Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Grève graduelle à Alstom-Aptis, alors qu’un mystérieux repreneur est évoqué

Grève graduelle à Alstom-Aptis, alors qu’un mystérieux repreneur est évoqué

L’usine de bus électrique haut de gamme d’Alstom va-t-elle fermer ? À quelques jours de la fin des négociations du plan social, les syndicats ne souhaitent pas signer la proposition de la direction et appellent à la grève. La direction parle d’un mystérieux repreneur et demande deux semaines supplémentaires de négociations.

« Gâchis », c’est le mot qui revient sur plusieurs lèvres ce lundi 30 août devant l’usine des bus électriques Aptis à Hangenbieten, une société détenue par Alstom (lire notre enquête). Autour de quelques tartes flambées et de boissons, une centaine de salariés grévistes échangent sur le plan social qui attend les 141 salariés.

À quelques jours de la rentrée scolaire, le sentiment général est surtout l’incertitude. Le Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) doit être soumis à la signature de syndicats le 9 septembre, pour des premiers licenciements à partir du 31 octobre. Mais quelques jours plus tôt, la direction a finalement proposé de décaler de deux semaines ce délai pour trouver un repreneur. Dès lors, la question traverse les esprits : « Il y a-t-il un repreneur sérieux ou est-ce un repreneur fantôme pour continuer à mobiliser les équipes ? Il y a une pression pour continuer à produire, et pour arrêter les protestations qui pourraient effrayer un repreneur, » remarque Florian Bouché, secrétaire du Comité social et économique (CSE) et représentant syndical de la CFDT. « La direction a voulu mener de front la recherche de repreneur et les négociations du plan social et on a le sentiment qu’aucun des deux n’a été bien fait », juge de son côté Dagalayan Niyazi, électricien et élu de la CGT.

Son collègue Pascal Felice, de la CGT, doute de l’existence d’une société intéressée par l’usine :

« Notre crainte, c’est que les repreneurs industriels aient décliné, mais que l’entreprise en lice soit plutôt une société financière, plus ou moins spécialisée dans les plans sociaux. Alstom est prêt à verser plusieurs millions d’euros à un entreprise pour un accompagnement de la reprise. Mais il n’y a pas du tout de montant similaire pour les salariés qui, eux, jouent leur survie. Un accord de transition peut durer un an, 18 mois ou jusqu’à 24 mois grand maximum, mais ne garantit pas de pérenniser une activité ici pour les salariés. Il vaut parfois mieux un bon plan social qu’un mauvais repreneur ».

Du côté du groupe Alstom, la direction indique que « seules les offres fermes qui pourraient être formulées en fin de processus » seront communiquées aux syndicats et au personnel, comme le permet la loi. La démarche se déroule sous clause de confidentialité. « La priorité est d’avoir un repreneur solide, ce qui nécessite aujourd’hui un peu plus de temps », précise un porte-parole qui insiste sur le fait que « 300 entreprises » auraient été contactées pour cette activité « qui n’a jamais été rentable ». Les salariés devraient être fixés le 22 septembre.

Grève graduelle

À ce jour, aucune des organisations syndicales ne compte signer la proposition parallèle (concernant les indemnités, les reclassements, etc.) de la direction, dans le cas où il n’y aurait pas de repreneur. « On pense que la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Dreets, les nouvelles Direccte ndlr) sera réceptive au fait que les choses n’ont pas été faites proprement si un accord unilatéral leur est soumis », projette Florian Bouché. Parmi les manquements, selon les organisations syndicales : l’absence de pré-retraites ; une « toute petite prime » pour création d’entreprise et surtout un congé de reclassement de seulement 12 mois. « Compte tenu des licenciements en automne, un an ne correspondrait pas aux dates de formations habituelles et des périodes d’embauches dans les entreprises. Il nous a été répondu “c’est pas grave il y a le chômage derrière” », poursuit Florian Bouché. Les syndicats rappellent les excellents chiffres financiers d’Alstom : 74 milliards de commandes à venir, 3,7 milliards de chiffre d’affaires au premier semestre pour un groupe « dans le top 10 du CAC 40 ».

En attendant, les salariés ont lancé une grève graduelle. Les équipes reprendront le travail mardi 31 août, mais leur mobilisation dépendra des propositions mercredi (négociations sur le plan social) et jeudi (discussion sur le décalage de deux semaines du plan social). Il reste une vingtaine des 50 bus commandés par la RATP à assembler d’ici la fin de l’année.

« Un repreneur ? Je n’y crois pas »

Un peu plus loin, quatre collègues échangent entre elles, partagées sur la suite. Les employées oscillent entre la volonté de tourner la page au plus vite et le soulagement de conserver un emploi. « Un repreneur, je n’y crois pas, Alstom cherche depuis longtemps, pourquoi deux semaines de plus maintenant ? », interroge Julie (prénom modifié) du service informatique. Comme ses amies, elle a déjà connu le changement d’employeur lorsqu’Alstom a racheté cette branche d’activité du groupe alsacien Lohr Industries :

« Il y a eu un changement de mentalité, avec du mieux au début, mais beaucoup de décisions incompréhensibles, comme d’avoir forcé un planning court alors qu’on n’avait pas de recul sur notre produit ».

Un moyen de transport historique face à une usine de transports du futur. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« J’ai connu Alstom avec plus d’éthique »

Salarié d’Alstom depuis 21 ans, Michaël (prénom modifié), en charge des achats, avait demandé sa mutation de l’usine de Reichshoffen en Alsace du nord, où une partie de l’assemblage du bus est assuré, pour rejoindre l’aventure du bus électrique. Il ne reconnaît plus le groupe :

« On a le sentiment d’être baladé par la direction pour gagner du temps. Fin juillet, on nous disait qu’il y avait beaucoup de repreneurs et maintenant il n’y en aurait plus qu’un seul, alors que ça fait plus d’un an que des contacts ont été noués… On dirait que ces éléments transmis au compte-goutte servent juste à dégonfler la tension. Pour les personnes dans les bureaux, il n’y a pas trop d’inquiétudes pour retrouver du travail, mais il y a celles à l’assemblage pour qui cela va être compliqué. J’ai connu cette entreprise avec plus d’éthique. »

Aptis peut-elle continuer sans Alstom ? Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Avec plus de 30 ans d’ancienneté, Grégory s’occupe du service production à Hangenbieten et Reichshoffen. Il fait part de ses craintes pour lui et ses équipes :

« Il y a une grosse frustration après que les ouvriers aient beaucoup donné, avec des heures en soirées et des samedis. Maintenir la fin de la production dans ce climat social est compliqué. Pour les ouvriers, ça va être difficile de retrouver de l’emploi, car il y a d’autres fermetures comme celles de Knorr, ce qui fait que beaucoup d’ouvriers, parfois âgés, vont se trouver en concurrence, le tout dans le contexte du Covid. Pour les personnes qui sont mobiles géographiquement, il y aura des opportunités de reclassement à La Rochelle ou Belfort ».

Pas de prime supplémentaire en cas de déplacement

C’est l’un des autres reproches des syndicats. Comme l’usine de Reichshoffen va être vendue dans le cadre de l’accord avec Bombardier, le site Alstom le plus proche est l’usine de Belfort, à 150 kilomètres. « Pour la mobilité, il y a seulement ce qui est prévu dans les accords d’Alstom, mais rien de plus avec ce plan social, comme si ces indemnités étaient un cadeau », regrette Arnaud David-Verdoncq, représentant CFE-CGC. « Cela pourrait faire l’objet de discussions si l’on devait activer le PSE » répond-on, prudent, du côté d’Alstom.

Le maire de Hangenbieten, Laurent Ulrich est venu en soutien aux grévistes, accompagné d’un adjoint, ancien salarié. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Les manifestants ont reçu le soutien du maire d’Hangenbieten, Lauren Ulrich. L’élu local sans étiquette souhaiterait qu’une activité industrielle se maintienne sur le site. « Cette présence crée des besoins en crèches, écoles et dynamise le commerce local ». Sans oublier des recettes fiscales importantes pour cette petite commune de l’Eurométropole. Le maire était accompagné de son adjoint Damien Galmiche, ancien programmeur de Lohr Industries et de Translohr, devenu Aptis. À la retraite, il se rappelle que l’avenir « n’était pas très clair » lorsqu’Alstom a racheté cette branche d’activité en 2012. Autre élu de l’Eurométropole, le schilikois Antoine Splet (PCF) aimerait voir une mobilisation plus politique :

« C’est une activité qui a du sens, un bus made in France et qui permet de limiter l’impact carbone des déplacements. Il faudrait que la Région, l’État et l’Eurométropole se mettent autour de la table pour maintenir une activité ici, peut-être sous la forme d’une coopérative. L’État a aidé Alstom quand ça allait mal, l’Eurométropole aussi grâce à une piste d’essai à Entzheim et c’était bien de le faire. Il ne peut y avoir d’aides sans contreparties. Où sont tous les élus qui nous parlent d’attractivité ? »

Vélo à Strasbourg : le contournement du centre-ville en débat, les conflits persistent

Vélo à Strasbourg : le contournement du centre-ville en débat, les conflits persistent

Pour diminuer les conflits entre cyclistes et piétons, la Ville de Strasbourg a débuté l’installation d’un contournement cyclable du centre-ville. Le projet n’est pas complètement arrêté mais il révèle les difficultés pour les cyclistes de traverser la Grande-Île, notamment lors des périodes de fortes affluences. Certains carrefours mal agencés restent dangereux ou manquent d’itinéraires alternatifs.

« Je ne suis pas certaine que ça change les habitudes… » À vélo, Anne Guillaume emprunte le quai Schoepflin plusieurs fois par jour pour aller à son travail. Sur le quai, la première piste cyclable d’un futur contournement du centre-ville prend forme. La ligne est tracée, mais le marquage n’est pas encore posé entre l’école et le palais de justice. La jeune cycliste affirme n’avoir « jamais eu de souci sur cette route, même par rapport aux bus, et pourtant je ne fais pas particulièrement attention. Le carrefour des Halles est bien plus dangereux ! »

Pierre Peloux, un schilikois membre du collectif Vélorution confirme le constat d’Anne :

« Quand on vient des Halles, c’est impossible de rejoindre la place de l’Homme-de-fer. Dès que l’on arrive au niveau du Primark, la piste cyclable s’arrête. On est coincé entre le trottoir, la rue et les rails du tram. En tant que que cycliste, on ne sait pas quoi faire. On est amené quelque part et après… suspense ! »

À cet endroit, les conflits d’usage entre cyclistes et piétons sont réguliers, d’autant que le trottoir de la rue du Noyer est très fréquenté. Pour réduire ces conflits dans la Grande-Île, la Ville de Strasbourg prévoit d’aménager un contournement de l’hypercentre.

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Le plan vélo de la Ville de Strasbourg – En rouge, le contournement de l’hyper-centre Photo : doc Remis

Un premier tronçon du contournement quai Schoepflin

Des premiers travaux ont débuté le long du quai Schoepflin, avec une déviation de la ligne de bus L6 par la rue de la Nuée Bleue. Cette amorce de piste fait partie d’un « anneau cyclable », ou « ring », l’un des objectifs du plan vélo annoncé par la municipalité (voir plus bas). Mais la suite des travaux du contournement ne sont pas encore définis. Dans les Dernières nouvelles d’Alsace, Sophie Dupressoir, conseillère municipale déléguée à la ville cyclable et marchable, a tracé une esquisse de ce contournement du centre-ville, par les quais au nord de la Grande-Île, puis par la Krutenau au sud, en traversant l’hôpital civil.

Pour Pierre Peloux de Vélorution, ce premier tronçon du contournement « n’est pas une zone qui méritait d’être sécurisée en priorité », contrairement aux grands boulevards type boulevard de Lyon, du Président Wilson, ou encore avenue des Vosges selon lui.

