Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

À Hautepierre, les jeunes forment le nouvel espoir de l’aide sociale

À Hautepierre, les jeunes forment le nouvel espoir de l’aide sociale

Un « supermarché gratuit et solidaire » s’installe à Hautepierre un samedi par mois, porté par les jeunes d’associations du quartier. Face à la précarité et aux limites des distributions alimentaires habituelles, ces distributions des nourriture attirent de plus en plus de personnes.

Dans l’école Rosa Parks, à Hautepierre, 32 bénévoles de l’association Solidariteam installent des tables dans un joyeux brouhaha. Depuis 8 heures, samedi 5 juin, une vingtaine d’hommes et de femmes patientent derrière les grilles, cabas et chariots de courses à la main. Comme chaque samedi, un « supermarché gratuit et solidaire » est installé dans un quartier de l’Eurométropole, tour à tour l’Elsau, la cité Rotterdam, Hautepierre et Schiltigheim.

La majorité des bénévoles présents samedi à Hautepierre avait moins de 25 ans. Photo : VV / Rue89 Strasbourg

Au volant de son camion rempli de denrées alimentaires, Jérémy est en route vers l’école Rosa Parks. L’animateur du secteur jeune du Galet, étale des dizaines de feuilles A3 couvertes de noms sur la plage avant, la liste des inscrits pour la distribution du jour. Chaque semaine, des associations, travailleurs sociaux de la Ville et de la Collectivité Européenne d’Alsace ainsi que les foyers Adoma envoient des listes de bénéficiaires. « On attend entre 500 et 600 personnes aujourd’hui », lance-t-il entre deux appels. La journée s’annonce chargée, il doit coordonner l’installation de la distribution et la collecte de dons simultanée au Auchan de Hautepierre.

Une organisation rodée, des collectes aux distributions

La camionnette peine à se frayer un chemin devant la grille de l’école, au milieu des bénéficiaires qui attendent l’ouverture des portes. « Madame, Monsieur, c’est à midi que vous pourrez entrer, pas avant », lance-t-il par la fenêtre, presque désolé. À peine garé dans la cour, une chaîne humaine s’organise pour vider le véhicule. Il faut aller vite. 11h approche : l’heure de l’ouverture aux étudiants. Ce sont les premiers à pouvoir profiter de la distribution, sur présentation de leur carte étudiante. Lorsque les grilles s’ouvrent, les premiers bénéficiaires sont invités à s’avancer vers les tables disposées en U, dans les locaux de l’école.

Chaque jour, des bénévoles de Solidariteam se rendent dans des grandes surfaces partenaires pour récupérer les invendus. Photo : VV / Rue89 Strasbourg

Dans le brouhaha de ce supermarché éphémère, des adolescents en gilets jaune ou orange aident des personnes âgées à porter leurs sacs jusqu’à la sortie tandis que d’autres tendent des denrées à des mères de famille reconnaissantes. Toute la semaine, des bénévoles collectent les invendus des grandes surfaces, qui sont ensuite stockés dans des locaux mis à disposition par le CSC Le Galet et le Sermes, un magasin d’électroménager, à la Meinau.

« On parle souvent de la violence dans les quartiers mais jamais des jeunes qui s’investissent »

En fin de matinée, Smaïl, entraineur au club de football de Hautepierre, prend une pause à l’entrée de la salle, entouré de trois de ses joueurs de 16 et 17 ans. L’air satisfait, ils observent les familles passer de tables en tables. D’abord les produits secs, puis les fruits et légumes, et enfin les produits d’hygiène et les vêtements. Ici, la distribution ne s’effectue pas en fonction de la situation sociale du foyer, mais selon la quantité de nourriture collectée et le nombre de bénéficiaires attendus.

Derrière les stands, la majorité des bénévoles ont moins de 25 ans. Smaïl sourit. « Faire partie d’un club de foot, ce n’est pas que faire du sport. C’est aussi porter des valeurs et un objectif socio-éducatif. Chaque samedi j’ai environ dix jeunes qui s’impliquent dans une distribution », explique-t-il avec fierté. Ses joueurs acquiescent. « Je comprends le gens qui viennent ici. J’étais dans un peu dans la même situation qu’eux avant », lâche timidement l’un deux, avant de retourner derrière une table.

Les jeunes sont derrière les tables, prêts à distribuer la nourriture aux bénéficiaires. Photo : VV / Rue89 Strasbourg

Dans la salle, des éclats de rires fusent entre les bénévoles. La plupart se connaissent, s’interpellent et rient ensemble. Une phrase revient chez beaucoup : « aider son prochain ». Conscients de la difficultés pour certains de faire ses courses convenablement, il semble normal pour ces jeunes d’aider ceux qui pourraient être des voisins, des cousines ou des oncles. « On parle souvent de la violence dans les quartiers mais jamais des jeunes qui s’investissent et qui demandent à aider, alors que c’est une réalité. Regardez ces visages, ce sont eux qui portent ce projet », salue Noureddine Alouane, président de Solidariteam.

« Si je fais des courses au supermarché, je n’en ai pas pour tout le mois »

« Espacez-vous dans la queue ». Il est à peine midi et une file d’attente serpente déjà dans la cour de récréation de l’école. Aziz, président des Compagnons de l’espoir, tente de faire respecter la distanciation sociale sous le ciel menaçant. Un mégaphone à la main, il longe la file émaillée de poussettes et de chariots, rappelant que ceux qui ne sont pas inscrits ne seront pas servis avant 14h. L’association travaille ainsi en collaboration avec l’aide sociale.

511 personnes ont bénéficié de la distribution organisée par les associations locales samedi 5 juin. Photo : VV / Rue89 Strasbourg

Lorsque des tensions éclatent dans la file d’attente, c’est à lui d’intervenir. Une femme en accuse une autre de l’avoir doublée. Aziz temporise. « Nous sommes tous bénévoles ici, on est là pour la solidarité. On gagne quoi, nous, si vous vous comportez comme ça ? Tout le monde repartira avec quelque chose », rasssure-t-il avec fermeté. Les bénéficiaires reprennent leur place et Aziz continue d’arpenter la cour de récréation. Certains, comme Juliette, se sont assis, laissant leur chariot dans la file à leur place. Cette mère de trois jeunes enfants vient ici pour la première fois, sur les conseils de la maîtresse. « Tout est si cher, si je fais des courses au supermarché, je n’en ai pas pour tout le mois », soupire-t-elle.

Une initiative locale pour pallier les limites des distributions habituelles

« Il y a des gens qui viennent de Molsheim », lance un bénévole, stupéfait. L’initiative semble avoir visé juste ; le besoin d’aide alimentaire reste criant, pas entièrement satisfait par les distributions habituelles. Solidariteam se considère comme « complémentaire » des autres associations, « La plupart de nos bénéficiaires sont aidés par plusieurs distributions au cours du même mois », assure Noureddine Alouane, pour qui les « supermarchés gratuits et solidaires » de Solidariteam semblent augurer un renouveau de l’action sociale dans les quartiers, fondée sur la mobilisation des jeunes. Ces derniers sont d’ailleurs prêts à prendre la relève. « C’est une histoire de valeurs et de principes », affirme Kawthar, catégorique, du haut de ses 16 ans. À la fin de la journée, l’action aura aidé 511 personnes à remplir leurs frigos.

Bachir, le livreur victime d’insultes racistes et de menaces porte plainte

Bachir, le livreur victime d’insultes racistes et de menaces porte plainte

Mercredi 16 juin, Bachir, un livreur de 31 ans, a porté plainte pour insultes racistes et menaces contre l’homme qui l’avait agressé verbalement. L’altercation a eu lieu le 9 juin à Illkirch-Graffenstaden alors qu’il effectuait sa tournée pour la Poste.

