Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Journées du patrimoine à Strasbourg, quatre nouveautés pour s’aérer les neurones

Journées du patrimoine à Strasbourg, quatre nouveautés pour s’aérer les neurones

Du vendredi 17 au dimanche 19 septembre, les Journées du Patrimoine sont l’occasion de (re)découvrir Strasbourg et ses lieux chargés d’histoire comme le Parlement Européen, le Palais Rohan ou encore le quartier de la Neustadt. Cette édition 2021 s’appuie sur le numérique pour creuser certains aspects méconnus de la ville.

Les Journées européennes du Patrimoines (JEP) permettent de visiter des lieux rares, chargés d’histoire et parfois inaccessibles au public. À Strasbourg, la Ville et le ministère de la Culture insistent sur le caractère « participatif » et « inclusif » du programme de cette 38e édition, qui propose des jeux de pistes et des visites accessibles aux personnes mal-voyantes, mal-entendantes, handicapées motrices ou mentales. Plus de 80 visites sont proposées dans l’Eurométropole pour le week-end du 17 au 19 septembre, sur le thème du « Patrimoine pour Tous ». Une partie de ces visites s’appuient sur des outils numériques, comme des applications mobiles ou de la géolocalisation. Rue89 Strasbourg propose sa sélection.

Une balade Street Art commentée à Hautepierre

Les JEP peuvent avoir l’image d’un musée à ciel ouvert, mais à l’occasion des 50 ans du quartier de Hautepierre, il sera possible de visiter une série de fresques réalisées par les habitants et les écoliers du quartier avec le collectif « Hautepierre sur les Tréteaux » (association Wonderwiz’art), en profitant de l’accompagnement scientifique et ludique d’un comédien, Sébastien Jeser. En parallèle, d’autres événements sont prévus mélangeant les Journées du Patrimoine et la programmation de la grande fête de quartier, comme une visite guidée de l’Instrumentarium des Percussions de Strasbourg, très impressionnant et très rarement ouvert au public, étant donné la fragilité des instruments qui y sont stockés.

Plusieurs oeuvres de street art égayent le quartier de Hautepierre Photo : Babette Reziciner / doc remis

Géocaching à Plobsheim

Le géocaching, du nom de l’application du même nom, est une chasse au trésor publique pour trouver des messages ou des objets cachés. Pour les JEP, la ville de Plobsheim propose un parcours, qui permettra de se promener dans la nature environnant le village, à travers cette application. L’objectif de cette balade est de découvrir cinq « lieux patrimoniaux » de manière ludique.

Jeu de piste musical par No Limit Orchestra

Le jeu de piste Eurogeek traverse la Grande Île ou le quartier européen de Strasbourg pour faire découvrir des détails de la ville et de son histoire, via une narration audio immersive (disponible en 18 langues). Le parcours a été conçu et développé par une association d’architecture nancéienne Heruditatem et par l’orchestre strasbourgeois No Limit Orchestra. Exceptionnellement pour les Journées européennes du patrimoine, la structure strasbourgeoise réalisera trois concerts de reprises d’hymnes de jeux vidéos et autres tubes de la « geek-culture » lors de points clés du parcours.

Visite d’un ancien hôpital militaire avant sa mutation en tiers-lieu

L’ancien hôpital militaire Lyautey, construit sur 2,3 hectares, servait jusqu’en juin de site d’hébergement d’urgence, notamment pour les demandeurs d’asile. Auparavant, ces bâtiments étaient utilisés pour des soins médicaux jusqu’en 1996 et par l’armée jusqu’en 2008. D’ici 2025, l’ensemble devrait être transformé en collège, logements, jardin public et « tiers lieu » dont la fonction n’est pas encore définie si ce n’est qu’elle sera « au bénéfice des habitants ». La visite du « bâtiment d’honneur » Lyautey n’est pas ouverte au public habituellement.

Des bâtiments exceptionnels à visiter

Ces visites ne sont qu’une petite partie de ce que peut offrir les Journées européennes du Patrimoine. Plus traditionnellement, le week-end permet de visiter toute une série de bâtiments publics dont l’accès est habituellement restreint comme la direction des Finances publiques, l’hôtel préfectoral, le Palais du Rhin ou encore le lycée international des Pontonniers.

Le Palais du Rhin est l’un des bâtiments remarquables de la place de la République à Strasbourg. Il abrite la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) du Grand Est qui participe à l’organisation des Journées du Patrimoine sur Strasbourg. (Photo : Martin Lelievre – 2020 / Rue89 Strasbourg)Photo : Martin Lelievre / Rue89 Strasbourg

Afghans de Strasbourg : des années d’errance

Afghans de Strasbourg : des années d’errance

Le quotidien des Afghans qui ont trouvé asile à Strasbourg, parfois depuis des années, reste semé d’embûches. S’ils sont en sécurité et disposent d’un minimum de droits, les moyens et la volonté politique manquent encore pour qu’ils puissent trouver leur place, malgré leurs efforts. Témoignages. 

Fin août, Strasbourg a accueilli plus de 150 réfugiés afghans. Environ 110 d’entre eux ont été logés à l’hôtel Mercure et pris en charge par des associations qui leur ont proposé une aide d’urgence. Ces bénévoles les accompagnent également dans les démarches de demande d’asile et les débuts de leur installation.

Entre la reprise du pouvoir par les talibans, les attentats d’Al-Qaida et les conflits entre groupes extrémistes : le pays est en proie aux troubles meurtriers depuis des années et les Afghans sont les plus nombreux à demander l’asile en France (8 871 en 2020). Pour le détails des demandes en Alsace, la préfecture n’a pas répondu à nos sollicitations.

« Je suis jeune, je veux étudier, je veux travailler, je veux vivre ma vie »

La famille de deux afghanes de 26 ans et de 18 ans est installée à Strasbourg depuis août 2020. Menacés par les talibans, ils sont partis en catastrophe de leur maison, puis de Kaboul, et enfin d’Afghanistan en laissant tout derrière eux, raconte l’aînée des trois sœurs.

« Les premiers mois, c’était très difficile de ne plus avoir peur, de ne pas être tentés de regarder derrière nous pour vérifier que personne ne nous suivait. Maintenant on se sent enfin en sécurité ici, et on n’a plus peur. »

Une Afghane installée à Strasbourg depuis août 2020.

À Kaboul, la mère a travaillé des années pour une ONG irlandaise qui finançait un programme d’éducation des filles sorties des écoles. Elle leur apprenait à lire et à écrire, donnait aussi des cours de religion et de culture générale. Puis elle a continué bénévolement à s’occuper de ces enfants. Elle reçoit alors des coups de téléphone menaçants, mais décide de les ignorer. Autre détail : le père ne parvient pas à se faire servir par l’épicier, qui leur reproche de pervertir les femmes afghanes. 

Quelques mois plus tard, des talibans font irruption chez eux en pleine nuit. Il sont persuadés que l’enseignante cache des livres chrétiens, qu’elle est payée par l’étranger pour convertir les jeunes filles. Ils exigent de savoir qui les paie. Le père est tabassé, la mère gravement brûlée au bras et à la poitrine par de l’eau bouillante que les combattants lui jettent dessus. La famille s’enfuit et se cache chez des amis plusieurs semaines. Ils vendent leurs biens en secret, et parviennent à s’envoler vers la France. À Paris où ils arrivent d’abord, l’attente pour se faire enregistrer est longue. D’autres Afghans leur conseillent d’aller à Strasbourg.

Liste d’attente pour un CAP, liste d’attente à Pôle emploi…

L’asile est obtenu facilement. La plus jeune des filles, âgée de 14 ans, est scolarisée, tout comme la plus grande qui intègre une classe spéciale au lycée Le Corbusier d’Illkirch, appelée MOAF (Module d’Orientation et d’Apprentissage du Français). Les élèves y suivent un an d’enseignement, surtout du FLE (Français langue étrangère) et sont orientés à l’issue de cette année pour la poursuite d’études professionnelles. En ce mois de septembre 2021, la jeune femme discrète aux longs cheveux noirs qui vient de fêter ses 18 ans n’a toujours pas eu de réponse pour le CAP coiffure – esthétique auquel elle a candidaté. Elle est sur liste d’attente. 

Sa grande sœur a l’impression de faire du sur place. Elle s’est inscrite à Pôle emploi, fait défiler les offres qu’elle reçoit par e-mail, mais n’arrive pas à les lire. 

« J’ai fini mes 100 heures d’enseignement de français, mais je veux en prendre plus car mon niveau est insuffisant. J’attends que l’OFII me réponde pour la suite des cours. Tout est difficile quand on ne maîtrise pas la langue. Je n’ai pas de CV en français. Mon assistante sociale a proposé de m’en faire un mais je ne sais pas quand je l’aurais. Si je sollicite un entretien à Pôle emploi pour qu’on parle d’une de ces annonces, le temps que je l’obtienne, ils auront trouvé quelqu’un. »

Mais ces mails tiennent plutôt du spam que de l’offre ciblée. Un hypermarché cherche des préparateurs de commande mais exige un an d’expérience dans un poste similaire, ce que la diplômée en finance qui a travaillé en ressources humaines, n’a pas. À 26 ans, elle a droit au RSA, mais elle veut absolument travailler, gagner de l’argent et non en recevoir : 

« Je suis jeune, je veux étudier, je veux travailler, je veux vivre ma vie. Je peux m’aider moi-même, et aider ma famille, mais il faut qu’on me guide pour cela. »

La jeune femme craint aussi que la solitude dont semble souffrir la famille s’éternise. Cet après-midi, elle a prévu d’aller au centre commercial de Rivetoile avec sa sœur mais avoue ne pas faire grand chose sinon. Ils n’ont pas d’amis et restent le plus souvent en famille :

 « Ma petite sœur au collège en souffre. Avec les autres élèves, c’est : “salut, ça va ?” et c’est tout. Elle n’a pas d’amis en dehors. Je lui promets que ça finira par venir. »

Temor Shah, 17 ans, est inquiet pour sa famille et son avenir. Photo : Stéphanie Wenger / Rue89 Strasbourg

« Sans école, les jeunes vont croire que les talibans ont raison et les rejoindre »

Temor Shah, 17 ans, était dans la même classe qu’Husna, à Illkirch. Il aura 18 ans à la fin de l’année et attend sa majorité avec appréhension. À cette date, il devra quitter la chambre qu’il partage dans un foyer du Neuhof. Il espérait obtenir un titre de séjour avant cela :

« On me dit qu’à 18 ans, je pourrai demander l’asile, mais c’est une procédure longue. Je suis en France depuis 2019 et il est très compliqué pour moi d’obtenir certains papiers qui sont encore en Afghanistan. C’était déjà dur avec le Covid, mais avec les talibans, c’est impossible. »

Le garçon, à l‘aise en français, est volubile. Il raconte qu’il dort peu depuis que les talibans ont pris le pouvoir. Son père, qui a combattu aux côtés du commandant Massoud, a disparu dans des circonstances troubles lorsque Temor Shah n’était qu’un enfant. Sa mère, originaire de Kunduz, a décidé de partir vivre au Panjshir (la région enclavée du nord-est du pays) avec ses frères et sœurs, mais la guerre les a rattrapés là-bas et la région est tombée récemment aux mains des combattants talibans. Depuis maintenant dix jours, il est sans nouvelle d’eux. 

« J’ai peur pour mes sœurs, qu’elles soient mariées de force. Elles ont 19, 13 et 11 ans. Et mon frère est encore jeune. Les talibans d’aujourd’hui sont intelligents, ils savent comment se montrer à la télé, sur les réseaux sociaux. Mais la réalité est très différente. »

Il aimerait aider sa famille, mais sa propre situation est très « compliquée ». Il ne sait pas s’il pourra continuer les études ou décrocher un contrat d’apprentissage. Il ne sait pas non plus où il sera logé une fois sa majorité. Il n’a pas de revenus et une situation administrative loin d’être résolue. « Je suis un garçon stressé », lâche-t-il avec un demi sourire comme une excuse pour expliquer les angoisses et les insomnies avec lesquelles il se débat. Le jeune homme est suivi par un psychologue.

