Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

À Avignon, elle reçoit une amende de 180€ de la CTS sans avoir été contrôlée

À Avignon, elle reçoit une amende de 180€ de la CTS sans avoir été contrôlée

Une adolescente été « verbalisée » par la Compagnie des transports strasbourgeois en juillet. Pourtant, elle n’a pas été contrôlée ce jour-là où elle n’était même pas à Strasbourg. Une usurpation d’identité et une négligence de la CTS qui poussent sa mère dans le calvaire des procédures administratives.

Le 20 juillet 2020 à 16h56, sur la ligne B du tramway, un agent de la CTS verbalise une passagère pour titre de transport « non-valable ou non complété ». Neuf mois plus tard, le 26 mars 2021, Sarha B reçoit un courrier de la banque de sa fille de 15 ans, l’informant que 180 euros vont être prélevés sur son compte. Elle se renseigne auprès du Trésor public et apprend qu’il s’agit d’une amende contractée auprès de la CTS, à l’été 2020. « J’ai vite compris que c’était une erreur. Entre le 21 juin et le 10 août, ma fille était chez son père, à Avignon », explique la travailleuse sociale strasbourgeoise, qui se félicite d’avoir conservé les billets de trains comme justificatif. De plus, la fille de Sarha B est abonnée à l’année à la CTS.

Le 26 mars 2021, Sarha B reçoit un courrier l’informant d’une saisie administrative sur le compte de sa fille par la banque à destination du Trésor public. (document remis).

Une négligence dans la verbalisation

Sarha B avance alors une explication : une personne s’est faite verbaliser et a donné au contrôleur « le nom, le prénom, la date de naissance de ma fille et une adresse qui n’a jamais été la nôtre », s’indigne-t-elle, encore sous le choc. L’adresse renseignée est le « 18 rue du Renard ». Il y a certes une rue « des Renards » à Strasbourg, mais Sarha et sa fille n’y ont jamais habité.

La mère de famille regrette la légèreté avec laquelle le procès-verbal a été établi. Au téléphone, elle oscille entre soupirs et rires nerveux. « Il suffit d’inventer une fausse identité si l’on se fait contrôler ? », s’étonne-t-elle. « C’est injuste. À quoi bon payer un abonnement dans ce cas-là ? » Contactée jeudi, la CTS répond pourtant recueillir « l’identité des contrevenants si ceux-ci n’ont pas de carte Badgéo à présenter ». Malgré plusieurs sollicitations par mail et par téléphone, la CTS n’a pas souhaité communiquer plus de précisions sur sa politique de contrôles et de vérifications d’identité.

Démêlés administratifs

En mars 2021, neuf mois après la verbalisation, plus aucun recours n’est possible auprès de la CTS. Sarha B n’a d’autre choix que de contester la saisie administrative sur le compte de sa fille auprès du Trésor public. Elle a porté plainte pour usurpation d’identité le 9 avril. Des démarches chronophages, qui épuisent la mère de famille :

« Cette histoire, c’est beaucoup de contraintes pour moi. J’ai été obligée de demander des demies-journées de congés auprès de mon employeur pour aller au Trésor public et au commissariat. »

Sarha B dénonce une double négligence de la part de la CTS. Celle de l’agent qui n’a pas correctement vérifié l’identité de la personne verbalisée à la place de sa fille. Mais aussi celle des services de la CTS, qui n’ont pas tenté de les joindre lorsque les courriers envoyés à la fausse adresse sont retournés à l’envoyeur. « Je n’ai jamais été contactée, alors que notre bonne adresse figure dans leurs fichiers d’abonnés », soupire Sarha B.

Démocratie bourgeonnante

Démocratie bourgeonnante

Jeanne Barseghian et Carole Zielinski présentaient cette semaine la réforme de la participation citoyenne à Strasbourg. Pour le moment, les citoyens les plus impliqués dans les Conseils de quartier digèrent mal la mise en veille de ces derniers. Trouveront-ils leur compte dans les « ateliers de quartier » et autres « forums » annoncés ? Seront-ils entendus sur les dossiers brûlants comme la Zone à Faibles Émissions ? Difficile de savoir ce qui germera.

Le premier Curieux Festival rassemblera artistes et scientifiques

Le premier Curieux Festival rassemblera artistes et scientifiques

Pendant la semaine du 26 au 30 avril, le Curieux Festival proposera six vidéos diffusées en ligne. Ces clips ont été réalisés par des universitaires et des créateurs pour rendre la Science moins austère et plus compréhensible.

Quinze artistes et scientifiques réunis en duos pour six vidéos d’une quinzaine de minutes. C’est le concept de « l’édition 0 » du Curieux Festival, organisé par deux compagnies de théâtre Strasbourgeoises. « Va savoir », spécialisée dans la sensibilisation à la culture scientifique, et « Esprit joueur », se sont rassemblées pour lancer un festival entièrement en ligne, du lundi 26 au vendredi 30 avril.

Avec le Curieux Festival, les sciences ne se prennent pas trop au sérieux. Astéroïdes interstellaires, formules mathématiques, tsunamis… Ces sujets sont abordés à travers la musique, la danse ou encore le dessin. Il s’agit d’apprendre « sur un fond ludique et poétique », selon les organisateurs. Ce festival sera animé par le comédien Sébastien Bizzotto et la docteure en biologie Marie-Charlotte Morin, habituée des projets de vulgarisation scientifique à travers l’art.

Chaque soir, une vidéo sera diffusée sur la chaîne YouTube et la page Facebook du Curieux Festival, à l’exception du mercredi, où deux créations seront publiées. Un temps d’échange avec les artistes et les scientifiques est prévu. Les questions pourront être posées par écrit lors de la diffusion et à son issue.

Au programme :

    Lundi 26 avril à 20h15 : « Oumuamua, curieux visiteur interstellaire », avec Gladys Bourdon, artiste plasticienne et Renaud Toussaint, géophysicienMardi 27 avril à 20h15 : « La formule pour faire un tube », avec Lionel Grob, auteur-compositeur-interprète et Moreno Andreatta mathématicienMercredi 28 avril à 13h15 : « Variations sur une bulle », avec Sébastien Kaufmann, jongleur danseur, et Wiebke Drenkhan, physicienne,Mercredi 28 avril à 20h15 : « Je te protège, tu me protèges », avec Nino (Lionel Riou), clown et Christophe Hommel, médecin vaccinologueJeudi 29 avril à 20h15 : « Le ciel miroir », avec Manon Liénart, illustratrice et Sébastien Derriere, astronomeVendredi 30 avril à 20h15 : « Tsunamis imaginaires, sonores et sensibles », avec Leïla Badri, chanteuse lyrique et Cécile Clément, docteure en géophysique

Un sprint final abordable pour la course au maintien du Racing

Un sprint final abordable pour la course au maintien du Racing

Le Racing Club de Strasbourg entre dans le sprint final de la Ligue 1. Il reste cinq rencontres à disputer pour le club alsacien avant de boucler l’exercice 2020-21. Le RCSA est toujours dans la lutte pour le maintien avec six points d’avance sur Nîmes, le premier club à se situer dans la zone rouge. Sur le papier, le Racing a toutes les cartes en main pour assurer son maintien dans l’élite du football français et éviter des frayeurs à ses supporters.

La saison 2020-21 arrive à son terme dans des enceinte stades toujours vides. Il ne reste plus que cinq matches et le Racing Club de Strasbourg doit encore batailler pour assurer son maintien dans l’élite retrouvée en 2017. En observant les prochaines échéances, le calendrier du Racing paraît abordable pour réussir l’objectif minimal de cette année. Le club alsacien va affronter deux équipes classées derrière elles. Et contrairement à ses poursuivants, il ne joue aucune des quatre grosses cylindrées de cette dernière ligne droite.

La route du maintien commence ce dimanche, avec la réception du FC Nantes, avant-dernier de Ligue 1. Mieux classé, le RC Strasbourg (14ème) sera favori, d’autant plus que c’est une équipe que les Bleus et blancs avaient dominée au match aller (victoire 4-0). C’est donc des points que les hommes de Thierry Laurey devraient engranger pour s’éviter trop de frissons avant la fin de saison. Mais gare à l’excès de confiance, car en face les Nantais jouent aussi leur survie.

Hormis le Dijon FCO à la dernière place, de nombreux mouvements sont encore possibles dans la course pour le maintien.
Photo : Capture site officiel : Ligue 1.fr

En comparaison avec le calendrier des concurrents, le Racing s’en tire bien

La suite du programme s’annonce plus difficile. Le Racing va ensuite affronter l’Olympique de Marseille, qui vise la cinquième place. Puis ce sera au tour de Montpellier (8ème) et Nice (10ème). Deux équipes contre lesquelles le RCSA a perdu à l’aller. Bref, il faudra grappiller des points dans ces rencontres où le rapport de force n’est pas en faveur des Strasbourgeois. Car côté supporters, on aimerait bien éviter que tout se joue lors de l’ultime rencontre face à Lorient, une autre équipe mal classée (17ème) qui lutte pour rester en Ligue 1.

