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Buvette, concerts et conférences… Phare Citadelle, un nouveau lieu éphémère, a ouvert ses portes

Buvette, concerts et conférences… Phare Citadelle, un nouveau lieu éphémère, a ouvert ses portes

Desservi par l’arrêt de tram Citadelle, un nouveau lieu éphémère a ouvert mercredi 30 juin. Tout l’été, ce bar en plein air animera une zone encore méconnue des Strasbourgeois, avec des ateliers, des concerts, des conférences et des espaces adaptés aux enfants sur 3 000 mètres carrés.

C’est un lieu encore méconnu de la plupart des Strasbourgeois. Sur la presqu’île Citadelle, située entre les quartiers Port du Rhin, Neudorf et Esplanade, un nouveau lieu éphémère a ouvert ses portes mercredi 30 juin. Sur 3 000 mètres carrés, Phare Citadelle a installé ses conteneurs bleus pour mettre en place une buvette en plein air, une offre de restauration, des DJ sets et des conférences. Les pieds dans l’herbe, les enfants peuvent y courir et jouer sur quelques installations en bois. L’association Prototip, qui a remporté l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé par la Ville de Strasbourg, proposera aussi des conférences et des ateliers de maraîchage. Une fois l’AMI remportée, les porteurs du projet ont créé la SCIC Phare Citadelle pour mettre en place le biergarten. Loin du centre-ville dense et minéral, l’endroit bénéficie d’une température agréable par temps de forte chaleur, grâce à l’eau des bassins Vauban et Citadelle.

Phare Citadelle, concept éphémère
Phare Citadelle, lieu éphémère et écrin de verdure sur la presqu’île Citadelle, près du Neudorf et Port-du-Rhin Photo : MD / Rue89 Strasbourg / cc

Un biergarten accessible et local

Phare Citadelle est en capacité d’accueillir simultanément plus de 400 personnes. Le mot d’ordre, autant pour la boisson que la nourriture : « Le local et de saison », martèle Léa Lemmel, chargée de communication de la société coopérative (SCIC) Phare Citadelle et cheffe de cuisine. « Et de la qualité, précise-t-elle, nous travaillons avec deux fermes locales, notamment pour les légumes. Quant aux bières, nous avons un partenariat avec Malt&Houblon. »

Le bar du Phare Citadelle, ses bières et ses infusions glacées. Photo : MD / Rue89 Strasbourg / cc

La première bière est à 5 euros la pinte. Le lieu éphémère propose aussi des cafés Mokxa à 1,5 euro l’expresso. Les thés et infusions glacés, coûtent 2 euros. Kéfir et kombucha faits maisons figurent aussi sur la carte. En renouvellement constant, la carte des vins naturels commence à 3, 50 euros avec des vins qui s’adaptent à l’offre culinaire, majoritairement végétarienne. La cuisine propose des produits faits maison à partir de 4 euros.

Inclusion et activation

« C’est dans notre ADN d’être inclusif », explique Nathalie Charvet, en charge de la programmation culturelle. En répondant à un appel à manifestation d’intérêt de la Ville de Strasbourg, l’association Prototip a promis d’attirer les habitants de tous les quartiers voisins (Esplanade, Port du Rhin, Neudorf et Neuhof-Musau), et les habitants du centre-ville de Strasbourg. Pour la municipalité, l’objectif est de dynamiser une zone en pleine urbanisation, en particulier le quartier Citadelle.

"Nous ne cherchons pas à faire de la gentrification, mais bien à donner envie de profiter du lieu, vert et bordé par l’eau", appuie Milo Alain, chargé de mission à la SPL Deux-Rives. "C'est pour cela que l’entrée est gratuite." "Le but, c’est que les gens passent du temps ici et que cela reste abordable pour tous", renchérit Lola Leandri, coordinatrice de la Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC) Phare Citadelle, en rappelant la présence d'un espace de jeu pour les enfants.

Pour appuyer leurs propos, les gérants de la SCIC Phare Citadelle précisent salarier plusieurs personnes, auparavant sans emploi. Un médiateur originaire du Neuhof a aussi été recruté pour faire le lien avec les jeunes des quartiers voisins.

Les lieux sont accessibles aux personnes à mobilité réduite et en situation de handicap.

Le calendrier de la programmation musicale, des conférences et des événements sera révélé progressivement sur la page Facebook du Phare Citadelle.

Trois associations assignent la préfecture du Bas-Rhin en justice au nom de l’accès au droit des étrangers

Trois associations assignent la préfecture du Bas-Rhin en justice au nom de l’accès au droit des étrangers

Depuis plusieurs années, la préfecture du Bas-Rhin impose une procédure entièrement numérique pour les demandes de titres de séjour, même pour obtenir un rendez-vous concernant un dossier en cours. Résultat : des files d’attente toujours plus longues, mais devant des écrans au lieu d’être place de la République. Pour mettre fin à cette situation et obtenir la mise en place d’une procédure alternative, la Cimade, la Ligue des droits de l’Homme et le Syndicat des avocats de France ont déposé mercredi un recours devant le tribunal administratif.

« Il n’existe plus de plage horaire libre pour votre demande de rendez-vous. Veuillez recommencer ultérieurement. » Depuis plusieurs mois, ce message est la seule réponse obtenue par la grande majorité des personnes se connectant à l’interface de la préfecture du Bas-Rhin pour suivre une demande de titre de séjour. « C’est très compliqué, témoigne Moustafa Boustila, porte-parole du Collectif des sans-papiers en Alsace (CSP 67). Je ne connais personne qui a réussi à obtenir un rendez-vous sur internet. Certains ont abandonné ».

Me François Zind, membre du Syndicat des avocats de France, a des soirées compliquées depuis ce système :

« La seule chance d’obtenir un rendez-vous, c’est de se connecter entre minuit et 1h du matin. Alors parfois, entre deux séries le soir, j’essaie d’obtenir des créneaux pour des clients. J’utilise plusieurs adresses mails, sinon on me bloque. On est plusieurs à faire ça de manière bénévole. C’est quand même incroyable qu’on en arrive là ! »

L’avocat fait le constat qu’il est « de plus en plus difficile d’avoir des interlocuteurs en préfecture. » À l’origine de cette file d’attente invisible, la dématérialisation des procédures initiée en 2017. « Au début, elle ne concernait que certains types de demandes, retrace Élodie Martin, chargée régionale d’animation juridique à la Cimade. Mais en 2020, une plateforme numérique a été mise en place. Aujourd’hui, nous n’avons pas d’autres choix que d’utiliser cette interface pour déposer un dossier. Ceux qui envoient un courrier reçoivent une réponse leur disant de passer par internet. »

Problème : « la lecture de l’interface proposée par le site de la préfecture du Bas-Rhin est particulièrement difficile et peu intuitive. [Elle] propose un certain nombre de cas de figure dont certains sont illisibles, sauf pour les spécialistes », juge la Cimade dans un communiqué. Résultat : la dématérialisation éloigne les personnes sans papiers et les étrangers de l’accès à leurs droits.

Dix-sept préfectures assignées en justice

Les difficultés à obtenir des rendez-vous en préfecture ont entrainé une augmentation des recours individuels devant le tribunal administratif de Strasbourg. « Mais à chaque fois c’est la même chose, les demandeurs obtiennent finalement un rendez-vous juste avant l’audience », s’agace Elodie Martin. Une manœuvre qui, supprimant le motif de l’action en justice, rend impossible la condamnation de la préfecture et l’élaboration d’une jurisprudence.

