Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

L’hôpital prend des mesures contre le burn out des internes

L’hôpital prend des mesures contre le burn out des internes

Selon une étude du Syndicat autonome des internes d’Alsace, un quart d’entre eux présente des « risques importants de problèmes psychologiques. » Le syndicat a également pointé six services hospitaliers qui ne respectent pas les effectifs minimums pour les gardes de 24 heures.

Mercredi, la responsabilité des algorithmes en débat au Shadok

Mercredi, la responsabilité des algorithmes en débat au Shadok

Qui est responsable des décisions que prennent les algorithmes ? Alors que les programmes décisionnaires ou d’aide à la décision se multiplient, Imane Bello, avocate, et Yannick Meneceur, chercheur, détaillent mercredi à Strasbourg les enjeux actuels et les tentatives de régulation en cours…

En Lybie, un drone d’attaque a pris en chasse des forces du Général Haftar. Selon un rapport des Nations unies, le drone a engagé ses cibles « sans qu’il soit besoin d’établir une connexion des données entre l’opérateur et la munition », c’est à dire que c’est un algorithme qui a décidé de tirer. Ce rapport confirme l’existence d’armes devenues autonomes un tabou qui entourait le marché des armes jusqu’alors.

Mercredi 9 juin à 19h, Imane Bello, avocate et enseignante en éthique et politique des systèmes d’intelligence artificielle à Sciences Po, et Yannick Meneceur, chercheur associé à l’Institut des Hautes Études sur la Justice (IHEJ), évoqueront la question de la « responsabilité des algorithmes », lors d’une table-ronde exceptionnelle du cycle « Tous connectés et après », dans le cadre de la semaine du numérique responsable organisée par la Ville de Strasbourg.

Imane Bello et Yannick Meneceur Photo : doc remis

Rue89 Strasbourg : Les systèmes d’automatisation de la décision semblent se multiplier un peu partout, qu’en est-il exactement ?

Yannick Meneceur : Ces systèmes existent effectivement depuis longtemps mais ce que cachent les polémiques et les affirmations alarmistes, c’est d’une part la dimension industrielle de ces enjeux et d’autre part, la question de leur efficacité. Alors que les algorithmes décisionnaires sont déployés à de très grandes échelles, rarement se pose la question de savoir s’ils font effectivement ce qu’ils sont censés faire.

Imane Bello : Les systèmes d’aide à la décision, dont la régulation est tout aussi cruciale, sont parfois oubliés. Car l’article 22 du RGPD ne concerne que les systèmes entièrement automatisés, et pose en principe le droit de ne pas faire l’objet d’une décision fondée exclusivement sur ce mode traitement. Dans l’aide ou l’automatisation complète, la question du recours effectif à une intervention humaine (ex ante et ex post) doit se poser pour permettre le respect des droits et libertés fondamentaux.

C’est un peu inquiétant quand même non ?

YM : Oui c’est préoccupant d’autant qu’après cette question de l’efficacité, se pose la question de la légitimité démocratique. Par exemple, en tant que citoyens, sommes-nous d’accord pour apporter aux magistrats une aide automatique aux jugements ? Cette question n’est jamais posée. Les algorithmes sont présentés comme un progrès, notamment en terme de rapidité et d’exhaustivité mais cela revient à admettre par exemple qu’un juge doive motiver sa décision contre la machine !

IM : Oui, c’est un sujet dont il faudrait que la société dans son ensemble puisse se saisir. Il s’agit d’un sujet de société et le risque de violation des droits humains est réel. Un premier élément vers cette inclusion correspond par exemple à la mise en place par les sociétés privées qui créent ou déploient de tels systèmes d’études d’impact sur les libertés et droits des personnes concernées en amont de toute utilisation ou encore de la réalisation de codes de conduite documentés. Le travail de suivi des impacts doit par ailleurs être continu.

Dans le processus de confiance dans les algorithmes, il y a le vocabulaire employé. On parle beaucoup d’intelligence artificielle et de machine learning, sans forcément comprendre les réalités techniques derrière ces termes...

YM : Il y a un emballement autour du machine learning mais ce processus n’est en fait que la construction d’une réponse, à partir d’un nombre très important de réponses déjà apportées par le passé dans un système aux paramètres similaires. Ça marche bien dans certains cas, notamment dans l’image, mais ce processus est bien peu transparent. En gros, personne ne peut vraiment expliquer pourquoi un algorithme en machine learning est parvenu à la réponse qu’il donne… En outre, les algorithmes de machine learning sont très sujets aux choix et aux biais de leurs concepteurs, dont ils héritent les traits et ils peuvent avoir tendance à confondre la corrélation et la causalité, or deux situations qui ne ressemblent n’ont pas forcément les mêmes causes.

L’autre solution, c’est d’arriver à une réponse à partir d’un ensemble de règles logiques, programmées par leurs concepteurs. C’est un peu passé de mode mais ça permet une traçabilité. L’ennui, c’est que ces programmes sont relativement figés et ne peuvent évoluer aisément de manière autonome.

IB : Il est important de préciser que les algorithmes sont des outils : vous n’avez pas uniquement confiance en un outil en soi, mais également en l’organisme (public ou privé) qui a soit créé cet outil, soit le déploie et auquel vous pouvez vous adresser si nécessaire. Ensuite, se pose la question du contexte : l’outil est-il utilisé dans un contexte sensible, voire critique ? Enfin, effectivement, lorsque vous utilisez un outil, il est important de savoir ce que fait cet outil exactement, ce pour quoi il est utilisé (par vos soins ou par un tiers). Il faut donc inclure tant la capacité à expliquer comment un système d’intelligence artificielle (IA) parvient à un résultat (ce qui est parfois impossible) que l’importance de s’assurer qu’un système d’IA est efficace et fait ce pour quoi il est utilisé.

Où en est la régulation ?

YM : Le Conseil de l’Europe est en train de réfléchir à un cadre contraignant pour les algorithmes décisionnels, notamment fondé sur la Convention européenne des droits de l’Homme. Parmi les dispositions, l’étude de faisabilité propose qu’avant toute mise sur le marché, il y ait un processus de validation pour confirmer que l’algorithme produit bien les réponses qui sont attendues. Mais il manque une sorte d’autorité des algorithmes… Or pour l’instant, les régulateurs européens ne semblent pas l’envisager, ils oscillent encore entre une vision économique des algorithmes et une vision juridique. En d’autres termes, quelle part de régulation est-on prêt à accepter, sachant que ça limitera forcément l’innovation dans un secteur très porteur… Force est de constater que pour l’instant, toute régulation des algorithmes supporte le développement de l’économie numérique mondiale.

IB : La régulation est à la fois déjà existante et en cours de création. Le Droit, la « Compliance » (conformité, ndlr) mais également les mécanismes de responsabilité en cas de préjudice, s’appliquent déjà aux systèmes d’automatisation de la décision et aux systèmes d’aide à la décision. Il y a les normes douces, les lignes directrices de nombreuses institutions européennes et internationales qui permettent déjà de guider l’action des opérationnels, et les normes plus contraignantes, en cours de création. La proposition de règlement sur l’intelligence artificielle de la Commission européenne en est un bon exemple. Aux États-Unis, un projet de loi sur le sujet, « the Algorithmic Justice and Online Platform Transparency Act of 2021 », vient d’être introduit au Sénat.

L’ancien commissaire de Strasbourg bientôt à la retraite anticipée à cause de détournements

L’ancien commissaire de Strasbourg bientôt à la retraite anticipée à cause de détournements

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Le 9 juin, vélos et trottinettes à nouveau les bienvenus dans les trams

Le 9 juin, vélos et trottinettes à nouveau les bienvenus dans les trams

Suite à la mobilisation cycliste, l’Eurométropole et la CTS ont décidé que les bicyclettes et trottinettes pourront de nouveau circuler à l’arrière des tramways, plus d’un an après le premier confinement.

Samedi 9 juin, le couvre-feu sera décalé à 23h. Mais pour les Strasbourgeois cette date signifie aussi que l’accès à bord du tram à vélo sera à nouveau possible. Retour vers le futur donc, avec une réglementation qui sera similaire à celle du « Monde d’avant » le premier confinement de mars 2020.

L’Eurométropole insiste sur le fait que l’accès se fera dans la limite de deux vélos ou trottinettes pliés par rame et hors heures de pointes à savoir du lundi au samedi, entre 7h-9h et 17h-19h et « si l’affluence le permet ». Par ailleurs, les problèmes techniques sur son vélo, au point d’empêcher de rouler, permettront d’accéder à toute heure, là encore à condition de trouver de la place. Le dimanche en revanche, l’accès sera libre toute la journée. Dans tous les cas, l’entrée dans le tram devra se faire par la porte arrière. Les livreurs à vélo ne sont pas autorisés.

Plus d’un an après le 1er confinement, les vélos bientôt de retour à toute heure dans les tramways de Strasbourg. Photo : Mathilde Cybulski

Suspendu pendant le premier confinement pour des raisons de distanciation sociale, le droit au vélo dans le tram avait été très partiellement réaccordé le 1er février sur des créneaux horaires (entre 19h et 7h) qui n’allaient « pas servir à grand monde » en période de couvre-feu, avait déclaré à Rue89 Strasbourg, le directeur de CADR67, Fabien Masson.