Le Racing Club de Strasbourg (14ème) n’est pas encore officiellement maintenu ! Lorient, Nîmes et Nantes bataillent également pour le maintien où six points séparent le club alsacien à la zone rouge de relégation. Photo : La Cave de Papy

Le Racing bénéficie d’un matelas de six points devant la zone rouge. On peut considérer que notre équipe bénéficie de deux « jokers » par rapport à ses poursuivants et en particulier Nîmes, barragiste pour la relégation (18ème). Les Strasbourgeois bénéficient d’un calendrier moins compliqué que les Nîmois. Le club relégable va lui terminer par l’Olympique Lyonnais (4ème) et Rennes (7ème) et aucun match face à des mal classés. Quant à Lorient, la formation bretonne va aussi jouer contre Lyon, où les chances de lâcher des points sont élevées.

Le principal enjeu de cette fin de saison sera donc de conserver cet avantage le plus longtemps possible. Et éviter les sueurs froides à ses fans… qui vibreront à distance.

À Schiltigheim, manifestation des salariés de Bio-Rad vendredi 23 avril

À Schiltigheim, manifestation des salariés de Bio-Rad vendredi 23 avril

Les salariés du site de Bio-Rad à Schiltigheim appellent à manifester devant la mairie de la ville, vendredi 23 avril à 14 heures. Ils plaident pour de meilleures conditions de départ après l’annonce de la fermeture du site.

Les salariés de Bio-Rad appellent au rassemblement devant la mairie de Schiltigheim, ce vendredi à 14 heures. Ils protestent contre les conditions de départ après la fermeture du site de Bio-Rad, installé depuis le début des années 2000. Les manifestants arpenteront les rues de Schiltigheim, de la place de la mairie jusqu’au jardin de la Résistance.

Cette manifestation intervient plus de deux mois après l’annonce du plan social. Par cette action, les salariés espèrent provoquer le soutien des représentants politiques locaux. Rien que dans la ville alsacienne, 110 personnes vont perdre leur emploi courant 2022.

Résignés quant à leurs chances de sauver le site alsacien, les salariés se mobilisent pour un plan social plus favorable. « La direction nous propose 1500 euros par années d’ancienneté, en plus de l’indemnité légale », se désole Franck Muller. L’élu au conseil social et économique de l’entreprise poursuit : « Nous ce que l’on demande, c’est l’équivalent de 0,6 mois de salaire par année d’ancienneté ». Franck Muller garde espoir : « Tout doucement, la direction à l’air de glisser vers des indemnités de départ plus généreuses. »

Plan de délocalisation d’ampleur

La recherche et développement représente un tiers des salariés de Bio-Rad à Schiltigheim. Cette partie de l’activité du groupe américain sera délocalisée à Hercules, près de San Francisco. La ligne de production qui représente deux tiers des postes schilikois sera transférée à Singapour.

Bio-Rad produit des équipements pour les professionnels de santé. L’entreprise s’est lancée en 2021 dans un vaste plan de délocalisation qui ne concerne pas que l’Alsace. L’usine de production de Roanne (Loire) et les services de management de Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine) figurent aussi parmi les sites menacés. Au total : 280 personnes sont susceptibles de perdre leur emploi en France.

Les écologistes toujours à la recherche de la formule magique pour impliquer les Strasbourgeois

Les écologistes toujours à la recherche de la formule magique pour impliquer les Strasbourgeois

La municipalité a présenté ses projets pour renouveler la démocratie des quartiers. Mais elle n’en dit pas plus sur sa manière de procéder sur la Zone à faible émission et l’interdiction des voitures anciennes et diesel. Les personnes investies dans les outils de participation accueillent ces changements avec circonspection.

« Allez Carole, aujourd’hui, c’est votre soirée ! »Avec cette phrase adressée à l’adjointe en charge de la démocratie locale Carole Ziélinski, l’animateur Dan Leclaire a sûrement résumé mieux que quiconque l’objectif de cette visio-conférence. Ouvert à tous les Strasbourgeois et Strasbourgeoises, le deuxième « Conseil de la participation citoyenne » (CPC) du mandat a surtout permis à la municipalité de dérouler ses projets de réforme de la démocratie locale. Selon un décompte d’habitants chargés de veiller au bon respect des règles de la démocratie locale 72,2% du temps de parole a été monopolisé par les élus contre 8,6% pour les participants. En procédant de la sorte, Jeanne Barseghian (EELV) et son équipe s’éloignent de la vocation initiale de ces rencontres qui visent à mettre la municipalité, l’administration et les habitants sur un pied d’égalité.

Des habitués mécontents, une opposition active

Il faut dire que peu de choses ont avancé depuis le début du mandat. La municipalité s’est petit à petit retrouvée sous pression de celles et ceux qui s’étaient engagés et épanouis lors du mandat précédent, où la démocratie strasbourgeoise avait été modernisée à l’aide d’un « Pacte ». Une partie de l’opposition a aussi embrayé sur ce manque, en multipliant les interpellations. Le reproche le plus récurrent est de ne pas avoir réactivé les conseils de quartiers. « C’est une obligation légale dans les grandes villes et cela prive des Strasbourgeois à leur droit d’expression », appuie Pierre Jakubowicz (Agir).

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Des associations déplorent un manque d’hébergement, de toilettes et de lieux de répit pour les sans-abri

Des associations déplorent un manque d’hébergement, de toilettes et de lieux de répit pour les sans-abri

Alors candidate à la mairie, Jeanne Barseghian s’est engagée sur une liste de 20 mesures pour la lutte contre le sans-abrisme. Un an plus tard, des associations d’aide aux sans-abri dressent un bilan mitigé de la politique de la Ville et de l’Etat.

Dans un communiqué diffusé mardi 20 avril, 52 associations et personnes engagées dans la lutte contre le sans-abrisme demandent l’application rapide des 20 propositions faites il y a un an, lors des élections municipales. Parmi les candidats de l’époque à la mairie de Strasbourg, Jeanne Barseghian avait promis de suivre toute la « charte d’engagement des futurs-es élus-es du territoire de Strasbourg ». À ce jour, les signataires de cette tribube considèrent que quatre des 20 propositions sont « mises en œuvre » et 11 autres sont en cours d’application.

Une tente abandonnée, en février 2021. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Manque de lieux d’hygiène et de répit

« De manière générale ça va dans le bon sens, mais il y a des propositions très importantes qui ne sont pas encore mises en place », résume Gabrielle Ripplinger, présidente de l’association La Cloche, qui vient en aide aux SDF à Strasbourg. « Il n’y a pas de projet de bagageries, de développement des lieux d’hygiène, de répit », dénoncent les associations et personnes signataires de la tribune. Leur communiqué souligne notamment l’aspect essentiel des douches accessibles aux personnes sans-abri.La mise en place d’une réglementation sur les mobiliers anti-SDF est aussi considérée comme urgente.

Depuis un an maintenant, les préfectures, en accord avec les collectivités, ont créé des places d’hébergement d’urgence dans des hôtels. Mais les associations craignent aussi la fin de ce dispositif temporaire. Les autorités « commencent déjà à évacuer certains hôtels », s’inquiète Gabrielle Ripplinger.Pourtant, la situation est déjà dégradée. « Il y a une dizaine de nouveaux camps dans la métropole », se désole la présidente de La Cloche. Et d’ajouter : « Ce que nous demandons, c’est l’installation de points d’eau et de WC dans ces camps. »

Une coopération entre les institutions insuffisante

En matière d’accès au logement, les collectivités et l’État se partagent la tâche. Si l’organisation d’hébergements d’urgence est de la responsabilité de l’État (donc des préfectures), l’accompagnement social se fait grâce aux travailleurs sociaux des communes et du département, qui a aussi la responsabilité de l’aide sociale à l’enfance.

Le collectif d’associations dénonce également le manque de coordination entre ces institutions. Même si des réunions entre collectivités et État ont été organisées, les signataires du communiqué classent la « réflexion avec l’État et la Collectivité Européenne d’Alsace (CEA) associant toutes les associations locales » dans les promesses non tenues.

Des avancées reconnues

D’autres engagements sont en cours de réalisation. Les militants contre le sans-abrisme approuvent la création à venir d’un nouveau lieu de vie et de distribution alimentaire, une agora des solidarités, mais aussi la création d’un guide des solidarités. Le collectif de 52 associations et personnes reconnaît aussi la création de nouvelles places d’hébergement d’urgence et salue l’engagement de la Ville de Strasbourg dans le dispositif gouvernemental « Logement d’Abord ». C’est dans ce cadre que la métropole strasbourgeoise a lancé en 2020 un appel à projet, avec pour objectif de mettre en place une équipe chargée d’accompagner 70 personnes vers une solution de logement pérenne.