Son périple jusqu’à Strasbourg a été long : plus d’un an. Il a traversé l’Iran, la Turquie et l’Europe, en travaillant dans des usines parfois, pour gagner de quoi continuer sa route. Il aimerait savoir qu’aujourd’hui il est au bout du chemin. Au delà de sa propre galère, et de sa famille, il s’inquiète aussi pour son pays :

« Si les jeunes ne peuvent pas aller à l’école, ils vont grandir en croyant que les talibans ont raison et les rejoindre. Moi aussi, si je n’avais pas été à l’école, j’aurais peut-être pensé cela. »

Après trois ans dans un foyer, Ahmad Fahim a enfin obtenu un logement social à Strasbourg.Photo : Stéphanie Wenger / Rue89 Strasbourg

« Attends, attends, attends… On me dit toujours d’attendre »

Ahmad Fahim, 33 ans, vient juste de terminer son service dans le restaurant dans lequel il travaille. Il reprend à 18 heures et semble réjouit car il a finalement obtenu un logement social. Après 3 ans d’attente, il va pouvoir quitter le foyer Adoma dans lequel il habitait pour un appartement à Hoenheim. Cet ancien employé au ministère des Finances en Afghanistan n’a jamais pu trouver que des emplois dans la restauration, pas toujours bien payés. Le parc privé de logements lui demeure donc inaccessible.

En France, il a choisi Strasbourg : « C’est une petite ville, je me disais que c’était plus facile de trouver du travail, de se déplacer. » En danger dans son pays, il a fui en 2016, et a obtenu la protection subsidiaire qui n’offre que 4 ans de résidence contre dix. Depuis que les talibans ont pris le pouvoir, sa mère et ses six sœurs, restées en Afghanistan, sont cloîtrées à la maison. Elles travaillaient toutes, sauf les plus jeunes qui étudiaient à l’université ou au lycée. Seule sa mère sort parfois vêtue d’une burqa  : « Les femmes sont terrorisées, mais les hommes non plus ne sont pas en sécurité. »

Ahmad Fahim essaye de faire venir sa femme depuis 3 ans, mais n’a toujours pas réussi à lui obtenir un visa. Il a dépensé plus de 2 700 euros chez un avocat pour rien. Et quelle que soit la demande ou l’administration, la réponse est la même :

« Attends, attends, attends… On me dit toujours d’attendre, et quand je passe à un autre bureau, on me dit d’attendre. Je fais quoi ici ? J’ai pensé qu’il valait mieux peut-être rentrer dans mon pays, mais là c’est impossible. »

Ahmad Fahim va randonner de temps en temps dans les Vosges avec une association, des sorties qui lui font du bien. Le reste du temps, il est assez isolé et a peu de contacts, pas d’amis, peu de loisirs : « Je n’ai pas le temps, avec le travail, et je ne sais pas vraiment comment entrer en contact avec des Français ».

Pourtant il est assez bon francophone et parle bien l’anglais. Il vient juste d’obtenir son permis de conduire, ce qui lui permet de penser à changer de travail. Pour l’instant, impossible d’envoyer de l’argent à sa famille et à sa femme, les canaux sont coupés. Sa femme l’appelle tous les jours après son travail, d’ailleurs le téléphone sonne et c’est elle. Le jour où elle avait rendez-vous pour le visa à l’ambassade de France, les talibans sont entrés dans Kaboul. Fahim est aussi inquiet pour son père qui travaillait au ministère de la Défense avant la chute du régime : 

« Lorsque les talibans on pris le pouvoir la première fois, ils ont arrêté mon père dans la rue quand ils ont su qu’il travaillait pour le gouvernement. On l’a cherché pendant deux jours, on ne savait pas où il était. Il a été battu très violemment pendant son arrestation, il a mis 15 jours à pouvoir se lever. Aujourd’hui, il a 55 ans, j’ai vraiment peur pour lui. »

Le trentenaire ne savait pas que plus de 150 Afghans avaient été accueillis à Strasbourg cet été. Entre son travail et ses démarches, il a envie de leur consacrer du temps :

« Ils sont dans quel hôtel ? Je vais aller voir. J’ai été à leur place avant, arriver dans un pays sans parler la langue, c’est très difficile. J’aimerais les aider. »

Abdul Nazir, qui vit avec deux de ses frères dans un appartement, espère un logement. Photo : Stéphanie Wenger / Rue89 Strasbourg

« J’ai préféré avoir des papiers de suite, même si c’est pour moins longtemps »

Des CV et des lettres de motivations dans un sac en bandoulière, Abdul Nazir, 30 ans, court partout depuis ce matin, mais il a décidé de se poser un peu au parc pour lire un livre : « ça me permet de m’évader. »

Les nouvelles qui lui parviennent d’Afghanistan et de Mazar El Sharif (400 km au nord-ouest de Kaboul) sont très préoccupantes. Cette femme qui s’est fait frapper devant son père car son hijab ne la couvrait pas assez, ce jeune qui a ramassé un portable à terre (posé là exprès, selon Abdul Nazir) puis s’est fait arrêter. C’est dans cette ville que vivent sa femme, sa mère, et ses sœurs. Depuis l’arrivée des talibans au pouvoir, elles restent chez elles, n’osent pas sortir sans homme – ordre des nouveaux dirigeants. Seule la mère sort quelquefois, avec mille précautions. 

La situation que le trentenaire suit fébrilement via les réseaux sociaux l’empêche de dormir. Sa femme a bien été convoquée à l’ambassade de France à Téhéran pour récupérer un visa (les consulats ont fermé en Afghanistan, ndlr), mais comment faire ? Elle ne peut pas quitter le pays.

Abdul Nazir est arrivé en 2018 en France pour rejoindre ses frères. Le plus grand est arrivé à Strasbourg en 2010, envoyé ici par l’OFII. Trois autres frères, dont Abdul Nazir, l’ont rejoint au cours des dernières années. Parmi eux, deux ont le statut de réfugiés et deux la protection subsidiaire.

« J’ai attendu un an pour l’entretien à l’OFII, et une autre année pour la réponse. J’ai préféré avoir des papiers de suite, même si c’est pour moins longtemps. »

L’homme avec un bouc soigneusement taillé, et qui porte une belle bague argentée autour d’une pierre rouge au doigt, est bien sûr soulagé d’être en sécurité en France, et d’avoir retrouvé ses frères. Mais une sentiment d’injustice, mêlé d’impuissance l’accompagne. 

« Nous sommes trois à être suivis par le même assistant social, et depuis trois ans je suis le seul à qui on n’a jamais proposé de logement, ni en foyer, ni en HLM. La réponse qu’on me fait c’est : tu parles français et allemand, tu peux te débrouiller. Je suis donc puni ? »

Abdul Nazir a travaillé dans la restauration, en extra, mais avec la crise sanitaire tout s’est arrêté. Sans revenus fixes, et sans revenus du tout pendant plusieurs mois, difficile de pouvoir espérer accéder au parc privé, même si on parle français et allemand. Il partage un studio aux Poteries avec ses trois autres frères, et ensemble ils se débrouillent.

Depuis deux ans, le natif de Parwan qui a longtemps vécu à Kaboul, a aussi fait pas mal de bénévolat (Caritas, L’étage) et s’est inscrit à Pôle Emploi. Il sillonne la ville pour déposer lettres de motivations et CV. À Lidl, on lui a dit que tout devait se faire en ligne. Il a plusieurs fois demandé à suivre une formation pour être conducteur à la CTS, mais n’a jamais eu de réponse. 

« Ici, en France, beaucoup nous proposent de l’aide, mais pas forcément celle dont on a besoin. J’aimerais que mes interlocuteurs essayent d’entendre quels sont nos problèmes : et c’est pour ceux là que je veux une solution. Ma priorité c’est un logement, le reste je trouverai par la suite. »

Abdul Nazir a déjà contacté des associations d’Afghans ici à Strasbourg, mais « ça parle politique et religion, et ça ne nous aide pas beaucoup à régler les problèmes dans nos vies ». Comme Ahmad Fahim, il ne savait pas non plus que la ville avait accueilli des Afghans récemment évacués de Kaboul. Il aimerait savoir où il peut les rencontrer.

« Je ne peux pas faire grand chose mais je parle la langue, je peux les aider s’ils ont des problèmes pour s’expliquer avec un médecin, avec un policier. »

Zohra et Maryam, les deux sœurs, aimeraient des formations accessibles.Photo : Stéphanie Wenger / Rue89 Strasbourg / cc

« Même si je revois mes rêves à la baisse, j’ai l’impression qu’ils sont encore trop haut »

Trouver un travail, faire valoir ses diplômes, continuer les études, gagner assez pour pouvoir se former. Aucune de ces trois sœurs de 39, 31 et 27 ans, n’a réussi à résoudre cette équation complexe. 

Il y a peu, Zohra, la plus jeune, voulait poursuivre ses études d’anglais, débutées en Iran, en France. Conséquence : elle ne pouvait plus toucher le RSA. Elle donc décidé d’abandonner sa formation : « Mais si je n’ai pas de diplôme, comment trouver un travail ? »

À son arrivée en France il y a 5 ans, la jeune femme a travaillé dans une usine d’emballage pendant huit mois. Mais le salaire est bien trop faible pour qu’elle puisse se payer la formation qu’elle visait pour devenir réceptionniste : 5 000 euros. En plus, les 240 euros accumulés sur son compte formation, ont récemment été siphonnés dans une vaste opération de piratage. Zohra se fait gentiment moquer par ses sœurs, et finit par éclater de rire : « Il vaut mieux en plaisanter. »  Elle continue à espérer et recherche désormais une formation en alternance dans le tourisme.

C’est Mina, l’ainée, qui est arrivée la première en France, il y a dix ans. La famille, Hazara (une minorité ethnique persécutée sous le régime des talibans, ndlr), était déjà réfugiée en Iran. Là-bas, la vie est un casse-tête pour les réfugiés afghans, témoigne-t-elle. Les aléas des relations diplomatiques avec le pays voisin pèse sur les conditions de vie et les droits des Afghans : études, droit du travail, résidence. Tout est aléatoire. Depuis 4 ans, ses parents puis ses deux sœurs ont réussi à la rejoindre à Strasbourg. 

« Nous sommes l’une des rares familles afghanes heureuses de pouvoir être réunie ». 

Malgré leur bonne volonté et leur « adaptabilité », la vie est compliquée pour les trois sœurs. Leurs diplômes ne sont pas reconnus, pas plus que les permis de conduire (les permis iraniens le sont). La formation en Français langue étrangère proposée par l’OFII (200 heures) est largement insuffisante quand on se confronte au marché du travail, et le racisme est pesant. Mina a repris des études en persan, après des années où elle a travaillé comme Atsem (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles) dans différentes écoles de l’Eurométropole. 

« Cela s’est toujours bien passé avec les maîtresses, mais j’avais souvent des remarques des autres Atsem, sur mon accent. Les collègues me disait que c’était mauvais pour les enfants dont je m’occupais et m’empêchaient de leur lire des histoires. »

Après sa dernière expérience où elle a été particulièrement malmenée, elle a préféré jeter l’éponge et rejoindre les bancs de l’université. À 39 ans, elle dit avoir un peu honte d’être encore étudiante. Toutes les trois évoquent la même difficulté psychologique : le fait que leurs diplômes ne valent rien, les dédales et l’absurdité de l’administration, les minimas sociaux qui leur font se sentir « un fardeau ». Elles s’inquiètent particulièrement pour les réfugiés récemment accueillis, qui ne parlent pas le français, parfois illettrés, cela sera encore plus compliqué. 

Déjà, souligne Mina, les appels à l’aide d’urgence circulent dans la communauté. Comme il y a quelques jours, pour cette famille afghane arrivée de Paris avec 3 enfants, dont la femme est enceinte, et qui ne trouve pas de place via le 115. Les sœurs évoquent aussi le suicide de ce réfugié afghan en 2019 à Strasbourg et qui désespérait de trouver un hébergement.