Cette fois, pour prendre une décision, l’Eurométropole a choisi de se concerter avec les différents représentants des associations, dont plusieurs avaient manifesté à vélo le 30 janvier : CADR67 et Verolution (associations de cyclistes), Astus (association d’usagers et de transports collectifs), Piétons 67, APF France Handicap et la Fédération des Aveugles Alsace Lorraine Grand Est, ainsi que les représentants des conducteurs de la CTS et de Strasbourg Mobilités, plutôt défavorables à la cohabitation, parfois tendue, entre piétons et vélos à l’arrière des rames.

Les règles applicables au 9 juin. Photo : affiche EMS / CTS

Fête de la musique, illuminations, concerts… Tout savoir sur les animations de l’été 2021 à Strasbourg

Fête de la musique, illuminations, concerts… Tout savoir sur les animations de l’été 2021 à Strasbourg

Les animations estivales organisées par la Ville de Strasbourg tous les ans se tiendront cette année en plus petit comité. Le point sur les événements gratuits qui animeront la ville en juillet et août.

L’été est habituellement synonyme de rassemblements d’ampleur et d’animations culturelles à Strasbourg, comme dans toutes les grandes métropoles. Mais cette année, la majorité des rendez-vous d’été strasbourgeois se feront à moins de 1 000 personnes pour éviter de recourir au pass sanitaire, imposé au-delà de cette limite à partir du 9 juin. En 2021, le programme se divise en trois grands principes : « Explorez, inspirez, respirez ». Un clin d’œil de la municipalité qui souhaite faire de cet été un symbole de la fin de la crise sanitaire, même si ses contraintes ont du être intégrées à l’organisation.

Les illuminations

Premier chamboulement : les projections sur la cathédrale. L’illumination de la façade donnant sur la place du château donne habituellement lieu a un spectacle de sons et lumières de plusieurs dizaines de minutes. Cette fois-ci, le principe est de créer « un habillage sans récit », toujours dans l’idée d’éviter des rassemblements trop importants.

Cet été la cathédrale ressemblera à ça Photo : Image : Passe Muraille / Av Extended

Un dispositif comparable sera installé à la Tour merveilleuse du Schloessel, à Koenigshoffen dans la Parc naturel urbain (PNU).

La tour du Schloessel illuminée, un petit côté façade sud de la cathédrale, dans un quartier de Strasbourg. Photo : Image Passe Muraille Av Extended
    Les habillages lumineux sont à retrouver place du château et à la Tour merveilleuse du Schloessel du samedi 3 juillet au dimanche 29 août.

La presqu’ile Malraux

Sur la presqu’île Malraux, il n’y aura plus de pédalos, au moins pour 2021. « Techniquement, c’est très compliqué de le mettre en place cette année, parce qu’on devrait désinfecter les dizaines de pédalos après chaque usage », assure Guillaume Libsig, élu en charge de l’événementiel.

À la place, la Ville va installer une cascade de 12 mètres au milieu du bassin. Les curieux pourront la rejoindre grâce à quelques barques tractables à la force de leurs bras.

La cascade aux Docks Malraux ressemblera à ça. Photo : Image Crystal Groupe

Fête de la musique

Fin des festivités avant 23h et pas de grande scène musicale. C’est une fête de la musique timide qui aura lieu le 21 juin prochain. La municipalité a pris la décision de ne pas mettre en place de scène, toujours pour « éviter au maximum les rassemblements importants » et pour « inviter à la déambulation ».

Mais la fête n’est pas annulée. Les musiciens amateurs pourront, comme d’habitude, se produire dans la rue, à condition de respecter le couvre-feu. Tout au long de la soirée, un groupe jouera sur un bateau en faisant le tour de l’île principale.

Dans le parc bordant la Tour merveilleuse du Schloessel, l’équipe municipale a détaillé les nouveautés de cet été Photo : MM / Rue89 Strasbourg / cc

Jardin des Deux-Rives

Au jardin des Deux-Rives, la programmation de concerts est riche entre le jeudi 1er et le dimanche 4 juillet, juste après la fin du couvre-feu :

Ces concerts font exception dans l’été. Ce seront les seuls événements à nécessiter la présentation d’un pass sanitaire, puisque le nombre de places disponibles sera de 5000, alors que le lieu peut habituellement accueillir 20 000 personnes.

Anticiper la canicule et sport

Des ateliers de nage, canoë-kayak, danse ou encore yoga seront au programme dans les trois « plaines sportives » que va compter la ville : l’île aux sports (près du quartier du Wacken), le plan d’eau de Baggersee et la plaine des sports de Hautepierre. Pour Owusu Tufuor, élu municipal chargé du sport : « L’idée c’est de mettre à disposition des points d’eau en anticipant une potentielle canicule ».

À Strasbourg, la protection des mineurs gangrénée par des conflits internes

À Strasbourg, la protection des mineurs gangrénée par des conflits internes

Dans le service municipal chargé de la protection de l’enfance à Strasbourg, les dossiers s’empilent et les décisions restent bloquées. Conséquence d’une relation délétère entre la direction et les travailleurs sociaux, mais également de moyens insuffisants. Et au bout de la chaîne, c’est la protection de l’enfance qui passe parfois au second plan.

Au département de protection des mineurs de la Ville de Strasbourg, 180 décisions judiciaires ne sont pas appliquées, en raison d’un délai de traitement de plus en plus important, qui atteint 6 mois dans de nombreux cas. Les dossiers d’enfants en danger sont traités en priorité, mais la situation est préoccupante pour tous les autres cas comme l’illustre Marie (tous les prénoms ont été modifiés), travailleuse sociale du service :

« Il est arrivé qu’un dossier me soit attribué un jour avant la fin de l’application de la décision du juge, limitée à un an dans la majorité des cas. Normalement, les travailleurs sociaux doivent rendre un rapport deux mois avant cette échéance. Là, je n’ai rien pu faire et la famille nous en a voulu parce que nous n’avons pas pu les aider à rescolariser leurs enfants. »

Marie, travailleuse sociale à la Ville de Strasbourg

Dans son équipe – normalement composée de 6 ou 7 salariés -, il manque deux personnes à temps plein qui n’ont pas été remplacées depuis 6 mois. Dans le service, tout le monde s’accorde pour dire que le principal problème, c’est le manque de personnel. Selon certains salariés, le décalage des élections municipales en raison de la pandémie aurait ralenti la passation de pouvoirs, et donc la demande de postes supplémentaires.

À son arrivée début 2020, la nouvelle direction a limité le nombre de dossiers traités simultanément par un travailleur social à 30 (au lieu de 33 avant). Mais sans remplacement du personnel manquant, cette limite pénalise les enfants et les familles suivies par le service, comme l’explique Marie :

« On fait ce travail parce qu’on aime échanger avec les familles et les aider, donc on ne doit pas les laisser tomber. Dans mon équipe tout le monde est au taquet et a 30 dossiers, on n’a plus le droit de prendre de nouveaux cas. On préférerait même repartir à 33 dossiers par personne pour tenter de combler le manque. »

Crise de confiance entre travailleurs sociaux et direction

« Il y a une confiance qui s’est brisée entre les travailleurs et la direction », soupire François, éducateur. Pour plusieurs travailleurs sociaux, cette rupture coïncide avec l’arrivée d’un nouveau chef de service, qui n’a jamais travaillé dans le social, en janvier 2020 :

« Avant, les rapports rédigés par les travailleurs sociaux étaient lus et validés par notre supérieur hiérarchique direct, la coordinatrice d’équipe. Depuis janvier 2020, c’est la directrice adjointe qui doit apposer sa signature pour que les rapports soient validés ».

Pour Thierry, un autre salarié plus proche de la direction, cette décision remet de l’ordre dans le fonctionnement du service. « Ceux qui sont plus haut dans la hiérarchie, ont la responsabilité de ce qu’il se passe. S’il y a un drame dans une famille suivie, c’est à eux que l’on va demander des comptes » précise-t-il. Mais, selon François, ce changement a pour conséquence un engorgement au sommet du service :

« Quand une personne n’a pas suivi le dossier sur toute la longueur de la procédure – qui peut durer un an -, et qu’elle relit nos écrits, elle peut demander des explications sur des points qui ont déjà été abordés en réunion de coordination. C’est une perte de temps.

Ces rapports sont ensuite envoyés aux magistrats pour servir d’aide à la décision avant une audience, ou un rendez-vous de suivi d’une situation familiale après une décision de justice. S’il est bloqué par la direction, le temps d’action de la justice se rallonge mécaniquement. »

Plus grave encore selon Franck, des travailleurs sociaux ont dû plaider devant le juge pour une décision retoquée sans discussion par la direction. Lors des réunions entre le juge des enfants et des familles, c’est le travailleur social, qui est au contact de la famille, qui doit plaider la mesure proposée par le service. Or, parfois, là aussi ça coince. Dans une lettre adressée à Floriane Varieras (élue au conseil municipal en charge des solidarités), la délégation des personnels du service dénonce plusieurs dysfonctionnements. On y apprend notamment la mise à l’écart d’un travailleur social, à propos d’une décision concernant un enfant qu’il avait pourtant suivi.

« Il est même arrivé qu’un de mes collègues doive présenter une mesure à un juge qui n’était pas la même que celle qui avait été arrêtée en réunion d’équipe », se désole François. Pour lui, le simple fait de changer de décision au dernier moment a des répercussions directes sur le travail de ses collègues : « On est dans une logique de transparence et de confiance, donc en général on explique aux familles la décision qu’on conseille aux magistrats ».

