Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

La Maison des associations condamnée pour le licenciement d’une salariée victime de harcèlement sexuel

La Maison des associations condamnée pour le licenciement d’une salariée victime de harcèlement sexuel

Le conseil des prud’hommes de Strasbourg a condamné la Maison des associations de Strasbourg pour le licenciement abusif d’une employée, qui s’était mise en retrait après avoir été harcelée sexuellement. Les conseillers ont retenu le défaut de protection de la salariée par l’association gestionnaire.

Trois ans après avoir été victime de harcèlement sexuel à la Maison des associations, Louise (les prénoms des victimes ont été changés depuis la révélation de cette affaire par Rue89 Strasbourg en mars 2019) voit la justice prudhommale reconnaître son préjudice. Dans un jugement prononcé le jeudi 10 juin, le conseil des prud’hommes de Strasbourg a déclaré que Louise avait bien été victime de harcèlement sexuel sur son lieu de travail. L’association gestionnaire de la Maison des associations n’avait pas rempli ses obligations de protection en tant qu’employeur. Les prud’hommes ont donc qualifié l’arrêt du travail de Louise en licenciement sans cause réelle ni sérieuse et condamné l’association gestionnaire à payer des indemnités au titre des dommages causés et au titre du licenciement, pour plus de 36 000€.

Louise avait été recrutée par l’ancien directeur de la Maison des associations, Patrick Gerber, en janvier 2017 en qualité de chargée de projets. En janvier 2018, son contrat s’était étoffé, mais sa proximité avec l’ancien directeur l’expose à ses propos et à son comportement sexiste. Alors qu’elle apprend qu’une nouvelle jeune femme a été victime de ces mêmes comportements en juillet 2018, elle décide d’alerter le conseil d’administration de la Maison des associations. Le président de l’association d’alors, Mathieu Cahn, met en place des consultations qui aboutissent à un blâme à l’encontre du directeur, à qui est « renouvelé sa confiance ».

L’audience du conseil des prud’hommes en mars Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

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Interpellés pour terrorisme puis relâchés, quatre nouveaux Tchétchènes stigmatisés

Interpellés pour terrorisme puis relâchés, quatre nouveaux Tchétchènes stigmatisés

À Strasbourg et Schiltigheim, quatre jeunes d’origine tchétchène ont été soupçonnés de terrorisme, arrêtés, emmenés à la DGSI à Paris puis relâchés, sans poursuite. Les familles et des associations alertent sur la stigmatisation qui frappe leur communauté et ses conséquences. L’un d’entre eux témoigne du traumatisme causés par les policiers.

Dans les locaux strasbourgeois de la Cojep samedi 5 juin, une organisation de la communauté turque, l’Assemblée européenne des Tchétchènes a affiché un grand poster pour sa conférence de presse. Le nom de l’association est écrit en russe et en anglais sur fond de couleurs nationales de la république tchétchène, vert, rouge et blanc, et du drapeau européen.

Conférence de presse de l’Assemblée des Tchétchènes d’Europe, samedi 5 juin Photo : SW / Rue89 Strasbourg / cc

Ahmad, 18 ans est le seul majeur, et le seul jeune arrêté à vouloir témoigner, mais sous un prénom d’emprunt. Les familles craignent que, même relâchés, ils subissent des discriminations du fait de leur arrestation largement relayée par les médias.

Ces jeunes habitant Strasbourg et Schiltigheim se connaissent et viennent de passer une dizaine de jours ensemble au domicile d’Ahmad, alors que ses parents n’étaient pas présents. Le 25 mai, la grande sœur d’Ahmad, Raisa, le rejoint avec ses deux enfants et son mari, tandis que ses amis retournent chez eux. Le lendemain à l’aube, la police explose la porte d’entrée, comme le détaille Raisa :

« Il y avait une bonne vingtaine de policiers, équipés de gros gilets pare-balles et de casques. Ils ont défoncé la porte et ont fouillé la maison, toute la famille était paniquée. Ils nous ont interrogés sur place puis ils ont emmené mon frère en lui bandant les yeux, après lui avoir mis un casque et un gilet pare-balle. »

Lâché dans Paris sans téléphone

À Strasbourg il est interrogé 24 heures, bénéficie d’une avocate commise d’office, puis il est conduit à Paris en train. À l’issue des 60 heures de sa garde à vue, il sera relâché à Levallois-Perret aux abord de la DGSI, sans son téléphone et sans que personne n’ait prévenu sa famille. Le jeune homme qui ne connaît pas Paris, parviendra à rejoindre une gare et à prévenir sa sœur en empruntant un portable à quelqu’un.

Ni les jeunes, ni leurs familles, ni l’association n’ont réussi à identifier ce qui a pu déclencher l’intervention des forces antiterroristes. Ils ont le sentiment d’un acharnement. Lors de l’interrogatoire, Ahmad raconte qu’on lui a dit qu’il était soupçonné « d’association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme. » Il se souvient qu’on lui a montré des photos qu’il avait prise d’un collège, dont il ne connaît pas le nom : « c’était pour le coucher de soleil, assure-t-il. On m’a demandé aussi si je saluais les femmes : j’ai dit oui, mais que je ne faisais pas la bise. » On lui a demandé s’il connaissait des noms qu’on lui citait :

« J’étais choqué, je me mettais en doute moi-même. Ils m’ont montré des photos de moi avec mes amis, que les policiers avaient prises. J’ai compris que j’étais surveillé depuis au moins le 11 mai. »

Autre question posée par les policiers : pourquoi les adolescents possèdent-ils une bague avec le sceau du prophète (« Mohamed est le messager d’Allah », écrit en arabe dans un médaillon, ce symbole très ancien a été repris sur la bannière de Daech). Ce n’est pas le cas d’Ahmad, mais ses 3 amis en possèdent. Des modèles de ses bagues sont vendues sur les sites Wish, Alis express, Etsy ou Vinted.

Sur internet, les bagues avec le sceau du prophète Mohamed se retrouvent sur de nombreux sites de vente en ligne Photo : Rue89 Strasbourg

Soupçons de fiche S

Anzor (le prénom a été modifié), en possédait une. Il n’a pas voulu venir témoigner à la conférence de presse. Sa mère dit qu’il est très éprouvé depuis sa garde à vue, il vomit et a perdu du poids. Le jeune homme de 17 ans qui pratique aussi la lutte vit chez son père à Strasbourg, mais séjourne régulièrement chez sa mère et son beau-père, qui ont également été interrogés longuement le matin de son arrestation.

Son beau-père, Mourad (le prénom a été modifié), d’origine ingouche, a obtenu le statut de réfugié en 2007. Depuis les attentats de 2015, il est régulièrement contrôlé. L’homme qui dirige une société de VTC est systématiquement stoppé à la frontière quand il va faire des courses à Kehl.

En 2019, il fait partie d’un groupe d’hommes et d’adolescents arrêtés lors d’une partie d’Airsoft (des lance-projectiles à air comprimé) sur un terrain militaire interdit au public. Certains de ces lance-projectiles sont des répliques d’armes de guerre. Le terrain est régulièrement utilisé pour ces parties par différents groupes. Mourad est persuadé d’être fiché S, une confirmation lorsqu’en 2109 l’Ofpra lui retire son statut de réfugié, avec un dossier très lourd à l’appui dont il dément chaque élément. Récemment, la commission départementale d’expulsion, composée de trois juges, lui a donné raison.