Pour mettre fin à cette situation, la Cimade, la Ligue des droits de l’Homme et le Syndicat des avocats de France ont déposé mercredi 30 juin 17 requêtes devant autant de tribunaux administratifs, partout en France. Ces associations demandent la mise en place d’une procédure alternative, non dématérialisée, dans plusieurs préfectures. À Strasbourg, Tiphaine Elsasser et Ekatarini Sabatakakis, les avocates en charge du dossier, soulèvent également des irrégularités dans la protection des données individuelles traitées par la plateforme.

Cette action juridique s’appuie sur un jugement du 18 janvier 2021, dont les associations espèrent qu’il fera jurisprudence : le tribunal administratif de Rouen avait en effet annulé pour illégalité un arrêté de la préfecture de Seine-Maritime imposant aux personnes étrangères de déposer en ligne leurs demandes de séjour. Le Conseil d’État avait également affirmé, dans une décision du 11 novembre 2019, que les particuliers ne pouvaient pas être contraints de saisir l’administration par voie dématérialisée. Une alternative doit leur être proposée.

La procédure initiée mercredi devant le tribunal de Strasbourg devrait durer plusieurs mois. Mais les associations réfléchissent d’ores et déjà à déposer un recours en référé suspension au mois de septembre, pour accélérer les choses.

« Non, parfois ça veut dire oui ! »

« Non, parfois ça veut dire oui ! »

Depuis 2020, l’Association régionale spécialisée d’action sociale d’éducation et d’animation (​Arsea) organise des « stages de responsabilisation » à Strasbourg. Ces stages sont des mesures judiciaires, prononcées lors de condamnations pour des faits de violences conjugales. Les participants doivent payer 240€ en échange d’un stage de deux heures par semaine, pendant six semaines. Rue89 Strasbourg a pu suivre l’un de ces stages, aux côtés de 13 participants (12 hommes et une femme), de mai à juin. Deuxième épisode avec l’intervention d’une juriste du CIDFF (Centre d’information sur les droits des femmes et des familles du Bas-Rhin).

Deux couturiers drag-queens lancent des robes de mariées d’un autre genre

Deux couturiers drag-queens lancent des robes de mariées d’un autre genre

Le défilé de lancement de la maison de couture « Du Fermoir de Monsac » s’est tenu dimanche 27 juin. Les deux créateurs drag-queens, James et ViviAnn, proposent des robes de mariées personnalisées pour tout type de clientèle.

Des mannequins séniors, de grandes tailles, androgynes ou encore en fauteuil roulant défilent ce dimanche 27 juin à l’espace Colod’Art à la Meinau. Ils et elles arborent toutes des robes de mariés, pour homme ou pour femmes. L’objectif de James et ViviAnn, les deux créateurs de la nouvelle maison de couture Du Fermoir de Monsac, est clair : dé-genrer le monde du mariage.

En janvier 2020, les deux couturiers se rencontrent lors d’une soirée Drag Queens à Strasbourg. Au fil des discussions, ils prennent conscience qu’un désir commun les anime : la couture et l’envie de créer un atelier boutique, situé au 14 Grand’rue, en restant drag queen. ViviAnn abandonne donc son métier de coiffeur et James celui de chocolatier chez Pierre Hermé.

James et ViviAnn, les deux créateurs drag-queens lors du défilé de lancement de leur maison de couture, dimanche 27 juin Photos : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg

Venant tous les deux de Mulhouse, ils s’implantent à Strasbourg, « ville cosmopolite et à la population ouverte d’esprit ». ViviAnn a suggéré de s’y installer car elle connaît bien la scène drag. Elle propose alors son nom de scène de drag queen, « Du Fermoir-de-Monsac », comme nom de marque, et propose à James un mariage fictif qui lui permettra de prendre à son tour ce nom. La marque « Du Fermoir-de-Monsac » est née.

« Nous sommes les premiers à dessiner des robes de mariées en drag queen »

Il existe plusieurs créateurs et créatrices en France qui proposent des robes sur-mesure. Mais James et ViviAnn sont les premiers à proposer un sur-mesure personnalisé jusque dans les moindres détails, pour tout type de clientèle :

“Le concept n’est pas nouveau dans le sens où, avant les années 1960, les gens avaient l’habitude de porter du sur-mesure. On veut renouveler cela : proposer du fait main et créer de la proximité avec nos clientes. En revanche, nous sommes les premiers à dessiner des robes de mariées tout en restant drag queen !”

ViviAnn est drag queen depuis 2018 et monter cette entreprise lui a paru une évidence pour véhiculer leurs valeurs :

« Je ne fais pas cela pour surfer sur un effet de mode, mais pour mettre nos clientes à l’aise. Quand elles viennent chez nous, elles voient deux personnes qui font partie d’une minorité et elles se sentent dans un espace safe et bienveillant. »

Une robe de mariée portée par une des modèles lors du défilé de lancement de la maison de couture « Du Fermoir-de-Monsac » Photo : GK / Rue89 Strasbourg

Réaction à un univers du mariage élitiste

Les deux créateurs constatent qu’il n’est pas toujours facile de trouver la robe de ses rêves dans le monde du prêt-à-porter :

« Les robes ne sont pas toujours adaptées à la morphologie, à l’âge ou au style de la personne. On s’est rendu compte que le mal-être et les complexes des gens sont arrivés avec le prêt-à-porter. On veut s’adresser à tout le monde, que nos mariées soient les meilleures versions d’elles-mêmes.”

James et ViviAnn font aussi en sorte de s’adapter aux budgets de leurs clientes. L’entrée de gamme se situe autour de 1 500 euros. Ensuite, le prix évolue en fonction des matières et du nombre d’heures de travail pour confectionner la robe. Les deux créateurs vont parfois même jusqu’à créer les robes des demoiselles d’honneur et des accessoires assortis pour les mariés.

La cour d’appel confirme la condamnation d’un médecin pour harcèlement sexuel à l’hôpital La Graffenbourg

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Affaire Deaf Rock : Julien Hohl placé en garde à vue

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Virginie Joron placée sur une « liste noire » au Parlement européen

Virginie Joron placée sur une « liste noire » au Parlement européen

La députée européenne Virginie Joron, également présidente du groupe RN à la Région Grand Est, a été placée depuis lundi sur une « liste noire » du Parlement européen. En cause, son voyage en Crimée occupée en juillet 2020 pour « observer » le déroulement du référendum pro-Poutine.

Selon le site spécialisé Euobserver, la délégation de soutien à la démocratie du Parlement européen a mis sur « liste noire », la semaine dernière, huit députés européens et en a sanctionné trois autres au motif qu’ils se sont rendus coupables de « faux voyages d’observation électorale ». Cinq des députés européens mis à l’index sont des Français du Rassemblement national, membres du groupe d’extrême droite « Identité et Démocratie » du Parlement européen. Il s’agit de Virgine Joron, Hervé Juvin, Jean-Lin Lacapelle, Thierry Mariani et Philippe Olivier. Les 11 noms ont été rendus publics lors de la réunion, la semaine dernière, du « groupe de soutien à la démocratie et de coordination des élections » (DEG). Ce groupe d’eurodéputés est notamment en charge de la surveillance et du suivi des élections, au nom du Parlement européen.

Les eurodéputés RN ont été sanctionnés pour s’être vus offrir des voyages luxueux en échange de rapports positifs sur l’organisation et la légalité d’élections-prétextes, sans mandat du groupe ni du Parlement européen, mais en leur qualité d’eurodéputés. Ils se sont rendus en Crimée pour observer un scrutin russe, légitimant ainsi l’occupation de ce territoire ukrainien, et au Kazakhstan. L’inscription sur cette « liste noire » signifie que les députés RN ne pourront plus participer à des missions officielles d’observation électorale au nom du Parlement Européen, au moins jusqu’à la fin de cette année.

