Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Complotisme et grand fourre-tout… Plongée dans les réseaux des Alsaciens qui refusent le vaccin

Complotisme et grand fourre-tout… Plongée dans les réseaux des Alsaciens qui refusent le vaccin

À Strasbourg et en Alsace, des personnes refusant la vaccination contre le Covid-19 se regroupent pour se sentir moins seules face aux restrictions sanitaires. Rue89 Strasbourg a eu accès à près d’une dizaine de groupes en ligne différents qui organisent le mouvement anti-pass. Ces espaces alternatifs en ligne évoluent vers des actions concrètes, comme des rencontres réelles ou virtuelles régulières, des groupes d’instruction à la maison, des groupes de sport… Mais ces espaces sont aussi le lieu d’une surexposition aux théories du complot et aux fausses nouvelles.

Dans un salon de discussion de la messagerie chiffrée Telegram, Benjamin, un adolescent de Sarreguemines, se pose la question de la dangerosité des tests PCR à répétition. « Bonjour, j’ai 17 ans et je ne suis toujours pas vacciné. Au foot, je vais devoir faire des tests toutes les semaines à partir de vendredi pour jouer mes matchs. » Il poste son message dans la branche régionale d’un des groupes complotistes les plus importants en France, nommé Le Grand Réveil. Ce groupe comprend 2 200 membres pour le Nord-Est de la France, et près de 68 700 personnes sur sa branche francophone principale.

Dans ce tchat (ou salon de discussion) Telegram, Véronique lui répond simplement : « Bonjour, oui les tests PCR sont nocifs. » Un profil nommé Léonidas surenchérit : « Sérieusement, se tester une fois par semaine avec les lésions cérébrales que ça doit occasionner ?!? Je ne parle même pas de la piquouze… Franchement, à ta place je ferais comprendre à mon club que je n’adhère plus… » Benjamin se désole : « Oui mais je fais quoi alors ? J’abandonne toute ma jeunesse ? » Le compte M67 poursuit : « Je vous conseille d’abord de vous battre contre cette obligation car ce n’est que la partie visible de l’iceberg…. Le pire reste sans doute encore à venir. »

Le jeune lycéen semble traverser une période difficile à cause de la pandémie. « C’est dur au lycée et dans mon équipe, tout le monde me dit de me vacciner et la pression sociale devient compliquée. Quand j’ouvre Instagram et qu’ils voient « Le Grand Réveil », ils me prennent pour un fou antivax. Dès que je dis que je ne veux pas me faire vacciner, ils me disent que ce n’est qu’une piqûre. Pour le moment je résiste mais je me demande pour combien de temps. » S’ensuivent des messages de soutien, et des indications à privilégier les tests salivaires, mais aussi des messages plus violents, comme celui de l’utilisateur Nel : « La pression sociale tu en as rien à foutre, le bétail n’a qu’à crever, toi tu es dans le vrai et le bon sens. »

Certains messages de manifestants anti-passe sanitaire renvoient à des théories du complot, comme le « nouvel ordre mondial » cité sur cette pancarte lors de la manifestation du samedi 31 juillet. Photo : ML / Rue89 Strasbourg

Dans un groupe local rattaché à Réaction19 (une association anti-vaccin francophone d’aide juridique), Alexis 67 pose une question similaire pour la pratique sportive de son enfant :

« Question du jour aux personnes concernées par le Passe sanitaire pour les 12-17 à compter de jeudi prochain pour les activités sportives. Quel est votre plan ? Arrêt du sport ? Test pcr 1 à 2 fois par semaine ? »

Une personne nommée Léa lui répond de présenter un document juridique de Réaction 19 qui indiquerait que le passe sanitaire pour les activités sportives ne concerne que les majeurs. Alexis la remercie : « On va le présenter au club et voir si ça passe… car dans la pratique, vont-ils prendre le risque de l’accepter ? »

Une autre utilisatrice, Estelle, partage ses inquiétudes :

« Bonsoir. Tiens-nous au courant de la réponse. J’ai eu la même démarche à l’oral avec le président du club de nos garçons, ami et policier de métier. Sa réponse a été de me dire que ce texte est amené à être changé pour rabaisser l’âge, et que si la fédération fait un contrôle – elle fermerait le club. Il voit ce qu’il peut faire. On lui réclame des QR codes. Il avait l’air bien embêté aussi de la situation ou fatigué d’autre chose ??? Son fils qui a le même âge que le mien est vax… (comme les 4 autres membres de l’équipe d’ailleurs !) »

Leur échange s’arrête là, noyé dans un flux de publications conspirationnistes.

Trois jours plus tard, un flyer est diffusé dans ce groupe. C’est la branche locale d’un collectif national, Enfances et Libertés qui le signe, en proposant un rendez-vous « sport sans passe pour tous » le dimanche 3 octobre au Parc des Sports dans le quartier strasbourgeois de Hautepierre. À partir du jeudi 30 septembre, les activités sportives sont soumises au passe sanitaire pour les 12-17 ans.  

Instruction en famille

Ce collectif Enfances et Libertés ne s’arrête pas au sport. Son créneau semble même plutôt être l’instruction en famille (IEF). Ce groupe, opposé au port du masque à l’école, propose de mettre en relation parents et enseignants particuliers pour éviter la vaccination des enfants et les pressions sociales.

Le collectif Enfance & Liberté est historiquement anti-masque et se concentre sur l’instruction en famille. Ici, le logo est affiché lors d’une manifestation anti-passe sanitaire, le 28 août 2021, place de la République à Strasbourg Photo : ML / Rue89 Strasbourg

D’autres groupes, comme Un Nôtre Monde 67, une tentative de liste complotiste avortée pour les élections régionales devenue un « mouvement pour une société alternative », tente également de fédérer des listes de parents et des enseignants pour créer un réseau d’instruction en famille. Mais sur leur site, une modératrice pour la section Grand Est regrette que « seulement 11 familles ont rempli le tableau pour se regrouper par secteur et se soutenir. »

Début septembre, sur un autre tchat Telegram anti-vaccin privé nommé Strasbourg 67 Liberté (300 personnes), Maud 67 (modératrice d’un groupe de 230 personnes intitulé « one nation branche alsace ») s’inquiète pour son fils au Neuhof qui se sent en très grande minorité face à ses camarades, tous vaccinés. Quelques posts plus loin, un « kit parents » pour la rentrée est proposé par le collectif Enfance et Liberté. À l’intérieur, des fiches attestant le refus parental à la vaccination des enfants, une batterie d’arguments pour « résister à la pression vaccinale » ou encore la présentation de dispositifs d’instruction en famille et des conseils pratiques.

Extrait d’un des « guides juridiques » mis en ligne par le mouvement anti-vaccin, diffusé dans les groupes locaux. Ici, des conseils pour les adolescents au collège et au lycée. Photo : Capture d’écran

Les « kits » de ce genre fleurissent sur différents aspects de la vie quotidienne, comme le versant juridique et médical pour les anti-vaccins. De retour dans le groupe Strasbourg 67 Liberté, Gigi cherche une liste de médecins : « Bonjour, la liste des médecins a été supprimée sur ce site. Quelqu’un aurait-il conservé des copies écran ? » Il parle du site « Le Manifeste » ou d’un collectif national « Laissons Les Médecins Prescrire » qui mettait en avant une série de « médecins engagés pro-traitements alternatifs » contre le Covid-19 comme l’hydroxychloroquine (un traitement contre le lupus déconseillé par l’agence nationale du médicament). L’utilisateur Eric lui répond « Bonjour Gigi. Oui, j’ai conservé une copie d’écran. Mais malheureusement, beaucoup d’entre eux n’exercent plus depuis la semaine dernière… [ndlr, à cause de la suspension des soignants non-vaccinés] ».

Quelques posts plus loin, Michel pose une question similaire :

« Je veux quitter mon généraliste qui veut me faire piquouser malgré mes 4 pontages cardiaques… Connais-tu un médecin à Strasbourg et environs qui serait libre et non corrompu ? Merci de me répondre. »

Les médecins « alternatifs » comme Didier Raoult, Louis Fouché ou la députée psychiatre Martine Wonner sont des stars des mouvements anti-passe et anti-vaccins. Ici, une pancarte en hommage d’un manifestant contre le passe sanitaire à Strasbourg (Photo ML / Rue89 Strasbourg) .

Les groupes de soignants suspendus gangrénés par les complots

Plus inquiétant, cette défiance se retrouve dans d’autres groupes Telegram, créés par des membres suspendus du personnel soignant alsacien, suite à leur refus de se faire vacciner contre le Covid-19. Pour coordonner leurs réponses notamment juridiques et s’entraider, ils s’organisent aussi sur la messagerie Telegram avec des groupes comme « Soignants 67 » (220 personnes) ou « L’union fait la force » (près de 700 personnes majoritairement alsaciennes).

Si l’objectif est de se soutenir entre soignants suspendus, une situation très mal vécue par nombre d’entre eux, et de trouver des solutions contre ce qu’ils vivent comme une discrimination, les membres de ces groupes forment une cible de choix pour les mouvements complotistes, qui n’hésitent pas à utiliser ces groupes pour diffuser leurs messages, comme en témoignent les captures d’écran ci-dessous.

Captures d’écran dans « Soignants 67 »

Le vaccin serait « le réinfectant », vidéos du complotiste Silvano Trotta ou d’Astrid Stuckelberger, mention d’un « nouvel ordre mondial », et d’un futur « chantage climatique »… Tous les thèmes complotistes sont diffusés dans ces groupes, pourtant composés de soignants, sans qu’il ne semble y avoir de modération ou de protestations.

Captures d’écran du groupe L’Union Fait la Force.

Du sport et des concerts pour les non-vaccinés

D’autres initiatives fleurissent pour accompagner le mouvement d’opposition au passe sanitaire et au vaccin, comme sur une autre chaîne Telegram, avec le groupe « Sports contacts Alsace » qui cherche à organiser des cours et des rassemblements sportifs ouverts aux non-vaccinés, allant des sports de fitness aux sports collectifs en passant par les sports d’armes et de combat.

Quelques clics plus loin, un autre groupe, « Café to sit », propose l’alternative aux bars et cafés dont l’accès est conditionné par le passe sanitaire : des rendez-vous chez les particuliers. De son côté, Yves, qui tient la chaîne « com&stratégie67 » propose une « unité de production audiovisuelle et de quoi produire des affiches A3 » pour alimenter la visibilité du mouvement.

Plus loin sur Telegram, c’est la scène culturelle des anti-vaccin qui apparaît avec des « concerts chez l’habitant » par « l’artiste alternative Ingrid Courreges » sans restrictions sanitaires (car petite jauge). Un concert est prévu en octobre. Le lieu évoqué pour accueillir cet événement est le local d’AmphorA, une boutique strasbourgeoise de vente de produits d’hygiène et d’objets d’art. Cette boutique se qualifie comme un « berceau pour accueillir et faire grandir des forces créatives où corps, âmes et esprits cheminent vers l’Harmonie » et relaie des informations complotistes sur son site internet.

Martine Wonner, marraine officielle d’un groupe complotiste fan de Qanon

Dans plusieurs de ces groupes issus du mouvement anti-passe en Alsace, les idées d’une célébrité locale, Martine Wonner, la députée de la 4e circonscription du Bas-Rhin (ex-LREM) reviennent régulièrement. L’élue est même désormais la marraine officielle d’une branche de l’un de ces groupes complotistes : « l’Alliance Humaine Santé International » – la récente branche santé d’un mouvement plus large nommé L’Alliance Humaine.