Sans en tirer d’enseignement général, son avocate Anaïs Rommelaere saisie d’un dossier similaire à l’encontre d’un réfugié tchétchène constate :

« La menace grave à la sûreté de l’état n’est pas justifiée, j’ai été surprise. Il s’agit d’amalgames. Si la préfète prend une décision d’expulsion, j’ai bon espoir qu’elle sera annulée. »

Expulsion de réfugiés

Depuis l’assassinat de Samuel Paty, les retraits de statuts à l’encontre des réfugiés originaires des régions du Caucase se multiplient. Des ONG comme Amnesty ou le comité Tchétchénie ont dénombré au moins une dizaine d’expulsions. En 2020, la CEDH a condamné la France pour l’expulsion vers la Russie d’un homme condamné en 2015 à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes. L’homme qui bénéficiait du statut de réfugié avait été privé de son statut et renvoyé en Russie à l’issue de sa peine.

Dans le sillage de la guerre qui a ensanglantée la région dans les années 90, 60 000 à 75 000 personnes ont trouvé refuge en France. En Alsace, la communauté compte environ 15 000 membres. Chamil Albakov, porte-parole de l’Assemblée européenne des tchétchènes, une association créée fin 2020 et dont le siège est à Strasbourg- et à l’origine et de cette conférence de presse- regrette la fuite policière et le battage médiatique qui a suivi, sans plus de précaution :

« L’origine tchétchène des mis en cause a immédiatement été mise en avant et les jeunes ont été présentés comme s’apprêtant à commettre un attentat, personne ne va retenir l’info de leur libération sans poursuite, malheureusement bien moins médiatisée. »

« Prévenir la radicalisation avant que le pire ne se produise »

Depuis l’assassinat de Samuel Paty par Abdullakh Anzorov, la surveillance des forces de sécurité sur la communauté tchétchène s’est accrue. Localement aussi certaines enquêtes récentes impliquent des ressortissants du Caucase. Fin avril, six personnes ont été arrêtées dans la Bas-Rhin dans le cadre d’une enquête sur du financement d’activités terroristes via des bitcoins, révélaient les DNA. Trois sont toujours en détention.

« Nous comprenons l’action de la police en matière de lutte contre le terrorisme, souligne Chamil Albakov, mais on veut éviter la stigmatisation et aussi les actions démesurées. » L’association craint également l’instrumentalisation politique à l’approche de scrutins électoraux. Il estime que l’Assemblée européenne des Tchétchènes peut avoir un rôle important à jouer dans l’identification et la prévention de la radicalisation au sein de la communauté. Et regrette que ses contacts avec le ministère de l’Intérieur n’ait pas débouché sur une rencontre :

« Il faudrait que les autorités nous préviennent si soupçon il y a, avant que le pire n’arrive, nous pouvons déceler s’il y a des problèmes avec certains jeunes en leur parlant à eux et à leur familles. On veut aussi lutter contre les amalgames et rassurer la communauté, leur dire qu’il y a des droits ici en France, pas comme en Russie. La preuve, on peut organiser cette conférence. »

Ahmad dans sa chambre, montre ses médailles gagnées lors des compétitions de lutte. En 2019, il est arrivé 3eme au championnat de France dans sa catégorie. Photo : Sabrina Dolidze

Ahmad à Strasbourg a bénéficié de l’assistance d’une avocate commise d’office lors de son audition à Strasbourg. À ce stade, les policiers n’ont pas évoqué les accusations de terrorisme, mais ont posé des questions sur sa pratique religieuse ou sa personnalité, son attitude face aux attentats contre Charlie hebdo… Clémence Minet, son avocate, estime :

« Cela s’est bien déroulé, la situation a bien été expliquée à mon client par l’enquêteur qui respectait la parole d’Ahmad. Et mon client a pu se taire quand il ne savait pas répondre. »

Le jeune homme est pourtant meurtri par l’épisode. Il n’a pas cherché à recontacter ses amis depuis, mais souhaite se faire entendre :

« Si je parle aujourd’hui, c’est parce que j’ai de la peine pour mon neveu et ma nièce qui étaient présents lors de mon interpellation. À chaque fois qu’il y a un bruit dans l’appartement, ils se mettent à crier et pleurer. J’aimerais ne pas laisser passer cela. »

« Je me sens affaibli mentalement et physiquement »

Pour la conférence de presse, Ahmad avait ramené ses récompenses obtenues à la lutte, une voie qu’il espère poursuivre de façon professionnelle. En 2019, il était arrivé 3e au championnat de France. Depuis son interpellation, le jeune homme dort mal, dit avoir perdu du poids :

« La lutte c’est vraiment quelque chose qui me faisait du bien. Je sentais un potentiel en moi et ça me sortait la tête de mes problèmes. Mes parents me poussent à y retourner, mais je ne sais pas : je me sens affaibli mentalement et physiquement. »

Depuis, d’autres souvenirs sont remontés aussi. En 2019, alors qu’il arrive à l’entraînement de lutte, l’un des membres du staff du club lui lance un « sale djihadiste ». À l’époque, il était parvenu à passer outre, à ne pas en parler, aujourd’hui il pense que cela le retient de renouer avec le sport qu’il adore :

« À la maison aussi, dans l’immeuble, j’aide mes voisins. Mais depuis l’interpellation, j’ai peur du regard que les voisins peuvent porter sur moi. »

Mourad, le beau-père d’Anzor, qui a reçu la visite de la police suite aux interpellations des jeunes, en a déjà senti les effets :

« J’ai expliqué à mon voisin que la police n’avait rien trouvé à l’issue de la perquisition, qu’on avait rien à se reprocher. Il m’a dit : “la police ne vient jamais pour rien”. »

#communauté tchétchène

Zoo de l’Orangerie : la Ville veut obtenir de l’association gestionnaire la libération des animaux sauvages

Zoo de l’Orangerie : la Ville veut obtenir de l’association gestionnaire la libération des animaux sauvages

Pendant la campagne des élections municipales, la majorité actuelle s’était positionnée contre le zoo de l’Orangerie. Un an après les élections, l’équipe de Jeanne Barseghian se heurte à un obstacle : l’association qui gère le zoo refuse de céder une partie des animaux sauvages pour transformer le lieu en ferme pédagogique. La Ville réagit en réduisant les subventions.

C’était l’une des promesses de campagne de la liste emmenée par Jeanne Barseghian : le départ des espèces sauvages du zoo de l’Orangerie, installé au cœur du parc du même nom depuis plus d’un siècle. Mais selon la mairie, l’association des Amis du Zoo de l’Orangerie refuse le transfert de certaines espèces, comme les macaques. Si la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian loue un « dialogue constructif » avec l’association dans l’ensemble, elle décrit « un point de non retour » sur l’échéance du départ des espèces sauvages. « L’association veut garder les animaux jusqu’à leur mort naturelle, mais ça veut dire qu’on parle de décennies supplémentaires d’existence de ce zoo, » ajoute la maire.

La municipalité justifie cet engagement pour la défense des animaux en raison des conditions de captivité. Marie-Françoise Hamard, conseillère municipale déléguée aux animaux donne un exemple :

« Un an après le transfert des lynx en 2017 dans le sanctuaire allemand du Bärenpark Schwarzwald, je suis allée les voir et je me suis rendue compte qu’ils y étaient bien mieux, ils avaient vraiment changé. Ça fait du bien de les voir dans des espaces plus adaptés. »

« Garder certains animaux et financer une modernisation et un agrandissement des enclos reviendrait à accepter que ces animaux aient leur place ici, en ville. Mais ce n’est pas le cas » a insisté Jeanne Barseghian.

