Le nouveau contrat triennal est en train d’être adopté par les collectivités locales, avec pour la première fois une municipalité écologiste dans les discussions. Négocié avec le gouvernement, il remet en cause les baisses de taxes à l’aéroport et promet des fonds pour être plus réactif sur le « rayonnement » de Strasbourg. La hausse des montants affichée est en revanche surfaite.
En se rendant à Strasbourg en septembre pour soutenir un « retour rapide » des sessions du Parlement européen dans la capitale alsacienne, le secrétaire d’État aux affaires européennes Clément Beaune voulait mieux « concentrer les actions » du contrat triennal. Renouvelé tous les trois ans, ce dispositif permet d’aligner les millions entre l’État et les collectivités locales pour défendre la stature européenne de la ville.
Cet objectif d’éviter le « saupoudrage » n’est que partiellement réussi. Le contrat triennal passe de 21 projets contre 24 pour celui sur la période 2018-2020. Le total s’élève à 189 millions d’euros pour 2021-2024.
La principale nouveauté, à l’initiative des collectivités locales, est la présence de trois « fonds » dans le domaine de la Recherche et Innovation (5 millions d’euros) ; la Culture (9 millions d’euros) et la Démocratie (9 millions) pour un total non-négligeable de 23 millions d’euros. « Il fallait changer des contrats précédents, qui étaient des reconductions de projets déjà reconduits. Ces fonds réactifs permettent d’être souples et agiles », explique Jean Rottner (LR), président de la Région Grand Est. Il s’agira notamment d’appels à projets pour défendre le « rayonnement de Strasbourg dans son rôle de capitale européenne, de la démocratie et des droits humains », selon le contrat. Paradoxalement, cela devrait aussi conduire à financer davantage de projets.
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L’été approche, et avec lui la reprise des activités culturelles, dans la période phare des concerts et des festivals. Cette perspective accompagne la sortie, fin juin, d’une compilation strasbourgeoise qui se trame en coulisse depuis plus d’un an. Strasbouge Encore, collaboration de 24 artistes locaux et de plusieurs professionnels de la culture, offre la preuve que, malgré la crise sanitaire, la ville bouillonne toujours de talent.
Lors du premier confinement, Emmanuel Dosda, journaliste et attaché de presse polyvalent, écoute le récent disque du duo Encore. Interpellé par l’originalité de cette musique, il la partage à Benjamin Cascherav, co-fondateur d’un réseau de musique underground : La Souterraine. De là nait l’idée de préparer une compilation musicale qui reflète à la fois la richesse et la diversité du bassin musical strasbourgeois. Joël Beyer et son label #14, dédiée à l’émergence musicale, ont également rejoint le projet, apportant plusieurs artistes supplémentaires. Strasbouge Encore a connu bien des moutures et des rebondissement en un an de préparation. Finalement, la liste sera fixée à 24 artistes, avec un critère : toutes les paroles se doivent d’être en français. Bien que la compilation soit subventionnée par la ville de Strasbourg, les concepteurs cherchent encore à finaliser le budget en vue d’éditer un disque. Mais elle sera quoi qu’il arrive largement distribuée en digital par La Souterraine.
Strasbouge encore et pas qu’un peu !
Variétés au menu
Les projets de la compilation sont hautement hétéroclites et forment un patchwork de styles et de poésies singulières. Cette diversité est notamment due aux labels, qui travaillent depuis longtemps à favoriser les univers d’artistes atypiques. Le grand écart se retrouve également en terme de moyens et d’expériences. La compilation associe autant des musiciens installés que des groupes émergents. Sa sortie de est prévue fin juin 2021, mais les artistes sont peu à peu dévoilés et présentés en ligne.
Encore
Le duo qui donne son nom à cette compilation y occupe une part égale à ses camarades (un vingt-quatrième de place). Avec ses mélodies de synthé et ses percussions profondes, cette musique s’adresse au corps tout entier. Une écoute physique est nécessaire pour pleinement se saisir des morceaux. L’électro se retrouve dans des rythmes stroboscopiques, qui se superposent et finissent rapidement par brouiller les sens.
Claire Faravarjoo
Les scènes décrites dans nombre des morceaux de Claire Faravarjoo semblent tirées d’un monde révolu : des fêtes, des boites, des tendresses alcoolisés et toutes ces poésies nocturnes effacées par les confinements successifs. Cela explique sans doute la mélancolie qui se dégage parfois d’une musique pourtant entrainante. Les regrets qui planent dans la fumée ambiante agissent comme des loupes sur des petits riens, instants suspendus de solitude et de voix intérieures. Rue89 Strasbourg avait dressé en 2017 le portrait de ce groupe.
Soleils Bleus
À la pointe de l’expérimental confidentiel, le label des Soleils Bleus pratique sa musique avec la même ferveur qu’un cuisinier farfelu qui explore les marchés à la recherche d’ingrédients inédits. La curiosité assumée pour les sonorités déroutantes de ces farandoles improbables est la clé de cette musique, vécue comme une prise de risque constamment réactualisée.
Oceya
Pluridisciplinaire et femme-orchestre, Oceya crée ses musiques comme de vastes tableaux. C’est une immersion psychédélique en boucles hypnotiques dans des paysages dérangeants et périlleux. Mais chaque plongée possède une saveur unique qui rend curieux de goûter la prochaine. Si elle mobilise parfois des voix, traitées comme des instruments altérés par le magma coloré de ses compositions, Oceya offrira le seul morceau entièrement instrumental de la compilation.
https://soundcloud.com/oceya/arrogantcreature
Nebbiu
Le rap a aussi ses strasbourgeois. Nebbiu met ses textes au service de ses réflexions, et cherche à susciter la discussion. Chaque parole est lancée comme une main tendue. Il se rattache à une idée du rap comme un style narratif, qui est là pour raconter quelque chose d’intime et de singulier. Un conglomérat d’éléments disparates constitue cette musique, à l’image d’une identité façonnée par des ingrédients divers.
Unilever, mieux vaut les avoir dans son garde-manger que dans son usine. Les employés de Knorr à Duppigheim en font l’amère expérience. Le géant néerlandais de l’agroalimentaire ferme leur usine. 261 personnes vont perdre leur emploi.
Après plus d’un an sans session plénière au siège du Parlement européen à Strasbourg, quelques eurodéputés s’accrochent à l’hémicycle strasbourgeois, à la recherche d’un moyen pour faire revenir leurs collègues dans la capitale alsacienne.
Lundi 26 Avril, premier jour de la session plénière du Parlement européen. Devant l’immense bâtiment circulaire de Strasbourg, la trentaine de drapeaux aux couleurs des États membres claquent sur les mats blancs, formant une symphonie de sons métalliques, seul bruit aux alentours. Avant d’entrer dans l’enceinte du bâtiment, la sécurité est un passage obligé. Après les vérifications d’usage sur les quelques arrivants, les agents discutent de leurs déboires personnels avec des opérateurs téléphoniques. « Oui il y a peu de monde aujourd’hui », répond l’un d’entre eux à un nouvel arrivant étonné par le calme ambiant.
Dans les couloirs, Caroline Huck Hiebel se dirige vers l’entrée « Louise Weiss », badge bleu étoilé autour du cou. L’assistante parlementaire va chercher Anne Sander, l’eurodéputée (Les Républicains) qui l’emploie. « Le parlement vit toujours, je ne me sens jamais seule », explique Caroline, même s’il s’agit d’une des seules collaboratrices parlementaires à Strasbourg en ce moment. Ils ne sont que « 5 à 10 assistants » entre ces murs. En session normale, le Parlement européen réunit 750 eurodéputés, qui ont chacun plusieurs assistants.
Mais il n’y a pas eu de séances plénières dans la capitale alsacienne depuis février 2020. Toutes les équipes sont installées à Bruxelles, en Belgique, où la majorité des réunions et séances plénières se tiennent. Au grand regret d’Anne Sander et de sa collaboratrice. Même si les services du parlement « conseillent fortement d’y participer par visio-conférence quand aucun temps de parole nous est alloué » nuance une autre collaboratrice parlementaire.
Plus aucun groupe parlementaire n’est en faveur d’un retour à Strasbourg
Les deux habituées des lieux s’arrêtent dans un grand hall lumineux. « D’habitude ici ça fourmille de partout, surtout un premier jour de session comme aujourd’hui », se désole l’eurodéputée. Dans ce lieu de passage, des passerelles et couloirs s’enchevêtrent autour de lianes d’une dizaine de mètres de haut. Tout cet espace est presque vide, comme tous les lieux de vie du parlement. Dans les restaurants, toujours ouverts, 200 repas par jour sont distribués certaines semaines. Mais ces selfs sont surtout peuplés d’ouvriers chargés des chantiers d’entretien. Dans les couloirs : des agents d’entretien et des électriciens déambulent, et des bruits de métal raisonnent, comme seule preuve de vie.