Elle l’a d’ailleurs annoncé le 25 septembre en direct sur la chaîne Twitch de l’Alliance Humaine devant plus de 3 500 personnes, tout en faisant la promotion de son nouveau mouvement : « Ensemble pour les Libertés ». Sur ce live-stream, la députée est rejointe par d’autres figures complotistes francophones qui expliquent que la vaccination contre le Covid-19 serait un « essai thérapeutique au consentement forcé » et se scandalisent du taux élevé de vaccination en France.

La députée de la 4e circonscription du Bas-Rhin est même désormais la marraine officielle de ce groupe complotiste, l’Alliance Humaine 2020, via sa branche Alliance Humaine Santé International. Elle l’a annoncé le 24 septembre en direct sur la chaîne Twitch de l’Alliance Humaine devant près de 3 500 personnes. Photo : Capture d’écran
Les canaux de l’Alliance Humaine diffusent du contenu souvent complotiste et parfois antisémite comme ci-dessus sur Georges Soros ou « le péril judéo-maçonnique » (Capture d’écran Telegram).

Sur Telegram, « l’Alliance Humaine » rassemble plus de 18 200 personnes dans sa chaîne francophone, et 620 pour leur chaîne du Grand Est. Dans ces canaux de diffusion, des vidéos, liens et messages pro-Trump sont partagés régulièrement, aux côtés d’autres théories du complot plus radicales comme celle annonçant « Le Grand Réveil », des rituels sataniques, QAnon (un mouvement complotiste très répandu aux USA), ou encore la théorie antisémite du « complot judéo-maçonnique ».

En direct sur le stream du vendredi 24 septembre, l’animateur Antoine Cuittitta regarde en parallèle de sa discussion avec Martine Wonner des « révélations alternatives » sur les élections américaines en Arizona censées prouver la fraude électorale aux USA. Sur son site, des « Qdrop », de supposés messages cachés de « Q », le personnage secret du mouvement conspirationniste Qanon, sont partagés. Comme pour d’autres collectifs cités ci-dessus, en local comme en national, cette « ONG » Alliance Humaine travaille à créer un réseau de « soignants heureux » pour les personnes sans passe-sanitaire.

Des questionnements quotidiens sur la stratégie politique à adopter en Alsace

Dans le groupe régional de l’Alliance Humaine, comme sur plusieurs autres groupes, une utilisatrice alsacienne de Telegram nommée Cindy se questionne sur la Marche pour le Climat qui a lieu le même jour que la manifestation anti-passe à Strasbourg, le samedi 2 octobre.

« J’ai un dilemme pour défendre l’avenir de mon enfant : lutter pour qu’il ait une planète habitable ou pour qu’il ne vive pas dans un esclavage numérique sachant que le numérique pollue la planète… Les anti-passes, s’ils manifestent passeront pour des égoïstes qui s’en fichent de la planète. Soyons stratégiques. Rejoignons les verts pour les éveiller ? »

Une personne au pseudo « liberté » écrit en russe lui répond :

« Le climat n’est aucunement en « danger ». C’est le 3e terrorisme. Après le terrorisme islamiste et le sanitaire vient le terrorisme climatique. Tous ces abrutis manifestant pour le climat sont d’autres idiots utiles du système. C’est comme si vous intégriez les féministes et les LGBT dans les manifs. Parfait pour les détruire. »

Dans un autre groupe Strasbourg 67 Liberté, Maud 67 lui répond :

« Le climat est hélas contrôlé par les États aussi. La lutte pour le climat est une façon encore une fois de nous distraire… Plein plein de choses sur le sujet sont encore cachées. Si quelqu’un sur ce groupe a des informations. En plus, on sait tous que les plus gros pollueurs sont les milliardaires et les grosses industries, qui appartiennent à….
Encore une fois, les responsables se déresponsabilisent… Et cherchent à nous culpabiliser. […] Franchement, cette histoire de climat c’est aussi un énorme mensonge… C’est mon avis personnel. »

Le même jour, le samedi 2 octobre, un colloque universitaire et médical se tient à Strasbourg sur le thème « La meilleure protection c’est la vaccination ». Les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) organisent cette « journée d’infectiologie et de vaccinologie d’Alsace » en partenariat avec des entreprises médicales, notamment la célèbre entreprise Pfizer à l’origine d’un des vaccins à ARN messager contre le Covid-19.

L’information n’a pas tardé à circuler dans les groupes et collectifs anti-vaccins et anti-passes cités ci-dessus. Un profil se présentant comme celui de la députée Martine Wonner a évoqué la possibilité de s’y rendre « pour poser une ou deux questions bien marquées ». Une « perturbation bienveillante » a été annoncée par certains groupes, avec certains des commentaires incitant à « huer ces mafieux ».

ZFE : Tout savoir sur les aides pour acheter un nouveau véhicule… ou s’en débarrasser 

ZFE : Tout savoir sur les aides pour acheter un nouveau véhicule… ou s’en débarrasser 

Dans le cadre du déploiement à venir de la Zone à Faibles Émissions (ZFE), la présidente de l’Eurométropole de Strasbourg et ses collègues ont annoncé le montant et les critères des différentes aides aux mobilités alternatives à la voiture ainsi que pour la prime à la conversion.

« Personne ne doit être laissé au bord de la route. » La présidente de l’Eurométropole de Strasbourg a martelé ce message en conférence de presse vendredi 1er octobre. À deux semaines du vote de la délibération-cadre pour le déploiement de la Zone à Faibles Emissions (ZFE), Pia Imbs a voulu répondre aux critiques sur le volet social de ce dispositif interdisant progressivement les véhicules les plus anciens au sein de l’EMS.

Conférence de presse préalable au conseil de l’Eurométropole du 15 octobre qui votera la délibération-cadre de la Zone à Faibles Emissions de l’Eurométropole de Strasbourg Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

L’exécutif de l’Eurométropole a ainsi décidé de tripler l’enveloppe initiale destinée à soutenir les particuliers et les entreprises dans leur transition. Le montant total des aides est passé de 15 à 50 millions d’euros. La générosité des aides de l’Eurométropole, cumulables avec celles de l’État, dépendra du revenu fiscal des ménages.

Peu importe l’aide, il faudra passer par la nouvelle « Agence du climat » de l’Eurométropole pour initier la demande de soutien. La présidente de la collectivité assure que deux personnes ont déjà été recrutées pour traiter les dossiers de subventions. L’agence être opérationnelle « fin 2021 » pour permettre d’effectuer des premiers versements début 2022.

L’aide à la conversion automobile

Il y a tout d’abord l’ »aide à la conversion automobile ». Cette enveloppe concerne les conducteurs qui souhaitent acheter un véhicule Crit’air 1 ou 0, neuf ou d’occasion. Cette subvention locale est cumulable avec celles de l’Etat, qui peuvent aller jusqu’à 12 000 euros. Le soutien financier peut monter jusqu’à 3 500 euros pour une personne dont le revenu fiscal de référence est inférieur à 6 300 euros. L’aide de l’EMS sera plafonnée à 80% du coût d’achat du véhicule.

Pour les propriétaires de deux-roues, l’aide à la conversion peut monter jusqu’à 1 400 euros pour une personne au revenu fiscal inférieur à 6 300 euros.

Enfin, une autre aide est disponible pour le « rétrofit », c’est à dire la conversion électrique du moteur d’un véhicule existant. Dans ce cas, l’aide est plus simple. Le montant est fixé à 2 500 euros pour toute personne dont le revenu fiscal de référence est inférieur à 2 500 euros.

Les exemples de papi René et de la famille Schmitt

Dans son dossier de presse, l’Eurométropole donne l’exemple d’une « personne retraitée qui souhaite se séparer de son véhicule non classé (trop ancien pour entrer dans les conditions d’une vignette, ndlr) pour une petite citadine électrique neuve ». Son revenu fiscal de référence est de 4 572 euros. Pour l’achat d’une voiture électrique neuve à 21 350 euros, voici les aides dont peut bénéficier papi René :

    Prime à la conversion : 5 000 eurosBonus écologique : 6 000 eurosSurprime ZFE : 1 000 euros Aide EMS : 3 500 eurosReste à charge : 5 850 euros

L’EMS donne un autre exemple. Celui d’un un couple avec trois enfants. Disposant d’un revenu fiscal de référence de 9 600 euros, le ménage souhaite se séparer de son véhicule non classé pour acheter une voiture familiale électrique neuve. Voici les aides dont peut bénéficier la famille Schmitt, pour l’achat d’une Opel Corsa à 31 200 euros :

    Prime à la conversion : 2 500 eurosBonus écologique : 6 000 eurosSurprime ZFE : 1 000 euros Aide EMS : 2 500 eurosReste à charge : 19 200 euros
L’autoroute A35 (désormais appelée M35) sera concernée par l’interdiction de véhicules. Quelques exceptions permettront néanmoins à certains véhicules d’y circuler. Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Le « chèque mobilité » pour des alternatives à la voiture

L’Eurométropole de Strasbourg souhaite aussi inciter les automobilistes à se séparer de leur voiture, sans la remplacer. Pour les années 2022 et 2023, l’aide aux mobilités alternatives pour les particuliers qui abandonnent leur véhicule peut monter jusqu’à 2 000 euros pour les personnes dont le revenu fiscal est inférieur à 6 300 euros. Le chèque mobilité doit permettre de s’acheter des « abonnements aux transports urbains, de payer du transport à la demande, de la location de vélos, de l’autopartage, de prestation de réparation d’entretien et de maintenance de vélo, VAE ou vélo-cargo, d’aide à l’achat de petit équipement de sécurité pour l’usage des modes actifs. »

Vice-président en charge des mobilités, Alain Jund (EELV) a rappelé que cette enveloppe de 50 millions d’euros n’est pas le seul investissement en faveur des mobilités durables. En tout, ce sont 500 millions d’euros qui seront dédiés à la mise en place d’un Réseau Express Métropolitain avec la Région Grand Est (voir notre article), le renforcement de l’offre de bus, la réservation d’une voie aux transports en commun et au covoiturage sur la M35 (ex-A35) « dès 2022 », abonnement gratuit aux transports en commun pour les moins de 18 ans ou encore 100 millions d’euros pour développer les pistes cyclables, en particulier entre la première et la deuxième couronne.

Pour les entreprises de petite et moyenne taille (moins de 150 salariés et 50 millions d’euros de taille moyenne) de l’Eurométropole, tout un régime d’aides locales complémentaires spécifique est instauré. Les montants iront de 1500 euros pour les véhicules légers à 15 000 euros pour les poids-lourds et autocars.

Des études d’impact en 2024 et 2026

Si les communes de l’EMS se sont accordées sur un calendrier d’interdiction des véhicules jusqu’à la vignette Crit’air 3, seules les villes de Strasbourg, Schiltigheim, Ostwald et Holtzheim affichent leur volonté d’interdire les véhicules Crit’air 2 à partir du 1er janvier 2028. Mais sur ce point, Pia Imbs pèse ses mots et parle d’une « ambition », pas d’une « décision ». En 2024 et en 2026, des études seront menées pour établir l’impact social et économique de la ZFE, ainsi que la qualité de l’air et les émissions de gaz à effet de serre. Le dispositif d’aide pourrait être adapté suite à ces études. Sans oublier les élections municipales de 2026 où la question pourrait être très présente dans les débats.

