Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Au Foyer Notre-Dame, des jeunes migrants attendent avec impatience d’être accueillis en famille

Au Foyer Notre-Dame, des jeunes migrants attendent avec impatience d’être accueillis en famille

Depuis 2017, le Réseau d’Accueil Solidaire de l’association Foyer Notre-Dame permet à des jeunes migrants, venus sans leurs parents en France, d’être accueillis dans des familles. Mais les candidatures manquent et sur les 18 mineurs du Réseau, huit attendent encore de trouver une famille pour les accueillir. Reportage au foyer, avec ces jeunes aux parcours de vie chaotiques, qui rêvent de stabilité familiale, d’aller à l’école et de parler français.

Dans le couloir aux murs blancs, les portes jaunes des chambres en enfilade sont toutes fermées. On entend du rap en passant devant l’une d’entre elles. Une musique de jeux vidéos devant une autre. « Mustapha adore jouer », raconte en souriant Yasmine Khouidmi, travailleuse sociale au Réseau d’accueil solidaire depuis septembre 2020. Elle frappe doucement à la porte. « On peut rentrer ? » La chambre s’ouvre doucement sur un jeune homme au sourire éclatant.

Le couloir des chambres des migrants mineurs accueillis par le Réseau d’Accueil Solidaire du Foyer Notre-Dame (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

« Il faut savoir parler la langue des signes »

Sous d’épais sourcils noirs, les yeux rieurs de Mustapha brillent. Il a 14 ans et vient d’Afghanistan. Yasmine plaisante : « Il faut savoir parler la langue des signes ! » Arrivé il y a environ quatre mois en France, à Strasbourg, le jeune homme a encore beaucoup de mal à parler français. Mais il comprend l’essentiel. Quelques mots d’anglais, et des signes avec les mains font le reste.

Mustapha, 14 ans, a quitté sa région d’Afghanistan et sa famille, seul, pour venir en France à Strasbourg, au printemps 2021. Il est depuis accueilli au Foyer Notre-Dame (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Avec son tee-shirt vert flashy, et un jean déchiré aux genoux, Mustapha ressemble à n’importe quel adolescent. Seules les cicatrices visibles sur son avant-bras gauche font penser à un passé violent. Différent. « Je suis venu seul, en marchant et en voiture », explique le jeune homme, son téléphone dans les mains avec le jeu-vidéo mis sur pause.

« Je veux aller dans une famille pour bien parler français »

Originaire de la province de Nangarhar, à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, Mustapha a donc traversé son pays, puis l’Iran et la Turquie avant d’arriver en Europe. Impossible d’en savoir plus sur les raisons de son départ sans sa famille, ni sur les conditions exactes de son périple, forcément long, fatiguant, voire dangereux. « Ils ont vécu des traumatismes lourds, il faut leur laisser du temps, et ne pas trop remuer ces choses-là », glisse Yasmine Khouidmi.

Le jeune ado de 14 ans va au collège Caroline Aigle à Strasbourg. Il adore les jeux vidéos et rêve d’être accueilli un jour dans une famille « pour bien parler français ». (Photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Dans son français hésitant, Mustapha réussit à dire quelques phrases : « Je veux aller dans une famille, pour apprendre à bien parler français. » Et il est prêt à partir vite s’il le faut. Ses étagères sont quasiment vides. Mais en attendant, il vit ici au Foyer Notre-Dame, situé en plein cœur de Strasbourg, avec d’autres migrants mineurs comme lui.

Des jeunes reconnaissants et soulagés

Si la chambre de Mustapha frappe par l’absence d’affaires personnelles, certaines ressemblent d’avantage à des chambres d’ados comme on peut les imaginer. Une porte s’entrouvre sur l’une d’entre elles : une couette rose sur un lit défait, des posters au mur, un bureau recouvert de livres et de cahiers. D’ailleurs, Yasmine avait prévenu : « Ne venez pas trop tôt, ce sont des ados et comme c’est les vacances… Ils dorment tard le matin ! »

Jérôme Azévédo, éducateur spécialisé, travaille au Réseau d’Accueil Solidaire depuis novembre 2020. Il décrit des jeunes « reconnaissants, qui ont un projet, et qui font confiance aux adultes » (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Il est 11h ce mercredi matin, on entend une douche qui coule dans la salle de bain. On se croirait presque dans un internat classique. Sauf qu’il y a ici des éducateurs de 9h à 21h et des veilleurs de nuit le reste du temps. Jérôme Azévédo, 35 ans, est éducateur spécialisé et travaille au FND depuis novembre 2020. C’est la première fois qu’il accompagne des mineurs isolés non accompagnés (ou MNA), c’est à dire des migrants, mineurs, qui ont quitté leur pays et sont venus en France, sans un parent ni quelqu’un de leur famille exerçant l’autorité parentale.

Un public bien à part selon Jérôme Azévédo :

« Ces mineurs sont très différents des autres jeunes dans la protection de l’enfance. D’abord parce qu’ils sont reconnaissants d’être là. Ils sont soulagés, après un parcours migratoire souvent difficile. Ils savent aussi pourquoi ils sont ici : pour un jour être accueillis dans une famille. Ils ont un projet, un objectif. Ils sont matures. Avant, je bossais avec des jeunes en souffrance, séparés de leurs parents parce qu’ils étaient délinquants par exemple. Ils avaient de la rancœur. Ici, je dis souvent que ce sont des crèmes. Ils n’ont pas de souci avec la figure de l’autorité qu’on représente, ils nous font vraiment confiance. »

Une période d’adaptation avant d’aller en famille

Même si Mustapha et ses sept autres compagnons du moment rêvent tous de trouver rapidement une famille d’accueil, le Réseau prend d’abord le temps de connaître ces jeunes. Il faut aussi du temps pour qu’ils s’adaptent à leur nouvelle vie française : aller à l’école, apprendre une nouvelle langue, connaître quelques codes culturels de base. Et c’est parfois compliqué.

« Pour eux, le changement est parfois énorme. On a une jeune fille qui vient d’arriver et qui n’a jamais été à l’école par exemple. Elle travaillait dans les champs. Elle a vécu des choses très dures. Il va lui falloir du temps avant de pouvoir aller en famille et de rester assise dans une classe sept heures par jour. »

Mustapha, lui, semble prêt. Archi-prêt même. Mais Yasmine Khouidmi glisse que pour lui aussi, il faut encore attendre « un peu ». Cette phase peut durer entre 3 et 6 mois. En attendant donc, la petite équipe de quatre éducateurs anime la vie du foyer. « On leur apprend le vivre-ensemble, explique Jérôme Azévédo, on les accompagne dans leur démarches scolaires, administratives aussi. Et puis on est là pour parler quand ils en ont besoin bien sûr. »

À l’étage des jeunes, il y a un petit salon où ils peuvent regarder la télé, lire, travailler ensemble. (Photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Au bout du couloir où dorment les jeunes, un petit escalier en colimaçon monte au « bureau », sous les toits. C’est ici que travaillent les éducateurs, mais aussi l’art-thérapeute de la structure. Il y a une petite cuisine, une salle avec une grande table, un canapé et des photos de voyage au mur. « Parfois ils viennent juste se poser ici, pour être près de nous. Ils ont besoin d’une présence, sans forcément parler », raconte Yasmine Khouidmi, une tasse de café fumante entre les mains.

Des ateliers sont prévus chaque semaine, comme dans n’importe quel foyer éducatif. Semaine de pré-Halloween oblige, les ados vont creuser et tailler des citrouilles. Une petite fête est également prévue pour le départ d’un des jeunes en famille.

Le Graal du départ en famille : entretiens, visites et parfois le coup de foudre

Le but ultime de ces jeunes et de l’association, c’est justement ce grand départ. Élodie Maillot est la chef de service du Réseau d’accueil solidaire. Dans son bureau situé au rez-de-chaussée du foyer, elle explique le déroulement de cet accueil spécifique en famille :

« Les jeunes que nous accueillons sont tous volontaires pour aller en famille. Ils savent, lorsqu’ils sont orientés vers nous, que c’est notre spécificité. Nous avons 8 places ici au foyer et autant de familles que possible ! Actuellement, dix familles accueillent des jeunes du Réseau. Mais nous aimerions en avoir encore plus ! »

Élodie Maillot est la chef de service du Réseau d’Accueil Solidaire. Dans ce service, 18 jeunes sont actuellement suivis, dont 10 accueillis dans des familles, et 8 en attente au foyer (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Le réseau existe depuis 2017 et il est financé à 100% par le Conseil départemental, devenu la CEA (Collectivité européenne d’Alsace) au titre de la protection de l’enfance. Les familles qui sont intéressées par l’idée doivent d’abord prendre contact avec l’association, puis il y a plusieurs entretiens et rencontres organisées, avec un psychologue, et avec le service des familles d’accueil de la CEA. Une fois que la CEA valide la candidature, le Réseau s’occupe alors de trouver le ou la jeune qui pourrait correspondre à la famille :

« On réfléchit en fonction du caractère et des envies du jeune et de celles de la famille. Certains jeunes préfèrent rester en ville, d’autres aiment la campagne… Après, on met en contact le jeune et la famille, et il y a une première rencontre. Et parfois il y a un coup de foudre. »

Élodie Maillot raconte en souriant l’exemple de ce père de famille à l’humour un peu particulier :

« Une fois, on avait un papa dans une famille qui nous avait dit qu’il avait un humour au 34e degré et qu’il ne fallait pas un ado sensible ou susceptible. On a trouvé un jeune qui était aussi décalé que lui et lors du premier rendez-vous, il y a eu un coup de foudre entre les deux ! Ils se faisaient des blagues pas possibles, ils étaient morts de rire tous les deux, ça a collé c’était incroyable. »

L’association du Foyer Notre-Dame est située rue des échasses, en plein cœur du centre ville de Strasbourg. Dans la cour, un espace cafétéria et un ping-pong offrent aux jeunes de quoi se détendre (photo MdC / Rue89 Strasbougr).

Une fois que tout le monde est partant : la famille, le jeune, la CEA et le Réseau, signent une convention d’accueil. La famille va assurer le quotidien du jeune (lui fournir un toit, de la nourriture et une sécurité affective et matérielle). Le CEA finance le Réseau et verse une allocation à la famille de 374€ par mois et par enfant, pour couvrir l’hébergement et la nourriture. Le Réseau s’engage à accompagner le jeune et la famille : « On fait des visites régulières, on maintient un lien permanent. »

Peu de candidats et beaucoup d’idées reçues

Mais ces belles histoires sont malheureusement trop rares. Notamment parce que peu de familles candidatent pour devenir familles d’accueil. « Il y a beaucoup d’idées reçues », déplore Élodie Maillot, « d’abord sur qui on doit être pour accueillir ces enfants ». Elle rappelle pourtant : « Il ne s’agit pas d’une adoption, ces jeunes ont déjà des parents. Leur tuteur légal, c’est le Département. »

La chef du Réseau explique donc qu’il n’y a pas de critère discriminant :

« On peut être retraité, on peut être célibataire, on peut être actif ou inactif, on peut être un couple hétérosexuel ou homosexuel… Il n’y a pas de profil type et il y a toujours une famille qui colle à un jeune. Sur les dix familles que nous avons à ce jour, il y a des agriculteurs, des intermittents, des médecins, des employés… Des gens qui vivent à Strasbourg, d’autres en rase campagne. Ils ont entre 35 et 60 ans. Bref, c’est très varié ! Ce qui compte, c’est leur motivation. »

Le foyer Notre-Dame existe depuis 1903 rue des échasses, à Strasbourg. Depuis les années 2000, l’association travaille en partenariat avec les services du Conseil départemental du Bas Rhin, et intervient notamment autour de l’insertion sociale et professionnelle (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Mais il y a aussi les idées reçues sur les migrants, constate tristement Élodie Maillot : « Ce n’est pas forcément du racisme, mais c’est toujours inquiétant de recevoir chez soi l’autre, l’inconnu, qui n’a pas la même culture, pas la même langue, pas la même religion… »

En 2020, aucune famille n’a candidaté pour accueillir un jeune migrant, « le Covid et le confinement ont tout stoppé » selon la chef de service. « Le rythme reprend doucement en 2021, assure-t-elle. Mais on a toujours besoin de familles, parce que des enfants qui arrivent seuls sur le territoire, il y en a tous les jours ».

