Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

À Schiltigheim, Bio-Rad se sépare de 110 employés pour soigner ses profits

À Schiltigheim, Bio-Rad se sépare de 110 employés pour soigner ses profits

L’entreprise américaine Bio-Rad compte délocaliser sa production française de diagnostics sanguins vers Singapour et San Francisco. Les 110 salariés à Schiltigheim protestent contre des conditions de départs au rabais.

C’est une histoire tristement banale. Celle d’un groupe pharmaceutique en excellente santé économique qui ferme une partie de ses activités. Un peu plus de deux mois après l’annonce de la fermeture et de premières discussions guère fructueuses, les salariés de Bio-Rad à Schiltigheim ont manifesté leur amertume avec une heure de débrayage vendredi 12 avril.

La mise en scène est soignée, des petites croix avec les prénoms des employés sont plantées devant le siège de l’entreprise à Schiltigheim. Une trentaine de personnes se sont rassemblées. Un salarié, blouse bleue sous sa veste, interpelle la direction avec un mégaphone. Quelques coups de klaxons et de trompettes visent à faire un maximum de bruit.

Des activités délocalisées à l’autre bout du monde

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La Ville crée une commission spéciale pour agrandir et créer de nouvelles terrasses

La Ville crée une commission spéciale pour agrandir et créer de nouvelles terrasses

Pour préparer la réouverture des terrasses, promise par le président de la République pour le 15 mai, la Ville de Strasbourg crée une commission spéciale. Réunissant les acteurs de la Ville, la préfecture et des représentants de commerçants, d’habitants et d’usagers en situation de handicap, elle a pour ambition de réduire les tensions autour de cet usage partagé de l’espace public.

La promesse présidentielle tient toujours : les terrasses doivent rouvrir le 15 mai. Pour préparer cette échéance, les gérants d’établissements peuvent dès aujourd’hui déposer une demande en ligne pour l’extension ou la création de terrasses sur le domaine de la Ville de Strasbourg. Cet agrandissement peut atteindre 100% de la surface déjà octroyée.

« Le but n’est pas de doubler les capacités d’accueil en terrasse mais de garder les capacités initiales en permettant de respecter les mesures sanitaires », tempère Jacques Chomentowski, président délégué à la restauration et aux débits de boisson de l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) du Bas-Rhin.

Jacques Chomentowski, président délégué à la restauration et aux débits de boisson à l’UMIH du Bas-Rhin. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Une commission spéciale terrasses

Devant la presse vendredi 16 avril, la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (EELV) a évoqué des « excès et des conflits d’usage autour des extensions de terrasses l’année dernière. » Pierre Ozenne (EELV), adjoint à la maire en charge des espaces publics partagés, a détaillé le dispositif permettant de réduire les tensions entre habitants et gérants d’établissement sur ce sujet :

« Une commission spéciale terrasse va être déployée. Elle est composée d’élus de la Ville de Strasbourg, d’agents de la préfecture, des pompiers, ainsi que de représentants d’association d’habitants (des quartiers Gare, Petite-France et Krutenau, ndlr), d’usagers en situation de handicap et de gérants d’établissements. Elle sera chargée d’examiner les demandes de création et d’extension de terrasses, afin de prévenir les conflits d’usage. Des agents de la Ville seront aussi chargés de contrôler le respect des autorisations par la commission. Ils pourront avertir les gérants du non-respect de ces règles. Les sanctions peuvent aller jusqu’au retrait de l’autorisation d’extension. »

Des piétonnisations éphémères cet été

Adjoint à la maire en charge de la vie nocturne, Joël Steffen (EELV) évoque en outre des solutions pour les établissements sans terrasse :

« Dans les rues sans terrasse, à cause de l’existence d’une zone de rencontre ou trop contraintes par la circulation automobile, nous sommes prêts à expérimenter des piétonnisations éphémères cet été. »

De telles décisions se feront « au cas par cas » et en concertation avec les acteurs concernés, grâce à cette commission spéciale terrasse. La Ville de Strasbourg envisage aussi de « multiplier les endroits pour s’installer et consommer » au cas où les terrasses ne rouvriraient pas à la mi-mai. Il s’agit d’éviter à tout prix les situations du mois de mars, lorsque la place d’Austerlitz ou le quai des Bateliers étaient bondés, souvent sans respect des distanciations physiques.

Terrasse fermée du Supertonic, bar de la place d’Austerlitz à Strasbourg. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

La réouverture des terrasses devrait s’accompagner d’un protocole sanitaire similaire à celui mis en place à l’été 2020. Seule différence, évoquée par un représentant de l’Umih 67 : la mise en place d’un QR Code à scanner depuis l’application Tous Anti Covid, afin de documenter le « contact tracing ». Un volet du dispositif sanitaire qui doit encore être confirmé par Cédric O, secrétaire d’État chargé du Numérique.

#Jacques Chomentowski#Joël Steffen

La mosquée Eyyub Sultan renonce à sa demande de subvention

La mosquée Eyyub Sultan renonce à sa demande de subvention

Dans une lettre ouverte publiée par les DNA, la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian annonce que la subvention à la construction de la mosquée Eyyub Sultan n’est plus d’actualité puisque l’association a retiré sa demande.

Dans une lettre ouverte adressée aux Dernières Nouvelles d’Alsace, Jeanne Barseghian, annonce que l’association de la mosquée Eyyub Sultan a retiré sa demande de subvention jeudi 15 avril. Dans cette « lettre aux Strasbourgeois », la maire de Strasbourg revient sur le feuilleton de la subvention de 2,5 millions d’euros pour cette imposante mosquée en construction dans le quartier de la Meinau (voir tous nos articles), depuis le conseil municipal du 22 mars. Elle rappelle qu’elle n’a jamais été alertée par l’État d’une possible menace à la sécurité nationale et que l’État a lui-même subventionné l’association gestionnaire pour des actions de sensibilisation.

La mosquée Eyyub Sultan est en chantier depuis trois ans Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

Un dossier épineux et instrumentalisé

La maire de Strasbourg semble avoir pris la mesure de l’émoi provoqué par cette subvention importante, participant à un projet politique européen qui dépasse de loin les besoins strasbourgeois des fidèles du Milli Görüs, une communauté qui compte un millier de fidèles (voir notre article). En outre, cette subvention a été instrumentalisée par le gouvernement, en particulier par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui en a profité pour servir son propre agenda politique.

La maire de Strasbourg écrit dans les DNA :

« Des Strasbourgeois ont été stigmatisé en raison de leur confession ou de leurs origines. Je ne peux l’accepter. Je suis pleinement engagée dans le combat contre toute forme d’injustice et de haine, dans le strict respect de la liberté de conscience et d’expression. Je combats les discriminations faites aux musulmans comme je combats l’antisémitisme sous tous ses aspects. Je regrette profondément que notre ville et ses habitants aient subi les conséquences de ces polémiques qui ont attisé peurs, haines et rejets. »

Le retrait de la demande de subvention de la part de l’association CIMG Est libère la municipalité de ce dossier devenu épineux mais la question de l’avenir de cette imposante construction reste entière. Le président de l’association, Eyup Sahin, déclarait sur Rue89 Strasbourg que les financeurs étrangers sur lesquels il comptait s’étaient tous défilés.

La Cour européenne des droits de l’Homme empêche in extremis l’expulsion d’un Tchétchène strasbourgeois

La Cour européenne des droits de l’Homme empêche in extremis l’expulsion d’un Tchétchène strasbourgeois

La Cour européenne des droits de l’Homme a bloqué l’expulsion d’un Tchétchène qui a séjourné à Strasbourg pendant sa demande d’asile, en arguant que l’État français doit prendre des garanties quant à son sort en Russie.

Arrivé à Strasbourg de Tchétchénie en 2011, à l’âge de 17 ans, K.I. n’aura pas connu longtemps la liberté. Il a obtenu en 2013 le statut de réfugié mais il est entre temps parti en Syrie, alors que Daesh étendait à cette époque son emprise sur une partie du pays. Revenu en France en 2014, il est rattrapé par les autorités, et condamné en 2015 pour association de malfaiteurs en vue de préparer un acte terroriste, en l’espèce son départ en Syrie.

Dans la foulée, un arrêté d’expulsion est pris à son encontre fin 2015 et il est déchu de son statut de réfugié début 2016. Cette déchéance est confirmée en appel en 2019 et une mesure d’éloignement est prise à son encontre. Mais où ?

K.I. est revenu en France en 2015 et a été placé en détention puis assigné à résidence depuis Photo : doc remis

Pour son avocat, Me François Zind, la France ne peut pas le renvoyer en Russie, où il risquerait sa vie. Alors qu’il est incarcéré dans un Centre de rétention administrative, Me Zind forme un recours devant la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) afin d’empêcher son expulsion. Entre temps, il est assigné à résidence dans des hôtels ailleurs en France. Jeudi 15 avril, la CEDH reconnaît qu’expulser K.I. en Russie serait une violation de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme (interdiction des traitements inhumains ou dégradants). Avant de l’expulser, la France doit d’abord « apprécier la réalité et l’actualité du risque qu’il encourt » en Russie.

Pour Me François Zind, cette décision de la CEDH rappelle au gouvernement ses obligations :

« Le cas de mon client est symptomatique d’une série de cas dont l’État ne sait que faire, et dont il est tenté de se débarrasser au mépris du droit. K.I. n’a certes pas été très malin d’aller en Syrie mais aujourd’hui, c’est un membre apprécié partout où il est placé en résidence : tous les hôtels où il est assigné veulent l’embaucher. »

Actuellement, K.I. est assigné à résidence en Dordogne, une mesure particulièrement stricte puisqu’il doit se présenter trois fois par jour au commissariat… en attendant que la France sache quoi faire de lui.

Tram au nord de Strasbourg : après 20 ans de débats, l’heure du choix à Schiltigheim

Tram au nord de Strasbourg : après 20 ans de débats, l’heure du choix à Schiltigheim

Le débat s’anime sur le tram à Schiltigheim avant une concertation en période électorale qui actera le futur tracé. Plus au nord, des maires plaident pour un renforcement du réseau de bus à la place, sur une surface plus étendue.