Bachir ne veut pas se laisser faire. Mercredi 9 juin, ce chauffeur-livreur de 31 ans a été victime d’insultes racistes et de menaces de la part d’un premier homme d’environ 45 ans, puis d’un deuxième, à Illkirch-Graffenstaden. Ce salarié d’un sous-traitant de la Poste a porté plainte mercredi 16 juin au commissariat de la commune :

« J’ai quand même peu d’espoir que cela aboutisse. Mais j’ai plusieurs preuves : l’identité et la plaque d’immatriculation de la personne, la vidéo de l’altercation et des témoignages de personnes qui ont assisté à la scène. »

Preuve supplémentaire, Bachir a appelé la police durant l’altercation. Un policier lui avait répondu qu’il ne se déplacerait pas, à moins qu’il soit soit en danger : « Au moins, cet appel laisse une trace de l’agression verbale que j’étais en train de subir. »

Livreur de 31 ans, Bachir a subi des insultes et menaces racistes à Illkirch le mercredi 9 juin. Une semaine plus tard, il a porté plainte au commissariat d’Illkirch-Graffenstaden. Photo : Document remis

Rappel des faits 

L’altercation s’est produite à la suite d’un refus de cédez-le-passage route Burkel à Illkirch, comme l’avait relaté Actu Strasbourg. La camionnette de Bachir étant plus longue, il s’engage, se disant que l’homme dans la voiture va lui laisser la priorité. C’est là que la situation dégénère. Il reçoit un torrent d’insultes, « sale bougnoule » étant celle qui l’a le plus marqué. Bachir était sous le choc :

« Ce qui me désole le plus, c’est ce que ses enfants étaient présents dans la voiture. Je lui ai d’ailleurs dit ‘C’est ça l’exemple que vous donnez à vos enfants ?’, ce qui l’a encore plus énervé. »

Un voisin s’en est ensuite mêlé, depuis son balcon. Il a également prononcé des insultes et menaces à caractère raciste. « Il faut vous chasser à la broche », retient Bachir.

Vidéo prise par une habitante du quartier et publiée sur le compte @ESoumsoum

Une vague de soutien

Bachir a gardé son calme tout au long de l’altercation :

« Je sais que les livreurs n’ont pas forcément bonne réputation. Je ne voulais surtout pas que cela me retombe dessus et qu’on me stigmatise. »

Depuis, il a reçu beaucoup de soutien, notamment de son employeur. Ses supérieurs lui ont conseillé de porter plainte. 

« J’ai eu de nombreux appels, messages, même de gens qui viennent d’un milieu différent du mien. C’est sûr que ça me touche et que ça fait du bien. »

Les Narrations du futur, un festival pour se confronter au tremblement du monde

Les Narrations du futur, un festival pour se confronter au tremblement du monde

Du 18 au 27 juin 2021, le Maillon et le TJP accueillent le festival des Narrations du futur. Au menu : des spectacle hybrides, des ateliers, des plateaux radios, des laboratoires, une joyeuse farandole d’artistes, de scientifiques et de spectateurs, pour se projeter en avant.

Si la crise sanitaire a longtemps fermé les théâtres, la réouverture a permis une grande respiration. Durant ces mois de silence, les professionnels de la culture se sont adaptés. Dans le secret de leurs murs, ils ont patienté, expérimenté, et préparé la reprise tant espérée. Les Narration du futur célèbrent la reprise de la vie culturelle en mettant l’accent sur une conscience nouvelle. Traverser une telle crise est une expérience qui invite à anticiper l’avenir et à se serrer les coudes.

Le tremblement, un phénomène entre menace et opportunité

Les Narrations du futur, élaborées main dans la main par les équipes du TJP – Centre Dramatique National (TJP – CDN) et du Maillon, se penchent sur un monde bouleversé, saisi par la crise et le sentiment d’urgence. « Cette question de l’avenir n’est pas le monopole des artistes. Il est urgent de changer de paradigme », affirme Renaud Herbin, directeur du TJP. Pour répondre à ce besoin, les Narrations mettent en dialogue des compétences hétéroclites, à l’image de l’échange entre Jérôme Vergne, sismologue, et l’anthropologue Jérémy Damian. Ce dernier en a tiré un article où il interroge les différences facettes de cette vibration qui secoue les sociétés.

La collapsologie, cette pensée de l’effondrement global, vient rapidement en tête, mais elle n’est pas seule idée présente dans ce festival. Les perturbations de notre époque peuvent aussi être une invitation à changer et se réinventer. « Il faut entendre ce tremblement comme un déplacement », selon Renaud Herbin. Lui-même propose Quelque chose s’attendrit, un court spectacle en forme de poème visuel, qui se tiendra à plusieurs reprises. Dans cette parenthèse de trente minutes, une danse indéchiffrable d’un petit pantin renversé sur un écran de papier vient taquiner l’imagination du public.

À travers des lentilles et des calques, la lumière enveloppe main et marionnette d’une brume énigmatique. Photo : de Renaud Herbin

La conférence gesticulée est une forme très prisée des discours collapsologiques. Avec Auréliens, François Gremaud s’en saisit. Mélange d’intervention scientifique et de one-man-show, le spectacle donne du coffre à un avertissement climatique. C’est Aurélien Patouillard qui porte les paroles de l’astrophysicien Aurélien Barrau. Avec un discours plein de menaces mais aussi d’espoir, déplacé depuis les congrès scientifiques sur la scène du théâtre, le spectacle interpelle d’une façon nouvelle.

Fête pastorale ou sabbat démoniaque ? L’assemblée de ces créatures singulières laisse pantois. Photo : de Yvan Clédat

Pour parler du monde, il faut aussi le rendre sensible. Les arts plastiques répondent bien à ce besoin. Avec Farm Fatale Philippe Quesne met en place des épouvantails clownesques qui soupirent et plaisantent sur le capitalisme agricole. Hybrides de chair et de paille, contemplatifs et cloués dans les champs, ce sont des silhouettes familières, à l’écoute des changements.

Même étrangeté avec Les Merveilles de Clédat et Petitpierre. En puisant dans l’imaginaire des contes médiévales, le spectacle donne à voir des créatures surprenantes. Pieds et oreilles de géants, corps sans visage, mais tous évoluant dans une harmonie naturelle qui est loin d’une ambiance horrifique. Ces silhouettes évoquent aussi bien les légendes antiques qu’un imaginaire de mutations radioactives, après un bouleversement écologique.

Réfléchir, créer, anticiper : un retour de l’effort collectif

Si les spectacles constituent le cœur des Narrations, ils sont accompagnés de nombreux moments d’exploration et de tâtonnement. Le futur est « un ailleurs qui demande une co-concertation, dès maintenant », souligne Barbara Engelhardt, directrice du Maillon. Durant ce temps fort, un groupe de laboratoires rassemblent des quatuors d’étudiants, de chercheurs, de soignants ou encore d’entrepreneurs. Ensemble ils cogiteront, creuseront des hypothèses pour enfin partager leurs réflexions.

S’y ajoute le laboratoire éditorial, piloté par l’artiste Maya Boquet. Dans ce groupe, six étudiants et étudiantes vont accompagner les Narrations du futur, en documentant les événements. Ils réfléchiront à de nouveaux modes d’expression et de transmission. Leur restitution viendra clore cette séquence artistique avec un rendez-vous énigmatique, le samedi 26 juin à 21h 30.

Une vision entre l’amusante familiarité et le décalage perturbant, c’est une esthétique commune pour Philippe Quesne. Photo : de Martin Argyroglo

Un certain nombre de moments, sur réservation, convient directement le public à participer à l’événement. Un jeu philosophique, ouvert dès 6 ans, ouvrira un débat au TJP, le dimanche 20 juin. Des ateliers intergénérationnels pousseront aussi leurs participants à explorer des modes de gouvernance, leur rapport à leur propre corps, ainsi qu’à la nature. Une expérience de futuronautisme, le samedi 19 juin, titillera l’imaginaire de ses explorateurs, pour prévisualiser les futurs possibles.