Le siège du parlement européen à Strasbourg, le lundi 26 avril (photo MM / Rue89 Strasbourg)
Plus un seul des sept groupes politiques d’eurodéputés – consultés par le président du parlement pour cette décision – n’est en faveur d’un retour des séances plénières à Strasbourg. Quelques semaines plus tôt, le président du groupe PPE (de droite conservatrice, ndlr) était le seul à soutenir l’idée de manière officielle. Désormais, le groupe avance que la situation sanitaire en Alsace ne le permet pas encore. Alors, les acharnés du siège strasbourgeois semblent lutter seuls pour un retour sur les rives de l’Ill.
Parmi eux, Christophe Grudler. L’eurodéputé du groupe Renew Europe – de la liste Renaissance (LREM) – trouve essentiel de maintenir une présence à Strasbourg :
« Les députés, quand ils sont à Strasbourg, ils sont chez eux. C’est le siège du Parlement européen. C’est important de se sortir du confort bruxellois où le Conseil européen et la Commission européenne, qui sont installés dans la capitale belge, font du lobbying sur certains sujets auprès des parlementaires. »
Christophe Grudler, Eurodéputé « Renaissance »
« L’argument de l’administration bruxelloise, c’est que déplacer les fonctionnaires pour les séances plénières de la Belgique vers l’Alsace est une aberration au niveau épidémique. Mais nous ce que l’on demande aussi c’est de baser les fonctionnaires en charge des sessions plénières à Strasbourg », s’agace Anne Sander en déambulant dans les couloirs courbés. Car pour pouvoir organiser une session plénière, il faut qu’assez de fonctionnaires de l’UE se portent volontaires pour travailler en Alsace pendant une semaine.
Il faut dire que les eurodéputés alsaciens voient en ce siège un intérêt pratique, même quand les séances plénières ne s’y tiennent pas. « Pendant les plénières, quand on doit prendre la parole on ne peut pas le faire depuis chez nous. Soit on est en présentiel, soit on le fait depuis des bureaux spéciaux » (qui sont installés à Strasbourg, Paris, Marseille et dans toutes les capitales européennes, ndlr), note l’eurodéputée.
Mieux vaut aller à Bruxelles pour être audible sur Strasbourg
Mais en temps normal, le Parlement européen de Strasbourg est aussi et surtout une vitrine. Caroline Huck Hiebel est d’ailleurs en charge de l’organisation de visites du public, y compris en dehors des sessions, quand c’est possible. « Rien que moi, je fais visiter le Parlement à 8 000 personnes par an ici, c’est important d’ouvrir les portes de cette maison », note la travailleuse de l’ombre.
Quelques Eurodéputés ont fait parler d’eux en assistant aux sessions depuis Strasbourg. Mais ce mode de protestation a des limites. « Ce n’est pas en restant constamment toute seule à Strasbourg que je serai la plus utile à la cause » avoue Anne Sander, qui s’est rendue à Bruxelles, plus tard dans la semaine, pour assister à une réunion « très importante pour l’avenir de Strasbourg. »
La faiblesse des symboles
Depuis le premier confinement en France, les commissions parlementaires et réunions de groupes politiques se tiennent en visio-conférence. « En général, pour convaincre nos collègues sur des dossiers, on parle avec eux dans les couloirs », avance Anne Sander, qui est également questeure du parlement (élu membre du bureau du Parlement qui veille aux dépenses, ndlr). « À la sortie d’une visio-conférence, on ne va pas appeler des collègues que l’on ne connait pas pour les sensibiliser sur la question de Strasbourg », ajoute l’eurodéputé Christophe Grudler.
Anne Sander, Eurodéputée « Les Républicains », dans son bureau de Strasbourg Photo : MM / Rue89 Strasbourg
« Ça a un côté symbolique », concède Anne Sander. Elle ajoute : « Ce sont les conflits dans le passé qui ont motivé l’installation du Parlement à Strasbourg. » Les défenseurs du siège strasbourgeois s’attendent à « un retour au siège au mois de juin pour les plus optimistes, et septembre pour les plus pessimistes », avance une collaboratrice parlementaire.
Les syndicats appellent à manifester pour la défense des droits sociaux samedi 1er mai, à l’occasion de la Fête du travail. Malgré la probable sortie de la crise sanitaire, les menaces contre les salariés ne manquent pas…
Une manifestation du 1er-Mai est prévue à 10h, place de Lattre de Tassigny pour la Fête du travail, à l’appel de plusieurs syndicats (CGT, FO, FSU et Solidaires), ce qui est déjà un début de retour à la normale. L’an dernier, la manifestation avait dû se tenir aux fenêtres.
Si la reprise est évidemment attendue par les syndicats comme par le reste de la population, les organisations notent que la crise sanitaire a permis de réduire « les libertés individuelles et collectives des populations sur tous les continents. »
Avant la pandémie, on pouvait manifester sans masque… Photo : doc remis
Les syndicats espèrent profiter de cette occasion pour rappeler leur volonté d’un « plan d’urgence pour rebâtir un système public de santé à hauteur des besoins. » En outre, ils notent l’inquiétude des salariés « quant au redémarrage de l’activité de nombreux secteurs, à l’arrêt ou au ralenti depuis des mois, et aux conséquences à plus long terme. » Les syndicats dénoncent « l’excuse pandémique » souvent brandie pour masquer des plans sociaux, comme récemment chez Knorr.
Quant à l’avenir politique, il inquiète également les syndicats qui dénoncent que le gouvernement ait choisi, malgré ce contexte déjà difficile pour les salariés, de mener « une réforme de l’assurance chômage rejetée par toutes les organisations syndicales » qui pourrait « pénaliser plus 1,7 million de demandeurs d’emploi. »
La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) du Grand Est ont appelé les exploitants agricoles de la région à manifester devant le Parlement européen, vendredi 30 avril. Plus de 1 500 tracteurs étaient au rendez-vous, leurs propriétaires dénoncent une réforme de la politique agricole commune (PAC) trop restrictive.
Peu après 11 heures, à Strasbourg, plusieurs centaines de tracteurs entrent dans la ville par la place de Bordeaux. Les agriculteurs à leur volant sont partis tôt des quatre coins de l’Alsace pour rallier la capitale européenne. Le concert de klaxon redonne un peu de vie aux rues vides de véhicules, « une vision inhabituelle » selon un agent de la CTS, qui a été dépêché sur place pour gérer la coupure des lignes de bus et de tramway.
Ces plusieurs centaines d’agriculteurs arrivés sur place en milieu de matinée pour protester ne forment qu’une partie du convoi qui doit rallier le siège du Parlement européen à midi. Ils ont été rejoints une demi-heure plus tard par d’autres convois. Au total, les organisateurs estiment avoir mobilisé plus de 1 500 tracteurs, un chiffre confirmé par les observations de Rue89 Strasbourg.
Plus de 1 500 tracteurs ont sillonné les rues de Strasbourg, vendredi 30 avril Photos : MM / Rue89 Strasbourg
Des financements écologistes qui passent mal
La première des inquiétudes des adhérents de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs au volant de leurs engins, c’est la mise en place « d’éco-régimes » dans la nouvelle Politique agricole commune de l’Union européenne. Ce dispositif vise à encourager les agriculteurs à se lancer dans des modèles d’exploitation plus soucieux de l’environnement. Les exploitations agricoles qui entreront dans les critères d’attribution de ces éco-régimes recevraient plus d’aides que les autres. Ces critères sont négociés entre les murs du ministère de l’Agriculture.
Éric Thirion devant le Parlement européen, à Strasbourg, le 30 avril 2021 Photo : MM / Rue89 Strasbourg
Même si rien n’est définitif, aucune des possibles conditions pour être éligible aux éco-régimes, avancées par le ministre de l’Agriculture, Julien de Normandie, ne convient aux manifestants. Parmi ces propositions, « il y a la celle d’avoir différentes cultures, d’avoir 10% de terres en jachère ou de prendre en compte les certifications, » souligne Éric Thirion, président de l’Association générale des producteurs de blé (Agpb). Pour lui, il faut revoir à la baisse ces conditions. Les produits issus de l’agriculture biologique « sont déjà valorisés par le marché, et si on veut emmener toute l’agriculture sur une démarche de progrès, c’est la certification environnementale de niveau 2 (moins stricte, ndlr) qu’il faut reconnaitre, » insiste-t-il.
La somme nécessaire à ces primes d’éco-régimes devrait être prélevée sur l’enveloppe globale, destinée à tous les agriculteurs.
Plus de 1500 tracteurs ont défilé devant le Parlement européen, à Strasbourg Photo : MM / Rue89 Strasbourg
L’obligation de rotation des cultures inquiète les exploitants
L’obligation de rotation des cultures tous les ans inquiète également ces agriculteurs. Pour la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, cette règle doit s’adapter aux contraintes des terroirs. Christophe Has, membre du bureau des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, illustre :
« Le Grand Est est assez propice à la plantation de maïs. Mais si on nous demande d’alterner avec du blé, dès qu’il va pleuvoir un petit peu tout sera inondé à cause des sols de la région. »
Un tracteur devant le Parlement européen, le 30 avril 2021 Photo : MM / Rue89 Strasbourg
Derrière lui, entre les murs des institutions européennes, la réforme dont il parle se joue encore. Le conseil de l’Union européenne, la Commission européenne et le Parlement européen discutent encore de ces nouvelles règles : c’est le trilogue. Et les trois institutions doivent trouver un compromis pour qu’une décision ait lieu.