Un contournement « pas complètement acté »

Pour autant, Pierre Peloux de Vélorution se réjouit du projet :

"On a hâte que ça soit réalisé. Ce sera un gros avantage pour les travailleurs à vélo ou les familles qui veulent échapper aux piétons du centre, même si ce contournement représente un détour de 5-10 minutes."

"On était très enthousiasmé par le budget de 20 millions d'euros par an proposé par l’Eurométropole pour développer le vélo", continue-t-il :

"La collectivité veut rattraper le retard du mandat précédent où l’on s’est un peu endormi sur nos lauriers de capitale du vélo face à des villes comme Paris ou Grenoble, qui ont progressé. Mais il est un peu frustrant de ne pas avoir d’éléments plus précis sur la planification de ce contournement. Ce “ring” n’est pas encore continu, ni même clarifié en tant qu'infrastructure."

Futures interdictions Grand'rue et rue des Grandes Arcades ?

En plus du contournement cyclable, une interdiction aux vélos dans deux axes majeurs du centre-ville (rue des Grandes Arcades et Grand'rue) a également été évoquée dans les DNA. "Cette situation n’avait pas été prévue dans les réunions", s'étonne Pierre Peloux. Et de fait, Sophie Dupressoir a dû préciser en commentaire sur Facebook qu'il ne s'agissait que d'une possibilité épisodique, qui n'arriverait qu'après la réalisation du contournement.

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Sophie Dupressoir donne des détails sur l'interdiction du vélo dans la Grand Rue ou la rue des Grandes Arcades. Photo : Capture d'écran Facebook

"On ne peut pas pousser les murs de la Grande-Île"

Également surpris par l’annonce d’interdiction, Fabien Masson, directeur de l’association CADR67, réagit de la même manière que le collectif Vélorution :

"Je ne suis pas persuadé qu'une interdiction soit une bonne chose, ni que ça soit compris par les gens. Il faut des alternatives d’itinéraires avant d’interdire. Et surtout rappeler que le Code de la route existe et s’applique, quitte à mettre des contrôles et des amendes minorées. Il y a de plus en plus de piétons et de vélos à Strasbourg. Le problème, c’est qu’on ne peut pas pousser les murs de la Grande-Île. Plus il y a de monde au même endroit, plus il y a de risques de conflits. Ce “ring” est une bonne chose et il va forcément dévier des flux qui ne passeront plus par l’hypercentre."

La problématique de la circulation Grand'rue et rue des Grandes Arcades semble déjà intégrée chez les usagers strasbourgeois. Monique, enseignante de soixante ans "ne veut pas déranger les piétons" et laisse son vélo hors du centre-ville. "On va tout aussi vite," estime-t-elle. De son côté, Chloé trouve que traverser le centre-ville est "compliqué" à vélo, surtout rue des Grandes Arcades, place de l'Homme-de-Fer et place Kléber. Quand elle veut aller vite, cette cycliste prend la rue du 22-Novembre, plutôt que Grand'rue qu’elle préfère emprunter "pour flâner". Prête à laisser le centre-ville aux piétons, la quarantenaire trouve qu'une interdiction serait "un peu extrême" et "compliquée à respecter".

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La Grand'rue fait partie des axes dont l’interdiction aux cyclistes est à l’étude. Les piétons et cyclistes cohabitent non sans mal, d’autant plus avec l’extension des terrasses. Photo : ML / Rue89 Strasbourg / cc

Alix, étudiante de 24 ans, trouve aussi que la circulation Grand'rue est compliquée parce qu'il "faut slalomer entre les gens" et réfléchit régulièrement à la contourner pour faciliter ses trajets. Cécile, diplômée de sociologie de 32 ans, verrait bien une piste cyclable marquée au sol. Lors de ses allers-retours domicile-travail, elle choisissait une plage horaire souvent tôt le matin : "Il faut trouver le créneau entre les livraisons et l’afflux de touristes." Pour cette strasbourgeoise, le gros point noir du centre-ville est le carrefour des Halles, "impossible à traverser à vélo".

Lisa, 30 ans, fait du démarchage de rue pour l'association Action Contre la Faim dans la rue des Grandes Arcades. Pour elle, les cyclistes strasbourgeois sont dangereux dans cette zone : "Je suis présente depuis deux jours à Strasbourg et j’ai déjà failli me prendre plusieurs vélos…" Son inquiétude se concrétise lorsque l'une de ses collègues esquive un cycliste de justesse avant d’aller à la rencontre d’un couple de passants.

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La rue des Grandes Arcades est très fréquentées lors des heures de pointe. Les vélos cohabitent difficilement avec les piétons, sans marquage au sol. Photo : ML / Rue89 Strasbourg / cc

L’association CADR67 rencontre tous les deux mois les services de la Ville pour échanger sur les aménagements cyclistes, à partir des informations remontées par les usagers sur leur site web. Son directeur Fabien Masson souligne l’importance des axes de traverse nord-sud dans la Grande-Île :

"On a réfléchi à deux itinéraires pour traverser le centre. L'axe rue de la Première-Armée pourrait se prolonger rue Sainte-Hélène et rue du 22-Novembre. On pourrait encore aller Grand Rue, mais la rue du 22-Novembre serait un des itinéraires déviés pour le déplacement cycliste. Le deuxième itinéraire passerait rue de la Fonderie, place Broglie et rue des Sœurs."

Le retour des "fils d'Ariane"

Lors d'une précédente édition du Marché de Noël, un trait vert au sol guidait les cyclistes à certains endroits de l'hypercentre. Ces "fils d’Ariane" comme option de traverse du centre-ville est toujours retenue par la Ville comme pour les associations de cyclistes. Ils pourraient s'appliquer à ces itinéraires nord-sud alternatifs à la Grand'rue et à la rue des Grandes Arcades.

Un des autres problèmes soulevés est celui de la signalisation des pistes cyclables. Les chevrons des vélos-rues ne sont pas suffisamment clairs et certaines peintures sont glissantes et dégradables. L'option des enrobés de couleurs différentes est à l'étude, mais ils sont très coûteux et moins facilement aménageables. La question ne se pose pas qu'en centre-ville, puisque la collectivité ambitionne de réaliser 120 km de pistes cyclables sur le territoire de l'Eurométropole au terme des cinq années de mandature, avec l'espoir de faire passer la part des trajets cyclistes de 11% (2019) à 20% en 2030.

Les Bibliothèques idéales prennent le pouvoir dans 12 lieux en ville

Les Bibliothèques idéales prennent le pouvoir dans 12 lieux en ville

Avec une centaine d’événements organisés du 2 au 12 septembre dans une douzaine de lieux, les Bibliothèques idéales s’imposent comme l’événement culturel de la rentrée à Strasbourg. Au menu, des débats et des rencontres, mais aussi des concerts et d’autres surprises dans l’espace public.

Pour la première fois, les Bibliothèques idéales s’associent avec pas moins de onze librairies strasbourgeoises pour ce festival dédié à la littérature et aux idées. Ces dernières se sont jointes à la réflexion sur la programmation pour proposer leurs propres événements, soit dans les librairies elles-mêmes soit dans des lieux mieux équipés pour recevoir du public, comme le Lieu d’Europe. Toujours sous la coordination de François Wolfermann et gratuites grâce au financement par la Ville de Strasbourg, les Bibliothèques idéales se déclinent également dans plusieurs médiathèques partenaires.

Parmi les lignes de forces qui ressortent de la programmation intitulée « Les livres ont pris le pouvoir », l’ingrédient habituel des Bibliothèques idéales reste un souci d’éclectisme dans les idées et les positions représentées, ainsi que dans l’envergure des autrices et des auteurs présents. Le festival invite des figures médiatiques de premier plan, telles qu’Alain Finkielkraut et sa mise en garde artistique et civilisationnelle, ou l’eurodéputé Raphaël Glucksmann et son appel à la jeunesse comme moteur de renouveau et d’autres qui ont moins la faveur des projecteurs.

En juin, les Bibliothèques idéales s’étaient établies dans un lieu unique, l’Opéra du Rhin. Photo : de Alban Hefti

Il y a un puissant foyer de révolte dans la littérature. C’est le lieu des possibles, des évidences qui s’incarnent dans le livre. Tout écrit raconte, à un certain degré, quelque chose du monde qui l’a vu naitre. Cela est d’autant plus fort dans les mots d’auteurs comme Jean d’Amérique. Le poète et dramaturge haïtien sera à Strasbourg pour parler de son écriture nue, cruelle et sordide qui dépeint un monde de pauvreté et de misère. Ce que peut la littérature, c’est aussi cette fenêtre vers une réalité éloignée qui devient, dans le livre, implacablement concrète.

Les Bibliothèques idéales se font l’écho de nombreuses voix, et particulièrement de celles qui se battent pour le progrès social. Ainsi, deux conférences se tiennent autour du sujet capital qu’est l’afro-féminisme. Amandine Gay, Elizabeth Colomba, Aurélie Lévy et Jennifer Padjemi tiendront un débat autour de la pluralité des identités, à travers le féminisme intersectionnel. Le dernier jour du festival, Inès Orchani, Sarah Diffalah et Salima Tenfiche parleront des stéréotypes et des fétichisations racistes profondément ancrées dans la culture occidentale et dans l’héritage de l’orientalisme.

En 2020, les Bibliothèques Idéales avaient pu se maintenir de justice à la Cité de la musique et de la danse. Photo : Alban Hefti / doc remis

Les livres au pouvoir et le changement à la manœuvre

Une préoccupation centrale des Bibliothèques idéales est la transmission. Comment faire entendre la littérature autrement que dans la simple lecture, et comment lui trouver de nouvelles résonances ? Cette année, un dispositif de contact avec la rue s’est donc mis en place. Pas de grands événement en plein air, contraintes sanitaires obligent, mais une séries de lectures le 3 et le 11 septembre dans plusieurs stations de tram. Quant à la médiathèque André Malraux, elle accueillera une station d’enregistrement ouverte au public. Il sera possible de venir partager son livre favori, en parlant de sa découverte ou en lisant un extrait. Cette collecte constituera une bibliothèque idéale des Strasbourgeois et des Strasbourgeoises, et sera mise en ligne sur le site du festival.

Le public est toujours au rendez-vous, avec la distanciation sanitaire bien entendu Photo : de Alban Hefti

Si les livres prennent le pouvoir, encore faut-il qu’ils puissent se comprendre en toute clarté. Un temps fort de cette édition porte sur la question de la traduction. Débat infatigable autour du récurrent « traduire c’est trahir », le sujet fascine d’autant plus lorsqu’il s’agit de traduire des textes littéraires, avec tout ce que cela implique de risques. André Markowicz, traducteur bien connu du public des théâtres strasbourgeois, sera là pour remettre le couvert sur ce sujet.

Toujours à propos de transmission, il faut voir les livres comme réceptacles de mémoire, même de la plus douloureuse. Fils d’un des plus hauts dignitaires nazis, le journaliste Niklas Frank parle de son parcours, de ses enquêtes et de son effroi, sur les traces de cette époque sombre. La lourdeur de l’héritage paternel entre en écho avec l’héritage global du monde, et ce que les horreurs de cette période ont laissé à notre présent.

De la musique avant toute chose

Une belle façon de rassembler autour des mots est de passer par la musique et la chanson. Les concerts sont des moments forts des Bibliothèques Idéales. Georges Brassens est une nouvelle fois mis à l’honneur, avec le concert d’ouverture, proposé par Joël Favreau, deuxième guitare du chanteur pendant de longues années. Un concert-hommage pour le 100e anniversaire de sa naissance sera présenté le 4 septembre. D’autres grands noms de la chanson française seront au menu, comme Serge Gainsbourg ou Cora Vaucaire mais aussi de nombreux artistes plus contemporains. Une soirée est dédié au courant électronique de la French Touch, entre exposé historique et DJ Set électrisant.

