Faruk Günaltay dirige le cinéma municipal de l’Odyssée à Strasbourg depuis 1992. Plusieurs anciens salariés témoignent aujourd’hui de la violence de l’homme en tant que patron. Une lettre anonyme a été envoyée à la Ville en 2011, mais la municipalité de l’époque n’a rien fait. L’utilisation de subventions par le prof de cinéma a également été dénoncée en 2014. Les institutions culturelles n’ont pas bougé. Malgré les alertes, l’ancien maire Roland Ries a toujours été à ses côtés. Coûte que coûte. Deuxième et dernier volet de notre enquête, sur la fabrique du silence autour de Faruk Günaltay.
Dans le premier volet de notre enquête sur Faruk Günaltay, nous avons montré le réseau tentaculaire du dirigeant de l’Odyssée. Basé à la fois sur des liens diplomatiques et européens, mais aussi sur des amitiés fortes avec des notables locaux, des patrons de presse et des expert-comptables. Un système qui permet à Faruk Günaltay de tenir depuis 30 ans le cinéma municipal, malgré des comptes en déficit constant, et des alertes ignorées par la Ville.
Un ancien fonctionnaire proche du dossier de l’Odyssée résumait ainsi : « Quand on a besoin de se construire une ceinture d’otages autour de soi, ça veut tout dire. » Une protection qui va au-delà de la mauvaise gestion économique du cinéma, puisqu’elle a également permis à Faruk Günaltay de rester en place, malgré des dénonciations sur ses pratiques managériales.
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Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Après quelques heures de grève, l’intersyndicale a obtenu des engagements écrits de la direction de la CTBR sur le maintien des acquis sociaux des conducteurs et une augmentation salariale. Le trafic reprendra dès mardi 7 septembre.
Quelques heures de grève des conducteurs de la Compagnie de Transports du Bas-Rhin (CTBR) auront suffi. Dans la matinée du lundi 6 septembre, l’intersyndicale Unsa, CGT et FO a obtenu satisfaction lors d’une réunion avec la direction et un représentant de la Région Grand Est.
Du fait d’un changement de statut de la CTBR le 1er septembre 2019, les représentants syndicaux craignaient de se voir imposer une nouvelle convention collective. Mais lundi matin, les représentants syndicaux ont été rassurés sur le maintien des acquis sociaux des conducteurs (régularité des horaires, nombre de semaines de congés payés….) en vigueur au sein de l’entreprise. Les négociations ont aussi abouti à la promesse d’une hausse salariale, indexée sur l’inflation à la fin de l’année 2021.
Le trafic des lignes de bus interurbaines dans le département reprendra dès mardi 7 septembre. Le préavis déposé prévoyait 48 heures de grève, mais « nous avons réussi à négocier un petit bonus avec la direction, qui a accepté de rémunérer la journée de grève, c’était la condition pour lever le piquet de grève dès ce soir », affirme Olivier Gundy, secrétaire du CSE de la CTBR et délégué de l’Unsa. Le syndicaliste se félicite de l’issue du mouvement tout en regrettant le recours à la grève :
« Ces deux dernières années, la direction donnait deux sons de cloche différents entre les paroles et les actes. Maintenant grâce à la mobilisation de l’intersyndicale et des salariés, nous avons obtenu gain de cause. »
De nombreux bus de la CTBR partent de la gare routière derrière le centre commercial des Halles, pour emmener des passagers au delà de l’agglomération strasbourgeoise. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Faruk Günaltay dirige le cinéma Odyssée à Strasbourg depuis 1992. La gestion du cinéma municipal lui a été confiée sous forme de Délégation de service public depuis près de 30 ans par la Ville, malgré un audit dénonçant une mauvaise gestion du lieu, des alertes sur les conditions de travail, et un déficit chronique. Pourquoi la municipalité s’est-elle accrochée aussi longtemps ? Rue89 Strasbourg a enquêté pendant 6 mois. Premier volet de notre enquête sur le système Faruk Günaltay : un réseau de diplomates et de personnalités politiques locales.
À l’origine de cette enquête, il y a l’envie de comprendre. Comprendre comment L’Odyssée, le seul cinéma municipal de Strasbourg a pu être tenu depuis 1992 par le même homme, Faruk Günaltay, 72 ans, alors que de nombreuses voix s’élèvent de tous bords depuis des années pour dénoncer ses pratiques managériales, sa gestion économique, ou encore sa programmation hétéroclite et souvent confidentielle ? Comment ce bijou architectural strasbourgeois, construit en 1913, classé monument historique depuis 1990, et considéré comme l’une des plus belles salles du monde d’après un classement du magazine Time Out en mars, est-il devenu « le cinéma de Faruk » ?
Depuis le mois d’avril, nous avons interrogé 27 personnes au sujet de Faruk Günaltay. Des anciens employés du patron de l’Odyssée, aux anciens élèves et collègues du professeur de philosophie, d’histoire et de cinéma, en passant par des élus, des anciens maires, des anciens techniciens des services culturels de la Ville, mais également des personnalités du milieu culturel, des exploitants d’autres salles, des agents du Rectorat, de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) et des personnalités diplomatiques. Il ressort de ces entretiens une crainte de parler. « On ne sait jamais ce qu’il peut faire après », « il m’a déjà menacé », « il est très puissant au niveau local et national ». Faruk Günaltay semble intouchable, et omnipotent. La quasi-totalité de nos interlocuteurs ont donc souhaité rester anonymes.
Depuis 1992, Faruk Günaltay est le directeur des Rencontres cinématographiques d’Alsace, association chargée de la délégation de service public du cinéma Odyssée (photo MdC / rue89 Strasbourg).
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Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Plus de 700 000 résultats de tests, et les données personnelles des patients, ont été durant des mois accessibles en quelques clics en raison de failles béantes sur le site de Francetest, un logiciel transférant les données des pharmaciens vers le fichier SI-DEP et pourtant non homologué.
Les données personnelles et les résultats des tests Covid de plusieurs centaines de milliers de personnes ont été durant plusieurs mois accessibles à tous en quelques clics en raison de plusieurs failles de sécurité sur la plateforme Francetest, une société transférant les données des pharmaciens au fichier SI-DEP, le fichier centralisant l’ensemble des données des tests.
Les différents problèmes ont commencé à être résolus à partir de vendredi soir, lorsque Mediapart a contacté la société pour les lui signaler. Dans la nuit du vendredi 27 août au samedi 28 août, ses responsables ont rendu inaccessible une partie du site à travers laquelle n’importe quel internaute pouvait consulter plusieurs dizaines de milliers de résultats de tests, avec les nom, prénom, genre, date de naissance, numéro de Sécurité sociale, adresse mail, numéro de téléphone, adresse postale du patient.
Lundi 30 août, la société a modifié les identifiants permettant d’accéder à l’ensemble de ses résultats, accompagnés des mêmes données, soit plus de 700 000 lignes qui étaient, elles, disponibles en rentrant un nom d’utilisateur et un mot de passe trouvables, en clair, dans un dossier accessible à tous.
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De plus en plus de tentes réapparaissent à différents endroits de Strasbourg. Jeudi 2 septembre, 122 personnes à la rue ont été recensées par des associations de solidarité. Ils vivent dans campements sans infrastructures sanitaires. Les associations s’inquiètent de retomber dans un système de démantèlement de camps comme entre 2018 et 2019.