Une partie du Zoo de l’Orangerie, installée au sud du parc de l’Orangerie Photo : MM / Rue89 Strasbourg

La menace du financement

Ce calendrier du départ des animaux, que la municipalité veut accélérer, est le principal point de blocage entre la Ville de Strasbourg qui est propriétaire du parc, et l’association qui a la propriété exclusive des animaux. C’est donc cette dernière qui a le dernier mot sur leur probable transfert vers des sanctuaires animaliers, « plus confortables que les zoos » selon la conseillère municipale en charge des animaux.

Pour mettre la pression sur l’association, la maire compte « baisser petit à petit les subventions sur la partie captivité du zoo, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’animal sauvage ». Elle ajoute : « Si l’association veut garder les animaux, elle devra trouver d’autres financements ». Aujourd’hui, la mairie finance à la fois la partie zoo (captivité) et la partie mini-ferme.

La subvention annuelle aux Amis du zoo passera ainsi de 270 000 euros à 250 000 euros pour l’année 2021.

Des avancées sur d’autres domaines

C’est cette seconde partie que l’équipe municipale compte développer dans son projet. À ce stade, l’idée est de transformer l’actuel zoo en ferme pédagogique, doublée d’une antenne de soins d’urgence pour animaux « qui pourrait être gérée par la LPO (Ligue de protection des animaux) » précise Marie-Françoise Hamard.

Même si le projet est encore au stade de l’ébauche, l’ouverture des cages et le départ des espèces sauvages du zoo de l’Orangerie est espéré pour l’été 2022 selon la Mairie, qui doit continuer les échanges avec l’association pour parvenir à ses fins.

Sollicitée, l’association des Amis du Zoo du parc de l’Orangerie n’a pas répondu.

Le directeur de l’IGBMC mis en examen dans l’affaire du charnier de Paris Descartes

Le directeur de l’IGBMC mis en examen dans l’affaire du charnier de Paris Descartes
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#IGBMC

En pleine pandémie, l’ARS continue d’exiger des Hôpitaux universitaires de Strasbourg une stricte rigueur budgétaire

En pleine pandémie, l’ARS continue d’exiger des Hôpitaux universitaires de Strasbourg une stricte rigueur budgétaire

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Une nouvelle Vélorution ce vendredi pour plus de pistes cyclables à Cronenbourg

Une nouvelle Vélorution ce vendredi pour plus de pistes cyclables à Cronenbourg

Le collectif « Vélorution » organise une nouvelle manifestation à vélo vendredi 11 juin à 18h. Les cyclistes suivront un parcours de 10km autour du quartier de Cronenbourg. Pour les organisateurs, il s’agit d’encourager les collectivités à « mettre un coup d’accélérateur pour l’aménagement de nouvelles pistes cyclables ».

« Accélerer l’installation d’aménagements cyclables », c’est le mot d’ordre de la nouvelle mobilisation cycliste à l’initiative du collectif « Vélorution Strasbourg », qui appelle les activistes à se rejoindre le vendredi 11 juin à 18h au square des Malgré Nous, aux portes du quartier de Cronenbourg. Après quelques prises de parole, les militants déambuleront dans le quartier du nord-ouest de Strasbourg pour rallier la patinoire, route d’Oberhausbergen, un peu plus d’une heure plus tard. « C’est un quartier qui manque d’aménagements cyclables », dénonce Benoît Ecosse, membre du collectif « Vélorution Strasbourg ».

Il prend l’exemple de la route de Mittelhausbergen, sur laquelle le groupe de défense des cyclistes recense « 12 mètres de piste sur 1,7 kilomètre de route environ ». Très peu. Trop peu pour ce qu’il décrit comme « un axe structurant vue la concentration de population dans ce coin de la ville ».

Les engagements de la nouvelle municipalité

Si Benoît Ecosse loue la volonté de l’équipe municipale écologiste sur ce sujet, pour lui « la mise en place des nouveaux projets est quand même lente ». Après bientôt un an de mandat, la promesse de l’aménagement de 15km de nouveaux aménagements cyclables par an ne semble pas être tenue pour la première année selon le collectif. « En plus, ce que l’on voit ce sont des pistes au bord de voies ferrées ou de rivières. Les projets ne prennent pratiquement jamais de place aux véhicules », note le cyclo-activiste.

À vos marques, prêts… pédalez ! Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Vélorution Strasbourg espère pouvoir faire accélérer les élus dans le quartier de Cronenbourg grâce à cette mobilisation. Selon Benoît Ecosse, ce mode d’activisme porte ses fruits la plupart du temps. « En juin 2018, nous avions organisé une mobilisation de la sorte Avenue des Vosges et 6 mois plus tard, une bande cyclable a été installée. C’était une grande victoire ». Cela avait moins bien marché un an plus tard à l’entrée de Schiltigheim.

« Le projet Mack Next à Plobsheim est incompatible avec l’état d’urgence climatique »

« Le projet Mack Next à Plobsheim est incompatible avec l’état d’urgence climatique »

Dans une tribune, un collectif d’associations s’oppose à la dérogation envisagée pour le projet Mack Next sur des terres agricoles et naturelles, afin de favoriser le cadre de travail des « créatifs ». Elle craint un précédent contraire aux objectifs annoncés de la municipalité et de la métropole strasbourgeoises.

À leur arrivée en 2020 aux commandes de la municipalité et de l’agglomération, les élus ‘’verts’’ ont déclaré Strasbourg et l’Eurométropole (EMS) en « état d’urgence climatique ». Jeanne Barseghian, en devenant la première maire écologiste de Strasbourg, a annoncé vouloir faire de sa ville « la capitale européenne de la transition écologique, sociale et démocratique ». Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole, faisait de même dans la foulée.

Fin mars l’EMS ouvrait une enquête publique portant sur la mise en compatibilité du Schéma de Cohérence Territoriale de la Région de Strasbourg (SCOTERS) et du Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) dans la zone humide du Ried de Plobsheim-Eschau. Son objet étant de permettre d’étudier la réalisation du projet MackNext porté par le groupe familial Mack International, propriétaire et exploitant d’Europa-Park, le célèbre parc d’attraction voisin de la capitale européenne. 

Plan de situation (extrait de l’enquête publique)

Une exception à l’interdiction

Cette procédure doit évaluer l’impact de la modification de statut d’une zone non constructible de 3 hectares « actuellement identifié comme une zone écologique et paysagère sensible » ; et ainsi valider « une exception à l’interdiction de création de zone d’activité en lien avec l’innovation et les hautes technologies dans des zones identifiés comme espaces et sites naturels à préserver et à protéger ».

Le projet Macknext est consacré au divertissement immersif, tant en terme de formation que de technologies dans le domaine de la réalité virtuelle et de l’animation 3D. Le promoteur souhaite aussi installer son siège social français. Bureaux, studios, et résidences ‘’créatives’’ pourraient prendre forme sur 6000 m2. L’implantation de MackNext à Plobsheim détruirait à la fois une zone de biodiversité protégée et des cultures nourricières locales de 2,9 hectares, dont un converti en agriculture biologique. Quatre agriculteurs abandonneraient leurs terres.

Cette exception s’opposerait ainsi à la modération de la consommation foncière, et à la préservation des couronnes agricoles autour des zones urbaines. Ce sont pourtant des recommandations récurrentes que nos élus promettent de respecter et de promouvoir avec force accents écologistes dans la voix.

