Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

« Dos au mur, pas le choix », paroles de résignés dans les centres de vaccination

« Dos au mur, pas le choix », paroles de résignés dans les centres de vaccination

Après le pic de vaccinations mi-juillet, le nombre de rendez-vous quotidiens est en chute constante depuis début août. Ce sont les contraintes publiques imposées aux personnes non-vaccinées qui poussent nombre de personnes, résignées, à pousser la porte des centres de vaccination.

Plus de 40 millions de Français sont complètement vaccinés. Mais à Strasbourg comme ailleurs dans le pays, moins de personnes se présentent dans les centres de vaccination. « On est en surcapacité de personnel », explique un officier des pompiers, chef de service au centre de vaccination de l’hôtel départemental. Au pic d’affluence, près de 2 300 personnes pouvaient se faire vacciner par jour place du Quartier-Blanc à la Petite-France. « Aujourd’hui, on est autour de 700-800 personnes par jour », souligne l’officier :

« À part les jeunes et les adolescents, on sent que les gens enthousiastes ne sont plus là. Ces adultes viennent par contrainte, pour voyager ou continuer de travailler. Les remerciements ne sont plus aussi fréquents. »

Le docteur Gilbert Weill qui travaille dans ce centre depuis juillet, raconte aussi faire face à des situations cocasses. « Tout à l’heure, un monsieur a essayé de négocier pour n’avoir qu’une seule dose, convaincu d’avoir eu le Covid malgré des tests négatifs ». Pour faciliter les vaccins, les rendez-vous ne sont plus obligatoires et les pompiers sont un peu moins regardants sur les documents à fournir (carte vitale, carte d’identité)…

Autour du centre de ce centre de vaccination, ainsi qu’à celui mis en place par la Ville de Strasbourg place de la Bourse, une majorité des personnes interrogées venant se faire vacciner évoquent une obligation qui ne dit pas son nom. Ces citoyens se rendent à leur rendez-vous relativement à contre-cœur. Leurs raisons sont diverses, allant des doutes sur le vaccin, au refus du passe sanitaire, ou encore à l’incompréhension des règles pour contrer l’épidémie.

« On a le dos au mur »

Christophe est venu se faire vacciner place de la Bourse. Il est désabusé face à ce qu’il ressent comme « une obligation ». Photo : ML / Rue89 Strasbourg / cc

Un peu désabusé, Christophe Scherer, 47 ans, gérant du bar Gustavia dans le centre-ville de Strasbourg, vient pour sa seconde dose. « Ils ont beau dire que ce n’est pas obligatoire, sans le passe on ne peut pas bosser, on ne peut pas voyager, on ne peut pas faire-ci, on ne peut pas faire ça… » S’il se considère résolument pro-vaccin, il maintient des doutes sur les effets secondaires à long terme. Entre les Gilets jaunes, les attentats et le Covid, le chef d’établissement regrette une « ambiance délétère depuis plusieurs années ». Aujourd’hui, elle est incarnée pour lui par « les gens qui traitent tout le monde d’anti-vaccins ou de complotistes ».

Les informations anxiogènes et les annonces contradictoires autour de la situation sanitaire pèsent sur son moral. « Je ne regarde plus les infos, je n’en peux plus. » Résigné face à la quasi-obligation vaccinale, les annonces d’Emmanuel Macron en juillet ont agi comme déclencheur :

« Oui, on a le dos au mur, mais après on n’a pas le choix, s’il faut le faire, il faut le faire. Quand on voit la situation en Martinique ou en Guadeloupe, où ils sont moins vaccinés qu’en métropole, ça joue dans la balance. »

Julien s’est rendu au centre de vaccination à l’hôtel départemental pour se faire vacciner. Photo : ML / Rue89 Strasbourg / cc

Alors qu’il vient de recevoir sa première dose, Julien, chef d’entreprise, évoque-lui aussi la situation d’outre-mer comme déclic. « Ça m’a fait comprendre qu’on était vraiment mieux protégé en étant vacciné. » Satisfait par sa prise en charge par les pompiers « agréables et accueillants », il ne ressent aucun ressentiment face aux mesures mises en place, qu’il perçoit comme positives pour l’intérêt collectif « même si individuellement, on n’y adhère pas forcément. J’étais parti pour ne pas me vacciner. J’aurais renoncé à tout ce qui n’est plus autorisé sans passe sanitaire, restaurants, spectacles… » Plus que les mesures successives du gouvernement et « les discours auxquels j’apporte peu de crédit », il insiste sur « la situation difficile dans des pays moins vaccinés », comme élément principal de sa réflexion. Avant de repartir en vélo, il s’étonne de la diminution de la fréquentation. « Il n’y a pas foule en tout cas. Je ne sais pas si c’est les vacances ou le peu d’engouement pour la vaccination, mais ça fait un peu bâtiment désert. » 

« Résignée, mais ce n’est peut-être pas plus mal« 

Sylvia s’est rendue place de la Bourse pour sa première dose, après avoir été refusée à l’entrée d’un cinéma Photo : ML / Rue89 Strasbourg / cc

D’autres strasbourgeois sont plutôt remontés face aux récentes mesures sanitaires. Sylvia, enseignante en collège, s’est résignée à la vaccination, notamment face à la limitation de ses activités favorites :

« Samedi après-midi, je me suis rendue au cinéma. Normalement, c’était une petite jauge donc pas de problème. Mais en présentant mon billet, on m’a demandé mon passe sanitaire. Je ne l’avais pas. Je suis ressortie avec une boule au ventre. Dans cette situation, on a vraiment l’impression qu’on ne peut plus rien faire, d’être mise de côté. C’est une sensation très désagréable. »

Même si elle ne participe pas aux manifestations contre contre le passe sanitaire et l’obligation vaccinale (voir nos articles), elle dit comprendre les gens qui vont dans la rue. Elle dit s’être sentie « piégée et contrainte ». Au départ sceptique vis-à-vis des vaccins contre le Covid-19, son opinion a évolué, à force de « réflexions, d’échanges et de renseignements sur internet ». « On ne sait pas trop comment chacun peut réagir face au virus… Donc oui je suis résignée, mais d’un autre côté, ce n’est peut-être pas plus mal ». Elle espère ainsi courir moins de risques pour sa santé et relativise avec humour : « Heureusement j’aime bien les randonnées. Pour l’instant ils ne demandent pas le passe sanitaire dans les Vosges, mais qui sait, ça va peut-être venir ! »

« Il faut bien gagner de l’argent… »

Marjorie sort du centre de l’hôtel départemental, passe sanitaire en main. Il sera valable dans deux semaines. Photo : ML / Rue89 Strasbourg / cc

Marjorie, 22 ans travaille dans la restauration :

« Au boulot, on m’a dit que si je ne me faisais pas vacciner, je ne pourrai plus travailler à partir du 1er septembre. Je n’avais pas trop envie de me faire vacciner, mais je n’ai pas trop le choix, il faut bien gagner de l’argent. »

Son sentiment prédominant : l’impression d’être mis au ban :

« On a l’impression d’être vraiment considérés comme des gens à part si on n’est pas vacciné. J’ai le droit d’avoir mon avis, et de dire que c’est comme s’ils nous mettaient un couteau sous la gorge. Ils n’ont vraiment pas cherché à nous convaincre. »

Elle en veut au gouvernement, qui a fait volte-face sur la question de l’obligation vaccinale. « Macron disait qu’il ne rendrait jamais la vaccination obligatoire. C’était une grosse douille. » Malgré tout, pour éviter les ennuis au travail où le sujet du passe sanitaire « a déjà provoqué des tensions » entre membres du personnel, elle s’est résignée à se faire vacciner. « Au début, je n’étais pas très contente, sans être énervée. » Maintenant, c’est plutôt « allez-y prenez mon bras et faites ce que vous voulez avec ».

Claire est dégoutée du changement d’attitude du gouvernement vis-à-vis des soignants. Photo : ML / Rue89 Strasbourg / cc

Même obligation salariale pour Claire, psychologue, qui se fait vacciner « parce que pas le choix ». À son retour de vacances, elle retrouve un document son sur bureau lui indiquant qu’à partir du 15 septembre, sans document justifiant un schéma vaccinal complet, « ce n’était pas la peine de venir bosser ». Sans être contre la vaccination de manière générale, elle a du mal avec les vaccins contre la Covid-19 et surtout avec la question de l’obligation :

« Si vous me dites que demain je n’ai plus de salaire, c’est une obligation qui ne dit pas son nom. Oui c’est de la résignation, je ne vais pas changer de boulot, mais je ne le fais pas de gaîté de cœur. Il faut que je mange aussi, comme tout le monde… »

En tant que psychologue, elle soutient un principe de libre engagement. « L’adhésion est meilleure quand on est libre. » Elle pense qu’une partie importante du personnel soignant va démissionner suite à l’obligation vaccinale. « Passer de l’acclamation à la menace, ça fait bizarre. « 

« C’est incohérent »

Certains strasbourgeois ayant déjà attrapé le Covid-19, comme Dominique et Suzanne, un couple de retraités, ne comprennent pas qu’il leur faille passer par la case vaccination :

« Nous avons des anti-corps prouvés par un test sanguin. Mais nous sommes obligés de nous faire vacciner parce que nous ne pouvons aller nulle part sans passe sanitaire. »

Pour l’obtenir, ils se sont rendus place de la Bourse pour leur unique dose nécessaire. « Et ce sera la seule ! » déclarent-ils à l’unisson.  » Avec le passe sanitaire, c’est la première fois que nous avons ce type de restrictions dans notre vie courante et ça nous gêne. » La solution de remplacement pour ce couple qui dit respecter scrupuleusement les gestes barrières était de se rendre Allemagne :

« Les Allemands sont stricts, ils notent votre nom et votre numéro pour vous informer en cas de cluster. On n’arrive pas à comprendre pourquoi en France, il faut désormais le passe sanitaire pour se rendre en terrasse, alors qu’il y a quelques temps ce n’était pas nécessaire. C’est incohérent. »

L’Allemagne a récemment conditionné à son tour plusieurs activités publiques, essentiellement en intérieur, à la présentation d’un passe sanitaire.

Dominique et Suzanne ont attrapé le Covid-19 et ne comprennent pas pourquoi il leur faut une dose pour obtenir le passe sanitaire. Photo : ML / Rue89 Strasbourg / cc

À force d’entendre « tout et son contraire », Dominique n’arrive plus à avoir d’opinion sur la situation. Son épouse et lui-même pensent toujours que les mesures sanitaires sont les bonnes, mais dans leur cas, la vaccination est vécue comme une contrainte qu’ils ne comprennent pas.

Une personne attend la sortie d’un membre de sa famille devant le centre de vaccination de la place de la Bourse. Photo : ML / Rue89 Strasbourg / cc

Jeanne Barseghian prête à accueillir des réfugiés afghans, Strasbourg moins

Jeanne Barseghian prête à accueillir des réfugiés afghans, Strasbourg moins

La maire de Strasbourg Jeanne Barseghian a pris le contre-pied d’Emmanuel Macron mardi en affirmant que Strasbourg était prête à accueillir des réfugiés d’Afghanistan, suite à la prise de contrôle du pays par les Talibans. Mais les places d’hébergement manquent toujours cruellement.

La maire (EELV) de Strasbourg, Jeanne Barseghian, a indiqué mardi 17 août que la Ville de Strasbourg était prête à accueillir des réfugiés en provenance d’Afghanistan. Suite à la conquête du pays par les Talibans, un conglomérat de tribus afghanes très conservatrices et axées sur une vision rigoriste de l’islam, des milliers d’Afghanes et d’Aghans craignent pour leur vie. Une situation qui fait craindre au président de la République, Emmanuel Macron, « des flux migratoires importants » lors d’une allocution télévisée lundi soir.