Virginie Joron en session plénière à Strasbourg Photo : Parlement européen

Un voyage en Crimée en juillet 2020

Virginie Joron confirme qu’elle s’est bien rendue en Crimée en juillet 2020 pour « observer » le référendum sur la réforme constitutionnelle russe, permettant notamment à Vladimir Poutine de rester au pouvoir jusqu’en 2036. Rue89 Strasbourg avait détaillé ce voyage : en juillet 2020, les eurodéputés Thierry Mariani, Virginie Joron et Hervé Juvin, ont atterri sur le sol de la capitale de Crimée, annexée par la Russie depuis 2014. Ils sont présentés comme des « experts internationaux », dans une délégation de soixante personnes.

La présidente du groupe RN à la Région Grand Est ne se rappelle pas qui l’a invitée. Selon EUObserver, les eurodéputés du groupe Identité et Démocratie ont été sollicités par un organe consultatif auprès du gouvernement russe. Les observateurs officiels et assermentés, ceux de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) ou de l’Office pour les Institutions Démocratiques et les Droits de l’Homme (ODIHR), n’ont pas été conviés par la Russie.

Contactée par Rue89 Strasbourg, Virginie Joron dénonce cette décision :

« Je n’ai rien à me reprocher, j’ai rempli ma mission de parlementaire qui est de vérifier que la démocratie est respectée. Tout a été déclaré auprès du Parlement européen, nous n’avons rien fait de répréhensible. Et mettre un pied en Crimée n’est pas un crime contre l’humanité. »

Les membres de la délégation RN n’ont noté aucune entorse au processus électoral dans cette région ukrainienne, occupée à la suite d’une invasion par l’armée russe en 2014 et annexée depuis. Le 2 juillet 2020, les Russes ont validé à 77,92% le référendum constitutionnel, un scrutin qui n’a pas été jugé démocratique par l’opposition russe. L’Union européenne a rapidement réagi et a invité la Russie à enquêter sur les irrégularités dénoncées.

Revue des gagnants et des perdants des élections départementales et régionales

Revue des gagnants et des perdants des élections départementales et régionales

Le paysage politique du Grand Est et d’Alsace ne sort pas vraiment recomposé par les élections régionales et départementales. Les partis politiques, puis les 30% d’électeurs qui se sont mobilisés, ont néanmoins produit leur lot de vainqueurs et de déçus.

Les gagnants

    Jean Rottner

On l’oublierait presque, mais le voici réélu pour la première fois en tant que tête de liste. Une situation loin d’être acquise lorsqu’il a pris les commandes de la grande région fusionnée, en cours de mandat en 2017 à la suite du retrait de Philippe Richert. Cet ancien meneur de la fronde alsacienne contre le Grand Est arrivait à la présidence quelques mois après la déferlante marconiste, confirmée en 2019 aux élections européennes. L’impopularité du gouvernement et la crise sanitaire où il a gagné en notoriété sont passés par là, c’est-à-dire un contexte peu propice aux révolutions de palais.

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Régionales : Comment les quatre listes ont gagné des voix

Régionales : Comment les quatre listes ont gagné des voix

Dans le Grand Est, les reports de voix entre les deux tours des élections régionales ont principalement bénéficié à Jean Rottner (LR) et à l’écologiste Éliane Romani.

Chacun peut clamer une progression. Les quatre listes qualifiées au second tour des élections régionales dans le Grand Est ont toutes amassé plus de bulletins qu’au premier. Ces gains s’expliquent avant tout par la diminution du nombre de listes, passées de 9 à 4. Personne n’a bénéficié d’un sursaut de participation, puisqu’elle a augmenté de moins d’un point (30,24% contre 29,61%) dans une région championne de France de l’abstention.

Les quatre candidats n’avaient d’ailleurs que 36 000 voix de plus à se répartir sur plus d’un million de votants. Parmi ces suffrages exprimés supplémentaires, on compte environ 2 000 bulletins blancs et nuls de moins au second tour (moins de 5% des votants aux deux tours), malgré la diminution des choix.

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Régionales : Jean Rottner sort conforté d’un scrutin qui a laissé indifférent deux électeurs sur trois

Régionales : Jean Rottner sort conforté d’un scrutin qui a laissé indifférent deux électeurs sur trois

Avec un taux d’abstention record, le président sortant Jean Rottner (LR) a obtenu plus de 40% des suffrages exprimés au second tour des élections régionales du Grand Est. Le recul du Rassemblement National est confirmé avec 26,52% des suffrages pour Laurent Jacobelli, contre 36% en 2015. En troisième position, les écologistes accusent la mauvaise distribution des professions de foi. La ministre Brigitte Klinkert obtient 12,17% des bulletins de vote, principalement en Alsace.

Une élection sans surprise. Il est 20h30 passé, les premières estimations du second tour des élections régionales sont tombées il y a près d’une heure. Au restaurant La Bourse, à Strasbourg, le président sortant de la Région Grand Est, Jean Rottner, traverse la salle principale sous les applaudissements d’une foule pleine de robes de soirée et de costumes. La tête de liste divers droite (LR-UDI) se place derrière un pupitre, prévu pour une victoire confortable. Avec 40,30% des votes exprimés, il obtient la majorité des sièges au conseil régional. Mais l’abstention la plus haute de France (69,76%) dans sa région ternit sa victoire :

« Aujourd’hui, les électeurs ont fait le choix de nous placer en tête d’un scrutin compliqué, d’une abstention dont personne ne peut se satisfaire. Elle nous oblige à être au plus près des préoccupations de nos concitoyens, à construire le meilleur pour chacune et chacun d’entre eux, à redonner confiance. La crise nous a touché, ses conséquences se font sentir. Les doutes et les incertitudes ne se sont pas estompées. »

La revanche face au RN

Sur la terrasse du restaurant, Christian Debeve savoure la victoire sur le Rassemblement National. 19e sur la liste « Plus forts ensemble avec Jean Rottner », le président de la section bas-rhinoise de l’UDI dresse une critique au vitriol de la tête de liste Laurent Jaccobeli :

« Lors des élections régionales en 2015, le Front National était dix point devant nous (avec 36% des voix, ndlr), là c’est l’inverse (avec 26% des voix, ndlr). Il y a quelque chose qui s’est passé : c’est le travail de reconnaissance des élus qui sont sur le terrain. Laurent Jacobelli est arrivé parachuté, avec son bus, il n’habite même pas ici, il ne vient pas de chez nous. Ça a été sanctionné. On ne fait pas campagne aux régionales avec la thématique des présidentielles. »

La proximité. C’est l’argument principal de Jean Rottner et ses colistiers. Pour expliquer la victoire de la liste qu’il soutient, Claude Sturni, maire de Haguenau donne le résultat du président sortant dans sa commune : 43,66% des suffrages exprimés, contre 24,72% pour le RN. « C’est peut-être l’effet maire, cette connaissance des besoins des gens », dit-il. Tous les colistiers interrogés au restaurant La Bourse détenaient au moins un mandat électoral.

« On a essayé de renouveler le paysage politique »

Au QG des écologistes, les réactions sont plus mitigées. La victoire dans deux cantons strasbourgeois aux élections départementales suscitent la joie de certains. Mais les candidats aux élections régionales ne cachent pas leur déception. Dans un communiqué de presse envoyé avant les premières estimations, la tête de liste Éliane Romani dénonçait des « professions de foi manquantes dans le Bas-Rhin en raison des délais restreints imposés par la préfecture » et craignait « l’impact de cette désorganisation sur les résultats ».