À l’arrêt Marc Seguin à Bischheim, Zeyneb attend le bus pour aller travailler à Strasbourg aux alentours de 10 heures. L’aide soignante de 24 ans n’est pas informée d’un projet de tram sur cet axe. Mais quand on lui présente un plan, elle trouve le projet « intéressant » : « À 6h, il n’y a pas de bus et c’est un problème. Il m’est arrivé d’attendre une heure à cet arrêt ».

Sa voisine Pauline, infirmière de 23 ans actuellement en stage, est plus mesurée. « Depuis que cette ligne est devenue la L6, il y en a toutes les 10 minutes, donc ça ne changerait pas grand chose ». Le principal défaut dans les communes du nord, selon celle qui se déplace « en vélo et en bus » est qu’ »il n’y a pas grand chose entre l’Est et l’Ouest. » Mais « si le temps de trajet est amélioré, je prends. On sera moins dans les bouchons », relève-t-elle au sujet du tram. Aujourd’hui, il lui faut 20 minutes pour rallier Strasbourg.

« Je ne vois pas comment il peut passer »

Sur le trottoir, Rolph, habitant de Hoenheim de 80 ans est bien plus catégorique : « C’est complètement débile ! », s’écrit-il. « Il y aura beaucoup plus de bouchons, car il n’y aura plus qu’une seule voie de circulation et moins de stationnement ». Le retraité qui « prend le bus et le tram pour aller en ville » est conscient que la ligne est hyper-fréquentée. « Il faut des bus à double étages, augmenter la cadence et l’amplitude ». Bien informé sur les trois tracés alternatifs (voire plus bas), il relève que « celui qui zigzague est encore plus stupide ».

Un arrêt plus loin, dans l’autre sens, à Poincaré, Samira (prénom modifié), avec un cabas de courses n’est pas convaincue. « Je ne fais qu’un arrêt pour aller au Leclerc, ça ne changera rien pour moi ». En regardant la route du Général de Gaulle, est elle circonspecte : « Un tram ici ? Je ne vois pas comment il peut passer, c’est trop étroit », ajoute-t-elle avant de jeter sa cigarette pour monter dans un véhicule.

Un projet mal connu quartier des Écrivains

Dans le quartier populaire des Écrivains, le projet est parfois connu, parfois pas. Stéphane, habitant depuis 1987, est pour. « J’ai lu ça dans le Schilick Infos il y a un an environ, ce serait bien. Ça serait plus rapide, plus grand et ça ferait moins de pollution. Qu’est-ce qu’on va laisser à nos enfants sinon ? », s’interroge le père de famille, qui cherche à changer de quartier.

Jennah rentre chez elle avec des courses et sa fille qu’elle tient par la main. « Une amie m’en a parlé une fois, mais ici on parle plus de la nouvelle école et des destructions d’immeubles avec la rénovation », raconte cette habitante du quartier depuis 2002. Elle se dit aussi favorable au tram.

Adolescents du quartier Laiterie, venus voir leur famille aux Écrivains en ce début de Ramadan, Mehmet et Eli ont du mal à se projeter aussi loin « 2025 ? J’espère être en voiture d’ici là ! Mais ce sera bien pour les petits », assure le plus grand, survêtement de la Juventus de Turin sur le dos. « Si tu viens ici le dimanche ici, tu sais que tu dois rester dormir », décrit-il au sujet des fréquences.

En photos sur le tracé ou autour

Parmi les personnes rencontrées, aucune n’est défavorable au tramway. Lorsque les trois tracés sont montrés sur une feuille, celui de la route du Général de Gaulle, le plus à l’ouest, remporte l’adhésion. Les arguments sont simples : « c’est plus grand que les boîtes de sardines actuelles » ; « c’est plus agréable » ; « c’est moins polluant » ; « c’est moins bruyant » ; « il y en a plus » ; « il y en a plus tôt et plus tard » ; « il y aura moins d’accident » ; « c’est plus sûr pour les chauffeurs » ; « c’est plus ponctuel »…

Voté en 2013, plombé en 2014, puis relancé

Un deuxième tram à Schiltigheim, en plus de la ligne B qui longe la ville à l’Est jusqu’à Hoenheim et inaugurée en 2000 ? L’idée n’est pas nouvelle. Raphaël Nisand, maire de 2008 à 2014 sous l’étiquette PS, revient sur les origines du dossier :

« C’était une idée de Roland Ries dès 2008. Il trouvait que la ligne B ne remplissait pas tous les services qu’on peut attendre (ndlr, le maire de Strasbourg avait en effet cité ce tracé comme “une erreur sous pression des maires” dans une interview bilan à Rue89 Strasbourg en 2020). Après les débats entre tram sur fer et sur pneus, on avait voté une délibération en 2013 pour acter que ce tram sur l’avenue du Général de Gaulle et celui vers Koenigshoffen se feraient en même temps. En 2014, les deux listes anti-tram s’étaient unies et l’avaient emporté à Schiltigheim. C’est d’ailleurs dans les bureaux de vote le long de la route du Général de Gaulle, que j’avais été battu. Donc au mandat suivant, les Strasbourgeois à l’Eurométropole se sont débarrassés de ce tramway, un investissement entre 100 et 150 millions d’euros pour la commune, tandis que celui à Koenigshoffen a avancé. »

Aujourd’hui, l’ancien maire estime qu’il y a toujours « une opportunité pour un transport en commun en site propre, (un tram ou un Bus à haut niveau de service – BHNS) à l’ouest de Schiltigheim », mais il met en garde contre une trop grande « volonté d’évincer l’automobile ».

Dans les sphères politiques schilikoises, le débat est vif. Il faut dire que l’heure de vérité approche avec une concertation sur le tracé prévue en juin-juillet. Un itinéraire sera retenu avant une enquête publique et le lancement des grands travaux. La mise en service n’est pas attendue avant 2025. Le sujet devrait s’inviter dans la campagne des élections départementales en juin dans le canton de Schiltigheim-Bischheim, même si la Collectivité européenne d’Alsace n’a pas de pouvoir direct dessus. En plus des élus, chacun y va de son collectif ou de son association de soutiens mobilisés.

Trois tracés encore approximatifs

Trois tracés seront proposés au public. Pour l’instant, ils restent approximatifs :

    Le premier passe à l’ouest, route du Général de Gaulle. Le terminus provisoire serait rue Rodolphe Burger, à côté du quartier des Écrivains, à cheval sur Bischheim et Schiltigheim. La maire écologiste de Danielle Dambach a été élue en 2018 sur la promesse de la relance du tram sur cet axe et réélue au premier tour en 2020. Parmi ses arguments : « les Écrivains sont le seul Quartier prioritaire de la Ville (QPV) de l’Eurométropole qui n’est pas relié au tram ». La maire considère le tram est comme un outil pour « transformer la ville ».
    Le deuxième forme un zigzag. Il débute route de Bischwiller avant de bifurquer mi-chemin autour de l’usine Heineken. Il traverse la voie ferrée et se termine au même endroit que le tracé 0 aux Écrivains à l’entrée de Bischheim. Il était défendu par Hélène Hollederer lors de la campagne des élections municipales. La candidate LREM mettait en avant un itinéraire pour relier « le tram au train ». Elle milite par ailleurs pour un cadencement du TER toutes les 15 minutes avec le collectif Mon train j’y tiens). La femme politique souhaite ainsi « redynamiser et remodeler notre centre-ville » tout en desservant le futur cinéma MK2, la mairie, la médiathèque et l’Ouest de la ville avec le salle de la Briqueterie ou la piscine olympique.
    Le troisième emprunte la route de Bischwiller et remonte Schiltigheim, traverse Bischheim jusqu’aux portes de Hoenheim, comme envisagé à la fin des années 1990. L’avenue étant plus étroite, il n’a pas de défenseur ouvertement connu dans le débat public.

Au milieu de tous ces tracés, se trouve l’immense usine qui a demandé « une garantie d’accès à l’autoroute » pour ses poids-lourds à la municipalité. Selon Danielle Dambach, cette exigence de Heineken disqualifie le tracé 2.

Le pont Saint-Charles, où pourrait passer le tramway, à côté de l’usine Heineken, au milieu de Schiltigheim. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

… ou privilégier les bus ?

Au nord de Strasbourg et de Schiltigheim, deux maires s’élèvent contre cette infrastructure évaluée à 80 millions d’euros. Jean-Louis Hoerlé à Bischheim et Pierre Perrin à Souffelweyersheim demandent qu’une « variante 4 », soit étudiée. Leur proposition : utiliser la somme à « une refonte et un meilleur maillage du réseau de bus » bien plus loin au nord, jusqu’à Eckwersheim. « C’est rapide à faire et cela ne nécessite pas de travaux », appuie Jean-Louis Hoerlé.

Vice-présidents lors du mandat passé et aujourd’hui dans l’opposition avec d’autres maires de droite, les deux maires estiment avoir du « mal à se faire entendre », car « du mauvais côté de l’hémicycle ». Pierre Perrin détaille :

« Fin 2019, nous étions trois maires du nord, avec celui de Hoenheim, à demander qu’on nous démontre que le tram est plus efficace avant de choisir. Puis, rien ne s’est passé car il y a eu les élections. En session plénière cette année, on nous a répondu qu’il n’y avait pas discussion là-dessus. On ne nous a pas prouvés que nous avons tort. Nous n’avons ni de tracé précis, ni une coupe en travers. »

Les plans en coupe sont très attendus, car ils permettent de savoir quelle place sera réservée à la circulation et au stationnement sur la chaussée. Sachant que les trams s’accompagnent de pistes cyclables voire d’aménagements paysagers, il faudra faire des choix et des mécontents. La crainte des deux anciens maires : que des « voies uniques » soient mises en place pour les trams. Ainsi deux trams ne pourraient se croiser, ce qui réduirait leur fréquence. « De plus, la CTS risque d’arrêter les bus qui viennent de plus loin à hauteur du tram pour le remplir. Il y aura donc et de l’attente avec une rupture de charge. Ca ne sera pas plus rapide », redoute Pierre Perrin. « Sur le pont Saint-Charles, ça ne peut que passer en voie unique. S’il faut faire un nouveau pont, les coûts vont exploser », ajoute-t-il.

