cette peur », dit-elle.
Un défaut d’exécution et un « affaissement inéluctable »
Mois après mois, les fissures grandissent. Les balcons se désolidarisent de la façade parce que les poteaux qui les maintiennent ont été construits au-dessus d’anciennes cavités brassicoles, d’après un rapport du bureau d’étude Volumes et Images que Rue89 Strasbourg a pu consulter. Il signale que le plan d’exécution de l’ouvrage de 1999, réalisé par l’architecte, prescrivait des attaches sur le mur de l’immeuble pour faire tenir les balcons, et non « des massifs de fondations superficielles » :
« On peut considérer que ce défaut d’exécution est le fait générateur de l’affaissement des balcons (…) L’affaissement des poteaux en « U » était inéluctable. »
Extrait du DIAGNOSTIC STRUCTURE de la colonne de balcons du bâtiment A, par le bureau d’étude Volumes et Images
Selon Éric Vautherot, membre du syndicat des copropriétaires, l’expert du bureau d’étude a signalé lors d’une réunion le 19 octobre que d’autres balcons de l’immeuble sont impactés : le sol à côté des poteaux présente des signes d’affaissement. Ils pourraient présenter des problèmes similaires ces prochaines années.
Sans les étais métalliques, le balcon au-dessus de chez Laurence Clauss se serait probablement déjà effondré. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
« Ce n’est même pas la peine de tenter une démarche en justice »
Pour l’instant, les travaux de réfection vont coûter plus de 100 000 euros d’après les premiers devis demandés par le syndicat des copropriétaires. « Le chantier sera à notre charge », dit Laurence Clauss, la voix serrée. Elle fait partie des 52 propriétaires des 52 lots de l’immeuble. Le bâtiment a été livré en 2000. Les 10 ans de garantie pour la réparation de dommages structurels ont été dépassés. Mais pour Éric Vautherot, ce défaut s’apparente à un vice caché, qui devrait tout de même être pris en charge par le constructeur :
« Nous avons contacté une avocate. Elle nous a expliqué que ce n’était même pas la peine de tenter une démarche en justice. Cela pourrait durer plusieurs années et coûter très cher sans que nous ne soyons certains d’obtenir gain de cause à la fin. Mais c’est un défaut de construction, c’est de la faute du promoteur. »
À cause d’un problème de structure, les deux balcons tombent petit à petit vers l’avant. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Éric Vautherot a acheté son logement environ 170 000 euros, lorsque Bouygues a mis en vente. Aujourd’hui, comme Laurence Clauss, il se sent piégé :
« C’était l’investissement de ma vie. Comment pouvait-on savoir que les balcons allaient s’effondrer ? À l’époque, on leur a fait confiance, on n’imaginait pas qu’ils puissent être si négligents. »
Bouygues ne répond pas
Le syndicat a déjà envoyé deux courriers en recommandé à Bouygues Immobilier, pour exposer la situation et demander une contribution. Le géant du BTP, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros en 2020, a répondu en se dégageant de toute responsabilité. Contacté par Rue89 Strasbourg, Bouygues considère que l’immeuble « correspond aux normes applicables aux ouvrages de construction ». « Ils se sentent intouchables », s’énerve Laurence Clauss.
En 2005, dans le même bâtiment, les occupants de l’immeuble avaient déjà subi de nombreuses fuites d’eau, à cause des matériaux utilisés. Éric Vautherot se souvient :
« Il y avait des inserts de ferraille dans les tuyaux. On a dû payer des dizaines de milliers d’euros pour remplacer les canalisations. Foncia, notre agence immobilière, nous a expliqué que c’était à notre charge. Et il fallait agir vite. C’était des fuites. On n’avait pas le temps d’engager une action en justice. »
Éric Vautherot, du syndicat des copropriétaires, est sans recours face à Bouygues Immobilier. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Me Gérard Weber est président de la chambre des propriétaires du Bas-Rhin. Il estime que pendant la garantie décennale, il est possible de gagner au tribunal face à un promoteur immobilier, s’il est en faute. L’avocat conseille ainsi de s’assurer avec une protection juridique pour éviter d’engager des frais. Il reconnaît cependant que plus de 10 ans après la livraison du bâtiment, il est difficile d’obtenir gain de cause :
« Les dossiers s’enlisent. Les promoteurs et les entreprises mandatées se renvoient la balle. Nous conseillons d’aller en justice seulement si un vice caché peut clairement être établi. Cela peut-être une mauvaise étanchéité du toit, des fondations défectueuses ou encore un chauffage non-fonctionnel par exemple. »
Me Weber insiste sur un point. Après la livraison d’un bâtiment, le promoteur est toujours à l’origine du premier syndicat des copropriétaires. « Il faut rapidement créer un syndicat indépendant », préconise t-il :
« Dans le cas contraire, on a déjà observé des situations où les promoteurs essayent d’inciter les copropriétaires à ne pas demander de financements de travaux alors qu’ils le pourraient. Il peuvent aussi tenter de temporiser, jusqu’à ce que la garantie décennale soit passée. »
Rue du Donon, des balcons construits par Bouygues se désolidarisent petit à petit de la façade de l’immeuble. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Bouygues Immobilier a été mis en cause de nombreuses fois dans toute la France. En 2015, à Bordeaux, un balcon s’est effondré seulement trois ans après la fin du chantier. La même année à la Robertsau, les habitants d’une résidence souffraient de graves infiltrations d’eau et de chauffages non-fonctionnels. Dans ces cas, les copropriétaires ont obtenu des remboursements. Un salarié d’une agence d’experts en bâtiment à Strasbourg, qui souhaite rester anonyme, témoigne :
« Dans toute l’Eurométropole, de trop nombreux bâtiments construits par Bouygues ou Nexity présentent des malfaçons. Ces promoteurs minimisent les coûts dans les chantiers. Ils sont en position de force et savent qu’ils ne seront pas inquiétés, car les victimes ne se lancent que très rarement dans une démarche juridique contre de tels groupes. Et si de temps en temps ils perdent, ce n’est franchement pas un drame pour eux, ils peuvent encaisser. Ce sont les habitants des bâtiments concernés qui subissent et les propriétaires qui doivent engager de grosses sommes. »
Sur ce point, Bouygues Immobilier n’a pas répondu aux questions de Rue89 Strasbourg.
Dans le plan d’eau de Plobsheim, des algues prolifèrent et favorisent l’apparition de cyanobactéries potentiellement toxiques pour les êtres vivants. À terme, celles-ci pourraient se déverser en aval, via l’Ill, à Strasbourg.
En ce matin d’octobre, le soleil brille intensément sur le bassin de compensation de Plobsheim. De nombreux voiliers, quelques pêcheurs et un restaurant peuplent cette étendue d’eau qui s’étale à perte de vue, sur onze kilomètres de long. Isabelle Combroux, experte en biologie des milieux aquatiques à l’Université de Strasbourg, se penche sur les vaguelettes.
Comme tous les quinze jours, la chercheuse embarque sur le bateau pneumatique de David Pierron, directeur adjoint de la Fédération de pêche du Bas-Rhin. Mais ce n’est pas de la navigation de plaisance. Sa mission : observer la végétation qui parsème le petit mètre de profondeur du sud du bassin.
Tous les quinze jours, David Pierron et Isabelle Combroux partent observer la végétation sous-marine au sud du plan d’eau de Plobsheim. (Photo Lola Collombat / Rue89 Strasbourg).
Isabelle Combroux lève la tête de son « aquascope », un gros cône orange qui lui permet de voir sous l’eau. À seulement 700 mètres du canal d’alimentation de l’Ill, le sol est pratiquement à nu, uniquement recouvert de quelques algues là où, auparavant, poussait une flore aquatique variée. Problème : ces algues favorisent l’apparition de cyanobactéries, des micro-organismes potentiellement toxiques pour l’homme et les animaux.
Une progression rapide, qui menace l’Ill, et toutes les activités humaines
Un travail de recherche de l’Université de Strasbourg, en partenariat avec la Fédération de pêche, débute à peine. En août 2018, la Fédération de pêche avait relevé la concentration en cyanobactéries dans le plan d’eau : 5 777 cellules par millilitre sur la station du Rhinland. Le seuil d’alerte pour la sécurité des eaux de baignade, défini par l’Organisation mondiale de la santé, est de 20 000 cellules par millilitres. Mais ce qui inquiète, c’est leur possible prolifération aux écosystèmes aquatiques en aval. Notamment dans l’Ill, qui passe à Strasbourg et qui est partiellement alimentée par le plan d’eau de Plobsheim.
Isabelle Combroux observe la flore sous-marine grâce à un aquascope. (Photo LC / Rue89 Strasbourg).
Les toxines des cyanobactéries provoquent des irritations, des attaques du foie et du système digestif et, dans le pire des cas, des attaques du système neurologique pouvant mener jusqu’à la paralysie. « Lorsqu’il y en a dans un point d’eau, toutes les activités nautiques et de baignade, on peut les oublier », affirme l’enseignante-chercheure. La Ville de Strasbourg avait pourtant réitéré en août sa volonté de mettre en place des lieux de baignade dans l’Ill, à l’été 2022.
Le réchauffement climatique accélérateur du phénomène
Le développement de ces algues fonctionne selon le principe suivant : le sol doit être à nu et riche en nutriments (azote, phosphore…), avec un fort ensoleillement et une température élevée. Or, le bassin de compensation est doté de deux canaux le reliant à l’Ill : un canal pour alimenter la rivière, et un canal pour la décharger pendant les crues.