Secrétaire régionale d’EELV en Alsace, Cécile Germain-Ecuer évoque aussi un résultat insatisfaisant (21,22% dans le Grand Est et 19,6 en Alsace), du fait de l’abstention record mais aussi d’une stratégie politique qui peine encore à porter ses fruits :

« On a essayé de construire une dynamique en renouvelant le paysage politique, avec beaucoup de personnes non-élues, très peu de cumul des mandats, et je pense que c’est quelque chose que les gens n’entendent pas encore forcément mais qui petit à petit va faire son nid. Les gens vont se dire, en fait il y a une liste qui nous ressemble, où on n’a pas besoin d’être chef d’entreprise, maire, député, sénateur, président de com-com… On peut venir en étant simple citoyen, en étant un militant et en se disant j’ai envie de changer les choses et j’ai envie de rejoindre une liste qui gagne. »

Réaction de la tête de liste écologiste en Alsace. (vidéo Lola Mannecy / Rue89 Strasbourg)

Les priorités de la liste de Rottner

Interrogé sur ses mesures prioritaires pour son second mandat, Jean Rottner ne s’est pas risqué à citer l’une de ses promesses de campagne : « Ce soir, je crois que les mesures seront surtout d’ordre économique mais aussi de mains tendues aux fragilités induites par la crise. »

Jean Rottner fête sa victoire aux élections au restaurant La Bourse Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Développement économique et mobilités. Un à un, les colistiers évoquent les mêmes priorités. la Strasbourgeoise Irène Weiss, 22e sur la liste du président sortant, évoque la promesse du « passeport mobilité emploi, pour 10 000 jeunes par an qui s’inscrivent à des formations, donner 1 000 euros pour passer le permis de construire. »

Irène Weiss détaille quelques mesures qui devraient être mises en place lors du second mandat de Jean Rottner (vidéo GK / Rue89 Strasbourg)

Pour Christelle Lehry, adjointe à la mairie de Muntzenheim et 14e sur la liste de Jean Rottner, « les électeurs s’inquiètent surtout de la sortie de crise. Nous allons devoir prendre le relais lorsqu’il n’y aura plus d’aide de l’Etat, pour que les entreprises puissent se stabiliser et continuer d’investir. »

Christelle Lehry, adjointe à la mairie de Muntzenheim et 14ème sur la liste menée par Jean Rottner. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Claude Sturni évoque de son côté le développement de « maisons de la Région », un objectif de 500 entreprises qui relocalisent leur production dans le Grand Est et la formation de 2 000 infirmières, 2 000 aide-soignantes et 2 000 aides à domicile au courant du mandat.

L’ancien sénateur Guy-Dominique Kennel se refuse à évoquer la sécurité, « ce n’est pas une compétence de la Région ». Mais sa colistière Pauline Jung, en 24e position, l’évoque comme « un enjeu fondamental de ces élections » L’adjointe au maire de Brumath précise : « Nous allons aider les communes à amener plus de sécurité, en investissant dans la police municipale et des caméras de vidéosurveillance. »

Ancien sénateur, ex-président du conseil général du Bas-Rhin, Guy-Dominique Kennel, 23e sur la liste de Jean Rottner. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Une majorité confortable au conseil régional

Jean Rottner dispose d’une confortable majorité au conseil régional, avec 94 sièges sur 169. Le Rassemblement National (26,3%) dispose de 33 sièges et siègera en tant que premier opposant à cette majorité divers droite (LR-UDI). La liste écologiste d’Eliane Romani fait son entrée au conseil régional avec 27 sièges, partagés avec des socialistes et communistes.

Enfin, la liste menée par la ministre déléguée à l’Insertion Brigitte Klinkert termine 4è avec 12,17%. Le nombres de sièges étant attribués selon les scores par département, il y aura 12 conseillers régionaux LREM d’Alsace (où la liste finit 3è avec 20,6%), contre trois de Lorraine et 0 de l’ex-Champagne-Ardenne.

Pour l’élu régional sortant, venu du PS, Christophe Choserot (LREM), réélu en Meurthe-et-Moselle ces mauvais scores hors d’Alsace étaient attendus car le parti présidentiel n’y est pas ancré :

« La faible participation ne bénéficie jamais aux listes challengers » (vidéo JFG / Rue89 Strasbourg)

Dans les soutiens de Birigtte Klinkert, on se console en disant que « nos idées ont obligé Jean Rottner à modifier son programme ». À défaut d’avoir provoqué une fusion ou des retraits de liste, on estime que le président sortant a davantage axé sa campagne sur la « proximité » et que le futur groupe veillera à une application de ces paroles.

Ancienne de « Les Républicains » comme Jean Rottner, Brigitte Klinkert, ne dit pas si elle se situera d’emblée dans la majorité ou l’opposition à ses ex-camarades :

« Pour moi la politique c’est ce n’est pas être dans la majorité ou l’opposition, ce sont des projets. Si nous pouvons travailler ensemble avec la majorité, construire ensemble, moi je dis d’accord. »

Au Rassemblement national aussi on essaie de se consoler. Laurent Jacobelli explique que son résultat est le « deuxième score en France pour le Rassemblement national« , après la Provence Alpes Côtes d’Azur, où Thierry Mariani a aussi été battu.

Départementales à Strasbourg : les écolos bousculent les Socialistes, pas la droite

Départementales à Strasbourg : les écolos bousculent les Socialistes, pas la droite

Droite classique, majorité présidentielle, socialistes et écologistes – qui font leur entrée à la Collectivité européenne d’Alsace – se partagent les six cantons strasbourgeois. Ailleurs en Alsace, la droite renouvelle sa majorité et le RN échoue à entrer à la CEA.

Personne ne peut clamer sa suprématie à Strasbourg après ces élections départementales marquées par l’abstention de deux électeurs sur trois. À gauche, les écologistes remportent deux cantons, soit quatre élus, contre un seul binôme pour le Parti socialiste. La droite traditionnelle (LR et UDI) envoie trois élus à la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), tout comme la majorité présidentielle (LREM et Agir).

Le canton 2 bascule pour moins de 100 voix

Comme attendu, le duel le plus serré a eu lieu dans le canton de Strasbourg-2 (Koenigshoffen, Montagne Verte, Elsau et Gare) au sud-ouest de Strasbourg. Lors du dépouillement, le tandem d’élus PS sortants Éric Elkouby et Martine Jung avait une centaine de voix d’avance… jusqu’à que le vingtième et dernier bureau de vote du canton soit comptabilisé. Au gymnase Saint-Aurélie, où la participation a été plus forte, les écologistes l’ont emporté par 299 voix contre 99. De quoi inverser le résultat. Dans ce canton, les écologistes ont remporté moins de bureaux de vote que leurs concurrents, mais avec des marges plus nettes. Un grand soulagement a traversé les rangs des écologistes strasbourgeois lors de l’annonce de ce résultat.

Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg, félicite Damien Frémont, nouvel élu écologiste du canton-2 Photo : Lola Manecy / Rue89 Strasbourg / cc

Car cette victoire à l’arrachée de Damien Frémont (EELV) et Fleur Laronze (PCF) permet aux écologistes de d’empocher la victoire dans deux cantons de Strasbourg, contre un seul pour leurs rivaux socialistes à gauche. Âgés respectivement de 35 et 40 ans, Damien Frémont et Fleur Laronze exerceront leur premier mandat. Les succès strasbourgeois des écolos leur permettent d’intégrer la CEA, alors qu’ils avaient été éjectés des deux conseils départementaux d’Alsace en 2015.