« Un plan de communication »

Il y a un an, 330 bénévoles sillonnaient les rues de Strasbourg et sa métropole dans la nuit du 4 au 5 mars 2020. L’objectif de cette première « Nuit de la Solidarité » strasbourgeoise ? Comptabiliser le nombre de personnes contraintes de dormir dans la rue. Les 26 associations et collectifs qui ont participé à cette opération sommaient déjà les collectivités d’agir pour pallier le déficit d’hébergement, estimé à 1000 places manquantes.

Ainsi l’organisation par l’État d’une nouvelle « Nuit des solidarités » ne convainc pas les associations et militants signataires de la tribune. « Je ne vois pas trop la plus-value, les chiffres on les connaît », s’agace Gabrielle Ripplinger. Terminé le comptage, place à l’action. C’est un peu la ligne que défendent les bénévoles qui voient en cette annonce « un plan de communication » gouvernemental.

Parkour, skatepark et biergarten : les nouvelles ambitions de la Ville pour le parc et la Halle Citadelle

Parkour, skatepark et biergarten : les nouvelles ambitions de la Ville pour le parc et  la Halle Citadelle

Les travaux sont lancés pour faire de l’entrée du parc de la Citadelle un nouveau lieu extérieur pour les cultures urbaines dès cet été. Ces travaux s’engagent suite à une idée initiale d’une association strasbourgeoise. De l’autre côté du canal, un lieu éphémère devrait ouvrir avant la conception d’un futur quartier au bord de l’eau.

Les balles de basket ne rebondissent plus sur le macadam. Pelleteuses et ouvriers occupent désormais les terrains de la Citadelle, à l’entrée du parc. Aucun panneau n’annonce à quoi vont servir ces travaux. Après quelques jours, une petite fiche plastifiée a été ajoutée pour rassurer sur le sort de ce lieu emblématique de la balle orange à Strasbourg.

À l’heure où le terrain omnisport du 92 avenue du Rhin est menacé, c’est pourtant un chantier important, 1,6 million d’euros, qui s’amorce dans ce parc de l’Esplanade. Les deux terrains de basket vont être rénovés, deux demi-terrains seront également ajoutés, ainsi que deux paniers.

Mais il ne s’agit pas seulement d’un projet autour du basket. Des agrès de parkour (sport acrobatique qui consiste à franchir des obstacles urbains), un mur pour graffitis et une scène seront également ajoutés. Enfin, un skatepark d’environ 1 000 m2, accessibles aux débutants comme aux plus chevronnés, se logera le long du quai des Alpes. Cet espace creusé permettra enfin de réaliser le projet lauréat du budget participatif, qui n’a jamais trouvé de point de chute depuis 2019.

Au sol, on distingue l’emprise des futurs terrains de basket. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Deux phases de travaux

D’habitude, les retards de travaux créent du mécontentement. Mais dans le cas de la Citadelle, ils ont démarré plus vite que prévu. Ce qui a aussi suscité des interrogations. L’adjoint en charge des Sports, Owusu Tufuor, s’explique :

« Il y a deux aspects. Les terrains de basket qui sont à la Ville de Strasbourg, qu’on doit rénover, et pour lesquels on veut aller vite pour qu’ils soient prêts en même temps que l’Euro de basket féminin (du 17 au 27 juin à Strasbourg, ndlr). Il y aura aussi les nouveaux terrains de 3 contre 3. Et puis le reste des activités, qui doit encore faire l’objet de concertations, et pour lesquelles on lancera un marché de design, qui est prévu pour juin 2022. »

Les grandes lignes sont connues, mais plusieurs détails sont à ajuster. Quels seront les agrès ? Mettra-t-on des paniers moins haut pour les plus petits ? Y aura-t-il un éclairage en début de soirée ? Owusu Tufuor et l’élu du quartier Esplanade renvoient ces demandes à une discussion « plus large » avec les habitants.

La future organisation du Parc de la Citadelle. Un des terrains et le skatepark un peu plus grand (doc Ville de Strasbourg).

À l’origine du projet, Tamim Daoudi, 39 ans et designer de matériel professionnel. Lui-même utilisateur des terrains de basket, il raconte la genèse de son idée :

« En écoutant les uns et les autres, j’entendais que ces terrains n’étaient pas assez exploités, qu’il y avait des besoins, y compris pour des familles. Cela a été le début de cinq ans de travail. Je me suis lancé comme si c’était un projet professionnel. La réflexion, c’est que si on fait juste un équipement, ce serait à côté de la plaque. Il fallait un lieu transversal qui dynamise ce quartier. La suite ça a été de rassembler des personnes avec des compétences diverses. »

Strasbourgeois depuis 2003, Tamim Daoudi est un utilisateur des terrains de la Citadelle. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Son ami Emmanuel Hoff, fondateur de l’accélérateur culturel CultureAngels, devient « la plume » du projet. Il développe les idées « université à ciel ouvert », pour positionner le projet, notamment vers la jeunesse : « On est dans un quartier dense, et c’est souvent en bas de chez soi qu’on va faire ses premières rencontres et s’émanciper », dit Emmanuel Hoff aujourd’hui.

Les initiateurs traversent la rue pour travailler le projet avec le centre socio-culturel de l’Association des résidents de l’Espanade (Ares). « Ils sont venus spontanément et on a fait plusieurs ateliers avec des habitants », se souvient le directeur Marc Philibert. Pour aider le projet à se développer, ce dernier est devenu trésorier de l’association Street K, créée pour porter ce projet. Elle regroupe des personnes compétentes dans les cultures urbaines, les sports de glisse, la musique, la communication, etc. Au fil des rencontres, Tamim Daoudi découvre aussi toute la complexité d’une telle opération. « Un ancien directeur des architectes des bâtiments de France m’a expliqué qu’un préau pour jouer quand il pleut n’était pas possible, car il s’agit d’un site historique ».

Le projet avance et est présenté à la précédente municipalité en fin de mandat. Malgré des retours favorables, il ne dépasse pas les arbitrages entre adjoints. Le début de la campagne des élections municipales bloque ensuite le lancement de toute nouvelle réalisation à partir de septembre 2019. Tamim Daoudi était colistier d’Alain Fontanel (33e et non-présent sur la liste fusionnée avec Jean-Philippe Vetter au second tour), mais le sujet n’est pas évoqué lors de la campagne. « Je ne voulais pas que le projet soit associé à l’une ou l’autre liste, ça aurait pu le fragiliser ensuite », raconte Tamim Daoudi. Après cette expérience, le jeune homme a depuis un peu pris ses distances avec la sphère politique.

L’association imagine des terrains colorés et décorés pour renforcer l’identité du lieu. Photo : doc remis

Trouver la place des femmes

Tout juste intronisée à l’été, la municipalité écologiste saisit la balle au bond. Seules modifications demandées par la maire Jeanne Barseghian (EELV) : un ensemble qui n’oublie pas les femmes, et plus de végétal. Ainsi, aucun arbre ne sera coupé et quelques plantations ajoutées, notamment sur la partie Parkour. Pour la féminisation, le défi est plus complexe, mais les porteurs ont quelques idées : « Il faut que Street K s’ouvre à des associations féminines autour des cultures urbaines », envisage Tamim Daoudi. Et pour le basket, il imagine des compétitions ponctuelles avec des « équipes mixtes » ou féminines. « C’est un enjeu de programmation, plus que de design ». Car il est vrai que l’on retrouve surtout des hommes autour de Street K. Le projet est validé par la municipalité en octobre, qui le prendra sous sa coupe, et une délibération a été votée à l’unanimité en mars.

À charge pour la municipalité d’aller au bout de l’aventure, sans décevoir les idéaux du début. « L’enjeu, c’est que ça reste un lieu public et qu’il ne soit pas approprié par l’une ou l’autre association. C’est une question démocratique. Aujourd’hui, c’est un espace en accès libre où tout se passe bien, il n’y a pas de dégradation ou de bagarre, cela doit rester ainsi », explique Patrice Schoepff, élu de l’Esplanade. « Pour l’animation, la Ville pourra passer des commandes via des appels à projets ou répondre à des demandes d’associations », appuie Owusu Tufuor. À écouter les deux hommes, les demandes d’utilisations régulières ou ponctuelles affluent déjà autour de ce futur lieu. « On a déjà eu une quarantaine d’échanges avec les porteurs du projet », mentionne Owusu Tufuor. Il insiste sur le fait que le lieu restera public.

