Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Strasbourg : capitale des femmes de pouvoir

Strasbourg : capitale des femmes de pouvoir

Une femme maire, une préfète, une procureure de la République, une cheffe de la police, une rectrice et même une présidente de métropole… Strasbourg est la seule ville de France où ces six postes à hautes responsabilités dans l’échelle administrative sont occupés par des femmes. Un constat réjouissant et affligeant à la fois.

C’est une idée de sujet qui nous a été soufflée par un policier. « Ici à Strasbourg, on a une femme DDSP, une femme à la Maison d’Arrêt, une femme à la PJ, une femme aux douanes, une femme maire, une proc’, une préfète et je peux continuer hein! ». « Elles sont partout! » s’exclame en riant le fonctionnaire anonyme, qui assure aussitôt que « ça ne change rien pour lui ». Mais forcément, ça nous a titillé. Alors on a creusé.

Strasbourg en tête du classement des 22 métropoles

Nous avons pris les 6 postes clés occupés par des femmes à Strasbourg (maire, président de la métropole, procureur de la république, préfet, directeur départemental de la sécurité publique – c’est à dire le patron de la police au niveau du département – et recteur d’académie), et nous avons regardé, ville par ville, qui était en place. Le classement se limite donc aux 22 métropoles françaises (par ordre alphabétique) : Bordeaux, Brest, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Lille, Lyon, Metz, Montpellier, Nancy, Nantes, Nice, Orléans, Rennes, Rouen, Saint-Etienne, Strasbourg, Toulon, Toulouse, Tours, Marseille, Paris.

    1ère au classement : Strasbourg, seule ville avec 6 femmes à ces 6 postes,2e : Marseille, avec 4 femmes jusqu’en décembre 2020 et la démission de la maire Michèle Rubirola (le poste particulier du préfet de police des Bouches-du-Rhône est également occupé par une femme depuis novembre 2020),3e : Lille, Bordeaux et Tours, avec 3 femmes sur 6 postes,4e : Grenoble et Orléans, avec 2 femmes sur 6 postes,5e : Rennes et Nantes avec une femme à deux postes clés sur 6 (les maires y sont également présidentes de métropole),6e : Paris, Nice, Montpellier, Dijon, Rouen, Saint-Etienne (1 femme occupe l’un des 6 postes : Anne Hidalgo, maire de Paris, la chef de la police à Nice, la préfète à Saint-Etienne et la rectrice dans les trois autres villes),7e et dernières au classement avec uniquement des hommes au pouvoir : Lyon, Toulouse, Brest, Clermont-Ferrand, Metz, Nancy, Toulon (avec dans toutes ces villes sauf Lyon, le maire qui est également le président de la métropole).

Et à Strasbourg, ça ne s’arrête pas là. L’Agence régionale du Grand Est est également dirigée par une femme depuis septembre 2020 (Virginie Cayré), la Direction régionale des douanes de Strasbourg depuis juillet 2013 (Christine Durringer), la Direction générale des services de l’Eurométropole et de la Ville (Delphine Joly depuis décembre 2020), la Direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) du Grand Est (Béatrice Brun depuis septembre 2019) et la Maison d’Arrêt de Strasbourg (Cathy Christophe depuis 2016).

Josiane Chevalier, première préfète du Grand Est et du Bas-Rhin : « Je me sens une responsabilité envers les femmes »

On compte aujourd’hui 109 préfets français (un pour chacun des 101 départements, un préfet pour chaque territoire d’Outre-Mer, ainsi qu’un préfet de Police à Paris et un pour les Bouches-du-Rhône). Parmi eux, 26 sont des femmes soit 23,8%. Même répartition pour les préfets de régions, où l’on compte 3 femmes sur 13, soit 23%.

Josiane Chevalier, 63 ans, est l’une d’entre elles. Elle est d’ailleurs la première femme à occuper le poste de préfet du Grand Est et du Bas-Rhin depuis février 2020.

Josiane Chevalier, première femme préfète du Grand Est et du Bas-Rhin depuis février 2020 (Photo préfecture du Grand Est).

Rue89 Strasbourg : Est-ce que vous en avez marre de ces questions sur les femmes au pouvoir ?

Josiane Chevalier : « Ce sera bien quand on n’en parlera plus, quand on ne remarquera plus que je suis une femme ! C’est la 4e fois que je suis la première femme préfète, donc il y a des progrès. Je ne suis pas une militante féministe mais néanmoins, je me sens une responsabilité particulière envers les femmes, notamment sur la thématique de la vie professionnelle. Oui, il y a encore du chemin à faire, bien sûr, mais ici dans le Grand Est, et à Strasbourg, on voit qu’il y a énormément de femmes en responsabilité. C’est un bel exemple à suivre, pour moi ça doit donner un signe aux jeunes filles dans leur orientation : il faut oser. »

Rue89 Strasbourg : Est-ce que votre manière de travailler est différente, au vu des nombreuses autres femmes occupant des postes à responsabilités ?