Une centaine de relogements et des bénévoles soulagés : l’Hôtel de la rue a fermé ses portes

Une centaine de relogements et des bénévoles soulagés : l’Hôtel de la rue a fermé ses portes

Jeudi 30 septembre au soir, les derniers résidents et les bénévoles de l’association La Roue Tourne ont fêté la fin de la convention d’occupation de l’Hôtel de la rue. Près d’une centaine d’habitants ont été relogés au cours des derniers mois.

Le sous-sol de l’Hôtel de la Rue est à la fête ce jeudi 30 septembre au soir. Sur une longue table, des assiettes pleines de cakes, de riz, de crudités et autres desserts orientaux. Des enfants jouent. Des résidents se prennent en photo. Sur les murs et sur une table à l’entrée, des aquarelles d’Axel Champoy. L’artiste a passé deux mois à vivre ici pour faire le portrait des résidents et des bénévoles. Ce soir, le squat ferme ses portes. Mais tout le monde semble soulagé, comme l’explique la présidente de l’association gestionnaire du lieu La Roue Tourne, Anne-Véronique Auzet :

« Concernant les habitants relogés, j’ai plutôt eu des retours sur leur bonheur et des messages très émouvants. J’ai aussi vu une famille dans son logement à l’Elsau. Ils étaient super contents de montrer la taille du logement et d’être enfin chez eux. À l’hôtel de la rue, ils pouvaient se doucher, mais avec quatre douches pour 100 personnes, c’était compliqué. Et puis c’est surtout la fin de la peur constante d’être expulsés. »

Près d’une centaine de personnes relogées

Depuis l’entrée en vigueur de la convention signée avec la Ville de Strasbourg, près de 100 personnes ont pu être relogées. Les associations ASF67 et Caritas ont fourni la majorité des logements, en attribuant respectivement 17 et 63 places aux résidents de l’Hôtel de la Rue. L’Office Français de l’Intégration et de l’Immigration (OFII) s’est occupé de 11 personnes. Quatre personnes sont rentrées dans leur pays d’origine et 23 ont trouvé une place chez des tiers.

Anne-Véronique Auzet est soulagée face à ce dénouement. En juillet 2021, la présidente de l’association craignait de voir certains résidents sans solution d’hébergement. « Fin août, toutes les familles étaient relogées, pour permettre aux enfants d’être à l’école pour la rentrée », se félicite la professeure des universités de géographie. La présence d’un aquarelliste pendant les deux derniers mois de l’Hôtel de la Rue a aussi permis de garder un climat apaisé dans le squat conventionné :

« J’avais peur de l’ambiance lorsque la moitié des résidents seraient partis, mais la résidence d’artiste a eu un effet super positif sur les habitants. »

Le logement intercalaire comme horizon

La coopération entre la Ville de Strasbourg, les associations Caritas et ASF, le Service Intégré d’Accueil et d’Orientation (SIAO) et l’association La Roue Tourne pourrait continuer au-delà de l’Hôtel de la Rue. Comme l’explique Anne-Véronique Auzet :

« La Ville de Strasbourg est motivée pour poursuivre avec du logement intercalaire (dans des bâtiments pour une période provisoire avant des travaux NDLR). Il y a pas mal de projets de rénovation urbaine à Strasbourg. Cela signifie que des immeubles seront vidés, parfois pour être rénovés. Une fois vidés, entre les études et la rénovation, on aurait deux ans. On pourrait donc passer par du logement intercalaire sans passer par la case squat, en reproduisant le positif de l’expérience d’aujourd’hui. »

Anne Véronique Auzet, la présidente de l’association gestionnaire. Photo : GK / Rue89 Strasbourg

La situation d’Abdoul dans l’impasse

Pour la présidente de la Roue Tourne, malgré une belle fin pour ce squat, il reste un point négatif : celui de ne pas avoir réussi à régulariser la situation d’Abdoul. L’ancien résident a eu un rôle très important de médiateur interculturel au sein de l’Hôtel de la Rue. Mais malgré « un dossier béton, avec une promesse d’embauche », Abdoul reste débouté du droit d’asile.

Abdoul, à gauche, a été débouté du droit d’asile Photo : GK / Rue89 Strasbourg

Thierry Sother élu à la tête du Parti socialiste bas-rhinois

Thierry Sother élu à la tête du Parti socialiste bas-rhinois

Collaborateur auprès des élus strasbourgeois et membre de la direction sortante, Thierry Sother a remporté le suffrage interne auprès des militants.

Thierry Sother, 39 ans, est le nouveau premier secrétaire fédéral du Parti socialiste du Bas-Rhin (PS67). Candidat pour la première fois, il faisait partie de l’équipe de direction sortante et s’en réclamait. Les militants du département lui ont accordé 61,45% des voix. Il succède à Pernelle Richardot, à la tête du PS67 depuis 2015 et qui ne se représentait pas.

Thierry Sother est collaborateur de groupe auprès des élus et élues socialistes de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg depuis 2015. Depuis les élections municipales, ces derniers sont désormais à mi-chemin entre la majorité et l’opposition aux écologistes, sur fond de tensions. Face à lui, la conseillère régionale Linda Ibiem a réuni 38,55% des suffrages. Elle critiquait une gestion trop centralisée, un manque de débats internes de fond, ainsi que de dialogue avec les autres formations à gauche, qui selon elle ont conduit au recul des socialistes dans les territoires ruraux comme à Strasbourg. (voir notre article sur cette élection)

Thierry Sother est le nouveau patron des socialistes bas-rhinois. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)Photo : photo JFG / Rue89 Strasbourg

Une des premières actions de Thierry Sother sera de lancer une campagne d’adhésion une fois le, ou sûrement la candidate, socialiste à l’élection présidentielle désignée par un vote des militants français le 14 octobre. Sauf spectaculaire retournement de situation, ce devrait être Anne Hidalgo. La fédération a besoin de forces vives, alors qu’elle ne compte plus que 336 adhérents à jour de cotisation pour ce vote qui a rassemblé 169 votants (50,3% de participation).

Les législatives en ligne de mire

Thierry Sother devra également constituer un secrétariat fédéral autour de lui pour gérer le fonctionnement du PS67 :

« L’objectif est désormais d’aller de l’avant et rassembler sur cette base. Je suis ouvert à travailler avec toute personne qui se retrouve dans mes engagements. Il faut aussi féliciter les secrétaires de section qui sont moins visibles, mais ont été élus hier soir. »

D’un point de vue stratégique, il aura à gérer l’épineuse question des accords et investitures aux élections législatives de juin 2022 dans les 9 circonscriptions du Bas-Rhin. Les investitures sont données par la direction nationale, mais après un vote consultatif des militants locaux. Thierry Sother et la nouvelle direction locale ne sont pas tout à fait sur la même ligne que la direction nationale, puisque le « texte d’orientation » présenté contre Olivier Faure l’a emporté dans le Bas-Rhin, soutenu entres autres par Thierry Sother. Le mandataire était Mathieu Cahn, également premier secrétaire (2005-2015) avant Pernelle Richardot et ancien élu strasbourgeois.

Traditionnellement, le Parti socialiste tient un congrès à l’issue des élections législatives, ce qui remet en jeu les fonctions de direction. Les socialistes d’aujourd’hui retrouveront-ils le plaisir de militer ensemble ou les élections mèneront-t-elles à une nouvelle « recomposition » du paysage politique local ?

Tu Mixes Bien, Wom·x, Les Daron.es… Des collectifs féministes changent le visage de la scène électro strasbourgeoise

Tu Mixes Bien, Wom·x, Les Daron.es… Des collectifs féministes changent le visage de la scène électro strasbourgeoise

Elles dénoncent l’absence de parité dans la programmation des lieux festifs strasbourgeois. Elles organisent des ateliers pour inciter les femmes à mixer ou veulent se battre contre les violences sexistes et sexuelles en soirée… Plusieurs collectifs strasbourgeois portent le combat féministe sur la scène électro. Point d’orgue de ce mouvement récent, un week-end de conférences et 24 heures de DJ sets à partir du vendredi 1er octobre.

C’est d’ordinaire si rare. Depuis quelques mois à Strasbourg, des programmations de concerts et autres soirées s’approchent de la parité. Quatre femmes programmées pour cinq hommes aux Pelouses Électroniques le 11 septembre. Lors du festival Ososphère, la soirée du jeudi 23 septembre (avec les artistes Ascendant Vierge et Béatrice) a permis à l’égalité homme-femme de s’exprimer. Du côté de la Péniche Mécanique, certaines soirées sont entièrement dédiées aux DJ femmes ou non-binaires.

Béatrice, DJ strasbourgeoise et vice-présidente de la webradio locale ODC, lors d’un set à la Péniche Mécanique organisé par le collectif Wom·x. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc).

Ce changement profond ne serait peut-être pas survenu sans un activisme féministe structuré autour de plusieurs associations et autres collectifs locaux (TMB, Wom.x, Les Daron.n.es). Leur objectif : mettre fin à l’hégémonie masculine sur la scène électro pour atteindre la parité dans la programmation et dénoncer les violences sexistes et sexuelles dans le milieu.

Tu Mixes Bien… pour une fille : le combat politique

« TMB (Tu Mixes Bien…), c’est une manière de dire : « Il y a un problème de sexisme dans la scène électro, regardez-le bien en face », résume Mathilde, DJ depuis deux ans et membre du collectif féministe. La page Instagram « tumixesbien », lancée par la DJ strasbourgeoise Saint Misère, est suivie par plus de 2 500 personnes. Ce compte publie des phrases sexistes rapportées par des artistes féminines, comme par exemple « La musique est pas ouf, mais t’es jolie donc ça passe », ou encore « Quand on te voit comme ça, on aurait jamais pensé que tu réussirais à mixer ».

Page Instagram du collectif Tu Mixes Bien, qui publie des phrases sexistes rapportées par des artistes féminines (capture d’écran Instagram).

Pour Melissa, pianiste diplômée du conservatoire de Boston, DJ et membre de ce collectif, cet activisme est d’autant plus important dans le monde de la musique électronique :

« Les machines sont produites pour un public masculin, les entreprises qui les vendent s’adressent surtout aux hommes. C’est ancré dans l’imaginaire, les ordinateurs, les câbles, ce qui est technique est forcément du ressort d’un mec. »

Des statistiques claires sur l’inégalité homme-femme

Mathilde, aussi connue comme DJ sous le nom de Xanass, abonde :

« À la suite du mouvement MeToo, il y a eu le MeToo de la musique, puis on a décidé de faire le MeToo de l’électro. C’est encore plus important de le faire dans des secteurs où l’on ne s’y attend pas, où ces problématiques sont cachées sous couvert du progressisme cool. »

Au-delà des publications Instagram, TMB confronte la scène électronique à son machisme par des faits. Pendant plusieurs mois, le collectif a collecté des données sur la programmation des lieux festifs et autres festivals strasbourgeois en remontant sur plusieurs années. Les résultats de cette étude seront dévoilés lors d’une conférence de presse vendredi 1er octobre. Une partie de l’analyse porte ainsi sur les festivals Ososphère, Contretemps et Longevity en 2019. Elle dévoile que 84,8% des artistes programmés étaient des hommes (195 hommes sur 230 artistes).