Patrice Schoepff (à g.) et Owusu Tufuor (à d.), le binôme d’élus en charge de mener à bien ce projet à la Citadelle. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Tamim Daoudi approuve cette inclinaison :

« Il peut y avoir des évènements ponctuels quelque fois dans l’année, mais ça doit rester un lieu dédié aux amateurs comme aujourd’hui, où naissent des vocations. Quand je vois que sur la place d’Austerlitz on ne peut plus boire un café à certaines heures, on est dans une forme d’exclusion. »

L’entrepreneur de 39 ans estime que l’histoire de Street K est un « modèle réplicable » pour d’autres projets. Néanmoins, la durée, « un marathon avec ses hauts et ses bas », est selon lui la principale difficulté pour garder un maximum de monde motivé dans l’aventure. « Il faut aussi savoir lâcher du lest sur son idée de départ pour que ce soit gagnant-gagnant », conseille-t-il.

De l’autre côté, de l’eau et de la bière

À quelques mètres à vol d’oiseau, mais de l’autre côté du canal, un autre lieu devrait prendre vie cet été. Il s’agit des Halles Citadelle, aujourd’hui inutilisées. La Ville de Strasbourg, via sa Société publique locale (SPL) des Deux Rives, aimerait y installer un « biergarten estival » éphémère, en extérieur et au bord de l’eau, sur environ 2 000 m2. La description de l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) s’approche d’un lieu comme la Grenze, créé derrière la Gare il y a deux étés. En plus des activités de bar-restauration avec « vue sur la cathédrale », la SPL attend une « programmation culturelle, des animations sportives et ateliers ». Le 19 avril, « une dizaine » de dossiers ont été remis et un jury devrait choisir une équipe d’ici le mois de mai, avant une ouverture en juin.

L’appel à manifestation d’intérêt porte sur les vastes espaces extérieurs. Photo : GK / Rue89 Strasbourg
Halle Citadelle et parc de la Citadelle sont très proches à vol d’oiseau, mais séparés par le bassin de la… Citadelle. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Objectif selon la présentation de l’AMI: « Inscrire le lieu dans la carte mentale des Strasbourgeois » ou encore « préfigurer des usages futurs ». À l’instar du quartier de la Coop il y a quelques années, l’enjeu est d’habituer des riverains à se rendre à cet endroit, de s’y divertir et d’y consommer avant d’importants travaux et la création d’un nouveau quartier. L’idée : montrer que ces lieux ont du potentiel. Pour le moment, ces bâtiments abandonnés ont simplement accueilli quelques concerts lors des festivals Contretemps et Musica en 2019, ainsi que des congrès professionnels. Ils cherchent leur vocation pour la suite.

Car le reste de la Presqu’île Citadelle est pour l’instant en friche. La dépollution des sols est en cours avant de décider de la conception exacte de ce futur quartier. La programmation prévoit des bâtiments de faible hauteur, mais n’est pas encore arrêtée. En prenant ses fonctions à l’été 2020, le nouveau président Jean Werlen souhaitait que davantage d’importance soit accordée « à tout ce qui est vert, végétal, mobilité urbaine, sur la qualité thermique, et sur les matériaux » pour les Deux-Rives. Alors que la Presqu’île cherche son identité, les habitants du quartier trouveront quoi qu’il arrive un nouveau lieu de loisir dans le parc voisin. Une passerelle réservée aux piétons et aux cyclistes devrait également relier le Parc et la Presqu’île.

Manifestation contre la réforme de l’assurance chômage ce vendredi

Manifestation contre la réforme de l’assurance chômage ce vendredi

La CGT du Bas-Rhin et Solidaires Alsace appellent à rejoindre le mouvement de protestation national contre la réforme de l’assurance chômage, vendredi 23 avril à Strasbourg. 

Le cortège doit prendre son départ à 11h, place du Maréchal de Lattre de Tassigny, pour rejoindre le Théâtre National de Strasbourg, occupé depuis 6 semaines par ses étudiants. « Nous y serons à 13h, pour voir le spectacle quotidien des élèves », précise Laurent Feisthauer, secrétaire départemental de la CGT du Bas-Rhin. Le monde du spectacle, en lutte pour la réouverture des lieux culturels et un accompagnement financier, s’associera à la manifestation. 

« On va précariser des gens qui le sont déjà »

Le syndicat exige le retrait de la réforme de l’assurance chômage, mais aussi « le maintien des aides pour les apprentis accueillis en CFA qui n’ont toujours pas trouvé de patron », poursuit Laurent Feisthauer. La CGT demande également « le maintien des dispositions spécifiques pour les saisonniers intérimaires, qui seraient annulées par la réforme de l’assurance chômage ». « On va encore plus précariser des gens qui le sont déjà », s’inquiète-t-il.

La CGT du Bas-Rhin et Solidaires Alsace appellent à manifester ce vendredi 23 avril, à 11h, contre la réforme de l’assurance chômage (photo GK / Rue89 Strasbourg).

Lancée en 2019, la réforme de l’assurance chômage prévoit notamment un changement du mode de calcul, qui désavantagerait les travailleurs les plus précaires. Selon l’Unédic, 1,15 million de personnes « ouvriront un droit avec une allocation journalière plus faible », accompagnée d’un allongement de la durée de ces droits. La réforme pourrait aussi toucher les salariés en chômage partiel, en congé-maternité ou en arrêt-maladie. Interrompue par la crise sanitaire, ce nouveau dispositif doit entrer en application à partir du 1er juillet 2021.

Après six semaines d’occupation du TNS, maigre bilan mais des étudiants toujours révoltés

Après six semaines d’occupation du TNS, maigre bilan mais des étudiants toujours révoltés

Les élèves du TNS occupent depuis le 9 mars les locaux de leur école. Sur fond de revendications sociales multiples et d’invitation à la fête, ils appellent la jeunesse mais aussi les intermittents et les travailleurs à rejoindre leur lutte. Une convergence qui rend leur message peu lisible.

C’était la principale revendication. Dès le premier jour d’occupation du Théâtre National de Strasbourg, le 9 mars, il s’agissait pour la cinquantaine d’élèves de l’École du TNS de réclamer la réouverture des lieux culturels, et en l’occurrence des théâtres. Mais petit à petit, les choses ont changé. Et le nom qu’ils ont repris, Ouvertures Esssentielles, est trompeur. « Il y a eu une migration du mouvement, ce n’est plus notre première revendication », explique Manon. L’étudiante en première année de régie création précise : « Au nom de la jeunesse, on se bat pour une société dans laquelle il est possible d’exercer la culture comme métier et d’en vivre décemment. »

« Une des mes amies est sortie d’une école de théâtre en juin 2020. Elle n’a rien : pas de statut, et pas d’aide. C’est ce système que nous voulons changer. »

Manon, élève en première année de régie-création.
La liste des nouvelles revendications, mise à jour la semaine du 12 avril 2021 (photo CB / Rue89 Strasbourg).

Redéfinition d’un message 

Marion, élève en seconde année de dramaturgie à l’école du TNS, complète : « Notre lutte n’est pas pour la culture, elle est pour une société dans laquelle la culture a une place. » Une première distinction qui paraît claire pour celui qui suit le mouvement avec assiduité, mais qui a encore du mal à être relayée clairement auprès du public.

Mi-avril, les revendications des élèves et des occupants sont au nombre de huit, partagées avec les étudiants de la Haute École des Arts du Rhin et la Coordination des Intermittents Précaires d’Alsace : le retrait de la réforme de l’assurance chômage, qui doit intervenir à l’été, un plan d’accompagnement pour les étudiants en fin d’études, des mesures de soutien aux intermittents et travailleurs précaires, une année blanche prolongée pour les intermittents, un accès à l’intermittence facilité en début de carrière, et l’abrogation de la distinction entre secteur essentiel et non essentiel.

Marion explique : « On ne veut pas de ces catégories qui se basent sur la valeur marchande et économique des activités professionnelles. »

Leur revendication principale n’est donc plus la réouverture des lieux de culture. Celle-ci n’arrive d’ailleurs qu’en dernière place de cette nouvelle liste. Sont-ils prêts à bloquer les réouvertures si elles ne sont pas accompagnées de mesures spécifiques ? Oui, assure Marion : « Une réouverture sans accompagnement est un suicide du monde théâtral, » assène-t-elle.

Difficile donc de s’y retrouver entre les différents acteurs de la lutte dans le secteur. Dominique Lecoyer, directrice des études depuis 1995 à l’École du TNS, craint qu’ils ne soient perçus comme des privilégiés : « Je ne sais pas quel impact on a, parce qu’on est dans une grande institution. »

Si l’administration soutient ses étudiants, les cours sont maintenus et les élèves répètent au théâtre normalement.

Des élèves du TNS prennent la parole lors du forum du 14 avril pour inviter les participants à trouver des slogans en vue de la manifestation du samedi suivant (photo CB / Rue89 Strasbourg).