Dans « Terairofeu » deux personnages isolés survivent dans une jungle de détritus issus de l’industrie humaine. Le rapport aux éléments naturel fait alors l »objet d’un nécessaire apprentissage. Photo : de Jean-Pierre Estournet

Plusieurs plateaux radiophoniques seront assurés en partenariat avec Radio en construction et le MédiaLab d’Artefact. Sur les ondes (90.7 en FM) et en ligne, ces émissions rythmeront les Narrations du futur en donnant de l’écho à ses poésies et ses préoccupations. Avec ces multiples ramifications, les Narrations témoignent d’un bouillonnement longtemps contenu. Il faut dire que l’événement avait été imaginée dès 2019. Il a été repoussé et modifié au fil du temps. Barbara Engelhardt voit dans ce moment une occasion de relancer la machine, sans se presser outre mesure. « Il y a une différence entre un emballement et un bousculement. Nous avons été bousculés par la crise. Maintenant, il faut trouver comment se reprendre. » Se reprendre, avec en tête les perspectives, les espoirs et les avertissements que peuvent forger de pareils moments de vie collective.

Régionales : La Région Grand Est a dégradé l’enseignement avec les « lycées 4.0 »

Régionales : La Région Grand Est a dégradé l’enseignement avec les « lycées 4.0 »

Dès la rentrée 2019/2020, tous les lycéens du Grand Est ont reçu un ordinateur, offert par la Région Grand Est. C’était l’opération « lycées 4.0 ». Face à l’absence d’évaluation du dispositif, enseignants et représentants syndicaux rapportent des conditions d’enseignement dégradées et le risque de surexposition aux écrans des adolescents.

« Un cheval de Troie », « Le loup dans la bergerie » et au final « un véritable gâchis ». Depuis la rentrée 2019/2020, tous les lycéens de la région Grand Est reçoivent un ordinateur HP d’une valeur de près de 300 euros. Après deux années à ce régime, les enseignants, représentants syndicaux et parents d’élèves dressent un bilan négatif de ces « lycées 4.0 ». En remplaçant les manuels papiers par un écran entre l’élève et son professeur, sans consultation des premiers intéressés, la collectivité régionale a dégradé les conditions d’apprentissage dans les lycées. Bilan d’une mesure étonnamment absente du débat public, à l’approche du premier tour des élections régionales.

Dans un CDI d'un lycée strasbourgeois, des élèves apprennent à utiliser un logiciel de montage audio (doc remis)
Dans un CDI d’un lycée strasbourgeois, des élèves apprennent à utiliser un logiciel de montage audio Photo : doc remis

Le choix des enseignants : tout de suite ou l’année prochaine

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Régionales : Rottner / Klinkert : les vrais semblants

Régionales : Rottner / Klinkert : les vrais semblants

Issues du même parti, les deux têtes de listes LR et LREM, Jean Rottner et Brigitte Klinkert, ont chassé le même électorat, ce qui rend difficile de les différencier alors qu’ils s’affrontent pour la présidence de la Région Grand Est dimanche. Les principales controverses sont sur la forme et l’exercice du pouvoir.

Ils se sont bien chamaillés. Jean Rottner aurait copié sur Brigitte Klinkert une carte qui met en avant six secteurs d’Alsace d’où sont issus ses colistiers. Les « Rottneriens » ont moqué des affiches prônant « la Force de l’Alsace », collées en dehors de l’Alsace, ou encore que Brigitte Klinkert célèbre l’ouverture des terrasses depuis la Maison de l’Alsace… à Paris. Les « Klinkertiens » ont répliqué en pointant que 8 des 9 têtes de listes départementales de Jean Rottner sont des hommes. Seul l’enfarinage de Jean Rottner par un candidat d’Unser Land a mis les listes d’accord, sur le fait qu’il s’agit d’une pratique inacceptable. Il faut dire que le parti régionaliste alsacien, qui a pris de l’essor avec la contestation du Grand Est, peut aussi grapiller quelques pourcentages précieux. Notamment dans le Haut-Rhin d’où viennent Brigitte Klinkert comme Jean Rottner.

Une division à droite digne de la gauche

Si le début de la campagne a mis en scène avec fracas la division de la gauche, la droite et le centre n’ont rien à lui envier. Une division dont pourrait profiter le Rassemblement national, qui est même donné gagnant au second tour par un sondage. Largement en tête au premier tour, il avait déjà donné des sueurs froides à Philippe Richert en 2015.

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Elections régionales : « J’ai reçu un texto du RN. Comment ont-ils trouvé mon numéro ? »

Elections régionales : « J’ai reçu un texto du RN. Comment ont-ils trouvé mon numéro ? »

De nombreux internautes se plaignent d’avoir reçu des messages provenant du Rassemblement national sur leur mobile. La société Selfcontact confirme les avoir envoyés grâce à un accord avec les opérateurs téléphoniques des destinataires.

Depuis mercredi 16 juin, plusieurs personnes se plaignent d’avoir reçu des SMS en provenance du Rassemblement national (RN), les invitant à aller voter aux élections régionales dimanche. Dans le Grand Est, ces messages sont signés du candidat RN Laurent Jacobelli. Rue89 Strasbourg a reçu ce témoignage d’un lecteur dans la journée du 17 juin : « Voilà le genre de textos que j’ai reçu du RN. Inadmissible, je ne sais pas où ils ont trouvé mon numéro. »

SMS envoyé à dans le Grand Est pour pousser au vote RN lors du premier tour des élections régionales ce dimanche 20 juin. Photo : Lola Manecy / Rue89 Strasbourg / cc

Derrière ces messages, la société Selfcontact

Ces messages ont été envoyés par la société Selfcontact, basée à Noyon (60). Cette société est spécialisée dans « l’envoi de messages vocaux et de SMS électoraux, » selon son site web. Contacté, le gérant de Selfcontact, Laurent Delwalle, confirme avoir envoyé ces messages au nom du RN :

« Les destinataires ont coché une case dans les contrats qu’ils ont signé avec leurs opérateurs téléphoniques. Notre société est partenaire de ces différents opérateurs et c’est comme cela que nous avons accès à leurs numéros. Et ça ne coûte aux clients qu’entre 15 et 30 centimes par SMS. »

Laurent Delwalle, gérant de la société Selfcontact

Selfcontact met en avant une base de données de 29 millions de numéros de téléphone et de 19 millions d’adresses mails en « opt-in », c’est-à-dire susceptibles de recevoir une prospection publicitaire.

Une méthode de plus en plus courante

Nous avons tenté de joindre la tête de liste RN dans le Grand Est dans l’après-midi du jeudi 17 juin. Sans réponse, nous avons tenté de recontacter le directeur de campagne du RN aux alentours de 16h30. Mathieu Grasse n’a pas donné suite à nos appels.

Le président de la République, Emmanuel Macron, avait eu recours au même prestataire en 2017, lors de la campagne pour l’élection présidentielle. La France Insoumise avait utilisé le même fichier lors des élections européennes.

Une pratique jugée légale par la CNIL

Sur son site, la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) confirme que la méthode est légale :

« Un candidat ou un parti politique peut acheter ou louer une base de données contenant des numéros de téléphone auprès d’une société privée (…) C’est pourquoi, la Cnil recommande qu’un premier message téléphonique soit adressé aux personnes concernées afin de recueillir leur accord à être démarchées spécialement à des fins de communication politique. »

La Cnil rappelle que « le citoyen dispose du droit de s’opposer à l’utilisation de son numéro de téléphone à des fins de communication politique, sans avoir à justifier des raisons de sa démarche. » Difficile cependant d’exercer ce droit, alors que la société expéditrice de ces messages n’est pas mentionnée.

Les destinataires peuvent néanmoins s’extraire de la base de données de Selfcontact en envoyant « STOP » au 3610 mais leur opérateur continuera de vendre leur numéro de téléphone à l’occasion d’une mise à jour du fichier… Ils peuvent également contacter la société Selfcontact par mail (dpo@selfcontact.com) pour exercer leur droit de retrait ou se rendre dans l’espace client de leur opérateur pour décocher la case qui lui permet de céder ses données.

Au tribunal administratif, le rapporteur public demande de reprendre les « compensations » au GCO

Au tribunal administratif, le rapporteur public demande de reprendre les « compensations » au GCO

Les conclusions du rapporteur public, un point de vue juridique extérieur et souvent suivi par les juges, appellent à revoir sous six mois deux textes majeurs qui ont permis la construction de l’autoroute du GCO en 2018.