Jeudi 26 août, 110 demandeurs d’asile afghans ont pu être accueillis à l’Hôtel Mercure à Strasbourg suite aux évacuations depuis Kaboul, et la prise du pouvoir par les talibans mi-août. « C’est très bien qu’on leur ait trouvé une solution d’hébergement », se réjouit Nicolas Fuchs, coordinateur régional de Médecins du Monde et membre du Centre communal d’action social (CCAS) de la Ville de Strasbourg. Il regrette en revanche de constater que 122 autres personnes à la rue ont de nouveau été recensées par les associations strasbourgeoises à la date du 2 septembre. « Théoriquement la loi prévoit une mise à l’abri de manière inconditionnelle, quel que soit le statut administratif et quel que soit la vulnérabilité de la personne », rappelle Nicolas Fuchs. Dans les faits, ce n’est de nouveau pas le cas.
Pas d’accès à l’eau courante ou à des toilettes
Des tentes réapparaissent et des campements commencent à se reformer, notamment à côté de l’arrêt de tram Montagne Verte où près de 80 personnes sont installées, majoritairement en cours de demande d’asile. Il s’agit surtout de personnes venues d’Europe de l’Est. C’est le plus gros campement à Strasbourg aujourd’hui. « Dans l’Eurométropole de Strasbourg, 85% de ces personnes à la rue n’ont pas accès à des points d’eau ou des toilettes, ce qui ne permet pas de tenir des conditions de salubrité ou de gestes barrières décents », continue Nicolas Fuchs.
Sur ces 122 personnes vivant dans des tentes, plus de la moitié seraient des enfants, et trois des femmes seraient enceintes. Des situations « très inquiétantes » commencent à se développer pour sept personnes malades, au-delà du manque d’infrastructures d’eau, de toilettes et de douche. Deux autres personnes ont demandé un accompagnement pour des problèmes de santé mentale. Depuis un précédent recensement samedi 28 août, une dizaine de personnes sont arrivées sur le site de la Montagne Verte. Sur les 56 enfants à la rue recensés (une quarantaine à la Montagne Verte), certains sont scolarisés. D’autres ne sont pas scolarisables, faute d’adresse.
Pour Germain Mignot salarié de l’association Caritas, « la plupart des personnes sont en cours de procédure administrative » avec une majorité de demandeurs d’asile et peu de personnes déboutées. Responsable de l’accueil de jour de l’association caritative, il complète :
« Les personnes qui ont reçu des OQTF (obligation de quitter le territoire français) sont beaucoup moins visibles parce qu’elles ne veulent pas se faire expulser, donc elles ne se retrouvent pas forcément sur ces campements, où il y a un passage de police régulier. »
Retour des camps… et des démantèlements ?
Au delà du site de la Montagne Verte, plusieurs autres endroits sont des points de chute plus petits pour les sans-abris issus de l’immigration. Des familles s’installent régulièrement entre le parc du Heyrtiz et Rivetoile, en tente ou en voiture. Plus au nord, une trentaine de personnes se sont installées entre l’hôtel Athéna de Hautepierre et l’arrêt de tram Ducs d’Alsace, où des camps avaient été démantelés en 2018 et 2019. Un dernier campement, cette fois de personnes roms, est également installé au niveau d’une bretelle d’entrée d’autoroute à Cronenbourg, mais ces personnes d’origine européenne ne sont pas en demande d’asile, contrairement à la majorité des personnes recensées. Les associations recensent également des tentes individuelles au parc du Glacis, ou un campement s’était déjà formé en 2018.
Sur ce site du Glacis, fin mai 2019, un jeune afghan de 21 ans nommé Habib Soroush s’était donné la mort. Son décès avait entrainé la mise en place de squats par des associations, comme l’Hôtel de la Rue ou le Squat Buggatti, ce qui avait un peu réduit le nombre de personnes sans toit de la capitale alsacienne. Aujourd’hui, ces squats sont fermés ou en cours de démantèlement et Nicolas Fuchs de Médecins du Monde redoute un « retour aux dynamiques d’avant le Covid et d’avant les squats. » Pour lui, c’est ce qui expliquerait l’augmentation du nombre de tentes dans la ville :
« Les squats étaient une réponse au manque structurel de mises à l’abri. Personne ne le dit et personne ne l’assume, mais pourquoi est-ce qu’il n’y a pas eu de campement jusqu’à maintenant ? Parce qu’il y avait les squats. »
Le camp de migrants dans un espace de la Montagne Verte (Photo Germain Mignot)Le camp de migrants dans un espace de la Montagne Verte (Photo Germain Mignot)Le camp de migrants dans un espace de la Montagne Verte (Photo Germain Mignot)
Le coordinateur régional redoute que « ces camps se reforment avant d’être à nouveau démantelés ». Pour pallier l’extrême urgence de la situation à Montagne Verte, les associations ont demandé la mise en place d’un point d’eau et de toilettes provisoires à la mairie. Si des discussions sont en cours, l’installation n’est toujours pas effective. « C’est un choix politique de leur faire vivre ces conditions là », critique Nicolas Fuchs, à l’encontre aussi bien des collectivités que de l’État.
La mobilisation exceptionnelle pour le Covid dépassée
Au local de l’association Strasbourg Action Solidarité situé Cité Spach, le travailleur social Guillaume Keller-Ruscher reconnait un effort pendant les confinements :
« Avec le Covid, il y a eu des moyens exceptionnels de trouvés, la preuve que quand il y a une volonté politique, on trouve des moyens. Jusqu’à cette épidémie, les moyens étaient constants depuis 10 ans pour l’hébergement d’urgence. »
Il craint un manque de solutions pour les personnes en sortie des dispositifs actuels. « Aujourd’hui, il y a des fins de prises en charge et des personnes remises à la rue », abonde Germain Mignot de Caritas.
L’association Strasbourg Action Solidarité effectue des distributions de repas et des maraudes chaque semaine, le mardi et le jeudi Photo : ML / Rue89 Strasbourg
Aujourd’hui, près de 2 800 personnes seraient hébergées dans des hôtels sur l’Eurométropole, rapportent plusieurs responsables associatifs. Un chiffre stable depuis les mesures prises lors du premier confinement. Un total insuffisant au regard de la reformation de camps et qui contredit les discours officiels. Lors de la conférence de presse concernant l’accueil à Strasbourg de demandeurs d’asile afghans secourus par la France, la directrice adjointe de l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) du Grand Est assurait qu’il y avait « 12% de places vacantes dans notre parc » pour les demandeurs d’asile. Mais ces chiffres concernaient l’ensemble des 10 000 places réparties dans le Grand Est.
Les locaux de l’association Strasbourg Action Solidarité sont situés Cité Spach. Des repas y sont distribués pour les personnes en situation de précarité. Photo : ML / Rue89 Strasbourg
Le travailleur social Guillaume Keller de Strasbourg Action Solidarité relate une saturation accrue des services d’hébergement d’urgence. Dans une newsletter en date du 28 juillet du Service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO) du Bas-Rhin, « le 115 » reconnaissait déjà « des difficultés pour mettre à l’abri des personnes isolées, mais aussi des familles avec enfant ». Sur 84 ménages identifiés (119 adultes et 36 mineurs dans la semaine du 19 au 25 juillet), seuls 2 ont « bénéficié d’une proposition d’hébergement », tandis que 56 ne font « pas ou plus » de demande et 26 ont vu leur demande échouer. Ce qui corrobore le constat de Guillaume Keller : « Beaucoup de personnes n’appellent probablement pas ». Il estime que la situation s’est « aggravée en août ».