De l’habitation à l’occupation

Dès le 31 mars, l’habitation des lieux se transforme en occupation. « On veut donner aux gens un endroit de parole, » explique Marion. Une tentative d’ouverture aux acteurs extérieurs, même si dans les faits les occupants restent en très grande majorité des élèves de l’école. Vendredi 16 avril, seulement 6 personnes extérieures au TNS occupent effectivement le lieu avec les étudiants. S’ajoutent parfois des militants d’autres lieux occupés, qui viennent voir l’organisation au sein du TNS. Car le théâtre est encore utilisé par la centaine de salariés qui y travaillent. « On a un protocole pour accueillir des gens extérieurs, il faut un test PCR car on veut prendre soin des salariés, ce n’est pas un lieu vide », précise l’étudiante. 

Parmi la centaine de théâtres occupés en France depuis le mois de mars, l’Odéon à Paris, le Graslin à Nantes, ou celui d’Orléans sont occupés par des intermittents. La spécificité du TNS : ses occupants sont ses étudiants. « On joue à domicile, » plaisante Manon. Mais contrairement à Orléans où le théâtre est accessible à tous, la restriction à l’entrée du TNS n’aide pas à démystifier ce qu’il se passe à l’intérieur.

Manifestation sur le parvis le 16 avril : les acteurs se battent pour avoir accès à leurs « Zaki Socio » (photo CB / Rue89 Strasbourg).

Une multiplication d’assemblées générales et d’actions

Le parvis du théâtre, 1 rue de la Marseillaise, est le principal lieu d’action des étudiants. Au début, ils y organisaient des « forums quotidiens » tous les après-midis. Puis, faute de participation, les horaires de ces forums ont été réduits aux mercredis, vendredis et samedis à 13h. « On ne réussissait plus à toucher de nouveau public », explique Manon. Lors du forum du 14 avril, les étudiants, lycéens et toute personne volontaire pouvaient participer à la création de pancartes pour la manifestation du 17 avril. Une trentaine de personnes se sont rassemblées pendant une heure, sur fond de musique et de prises de paroles ouvertes.

Deux élèves du TNS inscrivent les slogans proposés sur des pancartes, en vue de la manifestation « Strasbourg Réveillée » de samedi 17 avril 2021 (photo CB / Rue89 Strasbourg).

Les élèves organisent également des assemblées générales publiques, dont la quatrième a eu lieu vendredi 16 avril. Rassemblant en moyenne plus d’une cinquantaine de personnes, elles sont l’occasion d’ouvrir le débat au-delà des occupants du théâtre. Marion détaille l’objectif : « La meilleure façon de se battre, c’est de réfléchir ensemble. Et vu que tout est fermé, le théâtre peut aussi servir à ça. Ouvrir la lutte, c’est surtout sortir de notre parvis. » La directrice des études complète : « C’est utopiste, mais j’ai l’optimisme de penser que ça englobe plus que le TNS. »

Prise de parole lors du débat mouvant le 16 avril, en réponse à la question : « Peut-on faire la fête et la révolution » (photo CB / Rue89 Strasbourg).

Autre tentative pour s’inscrire dans un mouvement plus global, les étudiants du TNS ont également participé à la marche pour une « vraie loi climat » du 28 mars. Torses nus, ils ont défilé avec des slogans inscrits en noir sur leurs corps. Un choix d’action réitéré lors de la manifestation du 17 avril, face au Parlement Européen. Marion explique :

« C’est une manière de montrer la chair dans ce qu’elle a de vulnérable. On a besoin de montrer notre mécontentement, assez fort pour interpeller le gouvernement et susciter leur réaction. »

Les élèves du TNS manifestent devant le Parlement Européen le samedi 17 avril Photo : CB / Rue89 Strasbourg

Ils mènent aussi des actions flash comme des représentations courtes dans les trams, ou le samedi 10 avril dans un supermarché de la place Kléber. Les élèves se saisissent de l’espace public pour y jouer des prestations théâtrales, des scènes où des comédiens s’allongent sur les tapis de caisse voire à même le sol, pour symboliser la mort du milieu culturel.

Des réactions mitigées

Lors de ces parades dans la ville, « on a eu des réactions comme un sourire, ou de l’indifférence parfois, » se souvient Manon. La chaîne humaine créée le 17 mars par exemple, a suscité de la part des passants de vagues sourires. « C’est comme s’ils nous trouvaient mignons de faire du théâtre, » déplore l’étudiante.

Leur manifestation du 17 avril a réuni 350 personnes. Organisée avec le collectif La Finca, la marche était festive, animée par des représentations et un DJ set d’une heure entrecoupé de prises de paroles sur les revendications des élèves.

Mais les gens réagissent de plus en plus. Marion se rappelle d’une dame âgée qui, dans le tram lors d’une action flash, a manifesté son soutien aux étudiants après un monologue des comédiens sur l’indifférence du public. « Il y a parfois de l’inquiétude face à des slogans très forts, et c’est ce sentiment-là qu’on cherche à susciter, » explique l’étudiante. Lorsqu’ils distribuent leurs tracts, elle constate que le public est dans l’ensemble d’accord avec leurs revendications. « Quand on parle avec des passants, ils nous soutiennent sur le principe, » estime-t-elle.

Représentation des élèves du TNS le 16 avril, mettant en scène les différents secteurs de la société et leur évolution durant la crise (photo CB / Rue89 Strasbourg).

Au niveau politique, « la Ville de Strasbourg nous soutient, » assure également Manon. Six militants du mouvement à travers la France ont rencontré un membre du cabinet de la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, le 25 mars. Après avoir élu des délégués de différents secteurs, et mis au point leurs revendications communes, les militants ont demandé à leur ministre des rencontres plus fréquentes et une plus grande transparence sur la suite de la gestion de la crise. « On attend encore leur réponse, » déplore Marion. « Ils ne comprennent pas qu’il y a urgence, » poursuit-elle. Manon elle, a la sensation que les politiques « sont à l’aise dans le système en place, et qu’ils n’ont pas envie d’en changer. »

La mobilisation pourrait s’étendre aux lycéens. Le 14 avril sur le parvis, un groupe d’élèves de terminale dont fait partie Lunéa s’enthousiasme. « Nous avons les mêmes préoccupations qu’eux, et on essaye de venir participer dès que l’on peut, » explique-t-elle.

Des idées de slogans lors du forum du 14 avril, sur le parvis du TNS (Photo CB / Rue89 Strasbourg).

Un appel à la convergence des luttes pour pérenniser le mouvement

Mi-avril, les occupants ont appelé à une « convergence des luttes ». Jeudi 15 avril, une assemblée générale étudiante – à ne pas confondre avec celles du TNS –, voyait se rassembler étudiants, syndicalistes, militants, travailleurs précaires et chômeurs dans un amphithéâtre de l’Unistra. S’il était difficile de comprendre le but de cette réunion et les spécificités de chaque assemblée générale, tous les participants se sont accordés pour se soutenir les uns les autres.

Il ne s’agit pas d’avoir un cahier de revendications conjoint. Les syndicats et représentants des Gilets jaunes soutiennent les actions des occupants du TNS, et ont pris part à la manifestation du 17. Plus qu’une convergence totale ou une mise en commun de leurs actions individuelles, les participants veulent s’épauler et partager leurs réseaux de communication pour mettre en avant les initiatives de chacun. Un souci de préserver le peu de lisibilité de chaque mouvement, pour ne pas amalgamer les tendances mais œuvrer ensemble à un réseau de communication plus large. Grossièrement, le TNS veut fédérer la jeunesse et les étudiants ; et les syndicats parlent aux travailleurs et aux chômeurs. Une distinction qui reste ambigüe quant à la place donnée aux intermittents par les élèves. « On se bat aussi pour eux, car on a le temps de lutter, » estime Marion.

« On veut peut-être leur ouvrir notre occupation, » précise l’étudiante en dramaturgie. Mais cela passerait par l’occupation d’un autre lieu, La Fabrique. Peut-être cette dissociation entre le bâtiment du théâtre et les revendications portées apportera-t-elle plus de cohérence quant aux acteurs mobilisés, et sur le but de leurs actions. 

Vis-à-vis des syndicats, Marion reste formelle : les étudiants veulent préserver leur indépendance totale. « Ils l’ont d’ailleurs bien compris, » précise-t-elle. Si Force Ouvrière et la CGT soutiennent les étudiants, ils ne sont pour le moment pas en collaboration, ni affiliés.

Manifestation sur le parvis du TNS le 14 avril (photo CB / Rue89 Strasbourg).

Au-delà de l’été

Mais qu’adviendra-t-il du mouvement à la fin des cours ? Dominique Lecoyer précise que, déjà en 2020, le théâtre n’avait pas cessé son activité. L’occupation serait donc encore possible. « La fin des cours ne marquera pas la fin de l’action, » précise Marion. « On a besoin de mettre nos corps quelque part pour qu’ils puissent parler, » ajoute-t-elle.

Sont évoqués l’occupation d’autres lieux, la possible tenue d’États Généraux, la rédaction d’un manifeste, et d’autres actions dont les occupants parlent entre eux et avec les autres mouvements en France. S’il est difficile de prévoir l’ampleur de ce mouvement, le désir des étudiants du TNS est de le voir continuer au delà du cadre de leur école, et de leur calendrier scolaire.