La musique toujours à l’honneur des Bibliothèques Idéales Photo : de Alban Hefti

Les chansons sont des textes écrits pour et par le rythme musical. Mais, si la poésie est elle-même musique, l’intégrer dans une orchestration devrait être possible, et même logique. C’est le pari de Sonnets à Orphée, un projet de Pauline Drand autour des textes de Rainer Maria Rilke, qui allie musique, chant et danse. Cette création inédite incarne parfaitement l’esprit des Bibliothèques idéales, et ce désir d’innovation culturelle. De même, Gérard Daguerre organise un concert autour des poèmes d’Aragon. Les textes du poète ont déjà été interprétés de son vivant par Léo Ferré et sont propices à une mise en chanson. C’est l’occasion de découvrir une facette très vivante de cette œuvre, dans les instruments et voix des artistes.

Le foisonnement est presque vertigineux. Les expositions et projections de films s’ajoutent aux lectures théâtralisées et aux conférences pour former une programmation extraordinairement riche. La réservation est toujours de mise et l’accès conditionné à la présentation du pass sanitaire. Avec cette nouvelle édition, les Bibliothèques Idéales réaffirment la place prépondérante du livre dans le débat public.

Jeudi, reprise du stand-up au Stras’ Comedy Club au Local

Jeudi, reprise du stand-up au Stras’ Comedy Club au Local

Le Stras’ Comedy Club revient jeudi 2 septembre pour donner le micro à des humoristes strasbourgeois, à raison d’une fois par mois. La première saison de ces soirées de stand-up avait été interrompue brutalement par les confinements et les couvre-feux.

C’est au bar Le Local à la Krutenau jeudi 2 septembre à 20h30 que le Stras’ Comedy Club va reprendre pour une première édition de sa deuxième saison. Dans le caveau de l’établissement, des humoristes strasbourgeois seuls sur scène, dans le pur style du « stand-up », se relaient toute la soirée. Blase, co-organisateur de la soirée, explique le concept :

« Nous avions vu que beaucoup d’artistes de stand-up étaient présents à Strasbourg mais qu’il y avait peu d’endroits pour les accueillir. Le Stras’ Comedy Club a pour but de leur offrir une scène. C’est un laboratoire avec une règle : chaque humoriste a le droit de venir avec un sketch et ne pourra le jouer qu’une seule fois. Cela permet au public d’avoir toujours des passages inédits. »

L’ambiance au Local n’a rien à voir avec les grandes salles de spectacles décrit Blase :

« C’est une atmosphère intimiste avec une cinquantaine de spectateurs. Cela permet aux humoristes d’avoir un retour de l’assistance. Il y a un partage entre les artistes et le public. »

Une première saison encourageante

La première soirée du Stras’ Comedy Club a eu lieu à guichet fermé en octobre 2020. Les spectacles suivants n’ont pas pu se tenir en raison des restrictions sanitaires. Néanmoins, le succès de cette soirée initiale a amené Ouutch et Blase, les organisateurs, à programmer une « deuxième saison, » avec l’espoir que ces soirées de stand-up puissent se tenir au rythme d’une fois par mois.

Jeudi 2 septembre, six humoristes sont programmés. Certains étaient présents à la première édition, comme la comédienne Margaux Lagleize, (que Rue89 Strasbourg avait rencontré en novembre 2020). D’autres découvriront le Stras’ Comedy Club comme Tomy Gottfer, humoriste déjà présent sur les scènes strasbourgeoises avec son spectacle 114 kilos d’amour. Ouutch, Blase, Julien Téhème, Zohar et Cyrielle Knoepfler sont également à l’affiche de cette soirée.

Un évènement unique à Strasbourg

Le Stras’ Comedy Club est le seul évènement strasbourgeois de stand-up où l’entrée est gratuite. Il faut néanmoins réserver sa place pour assister au spectacle, soit par message privé sur la page de l’événement, soit par message sms au 06 60 57 55 37. À la sortie, le public est invité à laisser une contribution financière libre.

Susan, ange-gardien de pigeons délaissés à Strasbourg

Susan, ange-gardien de pigeons délaissés à Strasbourg

Susan a recueilli un premier pigeonneau blessé en mai 2019. Grâce à une veille sur les réseaux sociaux strasbourgeois, l’étudiante de 25 ans a déjà sauvé 12 pigeons d’une mort certaine en les soignant et en les nourrissant, chez elle.

Le pigeon nommé Pirate tourne sur lui-même avant de tenter de prendre son envol… en vain. Susan transporte l’oiseau dans une petite cage, comme celle utilisée pour amener un chat chez le vétérinaire. L’étudiante strasbourgeoise a donné rendez-vous au parc de l’Orangerie en début d’après-midi un mercredi d’été. Les onze autres pigeons sont restés dans la maison familiale, dans le quartier de la Robertsau.

Ils ont tous été recueillis par la jeune femme de 25 ans parce qu’ils étaient isolés, blessés, en détresse. Pirate souffre de paramyxovirose, un trouble neurologique qui perturbe son sens de l’orientation et sa capacité à s’envoler. En un peu plus de deux ans, Susan est ainsi devenue l’une des rares personnes à Strasbourg à accueillir et soigner ces volatiles, d’ordinaire méprisés par les citadins.

Arrivée en France après avoir quitté la Russie à sept ans, Susan a d’abord étudié la communication avant de se lancer dans le design marketing… et le soin des pigeons en détresse. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« Je pensais qu’il allait rester un mois »

Tout a commencé en mai 2019. Susan arrive en retard à l’Institut supérieur des arts appliqués, rue Thiergarten à Strasbourg. Mais devant la vitrine de l’établissement, l’étudiante aperçoit un petit oisillon mourant. Elle le prend en photo et l’envoie à une amie, bénévole à la Ligue de protection des oiseaux (LPO). La copine reconnaît un pigeon biset et répond que l’association ne prend pas en charge cette espèce. Susan appelle alors le directeur de son école, qui lui donne un carton pour recueillir le pigeonneau. C’est alors qu’elle décide de l’appeler Benjamin, comme son chef d’établissement.

« Je pensais qu’il allait rester un mois et que je le libérerai ensuite », se souvient Susan. Tombé du troisième étage du bâtiment, Benjamin a un poumon perforé et une boule gonflée sous l’œil. L’amoureuse des animaux le prend en charge, en « soins intensifs » :

« Dans ce type de situation, ils ont besoin d’être gavés avec une poudre de nutriments appelée Nutribird à l’aide d’une seringue toutes les trois heures, en plus des médicaments. »

La volière à 400 euros, que Susan a monté elle-même dans le jardin de sa maison. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

En se renseignant, notamment sur le groupe Facebook dédié « Solidarité Lapalomatriste Pigeons », l’éleveuse de pigeons néophyte découvre qu’elle ne pourra pas relâcher l’oiseau. Susan en est convaincue, si elle veut vraiment les sauver, elle doit les garder :

« Lorsqu’ils sont recueillis si tôt, ils ne savent pas voler et chercher de la nourriture par eux-mêmes. De plus, ce sont des animaux grégaires. Sans groupe, ils ne peuvent survivre. Et puis dehors, les pigeons sont méprisés, chassés, parfois empoisonnés. Dehors, l’espérance de vie d’un pigeon est de trois à six ans. En captivité, ils peuvent vivre jusqu’à 20 ans. »

Une veille sur les réseaux… et bientôt douze pigeons

Benjamin reste donc à la maison. Mais grâce à ce sauvetage, Susan découvre qu’elle est l’une des rares Strasbourgeoises à accueillir des pigeons blessés. Dans les groupes Facebook strasbourgeois, notamment Étudiants de Strasbourg, elle voit régulièrement des publications concernant des oiseaux en détresse. Lorsque c’est un pigeon, elle propose son aide. En septembre 2019, un jeune homme trouve un pigeonneau frigorifié sur le rebord de sa fenêtre. Susan lui conseille d’abord d’attendre, au cas où les parents viendraient récupérer leur progéniture. Puis, elle finit par se déplacer pour le soigner et le nourrir chez elle. En janvier 2020, Susan a ainsi atteint les dix pigeons.

Face aux premiers pigeons recueillis, la maman de Susan est d’abord restée circonspecte. D’autant que les oiseaux peuvent provoquer des dégâts dans la maison, notamment par leurs fientes. Ainsi, Susan est obligée de laisser constamment un drap au sol et de le nettoyer le soir pour éviter de tâcher le parquet. Puis il y a les frais, liés aux médicaments et à la nourriture des animaux. Sur un site américain, la jeune éleveuse a aussi trouvé des couches pour pigeons. Pirate en porte une lors de notre entretien à l’Orangerie. Il a aussi fallu acheter une volière extérieure à 400 euros…

En janvier 2020, Susan a ainsi passé la barre des dix pigeons. Elle ne peut en accueillir plus de douze. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Mais tout a changé avec Pirate. Car c’est sa mère qui a trouvé l’oisillon en sang au bord d’un trottoir. C’est elle aussi qui lui a donné ce nom de flibustier, pensant que l’oiseau avait un œil en moins. Depuis l’arrivée de ce huitième pigeon, l’engagement de Susan ne pose plus de problème à sa mère. Après cinq mois de soins et de médicaments, Pirate « mange des graines de tournesol », s’enthousiasme Susan, comme soulagée. Son père n’est pas souvent là. Mais il pense que « les oiseaux sont mieux en liberté. »

« Pour moi, ce sont des membres de ma famille »

Calme et vêtue d’un chemisier blanc élégant, Susan se décrit volontiers comme solitaire. Elle a montré ses pigeons à ses amis les plus ouverts. Elle leur explique alors que ces oiseaux sont propres lorsqu’ils sont en captivité (« ils se lavent dans leur petit bac d’eau trois fois par jour »). Elle assure aussi qu’ils ne transmettent pas de zoonose, ces maladies qui migrent des animaux à l’homme : « Ces contaminations peuvent arriver si un homme se balade dans un grenier rempli de pigeons, dont certains seraient malades. Mais pas en recueillant un seul pigeon chez soi… »

Mais qu’est-ce qu’apporte un pigeon comme animal de compagnie ? D’autant que Susan a dû renoncer aux grands voyages. Elle le sait, « c’est impossible de trouver quelqu’un qui s’occuperait de douze pigeons… » Mais ces oiseaux sont plus que des animaux pour la jeune femme. Benjamin, qui est en fait une pigeonne (le sexe de cette espèce est difficile à reconnaître), a longtemps pris Susan pour son compagnon : « Au bout de quelques jours et de recherches sur internet, j’ai compris qu’elle attendait que je pose ma main sur les œufs pour aller manger… » Et puis, il y a le fait de pouvoir tenir un pigeon entre ses mains, de pouvoir le caresser, sans qu’il ne s’effraie. Susan résume ainsi son amour pour les pigeons : « Pour moi ce sont des membres de ma famille. Et comme pour des proches, tu aimes simplement leur compagnie. »

Face à la multiplication des démarches numériques, un accompagnement dépassé dans les quartiers

Face à la multiplication des démarches numériques, un accompagnement dépassé dans les quartiers

Depuis le lundi 16 août, des permanences « d’inclusion numérique » sont mises en place par la Ville de Strasbourg et l’Eurométropole. Elles sont censées aider les personnes ayant des difficultés d’accès au numérique, à l’heure où la dématérialisation des démarches administratives est de plus en plus fréquente. Cet accueil en deux mairies de quartier peine parfois à toucher le public concerné.