Six dossiers relatifs au Grand contournement ouest (GCO – voir nos articles) de Strasbourg sont étudiés pour la première fois sur le fond par le tribunal administratif de Strasbourg ce jeudi 17 juin dans l’après-midi. Les recours ont été engagés en septembre 2018, lorsque plusieurs arrêtés signés par le préfet du Bas-Rhin autorisaient le lancement des travaux de l’autoroute payante de 24 kilomètres.

En séance, le rapporteur public Sandra Bauer, proposera aux magistrats strasbourgeois d’annuler trois parties des textes attaqués :

    La principale demande concerne l’ensemble des mesures dites « compensatoires » (plantations d’arbres, lâcher de hamster, passages à faune, renaturation d’espaces et de zones humides). La magistrate considère que, telles que prévues, elles « ne garantissent pas le respect de l’équivalence écologique et l’absence de perte nette de biodiversité ». Cette position tranche avec les discours officiels, qui ont toujours soutenu que les mesures spécifiques au GCO (voir ici de la page 47 à 81) vont au-delà des obligations légales. Sandra Bauer suggère de « reprendre l’instruction sur cette partie de l’autorisation, dans un délai de six mois ». L’avertissement est sérieux, puisqu’elle propose aux juges de conditionner la mise en service de l’autoroute, prévue pour fin 2021 ou début 2022, à cette nouvelle autorisation retravaillée. Lorsque cet arrêté avait été attaqué en procédure d’urgence en septembre 2018, le tribunal administratif avait considéré qu’il y avait certes un « doute sérieux » sur la légalité de cette « autorisation unique », mais de ne pas la suspendre « à titre exceptionnel », en raison des manifestations et d’un projet déjà déclaré d’utilité publique ou encore « aisément régularisable ». Ce ne sont pas les mêmes juges qui assistent à l’audience ce jeudi 17 juin.Un autre arrêté qui fait défaut selon le rapporteur public concerne l’échangeur nord à Vendenheim, agrandi dans la nouvelle version du projet et construit par la société Sanef, qui exploite l’autoroute A4 vers Paris. Elle propose cette fois une « régularisation » de l’étude d’impact et de saisir l’autorité environnementale à l’issue. Là encore, un délai de six mois est indiqué, ainsi que de conditionner la mise en service du GCO à ce que cette démarche soit menée à son terme par l’administration préfectorale.Le dernier point est plus anecdotique. Il concerne Geudertheim, une commune près de Brumath et de l’échangeur nord. Le rapporteur public propose d’annuler une délibération de 2017 qui autorisait la société Arcos (groupe Vinci) à des « coupes réglées » d’arbres. Même si ces abattages ont eu lieu il y a quatre ans.

Sur trois autres dossiers, qui concernent les espèces protégées, le rapporteur public ne propose pas de suivre les griefs de l’association Alsace Nature et donc donne raison à la préfecture du Bas-Rhin et à la société Arcos ou la Sanef.

photo GCO
Près de trois ans après le début, les travaux du GCO ont bien avancé. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Un avis souvent suivi, mais…

Tierce-partie indépendante, le rapporteur propose une solution juridique lors des conflits soumis au tribunal administratif, lors des audiences sur le fond. Son avis est généralement suivi par les juges, mais il n’y a aucune obligation. Dans le dossier du GCO, les deux fois où le rapporteur public allait dans le sens des opposants, les juges administratifs sont allés à son encontre. D’abord en 2010, au Conseil d’État à Paris, lorsque la déclaration d’utilité publique (DUP) avait été validée. Et plus récemment, en 2018, concernant les travaux préparatoires, que le tribunal administratif de Strasbourg avait finalement validés.

Les délibérés interviendront dans plusieurs jours, voire plusieurs semaines.

Plus d’informations à venir

À Baden Baden, des commerçants veulent bannir la voiture de leurs rues

À Baden Baden, des commerçants veulent bannir la voiture de leurs rues

Dans un univers parallèle, des commerçants militent avec des élus socialistes et écologistes pour limiter la place de la voiture en ville. Bienvenue de l’autre côté du Rhin, à la cité balnéaire de Baden Baden, où des boutiquiers ont lancé une pétition pour fermer aux voitures un pont à l’ouest de la ville. Le monde d’après serait-il monté à l’envers ?

Deux pupitres blancs calés entre les tables d’une terrasse et des barrières de chantier. Alors que quelques ouvriers en gilet orange s’affairent à finir les travaux du pont Reinhard-Fieser, les commerçants emmenés par Jörg Grütz démarrent leur chantier à eux : deux mois de campagne pour récolter un peu plus de 3 000 signatures, soit 7% des électeurs de Baden Baden, commune allemande balnéaire proche de Strasbourg.

Le « Fieser-Brücke » comme l’appellent les locaux, est le point d’entrée dans la ville pour les automobilistes qui viennent du sud ouest. Depuis un an et demi, le pont en rénovation n’est accessible que pour les piétons et les cyclistes. Les automobilistes et les livreurs qui veulent se rendre au centre-ville doivent faire un détour. Plusieurs commerçants rêvent que les voitures ne reviennent jamais. Et même d’une extension de la zone piétonne à deux rues supplémentaires. Habitante de Baden Baden, Renate est bien d’accord avec eux et fait partie des premières à signer :

« J’habite tout près du centre-ville, et c’est très bien de vouloir piétonniser. Moi je n’ai plus de voiture depuis longtemps. On en a pas besoin ici. Le bus fonctionne à merveille, on peut aller partout avec. »

Nouveau lieu de rassemblement

Juste à côté d’elle, à l’embouchure de la Kreuzstraße qui donne sur le pont, des SUV tentent de se frayer un chemin entre les passants, les terrasses fraîchement déconfinées et les badauds venus signer la pétition. Jörg Grütz a bien son idée sur qui est de trop dans ce cafouillage. Ce propriétaire d’une boutique de vêtements chics et dirigeant de la société City Marketing & Event est convaincu que la piétonnisation n’aura que du bon pour les commerçants aux alentours :

« On a régulièrement des voitures qui ne peuvent pas se croiser et font marche arrière, c’est dangereux pour les piétons. Ça serait une hérésie de s’acharner à laisser les voitures passer. Il y a tant de choses à faire à la place ! »

Lancement de la pétition pour moins de voitures dans le centre. Ses initiateurs ont deux mois pour récolter plus de 3000 signatures. Photo : Pierre Pauma

Également membre de l’organisation du marché de Noël, Jörg Grütz imagine un large pont, transformé en place : « un nouveau lieu de rassemblement pour les événements festifs, ni plus ni moins. » Les restaurateurs et cafetiers qui jouxtent ce fameux pont sont également pour la piétonnisation, qui leur permettrait d’installer des tables supplémentaires en extérieur.

La piétonnisation validée, avant un recul de la maire

Mais il n’y a pas que les pros de la terrasse qui soutiennent la piétonnisation. Mario Appolonio a sa boutique de bijoux de l’autre côté du pont, dans l’allée des colonnades qui mène au mythique Kurhaus et ses casinos. Un lapidaire « plus de passage, donc plus de clients ! », emballé dans un grand sourire, l’affaire est entendue pour le joaillier. Il ne voit que des avantages à ce trait d’union piéton entre le centre-ville et l’un des lieux emblématique de la ville.

Jörg Grütz, commerçant et co-initiateur de la pétition, avec Sabine Iding-Dihlmann, cheffe de groupe des Verts au conseil municipal de Baden-Baden. Photo : Pierre Pauma

Depuis plusieurs semaines, le sort du pont réhabilité et de la Kreuzstraße est âprement débattu en conseil municipal. Dans une première mouture, la commission du bâtiment avait approuvé la piétonnisation de la zone à titre expérimental pour un an. Seuls les livreurs auraient été autorisés entre 6 et 11 heures. Mais lors du conseil municipal du 26 avril, la maire Margret Mergen (CDU, droite) a mis les hola et refusé d’interdire le pont aux voitures. La zone ne sera finalement piétonne que de 11 à 19 heures, obligeant les restaurateurs à remballer une partie de leur terrasse en début de soirée. « Absurde », lâche Jörg Grütz.