Jeanne Barseghian a répondu dans un tweet au chef de l’État que Strasbourg « avait les moyens d’accueillir dignement » les réfugiés afghans.

Problème : l’hébergement d’urgence est une compétence de l’État. Le volontarisme de la municipalité va donc devoir vite se heurter à la disponibilité et aux moyens engagés par la préfecture du Bas-Rhin. Jeanne Barseghian l’a d’ailleurs reconnu sur France Bleu Alsace :

« Quand on voit cette détresse humaine, on ne doit pas hésiter et on ne doit pas avoir des préoccupations comme celles exprimées par le Président de la République autour des flux migratoires et du tri à effectuer entre les personnes. Je sais pouvoir compter sur les services de la Ville de Strasbourg qui sont en lien étroit avec les services de la préfecture et les associations de terrain. »

Jeanne Barseghian en 2019, au conseil européen des régions Photo : Fred Guerdin / Union européenne / cc

Plusieurs centaines de personnes dans la rue chaque nuit

Sauf que les services de la Ville et de la préfecture sont déjà « mobilisés » pour l’hébergement d’urgence, c’est à dire la gestion d’une pénurie permanente de places d’accueil pour les Français sans domicile et les demandeurs d’asile, que leurs dossiers soient en cours d’instruction ou non. L’estimation du nombre de personnes à la rue est délicate mais Valérie Suzan, présidente de Strasbourg Action Solidarité, témoigne :

« Mardi soir, nous avons servi 230 repas à la gare et lors de notre maraude, nous avons servi 70 repas. On a dû arrêter la distribution auprès des campements avant la fin de notre tournée, faute de nourriture disponible. Donc, accueillir les futurs réfugiés afghans, c’est très bien mais il faudrait fournir des conditions de vie décentes aux centaines de sans-abris qui se trouvent déjà à Strasbourg. »

Le programme de la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne » promettait 500 places d’hébergement supplémentaires. En novembre 2020, la Ville a créé une première tranche d’une centaine de places, une deuxième tranche de 100 places a été votée en février et l’Eurométropole a voté en juin la création d’une troisième tranche.

François Ozon à Strasbourg et tous les films à 4,5€, c’est le retour de Ciné Cool

François Ozon à Strasbourg et tous les films à 4,5€, c’est le retour de Ciné Cool

Le festival Ciné Cool permet de voir des films au cinéma pour un tarif unique de 4,5 euros. Tous les cinémas de Strasbourg participent, voici notre sélection et les nouveautés de cette 24e édition.

La 24e édition de Ciné Cool a lieu du 21 au 28 août, 70 cinémas dans le Grand Est proposent plus de 10 000 séances au tarif unique, quelle que soit l’heure, de 4,5€. Ce festival est annuel et permet aux cinémas de se relancer après l’été, une période toujours un peu compliquée en termes de fréquentation des salles. En 2020, le festival avait attiré 170 000 personnes malgré un nombre de films proposés limité. Cette année, 300 000 spectateurs sont attendus et les établissements espèrent enfin voir leurs salles pleines.

De nombreuses avant-premières à Strasbourg

Les cinémas strasbourgeois proposent de nombreux films en avant-première, avec par exemple Le Genou d’Ahed, prix du jury du festival de Cannes, en présence de son réalisateur Nadav Lapid, jeudi 26 août au cinéma Star.

Le Genou d’Ahed, film franco-israélien réalisé par Nadav Lapid Photo : Copyright Pyramide Films

À signaler également dans le même cinéma, la projection en avant-première samedi 21 août du film La Terre des hommes, avec sa réalisatrice Naël Marandin. L’histoire d’une fille d’agriculteur reprenant l’exploitation de son père et luttant contre les grandes exploitations.

La Terre des homme, film de Naël Marandini, avec Diane Rouxel Photo : Copyright Ad Vitam

Rue89 Strasbourg est partenaire de ces deux soirées et il est possible de gagner des invitations en participant aux concours.

Sept avant-premières avec les réalisateurs à Strasbourg

Bien que l’édition 2020 ait été fortement impactée par la crise sanitaire, l’édition 2021 est comparable en nombre de sorties de films aux éditions précédentes. Ciné Cool dure huit jours et permet ainsi de proposer les films prévus pour sortir mercredi 18 août et ceux programmés pour le mercredi 25 août.

Plusieurs films sont très attendus, en voici une sélection :

Tout c’est bien passé, réalisé par François Ozon, adaptation au cinéma du roman d’Emmanuèle Bernheim. L’histoire d’un homme (André Dussollier) demandant à sa fille (Sophie Marceau) de l’aider à mourir à la suite d’un accident vasculaire cérébral.

Bande annonce Tout s’est bien passé (Diaphana)
    Séance spéciale en présence du réalisateur François Ozon au cinéma Star Saint-Exupéry, mercredi 25 août à 19h30.

Dans L’origine du monde, Laurent Lafitte, acteur principal et réalisateur, se retrouve face à un problème de santé inexplicable. Avec sa femme (Karine Viard), il cherche une solution qui lui sera donnée par une coach de vie (Nicole Garcia) et qui se révèlera surprenante.

    Séance spéciale en présence de Laurent Lafitte au cinéma Star Saint-Exupéry mardi 24 août à 20h30.

Une histoire d’amour et de désir de Leyla Bouzid raconte la vie d’Ahmed (Sami Outalbali), un jeune franco-algérien ayant grandi en banlieue et qui rencontre Farah (Zbeiba Belhajamor) à l’université, tout en découvrant la littérature arabe sensuelle. Une histoire de désir auquel le personnage principal cherche à résister.

    Séance spéciale en présence de Leyla Bouzid dimanche 22 août à 20h15 au cinéma Star.
#françois Ozon

Adolescent trisomique, Raoul va devoir supporter 2h30 de transport pour aller à l’école

Adolescent trisomique, Raoul va devoir supporter 2h30 de transport pour aller à l’école

Habitant Wolfisheim, Raoul, adolescent porteur de trisomie 21, se prépare à faire sa rentrée dans une école de Schiltigheim. Chaque jour d’école, il devra patienter 1h15 le matin et autant l’après-midi dans un taxi spécial, mutualisé avec 5 autres enfants. Une mesure nécessaire pour faire des économies…

Un adolescent trisomique peut-il passer plus d’une heure chaque matin et autant chaque soir dans une voiture pour se rendre dans son établissement scolaire ? Pour la mère de Raoul, Sophie Claudepierre, c’est non. Habitante de Wolfisheim, elle a découvert avec effarement durant l’été le trajet proposé par l’Association de parents, de personnes handicapées intellectuelles et de leurs amis (Apedi Alsace) pour que son enfant de 14 ans, atteint de trisomie 21, rejoigne son école à Schiltigheim.

Alors que l’établissement n’est qu’à une vingtaine de minutes de son domicile, la fiche trajet envoyée par l’Apedi prévoit cinq étapes supplémentaires, à Oberhausbergen ou Cronenbourg, pour récupérer autant d’enfants vers le même établissement scolaire. Raoul étant le plus éloigné, et donc le premier à partir et le dernier à revenir, il est prévu qu’il reste 1h15 chaque matin dans le taxi à sept places et autant le soir.

Depuis la réception du courrier de l’Apedi, Sophie Claudepierre alerte toutes les structures concernées par l’aide au handicap (Agence régionale de santé, Maison départementale du handicap, Collectivité européenne d’Alsace…) pour trouver une solution, en vain jusqu’à ce jour :

« Raoul ne peut pas vivre sa scolarité sereinement dans ces conditions. Sur-sollicité par les bruits du trajet, et la présence de cinq autres enfants, avec en plus des pathologies et handicaps divers, il voudra interagir, ce qui devrait se traduire par des coups de pieds dans le siège par exemple, comme il fait avec moi quand quelque chose ne lui va pas et qu’il ne parvient pas à l’exprimer. Ce transport est inadapté à son handicap et à la situation. »

Sophie Claudepierre a déménagé en cours d’année dans une ancienne ferme alsacienne à Wolfisheim. C’est Raoul qui ouvre le portail ce lundi 9 août, vite rejoint par Nao, une petite chienne d’un an, type border collie, qui escorte l’adolescent partout où il va.

Raoul et Noa, sa jeune chienne, jouent ensemble devant le porche. Raoul devra faire plus de 2h30 de voiture par jour pour aller et revenir de l'école Rosa Parks, à Schiltigheim.
Raoul et Noa, sa jeune chienne, jouent ensemble. (photo MD / Rue89 Strasbourg).

L’année précédente, Raoul était scolarisé à l’école Léonard de Vinci de l’Elsau. Pendant trois ans, ses trajets n’ont duré qu’une vingtaine de minutes avec seulement deux autres étapes. Suivi par un institut médico-éducatif (IME), Raoul aurait dû rejoindre à la rentrée un IMPro, une autre structure qui permet de suivre les soins et de préparer les adolescents handicapés mentaux au monde du travail et à la société en général. Mais les places en IMPro sont trop rares et la candidature de Raoul n’a pas été retenue. Pour qu’il puisse néanmoins évoluer, l’équipe en charge de l’adolescent a décidé qu’il serait scolarisé en septembre à l’école Rosa Parks de Schiltigheim.

Imbroglio d’acteurs, un classique de la prise en charge du handicap

Sophie Claudepierre ne sait plus comment réagir. Son déménagement à Wolfisheim lui est reproché à mots couverts tandis que la poursuite de la scolarité de Raoul à Schiltigheim est hors de son ressort. Elle a contacté Mobistras qui indique ne pouvoir prendre en charge le transport scolaire. Cette compétence est du ressort du Département, la Collectivité européenne d’Alsace, mais… pas pour les élèves suivis en IME. En dernier ressort, la MDPH lui propose une indemnisation kilométrique, si elle conduit son fils par ses propres moyens.

Séparée du père de Raoul et avec deux autres enfants à charge au foyer, Sophie Claudepierre a quitté il y a dix ans son emploi pour pouvoir se consacrer à l’accompagnement de son fils trisomique :

« J’ai pu reprendre un travail de secrétaire dans l’entreprise de mon frère, en jonglant avec les horaires de bureau et ceux du taxi de Raoul, en grignotant 15 minutes par ci, 15 minutes par là, nous avons réussi à établir un contrat presque à temps complet afin d’être présente jusqu’au départ de Raoul le matin et à son retour l’après-midi. Mais au bout de deux ans, ça n’a plus été possible notamment en raison des vacances scolaires… Je suis désormais accompagnante d’élèves handicapés (AESH), un petit contrat mais dont les horaires impliquent d’être présente dans les établissements aux horaires scolaires. »

Raoul s’approche alors de sa mère et demande à pouvoir faire des bulles. Sophie et Swan, une des sœurs de Raoul, cherchent alors le précieux tube de savon et d’eau. Un fois trouvé, Raoul s’assoit sur les marches de la maison, à quelques mètres, et souffle en riant aux pitreries et cascades de Nao, la jeune chienne, qui tente d’attraper les bulles.