« Maintenant vous êtes connectés. Avez-vous reçu le lien ? Non ? On va refaire une adresse mail alors… ». Derrière sa vitre en plexiglas et son masque, Samphearom Sam Dantzer alterne entre sourcils froncés et sourires bienveillants. Cette conseillère numérique France Services, une branche du ministère de la Cohésion des territoires, accompagne les personnes en difficulté face aux outils informatiques. Elle propose son aide dans les « permanences d’inclusion numérique », mises en place par la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg. Tous les lundis, du 16 août au 13 septembre, Samphearom Sam Dantzer installe son ordinateur portable à la mairie de quartier du Neuhof le matin (9h-12h), puis à celle de Hautepierre l’après-midi (14h à 17h).

Une seule personne lors du premier lundi

Lundi 16 août, lors de la première matinée de permanence, personne ne s’est présenté en mairie du Neuhof. Seuls quelques journalistes et l’adjointe à la maire en charge de la « ville numérique innovante », Céline Geissmann (PS), avaient fait le déplacement. Cette dernière rappelle le caractère expérimental du dispositif. « On avait fait une première session en novembre 2020 lors du deuxième confinement, avec plus de mairies de quartier et en partenariat avec des associations locales. » À l’époque aussi, « la machine avait mis du temps à se mettre en marche, » admet-elle. Durant ces 4 semaines, l’élue indique que le dispositif aurait permis d’accompagner 130 personnes. Mais les permanences étaient quotidiennes et dans 8 quartiers différents.

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Samphearom Sam Dantzer est conseillère numérique France Services. Elle accompagne les personnes en difficulté avec le numérique et les démarches dématérialisées. Photo : ML / Rue89 Strasbourg / cc

Selon la carte des « indicateurs de risque de fragilité numérique » publiée sur le portail OpenData de la Ville de Strasbourg, le Neuhof et Hautepierre font partie des territoires les plus à risques. Ils concentrent le plus de population n’ayant pas accès à internet, à du matériel informatique, ou encore n’ayant pas des compétences de base comme la création d’une adresse mail ou d’un compte utilisateur.

Carte des disparités d’accès au numérique dans l’Eurométropole

Une semaine après le rendez-vous raté du 16 août, le rythme d’accompagnement des permanences numériques monte à trois personnes par demi-journée. « Le bouche-à-oreille commence à fonctionner », estime Samphearom Sam Dantzer, confiante.

Coumba Li est mère de famille sénégalaise, arrivée en France il y a trois mois où elle a rejoint son mari, depuis l’Italie, « pour une vie meilleure ». Habitante du quartier de Hautepierre, elle s’est déplacée lundi à la permanence numérique parce qu’elle a des difficultés à réaliser sa demande de titre de séjour. « Je ne comprends pas l’informatique, alors je suis venue pour qu’on m’aide dans mes démarches auprès de la préfecture. Ça m’a déjà posé problème plein de fois. »

L’entretien durera plus d’une heure. « Ce n’est pas hyper, hyper clair », admet Samphearom Sam Dantzer. La barrière de la langue freine la compréhension et la conseillère numérique se retrouve à lui poser des questions sur son visa ou sur les pièces obligatoires manquantes :

« Je ne suis pas spécialiste de ce type de demandes. On est encore en formation, et plutôt du côté autonomisation, pédagogie et apprentissage du numérique. Là, on fait des choses qu’on ne connaît pas bien. »

« On peut prendre le temps »

La jeune maman repart avec une série de documents imprimés et surtout une liste d’identifiants numériques renouvelés pour pouvoir poursuivre ses démarches en ligne. « On m’a dit de revenir lundi prochain. Mais je suis très contente qu’elle ait pris le temps avec moi », relate Coumba Li. Car ses besoins ne s’arrêtent pas à sa demande de titre de séjour. Samphearom Sam Dantzer lui a également proposé des cours d’informatique, de langue ou encore de l’aide pour inscrire ses enfants à la cantine.

« L’avantage du dispositif », rappelle la conseillère numérique, « c’est justement qu’on peut prendre le temps avec les gens ». Inconvénient, cela peut créer des frustrations parmi ceux qui attendent. Pendant les démarches, Coumba Li et deux autres femmes ont failli en venir aux mains pour savoir qui sera la prochaine à être reçue. C’est finalement une agente de la mairie de quartier qui met fin à la dispute. Celle qui doit attendre, lasse et en colère, part définitivement, ses deux adolescentes à ses côtés et son enfant dans sa poussette.

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Samphearom Sam Dantzer est conseillère numérique France Services. Elle anime ici une permanence d’inclusion numérique. Photo : ML / Rue89 Strasbourg

Les agents d’accueil également sollicités

Parfois, les équipes de la mairie de quartier réalisent un accompagnement quasiment similaire à celui de la permanence numérique. À dix jours de la rentrée, c’est par exemple le cas pour des demandes d’inscription à la cantine. Selon Samphearom Sam Dantzer, « une centaine » de démarches administratives sont dématérialisées, rien que pour la Ville de Strasbourg.

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Pas grand monde pour la reprise des permanences d’inclusion numérique, ici à la mairie de quartier au Neuhof, le 16 août. Photo : ML / Rue89 Strasbourg

Depuis la crise sanitaire, il faut obligatoirement prendre rendez-vous via le site internet de la Ville pour la majorité des démarches administrative en mairie. Une étape difficile et compliquée pour les personnes éloignées du numérique. S’il y a peu de monde en mairie, ces habitants sont tout de même acceptés aux guichets sans rendez-vous, comme l’explique Brigitte, une chargée de prestation de la mairie de quartier du Neuhof :

« On accepte les personnes qui galèrent pour prendre rendez-vous sur internet, évidemment. Souvent, ils pensent avoir pris un rendez-vous mais oublient de valider la dernière étape. » Selon elle, le numérique n’a pas rajouté une charge de travail si conséquente, puisque certaines personnes n’ont plus besoin de se déplacer en mairie pour faire leurs démarches. « Mais l’autre problème, c’est la multiplication des codes d’accès, entre la sécurité sociale, la CAF, le site de la Ville… » 

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Difficile d’atteindre des personnes n’ayant pas accès à internet… La municipalité compte en partie sur le bouche à oreille. Ici, une affiche devant la mairie de quartier du Neuhof. Photo : ML / Rue89 Strasbourg

Parfois, au contraire, les agents renvoient sur la permanence numérique. Une femme, qui parle difficilement le français, cherche à récupérer son acte de mariage « pour une inscription au lycée » : « Je n’arrive pas à le récupérer depuis chez moi parce que je n’ai pas internet. Je suis toute seule, je ne connais pas ces choses-là. » Elle explique s’être rendue dans une autre mairie de quartier le matin-même, qui l’a renvoyée vers la permanence numérique de l’après-midi. « C’est bien qu’il y ait ça, mais ça fait deux heures que j’attends, sans compter mon déplacement de ce matin… » Au final, elle repart satisfaite de son accompagnement, même si elle doit revenir la semaine prochaine. « Il lui manquait certaines pièces pour finaliser la demande » explique Samphearom Sam Dantzer :

« En temps normal, le jargon administratif n’est déjà pas évident. Et faire tout reposer sur le canal numérique rajoute une barrière. On a eu pendant longtemps cette idée que le numérique était “facile” et que chacun pouvait apprendre seul. Oui, mais il faut tout de même un socle de connaissances basiques que certaines personnes n’ont pas. »

L’e-mail comme porte d’entrée

Ce socle commun de connaissances informatiques, certaines personnes n’en voient pas l’utilité. Comme Marie-Madeleine, une retraitée qui se rend à la mairie de quartier du Neuhof pour faire sa nouvelle carte d’identité, lundi 23 août. Elle n’a pas accès à internet, et donc n’avait pas pris de rendez-vous. Sa demande est traitée rapidement au guichet, sans passage par la permanence numérique :.

« Si j’ai besoin d’internet, je peux aller chez mes enfants et ils m’aident à ce moment-là. Ne pas avoir de connexion ne me dérange pas pour faire mes démarches. Je ne me sens pas isolée à cause de ça, au contraire, je sors, je me balade, je parle aux gens… Je fais des choses comme tout le monde ! »

Parfois, les personnes accompagnées n’ont pas forcément de grandes difficultés avec internet. Kelly cherche à inscrire ses enfants à la cantine avant la rentrée :

« Je ne comprends pas pourquoi ça ne marche pas. Le site me dit toujours que mon mot de passe n’est pas le bon, et je ne reçois pas de mail pour le changer ! Ça fait plus d’une heure que j’attends pour quelque chose que je devrais pouvoir faire en deux minutes depuis mon smartphone. »

Samphearom Sam Dantzer ressent la frustration qu’elle essaie de désamorcer :

« En l’occurrence, sur le site de la Ville de Strasbourg, il faut lier son “espace famille” avec son compte personnel. Cette personne avait deux adresses e-mail différentes pour chacun des espaces… C’est comme si certains avaient été jetés dans cet univers numérique, sans en avoir le langage ou les clés de lecture. On les sent frustrés de ne pas comprendre. »

La porte d’entrée pour de nombreuses démarches reste la création d’une adresse e-mail :

« Je pense que beaucoup de personnes ne comprennent même pas ce qu’est qu’une messagerie électronique. Pour expliquer le principe du mot de passe, je prends l’exemple d’une clé, qu’il faut conserver et ne pas donner aux autres.. »

Pas sûr que l’objectif « d’autonomisation » des usagers face au numérique soit atteint avec ces permanences. Mais elles permettent tout de même de faire avancer une poignée de dossiers et de débloquer des situations individuelles.

À moyen terme, pour s’émanciper des difficultés avec les ordinateurs, tablettes et smartphones, d’autres structures proposent de tels accompagnements à Strasbourg, comme Emmaüs Connect, la Maison Digitale de l’Amsed, l’association Desclicks à Schiltigheim ou encore la Cybergrange du Neuhof. Des associations dont l’activité d’accompagnement n’est pas prête de s’arrêter.

L’État abrite 150 réfugiés afghans à Strasbourg

L’État abrite 150 réfugiés afghans à Strasbourg

La préfecture du Bas-Rhin a réquisitionné un hôtel à Strasbourg, pour y loger quelque 150 réfugiés en provenance d’Afghanistan. Les services de l’État doivent ensuite les accompagner tout au long du processus de demande d’asile.

En attente de rénovation, l’hôtel Mercure de la place de Bordeaux à Strasbourg va connaître une intense et soudaine activité dès jeudi 26 août. La préfecture du Bas-Rhin a annoncé mercredi lors d’une conférence de presse avoir réquisitionné le bâtiment pour y accueillir environ 150 Afghanes et Afghans. Ce contingent a été attribué par l’État à la « Zone de défense Est », il s’agit d’une partie des quelques 2 000 Afghans que la France a récupérés à Kaboul dans le cadre d’une opération humanitaire visant à soustraire ces personnes aux représailles des talibans qui ont pris le pouvoir (voir notamment le cas de cette poétesse).

À ce stade, la préfecture du Bas-Rhin ne connaît pas la composition de ce contingent, ni le nombre de familles, d’enfants, de malades, etc. Un bus doit arriver jeudi et il s’agira d’abord de sécuriser la situation de ces personnes, qui ont dû fuir leur pays dans des conditions dramatiques, souvent séparées de leurs proches. La préfecture a mandaté l’association du Foyer Notre-Dame, qui gère déjà plusieurs centres d’hébergement de demandeurs d’asile, pour assurer l’accueil et le suivi de ces personnes.

L’hôtel Mercure de la place de Bordeaux était vide (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc). Photo : (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)

Une longue procédure administrative débute

L’Office français de l’immigration (OFII) doit s’occuper des démarches administratives et de la procédure de demande d’asile, afin que ces personnes déplacées puissent obtenir le statut de réfugiés, qui leur permettrait de rester en France. Ils n’ont pour l’instant qu’un visa, valable 15 jours.