Ce projet nous ne l’acceptons pas. Devons nous continuer à tolérer les nuisances, dégradations du milieu naturel, mises en évidence ici par l’étude de la Mission Régionale d’Autorité environnementale (MRAe) (3) ? Elle relève :

    la dégradation d’un corridor écologique inscrit au Schéma Régionale de Cohérence Ecologique, limitant ainsi le déplacement des espèces animales sur un site inclus dans l’ancien lit majeur du Rhin Supérieur qui abrite des espèces très caractéristiques de cette zone, le danger porté sur de nombreuses espèces protégées demeurant sur le site, dont au moins 6 espèces de chauves souris et 18 espèces d’oiseaux. L’étude des populations d’oiseaux en particulier, selon leur statut d’espèces protégées et/ou de vulnérabilité est insuffisante selon la MRAe,un danger pour des zones humides existantes faiblement identifiées au nord du site du fait de sondages pédologiques insuffisants, empêchant ainsi la bonne application du principe d’Evitement impératif pour les équilibres naturels,

Quel projet de « développement » serait supérieur à la recherche de souveraineté alimentaire de notre territoire, dont l’année écoulée vient de montrer la fragilité ?

Les terres agricoles, en partie bio, ouvertes à l’urbanisation. (extrait de l’enquête publique)

Un précédent à d’autres mises en compatibilité ?

Par ailleurs, les habitants de Plobsheim apprécient leur cadre de vie et sont nombreux à s’y aérer, rejoints par de nombreux citadins de l’Eurométropole le week-end. Les zones humides sont aussi des puits de fraîcheur, et le réchauffement climatique impose de préserver ces sources disponibles et gratuites. 

Comment imaginer encore que cette exception ne soit pas un précédent susceptible de permettre d’autres mises en compatibilité de PLUi avec le SCOTERS ? Comment les citoyens que nous sommes pourraient-ils avoir encore confiance dans ces textes rétractables ? L’idée qu’il s’agit d’une « petite » surface naturelle, et d’un « petit » pourcentage de cultures, constitue un argument indigne.

Le site contient quelques espaces naturels. (extrait de l’enquête publique)

« Il est important que les créatifs puissent se retrouver dans une « bulle » »

Mais le plus outrageant est sans doute là : 

Dans la note de présentation jointe au dossier, apparaît clairement l’intérêt privé du porteur de projet qui refuse un emplacement proche et disponible, dédié aux activités économiques de pointe, le Parc d’innovation d’Illkirch. Dans un narratif plein d’assurance, l’entreprise soutient que «le site doit offrir un environnement naturel et apaisé pour favoriser la créativité ». Parce qu’« il est important que les créatifs puissent se retrouver dans une «bulle» dans des conditions de travail optimales afin de mener à bien leurs projets ». Parce que « le site doit permettre aux équipes de tournage de travailler en discrétion et confidentialité durant les phases de tournage », parce que « le Parc d’Innovation de Strasbourg (…) ne proposait pas un cadre naturel suffisamment isolé ».

Le site ouvert à la construction, pour favoriser la créativité.Photo : extrait de l’enquête publique

Les rédacteurs du projet n’omettent pas de rajouter dans leur présentation : « le site de Plobsheim en proximité immédiate avec le Golf du Kempferhof, qui jouit d’une réputation européenne, répond à l’ensemble des critères souhaités par les dirigeants » … ou encore … « Ici à Plobsheim, cela sera un centre créatif pour tous. Avec le golf, c’est plus calme, plus inspirant et créatif ».

Une alternative existe

L’étude de la MRAe insiste pourtant : « Le parc d’innovation d’Illkirch dispose de 50 ha déjà anthropisé, ce qui permet d’éviter une nouvelle consommation de terres naturelles et agricoles. Des services communs existent déjà dans le parc d’innovation : services bureautiques et de bouche, dessertes et transports urbains, espaces récréatifs… Ces dispositions permettent notamment de réduire les impacts liés aux mobilités tout en offrant un cadre de qualité ». 

Comment Michèle Lecker la maire de Plobsheim, qui a pourtant signé une déclaration d’urgence climatique, peuvent-elles cautionner le projet MackNext ? Les avis individuels déposés numériquement dans l’enquête publique par les citoyens, mettent en évidence une opposition massive et quasi unanime au projet.

Si elle est amenée à valider ce projet, l’Eurométropole, par ce signal donné, et après avoir déclaré « l’urgence climatique », créerait un précédent symboliquement détestable pour la confiance des électeurs de la dernière campagne municipale qui ne veulent plus de ces prédations de nos espaces de vie et de bien-être. Un ‘’vert pâle’’ s’installerait-il d’ores et déjà dans la coloration écologique de la politique menée, entrainant le scepticisme et la déception des militants et soutiens de la première heure ?

Le principe « Eviter-Réduire-Compenser », pierre angulaire du développement durable vise à ce que des aménagements n’engendrent pas d’impact négatif sur leur environnement, et en particulier aucune perte nette de biodiversité dans le temps. Dans « Eviter, Réduire, Compenser », il y a d’abord « Eviter » ! Refusons par conséquent d’accorder un passe-droit au porteur de projet. Alors que nos voisins allemands du Bade Wurtemberg ne concèdent plus d’espaces à artificialiser au groupe familial Mack International, profitons des solutions qui existent à notre porte au lieu de favoriser de nouvelles dégradations environnementales !

Malgré les controverses, l’Université de Strasbourg seule à proposer des formations en médecine anthroposophique

Malgré les controverses, l’Université de Strasbourg seule à proposer des formations en médecine anthroposophique

Cas unique en France, l’Université de Strasbourg propose des formations continues en médecine anthroposophique. Les défenseurs de ces stages plaident pour la connaissance d’une pratique institutionnalisée en Allemagne. Mais cette discipline, aux fondements plus ésotériques que scientifiques, suscite la critique dans le milieu universitaire et médical, d’autant que le coordinateur de ces modules entretient des liens financiers avec le laboratoire pharmaceutique Weleda.

Dans un laboratoire de l’Université de Strasbourg, un doctorant et ses collègues se marrent parfois face à des invitations à des séminaires « aux fondements scientifiques douteux, voire carrément New Age« . Mais lorsque Benjamin (le prénom a été modifié) a découvert sur le site de l’Unistra des modules de médecine anthroposophique, le rire a laissé la place à la colère. Ancien infirmier dans un centre de lutte contre le cancer, le chercheur a vu des patients subir des retards de soin « parce qu’un thérapeute leur avait prescrit un remède miracle ». Pour Benjamin, la médecine anthroposophique ne devrait pas être enseignée à l’université, « car cette discipline n’a aucun fondement scientifique. Pour moi, cette formation continue est une porte ouverte aux dérives que j’aie pu observer en tant qu’infirmier. »

Des formations continues autour d’une « pratique plutôt germanique »

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À Strasbourg, le procès d’un lanceur d’alerte sur l’anthroposophie

À Strasbourg, le procès d’un lanceur d’alerte sur l’anthroposophie

Ce jeudi 10 juin, le tribunal judiciaire de Strasbourg juge Grégoire Perra, un lanceur d’alerte sur les dangers de l’anthroposophie. De cette doctrine fondée au XIXe siècle émanent des ramifications dans l’éducation, l’agriculture ou encore la médecine. Cette fois, c’est l’association des médecins anthroposophes qui a porté plainte contre lui, pour injures publiques et diffamation. Grégoire Perra a déjà été l’objet d’autres plaintes, en lien avec une autre branche de l’anthroposophie particulièrement bien implantée en Alsace : les écoles Steiner-Waldorf.

Depuis qu’il a quitté l’anthroposophie il y a une dizaine d’années, Grégoire Perra est très actif à l’encontre de celle-ci et des écoles Steiner-Waldorf. Après avoir été élève puis professeur dans l’une de ces écoles, à Verrières-le-Buisson, en région parisienne, il en est aujourd’hui le principal critique en France, au travers de nombreux articles incendiaires. Publiés notamment sur son blog personnel, ces écrits lui ont déjà valu trois procès, et visent à chaque fois l’un ou l’autre aspect de l’anthroposophie.