Mais face à la pression des Verts, premier groupe politique au conseil municipal (11 élus sur 40), des sociaux-démocrates, et de commerçants venus plaider leur cause au conseil municipal, la maire a finalement accepté le principe d’un référendum. Pour l’organiser, il lui faudra cependant l’assentiment des deux tiers de son assemblée. Pas gagné, étant donné que sa majorité avait rejeté la proposition d’une piétonnisation permanente. En Allemagne, les citoyens ont toutefois la possibilité de faire bouger les lignes en organisant un « Volksbegehren ». Cette sorte d’initiative populaire qui aboutit à l’organisation d’un referendum, s’ils recueillent un nombre suffisant de signatures. Ce à quoi s’emploient désormais les commerçants derrière Jörg Grütz.

Un sujet de débat entre commerçants

C’est ainsi que Sabine Iding-Dihlmann, porte-parole des Grünen et Ulrike Mitzel, conseillère sociale-démocrate, se retrouvent à leur tour à tendre des stylos, sous le regard interrogateur d’un passant qui mâchonne son petit pain au jambon. « Mais comment on va faire pour se garer autour ? » demande-t-il entre deux bouchées. Il y a assez de parkings le rassure Ulrike Mitzel. Pour la conseillère municipale, les quelques réticences viennent surtout des grands magasins qui dépendent d’une clientèle extérieure, et de ceux qui reçoivent des livraisons quotidiennes. Sabine Iding-Dihlmann de son côté, a déjà eu le temps de roder son discours :

« Cette remise en état du pont est une opportunité. Le pont Reinhard-Fieser a été rénové avec une grande attention portée à son histoire et au respect du monument. C’est un véritable joyau, et il mérite d’être bien plus qu’une ruelle morne livrée à la circulation automobile. »

Le pont en travaux fait le lien entre le centre-ville et les colonnades visibles en arrière plan Photo : Pierre Pauma

Reste que le projet ne fait pas l’unanimité. Le groupe de la CDU (9 élus) et le celui des « citoyens libres » (FBB, 5 élus) sont opposés à cette avancée piétonne, qui pénaliserait selon eux les visiteurs extérieurs. Et la section locale de l’Union des architectes (BDA) estime que la fermeture du pont ne ferait que déplacer la nuisance des voitures dans les artères voisines.

Enfin, les commerçants ne sont pas non plus unanimes. Bottier de métier, Matthias Vickermann a sa boutique à quelques rues du fameux pont. Président de l’association de commerçants du centre-ville Baden Baden Innenstadt, il redoute lui aussi que la piétonnisation ne décourage les clients extérieurs. Dans la presse locale, il plaide pour une vision plus traditionnelle de l’attractivité : autorisation des stationnements de courte durée, parkings gratuits le samedi, et en aucun cas, fermer le pont Fieser aux voitures. Ouf, le monde revient à l’endroit.

#baden baden

Avec Médecin de nuit, Elie Wajeman prend le pouls d’un Paris noctambule, entre Subutex et solitude

Avec Médecin de nuit, Elie Wajeman prend le pouls d’un Paris noctambule, entre Subutex et solitude

En suivant un médecin de nuit au bord de la rupture professionnelle, amoureuse et familiale, Elie Wajeman dresse dans son troisième long-métrage le portrait d’un homme mais aussi d’une ville. Rencontre avec un réalisateur qui poursuit sa réflexion sur les rapports familiaux, la masculinité et son kif de filmer Paris, encore et toujours.

Mikaël (Vincent Macaigne), médecin de nuit, essaie d’apporter un peu d’apaisement à ses patients, personnes âgées dans la solitude de leur appartement ou toxicomanes dont personne ne veut entendre parler. Mais cette nuit, l’urgence est multiple. « Est-ce que vous allez bien docteur ? » lui demande une patiente. Mickaël est sous tension, pris à la gorge par son cousin Dimitri (Pio Marmaï) qui alimente un trafic d’ordonnances de Subutex pour sauver sa pharmacie, et empêtré dans une situation amoureuse et familiale au bord de l’implosion.

Pour son troisième film, Elie Wajeman a créé un personnage romanesque intense, un homme épuisé, qui porte les autres à bout de bras alors qu’il tente de se sauver lui-même. Vincent Macaigne sort de sa tendre mollesse habituelle pour aller au corps à corps, tout en gardant sa fragilité. Elie Wajeman lui a donné « le rôle de sa vie ». Ensemble, ils ont arpenté les rues de Paris et suivi la tournée d’un médecin pour construire cette histoire.

Élie Wajeman, réalisateur et scénariste de Médecin de nuit. Photo : Pascal Bastien pour Rue89 Strasbourg

Rue89 Strasbourg : Vous mélangez les consultations très concrètes d’un médecin de nuit avec une intrigue de film noir, de polar. Quelle est l’idée à l’origine du film ?

Elie Wajeman : Le film noir est le genre qui me fait écrire. Un personnage pris dans des conflits, à la frontière entre le bien et le mal. C’est aussi un film existentiel. Le personnage cette nuit-là doit tenter de résoudre qui il est, et où il va. Après, l’idée à l’origine du film est venue de l’image d’un médecin qui signe des ordonnances dans une voiture. Je trouvais ce geste et cet objet très cinématographiques : un stylo qui écrit des noms de drogues, de façon répétitive, comme le geste du Pickpocket de Bresson. Je suis aussi un grand admirateur de Paris et je voulais faire un portrait de la ville de nuit, dans des quartiers disons interlopes.

Vous filmez un Paris très différent de celui qu’on a l’habitude voir dans le cinéma français, loin des quartiers bourgeois et des lumières de la Seine : quelle vision de Paris vouliez-vous montrer?

E. W. : Je suis né dans le 13e arrondissement, où il existe beaucoup de tours des années 70-80, avec un immense métro aérien qui traverse ces buildings. Rien que cela, c’est du cinéma. J’ai cherché à créer un Paris archi-moderne, en quelque sorte un espace qui n’appartient qu’au film. D’ailleurs tout le film vacille entre l’âpreté du réel et l’artifice. Je suis nostalgique de ces moments de préparations où, avec Vincent Macaigne, nous avons suivi un médecin en tournée. C’était incroyable de se demander : « À cette fenêtre, allumée au milieu de la nuit, qu’est-ce qu’il se passe ? Qui y vit ? », et d’avoir l’impression que Paris t’appartient. Socialement, je voulais montrer un Paris décalé du stéréotype d’un Paris tout puissant et décisionnel, plus diversifié, plus bienveillant.

Mikaël (Vincent Macaigne) enchaîne, tendu, consultations et boîte de nuit. Photo : Document remis

Le héros est mêlé à un trafic d’ordonnances et il est tiraillé entre deux femmes. Les thèmes et l’ambiance évoquent le Nouvel Hollywood, mais les héros ne sont pas les immigrés italiens, les mafieux de Scorsese ou Coppola, mais un médecin et un pharmacien. Comment vous êtes-vous posé la question du milieu social ?

E. W. : C’est une question très importante pour moi. La famille de Mikaël et Dimitri est d’origine russe, je me suis inspiré d’un ami à moi, dont les parents ont fui l’URSS dans les années 1970. Je veux filmer des gens proches de moi : je suis issu d’une famille intellectuelle mais pas riche, avec des grands-parents d’origine carrément populaire. Je voulais que ce médecin ait un rapport à la rue, qu’il s’en sente proche.

Bande-annonce (Diaphana distribution)

Alors que Mikaël est confronté à pas mal de violence, on a rarement peur pour lui, on retrouve la figure du superhéros…

E. W. : Je n’avais pas envie du mec sympa qui se prend des baffes. Je suis totalement fan de superhéros et particulièrement de Batman, qui n’a pas de pouvoir, ce qui le rend plus intéressant. Vincent Macaigne aussi est un grand admirateur de Batman. Dans Médecin de nuit, la ville est au bord du gouffre et il endosse ce rôle de justicier. Mais je travaille aussi, à travers ce film, comme dans Alya (sorti en 2012) et Les Anarchistes (sorti en 2015), sur la masculinité vacillante : Mikaël veut soigner toute la ville, mais à un moment, il s’effondre.