Quant à leur situation sanitaire, elle sera examinée à leur arrivée par des équipes de l’Agence régionale de santé (ARS) et de la Croix Rouge. Après des tests anti-covid et une période d’isolement d’une dizaine de jours, l’ARS proposera aux Afghans une vaccination contre le coronavirus. Un soutien psychologique leur sera également accessible, afin de faire face au stress de la situation en Afghanistan, ou à la séparation, voire à la perte, d’avec certains de leurs proches ou de leurs familles.

Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg, et Josiane Chevalier, préfète du Bas-Rhin, mercredi lors de la conférence de presse Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

L’ensemble de l’opération est financée par l’État, sur des crédits exceptionnels, a précisé la préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier. Présente mercredi aux côtés de la préfète, Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg, s’est « réjouie que la ville ait été choisie par l’État pour participer à l’effort national d’accueil de ces réfugiés ». La Ville de Strasbourg devrait être sollicitée ultérieurement pour intégrer cette nouvelle population à l’offre des services municipaux, notamment les écoles, les transports en commun, etc.

Les écologistes réordonnent l’administration à leur façon

Les écologistes réordonnent l’administration à leur façon

Une nouvelle directrice, quelques recrutements, des pôles pour regrouper des services et quelques changements dans les étages inférieurs. Après un an, les écologistes ont terminé de réorganiser l’administration de la Ville de Strasbourg et de l’Eurométropole. Suffisant pour produire le changement espéré ?

La continuité ou la rupture ? Un peu plus d’un an après leur prise de pouvoir, les écologistes ont finalisé leur réorganisation de l’administration, fusionnée entre les services de la Ville et ceux de l’Eurométropole de Strasbourg. Le grand lessivage, parfois redouté (ou au contraire souhaité), n’a pas eu lieu. Si le directeur général a été remplacé en février, (après une annonce dès le mois d’aout 2020), on compte une bonne vingtaine de changements sur un peu moins de 200 postes à hautes responsabilités qui figurent dans l’organigramme officiel.

Les services regroupés en 5 pôles

Le principal changement vient de la création de 5 pôles, avec de nouveaux intitulés (Accompagnement humain, transformation et innovation ; Transformation démocratique, Europe, territoires et prévention ; Transformation écologique et économique ; Transformation sociale et sociétale ; Finances, partenariats, patrimoine et logistique durables). Dans chacun de ces pôles, dirigé par une ou deux personnes, les nombreux services de la collectivité sont ensuite regroupés. L’objectif de ces rapprochements au sein de pôles est de permettre un travail plus transversal.

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Les riverains de l’aéroport repartent au combat pour récupérer la tranquillité de leurs nuits d’été

Les riverains de l’aéroport repartent au combat pour récupérer la tranquillité de leurs nuits d’été

Les survols nocturnes de Strasbourg ont repris, avec la reprise du trafic aérien et des vols vers les destinations de vacances. Pour l’association des riverains, les équilibres qui prévalaient avant la crise sanitaire ne tiennent plus.

Les dormeurs installés sur une ligne allant de Schiltigheim à Bischoffsheim, et dans les quartiers strasbourgeois de Cronenbourg, Hautepierre et Koenigshoffen, sont nombreux à redécouvrir les réveils nocturnes causés par le passage des avions. Avec la crise du Covid-19, ces nuisances avaient cessé, l’aéroport d’Entzheim n’ayant compté que neuf atterrissages nocturnes sur toute l’année 2020.

Mais avec la reprise du trafic aérien à été 2021, finies les nuits calmes et sans sursaut avec les fenêtres ouvertes. « Depuis juin, nos adhérents ont déjà entendu plus d’une cinquantaine de survols de nuits », déplore Francis Rohmer, président de l’Ufnase, l’Union fédérale contre les nuisances de l’aéroport de Strasbourg-Entzheim, qui fédère des associations d’habitants des communes riveraines de l’aéroport. À 2h du matin le 2 août, à 1h50 le 8 août… « Le bruit peut monter jusqu’à 75 décibels (comme le bruit d’un aspirateur, ndlr) », prévient le responsable associatif. « L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande pourtant de ne pas dépasser 40 décibels la nuit et considère que le seuil pour être réveillé est à 60 décibels. » La force du bruit est plus ou moins intense selon le sens du vent.

De plus en plus de gros avions adoptent pour atterrir la méthode de la trajectoire d’approche continue, qui permet entre autres de limiter le bruit des moteurs. « Mais à part Air France, les compagnies ne l’utilisent pas à Entzheim », constate Francis Rohmer. Cette manière de procéder serait plus compliquée pour les pilotes et les aiguilleurs. L’aéroport préfèrerait selon le responsable associatif la méthode traditionnelle qui fait descendre les avions par paliers, et cause des vrombissement de moteurs.

Schéma des deux méthodes d’approche d’un aéroport. Photo : Illustration ecologie.gouv.fr

Plus d’avions après minuit

Pourtant l’aéroport d’Entzheim, les communes environnantes et les riverains, représentés par l’Ufnase, ont fixé des règles. La nécessité de poser un cadre s’était fait sentir avec l’arrivée sur l’aéroport de la compagnie Volotea en 2015, explique Francis Rohmer. Jusqu’en 2018, la compagnie espagnole avait basé trois avions à Entzheim :

« On a eu jusqu’à 697 vols de nuit pour l’année 2018. Les chiffres ont baissé à 470 en 2019, alors que Volotea n’avait plus que deux avions. »

En décembre 2019, les négociations ont abouti à un protocole d’accord sur les vols de nuit. En général, la limitation des horaires de fonctionnement d’un aéroport est posée par arrêté ministériel. Le cas d’Entzheim est unique en France : les engagements sont pris entre les partenaires locaux. Depuis le 1er avril 2021, les avions les plus bruyants ne peuvent plus atterrir sur l’aéroport entre minuit et 6h. Les décollages sont quant à eux interdits après 23h30. Les contrevenants s’exposent à un rappel à l’ordre de l’aéroport.

Les discussions pour le protocole d’accord ont été serrées, se souvient Francis Rohmer, alors représentant de la société civile : 

« L’objectif de notre fédération a toujours été qu’il n’y ait plus d’atterrissage après 23h. Mais avons dû accepter minuit parce que c’était la seule possibilité d’arriver à un accord avec les maires. Ils nous exposent toujours “la situation économique” de l’aéroport. »

L’aéroport de Strasbourg lutte depuis 10 ans pour sa survie, depuis que le TGV a remplacé les navettes aériennes vers Paris. Il s’est engagé dans une transition vers le tourisme mais la proximité de l’Euroairport et de Francfort le condamne à des destinations subalternes.

Une exception qui fait la règle

Les riverains ont fait une autre concession : tolérer les arrivées après minuit pour les vols retardés des avions basés à Strasbourg. Mais cette disposition est utilisée abusivement selon eux. Dans les faits, elle profite aux joueurs de la SIG et du Racing club de Strasbourg pour leurs retours de matchs en extérieur. « Mais ça arrive très rarement, puisqu’ils prennent le bus ou le train pour les distances de moins 500 km », nuance Francis Rohmer. Autres bénéficiaires : les avions sanitaires, surtout pour les transports d’organes.

L’immense majorité des réveils nocturnes est donc constituée par les deux avions de Volotea qui rentrent à leur base. « Ils dépassent facilement minuit, puisque leurs dernières arrivées sont programmées à 23h55 », explique Francis Rohmer.

En théorie, les atterrissages de nuit sont interdit à l’aéroport de Strasbourg-Entzheim. Photo : Muroi / Flickr / cc

Pendant des années, le service environnement de l’aéroport a informé le président de l’Ufnase de chaque incident. Mais, depuis la crise du Covid-19, la responsable du service est partie et n’a pas été remplacée, « officiellement pour des raisons économiques », explique-t-il. L’association n’a plus accès qu’a posteriori à un bulletin mensuel des données environnementales de vols, où les informations sur ce qui se passe la nuit sont noyées dans les listes. Les adhérents de l’organisation relèvent désormais eux-mêmes les vols pendant leurs heures de sommeil. Depuis la reprise du trafic aérien en juin jusqu’au 22 août, l’Ufnase estime d’après ces décomptes qu’une soixantaine de vols ont atterri à Entzheim après minuit.

Une commission de suivi du protocole d’accord devrait se tenir à l’automne. Pour l’heure les noms de ses membres ne sont pas connus. Hormis les délégués de l’Ufnase, les membres qui avaient négocié cet accord à l’amiable, maires et directeur de l’aéroport, ne sont plus en poste.

Anticiper les retards

L’Ufnase entend y faire des propositions pour une meilleure anticipation des retards de la compagnie Volotea. « Nous comprenons qu’il puisse y avoir des retards, mais là il y en a trop », insiste Francis Rohmer. La fédération d’associations de riverains propose d’abaisser le dernier horaire d’atterrissage à 23h et que Volotea utilise des avions de secours quand les retards sont prévisibles au cours de la journée :

« Pourquoi programmer un retour de Dubrovnik à 23h55 ? Plus le vol et lointain, plus ça augmente les retards. Les avions de Volotea fonctionnent au plus juste, avec 30 à 40 minutes d’escales entre chaque vols, pour vérifier l’avion, faire le ménage et embarquer les passagers. Il suffit d’un incident et ça se répercute sur le vol suivant. Volotea fait 4 allers-retours par jour. À raison d’une moyenne d’une douzaine d’heures de vols dans la journée, c’est pratiquement ingérable. Et en cette période d’été, il y a une saturation des vols autour de la Méditerranée. Si un avion n’arrive pas à prendre son créneau, il peut être retardé d’une heure au moins. »

Le protocole d’accord de 2019 mentionne la possibilité d’une majoration de la redevance due à l’aéroport pour les compagnies qui multiplieraient les vols retardés. Un levier resté sans suite : « L’aéroport n’a jamais fait de proposition sur point à notre connaissance », regrette Francis Rohmer. Les retrouvailles en octobre s’annoncent animées.

Déplacé fin août, le NL Contest maintient l’ambiance urbaine à la Rotonde

Déplacé fin août, le NL Contest maintient l’ambiance urbaine à la Rotonde

Annulé en 2020, le NL Contest revient du 27 au 29 août à Strasbourg, au SkatePark de la Rotonde. Cette 15e édition du Festival international des cultures urbaines, dans un format quasiment identique aux éditions précédentes, est une miraculée de la crise sanitaire.

Tenu par les obligations sanitaires, le NL Contest, habituellement programmé au printemps, s’est déplacé fin août après avoir été annulé en 2020, comme le Pelpass Festival. Des milliers de festivaliers sont attendus au SkatePark de la Rotonde du vendredi 27 au dimanche 29 août, pour y suivre les compétition de BMX, Roller, Skate et autres sports de glisse urbaine.

La succession de figures de style par des champions internationaux est le grand point fort du NL Contest Photo : Bartosch Salmansky / NL Contest 2018 / doc remis

Restreindre pour maintenir

Pour se maintenir, le NL Contest a néanmoins dû réduire légèrement son programme, comme le détaille Émilie Jade Vauban, attachée de presse de l’évènement :

« Une demi-rampe annexe a été supprimée et les concerts n’auront lieu que le vendredi soir, avec Demi-Portion et Le Passage. Nous avons dû faire ces choix pour limiter le risque, compte-tenu des surcoûts liés à la situation sanitaire. Mais ce sont les seuls changements par rapport à l’édition 2019. Le public attendu, plus de 7 000 personnes, pourra se tenir debout ainsi que boire et manger sur place. »

Le festival devra néanmoins exiger le passe sanitaire à l’entrée, des tests antigéniques à l’entrée seront proposés à ceux qui n’en ont pas, et le port du masque durant toute la durée de l’événement.