Wom·x : initiation et mise en confiance

Lancé en juillet 2021, le collectif Wom·x s’adresse aux femmes, aux personnes trans ou non-binaires qui souhaitent se lancer dans la musique électronique. Les sessions d’initiation ont lieu deux fois par mois, le samedi ou le dimanche. Elles commencent par un apprentissage des bases sur les consoles, avec Wesh, DJ et cofondatrice de Wom·x :

« Je suis professeure depuis pas mal d’années, notamment à la Longevity Music School (à Strasbourg, ndlr), je me suis rendu compte à quel point les filles osent moins lorsqu’elles sont en présence d’autres hommes. C’est hyper frustrant en tant que prof. »

L’atelier se poursuit avec l’autre cofondatrice du collectif, Céline Petrovic. Formatrice et spécialiste des questions d’égalité professionnelle, elle apporte un éclairage historique, sociologique et légal sur les questions de violences sexistes et sexuelles. L’ancienne présidente du festival Contretemps explique :

« Cet échange permet aux participantes de prendre conscience du fait que le sexisme est une idéologie qui nous traverse. Face à une remarque sexiste, elles sauront mieux éviter de le prendre personnellement. »

En début de soirée, les DJ peuvent ensuite s’essayer à une première performance en public sur la terrasse de la Péniche Mécanique. Puis il y a un DJ set d’une artiste strasbourgeoise dans la cale du bateau. « À la fin de la journée, explique Céline Pietrovic, un groupe de solidarité entre meufs s’est constitué. Elles savent qu’elles peuvent avoir du soutien des autres et ça renforce leur estime d’elles. »

Une initiation et un accompagnement jusqu’à la programmation

« J’ai été étonnée par le nombre de DJ qui jouaient juste chez elles », s’étonne la cofondatrice de Wom·x. Au-delà de la soirée à la Péniche Mécanique, le collectif accompagne les artistes formées pour se produire à Strasbourg. Wesh donne l’exemple de Post Traumatic, « notre bébé Wom·x, qui a fait nos premiers ateliers et qui est déjà programmée à la Kulture, sur la radio ODC, à la Faîte (un lieu festif dans les Vosges, ndlr) et qui jouera à l’Elastic pour nos 24 heures du mix. »

Pour poursuivre la dynamique initiée par Wom·x, la Longevity Music School a aussi décidé d’organiser des formations. Elles s’adressent à un public moins débutant, dans le domaine de la production musicale. La DJ parisienne Marina Trench animera des ateliers dédiés aux femmes pendant cinq jours, à raison de sept heures par jour. « Sur les 250 élèves qu’on a sur les trois formations en une année, 20% sont des femmes », constate Samuel Compion, responsable communication de l’établissement. La première session « Beatz by girlz » aura lieu fin octobre. Elle coûte 300 euros par semaine.

Les Daron.es, pour une fête plus sûre

Une dernière initiative complète ce panorama du mouvement féministe dans la scène électro. À l’initiative de Margot Collet, deux réunions ont eu lieu au courant du mois de septembre afin de lutter contre les violences sexistes et sexuelles lors des fêtes électro. Le collectif « Les Daron.es » mènera sa première action lors des 24 heures du mix, organisée par TMB et Wom·x.

Avec pour mot d’ordre « bienveillance et non-violence », quatorze bénévoles seront présents pour venir en aide à des victimes d’agissements sexistes ou d’agressions sexuelles. Identifiables par un brassard, les militantes pour une fête sûre pour les femmes et autres membres de minorités pourront aussi interpeller un agresseur :

« Si une personne nous est désignée comme problématique, nous irons la voir pour lui faire comprendre ce qui ne va pas. Cela arrive de ne pas se rendre pas compte de son comportement. Mais si on sent que la personne ne nous écoute pas, on pourra faire appel à la sécurité. »

Arrivée à Strasbourg il y a un an, Margot Collet estime avoir bénéficié d’un contexte encourageant dans la capitale alsacienne :

« Je n’ai jamais vu autant de programmation avec des femmes qu’ici. Et puis il y a une vraie entraide entre les différentes initiatives. C’est cette synergie qui m’a poussée à aller plus loin dans mon projet. À l’échelle de toute la France, je placerai Strasbourg en première place au niveau de l’ouverture de la scène festive au féminisme. »

Pia Imbs : « La ZFE n’est pas l’élimination de la voiture »

Pia Imbs : « La ZFE n’est pas l’élimination de la voiture »

La présidente de l’Eurométropole détaille sa stratégie pour mettre en place la Zone à Faibles Émissions (ZFE) à l’aide des vignettes Crit’air. La collectivité prévoit notamment 50 millions d’euros d’aides à l’achat pour celles et ceux qui devront changer de véhicule.

Pia Imbs s’apprête à faire voter l’une des délibérations les plus importantes de la décennie pour les 33 communes. Le 15 octobre, le conseil de l’Eurométropole votera une délibération sur la Zone à Faibles Émissions (ZFE), c’est-à-dire l’interdiction progressive des véhicules les plus anciens à l’aide des vignettes Crit’air. L’Eurométropole n’est pas particulièrement pionnière. Plusieurs agglomérations polluées par les émissions des moteurs ont déjà engagé l’interdiction de voitures trop vieilles, estampillées de vignettes de catégorie 5 voire 4 (Paris, Lyon, Grenoble).

Une présidente, des feux contraires

La présidente de l’Eurométropole se trouve au milieu de feux contraires. À Strasbourg, des associations et collectifs demandent un calendrier plus rapide que celui proposé. Lors de la campagne électorale, les écologistes – avec qui la maire (sans étiquette) de Holtzheim s’était alliée – avaient promis de respecter le calendrier qu’ils avaient voté avec leurs collègues strasbourgeois (socialistes et marcheurs, la droite s’était abstenue) lors du mandat précédent. Il prévoyait l’interdiction des véhicules Crit’air 2 dès 2025. Mais plusieurs maires de droite et du centre de l’Eurométropole sont réticents à voir cette ZFE s’appliquer, car elle contraint les propriétaires de voitures plus anciennes.

Au-delà du politique, il y a la récente loi Climat qui impose un calendrier minimal à 45 agglomérations, dont Strasbourg et Mulhouse en Alsace. Cette loi a poussé la majorité de Pia Imbs à accélérer son calendrier, qui initialement ne comptait interdire les Crit’air 3 qu’en 2027. L’Eurométropole Strasbourg compte instaurer des phases pédagogiques avec la perspective d’interdire les Crit’air 2 en 2028.

« Une question d’attractivité »

Le 1er octobre, Pia Imbs doit présenter le détail des aides et des exceptions qu’elle compte soumettre au vote des 99 élus et élues de l’Eurométropole. Avant cette échéance, et d’ultimes négociations, elle détaille sa position à Rue89 Strasbourg.

Rue89 Strasbourg : Pourquoi faire une ZFE dans toute l’Eurométropole de Strasbourg ?

Pia Imbs : C’est une question de santé publique, au regard de la qualité de l’air, et une problématique réglementaire, puisque Strasbourg dépasse les normes européennes et que la loi Climat impose un calendrier.

La qualité de l’air est aussi une question d’attractivité pour l’Eurométropole, ses habitants et les entreprises. Cette ZFE intervient alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) vient de durcir ses valeurs guide. Lors du mandat précédent, le Plan Climat 2030, voté à l’unanimité, donnait comme objectif d’atteindre les normes de l’OMS. Notre mandat vise à atteindre les objectifs du Plan Climat.

Dès le début, nous avons été pour des phases pédagogiques avant l’interdiction stricte des véhicules. La loi réduit la durée de ces phases de tolérance à un an maximum. J’avais écrit aux parlementaires pour leur demander de tenir compte de cette situation, mais cela n’a pas été suivi. Dont acte.

Les agglomérations concernées par les vignettes Crit’air à partir de 2023.

Que vous ont apporté les réflexions avec les maires, puis la population ?

La concertation nous a poussé à augmenter les aides à l’achat pour celles et ceux qui ne peuvent se passer de leur véhicule. Nous n’avons jamais dit que la ZFE était la suppression de la voiture. Nous avions prévu un montant de 15 millions d’euros, que nous allons augmenter à 50 millions d’euros, répartis jusqu’en 2026. Les aides seront ciblées sur les ménages les plus fragiles, selon le revenu fiscal, et cumulables avec celles de l’État qui sont encore peu connues. Elles seront complémentaires, car il y a peu d’aide pour les biocarburants, le « rétrofit » (conversion d’un moteur thermique en électrique ndlr) ou pour les véhicules d’occasion.

« Je ne souhaite empêcher aucun acteur économique de travailler »

En plus des dérogations nationales, il y aura des dérogations locales, notamment pour les professionnels. Pour les grues ou les pelleteuses, le véhicule propre n’existe pas encore. Je ne souhaite empêcher aucun acteur économique de travailler dans l’Eurométropole.

Nous aurons deux périodes d’évaluation de la qualité de l’air. Une première, fin 2024, pour savoir s’il faut accélérer le calendrier et une autre fin 2026, pour jauger la pertinence de l’interdiction des véhicules Crit’air 2. Cette deuxième évaluation interviendra donc après les prochaines élections municipales et euro-métropolitaines.

Quel a été votre cheminement par rapport à ce qui avait été voté en 2019 ?

Fin 2019, une délibération avait été votée qui ne mentionnait que des interdictions « entre 2023 et 2030 au plus tard ». Je m’étais abstenue, car il n’y avait pas de calendrier précis pour les Crit’air 2, 3 et 4, pas de mesures d’accompagnement et pas de consultation. Aujourd’hui, nous avons les trois. La consultation avec le public a permis de recueillir plus de 10 000 participations et 230 propositions. Nous avons échangé avec les chambres de Commerce, de l’Industrie, de l’Artisanat et d’Agriculture.

Et nous avons consulté les élus comme jamais : sept conférences des maires ont été consacrées uniquement à ce sujet. J’ai présenté notre stratégie aux élus des agglomérations voisines et à Kehl. Aujourd’hui, des maires qui avaient voté cette délibération imprécise en 2019 s’opposent à la ZFE. Ils étaient plus à l’aise dans l’affichage que dans la concrétisation.

Pia Imbs se rappelle des votes passés sur une délibération peu précise en 2019 qui engageait une ZFE dès 2021. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

La question des Crit’air 2 tranchée après les élections de 2026

Si une majorité de maires le réclament, ils peuvent reprendre le pouvoir de police que vous confère la nouvelle loi et signer eux-mêmes les arrêtés pour la ZFE dans leur commune. Craignez-vous cette situation ?

Il faut sortir de polémiques politiciennes. Certains maires disent, à juste titre, qu’ils n’ont pas fait campagne sur l’interdiction des Crit’air. Je mettrai dans l’arrêté, qui doit être signé entre le 15 et le 31 décembre 2021, le contenu de la loi, c’est-à-dire l’interdiction des Crit’air 3 en 2025. Pour les Crit’air 2, je m’engage à mettre la position de chaque maire. Certains souhaitent déjà se positionner pour l’interdiction des Crit’air 2 en 2028, d’autres non. Je rappelle que c’est dans sept ans ! Dans tous les cas, il faudra un nouvel arrêté en 2027, c’est-à-dire après les élections locales de 2026.

Si le pouvoir de police revient aux maires, avec des règles différentes d’une commune à l’autre, ce sera la cacophonie pour les habitants. On nous a d’abord reproché d’avoir un calendrier plus lent que la loi en prévision et maintenant, on nous reprocherait d’appliquer la loi ? C’est avant tout un jeu de posture.

Au contraire, des associations environnementales ou de médecins estiment que vous pourriez aller plus vite, ou avoir un calendrier différencié entre Strasbourg et les communes périphériques.

Je peux le comprendre. Mon rôle est d’emmener le plus grand nombre. Une politique non-concertée ne serait pas suivie.

La présidente de l’Eurométropole pense avoir trouvé le bon équilibre sur la zone à faibles émissions. Les maires suivront-ils ? Photo : GK / Rue89 Strasbourg

L’A35 concernée, pas le GCO

Quel sera le périmètre exact ?