Tous deux rejoignent le plan d’eau au sud du bassin. Lors d’épisodes climatiques extrêmes, le canal de décharge connaît de très forts courants. « L’eau charrie alors tout ce qu’elle rencontre sur le bassin versant », explique le Dr Combroux. « Et notamment, les rejets des exploitations agricoles », complète David Pierron. De la matière organique en masse, très riche en nutriments : le cocktail préféré des algues.
Pendant ces événements, les courants déracinent la végétation habituellement en place. Les apports en nutriments se déposent alors directement dans le sol décapé. Il suffit qu’une période de fortes chaleurs suive pour que les algues se développent, explique Isabelle Combroux :
« Tout peut basculer en très peu de temps, et là, plusieurs conditions sont réunies pour que leur population explose à nouveau ».
Un scénario qui risque de devenir de plus en plus fréquent avec le dérèglement climatique. Avec des conséquences mortelles pour certaines espèces animales. En 2016 déjà, à l’occasion de fortes chaleurs, la Fédération de pêche avait signalé qu’en quelques jours, des milliers de poissons avaient été asphyxiés par les cyanobactéries.
Les algues prolifèrent dans le plan d’eau de Plobsheim (Photo LC / Rue89 Strasbourg).
Des mesures de gestion demandées, mais peu de volontaires
Les étudiants d’Isabelle Combroux, au sein du laboratoire VégéLab de l’Université de Strasbourg, planchent sur une amorce de solution : planter des piquets au fond du plan d’eau pour que les macrophytes (végétaux d’eau douce, ndlr) prennent racine et ne soient pas arrachées lors des crues. Ce qui pourrait permettre d’empêcher aux algues de se développer.
Faisant suite aux fortes mortalités piscicoles relevées en 2016, l’étude menée par l’Université de Strasbourg a été cofinancée par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, par la Fédération nationale de pêche et par Électricité de France, qui dispose de barrages à proximité. Mais à terme, la chercheure et les pêcheurs estiment qu’il faudra investir dans des mesures complémentaires. Robert Erb, président de la Fédération de pêche du Bas-Rhin, explique :
« En tant qu’usagers directs du plan d’eau, nous sommes les premiers concernés. Mais au vu des résultats de l’étude, on espère désormais que d’autres structures vont prendre conscience du problème et se joindre à nous pour mettre en place des mesures de gestion. L’Eurométropole, notamment, s’était proposée pour être le futur maître d’ouvrage, lors d’un comité consultatif que nous avons tenu fin 2019. Depuis, on attend des actes. »
Contactée, l’Eurométropole ne confirme pas s’être engagée pour porter le projet. Elle renvoie plutôt vers la Collectivité européenne d’Alsace en indiquant que « la gestion du plan d’eau de Plobsheim [relève de sa] compétence. » La Collectivité européenne d’Alsace, elle, explique être uniquement responsable de l’aménagement des berges et des activités sportives et de loisirs sur le bassin. Et redirige à son tour vers la Région, en tant que propriétaire de l’Ill en amont. Celle-ci, qui ne gère sur le plan d’eau que les vannes permettant d’équilibrer le débit de l’Ill, estime également que ce n’est pas de son ressort.
Cette manière de se renvoyer la balle confirme l’impression de David Pierron, directeur adjoint de la Fédération de pêche :
« Après avoir exposé nos recherches, quand on a demandé qui allait être porteur du projet, c’était un peu comme lorsqu’il faut répondre à une question à l’école. D’un seul coup, tout le monde a baissé la tête… »
Cette fois, c’est sûr. La construction d’une auberge de jeunesse au bout de la rue du Ban-de-la-Roche dans le quartier Laiterie pourrait signifier la fin du collectif d’artistes de la Semencerie. Lors d’une réunion publique lundi soir, les détails de ce projet immobilier ont été dévoilés, dans une ambiance de franche opposition.
Ambiance électrique lundi soir dans le salon de l’Espace K. À partir de 20h, une cinquantaine d’habitants du quartier Gare étaient réunis pour découvrir un projet d’auberge de jeunesse et de résidences, devant remplacer le hangar occupé par les artistes de la SemenceRie et le City Stade, à l’angle de la rue du Ban-de-la-Roche et de la rue de Rothau.
Le projet immobilier est apporté par Melt Hotel, une jeune entreprise prétendant réinventer la manière d’héberger les gens de passage. La société dispose de deux hôtels à Bordeaux et Lille et prévoit d’en ouvrir deux autres à Paris et Montpellier. Alban Ruggiero, le directeur de Melt Hotel, a fait le déplacement pour présenter le projet de Strasbourg : une auberge de jeunesse le long de la rue de Rothau, accolée à des logements en copropriété et à une résidence étudiante. Au centre de ces trois bâtiments, une « halle » doit permettre de proposer des espaces communs, de restauration et de vie sociale. Cogedim a été choisi pour construire l’ensemble.
Franche opposition
C'est peu dire que le projet de Melt Hotel et de Cogedim a été mal reçu par les habitants du quartier Laiterie réunis lundi soir. Évoquant des petits-déjeuners en rooftop, des logements en "co-living", des "happy coloc" ou encore l'installation d'une "food court" pour accueillir un incubateur de restaurants, les porteurs du projet n'ont pas rassuré les habitants qui y voient une invasion bourgeoise. Tout autour de l'espace concerné, des logements sociaux abritent certaines des familles aux revenus les plus modestes de Strasbourg.
Ancien habitant du quartier Laiterie, Antoine Hoffmann, artiste et éducateur de rue, n'a pas caché son aversion pour le projet :
"C'est une attaque contre le quartier. Vous allez arriver avec votre beau projet consumériste dans un environnement où les gens se battent contre les toxicos et les rats. Les loyers vont augmenter et les gens d'ici vont devoir être repoussés ailleurs."
À 71 ans, Gérard Heitz aimerait pouvoir prendre sa retraite, il devient donc urgent de vendre l'entrepôt de la SemenceRie Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Vivement applaudie par l'assistance, une autre éducatrice de rue fustige la salle commune ouverte sur le quartier proposée par Melt, qu'elle qualifie de "carotte". Emmanuelle, artiste-imprimeuse, est plus précise :
"Vous proposez que les habitants abandonnent un espace ouvert et accessible en permanence gratuitement pour un espace fermé, qu'il faudra réserver à l'avance et probablement payant. Ben non en fait."
De fait, les accotements et le city stade, même s'ils sont peu reluisants, sont utilisés par les jeunes et les habitants du quartier comme une sorte de mini-place partagée, pour des barbecues et des remake de coupe d'Afrique des nations à quatre contre quatre. Les jeunes étaient présents lundi soir, pour défendre cette bande de terre. Ils ont récolté 300 signatures affirment-ils et plus de 200 en ligne.
La SemenceRie héberge des dizaines d'artistes permanents et des résidences temporaires Photos : Laura Sifi / doc remis
L'autre opposition au projet de Melt Hotel provient des artistes de la SemenceRie. Depuis 2007, cet ancien entrepôt des Semences Nungesser est occupé par une trentaine d'artistes contre un loyer dérisoire, 420€ par mois pour 2 000 m². C'est l'un des co-gérant des Semences Nungesser, Roger Heitz, artiste contrarié lui-même qui a permis aux artistes de s'installer là.
Bien que Roger Heitz ait toujours évoqué une occupation "temporaire", cette situation a duré plus de 13 ans. Et la SemenceRie a grandi, plus de 300 artistes y ont fait leurs classes et nombreux sont ceux qui ont profité de cette aubaine économique pour se lancer. À l'instar de Gauthier Mesnil-Blanc, ancien graphiste devenu "machiniste" :
"J'ai opéré une reconversion sur le tard. Je suis venu à la SemenceRie il y a 5-6 ans avec le Giboul'off, puis j'y suis resté et maintenant je suis résident permanent. J'ai tout appris ici, grâce aux compétences des uns et des autres, en regardant faire et en testant moi-même... C'est un peu magique ici, parce qu'il y a beaucoup de disciplines et de techniques au même endroit. Plein de savoir-faire, de la bijouterie à l'électronique. C'est très précieux mais ça ne correspond à aucun modèle économique. C'est pourquoi cette émulation et ces possibilités de créations collectives n'existent nulle part ailleurs."
À l'intérieur de la SemenceRie lors du festival Selbst Gemacht Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Aujourd'hui, plusieurs structures de Strasbourg utilisent les compétences et les locaux de la Semencerie, comme le Pelpass Festival pour ses décors par exemple. Les artistes considèrent Roger Heitz comme un mécène. Mais lui, à 66 ans, aimerait bien désendetter son entreprise et partir à la retraite. Présent avec son frère co-gérant lundi soir, il n'a guère apprécié que les semenciers et les semencières s'érigent contre le projet de Melt Group :
"Les charges de ce bâtiment nous coûtent entre 23 et 27 000€ par an. Donc, en 13 ans, c'est plus de 300 000€ qu'on a donné aux artistes. Maintenant qu'on a enfin un acheteur, vous retournez votre veste ? Je constate que la reconnaissance n'existe pas."