Maryam, 31 ans, a vu récemment les aides de la CAF coupées, car son acte de naissance dont elle a demandé la transcription depuis des mois à l’administration française ne lui a toujours pas été envoyé. De formation scientifique, elle espérait commencer des études d’infirmière, mais elle a dû renoncer, faute de diplôme reconnu. L’école de préparatrice en pharmacie qu’elle a visée ensuite était trop chère. Elle a enfin regardé du côté des emplois de vendeuse dans une enseigne esthétique :

« On m’a dit qu’on n’embauchait que des personnes qui avaient eu un CAP dans le domaine. Même si je revois mes rêves à la baisse, j’ai l’impression qu’ils sont encore trop haut. Tous les postes auxquels je candidate exigent de l’expérience. C’est un cercle vicieux. »

La jeune femme a suivi un ènième « atelier CV » à Pôle emploi la semaine dernière. Un exercice qu’elle a fini par maîtriser parfaitement, tout comme la rédaction de lettres de motivation. Elle écume la ville avec ces documents, les dépose où elle pense avoir une chance. Pourtant, à Pôle emploi, il n’est pas rare qu’on lui fasse ce reproche : « Vous n’êtes pas motivée. »

Visites de quartier, ateliers et spectacles : Hautepierre fête ses 50 ans

Visites de quartier, ateliers et spectacles : Hautepierre fête ses 50 ans

Du mercredi 15 au dimanche 19 septembre, le quartier de Hautepierre au nord-ouest de Strasbourg fête son demi-siècle d’existence. Une diversité d’activités sont proposées aux Strasbourgeois lors de cette fête de quartier inédite. Des spectacles, des séances de cinéma plein air, des balades nature et streetart ou encore des initiations sportives sont prévues.

À Hautepierre, chaque année, une fête de quartier est organisée au début de l’été, ainsi qu’un événement sportif et culturel pour la jeunesse en septembre. Mais cette année, du 15 au 19 septembre, une version augmentée de ces festivités prendra place dans plusieurs lieux de cette zone du nord-ouest de Strasbourg. En raison de la crise sanitaire, les cinquante ans de Hautepierre (1969-2019) n’ont pas pu avoir lieu avant. Ce quartier prioritaire (QPV) strasbourgeois, souvent stigmatisé, veut ouvrir le dialogue avec le reste de la ville et les élus, et tente de se désenclaver depuis plusieurs années.

« C’est un quartier qui a souvent mauvaise presse » explique Martin Nussbaum, directeur du centre socio-culturel (CSC) Le Galet à Hautepierre et co-organisateur des festivités. « Avec cet événement, nous voulons mettre en avant ses richesses et valoriser son histoire. » Le coup d’envoi sera donné à 16h, mercredi 15 septembre sur le parvis du CSC avec des prises de paroles officielles avant un discours interreligieux. La suite de l’après-midi sera rythmée par une chorale de chants des années 70, un gâteau d’anniversaire et la mise en terre d’une boîte à souvenir, à ouvrir dans 50 ans.

Raconter le quartier au passé, présent et futur

La soirée du 15 septembre enchaînera sur un spectacle de talents du quartier, au théâtre de Hautepierre, avec un concert de hiphop, un concours d’éloquence, un concert des Percussions de Strasbourg, mais aussi des témoignages d’histoires du quartier. C’est l’un des objectifs affichés par Martin Nussbaum et par la trentaine de partenaires associatifs, privés et institutionnels de l’événement : (re)donner la voix aux habitants. Pour qu’ils et elles racontent leur vécu et montrent comment ils ont fait, font et feront vivre ce quartier.

La fête du quartier de Hautepierre se déroule normalement chaque année en juin sur le parvis du centre socio-culturel Le Galet. Cette année, les 50 ans du quartier sont célébrés du 15 au 19 septembre (Photo : doc remis).

Le lendemain, jeudi 16 septembre, les portes de La Maison du Projet s’ouvriront de 15h à 19h pour des expositions et des échanges autour des rénovations urbaines du quartier. Vendredi, ce sera au tour de la pépinière d’entreprises d’ouvrir ses portes avec une visite de la chaufferie (qui accueille des faucons pèlerins) en parallèle. À 20h30, une avant première de la websérie « Au pied de ma tour », réalisée par des personnes habitant le quartier, sera diffusée en plein air sur le parvis de la médiathèque.

Fête du quartier samedi et session sport pour les jeunes le dimanche

Le cœur de cette semaine d’anniversaire se déroulera le weekend des 18 et 19 septembre, avec des temps plus traditionnels, qui rappellent les précédentes fêtes de quartier. Cette année, une exposition photo de l’évolution du quartier, des témoignages des premiers habitants historiques de Hautepierre, et une scène ouverte pour les talents locaux accompagnent les festivités (buvette, restauration, danses tchétchènes, château gonflable, jeux de bois, atelier cuisine…).

Tout au long de la semaine, une comédienne fera visiter les « mailles » – ou ilots – du quartier à travers un parcours de « streetart ». En clôture de l’événement, le dimanche se veut concentré sur la jeunesse avec des initiations et animations sportives (futsal, basket, boxe thaï…).

« La principale problématique, c’est le chômage »

Le quartier de Hautepierre a l’une des populations les plus jeunes de France, avec 42% des habitants qui sont âgés de moins de 25 ans et un fort taux de chômage. Selon Martin Nussbaum, le chiffre atteint 30,8% pour les 15-64 ans et 42% pour les 15-24 ans : « La principale problématique, c’est le chômage. Cela occasionne pas mal de désespoir et des dérives chez les jeunes. Il y a encore beaucoup à faire de ce côté-là. »

Aujourd’hui, alors qu’une nouvelle vague de rénovation urbaine est encore en cours, le directeur du CSC se réjouit tout de même qu’avec cet anniversaire de quartier les liens entre le tissu associatif, les habitants et les élus se soient un peu ressoudés. La Ville de Strasbourg a financé l’événement des 50 ans du quartier a hauteur de 6 000€, l’État via la préfecture du Bas-Rhin à hauteur de 5 000€ et la Communauté Européenne d’Alsace (CEA) à hauteur de 2 000€.

Le parvis du CSC Le Galet accueillera plusieurs événements lors de cette semaine qui célèbre les cinquante ans du quartier. Photo : doc remis

Nouveau visage du quartier, mais difficultés persistantes

Mais ce lien renouvelé n’empêche pas le directeur du CSC de constater toujours les mêmes difficultés : « Il y a des infrastructures, ce n’est pas là que le bât blesse, mais c’est dans l’humain où il n’y a pas suffisamment de moyens en direction des jeunes. » Il évoque des labellisations « cité de l’emploi » et « cité éducative » du quartier par le gouvernement qui tendent à améliorer la situation. « C’est un travail de longue haleine, et on sait aussi que ces dispositifs ne vont pas tout régler du jour au lendemain », précise Martin Nussbaum.

Depuis 1969, Hautepierre a connu des changements considérables. « Le quartier a changé complètement de visage » explique Martin Nussbaum. Depuis les rénovations entre 2009 et 2015, il est plus accessible, grâce entre autres à l’extension du tram après l’hôpital. « Mais ce n’est pas parce qu’il a changé d’allure que les difficultés sont parties », assure le directeur.

Comme le montre un récent reportage de Franceinfo, les habitants du quartier se sentent toujours délaissés par les pouvoirs publics, malgré les nouvelles infrastructures. Le 10 septembre, deux salariées du CSC de Hautepierre, 5 habitantes du quartier et l’adjoint à la Ville de Strasbourg à l’équité territoriale, Benjamin Soulet, ont déposé au gouvernement un rapport national sur les « paroles d’habitants » des quartiers prioritaires. Preuve que le temps des festivités et le temps des échanges politiques est bien séparé, et que l’un n’empêche pas de se battre pour l’autre.

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Avec « Le genou d’Ahed », le réalisateur israélien Nadav Lapid crie sa colère contre un « État malade »

Avec « Le genou d’Ahed », le réalisateur israélien Nadav Lapid crie sa colère contre un « État malade »

Pour son cinquième long métrage, prix du Jury au festival de Cannes cette année, le cinéaste israélien livre une œuvre rageuse, un cri au milieu du désert. Tourné en seulement 18 jours, avec une caméra nerveuse, le film suit les pas et les mots d’un réalisateur, Y., double de Nadav Lapid, en lutte contre un Etat liberticide et contre lui-même.

Dans Le genou d’Ahed, le réalisateur Nadav Lapid met en scène un événement qui lui est réellement arrivé en Israël, en 2018. Alors qu’il partait présenter son deuxième film L’institutrice, en plein milieu du désert, il est accueilli par une fonctionnaire du ministère de la Culture, qui lui demande de signer un document sur la liste des sujets qu’il aura le droit d’aborder avec le public. Le personnage, Y., est au bord de l’implosion. Autant dire que ce document, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Car le film raconte aussi la violence inhérante à la société israélienne, lors de flash-back sur le service militaire de Y. Des scènes incroyables, qui passent en quelques minutes du sadisme à la comédie musicale. Le genou d’Ahed est un ovni, on est parfois dérouté mais, sans jamais se perdre, on est pris dans une expérience un peu folle.

Bande annonce

Rue89 Strasbourg : Votre film met en scène une certaine censure de l’État en Israël. Quelles ont été les conditions de production et de tournage?

Nadav Lapid : D’abord, tous les films sont compliqués à produire et cela de façon exagérée à mon avis. Avec ma productrice, on a décidé de ne pas chercher de financement israélien. Nous craignions que, si nous envoyions un scénario pour obtenir un financement, son contenu soit divulgué et que cela empêche le projet d’être réalisé. On aurait pu nous priver de certaines autorisations etc. Pour éviter les ennuis, nous avons tourné très rapidement et avec peu de moyens. Le scénario a été écrit en deux semaines. L’urgence de la préparation correspond à la vérité du film : c’est un projet ultra personnel, où en peu de temps il fallait aller au bout de mes émotions, chaque jour. En même temps, cette façon de travailler a été très amusante et je me suis autorisé une très grande liberté audiovisuelle. Je me demandais toujours, quand est-ce qu’un adulte responsable allait surgir et me dire « Stop! », mais il n’est jamais venu.

Vous avez évoqué dans la presse le projet de loi sur la loyauté de la culture (texte qui permettait de couper les financements publics aux œuvres et institutions culturelles qui « nient l’existence d’Israël comme État juif et démocratique », qui « incitent au racisme, à la violence et au terrorisme » ou encore qui « déshonorent le drapeau national ou d’autres symboles de l’État », ndlr), est-ce qu’il a été voté ?

N. L. : Non, une sorte de consternation politique a empêché son vote (en novembre 2018, ndlr), mais il a été remplacé par toutes sortes de critères et de rubriques à remplir pour les artistes, ce dont je parle dans le film. Pour moi, malgré tout, la censure la plus grave est celle que les artistes s’imposent à eux-mêmes. De temps en temps, je lis des scénarios que l’on m’envoie et je me rends compte qu’ils traitent tous des mêmes sujets, les sujets autorisés. Les autres sont tabous.

Y., interprété par Avshalom Pollak, le double du réalisateur, dans la région de la Arava. Photo : doc. remis

Est-ce que vous vous sentez seul en tant qu’artiste israëlien en résistance contre l’État?

N. L. : Non, je ne suis pas le seul. Je me sens un peu comme le personnage principal du film : le fait d’avoir passé une grande partie de ma vie dans un état de combat, de colère, m’a rendu presque insupportable. À force de batailler contre des dragons, tu ne vois plus que des dragons partout, tu confonds les ennemis et les gens normaux et tu deviens peut-être toi-même un dragon. C’est pour ça que c’était important pour moi de partir d’Israël (Nadav Lapid vit aujourd’hui en France, ndlr). Il y a cette phrase que j’aime beaucoup : « Tous les pays sont mauvais, le mien est le pire. »

C’est d’ailleurs la thématique du film : le personnage d’Y. se retrouve dans la position de ce qu’il dénonce, il utilise les mêmes procédés que ces ennemis…

N. L. : Le héros Y. est enragé, condescendant, arrogant, frustré, amer : à chaque moment, il peut hurler ou bien s’écrouler. Mais il lutte pour la bonne raison. La jeune fille qui lui fait face dans le film, Yahalom, est remplie de vie, d’empathie, elle est animée d’une belle vocation qui est de diffuser la littérature, la culture. On ne peut que l’applaudir mais elle est au service du mal. C’est une collaboratrice et elle est consciente du mal qu’elle fait. Quand vous êtes dans un État malade, il ne peut y avoir que des mauvais choix. C’est ce que raconte la scène de torture psychologique à l’armée : soit vous êtes le tortionnaire, soit la victime qui fuit pour vivre, soit l’observateur qui comprend tout, mais ne fait rien. La bonne option manque. La seule chose qui reste pour nos deux personnages c’est l’appel final à la bonté, le contact basique entre deux êtres humains.