Le transport, phase négligée par l’État

Sophie revient sur les conséquences d’un trajet long sur le comportement de son fils :

« Raoul gère mal ses relations avec ses camarades du fait de sa maladie et des troubles du comportement. Un tel temps de trajet ne peut que les détériorer encore plus. Il a déjà tendance à donner des coups, parfois à harceler tellement il relance…Il arrivera à l’école épuisé par l’énervement. Il est déjà sous traitement neuroleptique, pour l’apaiser. Je n’ai pas envie d’aller voir son pédopsychiatre pour faire augmenter la dose, suite à des mots dans le carnet signalant une dégradation des comportements ! »

Raoul est atteint d’une forme « modérée à sévère » de trisomie 21, associée à un trouble du comportement et du langage. Au quotidien, pour les parents, les cris, les mouvements brusques et autres crises, par manque de moyens d’exprimer des sentiments ou des sensations, sont épuisants.

Du côté de l’Apedi, son président André Wahl reconnaît que le taxi mutualisé pour six enfants n’est pas satisfaisant. Mais la structure n’a guère le choix selon lui :

« Nous proposons cette prestation de transport personnalisé, du domicile à l’établissement scolaire mais sans avoir l’assurance d’être remboursé par l’État. Le financement est fléché comme “budget complémentaire”, c’est à dire qu’il est remis en cause chaque année. En outre, le montant alloué à cette mission de transport diminue chaque année tandis que les frais des taxis augmentent. Donc on n’a pas le choix en réalité… On doit mutualiser les véhicules pour simplement conserver l’existence de cette mission. »

À ce jour, chacun des 76 enfants et environ la moitié des adolescents de l’IME Le Tremplin, où est suivi Raoul, sont convoyés à la charge de l’Apedi. Mais André Wahl ne sait pas bien combien de temps il pourra maintenir ce service.

Contactée, l’Agence régionale de santé (ARS) se contente de répondre laconiquement, et par écrit, que l’État « poursuivra son engagement dans le suivi de cette situation avec la direction de l’IME pour envisager les différentes options qui peuvent être proposées. » Quant à l’Eurométropole, la collectivité répond également par écrit « rechercher une solution pour cette situation, symptomatique du transport des enfants handicapés, dont on ne peut accepter qu’ils passent des heures interminables en voiture à cause de réductions budgétaires ».

Manque de moyens, manque de places, la situation de cette famille à quelques semaines de la rentrée scolaire n’est sans doute pas isolée. Sophie Claudepierre compte sur une évolution concrète de la prise en compte des formes de handicap dans les familles :

« La société actuelle tend vers le plus d’inclusion possible des enfants handicapés, et c’est très bien. Encore faut-il que cette inclusion se fasse avec des moyens adéquats. Il est attendu des enfants en situation de handicap qu’ils s’adaptent au monde, mais c’est impossible ! L’inclusion, c’est la société qui s’adapte à ces enfants. »

Des places à gagner pour « La Terre des Hommes » au cinéma samedi

Des places à gagner pour « La Terre des Hommes » au cinéma samedi

C’est bientôt la rentrée ! Et comme chaque année à cette période, l’opération Ciné-Cool propose des places de cinéma à 4,5€ à toutes les séances, du 21 au 28 août. Voici en outre un concours pour quinze invitations pour deux personnes à la séance spéciale de « La Terre des Hommes », en présence du réalisateur samedi 21 août à 20h15.

En partenariat avec Rue89 Strasbourg, les Cinémas Star proposent de gagner 15 invitations pour deux personnes à la séance spéciale de « La Terre des Hommes », en présence du réalisateur Naël Marandin samedi 21 août à 20h15. Le film est projeté en avant-première dans le cadre du festival Ciné Cool.

Pour jouer, il suffit de remplir le formulaire au bas de cet article avant jeudi 19 août à 18h.

Synopsis

Constance est fille d’agriculteur. Avec son fiancé, elle veut reprendre l’exploitation de son père et la sauver de la faillite. Pour cela, il faut s’agrandir, investir et s’imposer face aux grands exploitants qui se partagent la terre et le pouvoir. Battante, Constance obtient le soutien de l’un d’eux. Influent et charismatique, il tient leur avenir entre ses mains. Mais quand il impose son désir au milieu des négociations, Constance doit faire face à cette nouvelle violence.

Bande annonce

Bande annonce de la Terre des Hommes (Ad Vitam)

Le concours

Un an de prison après une agression aux urgences : « on a peur de venir travailler »

Un an de prison après une agression aux urgences : « on a peur de venir travailler »

Ce lundi 16 août, une femme a été condamnée à un an d’emprisonnement dont 6 mois avec sursis, ainsi qu’une interdiction de séjour de 3 ans dans le Bas-Rhin, pour avoir agressé des agents du Nouvel hôpital civil de Strasbourg. Si cette attaque était d’une particulière gravité, les soignants rapportent une augmentation et une banalisation des violences aux urgences.

En larmes devant le président du tribunal correctionnel, lors de l’audience des comparutions immédiates de lundi, l’infirmière victime d’une agression dans la nuit de vendredi n’aura prononcé qu’une phrase : « Cette dame a fait vaciller la foi dans ma vocation. » Présente malgré sa minerve et son attelle, l’infirmière laissera son collègue aide soignant, également frappé, poursuivre : « On n’est pas là pour ça. On ne veut plus être là pour ça. »

Vendredi 13 août, autour de 4h du matin, une partie de l’équipe des urgences du Nouvel hôpital civil (NHC) s’est faite agressée par une dame d’une trentaine d’années, hospitalisée après avoir ingéré une dizaine de pilules de médicaments. À son réveil à l’hôpital, cette dernière a cherché à sortir du service des urgences, avec une attitude méprisante (jet de mouchoirs et de yaourt au sol) envers le personnel. Peu satisfaite par sa prise en charge, son attitude évolue en insultes, puis en agression physique, mettant en difficulté l’équipe de nuit des urgences du NHC et blessant deux personnes avant d’être maitrisée. La médecine légale a estimé que les blessures infligées nécessiteront six jours d’incapacité temporaire totale pour l’infirmière et d’une journée pour l’aide soignant.

Les conséquences de la scène restent traumatisantes pour les soignants présents ce matin-là, marqués dans les corps comme dans les esprits. L’agression a été vécue comme le pic d’une tension persistante aux urgences « au moins depuis 2018. » L’avocat des victimes, Me Arnaud Friedrich, a rappelé que « l’hôpital doit être un sanctuaire accueillant, pour les gens en détresse sans distinction » et que le personnel des urgences « ne choisit pas ce secteur par hasard, mais par vocation et avec l’envie de prendre tout le monde en charge. »

Médecin aux urgences Photo : Killae / FlickR / cc

Une vocation « abimée »

Une vingtaine de collègues sont venus soutenir les victimes devant le palais de justice de Strasbourg. « Il y a eu un choc pour le personnel présent ce jour-là et pour l’équipe entière, » explique une infirmière témoin de la scène souhaitant garder l’anonymat. « C’est une agression violente. On a retrouvé notre collègue recroquevillée sous un brancard, prostrée et en pleurs. »

Le tribunal correctionnel a condamné la prévenue, détenue depuis vendredi, à un an d’emprisonnement dont 6 mois avec sursis, assorti d’un mandat de dépôt. Établie à Strasbourg, elle a également été condamnée à une interdiction de séjour de 3 ans dans le Bas-Rhin. À la sortie du tribunal, le soulagement prédomine pour les victimes, malgré la possibilité d’appel. L’interdiction de séjour sur le territoire du Bas-Rhin de la prévenue rassure l’équipe qui craint d’éventuelles représailles.

« On a peur de venir travailler », souligne une infirmière présente au moment des faits :

« Il y a quelques mois je me suis fait attendre à la sortie de mon travail, près de mon véhicule. J’ai dû sortir avec la sécurité pour que les agents retiennent une personne qui m’attendait. Je lui avais simplement demandé de sortir des urgences. »

Marquée par l’agression récente de ses collègues, elle s’inquiète aussi sur sa capacité à soigner :

« Je me pose la question de comment je vais réussir à prendre en charge des patients qui pourraient aussi m’agresser verbalement. Ceux qui vont hausser le ton, je vais en avoir peur. Je ne suis pas sur mon lieu de travail pour ça. Je sens que ma vocation s’abime. »

Des agressions quotidiennes banalisées

Pour le personnel soignant des urgences, les agressions sont quotidiennes et banalisées. « Depuis des années, les collègues et les syndicats ne cessent de dénoncer une augmentation flagrante des agressions verbales et physiques. » Le problème au sein de leur équipe, selon une autre infirmière présente en soutien à ses collègues devant le tribunal, « c’est que l’on ne déclare pas assez ces agressions, on les banalise complètement. »

Avec des postes difficiles et une grosse charge de travail, peu d’infirmiers des urgences se lancent dans des enregistrements administratifs de ces violences quotidiennes, comme le rappelle une infirmière :

« On n’a pas encore envie de passer un quart d’heure à faire une énième déclaration sachant qu’on sait qu’il n’y aura rien derrière, qu’on ne voit pas la direction ni même l’encadrement… On n’est pas entendu. »

De son côté, Me Arnaud Friedrich, raconte être appelé « plusieurs fois par mois pour ce genre de choses. »

Secrétaire général de la section Force ouvrière des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS), Christian Prud’homme, était également à l’audience pour soutenir les salariés attaqués. Il confirme ce constat de banalisation des injures :

« C’est régulier. Le soignant a une tolérance face aux agressions verbales. Il ne les relève presque même plus tellement ça fait partie du quotidien des soignants aux urgences. Les agressions physiques arrivent aussi régulièrement, mais heureusement pas tous les jours d’aussi violentes. C’était arrivé l’année dernière à Hautepierre, à la même période. »

À l’instar de l’année précédente, une demande de réunion du Comité social et économique des HUS a été déposée à la direction et une réunion syndicale avec les équipes des urgences aura lieu mercredi pour décider d’un « probable » préavis de grève. Une demande de rendez-vous doit aussi être adressée à la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, en sa qualité de présidente de conseil surveillance des HUS, avec comme objectif de solliciter la police municipale.

Pour les soignants comme le syndicaliste, cette situation préexistait à la crise du Covid-19, mais la pandémie aggrave les tensions. « Aujourd’hui, les prises en charge sont plus difficiles, » estime Christian Prud’Homme :

« Par manque de lits, par manque de professionnels, les temps d’attente sont plus longs. Forcément parfois, les esprits s’échauffent et on se retrouve face à des situations d’impatience et d’incompréhension. »

Contre le passe sanitaire, grève illimitée dans 10 établissements de santé du sud de l’Alsace

Contre le passe sanitaire, grève illimitée dans 10 établissements de santé du sud de l’Alsace

Trois syndicats des hôpitaux de Mulhouse et du sud de l’Alsace ont appelé à la grève illimitée contre l’obligation vaccinale faite aux soignants. Ils demandent également la fin des contrôles des passes sanitaires des patients.

Les syndicats FO, CGT et Unsa du Groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace (GHRMSA) ont appelé leurs adhérents et sympathisants à la grève, dès lundi 16 août et pour une durée illimitée. L’intersyndicale veut protester contre l’instauration du passe sanitaire pour les agents, dans les dix établissements du groupe, qui comprend les hôpitaux de Mulhouse, des cliniques et des Ehpad dans le sud de l’Alsace. De son côté, la CFTC santé-sociaux du Haut-Rhin a également annoncé son intention d’appeler à la grève mardi et pour une durée illimitée « tous les professionnels en contact avec un public vulnérable relevant de sa branche ».

La mobilisation de l’intersyndicale vise à obtenir « le retrait immédiat de l’obligation vaccinale contre la Covid-19 », selon un communiqué de l’Unsa sur Facebook. Le gouvernement compte rendre obligatoire la vaccination pour le personnel soignant à partir du 15 septembre. 