En 2021, environ 70% à 80% des appels au 115 ont été décrochés. On note une augmentation du nombre d’appels depuis avril. (doc remis)Dans environ 90% des cas, les appels décrochés ne débouchent pas une orientation des places. (doc remis)
Selon Strasbourg Action Solidarité, des équipes de la police nationale sont passées jeudi 2 septembre à deux reprises (après-midi et soir) pour effectuer un autre recensement avec relevé d’identité au campement de la Montagne Verte. Certaines personnes sans-abris auraient déjà été contactées par l’Office France de l’Immigration et de l’Intégration (OFII), en vue d’une prise en charge. Différentes réunions, entre les acteurs associatifs et la municipalité, mais aussi du quartier Montagne Verte doivent avoir lieu la semaine prochaine, notamment pour préciser la question de l’accès à l’eau.
Les acteurs associatifs interrogés espèrent aussi que la « réflexion et la coordination » enclenchée avec la municipalité, qui a pour objectif de mettre en place 500 places d’hébergements, permette de ne pas revivre des démantèlement de camps à répétition comme lors du mandat précédent. Et que l’État ne ferme pas un nombre de places équivalent.
L’intersyndicale Unsa-CGT-FO a déposé un préavis de grève du lundi 6 septembre au 31 décembre. Le réseau des bus interurbains sera probablement lourdement impacté en début de semaine. Les syndicats s’inquiètent de la remise en cause de leur accord sur les conditions de travail, du fait d’un changement de statut de la compagnie.
« Nous sommes déterminés. D’après ce que les collègues disent, lundi, on devrait avoir 90% de participation à la grève », affirme Olivier Gundy, secrétaire du CSE de la Compagnie des transports du Bas-Rhin (CTBR), et délégué de l’Unsa, le syndicat majoritaire. La CTBR prend en charge les lignes de bus interurbaines dans le département. Les transports en bus et en tram à l’intérieur de l’agglomération strasbourgeoise, pris en charge par la CTS, ne sont donc pas concernés. L’intersyndicale qui regroupe l’Unsa, la CGT et FO a déposé un préavis de grève à compter du lundi 6 septembre, et, en théorie, jusqu’au 31 décembre.
Les conducteurs craignent une dégradation importante de leurs conditions de travail, à cause du changement de statut de leur société. « Depuis la création de l’entreprise en 2009, nous avons négocié des accords d’entreprise dont nous sommes satisfaits », explique Olivier Gundy. Le 1er septembre 2019, la CTBR a changé de situation : elle est passée de société par actions simplifiée (SAS) à société publique locale (SPL), détenue à 80% par la Région Grand-Est, et à 20% par l’Eurométropole. Lors du changement de statut, les accords d’entreprise qui régissent les conditions de travail peuvent être transposés, ou pas.
De nombreux bus de la CTBR partent de la gare routière derrière le centre commerciale des halles, pour emmener des passagers au delà de l’agglomération strasbourgeoise. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
La direction tarde à maintenir les accords d’entreprise
Il faut que la direction fasse signer aux syndicats le « transfert des accords », dans un délai de 15 mois. Le 1er janvier 2021, donc 15 mois après le changement de statut, la direction n’avait toujours pas permis aux syndicats de signer les transferts des accords. Elle a alors annoncé un délai supplémentaire d’un an, jusqu’au 31 décembre 2021. En cette rentrée 2021, ils n’ont toujours pas été transférés. Il ne reste plus que 4 mois. L’intersyndicale s’inquiète de la lenteur des démarches, comme l’expose Olivier Goundy :
« Si nous passons encore le délai, la direction aura la possibilité de nous imposer la convention collective des transports de voyageurs. Cela serait un recul majeur de nos conditions de travail. Nous pourrions avoir des horaires plus irrégulières : par exemple alterner des services qui commencent tôt le matin et des services qui finissent tard dans la soirée. Aussi, aujourd’hui nous avons un effectif de réserve raisonnable : seulement 30% des salariés. Ces personnes connaissent les horaires la veille de leurs services. Si les accords ne sont pas transférés, la proportion d’employés en réserve pourrait augmenter significativement. On perdrait aussi les RTT et on passerait de 6 à 5 semaines de congés par an. »
Seule la partie sur les salaires a été transférée, soit un salaire de 1 500 à 1 700 euros nets par mois.
Selon le secrétaire du CSE de la CTBR, la grève devrait être très suivie lundi 6 septembre. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
L’intersyndicale dénonce le management du directeur général
L’intersyndicale dénonce aussi le management du directeur général Guillaume Tierny, en poste depuis avril 2019. D’après Olivier Gundy, sur les 12 personnes du service administratif de la CTBR, 4 auraient démissionnées ou auraient été licenciées depuis l’arrivée du nouveau patron. Enfin, les syndicats dénoncent l’échec de la dernière négociation annuelle obligatoire. Ils réclamaient une augmentation en fonction de l’inflation et de l’indice de l’INSEE, qu’ils n’ont pas obtenu.
Contactée suite au dépôt du préavis de grève vendredi 3 septembre dans l’après-midi, la direction n’a pas répondu à notre appel. Son site internet indique que « des perturbations sont possibles sur le réseau CTBR à compter du lundi 6 septembre ».
Les Intranquilles, nouveau film de Joachim Lafosse avec Leyla Bekhti et Damien Bronnard, est projeté lors d’une séance spéciale en présence du réalisateur, jeudi 9 septembre à 19h45 au Star Saint-Exupéry. Des places sont à gagner sur Rue89 Strasbourg en remplissant le formulaire ci-dessous.
Le pitch
Leila et Damien s’aiment profondément. Malgré sa bipolarité, il tente de poursuivre sa vie avec elle sachant qu’il ne pourra peut-être jamais lui offrir ce qu’elle désire. Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2021
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Vendredi au Pelpass Festival, c’est hip-hop en direct sur Rue89 Strasbourg grâce à Arte Concerts. Au programme, la musique puissante du duo YN, le mélange de rap et musique électronique de Glauque et le hip-hop d’inspiration newyorkaise de Benjamin Epps.
À 20h : YN
Ils sont YN : Y pour Yann, N pour N Zaki, mais aussi YN comme le yotta newton, plus haute unité de mesure de la force. N’y voyez pas une forme de mégalomanie mais plutôt une envie du duo de faire une musique qui ait un fort impact sur les auditeurs. Le groupe écrit des textes engagés et parfois sombres, qui se posent sur des instrumentations flirtant souvent avec la musique électronique en donnant évidemment une part belle aux percussions. Le résultat est volontairement très organique et d’une efficacité redoutable qui donne envie de se joindre à la hargne et au combat des deux musiciens.
Après un premier EP « Chants de force » sorti en 2019 et une tournée avortée en 2020, YN est de retour sur scène au Pelpass pour une démonstration de puissance dont ils ont le secret.