L’A35 figurera dans son intégralité dans l’arrêté. C’est au bord de cet axe que l’air est le plus pollué au dioxyde d’azote (NO2). En revanche, on ne peut pas intégrer le Contournement Ouest ou la rocade Sud, car ce sont des axes sur lesquels on accède en dehors de l’Eurométropole. Ce qui peut faire grincer des dents, car les habitants le long de ces routes ont le sentiment d’être moins protégés.

Comment se feront les contrôles ?

Il n’y a toujours pas de contrôle automatisé. Ce sera aux équipes de la police nationale de les faire sur le terrain. On demandera aussi aux policiers de participer à la phase pédagogique. La police municipale de chaque commune pourra enfin procéder à des contrôles, selon les consignes de chaque maire.

« Des sommes conséquentes » pour changer de voiture

Tout le monde ne connaît pas la ZFE et les aides existantes, comment comptez-vous informer tous ceux concernés par les aides ?

Nous prévoyons de revenir vers la population avec une communication spécifique sur la ZFE et une brochure avant la fin de l’année. La nouvelle Agence pour le Climat sera la porte d’entrée unique pour savoir à quelles aides chacun a droit et comment y accéder. En additionnant les montants, ce sera des sommes conséquentes.

Nous proposons aussi un « chèque mobilité » pour celles et ceux qui abandonnent la voiture. Car en dehors du remplacement de véhicules, nous voulons développer le covoiturage et surtout nous investissons massivement dans les transports en commun à hauteur de 500 millions d’euros sur le mandat. Il y a les trois extensions de tram, le Réseau Express Métropolitain (REM) de trains avec la Région Grand Est ou le bus Transport en site propre (TSPO) du Kochersberg jusqu’aux Halles, ainsi que les transports gratuits pour les moins de 18 ans qui pourront changer les habitudes ou encore 100 millions d’euros pour 120 kilomètres de pistes cyclables.

L’ordre des avocats dénonce l’expulsion de quatre Afghans avant une décision de justice

L’ordre des avocats dénonce l’expulsion de quatre Afghans avant une décision de justice

Dans un communiqué diffusé mercredi 29 septembre, le barreau de Strasbourg s’indigne que la préfecture du Bas-Rhin ait fait procéder à l’expulsion de quatre demandeurs d’asile afghans vers la Bulgarie, alors qu’ils venaient de bénéficier d’une ordonnance de remise en liberté.

En matière de droits des étrangers, les avocats doivent constamment faire face à la préfecture, et le plus souvent les magistrats valident les arrêtés d’expulsion. Mais pour une fois, un juge des libertés et de la détention (JLD) a ordonné dimanche 26 septembre la remise en liberté de quatre demandeurs d’asile afghans. Une décision insupportable pour la préfecture du Bas-Rhin, qui a fait procéder dès le lendemain à l’expulsion de ces quatre personnes, sans même attendre le résultat d’une procédure d’appel diligentée par le Parquet.

Mercredi 29 septembre, le bâtonnier de l’ordre des avocats de Strasbourg, Christina Kruger, s’est fendue d’un communiqué aux termes peu amènes à l’adresse de la préfecture, lui rappelant que l’administration devait « respecter l’État de droit. »

Les quatre Afghans étaient maintenus au centre de rétention administrative de Geispolsheim car ils devaient reprendre en Bulgarie leur procédure de demande d’asile (ils sont « dublinés », voir notre explicateur). Leurs avocats ont fait valoir qu’il était dangereux pour eux de retourner en Bulgarie, dans la mesure où ce pays n’a pas suspendu ses mesures d’éloignement vers l’Afghanistan malgré la prise de contrôle du pays par les talibans. Un argument repris par le JLD à l’appui de ses décisions, lequel a également constaté l’état de détresse psychologique majeure de l’un d’entre eux, qui a tenté de se pendre au centre de rétention.

Centre de rétention de Geispolsheim en décembre 2017 (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : GK / Rue89 Strasbourg

La préfecture a agi « au mépris d’une décision de justice »

Pour le bâtonnier Christina Kruger, la préfecture du Bas-Rhin a avoir agi « au mépris d’une décision de justice » :

« Sans même attendre l’audience de la Cour d’appel (prévue lundi après-midi, NDLR), les services de la préfecture ont contraint lundi matin à l’aube les retenus afghans à prendre l’avion à destination de la Bulgarie. Le Barreau s’indigne que l’administration, malgré de généreux effets d’annonces, éloigne ainsi des ressortissants afghans vulnérables. »

Sollicitée mercredi soir, la préfecture du Bas-Rhin n’avait pas fait valoir sa position à l’heure d’écrire ces lignes. Fin août, environ 150 Afghans fuyant les talibans ont été hébergés à l’hôtel Mercure, réquisitionné par la préfecture. Il s’agissait alors d’un contingent dépêché par l’ambassade de France à Kaboul.

Le rapatriement de Françaises détenues en Syrie, devant la Cour européenne des droits de l’Homme

Le rapatriement de Françaises détenues en Syrie, devant la Cour européenne des droits de l’Homme

Deux familles étaient représentées mercredi 29 septembre pour une audience devant la Grande chambre de la Cour européenne des droits de l’Homme, à Strasbourg. Ces parents demandent le rapatriement de leurs filles et de leurs petits-enfants, détenus depuis février et mars 2019 dans les camps du nord-est de la Syrie par les « Forces démocratiques syriennes », la coalition arabo-kurde opposée à Bachar El-Assad et à l’État islamique. Leurs avocats visent à faire condamner la France pour traitements inhumains et dégradants.

Elles ont été nommées par leurs initiales pendant les trois heures d’audience. Et si le représentant du gouvernement français a dérapé et laissé échapper un nom et un prénom pendant quelques minutes, il s’est vite vu rappelé à l’ordre par le président de la Cour européenne des droits de l’Homme, l’Islandais Robert Spano. « Leur anonymat doit être garanti et absolu, ces femmes s’exposent à des violences dans ces camps si leur identité est révélée », explique d’emblée Marie Dosé, l’une des avocates des deux familles requérantes. L’audience de mercredi 29 septembre, devant la plus haute institution juridique européenne à Strasbourg, était en tous points de vue, exceptionnelle.

Il s’agissait pour les 17 juges européens de statuer sur l’obligation de protection et donc de rapatriement – ou non – par l’État français, de deux de ses ressortissantes, parties en Syrie en 2014 et 2015 rejoindre Daesh. Elle sont détenues depuis 2019 dans les camps de Al-Hol puis Roj, au nord-est du pays, administrés par les Forces démocratiques syriennes, (combattants Kurdes qui dirigent le nord-est de la Syrie). Elles y vivent avec leurs enfants, âgés de 2 à 7 ans.

« C’est un principe de juridiction : la France n’a pas compétence à intervenir »

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« Les intranquilles », un film tendu et déchirant sur le trouble bipolaire au quotidien

« Les intranquilles », un film tendu et déchirant sur le trouble bipolaire au quotidien

Pour son neuvième long métrage, le réalisateur belge Joachim Lafosse retrouve son thème de prédilection : une cellule familiale en crise, confrontée à la maladie du père. Un film fort, sur un sujet si peu abordé au cinéma. Rencontre avec un réalisateur intranquille.

Damien, interprété par Damien Bonnard, est peintre. Il vit avec sa femme, Leïla, et son fils, Amine. Le film « Les intranquilles » raconte comment l’euphorie gagne progressivement Damien jusqu’à la perte de contrôle totale. Cette dernière est suivie d’une phase de « descente » où le personnage, assommé par le lithium, n’est plus là pour personne. Avec son dernier long-métrage, le réalisateur Joachim Lafosse, dont le père a souffert de maniaco-dépression, arrive à montrer cette maladie de l’intérieur, mais aussi à faire ressentir la fatigue, l’exaspération, la destruction qu’elle entraîne chez les proches.

Les intranquilles (Bande Annonce)

« Un film sur la capacité à résister à la défaillance de l’autre »

Joachim Lafosse n’écoute pas toujours les questions mais il parle de son film avec ferveur. Le réalisateur l’a annoncé d’emblée, l’exercice de l’interview l’ennuie. Il en a « marre de lire ses propres paroles, ça ne l’intéresse pas. Il ne fait que se répéter ». Effectivement, je n’arrive pas à finir ma première question. Qui n’était pas une question, mais la volonté de lui dire que son film, je l’attendais, car personne n’a jamais raconté le quotidien d’une famille qui vit avec une personne bipolaire. Le cinéma aborde souvent les maladies psychiatriques sous l’angle de personnages extrêmes. Pourtant la maniaco-dépression ou la schizophrénie sont des maladies répandues, à des degrés d’intensité variés, et sont au cœur de nombreuses vies amoureuses, d’amitié, de famille.

Joachim Lafosse : Ce n’est pas un film à thème sur une pathologie mais sur la capacité de chacun à résister à la défaillance de l’un ou de l’autre. Quand le soin que l’on prend de l’autre devient un sacrifice, cela ne va plus. Les personnages de Leïla et Damien, je les aime beaucoup, parce qu’au fond, ils défendent la même chose : lui refuse d’être figé dans cette maladie, il veut être aussi un père, un amoureux, un peintre et elle refuse de devenir son infirmière.

Quand Leïla Bekhti a lu le scénario, ce qui lui a plu c’est la volonté de cette femme de faire vivre cette histoire d’amour. Elle m’a dit : « Aujourd’hui, on jette trop vite les histoires d’amour ». Et en effet, cette femme ne veut pas lâcher l’affaire, elle teste ses limites, par amour. J’ai beaucoup aimé cette perception parce qu’elle n’en a pas fait une victime, mais quelqu’un qui choisit de se battre.

Mais la défaillance de Damien vient déséquilibrer tous les membres de la famille. Avec lui, c’est aussi Leïla qui dévisse. On aurait la même problématique avec l’alcoolisme, une dépression, la schizophrénie : comment fait-on quand l’un d’entre nous défaille ?

Damien Bonnard a travaillé avec le peintre Piet Raemdonck pour composer les oeuvres du film Photo : Doc. remis

Rue89 Strasbourg : Votre père a souffert de bipolarité, le petit Amine du film, interprété par Gabriel Merz Chammah, c’est vous ?

Au départ il devait y avoir deux garçons, en quelque sorte mon frère et moi, mais j’ai eu envie de concentrer le film sur mon ressenti uniquement. Ce film est le plus intime, le plus proche de mon enfance. Il s’est passé quelque chose de très particulier, parce qu’à travers ce qu’en ont fait les acteurs, je retrouvais les émotions que j’avais ressenties, mais de façon plus vivable.

Mon père était photographe, mais c’est Damien qui m’a invité à faire du personnage un peintre. J’ai d’abord hésité parce que cela devenait trop proche de la vie de Gérard Garouste, peintre bipolaire qui a écrit une autobiographie intitulée justement L’intranquille. Mais au final, je me suis dit que cela me permettrait de m’éloigner de ma petite histoire. Puis les acteurs ont proposé de garder leurs prénoms, cela devenait un peu moins mon histoire et un peu plus la leur. Finalement, pour arriver à cette intimité, je me suis appuyé sur d’autres intimités. C’est mon plus beau film, celui dont je suis le plus fier.

Ces figures tutélaires, Gérard Garouste, votre père, ont-ils vu le film?