Jean-Louis Hoerlé (à g.) et Pierre Perrin, deux maires du nord inquiets de l’arrivée du tram aux portes de leurs communes. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« Techniquement ça passe »

À l’instar du collectif pour le tracé par la gare du tram vers Koenigshoffen en 2017, ces maires se retrouvent à devoir produire une contre-expertise minutieuse pour démonter les arguments de la majorité. Ils s’appuient sur un travail de Laurent Hennenfent, Schilikois et ancien et ancien gérant d’un bureau d’études. Ce dernier, dossier de 150 pages à l’appui, est formel. Le tram est « surdimensionné », « très couteux par rapport but fixé » et « quasi-infaisable ». Il estime à 39% de la population qui ne sera qu’à 5 minutes à pied, contre 61% avec le tracé 2. Avec des mesures de largeurs, il projette que de longues voies uniques, peu importe le tracé. L’ancien maire de Schiltigheim Raphaël Nisand contredit cette analyse : « Les études de 2013 concluaient que techniquement ça passe. Seuls 200 à 300 mètres en début de tracé étaient en voie unique », se rappelle-t-il.

Dernier argument du tandem Perrin-Hoerlé, les premières interdictions de véhicules sans vignette Crit’Air et Crit’Air 5 débuteront dès 2022, là où le tram n’arriverait pas avant 2025. Ils versent leur proposition en amont de la concertation qui s’annonce. « Je ne veux pas qu’on nous dise qu’on a rien fait une fois la concertation lancée », explique Jean-Louis Hoerlé, qui insiste sur le fait que « nous ne sommes pas anti-tram ». Vieux routiers, ils craignent une concertation de façade avec trois tracés, mais un seul qui présente des avantages et donc privilégié par la collectivité. Surtout que Danielle Dambach, par ailleurs numéro 3 de l’Eurométropole, a déjà exprimé sa préférence.

À l’instar d’associations, les deux hommes, insistent sur le fait que la majorité Imbs-Barseghian-Dambach a fait de « la démocratie locale », un axe majeur de son mandat. Ils veulent donc voir jusqu’où va ce principe. Le remuant et inclassable collectif Col’Schick, à l’origine de la proposition du tracé 2, a de son côté proposé un référendum entre les trois tracés. « Peu lisible, voire contre-productif », face à la « pluralité de décisions et d’autorisations nécessaires », a répondu la présidente Pia Imbs. « Je me demande si ce n’est pas une manière de plomber les délais », appuie Danielle Dambach. « Les politiques ont été élus pour faire des choix et avoir une vision de leur ville et de l’agglomération. Des propositions sur les mobilités figuraient dans les programmes électoraux de chaque candidat », abonde le collectif « Mon tram j’y tiens », soutien du tracé à l’Ouest.

Le spectre de l’urbanisation

Les deux maires au nord estiment qu’à terme, ce projet engendrera une urbanisation des communes pour assurer la fréquentation de la ligne. Ils craignent que les « poumons verts » que sont les zones agricoles et naturelle et le long de la route du Brumath dans leurs communes soient bétonnées. « Si le projet est de faire des quartiers comme les Écrivains, il faut le dire tout de suite », met en garde Jean-Louis Hoerlé. Car comme le dit d’ailleurs Danielle Dambach « cette extension n’a d’intérêt que pour aller à terme jusqu’à Vendenheim ». Or, pour arriver jusqu’à cette extrémité nord de l’Eurométropole, il faudra encore plusieurs mandats et « 200 millions d’euros », redoute Pierre Perrin. « On ne s’est pas posé toutes ces questions pour l’extension à la Robertsau, peu utilisée », répond Danielle Dambach. Mais ce quartier du nord de Strasbourg connait justement une densification le long de la ligne E depuis sa mise en service.

Pierre Perrin et Jean-Louis Hoerlé redoutent que des zones naturelles et agricoles (entourées en rouge), soient urbanisées car proches du tram, notamment en cas d’extension de cette ligne jusqu’à Vendenheim telle qu’envisagé (en bleu) pour de futurs mandats. Pour l’instant ce n’est pas prévu selon le plan locale d’urbanisme. Photo : schéma Rue89 Strasbourg

Les deux maires ne sont pas les seuls sur cette ligne. L’ancien maire de Schiltigheim Jean-Marie Kutner estime sur son compte Facebook que « le tram fer était à la pointe il y a 30 ans, il sera dépassé dans moins de 30 ans ». Dans leur analyse, ils ont aussi été rejoints par Hélène Hollederer. Ce qui fait dire aux écologistes qu’un rapprochement pour les élections départementales pour constituer un binôme homme-femme serait en marche. Pour plaider pour l’amélioration des bus, l’élue d’opposition pointe vers une étude de 2019 sur les mobilités à Schiltigheim, où « les répondants se disaient à 68% satisfaits du réseau de bus« . Une proportion bien différente des cyclistes (27% de satisfaits !). Les « Velorutions » se succèdent depuis 2018, pour demander des aménagements cyclables sécurisés. Une autre demande à concilier pour Danielle Dambach, qui peine à se concrétiser pour le moment.

Dans l’opposition schilickoise, l’ancien premier adjoint Christian Ball (LR), lui, n’a pas changé d’avis :

« J’ai toujours voté pour le tram, mais celui-là n’est pas réalisable. L’enjeu se sont les connexions Est-Ouest, plutôt que de tout rabattre vers Strasbourg. Cela va endetter encore la CTS, et donc les habitants, au moment où l’on lance la gratuité des transports pour les jeunes, que je peux comprendre dans cette période. Le coût s’élèvera sûrement à 90 et 100 millions, car il y a le tronçon schilickois, mais aussi l’infrastructure nécessaire pour le relier à Strasbourg. »

En 2020, Christian Ball faisait déjà campagne contre le tram et pour des déplacements d’Est en Ouest. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Pour le vice-président de l’Eurométropole en charge des Mobilités, Alain Jund (EELV), le sujet « ne doit pas juste être un débat schiliko-schilikois » :

« Le projet est une refonte des transports en commun au nord en articulant BHNS G, le Réseau Express métropolitains de TER, le tram et l’A35. Le tram devra s’articuler avec l’autre projet de ligne de tram, une liaison directe entre la gare et le Parlement européen. »

Une délibération sera présentée en mai. À quelques semaines de l’échéance, il ne semble pas complètement arbitré si les trams de Schiltigheim iront à la gare de Strasbourg ou son centre-ville. Depuis plusieurs années, élus et techniciens insistent sur la nécessité de « désaturer » la place de l’Homme de fer.

Avant Schiltigheim, le tram devrait être raccordé à Strasbourg par ce coté de la place de Haguenau. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Alain Jund accueille en revanche fraîchement la proposition de « variante 4 » : « Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas étudier ces propositions, mais la délibération votée en décembre incluait bien un tram ».

« Nous allons accueillir de nouveaux habitants »

Pour Danielle Dambach, il ne faut pas seulement regarder le débat avec la situation actuelle, mais imaginer la ville dans quelques années :

« Nous allons accueillir de nouveaux habitants. Il y a les constructions à Fischer avec 680 logements, 300 à la friche Caddie, 150 à la médiathèque ou 400 à Istra dans un peu plus longtemps initiées par mon prédécesseur. Il faut proposer des solutions à ces futurs habitants pour ne pas avoir encore plus de voitures. Aujourd’hui, 100% des Schilikois sont concernés par les dépassements de pollution, contre 50% à Strasbourg ou à Bischheim. Je ne veux pas me retrouver avec un procès en inaction climatique ou payer des pénalités pour ces dépassements pour lesquels la France est condamnée par l’Union européenne. Je ne crois pas qu’au tram, mais à un mix de solutions entre le train, le vélo, l’autopartage, la marche. Et accompagner celles et ceux qui n’ont pas d’autre choix que d’acheter un nouveau véhicule. »

Danielle Dambach a été élue et réélue sur la promesse d’un tram à l’Ouest. Suffisant démocratiquement si ses homologues plus au nord pensent différemment ? Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Elle poursuit son raisonnement en présentant sa vision pour transformer la cité des Brasseurs :

« Schiltigheim est une succession de terres pleins avec quatre radiales où l’on traverse du nord au sud. On veut rompre avec cela et aussi en faire une ville agréable. On a perdu l’habitude de s’y promener. Or, il y a une dynamique économique avec l’ouverture de neuf restaurants pour une année de confinement. Une fois le tram fait, on souhaiterait éviter le trafic de transit sur la partie finale de la route de Bischwiller, en la transformant en zone de rencontre vers Fischer, sachant que l’on peut déplacer le stationnement ailleurs, notamment en sous-sol de la mairie. Il est sûr qu’il faudra revoir la circulation globale avec les maires du nord, ce que l’on compte présenter en septembre, une fois le tracé acté. »

Le premier adjoint Patrick Maciejewski, par ailleurs président de la CTS, porte quant à lui les critiques sur les positions des maires du nord :

« Bischheim et Souffelweyersheim craignent qu’on bloque les voitures. Ce sera en partie le cas et cela entrainera un report vers la route de Bischwiller. Ces maires veulent continuer à nous traverser et nous polluer. Ce n’est pas leur problème, mais nous c’est le notre. On discute encore avec eux et on veut faire en sorte que les automobilistes aient le réflexe M35 (nouveau nom de l’A35) et peut-être aussi développer une ligne de transports sur cet axe. »

« Je sais qu’ils sont plus sensibles à cette solution de bus sur l’autoroute, mais on en est réduit à faire du marchandage. Ne rien dire sur le tram, contre une ligne de bus », soupire Pierre Perrin.

Consciente de la fragilité de l’acceptation du tram et du calendrier, Danielle Dambach se donne un objectif clair : « rendre le tram irréversible » avant de prochaines élections en 2026. « Tant que le premier rail n’est pas posé, il peut être remis en cause ».

« Strasbourg réveillée », une manifestation appelle à la « convergence des luttes » samedi

« Strasbourg réveillée », une manifestation appelle à la « convergence des luttes » samedi

Les étudiants et occupants du TNS appellent à une manifestation en « convergence des luttes » samedi. Appelée « Strasbourg réveillée », l’initiative cherche à rapprocher le secteur de la culture et le reste de la société.