Le passe sanitaire est exigé pour les soins non urgents, ici au Nouvel hôpital civil de Strasbourg Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« 40% des agents sont opposés aux vaccins »

Pour Marie-Stella Muninger, déléguée syndicale Unsa du GHRMSA, les personnels devraient pouvoir garder leur libre arbitre quant au vaccin :

« Nous sommes pour le respect des choix personnels de chacun et pour l’arrêt des contrôles des passes sanitaires sur les lieux de travail. Selon mon estimation, environ 40% des agents sont opposés au vaccin contre la Covid-19. Il y a des menaces de suspension pour ceux qui refusent de se vacciner, c’est inacceptable. »

Ces syndicats représentent les quelques 5 900 agents du GHRMSA, sauf les médecins. Les syndicats exigent également « l’accès aux soins pour tous sans discrimination », en référence à l’application depuis le 9 août de contrôles du passe sanitaire pour les patients, comme pour les accompagnateurs et les visiteurs (bien que le passe sanitaire ne soit pas exigé par les hôpitaux pour les urgences). 

Le taux de grévistes sera évalué ultérieurement mais le fonctionnement des services de soin ne sera que faiblement impacté, en raison des réquisitions qui empêchent les agents assignés d’être absents, même en grève. La direction du GHRMSA n’était pas joignable lundi pour répondre aux questions de Rue89 Strasbourg.

Nage dans l’Ill : Strasbourg ne se mouille pas

Nage dans l’Ill : Strasbourg ne se mouille pas

Pour la deuxième année consécutive, la compétition de nage en eau libre Open Swim Stars doit se tenir mi-septembre mais au Baggersee. Ses organisateurs rêvaient qu’elle retourne dans l’Ill, mais la municipalité a refusé. Un veto mis sur le compte de la pollution, mais qui interroge, à un an du déploiement d’un plan de baignade pour le grand public.

Début 2021. L’Open Swim Stars, qui organise des compétitions de nage en eau libre dans plusieurs grandes villes, annonçait le retour de sa course strasbourgeoise en plein centre-ville. Comme en 2019, les nageurs devaient s’époumoner dans l’Ill, entre le quai Finkwiller et les institutions européennes au Wacken. L’évènement, prévu le 12 septembre, se veut grandiose. Pour Laurent Neuville, l’organisateur et ancien capitaine de l’équipe de France de natation, c’est bien la moindre des choses. Son organisation, sponsorisée par Harmonie mutuelle, est avide d’images spectaculaires, comme ils en obtiennent à Toulouse ou à Lyon, où les nageurs peuvent se défouler dans le cadre urbain de la Garonne et du Rhône. Avant même d’avoir les autorisations, la société propose une inscription au départ des quais sud de l’Ill.

Le 1er juillet, la préfecture du Bas-Rhin répond positivement à sa demande, et prononce un arrêt de navigation des bateaux durant la compétition le dimanche matin. La tenue de l’évènement reste néanmoins soumise à l’autorisation de la Ville de Strasbourg, pour les aspects d’hygiène et santé. Depuis des années, permettre aux Strasbourgeois de renager dans l’Ill est un projet porté par l’ancienne municipalité, notamment à la demande des écologistes. Mais malgré les engagements successifs, ce dessein est repoussé d’étés en étés. Et pour l’été 2021 encore, la municipalité ne veut pas se mouiller. Pour elle, la course proposée de l’Open Swim Stars doit se tenir à nouveau dans le lac du Baggersee, certes agréable mais moins pourvoyeur d’images de bâtiments historiques.

Les raisons d’une nage à contre-courant

La baignade dans l’Ill est prohibée depuis 1955, à la suite d’une forte crue ayant altéré la qualité des cours d’eau dans la région. Jamais levé, l’arrêté municipal posant l’interdiction est depuis justifié principalement par la puissance des courants, mais aussi par le risque de contamination bactériologique – principalement la présence des germes d’escherichia coli et d’entérocoques.

Un nageur à l’Open Swim Stars organisé au Baggersee, en 2020. Photo : Sébastien Ferraro / document remis

Rodé à d’autres cours d’eau urbains, l’Open Swim Stars savait à quoi s’en tenir. En plus de faire encadrer la compétition par deux bateaux et 10 kayaks et stand-ups paddles, l’organisme affirme avoir planifié trois prélèvements bactériologiques en amont de la course : un le 15 juillet, un le 18 août et un dernier six jours avant l’évènement, le 6 septembre. Cette proposition avait convaincu l’ancien maire, Roland Ries, en mai 2019. Celui-ci avait alors laissé l’évènement se tenir pour la première fois dans l’Ill, après une première édition dans le canal du Rhône au Rhin… Non sans obtenir plusieurs mois plus tard la réprimande du déontologue de la Ville. Le professeur Patrick Wachsmann avait pointé que le maire avait ainsi mis la santé des nageurs en danger, faute d’expertise par des « professionnels spécialisés » et contre l’avis de ses services. Pour 2021, la Ville n’a pas attendu les analyses proposées par l’Open Swim Stars, que les organisateurs promettaient d’effectuer en juillet, mais elle n’a pas non plus souhaité en effectuer par ses propres moyens.

Seulement deux zones de l’Ill seraient adaptées à la baignade

Derrière cet imbroglio, la question de la qualité de l’eau de l’Ill se pose, à l’heure où la Ville entend mettre en place des spots de baignade encadrés d’ici l’été 2022. L’adjoint à la maire en charge des espaces partagés, Pierre Ozenne, en dévoile d’ailleurs un nouveau :

« Il y en aura un espace de baignade vers l’île Weiler, du côté du Herrenwasser – qui est une zone étudiée de longue date -, et un du côté de la presqu’île Malraux. L’installation de guinguettes et de douches est aussi à l’étude. »

Avec l’aide du bureau d’études Geonat Environnement, la Ville réalise actuellement un « profil de baignade », c’est-à-dire une analyse des sources de pollution susceptibles d’avoir un impact sur la qualité de l’eau de baignade et donc sur la santé des nageurs. Mais sur ce sujet sensible, la municipalité n’est guère transparente et a refusé de transmettre à Rue89 Strasbourg cette étude. Pierre Ozenne se contente de la résumer, en indiquant que « l’étude rapporte que ces zones seraient baignables la plupart du temps, mais qu’il faudra être vigilant lors des évènements pluvieux ».

Les rejets des égouts en cause

C’est là le cœur du problème avec les baignades dans l’Ill. Lors des crues ou des fortes pluies, certains réseaux d’assainissement sont susceptibles de déborder. Et donc de laisser les égouts et le contenu des toilettes des Strasbourgeois s’écouler dans la rivière. « Nous pourrions ainsi avoir à fermer les zones de baignade temporairement pendant quelques heures, voire quelques jours », concède Pierre Ozenne. En mai 2019, justement, l’évènement Open Swim Stars s’était déroulé le lendemain d’une journée d’orage, contre l’avis des services, ce qui avait motivé la saisine et l’avis sévère du déontologue. Est-ce ce mauvais souvenir qui a refroidi la Ville, au point de ne pas laisser une chance à la course de se tenir sur ce site ?

L’adjoint aux Sports, Owusu Tufuor, refuse également de répondre à nos questions, en se retranchant derrière une annulation justifiée par « le contexte sanitaire » et les difficultés d’organisation liées à la pandémie. « Il n’en a pourtant jamais été question dans nos échanges », s’étonne Laurent Neuville, qui souligne qu’ »il n’y a qu’à Strasbourg qu’on nous oppose de tels arguments ». Le maintien d’évènements comme le NL Contest, capable d’accueillir 7 000 personnes alors que seules 500 places sont ouvertes à l’Open Swim Stars (150 inscrits en 2020), permet aussi de remettre en question la position de la municipalité.

Fâché, l’Open Swim Stars envisage de ne plus proposer sa course à Strasbourg si elle n’obtient pas sa tenue dans l’Ill.

La première année des écologistes selon Greenpeace : « Des annonces positives, mais pas encore d’actions »

La première année des écologistes selon Greenpeace : « Des annonces positives, mais pas encore d’actions »

Béatrice Laborde-Milaa est militante à Greenpeace Strasbourg. Au nom de l’association, elle expose le bilan de la première année de mandat de la maire écologiste Jeanne Barseghian à la tête de Strasbourg, en parallèle de la sortie du rapport alarmant des scientifiques du GIEC.

La politique écologiste strasbourgeoise vue par des militants écologistes. Béatrice Laborde-Milaa est diplômée de l’école des Mines de Nancy et spécialisée dans l’efficacité énergétique des bâtiments. Militante depuis deux ans à Greenpeace dans le groupe strasbourgeois, l’ingénieure analyse une année de gouvernance écologiste avec, en tête, le récent rapport des scientifiques du GIEC.

Ce premier volet du sixième rapport est une succession de chiffres parlants et alarmistes au sujet de l’évolution du climat depuis 1850. Il indique que la seule façon de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C d’ici 2100 est de réduire de moitié nos émissions de CO2. La trajectoire actuelle conduirait à un réchauffement mondial de +3°C. Ce travail de trois ans établit clairement le rôle de l’activité humaine dans ce changement climatique et pointe les conséquences qui seraient davantage de tempêtes, raz-de-marée et vagues de chaleur mortelles.

Béatrice, militante Greenpeace et ingénieure diplômée des Mines Photo : Document remis

Rue89 Strasbourg : Quelles sont depuis l’élection de Jeanne Barseghian à la mairie, les points positifs à relever ?

Béatrice Laborde-Milaa : Au niveau des transports déjà, avec la ZFE (zone à faibles émissions), il y a du positif même si on regrette le calendrier qui n’est pas assez rapide. Greenpeace a contribué à la concertation en ligne et on a une tribune en préparation avec d’autres associations de Strasbourg. La liste de Jeanne Barseghian s’était engagée pour le retrait des véhicules Crit’air 2 en 2025 mais, finalement ce sera en 2028 suite à la concertation avec les communes de l’Eurométropole de Strasbourg. C’est peu sécurisant pour une telle mesure de s’engager au-delà mandat, d’autres maires pourraient la remettre en cause. Les Crit’air 2 représentent 50% de la flotte au niveau national.

La gratuité des transports en commun pour les moins de 18 ans est aussi une avancée pour Strasbourg, même si Greenpeace encourage plutôt des tarifications solidaires (comme c’est le cas à Strasbourg, la grille devant être « révisée » au cours du mandat ndlr) pour tenir compte des inégalités de revenus .

Pour les trains TER, il y a le projet du réseau express métropolitain (REM). Cette mesure devrait permettre d’améliorer la qualité de l’air, en déchargeant l’autoroute. Il y aura treize gares faites ou refaites à cette occasion, c’est positif. Ça encourage le recours systématique aux trains et aux transports en commun. Maintenant il faut aussi revaloriser les petites gares pour permettre l’accès au plus grand nombre.

Le plan vélo et ses plus de 120 kilomètres de pistes cyclables rentre aussi dans la catégorie des bons points. On attend maintenant de voir s’il se concrétise.

Est-ce qu’il y a des projets qui vous inquiètent ?

Il y a toujours dans les cartons la Voie de liaison intercommunale ouest (VLIO), une route qui devrait longer le Grand Contournement Ouest (GCO). On espère qu’elle y restera. Il y a des manquements en plus sur ces sujets : aucune certitude sur le fait que les véhicules empruntent ces voies. D’autant qu’on a déjà sacrifié des terres agricoles riches, de la biodiversité, des forêts avec le GCO, avec un jugement défavorable du tribunal administratif alors qu’il est achevé à 90%. Il faut vraiment sortir de cette dynamique des véhicules carbonés. Le rapport du GIEC est on ne peut plus clair, c’est maintenant. 