Adjoint au maire de 2008 à 2016, puis devenu député en 2016 en plus de conseiller départemental, Éric Elkouby, 48 ans, se retrouve désormais sans mandat, après avoir longtemps travaillé dans l’ombre de l’ancien député Armand Jung (PS).

Canton 1 : écart resserré mais victoire écologiste

De manière plus attendue, les écologistes Ludivine Quintallet (EELV) et Florian Kobryn (Assemblée écologiste citoyenne, une association de soutien à la liste écolo des municipales) ont remporté le canton de Strasbourg-1 par un peu plus de 900 voix d’avance. Comme pour les écolos du canton 2, ce sera le premier mandat de ces deux trentenaires. En face, le tandem LREM a néanmoins un peu resserré l’écart du premier tour (près de 1 500 voix), tandis que 507 votes blancs ont été enregistrés, le plus fort total à Strasbourg.

Canton 3 : seule victoire socialiste chez les champions de l’abstention

Le Parti socialiste sauve l’honneur grâce à Hautepierre et Cronenbourg. Ainsi, il ne remplit pas son objectif de conserver ses six sièges, mais il ne disparaît pas de la CEA. Élus sortants, Serge Oehler et Françoise Bey ont bien accru leur très légère avance du premier tour. En une semaine, l’écart passe de 3 à 510 voix. La participation a été très légèrement supérieure par rapport au premier tour, mais reste nettement la plus faible des six cantons de la ville (21,37%). À noter qu’environ 10% des bulletins ont été blancs (402) ou nuls (152), soit plus que l’écart entre les deux binômes.

Canton 4 : la plus nette victoire pour LR et Agir

Sans surprise, le tandem de droite remporte largement le canton Strasbourg-4, Contades – Wacken – Robertsau, face aux écologistes. L’ancien candidat aux élections municipales Jean-Philippe Vetter (LR) et Anne Tennebaum (Agir, majorité présidentielle) amassent environ 2 300 suffrages de plus et débuteront à la CEA. Ce canton, où la participation a été la plus « forte » de Strasbourg (36,42%), est le seul où un binôme gagne avec plus de 60% des voix. Les écologistes ont néanmoins remporté quatre bureaux de vote vers les Halles.

Canton 5 : LREM inverse la tendance

Le canton 5, qui va du Port-du-Rhin à l’Orangerie en passant par l’Esplanade et la Krutenau, était plus indécis. C’est le seul où la tendance a été inversée par rapport au premier tour. Clairement soutenu dès le départ par le président de la CEA Frédéric Bierry (LR, en dépit de la présence d’un binôme LR), le conseiller départemental sortant Nicolas Matt (LREM) et sa binôme Anne Reymann (Agir) ont bénéficié de bons reports de voix pour plus que doubler leur score et ainsi l’emporter avec un peu plus de 1 000 votes d’avance. Cette victoire permet à « La République en Marche » de clamer une victoire sous ses couleurs à Strasbourg, sans passer par une large alliance.

Canton 6 : toujours un bastion de la droite

Au sud, dans le canton de Strasbourg-6, l’indéboulonnable duo Jean-Philippe Maurer (LR) et Pascale Jurdant-Pfeiffer (UDI) repart pour un nouveau mandat, en l’emportant d’un millier de voix face aux écologistes à la Meinau, Neudorf-Est et au Neuhof. Les Strasbourgeois étaient tous deux vice-présidents de Frédéric Bierry au conseil départemental du Bas-Rhin, puis à la CEA. Le seront-ils encore la semaine prochaine ?

Strasbourg et l’Alsace, les cartes de l’abstention

En Alsace, environ 70 sièges sur 80 pour la droite

Sans surprise, le deuxième tour a permis à la droite et au centre de confirmer sa large majorité avec environ 70 sièges sur 80. Le Rassemblement national n’intègre toujours pas l’assemblée locale. Il n’a même pas approché les 45% dans les cantons où il était en lice. Les régionalistes d’Unser Land ont aussi été largement battus dans le canton de Saint Louis où ils étaient qualifiés (33,72%).

L’union de la gauche et des écologistes enregistre une petite déception en ne faisant pas basculer le canton de Schiltigheim-Bischheim pour 258 voix (48,09%). En revanche, le binôme élu étiqueté « divers centre » à Bischwiller était soutenu par les écologistes alsaciens. Siègera-t-il avec les Strasbourgeois ? Le canton vainqueur à Wittenheim dans l’ancien bassin minier d’Alsace (où se trouve Stocamine) est listé « divers gauche », mais les deux élus Pierre Vogt et Marie-France Vallat avaient à tour de rôle rejoint la majorité alsacienne en 2015, puis en 2021.

Lourdement battue aux élections régionales, Brigitte Klinkert l’a néanmoins largement remporté (74,99%) à Colmar en équipe avec le maire Éric Straumann (LR). Elle devrait siéger dans les deux assemblées, en plus d’être ministre déléguée à l’Insertion. Le président actuel Frédéric Bierry a été réélu dans les mêmes proportions (78,49%).

La nouvelle répartition des sièges

La mise en place des nouveaux élus, et l’élection du président et de ses 15 vice-président devrait se dérouler le jeudi 1er juillet.

Jeanne Barseghian « c’était un scrutin de reconquête pour les écologistes »

La maire de Strasbourg réagit aux résultats des élections départementales à Strasbourg. (vidéo JFG / Rue89 Strasbourg)

Jean Rottner reconduit à la tête du Grand Est, droite et gauche se partagent les cantons de Strasbourg

Jean Rottner reconduit à la tête du Grand Est, droite et gauche se partagent les cantons de Strasbourg

Le président sortant de la Région Grand Est, Jean Rottner (LR) est arrivé largement en tête des élections régionales, avec 40,3% des suffrages exprimés. Le Rassemblement national est deuxième avec 26,3%. Aux départementales, les écologistes ont conquis deux cantons strasbourgeois, un est resté socialiste, les trois autres sont à droite. Retrouvez le compte-rendu de la soirée électorale et nos cartes des résultats de ce double scrutin.

Fin de ce compte-rendu en direct. Toutes nos cartes et les résultats à retrouver sur http://elections.rue89strasbourg.com

Voici la coloration par nuances politiques du nouveau conseil régional du Grand Est. En vert, les écologistes et socialistes, en jaune, les élus de La République en Marche et Agir, en bleu, les élus majoritaires Les Républicains et UDI et en noir, les élus du Rassemblement national, qui forment le deuxième groupe.

Nouveau résultat disponible pour Canton de Guebwiller :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Masevaux-Niederbruck :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Mulhouse-1 :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Kingersheim :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Brunstatt-Didenheim :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Obernai :

Voici le nouveau conseil départemental, aux commandes de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), réunion des deux anciens départements alsaciens. Les couleurs sont indicatives et ne préjugent pas des groupes politiques qui seront créés ultérieurement, certains « divers gauche » ayant été membres de la précédente majorité.