Pour les suivis d’Aide éducative à domicile (AED) et d’Aide éducative en milieu ouvert (AEMO) (voir encadré ci-dessus), une réunion doit être organisée en compagnie des travailleurs sociaux, de la coordinatrice de l’équipe et d’un psychologue. Courant octobre 2020, le psychologue affecté aux équipes AEMO et AED s’est retiré des réunions pluridisciplinaires, « faute de bonne entente avec certains » selon les travailleurs sociaux interrogés. Depuis, les réunions se font sans psychologue. Fanny, une ancienne psychologue du service, y voit un problème de taille :

« Pendant les réunions pluridisciplinaires, le rôle du psychologue c’est de remettre en cause les pratiques des travailleurs sociaux, qui ne demandent que ça. Dans des cas de maltraitance d’enfants, certains agents peuvent être soit dans le déni, soit dans l’exagération à cause de leur passé. Et quand je me rends compte que le sujet de la maltraitance est trop vite évacué sur un dossier pendant les réunions, j’interroge celui qui porte le dossier. Et en général quand quelqu’un répond « oui mais », c’est une marque de déni. »

Le département de protection des mineurs est divisé en deux sites, celui de « Belin » et la Maison des Ponts couverts Photo : MM / Rue89 Strasbourg / cc

Le dialogue entre les équipes est devenu impossible selon Thierry, salarié du service proche de l’équipe de direction. Pour illustrer son propos, il prend l’exemple d’une main courante qui a été déposée contre le chef de service pour harcèlement moral. Thierry l’estime infondée. Il décrit un état des relations internes délétères :

« Pour moi, ce sont beaucoup de querelles personnelles parce qu’untel n’aurait pas dû être promu ou unetelle aurait dû l’être. Mais nous avons de la chance qu’il ne se soit rien passé dans les familles suivies, parce que ces conflits au sein du service mobilisent les travailleurs sociaux ».

Dans l’attente d’un audit

Après une lettre d’une trentaine de pages adressée à l’élue en charge des solidarités et plusieurs demandes de rencontre de la part de salariés du service de protection des mineurs, une réunion a eu lieu avec Delphine Joly, directrice générale des services de la ville de Strasbourg, le 27 mai.

Pendant l’échange qui a duré 1h30, la Ville a promis un audit extérieur du service qui devrait débuter en septembre prochain. D’autre part, Delphine Joly explique vouloir régler le problème au plus vite :

« Pour la gestion de l’urgence, trois personnes vont être embauchées pour une durée déterminée en attendant des recrutements plus pérennes. Parce qu’une ouverture de poste en CDI peut prendre des mois dans la fonction publique. »

C’est également au cours de cette réunion que le chef de service a officialisé son départ, qui était déjà prévu. Mais la bonne nouvelle pour la délégation qui a participé à cette réunion, c’est que la Ville s’est engagée à ne plus faire appel à des personnes qui ne sont pas issues du domaine social pour ce poste, ce qui était le cas depuis 2020 (recrutement réalisé sous l’ancienne mandature municipale, ndlr). Une marque de reconnaissance par la Ville des dysfonctionnements qui engorgent le service.

Strasbourg veut utiliser ses terrains et bâtiments vides contre la saturation de l’hébergement d’urgence

Strasbourg veut utiliser ses terrains et bâtiments vides contre la saturation de l’hébergement d’urgence

Après deux projets à Strasbourg, la municipalité pense de nouveau à l’habitat intercalaire pour soulager les centres d’accueil de sans-abris, en utilisant provisoirement des bâtiments ou des terrains inoccupés.

Un hôpital désaffecté qui attend d’être converti en logements, une ancienne usine en attente des travaux qui la transformeront en bureaux… Pendant des mois, voire des années, ces bâtiments restent inutilisés, dans l’attente du début du chantier. Face à la saturation des dispositifs d’hébergement d’urgence, la Ville de Strasbourg mise sur l’habitat intercalaire pour accueillir des personnes sans-abris ou mal-logées. Elle travaille sur plusieurs projets d’habitat intercalaire, tout en précisant qu’il est encore « trop tôt pour communiquer sur le nombre et la localisation des lieux, toujours à l’étude ».

L’habitat intercalaire, synonyme d’un meilleur accompagnement social

Les premières traces d’habitat intercalaire à Strasbourg remontent à 2019, à travers le projet Odylus, au Neudorf. Pendant 18 mois, en attendant le début des travaux qui devaient transformer l’ancienne clinique Sainte-Odile en logements, les associations L’Étage et Horizome ont hébergé et accompagné 94 personnes dans des locaux mis à leur disposition par le promoteur immobilier, Eddy Vingatamarin.

photo de l'extérieur de l'hôtel de la rue
Vendredi 23 octobre, les derniers habitants de l’Odylus quittent le bâtiment avant le début des travaux de l’ancienne clinique Sainte-Odile, au Neudorf. Photo : PF / Rue89 Strasbourg

Brice Mendès, directeur des services de L’Étage, assure que cet hébergement intercalaire a permis un meilleur accompagnement social des occupants :

« Les personnes en difficulté locative, à la rue ou à l’hôtel, sont souvent très isolées. Avec l’habitat intercalaire, on les regroupe dans un même bâtiment et on recrée du lien social. De notre côté, ça rend l’intervention sociale différente : les gens sont plus détendus quand on vient les voir à domicile que quand on les convoque dans un bureau. »

À la fin du projet, en octobre 2020, 12 ménages soit 20% des personnes accueillies, sont retournés à l’hôtel. Mais selon Brice Mendès, la qualité de l’accompagnement social reste prioritaire vis-à-vis du nombre d’habitants relogés :

« Le relogement n’est pas la mission première de la formule intercalaire. Parfois, soigner la toxicomanie est plus important que de trouver un logement stable par exemple. C’est l’accompagnement social et pas le type de logement, intercalaire ou pas, qui améliore les situations à la sortie, que ce soit en termes de relogement, d’emploi ou de santé. »

Des projets de constructions modulaires sur des terrains de la Ville

Plus récemment, l’Hôtel de la rue a régularisé sa situation en signant une convention d’occupation avec la Ville, faisant de l’ancien squat la deuxième expérience d’habitat intercalaire à Strasbourg. Alors que l’occupation du bâtiment de Koenigshoffen doit prendre fin en septembre, la Ville de Strasbourg continue d’explorer cette voie, à la fois pour soulager les centres d’hébergement d’urgence, mais aussi pour éviter l’installation de squats dans des bâtiments vides.

photo d'une pièce vide
L’ancien squat de l’Hôtel de la rue, qui occupe un bâtiment municipal à Koenigshoffen depuis juillet 2019, a signé en janvier une convention d’occupation avec la Ville de Strasbourg. Photo : GK / Rue89 Strasbourg

« On a identifié des terrains. Même si on ne sait pas encore précisément ce que l’on va en faire, on pense à des constructions modulaires, comme à Lyon, où la métropole a mis des tiny houses à disposition de familles précaires« , explique Floriane Varieras, adjointe à la maire en charge des Solidarités. « Notre palette de projets va de l’Odylus aux Grands Voisins (à Paris, un ancien hôpital qui accueille entre autres hébergement d’urgence, salle de concerts et recyclerie en attendant sa transformation en éco-quartier, ndlr) ». Si les plans sont encore flous, l’adjointe promet un « coup d’accélérateur » à partir de septembre, avec des évaluations des sols.

Le parc privé, trop important pour être ignoré

Si Floriane Varieras parle de terrains, c’est parce que la plupart des bâtiments inoccupés appartenant à la Ville de Strasbourg sont détériorés et ne permettent pas l’accueil de résidents. Dans ces circonstances, installer des constructions modulaires est « financièrement bien plus avantageux que de rénover des bâtiments parfois destinés à la destruction », explique l’adjointe en charge des Solidarités :

« Il y a bien une pénurie de logements mais les moyens financiers de la collectivité sont limités. On peut financer un accompagnement social mais pas la location de bâtiments. L’objectif est plutôt de développer une sorte de mécénat, que des promoteurs immobiliers prêtent des bâtiments inoccupés, comme ça a été le cas avec l’Odylus. Le privé est une force de frappe trop importante pour être ignorée. »

Pour intégrer des promoteurs immobiliers à la démarche, Floriane Varieras évoque l’idée d’une plateforme de repérage et de recensement des bâtiments vacants à Strasbourg, où les propriétaires pourraient inscrire leurs biens. « Parce que le nerf de cette guerre du logement, c’est l’argent et le bâti », résume-t-elle.

Des hommes de Lucas Belvaux revient sur la guerre d’Algérie et ses stigmates, 40 ans plus tard

Des hommes de Lucas Belvaux revient sur la guerre d’Algérie et ses stigmates, 40 ans plus tard

Premier film historique du cinéaste engagé Lucas Belvaux, Des hommes raconte la guerre d’Algérie de deux appelés, rentrés dans leur village ensemble et qui, pendant 40 ans, vont se taire. Retour sur ces non-dits avec le réalisateur.

Lors du soixantième anniversaire de sa sœur (Catherine Frot), Bernard, interprété par Gérard Depardieu, laisse éclater sa colère et son racisme. Il est écarté. Cette altercation fait remonter à la surface toute la rancœur et les secrets accumulés par cette famille qui a vécu, de près ou de loin, la guerre d’Algérie. Adapté du roman de Laurent Mauvignier, Des hommes plonge dans le quotidien de ces jeunes appelés et raconte comment cette guerre enfouie reste porteuse de violence.

Bande annonce (Ad Vitam)

Rue89 Strasbourg : Quand Solange (Catherine Frot) relit les lettres envoyées d’Algérie par son frère, la voix off de Bernard (Gérard Depardieu) rajoute : « Je ne t’ai pas parlé de ça ». Et vous, vous montrez ce que Bernard n’a pas écrit dans ses lettres : qu’est-ce que vous vouliez dire, encore aujourd’hui, de la guerre d’Algérie ?