21h30 : Glauque
Originaires de Namur, en Belgique, les cinq garçons qui composent Glauque veulent s’affranchir des codes. Ensemble par amitié plutôt que pour leurs affinités musicales, les membres optent pour un processus créatif dans lequel tout le monde est constamment impliqué, ce qui explique les multiples influences qui fleurissent dans leurs morceaux. A la tête de leur propre label, Ecluse, le groupe joue donc la carte de l’artisanat et est très attaché à sa liberté créative.
Glauque s’est fait connaître avec ses premiers titres « Robot » et « Plane », qui figuraient sur le premier EP éponyme avant d’être à nouveau bricolés sur le projet « Réécriture », qui est sorti durant l’été 2020. En plus de la musique, le groupe a à cœur de se démarquer visuellement, en proposant une esthétique différente et radicale aussi bien dans ses clips que sur scène. L’expérience est donc totale sur la scène du festival Pelpass.
23h : Benjamin Epps
A contre-courant de la scène mainstream actuelle, Benjamin Epps fait revivre le style newyorkais avec un rap épuré aux instrumentations piochant volontiers dans le jazz et la soul.
Originaire du Gabon, Benjamin commence à rapper alors qu’il n’a que dix ans. Il se nourrit à la fois des clashs avec ses camarades d’école et du rap « oldschool » qu’écoute ses frères pour bâtir son style. Naviguant entre egotrip et morceaux personnels plus mélancoliques, le jeune MC a su, au fil des années, se frayer un chemin à coups de punchlines assassines et d’allitérations fournies. Il sait aussi cultiver ses différences, en assumant totalement ses influences « old school » et une voix plus aigu que celles de la plupart des rappeurs.
En 2020, il sort son premier EP « Le Futur » et le clip de « Kennedy en 2005 », encensés par la critique et ses pairs. Quelques mois plus tard seulement sort le projet « Fantôme avec chauffeur », sur lequel il collabore avec le producteur Le chroniqueur sale. Avec les titres « Notorious », « Goom » ou encore « Dieu bénisse les enfants », il y démontre tout l’étendue de ses talents.
Sur la scène du festival Pelpass, il prouve encore une fois qu’il n’est pas « un phénomène de mode » mais bien « un phénomène ».
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Ce jeudi, c’était la première rentrée dans les écoles de Strasbourg dont la cour a été « déminéralisée ». La municipalité s’est donné l’objectif de reconfigurer les 114 écoles d’ici la fin du mandat. Un projet apprécié, mais qui modifie en profondeur l’utilisation de l’espace.
Au groupe scolaire de la Musau à Neudorf, la maire Jeanne Barseghian (EELV) a choisi une école modèle pour assister à la rentrée des classes : une toiture refaite en ardoise naturelle, une cantine qui remplace le plastique jetable par de l’inox sans perturbateur endocrinien, et surtout sa cour végétalisée pour la maternelle. Le revêtement est posé et l’herbe, plantée. Les cordelettes qui protègent la pelouse seront bientôt enlevées, tandis que quelques marquages au sol, des mobiliers en bois et la plantation de huit arbres est prévue d’ici le mois de novembre. Au total, les cours de 7 écoles et 2 établissements de la Petite enfance ont vu leur bitume arraché cet été, remplacé par de l’herbe, des copeaux de bois et des arbustes.
Déjà à l’œuvre dans quelques grandes villes de France, cette « déminéralisation » est l’un des chantiers majeurs du mandat. Pour lutter contre le réchauffement climatique d’abord, mais aussi pour réinterroger la place des filles et des garçons dans les cours d’écoles. La municipalité strasbourgeoise s’est donné l’objectif de modifier ses 114 écoles maternelles et élémentaires d’ici la fin du mandat en 2026. Sans oublier les 20 établissements de Petite enfance dont elle est propriétaire. Le principe : les écoles doivent candidater auprès de la municipalité, faire des propositions d’aménagements, et la mairie arbitre.
L’enrobé central laisse passer l’eau de pluie, contrairement à du bitume classique. Il devrait changer de couleur après quelques mois. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
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Le deuxième long-métrage de Leyla Bouzid se penche sur la première expérience sexuelle et amoureuse d’un jeune garçon qui a grandi en banlieue parisienne. Avec ce sujet très peu abordé au cinéma, la réalisatrice offre un film juste et subtil. Rencontre avec une réalisatrice qui n’a pas froid aux yeux.
Chaque matin à l’aube, Ahmed quitte sa cité pour rejoindre la Sorbonne où il étudie la littérature arabe. Il y rencontre Farah, qui arrive de Tunis et c’est une apparition. Totalement bouleversé par une littérature qu’il découvre sensuelle et érotique ainsi que par cette jeune fille libre, Ahmed lutte et se débat contre lui-même, ses sentiments, ses pulsions.
La réalisatrice Leyla Bouzid filme cette naissance du désir chez un jeune homme comme on l’a rarement vu. Comme un appel à la libération des corps, tous les corps. Dans son premier film, A peine j’ouvre les yeux en 2015, Leyla Bouzid retraçait l’aventure d’une jeune tunisienne et de son groupe de rock en prise ave l’État policier de Ben Ali. Pour ce deuxième opus, elle poursuit son travail sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte mais en portant, cette fois, son regard sur un jeune garçon.
Bande-annonce de Une histoire d’amour et de désir (vidéo Pyramide / YouTube)
Rue89 Strasbourg: Comme votre héroïne Farah, vous êtes née en Tunisie et vous êtes arrivée en France pour faire des études de Lettres à la Sorbonne. Est-ce que cette Histoire d’amour et de désir est inspirée de votre propre vie étudiante?
Leyla Bouzid: Non, pas du tout. Pour ce deuxième film, j’avais envie de raconter l’histoire d’un jeune garçon timide. Les jeunes hommes « d’origine » maghrébine, arabe, sont le plus souvent représentés avec une virilité ostentatoire. Le jeune homme de banlieue est devenu un genre mais on s’intéresse rarement aux sentiments amoureux, aux désirs qui peuvent le traverser, comme s’ils n’existaient pas. Je voulais proposer une autre image, plus proche des gens que je connais. C’était évident pour moi qu’Ahmed, le héros, rencontrerait une jeune femme tunisienne car je voulais retrouver Farah, l’héroïne de mon premier film. Voir ce qu’elle était devenue, cette jeune femme très libre qui débarque à Paris.
Un regard féminin sur le corps des hommes
L’histoire est centrée sur Ahmed mais c’est Farah qui va guider son éducation sentimentale. Vous portez un regard féminin sur lui, notamment dans la scène finale, c’est nouveau et c’est très émouvant.
L.B. : Dans la même optique de regarder ce jeune homme différemment, je voulais filmer le corps masculin. Actuellement, on rejette le regard masculin. On cherche à donner à voir le corps de la femme autrement mais on se pose moins la question du corps de l’homme. Je veux filmer la sensualité du corps masculin, l’érotiser. Le corps de l’homme reste encore un mystère.
Ahmed (Sami Outalbali) est gêné par l’audace de Farah (Zbeida Belhajamor) Photo : Pyramide / doc. remis
Est-ce que c’est un sujet qui a été difficile à porter auprès des producteurs ou de l’acteur masculin ?