Fondée par l’Autrichien Rudolph Steiner à la fin du XIXe siècle, l’anthroposophie — une philosophie pour les uns, une doctrine quasi-sectaire pour les autres — est un courant de pensée qui mêle différentes traditions religieuses, chrétiennes mais aussi hindouistes. Elle est à l’origine de nombreuses disciplines : médecine anthroposophique, agriculture biodynamique, ou encore pédagogie Steiner-Waldorf, qui sont loin de faire l’unanimité en France.

L’Association Française pour l’Information Scientifique, par exemple, parle de la médecine anthroposophique comme « d’une vision mystico-religieuse de l’Homme qui n’a pas sa place dans une médecine fondée sur les preuves. » À propos de la biodynamie, l’association décrit « un ensemble de croyances ésotériques dérivées de l’anthroposophie, dont l’analyse scientifique révèle qu’elles sont totalement infondées. »

Pourtant, si la matrice commune est avérée entre ces disciplines, chacune d’entre elles se présente aujourd’hui comme indépendante, et ne vise surtout pas à faire la promotion de l’anthroposophie. Leurs détracteurs dénoncent quant à eux une pensée globale, qui inciterait les adeptes à penser l’anthroposophie dans chacun des domaines de leur vie. 

Grégoire Perra, ancien élève puis professeur au sein d’une école Steiner-Waldorf. Il est désormais très actif contre celles-ci. Il est poursuivi pour des articles publiés sur son blog, très critiques vis à vis de l’anthroposophie (document remis).

« Une médecine réactionnaire qui dissimule sa haine de la science moderne »

Ce jeudi 10 juin (la date de l’audience a été reportée – voir encadré plus haut), les magistrats strasbourgeois étudieront la plainte pour diffamation et injures publiques déposée par le CNP MEP – SMA (Conseil National Professionnel des Médecins à Expertise Particulière – Section Médecine Anthroposophique, présidé jusqu’en juillet 2020 par Robert Kempenich) à l’encontre de Grégoire Perra, suite à son article intitulé « Mon expérience de la médecine anthroposophique », publié sur son blog en octobre 2018. Il y parle de son vécu, en tant qu’ancien patient de cette médecine controversée, et l’accuse d’être « une médecine réactionnaire qui dissimule tactiquement sa haine de la science moderne ».

Grégoire Perra déclare avoir démissionné de son poste de professeur, au sein du deuxième établissement Steiner où il enseigné, l’école Perceval de Chatou. Les détracteurs de l’enseignant affirment qu’il en a été écarté pour cause d’attouchements sexuel sur mineure. Une lettre d’excuses vis-à-vis d’une élève et signée par Grégoire Perra a été publiée sur le blog d’un journaliste suisse ayant des liens avec le mouvement anthroposophique. À notre connaissance, aucune plainte n’a été déposée contre lui à ce sujet. Grégoire Perra a toujours nié ces faits. Nicolas Tavernier, le président de l’association de promotion de la pédagogie Steiner-Waldorf en France, a même été condamné par le tribunal d’Évreux à lui verser 18 000 euros en juin 2024, pour injure et diffamation. Les magistrats ont conclu que « les propos utilisés avaient pour unique objectif de blesser et de discréditer l’intéressé ». Selon l’avocat de l’ancien élève puis maître anthroposophe, Maître Marc François, Grégoire Perra cherche justement à dénoncer un système où la proximité entre professeurs et élèves peut pousser à ce type d’acte.

Il reproche à cette doctrine de se baser sur des croyances, et de faire passer la survie des institutions anthroposophiques avant les intérêts et même la santé de leurs patients. Enfin, en tant qu’ancien enseignant dans une école Steiner-Waldorf, il témoigne aussi avoir vu des médecins scolaires anthroposophes aux pratiques inquiétantes, et surtout illégales : non-respect du secret médical, non signalement de « faits graves ayant porté atteinte à l’intégrité physique des enfants pour couvrir la réputation de l’école », ou encore, dans une une affaire judiciaire mettant en cause un médecin, falsification d’ordonnance a posteriori. 

Parmi les précédents procès de Grégoire Perra, l’un d’eux concernait déjà ce texte. Attaqué en diffamation en juillet 2019 par la Fédération des Écoles Steiner-Waldorf, au pénal cette fois, il avait été relaxé par les magistrats strasbourgeois. Parmi les témoignages entendus lors de ce précédent procès, figurait celui d’une ancienne salariée de l’école Michaël, c’est-à-dire l’école Steiner de Strasbourg. Cette personne atteste, elle aussi, d’une absence complète de confidentialité dans l’école, y compris pour les informations médicales.

Les écoles Steiner-Waldorf : une initiation à l’anthroposophie ?

En Alsace, les possibilités sont nombreuses pour offrir cette pédagogie à ses enfants. Il y a d’abord les crèches ou jardins d’enfants de Colmar, Huningue, Strasbourg, Logelbach-Wintzenheim ou Lutterbach, puis les écoles Michaël (Strasbourg), Steiner (vers Mulhouse) ou Mathias Grunewald (près de Colmar), jusqu’à la classe de Première. Pour Grégoire Perra, cette forte implantation dans la région serait « due à des raisons historiques et culturelles, avec l’histoire de l’Alsace-Lorraine et la proximité du monde germanique ».

A priori, rien de très alarmant quant à la présence de ces écoles. Il existe en France de nombreuses écoles alternatives, basées sur les pédagogies Montessori ou Freinet par exemple, parfois sous contrat avec l’État. Pourtant, comme Grégoire Perra, ils sont plusieurs à être passés par ces établissements et à en dénoncer les méthodes, parfois publiquement. 

L’école Michaël de Strasbourg, partiellement sous contrat avec l’État, est l’une des écoles Steiner-Waldorf en Alsace. (photo GB / Rue89 Strasbourg)Photo : Rue89 Strasbourg

Influences chrétiennes, karma et théories New-Age 

Léo Gaspari a passé une partie de sa scolarité (de la 5e à la 10e classe, c’est-à-dire du CM2 à la 2nde entre 2008 et 2013) dans l’école Michaël de Strasbourg, qui est partiellement sous contrat avec l’État. Pour lui, l’un des points cruciaux était la dimension religieuse : « C’est un bain de doctrine christique en permanence ». Les écoles Steiner ne se déclarent pas, pourtant, comme des écoles confessionnelles. Mais selon le jeune homme aujourd’hui âgé de 23 ans et étudiant en médecine, elles se basent sur un syncrétisme religieux où se croisent les influences chrétiennes, les concepts indiens de karma et de réincarnation, ou encore, plus récemment, des théories New-Age empreintes d’écologie. Et ce qui le gène profondément, c’est que cette dimension n’est pas assez claire lors de l’inscription à l’école :

« Personnellement je suis contre les écoles confessionnelles, mais je les trouve 100 fois plus respectables que les écoles Steiner, qui avancent masquées. »

Léo Gaspari, un ancien élève de l’école Michaël de Strasbourg.

Comme exemple de cette dimension religieuse, figurent les cérémonies proposées aux enfants, souvent sous forme de jeu. Grégoire Perra, lui, évoque celle de la Spirale de l’Avent, à l’occasion de la Saint-Michel. Il décrit des enfants qui sont invités, dans le noir, à entrer dans une spirale faite de branches de sapins, tout en tenant une bougie, afin d’y rencontrer le « Christ cosmique »

Léo Gasparri est un ancien élève de l’école Michaël, à Strasbourg. Il dénonce « un bain de doctrine christique en permanence » (Doc remis).