Mickaël est pris dans une relation toxique avec son cousin, tout comme le héros d’Alya avec son frère.

E. W. : Oui, la toxicité familiale est un thème avec lequel je suis très à l’aise. Je travaille actuellement sur un film qui mettra en scène la relation compliquée entre un frère et une sœur. J’adore Les Frères Karamazov, je voulais retrouver ce truc russe à Paris. Vincent Macaigne pour moi, c’est notre grand acteur russe national !

Régionales : dans le Grand Est, l’ouverture à la concurrence des TER plus laborieuse que prévue

Régionales : dans le Grand Est, l’ouverture à la concurrence des TER plus laborieuse que prévue
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La CFTC perd son recours contre le travail le dimanche au tribunal administratif

La CFTC perd son recours contre le travail le dimanche au tribunal administratif

Lundi 14 juin la CFTC a perdu son recours contre le travail dominical dans la zone commerciale Nord de Vendenheim, pour le mois de juin 2021. L’objectif du syndicat était de suspendre l’arrêté autorisant l’ouverture des commerces les dimanches 6, 13, 20 et 27 juin. Le tribunal administratif s’est rangé du côté des communes.

C’est la fin de la première manche. La CFTC avait déposé au début du mois un recours au tribunal administratif pour suspendre l’arrêté autorisant l’ouverture des commerces de la zone commerciale Nord les dimanches 6, 13, 20 et 27 juin. Le tribunal n’a pas donné raison au syndicat.

« Des arrêtés de plus en plus fréquents »

Les communes de Lampertheim, Mundolsheim, Reichstett et Vendenheim ont déposé un arrêté vendredi 4 juin autorisant l’ouverture des commerces de cette zone commerciale située au nord de Strasbourg, les dimanches 6, 13, 20 et 27 juin, ainsi que les dimanches 28 novembre, 5, 12 et 19 décembre 2021.

Une pratique « du dernier moment », dénoncée par la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC). Laurent Walter, secrétaire général de la UD CFTC du Bas-Rhin :

« À chaque fois, ils déposent leur arrêté le vendredi pour le dimanche, nous mettant dans l’impossibilité de réagir rapidement. Ces arrêtés sont de plus en plus fréquents, et si on ne se bat pas, il n’y aura plus de repos dominical. »

3 000 salariés concernés

L’enjeu est de taille, puisque 3 000 salariés travaillent dans cette zone commerciale Nord, implantée sur les quatre communes. L’arrêté précise que seul le « personnel volontaire » travaillera les dimanches concernés.

L’avocat de la CFTC Maître Hervé Bertrand en avait d’ailleurs fait un argument :

« Le principe du volontariat est un concept flou, personne ne veut vraiment travailler le dimanche. Même si tous les salariés n’acceptent pas, cela pourrait tout de même concerner environ 2 000 personnes. »

La CGT avait déposé un recours pour empêcher l’ouverture des commerces de la zone commerciale Nord, les dimanches 6, 13, 20 et 27 juin.

Les arguments de la CFTC : une motivation purement économique

Le choix d’ouvrir les commerces le dimanche peut paraître étonnant de la part de ces communes, puisqu’en novembre dernier, les maires des villes de Vendenheim, Lampertheim et Mundolsheim avaient au contraire décidé d’interdire l’ouverture dominicale. Leur argument à l’époque : les risques sanitaires et l’importance du repos le dimanche, comme le rapportait France Bleu Alsace le 29 novembre 2020.

Sept mois plus tard, les choses ont bien changé. Les maires de Lampertheim, Mundolsheim, Reichstett et Vendenheim ont donc décidé de soutenir cette ouverture. En allant même assez loin. En règle générale, les dérogations concernant le travail le dimanche autorisent les commerces à ouvrir pendant 5 heures. Dans l’arrêté en question, ils ont eu l’autorisation d’ouvrir de 10h à 19h. C’est le premier point de contentieux avec la CFTC.

Principal (et seul) argument des maires concernés :

« Les mesures de confinement et de couvre-feu ont impacté l’activité des commerces depuis le début de l’année 2021. »

Texte de l’arrêté déposé par les communes concernés le 4 juin 2021.

Une justification que la CFTC critique. Pour le syndicat, il s’agit d’une motivation purement économique de la part des grandes enseignes. Il rappelle qu’en janvier 2017, l’ouverture des commerces le dimanche à Strasbourg lors des soldes d’hiver avait été jugée contraire au droit local, mais bien après ce jour d’ouverture exceptionnelle.

« Déçue », la CFTC affirme qu’elle ira jusqu’au Conseil d’État, mais il faudra attendre six à huit mois, et les frais à avancer sont importants. Avec la multiplication des dérogations accordées, les syndicats craignent une libéralisation de l’ouverture dominicale des commerces en Alsace-Moselle.

L’incinérateur de Strasbourg placé sous surveillance renforcée suite à des émissions excessives de dioxines et de furannes

L’incinérateur de Strasbourg placé sous surveillance renforcée suite à des émissions excessives de dioxines et de furannes

Un arrêté préfectoral du 25 février 2021 impose une surveillance renforcée des émissions atmosphériques de dioxines et furannes de l’incinérateur de Strasbourg. Cette décision fait suite à plusieurs dépassements des seuils légaux depuis le redémarrage de l’installation.

Un redémarrage toujours laborieux. Deux ans après la fin des travaux de rénovation de l’incinérateur strasbourgeois, l’Unité de Valorisation Energétique (UVE) n’a toujours pas trouvé son fonctionnement optimal. Depuis juillet 2019, l’installation qui brûle nos déchets a dépassé les seuils d’émission légaux en dioxines et furannes (0,1 microgramme par mètre-cube de fumée) à plusieurs reprises (voir tableau ci-dessous).

Surveillance renforcée, nettoyage et actions correctives

Un arrêté préfectoral, daté du 25 février 2021, impose donc au groupe Séché, titulaire de la délégation de service public pour l’usine Sénerval située au Rorhschollen, une mesure mensuelle supplémentaire de ses émissions en dioxines et furannes. L’entreprise devra aussi fournir un « audit sur les appareils de mesure utilisés (…), le nettoyage des conduits et appareils de mesure utilisés, (….) les éléments de contexte sur les périodes où sont en place les cartouches présentant un dépassement de la valeur de référence (…) et les actions correctives prises ou prévues pour éviter que ce type d’incident ne se renouvelle. »

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Au Conseil des XV, l’Académie fait du remplissage de classes et supprime une section essentielle au quartier

Au Conseil des XV, l’Académie fait du remplissage de classes et supprime une section essentielle au quartier

Depuis 2003, l’école maternelle du Conseil des XV accueille les enfants dès l’âge de 2 ans, au sein d’une classe spécifique : la Toute Petite-Section ou TPS. Pour la première fois depuis 18 ans, ces enfants n’auront plus cette possibilité à la rentrée. L’inspection académique a supprimé une classe, en raison d’un nombre insuffisant d’élèves dans l’école. Les parents se mobilisent et soulignent l’importance de cette TPS en terme de mixité sociale et de projet pédagogique. Ils appellent la Ville à se positionner clairement.