Lucas Belvaux : Je voulais parler de ces jeunes nés entre 1934 et 1942, qui viennent d’une France rurale, qui découvrent un pays et la guerre en même temps, dire leur ennui, leurs peurs. Je voulais raconter aussi les fouilles des villages, les populations déplacées des « zones interdites » vers des camps de regroupement (zones vidées de leurs habitants par l’armée française pour priver le FLN d’appuis, ndlr), les villages brûlés par le napalm parce qu’il fallait affamer le maquis. La partie du film sur la guerre se déroule entre 1960 et 1962, c’est la pire période. Tous les appelés n’ont pas vécu la même chose, selon l’année et le lieu où ils étaient.

Les appelés français font leur service militaire en Algérie, en pleine guerre. Photo : doc. remis

Pourquoi est-ce que cette guerre reste si mal connue des Français ?

Parce que c’est une histoire honteuse : l’historien Benjamin Stora en parle comme « le secret de famille de la France ». Après les accords d’Evian en 1962, De Gaulle a mis la poussière sous le tapis : avec la double clause d’amnistie, pour la France et pour l’Algérie, il n’y a eu aucun procès. Pas de procès, pas de coupable. Tous les appelés portent le poids de cette responsabilité qui n’a été endossée par personne.

Dès 1956, la France sait ce qu’il se passe en Algérie, il y a des mouvements pacifistes, des intellectuels comme François Mauriac dénoncent la guerre. Mais le gouvernement veut étouffer les choses, il parle des « événements », pas d’une guerre. Quand plusieurs morts doivent être rapatriés dans une même commune, on fait revenir les corps un par un, en les gardant en chambre froide, pour ne pas faire trop de bruit… C’est difficile de parler de ça.

Il est temps d’avoir une attitude saine face à l’Histoire, du côté algérien comme du côté français. En partant du principe simple que ceux qui sont nés après la guerre d’Algérie ne sont coupables de rien. Il ne faut pas instrumentaliser ce récit comme peut le faire encore l’extrême-droite en France, mais raconter la multiplicité des souffrances.

Bernard (Gérard Depardieu), 40 ans après son retour de la guerre d’Algérie, est toujours rempli de colère vis à vis de son cousin (Jean-Pierre Darroussin) Photo : Doc. remis

Le film aborde de nombreux thèmes : le silence des anciens appelés, leur vie en Algérie, les harkis, la guerre entre Algériens, le retour des pieds-noirs… Quel a été votre fil conducteur pour raconter cette histoire complexe ?

Pendant le film, j’ai souvent pensé à la chanson La butte rouge qui a été écrite juste après la Première guerre mondiale et qui raconte que « les bandits qui sont cause des guerres n’en meurent jamais, on ne tue que les innocents ». C’est un premier fil rouge. Le deuxième repose sur le fait d’accepter l’expression de tous les points de vue, de toutes les subjectivités, les confronter et voir en quoi on peut, non pas les réconcilier, mais en faire une histoire que tout le monde pourra entendre parce qu’on y trouvera la voix de chacun.

Le jeune appelé Bertrand (Yoann Zimmer) Photo : Doc. remis

À travers les flash-backs, on voit évoluer le personnage de Depardieu : un jeune homme plutôt sûr de lui qui se transforme en vieillard raciste et plein de colère…

Le personnage de Bernard quitte le Morvan des années 50, c’est une région très rurale, catholique, qui n’est pas sortie de la reconstruction d’après-guerre. Il n’a pas fait d’études, sa conscience politique est très vague. Quand il arrive en Algérie, c’est à la fois une révélation – la beauté des paysages, l’amour – et l’horreur de la guerre. Il n’a pas les armes pour faire la synthèse de tout ça et il ne surmontera pas cette souffrance.

Vous avez tourné au Maroc, est-ce que vous auriez aimé tourner en Algérie ?

Oui, mais ça aurait nécessité beaucoup trop d’énergie. Venir avec une équipe de tournage en Algérie, ça reste compliqué.

Est-ce que c’est difficile de monter un film en France, sur la guerre d’Algérie ?

Non, pas particulièrement, ce qui est difficile c’est de trouver des financements pour un film qui n’est pas du divertissement.

La fin du film reste en suspens, comme dans le roman de Laurent Mauvignier ?

Oui, j’aime beaucoup cette fin dans le livre. La production a voulu qu’on la change, que quelque chose soit résolu. On a essayé mais ça ne marchait pas. Pour moi, tout est dit et ce qu’il se passe après ne regarde plus personne.

Qui est Julien Stéphan, le nouvel entraîneur du Racing ?

Qui est Julien Stéphan, le nouvel entraîneur du Racing ?

Vendredi 28 mai, Julien Stéphan a été officialisé au poste d’entraîneur du Racing Club de Strasbourg pour trois ans. Il succède ainsi à Thierry Laurey arrivé en fin de contrat et non-prolongé par le club alsacien. Le fondateur du site Rouge Mémoire sur le Stade Rennais livre ses impressions sur ce transfert d’entraîneur entre Bretagne et Alsace.

C’est Julien Stéphan, l’entraîneur du Stade Rennais, qui va reprendre le flambeau de Thierry Laurey, l’entraineur du Racing club de Strasbourg. L’annonce a été faite par le club alsacien vendredi 28 mai, à l’issue de la saison. Thierry Laurey est l’homme qui a brillé avec l’équipe alsacienne durant cinq ans, permettant une montée en Ligue 1 en 2017 puis un titre inespéré avec la Coupe de la Ligue en 2019. On le connait bien mais on connait moins Julien Stéphan. La Cave de Papy a donc demandé à Fabrice Pinel, fondateur du site Rouge Mémoire, l’encyclopédie du Stade Rennais, de nous donner son point de vue sur l’ancien coach qu’il a suivi.

La Cave de Papy : Après 77 rencontres en Ligue 1 avec le Stade Rennais, Julien Stéphan prend la décision de quitter Rennes suite à une spirale négative de la formation bretonne en début d’année 2021 où le club compte une victoire en neuf rencontres. Comment avez-vous réagi en apprenant cette nouvelle ?

Fabrice Pinel : Ce 1er mars 2021, jour de sa démission a vraiment été difficile à vivre pour ma part. Ce n’est pas qu’un entraîneur qui jetait l’éponge, c’est tout simplement le meilleur entraîneur de l’histoire du club en termes de résultats et d’émotions. Premier entraîneur à nous permettre d’atteindre la phase d’élimination directe en Coupe d’Europe (2019 face au Betis puis Arsenal), puis premier entraîneur qui nous emmène en phase finale de Champions League. Et pour couronner le tout, il nous a permis d’aller chercher une Coupe de France, la 3ème de l’histoire du club.

Donc, le jour où il renonce, ce sont toutes ces émotions qui reviennent à la figure, d’autant plus que c’est un homme né à Rennes qui portait les valeurs du club et de la région… Il renonce parce qu’il ne trouve plus les leviers pour stopper la spirale difficile dans laquelle le club s’est engagé récemment. L’avenir lui a donné raison car Bruno Génésio a réussi à redresser la barre, le Stade Rennais est qualifié pour l’Europa League Conference.

Julien Stéphan était entraîneur des U19 de Rennes lors de la saison 2012-2015 puis de l’équipe réserve durant trois années avant de rejoindre l’équipe professionnelle et de disputer avec son premier match le 5 décembre 2018. À cette période, comment avez-vous vécu sa nomination à la tête de l’équipe première ?

Au moment où le président Létang le nomme, il a un objectif à 4 matchs pour faire sa place dans ce monde impitoyable pendant que le président cherche un entraîneur chevronné. Mais incroyable, il gagne les 4 et pas n’importe lesquels : un déplacement à Lyon en Ligue 1 et un match décisif contre Astana en Europa League notamment. Ce même président lui avait barré la route du départ à Monaco quelques mois plus tôt alors que Thierry Henry le voulait dans son staff comme adjoint. Côté supporters, on avait envie que cela marche pour Stéphan dès le début car c’est un homme du cru qui porte nos valeurs ; mais on n’y croyait pas forcément.

Un sacre en Coupe de France avec Rennes face au PSG

L’ex-entraîneur rennais est parvenu à remporter la Coupe de France face au PSG en 2019, la même année où le Racing Club de Strasbourg a décroché la Coupe de la Ligue après une séance de tirs au but face à Guingamp. On peut alors parler d’une première saison en idylle pour Julien Stéphan avec Rennes ?

La saison 2018/2019 du Stade Rennais est la meilleure de l’histoire du club a posteriori. Le championnat est modeste avec une 10ème place mais justement parce que tout le reste a été inoubliable et a pris le dessus sur le quotidien de la Ligue 1. Le parcours en Europa League et la victoire en Coupe de France ont été exceptionnels à l’échelle du Stade Rennais.

Julien Stéphan succède à Thierry Laurey en tant que entraîneur du Racing. Photo : RCSA

Julien Stéphan a permis au Stade Rennais de participer à la Ligue des champions pour la première fois. Quel bilan faites-vous de cette saison si particulière pour le second exercice de Julien Stéphan ? Pensez-vous que Rennes a terminé à la bonne place car on rappelle que Lille talonnait votre équipe d’un petit point et qu’il restait dix journées à effectuer ?