Nouveau résultat disponible pour Canton de Strasbourg-5 :

Élu conseiller départemental de la Collectivité européenne d’Alsace dans le canton de Strasbourg-1, Florian Kobryn réagit au soir des résultats. (vidéo Lola Manecy / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouveau résultat disponible pour Canton de Strasbourg-4 :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Strasbourg-2 :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Strasbourg-1 :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Strasbourg-6 :

Jeanne Barseghian, maire (EELV) de Strasbourg réagit au second tour des élections locales, avec l’élection de quatre écologistes au conseil départemental et l’entrée d’écologistes au conseil régional. (vidéo Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouveau résultat disponible pour Canton de Strasbourg-3 :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Mulhouse-2 :

Nouveau résultat disponible pour Strasbourg :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Mulhouse-3 :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Wittenheim :

Élu conseiller départemental à la Collectivité européenne d’Alsace, Damien Frémont réagit à son élection. (vidéo Lola Manecy / Rue89 Strasbourg /cc)

Nouveau résultat disponible pour Canton de Colmar-1 :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Ingwiller :

Président de l’UDI Alsace et du groupe centriste à l’assemblée régionale, Christian Debève réagit aux scores du second tour des élections régionales. (vidéo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouveau résultat disponible pour Canton de Sainte-Marie-aux-Mines :

Les présidents des bureaux de vote apportent les urnes au centre administratif Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

Nouveau résultat disponible pour Canton de Mutzig :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Altkirch :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Erstein :

Les écologistes repassent en tête dans le canton de Strasbourg-2

Nouveau résultat disponible pour Canton de Schiltigheim :

Tête de liste du Rassemblement national, Laurent Jacobelli revient sur son score et sur son programme pour les années à venir. (vidéo Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouveau résultat disponible pour Hoenheim :

Cécile Germain-Ecuer, secrétaire régionale d’EELV en Alsace, réagit au score du second tour. (vidéo Lola Manecy / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouveau résultat disponible pour Canton de Reichshoffen :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Rixheim :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Wintzenheim :

Nouveau résultat disponible pour Colmar :

Les Socialistes bien placés pour sauvegarder leurs derniers sièges à la Collectivité européenne d’Alsace.

Nouveau résultat disponible pour Canton de Illkirch-Graffenstaden :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Colmar-2 :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Bischwiller :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Sélestat :

Tête de liste « Il est temps… » (écologistes, socialistes), Eliane Romani réagit à son score la plaçant en troisième position. (vidéo Lola Manecy / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouveau résultat disponible pour Canton de Saverne :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Cernay :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Hoenheim :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Molsheim :

Didier Petermann réagit au score de la liste de Brigitte Klinkert, sur laquelle il est en deuxième position. (vidéo Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / cc)
Directeur de campagne de Brigitte Klinkert, Christophe Choserot s’exprime au sortir du second tour des élections régionales. (vidéo Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouveau résultat disponible pour Canton de Ensisheim :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Lingolsheim :

Irène Weiss, soutien de la liste « Force de nos territoires », menée par Jean Rottner réagit au score qui la donne gagnante des élections régionales. (vidéo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouveau résultat disponible pour Canton de Haguenau :

Georges Schuler maire de Reichstett réagit au score de la liste menée par Brigitte Klinkert (vidéo Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouveau résultat disponible pour Canton de Bouxwiller :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Brumath :

Nouveau résultat disponible pour Mulhouse :

Nouveau résultat disponible pour Canton de Wissembourg :

Première expression de Jean Rottner (LR), arrivé en tête des élections régionales, à voir sur notre page Facebook.

Nouveau résultat disponible pour Canton de Saint-Louis :

Référente de Generation.s à Strasbourg, Améris Amblard redoute une faible participation à nouveau, à cause des défauts d’information. (vidéo Lola Manecy / Rue89 Strasbourg / cc)

Déception chez les écologistes, crédités de 21% des suffrages exprimés soit un score légèrement inférieur que l’addition des listes de gauche au premier tour. Photo : Lola Manecy / Rue89 Strasbourg / cc
Eliane Romani s’entretient avec son équipe à son QG de campagne près de l’Observatoire Photo : Lola Manecy / Rue89 Strasbourg / cc

Jean Rottner en tête

Selon la première estimation Ipsos / Sopra Steria pour France Télévisions – Radio France et LCP, le président sortant Jean Rottner (LR) serait réélu avec 39% des voix devant Laurent Jacobelli (RN) avec 27%.

Éliane Romani (EELV) complète le podium avec 21% des suffrages, tandis que Brigitte Klinkert (LREM) termine avec 13%.

Les premières estimations pour les élections régionales seront connues dès 20 heures. Restez connecté pour tout savoir.

Le taux de participation au scrutin des élections départementales et régionales 2021 s’élève pour le Grand Est à 23,79%, c’est à peine mieux qu’au premier tour (23%). Dans le Bas-Rhin, la participation en fin d’après-midi s’établit à 21,97% tandis que dans le Haut-Rhin, elle est de 22,59%. La semaine dernière, ces taux étaient respectivement de 19,52% et de 21,14%.

Si la participation continue ainsi, ce second tour de scrutin se sera déroulé dans une indifférence globale, à l’instar du premier tour.

Au bureau de l’école maternelle Saint-Jean dimanche matin Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
La liste écologiste et socialiste menée par Eliane Romani est bien présente au second tour… Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

De nombreux citoyens s’indignent sur les réseaux de ne pas avoir reçu les tracts de la liste « Il est temps… » menée par Eliane Romani (écologistes, socialistes…). Cette absence dans l’enveloppe de propagande électorale distribuée par l’Etat est générale. Car l’équipe de campagne écologiste n’a pas été en mesure de déposer ses tracts à temps en préfecture, comme l’explique le directeur de la campagne écologiste sur France 3 Alsace.

Dans le rose de la salle d’activités de la maternelle Saint-Jean, transformée en bureau 415 Photo : PF / Rue89 Strasbourg /cc

Dans le Grand Est, la participation moyenne à midi s’élève à 11,59% pour les deux scrutins. C’est un peu plus qu’au premier tour à la même heure (11%).

Décision de dernière minute ? Nombre d’électeurs n’ont pas reçu la propagande électorale dans leurs boites aux lettres. Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Selon les estimations des préfectures, la participation dans le Bas-Rhin s’élève à 10,31% et à 11,73% dans le Haut-Rhin. Ces taux sont légèrement supérieurs à ceux du premier tour, respectivement de 9,63% et 9,73%. Lors des élections régionales en 2015, 14,96% des électeurs bas-rhinois avaient voté à midi et 17,26% des électeurs haut-rhinois.

Les urnes des bureaux de vote strasbourgeois étaient encore peu remplies vers midi, comme ici à l’école Saint-Jean Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Selon un communiqué de la Ville de Strasbourg, le taux de participation au scrutin des élections départementales et régionales 2021 à midi s’élève à 9,11% pour les élections départementales et à 9,27% pour les élections régionales. Au premier tour, ces taux de participation étaient respectivement de 10,27% et 10,36%.

Un an de Jeanne Barseghian

Un an de Jeanne Barseghian

Parmi toutes les polémiques qui ont parsemé cette année, la bétonisation n’est peut-être pas la plus spectaculaire, mais la plus constante. L’opposition, qui avait déjà fait le procès des élus écologistes sortants au cours de la campagne des élections municipales, s’en donne à cœur joie pour soutenir les collectifs de riverains opposés à des projets immobiliers.

Les Affaires sordides envahissent le festival Démostratif

Les Affaires sordides envahissent le festival Démostratif

Au début de l’été, le festival Démostratif accompagne la reprise culturelle. Cette quatrième édition se penche sur les Affaires sordides, et explore un vaste champ de faits divers et de légendes urbaines. Toujours propulsé par l’Université de Strasbourg et son Service universitaire de l’action culturelle (SUAC), Démostratif fait cette année son entrée dans la cour des grands. Son engagement envers les artistes se précise. Du 29 juin au 3 juillet, l’Esplanade sera le repère des histoires les plus singulières.