L.B. : Sami Outalbali (qui joue Ahmed) trouvait cette démarche intéressante. C’est son premier rôle principal mais depuis on l’a vu dans la série Sex education où il joue un garçon très sûr de lui, aux antipodes d’Ahmed. Ce qui a pu être moins évident à faire passer c’est le fait qu’Ahmed est son propre antagoniste. Rien ne l’empêche de vivre son histoire d’amour sauf lui-même. Dans les retours que je pouvais avoir, les gens me disaient : « Qu’est-ce qu’il a ? C’est quoi son problème ? » Il n’y a pas d’opposition frontale dans sa famille ou son quartier, c’est plus complexe, plus diffus. Tout l’enjeu de l’écriture était là : comment incarner ce qui au plus profond de lui l’empêche de se réaliser.
Le père d’Ahmed, interprété par Samir Elhakim, est aussi un personnage clé, extrêmement touchant. C’est un homme brisé…
L.B.: Dans la famille d’Ahmed, beaucoup de choses sont tues. Le passé de cette famille, sa culture arabe, musulmane, rien n’a été transmis, parce que je pense que la transmission est un luxe. Ahmed s’est construit une culture faite de tout un tas d’amalgames, qui vont venir de ses potes, des médias et il a une version de l’identité arabo-musulmane très univoque. Petit à petit, il va retrouver une complexité inerrante à toutes les cultures.
Zbeida Belhajamor joue l’intrépide Farah Photo : doc. remis
D’où vient Zbeida Belhajamor, qui incarne Farah ? C’est la première fois qu’on la voit à l’écran…
L.B. : Oui, c’est quasiment sa première expérience audiovisuelle. Elle faisait du théâtre à Tunis avec ma petite sœur, je l’avais déjà repéré pour mon premier film mais elle était trop jeune pour le personnage. Elle m’avait beaucoup impressionnée par sa vitalité, son caractère et je suis retournée la chercher. Elle est extraordinaire.
Est-ce que ce sont les femmes qui vont libérer les hommes des injonctions à la virilité ?
L.B. : Il faudrait en tout cas que les hommes se laissent libérer par les femmes. Ils ont besoin de réinventer une autre image de la masculinité.
Quelles sont les femmes qui vous impressionnent, qui vous influencent ?
L.B. : J’aime Marguerite Duras, Jeanne Moreau, Delphine Seyrig, Patti Smith. Ce sont de grandes féministes et de grandes amoureuses.
Collectif de neuf amis passionnés de sonorités électro, toujours à la recherche de nouveaux beats, Jungle By Night embrase la scène du Pelpass Festival jeudi avec leur musique pleine d’énergie et de bonnes vibes. À suivre sur Rue89 Strasbourg en direct grâce à Arte Concerts.
Cuivres funky, percussions et batterie afro, guitares et basses rock, synthétiseurs et orgues accrocheurs, c’est le cocktail détonnant des neuf néerlandais de Jungle By Night. Une formation qui peut rappeler d’autres groupes bien formés comme les américains de Snarky Puppy, mais qui se distingue par ses attaches à l’univers afro-beat et au jazz éthiopien (on pense par exemple à Mulatu Astatke). Inspirés par le travail de Fela Kuti, distingués par nul autre que Tony Allen, les neufs musiciens hollandais font déjà preuve de maturité et d’aisance dans leur musique, et le démontrent une fois de plus sur la scène du Pelpass.
Jungle By Night
Thèmes accrocheurs et dansants, musique répétitive et parfois diabolique, l’Afrique est aussi présente partout dans leur musique, imaginée (pourtant) au bord des canaux amstellodamois par Pieter Van Exter (saxophone) et Ko Zandvliet (trombone).
Que ce soit sur les dancefloors d’Istanbul, Tokyo, Londres, ou Strasbourg, les membres de Jungle By Night propulsent leur transe afro-beat sans frontière au cœur d’une jungle fantasmée.
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Depuis 2016, la coopérative militante d’éducation populaire La Braise tente de réinventer les codes de la formation professionnelle. À travers ses « conférences gesticulées », ses formations et autres stages collectifs, cette structure basée à Strasbourg milite pour « une réappropriation franche et profonde du politique par tous et toutes » et des fonctionnements plus démocratiques dans la société.
Devant une vingtaine de personnes dans la mairie d’Oberhaslach, dont des élus et des associatifs, Victor Kopp enfile son béret d’enquêteur. Pendant une heure et demi, il sort des objets étranges de sa valise pour raconter son expérience professionnelle et essayer de savoir Qui a tué le militant ? dans le milieu associatif. Nous sommes le vendredi 27 août, lors de l’assemblée générale de l’association La Maison de la Nature Bruche-Piémont. Et face à cette audience un peu spéciale, le jeune trentenaire dénonce une « gestionnarisation du monde associatif » qui court après les subventions, perdant l’intérêt des bénévoles et dénaturant le travail des salariés.
Voici ce qu’on appelle une « conférence gesticulée ». Victor Kopp interpelle son public, et alterne récit de vie personnelle, humour, jeux de société et théories de sciences économiques et sociales. Ce type de performance, qu’on peut situer entre le théâtre et la conférence politique, est l’une des diverses prestations que propose la coopérative d’éducation populaire La Braise, un organisme de formation professionnelle, dont Victor est l’un des trois membres et le cofondateur.
Vendredi 27 août, Victor Kopp présentait sa conférence gesticulée « Qui a tué le militant » après l’AG de l’association La Maison de la Nature Bruche-Piémont, dans la mairie de Oberhaslach. Photo : ML / Rue89 Strasbourg
La Braise pour « souffler sur l’existant »
Victor et son ami Jérémie Letort ont fondé cette coopérative en 2016, après des parcours dans la formation à l’animation et dans l’animation socio-culturelle. « Dans un précédent emploi en tant que formateur dans les métiers de l’animation, je constatais des choses qui ne m’allait pas. » Jérémie Letort dénonce notamment des techniques de « gestion de projet » de plus en plus managériales, qui dénaturent le lien avec le public. « Avec Victor, on déplorait le fait que la dimension politique de notre métier était éludée, voire complètement absente. Nous n’étions pas heureux. D’où cette étincelle à l’origine de La Braise pour essayer de changer ça. » Le nom « La Braise » vient d’une volonté de « souffler sur l’existant » pour l’agiter.
Leur collègue Céline Callot les a rejoint depuis plus d’un an. Après des études de sciences sociales et un passage par le monde associatif, elle intègre La Braise. La structure Scop change vraiment la donne selon elle (société coopérative de production, où le capital et le pouvoir de décision appartiennent en majorité aux salariés, ndlr). « On se sent concerné par les décisions qu’on prend. On n’a pas envie que des autres décident pour nous. »
Les locaux de la coopérative La Braise sont à Strasbourg, dans le quartier Gare. Céline, Victor et Jérémie font leur réunion quotidienne. Photo : ML / Rue89 Strasbourg
« Raconter du vécu pour mettre en lumière un problème dans la société »
L’activité principale de la coopérative est la formation professionnelle continue et des accompagnements « sur mesure et sur site », allant de l’animation de réunion, jusqu’à la participation du public, en passant par le choix de modèle économique. « Dans la plupart de nos formations, on va faire raconter du vécu dans le groupe pour mettre en lumière un problème ou une violence dans la société. » Dans les bureaux de La Braise au quartier Gare, Victor et ses deux collègues, Jérémie Letort et Céline Callot insistent sur cette démarche qu’ils appliquent au reste de leurs activités. « Dans le fond, on fait parler les gens du fonctionnement de leur collectif pour leur permettre de l’analyser et de voir comment s’y organise le pouvoir. »
La coopérative propose également ces fameuses « conférences gesticulées », propres à chacun de ses membres, et basée sur leur vécu personnel et professionnel. Pour Céline, sa conférence gesticulée « La politique de la rustine » est tirée de son expérience associative, où des bénévoles proposent des ateliers de réparation de vélos dans les quartiers prioritaires. « Je voulais relever la violence symbolique derrière les bonnes intentions. Tu peux poser des rustines tant que tu veux sur un problème, à un moment il faut peut-être penser à changer le pneu ou le vélo en entier. » De son côté, avec Un pavé dans la bulle Jérémie Letort utilise son expérience d’animateur socio-culturel pour décortiquer « la dépolitisation du travail socio-culturel ».