Des articles récemment sortis font ce bilan de la première année de mandat de Jeanne Barseghian et des actions de la mairie écologiste. Elle est décrite notamment dans Le Figaro comme « militante », c’est votre sentiment?

Nous avons le sentiment qu’elle s’est laissée enfermer dans une concurrence entre écologie et économie. Il y a notamment le dossier MackNext, la filiale audiovisuelle d’Europa Park à Plobsheim. C’est passé à la mairie alors que c’est complètement anti-écolo. C’est de la bétonisation de sols riches, c’est prendre la direction opposée de celle qu’il faut suivre.

En plus, on a toutes les cartes en mains pour une économie verte. L’économie sociale et solidaire crée des emplois. D’autant que le tissu associatif strasbourgeois est dense et pointu dans ce domaine.

La ministre de l’Écologie Barbara Pompili dit « d’y aller tranquille »… C’est aussi le rythme à Strasbourg ?

C’est souvent le problème si on fait le bilan de cette année de mandature. Il y a des annonces positives, mais pas encore d’actions. Il y a une multiplication d’annonces, comme un groupe local du GIEC, un futur Atlas de la Biodiversité communale, de groupes de travail divers… C’est peut-être aussi une perte d’énergie plutôt que de faire des choses concrètes, de l’éparpillement. On attend aussi le démarrage concret de l’Agence pour le climat.

Ce dernier rapport du GIEC annonce pourtant un fort besoin d’action. Il faut du concret et avoir une ligne claire. D’autant qu’on voit bien que Strasbourg est une des régions en France qui sera la plus touchée avec des pics de chaleur à 50°C prévus par Météo France. Cette situation a été rappelée par la Convention citoyenne pour le Climat et plus localement avec la déclaration de l’état d’urgence climatique à Strasbourg, le premier jour du mandat. L’urgence, nous sommes en plein dedans, avec 1,1°C d’augmentation des températures depuis la période pré-industrielle.

Pour s’y retrouver face à 11 vraies/fausses affirmations sur les vaccins contre le Covid

Pour s’y retrouver face à 11 vraies/fausses affirmations sur les vaccins contre le Covid

Les déclarations se multiplient à l’encontre des vaccins, notamment dans les manifestations. Voici les arguments et les connaissances actuelles pour démêler le vrai du faux.

Un nouveau samedi de manifestation contre le passe sanitaire est prévu à Strasbourg samedi 14 août. La rédaction de Mediapart est allée à la rencontre de celles et ceux qui refusent que la vaccination soit ainsi indirectement imposée, parfois par crainte de possibles effets indésirables. Rue89 Strasbourg a produit deux reportages au sein de ces manifestations (ici et ici).

Le sujet est complexe, les questions, nombreuses, les informations vérifiées sont primordiales pour s’y retrouver dans cet univers scientifique où chacun a tendance à s’improviser épidémiologiste… Y compris Emmanuel Macron. 

Le président de la République répond aux questions des jeunes internautes sur le vaccin contre le Covid-19 sur les réseaux sociaux depuis le 1er août, pour contrer les « fausses informations » et « fausses rumeurs ». Mediapart reprend une à une les principales raisons évoquées par les hésitants ou réfractaires à la vaccination contre le Covid-19 pour justifier leur position, et apporte son éclairage journalistique, en renvoyant à de précédents articles pour davantage de précisions.

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Looking for Gédéon, le hérisson dont rêvent les jardiniers bio

Looking for Gédéon, le hérisson dont rêvent les jardiniers bio

Le hérisson est mignon, craintif, et il bouffe les limaces. Le plus choupi des prédateurs voit cependant sa vie écourtée par les dangers de la ville. Heureusement, les jardiniers le portent dans leur cœur en tant qu’insecticide naturel. Nous avons tenté de rencontrer la star des potagers.

Il est 22h dans le Neuhof. Le ballet des voitures et des motocross s’est estompé et laisse place à une animation non moins captivante dans la partie pavillonnaire. Sandrine a déjà préparé la gamelle d’eau, les croquettes et la pâtée, mais elle rajoute un petit extra ce soir : une belle assiette de charcuterie avec jambon à l’os et cervelas.

Rien n’est trop beau pour Gédéon, qui doit manger l’équivalent en bidoche d’une choucroute aux cinq viandes chaque semaine. Cette secrétaire de direction détaille :

« Je prends les morceaux à date limite de consommation rapprochée chez le charcutier. Ça doit me coûter dans les trois euros. Et puis les chats en profitent aussi. »

Sandrine est une observatrice privilégiée du hérisson. Installée depuis 2014 dans sa maison, elle fait partie de ce petit groupe d’élite béni par la nature en ville. Nous sommes bien décidés à rejoindre ce club fermé, au moins le temps d’une séance photo nocturne. Seulement voilà : la météo pourrie du mois de juillet laisse peu d’opportunités : quand il pleut, le hérisson se gave de limaces et retourne digérer dans son coin. Il y a plus de chances de l’apercevoir les soirs de canicule, quand l’eau et la nourriture se font rares.

Pour avoir la chance d’observer un hérisson, un jardin est quasiment indispensable. Avoir des chats, auxquels il adore taxer des croquettes est un plus. Cette petite boule de piquants n’est pas seulement un prédateur, c’est aussi un pique-assiette. Il y a deux ans, Sandrine avait trouvé une offrande au petit matin à côté du bol de croquettes pour matous disposé sur le perron : une crotte d’origine non identifiée. Puis une autre… Un soir d’été, alors qu’elle travaille sur la table de sa cuisine, elle entend le raclement d’un bol sur le perron. Elle va ouvrir, et se retrouve nez à nez avec un hérisson bien en chair.

Nourriture bio et eau de pluie

Rien de très surprenant en soi, le hérisson a l’habitude de vivre aux côtés de l’être humain (ou de ses chats). Il dort la journée dans les tas de bois et de feuilles ou dans les haies, et sort la nuit pour aller chercher sa nourriture. En ville, le hérisson aime les jardins, voire mieux : plusieurs grands jardins avec des points de passage naturels comme des haies où il trouve un abri et de la nourriture. Malgré sa petite taille, le hérisson est un grand randonneur rappelle Cathy Zell de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) :

« Ce sont des animaux qui se déplacent énormément, un seul jardin ne lui suffit pas. Il va parcourir de longues distances, sauf au moment de la mauvaise saison où il va hiberner dans le même abri pendant des mois. »

Sandrine a baptisé son nouveau coloc Gédéon, comme dans le livre pour enfants. Ses visites s’arrêtent avec l’arrivée de l’hiver, mais Gédéon n’est pas bien loin :

« Un jour je suis allée remettre la bâche sur la table du jardin qui avait glissé. Et je l’ai trouvé là. Il s’était enroulé dans la bâche pour hiberner ! Je me suis dit tant pis pour la table. Je l’ai remis dans sa bâche et je l’ai laissé dormir. »

Au retour du printemps, Gédéon a maigri et a besoin de se remplumer. Le petit manège recommence. Tous les jours, Sandrine lui laisse un peu de nourriture, et il la gratifie d’une crotte en retour. Sa manière à lui de dire « je vais bien, ne t’en fais pas ». Il faut dire que le bougre a trouvé une excellente cantine :

« Je me suis un peu renseignée, j’ai vu qu’il était conseillé de leur donner un œuf par mois. Du coup il a son œuf bio de temps en temps. Et pour l’eau, ce n’est que de l’eau de pluie. J’ai remarqué que les chats la préfèrent à l’eau du robinet, donc je me dis que c’était bon aussi pour le hérisson. »

Un des chats de Sandrine justement, a repéré l’assiette de charcuterie. C’est la chatte d’une ancienne voisine partie en maison de retraite. Au très vénérable âge de 24 ans, elle ne voit plus rien, est sourde comme un pot, mais n’a rien perdu de son odorat. Gédéon n’a pas encore pointé son museau, la Jeanne Calment des félins en profite pour prélever son dû dans la gamelle avant de repartir. Est-ce qu’il en reste assez pour Gédéon ? Sandrine va s’en assurer. Une limace a elle aussi humé le fumet de la viande et se traîne jusqu’aux morceaux de jambon. Tant pis pour elle, elle finira mangée.

Les marchands de pesticides le détestent

Le hérisson ne doit pas son succès qu’à son charmant minois. C’est aussi un excellent allié pour venir à bout des limaces et des escargots qui ont la fâcheuse habitude de transformer les potagers en gruyère végétal. Nombreux sont les jardiniers adeptes de la permaculture – ou du moins désireux de se passer de pesticides –  à essayer d’en attirer un dans leur potager.

Au Neudorf, les membres du jardin partagé du Lands’herb, lassés de ramasser les limaces à la main, ont construit un petit abri. Mais le hérisson ne sait pas ce que c’est qu’une zone immobilière tendue. Même au Neudorf, où le prix de l’immobilier gonfle, l’animal peut se payer le luxe de snober un pavillon avec jardin. Sylvie a même tenté d’introduire dans le jardin un couple de hérissons qui squattait sa cave, sans succès :

« Je me faisais du souci pour eux, cette cave est bétonnée, aucun moyen pour eux d’y trouver à boire et manger. Alors, avec l’aide de Daniel, également adhérent du jardin et de sa fille, nous les avons mis dans un carton et transportés dans le jardin du Lands’herb. Les jours suivants, j’ai regardé si je les voyais dans le jardin, mais ils ont visiblement quitté les lieux… Je crois qu’il n’y pas de coin assez sombre pour eux. Les hérissons que j’ai vus dans des jardins d’amis se mettaient dans des coins très protégés et ne sortaient que le soir. »


Les membres du jardin de l’(H)être à Schiltigheim, ont eu plus de chance, sans rien demander à personne. À peine ont-ils inauguré leur jardin dans le parc de la Résistance, que des voisins leur ont dit avoir aperçu un hérisson. David et Jean-Marie, deux adhérents, ont construit un abri rudimentaire : un peu de paille, des pommes, deux palettes empilées et des tuiles récupérées. Et ça marche ! Les jardiniers n’ont jamais vu leur invité, mais les pommes entamées et la paille aplatie attestent de son passage… Même si celui-ci ne brille pas encore comme auxiliaire jardinier. « Ça serait bien qu’il fasse sa part au jardin », râle Jean-Marie. « On est envahi par les limaces. »

La tondeuse et le pare-choc comme Némésis

Il est 22h20 chez Sandrine, et les herbes hautes en bordure de la cabane à outil s’agitent. Une petite boule fauve traverse l’herbe à toute vitesse. Nous sommes en plein milieu de l’été, Gédéon est au sommet de sa forme. Son objectif à lui pour le summer body, c’est d’accumuler autant de graisse que possible pour passer l’hiver. Il est à peu près aussi gros qu’un lapin nain ! Mais quelque chose ne lui convient pas : la terrasse est éclairée et il y a deux humains dessus, dont un journaliste de Rue89 Strasbourg qui s’agite autour d’un appareil photo monté sur trépied. D’habitude à cette heure-ci, le jardin est sombre et désert ! Gédéon rase les murs, se planque dans les massifs de fleur, hésite et repart. Il va falloir battre en retraite dans la cuisine pour avoir une chance de l’approcher.