Après plus d’un mois d’occupation, les étudiants et les occupants du Théâtre National de Strasbourg se réveillent et organisent une manifestation appelant à la « convergence des luttes », samedi 17 avril à partir de 13h. Le départ est prévu place du Corbeau, pour passer devant le TNS afin d’y entendre un DJ Set du collectif La Finca, et prendre ensuite la direction du Parlement européen (toujours vide).

Dans un communiqué, les étudiants et occupants du TNS précisent :

« L’événement est pacifique et appelle à la convergence des luttes entre tous les secteurs et tous les individus précarisés, touchés, oubliés par la crise : étudiants, intermittents, travailleurs, lycéens strasbourgeois. Nous appelons à la mobilisation pour que les conséquences de la crise sanitaire ne soient pas irréversibles et que le gouvernement
prenne ses responsabilités vis-à-vis des plus démunis et des générations à venir. »

L’occupation du TNS a débuté le 9 mars mais sans provoquer de mobilisation d’importance Photo : Louise Chappe / Rue89 Strasbourg / cc

Une convergence des luttes délicate à mettre en oeuvre

Alors que les restrictions sanitaires entament leur deuxième année et que les conséquences d’une économie au ralenti, voire complètement stoppée pour la culture, l’événementiel, la restauration et le tourisme, seront vraisemblablement profondes et importantes, le gouvernement continue de mener des réformes sociales et sécuritaires. La loi « sécurité globale, » légalisant la surveillance généralisée de la population, doit être votée vendredi 16 avril tandis qu’une réforme de l’assurance chômage va réduire les allocations de plus d’un million d’assurés.

En conséquence, les étudiants et occupants du TNS demandent « le retrait de la réforme de l’assurance chômage, un plan massif d’accompagnement des étudiants en cours d’études et à la sortie, des mesures d’urgence contre la précarité financière et économique, des mesures de soutien pour les intermittents du spectacle et tous les travailleurs saisonniers. »

En outre, les organisateurs de la manifestation demandent la prolongation de l’année blanche pour les intermittents et son élargissements aux saisonniers et aux intérimaires et l’abrogation de la différenciation entre « secteurs essentiels et secteurs non-essentiels », ainsi que la réouverture des lieux culturels, dans le respect des consignes sanitaires.

À ce jour, les syndicats n’ont pas appelé à rejoindre cette manifestation. En revanche, les Gilets jaunes organisent une assemblée générale un peu avant et doivent rejoindre le cortège place de la République.

« On ne peut pas réduire Milli Görüs à un mouvement religieux »

« On ne peut pas réduire Milli Görüs à un mouvement religieux »

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Protéger les rieds, une urgence écologique

Protéger les rieds, une urgence écologique

Écologue, Jean-Claude Genot se désole que les rieds alsaciens soient abandonnés à la pression foncière et aux appétits agricoles. Il appelle les élus alsaciens à un sursaut, pour sauvegarder ce qu’il reste de ces espaces pleins de vie.

Ried est un terme d’origine alémanique qui signifie roseau et, par extension, tout  espace couvert de ces plantes, entouré de prés humides, souvent inondés et exploités traditionnellement en prairies de fauche. En Alsace, de nombreux lieux-dits portent ce nom, même si aujourd’hui le caractère humide du lieu a parfois disparu. Actuellement, ce terme est employé pour désigner une vaste zone humide d’environ 200 km2, à savoir le grand ried de l’Ill situé au centre de la plaine d’Alsace entre Strasbourg et Colmar. Toutefois, il existe d’autres rieds comme par exemple le Bruch de l’Andlau, le Ried de la Zorn, du Seltzbach, de la Zembs, de la Bruche, de la Lauter ou de la Sauer.

Saule blanc dans un ried d’Alsace (Photo Sylvain Cordier / doc remis)Photo : Sylvain Cordier

La richesse biologique des rieds repose sur la présence de l’eau. En effet, tous ces milieux sont parcourus par un important réseau de cours d’eau. Dans certains d’entre eux, issus de résurgences de la nappe phréatique, coule une eau fraîche et claire. Les rieds sont aussi caractérisés par des inondations qui se produisent généralement après les pluies d’automne et lors de la fonte des neiges. Elles sont dues au débordement des cours d’eau comme par exemple celui de l’Ill, mais des remontées de la nappe phréatique peuvent maintenir les sols inondés après la décrue des rivières. Le rôle de ces zones inondables est très important pour l’écrêtage des crues, pour la recharge de notre propre ressource en eau et aussi pour l’apport régulier des nutriments qui stimulent l’activité biologique du sol. Ces prairies sont entrecoupées de boisements, de bosquets, ou de grandes forêts comme celle de l’Ill. Elles abritent une grande diversité animale et végétale dont le courlis cendré qui est devenu l’oiseau symbole du ried. 

La menace continue de la monoculture du maïs

Le ried est un milieu semi-naturel façonné par les hommes, un paysage culturel selon l’expression allemande (Kulturlandschaft). Il est la rencontre harmonieuse entre culture et nature, à la fois prairie de fauche et zone humide, nourricière des vivants humains et des vivants non humains (oiseaux, mammifères, insectes), inondable et fertile, à vocation agronomique et écologique, bref de l’agro écologie à haute valeur biologique et culturelle. C’est la résultante moderne d’une longue histoire entre homme et nature à partir de l’implantation des peuples agro pastoraux du Néolithique dans cette sauvage vallée du Rhin de l’époque. 

Mais voilà, la modernisation de l’agriculture et les choix économiques ont transformé ce paysage d’une grande beauté esthétique en une morne plaine dédiée à la monoculture industrielle, notamment celle du maïs. Le déclin des rieds s’est amorcé dès les années 60 et s’est poursuivi jusqu’à nos jours. Au final près des deux tiers des rieds ont été supprimés, faisant ainsi disparaître progressivement un des visages de l’Alsace. Certains oiseaux qui nichaient dans les rieds comme le busard cendré, la bécassine des marais ou le râle des genêts ont déserté les lieux. Le courlis cendré, oiseau facilement reconnaissable avec son bec recourbé vers le sol, est menacé de disparition. Il n’en existe plus aujourd’hui qu’une dizaine de couples en Alsace alors que l’on en comptait près de 250 dans les années 1970. Cet appauvrissement de la faune et de la flore est lié à la disparition des rieds mais aussi aux pratiques agricoles (précocité de la fauche, ensilage, utilisation d’engrais).  

Le courlis cendré est devenu l’oiseau symbole du ried, il n’en existe plus qu’une dizaine de couples Photo : Pierre Schmidt / doc remis

Une protection publique bien trop timide

Les actions menées à ce jour pour enrayer la disparition des derniers rieds ont montré leurs limites.  Des parcelles de ried ont été acquises pour les protéger mais les superficies protégées, de l’ordre de quelques hectares, restent modestes. Des arrêtés préfectoraux de protection de biotopes ont été pris, comme par exemple dans le Bruch de l’Andlau, le ried de la Lutter et une partie du ried de la Zembs, et une réserve naturelle régionale de l’Illwald a été créée près de Sélestat, intégrant une partie de la forêt et les prairies attenantes. Mais ces sites protégés ne représentent que quelques centaines d’hectares.

Des mesures agro-environnementales ont été mises en œuvre pour encourager les agriculteurs volontaires à poursuivre la fauche afin de ne pas retourner les prairies et cultiver du maïs mais elles ne sont pas pérennes. À saluer aussi : des accords passés avec les agriculteurs et certaines communes propriétaires de prairies ainsi que des propositions concrètes élaborées par les associations de protection de la nature pour sauver les rieds encore intacts, en suggérant notamment la mise en place d’un programme d’envergure « Rieds vivants », à l’image de celui mis en place pour le Rhin et la bande rhénane, mais qui attendent d’être prises en compte. Enfin le Conseil départemental du Bas-Rhin avait promis de classer le ried noir (à l’est de Benfeld), l’un des plus riches, en Espace Naturel Sensible en 2018 mais la promesse est restée sans suite. 

Les collectivités locales doivent réorienter les aides

La protection des rieds dépend intimement d’une agriculture écologique. Les actions pour enrayer le déclin de ces milieux nécessitent des mesures particulières et pérennes dans le cadre de la future Politique Agricole Commune, qui devrait être finalisée en 2023. Celle-ci prévoit un système des « écorégimes » proposé par la Commission pour rémunérer les services rendus à l’environnement par les agriculteurs. La future PAC propose aux États une plus grande liberté pour distribuer les aides. Ce serait donc à l’Etat Français en lien avec la Région Grand Est et la Collectivité européenne d’Alsace de définir ce nouveau système d’aides avec le monde agricole local pour bâtir une agriculture à la fois viable et respectueuse des richesses écologiques des rieds et de la qualité des eaux.

L’enjeu est de taille et il y a urgence car nous sommes face à deux défis majeurs du XXIème siècle : le réchauffement climatique et la sixième crise d’extinction de la diversité biologique. Or les rieds concernent à eux-seuls ces deux enjeux avec d’une part, le risque de disparition de tout un cortège d’animaux et de plantes, et d’autre part, le maintien des zones humides, au rôle fondamental en cas de sécheresse et qui garantissent une certaine qualité de la nappe phréatique, polluée notamment par les pesticides employés pour la culture du maïs.

Inscrite dans de nombreux documents sur la protection de la nature en Alsace et attendue par beaucoup citoyens, la préservation des derniers rieds est devenue une priorité absolue. Alors que la France s’est engagée pour la sauvegarde de sa biodiversité, il faut espérer que la protection des rieds sera prise en compte ou alors faudra-t-il un recours en justice des associations de protection de la nature, comme celle intentée par diverses ONG contre le gouvernement français pour inaction climatique, cette fois pour non-assistance à animaux et plantes en danger ou encore pour inaction face à la pollution de la nappe phréatique qui menace la santé des Alsaciens ? 

Jean-Claude Génot

Remerciements  à François Steimer pour ses précieuses informations qui ont permis la rédaction de ce texte.

Mosquée, école, « grand frère »… Les services socio-religieux de Milli Görüs pour ses fidèles

Mosquée, école, « grand frère »… Les services socio-religieux de Milli Görüs pour ses fidèles

Le chantier de la mosquée Eyyub Sultan incarne le rêve de grandeur des cadres de l’organisation islamique Milli Görüs à Strasbourg. Derrière ce gigantesque projet se trouve une communauté de musulmans bien plus modeste, aux considérations parfois bien éloignées de l’ambition du mouvement.