Yahalom, interprétée par Nur Fibak, jeune fonctionnaire du ministère de la Culture. Photo : doc. remis

Le film s’ouvre sur un casting pour trouver le personnage d’Ahed Tamimi, cette adolescente palestinienne qui a giflé un soldat israëlien en 2018. Puis il bifurque sur complètement autre chose, pourquoi cette introduction ?

N. L. : Pour montrer quel cinéaste est Y., à quoi ressemblent ses films et dans quel territoire nous nous situons : un pays où cette jeune fille de 16 ans a été jetée en prison et où un député israélien a appelé à tirer dans son genou pour la rendre handicapée.

La mise en scène est violente, radicale, comme le personnage principal. Mais cette violence est traversée de musique et de danse, tout cela à un rythme effréné…

N. L. : Le film est dur, mais par moment il prend presque la forme d’une comédie musicale. Les personnages parlent beaucoup mais ils ont du mal à exprimer ce qu’ils ressentent. La danse et le chant sont là pour dire aux spectateurs : regardez ce que nous sommes. Je suis très admiratif de la pop et de ces hymnes internationaux qui semblent rendre possible l’union des cœurs et des corps.

En plein milieu du désert, Y. écoute Be my baby de Vanessa Paradis, c’est très surprenant !

N. L. : Je voue une admiration à Vanessa Paradis depuis mes 13 ans et Joe le Taxi, comme la moitié de la planète je pense. La chanson est très urbaine et douce, cela me plaisait de l’entendre dans un endroit gris et dur comme ce désert. Quand j’ai échangé des mails avec Vanessa Paradis, je lui ai fait la promesse de faire danser les gens dans la salle avec sa chanson. Et j’avoue que le moment où j’ai été le plus ému à Cannes cet été, c’est quand j’ai entendu des spectateurs fredonner Be my baby en sortant de la salle…

Quelles ont été les réactions lors de sa sortie en Israël ?

N. L. : Il y a eu d’une part une campagne contre le film, avant sa sortie : des hommes politiques, des journalistes ont appelé à le boycotter. J’ai été traité de juif collabo et j’ai reçu des menaces. D’autre part, des spectateurs m’ont fait des retours très forts : j’ai l’impression que les gens ont vu le film tel que je le vois, non pas comme un constat politique, mais comme une sorte de regard existentiel sur ce que nous sommes devenus. C’était incroyablement émouvant. C’est mon film le plus violent contre Israël, mais grâce à lui, j’ai vécu de vrais moments de réconciliation.

Après l’évacuation du camp de la Montagne Verte, des personnes logées et des tentes subtilisées aux associations

Après l’évacuation du camp de la Montagne Verte, des personnes logées et des tentes subtilisées aux associations

Une centaine de personnes, dont de nombreux enfants, vivant sous des tentes dans le quartier de la Montagne Verte ont été évacuées mardi matin par la police nationale. Les primo-demandeurs d’asile ont été dirigés par les services de l’État vers des logements dédiés. Les personnes qui ont d’autres statuts ont été placées dans des foyers de l’association Accueil Sans Frontières 67, à Bouxwiller. Ils devront à nouveau justifier leur situation dans les jours qui viennent. Les tentes utilisées par les réfugiés n’ont pas été rendues aux associations.

Le campement situé près de l’arrêt de tram de la Montagne Verte a été évacué par les services de l’État le 14 septembre, vers 6h30. Une cinquantaine de CRS en faction et de la rubalise délimitaient un périmètre de sécurité autour de la zone. Dans ce camp installé depuis la fin du mois de juillet au début de la route de Schirmeck, on comptait environ 100 personnes, réparties en 21 familles d’Europe de l’Est, dont des malades et de nombreux enfants en bas âge.

Les habitants du camp ont été emmenés en bus, dans le centre de l’Epide, quartier Vauban, où les services de l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) ont examiné leurs statuts. Selon les informations transmises par des familles directement à Rue89 Strasbourg ou à des associations, l’OFII a emmené environ 60 personnes, celles qui demandent l’asile pour la première fois en France, dans des structures d’hébergement dédiées. La préfecture a aussi dirigé près de 40 personnes dans trois foyers d’Accueil Sans Frontières 67 (ASF 67), à Bouxwiller.

Des acteurs associatifs s’inquiètent du manque de communication de la préfecture

Selon une personne qui travaille pour cette association, « la préfecture a sollicité l’ASF 67 pour héberger temporairement les personnes ayant d’autres statuts que primo-demandeurs d’asile. Elles devront justifier administrativement leur présence en France dans quelques jours ». Par exemple, certaines ont des titres de séjour santé, d’autres ont été déboutées du droit d’asile, mais leurs enfants sont scolarisés à Strasbourg depuis plusieurs années. Elles risquent, dans le pire des cas, d’être reconduites à la frontière.

Pablo, fondateur de la maraude des Vélos du Cœur, en lien avec plusieurs familles placées à Bouxwiller, explique que « celles-ci sont dans le flou par rapport à leur traitement ». Nicolas Fuchs, de Médecins du Monde, dit aussi manquer d’informations sur la situation des personnes à Bouxwiller et Benfeld : « Il n’y a pas de transparence sur leur prise en charge. » La préfecture n’a pas répondu à nos questions sur le sujet.

Une cinquantaine de CRS sécurisaient encore les lieux, près de 3h après l’évacuation du camp Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Depuis plusieurs semaines, les services de l’État, qui s’étaient rendus sur place, avaient établi une liste des noms des habitants du camp. Il fallait être sur cette liste pour être évacué ce 14 septembre au matin. La préfecture assure dans un communiqué que « les personnes seront prises en charge et hébergées au vu de leur situation personnelle et administrative ».

Les tentes fournies par les associations subtilisées après l’évacuation

Des membres de Strasbourg Action Solidarité ont essayé de négocier avec les forces de l’ordre, afin de récupérer les tentes données par les associations. En vain. À la demande de l’État, des bénévoles de la Protection civile ont démonté toutes les tentes et les ont mises dans des camionnettes. Valérie Suzan, présidente de Strasbourg Action Solidarité, commente :

« Nous en avions fourni une multitude. Il y en avait pour des milliers d’euros sur le site. La veille encore, nous avions encore fourni une tente neuve. C’est du gâchis. Nous travaillons d’arrache pied pour la dignité des personnes à la rue, nous n’avions pas besoin de ça. »

La préfecture a demandé aux services de l’Eurométropole d’enlever « les éléments constitutifs du campement ». Quelques heures après l’évacuation du camp, Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg, et Floriane Varieras, adjointe en charge des solidarités, ont diffusé leur réaction :

« Nous demandons une mise à l’abri durable des personnes. Nos services se tiennent prêts pour faciliter l’accès des familles à leurs effets personnels laissés sur le campement. »

Une évacuation qui intervient une semaine après une réunion de quartier houleuse

Le lundi 6 septembre, environ 70 riverains du camp avaient interpellé plusieurs adjoints à la maire, dont Pierre Ozenne en charge de l’espace public, lors d’une réunion de quartier houleuse, au sujet des conditions déplorables d’accueil de ces familles (pas de sanitaires, pas d’eau potable). Quelques jours après la réunion, des toilettes sèches et un accès à l’eau potable avaient été installés sur le camp.

Les policiers ont encerclé le camp à l’aube et ont procédé à l’évacuation Photo : Doc remis

Finalement, une semaine après cette réunion, les services de l’État ont décidé d’évacuer le camp sans prévenir la Ville. Dans son communiqué, la préfecture explique que ce campement illicite « générait des risques pour la sécurité sanitaire des occupants et des nuisances pour les riverains ».

Manifestation vendredi pour que MackNeXT aille se construire ailleurs qu’en zone protégée

Manifestation vendredi pour que MackNeXT aille se construire ailleurs qu’en zone protégée

Un collectif de défenseurs de l’environnement, le Chaudron des Alternatives, appelle à manifester vendredi 17 septembre devant la mairie de Plobsheim, au sud de Strasbourg. Cette démonstration vise à rappeler l’opposition d’une partie des habitants à l’emprise de Mack International, le groupe propriétaire d’Europa Park, sur des terres agricoles et des espaces naturels pour y implanter des studios de création numérique.

C’est le lieu qui pose problème. « On ne s’oppose pas à ce que le groupe Mack s’installe en France » explique Yeliz Gencer, du collectif environnemental alsacien le Chaudron des Alternatives. « Ce qui nous fait de la peine, c’est qu’on va artificialiser des terres pour un projet qui pourrait largement se construire sur des friches industrielles de l’Eurométropole. » Ce collectif, ayant beaucoup lutté contre l’implantation d’Amazon en Alsace, prévoit une « déambulation bruyante et joyeuse » au départ du parvis de la mairie de Plobsheim à 18h vendredi 17 septembre jusqu’au site convoité par le projet MackNeXT, où doit s’installer le siège social français et un centre de « divertissement immersif » du groupe Mack International.

La manifestation s’inscrit dans une journée nationale de mobilisation militante contre des projets estimés nocifs pour l’environnement en France.

Cadre naturel et proximité du golf comme arguments de vente

La critique centrale des opposants alsaciens au projet MackNeXT porte sur le choix du terrain, au sud-est du village de Plobsheim, limitrophe au terrain de golf du Kempferhof. Étendu sur 2,9 hectares, le site est pourtant classé Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (Zineff 2). Il est cultivé par quatre agriculteurs (dont un en agriculture biologique) et fréquenté par des espèces protégées, qui profitent des zones humides et du cours d’eau du Muehlgiessen. Le territoire est traversé par un corridor écologique qui sert à plusieurs espèces pour se déplacer et se développer. Le terrain visé est en outre distant d’un kilomètre d’une zone doublement classée Natura 2000, le long du Rhin.

Carte des habitats biologiques sur le site Photo : doc enquête publique

Pour pouvoir construire sur ce site, il fallait un « régime d’exception », dixit une délibération du conseil municipal de Plobsheim, pour modifier les schémas d’urbanisme. Ces espaces naturels et agricoles sont normalement inconstructibles, car il s’agit d’une « zone écologique ou paysagère sensible à préserver », selon le Schéma de cohérence territorial de la Région de Strasbourg (Scoters).

Une exception pour intégrer le projet MackNeXT au schéma d’urbanisme. Photo : extrait de l’enquête publique

Le groupe Mack International, propriétaire d’Europa Park, cherche à s’installer en France mais sans trop s’éloigner de son siège historique à Rust, en Allemagne. Son projet MackNeXT devrait créer 15 emplois à son ouverture et jusqu’à 50 emplois directs à terme. Ce site de « divertissement immersif » (bureaux, studio, « résidences créatives » pour projets de réalité virtuelle et animations 3D) prévoit également l’accueil du siège social français du groupe Mack International dans des locaux de 6 000 m².

L’Eurométropole de Strasbourg et la Ville de Plobsheim ont déjà approuvé l’arrivée du groupe Mack International sur ces terres naturelles alsaciennes. Suite à une enquête publique menée au printemps 2021, ce projet a été intégré aux plans d’urbanisme locaux (Scoters, PLU, PLUi) et déclaré d’intérêt général à travers des délibérations votées au conseil municipal de Plobsheim (14 juin), du comité syndical du Scoters (22 juin) et du conseil de l’Eurométropole de Strasbourg (25 juin).

Carte combinée de différents schémas de l’enquête publique par les opposants au projet. Photo : Doc remis Le Chaudron des Alternatives
L’emprise des constructions sur l’espace du site MackNeXT a diminué au fil de l’évolution du projet, la résidence créative est au sud, et le siège social au nord Photo : extrait de l’enquête publique

D’autres lieux possibles pour éviter l’artificialisation

Les collectifs environnementaux reprochent au projet MackNeXT d’artificialiser ces sols inutilement, alors que des solutions alternatives viables existent dans les environs de Strasbourg. Ils reprochent également au porteur de projet et aux instances décisionnaires de « ne pas tenir compte des avis des citoyens ayant participé à l’enquête publique », ni de celui de divers instances comme la Mission régionale de l’autorité environnementale (MRAe) qui a rendu un avis critique sur MacNeXT.