Oui, Gérad Garouste a été très touché par le personnage d’Amine. C’est un film qu’il veut maintenant montrer à ses enfants. Mon père m’a parlé de la justesse du film sur la difficulté à vivre cette maladie, mais il m’a dit : « Dis aussi que c’est possible d’aller mieux, qu’on peut en faire quelque chose s’il y a une réelle prise en main ». Mon père n’a plus été hospitalisé depuis 20 ans.

Leïla Bekhti et Gabriel Merz Chammah (Amine) Photo : Doc. remis

Au PS du Bas-Rhin, élection incertaine dans une fédération à contre-courant

Au PS du Bas-Rhin, élection incertaine dans une fédération à contre-courant

Après le départ de centaines de militants, Linda Ibiem et Thierry Sother briguent pour la première fois la direction départementale du PS. Au début du mois, les membres de la fédération bas-rhinoise ont majoritairement voté contre la direction nationale et Olivier Faure. Le choix devrait déterminer l’attitude du PS dans le paysage politique local et l’attitude vis-à-vis des autres formations de gauche, notamment des écologistes.

Les socialistes bas-rhinois auront un nouveau ou une nouvelle boss. Après deux mandats, Pernelle Richardot passe la main. L’élue strasbourgeoise avait mené en vain la section alsacienne de l’Appel inédit (France insoumise et autres formations de gauche) d’Aurélie Filippetti aux élections régionales en juin 2021. Une candidature contre l’avis du Parti socialiste qui s’était accordé avec la liste EELV menée par Éliane Romani, ainsi qu’avec les communistes.

Pour Lindia Ibiem, le PS local est « à bout de souffle »

Après une campagne ultra-tendue entre les deux listes de gauche, la liste d’Aurélie Filipetti n’a pas atteint le second tour. Au contraire, celle d’Éliane Romani a pu constituer deux groupes d’opposition à la Région Grand Est, les écologistes d’un côté, et les socialistes et communistes de l’autre. Cette candidature a notamment permis à une autre Strasbourgeoise, Linda Ibiem, de devenir conseillère régionale.

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Pour l’Eurométropole, « la future gare de Strasbourg oublie les voyageurs »

Pour l’Eurométropole, « la future gare de Strasbourg oublie les voyageurs »
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Au bidonville de Cronenbourg : « On ne demande pas de logement, juste qu’on nous laisse vivre »

Au bidonville de Cronenbourg : « On ne demande pas de logement, juste qu’on nous laisse vivre »

Quelques dizaines de Roms vivent dans un bidonville qui borde l’autoroute, à l’entrée de Cronenbourg, depuis leur expulsion de la rue du Rempart en 2018. Stigmatisés en Roumanie, ils sont habitués à vivre dehors, de la mendicité et de missions rémunérées éparses. Après des passages de la police début septembre, ils craignent que leurs baraques soient à nouveau détruites. Reportage.

Le camp, coincé dans le creux d’une bretelle d’accès de l’autoroute A35, est bien visible depuis la voie rapide. Des Roms s’y sont établis, près du dépôt de tram et de bus de la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS), quartier Cronenbourg. Leur nombre varie selon la période de l’année, entre 10 et 70 selon Pablo, fondateur de la maraude des vélos du cœur : « Ils font des allers-retours entre la France et la Roumanie. »

La police et la peur de devoir quitter la zone

Lorsqu’il arrive, en cette soirée de mi-septembre, les habitants du bidonville sont environ 40. Plusieurs lui rendent compte d’un passage de la police nationale, « un après-midi, il y a quelques jours ». En roumain, ils témoignent de leur peur d’être, une fois de plus, contraints de quitter la zone. Selon eux, fin juin, des personnes « de la mairie ou de la préfecture », accompagnées de forces de l’ordre, leur avaient déjà demandé de quitter les lieux avant début octobre.

Simplan, âgée d’une soixantaine d’années, explique : « On ne demande pas de logement, juste qu’on nous laisse tranquille. On vit comme ça et on est bien. » Derrière elle s’érige sa cabane de taule, de bois et de placo. « On appelle ça des baraques », dit-elle, un grand sourire aux lèvres. Des débris d’environs 5 autres maisons de fortunes jonchent le sol. « La mairie nous a demandé de les détruire », dit un homme. Floriane Varieras, adjointe à la maire en charge des solidarités, indique que les services de la Ville ont bien demandé que des baraques inoccupées soient démontées… sans donner d’explication. « Mais leurs propriétaires reviendront bientôt », s’insurge Pablo, qui connait celles et ceux qui les ont construites.

Simplan fait des allers-retours entre la France et la Roumanie, pays dans lequel il est quasiment impossible de trouver du travail pour des personnes des communautés Roms, dont elle fait partie. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Non loin de là, une femme touille un ragout de poulet dans une grande marmite. Elle a glané de la nourriture toute la journée devant un supermarché. Des sacs de pommes de terre sont suspendus à des branches d’arbres, pour éviter que les rats ne les atteignent. Un four surplombé d’une grande cheminée, bricolée avec des matériaux trouvés dehors, laisse échapper une fumée odorante. Dominica vient à la rencontre de Pablo. Elle évoque aussi, spontanément, l’épisode des policiers. « On dérange qui ? », se demande t-elle.

La Ville ne prévoit pas d’expulsion, la préfecture ne souhaite pas communiquer

Contactée par Rue89 Strasbourg, la préfecture a décidé de ne pas répondre sur une potentielle expulsion. La Ville de Strasbourg, de son côté, n’a aucun projet d’évacuation, selon Floriane Varieras. Mais il y a un passif. Depuis dix ans, les Roms sont régulièrement évacués des lieux où ils s’établissent sans cadre légal dans la capitale alsacienne. Simplan craint de subir, une nouvelle fois, la destruction de sa baraque. Elle passe le balais devant pour dégager quelques feuilles mortes.

Sous l’ancienne municipalité socialiste, c’est bien la Ville qui avait décidé de plusieurs démantèlements de bidonvilles de Roms. La dernière expulsion date de 2018 : des Roms avaient dû quitter la rue du Rempart, à côté de la gare centrale. Depuis, ils sont là, à l’entrée de Cronenbourg. Marie-Dominique Dreyssé était adjointe à la solidarité pendant le dernier mandat. Elle est aujourd’hui élue référente du quartier gare :

« Ils étaient juste à côté de la piste cyclable, ça ne convenait plus. Nous voulions trouver un compromis digne, pour qu’il n’y ait pas de nuisances pour les riverains. Et on ne les chassait pas évidemment, on proposait des solutions. On a alors convenu qu’ils s’installent sur ce nouveau site, à l’entrée de l’autoroute. »

La Ville a installé des grillages pour éviter que les Roms se réinstallent rue du Rempart. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

« Ils se sont accommodés de cette vie, parce que rien d’autre n’a jamais été possible »

Entre 2013 et 2019, la Ville a créé deux sites temporaires d’intégration sociale destinés aux Roms : des camps de caravanes légaux et d’accompagnement vers le logement et l’emploi. Selon Marie-Dominique Dreyssé, 1120 personnes ont trouvé des solutions d’hébergement. Parmi eux, entre 300 et 400 étaient en âge de travailler et ont trouvé un emploi. Les autres étaient des enfants ou des personnes âgées.

Elvis, jeune adulte, est assis sur une chaise devant sa baraque. Il se souvient : « Ce n’était pas adapté à tous ». Il raconte que beaucoup de personnes sont trop âgées et en mauvaise santé pour commencer une vie de travail. Selon lui, de nombreux Roms ont refusé les dispositifs d’intégration. Aujourd’hui, certains sont ici, à Cronenbourg. Pablo commente :

« Les habitants de ce camp viennent essentiellement de Roumanie, où leur communauté est gravement stigmatisée depuis des décennies. À Strasbourg comme ailleurs, la plupart d’entre eux se sont accommodés de cette vie, parce que rien d’autre n’a jamais été possible. Ils sont organisés pour ça. L’intégration sociale telle qu’on l’imagine en France n’est donc pas toujours adaptée pour ces personnes. En tout cas, c’est une réalité très différente des camps de demandeurs d’asile, où les personnes cherchent à être hébergées et à obtenir des papiers. »

Pablo (à gauche), de la maraude des vélos du cœur, connait bien Elvis (à droite), qui vit au bidonville de Cronenbourg. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Une organisation rodée dans le camp

C’est l’heure de l’apéro, l’ambiance est conviviale. Plusieurs familles se parlent en roumain. Des éclats de rire couvrent le bruit des voitures. Elvis parle français, « comme presque tous les jeunes ». Il regrette que sa communauté ait mauvaise réputation :

« On nous voit comme des voleurs. Moi je ne connais personne ici qui vit dans la délinquance. On travaille dans les champs, dans le bâtiment, parfois au noir, et on fait la manche. On se débrouille comme ça. »

En soirée, les habitants du bidonville de Cronenbourg se retrouvent et partagent souvent des repas. Photo : remise

L’organisation semble rôdée : certains bricolent, d’autres font à manger, d’autres encore, profitent des derniers rayons du soleil. C’est une ambiance de routine, paisible. Pablo vient régulièrement, dans le cadre de distributions de denrées alimentaires. Il est ami avec plusieurs habitants du camp. Comme il parle italien, il comprend le roumain. Elvis fait remarquer : « Avec les vélos du cœur, vous êtes les seuls qui viennent en ce moment. »

Samir, la quarantaine, s’incruste dans la conversation. Lui travaille à Haguenau, dans une ferme, et vit dans un appartement depuis 8 ans. Avant, il dormait aussi dehors. Aujourd’hui, il passe au camp pour voir ses amis :

« J’ai une vie plus normale maintenant. Comme moi, certains jeunes n’ont pas la même mentalité que les autres Roms. Ils veulent un logement et tout. Ceux-là, il faut leur donner une chance. »

« Des enfants pourraient être scolarisés et accompagnés »

D’après Pablo, les Roms du camp de Cronenbourg sont catégorisés comme une population qui n’a pas besoin d’aide. Simplan, Samir, Elvis, Dominica, et deux autres personnes qui souhaitent rester anonymes ne se rappellent que d’un seul passage d’une équipe de travailleurs sociaux. Ils ne savent pas de qui il s’agissait. Le service communication de la Ville de Strasbourg assure qu’une équipe de la Ville est passée : « Nous avons mis en place une collecte des déchets. Aucune personne n’a demandé un hébergement, et aucun enfant n’a été répertorié. »

Pablo rétorque :

« Mais ça bouge beaucoup. Il faut tout de même que la Ville organise des maraudes régulières pour savoir quelle est la situation sur le camp. Moi je vois souvent des jeunes ou des enfants qui pourraient être aidés. C’est dommage s’ils passent à travers les mailles du filet. Et ils peuvent manquer de nourriture ou d’eau lorsque celle-ci est coupée à cause du gel en hiver. »

Floriane Varieras concède que « le dialogue avec ce campement est distendu » :

« Il n’y avait plus personne durant le premier confinement. Le bidonville est à nouveau occupé depuis début 2021. Nous travaillons en ce moment à recréer une relation avec les habitants, notamment pour trouver des solutions d’insertion sociale. Si nous constatons la présence d’enfants, nous leur proposerons une scolarisation. »

« Pourquoi ne pas leur donner une aire d’accueil légale ? »

Un homme, sexagénaire, passe en saluant de la main. Il porte péniblement un bidon qu’il s’apprête à remplir au point d’eau, à 150 mètres de là, devant les Restos du Cœur. Elvis et Simplan conviennent que la vie est pénible. Après un long silence, ils haussent les épaules. Pablo glisse :

« Ils sont poussés à s’installer au pied d’une autoroute, où ils construisent leur bidonville, et même là, ils ne savent pas du tout s’ils peuvent se faire expulser du jour au lendemain. Pourquoi ne pas être transparent avec eux ? C’est indigne. Et pourquoi on ne leur met pas à disposition une aire légale ? Si là on les expulse, c’est quoi la suite ? Ils s’installeront juste plus loin. »

La mère d’Elvis pose une polenta et un plat de poulet en sauce sur une table installée dehors. Naturellement, elle invite Pablo à manger. Il accepte, sans hésiter. La vie continue pour les Roms du bidonville de Cronenbourg, dans l’incertitude. Tous disent qu’ils y resteront, aussi longtemps que possible.