Après plus d’une heure de défilé devant le Parlement européen, les klaxons se sont tus pour laisser place aux prises de parole des représentants sur un camion aux couleurs de la FNSEA. Le syndicat espère trouver un moyen d’infléchir les politiques environnementales. Mais pour tous les participants, fiers de leur action : « être devant le Parlement c’est symbolique ». En attendant, la France, qui a le droit d’adapter la PAC – à condition de rester dans le cadre européen – doit rendre sa copie à la Commission européenne avant le 1er janvier 2022.
Vendredi 20 avril, une quarantaine de salariés de Auchan Hautepierre ont brièvement cessé le travail pour protester des salaires trop faibles et l’absence de prime Covid. Après un an de crise sanitaire, les caissières dénoncent la pression morale de leurs managers et celle de clients agressifs.
Vendredi 30 avril à 10h, dans le froid et la pluie, une quarantaine de salariés sur les quelques 400 de l’hypermarché Auchan de Hautepierre se sont rassemblés devant le magasin, à l’appel des syndicats CGT, FO et CFDT. Ces magasiniers et caissières ont cessé le travail pendant une heure, une première depuis plusieurs dizaines d’années dans cet hypermarché aux conditions de travail difficiles mais aux syndicats peu habitués à appeler à la grève.
Les employés se sont mobilisés pour protester contre la trop faible augmentation des salaires, seulement 0,8% en 2021. « Un taux inférieur au niveau de l’inflation, malgré les résultats très positifs de l’entreprise », souligne Monique Jrajria, déléguée syndicale de la CGT pour Auchan Hautepierre.
Également au centre des revendications : la « prime Macron« , pour les « travailleurs de la deuxième ligne ». Il s’agit d’un complément de salaire pour dédommager les salariés face aux risques pris pendant la crise sanitaire mais le groupe de grande distribution a décidé de ne pas en faire bénéficier ses employés. « Auchan était fier de travailler avec nous pendant la première vague. Là ils sont tellement fiers de nous qu’ils ne veulent pas nous donner la prime Covid », lâche avec amertume l’élue CGT, caissière depuis 35 ans.
Une quarantaine d’employés du Auchan de Hautepierre ont quitté leur poste vendredi 30 avril. Photo : VV / Rue89 Strasbourg / cc
Les caissières craignent des suppressions de postes
Le magasin prévoit de diminuer le nombre de caisses avec hôtesse pour les remplacer par des îlots de paiements automatiques, dont certains n’accepteront plus les espèces. Les caissières craignent des suppressions de postes. Giovanna Sagliano, caissière de l’hypermarché depuis 1989 et élue CGT au Comité social et économique (CSE), déplore la situation :
« Il y a toujours plus de travail et toujours moins de bras. Depuis jeudi par exemple, on doit nettoyer les caisses automatiques toutes les heures. C’est impossible. Et les départs à la retraite ne sont pas remplacés. Nous, les anciennes, on n’est plus qu’une cinquantaine sur les 140 salariés qui travaillent en caisse. La direction préfère embaucher des contrats professionnels, qu’ils ne gardent que six mois. »
Giovanna Sagliano travaille au Auchan de Hautepierre depuis 1989. Photo : VV / Rue89 Strasbourg / cc
« On est cassées »
Des scanners qui ne fonctionnent pas, des téléphones en panne, des tapis dont la propreté laisse à désirer… « Les caisses sont foutues », s’agace Rolande, caissière du magasin depuis 1999. Selon les employées, le matériel dysfonctionnel n’est pas systématiquement remplacé. « Si une chaise est cassée, on nous dit simplement d’échanger avec une autre caisse », explique Anne (le prénom a été changé). La jeune femme, qui travaille depuis dix ans dans l’hypermarché, assure que le même matériel est utilisé depuis son arrivée.
Rolande est caissière à Auchan Hautepierre depuis 22 ans. Photo : VV / Rue89 Strasbourg / cc
« Les chaises sont cassées, et nous aussi on est cassées », s’énerve Karin, 21 ans de caisse à Hautepierre. À côté, Sylvie, acquiesce : 30 ans de travail en caisse lui ont valu une opération du dos, une tendinite dans chaque épaule et trois hernies. « Les gestes répétés et la manipulation de produits lourds, c’est loin d’être anodin » précise celle qui affirme pourtant aimer son métier. « Quand les douchettes sont en panne, on est obligées de soulever les packs d’eau de six kilos par exemple ».
De nouvelles caisses devraient être installées au Auchan de Hautepierre en juin, mais cela ne rassure qu’à moitié les caissières. « Ces caisses seront plus puissantes mais les installations sont fragiles. Déjà aujourd’hui quand on branche les deux chauffages de l’îlot, c’est toute la ligne de caisse qui saute », prévient une autre salariée.
Une double pression difficile à encaisser
Ces caissières dénoncent aussi des pressions morales. « On a mal au ventre avant d’appeler pour un arrêt maladie car on sait que l’on va se prendre des remarques. Une fois, ma cheffe m’a répondu “c’est la journée des handicapées” quand je suis allée la voir pour lui dire que j’étais malade », lâche Sabine, en caisse à Auchan depuis 30 ans. Un constat qui n’étonne pas Monique Jrajria, élue CGT. Il n’est pas rare que des employés lui fassent part de réflexions reçues de managers après une absence pourtant justifiée.
Mais la pression se fait aussi ressentir auprès de clients, « de plus en plus agressifs depuis le début de la crise sanitaire », affirme la déléguée syndicale. Certaines caissières reconnaissent ne pas toujours se sentir en sécurité face à des clients qui refusent de porter le masque ou qui ne comprennent pas qu’ils ne peuvent pas se présenter à plusieurs en caisses automatiques. « Ça va parfois jusqu’aux insultes », raconte Anne, qui peine à se faire entendre par dessus les applaudissements.
Les salariés du magasin de Hautepierre ne sont pas les seuls à se mobiliser contre la chaîne de grande distribution. Un débrayage est prévu à Auchan Baggersee samedi 22 mai à 10h.
Ce couple d’Alsaciens vit dans l’angoisse depuis le mois d’août 2017. Menaces de mort anonymes, insultes antisémites, croix gammées taguées sur leurs portes… En 5 ans, ils ont porté plainte 17 fois. Huit ont été classées sans suite. Une enquête est toujours en cours pour les neuf autres. Jean et Céline se disent « à bout », et craignent pour leur vie. « Faut-il mourir pour avoir gain de cause ? »
Tout commence en août 2017. Jean et Céline, jeunes retraités de 59 et 64 ans à l’époque, préparent leurs valises pour partir en vacances. Le couple descend à la cave, et découvre avec stupeur des croix gammées, dessinées sur plusieurs portes. Les inscriptions sont plus nombreuses sur la leur. « Nous avons eu très peur et nous avons demandé à un voisin de nous prévenir si ça continuait en notre absence », explique Jean.
Une semaine plus tard, la présidente de la copropriété leur écrit et les prévient : d’autres croix gammées ont été tracées sur leur porte de cave, ainsi que sur leur porte d’entrée. « Elle nous a demandé si quelqu’un nous en voulait », raconte le sexagénaire. Le couple porte plainte dès son retour pour dégradation, détérioration volontaire du bien d’autrui, et discrimination. Nous sommes le 17 août 2017.
Les premières croix gammées sont tracées en août 2017, sur plusieurs portes des caves de l’immeuble. La porte de Jean et Céline était de loin la plus touchée (photo MdC / Rue89 Strasbourg).
En avril 2018, de nouvelles croix gammées font leur apparition sur la porte de Jean et Céline. « Une dizaine, au feutre rouge, sur nos portes d’entrée et de cave, avec le mot juif écrit », peut-on lire dans le procès-verbal d’audition du retraité. Pendant 3 mois, le scenario se répète. Le couple découvre des croix gammées, fait venir la police qui constate, paye une société pour réparer les dégradations, porte plainte… Parfois même, Jean raconte nettoyer les croix gammées à 9h du matin, et en découvrir de nouvelles deux heures plus tard.
La porte d’entrée de Jean et Céline, est régulièrement recouverte de croix gammées (ici photo datant de 2018).
« On va vous gazer »
Puis en 2019, arrivent les lettres anonymes. Au total, 17 en un peu moins de deux ans. Dans leur petit salon, Jean et Céline ont recouvert la table des lettres anonymes du corbeau antisémite : « À mort les juifs », « On va vous gazer », « Nous demandons l’expulsion de cette racaille juive », « Sale juif la prochaine fois je te tues » (sic)… Les lettres, d’une violence inouïe, se ressemblent toutes. Les menaces de mort y sont caractérisées, ainsi que le caractère antisémite. Elles sont souvent anonymes. Certaines sont soi-disant signées par le gestionnaire du syndic ou par la présidente de cette copropriété située au sud du Neudorf.