Le Passage
Le Passage sera présent sur la scène du NL Contest vendredi soir Photo : Le Passage / doc remis

Moins de show mais toujours autant d’ambiance

Les habituelles compétitions de Roller, BMX et VTT, Skate et Freestyle Scooter (trottinette) vont se succéder tout au long du week-end ainsi que, dimanche de 11h à 19h dans le Gymnase, un tournoi de StreetBall (basket en 3 vs 3). Les concours de breakdance, le Breaking NL Contest auront eux aussi lieu dans le Gymnase, le samedi de 13h à 18h30.

Les rampes habituelles du NL Contest, ici en 2018, seront toujours bien présentes en 2021 Photo : Bartosch Salmansky / NL Contest / doc remis

Bénévole sur le festival depuis son adolescence, Étienne, 25 ans, n’est pas refroidi par les conditions sanitaires :

« Le festival recule pour mieux sauter cette année. Les athlètes viennent, et reviennent, parce qu’ils aiment l’ambiance familiale du NL. Il n’y a pas de manifestation comparable en matière de lien avec le public. Fans, amateurs et pros de la glisse se mêlent sur le terrain et se retrouvent au bar. Tout le monde aide. C’est cette ambiance là qu’on a tous hâte de retrouver ! »

Teaser du NL Contest 2021 (vidéo NL Contest / Youtube)

Pour punir ses agents, le Département de Moselle met fin au télétravail

Pour punir ses agents, le Département de Moselle met fin au télétravail

Depuis 2019, le Département de Moselle a voté plusieurs textes pour expérimenter et organiser le télétravail de ses agents, dont il tire des bilans positifs. Mais à la rentrée 2021, il prévoit de faire exactement l’inverse.

« Lors des confinements nous étions à 100% en télétravail. Ma directrice faisait confiance à ses agents et le travail était fait. Je déposais mes enfants à l’école, puis j’étais à mon travail à 8h30. En me déplaçant au bureau, je ne peux pas être là avant 8h45. » Cadre au conseil départemental de Moselle (CD 57), David (prénom modifié) ne comprend pas que la direction des services exige un retour physique de tous les agents dans les bureaux dès le 1er septembre. Une décision subite prise moins d’un an après avoir exprimé le souhait inverse, celui d’être « pionnier » sur le télétravail organisé, et non subi comme lors des confinements.

David résume le sentiment général parmi les agents du CD 57 :

« Exiger qu’on revienne tous sur place, c’est comme dire qu’on n’aurait rien foutu pendant un an. On a fait un pas en avant sur le télétravail pour trois pas en arrière, je suis complètement blasé ».

Le 1er janvier 2019, la collectivité départementale s’était lancée dans une expérimentation sur le télétravail, avec 50 agents pendant un an. Les volontaires avaient reçu du matériel et devaient travailler à distance de 1 à 3 jours par semaine. « Les agents seront suivis mais ils ne feront pas l’objet d’un flicage permanent. Le but est vraiment de leur permettre de produire mieux », déclarait alors le directeur général des services, Marc Houver, au Républicain lorrain. Un an plus tard, cette expérimentation est saluée dans le rapport d’activité 2019 de l’institution. Les premiers retours permettent une « amélioration du bien-être, des conditions de travail » et actent « l’absence d’impact sur le collectif de travail », appuie le document. Au 1er janvier 2020, 120 volontaires supplémentaires rejoignent la démarche.

Une délibération gagnant-gagnant voté en septembre 2020

Quelques mois plus tard, la Covid-19 survient et avec la crise sanitaire, le confinement du pays. Le travail à distance est obligatoire pour environ la moitié des 3 000 agents de l’hôtel du Département à Metz. Satisfaits de cette généralisation un peu forcée de leur expérimentation, les élus de la collectivité locale ont voté le 17 septembre, à l’unanimité, une délibération pour généraliser le télétravail à compter du 1er janvier 2021. Quelques aménagements sont ajoutés, comme la possibilité de télétravailler pour raisons médicales ou lors d’événements exceptionnels comme les intempéries, grèves, canicules, ainsi que la création de « jours flottants » ponctuels. Les autorisations de télétravail sont réversibles à tout moment.

En dehors des agents des routes, des collèges, de l’accueil du public et des missions de contrôles, environ un millier des quelques 3 000 emplois du CD 57 sont « télétravaillables », au moins quelques jours par mois. La délibération vante une démarche « gagnant-gagnant » et s’appuie sur un bilan « très largement positif » qui « montre la capacité de notre administration à innover ». Pour la collectivité, les avantages listés sont pléthores : « un facteur d’attractivité », « compléter la politique handicap », « une réduction de l’empreinte carbone, » voire une « rationalisation du parc immobilier »…

Une enquête réalisée après le confinement auprès des salariés compile des chiffres favorables : 76% des agents ont vu un impact positif sur leur concentration. Seuls 5% estiment que l’impact a été négatif sur la qualité du travail. Du côté des encadrants, 44% expriment un impact « neutre » sur l’organisation du service et positif pour 42%. Les chiffres sont similaires en ce qui concerne la qualité (46% ont vu un impact positif et 46% un impact neutre).

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Avant et après le confinement, le Département de Moselle trouvait le télétravail génial. Et puis… Photo : Microbiz Mag / Flickr / cc

Des agents demandeurs

Pour le personnel, cette généralisation est très attendue. Lors d’une enquête interne à laquelle 1 304 salariés ont répondu, 1 073 se disent intéressés. Un formulaire devait être mis en ligne pour que chacun se déclare. Mais durant la première moitié de l’année 2021, rien ne vient. L’approche des élections départementales en juin, mais surtout la situation sanitaire expliquent en partie cet attentisme. Le travail à distance contraint est encore la norme pour une grande partie des agents concernés.

Le mois de juin voit la vaccination se massifier et la situation épidémique s’améliorer. L’occasion d’enfin déployer le dispositif ? Au contraire, le 8 juin une note est transmise aux agents sur l’organisation des semaines à venir. Du 9 juin au 30 juin, le télétravail passe à trois jours maximum, puis deux jours en juillet-août et, à partir du 1er septembre, la note annonce un « retour au régime de droit commun », c’est-à-dire 100% en présentiel. Les encadrants sont « invités » à être présents « au-delà du cadre précisé ».

Le 15 juin, un mail de la direction des ressources humaines confirme que « l’ensemble des autorisations de télétravail prend fin au 30 juin ». Y compris pour les salariés qui ont participé à l’expérimentation. « Vous serez informé(e) ultérieurement de la réouverture de la campagne de déploiement du télétravail », indique le message, sans autre explication.

Pour David, c’est l’incompréhension :

« La délibération sur le télétravail a été votée à l’unanimité et on la défait avec une facilité déconcertante, sans aucune explication. Légalement, il faudrait a minima un vote similaire qui acte qu’on revient en arrière ».

Syndicats et salariés en quête d’explication

Du côté des syndicats, on n’explique pas davantage ce revirement soudain. Mais on le déplore. Une responsable du syndicat SNT de la CFE-CGC, qui requiert l’anonymat (minoritaire, le syndicat plutôt implanté chez les cadres n’a pas de délégué permanent) pointe les effets nocifs pour les agents et les recrutements :

« Pour affoler les gens, il n’y a rien de mieux que l’incertitude. On a laissé croire aux agents qu’il y aurait du télétravail, mais ce n’est pas le cas. Ce n’est pas le choix que font la métropole de Metz, la Ville de Metz ou la Région Grand Est pour la rentrée. Le département de Moselle a investi pour déployer le Très haut débit, mais on ne s’en sert pas. Pour les agents, le télétravail est l’occasion de se concentrer chez soi sur des dossiers de fond, ce qui est plus difficile au bureau. Et puis c’est une hausse de rémunération indirecte qui ne coûte rien à la collectivité, car il y a moins de dépenses en transports. Les encadrants intermédiaires sont largement favorables au télétravail, ce sont les hauts dirigeants qui ont peur de se retrouver un peu seuls. »

Cathy Oasi, responsable du syndicat Sud, pointe plus directement le directeur général des services :

« La direction des ressources humaines, qui était partante pour appliquer le télétravail, nous a dit que le directeur général estime que le télétravail n’est pas du vrai travail. Nous avons interpellé le président, Patrick Weiten, mais nous ne l’avons pas revu depuis sa réélection le 1er juillet. Cette contradiction nous interpelle, car elle va à l’encontre de la charte signée par tous, les missions ont été accomplies et il y a justement eu beaucoup de souplesse pendant les périodes de confinements, avec des personnes qui préféraient venir sur site ou rester chez eux. »

Gilbert Chaumont, secrétaire général syndicat Force ouvrière (FO), majoritaire au sein de la collectivité mosellane, craint une désorganisation à la rentrée :

« On s’était félicité d’avoir été moteur sur l’instauration du télétravail et d’accords flexibles. Il y a de très nombreuses demandes, car les agents ont pris goût au télétravail avec les confinements. Ils aimeraient des réponses pour s’organiser pour la rentrée et l’année à venir, notamment pour les gardes d’enfants. Ce n’est pas impossible que l’on soit face à un petit excès d’autoritarisme de la direction et du président après la réélection : montrer qui est le patron, faire revenir tout le monde, avant d’avoir peut-être à nouveau de la souplesse au bout d’une semaine ou l’autre… Ce sont des logiques et une vision du travail un peu vieille école. Notre syndicat est d’accord pour revoir la charte de télétravail, car avant le Covid on tablait plutôt sur 600 agents et là il y aurait plus de 1 000 demandes. Mais ceux qui ont participé à l’expérimentation pourraient au moins rester en télétravail d’ici-là. »

Parmi les hypothèses pour expliquer le revirement de la direction, ce représentant du personnel soupçonne une passe d’armes au sujet de la revalorisation du régime indemnitaire, qui tarde à venir après des années de négociation. Le boycott d’une réunion en mai par trois des quatre organisations syndicales, car ce point avait été retiré de l’ordre du jour, a fait l’objet d’un article dans le Républicain lorrain qui a titré sur un « Malaise social » au Département. Le tout juste avant des élections départementales qui s’annonçaient serrées en Moselle. Membre du centre-droit, le président sortant Patrick Weiten (UDI) a finalement été réélu par ses pairs avec 28 voix, et comptait deux challengers de droite, Jean François (LR) et Jean-Luc Bohl (centre-droit) qui ont obtenu respectivement 19 et 6 voix au sein de l’assemblée. Ils ont tous les deux critiqué les méthodes de gouvernance de Patrick Weiten.

Face à cette situation enlisée, certains syndicats s’interrogent sur un recours au tribunal administratif pour « excès de pouvoir », si l’absence de mise en œuvre de la délibération votée devait perdurer.

Un accord national prévoit 3 jours par semaine

Contactés via le service de presse, ni le directeur général des services Marc Houver ni le président réélu Patrick Weiten n’ont jugé utile de répondre aux sollicitations de Rue89 Strasbourg, démontrant ainsi le même mépris que celui qu’ils ont opposé aux agents.

Convaincu ou non, le CD 57 va devoir se résoudre à instaurer le télétravail. Au début de l’été, un accord relatif à l’ensemble de la fonction publique (de l’État, des collectivités locales et hospitalières) a été signé par les neufs organisations syndicales et le gouvernement. À l’instar de la charte du département mosellan, cet accord prévoit un maximum de 3 jours par semaine, sauf cas spécifiques ou la réversibilité des autorisations. En cas de refus du télétravail, l’administration devra en justifier les raisons. Comme toutes les collectivités locales, le CD 57 a jusqu’au 31 décembre pour en décliner les modalités détaillées.