Une fois achevée, elle sera la plus grande mosquée d’Europe. Mais pour l’heure, le projet Eyyub Sultan est un chantier en accordéon dans le quartier de la Meinau à Strasbourg. Le manque de financement de l’organisation turque Milli Görüs a déjà mis fin à la progression des travaux pendant près d’un an avant de reprendre, timidement, fin 2020. Ainsi l’édifice Eyyub Sultan reste pour l’instant une façade en trompe-l’œil quant aux moyens réels de l’organisation. Derrière l’ambition démesurée des cadres du mouvement islamique, la réalité de Milli Görüs à Strasbourg est celle d’une communauté musulmane aux moyens limités.

Le chantier de la mosquée Eyyub Sultan a été stoppé pendant de longs mois Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

Transmettre l’Islam, un « devoir fondamental »

Comme l’indique une vidéo promotionnelle, Milli Görüs « aspire à être la voix des Musulmans à travers le monde dans toutes les langues. » Ainsi, dès les années 70, l’organisation s’est installée à Strasbourg pour permettre aux fidèles d’avoir un lieu de culte. « En 1976, il n’y avait que le local de la mosquée Fatih dans le centre-ville, raconte le président de Milli Görüs à Strasbourg, Eyup Sahin, l’association ne portait pas encore le nom de CIMG (Confédération Islamique Milli Görüs). Ce n’est qu’en 1996 que nous avons déménagé dans le hangar de la Meinau grâce aux dons. »

Eyup Sahin, président de l’association Grande Mosquée Eyyub Sultan à Strasbourg, lors de la conférence de presse du 6 avril 2021. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

« En tant que communauté religieuse, la CIMG considère l’apprentissage, l’enseignement, l’application et surtout la transmission de notre religion, l’Islam, aux générations suivantes, comme un devoir fondamental », poursuit le même clip sur la page Youtube de Milli Görüs. Pour ce faire, la branche strasbourgeoise de l’organisation a créé l’association Vision, responsable de la gestion de ses établissements scolaires. Dès 2014, le projet éducatif du mouvement islamique commence par un collège. Une école élémentaire est lancée cinq ans plus tard. À la rentrée 2020, le groupement scolaire Eyyub Sultan se félicitait d’accepter les inscriptions en seconde pour son futur lycée.

« Je faisais mon programme librement »

Comme le décrit Elif (le prénom a été modifié), une ancienne salariée du collège Eyyub Sultan, « la différence avec un établissement public, c’est que les élèves peuvent avoir des cours de religion musulmane et une option en langue turque. Sinon le socle commun, c’était vraiment les cours indiqués par l’Éducation nationale. » L’ex-membre de l’administration du collège se souvient d’un établissement « qui voulait faire ses preuves auprès de l’Éducation nationale pour devenir un établissement sous contrat ». Elle témoigne aussi d’une équipe enseignante constituée de « professeurs expérimentés, qui enseignaient dans des établissements scolaires publics de la région. »

Delic Dzana a fait partie de ces enseignants. Elle se décrit elle-même comme « athée ayant travaillé dans un établissement scolaire religieux. » « On ne m’a jamais posé de questions sur ma vie personnelle ou religieuse. J’étais là-bas pour enseigner l’anglais, je faisais mon programme librement », ajoute la professeure au collège Eyyub Sultan entre 2015 et 2017.

« Les parents d’élèves ont l’impression que leurs enfants seront mieux protégés »

Les deux anciennes salariées détaillent aussi des raisons pratiques qui poussent des enseignants et des parents d’élèves à choisir cet établissement confessionnel. Elif évoque des collégiens issus « de quartiers difficiles, où les profs absents ne sont pas toujours remplacés. Ils ont aussi l’impression que leurs enfants seront mieux protégés des problèmes liés aux drogues ou au harcèlement scolaire. »

Delic Dzana se souvient de petites classes d’une vingtaine d’élèves maximum, ce qui permettait aux professeurs « de suivre de près ce que disaient les élèves, notamment dans leur activité sur les réseaux sociaux, pour prévenir toute forme de harcèlement scolaire. » L’enseignante explique aussi que certaines enseignantes musulmanes préféraient rester au collège Eyyub Sultan afin de pouvoir porter le voile tout en enseignant. Concernant les motivations des parents d’élèves rencontrés, « certains d’entre eux n’étaient pas d’accord avec le mariage homosexuel ou l’avortement, d’où leur inscription dans un établissement confessionnel, mais à ce niveau là je ne vois pas de différence avec des établissements de confession juive ou catholique. »

Elif et Delic ont quitté cet établissement pour des raisons différentes. La seconde évoque des raisons financières, « les salaires n’étaient pas versés à temps et je n’étais pas d’accord sur le calcul des heures. »

Un millier d’adhérents à Strasbourg

Au-delà des lieux de culte et d’enseignement, Milli Görüs cherche à être présent aux côtés des musulmans, à chaque étape de la vie. Selon Eyup Sahin, la communauté strasbourgeoise compte un millier d’adhérents qui cotisent mensuellement « de 10 à 1 000 euros, le plus souvent entre 10 et 50 euros. » Des fonds qui permettent d’offrir « des services culturels, des sorties ou encore un accueil des enfants pendant les vacances », décrit le président de l’association de la mosquée Eyyub Sultan. L’organisation islamique propose aussi des services funéraires :

« Les gens souscrivent à un fonds d’obsèques. Nous organisons les rapatriements des corps vers plusieurs pays (Turquie, Bosnie, Algérie, Tunisie). Mais les générations plus récentes demandent de plus en plus à être enterrées en France. »

Adem (le prénom a été modifié) est un jeune homme issu d’une famille active au sein de Milli Görüs. Il décrit d’autres activités proposés par l’organisation islamique. Enfant, Adem est parti en colonie de vacances à Metz grâce à la communauté :

« Ce sont des colonies classiques, avec sorties en forêts, activités sportives, sauf qu’il y a des cours religieux le matin. Si tu pars en Turquie, on te fait visiter les mosquées et on te parle de l’empire ottoman, des sultans. »

Un soutien aux femmes musulmanes et aux futurs étudiants

Rue89 Strasbourg a pu consulter des documents d’organisation interne du mouvement islamique. Celui-ci propose en outre des formations aux relations publiques pour ses membres les plus actifs, mais aussi des activités au sein du « département de la Jeunesse féminine » pour que les « jeunes femmes puissent s’épanouir dans leur identité de femme musulmane ». D’autres documents servent par exemple à offrir « différents services aux jeunes musulmans qui se préparent à entrer à l’université, qui y étudient ou ont terminé leur cursus universitaire, à élaborer leur existence selon leur conscience identitaire propre à leur religion. »

L’organisation islamique va jusqu’à organiser des discussions pour les enfants à domicile. Un document intitulé « Abi-Kardes Projesi (projet frère et soeur) » décrit comment une section locale met en place ce dispositif destiné à inculquer les valeurs musulmanes. Adem décrit :

« Le but, c’est qu’un grand frère fasse la discussion sur les principes religieux auprès des enfants dans des maisons de quartiers strasbourgeois. C’est comme quand l’imam de la mosquée vient à la maison, le contenu est le même, on parle des paroles du prophète pour bien comprendre les versets et apprendre à vivre l’islam à travers les cinq principes. En plus de ça, les grands frères jouent un rôle de modèle pour les enfants. »

Au-delà des adhérents, des fidèles aux motivations variées

Mais tous les fidèles de la mosquée Eyyub Sultan ne sont pas investis à ce point dans le mouvement Milli Görüs. Comme le décrit le président de la communauté strasbourgeoise :

« Chez nous, il y a des Turcs, des Kurdes, des Maghrébins. Il y en a qui votent CHP, d’autres AKP. Il y a parfois des discussions politiques houleuses au moment des élections turques ou françaises, des échanges vifs sur Emmanuel Macron ou des débats sur la politique turque auxquels les Maghrébins ne comprennent rien. »

« Avec vos dons, construisez une mosquée ! », peut-on lire sur la façade de la future mosquée Eyyub Sultan. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

Du côté de Ditib, bras armé de l’islam turc officiel, un membre de la mosquée Yunus Emre décrit aussi un certain opportunisme chez certains membres de la communauté musulmane turque :

« Depuis le début de la construction d’Eyyub Sultan, nous avons gagné quelques centaines de visiteurs lors des prières du vendredi. Mais cela ne veut pas dire que Milli Görüs a perdu des fidèles. C’est juste que certaines personnes attendent la fin du chantier pour retourner à la mosquée Eyyub Sultan. En attendant, ils n’ont pas envie qu’on leur demande de soutenir financièrement le chantier chaque semaine. »

Une organisation locale encore fragile

Dans le quartier de la Meinau à Strasbourg, l’infrastructure mise en place par Milli Görüs semble encore bien timide en comparaison avec le complexe du Ditib dans le quartier de Hautepierre. En attendant la construction d’une mosquée dans un style ottoman, Ditib y possède déjà plusieurs immeubles qui accueillent des bureaux, un lycée, des espaces de conférences pour le réseau européen de l’organisation, et des salles pour les cours de religion à destination des jeunes enfants et les activités des groupes.

L’implantation française de Milli Görüs semble aussi bien plus fragile à Strasbourg qu’en Allemagne. Le fondateur du mouvement et père de l’islam politique turc Necmettin Erbakan y avait fait ses études d’ingénieur dans les années 1960. Il s’agit du premier pays d’implantation de Milli Görüs. Pas étonnant puisque l’Allemagne a aussi été le premier pays d’accueil de l’immigration turque en Europe. C’est à Cologne que le mouvement a installé le siège de sa fédération d’associations européennes. Le mouvement y héberge notamment sa vaste imprimerie qui produit ses livres pour enfants et son journal. Outre-Rhin, Milli Görüs règne sur plus de 500 mosquées, rassemblant des centaines de milliers de personnes. Une emprise qui surpasse largement l’ampleur du mouvement en France où seules 71 associations sont actives.