Un abri à hérisson au jardin partagé de l'(H)être à Schiltigheim. La clôture en branchage tressés laisse la faune circuler et lui fournit un abri. Photo : Pierre Pauma

La cohabitation entre l’homme et le hérisson ne coule pas de source. Il y a les collisions avec les voitures bien sûr, mais aussi les blessures causées par les tondeuses. Alors que certains animaux ont profité du premier confinement pour se réapproprier la ville, le hérisson n’a pas vraiment eu ce privilège. En pleine sortie d’hibernation, il s’est retrouvé avec des humains qui passaient la tondeuse plus que de raison. Lui non plus n’a pas échappé à l’hécatombe du printemps. Pendant que l’humanité luttait contre le coronavirus, la LPO était submergée comme chaque année de hérissons blessés rapportés par de bons samaritains. Son centre de soins à Rosenwiller a reçu plus de 800 boules de piquants en 2020. Près d’un tiers sont décédés avant même d’avoir pu être soignés, et un peu moins de la moitié ont pu être sauvés et relâchés dans la nature.

Au Neuhof, deux Strasbourgeois ont eu la surprise de trouver un hérisson la tête coincée dans leur grillage, avant de le secourir (document remis)

Aux lames des tondeuses s’ajoutent les noyades dans les piscines (prévoyez une marche intermédiaire, le hérisson pourra y nager sans mourir d’épuisement), les grillages qui peuvent étrangler les hérissons aussi sûrement qu’un collet (laisser un espace de 15 cm environ), et les granulés anti-limaces… Même ceux tolérés par l’agriculture biologique insiste Cathy Zell de la LPO.

« Il ne faut pas confondre les pratiques bio et les pratiques respectueuses de la biodiversité ! Si un hérisson mange une limace qui s’est empoisonnée, il s’empoisonnera aussi. Il y a d’autres solutions pour empêcher les limaces d’envahir un jardin, même si cela peut prendre plusieurs années avant d’arriver à un équilibre. »

Coloc sympa, mais mange la bouche ouverte

Peu avant 23h dans cuisine de Sandrine, un raclement se fait entendre dehors. Pas de doute, c’est Gédéon. La porte s’ouvre sur le hérisson à l’appétit vorace. Il s’arrête deux secondes, puis continue d’attaquer le jambon à belle dents. Un gamin de cinq ans qui ferait autant de bruit en mangeant arracherait une grimace de dégoût à l’importe qui. Gédéon lui, est juste adorable. Mais le flash de l’appareil photo le gêne dans son quart d’heure pantagruélique.

Est-ce qu’il ne faudrait pas remettre de la lumière sur le perron et reprendre la séance photo avec un meilleur éclairage ? Sandrine s’avance tout doucement pour activer le détecteur de mouvement sans effaroucher Gédéon. Ça marche. En revanche, le trépied de l’appareil photo produit un horrible grincement. Gédéon s’arrête net et fait demi-tour. Il ne descend pas par les escaliers… Mais en sautant directement depuis le perron, puis en s’accrochant aux plantes grimpantes. Pas mal, pour un hérisson dodu qui vient de s’envoyer l’équivalent d’un repas au Winstub.

Gédéon craint les humains, les voitures, les tondeuses… Mais Gédéon ne craint pas le cholestérol. Photo : Pierre Pauma

En descendant dans le jardin pour le voir disparaître dans les ténèbres, il y a une surprise : un deuxième hérisson était resté en retrait, et attendait probablement le feu vert de Gédéon pour venir manger à son tour. Est-ce qu’il y a des petits plus loin ? On ne le saura pas. Tous deux disparaissent dans la même direction. Ce soir, Sandrine se couchera avec des réponses à ses questions : « C’est donc ça toutes ces crottes que j’ai retrouvées l’autre matin. Je me disais bien que c’était beaucoup pour un seul hérisson ! »

Revenu de Guadeloupe, où les patients sont triés, un soignant strasbourgeois redoute « une situation similaire à la rentrée »

Revenu de Guadeloupe, où les patients sont triés, un soignant strasbourgeois redoute « une situation similaire à la rentrée »

Après un aller-retour en Guadeloupe pour transférer deux patients atteints du Covid, Stéphane Houmeau, un soignant strasbourgeois raconte et alerte. Selon lui, l’hôpital français n’est pas prêt pour affronter une situation similaire à la rentrée. Il appelle à la vaccination massive pour enrayer une reprise de l’épidémie.

Stéphane Houmeau revient de Guadeloupe. Ce cadre supérieur de santé aux hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) a effectué un aller-retour le week-end du 7-8 août pour rapatrier deux malades du Covid d’environ 60 ans vers des places en réanimation d’un hôpital à Paris. Infirmier anesthésiste de formation, Stéphane Houmeau est un habitué des ces missions en tant que membre de la cellule d’opération de crise du ministère de la Santé, ce qu’on appelle aussi la « réserve sanitaire ».

Comme la Martinique, la Guadeloupe connait une très forte résurgence du Covid, plus intense que les trois premières vagues. Un reconfinement strict y a été décrété pour enrayer la montée des cas et des hospitalisations.

Une population moins vaccinée et du tri chez les patients

De ses courts échanges avec les soignants sur place, Stéphane Houmeau décrit une situation « pire que ce qu’a connu l’Alsace » au plus fort de la pandémie au printemps 2020 :

« On m’a expliqué que s’il y avait une situation urgente qui nécessite une réanimation, on n’envoyait plus systématiquement les secours, car il n’y a de toute façon pas de lit. Les soignants sont obligés de faire du tri, de faire face à des choix éthiques au cas par cas. »

En Guadeloupe, la vaccination atteint péniblement les 23% de la population (41% chez les 75-79 ans, la catégorie la plus vaccinée). Un total bien en-deçà de la moyenne nationale de 67,05%.

Pour le rapatriement, les soignants se sont installés comme ils pouvaient à l’arrière d’un avion de ligne. Photo : remise

Cette faible couverture vaccinale ne s’explique pas par un manque de doses, mais une forte réticence de la population locale à se faire vacciner, selon le professionnel de santé :

« Le fait d’être sur une île ou la situation économique peuvent aussi avoir un impact. Mais on retrouve aussi des facteurs culturels en métropole, par exemple dans le Sud le port du masque est parfois moins respecté. Il y a une question culturelle voire religieuse avec des prédicateurs qui indiquent qu’il vaut mieux avoir foi en Dieu davantage que dans la science. »

Stephane Houmeau
Quand il n’est pas en intervention ou à l’hôpital, Stéphane Houmeau officie également au vaccinodrome. « On peut prendre des gens sans rendez-vous », dit-il à ce sujet. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« L’hôpital français n’est pas prêt »

Dans ce contexte, l’infirmier anesthésiste de formation prévient les 240 soignants volontaires envoyés de métropole :

« Cela peut être difficile sur place. Il peut y avoir le sentiment que ce sont des hommes blancs qui arrivent et donnent des leçons, ce qui peut renvoyer au colonialisme. Même quelqu’un de l’Agence régionale de Santé nous a demandé ce qu’on faisait là… »

Les transferts Photo : remise

En découvrant la situation dans les Antilles, Stéphane Houmeau a eu la crainte de voir avec quelques semaines d’avance ce qui pourrait arriver à la rentrée en métropole. Également délégué syndical Force ouvrière (FO), il s’interroge sur les semaines à venir :

« On envoie 240 personnes, mais 15 jours ne suffisent pas à régler une telle situation. Il faudra donc une deuxième voire une troisième rotation. Ce sera aussi le moment où l’on pourrait avoir besoin de personnel en métropole. Il y a déjà le plan blanc, c’est-à-dire un rappel des salariés en congés, en Corse, en Occitanie et en Paca, et quelques transferts, puisqu’on a accepté à Strasbourg des patients d’Occitanie. À Strasbourg, on a peu de cas de Covid (40 dont 12 en réanimation), mais ça augmente et à cause des fermetures de lits pendant l’été, on n’a qu’une quinzaine de places disponibles. Des personnes voient leurs soins déprogrammés. On voit que les taux d’incidence sont les plus élevés dans le sud, dans les lieux de villégiatures l’été, mais quand tout le monde va rentrer, il y a aura des brassages, des retrouvailles familiales où il y a beaucoup de clusters, et le pire serait un variant plus nocif. Si on a la même résurgence de l’épidémie en France métropolitaine qu’en Guyane et en Guadeloupe, l’hôpital français ne sera pas prêt. Il faut qu’un maximum de personnes soient vaccinées. Là-bas, la situation est plus ou moins conscrite à chaque île, mais le périmètre en France est bien plus étendu, avec plus de déplacements et un été où l’on a laissé partir les gens dans tous les pays. On rapatrie d’ailleurs tous les touristes des Antilles en urgence, mais il faut espérer qu’ils n’ont pas contracté le virus et qu’il n’y ait pas un cluster dans l’avion. »

« Une responsabilité collective »

L’avion justement, Stéphane Houmeau en garde le souvenir d’un moment tendu au retour : « On était au fond d’un vol commercial avec nos deux malades. Les gens avait peur et se plaignaient, y compris le personnel qui se sentait en danger. Le pilote a dû intervenir à un moment. »

Les soignants ont cohabité avec des passagers. « Ce n’était pas un super accueil » témoigne Stéphane Houmeau. Photo : remise

Vacciné depuis janvier, il estime que le vaccin est avant tout une « responsabilité collective », qu’il oppose à des comportements « égoïstes » :

« Avec toutes les missions que j’ai effectuées, notamment en Guyane qui est frontalier du Brésil, j’ai été exposé et pourtant mes 19 tests PCR ont toujours été négatifs. Je pourrais très bien penser que je ne suis pas concerné, surtout que je suis en bonne santé. Si j’ai fait le vaccin, c’est avant tout pour limiter la diffusion du virus. Il y a eu 50 millions de vaccins en France, s’il y avait une mortalité particulière, on le saurait désormais. Ce n’est jamais une science exacte, la santé peut devenir une loterie, mais c’est une protection à 90%. On avait les mêmes débat avec l’hépatite B il y a 20 ans, que l’on soupçonnait de transmettre la sclérose en plaques. Ce vaccin est aujourd’hui obligatoire pour les soignants sans que cela fasse des remous. »

Le soignant s’attend à d’autres allers-retours de ce type dans les prochaines semaines. Mais avant cela, il devrait partir vers le sud ce week-end pour aider la lutte contre les feux de forêts. « Beaucoup de pompiers sont mobilisés contre les incendies en Grèce », explique celui qui est aussi pompier volontaire. Une autre crise à combattre.

Fête, concours de danse et rollers : le festival « Club’InStreet » célèbre la musique house

Fête, concours de danse et rollers : le festival « Club’InStreet » célèbre la musique house

Du vendredi 13 au dimanche 15 août, la compagnie Watt organise un festival de danses urbaines dédiée à la musique house. Au programme de « Club’In Street » : fête, patins à roulette et concours de danse sur fond de dj sets.

Du lac du Baggersee, aux terrains de basket du Wacken en passant par la Maison du Mouvement à la Montagne Verte, le festival « Club’InStreet » de la Compagnie Watt s’installe en dehors du centre-ville de Strasbourg, du vendredi 13 au dimanche 15 août. Des pionniers et champions français de danse house font partie de la programmation. L’association Cie Watt, une compagnie strasbourgeoise de danseurs et musiciens, propose des activités, allant du cours de danse, au barbecue musical en passant par une fête ou encore une soirée dédiée à la danse en patins à roulettes.