Le Projet MackNeXT est situé sur un corridor environnemental Photo : extrait du dossier d’enquête publique

La MRAe s’interroge sur le principe de ce « type de projet dont l’intérêt général doit être démontré, dans un espace agricole et naturel actuellement préservé » et elle rappelait que « le choix du site devra[it] être fait après l’étude de solutions de substitution raisonnables au sens du Code de l’environnement. »

L’Autorité environnementale préfère Illkirch

Dans son avis d’octobre 2020, l’Autorité environnementale conclut que l’option du Parc d’Innovation d’Illkirch-Graffenstaden présentait « l’avantage de concilier le respect de la préservation de l’environnement avec les intérêts économiques et sociétaux. » Elle justifie cette alternative bénéficiant « d’une réserve foncière de 50 hectares sur un site déjà anthropisé (c’est à dire déjà modifié par l’homme et s’éloignant de l’état naturel, NDLR) permettant de ne pas consommer d’espaces naturels et agricoles ». En conclusion, cette structure environnementale indépendante ne pouvait « se ranger aux conclusions de l’étude des scénarios alternatifs présentée [par le porteur de projet] qui conduit à privilégier la compensation à l’évitement ».

Les opposants font de ce constat de la MRAe l’un de leur principal argument : ils estiment que le principe « ERC » (Éviter Réduire Compenser) inscrit dans la loi n’est pas respecté. Il serait possible « d’éviter » ces dégâts sur l’environnement, en choisissant un autre lieu, plutôt qu’avoir à réduire et compenser l’impact du projet en plantant des arbres par exemple.

Yeliz Gencer poursuit :

« Même s’il y a beaucoup de mesures compensatoires annoncées, et que la famille Mack est plus rigoureuse que d’autres sur leur respect, on interroge la pertinence d’aborder les mesures compensatoires sans réellement évaluer des mesures d’évitement. »

Yeliz Gencer – membre du collectif le Chaudron des Alternatives
Le projet MackNeXT est sur une « zone écologique ou paysagère sensible à préserver » Photo : doc enquête publique

« Résidence créative » et siège social sur terres agricoles et espaces naturels

En dépit des alternatives, le groupe Mack insiste pour occuper ce lieu précis en raison de son « cadre serein » qui « favorise la création, l’innovation et la confidentialité ». La proximité du golf est listé comme un « atout majeur » pour le projet. Un autre argument, qui élimine le site d’Illkirch-Graffenstaden, est la demande d’une distance maximale de « 40 minutes de route » avec le site de Rust. Le Parc d’innovation d’Illkirch est à 44 minutes d’Europa Park, contre 35 pour le site de Plobsheim…

Dans une note de présentation de MackNeXT adjointe au dossier d’enquête publique en décembre 2020, l’entreprise défend son choix face à d’autres alternatives étudiées :

« Le Parc d’innovation de Strasbourg présentait des atouts pour son accessibilité et son positionnement sur les nouvelles technologies, mais ne proposait pas un cadre naturel suffisamment isolé. Par ailleurs, les terrains plus isolés situés au Sud du Parc d’innovation n’étaient pas ouverts à la commercialisation, la viabilisation de cette partie n’étant pas engagée. […] Le site de Plobsheim en proximité immédiate avec le Golf du Kempferhof, qui jouit d’une réputation européenne, répond à l’ensemble des critères souhaités par les dirigeants. L’acquisition foncière est en cours de réalisation en accord avec les propriétaires et les exploitants agricoles. »

Le site MackNeXT se veut proche du siège historique du groupe à Rust en Allemagne Photo : doc enquête publique

La commissaire enquêteur estime que l’environnement est pris en compte dans son rapport

Dans les conclusions de l’enquête publique (qui a eu lieu en période de confinement), rendues le 28 mai, la commissaire enquêtrice Nicole Milani, déclare que « la prise en compte des enjeux environnementaux est réelle et que les mesures de compensations sont suffisantes ». Au sujet du choix du site, elle indique que « la commune de Plobsheim ne possède pas de zone d’activité industrielle et considère que cette implantation est une opportunité à saisir » et que les analyses du dossier « confirment l’intérêt général en matière d’attractivité transfrontalière, de recherches innovantes, de synergie avec les acteurs locaux » et « participe au rayonnement métropolitain ». Elle a donc donné un avis favorable avec recommandations au projet dans son rapport d’enquête. Elle estime dans son rapport que ce projet « tend à limiter au maximum l’artificialisation » des sols, en limitant les espaces bâtis à 30% de l’emprise totale.

Néanmoins, suite à l’enquête publique et l’avis de la MRAe, certaines des zones importantes de l’espace naturel et agricole sont retirées de l’emprise du projet MackNeXT, empiétant moins sur le corridor environnemental.

Certaines des zones naturelles les plus précieuses du site devraient être moins impactées suite aux études et mesures environnementales. Photo : doc enquête publique

Rencontre en juin avec les élus

Le 16 juin, deux membres du Chaudron des Alternatives ont pu rencontrer Danielle Dambach, vice-présidente (EELV) de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), ainsi que Michèle Leckler, maire (SE) de Plobsheim, et Guillaume Simon, directeur du service aménagement du territoire et projets urbains de l’EMS. Yeliz Gencer est ressortie outrée de l’entrevue :

« On nous a indiqué lors de cet entretien que la famille Mack avait une contrainte principale. C’était d’être dans une bulle de vert et que d’être à côté du Golf était prépondérant dans leur cahier des charges. On est d’autant plus surpris, déçus et agacés qu’on se disait qu’avec une collectivité écologiste, ce genre de projet ne verrait plus le jour. Pour des projets enclenchés par la municipalité précédente, on peut comprendre qu’ils ne puissent pas agir, mais là ils ont tout le pouvoir. »

Les deux militants reprochent à la collectivité de fixer des règles d’urbanismes « plus contraignantes pour les citoyens que pour les grandes entreprises qui ont des passe-droits ». Dans son Plan Action Climat, la nouvelle municipalité indique que « la reconquête des friches est également au cœur du dispositif ». Même le gouvernement, prévoit dans son projet de loi « climat et résilience » un objectif de « zéro artificialisation nette ».

Vue depuis la rue du Moulin à Plobsheim sur l’extrémité nord du l’emplacement du futur site MackNeXT Photo : Capture d’écran Google Maps avril 2019

D’autres projets alsaciens du groupe Mack dans le viseur du collectif

Si le Chaudron des Alternatives est si actif sur ce projet du groupe Mack International, c’est aussi parce qu’un autre projet du groupe doit se mettre en place en Alsace. Un complexe hôtelier sur plus de 150 hectares (Europa valley) est à l’étude traversant le Ried, donc des zones humides, des espaces naturels et des terres agricoles. Un autre projet de téléphérique traversant le Rhin est également en cours d’étude, bien que gelé pour le moment. Le collectif redoute qu’une fois réalisé, le projet MackNeXT devienne un argument pour pousser et justifier ces autres projets, tous nocifs pour l’environnement.

Fauteuil roulant, sonde urinaire… À l’hôpital, des jeunes amochés après des fêtes au gaz hilarant

Fauteuil roulant, sonde urinaire… À l’hôpital, des jeunes amochés après des fêtes au gaz hilarant

Depuis le premier confinement du printemps 2020, les médecins strasbourgeois voient arriver des jeunes avec d’importants troubles neurologiques. En cause : la consommation excessive de cartouches de protoxyde d’azote lors de soirées. Ce gaz consommé pour ses vertus euphorisantes, est très facile à obtenir dans le commerce.

Des picotements dans la main, une impossibilité à marcher, des difficultés à uriner, des troubles de l’érection… Depuis le premier confinement, les médecins du service de neurologie de l’hôpital de Hautepierre ont vu défiler huit jeunes de 19 à 29 ans avec des symptômes similaires. Leur point commun ? Ils avaient ingurgité des dizaines, voire des centaines, de cartouches de protoxyde d’azote les jours précédents, dans le cadre de fêtes entre amis.

Un produit qui a été détourné de son usage premier. En vente libre dans le commerce, les cartouches en aluminium de protoxyde d’azote permettent de produire de l’eau gazeuse à partir d’eau plate ou de réaliser une crème chantilly à l’aide d’un siphon. Mais depuis quelques années, des jeunes gens pour la plupart s’amusent à remplir un ballon de baudruche avec ce gaz, et à tout inspirer en une seule fois. L’inhalation produit un effet hilarant d’environ une minute. « Comme la sensation est très courte, ça ne donne pas l’impression qu’il peut y avoir des effets plus tard », décrit le chef de clinique strasbourgeois Paul Voulleminot. Le médecin explique que les séquelles ne sont pas définitives, tous ces jeunes ont pu guérir grâce à des soins puis de la rééducation.

Un usage détourné

Les jeunes médecins de l’hôpital de Hautepierre ne sont pas surpris face à cette pratique détournée du protoxyde d’azote. Ils ont vu, ou parfois essayé, des ballons de ce type dans les soirées médecine lors de leurs études. « Ce mésusage est passé d’une consommation étudiante festive, à une consommation plus généralisée et avec des excès », analyse Ivana Schroder, également neurologue au sein du service. La plupart des patients, âgés de 23 ans en moyenne, sont des jeunes issus de quartiers populaires de Strasbourg, mais aussi des étudiants aux conditions de vie moins modestes. Un peu plus d’hommes que de femmes ont été soignés.

Cartouches de protoxyde azote Photo : 1Veertje / Wikimedias commons

Le premier patient pris en charge à Strasbourg en avril 2020, avait 19 ans. C’est le cas le plus sévère connu par le service depuis l’apparition de ce phénomène. Le jeune homme a dû se déplacer pendant près d’une semaine en chaise roulante. Après sa prise en charge, il a nécessité quatre mois de rééducation. « En septembre, il avait encore du mal à courir », se souvient Paul Voulleminot encore marqué par cette histoire. Il avait déclaré inspirer 20 ballons par jour pendant le confinement, jusqu’à son hospitalisation. Les médecins strasbourgeois se demandent si ce total n’était pas sous-estimé, car les patients suivants avaient consommé « 50 à 150 » cartouches, voire « jusqu’à 300 » dans une même soirée.

Quel est le mécanisme qui permet à ces cartouches d’avoir un effet aussi dévastateur ? Le gaz inspiré inhibe la vitamine B12 présente dans le corps humain. Or, cette vitamine est vitale pour les neurones. En présence de protoxyde, les neurones transmettent donc moins bien, voire pas du tout, les messages destinés ou provenant du cerveau.

Le docteur Paul Voulleminot s’étonne du manque d’information à destination du grand public. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Des symptômes connus…

Dans le milieu médical, les effets secondaires de ce gaz avaient déjà été rencontrés chez les dentistes et les anesthésistes, car le protoxyde d’azote est utilisé pour des anesthésies locales et courtes. « À partir des années 2000, on s’est rendus compte qu’en fin de carrière, ces professionnels qui avaient une exposition très légère, mais chronique tout au long de leur vie, développaient des troubles neurologiques », explique Paul Voulleminot.

Pour les jeunes la situation est toute autre, poursuit le neurologue :

« Nous avons-là des personnes avec une exposition courte, mais très intense. Entre les deux, il y a ceux qui en prennent un peu tous les week-ends, dont ont ne sait pas quels seront les effets à moyen terme. Et puis il y a tous ceux qu’on rate. Soit parce qu’ils ont juste des picotements légers et ne viennent pas, ou parce qu’ils n’ont pas l’habitude de voir un médecin. »

Le trentenaire prend l’exemple d’un jeune homme de 24 ans hospitalisé six jours en juillet 2021. « Ses deux copains qui avaient fait la fête avec lui sont venus le voir à l’hôpital, et ils ne marchaient pas normalement non plus… »

Lors des soirées d’excès, les cartouches se consomment par dizaines et par centaines. Photo : Philafrenzy / Wikimedia commons

… mais un phénomène qui explose depuis premier confinement

Jusqu’au confinement du printemps 2020, aucun cas de ce type n’avait été admis aux hôpitaux universitaires de Strasbourg. Les médecins seraient-ils passés à côté de ce phénomène ? Pas forcément. « Tous les patients ont spontanément dit qu’ils avaient consommé du protoxyde, ils étaient un peu inquiets et n’avaient aucune idée que ça pouvait être dangereux. Ce n’est pas une pratique que les jeunes cachent », décrit Kévin Bigaut, également chef de clinique. « C’est aussi à partir du confinement qu’on a commencé à voir beaucoup de cartouches par terre dans les rues ou les parcs » relève Ivana Schroder, assistante spécialiste.