En Moselle, un premier adjoint logé à prix d’ami dans une maison de sa commune

En Moselle, un premier adjoint logé à prix d’ami dans une maison de sa commune

Ancien instituteur à Verny, François Valentin occupe une maison communale de 92 m2 depuis 1986. Il a d’abord bénéficié de ce bien en tant que logement de fonction. Dès 2005, il devient directeur de l’école et verse un loyer mensuel de 377 euros. Aujourd’hui retraité et premier adjoint, il continue de louer à un tarif préférentiel. Une enquête a été ouverte par le parquet de Metz, puis classée par le procureur.

C’est un petit détail qui a attiré la curiosité de Danièle Jager-Weber. Dans le compte-rendu du conseil municipal de décembre 2020, l’ancienne élue d’opposition (Divers droite) de Verny, une commune rurale de près de 2 000 habitants, découvre le « point numéro 7 de l’ordre du jour » :

« Le Conseil Municipal décide de réviser le loyer du logement sis au 34 rue du Château à 500 € par mois à compter du 1er janvier 2021. »

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Suicide de Dinah : l’Académie de Strasbourg démunie face à l’homophobie

Suicide de Dinah : l’Académie de Strasbourg démunie face à l’homophobie

En Alsace, les antennes des associations agréées par le ministère de l’Education nationale pour intervenir contre l’homophobie en milieu scolaire sont fermées depuis plus d’un an. Suite au suicide de Dinah, une adolescente mulhousienne harcelée en raison de son orientation sexuelle, les derniers intervenants locaux s’exaspèrent du « manque de formation » des enseignants.

Dans la nuit du 4 au 5 octobre 2021, Dinah, une lycéenne mulhousienne de quatorze ans, s’est donné la mort. Lors d’une marche blanche organisée dimanche 24 octobre, sa famille a rapporté que la jeune fille, lesbienne, était victime de harcèlement homophobe de la part de ses camarades. Son enfer aurait débuté en classe de quatrième au collège Émile Zola de Kingersheim. Il se serait poursuivi à la rentrée 2021 au lycée Lambert de Mulhouse, lorsqu’elle recroise ses harceleuses dans la cantine commune à plusieurs établissements. La famille a annoncé son intention de porter plainte contre X et contre le collège, qu’elle accuse de n’avoir pas réagi au harcèlement subi. Une enquête a été ouverte par la procureure de la République.

Contre l’homophobie, des délégations alsaciennes absentes

Ce suicide interroge la manière dont sont abordées les questions LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Trans) dans les écoles du département. Depuis plus d’un an, les délégations alsaciennes des associations agréées par le ministère de l’Éducation nationale pour réaliser des interventions contre l’homophobie en milieu scolaire – à savoir SOS Homophobie, le Mag Jeunes, Estim et Contact – sont toutes éteintes, par manque de bénévoles. « Il faut entre dix et vingt bénévoles pour qu’une délégation territoriale fonctionne », explique Lucile Jomat, présidente de SOS Homophobie. Et puis, encore faut-il que les établissements demandent des interventions, souligne Véronique Soulié, présidente d’Estim : « ces deux dernières années, on n’a eu aucune demande en Alsace. En dix ans, on a dû intervenir une quinzaine de fois dans le Grand Est… »

Pour sensibiliser les élèves et le personnel des établissements, il ne reste donc plus que les associations locales. Odile Renoir est l’un de ces derniers remparts. Directrice d’école à la retraite, âgée de 69 ans, Odile est hyperactive. À Mulhouse, elle préside l’association L’Hêtre, qui soutient près de 150 personnes LGBT et organise des interventions en milieu scolaire dans le Haut-Rhin. La plupart du temps, c’est elle qui prend contact avec les écoles et non l’inverse.

Odile Renoir, présidente de l’association L’Hêtre. Photo : Lola Collombat / Rue89 Strasbourg

Transgenre, le fils d’Odile a subi le même type d’harcèlement

Cette force, Odile la tire d’une histoire personnelle, qui aujourd’hui se rappelle douloureusement à elle. Elle raconte que son fils, transgenre, a lui-même été scolarisé dans les établissements fréquentés par Dinah, il y a près de vingt ans. Il y a subi le même type d’harcèlement. « Quand il a appris pour le suicide de Dinah, raconte la mère, il était fou de rage. Il disait : « Ça n’est pas possible que rien ne bouge ! » »

Pour Odile, le blocage vient du personnel éducatif :

« Combien de fois je me suis pris des murs en voulant proposer des interventions dans les écoles ? Le personnel administratif et éducatif dit qu’il n’a pas le temps. Personne n’est formé et personne ne comprend la douleur de ces gamins. »

L’enjeu de la formation des enseignants

Odile se réjouit d’avoir obtenu des interventions dans un collège de Mulhouse classé REP+ cette année. Elle prévoit de faire participer les élèves à des ateliers pour leur faire prendre conscience de la douleur que ressentent les enfants taxés d’insultes homophobes. Mais ce dont elle se félicite le plus, c’est que cette fois, son association va également former les professeurs. « Finalement, à partir du lycée, les élèves deviennent moins cruels et ce sont les adultes qui en ont le plus besoin », affirme-t-elle.

« Tous les ans, on demande à ce que les professeurs et le personnel éducatif soient formés », confirme Lucile Jomat, présidente de l’association nationale SOS Homophobie. « Le programme scolaire (notamment les cours d’éducation civique et morale et ceux d’éducation sexuelle, NDLR) permet a priori d’évoquer ces sujets, mais il n’y a aucune obligation. Alors, les enseignants qui n’ont pas les armes n’en parlent tout simplement pas. »

« Je n’ai pas ressenti le besoin d’en discuter avec mes élèves« 

Une version corroborée par Anne (le prénom a été modifié), professeure de SVT et intervenante en éducation à la sexualité dans un quartier prioritaire de Strasbourg. Après cinq ans à assurer ces séances dans son collège, et bien qu’ayant été formée sur ces thématiques, elle reconnaît ne pas s’être attardée sur le sujet de l’homosexualité ou de l’homophobie :

« Jusque-là, je n’ai pas ressenti le besoin d’en discuter avec mes élèves, qui n’en ont pas fait la demande non plus. Je me suis plutôt concentrée sur la contraception, par exemple. Maintenant, au vu de l’actualité, je compte en parler cette année. Mais depuis la rentrée, je suis coincée, car l’infirmière scolaire est en congé de maternité et on n’a pas le droit d’assurer seule les cours d’éducation à la sexualité ».

L’école est le lieu où les agressions contre les LGBT sont les plus courantes

Le collège où travaille Anne fait régulièrement appel au Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) du Bas-Rhin pour réaliser des interventions. Mais l’organisme, qui lutte « contre les discriminations sexistes » et « pour la promotion de l’égalité femmes-hommes » n’est pas spécifiquement positionné sur le créneau de l’homophobie. Anne a alors cherché à contacter l’antenne alsacienne de SOS Homophobie. C’est là qu’elle a découvert que celle-ci n’existait plus.

Selon une étude de l’IFOP réalisée en 2018, l’établissement scolaire apparaît comme le lieu au sein duquel les agressions contre les LGBT sont les plus courantes (devant la rue et les transports en commun) : 26 % des personnes LGBT déclarent y avoir fait l’objet d’injures ou de menaces verbales, 13 % d’une ou plusieurs agressions physiques. Le mois dernier, un plan de lutte contre le harcèlement à l’école a été déployé à l’échelle nationale. Il prévoit notamment la sélection d’élèves référents contre le harcèlement scolaire, et d’ateliers de sensibilisation à l’adresse des parents. Contacté, le rectorat n’a pas pu nous indiquer dans quelle mesure ceux-ci aborderont les problématiques LGBT.

Un Strasbourgeois porte plainte contre quatre agents de la police municipale pour violences en réunion

Un Strasbourgeois porte plainte contre quatre agents de la police municipale pour violences en réunion

Dans la nuit du vendredi au samedi 23 octobre, Philippe croise la route de la police municipale, rue de la Douane. Il repart avec un trou de quatre centimètres dans le crâne. Le jeune homme a déposé plainte pour violences en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique.

« J’ai encore du mal à me coiffer », ironise Philippe, gêné. En cause, quatre agrafes qui lui perforent le dessus du crâne. Quatre, comme le nombre de policiers qu’il accuse de violences en réunion, dans la nuit du vendredi au samedi 23 octobre. Ce soir-là, le jeune Strasbourgeois, logisticien dans le secteur bancaire, se rend au bar Exils avec une amie venue de Mulhouse. Vers 1 heure 30 du matin, au moment de régler la note, il a un quiproquo avec le serveur qui manque, selon lui, de lui faire payer deux fois la note. « J’étais énervé et alcoolisé, relate Philippe. Alors en me dirigeant vers la rue de la Douane, bêtement, je donne un coup de pied dans un vélo attaché à un poteau. Ce que je ne remarque pas, c’est que deux policiers municipaux se trouvent à cinq mètres. »

« Je voulais juste que ça s’arrête »

Selon Philippe, les policiers l’interpellent verbalement, à coups de « eh oh ». Il continue :

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Le collectif Vélorution s’arme pour attaquer la municipalité sur sa politique vélo

Le collectif Vélorution s’arme pour attaquer la municipalité sur sa politique vélo

Lancée officiellement le 17 août par des membres du collectif Vélorution, Strasbourg à vélo (SAV) est une nouvelle association de cyclistes. Elle entend contribuer à l’amélioration des conditions de circulation des cyclistes dans l’Eurométropole.

« Notre objectif est clair : créer des axes cyclables de qualité, sans interruption », affirme Emmanuel Jacob, président de Strasbourg à vélo (SAV). Des membres du collectif Vélorution ont créé cette nouvelle structure le 17 août 2021. « On a constaté les limites de notre collectif informel alors on a décidé de monter une association. Sans statut, nous ne pouvions pas engager de démarches administratives telles que des recours contentieux (ces derniers peuvent permettre de contester l’aménagement d’une route sans piste cyclable, ou contraindre une municipalité à revoir la signalétique d’une rue, NDLR) », poursuit Emmanuel Jacob.

« Strasbourg doit reprendre son statut de capitale française du vélo »

Strasbourg à vélo réclame plus d’aménagements pour sécuriser les cyclistes, notamment des pistes cyclables bien distinctes des voies automobiles et piétonnes pour éviter les conflits d’usage. L’association souhaite que les cyclistes puissent traverser de la ville du nord au sud et d’est en ouest grâce à des itinéraires continus. SAV rêve enfin de voir les journées sans voiture s’étendre à l’échelle de l’agglomération. Emmanuel Jacob explique :

« Strasbourg doit reprendre et assumer son statut de capitale française du vélo. Selon le classement des villes les plus cyclables, publié par la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB), elle n’est plus la ville la plus cyclable de France car sa note (4,02 sur 6) est un peu en dessous de celle de Grenoble (4,12 sur 6). Cela passe par la création de nouveaux axes cyclables qui débutent depuis la première et seconde couronne de la ville. »

Une appli pour cartographier les difficultés quotidiennes

La jeune association souhaite aussi confronter la municipalité aux « problèmes de terrain ». « Des traces au sol impossible à suivre, des feux trop long, des endroits inadaptés à la pratique du vélo… Aujourd’hui la place Kléber est dangereuse pour la pratique du vélo », note le président de SAV. Tous les ans, l’association présentera — en partenariat avec le collectif Vélorution — un bilan annuel de la situation du vélo dans L’Eurométropole de Strasbourg (EMS).