La Braise est également l’un des rares organismes en France à proposer des formations à ces conférences gesticulées, mais ce n’est pas le cœur de métier des associés.
Victor Kopp est l’un des cofondateurs de la coopérative d’éducation populaire La Braise. (Photo : ML / Rue89 Strasbourg)Céline Callot est l’une des trois associées de la coopérative La Braise. (Photo : ML / Rue89 Strasbourg)Jérémie Letort est cofondateur de la coopérative d’éducation populaire La Braise. (Photo : ML / Rue89 Strasbourg)
Sur son site, la coopérative La Braise se décrit comme un organisme de formation professionnelle et une coopérative militante « articulant sciences sociales, techniques d’animation de groupe et intelligence collective. » Leur catalogue de prestations s’adresse en particulier aux collectifs « qui se veulent plus démocratiques ». « Le plus souvent, ce sont eux qui viennent nous chercher », explique Céline Callot. « Ce sont soit des associations qui veulent retravailler leur fonctionnement, soit des collectivités, dans des structures comme des centres sociaux culturels où il y a souvent de l’injonction à la participation par les financeurs. »
Un accompagnement sur plusieurs mois
La Maison de la Nature Bruche-Piémont est l’une des associations alsaciennes accompagnées par la coopérative La Braise. Ses membres cherchent par exemple à faire évoluer leur structure vers une labellisation Cine (centre d’initiation à la nature et l’environnement). Pour y prétendre, il leur fallait un « projet associatif ». Dans ce cadre, Christelle Biry, coordinatrice et animatrice de l’association depuis 3 ans a demandé un dispositif local d’accompagnement (DLA). Par l’intermédiaire de France Active Grand Est (anciennement Alsace Active), plusieurs structures de formation se sont présentées pour accompagner l’association, dont La Braise, sélectionnée par la Maison de la Nature. « Ils nous ont accompagnés sur plusieurs mois » précise Christelle Biry. « Victor boucle son travail avec cette conférence gesticulée. Nous avions déjà mis en place un séminaire, des ateliers et un certain nombre d’interventions avec lui durant ces derniers mois. »
C’est donc en partie grâce au travail de Victor que le projet associatif de la Maison de la Nature a pu voir le jour. Son intervention a apporté des remises en questions nécessaires, menant vers plus de concertation accordée aux salariés et aux bénévoles de l’association. « L’intervention de La Braise a permis aux administrateurs de prendre conscience qu’il y avait un certain nombre de problèmes de fonctionnement interne dans l’association. Une volonté de changement a émergé depuis, notamment via ce projet associatif » estime la coordinatrice Christelle Biry.
« Le plus souvent, on fait appel à nous parce qu’il y a des choses qui ne vont pas » explique Victor. Une majorité de leurs clients rencontre des problématiques structurelles que le groupe ne peut pas traiter en interne. À l’instar d’un travail de consultant, les formations de La Braise « sont une manière de ramener un regard extérieur pour débloquer ces situations. Ces organismes nous demandent de les faire réfléchir sur des problématiques très concrètes, avec une nécessité de venir bousculer l’existant, puisqu’il n’est pas satisfaisant », analyse le jeune homme.
Inspirée de la Scop Le Pavé
Leur inspiration principale c’est l’historique Scop bretonne d’éducation populaire Le Pavé avec Franck LePage. À l’instar de cette structure (dissoute en 2014), La Braise fait aussi des ateliers « désintoxication de la langue de bois », visant à échanger avec le public sur l’absurdité de certaines expressions politiques.
« Rien n’est neutre, ne serait-ce que les outils que l’on utilise » martèlent les trois associés strasbourgeois en jouant avec un masque à l’effigie du sociologue Pierre Bourdieu. Ce qui est sûr, c’est que pour La Braise, la démocratie ne s’arrête pas aux urnes. Au contraire, elle se travaille entre les élections, dans la vie de tous les jours. D’où leur choix de structure : la société coopérative de production (SCOP). Dans leur Scop, les salariés sont les associés, détenteurs du capital et du pouvoir décisionnaire. « Un salarié = une voix/voie. Pas d’actionnaires chez nous, c’est interdit dans les statuts. On ne peut pas verser de dividende », affirme Céline Callot, « on est maître de notre outil de production. Soit on réinvestit, soit on finance les travailleurs, c’est-à-dire nous et les gens qui travaillent avec nous. »
Pour Victor Kopp, créer leur structure sous cette forme coopérative leur a permis de retrouver de la liberté d’action et d’expression.
« Non seulement la dimension politique de nos métiers était éludée, elle était même empêchée par nos employeurs associatifs, pour éviter des pertes de subventions ou par copinage avec des gens qui ont intérêt à dépolitiser l’animation. Pour nous, le rôle des animateurs et animatrices peut aussi être d’accompagner des habitants et habitantes dans des luttes pour l’amélioration de leurs conditions de vie, de lutte contre les bailleurs sociaux, des choses très concrètes ! Aujourd’hui, on peut faire les choses comme on a envie de les faire et discuter entre nous de la manière dont on veut les faire. »
Pendant l’entretien, les membres de la coopérative La Braise sortent un masque à l’effigie du sociologue Pierre Bourdieu. Ils s’appuient régulièrement sur les sciences sociales dans leurs prestations. Photo : ML / Rue89 Strasbourg La documentation et la communication de La Braise ont un graphisme très travaillé. Ici, des dépliants et cartes postales aux formules percutantes. Photo : ML / Rue89 Strasbourg Une des activités de la coopérative La Braise est de former et de présenter des conférences gesticulées. Photo : ML / Rue89 Strasbourg Les locaux de la coopérative d’éducation populaire La Braise sont situés quartier Gare à Strasbourg. Photo : ML / Rue89 Strasbourg
Formations professionnelles rémunérées et ateliers à prix libres
Une liberté poussée, mais pas totale, puisque si la coopérative La Braise ne dépend pas de subventions, leurs clients associatifs oui, notamment par le fond de développement de la vie associative (FDVA). « Beaucoup de structures mobilisent des fonds de formation professionnelle, ce qui revient à près de 70% de notre chiffre d’affaire », précise Victor.
Si la coopérative pratique « le prix libre » pour certaines prestations non prises en charge (quelques dizaines d’euros par participant), certains stages peuvent coûter 45€ de l’heure, et les formations d’équipes tournent autour de 800€ par jour et par intervenant (lorsqu’elles sont, elles aussi, financées). À la marge, La Braise met aussi en place des prestations sur lesquelles la coopérative est déficitaire, comme des « dinettes présidentielles », un jeu politique autour des élections.