On ne peut pas refaire l’histoire mais le Stade Rennais était à un point devant Lille à J28. Les 2 équipes étaient en pleine bourre (3 victoires consécutives des 2 côtés avant interruption et un 5-0 en faveur du Stade Rennais pour le dernier match). On est nombreux à imaginer que les 10 journées restantes auraient plutôt permis aux 2 équipes de rejoindre et devancer l’OM aux 2èmes et 3èmes places vu les dynamiques de résultats. Après, on imagine mal que les 10 points d’avance sur Lyon auraient été comblés par la troupe de Rudi Garcia, quoiqu’en disait Jean-Michel Aulas à l’époque.

Le Racing va faire partie des équipes à surveiller

Que peut-on finalement reprocher à Julien Stéphan s’il faut sortir un point négatif durant son passage à Rennes avec l’équipe première ?

L’unique point négatif restera cette spirale de l’échec au début de l’année 2021. Elle lui aura coûté son poste puisqu’il n’a jamais réussi à l’enrayer. Pourtant, l’effectif avait la qualité nécessaire pour tenir l’objectif européen mais visiblement avec Stéphan on n’y arriverait plus… Au grand dam de tous. C’est un entraîneur qui va au bout de ses idées, c’est ce que certains lui reprochent au final. Mais, je pense qu’il était dans le vrai pour le moyen terme… Le court terme a néanmoins eu raison de lui et de ses joueurs.

Le Racing Club de Strasbourg a connu une montée en Ligue 1 dès sa première année en remportant le championnat de Ligue 2. Puis, une Coupe de la Ligue le 30 mars 2019 sous l’ère de Thierry Laurey. Julien Stéphan rejoint le RC Strasbourg, pensez-vous que par ses manières de manager une équipe, l’ex-technicien rennais puisse faire franchir un cap au club alsacien ?

Pour moi, cette signature de Stéphan au RCSA place d’emblée le club dans les équipes à surveiller la saison prochaine. Il va apporter un nouveau souffle et la régularité qui manquaient au club alsacien. Je mets une petite pièce sur le parcours de Lens en 2020/2021 ou celui de Reims en 2019/2020 pour être celui de Strasbourg en 2021/2022 ou à défaut en 2022/2023 car il lui faudra un peu de temps pour découvrir les hommes à sa disposition et mettre en place ses idéaux de jeu.

#Thierry Laurey

Après deux vagues de coronavirus, un quart des internes alsaciens au bord du burn-out

Après deux vagues de coronavirus, un quart des internes alsaciens au bord du burn-out

Une consultation du Syndicat autonome des internes d’Alsace (SAIA) dresse un bilan inquiétant de l’état psychologique des médecins en formation, les internes. Un quart des répondants a une forte probabilité de présenter une détresse psychologique.

Environ 230 internes alsaciens ont une forte probabilité de « présenter une détresse psychologique. » C’est le chiffre édifiant qui est ressorti d’une consultation exceptionnelle des internes en médecine menée par le Syndicat autonome des internes d’Alsace (SAIA). Après le suicide d’au moins cinq internes en France depuis le début de l’année 2021, l’objectif du syndicat était « de faire un état du moral des troupes en Alsace, pour empêcher que ça arrive ici », précise Hubert Werth, interne et président du SAIA.

Parmi les 350 répondants, soit plus d’un tiers des internes d’Alsace, un quart présente un « risque important de détresse psychologique », et 51% estiment qu’ils font face à « un risque moyen. »

Pour déterminer le risque de détresse psychologique des répondants, une liste de questions a été élaborée avec un psychologue des Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Par exemple, le syndicat a demandé aux internes s’ils s’étaient déjà sentis tellement agités qu’ils ne tenaient pas en place, si rien ne pouvait les faire rire ou s’ils s’étaient déjà sentis « bons à rien » après leur journée de travail. Pour le Saia, ces éléments sont des signes qui doivent alerter les proches. Et c’est à partir de ces critères qu’ils ont pu déterminer le degré de risque de détresse psychologique des répondants.

Accompagnement insuffisant

La crise sanitaire a chamboulé la formation des internes, d’autant plus dans les hôpitaux alsaciens qui ont dû faire face à un afflux de malades plus important que dans d’autres régions. Antoine (le prénom a été modifié), tout jeune interne dans une spécialité très sollicitée, relate :

« Un ami interne m’a raconté qu’en arrivant dans le service, le médecin sénior n’a cessé de lui dire de “se démerder”. Et quand il appelait son chef pour être certain de bien faire les choses, son chef lui reprochait de le faire venir pour si peu. »

Hubert Werth précise :

« Il y a eu une augmentation très importante du nombre de patients. Les internes ont donc pu passer moins de temps avec chaque patient, ça en a démotivé certains. Dans le même temps, ils ont eu plus de responsabilités parce que les séniors étaient débordés. »

Un soignant dans les couloirs du service de réanimation des NHC, le 1er avril 2021 Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg

« Moins d’empathie et de patience »

L’une des principales inquiétudes des internes, c’est l’allongement du temps de travail. « La moyenne à Strasbourg, c’est environ 55/60 heures par semaine, alors que la législation européenne limite à 48 heures, » se désole Maurine (le prénom a été modifié), en deuxième année d’internat.

Mais si cette législation n’est pas appliquée, c’est en partie parce que le système hospitalier français ne comptabilise pas le temps de travail des internes en heures, mais en demi-journées. « En fonction des stages, les internes strasbourgeois travaillent entre 8 et 10 demi-journées par semaine », soit entre 4 et 5 jours. « Et il faut ajouter les cours, » précise Maurine. Lors de son dernier stage dans un service particulièrement chargé, Maurine a subi une phase d’épuisement professionnel :

« Ça s’est traduit par des signes de burn-out. Je me réveillais et j’allais au service à reculons alors que j’étais toujours autant passionnée par mon travail. Arrivée à l’hôpital, cet épuisement ne disparaissait pas : j’avais bien moins d’empathie et de patience avec les personnes dont je m’occupais. Je n’en suis jamais arrivée à être énervée contre un patient mais je râlais beaucoup plus contre mes collègues dans le poste de soin. »

Une certaine vision de l’omerta

« Je veux bien parler mais à condition d’être anonyme, » ont tenu à préciser les internes contactés pour cet article, avant même de répondre à la première question. Noms, prénoms, services et même spécialités ont dû être ôtés pour que les témoignages ne soient pas identifiables. « Il faut faire très attention sur ce point », avait prévenu un syndicaliste, anticipant de potentiels « jeux de vengeances ».

« Vous savez la médecine, c’est un petit monde, donc tout finit par se savoir » expliquait-il pour justifier les précautions imposées. Et pour cause, les médecins séniors ont un pouvoir important sur les étudiants en médecine qu’ils accueillent dans leurs services. C’est à eux que revient la décision de valider ou non le stage d’un interne, lui donnant (ou non) la possibilité de continuer son cursus.

« C’est intenable »

Autre problème, lui quantifiable : le nombre d’internes par semaine de gardes est parfois insuffisant. Les gardes de 24 heures font partie des missions allouées aux internes, mais même quand il n’y a pas assez de médecins en formation dans le service, la semaine doit être comblée. « S’il y a quatre internes dans un service, ils vont devoir assurer une garde (de 8h30 à 8h30 le lendemain) tous les 4 jours, » s’alarme Hubert Werth qui estime que ce rythme est « intenable ». Selon la loi, au minimum 6 internes doivent assurer les gardes à tour de rôle dans chaque service.

L’enquête du Syndicat autonome des internes d’Alsace a permis d’identifier six services hospitaliers qui ne respectent pas le nombre minimal d’internes pour les gardes. « Une lettre a été envoyée aux chefs de ces services par l’intermédiaire du doyen de la faculté, » explique le président du syndicat, qui avertit : « SAIA ira jusqu’au tribunal administratif si la réponse est une fin de non recevoir. » Dans l’urgence, 4 services visés ont pallié le manque d’internes par des médecins en formation étrangers, mais la situation est bloquée dans deux autres services.

D’une récompense à une fermeture en quatre ans, Alstom a coulé son bus à Hangenbieten

D’une récompense à une fermeture en quatre ans, Alstom a coulé son bus à Hangenbieten

D’un prix de l’innovation à une fin de production en moins de quatre ans, les bus électriques Aptis produits près de Strasbourg circuleront sur peu de lignes de transports en commun. Plusieurs salariés mettent ce ratage industriel sur le compte d’errements stratégiques d’Alstom, le géant ferroviaire français qui a repris l’unité de production alsacienne.

« On part gagnant. » Les équipes d’Aptis à Hangenbieten ont beaucoup entendu cette phrase optimiste. « Selon cette philosophie, tout va bien se passer. Même s’il y a un problème, on le traitera à temps », résume un ancien salarié. Mais rien ne s’est passé comme prévu pour les bus électriques « Made in France » développés par Alstom aux portes de Strasbourg.

Un bus haut de gamme conçu en 2015

Propriété du groupe Lohr industries, les trams Translohr sont vendus en 2012 pour renflouer l’activité principale de la société alsacienne, le transport de véhicules. Place donc à NTL pour NewTransLohr, détenue par Alstom (51%) et la Banque publique d’investissements (49%). En 2015 pour « diversifier » l’activité de NTL, Alstom reprend les ébauches d’un projet de bus électrique. Le géant du ferroviaire français crée la filiale Aptis en 2018.