Sur la table du salon de Jean et Céline, les lettres de menaces de mort à caractère antisémite. Le couple en a reçu 17 depuis 2017 (photo MdC / Rue89 Strasbourg).
« Certaines ont été mises dans notre boîte aux lettres, d’autres, directement déposées devant notre porte d’entrée », explique Jean, 63 ans aujourd’hui. Le retraité de la SNCF, qui est de confession catholique et « a des origines juives lointaines du côté de sa mère », est épuisé. « Je n’en peux plus », souffle le sexagénaire. Les mains nouées, sa femme le coupe : « Moi, il y a des nuits où je ne dors pas ! J’ai peur quand je sors de chez moi, j’ai peur quand je rentre chez moi, j’ai peur tout le temps ! Ça ne peut plus durer. »
17 plaintes en 5 ans, huit classées sans suite
Pourtant, Jean et Céline ont lancé plusieurs appels à l’aide. Auprès de la police pour commencer, où ils ont déposé 17 plaintes depuis le mois d’août 2017. « Dégradation », « discrimination », « menaces de mort », « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la race, ou la religion » : les mêmes motifs reviennent d’une plainte à l’autre.
Quasiment chaque plainte est accompagnée d’un ou deux certificats médicaux des époux, avec un médecin qui constate une aggravation de leur état de santé au fil des mois : « état d’anxiété important », « peur permanente », « phobie de rentrer chez lui », « insomnie », « l’état de stress de Mr. X s’aggrave »… Une dizaine d’Interruption temporaire de travail (ITT) au total leur ont été prescrites en 5 ans, de 1 à 7 jours.
Céline et Jean, 68 et 63 ans, sont épuisés et terrorisés. Ils subissent des tags antisémites et reçoivent des lettres anonymes antisémites depuis 2017 (photo MdC / Rue89 Strasbourg).
« Plusieurs enquêteurs sont venus sur place. Nous les appelons à chaque fois pour qu’ils viennent constater les faits », explique Jean. « Ils ont même relevé les empreintes, mais n’ont rien trouvé. » Des nouveaux venus, aux anciens résidents, des locataires aux propriétaires, tous les habitants que Rue89 Strasbourg a pu interroger sont au courant des faits. « La police vient souvent, ils nous interrogent parfois, mais comment savoir qui fait ça ? » s’interroge Bernard, habitant de l’immeuble, et élu au conseil syndical.
En juin 2018 et avril 2019, le couple apprend par courrier que plusieurs de leurs plaintes sont classées par le procureur de la République de Strasbourg. « Les faits ou circonstances n’ont pu être clairement établis par l’enquête. Les preuves ne sont pas suffisantes pour que l’infraction soit constituée et que des poursuites pénales puissent être engagées », peut-on lire sur ce courrier. Un an après, même lettre, même mots : « Les preuves ne sont pas suffisantes ».
Lettre anonyme reçue par Jean et Céline en 2018 (photo MdC / Rue89 Strasbourg).
En décembre 2020, le couple a écrit au procureur de la République directement :
« Nous sommes sans voix devant ces classements sans suite. (…) Nous ne voulons plus souffrir en silence. De telles menaces ne peuvent rester impunies. Nous ne voulons plus vivre dans l’insécurité. Faut-il être tué pour avoir gain de cause ? »
Extrait de la lettre de Jean et Céline, adressée au Procureur de Strasbourg, en décembre 2020.
Aujourd’hui, le couple n’a toujours pas eu de réponse de la part du Parquet qui, d’après nos informations, aurait rouvert certaines plaintes en juillet 2020 et réétudierait le dossier complet de Jean et Céline. Une enquête est donc toujours en cours. Jean a même été expertisé par un psychiatre à la demande du procureur :
« Vous imaginez ? Je suis la victime et c’est moi qu’on prend pour un fou, parce que certains ici racontent que c’est moi qui ai tout inventé ! »
Interrogé par Rue89 Strasbourg au sujet de Jean et Céline, le procureur de Strasbourg répond par écrit :
« Les époux X ont déposé de nombreuses plaintes au cours des dernières années pour des faits de violences, menaces de mort et dégradations à caractère antisémite. Le parquet ne peut légalement engager des poursuites pénales qu’en cas d’infraction caractérisée à l’encontre d’un auteur identifié. Or, les multiples enquêtes diligentées par la police n’ont jamais permis de recueillir la moindre preuve (…) à l’encontre de quiconque. Dans ces conditions, le parquet ne pouvait que procéder au classement sans suite des diverses plaintes. »
Le procureur de la République de Strasbourg.
Le Consistoire, la Licra, SOS Aide aux Habitants et trois avocats plus tard…
Jean et Céline ont également contacté le Consistoire israélite du Bas-Rhin, mais ils sont restés sans réponse. « Je leur ai écrit 8 ou 9 mails, je ne sais plus. À force, j’ai tellement accumulé de dossiers, de courriers, que je n’ai pas tout gardé, mais je sais qu’ils ne m’ont jamais répondu », glisse Jean, pudiquement. Contactés, les services du Consistoire reconnaissent avoir une trace des mails de Jean et Céline, et admettent une erreur de communication : « Nous n’avons pas réussi à joindre ce monsieur ».
Interrogé sur le dossier précis du couple, les services du Consistoire s’avouent surpris : « 17 plaintes, c’est rare. Autant les tags et les inscriptions de croix gammées, ce sont des choses assez fréquentes, autant les menaces de mort anonymes, beaucoup moins. »
Lettre de menaces de mort, à caractère antisémite, reçue par Jean et Céline en février 2019 – Les éléments identifiant l’immeuble sont masqués. (photo MdC / Rue89 Strasbourg).
Depuis 2017, Jean et Céline ont été suivis par trois avocats et juristes différents. L’un d’entre eux semble, lui aussi, interpellé par le silence de la justice. Il témoigne aujourd’hui anonymement :
« Je suis étonné que ce ne soit pas plus poussé au niveau juridique. C’est quelque chose qu’on devrait mener à terme au vu des faits, qui sont d’une gravité importante. Je suis révolté par ce qu’ils subissent. Psychologiquement, ça atteint beaucoup M. et Mme X. Et que tout le monde tolère ça autour d’eux, ça leur fait du mal. Plusieurs enquêtes de voisinage ont été menées, mais les gens ont peur, n’osent pas parler. »
Le couple a également sollicité l’aide de plusieurs associations dont SOS Aide aux Habitants – France Victimes 67 qui les accompagne depuis près d’un an, avec notamment une assistance juridique et psychologique. En 2019 et 2020, Françoise Faller, membre du bureau de la Licra du Bas-Rhin, a fait partie des personnes qui ont soutenu Jean et Céline et qui reste troublée par ce dossier :
« Nous avons été affolés dans un premier temps par les choses atroces qui étaient écrites. On n’a jamais vu ça à la Licra, c’est une affaire hors-norme. Mais le procureur et la police ont bien fait les choses. Malheureusement comme souvent dans ces affaires d’antisémitisme, les preuves ne sont pas suffisantes. »
Le couple dit également avoir contacté plusieurs élus locaux en désespoir de cause. Sans que cela ne débloque leur situation.
Un conflit de voisinage, qui obscurcit l’essentiel : l’antisémitisme
En effet, le dossier de Jean et Céline ne convainc visiblement pas tout le monde. « C’est juste un conflit de voisinage », nous glisse un résident de l’immeuble qui souhaite rester, lui aussi, anonyme. Un conflit de voisinage, qui opposerait Jean et Céline à un autre couple du même étage. Même réaction lors du premier contact avec le Consistoire : « Il semble que ce soit juste une affaire entre voisins ».
Pourtant, si l’on s’en tient aux faits : lors de la venue de Rue89 Strasbourg sur place ce 26 avril 2021, la porte de Jean et de Céline était encore recouverte de croix gammées rouges. Un corbeau antisémite et menaçant fait donc vivre un calvaire à ce couple de retraités, qui vit désormais reclus, et finit par suspecter plusieurs voisins d’être derrière cette histoire.