"Tu ne mesures pas tout ce que tu as permis Roger", lui répond Joseph, un autre semencier. "Quand une ville essaie de créer un lieu comme ça, accueillant avec les habitants du quartier, pluri-disciplinaire, ça capote systématiquement. Il n'y a qu'à regarder à la Coop," embraye une autre semencière.
Le collectif d'artistes demande à la Ville de Strasbourg de préempter la vente de cet entrepôt construit en 1890, digne représentant du patrimoine industriel du XIXe siècle. Il est question d'une somme oscillant autour de 3 millions d'euros. Présente dans la salle, Marie-Dominique Dreyssé, conseillère municipale référente du quartier gare, a attendu le dernier moment pour s'exprimer :
"Nous héritons de ce projet, qui avait été préparé par l'ancienne municipalité. Je peux vous dire que la maire est attentive à l'évolution du quartier. Il est encore bien trop tôt pour se prononcer, nous en sommes au stade des discussions."
Des discussions qui auront au moins permis de comprendre que si la Ville veut que les artistes restent dans le quartier Laiterie, il est urgent qu'elle sorte le carnet de chèques...
Le groupe Alstom a finalement décidé de rejeter l’offre de reprise de l’usine de bus électriques Aptis d’Hangenbieten par le belge Punch. La direction semble rejoindre l’avis des salariés qui avaient manifesté le 14 octobre contre cette offre, « faute de garanties durables ».
Que vont devenir les 141 salariés de l’usine des bus électriques Aptis ? La question reste encore en suspens. L’éventuel (et unique) repreneur vient tout juste d’être écarté par le propriétaire de l’usine d’Hangenbieten, Alstom. Une décision qui va dans le sens d’une majorité de salariés, qui se sont rapidement mobilisés contre cette candidature, en manifestant notamment le 14 octobre à Strasbourg.
Pas suffisamment de garanties pour les salariés
Pour la multinationale des transports, l’offre du groupe belge Punch n’était pas satisfaisante. La direction a simplement envoyé un mail mardi 18 octobre aux médias, indiquant :
« Les analyses et les différentes expertises n’ont pas permis de mettre en évidence suffisamment de garanties durables pour l’ensemble des salariés en termes de croissance, de projets industriels et sociaux. En conséquence, Alstom a décidé de ne pas donner une suite favorable à l’offre de Punch. »
Alstom, concernant le rachat de l’usine Aptis d’Hangenbieten.
Altom a refusé l’offre du belge Punch, pour la reprise de sa filiale Aptis (photo JFG / Rue89 Strasbourg).
Punch proposait des bus à hydrogène, pour un rachat à 1€
Mais les salariés et les syndicats s’étaient rapidement émus de cette proposition qui, selon eux, comportait des risques pour l’avenir du site, comme pour leur emploi. Et puis que venait faire ce spécialiste des boîtes de vitesses dans le secteur des bus ? Pour eux, le projet reproduisait, « en pire », les erreurs commises par Alstom lors de la création de leur site.
Les salariés préfèrent « un bon plan social, plutôt qu’une mauvaise reprise »
Parallèlement à ce projet de reprise, les négociations avec Alstom avaient bien évolué à la rentrée et un accord avait été trouvé autour du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE, le nouveau nom du plan social) : aides à la mobilité (aides au déménagement, double loyer payé pendant 6 mois), formations, aides à la création d’entreprise, bilan de compétences… Le tout, sur une période de 14 à 20 mois, pendant laquelle le salarié sera indemnisé par Alstom à hauteur de 99% de son salaire.
Dans un contexte de quasi-plein emploi dans l’industrie en Alsace, ce PSE est, de loin, la solution « la moins pire » pour une majorité de salariés. Florian Bouché, secrétaire du Comité social et économique (CSE) et représentant syndical de la CFDT, rencontré lors de la manifestation du 14 octobre avait notamment déclaré : « Il vaut mieux un bon PSE qu’une mauvaise reprise ». La direction d’Alstom semble être, pour l’instant, d’accord avec les syndicats.
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd'hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J'aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Après avoir vu ce qui précède la mise en emballage plastique du jambon industriel, j’ai définitivement perdu l’appétit pour ce produit. Une histoire d’odeur infecte, de mauvais traitement des intérimaires, de surconsommation de plastique… et d’éthique animale.
Le dégoût a commencé par une odeur. Celle d’un t-shirt que j’avais gardé sous ma veste et ma surblouse blanche. Dès mon premier jour d’infiltration dans l’usine d’Herta à Illkirch-Graffenstaden, je suis arrivé dans l’un des services les plus physiques de l’entreprise, après une formation express. Personne n’a le temps de m’indiquer qu’il faut porter un tablier imperméable et des protections en plastique sur les bras. Résultat : pendant une bonne demi-heure, je porte des pains de jambon de 25 kilos. L’espèce de jus plein de grumeaux dans lequel les pains baignaient quelques secondes auparavant se retrouve absorbé par mes vêtements.
Quelques jours plus tard, une odeur, un haut-le-cœur
Quelques heures plus tard, lors d’une première pause cigarette, un collègue m’avait lancé en rigolant face à mes vêtements mouillés : « Quand tu rentres chez toi, tu passes pas dire bonjour à ta meuf, c’est la douche direct ! » Comme un mauvais souvenir, j’ai laissé ce t-shirt sur le rebord de ma fenêtre. Quelques jours plus tard, je l’ai senti à nouveau, avant de réprimer un haut-le-cœur.
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
Deux personnes se font face dans une petite pièce aux allures de prison. Quarante ans après le plan Condor, via lequel les dictatures d’Amérique latine s’associèrent pour exterminer leurs opposants politiques, une ancienne opposante retrouve un bourreau. Anne Théron met en scène ce nouveau texte de Frédéric Vossier sur un plateau cauchemardesque. Dans une incapacité à guérir, les deux personnages incarnent les violences passées et les traumatismes toujours à vifs.
Une femme appelle un homme au téléphone. Ils se connaissent bien, mais ne se sont pas vus depuis longtemps. Frère et sœur, anciennes accointances, ce n’est jamais clairement établi. Anna, c’est son nom, demande à revoir Paul. Celui-ci n’est que moyennement surpris. Ils se retrouvent sur un escalier, en extérieur, mais entrent très vite dans la maison de Paul. Il boit beaucoup d’alcool. Elle a un pistolet dans son sac. Il y a des comptes à régler, mais encore faudrait-il que ces deux individus puissent se parler et se comprendre.
L’imbrication des cellules, un labyrinthe carcéral en guise de plateau
Cela frappe tout de suite : la scène est une cellule de prison, ou une salle d’un complexe militaire. La scénographie élaborée par Barbara Kraft évoque continuellement la dimension carcérale. La demeure de Paul est dépouillée, équipée de rares meubles en métal. Deux haut-parleurs surmontent la scène. Une vitre allongée incrustée dans un mur évoque un bunker et les barrières de métal sur la partie haute du décor ressemblent à des murailles barbelées. Le quartier n’est pas montré, mais toutes ses évocations ramènent à ce même sentiment froid et dégradé.
Il semble qu’autour de la maison ce soit aussi mort qu’à l’intérieur. Seul le centre-ville, lointain, ou la cabane de Paul, racontée au détour d’un souvenir, semblent des refuges. Mais le temps les a rendus inaccessibles. Paul passe quelques moments dans son jardin, qui apparait en fond de scène à travers de larges vitres. C’est un étroit caisson où il contemple le tronc d’un grand arbre, qui lui crève le plafond et surgit à l’air libre. Cet espace, là-encore, fait office de cellule.
Venue de son plein gré, Anna se retrouve piégée dans une réminiscence de son emprisonnement. Photo : de Jean-Louis Fernandez
Le spectacle est avant tout celui d’Anna. C’est elle qui prend l’initiative d’appeler Paul. Elle est dans l’action, elle vient s’imposer chez lui, le bouscule, le questionne. Mais malgré son allure volontaire, elle subit beaucoup de chocs. Il y a plusieurs passages cauchemardesques qui hantent le spectacle. Des flashs traumatiques apparaissent. Un fusil sur le sol transforme le mur devant lequel il est posé en scène d’exécution. Il y a ce moment où les visions deviennent palpables au point qu’Anna revive son enfermement et ses tortures. En gigantesque, sur le mur du fond, Paul apparait en costume de bourreau, en train de l’interroger et de rire. Puis la vidéo disparait, Paul revient dans la pièce, et Anna reconnecte avec le présent.
Une réminiscence des traumatisme qui semble échouer à les exorciser
Les violences directes sont rares dans Condor. Tout est plutôt dans le symbole, l’évocation et le souvenir. Les mouvements, chorégraphiés par Thierry Thieû-Niang, en disent parfois plus que les mots, notamment ceux de Paul. Avec sa voix douce et son corps mince, Frédéric Leidgens donne une impression de calme et de mesure. Il se déplace en glissant, tombant, rebondissant avec une mollesse détachée. Son flegme contraste avec ses mots crus et ses fantasmes de gloire militaire fasciste. Ce contraste apporte un sentiment de menace permanent. Et bien qu’Anna, campée par une Mireille Herbstmeyer droite et solide, semble dominer la plupart des échanges, sa fragilité et la peur gravée en elle par le traumatisme des tortures sont toujours perceptibles.