Les Roms vivent en communauté, dans des baraques auxquelles ils tiennent. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Fermeture des cantines scolaires mardi

Fermeture des cantines scolaires mardi

En raison d’un mouvement de mobilisation nationale prévu le mardi 5 octobre, toutes les cantines des écoles de de Strasbourg seront fermées.

Les petits devront retrouver leurs parents mardi 5 octobre Photo : DR

Mardi 5 octobre, les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires et CNT appellent à une journée de mobilisation pour l’emploi, les salaires et les conditions de travail. Elles ont été entendues à Strasbourg puisque selon les prévisions de la Ville de Strasbourg, il n’y aura plus assez d’agents pour maintenir le service de restauration scolaire.

En conséquence, toutes les cantines des écoles de de Strasbourg seront fermées. Aucune démarche n’est nécessaire pour l’annulation des réservations des repas. Ces repas du mardi 5 octobre ne seront pas facturés.

Les accueils périscolaires maternels du matin et du soir seront assurés dans la mesure du possible.

La demande d’asile, ce long chemin vers la liberté de vivre

La demande d’asile, ce long chemin vers la liberté de vivre

Les demandeurs d’asile ont fui leur pays et se retrouvent en France, en quête d’une protection internationale. Il en est beaucoup question dans l’actualité, notamment quand il s’agit d’hébergement. Rue89 Strasbourg détaille ce parcours complexe et éprouvant faisant intervenir au moins quatre administrations françaises et qui peut durer jusqu’à deux ans.

Nelson a 26 ans lorsqu’il arrive en France en 2018, d’Ouganda. Il est homosexuel et dans son pays, le code pénal le condamne à la prison à vie. Marie-Chantale, 57 ans, est arrivée de Côte d’Ivoire en 2018. Elle a obtenu le statut de réfugiée trois ans plus tard. « Pendant trois ans, j’ai eu peur en permanence d’être renvoyée vers ce que j’avais fui », se rappelle-t-elle. Omo, 29 ans, a lui aussi passé trois ans dans l’attente. Ils ont tous finalement obtenu le statut de réfugié.

Un droit pour les demandeurs, une obligation pour l’État

La France et 144 autres pays ont ratifié la Convention de Genève en 1951. Relative au statut des réfugiés, elle prévoit que toute personne risquant d’être persécutée en raison de sa race, sa religion, sa nationalité, son appartenance à un certain groupe social ou ses opinions politiques peut demander la protection d’un autre pays. Pour Nelson par exemple, l’appartenance à la communauté LGBTQ+ constitue un risque de persécution dans son pays d’origine.

En France, cette convention est transposée dans le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le Ceseda, entré en vigueur en 2005 et actualisé en 2021. À l’origine, c’est une loi de 1952, puis une autre de 1998, qui encadrait la demande d’asile. « Les obligations de l’État sont claires, » estime Arnaud Fritsch, directeur général du Foyer Notre Dame à Strasbourg. « Il doit étudier les demandes même si elles ont peu de chance d’aboutir, et proposer un hébergement et une prise en charge au demandeur durant cette attente. »

« Il existe deux protections pour les personnes qui fuient leurs pays car ils craignent pour leur vie, » complète Camille Lantli, juriste pour l’association Casas : le statut de réfugié et la protection subsidiaire. « Cette dernière protège les personnes qui fuient un conflit armé, qui risquent un traitement inhumain, dégradant, voire la torture. « La protection subsidiaire notamment est utilisée lorsque l’État n’est pas persécuteur lui-même, mais qu’il est incapable de protéger ses citoyens contre les persécutions, par exemple les cas de violences conjugales, » précise la juriste.

Le statut de réfugié donne droit à un titre de séjour de dix ans, contre quatre pour la protection subsidiaire. « Les deux sont renouvelables, » précise Arnaud Fritsch. « Mais seul le statut de réfugié ouvre automatiquement le droit de travailler, » ajoute-t-il même si, en théorie, la protection subsidiaire fait office d’autorisation de travail.

Première étape : s’enregistrer à la préfecture

En arrivant en France, le demandeur d’asile doit se rendre dans une structure de premier accueil des demandeurs d’asile (Spada). À Strasbourg, c’est le Foyer Notre Dame (FND) qui gère cette plateforme d’accueil depuis 2016. C’est un service public assuré par l’Office français de l’intégration et de l’immigration (Ofii) et délégué au FND. La Spada n’a pas de lits, la structure aide seulement les exilés au niveau administratif et social. « Les primo arrivants nous trouvent généralement en moins d’une semaine, » explique Arnaud Fritsch, « on prend rendez-vous à la préfecture pour eux, sous deux jours maximum. » La démarche pour un enfant mineur est liée à celle d’un de ses parents, et les mineurs non accompagnés sont placés sous la responsabilité de l’aide sociale à l’enfance, une compétence du Département, soit la Collectivité européenne d’Alsace (CEA).

Lorsque le demandeur d’asile se rend à la préfecture, le traitement se déroule en deux temps. Il se présente d’abord au Guichet Unique pour Demander l’Asile (GUDA). Un fonctionnaire relève ses empreintes digitales, vérifie que le demandeur n’a pas déjà fait une demande dans un autre pays, et remet un récépissé au demandeur.

Omo est réfugié en France depuis 2020. Il a fui le Nigéria. « On m’a demandé pourquoi j’étais parti de mon pays, par où j’étais arrivé en France, » se souvient-il. Il a dû décrire son départ du Nigéria en 2013, raconter son emprisonnement en Libye jusqu’en 2016, les blessures de ses amis suite à une fusillade dans la ferme où on le forçait à travailler, et sa fuite jusqu’à la côte. « Nous avons pris un petit bateau, dont la coque s’est révélée trouée en mer, et c’est une association qui nous a secouru, » explique-t-il. Lorsqu’il arrive en Italie, il est déplacé dans un camp. Il a du mal à respirer, mais l’aide médicale ne vient pas : à bout, il se rend seul à l’hôpital. Après avoir été soigné, il essaye de retourner au camp. « Mais lorsque tu pars trois jours, on ne te laisse pas revenir, » raconte-t-il. Donc ils m’ont demandé de partir et j’ai décidé de venir en France, » complète Omo.

Omo, 29 ans, originaire du Nigéria et réfugié en France depuis 2020. Photo : CB / Rue89 Strasbourg / cc

Si le demandeur d’asile a déjà donné ses empreintes dans un autre pays européen, ce n’est pas à la France d’étudier sa demande. Le règlement européen signé à Dublin détermine quel pays de l’Union est responsable d’examiner les demandes d’asile. Les personnes dans ce cas sont familièrement appelées les « Dublinés ». S’il existe des critères précis pour déterminer quel pays est responsable, chaque situation est unique et étudiée selon la vulnérabilité de la personne.

En fait, comme pour Omo, la France peut décider que le demandeur est trop vulnérable pour avoir à retourner dans un autre pays. Elle peut estimer que le pays d’entrée risque de ne pas étudier correctement la demande, et se substituer à lui. Ces décisions sont discrétionnaires, et prises par la préfecture. Le terme de vulnérabilité est crucial dans le processus de demande d’asile, il permet par exemple qu’une femme enceinte soit plus facilement hébergée.

« Dans l’accompagnement des demandeurs, il n’y a pas de vérité ni de schéma ultime, pas de parcours parfait. Ce sont des situations particulières complexes voire dramatiques… »

Arnaud Fritsch, directeur général du Foyer Notre Dame
Nelson, 29 ans, réfugié en France depuis 2020. Photo : CB / Rue89 Strasbourg / cc

Logement et subsistance : une obligation légale pour la France

Dans un second temps, toujours à la préfecture, c’est un officier de l’Office national pour l’Immigration et l’Intégration (Ofii) qui rencontre le demandeur. Il lui propose des conditions matérielles d’accueil (CMA), déterminées en même temps que sa vulnérabilité. C’est ensuite à la Spada d’ouvrir ses droits à l’allocation pour les demandeurs d’asile (ADA). « C’est une petite carte de paiement, » explique Omo, chargée du montant de l’ADA (voir ci-dessous).

Montant de l’allocation pour demandeurs d’asile au 14 Septembre 2021 Photo : service-public.fr

Les demandeurs d’asile n’ont pas le droit de travailler, leur subsistance dépend donc entièrement de l’Ada. Si l’Ofii n’a pas de logement à proposer, l’allocation est augmentée de 7,40 euros par jour, quel que soit le nombre de personnes composant le foyer. Elle est versée à partir du moment où la demande est déposée à l’Office français pour les réfugiés et apatrides (Ofpra) et peut être suspendue si le demandeur refuse une proposition de logement ou s’il ne répond pas à l’une de ses obligations administratives.

La carte bancaire octroyée aux demandeurs d’asile ne permet pas de retirer d’argent Photo : Asile En France

En théorie, les demandeurs d’asile ne sont pas supposés dépendre des hébergements d’urgence : l’Ofii doit les loger ou ils doivent trouver un hébergement grâce à l’allocation. Mais une nuit en auberge de jeunesse strasbourgeoise, pour une personne en dortoir, coûte au moins 24 euros. Omo a trouvé refuge chez un ami, tandis que Nelson a du appeler le 115 tous les soirs pour voir s’ils avaient un lit à lui proposer pour la nuit. Étant un homme seul, il n’a jamais pu accéder à l’hébergement d’urgence, et a dormi dans la rue jusqu’à ce que l’Ofii lui trouve un lit, des mois plus tard. « Je ne dormais pas vraiment, c’était très compliqué, » se souvient-il. Marie-Chantale, très malade lors de son arrivée, a aussi dû faire appel au 115, qui lui proposait un hébergement différent chaque soir. Puis l’Ofii lui a trouvé un hébergement stable approprié.

« S’enregistrer ne signifie pas obtenir une orientation et un hébergement tout de suite. C’est l’Ofii qui maîtrise ça, et c’est tout le sujet autour des campements à Strasbourg. »

Arnaud Fritsch, directeur général du Foyer Notre Dame

La Spada ouvre, dans les jours suivants l’entretien à la préfecture, les droits du demandeur à l’accès aux soins, mais avec un délai de carence de trois mois. En attendant, mes demandeurs d’asile peuvent s’adresser à la permanence d’accès aux soins de santé (Pass) de l’hôpital de Strasbourg.

Jusqu’à ce que l’Ofii trouve un hébergement au demandeur, il est domicilié administrativement à la Sapada, et accompagné par elle. Une fois qu’il obtient une place au centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) ou au sein d’un hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile (Huda), ce sont ces structures qui continuent l’accompagnement social, administratif, et juridique.