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Frédéric Bierry : beau comme un camion

Frédéric Bierry : beau comme un camion

La Collectivité européenne d’Alsace devrait mettre en place une taxe poids lourds d’ici 2025. La condition préalable était la réalisation du tant décrié Grand Contournement Ouest, supposé soulager Strasbourg des poids lourds en transit. Si le but est de fluidifier le trafic routier, c’est cohérent. Si c’est de limiter la part modale du camion, c’est contradictoire.

Rob a disparu, des milliers d’amateurs du Strasbourg nocturne orphelins

Rob a disparu, des milliers d’amateurs du Strasbourg nocturne orphelins

Alexandre Bureau, que tout le monde appelait Rob, est décédé subitement jeudi à 41 ans. Il est à l’origine de six bars et restaurants à Strasbourg, où il avait conquis de nombreux Strasbourgeois par sa bonhommie, sa générosité, son humour et sa franchise.

La dernière fois que j’ai entendu parler de Rob, c’était un samedi matin. Comme chaque semaine depuis l’ouverture de sa dernière affaire, La Pépinière place d’Austerlitz, il m’envoyait via WhatsApp une proposition de plats cuisinés à emporter, des bons poulets, de la bonne barbaque avec de la sauce et des patates. À chaque message, je me disais qu’un jour je changerai mes habitudes pour en profiter. Rob aimait la bonne bouffe et il adorait cuisiner, même pour des inconnus.

Mais voilà. À 41 ans, Rob, Alexandre Bureau de son vrai nom, a été emporté par une embolie pulmonaire jeudi matin. Les secours n’ont rien pu faire pour le ranimer. Il laisse sa compagne Carole et des milliers de Strasbourgeois qui l’ont côtoyé orphelins, sous le choc.

Le Phono, un rade minuscule, toujours bondé

Car Rob n’était pas seulement un patron de bar. Ce n’était même pas juste un patron de bar sympa. Il était la générosité incarnée. Avec son physique de nounours et sa pilosité d’explorateur marin, Rob ne faisait jamais rien à moitié. Pas le genre à proposer un quart de poulet à l’aise dans son assiette. Quant aux shots de 4 centilitres au Phonographe, c’étaient des interprétations toutes personnelles du système métrique.

J’ai croisé Rob pour la première fois au Trolley, rue Sainte-Hélène. Avec Xavier, ils avaient réussi à sortir ce bar de l’ornière au début des années 2000 pour en faire le rendez-vous de toute une famille réunie autour de la convivialité. Quand il a monté le Phonograph, rue de l’Arc-en-Ciel en 2011, je ne comprenais pas : qu’allait-il faire avec ce rade minuscule sans terrasse ? J’ai vite compris : le Phonograph n’a jamais désempli, même après la fermeture du Mudd Club.

Interview de Rob en 2019 (vidéo StrasTV / YouTube)

Jérémie Fallecker, de Pelpass, ébranlé par la nouvelle de son décès, comme tous ceux qui ont connu Rob, détaille :

« Au Phonograph, il y avait le sourire de Rob, l’ambiance qu’il mettait… On était tous les deux fans de rap américain, il avait constamment des supers sons. Il prenait des nouvelles de chacun de ses clients et retransmettait tout ça en énergie positive dans son bar. Et du coup, tout le monde était heureux d’aller là-bas. »

Rob se souvenait de ses clients, il avait toujours un mot pour chacun. Aller au Phono, c’était un peu comme s’inviter dans son salon. Ce bar minuscule, il n’a jamais voulu le lâcher, malgré les conseils de certains de ses proches.

Le trépas d’un monde d’avant

La nouvelle de sa disparition laisse un vide immense tant ce bonhomme avait occupé une place importante dans les cœurs et les esprits de tous les Strasbourgeois qui sortent. Survenu alors que les bars et les terrasses réouvrent après une année de confinement, son décès résonne comme le trépas d’un monde d’avant, désormais impossible à ranimer.

La devanture du Phono témoigne de l’affection que portaient les clients de Rob Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Car Rob savait recevoir mais il savait aussi transmettre. En une dizaine d’années, il avait permis à cinq personnes de débuter leur propre affaire, en s’associant à parité avec elles. Nicolas Fabbian est l’un des premiers à avoir expérimenté cette collaboration, lorsqu’ils ont monté ensemble le Fat Black Pussycat, rue Klein, en 2013 :

« On se connaissait depuis 18 ans. Un jour, Rob m’a embauché au Phono en me disant “tu commences la semaine prochaine”. Un an et demi plus tard, il a eu envie d’ouvrir un autre lieu et il m’a proposé de m’en occuper. Ainsi est né le Fat. Il m’a fait confiance et en même temps, il était tout le temps présent. On a eu des difficultés bien entendu mais Rob savait tout délier. Il était très fort pour trouver des solutions, même quand ça paraissait impossible. Professionnellement, je suis orphelin. »

« Il était tout le temps prêt à m’aider »

Nicolas partageait avec Rob la passion du hip hop, de la soul et du funk mais surtout la conviction qu’on peut s’en sortir en travaillant dur. Rob a débuté dans la restauration sans patrimoine et réinvestissait régulièrement dans de nouvelles affaires, qu’il a confiées à des compagnons de route dont il détectait, intuitivement, la valeur. À 36 ans, Nicolas ne sait pas encore très bien à quoi va ressembler son quotidien sans Rob :

« Je pouvais l’appeler à n’importe quelle heure, il était tout le temps opérationnel et prêt à m’aider. Au Fat, il me laissait gérer mais il avait l’œil sur tout, tout le temps, sans pour autant être invasif. Et quand on avait des problèmes, il était rarement surpris parce qu’il les avaient vus venir en fait… »

Rob au réveil (Photo Christophe Urbain)
Rob au réveil Photo : Christophe Urbain

Cette intelligence du quotidien, ce sens pratique des affaires, tous ceux qui ont travaillé avec lui en témoignent. Raphaël Stoll, dirigeant de Malt & Houblon et à ce titre, fournisseur en boissons des affaires de Rob, détaille :

« C’était mon client et c’était mon copain. C’était le client parfait, il a toujours été là pour m’aider quand j’avais des difficultés, il m’a sorti plusieurs fois des emmerdes. Il y a deux ans, quand on a référencé tous nos alcools, il est venu nous aider et nous conseiller. Il avait beau avoir fermé le Phono à 4h, quand mes livreurs étaient devant chez lui à 9h, il était là. C’était vraiment un grand monsieur, un vrai professionnel. »

Rob était un acharné du travail. Alors qu’il était déjà bien occupé par le Phono, le Fat et le Diable Bleu, il a tenu à ouvrir le bar éphémère de la Biennale d’art contemporain en 2019. Quand je l’ai vu derrière son comptoir temporaire, je l’ai assailli de questions, qui toutes voulaient dire « mais pourquoi enfin ? » Parce que le lieu était magique et beau, parce qu’il allait pouvoir proposer de la musique et rendre heureux les gens pendant quelques semaines. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé. « La café de la Biennale a été un projet de passionnés. Tout le monde s’en souvient encore aujourd’hui à cause de ça », se rappelle Jérémie Fallecker. L’endroit ne répondait à aucun critère économique. Peu avant la fermeture, avant que Bouygues ne privatise définitivement cet ensemble, il m’avait confié qu’il serait heureux s’il n’avait pas perdu d’argent dans cette opération.

Rob pouvait dire "cassez vous" et c'était bienveillant (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
« Cassez vous ! » Quel patron de bar peut dire ça ? Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

« La définition même du bon vivant »

Mais l’argent, c’était pas tellement son truc à Rob. « Il dépensait pas son fric dans de belles voitures, dans des voyages ou des propriétés », indique Régis Nombret, gérant des Binsch’ Stubs et ami de Rob depuis 20 ans :

« Rob était la définition même du bon vivant. Il adorait la bouffe, les restaurants gastronomiques et les cigares. Il fallait le voir tremper son Baron dans son rhum ! »

Régis n’a pas eu le temps de s’associer avec Rob. « On en parlait régulièrement, on avait des plans… De toutes façons, Rob avait tout le temps des plans en tête, il fallait suivre. » Les derniers « baby Rob », ce sont Ludo et Alix Ruhlmann, qui ont respectivement créé avec Rob le Café Lové et la Pépinière, place d’Austerlitz. Aujourd’hui à la tête de leurs affaires, leurs vies aurait été très différentes sans Rob. Ludo, 37 ans, précise :

« J’ai rencontré Rob après avoir été serveur aux Berthom puis au Phono. On ne fait pas de vieux os en étant serveur, j’en avais parlé à Rob et on a visité des locaux… Puis un jour, on est tombé sur ce local. Il m’a fait confiance sur le concept. Sans son soutien financier, jamais je n’aurais pu me lancer. J’ai signé à vie avec Rob. »

Alix conclut :

« Pour la Pépinière, quand on a voulu mettre des fleurs partout, Rob m’a dit “Ok, ça sera mon bar girly.” Il était comme ça, il aimait qu’on le dérange dans ses habitudes, c’était quelqu’un d’exceptionnel. Mine de rien, il avait réussi à former un petit groupe de restauration… On se connait tous, on s’apprécie et on s’entraide. Il faudra désormais continuer à le faire sans lui. »

#Alexandre Bureau

Dans la rue, les personnes précaires, plus exposées au Covid, restent éloignées du vaccin

Dans la rue, les personnes précaires, plus exposées au Covid, restent éloignées du vaccin

Même s’il est possible de se faire vacciner contre le Covid-19 sans carte Vitale, le doute, la méfiance et le manque de confiance envers les institutions freinent les personnes sans-abris.