Le syndic « refuse de prendre parti », quitte à rester (trop) silencieux
Jean-François Fey est le gestionnaire de cette copropriété pour la société ASI. Impossible selon lui de « prendre parti » :
« Moi je suis syndic, je gère les parties communes, je ne peux pas gérer les conflits de personnes ! Je ne porte de jugement ni sur les uns, ni sur les autres. Une enquête de police est en cours, nous avons une justice qui fait son travail. Mon travail à moi, c’est de faire repeindre les croix gammées. Et je l’ai souvent fait. »
Le syndic n’a-t-il jamais envisagé de porter plainte à son tour, contre X, pour les dégradations et inscriptions antisémites sur les murs et les portes (dont il est gestionnaire) ? « Non, il n’en a jamais été question. C’est un conflit de voisinage, c’est tout. »
Un courrier de Jean-François Fey envoyé en mai 2018 à Jean et Céline résume la position « neutre » de l’organisme, sans fard ni mots de compassion inutiles :
« Le mandat de syndic ne permet pas la prise de position dans un conflit entre résidents (…). Ni le Syndic, ni les membres du Conseil Syndical n’ont aucun pouvoir de police, d’où leur silence, qui n’est pas forcément de l’indifférence. (…) Enfin, une menace n’est pas forcément un passage à l’acte. »
La présidente de la copropriété pourrait aussi porter plainte. Sylvie (son prénom a été modifié) voit régulièrement son nom apparaître dans les lettres du mystérieux corbeau. « Je suis traînée là-dedans, puisque quelqu’un signe en mon nom. » Pour autant, elle ne voit pas l’intérêt de se lancer dans une procédure :
« Il ne faut pas donner de l’importance à ce genre de chose, il s’agit d’un malade. Mais mon aide et mon soutien, le couple X l’a. D’ailleurs, c’est souvent moi qui repeins leur porte, de bonne grâce ! Les faits, tout le monde les condamne ! Il y a quelqu’un qui cause du tort à Mr et Mme X, mais nous voulons avoir des preuves, il faut que la justice fasse quelque chose.
L’un des juristes qui a accompagné Jean et Céline insiste : « Si le syndic et la copropriété dénonçaient eux-aussi les faits, le dossier pourrait être pris davantage au sérieux. »
Installer une caméra dans le couloir de Jean et Céline ? La copro a voté non
Quelles solutions s’offrent à Jean et Céline ? « Il faudrait prendre l’auteur en flagrant délit, c’est la seule solution », commente la présidente de la Copropriété. Il a été question d’installer des caméras de surveillance dans le couloir du couple, mais lors du vote des copropriétaires, la majorité a voté non, « pour des raisons de respect de la vie privée surtout », glisse l’un des copropriétaires.
Quelques photos des dizaines de croix gammées que Jean et Céline ont retrouvé sur leur porte d’entrée, celle de leur garage ou de leur cave. Au total, ils ont porté plainte 17 fois dans cette affaire qui s’éternise depuis 5 ans (photo MdC / Rue89 Strasbourg).
« Vous imaginez une équipe de police, dépêchée sur place pour faire des rondes et mettre la main sur l’auteur ? » interroge la présidente de la copropriété. « Ça coûterait trop cher, et puis ils ont autre chose à faire. »
Déménager ? « Et pourquoi je devrais partir ? » s’énerve Céline. « J’ai économisé toute ma vie pour pouvoir vivre ici, et m’acheter cet appartement. Aujourd’hui en 2021, en France, je ne devrais pas avoir à fuir parce que je suis victime d’un fou et d’un antisémite ! » En attendant que le Parquet donne suite, Jean et Céline, eux, vivent toujours dans la peur et l’angoisse d’une nouvelle croix gammée.
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
La CTS a annulé la contravention de 180 euros adressée à la jeune fille de 15 ans, verbalisée dans le tramway de Strasbourg… alors qu’elle était à Avignon.
Mercredi 28 avril, deux jours après la publication de notre article, la CTS a appelé Sarha B pour lui assurer que sa fille ne serait pas facturée des 180 euros d’amende. L’adolescente était en vacances à Avignon, le jour d’un contrôle en juillet 2020, lors duquel son nom a visiblement été donné par une autre personne. Par téléphone, la CTS a reconnu auprès de Sarha B une erreur lors du contrôle, sans pour autant donner plus de détails.
Le 26 mars, la mère de famille recevait un courrier de sa banque l’informant d’une saisie sur le compte bancaire de sa fille de 15 ans, liée à une amende non-payée. Sarha B dénonçait la négligence de la CTS lors de la vérification de l’identité de la personne, qui a en outre fourni une adresse qui n’existe pas. Pour cette raison, la famille n’a pas été informée qu’une procédure les concernait depuis l’été.
La CTS a reconnu une erreur, après une amende attribuée à une personne non-présente à Strasbourg. Photo : JC / FlickR / cc
Cinq syndicats appellent le personnel de l’Éducation nationale à manifester devant le rectorat de Strasbourg, ce vendredi 30 avril. Ils s’opposent à un plan d’économies et d’augmentation du volume horaire des professeurs qui pourrait supprimer 43 postes en Alsace à la rentrée 2021.
Les branches éducation de la CGT, FSU, Force Ouvrière, Sud et Solidaires appellent au rassemblement du personnel de l’éducation nationale devant le rectorat de Strasbourg, le vendredi 30 Avril à 14h30. L’objectif ? Discuter et protester contre le plan d’économies qui pourrait engendrer la suppression de 43 postes d’enseignants dans les collèges et lycées en Alsace.
Opposition à la précarisation des postes
Pour la rentrée 2021, « les chefs d’établissements ont eu la directive de faire passer d’office les professeurs de 18 à 20 heures de cours par semaine » note Gauvain End, co-secrétaire départemental de la FSU du Bas-Rhin. Selon l’intersyndicale à l’initiative du rassemblement, l’augmentation du volume horaire par professeurs va automatiquement faire baisser le nombre de postes dans les établissements. C’est ce fonctionnement qui mène les syndicats à l’estimation de 43 postes supprimés à la rentrée.
Une manifestation devant le Rectorat en juillet 2020. Photo : AB / Rue89 Strasbourg
En ligne de mire des organisations représentatives du personnel : les conséquences concrètes de la réforme du lycée. Les mathématiques étant devenues une spécialité – et non plus un enseignement commun à tous les élèves -, le volume horaire de chaque professeur n’est plus fixe. « Ce qui est angoissant pour les collègues, c’est que désormais le volume horaire se fait en fonction du choix des élèves« , alerte Gauvain End.
Vaste malaise avec le ministère
Dans le discours des syndicalistes, c’est aussi le « manque de considération du ministère de l’éducation nationale » qui semble les motiver à appeler à la mobilisation.
« Depuis la fin du premier confinement, les syndicats ont demandé plus de postes pour pouvoir maintenir les établissements ouverts, en mettant en place des demi-jauges. Notre proposition était de recruter des enseignants dans la liste d’attente du concours de l’Éducation nationale. Et cette proposition a été balayée d’un revers de la main par le ministère ».
Gauvain End, co-secrétaire de la FSU du Bas-Rhin et enseignant d’histoire géographie en collège
Les syndicats appellent à proclamer « l’état d’urgence scolaire » ce vendredi 30 avril.
L’exécutif de l’Eurométropole a présenté son calendrier pour la mise en place de la Zone à faible émission (ZFE) : dès 2023 les véhicules les plus anciens devront avoir disparu tandis que tous les véhicules diesel seront interdits en 2028.
En 2028, il n’y aura plus de véhicules polluants dans toute l’Eurométropole. C’est du moins la promesse affichée mercredi matin par l’exécutif de l’assemblée des 33 communes autour de Strasbourg : la Zone à Faible Emission (ZFE) bannira les moteurs les plus émetteurs de particules, par paliers progressifs, à partir de janvier 2023. Le plan définitif sera adopté en conseil métropolitain le 12 juillet, après une période de consultations citoyennes.
Le calendrier proposé doit permettre aux habitants de s’adapter aux nouvelles contraintes avec d’abord des périodes ne comportant que des « contrôles pédagogiques. » Ainsi, la première étape veut interdire en 2022 les véhicules avec des vignettes Crit’Air 5, mais ils seront tolérés jusqu’au 1er janvier 2023. Même temporalité pour les vignettes 4, qui doivent disparaître au courant de l’année 2024, et ainsi de suite jusqu’à l’interdiction totale de tous les véhicules qui ne sont pas « Crit’Air 1 » en 2028, soit tous les véhicules diesel.
Calendrier ZFE extrait du communiqué de presse envoyé par l’Eurométropole le 28/04/2021
Pour la présidente de l’Eurométropole de Strasbourg, Pia Imbs (SE), ce calendrier est « équitable » entre les impératifs de la qualité de l’air dans l’agglomération et les ajustements que devront opérer les conducteurs. Selon elle, ce calendrier permet de déployer la ZFE deux ans plus tôt que ce qui avait été prévu par l’exécutif précédent, présidé alors par Robert Herrmann (PS). Il est néanmoins bien plus lent que l’engagement de campagne de la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (EELV), qui voulait s’en tenir à ce qu’avait voté l’ensemble de la majorité strasbourgeoise sous Roland Ries (ex-PS), à savoir l’interdiction des véhicules Crit’air 2 en 2025.