Un mouvement isolé, localement et à l’international

Dans l’Hexagone, Milli Görüs s’est soudainement retrouvé isolé à plusieurs niveaux. L’organisation islamique comptait sur un soutien financier étranger pour son projet de mosquée : « Tout le monde nous a promis de l’argent, des ministres turcs, le Qatar, le Koweit, mais on n’en a jamais reçu de personne », regrette Eyup Sahin. D’où cette décision de solliciter une subvention à la Ville de Strasbourg.

Lorsque la délibération d’une aide de 2,5 millions d’euros au chantier de Milli Görüs a été votée, c’est le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin qui a contribué à isoler un peu plus encore l’organisation islamique au niveau national. Comme l’explique Nicolas Matt, ancien conseiller municipal délégué aux relations aux cultes, « jusqu’au refus de signer la charte des principes de l’Islam de France, localement, le Milli Görüs était politiquement fréquentable. Ils ont toujours joué le jeu du dialogue et ont toujours réagi quand la République est attaquée. Autour de cette charte, il y a eu un avant et un après. »

Malgré les espoirs de l’association, le Département et la Région Grand Est ont déclaré qu’elles n’avaient pas l’intention de participer au financement de la mosquée Eyyub Sultan. Quant au soutien de la Ville de Strasbourg, une décision définitive est attendue au courant du mois d’avril.

Toujours aucune poursuite contre les néonazis auteurs de violences en manifestation

Toujours aucune poursuite contre les néonazis auteurs de violences en manifestation

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Deux recours contre la délibération sur la mosquée Eyyub Sultan

Deux recours contre la délibération sur la mosquée Eyyub Sultan

La préfecture du Bas-Rhin et une partie de l’opposition municipale attaquent la délibération de la Ville de Strasbourg accordant le principe d’une subvention à la mosquée Eyyub Sultan de Millî Görus.

Le tribunal administratif de Strasbourg va devoir s’intéresser à la question du cofinancement de la mosquée Eyyub Sultan, en cours de construction à la Meinau par l’association franco-turque affiliée au Millî Görus. Deux recours ont été formés contre la délibération de la Ville de Strasbourg, votée lors du conseil municipal du lundi 22 mars dans une version modifiée autorisant le principe de cette subvention, mais pas son versement. Le premier recours a été formé par la préfecture du Bas-Rhin, sur ordre du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, et le second par les cinq conseillers municipaux du groupe d’opposition Les Républicains (LR), Jean-Philippe Vetter, Isabelle Meyer, Jean-Philippe Maurer, Elsa Schalck et Pascal Mangin.

mosquée eyyub sultan Photo : Adbesslam Mirdass / Hans Lucas

Le 6 avril, la préfète du Bas-Rhin Josiane Chevalier a accompagné son action en justice d’un laconique communiqué de presse, dans lequel elle regrette que sa demande de retrait n’ait pas été suivie d’effet :

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Donner du sang, contempler des œuvres et voir des gens, des « moments volés » au Musée d’art moderne

Donner du sang, contempler des œuvres et voir des gens, des « moments volés » au Musée d’art moderne

200 personnes étaient inscrites à la collecte de l’Établissement français du sang ce lundi 12 avril au Musée d’art moderne de Strasbourg. Au-delà de l’acte citoyen, les donateurs ont apprécié cette petite parenthèse d’œuvres d’art et de rencontres.

« Quand je vois les gens agglutinés au Cora, je pense toujours au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg (MAMCS). Ici, c’est beaucoup plus spacieux. Je n’attends que la réouverture. » Catherine Mog est ravie ce lundi 12 avril. Médiatrice culturelle depuis 25 ans, cette guide-conférencière souffre de voir son établissement culturel favori fermé depuis la fin du mois d’octobre 2020. Mais ce lundi, le MAMCS accueille une collecte de l’Établissement français du sang (EFS). Avec enthousiasme, Catherine accompagne les donateurs au milieu des tableaux de Claude Monet, Alfred Sisley ou encore Henri Matisse.

Catherine accompagne les donateurs au milieu des tableaux de Claude Monet, Alfred Sisley ou encore Henri Matisse. Photo : Rue89 Strasbourg

« Pourquoi ne peut-on pas prescrire une visite au musée ? »

Première arrivée devant le portail du musée, Florence entre dans l’établissement à la recherche d’une « stimulation intellectuelle ». Lassée de lire et d’enchaîner les séries Netflix, l’infirmière de 44 ans a donné de son sang avant de contempler l’œuvre monumentale de Gustave Doré, « Le Christ quittant le prétoire ». Devant cette peinture de neuf mètres de haut sur six de large, la soignante aux urgences pédiatriques éprouve une sensation agréable : « Ça me détend de m’asseoir dans un musée, j’ai l’impression de voyager en dehors de mes quatre murs. »

Devant l’oeuvre monumentale de Gustave Doré, « Le Christ quittant le prétoire » Photo : Rue89 Strasbourg

Avant de s’allonger le bras tendu aux côtés d’une machine de prélèvement, Florence s’est nettoyée les mains avec du gel hydroalcoolique. L’infirmière a aussi reçu un masque chirurgical neuf avant de patienter devant un marquage au sol indiquant chaque mètre de distance. Après avoir rempli un formulaire et suite à un échange avec un médecin, la soignante a donné 500 millilitres de son sang. De quoi sauver trois vies, comme l’avance l’EFS, grâce aux plasma, globules rouges et plaquettes qui seront transfusés séparément. Le dispositif en place pour respecter les mesures sanitaires rassure la soignante :

« Je trouve dommage qu’on ne puisse pas accéder aux musées en dehors de cet événement. Avec le masque et la jauge appliquée ici, je ne vois pas le problème. Des gens ont le droit de faire du sport sur prescription, pourquoi ne peut-on pas prescrire une séance au cinéma ou une visite au musée ? »

Dans le couloir du MAMCS, transformé en centre de collecte de sang temporaire. Photo : Rue89 Strasbourg

Du sang, de l’art et du lien social

Même volonté de briser la monotonie en période de restrictions sanitaires chez Paul. Ce cadre commercial pour un fournisseur pharmaceutique télétravaille depuis plus d’un an. Cet habitant du centre-ville de Strasbourg a surtout souffert du deuxième confinement puis du couvre-feu. Pour Paul, cette collecte de sang est apparue comme l’occasion de « faire d’une pierre trois coups » : se montrer solidaire, découvrir un musée et voir du monde.

Au-delà du don du sang et de la contemplation des œuvres, de nombreuses personnes sont venues renouer le lien social. Pour Florence, « ce qui manque le plus, ce sont les relations humaines. » Alors l’infirmière se félicite d’avoir mangé la collation offerte par l’EFS avec une autre donatrice. Médiatrice culturelle, Julie décrit un public particulièrement réceptif cet après-midi : « Globalement, tout le monde est content d’être abordé alors que d’habitude, les visiteurs ne cherchent pas forcément le contact humain. » Au milieu des œuvres de Gustave Doré, Eugen Schönebeck ou encore Myriam Mechita, la guide s’exclame :

« Quel plaisir de revenir ici en face des tableaux. Ça me tient beaucoup à cœur de partager l’amour de l’art en discutant sur cette chose indicible que nous fait l’art dans un espace où la place des œuvres et la lumière nous permettent d’entrer dans un état de contemplation. »

« C’est comme un moment volé qu’on vit là »

Un gros sac à dos dans la main droite, Basile a dévoré des yeux les tableaux d’Henri Matisse et Claude Monet. L’étudiant en médecine a bu les paroles de la médiatrice Catherine Mog, présentant les sculptures de François-Ruppert Carabin. Elles sont à la fois classiques comme un visage de femme portant une coiffe alsacienne, mais aussi subversives avec deux chats en pleine copulation. Cet assistant de recherche d’origine belge adore se confronter à la sensibilité d’autres personnes par l’art. Cet après-midi, il s’amuse aussi face à ce musée transformé en centre de collecte de sang : « C’est très rigolo, on dirait que c’est un prétexte pour un acte de résistance. C’est comme un moment volé qu’on vit là. »

Devant les sculptures de l’artiste alsacien François-Ruppert Carabin. Photo : Rue89 Strasbourg

Le musée, une porte ouverte au retour à la création

Dans le long couloir principal du musée, la directrice du MAMCS, Estelle Pietrzyk, ne cache pas son plaisir mêlé d’étonnement face au personnel médical en blouse blanche. Avec son téléphone portable, elle photographie les douze donateurs allongés le poing fermé, détournant souvent le regard du tube où passe leur sang. Après avoir vu l’exposition « L’Œil de Huysmans : Manet, Degas, Moreau » fermer un mois après son inauguration, elle se félicite de voir son musée retrouver « un rôle dans la cité, grâce à une opération citoyenne et solidaire. » Mais l’ancienne conservatrice décrit une autre responsabilité pour les établissements culturels en période de pandémie :

« Au fil de l’exposition, les médiatrices vont décrire des œuvres réalisées dans un contexte pesant. Certains artistes historiques ont connu les guerres, la crise économique ou la grippe espagnole. Ils ont eu une pulsion créatrice intéressante à observer pour nous aujourd’hui. C’est aussi le rôle du musée d’ouvrir une porte vers un retour à la création. »

Après avoir donné son sang pour la première fois, Chloé profite d’une autre salle ouverte, pleine de peintures impressionnistes, souvent des paysages. L’étudiante en musicologie de 18 ans s’attarde face à une œuvre d’Alfred Sisley, “Les Coteaux de la Celle, vue de Saint-Mammès”. De quoi s’évader pour cette musicienne frustrée par le manque de concert, de cours en présentiel et de répétitions : “Cette collecte au musée, c’est génial. Ça montre que l’on peut toujours faire quelque chose même dans un établissement fermé. Même si la jauge est limitée, ça donne de l’espoir. C’est déjà ça.” 