Des conséquences en matière pédagogique découleraient de cette dimension religieuse : Léo Gaspari décrit des mélanges entre l’histoire et la mythologie, par exemple. Un point qui l’a particulièrement marqué : le fait de mettre systématiquement sur le même plan la notion de hasard et celle de « main de dieu ». Dans un ouvrage paru en 2020, L’École hors de la République (d’Anna Erelle et Jacques Duplessy), une inspectrice de l’Académie de Versailles fait le même constat à propos d’une autre école Steiner :

« La confusion entre histoire et mythologie, entre connaissances et récits mythiques, est permanente. […] Cette confusion ne permet pas aux élèves de distinguer les savoirs des mythes. »

Une inspectrice de l’Académie de Versailles, citation tirée de l’ouvrage L’École hors de la République.

En outre, l’ancien élève de l’école Michaël revient fréquemment sur la question de la violence. De son expérience, il se souvient d’un grand laissez-faire des professeurs lorsque les enfants se battaient. Il témoigne également de gifles ou autres corrections de la part des professeurs envers les enfants. Enfin, L’Union nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu victimes de sectes met en garde contre les positions anti-vaccins des anthroposophes. Ces derniers se défendent pourtant de toute position anti-vaccins mais, en 2015, une épidémie de rougeole partie de l’école Mathias Grunewald de Colmar avait semé le doute, et donné du crédit à leurs détracteurs.

En définitive, malgré quelques aspects positifs que Léo Gaspari tient à souligner, comme la place laissée aux activités manuelles et artistiques, le petit nombre d’élèves, ou encore les nombreux voyages, l’ancien élève garde un souvenir assez amer de sa scolarité.

« L’enfant qui sort de chez nous est réellement libre »

Du côté de l’école Michaël, ces accusations surprennent. Pour Olivier Dupuis, président de l’association École Michaël, il y a d’abord une confusion sémantique. Il reconnaît que les professeurs peuvent parler d’esprit, d’âme, ou encore de versets, « des termes aujourd’hui cantonnés à un usage religieux, mais ce n’est pas le cas chez nous. » Marius Grimaud, enseignant à l’école, ajoute :

« C’est normal qu’on ne dise pas à quelle religion on appartient, puisqu’on n’appartient à aucune d’entre elles. On est une école laïque. Et j’aimerais bien avoir le contexte autour de cette expression de “main de dieu”. Si ça se trouve, elle apparaît juste dans une poésie… »

Idem concernant le mélange entre mythologie et histoire, selon lui :

« J’ai fait un cours sur l’Europe, évidemment j’ai parlé du mythe d’Europe et de Zeus. Mais à aucun moment il ne s’agit de croire en ça ».

Ces emprunts à la mythologie, tout comme le vocabulaire d’apparence religieuse, n’ont donc qu’un seul objectif selon lui, l’épanouissement des élèves : « L’enfant qui sort de chez nous est réellement libre. »

Sur l’ensemble des accusations lancées par l’ancien élève, les représentants de l’école sont très étonnés. S’ils admettent la possibilité qu’il y ait pu avoir des problèmes à l’époque de Léo Gaspari, ils réfutent tout lien avec la pédagogie Steiner-Waldorf. Et surtout, Olivier Dupuis refuse toute forme d’emprise sectaire :

« En France, on a une vision très négative des sectes. À chaque fois qu’on s’en prend à nous, on va tenter de montrer qu’il y a une forme d’embrigadement de nos élèves. Mais les anciens élèves de notre école sont critiques par rapport à l’anthroposophie, et d’ailleurs, Léo Gaspari est un bon exemple de ce phénomène. Il est passé par notre école, et aujourd’hui il n’est pas du tout embrigadé. Au contraire, il est même très critique sur le sujet. »

Une vision que conteste Grégoire Perra :

« Je pense que l’anthroposophie portait une dérive sectaire dès le départ. Il suffit de lire Steiner pour constater qu’il y avait chez lui une volonté de se fermer au monde extérieur et à la modernité. »

Si Grégoire Perra paraît bien seul dans son combat contre l’anthroposophie, au fil des années, d’autres témoignages s’ajoutent, comme ceux de Marianne Dubois, une mère « qui a sorti son enfant d’une école Steiner-Waldorf » et de Roger Rawlings, un ancien élève. 

Le Parlement européen met la dose : un vaccin contre un retour à Strasbourg

Le Parlement européen met la dose : un vaccin contre un retour à Strasbourg

Pour assurer le retour du Parlement européen à Strasbourg, la France a tenu à bien souligner aux membres du personnel de l’institution ainsi qu’aux eurodéputés qu’ils ont la possibilité de recevoir leur dose au vaccinodrome de la place du Quartier blanc pendant la session plénière. La méthode étonne. 

« Moi, je ne suis venu que pour le vaccin ! », lance un collaborateur parlementaire à son arrivée à Strasbourg pour la session plénière du Parlement européen, du 7 au 10 juin – la première dans la capitale alsacienne depuis plus de 15 mois. Les députés européens ont longtemps renâclé à l’idée de revenir à Strasbourg. Après tout, la moitié des plénières à distance et l’autre moitié en présentiel à Bruxelles ne fonctionnaient pas si mal à leurs yeux…

Au Parlement européen de Strasbourg, certains collaborateurs parlementaires ne sont venus que pour le vaccin. Photo : Parlement Européen

Lorsque la tenue de cette session en Alsace a été confirmée, et pour être certaine que le Parlement ne resterait pas totalement désert, la France a dégainé l’artillerie lourde grâce à un marché inédit : un vaccin contre un passage par Strasbourg. L’assistant est né dans les années 90. Il ne peut donc pas encore recevoir sa première dose en Belgique, où il vit. Xavier (le prénom a été modifié) poursuit :

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Moins de méthaniseurs, plus d’agriculture biologique : Alsace Nature demande aux candidats des régionales de s’engager

Moins de méthaniseurs, plus d’agriculture biologique : Alsace Nature demande aux candidats des régionales de s’engager

Une étude d’Alsace Nature détaillant les dangers de l’épandage de pesticides dans le milieu rural alsacien a été envoyée aux élus de la région et aux candidats aux élections du 20 et 27 juin. L’objectif ? Pousser les candidats au conseil régional à s’engager sur le financement de la transition vers une agriculture biologique.

La majorité des professions de foi des listes candidates aux élections régionales n’ont pas été publiées. Moins de deux semaines avant le scrutin régional, l’association environnementale Alsace nature espère encore peser sur les engagements des candidats dans le domaine de l’agriculture. Mardi 8 juin dans la matinée, trois adhérents de l’association ont déposé une lettre à l’actuel président de la Région Grand Est et aux élus en charge de l’environnement et l’agriculture. Le même courrier a été envoyé aux autres têtes de listes pour les élections régionales du 20 et 27 juin.

L’agriculture, grande compétence régionale

La majorité des aides reçues par les agriculteurs ne viennent ni des collectivités locales, ni de l’État, mais bien de l’Union Européenne via la Politique agricole commune (PAC). Le partage et la distribution du budget européen sont du ressort des régions. Alsace Nature estime ainsi que la région a son rôle à jouer dans l’orientation de l’agriculture.

L’association défend l’idée de privilégier le financement de la conversion de certaines exploitations vers l’agriculture biologique. « C’est bien gentil de vouloir tout financer mais ce n’est pas comme ça que la transition va pouvoir être mise en place », note Anne Vonesch, responsable du réseau Agriculture d’Alsace Nature. Pour elle, l’élément le plus troublant dans la politique agricole de la majorité sortante, c’est l’aide au développement des méthaniseurs.