SAV s’est également tournée vers l’application Vigilo qui permet aux usagers de cartographier les difficultés quotidiennes qu’ils rencontrent lors de leurs déplacements. Depuis le 10 septembre, 166 observations ont été publiées pour Strasbourg :

« Véhicules ou objets gênants, aménagements mal conçus, défauts d’entretien… Une base de données factuelles va se constituer au fur et à mesure du temps. Des données libres que nous allons pouvoir présenter à des collectivités et des associations. Elles pourront les exploiter pour axer des chantiers dans le but d’améliorer la mobilité de chacun. « Il faut qu’ils se saisissent de l’application Vigilo. On va devoir les y encourager » »

Emmanuel Jacob , président de Strasbourg à vélo (SAV)

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Le mal-logement des étudiants à Strasbourg : « Ça me ronge de l’intérieur »

Le mal-logement des étudiants à Strasbourg : « Ça me ronge de l’intérieur »

Appartements à la limite de la décence, locations en Airbnb, loyers élevés… Certains étudiants de Strasbourg se retrouvent dans des situations de mal-logement en cette nouvelle année universitaire 2021-2022. Des conditions de vie qui influent sur leurs études et leur moral.

Dégâts des eaux, moisissures, loyers au-dessus de 650 euros pour 15 mètres carrés, cambriolages ou lit qui s’effondre dès la première nuit… Les situations de mal-logement sont aussi diverses que variées. En témoignent les messages d’étudiants postés sur la page Facebook des Étudiants de Strasbourg à chaque nouvelle rentrée universitaire. Rue89 Strasbourg est allé à leur rencontre.

Porte d’entrée cassée et squat dans le hall

Dans son appartement situé quartier Gare, Emma (prénom modifié), 20 ans, est confrontée aux dégradations dès le pallier. L’imposante porte verte du hall de son immeuble ne se ferme pas et « tout le monde le sait ». Alors les gens squattent pour dormir au sec, fumer, fêter ou faire leurs besoins ! « Il est arrivé qu’une personne saoule s’endorme sur sa propre matière fécale. Il en a mis partout et malheureusement c’était juste en dessous de mon appartement. L’odeur était insoutenable pendant une semaine », raconte Emma, habituée à ces évènements improbables.

Les problèmes ne s’arrêtent pas là pour l’étudiante en troisième année de licence d’arts et sa colocataire. Leur propre porte d’entrée est longtemps restée défectueuse. Il suffisait de forcer un peu le verrou pour entrer. Au bout de deux cambriolages et un ordinateur volé, elles décident de changer de serrure. L’opération est prise en charge par l’assureur mais les deux amies doivent payer 150 euros de franchise.

Le salaire part dans le loyer… et les réparations

En septembre 2021, c’est le tuyau d’eau chaude de la baignoire qui cède. « Ça a coulé dans toute la salle de bain et chez les voisins de dessous par un spot lumineux », se souvient Emma. Les deux colocataires doivent encore régler 150 euros à leur assurance. Elles ne peuvent utiliser leur douche pendant deux semaines :

« Au total on a dû payer 300 euros pour résoudre des problèmes dont on n’est pas responsable. En parallèle de mes études, je travaille en tant que caissière à Carrefour à raison de 14 heures par semaine. J’ai le sentiment de mettre tout ce que je gagne dans mon loyer (395 euros chacune, NDLR) et les réparations. Le propriétaire ne fait rien pour nous aider. Je ne me sens pas respectée. Ça me ronge de l’intérieur ».

Emma, le vendredi 15 octobre
La fenêtre de la salle de bain est cassée.Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc

« On jette des litres d’eau mais ça n’inquiète pas le propriétaire »

L’appartement d’Emma et sa colocataire regorge de défauts. Dans la cuisine, le chauffe-eau fuit lorsqu’elles utilisent de l’eau chaude. « On a mis une grande poêle juste en dessous qu’on doit vider environ deux fois par jour. On jette des litres d’eau mais ça n’inquiète pas le propriétaire », lance Emma, qui n’est même plus étonnée. Sous l’évier, un trou dans le mur permet aux bêtes d’aller et venir. « Il y a du passage ! Juste avant que vous veniez, j’ai croisé une souris », indique Emma.

Dans la salle de bain, une fenêtre en simple vitrage, comme dans le reste de l’appartement, est cassée et donne directement sur l’extérieur. « Au moins ça nous fait une aération qui nous évite d’avoir des moisissures », ironise-t-elle. Et la liste des défauts de l’appartement est encore longue : impossibilité d’avoir accès à internet, fissures au plafond, installation électrique douteuse… Emma explique comment elle s’est retrouvée dans cette situation :

« J’ai quitté mon précédent appartement, quartier Neudorf, car je mettais ma santé en danger en tant qu’asthmatique. De la moisissure avait fait son apparition un peu partout. Mélangée avec la tapisserie, elle collait à mes meubles. Certains de mes vêtements ont pourri à cause de ça. J’ai même dû jeter un sac en cuir auquel je tenais beaucoup. Il faisait froid, ça sentait très mauvais. Je ne me sentais pas chez moi. Le matin je n’avais pas envie de me lever, pas envie de m’habiller car mes vêtements étaient froids et sentaient mauvais. Petit à petit, j’ai commencé à déprimer. J’étais fatiguée d’être coincée dans cette condition. Je suis partie en mars 2021. Pendant un mois, en attendant de retrouver un logement, je dormais chez des connaissances. Je me suis déjà retrouvée dans la chambre Crous d’une amie à devoir partager un bout de couette sur un lit simple, dans 9 m². J’étais dans l’urgence pour retrouver un appartement ».

Emma (prénom modifié) doit vider environ deux casseroles d’eau par jour à cause d’une fuite de son chauffe eau. Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc

« Je relativise quand je repense aux annonces à 1 100 euros »

Il existe d’autres situations de mal-logement. C’est le cas de Dominik, étudiant en troisième année de licence à Bielefeld, en Allemagne. Ce jeune de 21 ans est à Strasbourg depuis début octobre pour réaliser six mois de stage dans un laboratoire de biologie moléculaire. Il n’a pas trouvé d’appartement à louer, alors il vit en Airbnb :

« J’ai commencé mes recherches en juillet. J’ai cherché sur la carte des colocs, leboncoin… J’ai écrit plus de 50 messages pour 10 réponses. Parfois j’actualisais le site, je tombais sur une annonce qui venait d’être postée mais c’était déjà trop tard. Souvent le problème était de ne pas pouvoir faire de visite puisque j’étais en Allemagne. La durée de mon séjour ne correspond pas non plus aux critères des propriétaires. Par désespoir je me suis tournée vers Airbnb même si c’est cher. Celui dans lequel je loge actuellement, était le seul appartement « abordable » même si je me retrouve à 35 minutes en vélo de mon lieu de stage. Il est tout de même à 678 euros par mois mais je relativise quand je repense aux annonces à 1 100 euros par mois. Ça montre la folie de l’immobilier à Strasbourg ».

Dominik, rencontré le lundi 25 octobre

Lorsqu’il emménage dans son Airbnb, le jeune Allemand déchante rapidement :

« Le premier soir, mon lit s’est effondré alors que j’étais posé dessus. Il manquait des vis. J’ai dû bricoler une solution de secours. Les photos sur le site et la notation du logement m’avaient rassuré mais ça ne correspond pas à la réalité. Outre mon lit, il y avait des choses cassées comme ma chaise de bureau. Je ne passerai pas plus de six mois ici. »

Dominik montre les deux planches de bois qu’il a rafistolé pour que son lit ne s’écroule pas de nouveau. (Photo MB / Rue89 Strasbourg / cc)

« Le problème, c’est que seuls les arnaqueurs me répondaient »

Dominik sait qu’il n’a pas à se soucier de l’argent qu’il met dans son loyer. Ses parents l’aident et il gagne 400 euros par mois en tant que stagiaire. « Je suis conscient que je ne suis pas dans une situation précaire. Ça doit être vraiment compliqué pour les étudiants avec peu de ressources financières », ajoute-t-il.

En tant qu’étranger, Osman (prénom modifié) a rencontré les mêmes problèmes que Dominik. L’étudiant turc de 28 ans, en master 2 à la faculté de Sciences de l’Université de Strasbourg, a essayé de trouver un logement depuis Istanbul :

“J’ai commencé mes recherches le 9 juillet sans succès. Je contactais les propriétaires avec un numéro de téléphone turc, je pense qu’ils craignaient l’arnaque. Le problème c’est que seuls les arnaqueurs me répondaient… »

Osman, rencontré le 22 octobre

Faute de mieux, Osman se retrouve à loger en Airbnb comme Dominik. Une situation qui joue sur son moral et sur ses études :

« Je ne me sens pas chez moi dans ma chambre Airbnb de 12 mètres carrés que je paie 500 euros par mois. Pour sortir de cette situation, je recherche très activement un logement. Alors je regarde plusieurs fois par jour les annonces. Dès que je reçois une notification, même en cours, je la consulte. Ça me prend du temps et de l’énergie ».

Éviter les arnaques

Noalie a évité une arnaque de peu. L’étudiante en première année de licence art design cherchait un appartement plus grand pour entreposer ses œuvres. La jeune de 18 ans tombe trois fois sur le même type d’annonce, d’abord sur seloger.com puis sur Leboncoin. Le propriétaire est pressant, donne la raison de la location de son bien — une affectation à l’étranger — et demande un dépôt de garantie d’environ 800 euros en tickets Neosurf avant même la première visite. À chaque fois le nom du propriétaire est différent, tout comme les photos de l’appartement. A l’inverse, la façon de procéder reste la même, comme l’explique Noalie :

« J’avais déposé mon préavis, alors à la fin du mois je devais trouver un autre appartement. Lorsque j’échangeais avec eux, ils se mélangeaient les pinceaux. Le mari signait comme si c’était sa femme et inversement. Je leur proposais des visioconférences mais ils déclinaient à chaque fois. Et au fur et à mesure des demandes de précisions sur le logement, ils se mettaient à faire des fautes ».

Mail d’une arnaque type reçu par Noalie, étudiante de 18 ans en première année de licence art design. Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc

Précarité, charge mentale et mauvaises conditions de vie

Cela n’est pas le cas d’Emma. La jeune femme se mobilise avec sa colocataire et ses voisins pour obtenir des réparations de son propriétaire, Joseph Benamran, connu à Strasbourg pour ses logements dangereux et insalubres (lire notre enquête). Ils se réunissent le soir, après les cours pour certains, après le travail pour d’autres, afin de discuter de leurs problèmes dans leurs appartements respectifs et dans les lieux communs. Les deux amies ont également pris contact avec l’Adil (Association Département pour l’Information sur le Logement) pour connaître leurs droits en tant que locataires. Le service hygiène de la Ville de Strasbourg est même venue visiter l’immeuble jeudi 14 octobre pour observer les conditions de vie des habitants. Emma termine :

« On réclame des choses simples comme fermer la porte du hall d’entrée. Cela éviterait énormément de problèmes. On est en train de rédiger des mises en demeure pour officialiser nos demandes étant donné que les coups de téléphone, les messages et les mails restaient sans réponse ».

Emma (prénom modifié) est épuisée par sa situation de mal-logement. Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc

Mais entre les cours, son travail de caissière et sa mobilisation pour améliorer la situation, Emma est épuisée : « il m’est arrivé d’écrire des mises en demeure en cours. Les réunions d’immeubles m’ont fait annuler quelques sorties avec des amis. Lorsque j’ai du temps pour moi, je préfère me reposer. Cette situation joue sur mon moral et m’épuise. »

En appel, la peine de Mike Messager réduite à 10 mois de semi-liberté

En appel, la peine de Mike Messager réduite à 10 mois de semi-liberté

En mai 2021, Mike Messager avait été condamné à 13 mois de prison ferme pour avoir appelé dans des vidéos à la destruction de bâtiments institutionnels et à la violence contre les forces de l’ordre. Jeudi 28 octobre, la cour d’appel de Colmar a réduit cette peine à 10 mois de semi-liberté.