Les vignettes crit’air Photo : doc remis
Consultations citoyennes en mai, vote en juillet
Des consultations citoyennes ouvertes dès le 10 mai doivent « informer, clarifier et consulter » les citoyens, selon Cécile Delattre (DVD), vice-présidente en charge de la participation citoyenne et maire d’Oberhausbergen. Une table-ronde est prévue le mardi 11 mai à 18h, à suivre à distance tandis que sept ateliers thématiques doivent détailler les conséquences pour les particuliers, ainsi que trois à destination des entreprises.
Cette campagne de communication s’accompagnera de déplacements dans les différentes communes pour que les citoyens puissent s’informer directement et poser leurs questions. Chaque habitant recevra une brochure de 16 pages, détaillant notamment les aides disponibles pour changer de véhicule. Un site a été mis en ligne (zfe.strasbourg.eu) ainsi qu’un numéro vert (0800 100 267 du lundi au vendredi, 9h-12h et 14h-17h) pour accompagner l’installation de cette ZFE et communiquer sur les dates des ateliers.
L’exécutif promet que des propositions pourront être intégrées jusqu’au 24 juin à la définition complète de la ZFE, dont l’adoption formelle est prévue le lundi 12 juillet en conseil de l’Eurométropole.
Les véhicules les plus anciens doivent graduellement disparaître de l’agglomération (Photo Mathilde Cybulski)Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg
« 50 à 60% de trains en plus »
La mise en place de cette Zone doit s’accompagner d’une augmentation de l’offre de transports en commune. Dans les les 13 gares de l’Eurométropole, Alain Jund, vice-président (EELV) en charge des mobilités, promet « 50 à 60% » de trains en plus, voire le double ». Des augmentations de cadence doivent aussi concerner le réseau de trams et de bus, ainsi que de nouvelles voies pour les vélos et les systèmes d’autopartage.
Selon les chiffres de l’Eurométropole, 135 605 véhicules immatriculés sur tout le territoire devront être changés ou abandonnés avant 2028. Danielle Dambach (EELV), vice-présidente à la transition écologique et maire de Schiltigheim, assure qu’en se passant de voiture, les habitants de l’Eurométropole vont « y gagner du point de vue de leur porte-monnaie ». Mais elle compte néanmoins sur la participation de l’Etat pour aider à mettre à jour les véhicules de la collectivité grâce au plan de relance… L’Eurométropole prévoit en outre un fonds d’un million d’euros pour aider les particuliers et un autre du même montant pour les TPE/PME.
Maire d’Illkirch, Thibaud Philipps quitte la majorité
Ce calendrier a fâché le maire d’Illkirch-Graffenstaden, Thibaud Philipps (LR) :
« Le calendrier de la ZFE est incohérent face à celui de la loi pour le climat et résilience, encore dans les rouages parlementaires. Il n’y a pas de consensus parmi les 33 communes sur ce dossier, c’est une politique décidée pour Strasbourg, contre les communes de la première et de la deuxième couronne. En outre, les véhicules Crit’air 2 représentent 40% du parc automobile dans le territoire, rien n’oblige la métropole à étendre l’interdiction de circulation à cette catégorie. »
Avec son groupe de 5 élus, tous d’Illkirch-Graffenstaden, Thibaud Philipps a annoncé mardi qu’il se retirait de la majorité métropolitaine. Il compte proposer un référendum sur les Crit’air 2 aux habitants de sa commune le 27 juin.
Les salariés de Knorr ont manifesté mercredi matin contre la fermeture de l’usine de soupes à Duppigheim. Écœurés par Unilever, beaucoup de salariés sont résignés.
« Knorr doit rester en Alsace ». C’était le message affiché en tête de cortège, lors de la marche organisée dans Duppigheim contre la fermeture de l’usine de soupes en briques et déshydratées. Pour les organisations syndicales comme pour les élus du secteur venus en soutien, l’objectif est encore de faire changer d’avis Unilever. Ce géant mondial hollando-britannique de l’agro-alimentaire, des soins et de l’entretien (plus de 400 marques) est devenu propriétaire de Knorr en 2000. L’usine alsacienne existait depuis 1953 à Illkirch-Graffenstaden, avant d’être déménagée en 1983.
« Unilever a déjà changé d’avis sur d’autres sites. S’il y a une opportunité de les faire pour cette entreprise emblématique du territoire, il faut la saisir », relève Laurent Furst, ancien député (LR), maire de Molsheim et président de la communauté de communes.
Les cinq syndicats (CFTC / CFE-CGC / FO/ CGT / CFDT) ont appelé à cette marche très suivie par les personnels. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
« Ils nous ont bien… »
Mais chez les salariés, on compte de nombreux résignés un mois après l’annonce de fermeture que peu avaient vue venir, en dépit d’un premier plan social en 2014. « C’était juste un service de 50 ou 60 personnes, ainsi que la Recherche et Développement. Depuis, la production vient d’Allemagne et nous faisons le conditionnement », se rappelle Philippe, 58 ans. Après ce « coup de massue », l’employé compte terminer sa carrière avec « un peu d’intérim » et les indemnités de départs. « Ils nous ont bien… ». Son collègue de 57 ans n’ose pas terminer pas sa phrase. « Unilever nous vante le bien-être au travail et ils font un coup pareil en pleine pandémie », ajoute-t-il dépité.
Sur le parking, habillé d’un t-shirt blanc « Unilever tue l’emploi », Philippe arrive à relativiser. Il « a ses annuités » et pense qu’il « vaut mieux être licencié ici que dans des petites entreprises comme Delpierre à Wisches », mais s’inquiète surtout pour ses collègues :
« Le problème c’est ceux qui ont 50 ans, avec parfois des pathologies car ce sont des métiers physiques. Pour eux, ce sera difficile de retrouver du boulot. »
Plusieurs centaines de personnes ont participé à la marche de mercredi Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
Des reclassements ailleurs en France peu plébiscités
Dans le cortège, Badiane, 45 ans, acquiesce. « Que tu le veuilles ou pas, t’as des douleurs par ci par là avec le temps ». Ce conducteur de ligne, arrivé « comme peintre » il y a 21 ans, se dit « écœuré » et n’a « aucune envie d’être reclassé dans le groupe ». La direction a annoncé que 70 personnes pourraient être reprises dans les cinq autres usines françaises d’Unilever (Miko, Alsa, Dove, Signal, Amora, Maille, Sun), situées dans le quart nord-est du pays, entre l’Ain et l’Oise. « Même si on déménage, on a aucune garantie qu’Unilever garde ces usines-là », embraye son amie Annabelle, du même âge. Chez les syndicats aussi, on doute que 70 personnes acceptent de partir. La majorité des salariés ont plus de 45 ans, l’ancienneté moyenne serait de 22 ans. Après 30 ans de travail, tous à Knorr, Anabelle s’inquiète :
« Je ne sais même pas où est le Pôle Emploi, ça me fait peur. Surtout qu’on va y aller en plein dans la réforme de l’assurance chômage qui baisse nos droits. »
Annabelle s’inquiète de devoir se présenter à Pôle Emploi pour la première fois de sa vie. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Badiane garde un souvenir du confinement :
« On nous avait dit de ne pas prendre de congés, de se mobiliser et qu’il y aurait des projets de nouvelles recettes ou de la publicité… On n’en verra pas la couleur ici. Tout ça pour une prime de 1 000 euros. On focalise sur les 261 emplois, mais souvent ils sont en couple ou ont une famille. Sans parler des sous-traitants ou de ceux en intérim… C’est plus de 1 000 personnes qui vont avoir des problèmes financiers ou psychologiques dans le secteur. »
Badiane retient ses mots pour critiquer Knorr / Unilever Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Constat partagé par le maire de Duppigheim, Julien Haegy :
« On estime l’impact de Knorr à 3 emplois induits par salarié. On a beaucoup d’interrogations sur Unilever, le groupe a gardé son projet de fermeture secret jusqu’au bout. La crainte c’est une vente à la découpe pour de la logistique, qui sont des activités à faible valeur ajoutée. »
Une affaire de famille
Aux fenêtres des pavillons de Duppigheim, plusieurs habitants adressent des mots de soutiens aux 300 manifestants. Knorr, c’est parfois une affaire de famille. Tania, qui s’occupe d’envoyer les barquettes sur les palettes, y travaille avec son mari. « Ma mère et mon oncle étaient aussi salariés », raconte-t-elle. Alors qu’elle ne « croit qu’à moitié », qu’Unilever cherche un repreneur, elle « craint de repartir de bas », dans une autre entreprise. À la logistique, Christelle avait perçu quelques signes avant-coureurs :
« Deux semaines plus tôt, on nous avait dit que notre service serait externalisé. Et lors du retour d’un ancien directeur il y a un an, qui avait un niveau de compétence élevé par rapport à l’usine, on s’est dit qu’il avait une mission ».
Selon la salariée de 47 ans, « il y a des avantages, notamment financiers avec des primes et des participations, à travailler dans des grands groupes, mais l’inconvénient c’est de n’être qu’un numéro ». Christelle va entamer une reconversion comme infirmière. Gilet orange de la CFDT sur le dos, quelques dames des services sociaux de l’hôpital d’Obernai sont d’ailleurs venues en soutien à cette mobilisation.