Appel et Pacte pour l’union de la gauche ne feront pas campagne ensemble aux régionales

Appel et Pacte pour l’union de la gauche ne feront pas campagne ensemble aux régionales

Malgré de nouvelles discussions, l’Appel inédit et le Pacte Grand Est sont incapables de trouver un terrain d’entente pour les élections régionales. Au risque de faire de la figuration comme en 2015 si les deux listes vont au bout.

Vers deux listes de gauche et écologistes dans le Grand Est. Alors que les situations se décantent dans les régions où la gauche a fait de la figuration en 2015 (Centre-Val-de-Loire, Hauts-de-France, Provence Alpes Cotes d’Azur), la dispersion a franchi un cap ce week-end dans le Grand Est pour les élections régionales des 20 et 27 juin.

Le communiqué est parti samedi soir côté Appel inédit. Et semble acter un point de non-retour : « l’Appel inédit incarnera donc la gauche progressiste et écologiste dans cette campagne », conclut le texte. Des discussions avec le « Pacte pour une Région Grand Est écologiste, citoyenne » ont eu lieu vendredi et samedi. Le « Pacte » est un accord négocié localement par les représentants de 5 partis écologistes dont EELV, avec le Parti Communiste et le Parti socialiste derrière Éliane Romani (EELV). Il a été adopté par les militants écologistes et communistes, tandis que la direction nationale du PS a tout suspendu de son côté (lire ici).

« Ce n’est pas la première fois que deux groupes se tapent dessus, avant de se rabibocher », philosophait en mars Pierre Jouvet, de la direction nationale du PS. Mais cette fois-ci, le porte-parole qui a assisté aux visioconférences du week-end et doit en rendre compte au premier secrétaire Olivier Faure, risque de devoir rapporter qu’il n’y aura pas de grande photo de famille. Les rancœurs personnelles sont toujours vives dans une partie de la gauche de l’Est de la France. Depuis le début, les relations sont tendues entre les deux démarches : « Apparatchiks ; Oukazes ; Initiatives personnelles ; Mépris » font partie du vocabulaire de part et d’autres pour qualifier ses partenaires.

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Les grandes lacunes de Stocamine : suspicion de déchets irréguliers sous la nappe phréatique

Les grandes lacunes de Stocamine : suspicion de déchets irréguliers sous la nappe phréatique

Protocole d’acceptation des déchets peu regardant, fraudes établies, pression d’un groupe privé entré à l’actionnariat de l’entreprise… De nombreux éléments mettent en lumière une gestion douteuse de Stocamine et impliquent de sérieuses interrogations sur la présence de déchets non conformes au règlement du site, sous la plus grande réserve souterraine d’eau potable en Europe. Enquête.

« Les déchets placés à Stocamine ne sont pas bien déterminés. Certains pourraient être irréguliers au regard des consignes d’exploitation qui étaient fixées », assure Marcos Buser. Ce géologue suisse faisait partie d’un groupe d’experts (COPIL) chargé de cerner les différentes options suite à la fermeture du site de Stocamine. De 1999 à 2002, l’entreprise réceptionnait et stockait des déchets toxiques, envoyés par des industriels, dans une ancienne mine de potasse. Cette dernière est située sous la nappe phréatique alsacienne, où est pompée l’eau potable, à Wittelsheim, dans la banlieue de Mulhouse.

En théorie, seuls certains types de déchets acceptés

En théorie, seuls certains types de déchets industriels ultimes, adaptés au stockage en fond de mine, étaient acceptés. À leur arrivée, ils étaient testés dans le cadre d’une procédure d’acceptation déterminée par l’arrêté préfectoral du 3 février 1997 qui encadrait toute l’activité de stockage. Pour établir un contrat, les industriels devaient préalablement envoyer un échantillon de ce qu’ils comptaient transmettre à Stocamine, accompagné d’une fiche d’identification des déchets.

Pour contrôler la concordance entre ce que les industriels déclaraient et la réalité des déchets, lorsqu’un camion arrivait avec son chargement d’une vingtaine de sacs, l’un d’entre eux était choisi aléatoirement et un échantillon de 200 grammes était prélevé à sa surface. C’est sur ces échantillons que sont basées la quasi-intégralité des études et connaissances actuelles sur la composition des déchets de Stocamine. Les prélèvements étaient ensuite soumis à une analyse de composition sur un spectromètre de fluorescence X.

L’incendie de 2002 provoqué par une violation des règles

Selon la dernière étude menée par Antea Group à la demande de l’État et publiée le 30 septembre 2020, « des problèmes d’interférences et de biais dans les résultats (des tests par fluorescence X, ndlr) ont été constatés comparativement à d’autres mesures » réalisées entre 2014 et 2017 suite au déstockage de 2 270 tonnes de déchets mercuriels. Autrement dit, il y a des différences entre ce qui était déclaré et ce qui était réellement stocké, rien que dans les sacs qui ont été ressortis de Stocamine, réouverts et retestés. En outre, dans le rapport du COPIL, on peut lire que sur les 42 000 tonnes de déchets au total, 4 000 tonnes n’ont pas été vérifiées à leur arrivée car elles contenaient de l’amiante, « Stocamine ne disposant pas de l’équipement nécessaire ».

Or, l’incendie survenu en 2002, qui a précipité la fermeture du site, a justement eu lieu dans le bloc 15, où des déchets étiquetés amiante avaient été positionnés. Stocamine et son directeur Patrice Dadaux ont été condamnés suite à une audience le 28 janvier 2007 au tribunal correctionnel de Mulhouse, notamment pour mise en danger d’autrui par violation manifestement délibérée d’une obligation réglementaire de sécurité.

Le tribunal correctionnel de Mulhouse a jugé que « des manquements graves et répétés ont eu lieu dans la procédure d’acceptation des déchets ». Les chauffeurs de poids lourds, des employés et des cadres décrivaient des odeurs pestilentielles et des écoulements de liquides multicolores qui émanaient des sacs. L’information judiciaire a établi que ces déchets « sont apparus thermiquement instables, inflammables, sous forme de mélanges indéfinissables, contenants des produits phytosanitaires organiques ». Ces paramètres auraient dû conduire Stocamine à exclure les déchets en question d’après l’arrêté préfectoral de 1997.

Les déchets actuellement stockés jamais réouverts en 20 ans

La question est de savoir si ce dysfonctionnement, qui a été mis en évidence par l’incendie, relevait d’une pratique courante de la part de Stocamine, ou d’un événement isolé. Interrogé par Rue89 Strasbourg, Patrice Dadaux assure que « le protocole de test effectué à l’arrivée était suffisant ». Pour Céline Schumpp, secrétaire générale de la société des MDPA, qui détient Stocamine, les déchets sont bien identifiés :

« Les erreurs qui ont causé l’incendie sont isolées. Je n’ai aucun doute sur la qualité des déchets. Dans le cadre d’une tierce expertise (publiée en juillet 2016, ndlr), de nouveaux tests ont été réalisés pour évaluer la nature des déchets, et ils confirment globalement les informations que nous avions. »

L’étude citée par Céline Schumpp n’a pas été réalisée sur de nouveaux prélèvements faits dans la mine, mais sur les mêmes échantillons de 200 grammes que ceux qui ont été analysés lors de la procédure d’acceptation des déchets. L’expertise souligne même des incertitudes quant à « la représentativité de ces échantillons prélevés lors de l’arrivée des colis sur le site ». Pour rappel, seuls 200 grammes par chargement de camion étaient prélevés en surface d’un des sacs. Et les déchets amiantés n’ont donc toujours pas été testés.

De plus, dans la mine, presque la moitié des déchets sont des résidus d’épuration des fumées d’incinération des ordures ménagères (Refiom) d’après le rapport de la tierce expertise. Or 70% de ces déchets n’ont pas été retestés dans le cadre de cette étude, car à priori, les mélanges étaient homogènes et le circuit bien connu. En tout, avec les déchets amiantés, près de 20 000 tonnes sur les 42 000 au total étaient exclues de l’expertise.

Enfin, dans cette fameuse tierce expertise souvent utilisée pour avancer que les déchets de la mine sont bien connus, les scientifiques n’ont réalisé des tests que sur les composés censés être dans la mine, pour évaluer leurs concentrations. Ils n’ont pas évalué la présence ou non d’autres substances dangereuses organiques, estimant que « leur fraction peut être considérée comme faible ». C’est pourtant ce type de substance qui a causé l’incendie.

Le protocole d’acceptation dépendant de la bonne volonté des industriels

Un cadre de Stocamine a accepté de témoigner anonymement pour Rue89 Strasbourg. Il reconnait que la procédure d’acceptation « reposait sur la confiance accordée aux producteurs de déchets, au vu de la faible représentativité des échantillons ». Patrice Dadaux accorde aussi que la sûreté du protocole était tributaire des industriels qui envoyaient les colis, « comme pour toutes les sociétés qui traitent et traitaient des déchets ».