« Ces réformes sont dans un esprit néolibéral qui considère que la formation sert uniquement à l’employabilité, à développer les compétences individuelles sur le marché de l’emploi. Nous ne sommes pas opposés à l’idée que la formation professionnelle serve cet esprit-là, mais nos formations ne suivent pas cette logique. Ce sont des espaces de respiration, de compétences et de compréhension collective des enjeux qui traversent les structures qu’on accompagne. Nos formations, telles qu’elles existent, ont aussi le droit d’être financées par les comptes professionnels de formation (CPF). »
Pour garder cette éligibilité aux CPF, La Braise a du obtenir la certification Qualiopi délivrée par un organisme lui-même accrédité par le Comité français d’accréditation (Cofrac) ou par le nouveau service de l’État, France Compétences… une certaine démonstration des mécanismes dénoncés par la coopérative.
Le concert de l’orchestre le plus baroque du Pelpass Festival, le Babylon Circus, est à suivre en direct sur Rue89 Strasbourg grâce à Arte Concerts.
Babylon Circus a fait le tour du monde plusieurs fois pour arriver sur la scène du Pelpass Festival : près de vingt-cinq ans à voyager et à partager leurs rencontres, leurs espoirs et les épreuves, avec le public pour navire, qui les a portés et qu’ils ont emporté partout. Avec leur dernier album State Of Emergency, le groupe revient sur scène emplie d’une énergie nouvelle.
La bande de potes qui voulait un temps faire du « reggae-ska parce que c’est cool » se retrouve aujourd’hui à jouer une musique sans étiquette ou genre attitré, avec pour moteur l’envie de découvrir, de mélanger et de rassembler. C’est que leurs près de vingt-cinq ans de carrière, semés d’épreuves, ont beaucoup fait évoluer leur musique : ils se sont métissés, ils ont grandi, sont tombés et se sont relevés.
Ils reviennent avec un sixième opus sorti en 2020, State Of Emergency, un album vif et patiné, quelque part entre Bob Marley et Louise Attaque, faisant écho à la situation sanitaire et politique actuelle. L’album met une fois de plus en avant cette pulsion irrépressible qui les anime et les guide : le besoin de créer, de partager et d’exprimer leurs démons sur scène.
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La gratuité des transports en commun pour les mineurs débute le 1er septembre. À la veille de la rentrée, la CTS compte 46 000 enfants et adolescents détenteurs d’une carte Badgeo, soit 16 000 de plus qu’en 2020.
Environ 46 000 enfants et adolescents de l’Eurométropole (et de Kehl !) ont demandé une carte Badgéo, pour circuler gratuitement sur le réseau de la Compagnie des Transports strasbourgeois (CTS) à partir du 1er septembre. C’est un peu plus de la moitié des 84 200 jeunes éligibles dans l’Eurométropole, sur un total d’environ 500 000 habitants. Parmi ces « abonnés », 16 000 n’avaient pas de carte Badgeo l’année précédente et 1 500 ont réalisé leur inscription lundi 30 août. La CTS s’attend ainsi à 50 000 utilisateurs de moins de 18 ans, voire 60 000 vers les vacances de la Toussaint.
S’il est trop tôt pour dresser un profil type de ces nouveaux utilisateurs, l’afflux semble notamment venir d’enfants de moins de 12 ans. Ces derniers ne prendront pas forcément les transports au quotidien pour aller à l’école, mais sont usagers les week-end, notamment en famille.
Une agence éphémère de la CTS est située dans la galerie marchande souterraine à la gare de Strasbourg au niveau -1, entre la station de tram et le hall. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
6 à 7 millions euros de financement
La mesure est estimée à environ 7 millions d’euros par an, et sera financée par le budget de l’assemblée des 33 communes dans le cadre de son versement annuel à la CTS (113,9 millions d’euros en 2019, dont 67,2 pour le fonctionnement, financés notamment par l’impôt du Versement transport des entreprises). « Nous ne sommes pas dans une logique de manque à gagner mais de priorité politique face à la crise climatique. Cette mesure a une dimension massive », indique Alain Jund (EELV), vice-président de l’Eurométropole en charge des Mobilités.
Les élus espèrent que les plus jeunes prennent l’habitude des transports en commun, voire incitent les parents à le faire avec eux. La mesure vise également à faciliter les sorties scolaires. La maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian (EELV), pointe de son côté « qu’une famille avec deux enfants pourra avoir 550 euros de pouvoir d’achat supplémentaire par an ». Jusque-là, l’abonnement coûtait 27, 60 euros par mois pour les 4-18 ans si les parents n’étaient pas éligibles à la tarification solidaire, comme c’est le cas d’une famille dont les deux parents sont au salaire minimum. Quant à la présidente de l’Eurométropole, Pia Imbs, elle se félicite que « Strasbourg soit la première collectivité avec tramway à proposer une telle gratuité. Montpellier propose une gratuité le week-end, et Lyon pour les bénéficiaires du RSA ». L’abonnement sera également valable dans les gares de l’Eurométropole dans le futur Réseau express métropolitain (REM) prévu en 2023.
Plus de jeunes sur le réseau de la CTS à la rentrée. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Pas avant 2023 pour les moins de 25 ans sans ressource
Lors de la campagne des élections municipales, la liste des écologistes strasbourgeois avait promis la gratuité des transports pour les moins de 18 ans. Les listes LREM et LR s’y étaient opposées, en proposant respectivement un service 24h sur 24 ou la gratuité le dimanche. Les socialistes proposaient eux-aussi la gratuité pour les moins de 18 ans, mais également pour les plus de 65 ans (lire notre article). À l’heure de sa mise en œuvre, la mesure ne fait pas l’objet d’une contestation intense des oppositions.
L’autre promesse de campagne des écologiste c’était la gratuité des transports en commun pour les moins de 25 ans « sans ressource ». Celle-ci devrait intervenir dans la refonte des barèmes de la tarification solidaire de la CTS, elle-même englobée dans une réflexion sur l’ensemble des tarifs des services publics. Elle ne devrait pas intervenir avant 2023.
Pas de changement des fréquences au début
La CTS débute la rentrée avec 12% d’abonnés supplémentaires. Mais la compagnie ne compte pas augmenter la cadence dans un premier temps. « Nous sommes entre 85 et 90% de la fréquentation d’avant le Covid, donc nous avons un peu de marge pour absorber des passagers supplémentaires », explique le directeur Emmanuel Auneau. La compagnie se laisse quelques mois pour évaluer les lignes impactées par des déplacements supplémentaires, grâce à la validation des Badgeo. La CTS compte par ailleurs acheter 17 nouvelles rames au printemps 2022. Les anciennes « peuvent servir encore un peu s’il faut ajuster l’offre », ajoute Emmanuel Auneau.
Une fois la campagne sur l’abonnement terminée, la CTS en lancera une autre pour inciter à marcher plutôt que de prendre le tramway pour une station ou deux. La municipalité précédente avait déjà identifié cette problématique du tram parfois perçu comme un « tapis roulant », avec des rames bondées sur de courtes distances.