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Le festival « Club’InStreet » de la Compagnie Watt s’installe en dehors du centre-ville de Strasbourg, du vendredi 13 au dimanche 15 août 2021. Photo : prise le 30 juillet 2021 / Lotfi Maadour / Club In Street / Compagnie Watts / Doc Remis

Après la funk et le hip-hop, la house

Après la funk et le hip-hop en juillet, le festival est consacré à la house, dont une partie de la culture se rapproche du hip-hop. Il existe même une variante « hip-house » mélangeant les deux mouvements musicaux. Ces deux mouvements artistiques alternatifs sont nés dans les années 70 dans les milieux afro-américains de la côte Est des Etats-Unis (la house entre Chicago et New York et le hiphop à New York). Si depuis plusieurs années ces deux mouvements sont largement diffusés à l’international, le festival « Club’In Street » cherche à garder l’esprit des débuts. « On veut rester authentiques et garder les valeurs dans lesquelles ces musiques ont émergé : le partage, l’apprentissage, la rencontre et l’ouverture à l’autre », explique Noémie Cordier, la directrice artistique du festival Club’In Street.

Le vendredi 13 août sera une soirée sous le signe de la « block party » (fête de rue/de quartier) sur bitume, au niveau du gymnase AGR, avec vue sur le Parlement Européen. Une session de danse en patins à roulettes est prévue sur les terrains de baskets du Wacken sur fond de dj-set house de la danseuse parisiano-finlandaise Karlainthemix. Le Strasbourgeois Wolves se chargera d’ouvrir le bal sur des « rythmes africains et des contre temps. »

Baggersee, Wacken et Montagne Verte : plage, bitume et verdure

Le lendemain, samedi 14 août, le festival prendra une tournure plus estivale avec une « beach party » au Baggersee et une « Masterclass » (cours de danse avec un spécialiste) de Didier Firmin, l’un des pionniers de la culture House en France, danseur du collectif Mission Impossible fondé dans les années 90, ou plus récemment de la compagnie O’Trip House. Comme d’autres artistes de la programmation, Didier Firmin a pris une casquette de DJ, sous le pseudonyme de TIJO AIMÉ. Il jouera des platines sur la plage du Baggersee, après un concert live de « looping » (samples créés en direct et mis en boucle pour former des mélodies) du strasbourgeois ORAJ.

À la fois DJ et danseurs

Dans la soirée du samedi 14 août, le festival continuera avec une compétition de danse à La Maison du Mouvement, dans le quartier de la Montagne Verte. Cinq DJ se succéderont aux platines, dont des danseurs du collectif français Serial Stepperz comme Mogwai ou le légendaire Yugson Hawks, un ancien du Wanted Posse, ce groupe de danseurs champions de compétitions internationales (BOTY, Juste Debout…). Les disc jockeys de la programmation du festival Club In House passeront également sur la piste de danse, assure Noémie Cordier : « Ils sont presque tous danseurs à la base. »

Le dimanche, le festival se terminera à la Maison du Mouvement avec une « masterclass » (un cours de danse) de deux pointures historiques de la danse House en France et à l’international (Didier Firmin et Yugson Hawks). Tous deux enseignent depuis plusieurs années dans différentes écoles, dont la Serial Stepperz School ou la Juste Debout School (qui porte le nom d’une des plus grandes compétitions de danse hip-hop et house).

En début de soirée, le festival se terminera par un barbecue musical dans le jardin de la Maison du Mouvement. Le festival se déroule sur réservation uniquement. À l’exception de la soirée de vendredi, les jauges ne peuvent dépasser 50 participants, afin d’éviter l’obligation du pass sanitaire.

« On ne peut pas s’arrêter de danser »

La dernière édition de ce festival a eu lieu en juillet. Elle s’axait sur des musiques et sonorités funk et hiphop.  À cause de la pluie, l’événement a dû être limité et décalé à l’intérieur au Fossé des Treize. Une déception pour les organisateurs qui voulaient un événement en extérieur et le plus vivant possible après ces longs mois de restrictions sanitaires. « Les gens ne se retrouvent plus pour danser librement, pourtant c’est l’origine des blocks party et de cette culture urbaine : les jam sessions, l’expression libre, la danse … on ne trouve plus ces espaces-là, il faut les créer, les recréer et les rendre accessible ! On en a besoin. On ne peut pas s’arrêter de danser », explique Noémie Cordier.

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En 2019, la compagnie Watt a commencé ses événements Club In House par des jams sessions en intérieur. Ici un cours de danse en novembre 2019 au Fossé des Treize. Photo : Antonin Roure / Club In Street / Cie Watts / Doc Remis

Pour financer leur festival, l’association Cie Watt a débloqué des partenariats avec la Ville de Strasbourg, la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) Grand Est, la CEA (Collectivité Européenne d’Alsace) et le Crédit Mutuel.

La programmation du festival Club’In Street / DR CieWatt

À l’usine Knorr, les salariés acceptent le « plan social le plus merdique de France », selon le syndicat Force Ouvrière

À l’usine Knorr, les salariés acceptent le « plan social le plus merdique de France », selon le syndicat Force Ouvrière

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Passe sanitaire et soins hospitaliers : « Le droit à être secouru n’est pas menacé »

Passe sanitaire et soins hospitaliers : « Le droit à être secouru n’est pas menacé »

Depuis ce lundi 9 août, la présentation du passe sanitaire est obligatoire pour se rendre à l’hôpital. Seule exception, les situations d’urgence. Vincent Doebelin, enseignant et doctorant en droit public à l’Université de Haute-Alsace (UHA), a pour sujet de thèse le droit au secours. Il explique que la nouvelle loi ne contrevient pas au droit à être secouru, un principe garanti en France.

La question avait divisé l’Assemblée nationale et alimente les arguments du mouvement anti-passe sanitaire (voir nos articles). L’instauration du passe sanitaire (vaccination complète, attestation de contre-indication vaccinale, test négatif ou certificat de rétablissement) depuis ce lundi 9 août va-t-elle empêcher juridiquement des français de pouvoir se soigner à l’hôpital ? Vincent Doebelin, doctorant en droit public sur le sujet du droit au secours et chargé d’enseignement à l’Université de Haute Alsace (UHA), répond non et relativise : le droit français garde l’obligation d’être secouru quand la vie est menacée.

Rue89 Strasbourg : Est-ce que le passe sanitaire porte une atteinte à ce droit à être secouru ?

VD : L’urgence médicale est imprescriptible. Elle arrive à moment où on a tout de suite besoin de telle ou telle intervention. Au contraire, le soin programmé est par par définition une intervention prévue à une date et une heure précise, donc le patient a le temps de faire un dépistage en amont.  

Le gouvernement a tout de suite mis les urgences médicales comme l’une des seules exceptions à ce passe sanitaire. On voit déjà des revirements sur le terrain, avec des soins programmés conséquents, à l’instar des chimiothérapies, acceptés sans passe sanitaire pour des raisons évidentes. Dans le texte de la loi relative à la gestion de la crise sanitaire, la notion d’urgence a été gardée justement pour ne pas porter atteinte à ce « droit d’être secouru ».  On ne vous fermera pas la porte aux urgences si vous n’êtes pas vacciné. Le droit à être secouru n’est pas menacé avec le passe sanitaire.

Que qualifie-t-on d’urgence dans le droit français ?

La notion est assez vague, mais elle existe dans plusieurs codes juridiques. Elle implique la nécessité d’une intervention immédiate et rapide. Cette notion d’urgence sert de limite pour savoir si le service publique des secours doit intervenir ou non. Elle s’articule avec la question de la responsabilité des intervenants et de la gratuité de l’intervention. Pour autant, il y a des inégalités en fonction des zones géographiques en France. Concrètement, dans certains endroits vous allez pouvoir appeler les pompiers pour un nid de guêpes, dans d’autres on va vous renvoyer vers le privé. Il y a également une différence entre les pompiers et le SAMU qui dépendent de deux codes juridiques différents (le code général des collectivités territoriales ou le code de santé publique). Les pompiers ont des domaines d’intervention plus étendus, mais parfois moins médicaux par rapport au SAMU.

Secours : une obligation de moyens mis en œuvre

Je travaille sur la question du droit au secours, ou plutôt du droit à être secouru. C’est-à-dire que je cherche à déterminer dans quelle mesure il existe une obligation pour les pouvoirs publics d’organiser le secours aux populations face aux menaces. Le droit français penche plutôt sur une obligation de mise en œuvre de moyens (juridiques, financiers, humains, etc.) que de résultat. On ne peut pas lier l’État à un résultat positif : parfois la maladie ou la situation est trop grave et on ne peut rien faire. Ces obligations découlent des principes constitutionnels comme la solidarité, la fraternité ou encore le droit à la vie. On va même plus loin aujourd’hui, puisque le droit d’être secouru devient l’affaire de tous avec les questions d’assistance à personne en danger en attendant que les pouvoirs publics prennent le relais.

Pourquoi le Conseil constitutionnel n’a-t-il pas censuré l’accès à l’hôpital avec passe sanitaire ?

Sur place, ce sont les établissements hospitaliers qui vont déterminer ce qui est qualifié d’urgence ou non. Si le Conseil constitutionnel avait estimé que le droit d’être secouru en urgence n’est pas respecté, la mesure aurait pu être supprimée. Les professionnels de santé vont avoir une lecture plus ou moins souple en fonction de la situation. Ils connaissent leur métier et détermineront ce qui doit être pris en charge en urgence ou non.

Par ailleurs, pour les actes médicaux programmés ou encore l’accès aux visites par les proches, le passe sanitaire pose des questions nouvelles. Il y a aussi la possibilité de faire un test de dépistage COVID en amont du rendez-vous. Certains établissements ont installé à proximité un chapiteau avec un test antigénique pour obtenir un résultat en 15 minutes et ainsi palier le problème d’absence de vaccination.

« D’abord on soigne, ensuite on voit pour l’administratif »

Le passe sanitaire pourrait un jour s’appliquer aux urgences ?

Je ne pense pas parce que cela poserait trop de problème pour les secours à la personne. Il existe des jurisprudences sur ce sujet où la responsabilité de l’établissement de santé a pu être engagée. Le secours prime sur beaucoup de choses. Quand vous avez une personne en état de santé qui nécessite une intervention urgente, je ne pense pas que ni le personnel médical, ni le législateur ne prendront la décision de refuser de le soigner. C’est la base des secours : d’abord on soigne, ensuite on voit pour l’administratif. Le droit au secours est quelque chose de très sensible, puisqu’on touche « à la vie des gens ». On peut tous avoir besoin des secours d’un moment à l’autre.

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Vincent Doebelin doctorant en droit à l’université du Haut-Rhin / Doc remis

Pour éviter les recours et situations ambigües, aurait-il été plus simple de ne pas mettre de passe sanitaire du tout à l’hôpital ?

Dans les établissements de santé et en dehors des urgences, il y a souvent un public vulnérable. Donc probablement qu’on aurait trouvé aussi illogique de ne pas mettre de passe sanitaire pour visiter ces personnes-là, car cela leur ferait courir un risque.

Selon moi, il y a une forme d’amélioration par rapport à avant, puisque pendant les pics épidémiques on avait l’impossibilité d’aller voir ses proches à l’hôpital, même si l’on est vacciné ou testé négatif. Aujourd’hui, avec les dépistages devant les hôpitaux et la vaccination, on a plus de possibilités qu’il y a quelques mois de visiter nos proches malades par exemple.

« Une atteinte à des principes fondamentaux »

Quels problèmes juridiques pourrait-on rencontrer si le passe est étendu aux urgences ?

On pourrait avoir des recours en termes de responsabilité. Si vous avez des personnes nécessitant des soins urgents et qu’on refuse de les secourir, il y a matière à engager la responsabilité et donc des indemnisations pour les victimes et les familles. Il y aurait une rupture avec ce droit à être secouru, fondé sur la solidarité et une atteinte à certains principes juridiques qui prévalent dans notre pays.