« J’étais moi-même en Toute Petite-Section (TPS), et c’est vraiment un avantage de démarrer tôt ». Oriane n’arrive toujours pas à croire à la suppression de cette classe de l’école maternelle du Conseil des XV. Après y avoir inscrit sa fille, aujourd’hui âgée de 6 ans, c’est son fils, Livio, bientôt 3 ans, qui vient d’y passer un an. « C’est pour eux un temps de socialisation avec des enfants de leur âge, il y a aussi des temps de découverte avec des supports que nous n’avons pas chez nous, des bacs sensoriels, des bacs à sable, un jardin… » Pour cette pédo-psychiatre de 33 ans, pas de doute : l’école dès 2 ans est une richesse pour les enfants :

« En TPS, il y a zéro pression, ni au niveau de l’autonomie, ni au niveau des apprentissages. Ils peuvent découvrir l’école comme un lieu chouette. Ils apprennent à gérer les conflits, à vivre avec les autres, à partager, à jouer. La TPS permet de créer une première expérience positive, et ça donne après des enfants qui aiment l’école. »

L’école maternelle du Conseil des XV propose une Toute Petite-Section depuis 2003, pour accueillir les enfants dès l’âge de 2 ans (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Pourtant, à partir de septembre 2021, l’école maternelle du Conseil des XV ne pourra plus accueillir les enfants comme Livio, dans la classe qui leur était dédiée jusque-là. L’inspection académique a en effet décidé de supprimer l’une des sept classes que compte cette école. Jean-Baptiste Ladaique est adjoint au directeur académique en charge du premier degré :

« L’an dernier, cette école avait une capacité d’accueil de 210 élèves, avec 7 enseignants puisqu’on compte 30 élèves par classe et par enseignant. Or, en février 2021, il y avait 162 élèves inscrits. Année après année, on a vu l’effectif baisser dans cette école. À Strasbourg, il y a des quartiers comme celui-ci, où la démographie baisse. Ce n’est pas une nouveauté à l’école des XV, on s’était déjà posé la question l’an dernier. Cette fois-ci, on a donc décidé de réduire la capacité d’accueil à 180 élèves, soit 6 enseignants. On supprime donc une classe. »

« S’il reste des places, on pourra les donner à quelques élèves de TPS »

L’adjoint au directeur académique se veut rassurant dans un premier temps : « On n’a pas dit qu’on supprimait la classe des TPS, on a juste dit qu’on supprimait UNE classe ! ». Mais dans les faits, mathématiquement, ce seront bien les enfants de la Toute Petite Section qui seront les premiers concernés. Jean-Baptiste Ladaique explique le fonctionnement des inscriptions :

« C’est la Ville qui est compétente en ce domaine. Elle prend d’abord toutes les inscriptions des petits, moyens et grands. Dans un premier temps, on ne compte pas les élèves de TPS, car l’école n’est pas obligatoire avant 3 ans, donc on les inscrit pour compléter les effectifs. On va d’abord remplir les classes obligatoires, et s’il reste des places, on pourra les donner à quelques élèves de TPS, que l’on mélangera avec des PS (petite section). »

19 familles ont déjà pré-inscrit leur enfant dans la classe de TPS pour la rentrée 2021. La classe devrait pourtant être supprimée par l’inspection d’ici là (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Une justification par les chiffres qui a du mal à passer auprès d’Hélène, une maman d’élève de l’école, et membre de l’Association des Parents d’élèves de l’Enseignement Public en Alsace (APEPA) :

« Donc le but c’est d’atteindre des aberrations administratives avec des objectifs de 30 élèves par classe, comme si c’était une bonne chose ? Pour l’instant, il y a 42 élèves pré-inscrits en Petite Section pour l’an prochain, donc on va dire que d’ici deux mois, ils seront 46 : on va faire deux classes de 23 élèves, et le reste des places, on va les bourrer avec des tout petits de 2 ans ? Déjà qu’en Petite Section, les enfants pleurent à la rentrée pendant des mois, on va rajouter des conditions de travail difficiles pour les enseignants, et un accueil moins confortable pour les enfants ? »

La classe de Toute Petite-Section : « une pédagogie particulière »

L’APEPA, plusieurs parents d’élèves et la directrice de l’école tiennent à cette TPS car depuis sa création en 2003, elle s’était solidement enracinée dans le quartier. Catherine Balouka dirige l’école depuis 1997. Elle est également l’une des institutrices de cette TPS depuis 2003. La quinquagénaire explique : « C’était devenue l’une de nos spécificités. Nous avons la confiance de ces familles qui font le choix de l’école à 2 ans. »

Catherine Balouka raconte avoir découvert le fonctionnement de ces TPS en Normandie, où elle a travaillé quelques années au début de sa carrière avec des maîtres formateurs :

« Les classes de 2 ans étaient dans tous les quartiers à l’époque. J’ai compris que c’était de la vraie pédagogie, pas du maternage, ni de la crèche. Après cette expérience, je suis arrivée à Strasbourg, dans ce quartier du Conseil des XV qui est multiculturel. J’avais décompté à l’époque 37 nationalités dans l’école, donc ça avait du sens de créer la TPS. C’est à peu près le même nombre chaque année. Nous avons de nombreux enfants allophones (dont la langue maternelle n’est pas le français ndlr), d’où l’importance de cette section-là, qui leur permet de parler français le plus tôt possible. »

Dans les 37 nationalités, on retrouve aussi bien des enfants dont les parents travaillent dans les institutions européennes, que ceux de familles populaires, issues de l’immigration. L’école est entourée par la barre de logements sociaux de la cité Rotterdam.

Des sections en principe réservées au Quartiers Prioritaires

C’est là l’autre argument de l’inspection académique : ces sections existent principalement dans les QPV, les Quartiers Prioritaires de la politique de la Ville. « La situation normale et obligatoire, c’est l’école à partir de 3 ans », tient à préciser Jean-Baptiste Ladaique. « Ici, au Conseil des XV, nous ne sommes pas en zone d’éducation prioritaire, donc l’accueil des élèves de TPS n’est pas obligatoire. »

L’école maternelle du Conseil des XV est située au coeur de la Cité Rotterdam, entourée de barres d’immeubles. Le quartier n’est pourtant pas classé QPV (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Pour la directrice de l’école, cette section a pourtant toute sa place au Conseil des XV :

« Cette classe permet une meilleure efficience scolaire. Des évaluations nationales au niveau des classes élémentaires ont montré des scores supérieurs au niveau des acquisitions du langage pour les élèves ayant bénéficié de 4 années de maternelle. »

Depuis 18 ans, Catherine Balouka a de nombreux exemples en tête d’enfants dont les parents ne parlaient pas français, et qui ont appris la langue, très vite dès 2 ans grâce à la TPS :

« Je pense que ce quartier se paupérise. Il est aussi multiculturel. Cette classe permet donc une entrée plus rapide dans la langue, mais aussi une socialisation progressive, une détection précoce des troubles du développement, une aide à la parentalité, etc. »

D’ailleurs, l’école Sainte-Clotilde, située à quelques rues de l’école maternelle du Conseil des XV propose elle aussi une TPS, depuis plusieurs années. On imagine aisément une fuite davantage prononcée de certaines familles vers le privé, si le public n’offre plus cette section à la rentrée.

19 familles déjà concernées, la Ville « pourrait se mobiliser »

Sur les listes de pré-inscriptions faites par la Ville, 19 familles ont déjà inscrit leur enfant en TPS à l’école du Conseil des XV pour la rentrée 2021. Ils n’auront, a priori, pas tous une place dans cette école. Jean-Baptiste Ladaique reconnaît : « Pour les élèves de TPS, c’est possible que ça ne se décide qu’au mois d’août et que les parents reçoivent la réponse à ce moment-là. » Et s’ils n’ont pas de place ? « Ils iront à la crèche, pour ceux qui le peuvent », conclut tristement la directrice de l’école. Obtenir une place en crèche municipale à Strasbourg est déjà une mission impossible lorsqu’on s’y prend 6 mois à l’avance, on voit mal comment ces parents obtiendraient la leur en plein mois d’août, pour… septembre.

Le quartier de la Cité Rotterdam, avec à droite l’école élémentaire, et à gauche, l’école maternelle du Conseil des XV (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Mais il reste peut être encore une carte à jouer pour la sauvegarde de la TPS de l’école des XV. Celle de la municipalité. Contactée, l’adjointe au maire en charge de l’Éducation et de la Petite enfance, Hülliya Turan (PC), semble en effet sensible à la question :

« Je suis persuadée que la socialisation et l’apprentissage, dès le plus jeune âge, sont essentiels pour un enfant. Et s’il y a une demande parce que le public dans ce quartier est allophone, et que des familles sont dans le besoin, ça mérite d’être regardé attentivement. »

Hülliya Turan, adjointe au maire de Strasbourg en charge de l’éducation et de la petite enfance.