Après une édition 2020 réduite à sa portion congrue pour cause de coronavirus, le festival Démostratif revient clore la saison culturelle strasbourgeoise. Né en 2018 sous forme d’un projet étudiant, le festival a rapidement dépassé les frontières universitaires. Cette année, l’édition avec pour thème les « Affaires sordides«  marque un nouveau tournant. Celui d’une professionnalisation assumée et d’un engagement envers les jeunes artistes. Le lieu de rendez-vous sera, une fois encore, le Campus de l’Esplanade, où les spectacles pourront se dérouler tant à l’ombre qu’en plein soleil.

Une thématique morbide qui motive les créations

La programmation explorera le paradoxe des fait divers et la fascination horrifiée exercée par ces événements, qui contraste avec leur affligeante quotidienneté. S’emparer des multiples crimes et accidents qui défilent dans les manchettes de journaux et sur les chaines d’information, c’est ce que propose aux artistes cette quatrième édition de Démostratif.

Parmi les trente-trois événements, vingt-trois sont des créations, et donc autant de chances d’être surpris. Certains artistes mettent en jeu leurs propres traumatismes et blessures. Dans Sola Gratia, Yacine Sif El Islam et Benjamin Yousfi puisent dans l’agression au couteau qu’ils ont subie en 2020. Le rappel du réel est fort, pas de distance fictionnelle pour se protéger de l’impact. De même, Minable Umain / Blurnout compile des témoignages de souffrance au travail, condensés dans le corps d’une comédienne, seule en scène.

Un dispositif minimaliste qui ne laisse pas le regard se détourner, c’est la scénographe de Sola Gratia Photo : de Pierre Planchenault

Cette séquence est aussi l’occasion de tenter des propositions atypiques. Un atelier de sieste sonores occupera le village de festival pour des séances d’écoute et de relaxation. D’une manière générale, la programmation est brodée de musique. L’interprète pop Claire Faravarjoo joue à domicile dans le village du festival dès la premier jour, à 20h. À sa suite, chaque soirée accueillera une proposition musicale, plongeant dans des univers contrastés et exclusivement strasbourgeois. Pop, pop-punk, hip-hop, trip-hop, rock et dance power metal, il y en aura pour tous les sons.

Chaque année, le village du festival accueille le cœur des festivités. Photo : de Teona Goreci

Sordide, la thématique est aussi celle des films noirs, et des échappées du réel qui se font au coin des ruelles obscures. C’est la place de l’absurde et de la surprise, depuis les organes sexuels en fugue de Vits Vont jusqu’à l’escouade adolescente montée dans Opération Britney. Ces affaires sont aussi celles du monde, de la menace écologique grandissante qui mobilise la jeunesse de Skolstrejk (La Grève Scolaire), les nouvelles approches du réel et la remise en cause de La Vérité qui questionne jusqu’à nos certitudes les plus fondamentales. Il y a un engagement politique clair dans un certain nombre des propositions, où se dessine une responsabilité des êtres humains.

Un lieu pour donner une chance à la jeunesse artistique

Ce n’est pas un fait nouveau : la voie de la professionnalisation artistique est rude. Elle l’était déjà avant la crise sanitaire, mais cette dernière a accentué les tensions. Ce raidissement du milieu professionnel artistique malmène plus que jamais ses nouveaux acteurs. L’entrée dans les réseaux de diffusion et de programmation réclame de faire ses preuves, un prérequis souvent difficile à réaliser tant le manque de moyens jette un froid sur tout projet artistique d’envergure. Nombre de jeunes créateurs et créatrices vivent une précarité suffocante, loin de leurs rares camarades profitant d’une place dans l’une des grandes écoles de théâtre. Là, les moyens mis à disposition et la cooptation naturelle entre les étudiants et leurs professeurs, artistes établis, permettent une insertion professionnelle facilitée.

La deuxième édition avait accueilli une battle de danse Photo : de Teona Goreci

Cette chance qui manque à beaucoup, cette opportunité de faire ses preuves, le festival Démostratif veut la donner, autant que possible. Alors que les précédentes éditions se destinaient exclusivement à des spectacles étudiants, Démostratif s’ouvre, en 2021, à tous les profils. Les organisateurs font converger à Strasbourg des troupes de toute la France, et même de Belgique. Aux côtés du SUAC, la municipalité de Strasbourg s’est engagée de façon plus nette. Le festival grandit, mais n’est pas encore en mesure de rémunérer les artistes, toutes et tous sont pris en charge pour leurs transports, leur hébergement et leur restauration.

Plusieurs constantes tissent le festival, dont la présence récurrente d’une plume complice. Cette année, c’est Romain Nicolas qui occupe ce poste. Jeune auteur et dramaturge sorti de l’École Nationale des Arts et Techniques du Théâtre de Lyon, il apparait ajusté pour la thématique sombre et mortifère de cette édition. Romain Nicolas écrit avec une violence qui, loin d’être gratuite, est le strict prolongement de la violence quotidienne. Il ne s’emploie pas à mettre un vernis de mots sur les douleurs du monde. Il les jette au visage, comme des pierres. La fascination morbide du fait divers répond à cette fièvre violente. Cinq jours de résidence et d’immersion dans tout le sordide burlesque du festival nourriront sa carte blanche, présentée en clôture, le samedi 3 juillet.

Depuis la première édition, le festival offre des espaces de pause, où apprécier le campus d’une façon inédite et confortable. Photo : de Teona Goreci

Outre son auteur complice, Démostratif prolonge ses festivités par la revue Dare-Dare. Des étudiants, artistes, enseignants-chercheurs, collaborent pour composer cet album hétéroclite d’articles, de dessins et de photographies. Entre journal scientifique et cahier de souvenirs, la revue cristallise année après année tout ce qui a pu émerger du festival.

La démarche est hybride, à l’image de l’ensemble du projet. C’est cette singularité qui offre à Démostratif une saveur singulière. Il ne s’agit pas d’un colloque universitaire, ni d’un festival d’artistes pur jus. C’est une rencontre de deux mondes, et plus encore. À l’intersection des savoirs, des méthodes et des profils, Démostratif constitue une singularité culturelle strasbourgeoise qui a le mérite de proposer une voie originale pour débuter l’été.

Paroles de jeunes : « Les élections ne sont pas un moyen efficace de changer les choses »

Paroles de jeunes : « Les élections ne sont pas un moyen efficace de changer les choses »

Dimanche 20 juin, 66,74 % des inscrits (70,97% en Alsace) ne se sont pas déplacés pour le premier tour des élections régionales et départementales. Une désertion des urnes encore plus forte chez les 18-35 ans. Témoignages.

Selon une étude de l’Insee, publiée fin 2017, moins d’un électeur sur cinq âgé de moins de 29 ans a voté aux deux tours de l’élection de 2017 : le plus faible taux en quinze ans d’échéances électorales. Dimanche 20 juin, les taux d’abstention ont battu de nouveaux records et, cette fois encore, les jeunes ont déserté les urnes. 