Casas, qui accompagne des centaines de personnes par an, s'inquiète de la réduction des délais de recours (Photo TU / Rue89 Strasbourg)
Casas, qui accompagne des centaines de personnes par an, s’inquiète de la réduction des délais de recours Photo : TU / Rue89 Strasbourg

Deuxième étape : convaincre l’Ofpra

À compter du jour où il s’est rendu à la préfecture, le demandeur d’asile a 21 jours pour envoyer son dossier à l’Office français pour les réfugiés et les apatrides (Ofpra). Parmi les documents à rassembler, le demandeur doit rédiger un récit de son parcours, décrivant les raisons de son exil. « Il est conseillé d’écrire deux pages maximum, » précise Marie-Chantale, « tu dois écrire toute ta vie, les circonstances de ton départ, les raisons, tout en détail. » Une fois que l’Office accuse réception du dossier complet, le demandeur attend sa convocation à l’entretien. Pour la réfugiée ivoirienne, cela a pris presque un an.

Le jour de l’entretien, le demandeur se rend à l’Ofpra, en région parisienne, seul ou accompagné par une personne autorisée. C’est un des moments les plus importants pour lui : il va devoir convaincre l’officier qu’il risque la mort ou la persécution s’il retourne dans son pays, de manière concise et convainquante. Car ce qu’on cherche à déterminer, c’est si le demandeur a droit ou non à l’asile, s’il répond aux conditions d’attribution qui sont énoncées par la loi. L’officier se base sur le récit de vie et pose les questions qui lui semblent nécessaires. Un moment crucial et inconfortable, où les demandeurs doivent abandonner toute pudeur. Ne pas répondre aux questions de l’officier peut constituer un motif de refus.

« Je n’étais pas prêt pour l’entretien, ni pour des questions si intimes » se souvient Nelson. « On m’a demandé comment je me sentais d’avoir abandonné mon petit ami dans mon pays, » poursuit-il. « On ne me laissait pas finir, l’interprète me coupait pour traduire, et avant que je puisse continuer il y avait déjà une nouvelle question, » se souvient Omo. Un sentiment partagé par Marie-Chantale, qui n’a pas eu l’impression qu’on lui laissait sa chance.

« Si l’État veut m’entendre, me donner une chance d’expliquer pourquoi je demande l’asile, il faut qu’il me donne le temps de le faire. J’ai eu l’impression d’être interrogé et pas interviewé. »

Omo, 29 ans

Un quart de reçus en première instance

Omo, Nelson, et Marie-Chantale ont vu leurs demandes refusées par l’Ofpra. En 2020, sur plus de 94 000 dossiers envoyés à l’Ofpra, un peu moins d’un quart (23,7%) des demandes étudiées ont reçu un avis favorable – adultes et mineurs compris. La décision intervient en principe six mois après l’introduction de la demande. Pour Omo, Nelson et Marie-Chantale, la décision est arrivée quelques semaines après leur entretien.

Si elle est positive, le réfugié peut effectuer sa demande de titre de séjour. Il reçoit d’abord un document temporaire valable six mois, avant son titre de séjour final. Le réfugié se voit également remettre un document de voyage, qui n’est pas valable pour son pays d’origine. S’il dispose encore de son passeport, il doit le remettre à la préfecture. 

En cas de refus, la Cour nationale du droit d’asile

Si la décision est négative, le demandeur d’asile peut faire appel auprès de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). La présence d’un avocat n’est pas obligatoire mais possible, à travers l’aide juridictionnelle. Les raisons du refus sont expliquées, et accompagnées de la transcription écrite de l’entretien. Omo se remémore :

« On m’a dit que mon récit n’était pas assez personnel, pas assez contextualisé. J’étais dévasté, je ne savais pas ce que j’avais fait de mal, mais on ne me croyait pas. »

Le rendez-vous devant la CNDA, à Montreuil, a nécessité cinq mois d’attente pour Marie-Chantale. Nelson se souvient :

« À la CNDA, tu parles à trois juges. D’abord on lit toutes les pièces que tu as fourni, puis on te pose des questions précises. Ensuite, l’avocat fait son plaidoyer. Je les ai trouvé plus attentifs. »

« À la fin, on t’informe que la décision sera rendue dans les 21 jours, » conclue Nelson. Une décision accessible sur internet et à la CNDA directement. Nelson, Omo et Marie-Chantale ont reçu une décision favorable suite à leurs recours. Au total, leurs parcours auront duré entre trois et quatre ans. Ils font néanmoins partie des exceptions statistiques. En 2020, 6 116 (14,6%) procédures d’appel devant la CNDA ont permis d’obtenir le statut de réfugié et 4 138 (9,8%) la protection subsidiaire.

Ultime contestation possible auprès du Conseil d’État

Si l’Ofpra et la CNDA ont débouté le demandeur, il lui est possible de saisir le Conseil d’État. Mais Camille Latli de Casas nuance :

« Ce n’est pas un troisième juge de l’asile, ils vont juste regarder si le droit a bien été appliqué par la CNDA. Il faut être représenté par un avocat habilité à plaider devant le Conseil et même si les magistrats donnent raison au demandeur, le dossier reviendra à la CNDA pour être à nouveau jugé. Dans les faits, seuls les demandeurs suivis par de grosses associations comme La Cimade ou Gisti y vont vraiment, quand elles veulent montrer une incohérence dans le droit. »

Les recours devant le Conseil d’État ont toujours vocation à contester des décisions administratives. C’est le moyen qu’utilisent les associations pour faire changer la liste des pays d’origine sûrs par exemple, décidée par le conseil d’administration de l’Ofpra. « C’est une appellation avec laquelle on est rarement en accord, » explique Arnaud Fritsch. Car lorsqu’un demandeur vient d’un de ces pays, sa demande a très peu de chance d’aboutir. En juillet 2021, un consortium de 10 associations et syndicats a ainsi réussi à faire retirer de cette liste le Bénin, le Sénégal et le Ghana.

Après le refus définitif, quelques solutions

Autre possibilité après un rejet de la CNDA : demander un réexamen de son dossier, uniquement si un élément nouveau s’y ajoute. Le demandeur recommencera la procédure du début, et devra repasser devant l’Ofpra, voire devant la CNDA. Camille Latli donne un exemple :

« Une personne qui était recherchée dans son pays peut s’y faire condamner après avoir reçu le refus du statut de réfugié en France. C’est quelque chose que le demandeur ne savait pas, qui a changé, ou qu’il n’a pas voulu dire à l’époque car il était vulnérable. »

En outre, « la circulaire Valls prévoit qu’après cinq ans de présence sur le territoire, il est possible de demander à être régularisé, » ajoute Arnaud Fritsch. C’est une demande d’admission exceptionnelle de séjour, qui peut être accordée même après un refus de la CNDA. Mais cela vise des situations particulières : parents d’un enfant scolarisé en France, partenaire d’une personne en situation régulière, arrivée irrégulière en France d’un mineur devenu majeur, victimes de violences conjugales ou d’un réseau de traite humaine, talents exceptionnels ou services rendus à la collectivité…

Lorsque les demandeurs d’asile se voient opposés un refus définitif, ils risquent d’être visés par une Obligation de quitter le territoire français (OQTF), « mais ce n’est pas systématique, » précise Arnaud Fritsch. Un demandeur d’asile est en situation de séjour irrégulier sur le territoire dès lors qu’après un refus, le demandeur n’entame pas de recours, de demande de réexamen, ni de démarche de régularisation.

La suspension de deux soignants non-vaccinés validée par le tribunal administratif

La suspension de deux soignants non-vaccinés validée par le tribunal administratif

Deux soignants de Munster, non-vaccinés contre la Covid-19, avaient déposé un recours pour protester contre leur suspension, le 20 septembre devant le tribunal administratif de Strasbourg. Leur requête a finalement été rejetée, une semaine plus tard, le 27 septembre. Il s’agit du premier jugement concernant l’obligation vaccinale des soignants.

Deux soignants non-vaccinés du centre hospitalier Loewel de Munster contestent leur suspension. Depuis le 15 septembre, leur employeur ne leur verse plus de rémunération selon la loi du 5 août 2021 qui impose la vaccination contre la Covid-19 à certaines professions. En référé, c’est-à-dire une procédure d’urgence devant le tribunal administratif, la demande des deux employés n’a pas été suivie par la juge.

Les deux requérants, une agente des services hospitaliers (ASH) et un aide-soignant, estiment que leur suspension est « une atteinte grave et manifestement illégale à sa vie privée, à son droit de disposer de son corps, à l’inviolabilité du corps humain et à l’intégrité physique », qui va à l’encontre du « consentement libre et éclairé du patient aux soins médicaux ». Autre grief : « Il n’est pas démontré que l’objectif de santé publique ne pourrait pas être atteint sans recours à la vaccination ».

Pas de contrainte à la vaccination stricto sensus

Pour la juge du tribunal administratif, cette obligation vaccinale est certes une atteinte aux libertés, mais elle peut être « justifiée par des considérations de santé publique et proportionnée à l’objectif poursuivi ». De fait, le magistrat estime que les deux requérants et leur avocat n’ont présenté « aucun élément précis qui serait de nature à remettre en cause l’efficacité des vaccins contre la Covid-19 ou à attester de ses effets indésirables, ou même à démontrer que la vaccination ne serait pas nécessaire pour atteindre l’objectif de réduction des contaminations ».

Certains soignants contestent leur obligation vaccinale, ici lors d’une manifestation le 28 août devant la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg. Photo : Martin Lelièvre / Rue89 Strasbourg

La juge estime également que, selon la loi, les deux soignants n’ont « pas été contraint[s] de se faire vacciner contre la Covid-19 ». Même s’ils ne peuvent exercer et ne sont plus payés, leur « consentement libre et éclairé » ne serait ainsi pas atteint.

Les deux soignants ont la possibilité de faire appel au Conseil d’État de ce référé. S’ils maintiennent leur recours, une décision sur le fond – après une instruction plus approfondie – sera rendue par le tribunal administratif de Strasbourg, dans plusieurs mois.

Protection de l’enfance : une adolescente se tue, un éducateur se suicide et l’Arsea se tait

Protection de l’enfance : une adolescente se tue, un éducateur se suicide et l’Arsea se tait

Le 8 mars 2021, l’éducateur Denis B. se suicide dans son bureau du Service d’investigation éducative de l’Arsea. Un service débordé depuis plusieurs années par une charge de travail croissante, et la multiplication des arrêts maladies. Quatre mois avant le drame, Denis avait également été bouleversé par la mort d’une adolescente dont il était chargé du dossier. Sa direction lui aurait demandé de détruire le dossier de la jeune fille.

« J’ai maintenant une envie de fuir à l’autre bout du monde ». Lundi 8 mars 2021, vers 19h, Denis B. envoie un long mail à ses 32 collègues et à sa hiérarchie du Service d’Investigation Éducative (SIE67). Le quinquagénaire célibataire et père de famille dénonce une surcharge de travail, et parle de « maltraitance » exercée par sa hiérarchie (« méthodes malhonnêtes, autoritaires et fourbes », « gestion inhumaine inacceptable »). Il met en cause des conditions de travail et une ambiance délétères au sein de ce service de l’Arsea (Association régionale spécialisée dans l’action sociale) basé à Strasbourg. 

Le travailleur social décrit une situation qui semble toucher de nombreux salariés (« J’ai vu beaucoup trop de collègues devenir malades sous le poids de leur travail au SIE. »). Il signe son mail « ciao ciao » et souhaite bon vent à ses collègues. Trois heures plus tard, un peu après 22h, Denis B. se suicide en sautant de la fenêtre de son bureau, situé au 3e étage, boulevard de Lyon, à Strasbourg. 

Les locaux du SIE67, situés boulevard de Lyon, à Strasbourg (photo Louise Chappe / Rue89 Strasbourg).

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