Tania (à g.) et Christelle (à d.) ont manifesté ensemble. Elles ont toutes deux plus de 20 ans d’ancienneté dans l’entreprise. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
« Mon sixième plan social depuis 1996 »
Si beaucoup de salariés ont beaucoup d’ancienneté, voire y ont travaillé toute leur vie, ce n’est pas le cas de Régis Lambert, 49 ans, qui s’occupe de l’ordonnancement des produits :
« Je suis arrivé en 2009, on était quatre à être reclassés ici après la fermeture de Fischer à Schiltigheim, où j’avais 15 ans d’ancienneté. C’était aussi un groupe hollandais, Heineken, qui avait pris le contrôle de l’usine. Depuis 1996, c’est mon sixième plan social : quatre à Fischer et le deuxième ici. Ce qui est sûr c’est que j’essayerai de ne pas de rester jusqu’au dernier jour. Quand tu fermes tout les dernières semaines, c’est horrible, ça a été un sacré traumatisme. Je ne me fais pas trop de souci pour moi, car mon travail est transposable à d’autres secteurs d’activité, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. »
Régis Lambert est arrivé à Knorr après la fermeture de l’usine Fischer. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
Régis Lambert, qui se « voyait bien finir ici », s’interroge néanmoins sur la portée de l’action du jour :
« Ces grands groupes qui se donnent une image responsable n’aiment pas la mauvaise publicité, mais est-ce qu’aux Pays-Bas ils vont entendre parler de nous qui marchons ici ? »
Pour justifier la fermeture, Unilever a indiqué qu’en France, « le marché des soupes est en déclin structurel, entraînant une chute de 26% des volumes entre 2012 et 2019 ». « Ils arrêtent les chiffres en 2019, car 2020 a été une super année ! », s’agace Régis Lambert. Badiane conteste aussi cette présentation :
« Liebig cartonne et nous a pris nos parts de marchés. Les ventes de soupes de 1 litre ont explosé. Mais rien n’a été fait ici ces dernières années, alors qu’on savait faire plein de choses. Mais on nous demandait des économies en cours d’année, jusqu’à un million d’euros, pour les actionnaires ».
Dans le service de Régis Lambert, le personnel est passé de 20 à 8 personnes. Il raconte les revirements stratégiques, diificiles à comprendre :
« Au début j’étais approvisionneur, mais cette fonction a été délocalisée en Pologne. Puis comme ça ne marchait pas, ils l’ont rapatriée ici et il a fallu à nouveau former et embaucher des gens…. »
« On avait commencé à nous enterrer avec le GCO »
L’usine est longée par le GCO, en travaux, à droite sur la photo. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Deux heures après le départ, le cortège est de retour à l’usine. Régis regarde les locaux de la zone d’activité qui tournent au ralenti. Puis en regardant les travaux de l’autoroute du Grand contournement ouest (GCO), qui longera l’usine, il conclut :
« Ils avaient déjà commencé à nous enterrer avec le GCO. Avant, on voyait les chevreuils de nos fenêtres. Puis on a eu un talus de terre, on ne voyait même plus les arbres de l’autre côté. »
L’autoroute devrait être mise en service début 2022, soit plus ou moins au moment où l’usine devrait fermer. Y aura-t-il encore une activité dans ces grands bâtiments ? « La localisation proche du GCO et le bassin d’emploi dynamique est une des forces du site », décrit Frank Becker qui suit le dossier pour l’Adira, l’agence économique des collectivités locales alsaciennes.
Le principal syndicat d’agriculteurs du Grand Est a appelé ses membres à se mobiliser vendredi 30 avril devant le Parlement Européen pour protester contre la réforme de la Politique agricole commune. D’importants convois de tracteurs sont attendus dans les rues de Strasbourg.
Vendredi 30 avril, des centaines de tracteurs devraient envahir les rues de Strasbourg, particulièrement dans le secteur des institutions européennes. La Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles (FRSEA) et les Jeunes Agriculteurs (JA) du Grand Est organisent un rassemblement devant le Parlement Européen pour protester contre la réforme de la Politique agricole commune (PAC).
Le rendez-vous est donné à 12h devant le Parlement européen pour des prises de parole. Les tracteurs se déplaceront en convois à partir de différents points de rassemblement. Ainsi, selon les Préfectures du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, des difficultés de circulation sont à prévoir sur l’A4 et l’A35 toute la journée : à partir de 7h30 le matin vers la capitale européenne et dans le sens inverse à partir de 15h.
La dernière fois que les agriculteurs avaient manifesté avec leurs tracteurs, c’était contre le GCO en 2017 Photo : Pierre France
À Strasbourg, le convoi partira de l’avenue Herrenschmidt pour ensuite contourner le Parlement et se séparer au niveau de la place de Bordeaux.
Une PAC plus écologiste, mal acceptée par les agriculteurs industriels
La FRSEA et les JA du Grand Est se mobilisent contre la réforme de la PAC, qui doit entrer en vigueur à partir de 2023. Au centre de cette réforme, le souhait de l’UE d’encourager une agriculture plus soucieuse de l’environnement naturel, à travers la mise en place d’éco-régimes. Ce dispositif, pensé pour inciter les agriculteurs à se tourner vers des programmes plus écologiques, accordera des aide financières sur des critères environnementaux. La France devrait dévoiler avant l’été la répartition des 9 milliards d’euros de la PAC, dans son Plan stratégique national (PSN), qui listera aussi la liste des programmes qui donneront droit au versement du bonus éco-régime.
Une partie des aides directes, jusqu’ici allouées en fonction de la surface cultivée, devrait être transformée en bonus éco-régime. La FRSEA et les JA Grand Est dénoncent une « politique d’exclusion » et s’inquiètent d’une baisse des aides financières européennes.
Espèce invasive ou nouvel or vert ? Dans leur recherche d’une alternative au coton, industriels du textile et agriculteurs testent des matières moins gourmandes en ressources et cultivables en filière courte. L’ortie semble répondre à toutes les exigences. Cependant, même si la demande existe, et que des agriculteurs sont intéressés, les résultats ne permettent pas de dépasser le stade expérimental.
La fibre d’ortie promet un substitut au coton moins gourmand en eau, en pesticides, et productible en France. Cocorico ! Vous l’avez lu dans la presse quotidienne régionale, entendu à la radio, et même vu sur Rue89 Strasbourg. Il y a trois ans encore, l’entreprise Emmanuel Lang à Hirsingue ambitionnait de produire de la toile d’ortie à échelle industrielle. Elle utilisait une plante cousine de l’ortie, venue du Népal. « Elle fait partie de ces plantes à fibre longue qui permettent d’avoir une qualité et un rendu très intéressant. On a un potentiel énorme en France sur ce plan-là, avec l’ortie, le chanvre et le lin », constate Pierre Schmitt, P-DG de Velcorex.
Mais en fin de compte, le groupe Velcorex (spécialisé dans le tissage et la filature dans la région), qui détient également la société Emmanuel Lang, a jeté son dévolu sur le lin, dont la France est le premier producteur mondial.En effet, l’implantation en Alsace d’une nouvelle variété d’ortie en quantités suffisantes pour nourrir une industrie s’est avérée trop complexe. En parallèle, l’entreprise a pu mettre la main sur des machines à filer le lin qui avaient été délocalisées en Hongrie, pour recréer une filature à Hirsingue. 1-0 pour le lin.
De la fibre d’ortie et un prototype de tissu développé par Emmanuel Lang en 2017 (photo Cécile Mootz).
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La Ville de Strasbourg a décidé de doter dès le 26 avril une partie de ses policiers municipaux de caméras-piétons. Une manière de « sécuriser et pacifier » les relations avec les habitants, espère la municipalité. La phase de test avec la société Axon se terminera au moins de juin.
Un nouvel engin fait son apparition en salle d’armes. À partir du 26 avril, la police municipale de Strasbourg s’est armée de caméras-piétons. L’objectif de ce dispositif expérimental est « d’apaiser les relations entre policiers et habitants » dans tous types d’intervention : dans l’espace public comme privé. Joseph Muller, chef de service de la police municipale, espère à terme munir « chaque agent » d’une caméra comme le permet la réglementation. Pour le moment, 26 agents formés, sur un effectif total de 130 à 140 policiers disposent chacun d’une caméra, avec un angle de vue large à 120 degrés.
Fixées à l’avant de l’uniforme, ces caméras doivent être visibles. L’appareil sera allumé, mais ce sont les policiers qui doivent déclencher l’enregistrement sonore et visuel en appuyant sur un bouton. Lors des interventions, le contrevenant doit être prévenu que la scène est filmée. D’une autonomie de 12 heures, le dispositif émet un bip et sa lumière rouge s’intensifie. La minute précédant la pression est aussi enregistrée, afin de mieux comprendre les raisons de la mise en marche.