Face à face, deux personnes qui seules savent tout le détail de leurs liens. Le public ne peut que reconstituer le puzzle au fil des dialogues. Photo : de Jean-Louis Fernandez
C’est un spectacle sur l’après, sur les conséquences du traumatisme. Il ne parle pas des devenirs politiques qui ont animé les conflits, mais de ce que tout cela a laissé dans les corps et les esprits des protagonistes. Paul vit dans une prison, un bunker verdâtre où il est enfermé comme dans sa nostalgie. Anna se retrouve à nouveau dans sa prison brésilienne. Elle revient quarante années en arrière et confirme, en face de son bourreau, la réalité de sa tragédie. Lui se montre volubile, accueillant, en paix avec sa conscience malgré les phrases abjectes qu’il aligne. Il n’y a pas de romantisation de ces personnages, pas de vernis héroïque ou horrifique de leur passé. Leur existence est posée d’un bloc devant le public, crue et nette.
Une violence universelle qui sourde au fond de la prison
Les deux personnages, dans le dynamique, résument à eux seuls le fascisme. L’un écrase l’autre avec toute la force, le pouvoir et l’assurance d’une organisation étatique sans scrupule. Les demandes peuvent être humiliantes ou insensées, elles servent à contraindre, à rendre docile. On propose une cigarette, on évoque les proches, on fait tout pour prendre l’entier contrôle de la cible. Puis, après toute cette violence, le bourreau affirme son innocence. Ce qu’il a fait, c’est pour le bien commun, pour le pays. Il ne se considère pas comme un monstre, et ne comprend même pas toute la haine et la rancœur qui habitent sa victime.
La thématique su spectacle est telle qu’il serait aisé de glisser rapidement dans l’explicite ou le visuel. Mais la violence, en soi, n’est pas l’enjeu de la pièce. Elle ne lui accorde donc que sa place de moyen, un outil qui a créé des liens entre les individus et qui a pu changer l’essence même d’une femme. La dynamique des deux personnages est rapidement exposée, par légères touches : le ton d’Anna au téléphone qui exige de venir, Paul sur une marche plus haute qu’Anna ou assis sur sa table, et qui la surplombe. Les éléments les plus évocateurs sont peut-être les deux armes à feu, mais rapidement éclipsées. Elles ne se montrent que pour rappeler jusqu’où va la violence : jusqu’au meurtre.
L’escalier est un des seuls endroits chaleureux de la scénographie. Les rares scènes qui s’y jouent offrent un puissant sentiment de liberté. Photo : de Jean-Louis Fernandez
Le spectacle joue sur des stimuli sensoriels : des flashs lumineux bien sûr, mais aussi du son. Les voix d’enfants qui jouent à imiter des animaux ou la mélodie des vagues semblent au départ anodines. Elles prennent un nouveau sens au fil du spectacle, en se faisant l’écho des tortures de la prison. Cette écriture fine, qui se découvre peu à peu et autorise chacun à faire sa propre lecture, donne paradoxalement encore plus la nausée lorsque, finalement, advient la conscience de ce qui s’est passé, de ce qui a pu se passer dans les cellules brésiliennes. C’est un sentiment glaçant lorsque Paul évoque avec nostalgie ces années passées au service du fascisme, comme d’aimables virées entre copains. Et qu’il se réjouit mollement de voir que, de nos jours, ce régime commence à reprendre du service.
La cour administrative d’appel de Nancy a cassé l’arrêté de l’État qui visait à laisser indéfiniment les déchets toxiques à Stocamine. Ce qui suspend les travaux de confinement définitif de l’ancienne mine, qui devaient commencer ce mois d’octobre.
C’est un sacré revers pour les ministres de l’Écologie successifs, et particulièrement pour l’actuelle occupante de la fonction, Barbara Pompili. La cour administrative d’appel de Nancy vient d’interdire le stockage illimité des déchets « ultimes » dans l’ancienne mine de Wittelsheim (Haut-Rhin), dans l’ancien bassin minier d’Alsace. Près de 20 ans après l’incendie de 2002, l’arrêté préfectoral du 23 mars 2017 qui prévoyait un stockage est cassé par la justice administrative. La décision tombe quelques jours avant des travaux de confinement imminents pour fermer l’ancienne mine Joseph-Else. Et ainsi retarder le contact avec l’eau de la nappe phréatique d’Alsace, dont la pollution sera inévitable à long terme.
Le confinement arrêté, mais pas encore de déstockage
La cour a notamment retenu les défauts de capacités financières et de garanties des Mines de Potasses d’Alsace (MDPA, société détenue à 100% par l’État français et en liquidation permanente depuis 2009) pour assurer ce confinement définitif. Les travaux sont estimés à 180 millions d’euros plus des frais (infinis) de gestion et de surveillance… Dans ses considérants, le président de la cour, M. Wurtz, ne croit pas trop à une volonté financière illimitée de l’État :
« La société MDPA s’est limitée à indiquer que le financement s’opérera par des subventions. (…) Or les lois de finances ont alloué des subventions de 30 millions d’euros à MDPA, accordées annuellement sans garantie de leur maintien, non plus de leur montant. »
En clair, qu’en cas de dommage et d’accident, personne ne serait là pour tenter d’atténuer les dommages, et plus les MDPA. « Lors de l’audience, la secrétaire générale des MDPA avait déclaré que la société serait liquidée dès la fin du confinement », explique Me François Zind, l’avocat de l’association Alsace Nature.
Il espère maintenant que le confinement étant stoppé, un déstockage soit amorcé :
« On a franchi la première étape, la plus difficile. Il ne faut pas que cette décision se transforme dans un nouvel attentisme, qui est l’histoire de ce dossier. »
Il reste tout de même 42 000 tonnes
Selon les experts les plus optimistes il reste quelques années avant que la mine soit dans un état trop dégradé pour intervenir. L’espoir vient notamment du côté de la Région Grand Est en lien avec plusieurs sociétés industrielles. Il reste 42 000 tonnes de déchets toxiques dans les sous-sols. Les MDPA doivent également dédommager les associations Alsace Nature, la CLCV et la Collectivité européenne d’Alsace à hauteur de 3 000 euros chacune.
Pour Josiane Kieffer, présidente de la CLCV Wittelsheim, qui avait déposé le recours pour le collectif « Destocamine », mobilisé depuis l’origine du projet, cette décision est un soulagement :
« On commençait à se réjouir depuis lundi (lors de l’audience, le rapporteur public proposait déjà une annulation de l’arrêté ndlr) et là on est très heureux en lisant ce jugement. La décision rapide est surprenante, mais montre qu’il y a une séparation entre le pouvoir et la justice à Nancy. On va voir désormais si les MDPA font un recours devant le conseil d’État et comment on se défend. On va se réunir pour voir la suite et comment demander le déstockage. La Région avait demandé à accéder au site pour pouvoir avancer sur un projet de destockage et cela lui avait été refusé par les MDPA. »
Cour administrative d’appel de Nancy Photo : Google Street View
Barbara Pompili, ministre de la Transition Ecologique, avait annoncé la volonté du gouvernement de confiner les déchets restants le 18 janvier. Dans les années 1990, l’État, qui a créé la société ad hoc Stocamine, promettait la possibilité de ressortir les déchets après 30 ans avec un procédé de déstockage exemplaire et transparent. Dans une enquête publiée en avril 2021, Rue89 Strasbourg mettait en évidence des doutes sérieux quant à la présence de déchets irréguliers désormais présents sous la nappe phréatique.
Environ 70 salariés d’Alstom-Aptis, filiale située à Hangenbieten et dédiée à la fabrication de bus électriques, se sont rassemblés place de la République, ce jeudi 14 octobre. Ils manifestaient leur désaccord avec l’offre de reprise de Punch Motive International. Pour eux, le projet du groupe belge reproduit, « en pire », les erreurs commises par Alstom lors de la création de la filiale Aptis en 2018.
« Accepter un repreneur sans projet viable c’est sacrifier l’avenir des salariés », « Punch : une histoire belge qui ne fait pas rire », « La folie c’est refaire la même chose et s’attendre à un résultat différent »… Les slogans des 16 pancartes dressées autour du jardin de la place de la République résument bien l’état d’esprit des 70 salariés d’Aptis, filiale d’Alstom dédiée à la fabrication de bus électriques. Réunis ce jeudi 14 octobre à Strasbourg, ils manifestent leur mécontentement face à la proposition de reprise de Punch Motive International, groupe belge de pièces automobiles. Pour rappel, la fermeture d’Aptis est annoncée depuis le 4 mai 2021.
Un salarié d’Aptis, filiale d’Alstom dédiée à la fabrication de bus électriques, prend en photo les slogans dressés le long du jardin de la place de la République, à Strasbourg. (Photo MB / Rue89 Strasbourg / cc)
Le PSE négocié par l’intersyndicale satisfait les salariés
Si les salariés d’Aptis plébiscitent le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), le nouveau nom d’un plan social, négocié par l’intersyndicale (CFDT, CGT, CFE CGC) avec la direction, c’est qu’il donne davantage de garanties que l’offre de reprise de Punch. Florian Bouché, secrétaire du Comité social et économique (CSE) et représentant syndical de la CFDT détaille :
« On a tendance à penser qu’un PSE c’est des licenciements. Ce n’est pas vrai. C’est un ensemble de moyens donnés aux salariés pour retrouver un emploi. Dans celui que nous avons négocié, il y a des aides à la mobilité interne – c’est-à-dire au sein d’autres sites d’Alstom –, et externe avec des aides au déménagement (double logement payé pendant 6 mois, frais de déménagement pris en charge) ou des formations. Des aides à la création d’entreprise, financières et organisationnelles, sont également prévues. Un accompagnement pour faire un bilan de compétences… Le tout, sur une période de 14 à 20 mois. Un temps pendant lequel le salarié est indemnisé par Alstom à hauteur de 99% de son salaire. Il faut bien comprendre qu’avec cette solution, les salariés se mobiliseront pour retrouver un emploi. Personne ne compte se tourner les pouces. Il vaut mieux un bon PSE qu’une mauvaise reprise ».