D’emblée, Mike Messager exprime son soulagement. L’ancien meneur des « citoyens en colère », organisateurs des manifestations contre la loi Sécurité Globale, vient de voir sa condamnation réduite par la cour d’appel de Colmar jeudi 28 octobre. En première instance, il avait été condamné à 13 mois de prison ferme pour deux vidéos sur les réseaux sociaux appelant à attaquer les forces de l’ordre et détruire des bâtiments officiels lors d’une future manifestation. En appel, il écope à la place d’une peine aménagée de 10 mois de semi-liberté. Le militant Gilet jaune sera libre le jour, il devra passer la nuit en centre de semi-liberté à Souffelweyersheim. « C’est une première petite victoire, je ne vais pas m’arrêter là », affirme Mike Messager, qui compte se pourvoir en cassation.

« Ils me mettent la pression pour que je la ferme »

Un an plus tôt, Mike Messager n’aurait manqué aucune manifestation à Strasbourg. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Un mélange de résignation, « marcher en ville le samedi, ça sert à rien », et de pression des autorités :

« Pendant les sept mois de procédure, dès que j’étais à Strasbourg, peu importe manifestation ou pas, j’ai subi des contrôles systématiques. Ils me mettent la pression pour que je la ferme. Les gendarmes viennent même à la maison parce que je fais de la musique ou que je travaille avec des outils. J’ai déjà pris deux amendes pour tapage diurne… »

« 13 mois ferme, c’était complètement irrationnel »

L’avocate de Mike Messager se dit « ravie de voir que la peine a été aménagée et réduite. Au vu des faits, 13 mois ferme c’était complètement irrationnel ». Me Leslie Ulmer s’étonne néanmoins des méthodes employées à l’égard de son client. Elle raconte notamment la sortie d’audience à Colmar :

« Vers midi, le 28 septembre, un petit équipage de policiers a embarqué Mike Messager à la sortie de la cour d’appel. Ils l’ont placé en garde à vue avec un mandat d’arrêt complètement illégal (relatif à la condamnation initiale ndlr). Pour rappel, en matière de délit politique, le juge ne peut pas décerner de mandat d’arrêt. Mon client est donc sorti du commissariat trois heures plus tard… »

Faute d’appel, l’autre accusé incarcéré

Accusé des mêmes propos incitants à la destruction et à la violence contre des policiers, Mathias C. avait aussi été condamné à 13 mois de prison ferme en première instance. Mike Messager ne peut s’empêcher de penser à son « collègue » ce jeudi 28 octobre : « Il avait fait appel mais il s’est rétracté, donc là il est en maison d’arrêt à Nancy. Il doit sortir en début d’année 2022. »

L’ancien meneur des « citoyens en colère » compte profiter de cette peine aménagée pour « faire une formation dans une animalerie la journée, c’est ce que j’ai toujours voulu faire. J’osais pas avancer avant à cause de la procédure. Là, maintenant, je peux me projeter et je peux avancer. »

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Des places à prendre dans le Kaléidoscoop, futur espace pour « travailler et consommer autrement »

Des places à prendre dans le Kaléidoscoop, futur espace pour « travailler et consommer autrement »

Le projet Kaléidoscoop doit s’installer en septembre 2022. Cet espace dans le quartier COOP sera dédié aux initiatives permettant de « travailler et consommer autrement ». La Ville de Strasbourg a organisé une visite du bâtiment, encore en travaux, ce mercredi 27 octobre.

Le Kaléidoscoop doit ouvrir ses portes en septembre 2022. Un tiers-lieu sera ainsi installé dans un quartier COOP qui continue de se transformer. A quelques pas, plusieurs ateliers d’artistes et des espaces d’exposition (Garage Coop, Le Cric, Les Ateliers éclairés…) sont déjà actifs depuis plus d’un an. Au 3 rue de la coopérative, ce mercredi 27 octobre, les travaux de gros œuvre du bâtiment se terminent. L’occasion pour les acteurs à l’initiative de ce projet d’en faire la visite. La découverte débute au pied d’une grande cheminée. Manon Marquis, coordinatrice du projet, est revenue sur les principaux objectifs de ce futur espace :

« Kaléidoscoop doit accompagner les créateurs d’entreprise et les porteurs de projets à impact, il doit aussi développer l’emploi et l’entreprenariat à l’échelle transfrontalière et enfin promouvoir l’économie sociale et solidaire ainsi que l’innovation sociale. C’est un lieu de participation citoyenne écoresponsable ouvert sur la ville. »

Situé quartier du Port du Rhin, au 3 rue de la coopérative, le chantier du Kaléidoscoop se termine. Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc

Bureaux partagés, boutique et ateliers

La Société coopérative d’intérêt collectif (Scic) Kaléidoscoop est pensée en « tiers-lieu ». Dans ce type de structure, l’organisation de l’espace et la présence de différentes structures et professions doit permettre d’aboutir à des projets innovants. Manon Marquis parle aussi d’un espace « où l’on travaille comme au bureau mais où l’on se sent bien comme à la maison ».

À l’étage, l’espace sera consacré aux professionnels avec des bureaux partagés (130 places de travail) et des parties communes. La Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire (CRESS), la Maison de l’emploi de Strasbourg et la SCIC Cooproduction s’y établiront.

Le rez-de-chaussée sera ouvert à tous. Une boutique de l’économie sociale et solidaire (ESS) proposera les produits issus de filières responsables de 11 partenaires. Des ateliers de sensibilisation sur l’écoresponsabilité, l’écologie, les économies alternatives seront organisés chaque semaine. Un café d’une centaine de places doit aussi ouvrir ainsi qu’une salle évènementielle d’une capacité de 323 places. L’espace modulable est pensé pour accueillir des évènements comme des concerts, des formations ou des assemblées générales.

30% des espaces de travail sont à louer

Les copilotes de Kaléidoscoop lancent un appel à « kolocataires » puisqu’il reste plus de trente espaces de travail à louer. Les personnes intéressées par un bureau à 250 euros par mois ou un espace de coworking à 180 euros par mois (voir tarifs ci-dessous)peuvent directement les contacter pour en savoir plus.

#coworking

Rénovés, les Bains municipaux plongent dans le luxe, à contre-courant de leur histoire

Rénovés, les Bains municipaux plongent dans le luxe, à contre-courant de leur histoire

Plus de 40 millions d’euros, une gestion confiée à la société Equalia et au final, un nouvel espace « bien-être » avec douche de neige à 20€. Personne ne conteste la beauté de la rénovation des Bains municipaux sur le plan patrimonial. Mais ses services haut de gamme pourraient faire de l’établissement un symbole de l’embourgeoisement du quartier de la Krutenau.

Après trois ans de fermeture, les Bains municipaux rouvrent au public. Le mardi 8 novembre marque la fin d’un long chantier pour cette piscine située boulevard de la Victoire, classée aux monuments historiques, un joyau architectural du début du XXe siècle. Le coût total se solde à 33,52 millions d’euros, légèrement en-dessous des 35 prévus à l’origine. L’entreprise Eiffage a réalisé les travaux, assistée par les cabinets Chatillon Architectes pour les aspects patrimoniaux et TNA Architectes, pour les éléments sportifs et aquatiques. Le tout chapeauté par la Société publique locale (SPL) des Deux-Rives, qui a porté ce projet via un montage complexe. Au quotidien, c’est la société Equalia qui fera tourner l’établissement, a minima pendant 9 ans. La rénovation permettra des économies d’eau (de 800 litres à 100 litres par usager environ) et d’énergie (41%).

Bassins identiques et horaires élargis

Côté piscines, peu de changement. L’accès aux Grand bain et Petit bain se fera aux tarifs habituels des piscines de l’Eurométropole (5€ le tarif simple, 3€ en tarif réduit, carte de 10 entrées, abonnement, etc.). Leurs dimensions anciennes sont conservées. Les modifications sont esthétiques : les cabines individuelles ont été repeintes, les vitraux retravaillés. Les couleurs des murs sont un peu plus claires, de teintes jaune beurré plutôt que le jaune ocre précédent. « Cette teinte est plus proche de celle d’origine » selon Alexandre Feltz, adjoint à la maire en charge de la Santé et qui a suivi le projet depuis la mandature précédente.

Constat qui vaut aussi pour la salle d’accueil de la Rotonde, ornée de statues. La vraie nouveauté, ce seront « les horaires élargis » par rapport à 2018, pour un total de « près de 800 heures supplémentaires dans l’année », dixit Alexandre Feltz.

Le Grand bain, lumineux, avec les cabines à l’ancienne. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Le Petit bain a des couleurs plus bleutées. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Un espace bien-être à 20€

Les principales nouveautés concernent les différents espaces « bien-être ». Plus grands, plus modernes, plus divers, mais aussi plus chers que les anciens bains romains. L’entrée coûtera 20€, contre 15€ précédemment. On y trouve désormais les anciens bains chauds et froids restaurés, des saunas, mais aussi un petit jacuzzi, une grotte de sel et une « douche de neige » (sic).

Autre ajout de taille, l’espace comporte un bassin extérieur d’une trentaine de degrés, avec une vue sur la Cathédrale. Dans la cour qui jouxte ce nouveau bassin, à la place de l’ancien parking, on trouvera d’autres espaces de détente et un « bar à jus ». Ce bar donne également sur une toute petite cour, qui doit accueillir des événements pour la vie de quartier. De quel type, à quelle fréquence ? La programmation reste à définir.

Vide pour le moment, l’eau du bassin à l’extérieur sera à une trentaine de degrés. Sous la tente blanche prévue pour l’inauguration, l’espace réservé à l’ouverture sur le quartier. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Spa et salle de fitness, avec un autre accès payant

En complément de cet espace dit « balnéo », s’ajoute un espace spa avec par exemple des massages qui donneront lieu à d’autres prestations payantes.

Dans l’ancienne chaufferie, on trouvera à l’étage une salle fitness et en-dessous, une salle de sport pour des cours collectifs. Tous les tarifs ne sont pas connus, mais l’entrée simple sera à 12€. Des offres combinées ou sur abonnement seront proposées.

Également au rez-de-chaussée, à côté de la salle de sport, se trouve une cuisine pédagogique où des cours de cuisine seront proposés. Au total, les nouveaux Bains municipaux compteront six espaces différents, en comptant les quatre douches publiques au sous-sol (au tarif de 1,5€).

Dans l’ex-chaufferie, des machines de sport seront disposées. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
La salle pour les cours collectifs. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Des modifications en cours de chantier

« Un peu comme le marché de Noël, on s’inscrit dans la continuité, mais on propose une évolution », se félicite la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (EELV), qui a notamment souligné les économies d’énergie et d’eau. Depuis les premiers projets de rénovation dans les années 2010, les Bains municipaux sont un dossier emblématique de la vie politique strasbourgeoise, suivi par de nombreux collectifs, associations, partis et citoyens.

Membre de l’ancien collectif « La Victoire pour Tous », l’architecte strasbourgeois Bernard Aghina rappelle que la gestion confiée à Equalia a servi un autre objectif de l’Eurométropole : « avoir une trentaine de fonctionnaires en moins ». Exit donc les agents municipaux qui travaillaient aux Bains. Equalia a embauché 35 salariés pour les remplacer.

Le toit de la Rotonde Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Les statues de la salle d’accueil. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Membre du « comité de liaison » qui suivait la rénovation avec la municipalité, il tire toutefois un bilan positif des évolutions :

« Une fois le modèle économique tranché, on peut dire qu’il y a eu une vraie concertation, sous la municipalité précédente comme l’actuelle. On a pu éviter les bassins en inox, ou encore sauver les cabines d’époque, ce qui n’était pas prévu à l’origine. »

Lors de la visite, Alexandre Feltz, a également pointé que le sauna extérieur dans l’espace bien-être est aussi un ajout demandé par les associations, car celui à l’intérieur était petit.