Les images sont ensuite conservées pendant 6 mois sur un serveur externe situé en Irlande, avant d’être automatiquement effacées. Seuls le chef de service, son adjoint ou leurs équivalents hiérarchiques peuvent y avoir accès si des procédures judiciaires, administratives ou disciplinaires le requièrent. Sur ces fichiers, l’agent porteur de la caméra est lui aussi identifiable.
Christian Millot, responsable du poste de commandement et référent technique matériel à la police municipale de Strasbourg, faisant la démonstration d’une caméra-piéton allumée mais non déclenchée (photo AM / Rue89 Strasbourg).
Entre 2016 et 2018, 242 villes françaises ont expérimenté les caméras-piétons. Joseph Muller et Nadia Zourgui, adjointe à la maire en charge de la sécurité, estiment que le rapport ministériel suite à ces essais est « positif ». Sous le mandat précédent, des discussions entre la mairie de Strasbourg et sa police avaient été entamées. Nadia Zourgui évoque une demande « unanime » de la part des policiers au moment de la publication du décret de 2019qui autorise l’autorisation des caméras-piétonnes pour la police municipale.
« Sécuriser » et « pacifier les relations »
Face à la « montée de la violence » dont parle Joseph Muller (outrages, rebellions, injures) d’une part, et de nombreux courriers reçus par la mairie faisant état de « maltraitances » lors d’interventions d’autre part, Nadia Zourgui voit dans l’usage de ces caméras un système « gagnant-gagnant ». Pour les agents et pour les habitants. Elle liste plusieurs objectifs : « prévenir des incidents », « obtenir des preuves », « renouer le dialogue », « apaiser et sécuriser les relations ».
L’élue strasbourgeoise écologiste déplore des enquêtes n’ayant pas abouti, faute de preuves. Ces caméras permettront, selon elle, de « mieux traiter les affaires » et d’éviter le « parole contre parole » qu’instaurent des « morceaux de séquences diffusés sur le net ». Comment réagiront les policiers face à des citoyens qui filment leur travail, notamment s’ils ne déclenchent pas leur appareil ? Nadia Zourgui répond, évasive : cela « n’aurait aucun intérêt ». Et s’ils oublient de le porter ? « Non. Il y a un protocole et les policiers sont très disciplinés ».
Salle d’armes au service de la police municipale strasbourgeoise. Photo : AM/ Rue89 Strasbourg
Les premières séquences filmées seront aussi visionnées pour « former les nouveaux policiers », après la phase de test jusqu’au 21 juin. La municipalité étant quasi-assurée de généraliser le dispositif, le mois de mai sera surtout l’occasion de s’assurer du bon déroulement technique des opérations. L’achat total du matériel pour un équipement de tous les agents se chiffre à plus de 100 000 euros à destination de la société américaine Axon, spécialisée dans l’équipement vidéo des forces de l’ordre.
Des clients de la boutique SFR place Kléber se sont plaints sur Facebook d’avoir été forcés à souscrire une assurance pour leur téléphone ou des services supplémentaires. Une pratique confirmée par d’anciens salariés, qui mettent en cause leur encadrement.
Sur le groupe Facebook « Étudiants de Strasbourg », une publication a fait mouche. Une adhérente du groupe s’interroge sur des prélèvements bancaires qui proviennent d’une assurance téléphonique. En réponse, des dizaines d’étudiants témoignent des mêmes prélèvements. « Des montants de 30, 40 euros qui n’ont jamais le même nom sont apparus sur mes relevés » décrit Lauredana, auteure de la publication initiale. Au total : 1 500 euros lui ont été prélevés en un peu plus d’un an, en sus de son abonnement téléphonique.
C’est en décembre 2019 que Lauredana décide de changer de téléphone portable. Elle se rend à la boutique SFR, place Kléber, parce qu’elle a déjà un abonnement chez cet opérateur. Une demi-heure plus tard, l’étudiante repart du magasin avec un téléphone tout neuf, mais aussi un contrat d’assurance. Contactée par Rue89 Strasbourg, Lauredana se souvient du discours qui lui a été tenu par la vendeuse :
« Elle m’a dit que l’assurance était obligatoire pour acheter le téléphone. Elle m’a dit que c’était une période d’essai d’un mois et que je n’avais même pas à appeler pour résilier, que tout se faisait automatiquement. »
Lauredana
Mais quelques mois plus tard, elle s’est rendue compte qu’après cette période d’essai, les virements s’étaient enchaînés.
Des clients mécontents se sont manifestés sur les réseaux sociaux Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
« Moi c’était une carte de fidélité »
Cécile fait aussi partie de ces clients : en 10 mois, elle a été prélevée de 900 euros et regrette de ne pas avoir été plus vigilante. « Mais moi ce n’était pas une assurance, c’était une carte de fidélité payante : Foriou, » explique-t-elle, en soupirant. Foriou est une « carte privilège » (qui est toujours proposée dans le magasin strasbourgeois), qui permet aux abonnés de profiter de réductions pour des achats sur Internet, contre un abonnement qui va de 10 à 50 euros par mois, selon les offres.
« Parfois j’étais dans la galère, et si je n’avais pas eu ces prélèvements, ça m’aurait bien arrangé » note la mère de famille, qui fait état d’un peu plus de 80 euros par mois envolés dans ce service qu’elle n’utilisait pas. Après des mois de prélèvements, la Strasbourgeoise a tenté de résilier le service. « C’était impossible, dès que je prenais un peu de temps le service client de Foriou m’envoyait balader, » s’agace-t-elle. « La seule solution ça a été de bloquer les transactions avec la banque ».
« On ne vendait pas, on imposait »
Dans le groupe Facebook, la publication de Lauredana reçoit plus de 60 commentaires. L’ancienne étudiante, devenue depuis aide soignante, poursuit : « J’ai vraiment été étonnée quand j’ai vu le nombre de personnes qui expliquaient avoir eu le même problème ». Si autant de victimes se sont manifestées, c’est parce que dans cette boutique, les vendeurs ont été poussés à faire souscrire aux clients des options supplémentaires. Marie (son prénom a été modifié), vendeuse jusqu’en mars de la boutique, détaille :
« En hiver on a reçu les iPhones 12, on mentait aux clients en leur disant qu’on ne pouvait pas vendre ce téléphone sans assurance, ou abonnement. Ce modèle est acheté 1 100 € et revendu 1 200, soit 100 € de marge. La rémunération conseiller, c’est 50 centimes la vente, c’est pour ça qu’on doit placer un abonnement ou une assurance : là, on pouvait se faire 6 euros par vente, et encore ça dépend de l’abonnement ou l’assurance. »
Marie, ancienne vendeuse de SFR place Kléber
En juin, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a condamné la SFAM (la société d’assurance, ndlr) à une amende estimée à 10 millions d’euros. Pour d’autres anciens salariés de la boutique, le mécanisme était clair : « On ne vendait pas, on imposait » s’exclame, un peu énervé, Baptiste (son prénom a été changé), un ancien commercial de la boutique :
« Quand le représentant de l’assurance venait nous donner des conseils de vente, il nous disait de parler de la SFAM quand le client ouvrait la boîte du téléphone. Comme ça le client était un peu subjugué par le produit qu’il avait acheté et ne nous écoutait pas vraiment. »
Pour les vendeurs, l’objectif de chaque passage client, c’était de « Sfammer » : les assurances représentant une part importante de la rémunération variable des conseillers ; amis et famille consentent à signer un contrat, à condition que la résiliation soit faite dans les temps. « J’appelais le service client pour ma famille et mes amis, afin de résilier moi-même les contrats » avoue Marie.
« Si tu ne fais pas de SFAM tu dégages »
Également intéressé au chiffre d’affaires, les cadres n’ont pas hésité à donner des directives sans équivoque aux vendeurs. « Certains conseillers ne voulaient pas le faire. On leur a dit : si tu ne fais pas de SFAM tu dégages », se souvient l’ancienne vendeuse. Baptiste, qui a été commercial dans la même boutique pendant 6 mois, confirme : « J’ai vu des managers se faire muter ou virer parce que les objectifs des équipes sous leur responsabilité n’étaient pas atteints ». Mais lui aussi en a fait les frais :
« Au bout d’un moment je ne « sfamais » plus. Je détruisais les objectifs d’équipe – en ne jouant pas le jeu – donc ils m’ont mis à l’écart. Mais c’est un peu ce que j’attendais, j’en avais marre. »
Baptiste, en poste en 2019
Interrogé sur ces pratiques par Rue89 Strasbourg, Michel Fischer, gérant de la SAS Fischer, la société qui opère la boutique SFR place Kléber en franchise, s’étonne : « Notre contrat avec la SFAM est terminé depuis septembre 2020, nous ne travaillons plus avec eux. » Le gérant nie toute vente forcée : « La satisfaction des clients, c’est ma raison d’être, » précise-t-il. Quant à la pression sur ses salariés, le gérant nie également en bloc : « On a des centaines de salariés, si c’était le cas, on passerait notre temps aux prud’hommes. »