Un des slogans affiché le long du jardin de la place de la République, à Strasbourg.(Photo MB / Rue89 Strasbourg / cc)
« Le projet de reprise de Punch reproduit les erreurs du passé, mais en pire »
Éparpillés en face de la bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, les salariés ne sont pas opposés à l’idée d’une reprise de l’usine de bus électriques Aptis d’Alstom à Hangenbieten. « Nous ne sommes pas contre Punch ou contre le fait d’être repris, mais contre ce projet qui n’est pas pérenne », précise Florian Bouché.
Le projet de Punch prévoit notamment, côté salariés, une reprise de l’activité dès janvier 2022, après les livraisons des derniers bus Aptis à la RATP, 141 employés repris (soit la totalité) mais 15% seront mis en chômage partiel dès le rachat, et 22% reclassés dans le groupe Punch. Côté production, le repreneur souhaite passer d’un bus électrique à hydrogène, table sur une croissance de 7 à 9% avec plus de 200 bus après 2027, soit 14% du marché européen. Des prévisions de parts de marché « bien trop optimistes » au vu des moyens de Punch, selon Olivier et Jean (prénoms modifiés), responsable chez Aptis :
« Ce projet est aussi ambitieux que la création de la filiale Aptis en 2018 et manque autant de moyens. Et le tout est mené par une entreprise bien moins puissante qu’Alstom. Cela pose plusieurs questions, dont la principale est de savoir comment une entreprise peut arriver à relancer une société dans cet état ? Punch souhaite développer des bus à hydrogène, ce qui nécessite des compétences qui ne sont plus aujourd’hui dans l’entreprise. La matière grise est déjà partie. Aptis est une pyramide qui n’a plus de base. Forcément, ça s’écroule. Le projet de reprise de Punch reproduit les erreurs du passé, mais en pire. Donc on le refuse. On préfère ce qui a été négocié avec le PSE« .
La manifestation des Alptis a été couverte par de nombre médias, dont France 3 Alsace. Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc
Une situation crispante pour les salariés
Reprise ? PSE ? La situation d’Aptis inquiète ses salariés. Pierre (prénom modifié), 19 années d’ancienneté en tant qu’opérateur sur une ligne de production, raconte :
« On s’est beaucoup investi dans la création de la filiale dédiée à la fabrication de bus électriques. Ça se compte en heures supplémentaires. Et on y croyait. C’est triste d’en arriver là. Nous sommes en train de terminer la commande de la RATP (50 bus électriques). J’ai commencé le 43ème bus il n’y a pas longtemps. À chaque bus, on se rapproche un peu plus de la fin. Ça fait mal au moral. J’espère qu’on y verra vite plus clair. Je suis le seul à ramener de l’argent dans mon foyer. J’ai deux enfants, ma femme est au chômage et j’ai le prêt de la maison à rembourser. Je dois assurer la suite ».
Les salariés étaient éparpillés en face de la bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. (Photo MB / Rue89 Strasbourg / cc)
La direction devrait prendre sa décision d’ici le 15 octobre
Les échanges entre la direction d’Alstom-Aptis et Punch Motive International sont toujours en cours. La reprise – ou non – de l’usine de bus Aptis d’Alstom à Hangenbieten par le groupe Belge devrait être décidée lors d’une réunion interne au groupe Alstom, qui doit se dérouler entre le 14 et le 15 octobre. Les salariés espèrent être informés au plus tard le lundi 18 octobre. À l’issue de la manifestation, une délégation a été reçue par le cabinet de la préfète. Une manière de passer les positions des employés à l’administration d’État, qui devra superviser une éventuelle reprise.
Un conseil de l’Eurométropole spécial consacré uniquement à la zone à faibles émissions (ZFE) va se dérouler ce vendredi 15 octobre. Les premières interdictions des vignettes Crit’air 5 n’entreraient en vigueur que le 1er janvier 2023, tandis que 17 exceptions locales seront instaurées. À suivre en direct à partir de 9h.
Avec la Zone à faible émissions (ZFE), la majorité de la présidente de l’Eurométropole, Pia Imbs (sans étiquette), s’apprête sûrement à voter la délibération la plus importante du mandat. Il faut bien une séance spéciale qui durera toute la matinée de vendredi, et plus si affinités. Rien de bien original pourtant, puisque 45 agglomérations sont concernées et Strasbourg se cale sur le calendrier imposé par la loi Climat votée cet été. Avec la ZFE, les pouvoirs publics espèrent un renouvellement accéléré du parc automobile vers des véhicules moins émetteurs de particules, et dans l’idéal, une diminution du nombre de voitures grâce à de nouvelles habitudes comme le vélo (parfois électrique ou cargo), le covoiturage ou les transports en commun. En extrapolant les statistiques françaises à la population strasbourgeoise, la pollution serait responsable de près de 500 décès prématurés par an, sans compter les maladies respiratoires.
Pour l’instant, la majorité de Pia Imbs fait bloc sur cet épineux dossier. Dans son groupe de 18 élus et élues (soit 16 communes sur 33), seule la maire de la Wantzenau, Michèle Kannengiesser (divers droite), a rejoint les critiques de 14 maires de droite et du centre (21 élus qui représentent 14 communes). Grâce aux 43 voix des écologistes de Strasbourg, Schiltigheim et Ostwald, Pia Imbs peut compter en théorie sur une majorité de 60 voix sur 99 élus et élues.
L’opposition remet en cause la délimitation « idéologique »
L’opposition demandera-t-elle un vote à bulletin secret dans l’espoir de voir d’autres maires de la majorité les rallier en toute confidentialité sur ce sujet ? Pas sûr. « Nous n’avons rien à cacher sur notre vote », estime la présidente du groupe des maires de droite et du centre, Catherine Graef-Eckert. La maire de Lingolsheim se dit « républicaine » et ne remet pas en cause la loi. Mais elle estime que la majorité a rencontré « un problème de méthode » :
« À Toulouse, seuls 72 kilomètres sur 458 sont concernés par une ZFE. Nous sommes d’accord sur le fait qu’il faut une ZFE, mais le curseur doit bien rester la qualité de l’air. Or, certaines villes et certains villages de l’Eurométropole sont en-dessous des normes de pollution. Pire, avec le GCO (qui n’est pas concerné par la ZFE, NDLR) la pollution pourra augmenter près de ces communes, tandis que les habitants, eux, devront changer leur voiture. Nous avons le sentiment d’être face à une politique idéologique anti-voiture. Les aides ne sont prévues que dans la limite d’un véhicule par foyer. Mais ceux qui en ont deux ne se déplacent pas ainsi par plaisir. Il faut être très prudent dans le contexte social actuel et la hausse des prix de l’énergie. La concertation a touché peu de monde (environ 10 000 personnes, NDLR), peut-être car elle ne posait pas les bonnes questions. On ne pouvait débattre ni du périmètre concerné, ni de l’interdiction ou non des Crit’air 2. »
17 exceptions locales et un « Pass ZFE » encore flou
Catherine Graef-Eckert attaque donc de front l’argumentaire de Pia Imbs, qui déclarait dans un entretien à Rue89 Strasbourg que « la ZFE n’est pas l’élimination de la voiture ». La maire de Holtzheim et son groupe défendent le périmètre commun afin d’avoir une règle « lisible » pour tous les habitants qui se déplacent dans toutes les communes de la métropole. Ainsi que des aides jusqu’à 3 500€ pour les ménages les plus modestes, cumulables avec celles, plus importantes, de l’État.
Dans l’arrêté qu’elle devra signer durant la dernière quinzaine du mois de décembre 2021, Pia Imbs dressera d’ailleurs une liste de 17 exceptions spécifiques à l’Eurométropole (voire encadré ci-dessous) qui concernent surtout les professionnels.
En outre, un « Pass ZFE » pour les déplacements occasionnels sera accordé pour « une durée de 48 heures à chaque utilisation ». Mais la délibération ne dit pas à combien de reprises il pourra être utilisé. « Ce dispositif, et notamment la fréquence d’utilisation, sera approfondie en concertation, notamment avec le monde économique », ajoute le texte. Ce qui laisse penser que les particuliers seront à nouveau moins écoutés. Un autre point « flou », que regrette Catherine Graef-Eckert.
Crit’air 2 renvoyé aux municipales de 2026
Mais le débat pourrait se cristalliser sur le sort des Crit’air 2. Ces véhicules représentaient 34,7% du parc automobile dans l’Eurométropole au 1er janvier 2020 (contre 27% de Crit’air 1 ou 0). Si la plupart des maires de l’actuelle opposition avaient voté en 2019 leur interdiction « à l’horizon 2030 » et un périmètre commun à toute l’Eurométropole, ils ont finalement changé d’avis. Et aujourd’hui, ils ne souhaitent plus entendre parler d’une interdiction, peu importe le calendrier.