« Un travail remarquable » mais moins d’espaces à bas prix

Il y a aussi des passionnés du dossier plus critiques, comme l’historien Alexandre Kostka, président de l’association « Les Amis des Bains ». Sur la rénovation stricto sensu, il relève cependant quelques bons points :

« C’est un geste fort de mettre les moyens pour maintenir des Bains municipaux là où beaucoup de villes en Europe les arrêtent ou sont dans l’impasse. Il y a aussi eu un travail remarquable sur les stucs et les ornementations qui ressortent davantage que par le passé. »

Mais l’universitaire remarque que l’espace à bas prix est grignoté. Il prend l’exemple de l’étage supérieur qui devient un espace de stockage pour Equalia et uniquement de déplacement entre les cabines et la piscine :

« On se baigne et on sort. Il n’est plus possible de rester sur la mezzanine ou le solarium, où l’on pouvait se prélasser ou discuter, et qui pouvait être un espace apprécié pour les familles. »

Toujours dans la mezzanine, il relève aussi que le « coin tisane » de l’espace bien être à 20€ vient rogner de l’espace libre. Cette nouvelle salle masque en partie l’horloge que l’on pouvait voir auparavant depuis le bassin. La coursive a aussi pendant un temps accueilli une table de ping-pong où il était possible de jouer sans payer de supplément. Cet endroit n’existe plus.

« Le coin tisane », situé au dessus du Grand bain, masque en partie l’ancienne horloge à l’autre bout de la mezzanine. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

La disparition des créneaux pour femmes

Parmi les changements, un collectif d’usagères, « Les Bains pour toutes » relève la disparition des anciens créneaux non-mixtes, réservés aux femmes, comme aux hommes pour les bains romains. « On a l’impression de devoir revendiquer quelque chose qui existait déjà (les anciens créneaux ici, NDLR), donnait satisfaction et a été supprimé sans débat », pointe Louise Battisti, une ancienne usagère de ces créneaux.

L’accès aux bains romains était nudiste, ce qui n’est plus le cas. Nadia Annebi Gautelier, autre usagère et membre du collectif raconte :

« Dans ces créneaux, on n’était pas dans l’exaltation du corps, mais on se retrouvait plutôt avec des personnes de plus de 60 ans, des corps mutilés, comme ceux des femmes qui ont subi une ablation du sein et qui ne veulent pas être vues ainsi par des hommes ».

Selon l’ex-candidate aux élections départementales, l’ancien maire avait pris un engagement oral : « En réunion publique, Roland Ries avait promis que les créneaux resteraient tels qu’ils existaient ». Le contact à ce sujet avec Equalia a été établi. « La directrice nous a répondu qu’elle n’était pas fermée à ce que ça existe, s’il y a un besoin. On réfléchit à comment se mobiliser pour la suite », explique Louise Battisti.

« Les regards sont encore trop souvent sources de jugement et de malaise, nous demandons à ce que chacun et chacune puisse bénéficier de cet espace sans crainte du regard de l’autre sexe », pointe le collectif, qui rappelle aussi les « agressions et violences » que subissent les femmes.

Les futurs Bains, un lieu pour toutes et tous ? Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

La directrice des Bains, Colette Audebert, se dit impatiente d’ouvrir « un lieu de mixité sociale avec des prestations pour toutes et tous ». Mais pour faire évoluer ces propositions, elle attend « les premiers retours », des usagers mais aussi « des équipes ». Interrogée sur la question de ces créneaux réservés, elle ne se s’engage pas : « S’il y a une évolution, ça se fera en concertation avec la municipalité et les acteurs », répond-elle.

Or Louise Battisti craint qu’Equalia ne puisse jamais avoir le retour d’usagers et d’usagères… qui ne viennent plus. Reste le mail ou les réseaux sociaux. Du côté de la municipalité, Alexandre Feltz, rappelle que la Ville peut avoir ce type de demande auprès de son délégataire. Mais il reste prudent :

« Nous ne sommes pas fermés sur cette question, il faut évaluer la chose. »

Les vitraux ont été retravaillés Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Un troisième espace, l’aile médicale

Un dernier espace sera quant à lui ouvert d’ici un à deux ans. Il s’agit du bâtiment de « l’aile médicale ». En 2017, il a été acté que son usage sera réservé au sport sur ordonnance. Cette partie n’est pas intégrée dans le contrat avec Eiffage et Equalia. Il s’agit d’un chantier directement géré par la Ville de Strasbourg, désormais estimé à 6 millions d’euros (un budget en hausse par rapport aux premières projections). Roland Ries a préféré dans un premier temps ne pas engager de travaux, avant de changer d’avis, alerté sur la « cohérence globale » de l’édifice et donc de sa rénovation.

Initiateur de la politique de sport sur ordonnance depuis 2008, Alexandre Feltz s’enthousiasme déjà de ce futur espace pour les « 3 200 demandeurs » du programme. Si une petite partie sera constituée de bureaux, il y aura « trois étages » avec des activités sportives, mais aussi « un gymnase historique », « une cuisine spécifique » (comme à l’espace bien-être) ou encore une zone à l’extérieur pour « le test de 6 minutes, qui permet de savoir quel est votre état de santé ». Le tout dans des locaux qui étaient « à 80% inutilisés ».

Le bâtiment de l’aile médicale est encore en travaux. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Si les étages sont assez quelconques, le rez-de-chaussée contient une salle carrelée avec des bassins d’origine. Un sujet de mobilisation pour Alexandre Kostka, de l’association Les Amis des Bains : « Ce sont les derniers témoignages des soins d’hydrothérapie, avec des cuves et des douches pour aller du chaud au froid, et par le passé l’usage de boues médicales ». Il regrette que l’on ne conserve pas cet usage de l’eau.

Alexandre Feltz reconnaît que l’affectation précise du rez-de-chaussée n’est pas déterminée, mais il n’est pas favorable à un maintien d’une telle activité :

« Une salle avec de l’eau demande que toute la pièce soit à 27 degrés à cause de la réglementation. Certains voudraient qu’on rénove tout, mais qu’on garde tout à l’identique, alors que les usages changent. On conservera les éléments, mais pas pour un usage aquatique. »

Les anciens bassins dans la salle dite de l’aile médicale, dont il faut définir l’avenir. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Vers un changement de public, à l’image de la Krutenau ?

Plutôt satisfait du travail patrimonial, Alexandre Kostka estime néanmoins que le nouveau découpage peut faire dériver le bâtiment de sa fonction initiale de brassage des populations (lire aussi cet article sur le mélange de cultures bourgeoises et populaires) :

« Lors de la période allemande, les Bains municipaux avaient été placés à la jonction entre les quartiers riches de la Neustadt et des quartiers populaires comme l’était à l’époque la Krutenau, qui était un faubourg ouvrier parfois violent. Ce lieu splendide avait un message politique et un but d’intégration. La Rotonde était justement un grand espace central où l’on se croisait. Cela ne mettait pas fin aux inégalités, mais il y avait un mélange. Avec une piscine publique, un espace bien-être plus cher et l’aile médicale qui fait bande à part, il y a un découpage. Même les groupes scolaires ont une entrée spécifique par les douves en bas. Cette séparation est aussi la conséquence d’un découpage politique initial de Roland Ries, un espace géré par les élus LREM, Olivier Bitz et Alain Fontanel, et un espace pour l’aile plus à gauche de la majorité où l’on retrouvait déjà Alexandre Feltz. Mais c’est surtout le reflet de l’évolution de la société et de Strasbourg. »

L’universitaire relève néanmoins qu’il n’y a pas eu de chasse aux pauvres complète puisque quelques douches publiques ont été maintenues et d’autres ont été installées à l’accueil de jour pour sans-abri, rue Fritz Kiener, voisin du luxueux « jardin de fraîcheur ».

Un nouvel escalier a été construit pour un accès pour les classes par les sous-sols. De l’autre côté, un accès pour personnes à mobilité réduite est installé. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Ouvrez les fenêtres, lisez la presse indépendante

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Le château de cartes par Caroline Varon

Nous sommes des médias indépendants, lus, écoutés, regardés chaque jour par des millions de citoyennes et citoyens. Au-delà de nos différences éditoriales, nous nous retrouvons sur l’essentiel : la passion d’un journalisme libre, honnête, au service de nos publics et à l’écoute de la société.

Une information libre et pluraliste est la condition de la démocratie. Elle est aujourd’hui menacée par un système médiatique dominant qui vient de nous infliger deux mois de réduction aux thèmes identitaires du débat public et un agenda informatif médiocre, pour ne pas dire plus.

Elle est menacée avec la mise à genoux du journalisme par Vincent Bolloré. L’homme d’affaires a décidé de mettre son immense groupe de presse au service d’un polémiste xénophobe et misogyne, condamné à deux reprises pour provocation à la haine raciale

Elle est menacée par une concentration sans précédent des grands médias aux mains d’une petite dizaine de grandes fortunes qui recherchent ainsi protection et influence et, trop souvent, imposent leur agenda idéologique.

Cette information libre et pluraliste est aussi mise en danger par un système d’aides publiques aux médias dénoncé depuis des années comme inefficace et inégalitaire. Pourquoi ? Parce que dix grands groupes en sont les principaux bénéficiaires et cette distorsion de concurrence menace directement le pluralisme.

Une chance d’éviter l’affaissement du débat public

À la Libération, Hubert-Beuve Méry, fondateur du journal Le Monde, dénonçait la « presse d’industrie », cette presse de l’entre-deux-guerres tenue par des industriels et qui allait sombrer dans la collaboration. « Il y a une chance d’éviter pour l’avenir les pourritures que j’ai vues dans le passé », disait-il alors. « Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée court à l’esclavage », écrivait Albert Camus.

Il y a une chance d’éviter l’actuel affaissement du débat public. D’éviter l’engloutissement du journalisme sous les polémiques nauséabondes, les post-vérités, les intérêts politiciens et/ou mercantiles. 

Cette chance est la presse indépendante. 

Dans leur diversité, ces médias indépendants vous proposent ce que le rouleau compresseur des médias dominants écrase ou minore, ignore ou discrédite. Les questions sociales, de l’égalité femmes-hommes, des mobilisations antiracistes, du travail, les nouvelles luttes et dynamiques qui traversent la société, les enjeux environnementaux, l’urgence climatique, les nouveaux modes de vie. 

Dans les régions, ce sont des titres indépendants qui viennent bousculer par leurs enquêtes une presse régionale souvent en situation de monopole et dépendante des pouvoirs locaux. À l’échelle internationale, ils décryptent l’actualité de l’Europe, enquêtent sur ses institutions, éclairent les nouveaux enjeux du monde.

Offensive des puissances d’argent et silence des pouvoirs publics

Avec de faibles moyens financiers, cette presse indépendante enquête, raconte, innove, débat. Il est urgent de la soutenir face aux offensives des puissances d’argent. Il faut la soutenir face à l’inaction et au silence inquiétants des pouvoirs publics en réaffirmant que l’information n’est pas une marchandise comme les autres. 

Il est urgent, à travers elle, de défendre les droits moraux des journalistes, leurs conditions de travail. Il est urgent de construire un environnement économique propice à ces éditeurs indépendants et à la production d’une information de qualité.

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Marché de Noël 2021 : la Ville fait un premier pas vers les Strasbourgeois

Marché de Noël 2021 : la Ville fait un premier pas vers les Strasbourgeois

En 2021, la Ville de Strasbourg amorce une réforme de son marché de Noël. 314 chalets seront répartis sur 14 places, permettant aux rangées d’être un peu plus espacées, aux usagers du tram et aux cyclistes de continuer d’accéder à la Grande Île.

Depuis plusieurs années, le marché de Noël suscite la défiance des Strasbourgeois, lassés par un centre-ville submergé de touristes et rendu inaccessible à ses habitants. Pour cette édition 2021, programmée du 26 novembre au 26 décembre, la Ville de Strasbourg a donc décidé d’amorcer une transformation de cet événement phare, pour permettre « une réappropriation du marché de Noël par les Strasbourgeois », affirme la maire écologiste Jeanne Barseghian (EELV). En conférence de presse, ce mardi 26 octobre 2021, la municipalité a présenté les premières modifications du marché de Noël strasbourgeois.