L’élue affirme que « la Ville pourrait se mobiliser, si les parents font une action, je les soutiendrai. On regardera avec l’Éducation nationale ce que l’on peut faire. » Le prochain Comité Technique Spécial Départemental (instance de rencontre entre l’inspection et la Ville, où l’on décide des ouvertures et des fermetures de classes) a justement lieu le 22 juin.

« On était toute l’après-midi à la Haute école des Arts du Rhin, mais on n’a pas été recontactés malgré le variant delta »

« On était toute l’après-midi à la Haute école des Arts du Rhin, mais on n’a pas été recontactés malgré le variant delta »

La Haute école des Arts du Rhin (Hear) a été fermée en raison d’un début de « cluster » du variant indien. Mais les adultes venus le samedi à un atelier ont été oubliés dans la politique de traçage des cas, témoigne un participant.

Samedi 5 juin, c’était le retour des adultes à la Haute École des Arts du Rhin (Hear) de Strasbourg, à la Krutenau. Les cours de dessin des ateliers publics ont repris en présentiel, après avoir basculé en visioconférence en octobre. Samedi 12 juin, l’Agence régionale de Santé (ARS) a annoncé 4 cas positifs et 43 cas contacts « en cours d’investigation » au variant delta (dit variant indien). En l’état actuel des connaissances, ce variant n’est pas plus dangereux et les vaccins permettent de s’en protéger, mais il est 60% plus contagieux.

Suite aux premiers cas, 143 personnes ont été testées dans l’école jeudi 10 juin dans l’après-midi, toutes négatives selon la Hear. Malgré cette action de prévention, une fermeture administrative de l’école a été engagée dans la foulée. Elle réouvrira finalement le 16 juin. D’après nos informations, elle fait suite, entres autres, à un manque de coopération d’une partie du personnel envers l’ARS. Et du côté du cours des adultes, personne n’a été informé de la semaine qu’a vécu l’école et de la situation sanitaire.

« Un trou dans la raquette »

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Ces étrangers qui viennent profiter des soins gratuits

Ces étrangers qui viennent profiter des soins gratuits

Rien n’est trop beau pour les députés européens. Pour s’assurer que les parlementaires et le personnel du Parlement ne bouderaient pas la première session organisée à Strasbourg depuis plus d’un an, la France a mis à leur disposition ses précieux vaccins contre le Covid-19.

Au Bout de la Rue, un éphémère lieu de vie artistique enchante la Meinau

Au Bout de la Rue, un éphémère lieu de vie artistique enchante la Meinau

C’est dans une ancienne école maternelle de la Meinau qu’un conglomérat de bonnes volontés fait vivre un nouveau lieu culturel. Au bout de la rue accueille des initiatives hétéroclites, toutes destinées à rassembler et enrichir les rapports entre les arts, les savoir-faire et les individus. Conçu par la compagnie Lu², ce lieu a été aménagé avec la complicité de nombreux bénévoles et oxygène le quartier.

Il est facile de le manquer. Niché derrière un linéaire commercial dont ne subsistent que deux enseignes, l’ancienne école maternelle du 14, rue de Champagne à la Meinau présente une façade claire derrière un portail de métal bleu. Avec ses grandes vitres, le lieu laisse facilement entrer le soleil aussi bien que les habitants. Et si la cour de pavés noircis par le temps et l’enduit marqué de la façade donnent un aspect endormi à l’ensemble, l’activité qui règne en ces murs a de quoi réjouir et surprendre.

Dans l’entrée, une fresque réalisée par Mathias Graff et Julie Stoeh encadre le mur des anciens sanitaires pour enfants, reconvertis pour la plupart en jardinières Photo : TK / Rue89 Strasbourg / cc

Construire avec la Meinau

Depuis le printemps 2020, une compagnie artistique, Lu², s’est installée dans un local situé à l’angle de la rue de Champagne et de la rue de Franche-Comté, judicieusement nommé Au Coin de la rue. Les membres de cette compagnie ont demandé et obtenu de pouvoir occuper les 230 m² de l’ancienne école située quelques numéros plus loin, afin d’y héberger des activités, avant sa démolition. Nommé Au bout de la rue, c’est ce bâtiment qui héberge les initiatives d’habitants et d’associations.

« Ce sont des locaux qui sont bien connus dans le quartier, car c’était un jardin d’enfants franco-anglais auparavant, » raconte Vincent Leport, un riverain de la Meinau engagé dans plusieurs associations locales. Ainsi, quand la compagnie Lu² sollicite les habitants pour rénover le lieu, ceux-ci avancent en terrain connu. L’agencement et la destination des différentes salles a fait l’objet d’une discussion en avril. Cet échange a permis de voir émerger les usages et les moyens à mobiliser pour faire du Bout de la rue une place à l’image du quartier.

La cour de l’ancienne école maternelle trouve un second souffle Photo : Célia Van Haaren / doc remis

Bien que l’école, désaffectée, était encore en bon état, il a fallu organiser une rénovation avec l’aide de riverains. Certains sont venus peindre les murs, d’autres ont donné du mobilier pour agencer les grandes salles vides. La version finale du lieu prévoit un atelier de bricolage, une petite médiathèque, un grand salon, un espace de création sonore et même une pièce à sieste. Plus qu’un simple lieu d’accueil, dont les ouvertures seraient strictement limitées par des événements, l’espace se pense comme un véritable lieu de vie, et de rencontres, un « tiers-lieu » comme disent les urbanistes.

Des artistes, des associations et des habitants se sont mobilisés pour mettre leurs talents au service du groupe. Des cours de langues, de cuisine, une chorale et un studio photographique côtoient des activités de couture et de mécanique. L’initiative allie aux pratiques artistiques des initiations à l’artisanat et aux travaux manuels.

Un atelier de réparation de vélos prend parfois place dans la cour Photo : Célia Van Haaren / doc remis

Cette liste a vocation a évoluer, en fonction des forces vives et des associations qui voudront se rajouter à cet éventail. « On a pu démarrer un atelier d’allemand, avec l’association MeinGarten » se réjouit Vincent Leport, « et j’ai pu redémarrer la chorale “Oasis de la rencontre”, qui ne pouvait plus répéter, faute de locaux. » Des pots de peinture sont rangés sur le sol d’un local. « On a aussi démarré des ateliers artistiques pour la préparation de la prochaine Fête des peuples », un rendez-vous de l’été emblématique de la Meinau, qui met à l’honneur la richesse des cultures qui composent le quartier. En conviant les habitants à l’occasion de festivités, mais aussi durant leur préparation, Au bout de la rue ne désemplit pas.

Des décorations réalisées pour le Comité des peuples Photo : Ondine Policand / doc remis

Au-delà du lieu, faire rayonner le quartier

La compagnie Lu² imagine des initiatives originales à destination du quartier. Déjà en janvier 2020, le Streetalbum avait poussé à la découverte. Sur le modèle d’un album Panini, cette collection de photos réalisées par Paola Guigou gardait cependant des cases blanches, qu’il fallait combler en se rendant sur place récupérer des vignettes. Une façon de valoriser à la fois l’ensemble du quartier et d’inviter les possesseurs de l’album à s’y aventurer.

Plus récemment, la compagnie a inauguré un jeu de cartes : Légendes urbaines La Meinau, où sont repris des lieux et des événements marquants du quartier, pour imaginer des histoires, à improviser au fur et à mesure des cartes tirées. Ces initiatives trouvent dans le Bout de la rue un cocon où s’élaborer.

Le jeu parle aux habitants en mobilisant l’histoire de leur quartier Photo : Célia Van Haaren / doc remis

Un tel panorama laisse apercevoir la véritable substance du Bout de la rue : le collectif. Le lieu en lui-même ne doit qu’accueillir les volontés et les initiatives des artistes et des habitants. Au Bout de la rue finira par disparaitre, dans la démolition qui accompagnera la rénovation du quartier. La Meinau est concernée par un nouveau plan de rénovation urbaine, qui impliquera la destruction du 14 rue de Champagne. La dynamique initiée par la compagnie Lu² et les habitants pourrait y survivre.