Seules les trois communes à majorité écologiste (Strasbourg, Schiltigheim, Ostwald) et celle de Pia Imbs (Holtzheim) estiment qu’il est souhaitable d’interdire les Crit’air 2 en 2028. Pia Imbs signera donc un autre arrêté qui mentionne ce souhait. Il s’agit seulement d’une prise de position symbolique.
À cette date-là, les voitures essences Crit’air 2 auront alors 16 à 20 ans. Pour les diesels, il s’agit de ceux achetés après le 1er janvier 2011, mais qui peuvent être récents. D’ici 2028, la réglementation et les normes européennes ont encore le temps d’évoluer. « Il faut tout faire pour empêcher que les nouveaux diesels obtiennent la certification Crit’air 1 », estime pour sa part le docteur Thomas Bourdrel, fondateur du collectif « Strasbourg Respire », également impliqué dans un collectif national « Air Santé Climat », avec des scientifiques et chercheurs.
Pour autant, ce report ne rassure pas Catherine Graef-Eckert :
« Dans une relation de confiance, je m’en tiens à ce qu’on me dit. Quand ce n’est pas le cas, je m’en tiens aux écrits. La délibération parle d’aller au-delà du cadre réglementaire. Est-ce qu’on applique la loi et rien que la loi, ou veut-on faire autre chose ? On veut des engagements clairs ».
La délibération prévoit une éventuelle accélération du calendrier après une campagne de mesures de la qualité de l’air fin 2024, qui ne donne pas d’objectifs à atteindre.
Le risque d’une ZFE cacophonique
Les maires d’opposition ont éventuellement jusqu’au 22 février 2022 pour rallier deux maires supplémentaires, afin de passer la barre de la moitié des maires des 33 communes dans l’objectif de « reprendre le pouvoir de police » à Pia Imbs. Ainsi, chaque maire pourrait signer un arrêté dans sa commune (dans les limites de la loi)… et risquer de créer une « cacophonie », redoute la présidente de l’Eurométropole, avec des règles différentes d’une route à l’autre. Mais politiquement, un tel retournement serait un coup dur pour Pia Imbs, un signe que sa coalition s’effrite.
« Comme si on interdisait les Marlboro mais pas les Marlboro light »
Engagé depuis 2015 contre la sortie du diesel, le docteur Thomas Bourdrel à la tête du collectif Strasbourg Respire, voit tout de même cette lente arrivée d’une ZFE comme une forme d’accomplissement. « On dit souvent que la ZFE est une question de Climat, mais c’est avant tout un sujet de Santé publique », rappelle-t-il. « De voir qu’elle s’applique suite à une loi, montre que ce sujet n’est plus seulement du ressort de médecins, mais d’une obligation sanitaire », se satisfait-il.
Il rejoint la position de Catherine Graef-Eckert sur le calendrier différencié, mais pour des raisons toutes autres :
« Nous étions pour un calendrier différencié qui aurait permis d’aller plus vite à Strasbourg et contraindre les communes réticentes à aller plus vite. Cela permettrait d’être en phase avec d’autres villes françaises ou des centaines de villes européennes qui ont déjà ce dispositif. Ne pas interdire les Crit’air 2, c’est comme si on interdisait les Marlboro mais pas les Marlboro light dans les endroits où l’on interdit de fumer… La ZFE ne règlera pas toute la question de la pollution, mais son but est de diminuer la pollution au dioxyde d’azote (NO2) qui est fortement liée au trafic routier (à 84% selon Atmo Grand Est). Et notre niveau de connaissance a évolué. On sait que les diesels, même neufs, émettent 6 à 10 fois plus de particules de NO2 que les véhicules essences.
Le docteur Thomas Bourdrel à la tête du collectif Strasbourg Respire, voit cette lente arrivée d’une ZFE comme une forme d’accomplissement, même s’il regrette que les Crit’air 2 ne soient pas interdites : « C’est comme si on interdisait les Marlborough, mais pas les Marlborough light dans les endroits où l’on interdit de fumer » (Crédits Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg). Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg
En s’appuyant sur les dernières connaissances scientifiques, il distingue nettement les diesels neufs, des voitures essences plus anciennes, ce que ne fait pas une vignette Crit’air 2 :
« On a désormais la station Danube qui mesure les microparticules (PM 0,1, plus petites et plus nocives, NDLR) avenue du Rhin, et on voit que leur concentration est calquée sur celle du dioxyde d’azote et donc du trafic routier, alors que cette pollution n’est pas corrélée à celle aux particules PM10 ou PM2,5. Le diesel est vraiment un problème spécifiques aux villes, car leur moteur n’est pas conçu pour rouler à faible vitesse. Leurs filtres s’encrassent vite et au bout de deux ans, ces véhicules polluent comme de vieux diesels. On ne dit pas qu’il faut interdire le diesel partout, de la même manière que mettre l’électrique partout poserait d’autres problèmes écologiques et n’est pas souhaitable. On sait aussi que les particules ultrafines, émises par les véhicules diesel, sont plus nocives que celles des véhicules essences. Donc on ne peut pas tout régler, mais il faut cibler en priorité ce qui est le plus nocif. Mais il est vrai qu’il faudrait des aides de l’État plus importantes. L’Eurométropole ou la Région ne sont pas en mesure d’impulser seules un tel changement. »
Même avec l’instauration de la ZFE, le collectif Strasbourg Respire ne manquera pas de combats. Thomas Bourdrel note que « les centrales à bois polluent 3 à 4 fois plus que celles au gaz naturel ». Et regrette que leur développement « soit soutenu de manière uniforme par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) dans le but de produire moins de CO2 », alors qu’il faudrait selon lui « une gestion au cas par cas ». « La biomasse est adaptée dans certains endroits, mais pas dans une ville déjà très polluée comme Strasbourg ». Il aimerait aussi que des stations de mesure de la pollution soient installées au plus près des usines situées au port.
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Les élèves de la section bilingue de l’école élémentaire Aristide Briand n’ont plus de professeure en allemand depuis la mi-septembre. En manque d’enseignants germanophones, l’académie de Strasbourg est incapable de trouver un remplaçant. La situation pourrait durer jusqu’en mars 2022.
Deux jours en allemand… et puis plus rien. À Benfeld, les élèves de CM1 section bilingue ont peu goûté à la langue de Goethe. Le 17 septembre 2021, leur professeure à l’école élémentaire Aristide Briand est partie en arrêt maladie. Ce départ précède un congé maternité qui démarre fin novembre et prend fin début mars 2022.
« Il était prévu d’embaucher un contractuel, admet le directeur par intérim de l’établissement, le rectorat cherche tous les jours, mais pour l’instant, il n’y a aucun contact définitif. » Résultat : des écoliers inscrits par leurs parents pour apprendre en allemand un jour sur deux pourraient manquer d’enseignant attitré pendant plus de cinq mois.