Si un soin devait être refusé, il y a la possibilité de faire un recours. Pour la question des soins programmés, le juge administratif va toujours statuer en fonction de chaque dossier, chaque situation, donc on ne peut jamais prévoir ce qu’il va dire. Mais dans la mesure où même sans vaccin, il y a la possibilité généralement d’avoir des tests de dépistage assez rapide, il y a peu de chances que la responsabilité de l’établissement de santé soit engagée. Si une personne arrive avec une pathologie grave, mais que le centre refuse de l’accueillir sans passe sanitaire, il y a déjà plus de possibilités pour le juge administratif d’étudier un recours.

#Vincent Doebelin

À l’hôpital, la crainte des effets secondaires du passe sanitaire

À l’hôpital, la crainte des effets secondaires du passe sanitaire

Le premier jour du passe sanitaire s’est déroulé sans accroc au Nouvel Hôpital Civil de Strasbourg. Soignants et représentants syndicaux s’inquiètent des effets à plus long-terme du dispositif, entre engorgement accru des urgences, suspension des collègues réfractaires au vaccin et fermeture de lits…

Un air de dernière répétition à l’entrée du Nouvel Hôpital Civil (NHC) à Strasbourg. Lundi 9 août, devant les portes coulissantes de l’établissement de santé, un homme en veste noire siglé Groupe Valliance Sécurité contrôle les passes sanitaires. Comme l’indique une communication interne des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) envoyée vendredi 6 août, « une tolérance sera appliquée en cas de passe invalide ou d’absence de passe pour les patients, en particulier au cours de la semaine prochaine. »

Ainsi, pour le vigile Nouar, la tâche reste facile cette première semaine. « Pour aujourd’hui c’est bon. Mais dès demain, venez au moins avec un test », répète le vigile à plusieurs reprises. La plupart des patients et autres accompagnants respectent déjà la nouvelle règle : il faut désormais présenter soit un certificat de vaccination, soit un test de moins de 72 heures ou une preuve de contamination datant d’il y a moins de six mois.

Un nouvel agent a fait son apparition ce lundi 9 août à l’entrée du Nouvel Hôpital Civil. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« Il n’y a pas 50 solutions pour sortir de la crise sanitaire »

Une petite file d’attente se forme régulièrement sous le sombre préau du NHC. Clarisse, ambulancière de l’entreprise Jord’anne, approuve cette mesure qui « doit permettre de réduire la pandémie ». Avec 12 ans d’expérience au compteur, la conductrice d’ambulance ne voit pas le passe sanitaire comme un gros changement : « Pour l’instant, les contrôles vont vite. Et puis à l’hôpital de Haguenau, je n’ai pas encore été contrôlée. » Clarisse n’a pas attendu l’allocution présidentielle du 12 juillet pour se faire vacciner. Lundi 9 août, elle se demande plutôt ce que risquent les trois collègues non-vaccinés, sur les dix salariés de son secteur Haguenau-Reichshoffen : « Je pense qu’ils vont finir par le faire », lâche-t-elle sans grande conviction, tout en terminant une salade de carottes.

« Pour l’instant, les contrôles vont vite. Et puis à l’hôpital de Haguenau, je n’ai pas encore été contrôlée », indique Clarisse, ambulancière depuis 12 ans. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Sur un autre banc, une médecin en blouse blanche grille une cigarette Vogue. La chirurgienne approuve cette application du passe sanitaire : « Ca fait des mois qu’on demande aux Français d’être responsables et de se faire vacciner. Maintenant, nos dirigeants sont comme des parents face à des ados récalcitrants : pas de vaccin, pas de sortie. » Le week-end dernier, Cyrielle (le prénom a été modifié) a profité de quelques expositions à Paris. Elle grimace en évoquant les tracts syndicaux qui dénoncent une « restriction de liberté » à travers l’obligation vaccinale des employés : « Faut arrêter… Il n’y a pas 50 solutions pour sortir de cette crise sanitaire… » Début août, près de 80% des soignant des HUS avait reçu deux doses du vaccin contre le Covid-19.

Le coût du passe, sans soutien

Cette première étape de l’application du passe sanitaire suscite déjà des critiques du côté des syndicats du personnel hospitalier. Car les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) déboursent près de 75 000 euros par mois (hors taxes) pour qu’une société privée filtre les entrées principales sur 11 sites disséminés dans les quartiers de Hautepierre et de la Robertsau, ou à Schiltigheim pour le Centre médico-chirurgical et obstétrical (CMCO). « À ce prix-là, on pourrait embaucher quatre à cinq infirmières de plus », souffle Jean-Claude Matry, président du syndicat CFTC pour les HUS.

« À ce prix-là, on pourrait embaucher quatre à cinq infirmières de plus », souffle Jean-Claude Matry, président du syndicat CFTC pour les HUS.

« On dirait que le gouvernement a oublié que nous sommes l’hôpital le plus endetté de France », ajoute Pierre Wach, secrétaire général adjoint de la CGT des HUS. Pourtant, en mai 2021, l’Agence régionale de santé (ARS) écrivait aux HUS pour alerter sur « l’impasse financière » de l’établissement strasbourgeois et exiger des mesures d’économie. Le syndicaliste déplore l’absence de soutien financier de l’État pour appliquer le passe sanitaire. Dans un tract conjoint à la CGT et la CFTC, les deux organisations s’inquiètent : « Comment payer la facture dans un contexte de déficit ? Encore moins de personnels ? Toujours plus de fermetures de lits ? »

Les syndicalistes listent aussi les failles du dispositif mis en place. Le responsable CFTC Jean-Claude Matry a constaté que les agents de sécurité se contentent de biper le QR Code du passe sanitaire… mais sans contrôle d’identité. « Il suffit qu’on se passe tous le passe d’une personne vaccinée pour entrer », affirme-t-il. Du côté du syndicat Force Ouvrirère (FO), la secrétaire générale adjointe Véronique Barrière regrette une charge supplémentaire pour certains salariés de l’hôpital : « Devant plusieurs bâtiments, comme il n’y aura pas d’agent de sécurité, ce sont les agents d’accueil qui devront contrôler les patients et les soignants. »

La crainte d’un impact sur les effectifs

Autre inquiétude des responsables syndicaux : l’impact de la vaccination obligatoire des salariés de l’hôpital à partir du 15 septembre 2021. Lors d’une réunion extraordinaire du Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT), le 6 août, les représentants du personnel ont découvert les données connues concernant la vaccination des agents des HUS, personnel administratif compris. Au début du mois d’août, les HUS ne connaissaient pas le statut vaccinal de 38% de son personnel non-médical, ainsi que de 26% de son personnel médical senior. Le tableau présenté ne donnait aucun chiffre pour les jeunes soignants.

Selon Véronique Barrière, les HUS étaient contraints de fermer plus de 300 lits au début du mois d’août. Il y a des lits fermés pour concentrer les efforts des soignants sur les unités Covid. Mais le manque de personnel explique la majorité de ces fermetures, selon la secrétaire générale adjointe FO. Or le 15 septembre, les soignants qui n’ont pas fait leur première dose ne pourront plus travailler à l’hôpital.

La syndicaliste craint l’impact d’une nouvelle baisse des effectifs sur l’offre de soins, déjà dégradée :

« Parmi les 3 900 agents au statut vaccinal inconnu à ce jour, il y a bien sûr des salariés qui ont été vaccinés en dehors de l’hôpital et qui ne l’ont pas déclaré parce qu’ils sont en ce moment en vacances. Mais il est sûr qu’à partir du 15 septembre il y aura moins de personnel, donc des lits en moins… »

Avec le passe, des urgences encore débordées

« Même si ce ne sont que quelques centaines de personnes qui manquent le 15 septembre, on est déjà à bout, on ne peut plus fonctionner comme ça. On met en place un passe sanitaire alors qu’on arrive pas à donner trois semaines de congés à un personnel épuisé par deux ans d’efforts ininterrompu contre la pandémie », complète Pierre Wach. Le syndicaliste CGT résume : « L’hôpital est malade dans son ensemble, et le passe sanitaire nous désorganise encore un peu plus. »

Pierre Wach (CGT) résume : « L’hôpital est malade dans son ensemble, et le passe sanitaire nous désorganise encore un peu plus. »

Les patients non-vaccinés et sans test risquent de recourir au seul service qui les accepte : les urgences. Or plus ce service est débordé, plus des opérations sont déprogrammées pour offrir des places supplémentaires aux personnes secourues. Antoine Wach craint ainsi un engorgement : « Certains médecins estiment qu’on a déjà franchi le point de non-retour avec des patients déprogrammés depuis plus d’un an. On ne peut pas continuer de décaler des opérations importantes parce que les urgences manquent de lits en sortie d’opération… » Côté FO, Véronique Barrière évoque « un chirurgien qui a fait remonter l’impossibilité de déprogrammer plus pour soulager les urgences : il a une liste de 180 patients en attente d’opération. »

L’afflux redouté du nombre de patients aux urgences est d’ailleurs la seule crainte liée au passe sanitaire pour Anne. Cette infirmière aux urgences strasbourgeoises estime que la quasi-totalité de ses collègues sont vaccinés. « Les services les plus touchés par le Covid sont ceux où le taux de vaccination est le plus élevé », explique-t-elle. La soignante se dit plutôt exaspérée par la fronde antivaccin et les rassemblements contre le passe sanitaire : « Quand je vois les antivaccins et les manifestations sans masque place Kléber, c’est plus la population qui m’exaspère. On est pas sorti de l’auberge… »

Avec le passe, le plus dur est à venir

Dans le parking au sous-sol de l’hôpital, un autre agent de sécurité filtre les entrées au NHC. C’est son premier jour de travail à l’hôpital, indique-t-il en souriant. Dans un français balbutiant, l’homme explique avoir contrôlé une centaine de personnes. Une vingtaine d’entre elles n’avaient pas de passe sanitaire et ne semblaient pas très réceptives à ses indications : « Un vieil homme est venu sans test ni vaccin, je lui ai dit, s’il vous plaît, demain venez avec un test. Il n’a pas répondu… » Que fera-t-il la semaine prochaine face aux personnes sans passe sanitaire ? L’homme barbu et musclé se met en travers de la porte du couloir : « Je bloque comme ça, j’appelle d’abord mon collègue puis j’appelle la police. On n’a pas le droit de toucher aux visiteurs. »

Les premiers jours du passe sanitaire se passeront donc sans grande difficulté. Les effets secondaires du passe sanitaire sont à venir. Pour les vigiles, qui devront bientôt refuser l’entrée à des personnes soit malades, soit aux accompagnants. Pour les soignants, qui verront bientôt l’un ou l’autre collègue suspendu, alors que l’équipe souffrait déjà du sous-effectif. Pour les cadres de santé, qui devront sans doute contrôler le statut vaccinal de leurs collègues, alors qu’ils luttent tous les jours avec le manque de moyen pour trouver un lit supplémentaire en renfort des urgences. Et pour certains patients, qui verront leur opération une nouvelle fois déprogrammée du fait du manque de moyen de l’hôpital public.

Comme le résume Pierre Wach, secrétaire général adjoint de la CGT des HUS :

« On ne peut pas faire une dichotomie entre passe sanitaire et offre de soins. Si demain tout le monde est vacciné, ça ne résout pas les problèmes que nous dénonçons depuis des années : où sont les ouvertures de postes de soignants ? Où sont les lits de réanimation supplémentaire ? Emmanuel Macron veut appliquer le passe sanitaire un mois après l’avoir annoncé… mais qu’il applique d’abord le Ségur de la Santé ! »

Contactée, la direction des HUS n’a pas donné suite à notre demande d’interview arguant d’un manque d’information précise sur l’application du passe sanitaire.