Un acte de solidarité

D’autres donateurs effectueront une visite bien plus rapide au MAMCS dans l’après-midi. Ingénieure en génie climatique, mère de deux enfants, Charlotte n’a qu’une heure de libre : « Autour de moi, certains ont un besoin de culture. Mais pour moi, là c’est difficile, je me sens submergée de choses à faire qui ne sont pas forcément les plus agréables. »

Marie, 28 ans, connait déjà les œuvres de la collection permanente. Vendeuse, au chômage partiel en ce moment, cette photographe indépendante a surtout souhaité « accomplir un acte de citoyenneté maintenant que j’ai enfin le poids requis pour donner mon sang ». Face à une Alfa Roméo accidentée, œuvre de l’artiste plasticien Bertrand Lavier, le sens de son don de sang se renforce : « Mon frère a eu un accident de voiture le week-end dernier. Heureusement il n’a pas eu besoin de transfusion. »

Les donateurs prennent leur collation devant l’Alfa Roméo accidentée, intitulée « Giuletta », de l’artiste plasticien Bertrand Lavier. Photo : Rue89 Strasbourg

À l’EFS : « On espère bien réitérer l’opération ! »

Dernière étape avant la donation, des médecins interrogent le donateur sur ses antécédents médicaux. Un problème cardiaque les mettraient en danger, tout comme une maladie infectieuse mettrait en danger le destinataire du sang. Éric Hetzel vante une collecte réussie : « Lors d’une collecte classique, dans un village, on a 50 donneurs en une après-midi. Là, aujourd’hui, ce sont 200 personnes qui sont inscrites. »

Responsable de l’Etablissement français du sang (EFS) dans le Bas-Rhin, Sophie Reuter se félicite du succès de l’opération. Pour la médecin strasbourgeoise, “permettre aux donneurs d’avoir un accès exclusif au musée a clairement joué un rôle”. La réussite de la collecte vient à point nommé :

« Avec le covid, les collectes en entreprise et dans les établissements scolaires ont été annulées. La réserve nationale est donc insuffisante. Nous avons 90 000 poches disponibles contre 110 000 nécessaires. On espère bien réitérer cette opération pour accroitre la contribution du Grand Est à la réserve nationale !” 

#établissement français du sang

La ville de Bitche censurée par Facebook

La ville de Bitche censurée par Facebook

Après les associations alsaciennes privées de dons via Facebook en raison du droit local, voilà que le réseau social mondial censure la page de la Ville de Bitche. Le nom de cette ville de 5 000 habitants de Moselle, célèbre pour sa citadelle, est trop proche d’une insulte en anglais, ce qui active les robots modérateurs de Facebook qui suppriment la page automatiquement.

La mésaventure, une des nombreuses versions du cauchemar numérique mondialisé dans lequel nous évoluons tous, a été repérée par Radio Mélodie, qui a interviewée Valérie Degouy, en charge du « community management » de la Ville de Bitche, un boulot pas facile tous les jours :

« Ville de Bitche a été dépubliée, j’ai fait appel le 19 mars et ça ne réapparait pas. J’ai essayé par tous les moyens de contacter Facebook, par les différents formulaires, mais il n’y a plus rien à faire. J’ai essayé en message privé sur la page Facebook France, j’ai laissé une dizaine de messages chaque jour. J’ai finalement été contactée pour me dire que ce n’était pas eux qui géraient, que si j’ai fait appel, je dois attendre la réponse de Facebook. »

Valérie Degouy sur Radio Mélodie (son Radio Mélodie)

Car Facebook a beau employer des dizaines de milliers de collaborateurs, tous les utilisateurs sont seuls lorsque des algorithmes aux règles obscures décident soudainement de censurer des publications ou des pages entières. Notons que la page de la Communauté de communes du Pays de Bitche est toujours accessible (ouf). Tourisme au Pays de Bitche a aussi été laissé en ligne (on respire).

La ville de Bitche Photo : geoterranaute / FlickR / cc

Sur Radio Mélodie, le maire de Bitche trouve inconcevable que cet incident arrive encore en 2021, c’est probablement parce qu’il connaît mal le fonctionnement de Facebook, dont les empilements décisionnaires complexifient d’années en années les décisions du réseau social. Les disparitions de pages sont des événements réguliers dont ont été victimes nombre d’associations, d’activistes et parfois même de médias entiers. Certains ont même choisi de ne plus utiliser le réseau social. Si vous suivez Rue89 Strasbourg par Facebook, nous vous conseillons vivement un second lien par sécurité, par exemple via la newsletter, on n’est jamais trop prudent…

Stages annulés ou décalés : les effets collatéraux du covid pour les étudiants

Stages annulés ou décalés : les effets collatéraux du covid pour les étudiants

Pour certains étudiants, le stage est obligatoire afin de valider leur diplôme. Pourtant, les mesures de restrictions sanitaires compliquent les recherches de ces jeunes strasbourgeois qui peinent à décrocher la clé de leur entrée dans le monde professionnel.

Au mois de février, 5 000 étudiants de l’Université de Strasbourg étaient toujours en recherche de stages, selon Bernard Lickel, directeur d’Espace Avenir, service d’orientation et d’insertion professionnelle de l’Université de Strasbourg. D’après lui, plusieurs filières sont particulièrement touchées par les mesures de restrictions sanitaires comme l’art, le tourisme, le sport mais aussi les langues :

« Nous avons mis en place plusieurs dispositifs pour aider les étudiants dès le mois de janvier. Le réseau Alumni de l’université, qui regroupe les anciens élèves, a été alerté. Le MEDEF Alsace a mobilisé les entreprises, alors que l’Université de Strasbourg et l’Eurométropole ont ouvert de nouveaux stages aux étudiants. Il reste cependant des secteurs sinistrés où il est difficile de trouver un stage. »

À Sciences Po Strasbourg, une trentaine d’étudiants sur 300 n’ont pas encore réussi à trouver le stage qui leur permettra de valider leur dernière année scolaire. « On a signé moins de conventions cette année que les années précédentes, » raconte Marie Cueney, gestionnaire des conventions de stages. Selon elle, 517 conventions auraient été signées durant l’année scolaire 2019-2020, toutes promotions confondues, contre 400 conventions sur l’année scolaire 2020-2021.

Comme les autres étudiants, Hugo, Perrine Desmartin, Sarah Dupont et Emma Elleboudt font face à de nombreuses difficultés depuis le mois de septembre pour trouver le stage qui leur permettra de valider leur diplôme et de rentrer sur le marché du travail.

Hugo : deux stages annulés à cause des mesures de restrictions sanitaires

« Je n’ai rien à faire de mes journées et je n’ai pas de motifs pour me lever le matin. Je n’ai plus de cours depuis le 15 février et je n’ai trouvé aucun stage, » s’attriste Hugo, étudiant en deuxième année de master en relations internationales à Sciences Po Strasbourg. Le jeune homme de 24 ans voudrait travailler dans le domaine de la sécurité et de la défense internationales. Dès le mois d’octobre, il avait pourtant obtenu une réponse positive du Ministère des Armées qu’il devait rejoindre en mars :

« Je savais qu’il serait compliqué de trouver un stage avec les restrictions sanitaires et le risque d’être reconfiné. Quand le Ministère des Armées a accepté ma candidature, j’étais l’un des premiers de ma classe à décrocher un stage ! Pourtant deux semaines plus tard, à cause du second confinement, il a été annulé. Le ministère des Armées ne pouvait pas prendre le risque de voir son équipe contaminée par la Covid-19. Le télétravail était aussi impossible comme je devais avoir connaissance d’informations sensibles et protégées. »

Un scénario qui se répète au mois de janvier alors qu’Hugo trouve une opportunité de stage à Paris, au sein de la société européenne d’armement MBDA. Le jeune homme souriant doit être chargé d’organiser une conférence en présentiel pour le mois de juin, sur l’utilisation des anti-missiles. Mais suite à la mise en place d’une quarantaine obligatoire empêchant les intervenants et les invités de voyager en France, la conférence est repoussée… « L’entreprise MBDA n’a finalement pas confirmé ce stage, » confie l’étudiant, déçu.

Hugo, étudiant en relations internationales à Sciences Po Strasbourg, n’a pas trouvé de stage et doit réaliser un mémoire pour valider son année. Photo : LC / Rue89 Strasbourg

« Je me demande si un jour je vais réussir à intégrer le marché du travail »

Pour valider son année et obtenir son diplôme, Hugo doit pourtant réaliser un stage de trois mois minimum. Aucune de ses candidatures n’ayant abouti à ce jour, le jeune homme a décidé de remplacer son stage par un mémoire d’une centaine de pages. « Ceux qui n’ont pas trouvé de stage cette année se sont dirigés vers le mémoire », explique Hugo. Une solution qui ne ravit pas totalement l’étudiant :

« Je voulais mettre en pratique ce que j’avais appris à Sciences Po. Pour moi c’était un aboutissement. Là, j’ai l’impression que mon parcours scolaire n’est toujours pas fini. J’ai commencé mon mémoire mais je continue à regarder les offres de stage du coin de l’œil. Si une opportunité se présente, je la saisirais et j’abandonnerais le mémoire. Cette situation me donne l’impression de travailler pour rien. »

Face à ces échecs, Hugo a remis en cause ses projets pour l’année prochaine. Alors que l’étudiant souhaitait décrocher un emploi à la fin de son année, il a finalement décidé de poursuivre ses études dans le domaine de la défense à travers un master plus professionnalisant :

« Actuellement, je me demande si un jour je vais réussir à intégrer le marché du travail. Au delà du stage, je vois la frilosité des entreprises à embaucher. Ce n’est pas le bon moment pour commencer à chercher un emploi. Je préfère conserver les avantages du statut d’étudiant, comme les repas du Crous et les APL, et ne pas prendre le risque d’être au chômage juste après l’obtention de mon diplôme. »

Perrine Desmartin : « J’ai envoyé une centaine de lettres de motivation »

Perrine Desmartin, étudiante de 21 ans en DUT génie biologique à l’Université de Strasbourg, doit aussi effectuer un stage de 11 semaines pour obtenir son diplôme universitaire de technologie. Dès le mois de novembre la jeune femme pleine d’énergie a entamé ses recherches pour intégrer un laboratoire de contrôle-qualité au sein d’une entreprise d’agroalimentaire :

« J’ai envoyé une centaine de lettres de motivation et postulé sur les sites internet qui proposent des emplois. J’étais tellement désespérée que je candidatais à des offres de CDD en me disant qu’il y avait peut être une place pour une stagiaire. Au début, j’ai peaufiné les détails de chaque lettre de motivation pour qu’elle corresponde aux attentes des entreprises mais au bout d’une vingtaine de candidatures j’ai arrêté de faire cet effort ».