Mais selon les rapports d’activités de Stocamine, en 2001, 4 lots ont été refusés, dont 2 parce que de la radioactivité a été détectée. L’année suivante, 6 lots étaient refusés : l’un d’entre eux était radioactif. Pour un autre, « la nature des déchets n’était pas celle attendue ». Les lots étaient alors simplement refusés et réexpédiés.

Dans le rapport d’une mission d’information parlementaire menée en 2018, on apprend que dès 1999, des lots de déchets radioactifs livrés ont été refusés et renvoyés à plusieurs reprises par l’exploitant ». Quelques lignes plus tard, un autre incident est mentionné :

« Le 27 juin 2001, la Clis (commission locale d’information et de surveillance) a appris que 50 tonnes de déchets (173 colis) contenant des polychlorobiphényles (PCB) avaient été descendues illégalement dans la mine. Malgré l’intervention du préfet pour un déstockage dans les cinq jours, Stocamine a déstocké ces déchets sept mois et demi après. »

Si un industriel posait l’étiquette « amiante », il savait que les sacs n’étaient pas contrôlés

Stocamine n’a pas répondu à nos questions sur la fréquence des refus et l’identité des industriels concernés. Me François Zind, avocat d’Alsace Nature, commente :

« Déjà, des irrégularités sont établies pour le cas des colis contenant du PCB et ceux qui ont causé l’incendie. En plus, nous savons que des colis étaient parfois refusés parce qu’ils ne correspondaient pas au règlement de Stocamine. Cela implique qu’il est tout à fait probable que d’autres déchets non-conformes soient passés au travers des mailles du filet, vue la faible représentativité des échantillons. De plus, il est possible que des industriels aient envoyé des déchets frauduleux, dont ils ne savaient pas quoi faire, sciemment, en espérant que les irrégularités ne soient pas repérées à Stocamine. Un protocole qui repose sur la confiance en les industriels pose problème, c’est évident. »

Jean-Pierre Hecht, ancien représentant du personnel de Stocamine, déplaçait les déchets dans les sous-sols en tant que conducteur d’engins. Il estime que « des industriels indélicats pouvaient facilement frauder en indiquant que des déchets étaient amiantés », et donc non contrôlés à leur arrivée sur site :

« Stocker de l’amiante était peu cher. Les industriels devaient débourser 650 à 1 300 francs pour une tonne. À titre de comparaison, la même quantité de déchets mercuriels était prise en charge pour 4 à 6 000 francs. Quand le mercure a été déstocké, des sacs d’amiante ont été déplacés. Pourquoi ne pas les sortir par la même occasion ? J’ai demandé que des tests soient réalisés dessus à ce moment là, mais la direction a refusé. »

Sans déstockage, dans un délai difficile à établir, ces déchets industriels seront un jour au contact de l’eau de la nappe phréatique rhénane, qui alimente l’Alsace. Photo : Pascal Bastien / Divergence

Un actionnaire privé exerçait une pression sur Stocamine

D’ailleurs, d’après le jugement du 28 janvier 2007, « il est établi que Séché Environnement connaissait [avant de les envoyer] la composition exacte des produits » qui ont causé l’incendie et qui étaient étiquetés amiante. Ils ne correspondaient pas au cahier des charges. Le groupe était entré au capital de Stocamine quelques mois avant. Notre source chez Stocamine se souvient que « Séché voulait se débarrasser de certains déchets ultimes, et n’hésitait pas à faire pression sur la direction pour qu’ils soient acceptés et pour que la structure soit rentable ». Justement, Stocamine était loin de ses objectifs de rentabilité : seulement 19 500 tonnes de déchets classe 0 en trois ans contre 40 000 par an prévus.

Patrice Dadaux, ancien directeur du site, nie la pression exercée par Séché. Quant au jugement, il souligne que les manquements répétés précédant l’incendie « traduisent la volonté d’accepter à tout prix les déchets adressés à Stocamine par l’un des actionnaires principaux de la Société (Séché Environnement détenant plus de 30% du capital de Stocamine) ». Il précise aussi que la Fiche d’identification des déchets ayant causé l’incendie était incomplètement remplie.

Séché, pas à son coup d’essai

Un ancien cadre du groupe Séché dans le Grand-Est, qui témoigne anonymement des pratiques de son ex-entreprise, « constatait régulièrement des mensonges dans l’étiquetage des déchets, dans le but de contourner la réglementation et de les stocker plus facilement ou de rentabiliser l’activité ». Il explique que lors des travaux de désamiantage de Sénerval, l’usine d’incinération des déchets de Strasbourg, « de nombreux déchets qui n’étaient pas amiantés ont été étiquetés comme tel, et donc pris en charge par la municipalité ». Aussi, dans une enquête publiée en novembre 2019, Rue89 Strasbourg révélait que l’usine d’incinération Sénerval, filiale de Séché, masquait ses émissions de polluants.

Séché affirme que l’accusation de notre source est « infondée » et rappelle que « ni Séché Environnement, ni aucun de ses dirigeants, n’ont fait l’objet de mise en cause par la justice au sujet de cet incendie, dont les responsabilités ont été clairement établies par les tribunaux compétents ». L’industriel insiste enfin sur le fait que le jugement concluait que « la responsabilité de Séché Environnement n’était pas engagée et que l’entreprise s’est acquittée de ses obligations. »

« C’est justement cette non-responsabilité des producteurs de déchets qui est problématique, surtout au vu de leurs pratiques », pour Me François Zind : « Stocamine comme Séché se protègent derrière le règlement dans leur argumentaire. Mais ce règlement interroge justement. Il n’a pas empêché l’accident visiblement. » Depuis le 10 février 2020, une loi impose aux producteurs d’énumérer les risques liés à leurs déchets, cependant l’encadrement juridique de ces activités reste flou.

Le mystère des déchets médicaux

De plus, Alterpresse68 révélait en 2017, grâce à un document du rapport d’activité de Séché de 2004, que le groupe a revendu ses titres Stocamine pour 1 euro à l’Entreprise minière et chimique (EMC), détenue par l’État et dont Stocamine est une filiale. On peut aussi lire que « concomitamment », un accord a été conclu entre Séché et EMC, avec pour « principal objectif de limiter les possibilités de recours en recherche de responsabilité ».

Autre élément troublant : Jean-Pierre Hecht déclare avoir placé des déchets « d’origine médicale, notamment des seringues ou des instruments chirurgicaux », dans la mine. Après presque 20 ans, « il ne peut en estimer les quantités ». Dans un article écrit sur son blog, l’expert suisse Marcos Buser informe qu’un autre « témoin mineur » lui a certifié la même chose. Nous avons tenté de le joindre mais celui-ci n’a pas souhaité répondre, « de peur des représailles ». Jean-Pierre Hecht explique que tous les salariés ont dû signer une clause de confidentialité, et que les consignes étaient de « ne pas communiquer, notamment sur ce qui était stocké dans la mine ».

Les déchets médicaux n’étaient pas compris dans les éléments autorisés par l’arrêté préfectoral. Interrogé sur ce sujet, Stocamine n’a pas répondu à nos questions. Patrice Dadaux dément : « Non les déchets d’activité de soin n’étaient pas admissibles. Et il n’y en a jamais eu, du temps où j’étais présent. »

« Après ça, comment croire leur discours sur la pollution de la nappe ? »

À la base, ce projet porté par l’État dans les années 90, par l’intermédiaire de sa société EMC, était présenté comme exemplaire en matière de transparence et de sécurité. Le stockage devait être réversible. Yann Flory, du collectif Destocamine, est amer :

« Tout ce qu’on nous a dit à l’époque s’est avéré faux. S’il y a une leçon à retenir de tout cela, c’est qu’il faut rester très critique vis-à-vis de tous les projets industriels, y compris quand ils sont vantés par l’État. Comment leur faire confiance maintenant, quand ils disent que la pollution de la nappe phréatique sera faible et maîtrisée ? Ils ne savent même pas précisément ce qu’il y a dans la mine. C’est absurde. »

Malgré l’avis des riverains, l’État ne veut pas déstocker

Le 18 janvier dernier, Barbara Pompili, la ministre de l’Écologie, a décrété qu’il n’y aurait pas de déstockage de déchets supplémentaire. Ceux-ci seront confinés grâce à des barrières de béton dans les galeries. Pourtant, depuis 20 ans, associations environnementales et élus locaux plaident pour un déstockage. En 2016, lors de l’enquête publique « relative à la demande d’autorisation de prolongation, pour une durée illimitée, du stockage souterrain », une très grande partie du public et la totalité des avis des collectivités et des élus qui se sont exprimés lors de l’enquête, demandaient une évacuation complète des déchets stockés vers d’autres lieux. Malgré cela, le 23 mars 2017, le préfet du Haut-Rhin autorisait, par un arrêté, le stockage pour une durée illimitée.