À gauche, Guillaume Libsig, adjoint en charge de l’événementiel. À droite, Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« Un marché de Noël plus aéré »

Pour la maire de Strasbourg, il s’agit tout d’abord d’offrir une « meilleure gestion des flux, pour un marché de Noël plus aéré et plus agréable à vivre ». En 2021, les allées de chalets seront espacées de huit mètres au minimum. Forains et commerçants pourront s’installer sur 14 places, soit quatre de plus que les années précédentes, avec les places du Corbeau, Kléber, du Château et le square Louise Weiss. Une manière de mettre fin à des places bondées où touristes et habitants se marchent sur les pieds.

Pour l’édition 2021, la Ville de Strasbourg souhaite un marché de Noël plus spacieux et un centre-ville plus disponible pour les habitants. Photo : Victor Maire

La meilleure gestion des flux doit aussi permettre aux habitants de continuer de se déplacer. « Toutes les stations de tramway resteront ouvertes, à part celle de la place Broglie », a annoncé Joël Steffen, adjoint en charge du commerce, de l’artisanat et du tourisme. En 2021, le marché de Noël n’empêchera donc plus les usagers du tram de prendre leur correspondance place de l’Homme-de-fer.

La municipalité écologiste a pensé aux cyclistes. Comme amorcé en 2017, un « fil d’Ariane », fait de marquages au sol, indiquera l’itinéraire à suivre pour se rendre de part et d’autres de la Grande-Île, un parcours du combattant cycliste lors des éditions précédentes. « Comme l’accès aux voitures sera limité, un circuit de contournement du centre sera mis en place sur les quais intérieurs de la Grande-Île », ajoute Joël Steffen, au titre des nouveautés. La suppression de certaines places de stationnement permettra aussi l’installation de parkings à vélos temporaires dans tout le centre-ville.

Un cortège inaugural, un village de l’Avent et des spectacles

Cette année, la municipalité écologiste a souhaité insuffler des pratiques participatives pour son marché de Noël. La maire de Strasbourg a présenté une première nouveauté, avec « une inauguration où les Strasbourgeois et Strasbourgeoises seront invités à former un grand cortège muni d’étoiles qui s’élancera de la place de l’Étoile jusqu’au grand sapin, qui s’allumera au contact des habitants. »

L’adjoint en charge de l’événementiel, Guillaume Libsig, a détaillé les autres nouveautés de la programmation du marché de Noël. En 2021, les événements seront recentrés autour de la période de l’Avent, avec des propositions de spectacles autour du feu, des bougies, de la lumière tous les samedis. Le square Louise Weiss accueillera donc un village de l’Avent « qui regroupera des propositions grand public, pour les enfants et les familles. » Un « chemin de 600 étoiles » partira du même square et s’étendra jusqu’au pont Sainte-Madeleine. Grâce à la répartition des chalets sur 14 sites, la Ville de Strasbourg profite de l’espace libéré sur la place Broglie pour proposer un spectacle de lumières autour des contes de Noël le mercredi, le vendredi et le samedi.

L’Allemagne est le pays invité de cette édition 2021, et via son partenariat avec la ville de Dresde, la municipalité proposera une programmation liée à la culture allemande. Le Palais des fêtes accueillera notamment un concert de la philharmonie de Stuttgart. Un concert de l’organiste de la Frauenkirche de Dresde aura également lieu dans la cathédrale.

Le « village du partage », animé par 90 associations, restera place Kléber. La nouveauté de l’année : il sera possible de soutenir les acteurs associatifs en rendant vos consignes dans des bacs prévus à cet effet. Le marché OFF et sa trentaine d’acteurs de l’économie sociale et solidaire aura toujours lieu sur la place Grimmeisen.

« On va monter en puissance progressivement »

Lors de leur conférence de presse, la maire de Strasbourg et ses adjoints ont promis une évolution ultérieure du marché de Noël. « Le travail de modification de l’événement s’étale de 2022 à 2025 », a affirmé Guillaume Libsig. Avec pour principe, comme l’a détaillé la maire, « un marché plus qualitatif, où la qualité de l’environnement compte plus que le nombre de visiteurs. » En 2021, les efforts de la municipalité se sont concentrés sur « les bases d’un cadre collectif avec les différents partenaires du marché de Noël. On va monter en puissance progressivement », assure l’adjoint en charge de l’événementiel.

Deux questions brûlantes restent néanmoins sans réponse. Y aura-t-il à nouveau des check-points à l’entrée de la Grande-Île ? Et est-ce que l’accès au marché de Noël sera conditionné à la présentation d’un passe sanitaire ? Des questions que la maire de Strasbourg a écarté d’emblée, renvoyant la balle vers des annonces de la Préfecture du Bas-Rhin mercredi 3 novembre.

Un restaurant tente de sauver les week-ends de son personnel

Un restaurant tente de sauver les week-ends de son personnel

Un restaurant du Neudorf n’est plus ouvert les week-ends depuis octobre. L’objectif est d’améliorer la qualité de vie des serveurs et des cuisiniers, pour les garder. Une décision qui a d’abord surpris et inquiété certains salariés, mais qui semble aujourd’hui satisfaire tout le monde. Si le chiffre d’affaire suit. Reportage.

« On passe la moitié de son temps sur son lieu de travail, » rappelle Sarah Zins, 28 ans. Lorsqu’elle s’est lancée dans la restauration, elle a reçu les avertissements de son entourage : « Ce sont des horaires décalés, on te traite mal, tu es sous payée… » Quand elle a ouvert son propre établissement en décembre 2019, le Blue Flamingo dans un bateau amarré aux docks Malraux, elle garde en tête un désir de changer ces pratiques.

Depuis octobre, le Blue Flamingo n’est ouvert que du lundi au vendredi, au lieu du mardi au samedi. « L’idée a germé durant l’été », explique Sarah. « Je cherchais un moyen d’offrir de meilleures conditions de travail à mes salariés, et à moi aussi. » Outre la gérance, Sarah est serveuse aux côtés de trois de ses employés.

Mais cette décision naît aussi d’un constat : « Manger au restaurant un lundi soir à Strasbourg, c’est compliqué ». « C’est cet été, lorsque j’avais une soirée de libre et que je cherchais où manger que j’ai remarqué que l’offre était limitée. » Une observation que fait également Benoît Migeon, 34 ans, et chef du Blue Flamingo depuis son ouverture. « Proposer autre chose que des burgers le lundi soir est intéressant car beaucoup d’établissements traditionnels sont fermés, » explique-t-il.

Le pari qu’ils font est donc risqué, mais réfléchi. « Au début je me suis dit que c’était une idée folle, » confie Sarah. « Mais au niveau du restaurant, on n’observe pas de grande différence de chiffre d’affaires entre un samedi et un jeudi, » poursuit-elle. Après quelques calculs et une décision prise, elle annonce le changement à ses employés.

L’équipe du Blue Flamingo au complet, avant un service du midi. Photo : CB / Rue89 Strasbourg

De la surprise à l’inquiétude, jusqu’à la confiance

« Lorsque Sarah nous a dit que les horaires allaient changer, j’ai été inquiet pour le restaurant, » confie Julian, serveur depuis juin. Après avoir travaillé plus de 18 ans dans l’industrie de la restauration, le colombien de 33 ans pense qu’il est impossible de fermer le jour le plus lucratif. « Mais en fait, on n’a pas plus de clients un samedi soir qu’un mercredi, » constate-t-il.

Benoît Migeon confirme : « Dans mon cursus, le samedi a toujours été la journée à ne pas louper, » explique-t-il. « Mais on fait des services complets tous les jours, donc j’ai vite compris que remplir le restaurant ne devrait pas être trop compliqué, » poursuit-il. Sarah reste cependant prudente. « On n’a pas assez de recul pour savoir si ça va marcher, » estime-t-elle.

Au niveau de la clientèle, « elle vient surtout des entreprises qui ont leurs bureaux autour de nous, » explique Sarah Zins. « Et sur les additions, les chiffres sont les mêmes que lorsqu’on était ouverts le samedi, » poursuit-elle. Sur le bénéfice du restaurant – que la gérante n’a pas voulu communiquer, le changement d’horaire ne semble pas avoir pour l’instant d’effet négatif. Des chiffres qu’il serait par ailleurs difficile de comparer aujourd’hui, avec une année 2020 particulière, due au Covid.

Des semaines de 35 heures et des week-ends de repos

Le Blue Flamingo est ouvert tous les midis du lundi au vendredi, et les soirs de la semaine, sauf le mardi. Pour les employés, la journée débute à 10h30 ou 11h30, et se finit à 23 heures. Entre les services du midi et ceux du soir, les employés ont une coupure de 14h30 à 17h30, durant laquelle ils ne sont pas payés. Un système admis dans la restauration et auquel le Blue Flamingo n’échappe pas. « On travaille cinq midis et trois soirs en tout, » résume Sarah.

Dans la Convention collective de la restauration, le temps de travail des salariés dans une équipe de moins de 10 employés est fixé à 43 heures. Les serveurs travaillent huit heures de moins que dans un restaurant au fonctionnement traditionnel, puisqu’ils ont des contrats de 35 heures par semaine. Tous gagnent au dessus du salaire minimum, en fonction de leurs postes et de leur expérience.

En cuisine, les contrats du chef, des commis et de la plonge sont de 42 heures, soit une heure de moins que ce que prévoit la convention collective. Comme pour les employés en salle, leur temps de travail hebdomadaire n’est pas impacté par le changement d’horaires mis en place depuis octobre. « Notre salaire et nos heures restent les mêmes, ce sont uniquement nos périodes de travail qui changent », précise Benoît Migeon.

Camille, serveuse depuis l’ouverture, se prépare pour le service du midi. Photo : CB / Rue89 Strasbourg

Camille, 23 ans, est serveuse au Blue Flamingo depuis l’ouverture du restaurant :

« Le changement d’horaire n’a pas eu d’impact sur mon salaire et me permet d’avoir des week-ends avec mes amis. Je peux vraiment avoir une vie à côté de mon travail. Je ne risque plus de tomber dans le cliché des serveurs désabusés et aigris qui fument clopes sur clopes entre chaque service… Avoir une vraie vie à côté de notre travail nous permet d’être enthousiastes quand on vient travailler. Et ça change toute l’ambiance d’un restaurant  »

Camille envisageait d’arrêter de travailler dans la restauration. Aujourd’hui elle confie que si elle part du Blue Flamingo, « ce sera uniquement pour ouvrir mon propre établissement. »

Julian, lui, est marathonien. En CDD au début, il a choisi de prolonger son contrat :

« À 33 ans, mon contrat me permet d’avoir la qualité de vie que je veux. Je peux aller courir 30 kilomètres les samedis après-midis, sans me dire que je vais devoir travailler le soir. J’ai l’impression d’avoir une vie normale. Les patrons pensent qu’à cause du confinement, beaucoup de serveurs se sont réorientés. Mais la réalité, c’est que les conditions de travail sont trop difficiles et qu’ils ne veulent pas le reconnaître.  »

En contrepartie, une adaptabilité saisonnière

« On va peut-être adopter un fonctionnement saisonnier, » explique la gérante. Si le nombre de couverts du restaurant reste le même à travers l’année, un bar-terrasse est ouvert entre mai et septembre. Trois personnes viennent alors compléter l’équipe, et Sarah ne sait pas s’il sera rentable, à cette période, de continuer à fermer les samedis.

« On a plusieurs hypothèses : garder le restaurant du lundi au vendredi, et ajouter le bar le samedi. On pourrait aussi retourner à des horaires traditionnels, du mardi au samedi pour tout le monde. Je ne sais pas encore. »

Sarah Zins, propriétaire et gérante du Blue Flamingo.