Les médecins ont donc l’impression d’assister, un brin impuissant, à la naissance d’un nouveau problème de santé publique. Dans la littérature scientifique médicale, « le premier article parle d’une dizaine de cas à Londres en 2018 », a repéré Kevin Bigaut. Sur pubmed.gov, le moteur de recherche de référence des publications scientifiques médicales, de plus en plus d’études sur les abus de protoxyde d’azote sont publiées. On recense moins de 10 articles par an jusqu’en 2010, puis une augmentation : 13 publications en 2015, 21 en 2019, 25 en 2020 et déjà 27 en 2021. Les médecins strasbourgeois ont publié une étude de cas de leurs cinq premiers patients dans le Journal of Neurology. « La peur, l’anxiété ou la colère » provoquées par la pandémie et ses conséquences peuvent favoriser la consommation abusive, écrivent-ils notamment.

Kevin Bigaut, chef de clinique, a notamment supervisé l’article scientifique publié par les hôpitaux universitaires de Strasbourg. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Un produit pas cher… et légal

Sur son ordinateur, Paul Voulleminot regarde désabusé un célèbre site de vente de ligne, où il trouve des lots en grande quantité : « 50 cartouches pour 30 euros, c’est bien moins cher que de la drogue… » Et complètement légal ! Dans le commerce physique, la vente est depuis peu interdite aux mineurs. Certaines communes ont pris des arrêtés municipaux pour interdire la consommation sur la voie publique. Mais ces mesures n’enrayent pas la consommation à domicile et les achats en ligne.

Le jeune médecin est encore plus ébahi devant une page dédiée du site ministériel drogues.gouv.fr. « Il y a écrit que c’est déconseillé, mais très vite, on trouve des conseils pour en prendre en limitant les risques (ne pas être debout, ne pas prendre le volant, etc. ndlr), tout en étant très vague sur les risques. Il est question de troubles neurologiques, de maux de tête sans plus de précision ». Pourtant sur le même site officiel, dans un communiqué plus ancien et contradictoire, les autorités sanitaires alertaient en 2019 sur « les dangers de cette pratique, même occasionnelle ».

Des cartouches pas chères pour faire de la bonne crème fouettée… ou autre chose. Photo : capture d’écran

Un problème national

Plusieurs hôpitaux français font face à la même recrudescence de cas. L’information est remontée aux Strasbourgeois de manière informelle. « Un interne a repéré dans une discussion Whatsapp nationale, regroupant les internes de neurologies, que d’autres hôpitaux en France étaient confrontés au même phénomène », relève Kévin Bigaut. Lorsqu’un jeune avec un manque de force se présente au service, la consommation abusive de gaz hilarant est devenue « quasiment ma première question à chaque fois », raconte Paul Voulleminot.

La dizaine de jeunes accueillis à l’hôpital de Hautepierre ont tous eu besoin d’au moins 4 semaines de rééducation. Et même cinq mois pour le patient le plus âgé, de 29 ans. « Il est important que le grand public soit informé, mais aussi les médecins qui ne sont pas spécialistes en neurologie, car les urgences sont souvent la porte d’entrée », détaille le neurologue. « En traitant avec de la vitamine B12, si on s’y prend assez tôt, on sait soigner ». Le jeune âge des patients favorise vraisemblablement leur rétablissement rapide.

Une absence de séquelles qui ne favorise pas la prise de conscience. « C’est comme quelqu’un qui sort d’un coma éthylique, il n’y a pas de garantie qu’il ne va plus jamais boire avec excès », compare Paul Voulleminot. Un des jeunes hospitalisés a d’ailleurs été pris en charge une deuxième fois. « Il était lui-même conscient d’avoir déconné, de s’être fait avoir alors qu’il connaissait les risques », raconte Kévin Bigaut. Reste que les médecins, à peine plus âgés que les patients qu’ils ont soignés, aimeraient que les risques soient mieux connus des consommateurs : « s’imaginer en fauteuil roulant ou avec une sonde pour uriner à 20 ans, ça peut faire réfléchir », disent-ils en chœur. Face aux alertes, l’Agence régionale de Santé prévoit une rencontre avec les professionnels en octobre pour réfléchir à une stratégie de prévention.

Machines, spectacle de 35 heures et chant de coquillages… Quatre semaines d’expériences avec Musica

Machines, spectacle de 35 heures et chant de coquillages… Quatre semaines d’expériences avec Musica

Toujours à la pointe de l’innovation, Musica remet le couvert pour quatre semaines d’expériences musicales. La programmation mélange spectacles hybrides, artefacts surprenants et ateliers en famille. Le festival strasbourgeois des musiques actuelles se déroulera du 16 septembre au 10 octobre. La règle d’or demeure la surprise et l’audace, et donne l’occasion de se frotter à des formes curieuses qui questionnent les pratiques musicales jusque dans leur essence.

Musica porte la curiosité gravée dans son code artistique. Les œuvres de cette nouvelle édition sont bien éloignées de toute approche académique, des canons et des références. Le directeur Stéphane Roth et son équipe entendent bien contrarier toute velléité de certitude pour plonger leur festival dans une remise en question féconde. Par là, l’artiste retourne à la nature brute et à une musique viscérale.

Des artistes qui doutent de tout, sauf de leur inventivité

Le compositeur Alexander Schubert a beau porter le patronyme d’un pilier du répertoire, il dynamite allègrement le cadre du concert classique. Dans Asterism, les limites du spectacle sont redessinées sur une scène déroutante, forêt primordiale et futuriste plantée dans une boite noire. Coproduite avec le théâtre du Maillon qui l’accueille dans sa grande salle, la performance débutera le vendredi 17 septembre au coucher du soleil et durera 35h et 34 minutes, évoluant sans cesse. Ce cadre accueille le public au milieu de projections virtuelles et de musiques flottantes, comme autant de mystères à déchiffrer. La performance hallucinée sera accessible en continu, et à plusieurs reprises avec le même billet, par créneaux. L’occasion de découvrir au fil du temps plusieurs facettes de cette dimension parallèle de poche.

Asterism est un objet singulier, secret et fascinant, à la croisée des mondes et des pratiques. Un espace qui change pour chaque regard qui s’y pose. Photo : Visuel d’Alexander Schubert

Le festival chahute une idée reçue de l’art : celle du créateur certain de sa maîtrise. Prenant le contre-pied de cette confiance, les artistes de Musica ébauchent leurs partitions. L’expérimental est l’enjeu, et il n’y a pas de méthode fixe ou de cap à suivre. Les spectacles mélangent les techniques et les arts, à l’image de Shel(l)ter, dimanche 19 septembre au théâtre de Hautepierre. Les musiciens y soufflent dans de grands coquillages alors que la vidéo d’un conte nébuleux démarre sur une plage amnésique.

Les contes et le fantastique imprègnent la programmation

Ce n’est pas le seul spectacle aux allures de fable, puisque la Passion de la petite fille aux allumettes renvoie directement au récit du conteur danois Hans Andersen, en clôture le dimanche 10 octobre au temple Saint-Étienne. La pièce réunit un chœur d’enfants, plusieurs solistes et des percussions. Une ambiance de veillée au coin du feu portée par l’Opéra National du Rhin, qui poursuit sur cette lancée avec La Reine des neiges, dimanche 19 septembre. Ces associations de magies et d’aventures proposent une évasion plaisante, en même temps qu’un regard plus global sur un monde en mutation.

Cette saveur du fantastique imprègne la programmation. Elle s’accorde parfaitement avec l’errance assumée des artistes. Dès les Ouvertures du festival, le 16 septembre aux Halles Citadelle, les mots viennent à manquer. Le métissage que propose Roomful of Teeth hésite entre composition classique et folklore cosmopolite. Quant à Horse Lords, leurs multiples influences résultent en une musique inclassable qui évoque de nombreuses couleurs sans jamais se décider. Dans la grande habileté de tous les artistes se distingue un même jeu de funambule, heureux d’avancer à tâtons.

Shel(l)ter joue autant sur la vidéo que le chant pour sublimer la musique en un parcours initiatique et déroutant Photo : de Karolina Marusza

De cette démarche découle la grande accessibilité de Musica. Là où pourrait naître une intimidation surgit plutôt une invitation. Si le doute existe chez les artistes et c’est une joyeuse débandade des normes et des cadres formels. Dans ce laboratoire pétillant, toutes les fantaisies sont permises, même l’idée d’une composition pour cinquante violons munis de haut-parleurs ou celle d’un orgue d’église amplifié électroniquement à l’extrême.

Création collective aux Halles

La musique qui surgit dans de tels dispositifs dépasse le cadre d’un simple concert. Signal supra-sensoriel, elle vient secouer son audience jusque dans sa chair. Les vibrations du corps constituent un langage trouble, rarement sollicité. Il faut noter la présence cette année de Christine Sun Kim. Sourde profonde de naissance, elle a construit sa musicalité en explorant différents modes d’expression, notamment visuels. Avec Deaf, not mute, mardi 21 septembre, l’artiste part de l’incapacité des sous-titres de cinéma à transmettre la musique. Aux commandes d’un orchestre assourdi, elle déroule une partition atypique affichée sur un grand écran. Le spectacle sera accessible aux personnes sourdes et malentendantes, avec une traduction en langue des signes françaises réalisée sur scène. Une performance qui rejoint l’engagement du festival pour l’accessibilité de sa programmation.

Musica, c’est aussi la rencontre avec des sonorités rares, parfois lointaines. La musique qui résonne dans les régions polaires est l’honneur dans Tumik & Katajjaq, vendredi 24 septembre. Association d’une fresque documentaire et d’une démonstration de chants inuits, le spectacle est une portion vive d’un territoire singulier. Mais les sonorités méconnues se cachent également au plus près de nous. Devenir imperceptible, vendredi 1er octobre se pose en loupe des mouvements les plus légers, dans un paysage sonore de bruissements. Présenté avec le TJP Centre Dramatique National Strasbourg-Grand Est, la performance va à contre-courant d’une musique démonstrative. Au lieu de se distinguer, l’artiste cherche à disparaitre dans l’hésitation cotonneuse des sens.

Les Halles Citadelles, lieu de rendez-vous emblématique

Sonic Temple, samedi 2 octobre, sera également de retour, pour une troisième version composée de treize complices et autant d’instrument et machines. Aux Halles Citadelles, le rendez-vous emblématique de Musica pose cette année le jeu d’une fabrique de sons collective, mécanique et fervente.

Dans le Sonic Temple, tout est affaire de perceptions, dans une communion païenne des sons et des corps Photo : de Teona Goreci

Il ne faut pas manquer les ateliers de pratique intergénérationnels. Parents et enfants sont conviés à s’essayer au chant de gorge dans la yourte des Halles Citadelles samedi 25 septembre, à découvrir différentes ambiances sonores de nature ou à fabriquer des instrument en matériaux verts. Le parcours Mini Musica propose 17 œuvres jeune public et 12 ateliers d’éveil musical. Ces moments accueillent les enfants, soit avec leurs parents, soit pendant que ceux-ci assistent à un concert.

Cohérent de bout en bout avec son enthousiasme pour la quête musicale posée comme une fin en soi, le festival encourage son public tenter la pratique. Après tout, il n’y risque rien que la surprise.

Les femmes sont « Dans la place », une exposition d’Ariane Pinel sur la parité dans la ville

Les femmes sont « Dans la place », une exposition d’Ariane Pinel sur la parité dans la ville

L’illustratrice Ariane Pinel expose une série de dessins inédits au 5e lieu, place du Château à Strasbourg. Le thème : la place des femmes dans la ville. Elle a choisi 12 places de Strasbourg, plus ou moins connues, plus ou moins fréquentées, et nous montre son regard sur ces lieux du quotidien. Des lieux où se croisent, se fréquentent et cohabitent – ou non – les hommes et les femmes de Strasbourg.