Après une édition limitée en 2020, le Festival européen du film fantastique de Strasbourg (FEFFS) reprend une programmation complète pour sa 14e édition. Du 10 au 19 septembre, plus d’une centaine de films seront projetés dans les salles de cinéma strasbourgeoises, dont une rétrospective thématique sur les fêtes foraines et les œuvres de l’invité d’honneur, le réalisateur espagnol Alex de la Iglesia.
Du vendredi 10 au dimanche 19 septembre, quatre salles de cinéma se partagent la programmation du Festival fantastique de Strasbourg (FEFFS) : le Star, le Star Saint-Exupéry, l’UGC Ciné-Cité et le Vox. Comme à l’accoutumée, le festival mélange une programmation de films en compétition et des rétrospectives thématiques.
Les cinémas ont repris leur activité à Strasbourg comme partout en France, depuis la levée des restrictions sanitaires et l’instauration du pass sanitaire. Photo : ML / Rue89 Strasbourg
Cette édition « quasi-normale » a pesé sur la petite équipe, qui a dû évoluer au gré des annonces sanitaires comme le résume Daniel Cohen, le directeur artistique des Films du spectre :
« Cette dernière année a été assez chaotique. Faire, défaire, refaire, c’est éreintant. Surtout sans visibilité. L’année dernière le festival commençait à se mettre en place et puis finalement on a été coupé dans notre élan. C’est une sensation de sol qui se dérobe sous vos pieds, c’est assez désagréable. »
Horreur, fantastique, contemporain et rétrospectives
Le festival démarre avec Last Night in Soho, un thriller psychologique réalisé par Edgar Wright, à quoi les amateurs du cinéma de genre doivent Hot Fuzz, Baby Driver ou Shawn of The Dead. Dans Last Night In Soho, une jeune femme voyage dans le temps pour atterrir dans le Londres des années 60… La cérémonie d’ouverture est prévue vendredi 10 septembre à partir de 19h au cinéma Vox.
Bande annonce de Last Night in Soho (vidéo YouTube)
Six compétitions constituent l’essentiel de la programmation du FEFFS. Côté longs métrages : la compétition internationale de films fantastiques aligne les meilleurs films européens pour le Méliès d’Argent, la compétition « crossover » mélange les genres et la compétition de films d’animations. Pour les courts métrages : il y aura une compétition internationale, une de films d’animation et une de films francophones. Selon Daniel Cohen, le FEFFS a reçu « plus de 500 soumissions de films pour les compétitions », le festival a sélectionné 43 longs et 23 courts métrages.
En outre, le Festival propose plusieurs projections hors-compétitions, des rétrospectives ou alors des films en lien avec le thème de l’année, la fête foraine comme le détaille Daniel Cohen :
« C’est un thème qu’on avait toujours dans nos tiroirs. Le cinéma est intimement lié au monde forain. Certaines des premières projections publiques étaient dans les fêtes foraines. Évidemment ça a inspiré pas mal de réalisateurs, des années 30 avec Freaks de Tom Browning jusqu’à aujourd’hui. »
Daniel Cohen, directeur artistique, et Consuelo Holtzer, présidente des Films du spectre, présentent la 14e édition du Festival Européen du Film fantastique à la presse, dans une salle du cinéma Star Saint-Exupéry. Photo : ML / Rue89 Strasbourg
Entre « effroi, extraordinaire et illusions », l’une de ces rétrospectives explore les inspirations du monde forain dans le cinéma fantastique, notamment avec le célèbre Freaks de Tod Browning, ou encore Marée Nocturne de Curtis Harrington et Massacre dans le Train Fantôme de Tobe Hooper, qui fut l’invité du FEFFS en 2014. Une autre rétrospective est concentrée sur les studios Hammer et leurs productions des années 70 directement inspirées des créatures mythiques de la littérature fantastique comme Dracula, Dr. Jekyll ou Frankenstein. Pour clore le festival, un film d’animation suivra la cérémonie de remise de prix des compétitions, Belle de Mamoru Hosoda, reprenant le conte de la Belle et la Bête à l’ère des réseaux sociaux.
Alex de la Iglesia Photo : doc remis
Alex de la Iglesia comme invité d’honneur
L’un des temps forts du festival est la rétrospective de l’invité d’honneur : Alex de la Iglesia. Ce cinéaste espagnol aux multiples Goyas (récompense cinématographique espagnole) s’est lancé avec son premier long métrage Action Mutante, produit entre autres par Pedro Almodovar en 1993. Projeté le samedi 11 septembre au Star, le film décrit comment une équipe de personnes handicapées décide de se lancer dans le terrorisme, dans un monde post-apocalyptique où les gens valides règnent en maîtres.
Bande annonce d’Action mutante (vidéo YouTube)
Plutôt monstres que superhéros
« Alex de la Iglesia disait que dans le cinéma, il aimait plutôt le monstre et détestait les héros. Comme nous, il préfère Dracula et Joe Pesci, » explique Daniel Cohen :
« Le cinéma fantastique met souvent en avant les personnages marginaux. Ces “monstres” sont souvent les personnages les plus touchants, auxquels on s’attache plutôt qu’aux humains “normaux” qui ont le mauvais rôle. C’est intéressant de montrer le regard de la société sur les personnes qui sont différentes, qu’on exclut, qu’on laisse à la marge… Le cinéma fantastique a souvent dénoncé ces mécanismes. »
Daniel Cohen voit en Alex de la Iglesia un réalisateur irrévérencieux :
« Il fait un cinéma intelligent et divertissant avec un discours politique et un regard critique sur la société et l’histoire de son pays. Il joue merveilleusement bien avec l’humour, c’est quelqu’un dont on adore le cinéma. »
Les autres films de ce réalisateur abordent par exemple la guerre civile espagnole, le catholicisme ou la pauvreté, toujours avec une bonne dose de satire et de comédie trash, sombre ou absurde. La master class avec Alex de la Iglesia est prévue dimanche 12 septembre au Star Saint-Exupéry suivie d’une projection d’une version remasterisée de son classique Le Jour de la Bête.
https://www.youtube.com/watch?v=78MZ1oZN42E
Bande-annonce du Jour de la Bête de Alex de la Iglesia (vidéo YouTube)
Premier concert du Pelpass à suivre en direct sur Rue89 Strasbourg grâce à Arte Concerts, voici Slift, groupe de rock toulousain aux influences de hard rock.
Proposant d’emblée un son riche et monobloc, le trio toulousain Slift a frappé fort avec son premier album La Planète inexplorée, sorti en 2018. Un album déjà inclassable, où l’on pouvait entendre des influences hard rock et heavy metal (Royal Blood), stoner rock (Soundgarden) mais aussi des sonorités électroniques souvent inspirées du Krautrock.
Slift Photo : Rabo / doc remis
Remarqué entre autres sur le média KEXP dans un concert donné lors des Trans Musicales à Rennes en 2019, le groupe a sorti en février son deuxième LP intitulé Ummon, un double album aux allures de fresque légendaire. Inspiré par les écrits d’Alain Damasio, l’album est conçu comme la bande originale d’un film onirique, entre space opera et science-fiction passionnée.
Pour son prochain album-live « Levitation Sessions », Slift prévoit d’investir le laboratoire Cemes de Toulouse, s’imprégnant d’un univers empli de bruits et d’écho dans une expérience « sonique et physique ». Mardi soir, le trio sera sous le chapiteau du Pelpass Festival.
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