Célia est étudiante en BTS comptabilité et gestion à Paris et, le dimanche 20 juin, elle est restée chez elle. « Je ne savais même pas qu’il y avait une élection, regrette-t-elle. Mon amie m’a prévenue le jour même, c’était trop tard et je ne voulais pas voter pour n’importe qui. » À Mulhouse, Ana, ancienne salariée de McDonald’s en conflit avec son ancien employeur, se dit « pas très intéressée par la politique » : « Je n’ai pas déclaré mon déménagement, je n’ai pas fait de procuration et, de toute façon, je ne savais même pas qu’il y avait des élections. » En service civique dans une association de promotion d’une monnaie locale, la jeune femme de 22 ans ne vote jamais : « Je n’ai aucune raison d’aller voter, en fait… Ça n’a pas d’impact sur ma vie, je pense. » 

Déconnexion avec la politique

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L’Orée 85, nouveau lieu alternatif strasbourgeois, ouvre ses portes samedi 14 mai

L’Orée 85, nouveau lieu alternatif strasbourgeois, ouvre ses portes samedi 14 mai

Un bar-restaurant avec des produits locaux, une programmation culturelle variée, un espace d’accueil de réunions militantes… Lola, Maxime et Manon préparent les débuts de l’Orée 85, une maison d’éclusier qu’ils transforment en lieu alternatif au bord du canal du Rhône au Rhin, à l’entrée de la Meinau. Ils espèrent en faire un lieu de rencontre, à disposition de celles et ceux qui voudront l’investir.

Un après-midi de début juin, Lola, Maxime et Manon, 27 ans tous les trois, accueillent dans le grand jardin de leur écluse. Rue du Doubs, au croisement des quartiers de l’Elsau, de la Montagne Verte et de la Meinau, ils investissent petit à petit les lieux depuis le 24 décembre. « C’est le jour où on a remporté l’appel d’offre », se rappelle Lola : « Sacré cadeau de Noël ! On a bossé pendant des mois pour ce projet. » Quelques événements auront lieu cet été, mais l’ouverture officielle est prévue en novembre. Elle aura finalement lieu quelques mois plus tard, le samedi 14 mai.

Les trois dévoilent L'Orée 85 :

"Il y aura un espace de restauration, pour toutes les bourses et tous les estomacs, avec des aliments et des boissons locales, fournis par des producteurs locaux comme l'îlot de la Meinau pour les légumes, Perle et Meteor pour les bières. Dehors, on aura une ferme pédagogique, avec un potager en permaculture, des ruches et un poulailler. Et on proposera une programmation culturelle avec des ateliers, des concerts, des dj-sets, des vide-dressing, des projections ou encore des soirées-débat. On a plein d'idées, mais cela dépendra aussi des propositions que nous recevrons. Le but, c'est que tout le monde puisse s'approprier le lieu et le faire vivre."

"On donne tout pour monter un projet qui a du sens pour nous"

En 2020, Voies navigables de France (VNF), propriétaire de l'écluse numéro 85, avait lancé un appel à projet pour mettre les 90 m² d'intérieur et surtout les 700 m² de jardin à disposition, pendant au moins 5 ans, pour un loyer de 650 euros par mois. C'est l'Orée 85 qui a convaincu le jury, composé aussi d'élus de l'Eurométropole de Strasbourg (EMS). Pour l'instant, les fenêtres du bas de la maison sont encore emmurées. Le lieu n'était plus utilisé depuis 2016. "Il doit être réhabilité. On a déjà tout défriché dehors", explique Manon :

"On commencera un grand chantier participatif fin juillet, avec l'aide des architectes de l'Atelier Na, qui utilisent des modes de construction écologiques. Un partie des travaux sera réalisé par des artisans. Pour financer ça, il nous faut 15 000 euros. Nous avons mis en ligne une cagnotte de financement participatif, pour les bonnes âmes qui veulent nous soutenir."

Le financement participatif sur Okoté permet d'obtenir pour chaque don de 1€, un abondement de 1€ de la Ville de Strasbourg, 50 centimes de Quonex Alsatel et 50 centimes de Météor.

Le plan de l'Orée 85. Photo : Document remis

À l'ombre d'un arbre, jus de fruits à la main, Maxime relate avoir mis un terme à une carrière qu'il venait de débuter dans des labels de musique comme Universal et Sony. Manon a fait l'école hôtelière mais n'appréciait pas "l'ambiance sexiste et autoritaire du milieu de la restauration." Lola, quant à elle, est fraichement diplômée en médiation culturelle. "On vit en coloc' ensemble et ça fait un moment qu'on cherche à avoir un projet qui a du sens pour nous", raconte Manon. Avant d'ajouter :

"'On est passionnés. On vivra du RSA les premiers mois. Au bout d'un an, on devrait se sortir 1 000 euros par personne, puis le SMIC la troisième année. On va embaucher deux ou trois salariés pour la cuisine et le service. On rémunérera aussi certains intervenants culturels."

Une programmation très accessible

Maxime explique que "l'équilibre économique reposera sur le restaurant et le bar" : seulement 5% du chiffre d'affaires dépendra de la programmation. Tous les événements seront très accessibles ou gratuits. Lola poursuit :

"On veut être un lieu de vie et de rencontre inclusif. Il sera possible de travailler sur place ou simplement de venir se détendre et discuter dans le jardin. Le but c'est aussi de sortir d'une logique capitaliste où le public vient pour consommer."

Un thème revient souvent dans la bouche des créateurs de L'Orée 85 : "être un espace de rencontres entre des personnes différentes, ne surtout pas se cantonner à la classe moyenne du centre-ville". Pour cela, "on veut s'ancrer dans le quartier, en invitant les autres acteurs des environs à proposer des choses. La programmation culturelle sera très variée", explique Maxime. Et Manon de glisser : "Pour que les gens se sentent vraiment inclus, il faut qu'ils puissent investir le lieu. On doit avoir un fonctionnement très horizontal." Elle montre un centre d'hébergement, visible depuis L'Orée 85, où logent des personnes toxicodépendantes : "Certaines sont déjà venues pour aider au jardin. On veut aussi approcher le centre de réinsertion sociale Entraide le Relais, à cent mètres. C'est comme ça qu'on cherche, de manière ultra locale."

Photos : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

"On a clairement un objectif militant"

Lola, Maxime et Manon, enthousiastes, font la visite des lieux. Ils expliquent à quoi ressemblera l'intérieur une fois fini : une cuisine, des tables, et à l'étage, un espace convivial ainsi qu'une salle de projection et de débat. En trame de fond, les nouveaux habitants de l'écluse "revendiquent complètement" une visée militante. Lola indique que "les portes seront entièrement ouvertes aux collectifs et associations écologistes, sociales ou encore féministes". Maxime poursuit :

"Créer un espace alternatif, dont la fonction n'est pas marchande, d'après nous, c'est un acte engagé. Ça ouvre un champ des possibles. Évidemment, on sait qu'on n'est pas seuls, et on veut s'inscrire dans le paysage des lieux alternatifs strasbourgeois comme la maison Mimir ou le Molodoï. Heureusement que ces espaces existent, ils permettent de cultiver une autre façon de vivre."

L'eau du canal du Rhône au Rhin rafraichit l'atmosphère. Maxime saute sur son vélo pour aller déposer des dossiers administratifs pour L'Orée 85. Lui et ses amies donnent déjà rendez-vous à l'écluse les 3 et 4 juillet pour les 48h de l'agriculture urbaine :

"Il y aura des ateliers pour apprendre à dessiner des motifs sur des tissus grâce à des végétaux, pour construire des structures qui font de l'ombre aux plantes ou les aident à grimper, ou encore pour semer et bouturer. Le Samu de l'environnement proposera aussi une exposition sur la pollution des sols et une conférence sur le compostage."

Le tissu des lieux alternatifs comptera bientôt un petit nouveau à Strasbourg. Et les trois jeunes, engagés, se projettent "dans une vie qu'ils ont longtemps rêvé".