L’idée générale, c’est de faire plus de profit l’été pour garder les week-ends de repos pendant l’hiver. « C’est le propre de la restauration : on travaille plus entre juin et août, donc on fait rentrer plus d’argent, et en hiver c’est plus tranquille, » explique Sarah Zins.

Peut-être certains salariés devront-ils retourner au travail le samedi l’été prochain, mais « dans tous les cas, il y a un roulement pour l’équipe », précise la gérante qui explique par ailleurs que les heures supplémentaires travaillées se font sur le principe du volontariat. « Je peux leur demander de faire 39 heures à la place de 35, mais je n’irais jamais à l’encontre de quelqu’un qui refuse », explique-t-elle. « Pendant ces périodes, toutes ces heures supplémentaires sont bien sûr payées ». Une évidence pour la jeune femme, lorsqu’on estime à 2,5 millions le nombre de personnes travaillant sans être déclarées en 2019, notamment dans le domaine de la restauration.

Julian est prêt à assumer ces variations. « Je sais que c’est normal de travailler un samedi dans mon métier, » explique-t-il. « Tout est une question de souplesse et de dialogue, » estime-t-il. « La plupart des patrons ne réalisent pas que la qualité de vie est essentielle, alors quand ils s’en rendent compte, ça donne envie de rester, » conclut le jeune homme.

Difficile d’imaginer que les salariés puissent prendre des vacances durant les mois les plus prisés par les clients. « C’est aussi une question de bon sens », estime Sarah Zins. Une contrainte endémique des mondes de la restauration, de l’hôtellerie et du tourisme.

Sarah Zins, 28 ans, est propriétaire et gérante du restaurant et fait partie des quatre serveurs du restaurant (photo CB / Rue89 Strasbourg).

Garder une équipe stable : un double avantage

Pour Sarah, les bénéfices sont aussi humains que financiers :

« C’est un cercle vertueux, je n’invente rien en disant que c’est l’équipe qui fait le succès d’une entreprise, et que le capitalisme à pleine balle sans prendre soin des humains avec qui on travaille, ça ne marche pour personne.  »

Mais prendre soin de son équipe, c’est aussi s’assurer de ne pas avoir à licencier, ou à recevoir de démission. Car un licenciement coûte cher : financièrement, et moralement. « Quand ça ne marche plus avec une personne dans une équipe, c’est comme un mariage, il ne faut pas forcer, » explique-t-elle. En plus, lors d’un licenciement, l’indemnité pour le salarié est d’un dixième de son salaire mensuel brut par année d’ancienneté, s’il est là depuis moins de dix ans. « Puis il faut recruter à nouveau, faire des entretiens, ça prend du temps et de l’énergie, » précise Sarah. Et lorsqu’il y a recrutement, il faut former le nouvel employé : un investissement de temps pour la gérante et pour les autres salariés.

Le chef Benoît Migeon (gauche) et le cuisinier Jonas (droite), tous deux présents depuis l’ouverture du restaurant en décembre 2019, préparent les ingrédients pour le service du mardi midi. Photo : CB / Rue89 Strasbourg

Une entreprise humaine, mais une entreprise

Mais Sarah reste prudente sur la pérennité de son expérimentation et ne s’est pas donnée de date butoir :

« Si le chiffre d’affaires ne suffit plus à payer les salaires et les charges, on reviendra aux horaires d’avant [du mardi au samedi, NDLR]. »

Et Camille, Benoît et Julian le savent. Sarah a aussi d’autres projets pour impliquer les salariés dans l’entreprise de façon plus directe, de les y associer. Elle distribue déjà des primes occasionnelles « directement liées au chiffre d’affaire du restaurant, » explique-t-elle. En 2022, elle prévoit de mettre en place un accord d’intéressement pour ses employés. Cela signifie qu’ils pourront obtenir des primes basées sur les bénéfices du restaurant, selon un accord d’un à trois ans.

À l’ouest de Strasbourg, des ruisseaux pollués menacent l’eau potable

À l’ouest de Strasbourg, des ruisseaux pollués menacent l’eau potable

Les pots d’échappement des voitures et l’agriculture rejettent des molécules toxiques dans les ruisseaux du Kochersberg. Ces derniers communiquent avec la nappe phréatique… Conséquence : des puits de captage d’eau potable pourraient voir leur seuil de potabilité dépassés ces prochaines années.

À une centaine de mètres de Behlenheim, en contrebas des champs de maïs, un ruisseau trouble coule lentement, en cet après-midi d’octobre. Comme les autres affluents de la rivière de la Souffel, il prend sa source dans le Kochersberg, une zone de culture et d’élevage intensif au nord-ouest de Strasbourg. On n’y voit aucun poisson nager. Les plantes aquatiques sont rares. Le ruisseau se jette dans la Souffel à Lampertheim, et la rivière se dirige ensuite vers le nord de Strasbourg. Tout cet ensemble communique avec la nappe phréatique, où est pompée l’eau potable.

Après des décennies d’épandage de pesticides à Behlenheim, comme dans le reste du Kochersberg, la biodiversité de ce ruisseau est altérée. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas pour Rue89 Strasbourg

Un sujet sensible et… politique

Le rendez-vous était fixé. Un scientifique de l’Office Français de la Biodiversité, organisme public dédié à la protection du vivant, devait participer au reportage. Mais deux jours avant, il a laissé un message vocal expliquant qu’il ne viendrait pas. Sujet trop sensible. Il doit « préserver sa neutralité vis-à-vis des acteurs du territoire ». Autrement dit, il refuse de livrer son expertise sur l’état écologique de cours d’eau, de peur de se brouiller avec les agriculteurs. Cela donne le ton.

Heureusement, il y avait d’autres possibilités de creuser la question. Mathieu (prénom modifié), un scientifique expert du sujet, a accepté de témoigner, mais préfère rester tout de même anonyme. Il participe à une grande étude sur les ruisseaux du coin, commanditée par l’agence de l’eau Rhin-Meuse, dans le cadre d’un plan d’amélioration baptisé Souffel 2027. Selon lui, le trafic important et la densité du réseau routier dans le Kochersberg dégradent fortement la rivière. Ce qui sort des pots d’échappement se retrouve dans l’eau.

Les routes du Kochersberg sont très fréquentées, en particulier aux heures de pointe. (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas pour Rue89 Strasbourg).

Dans l’eau des ruisseaux : des hydrocarbures et des pesticides

Le bourdonnement d’un tracteur et d’une ligne à haute tension couvrent le chant des oiseaux. Le village de Behlenheim apparaît derrière les épis de maïs. Sur le site de l’agence de l’eau Rhin Meuse, les états chimiques et biologiques de la rivière ont la pire qualification possible : « mauvais ». En fouillant, on trouve toutes les mesures réalisées sur différents points de relevés. De nombreux hydrocarbures, émis par les voitures, comme des Fluoranthènes ou des Benzopérylènes, sont presque systématiquement détectés. Et le GCO (Grand contournement ouest de Strasbourg), une autoroute destinée aux camions, qui passera au-dessus des affluents de la Souffel, « n’arrangera rien à la situation », souffle Mathieu. Pour l’instant, la grande coulée de béton est vide.

Le GCO est conçu pour accueillir des dizaines de milliers de poids lourds par jour. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas pour Rue89 Strasbourg

Contrairement à la Bruch ou à la Zorn, qui prennent leur source dans les Vosges, la Souffel, dont tous les affluents viennent d’une zone agricole, « est alimentée par une eau polluée dès le départ par les pesticides », explique-t-il. Dans les ruisseaux, ces substances chimiques sont invisibles à l’œil nu. Mais elles sont souvent mesurées dans des concentrations importantes. Par exemple, sur une station de relevés à Mundolsheim, entre 2010 et 2019, les teneurs en herbicides dépassent régulièrement les valeurs seuils, et donc les limites de potabilité. Il s’agit des molécules dichloroaniline, acétochlore, diméthénamide, et flumioxazine.

Des doutes sur la toxicité des molécules quand elles agissent à plusieurs

Autre point sensible : à l’est de Griesheim, où une station d’épuration rejette ses eaux traitées directement dans la Souffel. Des eaux qui sont très riches en nitrites, et participent à détériorer l’écosystème d’après Mathieu :

« Toutes ces substances chimiques se dégradent dans la nature en des métabolites, que nous ne connaissons pas forcément. Nous ne pouvons donc pas les détecter. Et nous n’avons presque aucune connaissance sur leurs effets synergiques : c’est-à-dire lorsqu’elles sont plusieurs, et que leur toxicité est potentiellement amplifiée par un effet cocktail. Or, sur le terrain, il y a toujours des dizaines de molécules différentes à un même endroit. »

Un tuyau de la station d’épuration de Griesheim rejette des eaux chargées en nitrites dans la Souffel. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas pour Rue89 Strasbourg

Daniel Reininger, « pilote » du réseau eau d’Alsace Nature (Association qui milite pour la protection de la nature et de la biodiversité), assure que « les pesticides, les nitrites et les hydrocarbures ont bien évidemment des impacts sur les organismes vivants ». Les herbicides peuvent parfois directement tuer les végétaux aquatiques. Les invertébrés et les poissons dépendent aussi de la qualité chimique de l’eau.

Les ruisseaux pollués et la nappe phréatique communiquent

Le plus inquiétant selon Mathieu, ce sont les possibles communications entre les ruisseaux et la nappe phréatique :

« On sait qu’il y a des interactions. L’eau ruisselle dans le sol et atteint la nappe phréatique inéluctablement. Par endroit, on observe des pertes d’eau importantes. Elles correspondent probablement à des fuites sous la rivière, vers la nappe. C’est le cas à Lampertheim par exemple. Quels sont alors les flux de nitrates et de pesticides ? »

Justement, on observe aussi de fortes concentrations de pesticides et autres polluants dans la nappe phréatique. Au niveau d’un point de relevé à Lampertheim, l’Aprona – observatoire de la nappe d’Alsace –, relève des concentrations de l’herbicide métolachlore et de certains de ses métabolites, largement au-dessus des normes de potabilité : le métolachlore ESA est mesuré à 0,464 µg/l, et le métolachlore OXA à 0,353 µg/l. Le seuil est de 0,1 µg/l. Dans la même commune, un puits de captage pompe l’eau potable.

Thibaut Mension, directeur local au Syndicat des Eaux et de l’Assainissement (SDEA) pour les alentours du Kochersberg, promet :

« Nous testons la présence de pesticides deux à trois fois par an sur les puits de captage de l’eau potable de Griesheim et Lampertheim. Ils alimentent les habitants du Kochersberg et du nord de l’Eurométropole. Nos analyses sont toutes publiées et vérifiées par l’Agence régionale de santé. On trouve certains pesticides dans la nappe. Mais au niveau des stations de pompage, leur concentration est toujours conforme aux normes de potabilité. Sinon, nous serions obligés de mettre en place des restrictions d’usage. La préservation de la ressource en eau potable à long terme fait partie des raisons pour lesquelles le plan Souffel 2027 a été mis en place. »

En mai 2018, Rue89 Strasbourg publiait une enquête mettant en évidence les failles dans les tests qui mesurent les concentrations en pesticides de l’eau potable. Depuis la route entre Griesheim et Mittelhausbergen, le puits de captage apparaît, au milieu des grandes cultures céréalières. Des hangars agricoles et des bâtiments d’élevage se dressent aussi sur les collines.

La station de captage de Griesheim pompe l’eau potable à plus de 90 mètres sous terre. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas pour Rue89 Strasbourg

« Il y a un phénomène d’accumulation des pesticides dans la nappe »

Joint au téléphone, Justin Vogel, maire de Truchtersheim, témoigne de pratiques très polluantes, qui ont cessé « il y a 15 ans ». Selon lui, des solvants et des eaux de nettoyage de tracteurs contenant des détergents étaient souvent rejetées dans les ruisseaux à l’époque. Aujourd’hui, il considère que les agriculteurs font beaucoup d’efforts : « Ils utilisent des pesticides moins toxiques et à plus faible fréquence. » La chambre d’agriculture a mis en place un plan d’action pour la Souffel visant à les inciter individuellement à « mieux gérer » les engrais et les risques de ruissellement de produits phytosanitaires. « Mais pour l’instant, la production biologique est très rare dans le Kochersberg », remarque Mathieu.