Barbara Pompili s’est rendue en Alsace à Stocamine, le 5 janvier 2021. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Le Conseil départemental du Haut-Rhin, la Région Grand Est, la commune de Wittenheim et Alsace Nature ont déposé des recours contre cet arrêté, tous rejetés le 5 juin 2019 par le tribunal administratif de Strasbourg. Les parties prenantes ont porté l’affaire devant la Cour d’appel administrative de Nancy, qui a clôturé l’instruction le 9 avril. L’audience pourrait avoir lieu au quatrième trimestre 2021.

Des déchets bien au fond, pour qu’ils restent muets

Marcos Buser, qui a déjà présidé un groupe de travail pour un déstockage réussi de déchets à Saint-Ursanne, ne comprend pas « pourquoi un déstockage presque complet des déchets » n’a pas été retenu par le gouvernement :

« Toutes les conclusions des différentes études, y compris la nôtre, indiquent que cette opération est faisable, bien que difficile techniquement, au moins pour une très grande partie des déchets. En janvier 2019, le BRGM concluait encore que ressortir les déchets était possible. Je me suis donc demandé pourquoi cet acharnement à les garder dans la mine, malgré la pollution inéluctable de la nappe phréatique à terme avec cette option. On fait la course à l’espace, on prône la technologie française, mais on n’est pas capable de gérer ça ? L’explication la plus évidente, c’est que beaucoup de déchets mal déclarés se sont retrouvés au fond et que cela serait alors mis en évidence, ce qui ferait mauvaise presse à l’État, notamment pour son projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure. »

Le festival de courts métrages Ose ce court, se confine sur Internet du 19 au 23 avril

Le festival de courts métrages Ose ce court, se confine sur Internet du 19 au 23 avril

14 films en compétition du 19 au 22 avril, à découvrir en ligne, et une remise des prix en direct sur Facebook et Twitch vendredi 23 avril : l’association Ose ce Court s’est adaptée au contexte actuel pour permettre à ces courts métrages produits en Alsace de trouver enfin leur public.

Bande annonce du festival Ose ce Court 2021

Pour la première fois depuis 15 ans, les courts métrages du festival strasbourgeois Ose ce Court ne seront pas projetés en salle. Après un an d’essais manqués et de report, la compétition est finalement lancée en ligne. Les 14 films, de 7 minutes maximum, ont été réalisés par des équipes du Bas-Rhin, autour de trois thèmes imposés: « Sur la corde raide », « Contretemps » et « mmmmmmmm ». Ils sont visibles cette semaine sur le site de l’association Ose ce Court. Le film qui aura comptabilisé le plus de vues gagnera le prix du public. Ils sont également diffusés sur Facebook chaque soir à 19h.

À l’issue de cette semaine de diffusion, un jury remettra en direct sur Facebook et sur Twitch le Grand prix et les prix d’interprétation féminine et masculine. L’association a dû s’adapter pour créer une soirée interactive malgré les contraintes. Le jury, composé du documentariste Luis Miranda, de la comédienne Sophie Falier et du directeur de casting Jonathan Schall, sera présent sur le plateau, les équipes quand à elles, seront derrière leur écran pour répondre aux questions des animateurs.

Le jury d’Ose ce Court débriefe sur les films du festival… (Document Ose ce Court)

La saison des asperges

La saison des asperges

Fatigué du bruit ambiant et des invectives, Piet a cherché le consensus cette semaine. Vos asperges, vous les aimez blanches ou vertes ? En ballotins ou dans un risotto ? Au mois d’avril, elle ravit tout le monde, impossible de se disputer sur ce sujet. Encore que… Vous les mangez plutôt en regardant Jean-Pierre Pernaut ou Pascal Praud ?

Magasins agrandis, terrasses et restaurant haut de gamme… La future gare de Strasbourg sera un centre commercial

Magasins agrandis, terrasses et restaurant haut de gamme… La future gare de Strasbourg sera un centre commercial

D’ici la fin avril 2022, la branche Gares & Connexions de la SNCF prévoit d’agrandir les surfaces commerciales et d’installer un restaurant haut de gamme à l’étage de la gare de Strasbourg ainsi que des terrasses de cafés et restaurants sous la verrière.

« Au vu des 20 millions de voyageurs par an dans la gare de Strasbourg, la taille des commerces est inappropriée. » Le 13 avril 2021, Dominique Tramini, chargé d’études et commercialisation, a dévoilé le futur de la gare de Strasbourg. La SNCF ambitionne de créer « un lieu de destination et de vie » avec une « diversité des commerces » et un « aménagement de terrasses sous la verrière ». La branche « Retail et Connexions » de la SNCF espère ainsi exploiter une zone de chalandise de plus de 16 000 habitants et 17 000 salariés à 10 minutes à pied.

La branche Retail et Connexions de la SNCF espère ainsi exploiter une zone de chalandise avec plus de 16 000 habitants et plus de 17 000 salariés à 10 minutes à pied. Photo : Présentation Dominique Tramini / SNCF Retail

Dans son nouvel agencement, la gare de Strasbourg proposera 15 boutiques, plus spacieuses, contre 14 aujourd’hui. La surface commerciale augmentera de 730 mètres-carrés, passant de 1 900 à 2 600 m². Le rez-de-chaussée se répartira en trois zones, deux « pôles food » (nourriture, ndlr) sur les côtés et un pôle « Retail » (vente au détail, ndlr) au niveau du hall central.

Première phase : restauration et terrasses

La première phase de travaux doit débuter à la fin de l’année 2021. Elle concerne principalement le hall nord de la gare, à droite de la carte ci-dessous. Les voyageurs y trouveront :

    un espace « presse, multimédia et culture » de 247 m²,une sandwicherie de 134 mètres carrés et une terrasse de 73 m²,une boutique de souvenirs et autres produits régionaux de 54 m²,un espace « restauration thématique » et une terrasse de 40 m².

Cette même phase de commercialisation inclut les cellules C2 et C3 dans le hall sud de la gare, à gauche sur la carte. Un « coffee shop » de 98 m² et une terrasse de 43 m² s’installera à côté d’un établissement de restauration rapide haut de gamme de 203 m² et une terrasse de 80 m².

Deuxième phase, exit la galerie sud, place aux magasins

Une seconde phase de travaux doit débuter dans le hall sud fin 2023. À la place de la galerie, les surfaces commerciales seront agrandies pour donner, en plus des cellules C2 et C3 :

    164 m² d’épicerie et de vente de presse, ainsi qu’une terrasse de 44 m²,99 m² de magasin d’accessoires,81 m² de magasin « Hygiène beauté ».

Le plus grand changement à venir se situe donc sous la verrière, avec plus de 160 m² de terrasses de cafés et restaurants. Les concepteurs du projet contournent ainsi les mesures de sécurité incendie qui interdisent de construire des coques commerciales sous le grand dôme de verre.

L’espace de déambulation accueillera des terrasses Photo : doc SNCF

À l’étage de la gare, le salon « Grands voyageurs » sera lui aussi remplacé par un restaurant haut de gamme. Les clients pourront y profiter des anciens salons de transit impériaux, un ensemble patrimonial exceptionnel avec son escalier en marbre, son horloge en bois d’ébène, ses vitraux et ses parquets marquetés. Le salon « Grands Voyageurs » sera lui transféré dans une zone anciennement dédiée à la vente de billets au guichet. Fin 2019, la SNCF avait annoncé son intention de fermer 4 comptoirs de l’espace vente.

Fin des travaux : novembre 2023

Il y a comme un retour en arrière dans cette transformation de la gare. Dans les années 70, la gare de Strasbourg avait déjà son restaurant et ses terrasses (et même son cinéma). Dans les années 90, la CTS et la SNCF avaient tenté d’exploiter des surfaces commerciales au niveau -1 de la gare, sous la verrière. Lorsque la station de tram souterraine est inaugurée, des commerces s’installent à mi-hauteur de la gare et de la station. L’ensemble appelé « galerie à l’en-verre » se voulait séduisant. Mais la fréquentation, bien inférieure aux 54 000 passages quotidiens du rez-de-chaussée, n’a pas été au rendez-vous. Des petites enseignes ont quitté les lieux avant que tous les emplacements ne soient loués, et des problèmes de maintenance ont définitivement plombé cette galerie.

Toutes les cellules commerciales seront soumises à un appel d’offres sur le site de Retail et connexions à partir de la fin avril.

La nouvelle offre de services prévoit enfin la création d’un point d’accueil « pour la gestion des situations perturbées » dans le hall central de la gare. Un nouvel espace d’accueil et des toilettes pour les personnes en situation de handicap doivent être construit dans le hall nord. Selon la filiale Gares et connexions de la SNCF, les travaux prendront fin en novembre 2023 et s’élèveront à six millions d’euros.