À l’école élémentaire Aristide Briand de Benfeld, les élèves de CM1 de la section bilingue n’ont pas de professeur d’allemand pendant au moins cinq mois. Photo : Document remis
Un manque de remplaçant il y a trois ans déjà
Parent d’élève, Annick Degardin rappelle qu’un tel cas de figure s’est déjà présenté dans l’école il y a quelques années, pour ces mêmes élèves :
« Lorsqu’ils étaient en CP, il y a trois ans, ils ont passé un trimestre sans professeur d’allemand. En comptant l’impact du covid, ça fait huit mois de moins de pratique de l’allemand. »
En l’absence de remplaçant, l’habitante de Benfeld déplore la mise en place d’un « système de garderie » en vigueur un jour de cours sur deux pour ces élèves. « Une fois, ma fille m’a raconté avoir plié des lettres toute l’après-midi pour l’élection de la représentante des parents d’élèves », soupire Annick Degardin. La salariée de la pharmacopée du conseil de l’Europe a perdu confiance envers l’école publique :
« J’ai toujours adoré l’école, mais aujourd’hui je suis déçue. Je ne reconnais pas le système éducatif auquel j’ai eu le droit. Mon enfant a droit à l’éducation, comme les autres. Pour l’instant, je me laisse jusqu’en novembre pour décider. En fonction de l’évolution de la situation, je l’inscrirai dans un établissement privé. Au moins, là-bas, il y a des remplaçants. »
La mobilisation des parents, en vain
Organisés sur un groupe Whatsapp, les parents d’élèves multiplient les initiatives. Chef d’entreprise d’origine allemande, Martin Gundelach rapporte un courrier commun envoyé à l’inspection académique début octobre :
« On nous a fait une réponse bateau du type “On fait le nécessaire”. Puis on nous a rappelé qu’un remplaçant avait été trouvé jusqu’aux vacances de la Toussaint. Mais c’est un professeur en français… »
Conseiller municipal de la commune, Martin Gundelach espérait proposer des cours d’allemand le samedi. « Je voulais qu’ils entendent au moins la langue », explique-t-il. Le lendemain de notre entretien, une autre mère d’élève nous assurait, déçue, que la mairie avait refusé la proposition : « Apparemment, ce n’est pas possible d’avoir une salle à la mairie en dehors des heures de cours… »
Également mère d’un élève de CM1 section bilingue, Laura (le prénom a été modifié) se dit épuisée à force « de se battre pour des évidences : nos enfants devraient pouvoir apprendre en bilingue sans difficulté. » Habitante d’une commune voisine, elle avait milité pour l’ouverture d’une section bilingue dans l’école de sa commune… en vain. Chaque matin, son enfant doit parcourir plus de dix kilomètres pour rejoindre sa classe :
« Ce qui est malheureux, c’est la différence entre le discours de nos politiques pour l’amitié franco-allemande, et la situation du bilinguisme à la frontière… »
« Il faut d’abord combler le manque de professeurs »
Du côté du syndicat enseignants Unsa du Bas-Rhin (SE Unsa 67), on déplore un manque de 12 postes d’enseignants bilingues en école élémentaire du Haut-Rhin et de 20 postes dans les écoles bas-rhinoises, soit 32 professeurs des écoles titulaires manquants dans toute l’Alsace. Didier Charrie, co-secrétaire départemental du SE Unsa 67, décrit sa position face à un sous-effectif croissant :
« On vend à des parents une offre bilingue, puis on finit par mettre des remplaçants en français. Depuis des années, nous demandons qu’aucun nouveau site proposant une éducation bilingue n’ouvre. Il faut d’abord combler le manque de professeurs. »
Professeurs germanophones : une pénurie croissante
Contacté, le rectorat constate aujourd’hui que trois professeurs des écoles manquent pour les sections bilingues des écoles élémentaires du Bas-Rhin. Mais l’académie de Strasbourg craint une aggravation du phénomène. À court-terme, l’institution sait que des congés maternités vont démarrer dans six à dix écoles dans les prochaines semaines. À long terme, le nombre d’inscrits en étude de la langue allemande à l’Université de Strasbourg est aussi annonciateur d’une pénurie grandissante :
« On note un manque d’attrait pour le professorat en général, mais encore plus pour le professorat en langue allemande. Cette année, à l’Université de Strasbourg, nous comptons à peine 13 étudiants inscrits en première année de licence d’allemand (des personnes qui se destinent au professorat en collège). Et en L2, on compte à peine 9 élèves (voir encadré à droite, ndlr). »
En compensation, la hausse des contrats courts
Le manque d’enseignants en allemand s’observe aussi au niveau des concours des professeurs des écoles. Lors de la session 2021, l’académie de Strasbourg a proposé 70 postes, « 45 candidats répondaient aux exigences pour être de bons professeurs en section bilingue », affirme le rectorat. Alors pour compenser, l’académie de Strasbourg doit recruter des enseignants contractuels, c’est-à-dire avec des contrats à durée déterminée :
« Sur l’année scolaire 2020/2021, dans le Haut-Rhin, nous avons eu recours à 43,5 postes de contractuels, et 29 postes de contractuels dans le Bas-Rhin. C’est un chiffre en augmentation par rapport aux années précédentes, mais c’est aussi lié à l’augmentation du nombre d’élèves en section bilingue. »
Selon le Rectorat, 19,5% des élèves d’écoles élémentaires suivent aujourd’hui un cursus bilingue dans le département bas-rhinois, contre 13,6% en 2014. Dans les établissements du second degré du Bas-Rhin, 5% des collégiens suivaient un cursus bilingue en 2014, contre 9% aujourd’hui.
« On fait le travail à la place de l’institution »
La Collectivité européenne d’Alsace (CEA) a « bien conscience du problème de manque d’enseignants bilingues » selon son service de presse. Le Département alsacien finance à hauteur de plus d’1,1 million d’euros, une « indemnité spécifique versée aux enseignants du premier degré intervenant en allemand en voie bilingue paritaire. » La CEA verse également plus de 42 000 euros de bourse pour les étudiants qui s’engagent dans la voie de l’enseignement bilingue.
Soutenue par la CEA, ainsi que la Région Grand Est et la chambre de commerce de Fribourg, l‘association Eltern (Association de parents d’élèves de l’enseignement bilingue) a lancé un dispositif pour pallier le manque d’enseignants en allemand. Son programme RecrutoRRs agit « comme un cabinet de recrutement ». Le président de l’association, Claude Froehlicher, décrit le fonctionnement et l’impact de cette action :
« Grâce à une promotion du métier d’enseignant sur les réseaux comme Linkedin ou Indeed, et grâce à une présélection des candidats, Eltern a déjà permis de recruter une quinzaine de contractuels depuis le début de l’année 2021. Puisqu’il y a entre 30 à 50 postes vacants par an (concernant les enseignants bilingues allemand, ndlr), on voit bien que notre solution est un bon début. »
Pour Claude Froehlicher, une situation comme celle de Benfeld relève de la catastrophe. Si le président associatif admet que le métier d’enseignant a un problème d’attractivité, en raison d’un salaire trop bas, il a décidé d’agir : « Soit on se plaint, soit on fait le travail à la place de l’institution grâce à des financements publics. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
La mort d’un livreur à vélo, mardi 28 septembre 2021, au Port-du-Rhin, rappelle la vulnérabilité de ces travailleurs. Les conditions dans lesquelles ils effectuent leurs livraisons augmentent significativement le risque d’accident. À Strasbourg, les livreurs Uber Eats ou Deliveroo le confirment.
Il est 15h10, mardi 28 septembre, lorsque Romain, livreur à vélo, se fait percuter par une Mercedes, en sortant d’une entreprise située au Port-du-Rhin à Strasbourg. L’homme de 31 ans a succombé à un arrêt cardio-respiratoire. Autrefois livreur pour des plateformes de livraison telles qu’Uber Eats ou Deliveroo puis Kooglof, Romain avait fait le choix de travailler pour Tomahawk Bike Messenger, une société strasbourgeoise qui salarie ses coursiers. « Prudent » selon ses proches, son décès démontre la vulnérabilité de ces travailleurs, même des plus vigilants.
Abozar, coursier pour Deliveroo, s’est blessé à la main lors d’une livraison à vélo. Il a été renversé par une voiture. Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc
« Des accidents se produisent souvent, ça fait partie du job »
Pour Abozar, coursier à vélo pour Deliveroo, « des accidents se produisent souvent, ça fait partie du job ». Cet Afghan de 25 ans a quitté son pays, sa maison et sa famille pour fuir les talibans il y a trois ans. Arrivé en France, sans papiers, Abozar voit dans cette activité son « seul moyen de travailler honnêtement ». Alors, il enchaîne les commandes. Rencontré rue des Grandes-Arcades, à côté de la place Kléber, il patiente devant le Five Guys. L’attelle qu’Abozar porte à la main droite témoigne d’un accident passé :
« J’ai été renversé par une voiture alors que je traversais au feu vert. Depuis, j’ai mal au poignet quand je livre, notamment quand ça secoue sur les pavés. Mais je ne peux pas m’arrêter de travailler, sinon je n’ai plus de revenus. Je dois faire avec. »
Si le conducteur s’est arrêté pour lui proposer son aide, Abozar a préféré se débrouiller afin de ne pas « avoir de problèmes ». Il est loin d’être le seul à être entré en collision avec une voiture. Rencontré au même endroit, Émile (prénom modifié) – qui travaille également pour Deliveroo – raconte : « Une voiture m’a grillé la priorité puis m’a percuté il y a quelques mois. J’ai dû aller à l’hôpital. Heureusement, j’ai pu reprendre assez vite. »
Il n’existe pas de données précises sur l’accidentologie spécifique de ces livreurs à vélo. En revanche, il y a des chiffres sur les accidents cyclistes relevés à Strasbourg en 2020. Sur 98 accidents de cycliste, 82 impliquent également une voiture. L’automobiliste est « présumé responsable » dans 51 de ces cas, selon la Ville de Strasbourg.
Les livreurs à vélo doivent slalomer entre les passants, notamment dans les rues piétonnes à l’instar de la rue des Grandes-Arcades, dans le centre de Strasbourg. Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc
« Gérer le vélo, la commande, le GPS… on n’y arrive plus ! »
Les automobilistes ne sont pas les seuls usagers de la route à être impliqués dans des accidents avec des livreurs à vélos. Sur les places, avenues et rues les plus fréquentées de la ville, à l’image de la place Kléber, les conflits d’usage avec les piétons se multiplient. Amir (prénom modifié), étudiant en troisième année de licence gestion et économie et livreur pour Deliveroo détaille :
« Il faut slalomer entre les gens. On fait le maximum pour les esquiver mais quand tu dois gérer ton vélo, la commande, le GPS en même temps… Parfois, tu n’y arrives plus ! J’ai eu quelques frayeurs mais pas encore d’accident. »
Pour accepter une commande, les livreurs à vélos disposent de 30 secondes sur Uber Eats et de 1 minute et 40 secondes sur Deliveroo. Un temps où ils doivent estimer si la commande est rentable. Par exemple, les livreurs évitent les commandes dans les restaurants qui mettent du temps à les préparer. Sur le chemin du retour, « à vide », les livreurs ne gagnent pas d’argent. C’est à ce moment-là qu’ils peuvent se rendre compte si un tel trajet est intéressant financièrement.