Anne Vonesch au moment de déposer des lettres de revendications écologiques au siège de la région Grand-Est Photo : MM / Rue89 Strasbourg / cc

Anne Vonesch décrit un « acharnement » de la région Grand Est dans l’aide au financement de ces installations qui créent de l’énergie à partir de déjections issues d’élevage, mais qui concentrent les nitrates et peuvent polluer les sols. Désormais, ce sont des organisations nationales comme l’ADEME qui s’en chargent, mais la région a toujours son mot à dire.

Une étude locale comme argument

Dans la lettre adressée aux élus et candidats de la région, l’association a joint un exemplaire de son enquête sur 12 communes rurales d’Alsace, toutes autour de Molsheim. L’association a étudié 89 produits achetés par des agriculteurs des communes en question. Parmi ces produits accessibles aux professionnels, « 41% sont probablement toxiques pour le système nerveux, et 48% pourraient être cancérigènes », selon l’enquête parue en 2020. Pour Alsace Nature, « les 12 communes passées au crible sont représentatives de l’agriculture française avec des vignobles et des grandes cultures ». Étudier l’impact du modèle productiviste sur la santé des riverains est pour elle le meilleur argument pour « faire bouger les lignes et encourager la région à financer davantage le biologique ».

Tous les collèges de l’éducation prioritaire de l’Eurométropole en lutte contre une nouvelle baisse des moyens

Tous les collèges de l’éducation prioritaire de l’Eurométropole en lutte contre une nouvelle baisse des moyens

Des enseignants et parents d’élèves des onze collèges en réseau d’éducation prioritaire (REP et REP+) de l’Eurométropole de Strasbourg se mobilisent ce mardi 8 juin contre une baisse des moyens dans les établissements. Dans certains de ces collèges, une partie des parents a prévu de ne pas emmener leurs enfants en classe.

Une partie des collégiens scolarisés dans des établissements du Réseau d’éducation prioritaire (REP) strasbourgeois seront dispensés de cours mardi 8 juin. Des parents d’élèves et enseignants se sont concertés pour organiser une journée d’action, afin de contester la baisse des moyens attribués dans les quartiers populaires. Parmi les 11 collèges de REP que compte l’Eurométropole, 5 sont touchés par des mouvements à l’initiative des parents. Le principe du « collège mort » est simple : les parents n’emmènent pas leurs enfants en classe pour la journée, tandis que les enseignants en profitent pour organiser des moments d’échanges. Dans les 6 autres collèges concernés, ce sont les professeurs qui feront grève, faute d’initiative des parents.

Nouvelle baisse des moyens

Ce que craignent parents d’élèves et enseignants, c’est la baisse des heures allouées à ces établissements spécifiques. « Les établissements REP+ étaient dotés par l’Académie de Strasbourg, de 18 heures supplémentaires par semaine, des enseignants en renfort par rapport aux autres collèges », note Julien Hélary, enseignant au collège Leclerc de Schiltigheim. « Mais à partir de la rentrée, ces heures hors temps de cours seront attribuées par le rectorat au cas par cas, uniquement sur présentation d’un projet éducatif particulier, » précise une de ses collègues, jeune enseignante dans un autre collège.

« Certains établissements ont déjà fait remonter des projets au rectorat et résultat : ça ne se compense pas, » observe Gilles, professeur de mathématiques, qui évalue la perte à 2 heures de cours par établissement en moyenne. Il précise : « Pour les établissements REP+, on passe de 18 heures à 15 heures, et de 9 heures à 7 heures en REP ». En outre, ces heures ont été transformées en heures supplémentaires de l’équipe permanente, à ajouter à leurs heures de cours. « Avant, elles étaient attribuées à de nouveaux postes ou du temps de cours pouvait être déchargé pour mener à bien des projets, » décrit Julien Hélary, syndiqué à la CGT.

Une mobilisation est prévue le mardi 8 mars au collège Leclerc pour s’opposer à la baisse des moyens de réseau d’éducation prioritaire. Photo : Rue89 Strasbourg / cc

Des projets au rabais

C’est la principale utilité de ces moyens supplémentaires selon les enseignants mobilisés : proposer et mettre en place des projets pédagogiques supplémentaires, comme les sorties culturelles. « Ce qui n’est pas fait au collège, ce n’est pas fait dans les familles non plus, » se désole Julien Hélary, qui travaille depuis 10 ans dans des établissements d’éducation prioritaire « par choix ». Il voit une autre conséquence de ce changement de fonctionnement :

« Avec une de mes collègues, les années passées nous avons mis en place un projet pédagogique avec des ateliers dédiés aux potentiels décrocheurs. Ça prenait 7 heures par semaine à chacun de nous deux pendant la période du projet. S’il faut désormais passer ce volume en heures supplémentaires en plus des cours, de la préparation et des copies, ce n’est pas tenable. »

L’expérience du mode d’action du « collège mort », qui a pour vocation de court-circuiter les traditionnelles grèves, donne de l’espoir aux équipes pédagogiques engagées contre cette décision. Elles s’attendent à « une dizaine d’élèves » maximum dans chacun des cinq établissements concernés, tant les parents d’élèves semblent motivés.

Une marche des Visibilités sans village associatif ni chars samedi

Une marche des Visibilités sans village associatif ni chars samedi

Samedi 12 juin, le collectif FestiGays organise la marche des Visibilités LGBTQIA+ à Strasbourg. Après une année blanche en raison de la pandémie, l’édition 2021 insiste sur l’importance de la lutte contre les discriminations, notamment sur les réseaux sociaux.

Après l’annulation de l’édition 2020 pour des raisons sanitaires, la marche des Visibilités LGBTQI+ de Strasbourg aura bien lieu samedi 12 juin, mais sans village associatif, ni chars musicaux, toujours en raison du Covid-19. Le rendez-vous est donné à 14h15, place de l’Université, par le collectif d’associations LGBTQIA+ FestiGays, organisateur des marches des Visibilités strasbourgeoises depuis 2002. Le cortège longera les quais avant de rejoindre le centre-ville et la place de la République, pour terminer son parcours place de l’Université.

L'éducation contre les discriminations et les suicides

Si la marche sera sans doute moins festive que les précédentes, le collectif souhaite tout de même profiter de l'évènement pour rappeler l'importance de l'éducation à la différence, dans les écoles et dans les familles. Pour Matthieu Wurtz, président de FestiGays, les cours d'éducation sexuelle pourraient par exemple débuter dès l'école primaire plutôt qu'au collège :

"Plus tôt on dira qu'être gay ou lesbienne est normal, plus les jeunes se construiront dans l'acceptation de la différence. À l'adolescence, on a tendance à reprendre le schéma familial : si l'entourage dit que c'est contre-nature, l'enfant grandit avec cette image et va reproduire le même attitude."

Ces discours d'intolérance "flambent sur les réseaux sociaux depuis 3 ou 4 ans", affirme Matthieu Wurtz. Face à ces messages, les jeunes sont les premiers touchés. "Le taux de suicide des jeunes LGBTQIA+ est 15 fois plus élevé que chez les autres", s'alarme le président de FestiGays, pour qui la "double discrimination", celle de l'école qui s'ajoute à celle au sein du foyer aggrave souvent la situation.

"À quand un monde rainbow ?", demandent les manifestants.
Cette année, la marche des visibilités se fera sans chars ni village associatif. (Photo Christophe Layser / FlickR / cc)Photo : Photo Christophe Layser / FlickR / cc

"Avec la Ville, on n'a pas besoin de se battre pour dire qu'on existe"

Pour mettre en valeur les minorités LGBTQIA+, FestiGays s'est associé à la Ville de Strasbourg, comme pour le lancement d'un tramway aux couleurs du drapeau de la communauté, au début du mois des Visibilités, du 17 mai au 18 juin. Après une petite année à traiter avec la municipalité écologistes, le collectif assure à ce stade se sentir "entendu et écouté". "C'est facile d'organiser des projets, comme la marche des Visibilités ou le tram arc-en-ciel, car on sait que l'on a un soutien moral et financier de leur part. On n'a pas besoin de se battre pour dire qu'on existe", apprécie Matthieu Wurtz.