Ce stage, Perrine Desmartin doit le réaliser entre les mois d’avril et de juin. « On voit le temps s’écouler, l’échéance arriver bientôt, pourtant rien ne se passe et on ne reçoit que des réponses négatives ». Une situation qui a affecté psychologiquement la jeune femme pourtant de nature joviale :

« Je ne suis pas une personne stressée habituellement mais depuis le début de l’année, cette question du stage est omniprésente dans ma tête et m’angoisse. C’est déstabilisant et fatiguant d’être dans le flou total, de ne pas savoir si je vais pouvoir obtenir mon diplôme ni où je serai à partir du mois d’avril. En plus des recherches de stage, il y a les cours en distanciel et la préparation des concours pour les écoles d’ingénieur. C’était trop de travail et de stress d’un coup. J’ai eu besoin de parler à un psychologue en février pour discuter et extérioriser ce stress. »

Perrine Desmartin, étudiante en diplôme universitaire de technologie (DUT) génie biologique, a envoyé une centaine de lettres de motivation avant de trouver un stage. Photo : Perrine Desmartin / Document Remis

À la recherche d’une première expérience professionnelle

Trouver un stage cette année, permettrait à Perrine Desmartin d’avoir une première expérience au sein d’une entreprise d’agroalimentaire. Un secteur professionnel dans lequel elle souhaite travailler après ses études. « C’était un stress supplémentaire car je voulais absolument trouver une bonne entreprise où je pourrais découvrir ce métier et me former auprès de professionnels, » explique la jeune femme. Autre enjeu important pour l’étudiante strasbourgeoise : obtenir un stage qui pourrait déboucher sur une alternance :

« L’année prochaine j’aimerais poursuivre mes études dans une école d’ingénieur ou une licence professionnelle en alternance. Un stage me permettrait de rencontrer des personnes qui pourraient me recommander à d’autres entreprises. Cela faciliterait mes recherches. »

Début février, Perrine Desmartin a finalement trouvé un stage de trois mois grâce à l’aide d’une de ses professeurs. C’est un soulagement pour la jeune femme :

« J’ai informé mes professeurs que j’avais des difficultés à trouver un stage. L’une d’elle m’a transmis les coordonnées d’une ancienne élève qui travaille dans le laboratoire d’analyse microbiologique de BAV Institute à Offenburg, en Allemagne. Cette dernière a transmis ma candidature à la direction de la société. »

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Sarah Dupont : « Je ne sais pas si mon stage sera maintenu »

Dès le mois de novembre, Sarah Dupont a décroché un stage de deux mois dans la rédaction Ouest France du Mans pour l’été 2021. Cette étudiante de 22 ans en première année de master au Centre universitaire d’enseignement du journalisme (CUEJ) à Strasbourg explique avoir été aidée par son école : « L’administration est en contact direct avec les rédactions et appuie nos candidatures donc je n’ai pas rencontré de difficultés particulières pour trouver un stage cette année. »

Comme les autres étudiants, Sarah Dupont a peur que son stage soit annulé à cause des mesures de restrictions sanitaires :

« Si les conditions sanitaires s’aggravent et si le confinement est prolongé, je ne sais pas si mon stage, qui doit avoir lieu en juillet et en août, sera maintenu. On a aucune visibilité, c’est stressant. J’ai peur que ça se passe comme l’année dernière et que les rédactions annulent nos stages. »

En janvier, l’étudiante devait effectuer un « pré-stage » chez Ouest France pour apprendre les bases du métier de secrétaire de rédaction, c’est-à-dire la relecture d’articles et la mise en page. En raison des conditions sanitaires, ce dernier a été reporté au mois d’avril. Les nouvelles restrictions sanitaires mises en place par le Président de la République Emmanuel Macron le 31 mars inquiètent la jeune femme : « J’ai peur de recevoir dans deux jours un message m’annonçant que mon pré-stage est annulé. Je ne sais si je pourrai encore le reporter. »

Sarah Dupont, étudiante au Centre universitaire d’enseignement du journalisme (CUEJ), ne pourra pas faire de stage d’observation dans une radio ou une chaîne de télévision cette année. Photo : Sarah Dupont / Documents remis

« C’est une chance en moins de trouver un emploi après mes études. »

Dans le cadre de son cursus, Sarah Dupont aurait pu réaliser d’autres stages d’observation d’une à deux semaines dans une radio ou une chaîne de télévision en janvier ou avril. Une découverte avant de se spécialiser pour la deuxième année. Mais la jeune femme n’a pas essayé d’intégrer une rédaction :

« Je savais par nos professeurs ou nos connaissances que certains médias, comme France 3 ou Radio France à Paris, ne prenaient pas de stagiaires cette année. J’avais conscience que trouver un stage court allait me demander beaucoup de travail. La majorité des étudiants dans ma promotion rencontrent aussi des difficultés à trouver un stage optionnel. Même si certains ont réussi à intégrer une rédaction, les recherches de stages sont compliquées pour tout le monde, contrairement aux années précédentes. »

Toujours dans l’attente du début d’une expérience cette année, et de signer pour la première fois un article dans un grand média, Sarah Dupont s’inquiète aussi pour l’année suivante et l’entrée sur le marché du travail qui approche.

Emma Elleboudt doit agrandir sa zone de recherche pour trouver un stage

« Je dois absolument trouver un stage pour valider mon diplôme mais mon objectif est aussi d’être embauchée à la fin de ce stage, » insiste Emma Elleboudt, étudiante de 23 ans en deuxième année de master à l’Institut de Traducteurs, d’Interprètes et de Relations Internationales (ITIRI). La jeune femme, qui voulait débuter son stage en avril, a cumulé cinq réponses négatives de la part d’agences de traduction en France. L’espagnol étant sa future langue de travail Emma Elleboudt espère plus d’opportunités de l’autre côté des Pyrénées :

« J’ai compris que je ne pourrais pas faire mon stage à Strasbourg et que je dois déménager. Pour le moment, en Espagne il y a moins de mesures de restrictions sanitaires. Mais ce n’est pas encore acquis, la situation sanitaire dans le pays peut changer. »

En Espagne, les restaurants, les bars et les lieux culturels sont, en effet, maintenus ouverts malgré l’existence d’un couvre feu à 22 heures et des restrictions de déplacements entre les différentes régions espagnoles.

Pour la jeune femme, trouver un stage rime avec « prise de tête » . En plus de la rédaction chronophage des lettres de motivation, Emma Elleboudt doit rendre son mémoire avant le mois de mai. « À cause de cette situation je me réveille tôt tous les matins, en pensant directement à mes recherches de stage. C’est très stressant », s’attriste Emma Elleboudt.

Emma Elleboudt, étudiante à l’Institut de Traducteurs, d’Interprètes et de Relations Internationales (ITIRI), cherche un stage en Espagne après avoir reçu plusieurs refus d’agences de traduction françaises (Photo Emma Elleboudt/ Documents remis).

« J’ai l’impression d’être coincée et de ne pas pouvoir entrer dans le monde professionnel »

L’annonce des nouvelles restrictions sanitaires, le 31 mars 2021, a porté un coup au moral de la jeune étudiante :

« J’ai peur qu’il n’y ait plus aucune offre de stages durant les quatre semaines à venir à cause du confinement. Si les entreprises n’ont aucune visibilité, elles ne vont pas embaucher de stagiaires. J’ai l’impression d’être coincée et de ne pas pouvoir entrer dans le monde professionnel alors que j’aimerais mettre en pratique ce que j’ai appris durant ces deux ans d’études ».

Pour le moment, Emma Elleboudt essaie de rester sereine : « J’ai encore du temps pour trouver un stage avant le mois de juillet, donc j’essaie de rester positive et de ne pas me démoraliser. » Selon la jeune femme, la direction de l’ITIRI a aussi demandé à l’administration de l’Université de Strasbourg de prolonger l’année universitaire de 3 mois, soit jusqu’en décembre. Une solution qui permettrait aux étudiants d’avoir plus de temps pour réaliser leur stage.

La jeune femme, habituellement pleine d’entrain, a pourtant peur de ressentir un vide après avoir rendu son mémoire le 20 avril. « Je n’aurai plus de cours et aucun travail scolaire à rendre. Je passerai mes journées à envoyer des CV et à attendre les réponses des entreprises », désespère Emma Elleboudt.

Alexandre Denisty devient le nouveau maire de Duttlenheim

Alexandre Denisty devient le nouveau maire de Duttlenheim

Près d’un an après son recours au tribunal administratif, la tête de liste de « Dutt’Autrement » détrône Jean-Luc Ruch à Duttlenheim, village de moins de 3000 habitants le long du GCO.

Il avait échoué de 7 voix le 15 mars 2020. Après un recours contre un tract de dernière minute et une nouvelle campagne électorale, Alexandre Denisty remporte cette fois-ci les élections municipales à Duttlenheim de 120 voix (53,83%). En règle générale, les élections rejouées après un recours et avec les mêmes candidats bénéficient à l’équipe en place. Tendance que la liste « Dutt’Autrement » a su inverser dans ce village aux portes de l’Eurométropole.

La participation pour cette élection partielle est de 68,90%, un taux comparable aux élections municipales de 2014 (73,83%) et surtout bien plus fort qu’en mars 2020, alors en pleine pandémie et sans les protections d’usage (56,22%).

Tout juste retraité, Alexandre Denisty est le nouveau maire de Duttlenheim. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Opposant depuis 2014, Alexandre Denisty bat la liste de Jean-Luc Ruch, élu de la commune depuis 1983 et maire depuis 2001. La campagne avait tourné sur l’absence de Plan local d’urbanisme et l’avenir de cette commune de 2 900 habitants impactée par le Grand Contournement Ouest (GCO) de Strasbourg (lire notre reportage).

La victoire de cette liste s’inscrit dans un paysage marqué par le changement de majorités municipales dans les communes au sud du tracé (Ernolsheim-Bruche, Duppigheim) de l’autoroute dont la mise en service est attendue fin 2021 ou début 2022.

#Alexandre Denisty

Le cannabis thérapeutique peut-il tout réparer ?

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L’histoire n’est pas très connue, mais elle à le mérite d’être soulignée : l’Alsace fait partie des territoires pionniers en France sur le cannabis thérapeutique… Une situation qui pourrait servir pour résoudre les conflits…