#département de Moselle

Après trois jours, Europa Park arrête ses bracelets de couleurs différentes entre vaccinés et non-vaccinés

Après trois jours, Europa Park arrête ses bracelets de couleurs différentes entre vaccinés et non-vaccinés

Europa Park pensait avoir trouvé une manière simple de distinguer ses visiteurs qui nécessitent un nouveau test de dépistage du Covid-19 en cours de séjour, mais la méthode retenue a suscité de vives critiques.

La distinction entre vaccinés et non-vaccinés a duré trois jours. Un article de Die Welt, que l’on retrouve dans sa version traduite sur Courrier international, relate la rapide machine arrière d’Europa Park dans l’instauration d’un passe sanitaire depuis le lundi 16 août. Une mesure qui fait suite à l’élargissement du dispositif allemand dans le land du Bade-Würtemberg.

Le parc allemand à succès revoit sa politique de distinction entre ses visiteurs vaccinés et testés. (Photo Europa Park)Photo : Europa Park

À l’entrée, le parc d’attraction attribuait un bracelet blanc aux personnes vaccinées ou guéries et un bracelet coloré à celles et ceux qui présentaient un test négatif. Et ce, même pour les enfants dès 6 ans. D’après le journal allemand, « le tollé sur les réseaux sociaux a été immédiat ». Les critiques portaient notamment sur la protection des données de santé personnelles, ainsi exposées à la vue de tous.

Le parc a reconnu « une erreur » et a mis fin à cette distinction dès le jeudi 19 août. En Allemagne, les tests antigéniques ne sont acceptés que pendant 24 heures et les tests PCR pendant 48 heures, ce qui avait pour conséquences que les personnes qui dormaient dans un hôtel devaient être retestées lors de leur séjour. Europa Park pensait avoir trouvé une manière de faciliter le suivi des visiteurs qui avaient besoin d’un test quotidien.

Des places à gagner pour « Le Genou d’Ahed » en avant-première au cinéma jeudi

Des places à gagner pour « Le Genou d’Ahed » en avant-première au cinéma jeudi

Évènement au cinéma Star Saint-Exupéry. Le film « Le Genou d’Ahed », prix du jury du festival de Cannes, sera projeté en présence de son réalisateur jeudi soir. Rue89 Strasbourg vous propose de gagner des invitations pour cette soirée.

En partenariat avec Rue89 Strasbourg, les cinémas Star proposent de gagner 15 invitations pour deux personnes à l’avant-première du film « Le Genou d’Ahed », en présence de son réalisateur Nadav Lapid jeudi 26 août à 20h15. Le film est projeté en avant-première dans le cadre du festival Ciné Cool.

Pour jouer, il suffit de remplir le formulaire au bas de cet article avant mardi 24 août à 18h.

Synopsis

Y., cinéaste israélien, arrive dans un village reculé au bout du désert pour la projection de l’un de ses films. Il y rencontre Yahalom, une fonctionnaire du ministère de la culture, et se jette désespérément dans deux combats perdus : l’un contre la mort de la liberté dans son pays, l’autre contre la mort de sa mère.

Bande d’annonce

Bande d’annonce du film Le Genou d’Ahed (Pyramide Distribution)

Le concours

Six soirées de Pelpass Festival, le retour des découvertes, pieds dans l’herbe et bières à la main

Six soirées de Pelpass Festival, le retour des découvertes, pieds dans l’herbe et bières à la main

Du mardi 31 août au dimanche 5 septembre, Pelpass va enfin pouvoir proposer son gros festival annuel au jardin des Deux-Rives. L’événement s’adapte aux restrictions sanitaires mais garde son esprit champêtre et bucolique sous chapiteau. Plusieurs noms de l’édition annulée de 2020 sont programmés, comme Pogo Car Crash Control ou Jungle by Night, et quelques nouveautés comme Benjamin Epps ou Babylon Circus.

Passe sanitaire ou pas, assis ou débout ? Après une série de rebondissements, le Pelpass Festival 2021 a trouvé sa forme définitive. Toujours au jardin des Deux-Rives, cette 4e édition se décline sur six soirées, du 31 août au 5 septembre, plutôt que trois grosses dates du mois de mai. Malgré les restrictions sanitaires, qui imposent une jauge maximale de 1 000 personnes, le festival garde les fondamentaux avec un chapiteau, sous lequel il sera possible de rester debout. Le passe sanitaire sera exigé à l’entrée, ainsi que le port du masque. Un espace bar et restauration avec des produits locaux a également pu être autorisé, ainsi qu’une version allégée de la « Militente », chargée de combler le vide musical entre les passages des artistes.

Côté programmation, la liste d’artistes a aussi subi quelques changements, par rapport à ce qui était annoncé en 2020. Par exemple, en échange du rappeur Dinos, le festival ramène Benjamin Epps, dont le nom est sur les lèvres de nombreux amateurs de rap francophone. Son EP « Fantôme avec Chauffeur » produit avec le vidéaste critique de rap « Chroniqueur Sale » ré-explore un boom bap ambitieux à la française, mis à jour à la sauce 2021. Avec une voix et un flow entre Time Bomb et Westside Gunn, des instrumentales très inspirées des années 90 et des textes aux références actuelles, le jeune rappeur a de quoi ravir plus d’un nostalgique et de quoi accrocher plus d’un néophyte.

Un festival connu pour son caractère « éclectique et découverte »

J’ai leur attention, clip de Benjamin Epps (vidéo YouTube)

Le Pelpass festival est connu pour ses mélanges de styles musicaux et pour ses petites perles musicales dénichées par l’équipe de l’association. Toujours côté têtes d’affiches, le jazz électro teinté d’afrobeat de « Jungle By Night » ou le métal aux souches grunge de « Pogo Car Crash Control » étaient déjà programmés en 2020 et sont renouvelés cette année. Les lyonnais de « Babylon Circus », ramènent une touche fanfare, ska et reggae au festival, avec des textes engagés, parfois dans la veine de Tryo ou des Fatals Picards. Le dernier album de ce groupe aux 25 années de carrière, State Of Emergency, s’approprie quelques notes rock sans trop sortir de sa ligne musicale et lyrique.

Le festival permet souvent de faciliter les rencontres entre les différents genres musicaux et leurs publics. En quelques jours, la scène passera du rock spatial et pesant de « Slift », à l’electro d’influence balkane des strasbourgeois « Turbo Guzmi », ou encore à la chanson française aux racines d’afrobeat, de jazz, reggae et de funk du duo « Djeuhdjoah & Lieutenant Nicholson ». Le contraste musical s’étend à l’électro-rap du groupe belge « Glauque », résonnant comme une version plus obscure et brutale du groupe Odezenne, jusqu’au trio « Les Violons Barbares », qui emmènent le public aux tréfonds des steppes mongoles ou de la Bulgarie avec un réarrangement de musiques traditionnelles.

Aquamarine

Depuis les débuts de Pelpass en 2006, l’association cherche à dénicher des « ovnis » musicaux ou des projets artistiques émergents, représentés cette année par le rap poétique et engagé, appuyé par percussions, du duo YN, « sélection Les Inouïs du Printemps de Bourges » ou encore la techno subtile, épaisse et acidulée de Calling Marian « lauréate du FAIR 2020 ».

La bonne ambiance du Pelpass Festival Photo : Sophigraphie

Dans les événements Pelpass, la scène locale n’est jamais très loin, présente dans cette édition, notamment avec les « versus », des performances imaginées en résidence par deux groupes du Grand Est, présents sur scène en même temps pour se répondre musicalement. Sur la journée de vendredi par exemple, le rappeur mulhousien SMR fera face aux nancéens Lobo El et Cotchei.

S’y retrouver

Au vu de l’étendue du mélange des genres des artistes présents au Pelpass, il est parfois difficile de s’y retrouver dans la programmation. S’il n’y a pas de thème musical défini par soirée, il se dégage parfois quelques lignes directrices, guidant le public dans ce maelstrom de talents.

La journée de mardi plaira aux amateurs de gros riffs de guitare, celle du mercredi sera plutôt un mélange des genres et des rythmes du monde. Les concerts du jeudi seront teintés de musicalités africaines ou sud-américaines, alors que le vendredi est plutôt consacré au rap. Le samedi sera sous le signe de l’expérimentation musicale et le dimanche part dans tous les sens, notamment avec un spectacle de dernier jour. La compagnie « Les Sœurs Goudrons » joueront leur spectacle participatif « Dames de France », non sans référence satirique au concours des Miss France…

Dames de France des Soeurs Goudron.

Une compagnie de théâtre strasbourgeoise réussit à faire exfiltrer une poétesse afghane et sa famille

Une compagnie de théâtre strasbourgeoise réussit à faire exfiltrer une poétesse afghane et sa famille

En mai 2019, la compagnie La Soupe, de Strasbourg, avait produit « Je Hurle », un spectacle sur la parole des femmes afghanes à partir des poèmes de Kamila G. Directement menacée de mort par les talibans, le couple de comédiens a tout mis en oeuvre pour exfiltrer la poétesse et sa famille proche. Avec succès.

Depuis plusieurs semaines, les deux membres de la compagnie strasbourgeoise La Soupe vivent au rythme des avancées des talibans en Afghanistan. En 2019, Yseult Welschinger et Éric Domenicone avaient produit « Je Hurle », un spectacle intime (voir la chronique de Rue89 Strasbourg), mettant en scène les poèmes de deux afghanes écrasées par le poids d’une société traditionnaliste, religieuse et patriarcale. Kamila G. et une autre poétesse avaient fait le déplacement jusqu’à Strasbourg pour les représentations du spectacle au Taps, un voyage qui, elles le savaient, les condamnaient à mort aux yeux des talibans.

Le 6 mai, dans une région déjà contrôlée par les talibans, une connaissance de Kamila G. est sommée par les djihadistes de communiquer son adresse à Kaboul. Devant son refus, cette personne est abattue. Kamila G. cherche alors à fuir l’Afghanistan et se rapproche de l’ambassade française. Mais les procédures traînent tandis que la progression des talibans est fulgurante.

Une quinzaine d’Afghans à faire sortir d’urgence

Yseult Welschinger et Éric Domenicone sollicitent alors l’ensemble de leur réseau pour venir en aide à la poétesse et à sa famille. C’est le début d’une course contre la montre entre les services de l’ambassade de France à Kaboul, les élus locaux dont Jean Rottner, président de la Région Grand Est et Syamak Agha-Babaei, premier adjoint à la maire de Strasbourg, et les service de l’État en France. Car il faut sauver Kamila G. mais aussi son mari et leurs cinq enfants, dont deux sont mariés et ont eux-mêmes des enfants, soit en tout quinze personnes, 9 adultes et 6 enfants dont un bébé.

Dimanche 15 août, les talibans sont aux portes de Kaboul et le gouvernement local s’effondre. La famille vient d’obtenir des visas mais n’a aucun moyen de sortir du pays. Yseult Welschinger et Éric Domenicone achètent alors « à prix d’or » des billets d’avion pour rejoindre Paris, via la Turquie. Las, ces avions ne décolleront jamais, en raison du chaos qui envahit l’aéroport Hamid Karzaï à ce moment là. La famille quitte son domicile et se réfugie à l’ambassade, en espérant que la France pourra les exfiltrer par ses propres moyens.

Ce qui est le cas, les quinze membres de la famille ont été convoyés de Kaboul à Abu Dhabi en avion militaire, puis des Émirats arabes unis vers la France en avion de ligne affrété par le ministère des Affaires étrangères.