« Ici tout le monde me connaît. C’est moi qui dessine à la craie sur le sol quand il fait beau. Et je joue du djembé sur la place Kléber. » Baye Fall, 50 ans, a été 14 ans sans domicile. Depuis mars, il est titulaire d’un bail de sous-location pour un appartement situé à Neudorf, grâce à Un Chez Soi D’abord. Ce dispositif, qui met en relation des bailleurs et des personnes en précarité, lui a proposé mi-mai de se faire vacciner contre le covid-19.

Baye Fall fait toujours la manche : « j’ai un toit, mais je suis toujours dans la rue ». Il suit l’actualité grâce à 20 Minutes, disponible gratuitement, mais « ne regarde que le sport » :

« À force d’entendre parler du covid-19, j’ai pesé le pour et le contre, mes appréhensions et mes doutes, et puis j’ai dit oui au vaccin. Sans les bénévoles, je ne serais jamais allé de moi-même au centre de vaccination. Un pote marocain m’a dit de ne surtout pas le faire, qu’il y avait du poison dans le produit pour éliminer les étrangers. Les Arabes que je connais dans la rue ont peur du système français. Mais cela s’explique aussi par le passé migratoire ou les guerres coloniales qu’ont connu leurs grands-parents. »

Baye Fall a vécu dans la rue 14 ans. Il a récemment obtenu un logement grâce au dispositif « Un Chez Soi D’abord ». Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

Né en 1970 au Sénégal, sur l’île de Gorée, Baye Fall est ciblé pour recevoir deux injections de vaccin Pfizer par l’Agence régionale de santé (ARS). Le 11 mai, il est emmené dans les locaux de l’association Alt, un des acteurs du dispositif Un Chez Soi D’abord, à l’intérieur d’un Centre de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) par des travailleurs sociaux :

« Ils m’ont amené dans un bureau et m’ont posé des questions. L’infirmière m’a nettoyé le bras, elle m’a prévenu que ça allait piquer. Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter, la douleur je connais. La mer m’aurait déjà tué si je devais mourir. »

Hébergé, comme de nombreux sans-abris, à l’Hôtel Pax pendant le premier confinement et passé de pays en pays jusqu’à rejoindre en 1994 le camp de Calais, Baye Fall a plutôt bien vécu la crise sanitaire :

« La peur, je l’ai laissée dans la mer, en plein océan atlantique. Les gens meurent, le bateau prend l’eau. On n’a pas de papier parce que les passeurs nous demandent de les jeter pour éviter qu’on nous rapatrie. Et puis les gardes côtes d’Espagne nous ont sauvé la vie. Aujourd’hui, je me sens bien, je me sens en sécurité avec le vaccin. Je suis rassuré, de qui, de quoi, je ne sais pas, mais rassuré. »

Baye Fall attend « avec hâte » sa seconde dose, prévue le 22 juin mais il se voit comme une exception :

« Les gens dans la rue de toute façon, ils n’iraient pas d’eux-mêmes se faire vacciner. Il faut une association pour ça. Et puis, je n’en ai croisé aucun atteint du covid-19, ils ont d’autres pathologies ou alors ils sont malades d’addictions. Je dois être le seul de la rue à m’être fait vacciner. »

Des passants pensent que le virus aurait pu être inventé

Près de la station Homme de Fer, Mathieu et Nora sont à la rue depuis plus de deux ans. Auparavant dans l’agro-alimentaire, ils ont perdu leur emploi. Ils vivent du RSA et de la générosité des passants, « en baisse depuis la crise sanitaire », de quelques missions d’intérims et de travaux non déclarés. Nora aurait voulu démarrer une formation mais elle a été annulée à cause de la crise sanitaire. Ensemble depuis neuf ans, ils sont restés à l’écart des hôtels pendant les confinements car ils n’ont pas confiance. Mathieu craint les violences et les bagarres. Même sentiment vis-à-vis de la Croix rouge, lorsque ses bénévoles sont venus lui présenter le vaccin :

« Je le ferai seulement si ça devient obligatoire. On y pense un peu dans la rue, mais je n’ai vu personne de contaminé. J’ai même un peu douté de son existence. Parmi les passants, certains pensent que le virus aurait pu être inventé. Mais entre personnes de la rue, on n’en parle presque pas, ça ne nous impacte pas. La période de crise sanitaire, je l’ai vécue comme une autre. Il y avait moins de monde dans les rues, c’est tout. »

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Mathieu, 31 ans. Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

Il ignore où sont les centres de vaccination à Strasbourg. Sur son téléphone, un modèle à touches, il a accès à la radio, mais il discute surtout avec des amis de la rue pour s’informer. Depuis quelques mois, une amie du couple les accueille pour se doucher et dormir au sec. Là-bas, la télévision est souvent allumée pour suivre les informations, rapporte Nora, 28 ans. Pour elle, pas de vaccin non plus tant que c’est possible :

« Je n’ai pas peur du virus mais surtout du vaccin. Il ne me donne pas trop confiance. Et puis, j’ai peur des aiguilles et des effets secondaires. Mais sinon, j’ai bien conscience que le virus existe, je respecte tous les gestes barrières et porte mon masque. Je suis quand même consciente des risques. Je connais des personnes qui l’ont eu donc il est là, il existe bien. »

Nadia
Nora, 28 ans. Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

« On ne se sent pas concernés par le virus »

Place Kléber, sous l’auvent de l’ancienne brasserie Kohler Rehm, Tom, 44 ans, fait partie d’un groupe hétéroclite d’une dizaine de personnes sans domicile fixe. Il est le seul à accepter de parler du vaccin. Dans la rue depuis trois ans après avoir fait 18 mois de prison pour vol, il compte sur le travail en intérim et les allocations chômage pour s’en sortir. Hébergé en hôtel par le 115 depuis décembre 2020, personne ne lui a proposé de vaccin :

« J’ai été cas contact sans avoir contracté de symptômes. C’était mon camarade de chambre qui l’a eu. Le mec, il dormait dans le lit à côté de moi, à 50 cm. Il est resté plusieurs semaines à ne pas être bien, avant qu’il soit hospitalisé. J’ai donc été testé et je n’ai même pas été positif, toujours négatif. Alors c’est bizarre. Je ne comprends pas pourquoi les autres le chopent et pas moi. Et pourtant, on reçoit des dons des gens, on mange derrière eux, on touche les pièces de monnaie, les vêtements qu’ils nous donnent… »

Tom, 44 ans. Photo : AM / Rue89 Strasbourg/ cc

« À cause des puces, punaises et des tiques dans l’hôtel, mes plaies s’infectent. Soi-disant il y a eu une désinfection, mais moi j’en ai marre de me faire dévorer », se plaint-il, inquiet d’être radié du 115 s’il quitte sa chambre. Pour se soigner, il désinfecte ses morsures et piqures à l’aide de matériel disposé dans sa chambre. Atteint par un cancer du poumon, il ne souhaite aucun suivi et se déclare « anti-pharma ». Concernant le covid-19, il est sceptique :

« Ça reste un virus comme le reste, comme la grippe. Il y a un peu plus de morts que d’habitude c’est tout. Entre nous, on n’en parle pas. Sauf le matin après avoir écouté la télévision à l’accueil de l’hôtel. On ne s’inquiète pas, on ne se sent pas concernés, personne qu’on côtoie n’est malade : on doit avoir plus d’anticorps que les autres. »

Dans les faits, les personnes à la rue présentent plutôt des facteurs aggravants. Tom accepterait le vaccin si on lui proposait, notamment dans le but d’obtenir un « passeport vaccinal » dont il est persuadé qu’il sera nécessaire pour retrouver une vie sociale.

L’Hôtel de la rue, géré par l’association La Roue Tourne. Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

« Venir-vers », l’exemple de l’Hôtel de la rue

Au 91 route des Romains, l’Hôtel de la rue géré par l’association La Roue Tourne accueille des personnes en situation de précarité depuis 2019, des jeunes mais aussi des personnes autour de la soixantaine. En 2020, parmi les 104 personnes, 7 cas positifs ont été recensés. En janvier 2021 sur les 87 résidents encore présents, il y a eu 3 cas positifs.

Anne Véronique-Auzet, présidente de l’association, a été contactée par la Ville et l’ARS pour organiser des sessions de vaccination à destination de tous les résidents majeurs. Mais avant une session organisée le 14 avril avec des médecins de la Ville, l’association et Médecins du Monde ont dû faire preuve de pédagogie. Anne-Véronique Auzet raconte :

« Nous ne parlions pas de la vaccination avec nos résidents. Puis lorsqu’il a fallu en parler pour la première session de vaccination, nous avons vu que les gens étaient majoritairement hésitants. Même dans l’équipe du personnel, tous n’étaient pas convaincus. Cela tombait mal, puisque c’était en plein débat autour de la fiabilité du vaccin AstraZeneca. Beaucoup en ont entendu parler, sans trop comprendre toutes les nuances entre les vaccins, même pour ceux qui parlent bien le français. On a finalement réussi à en convaincre quelques uns. Mais après la première injection, une dizaine de résidents s’est ajoutée à la liste pour la seconde session, voyant que personne n’était tombé malade. »

Accueil de l’Hôtel de la rue où des résidents patientent pour recevoir leur vaccin. Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

À l’intérieur de la structure, il y a internet et tous les résidents ont un téléphone portable. Sado, Français d’origine Africaine, âgé de 63 ans, s’informe tous les jours. Sur son téléphone, il montre une vidéo qui fait le lien entre des personnes décédées et l’injection de vaccins :

« Pour le moment je me sens bien. Je ne veux pas me créer des problèmes avec ce vaccin. Je dois attendre de bien comprendre et d’avoir plus d’éléments. Je ne veux pas condamner le vaccin mais à choisir, je préférerais prendre le russe. »

« Au départ j’étais réticent », témoigne également Phall, franco-tunisien de 54 ans, depuis un an résident :

« Je me suis laissé influencer par l’arrivée potentielle d’un passeport vaccinal. Sinon, je reste stupéfait de la rapidité avec laquelle le vaccin a été fabriqué puis commercialisé. Dans l’Hôtel, beaucoup sont réticents. La majorité des personnes qui ne l’ont pas voulu, ce sont des Géorgiens, des Tchétchènes, des personnes des pays de l’Est, parce qu’ils ont des échos de leur pays. Ils sont très méfiants et écoutent la propagande qui dit que le vaccin est vecteur de morts. Ils parlent beaucoup entre eux. »

Phall, résident, en train de recevoir sa deuxième injection. Pour l’équipe sanitaire de la Ville, la difficulté est de déterminer aussi précisément que possible les antécédents médicaux des résidents. Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

Pour les prochaines vaccinations, l’association devra organiser avec la Ville des sessions collectives au centre de vaccination. Selon Anne-Véronique Auzet, sans cet effort, les résidents « n’iraient pas d’eux-mêmes ».