En arrêt de travail, mais… au travail
Parfois, l’incident est inévitable. Salif, également livreur pour Deliveroo, a dû arrêter de travailler plus de deux mois après un accident :
« Une petite fille a surgi devant moi rue des Grandes-Arcades, j’ai préféré tomber plutôt que de blesser un enfant. Je me suis fracassé le bras par terre ! Les gens circulent n’importe comment, ils marchent sur les pistes cyclables avec leurs yeux rivés sur leur téléphone… »
Ces nombreux accidents sont souvent les conséquences, directes ou indirectes, des conditions de travail imposées par les plateformes de livraison. Mehdi, coursier depuis plus de deux ans pour Deliveroo, sature :
« Ce travail, c’est de l’esclavage ! Il faut courir après les commandes, aller vite tout le temps, et satisfaire tout le monde. C’est ce qui a provoqué mon accident. En voulant faire vite, je suis tombé sur mon pied au parc de l’Étoile. J’ai dû arrêter ma livraison pour aller à l’hôpital faire des radios. Le médecin m’a dit d’arrêter de travailler pendant 10 jours. J’ai dû reprendre au bout d’une semaine alors que j’avais encore mal parce que je n’avais pas le choix, je n’ai pas d’autres source de revenus. Il ne faut pas se mentir, les accidents arrivent parce qu’on travaille dans de mauvaises conditions. On est payé des miettes alors on va toujours plus vite pour prendre un maximum de commandes. C’est angoissant et stressant. »
Certains livreurs à vélo s’équipent de vélos électriques, parfois débridés. Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc
« On ne respecte pas toujours le code de la route pour ne pas perdre de temps »
Des conditions de travail qui se sont largement dégradées depuis l’installation de ces plateformes de livraison à Strasbourg, au début de l’année 2016. La zone à couvrir s’est agrandie, du périmètre de la Grande-Île à un territoire qui s’étend désormais de Vendenheim au nord, à Illkirch-Graffenstaden au sud, jusqu’au port du Rhin à l’est et Wolfisheim à l’ouest.
De plus, les courses sont moins bien rémunérées. En 2017, la tarification fixait la rémunération de toutes les courses à 5 euros, peu importe la distance à parcourir. En 2021, une course rapporte entre 2,63 euros pour les plus courtes et 8 euros pour les plus longues. Tristan (prénom modifié), livreur Deliveroo et Uber Eats, explique :
« Lorsque je calcule la moyenne de mes courses sur une journée, je me rend compte que je gagne entre 3,50 et 4 euros par trajet, soit 20 à 30% de moins qu’avant. Alors je rentabilise au maximum mon temps ».
Pour rentabiliser ce temps, tous les moyens sont bons. Paul, ancien livreur pour des grandes plateformes de livraison, affirme :
« C’est simple, on ne respecte pas toujours le Code de la route pour ne pas perdre de temps. Les feux rouges, s’il n’y a pas de policiers en vue, je passe. J’ai parfois pris des pistes cyclables à contresens, des trottoirs, etc. J’ai même déjà vu un livreur prendre une portion d’autoroute… »
Des semaines de 80 heures
Le temps de travail des livreurs à vélo influe aussi sur leurs capacités à éviter des accidents. Lorsque la fatigue s’installe, avec des semaines de 80 heures et des journées de 11 heures, « le cerveau se met en mode automatique et on peut faire des fautes d’inattention ». Pour Pierre, prénom modifié, « l’accident, ou du moins la frayeur, est inévitable. J’en ai au moins deux par semaine. Souvent en fin de tournée, quand on se dit qu’on peut se relâcher. »
L’arrivée de nouveaux véhicules motorisés augmente la gravité des accidents. Les vélos électriques peuvent être débridés pour aller jusqu’à 50 voire 60 kilomètres par heure. Ils ne sont pas autorisés à circuler sur les espaces cyclables. À cela, s’ajoutent les trottinettes électriques, les scooters, voire quelques voitures. Florent (prénom modifié) détaille :
« Il y a quelques mois, un livreur s’est explosé la tête en glissant avenue de Colmar alors qu’il roulait en trottinette électrique. En plus d’une fracture au coude, il a eu un point de suture et a gardé une belle cicatrice au visage. Il a dû être arrêté huit semaines mais n’a été indemnisé par sa plateforme que pendant un mois. Le pire, c’est que lorsque tu signales ce genre d’accident, la société de livraison demande souvent si la commande a été endommagée avant de savoir si tu vas bien… Plusieurs histoires comme celle-ci circulent parmi les livreurs. Simplement, ça ne s’ébruite pas. »
Florent conclut en assurant qu’il « est clair que la plupart des gens n’accepteraient pas de telles conditions de travail ».
Les timides actions d’Uber Eats
Sollicité pour un entretien, la société Uber Eats a répondu qu’elle « n’a pas pour habitude de transmettre ces chiffres » et a renvoyé vers des « éléments de contexte généraux ». Depuis 2018, l’application prévoit « un bouton d’urgence pour appeler le 112 directement ».
En outre, Uber Eats assure avoir mis en place depuis novembre 2019, un programme qui inclut des « ateliers d’information et de sensibilisation » ou des vidéos à visionner pendant l’inscription. La société Deliveroo, elle, n’a pas répondu à nos questions.
Ancien enseignant dans des écoles Steiner, Grégoire Perra a été relaxé de la plainte en diffamation pour un article critique sur l’anthroposophie. L’association de médecins anthroposophes a été condamnée à payer plus de 25 000 euros, notamment pour avoir réclamé des sommes importantes au professeur.
Le professeur de philosophie Grégoire Perra a été relaxé de la plainte en diffamation et injures qui le visait. L’ancien enseignant en école Steiner était poursuivi par la Section Médecine Anthroposophique du Conseil National Professionnel des Médecins à Expertise Particulière (CNP MEP – SMA). Cette association de praticiens lui reprochait un article critique sur son blog, intitulé « Mon expérience de la médecine anthroposophique », publié en octobre 2018. (lire notre article).
« Son cheminement personnel explique son positionnement »
Après examen des douze passages incriminés, huit pour injures et quatre pour diffamation, les juges du tribunal judiciaire de Strasbourg ont considéré que les écrits de Grégoire Perra « même s’ils peuvent paraître brutaux, s’inscrivent dans un débat d’idées » et ne sont pas « discourtois » ou « grossiers ». Le professeur de philosophie « ne se contente pas d’asséner un propos, mais construit un développement qui est tout à fait de nature à faire l’objet d’une discussion » et n’aurait ainsi « pas eu pour objectif de blesser les tenants de la médecine anthroposophique ».
Sur les aspects diffamatoires, « son cheminement personnel explique son positionnement », poursuivent les juges. En effet, Grégoire Perra a été élève, puis enseignant dans deux écoles Steiner-Waldorf avant de quitter cette doctrine vers 2010. Ainsi, le tribunal a rejeté le grief de « mauvaise foi » et relève que son article « ne permet pas d’identifier un médecin en particulier », contrairement à ce que soutenait la partie adverse.
L’association anthroposophe lourdement condamnée
Au-delà de la relaxe, les juges ont lourdement condamné la section anthroposophique. La CNP MEP – SMA doit verser 10 000 euros de dommages et intérêts, car les juges estiment que les poursuites à répétition et surtout les importants montants réclamés relèvent « d’une manière de faire taire Grégoire Perra et s’économiser un débat public ». « Les poursuites ne sont pas en soit abusives », mais les importantes sommes demandées (jusqu’à 45 000€ dans une autre procédure, 37 000 pour celle-ci) envers un seul individu relèvent d’une « intention critiquable moralement », selon les trois juges.
Le CNP MEP – SMA doit aussi s’acquitter de 15 000 euros supplémentaires pour les frais engagés par Grégoire Perra pour sa défense, auxquels s’ajoutent d’autres frais de procédure courants.
« On espère que Grégoire Perra pourra s’exprimer sans craindre d’être poursuivi »
Avocat de Grégoire Perra depuis ses premiers procès (en 2013), Maître Marc François est très satisfait par cette condamnation en plus de la relaxe :
« Au-delà de l’absence d’infraction, c’est la première fois – après cinq procès remportés par Grégoire Perra (certains sont encore en appel, ndlr) – qu’il y a une condamnation pour dommages et intérêts, ce qui est assez rare pour une procédure en diffamation. On espère désormais que ce message très clair sera entendu et que Grégoire Perra pourra exprimer ses opinions sans craindre systématiquement d’être poursuivi. »
Grégoire Perra est un peu moins optimiste sur la portée d’un tel jugement : « On verra s’il y a un appel. Je ne suis pas sûr que cela freinera l’association d’anthroposophes car ils n’ont pas le sens des réalités. Ils veulent aller jusqu’au bout, alors qu’ils ont tout à y perdre ». Même si le professeur de philosophie pense continuer à « vivre avec la crainte de nouveaux procès », il compte poursuivre son blog pour « permettre à des personnes de s’en sortir ». « Ce qu’ils font contre moi, c’est aussi les méthodes qu’ils ont en interne », ajoute-t-il faisant part de « menaces » et de « rumeurs » à son égard dans la sphère privée et professionnelle.
Grégoire Perra : « Je ne suis pas sûr que cela freinera l’association d’anthroposophes car ils n’ont pas le sens des réalités. Ils veulent aller jusqu’au bout, alors qu’ils ont tout à y perdre. » Photo : doc remis
Contacté, Claude Boudot, le nouveau président de la section Médecine Anthroposophique du Conseil National Professionnel des Médecins à Expertise Particulière a répondu : « Nous réfléchissons à la procédure à suivre » et que la décision d’un appel ou non sera prise et communiquée dans « les jours suivants ».