Kamila G. dans l’avion qui la mène de Kaboul à Abu Dhabi Photo : doc remis

L’État se mobilise pour accueillir les réfugiés afghans

« On a suivi tout ça minute par minute depuis dimanche via les messageries Signal et WhatsApp », indique jeudi matin Yseult Welschinger, alors qu’elle est sur la route vers l’aéroport de Roissy pour accueillir une partie de la famille afghane. Elle et son compagnon ont mis en œuvre une chaîne de solidarité ultra-locale depuis Kolbsheim, où ils habitent, pour accueillir, ramener et héberger ces quinze personnes. Un effort finalement inutile puisqu’ils ont appris jeudi soir que tous les réfugiés de Kaboul étaient pris en charge directement par l’association France Terre d’Asile, missionnée par le ministère des Affaires étrangères pour accueillir ces réfugiés.

Les quinze membres de la famille afghane ont finalement pu arriver à Paris dans la soirée et la nuit de jeudi. Placés en quarantaine pendant une dizaine de jours dans un hôtel au nord de Paris, ils devraient se voir attribuer une place d’hébergement au sein du dispositif de l’État. Bien que la ville de Strasbourg soit volontaire pour accueillir une partie des réfugiés afghans, la répartition dans les centres d’hébergement de France est menée par l’État en fonction des capacités d’accueil.

Mygales, félins et grenouilles… Le trafic d’animaux vu par un spécialiste en Alsace

Mygales, félins et grenouilles… Le trafic d’animaux vu par un spécialiste en Alsace

Ludovic Leib est un agent spécialisé dans la lutte contre le trafic d’espèces protégées. Malgré l’augmentation des pouvoirs de la police de l’environnement, le fonctionnaire de l’Office français de la biodiversité peine à faire face à un phénomène en constante évolution, de la mygale importée de Guyane jusqu’aux félins prisés par la jet-set, en passant par le braconnage de la faune locale.

Le rendez-vous est donné au bord du Rhin, à Gerstheim dans le Bas-Rhin. Malgré une connexion à internet quasi-inexistante, Ludovic Leib travaille ici dans une petite maisonnette isolée, voisine d’un restaurant et de quelques habitations. Fonctionnaire de l’Office français de la biodiversité (OFB), il a commencé sa carrière en 1995 dans une unité spécialisée contre le trafic d’espèces protégées.

Pendant cinq ans, il a collaboré avec les douanes et la gendarmerie entre « contrôle des cirques, des zoos et des passagers à l’aéroport, enquête et perquisition ». Arrivé en Alsace en 2002, il a exercé en tant que chef de brigade pendant près de dix ans. Depuis 2019, Ludovic Leib participe à des enquêtes, en Alsace comme dans toute la France, pour sanctionner les contrevenants à la Convention sur le commerce international des espèces menacées.

Ludovic Leib dans les locaux de l’OFB à Gerstheim Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Rue89 Strasbourg : Quand on parle de trafics d’espèces protégées. Quels sont les animaux les plus récurrents en Alsace ? 

Ludovic Leib : À l’heure actuelle, nous avons une problématique avec la capture de chardonnerets, une espèce menacée de disparition en France. Ces oiseaux sont souvent capturés pour être recroisés avec des canaris et les faire participer à des concours de chants. Un oiseau chanteur peut se négocier jusque 400 euros pièce. Ce sont surtout les Belges qui sont très amateurs de ces concours suite à des captures en France. Cette culture de l’oiseau chanteur est plus présente dans le nord de la France. Mais en Alsace, on a des gens qui élèvent et recroisent les oiseaux pour produire les meilleurs oiseaux chanteurs. 

Des réglementations variables

Dans la région, une autre problématique que l’on rencontre n’est pas vraiment liée au trafic. Comme l’Alsace est une région frontalière, on voit souvent des espèces dont la détention est illégale en France, ou soumise à déclaration en France, mais en vente libre en Allemagne. 

Pouvez-vous donner un exemple d’espèce pour laquelle la réglementation est différente selon le pays ? 

En France, la réglementation protège les espèces présentes en Guyane, comme les aras. Lorsque l’arrêté de protection de ces perroquets a été pris dans les années 80, la Belgique et les Pays-Bas ont dénoncé cette décision en parlant d’entrave au libre-échange. Dans ces deux pays, tant qu’on peut prouver l’origine légale de l’animal, on peut le vendre. Donc en France, il faut disposer d’un certificat de capacité d’ouverture pour avoir ces animaux. Mais on sait très bien que de nombreux Français sont allés en acheter en Belgique ou Pays-Bas avant de les rapporter en France sans rien dire à personne. 

Notre domaine est très complexe parce que nous naviguons entre un texte international, la convention de Washington sur la protection des espèces menacées, un règlement européen et des transpositions nationales de ces textes. 

De quelles espèces parle-t-on ici ? Et où peut-on les acheter ? 

Par exemple en Allemagne ou en Belgique, ou même en Suisse, il y a des grosses bourses de vente d’espèces protégées. À Hamm, en Allemagne, la bourse des reptiles est très réputée. De nombreux Français s’y rendent et rentrent avec des serpents, des tortues, des lézards et autres caméléons, mygales, scorpions… Sauf que de nombreuses espèces sont interdites de détention en France.

« Pas vraiment de profil type »

Y a-t-il un profil-type chez ces acheteurs de reptiles et autres espèces protégées ? 

Vous avez de tous les profils. Il y a de l’amateur averti qui reste sous les radars avec une petite collection de venimeux. Mais il y a aussi des gens très très connaisseurs, qui ont toutes les capacités pour élever ces animaux et ont souvent des installations adéquates pour les accueillir. On a toujours les gens qui cherchent le truc sensationnel alors ils vont récupérer une ou deux mygales parce que ça fait sympa de dire j’ai une mygale ou un scorpion à la maison.

Au niveau des âges, c’est aussi très divers, de la vingtaine à la soixantaine. Dans ce milieu, il n’y a pas vraiment de profil type. J’ai aussi eu l’occasion dans ma carrière de contrôler une jeune femme qui avait 400 mygales chez elle. 

Comment est-ce que votre équipe peut tomber sur de telles situations ? 

Dans ce dernier cas, c’était un signalement des douanes, qui avaient contrôlé le colis de La Poste après deux envois qui sortaient de l’ordinaire à son adresse. On était donc allé chez cette demoiselle sympathique sauf qu’elle n’avait aucune autorisation pour avoir autant d’animaux chez elle. C’était quelqu’un qui connaissait bien les animaux mais qui ne faisait pas parler d’elle. On avait fini par tout saisir et on a dû placer les mygales dans trois structures différentes. 

De la surveillance sur LeBonCoin

Quelles sont les autres méthodes d’enquête que vous employez pour traquer le trafic d’animaux exotiques ? 

On fait aussi de la cybersurveillance sur les sites d’échanges, notamment sur LeBonCoin. Dès qu’on détecte une mise en vente d’espèce dont la détention est réglementée, nous pouvons solliciter l’accord du procureur pour réquisitionner toutes les informations sur le vendeur et ouvrir une enquête. Lorsque les faits portent sur des espèces prélevées dans leur milieu naturel, on peut perquisitionner sans l’accord du propriétaire, c’est le cas pour le lynx ou le chardonneret dans l’Est de la France par exemple. 

Une fois l’enquête terminée, que faites-vous des animaux saisis ?

Quand on saisit de l’inerte, par exemple des objets en ivoire, on ne se pose pas trop de question parce qu’on sait qu’on peut les laisser au coffre et attendre la décision du magistrat. Pour des saisies d’espèces vivantes, c’est au cas par cas. Il faut d’abord qu’on trouve un lieu d’accueil qui permette à l’animal d’aller mieux. 

J’ai déjà vu une saisie d’une trentaine d’aras. On savait qu’on allait les placer dans un zoo grâce à un camion de gendarmerie. Quand on est arrivé devant l’établissement, on a ouvert les portes du camion et il y a eu un gros nuage de plumes. Pendant le transport, un perroquet avait stressé. C’est le vétérinaire qui nous l’a expliqué. Le perroquet s’était retiré toutes les plumes du poitrail et c’est pas joli un perroquet sans plume sous le poitrail…

Y a-t-il eu une évolution dans les espèces concernées par le trafic d’espèces protégées depuis le début des années 2000 ?

Au début des années 2000, la mode, c’était les serpents. Au niveau local, il y avait des gens très compétents et qui avaient les autorisations nécessaires pour hybrider des animaux. On trouvait des pythons et des boas roses ou jaunes. Puis après on a commencé à trouver plus de tortues. Ensuite il y a eu ces petites grenouilles toutes colorées, les dendrobates

10 mois de prison pour le roi de la jungle en Moselle

En Alsace, on n’est pas encore trop concerné mais les collègues en région parisienne ont été confrontés ces derniers temps à des figures de la jet-set, qui se prennent en photo avec des lionceaux ou des tigres. C’est une autre mode, plus récente. Actuellement, il y a aussi la problématique des savannahs, un croisement entre le chat domestique et le serval, un petit félin à la taille tachetée et couleur sable. 

Y a-t-il déjà eu des condamnations pour le trafic de ces espèces ?

En Moselle, il y a eu le fameux “roi de la jungle” qui a été arrêté par nos services. C’est un homme qui se faisait filmer et qui est passé à la télévision avec son serval. Il était à la fois éleveur et il trafiquait ces animaux et d’autres espèces protégées. Cette arrestation et la condamnation à 10 mois de prison ferme et 15 000 euros d’amende est le résultat d’un travail de collaboration entre nos agents et l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et la santé publique, une unité pilotée par la gendarmerie. 

Vous pourriez me raconter l’enquête dont vous êtes le plus fier ?

Il y a eu récemment une belle affaire dans le Haut-Rhin en matière de capture de grenouilles. Les collègues avaient les infos et ont effectué les surveillances. L’enquête a duré deux ou trois ans. Le parquet a fini par donner le feu vert et il y a eu une saisie d’argent liquide et de cuisses de grenouilles qui étaient vendues à des particuliers. C’étaient des espèces protégées qui étaient capturées la nuit à l’aide de nasses. Trois kilos de cuisses, de l’argent, des armes non déclarées… parce que les membres du groupe étaient aussi proches du milieu de la chasse. 

« On passe à côté de certaines affaires »

À l’Office Français de la Biodiversité, la lutte contre le trafic d’animaux exotiques et autres espèces protégées est une mission parmi d’autres. Quels sont les autres tâches des agents de l’OFB ?

Un agent de l’Office de la biodiversité doit consacrer 60% de son temps aux missions de police. Sur ces 60%, le volet est très large parce qu’on est compétent dans tout ce qui est police de la chasse : permis, arme utilisée, munitions, mode, application des plans de chasse, commercialisation du gibier, lutte contre le braconnage, etc. Et tout ce qui est convention de Washington, oiseaux, espèces et milieux protégés, la police de l’eau (travaux en zones humides, produits des zones phyto sanitaires etc.). Par exemple, on a procédé récemment à des contrôles liés au chantier de l’autoroute du GCO, sur la mise en place des mesures compensatoires pour les cours d’eau. Actuellement, les collègues sont aussi impactés par la présence du loup et du lynx. 

Avez-vous suffisamment de moyens pour lutter efficacement contre le trafic d’espèces protégées ? 

C’est mitigé. On n’arrive pas à tout traiter. On n’est pas assez nombreux, même s’il y a de belles affaires. Au niveau de l’office de la biodiversité, on passe à côté de certaines affaires par manque d’outils, de collaboration avec les autres services de police. Il faut aussi continuer à une meilleure prise de conscience. Les gens chez nous sont tous des passionnés et on a parfois le sentiment que l’administration ne va pas assez vite. On a un réseau d’informateurs et on sait qu’on manque de moyens pour tout couvrir. On n’arrivera jamais à tout contrôler. Le trafic d’espèces protégées, c’est le quatrième plus gros trafic au monde.