Anne-Lise sourit devant certains dessins. Hausse les sourcils devant d’autres. Et acquiesce face à certaines planches. « Celle-là, oui, je vois bien ce qu’elle veut dire et je suis d’accord avec elle », lâche en souriant la jeune strasbourgeoise de 34 ans, venue voir l’exposition d’Ariane Pinel, en montrant un dessin où l’on reconnaît facilement la place de la Gare.

On y voit deux hommes qui sifflent et reluquent les jambes (poilues) d’une cycliste en jupe. Au loin, des soldats du plan Vigipirate sillonnent la place, et deux gendarmes en képi se promènent côte à côte. « Les regards, la lourdeur, on a toutes vécu ces situations devant la gare. Sur la place de l’Homme-de-Fer aussi, je partage son point de vue. »

La place de la Gare, à Strasbourg, vue par Ariane Pinel (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Les places : des espaces « de rencontres, d’agora et de sociabilité »

« Son » point de vue, c’est donc celui d’Ariane Pinel, une illustratrice et autrice de BD toulousaine de 38 ans, devenue strasbourgeoise en 2000. La jeune femme débarque alors pour intégrer la Haute école des arts du Rhin (Hear). « Et puis je suis restée, parce qu’il y avait une émulation créative dans la ville, il y a plein d’illustrateurs ici, et c’est un métier impossible à faire si tu es seule. C’est important d’être entourée », confie Ariane Pinel. Aujourd’hui, elle collabore parfois avec Rue89 Strasbourg (avec notamment une BD-reportage sur les stages de responsabilisation des auteurs de violences conjugales ou encore une BD-reportage sur le woofing en 2019). Elle a également illustré des ouvrages jeunesse comme Sasha et les vélos.

Le 5e Lieu est situé place du Château, au pied de la Cathédrale de Strasbourg. C’est un lieu culturel dédié à l’architecture et au patrimoine. (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

En octobre 2020, le 5e Lieu contacte l’illustratrice. L’équipe de cette salle culturelle dédiée à l’architecture et au patrimoine, lui demande de réfléchir à une exposition « sur la thématique du genre dans l’espace public ». Edith Lauton, responsable du département architecture et patrimoine au 5e Lieu :

« C’est une idée qui venait de l’équipe, mais qui est aussi en lien avec toutes les actions menées par la collectivité, autour de l’égalité de genre et des femmes… Mais traiter les espaces publics, c’était large. Nous au 5e Lieu, on est sur une place. Et ce sont les dimensions d’agora, de lieu de rencontre, de sociabilité qui font que les places sont des lieux à part, et qu’on avait envie d’en parler. »

Ariane Pinel, illustratrice et autrice de BD toulousaine et strasbourgeoise d’adoption (photo Achille Kempf).

Le choix de l’équipe s’est ensuite très vite porté sur Ariane Pinel : « C’est une artiste, une femme, et on connaît sa sensibilité engagée, féministe et qui aime bien la satire et l’humour dans ses dessins. Donc ça collait bien ! », conclut Edith Lauton.

« Il y a des histoires que j’ai vécues, d’autres que des habitants m’ont racontées »

Ariane Pinel va donc passer son automne et son hiver 2020 – 2021 à sillonner Strasbourg sur son vélo, de places en places. « Il faisait froid, et c’était le confinement, donc je ne restais pas forcément longtemps sur chaque place, mais j’ai fait des croquis, j’ai pris des photos. Parfois, c’étaient des places que je connaissais bien, parfois moins. J’ai aussi parlé à des habitants pour qu’ils me racontent des anecdotes et des histoires, comme à l’Elsau par exemple. » Mais pour certaines places, les anecdotes croquées sont issues directement de la vie de la jeune illustratrice. Comme la planche de la place de la Gare par exemple, où l’on voit une jeune fille à vélo se faire siffler :

« À Strasbourg, je me déplace tout le temps à vélo. Je trouve que c’est une façon d’être moins confrontée au harcèlement. Dans ce dessin, on voit la fille qui fuit, et qui est donc en sécurité, puisque les harceleurs vont moins vite qu’elle. Ici, quand mon vélo crève, j’ai l’impression de découvrir des harceleurs potentiels à chaque coin de rue. »

12 dessins d’Ariane Pinel sur les places strasbourgeoises, sont exposés au 5e Lieu à Strasbourg depuis le mois de juin, et jusqu’au 19 septembre. (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Autre place où Ariane n’aime pas forcément traîner, celle de l’Homme-de-Fer.

« Je trouve que la statue de l’Homme-de-Fer fait vraiment peur. Je me suis fait agresser sur cette place, et pour moi, c’est un endroit dangereux la nuit pour les femmes. D’ailleurs ça s’appelle bien « L’Homme-de-Fer » ! Et la statue représente un homme en armure, avec un couteau et une hallebarde ! »

Pour Edith Lauton du 5e Lieu, c’est l’un de ses dessins préférés : « Il porte très fort le thème du harcèlement de rue, et il est un peu fantastique avec cet homme de fer descendu de son piédestal. »

La place de l’Homme-de-Fer, vue par Ariane Pinel, exposée au 5e Lieu (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

« Il se passe beaucoup de choses sur la place publique, on s’y est habitué alors qu’on ne devrait pas »

Ariane Pinel a semble-t-il apprécié travailler sur cette thématique des femmes dans la ville. « C’est un sujet qui me touchait, mais auquel je n’avais pas forcément réfléchi. Par exemple, je ne m’étais pas rendu compte à quel point les femmes étaient de passage, et les hommes, eux, squattaient l’espace public. »

C’est ce qu’elle a voulu montrer dans son dessin de la place d’Austerlitz, où l’on voit uniquement des hommes, autour d’une fontaine représentant une femme nue.

« Il y a plein de détails dans ce dessin, plein de contrastes. Il y a par exemple la notion de consentement qui est évoquée, même si c’est métaphorique, avec cette statue de femme, nue, au centre, et tous ces hommes habillés, qui lui mettent un bonnet de force. Et puis il y a les collages anti-féminicides un peu partout dans mes dessins. »

Ariane Pinel, illustratrice et autrice de BD.
Place d’Austerlitz et ses squatteurs, hommes, qui habillent de force la seule femme du dessin, une statue. Dessin d’Ariane Pinel. (Photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Des messages qui passent visiblement auprès du public. Anne-Lise, elle, a remarqué la femme SDF de la place Kléber. « Sur l’image de la place Kléber, je trouve que ce personnage qui mendie est fort. C’est vrai qu’il se passe beaucoup de choses dans la rue, et qu’on s’y habitue, alors qu’on ne devrait pas. »

La place Kléber, dessin d’Ariane Pinel, 5e Lieu (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Exposée depuis juin, Ariane Pinel reçoit quelques messages de félicitations du public venu admirer ses illustrations. « L’autre jour, j’ai même un message d’un homme. J’ai trouvé ça top, jusqu’ici je n’avais que des messages de femme ! »

L’exposition se termine le dimanche 19 septembre, avec un temps d’échange prévu, la veille, autour de l’illustratrice qui accompagnera le public lors d’une séance de croquis en groupe.

Avec les jeunes qui ont perturbé l’hommage à Samuel Paty

Avec les jeunes qui ont perturbé l’hommage à Samuel Paty

Que faire des mineurs qui ont perturbé l’hommage à Samuel Paty ou relayé de la propagande terroriste ? La procureure de Mulhouse a ordonné trois jours de stage d’éducation à la citoyenneté entre le 25 avril et le 3 mai, pour sept jeunes Haut-Rhinois, dont c’était la première confrontation à la justice. Piet les a rencontrés et a animé auprès d’eux un atelier sur le dessin de presse.

Marie Oehler témoigne : « J’allais chez le médecin quand ça valait le coup, pas pour un seul bleu »

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Cinq personnes logées après une tentative ratée d’ouverture de squat à la Meinau

Cinq personnes logées après une tentative ratée d’ouverture de squat à la Meinau

Face à l’augmentation de la population dans les camps de sans-abri et l’absence de solutions, un collectif de personnes a tenté d’occuper un immeuble vide. La police a évacué le bâtiment du bailleur social Ophéa, amené à être démoli. Mais cinq personnes auront une solution pour les prochaines nuits.

« L’hôtel de la rue 2 » n’a existé que quelques heures. Un collectif de personnes ont pris possession temporairement d’un immeuble vide de trois étages au 12 rue Eugène Imbs, à la Meinau mercredi 8 septembre. Mais en fin d’après-midi, il a été évacué par la police nationale. L’intervention a nécessité l’emploi de gazeuses pour faire sortir les derniers individus présents.

Il s’agissait d’un bâtiment vide du bailleur social Ophéa (ex-Cus Habitat), voué à la démolition. L’immeuble n’a plus d’électricité, de chauffage ou d’eau courante. Ses pièces présentent un état variable, parfois correct ou parfois très délabré. La présence de morceaux de verre au sol rendait l’installation difficile. Les premiers occupants espéraient loger « une trentaine de personnes ».

Le 12-14 rue Eugène Imbs, dans le quartier de la Meinau à Strasbourg, est abandonné depuis plusieurs mois. Photo : ML / Rue89 Strasbourg

À la mi-journée, une quinzaine de personnes, dont quelques familles, étaient présentes devant le bâtiment. Soit pour évaluer la possibilité de rester dormir, soit des bénévoles souhaitant aider la mise en place du squat.

Edson Laffaiteur ouvre des squats face à l’absence de solutions pour les personnes à la rue. Photo : ML / Rue89 Strasbourg

Une journée de discussions

Après une longue après-midi de négociations entre les occupants et les responsables d’Ophéa, et notamment son président Salah Koussa, le Centre communal d’action social (CCAS) de la Ville de Strasbourg a pris en charge 5 sans-abri, dont un couple. Trois vivaient jusque-là dans le camp de personnes à la rue de la Montagne Verte, et deux dormaient dans des voitures. « On a réussi à avoir un toit pour 5 personnes grâce à notre action », positive Edson Laffaiteur, l’une des personnes impliquée dans cette occupation. L’ancien sans domicile fixe avait été à l’origine de l’Hôtel de la rue (en cours de fermeture, voir nos articles) à Koenigshoffen à l’été 2019. Il a depuis suivi une formation de médiateur à Nancy, où il réside désormais. Ce jeune collectif ne compte pas s’arrêter à cette ouverture de bâtiment vide à Strasbourg.

Edson Laffaiteur (à gauche) du collectif de squatteur et Salah Koussa le président d’Ophéa (à droite), ont négocié toute l’après-midi. Photo : ML / Rue89 Strasbourg

En ce début septembre, plus de 100 personnes, principalement des demandeurs d’asile, vivent dans des camps de tentes, notamment à Montagne Verte. Salah Koussa ajoute pour sa part que « la question de places supplémentaires et immédiates sera abordée lors du conseil municipal du 20 septembre. »

Des personnes à la rue ont pu visiter le lieux avec le collectif, avant de repartir. Photo : ML / Rue89 Strasbourg
Après une journée de négociation, et une évacuation du bâtiment par les forces de l’ordre, la porte du 12 rue Eugène Imbs est de nouveau condamnée par les agents de Ophéa. Photo : ML / Rue89 Strasbourg
Des denrées alimentaires avait été amenées par différentes associations, ainsi que des sacs de couchages. Photo : ML / Rue89 Strasbourg
L’évacuation par les forces de l’ordre ne s’est pas terminée dans le calme. Une personne du collectif est plaquée et s’accroche aux escaliers. Celles qui tentent de s’interposer reçoivent finalement un coup de gazeuse. Photo : ML / Rue89 Strasbourg
Shota vit depuis trois mois en au camp de sans-abris de la Montagne Verte. Il fait partie des 5 géorgiens accueillis à l’hôtel ce 8 septembre. Photo : ML / Rue89 Strasbourg
Juna est arrivée à Strasbourg le 5 août. Cette nuit, la jeune géorgienne ne dormira plus dans une tente à la Montagne Verte, mais dans un hôtel. Photo : / ML Rue89 Strasbourg
Après une journée de négociation, et une évacuation du bâtiment par les forces de l’ordre, la porte du 12 rue Eugène Imbs est de nouveau condamnée par les agents de Ophéa. Photo : ML / Rue89 Strasbourg

Le conseiller départemental socialiste Serge Oehler poursuivi pour violences conjugales

Le conseiller départemental socialiste Serge Oehler poursuivi pour violences conjugales

Conseiller municipal strasbourgeois et élu du Parti socialiste au conseil départemental du Bas-Rhin, Serge Oehler est poursuivi pour des faits de « violences habituelles n’ayant pas entrainé d’incapacité supérieure à huit jours » sur sa conjointe entre septembre 2014 et juillet 2019.