Samedi, une manifestation contre « les idées d’extrême droite »

Samedi, une manifestation contre « les idées d’extrême droite »

De nombreuses associations, partis politiques et organisations syndicales appellent à manifester contre la progression des idées l’extrême-droite dans le débat public samedi 12 juin à 13 heures. La manifestation strasbourgeoise partira de la place de la Gare.

En réaction à « un climat social et politique de plus en plus imprégné par les idées d’extrême droite », une manifestation est prévue à Strasbourg samedi 12 juin, dès 13h, dans le cadre d’une mobilisation nationale. Le cortège partira de la place de la Gare et réunira les signataires locaux d’un appel pour les libertés lancé le 4 mai et publié par le journal Libération. La tribune a notamment été signée par 13 syndicats (dont la CGT-Police), 38 collectifs et 18 organisations politiques classées à gauche (LFI, Génération.s, NPA, EE-LV etc.). Ces organisations accusent le gouvernement d’être responsable d’une montée des idées d’extrême droite en France :

« De la loi Sécurité globale à la loi sur le séparatisme en passant par la chasse à l’islamo-gauchisme et la suppression de l’Observatoire de la laïcité, ce quinquennat accumule les gages à destination de l’extrême droite, en reprenant ses éléments de langage mais aussi certaines de ses propositions. »

Des tags et des agressions d’extrême droite

À Paris le 19 mai, des policiers ont manifesté devant l’Assemblée Nationale suite à l’assassinat de leur collègue Éric Masson, tué à Avignon lors d’une opération anti-drogue. Christian Bonardi, militant de la France Insoumise et coorganisateur de la marche à Strasbourg, parle d’un événement déclencheur pour l’appel à manifester contre la montée de l’extrême droite :

« En Alsace, on voit de plus en plus de tags antisémites sur les murs, en manifestations, il y a des petits groupes identitaires qui volent des panneaux, des drapeaux… Alors certes, ce n’est pas violent en soi, mais ça l’est psychologiquement. Même si le Bastion Social (ancien groupuscule d’ultradroite, dissous en avril 2019, ndlr) n’existe plus à Strasbourg, les personnes qui le constituaient sont toujours là. »

Les groupes LFI, Solidaires Alsace, Parti de Gauche du Bas-Rhin, les Jeunes écologistes, D’Ailleurs Nous Sommes d’Ici 67 (collectif contre le racisme), Alternatiba ANV (mouvement écologiste) et la CGT UD du Bas-Rhin sont les organisateurs de la manifestation strasbourgeoise. La marche devrait contourner le centre-ville en restant sur les quais jusqu’à rejoindre la place de la République. Non loin de la place de l’Université où la Marche des des Visibilités se tiendra à partir de 14h30.

Après le féminicide à Colmar, la procureure dénonce le double discours contre les violences conjugales

Après le féminicide à Colmar, la procureure dénonce le double discours contre les violences conjugales

Après le drame du 3 juin, la magistrate demande des moyens supplémentaires pour sa juridiction… à qui beaucoup de consignes sont données, mais sans l’argent nécessaire pour les appliquer.

Dix circulaires depuis le début de l’année 2021 contre les violences conjugales, mais aucun moyen supplémentaire pour les appliquer. C’est ce paradoxe pour la « grande cause nationale » que la procureure de la République de Colmar, Catherine Sorita-Minard, souligne dans un communiqué critique, qui sort de la réserve habituelle des fonctionnaires.

Jeudi 3 juin à Colmar, un homme a défenestré sa compagne de 48 ans du haut du 8ème étage d’une tour, soit 19 mètres de haut. Le suspect interpellé, âgé de 52 ans, avait pourtant été condamné en janvier 2019 à six mois de prison avec sursis. Il avait surtout l’interdiction d’approcher sa compagne pendant trois ans. « Une interdiction jamais respectée selon ses voisins », rapporte France 3 Alsace. Ce féminicide, le 49ème de l’année 2021 selon la page « Féminicide », s’accompagne d’un débat sur le suivi et la prise en charge des auteurs de violences conjugales.

Photo : Capture d’écran Google Street view

De nouveaux moyens, déjà sollicités

Logiquement, la procureure défend les actions de ses services comme des stages de sensibilisation, des audiences correctionnelles dédiées et la saisie systématique d’une association d’aide aux victimes en cas de dépôt de plainte. De nouveaux outils ont été mis en place en janvier 2021. Mais l’ensemble des 20 « téléphones grave danger » (TGD) dont dispose sa juridiction sont déjà utilisés par des victimes.

Quant aux trois bracelets électroniques anti-rapprochements (BAR) reçu il y a « quelques semaines », l’un d’eux est déjà prévu pour un homme à la sortie de sa détention. Néanmoins, Catherine Sorita-Minard estime que chercher « à tout prix une responsabilité de l’autorité judiciaire sur fond de dysfonctionnements et défaillances » relève du « fantasme d’une société sans meurtre et sans violences. »

Dans sa demande de « moyens supplémentaires », la procureure relève qu’a contrario, les parquets ont été « dotés de moyens fléchés » pour agir de « matière innovante » contre la « petite délinquance ». Un volontarisme du gouvernement qu’elle aimerait bien voir s’appliquer aux violences intrafamiliales, au-delà des discours du chef de l’État.

La procureure de la République de Colmar s’inscrit dans un mouvement national des Parquets, qui ont tous protesté de la même façons quant aux moyens insuffisants mis à leur disposition.

À Bitche, la concentration des pouvoirs par David Suck remonte jusqu’au procureur

À Bitche, la concentration des pouvoirs par David Suck remonte jusqu’au procureur

Vice-président du conseil départemental, président de la communauté de communes de Bitche, président d’une association de soutien à l’économie locale et agriculteur, David Suck est dépositaire de nombreux pouvoirs qui se croisent un peu trop souvent, dans cette région rurale excentrée. Ses ennemis et opposants préfèrent se taire mais le Syndicat des eaux, dont le siège est à Strasbourg, a écrit au procureur de la République.

Des champs, des forêts, des reliefs de moyenne montagne, une citadelle. Bienvenue dans le Bitcherland, contrée rurale et paisible de Moselle, à la limite de l’Alsace et de la frontière allemande. En juillet 2020, David Suck, est devenu le nouvel homme fort du secteur. Il a pris la tête de la communauté de communes du Pays de Bitche (CCPB), qui agrège 46 communes rurales autour de Bitche, ville-centre de 5 000 habitants. Son élection a été serrée et a nécessité deux tours, pour être finalement acquise avec une courte majorité de 35 voix contre 31. Elle est qualifiée de « surprise » par l’édition locale du Républicain lorrain. Le dynamique homme de 39 ans a déboulonné des élus historiques et s’est notamment appuyé sur de nouveaux maires, élus en 2020.

Habitant d’Epping (573 habitants), David Suck n’a pourtant pas fait le plein de voix dans la commune de Volmunster (738 habitants), où il s’est présenté, grâce à l’exploitation agricole qu’il y possède. Dans ce village, où l’on peut rayer des noms des listes, il n’a fini que 13e sur 16. Suffisant pour entrer au conseil municipal, puis se faire élire premier adjoint par ses pairs et surtout siéger à la CCPB, et donc d’en devenir le président.

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