Un agriculteur de Dingsheim, qui désire préserver son identité, indique que les paysans sont avant tout « des chefs d’entreprise qui doivent faire tourner leur affaire », et qu’ils ne peuvent pas se permettre de passer en bio sans garanties financières. Il estime que « les élus doivent d’abord inciter très nettement la transition et la création de nouvelles filières économiques qui vont dans ce sens ». Mathieu discute également avec des exploitants dans le cadre de Souffel 2027 :

« Beaucoup font des efforts, mais on avance à pas de souris. Le problème, c’est qu’il y a urgence. Les produits qui ont été épandus dans les dernières décennies sont en partie stockés dans le sol et ruissellent doucement vers la nappe phréatique. Ceux qui sont pulvérisés maintenant s’y retrouveront dans 30 ans. Cet effet à retardement doit être pris en compte. Il y a un phénomène d’accumulation. »

Parallèlement, le maire de Truchtersheim indique que la communauté de communes du Kochersberg, dont il est président, investit 1 million d’euros par an dans le plan Souffel 2027 et dans des aménagements contre les inondations :

« Concrètement, nous plantons des arbres autour des cours d’eau, pour amoindrir le ruissellement. Nous installons aussi des prairies, donc des bandes sans épandage de pesticides, aux abords des ruisseaux. Enfin, nous recréons des méandres, les sinuosités des rivières, pour retrouver un écoulement plus naturel. »

À Behlenheim, sur plus de 100 mètres, cette prairie sépare le ruisseau d’un champ de maïs. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas pour Rue89 Strasbourg

Sur 40% des points de mesures de la nappe phréatique d’Alsace, l’eau n’est plus potable

Effectivement, presque partout autour des ruisseaux du bassin versant de la Souffel, une bande d’arbre s’élève et contraste avec le reste du paysage. En revanche, les champs ne sont jamais très loin. Souvent à moins de 10 mètres. Leurs pentes se dirigent vers les rivières. Les molécules épandues, emportées par les eaux de ruissellement, finissent mécaniquement dedans. Bien sûr, ce problème est transposable à de nombreux territoires en Alsace et ailleurs. Avec l’étude ERMES menée en 2016, l’Aprona affirmait :

« 40% des points de mesure de la nappe phréatique d’Alsace dépassent les valeurs seuils de potabilité pour au moins une substance. »

Le plan Souffel 2027 est tiré d’une législation européenne votée en 2000 appelée directive-cadre sur l’eau. Elle impose de retrouver un « bon état » des rivières. La loi prévoit des amendes pour les pays membres qui ne la respectent pas. Pour Mathieu, cet objectif est impossible à atteindre vu le contexte :

« Même avec les petits efforts qui sont faits, il y aura toujours des ruissellements de produits phytosanitaires. Il faudrait que tous les champs soient en bio sur une bande de 100 ou 150 mètres de part et d’autre des cours d’eau pour arriver à un résultat conforme à la directive européenne. Sinon, avec l’accumulation des substances chimiques, on pourrait assister à la fermeture à moyen ou long terme de stations de captage d’eau potable. Déjà maintenant, il y a peut-être des impacts sanitaires, par exemple à cause de métabolites inconnus et toxiques. Comment être sûr que ce n’est pas le cas avec autant de pesticides dans la nappe ? »

En Alsace, 8% des terres sont cultivées en agriculture biologique. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas pour Rue89 Strasbourg

« Il manque la volonté politique »

Rue89 Strasbourg avait mis en lumière, en mars dernier, un nombre particulièrement important de cancers et de maladies neurodégénératives diagnostiqués chez des habitants de Schnersheim, probablement en lien avec les pesticides. Ces derniers se répandent aussi dans l’air. Un conseiller municipal de Schnersheim, qui souhaite aussi garder l’anonymat, constate « un tabou autour de l’impact des pesticides », et un « manque de volonté de la part des élus, qui sont souvent des agriculteurs, pour protéger l’eau, qui est pourtant un bien commun ».

Daniel Reininger, d’Alsace Nature, plaide pour un changement de modèle agricole :

« Les choses telles qu’elles sont en ce moment ne profitent qu’à l’industrie agroalimentaire. Beaucoup d’exploitants sont en difficulté financière. Mais ils se conforment à un système ultra-polluant, avec une utilisation massive de pesticides et de très grandes surfaces cultivées en monoculture. Tout ça pour produire très peu de nourriture au final. Techniquement, la transition vers une agriculture maraîchère, sans pesticides, qui préserve notre santé, est possible. Il manque la volonté politique. »

Le paysage du Kochersberg est marqué par l’agro-industrie. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas pour Rue89 Strasbourg

Ce dernier demande aussi des investissements publics massifs dans les transports en commun pour diminuer le trafic et la présence d’hydrocarbures dans les ruisseaux. En attendant les politiques favorables, les cours d’eau des alentours de Strasbourg continuent à transporter des substances chimiques toxiques.

La Fracture de Catherine Corsini, film nerveux sur une société en crise

La Fracture de Catherine Corsini, film nerveux sur une société en crise

Dans son treizième long-métrage, Catherine Corsini ausculte la société française en pleine crise des Gilets jaunes. En plaçant son histoire au sein de l’hôpital public, le film trouve un écho encore plus fort aujourd’hui. Elle raconte une double fracture : intime et sociale. Rencontre avec une réalisatrice qui revendique sa responsabilité politique et sociale.

En essayant de rattraper son amoureuse qui la fuit, Raf (Valéria Bruni Tedeschi) tombe et se casse le coude. Julie (Marina Foïs) et Raf se retrouvent à l’hôpital, alors qu’une manifestation de Gilets jaunes a lieu sur les Champs Élysées. Les blessés arrivent en masse. Yann (Pio Marmaï), routier qui est venu à Paris pour manifester, laisse éclater sa colère. L’hôpital devient alors le théâtre shakespearien de la société française : la réalisatrice Catherine Corsini met en scène dans un huis clos rageux, la fracture sociale doublée d’une crise de l’hôpital et d’un couple en crise.

La réalisatrice s’est mise en scène à travers le couple formé par Valéria Bruni Tedeschi et Marina Foïs et montre sans complaisance le regard qu’ont pu porter les intellos de gauche sur les Gilets jaunes. Catherine Corsini a soif de montrer que les Français peuvent encore faire société, en lutte contre ceux qui voudraient que l’on pense le contraire.

Bande-annonce de La Fracture.

Rue89 Strasbourg : Le récit passe d’un point de vue à l’autre entre les trois personnages clés : Raf, issue d’un milieu intellectuel de gauche, Yann, un Gilet jaune, chauffeur routier et Kim, qui est infirmière. On sent que Raf représente votre regard sur les choses, mais comment avez-vous construit les deux autres personnages ?

Catherine Corsini: Je suis partie effectivement de mon couple, un couple en crise, mais surtout fatigué dans ses idéaux. La question qui me taraude est de savoir quelle pensée politique on peut avoir aujourd’hui, quand on voit l’état de la gauche. Comment parler de la société actuelle ? Quel regard porter et comment parler de la crise actuelle en France ?

L’accident que j’ai eu m’a fait passé une nuit à l’hôpital et je me suis dit que cela ferait un formidable terrain d’observation, de conflits, de tensions mais pouvait aussi apporter des situations drôles. Au départ j’avais construit plein de personnages, des gens que j’ai rencontré à l’hôpital, sur les ronds points. Puis petit à petit, l’hôpital a pris de plus en plus de place et je me suis recentrée. Le personnage de Yann, incarné par Pio Marmaï, s’est imposé assez instinctivement, j’aime cette figure assez chevaleresque du camionneur, qui roule la nuit…

« J’ai voulu travailler avec des soignants »

Votre infirmière est une sainte…

Kim est interprétée par Aissatou Diallo Sagna, elle est aide-soignante dans la vie. J’ai voulu travailler avec des soignants pour être au plus juste. Tous les gens que j’ai castés étaient extraordinaires : ce sont des gens qui aiment leur métier, qui sont dans l’abnégation, ils ont la foi ! Oui, c’est une sainte, elle a une grâce incroyable, dans la manière de tenir un enfant, de caresser la main d’une dame en train de mourir. Beaucoup d’infirmières ont cette capacité d’empathie très forte, de réconfort.

Les Gilets jaunes en manifestation à Paris affluent progressivement vers l’hôpital Photo : doc. remis

Le film s’ouvre dans un appartement bourgeois, sur une dispute de couple, un lieu commun du cinéma français… Puis vous sortez ce couple de chez elles et vous les plongez dans le chaos social. Est-ce une critique d’un certain cinéma français ?

En tout cas, il y a une partie de la critique, peut-être parce qu’elle n’est pas politisée, qui n’est pas très enthousiaste vis à vis du film, qui a vu l’hôpital comme un prétexte. Au contraire, je me suis mise en scène pour montrer le processus de l’ouverture à l’autre, comment nos idées préconçues se transforment. Nous ne sommes pas aussi divisés qu’on veut nous le faire croire, il y a moyen de faire sens commun. Aujourd’hui, on peut avoir l’impression que c’est impossible mais c’est faux.

Malgré tout le constat final est très dur, on sort secoué de votre film.

La fin du film a été beaucoup discutée mais ça ne pouvait pas se terminer bien. Ce corps blessé, c’est le corps social, qui travaille, qui est abimé. Il faut se réveiller ! Le gouvernement vient encore de supprimer 5 000 lits, beaucoup d’infirmières quittent l’hôpital. J’ai montré le film à un comité de 200 soignants et ils m’ont interpellée, en quelque sorte appelée à l’aide. Je me sens une responsabilité avec ce film. Plus personne ne soutient les grèves, on ne s’occupe plus de nous. L’hôpital c’est nos enfants qui vont y être soignés, nos personnes âgées. On a un outil merveilleux en France et on est en train de fabriquer une machine à deux vitesses.

Un dialogue tour à tour drôle et tendu entre Raf (Valéria Bruni tedschi) et Yann (Pio Marmaï) Photo : doc remis

En terme de direction d’acteurs, vous racontez que vous avez mis tout le monde sous tension pour donner à voir ce stress des urgences, comment avez-vous procédé pour créer cette tension ?

Alors ça je sais faire : mettre tout le monde sous tension ! (Elle rit) Je suis complètement angoissée pendant un tournage. J’ai fait en sorte que tout parte sur les chapeaux de roue, que les acteurs se sentent sur le grill, à chercher les accidents… J’ai choisi des acteurs qui aiment ça, être déstabilisés, donner quelque chose d’inattendu, c’est comme un jeu entre nous. Mais les dialogues étaient très écrits, Pio Marmaï a besoin de connaître son texte à fond, pour pouvoir s’oublier dans le texte. Valéria Bruni Tedeschi fonctionne par vagues, elle se laisse porter par ses émotions et a pu changer des choses.

Elle joue une femme au bord de la crise de nerf, parfois insupportable…

Elle n’a pas de surmoi, elle le dit. Elle a peur de mourir, elle a a peur de devoir vivre sans son amoureuse. Mais elle se rattrape toujours, par la drôlerie. Elle est insupportable, très centrée sur elle, et Julie, interprétée par Marina Fois, au contraire est celle qui aide. C’est un binôme qui s’exaspère et qui s’attire.

Vous tournez des longs plans séquences caméra à l’épaule, qu’est-ce que vous avez retiré de cette nouvelle façon de travailler ?

J’ai eu l’impression de me lâcher complètement ! C’est aussi la première fois que je tournais dans un lieu unique, avec des acteurs professionnels et non-professionnels. Il fallait que je rende ce lieu très vivant et donc j’ai cherché à créer du mouvement, de la fluidité, j’ai adoré !

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