« C’est une affaire d’ordre privée. Elle n’a rien à voir avec la politique. » Voici la réponse laconique obtenue lorsque Rue89 Strasbourg a tenté d’interviewer Serge Oehler sur les poursuites diligentées à son encontre par le procureur de la République de Strasbourg. Conseiller municipal, conseiller de l’Eurométropole de Strasbourg et réélu en juin au conseil départemental du Bas-Rhin, Serge Oehler est poursuivi pour « violences habituelles n’ayant pas entrainé d’incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint », pour des faits commis entre le 1er septembre 2014 au 21 juillet 2019. La victime est la femme du sexagénaire, Marie Oehler.

Dans cette affaire, Marie Oehler est d’abord victime. Mais elle est aussi poursuivie pour l’utilisation d’une bombe au poivre contre son mari le 2 novembre 2019 à Metz. C’est à cette date et dans cette ville que la quadragénaire a découvert la voiture de son conjoint à proximité du domicile de sa maîtresse.

Serge Oehler à la sortie du Palais de justice, mercredi 8 septembre Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Ancien adjoint de Roland Ries aux Sports et des Finances et en charge des quartiers de Hautepierre et de Cronenbourg sous la même mandature, Serge Oehler devait être entendu mercredi 8 septembre par le tribunal correctionnel. Mais l’audience a été reportée au 8 décembre à la demande de son avocat, en situation d’un possible conflit d’intérêts.

Serge Oehler est poursuivi après une enquête des services de police, diligentée après une plainte de Marie Oehler en novembre 2019. Depuis les deux époux ont retiré leur plainte et se sont séparés, sans être encore divorcés. Mais les faits de violences conjugales remontent jusqu’en 2014 et ils sont si violents que le parquet a choisi de poursuivre en son nom le conseiller départemental, malgré un retrait de la plainte par Marie Oehler, suite à un accord de séparation.

Les riverains du camp de Montagne Verte choqués par l’abandon des réfugiés

Les riverains du camp de Montagne Verte choqués par l’abandon des réfugiés

Lors d’une réunion de quartier houleuse lundi au sujet du camp de demandeurs d’asile de la Montagne Verte, des citoyens ont interpellé les élus de la Ville de Strasbourg. Ils demandent, de toute urgence, l’hébergement des migrants et en attendant, l’installation d’un point d’eau, de toilettes et la collecte de leurs déchets. Les adjoints à la maire incriminent l’État, responsable de l’hébergement d’urgence. Reportage.

« Mais comment est-il possible, que dans une ville comme Strasbourg, il puisse il y avoir des enfants dehors, sur le pas de notre porte, et que les autorités ne fassent rien ? », s’insurge une femme. « Je vais le dire aux élus ! », assure t-elle. L’ambiance est tendue. Environ 70 personnes sont entassées, en cette soirée du lundi 6 septembre, dans la petite salle du foyer culturel Saint Arbogast. Elles répondent à l’appel de l’association de quartier Portes de la Montagne Verte, pour une réunion au sujet du camp de demandeurs d’asile, installé depuis fin juillet au début de la route de Schirmeck.

Des élus sont présents pour répondre aux questions des habitants. Pierre Ozenne, adjoint à la maire en charge de l’espace public, présente brièvement la situation :

« Le camp a grandi très vite. Aujourd’hui, nous recensons environ 100 personnes réparties en 21 familles d’Europe de l’Est, dont 15 sont en demande d’asile. Les autres relèvent d’autres procédures. Par exemple, suite à un refus de leur demande d’asile, elles peuvent attaquer la décision devant le tribunal administratif. Nous avons saisi la préfecture pour que toutes ces personnes soient logées, mais nous n’avons pas eu de réponse. »

Une cinquantaine d’enfants dorment dehors au camp de Montagne Verte. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

« Ce n’est pas compliqué de poser des toilettes sèches »

Ce dernier propose ensuite aux habitants d’intervenir. Une petite dizaine de mains se lèvent immédiatement. Et cinq personnes, successivement, interrogent les élus sur l’absence de sanitaires et de point d’eau. Une femme, quadragénaire, ne cache pas sa colère :

« Il y a trois femmes enceintes, une cinquantaine d’enfants, des personnes malades… Ce n’est pas compliqué de poser des toilettes sèches. En un mois, vous auriez pu le faire. Et leurs ordures ne sont quasiment pas ramassées. Il y a déjà des rats. C’est indécent. Tout ça c’est du ressort de la Ville. On attend de vous une réponse rapide. »

Pendant sa campagne pour devenir maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian s’était d’ailleurs engagée à « mettre rapidement en place […] des points d’eau, des toilettes, et une bonne collecte des déchets pour les campements ». Pierre Ozenne reconnaît « une mise en œuvre trop lente » et promet que tout sera installé d’ici peu. Interrogée sur le délai précis, Floriane Varieras, adjointe à la maire chargée des solidarités, répond que « des entreprises sont mandatées, et que cela ira aussi vite que possible, certainement dans la semaine ».

Environ 70 riverains du camp de Montagne Verte étaient présents à la réunion de quartier (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc).

« Les demandeurs d’asile ont droit à un logement, c’est inscrit dans la loi »

Un homme de 50 ans s’inquiète de « la pérennisation du lieu » : « Là, on dirait que vous partez du principe que le camp va s’installer dans le temps. » Floriane Varieras rétorque qu’il s’agit de « répondre à l’urgence de la dignité des personnes, mais que le but est évidemment que tout le monde soit vite logé ». Elle rappelle que c’est l’État qui est en charge de l’hébergement d’urgence. Un homme tape sur la table avec son poing et se met à crier :

« Mais c’est toujours pareil ! Ce n’est jamais de votre faute. Vous n’avez aucune réponse à apporter. Pourtant, il y a des logements vides, des hôtels vides, et à côté, des personnes qui dorment dehors. On devrait trouver des solutions entre citoyens, plutôt que d’attendre quelque chose de votre part ! »

L’État a bien la compétence Logement et surtout le budget pour loger les sans-abris. Floriane Variéras ne peut que rappeler « la politique volontariste de la Ville de Strasbourg », qui veut allouer, tous les ans, 3 millions d’euros de son budget pour ajouter 500 places d’hébergement d’urgence au dispositif global :

« Nous avons déjà créé 200 places depuis le début du mandat, 100 autres vont ouvrir à la fin du mois de septembre, et nous y placerons vraisemblablement des personnes du camp de Montagne Verte. Le fond du problème, c’est que l’État ne fait pas son boulot. Les demandeurs d’asile ont droit à un logement, c’est inscrit dans la loi. »

Floriane Varieras, adjointe à la maire en charge des solidarités.
Pierre Ozenne et Floriane Varieras défendent la « politique volontariste » de la mairie, en termes d’hébergement d’urgence. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

L’État pointé du doigt par les élus

Un homme à l’avant de la salle abonde : « C’est ce système de demande d’asile, avec des procédures administratives à rallonge qui pose problème. Sans papiers, les réfugiés ne peuvent pas travailler, et n’ont aucun moyen d’avoir accès à un logement. Ils sont dépendants de l’État, qui ne les loge pas. » « Mais comment convaincre l’État ? », demande une jeune femme. L’adjointe à la maire lui répond qu’elle peut écrire à la préfète. Une autre personne propose de faire « une manifestation » ou « d’installer des tentes devant la préfecture ».

Selon Floriane Varieras, les associations Horizon Amitié et Foyer Notre Dame ont des places disponibles dans leurs centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA). D’après la directrice adjointe de l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) du Grand Est, 12% des 10 000 places pour les demandeurs d’asile dans le Grand-Est sont vacantes. Et c’est justement l’OFII qui est censé diriger les demandeurs d’asile vers leurs hébergements. Il sera donc difficile, pour ce service de l’État, de rétorquer qu’il n’y a pas de place. Pierre Ozenne insiste : « Nous sommes dans la même position que vous. Nous militons auprès de la préfecture pour qu’il y ait des prises en charge. »

La chaleur est de plus en plus pesante dans la salle. Une femme s’offusque du fait qu’une solution ait été trouvée « si rapidement pour les réfugiés afghans » logés à Strasbourg fin août, suite à la prise de pouvoir des talibans dans leur pays : « C’est bien pour eux. Mais je ne peux m’empêcher de voir l’injustice pour les autres demandeurs d’asile. » Floriane Varieras ajoute que « pendant la pandémie, le nombre de personnes à la rue a énormément baissé, car le gouvernement a mis en place une politique ambitieuse. » C’est donc « clairement un manque de volonté de l’État si ces personnes sont dans la rue », ajoute t-elle : « Nous avons les moyens de loger ces personnes. »

Pas de sanitaires, pas de point d’eau, pas de collecte des déchets : le camp de Montagne Verte choque certains riverains. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Un sentiment d’impuissance

Les riverains discutent aussi de l’emplacement du camp, qu’ils jugent dangereux pour les enfants, en raison de sa proximité avec une route très passante. Ils proposent de le déplacer d’une centaine de mètres, sur une friche plus grande et sécurisée qui appartient à la Ville. Les élus assurent qu’ils prennent note. Une femme demande si les enfants sont scolarisés. Floriane Varieras lui répond qu’une partie d’entre eux sera scolarisée mais qu’il faut attendre de savoir où ils seront logés pour les affecter dans des écoles adaptées.

Finalement, la quasi-intégralité des prises de parole est en faveur d’une aide à ces demandeurs d’asile. Certains regrettent d’ailleurs qu’ils ne soient pas présents à la réunion. Seul un homme revendique : « On pourrait d’abord se concentrer sur les Français avant d’essayer d’aider les étrangers. » Il est réprimandé par une bonne partie de la salle.

Une membre de l’association Strasbourg Action Solidarité sensibilise l’assemblée sur les besoins en couches, en produits pour bébés et en habits. De nombreux volontaires prennent son contact pour organiser leurs dons. Vers 20h30, Pierre Ozenne est contraint de mettre un terme à la réunion, la salle est réservée pour une autre activité dans la foulée. Beaucoup de personnes se disent frustrées par la situation. « Cela me rend malade de voir l’accueil que l’on réserve à ces personnes. Je veux aider, militer pour eux », confie un homme en sortant.

Des places à gagner pour le Festival du film fantastique de Strasbourg

Des places à gagner pour le Festival du film fantastique de Strasbourg

Le Festival du film fantastique de Strasbourg se déroule dans presque tous les cinémas strasbourgeois du 10 au 19 septembre. Des places sont à gagner pour les abonnés de Rue89 Strasbourg pour quatre séances spéciales, en présence des réalisatrices et réalisateurs.

Le Festival du film fantastique de Strasbourg (FEFFS) débute vendredi 10 septembre jusqu’au dimanche 19 septembre. Pendant une dizaine de jours, des dizaines de séances projetteront des films de genre soigneusement sélectionnés par l’équipe du festival, dans le cadre de plusieurs compétitions et soirées à thèmes (voir notre présentation détaillée).

Rue89 Strasbourg proposent à ses abonnés de gagner des invitations pour deux personnes à quatre projections, toutes en présence de leurs réalisateurs et réalisatrices. Pour participer, il suffit de remplir le formulaire ci-dessous (seuls les gagnants seront prévenus).

    Ma famille afghane samedi 11 septembre à 18h au cinéma Star Saint-Exupéry, en présence de Michaela Pavlátová, Comrad Drakulish samedi 11 septembre à 20h au cinéma Star Saint-Exupéry, en présence de Márk Bodzsár, When I consume you mardi 14 septembre à 22h au cinéma Star Saint-Exupéry, en présence de Perry Blackshear, The beta test vendredi 17 septembre à 22h15 au cinéma Star Saint-Exupéry, en présence de Jim Cummings.

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