Dans la rue, « on marche à l’exemple »

Depuis le 10 mai, la Croix Rouge organise des maraudes vaccinales, avec son propre bus. Les sans-abris sont gardés à proximité 15 minutes après l’injection. Philippe Breton, vice-président chargé des activités opérationnelles de la Croix Rouge du Bas-Rhin, dresse la liste des freins pour atteindre les plus exclus, souvent étrangers :

« Les personnes SDF sont en dehors des radars de la vaccination, ils ne se rendent pas dans les structures. Et même s’ils déboulaient dans des centres de vaccination, compte tenu de leur hygiène, ça ferait remue-ménage. C’est un public très réticent, souvent avec des pathologies. Même malades du covid-19, parfois sans papiers, ils ne contactent pas la Sécurité sociale pour s’isoler. Pour s’inscrire à la vaccination, il faut de la connexion internet et certains n’ont pas de téléphone. La majorité d’entre eux ne parlent pas français ou mal, ce qui ajoute aux freins. Pour nos maraudes vaccinales par exemple, on a dû traduire nos questionnaires en 15 langues. Et puis la vie des personnes vivant dans la rue est tellement difficile que le covid-19 n’est pas une priorité pour eux, ils doivent déjà gérer leurs problèmes quotidiens heure par heure. »

Les travailleurs sociaux et maraudeurs comptent sur le bouche à oreilles, en ultime moyen pour « augmenter l’acceptabilité vaccinale », explique Philippe Breton :

« Ce sont des personnes que seuls les maraudeurs et travailleurs sociaux connaissent et peuvent approcher. Ils sont méfiants mais peut-être moins avec nous. On ne cherche pas à vacciner à tout prix, on les informe. On compte sur le fait que ceux qui auront reçu la première dose en auront parlé aux autres. Il faut savoir que dans la rue, ça se joue beaucoup à l’exemple. »

Thorsten, Allemand, depuis 30 ans à la rue et un ami avec son chien « Booba ». Thorsten n’est pas totalement convaincu par le vaccin mais il ne voit pas d’inconvénient à le recevoir s’il ne s’appelle pas AstraZeneca. Il parle à peine français et s’informe sur son téléphone avec l’assistant vocal pour obtenir des résultats en allemand. Il a des problèmes de santé et se méfie des effets secondaires. Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

28 janvier : vaccin sans carte Vitale possible, mais à organiser

« Les personnes dans la rue ne sont pas conscientes que la précarité est déjà une comorbidité importante », explique Laure Pain, conseillère médicale à l’ARS dans le Bas-Rhin. « Même si elles ne présentent pas un état de santé général sévère, elles ne sont pas en bon état nutritionnel et pas en grande forme », détaille celle qui pilote les missions contre le covid-19 dans le territoire. Depuis 2020, un groupe technique, rassemblant plusieurs partenaires, réfléchit à un plan d’action pour prendre soin et vacciner, en 2021, les plus précaires :

« On a anticipé l’ouverture de la vaccination aux personnes ne disposant pas de carte Vitale (autorisée le 28 janvier 2021, ndlr) pour être en capacité de faire ces vaccinations. On a commencé par sensibiliser, rassurer la population. Puis le 25 mars, on a démarré les injections de vaccin dans les foyers, hôtels et centres médico-sociaux. »

Un bus aménagé appelé « vacci-car » se répartit deux secteurs : celui de l’handicap et des foyers ou hôtels pour les personnes précaires. « On pense qu’il y a encore 1 000 personnes précaires, dans ces structures, qui ne sont pas vaccinées », estime la conseillère. À ce stade, le budget de l’ARS Bas-Rhin 2021, consacré à ce type d’opérations, est de 381 000 euros. Laure Pain ajoute :

« Chacun des partenaires mobilise les moyens humains, matériels, ou les ressources financières qu’il peut. Dès le 15 juin, on espère vacciner directement dans la rue à des points fixes via les maraudes, sans besoin de prendre et se tenir à un rendez-vous. On aimerait prolonger nos opérations jusqu’en 2022. On prépare aussi avec l’Eurométropole et la Collectivité européenne d’Alsace, un plan similaire pour les gens du voyage. »

Depuis mars, ce sont 2 405 personnes dans toutes les structures concernées de l’Eurométropole qui ont été vaccinées. Au sein de ces structures, 8 personnes sont décédées depuis le début de la crise sanitaire.

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Après l’expérience à Strasbourg, l’Inserm favorable à la généralisation des « salles de shoot »

Après l’expérience à Strasbourg, l’Inserm favorable à la généralisation des « salles de shoot »

Les « salles de shoot », selon une évaluation de l’Inserm, « diminuent les pratiques d’injection à risque, le nombre d’injections dans l’espace public et le risque d’overdoses ». Des pistes d’amélioration du dispositif sont toutefois envisagées.

Communément appelées « salles de shoot », les Salles de consommations à moindre risque (SCMR) existent à Paris et Strasbourg. Elles permettent à des toxicomanes de se droguer, dans un environnement sanitaire sécurisé, avec du matériel stérile et l’accompagnement de professionnels. Expérimentales, elles sont apparues en 2016 pour accueillir des consommateurs de drogues « injectables » et depuis 2019, des fumeurs de crack.

Saisi par le gouvernement, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a mené une étude indépendante en 2020 qui conclut :

« Au plan sanitaire, les résultats des analyses montrent que les usagers des SCMR sont moins susceptibles que les usagers de drogues par injection qui ne les fréquentent pas de déclarer des pratiques à risque d’infection (VIH, virus de l’hépatite C) ou des abcès, d’avoir une overdose, d’aller aux urgences, de s’injecter dans l’espace public et de commettre des délits. »

L’ancien bâtiment de chirurgie thoracique héberge la salle de shoot de Strasbourg Photo : PF / archives Rue89 Strasbourg

Pendant un an, l’équipe scientifique en charge de réaliser l’étude a suivi 665 consommateurs à Paris et Strasbourg, et a pris, pour point de comparaison, les villes de Bordeaux et Marseille qui ne disposent pas de ce dispositif. En outre, toujours selon l’Inserm :

« L’étude des traces de consommation (seringues, emballages de médicaments, etc.) dans un périmètre géographique proche de la SCMR parisienne met en évidence une diminution significative des seringues abandonnées dans l’espace public, leur nombre ayant été divisé par 3 depuis l’ouverture de la salle ».

L’Institut scientifique estime qu’en 10 ans, les seules salles de Strasbourg et Paris ont permis d’économiser les 11 millions d’euros de coût médicaux qu’occasionne l’usage de drogues. Toutefois, ces économies ne combleraient pas les coûts que représenteraient l’implantation plus étendue et le fonctionnement de ces structures.

Pas d’amélioration nette dans l’accès aux soins

Malgré la diminution de consommation de drogue en ville, les « salles de shoot » sont encore sujettes à polémique pour certains résidents. Selon les Echos, ceux-là se plaignent « du fait que certains toxicomanes s’injectent encore la drogue en extérieur » et de « bagarres ». L’Inserm, quant à lui, sur la base d’entretiens menés auprès d’habitants proches des salles et agents de la ville, conclut à « une absence de détérioration publique » et « une intervention de santé et de tranquillité publique efficiente » :

« Si le sujet reste clivant entre les associations de riverains, c’est souvent moins le dispositif même de SCMR qui est critiqué que son emplacement en zone résidentielle (…). Certains riverains demandent une augmentation des heures d’ouverture et l’ouverture d’autres SCMR ».

Le dispositif n’améliore cependant pas l’accès aux soins. Selon l’Inserm, « ce pourrait être lié à la plus grande précarité des populations utilisatrices que celle des personnes utilisant les autres structures de soin », la plupart n’ont pas de couverture sociale. Parmi les pistes envisagées, l’Institut pense à « une articulation plus forte des SCMR avec d’autres services ou professionnels du soin » et plus de médiation. La MILDECA, à la lecture de l’étude, précise que les SCMR « ne résolvent pas, à elles seules, l’ensemble des problèmes de santé et de tranquillité liés à l’usage des drogues (…) ». Et de manière plus vague : « De nouvelles implantations méritent d’être étudiées, en fonction des contextes locaux, en complément des autres dispositifs d’accompagnement ».