J. C. : « Non, pour moi la méthode de travail est exactement la même avec des femmes et avec des hommes. Après, oui, quand on est toutes les quatre, avec la maire, la présidente de la métropole et Delphine Joly aussi (directrice générale des services de l’Eurométropole et de la Ville), qui nous a beaucoup aidé sur la crise sanitaire, le courant passe bien, c’est sûr. Mais il passe aussi avec mes interlocuteurs masculins ! »

Jeanne Barséghian, la 3e femme à être élue maire de la ville : « On sait toutes d’où l’on vient »

C’est un chiffre qui augmente, tout doucement. 13,9% des maires en 2008 étaient des femmes, 16 % en 2014. Elles sont désormais 19,8% soit 6 913 sur 34 888 selon l’Association des maires de France. Mille communes supplémentaires sont désormais dirigées par des femmes depuis près d’un an, et il y a 11 femmes maires sur les 42 communes de plus de 100 000 habitants.

Mais à l’inverse de Marseille, qui n’avait jamais été dirigée par une femme avant l’arrivée de Michèle Rubirola (le Printemps marseillais), Strasbourg n’en était pas à son coup d’essai avec Jeanne Barseghian. Catherine Trautmann (PS) a en effet occupé cette fonction de 1989 à 2001, puis Fabienne Keller (UMP puis LR) de 2001 à 2008.

À noter qu’en décembre 2020, la maire de Marseille a démissionné, laissant son poste à son premier adjoint Benoît Payan (PS). Strasbourg reste aux côtés de Lille, Nantes et Paris, l’une des quatre villes de plus de 200 000 habitants dirigées par une femme.

Jeanne Barseghian, maire EELV de Strasbourg depuis juin 2020, est la troisième femme à occuper ce poste (Photo Pascal Bastien / Divergence).

Rue89 Strasbourg : Est-ce que les femmes sont différentes dans l’exercice du pouvoir ? 

Jeanne Barseghian : « Je n’ai pas une vision essentialiste, je ne pense pas que par nature les femmes soient plus douces, plus à l’écoute, ou moins ambitieuses. En revanche, les inégalités existent, et nous le savons, nous l’avons vécu. On sera donc plus vigilantes à intégrer ces inégalités dans notre manière de travailler. Par exemple, sur la concertation citoyenne au sujet de la ZFE (zone à faible émission, ndlr), on veut absolument recueillir la parole des femmes. Souvent, elles ont moins le temps de participer aux instances de démocratie locale. Elles assument 75% des tâches ménagères, elles accompagnent les enfants à l’école et donc ça modifie leur disponibilité. Là, on sait qu’on va devoir aller recueillir leur parole spécifiquement et réfléchir à des moyens de mobilité qui répondent à leurs demandes précises. »

Rue89 Strasbourg : Est-ce que votre manière de travailler est différente, au vu des nombreuses autres femmes occupant des postes importants ?

J. B. : « Oui, forcément, il y a des différences d’ambiance entre les réunions où il n’y a que des femmes et celles où il y a beaucoup d’hommes. Dans nos échanges, on a toutes en tête qu’on a eu un parcours particulier en tant que femme pour arriver à ces places. On sait qu’il y a des difficultés, qu’on a eu des plafonds de verre à percer. C’est cette prise de conscience qui change la tonalité des réunions. Ce sont des rapports où il y a moins de compétition et plus de coopération, mais ce n’est pas masculin / féminin, ce sont nos parcours qui nous ont appris à faire preuve d’humilité et à savoir d’où l’on vient. »

Pia Imbs, première présidente de l’Eurométropole : « Nous avons la même approche du pouvoir »

Elles sont, elles aussi, seulement quatre. Quatre femmes à la tête d’une métropole en France (EPCI ou établissement public de coopération intercommunale regroupant des territoires de plus de 400 000 habitants). Sur 22, ça fait peu… 18%. Parmi ces quatre femmes, deux (Johanna Rolland et Nathalie Appere) sont également maires de la ville centre de la métropole (Nantes et Rennes en l’occurrence).

Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole (Photo Jérôme Dorkel / Ville et Eurométropole de Strasbourg).

À 61 ans, Pia Imbs, maire sans étiquette de Holtzheim depuis 2014 (commune de moins de 4 000 habitants), a succédé à Robert Hermann (PS) en juin 2020, devenant la première femme à la tête de l’Eurométropole depuis sa création en janvier 2015.

Rue89 Strasbourg : Que pensez-vous de toutes ces femmes à vos côtés, qui occupent ces postes à hautes responsabilités dans la ville et la région ?

Pia Imbs : « Ça donne le vertige ! Après l’élection, j’ai vérifié, j’ai cherché combien de femmes étaient présidentes de métropoles. Je constate en effet qu’on est très loin de l’équilibre. J’en ai fait de même quand j’ai été élue maire en 2014, même si depuis la situation s’est améliorée. C’est un point important pour moi, parce que je suis convaincue que le plafond de verre fonctionne, et que beaucoup de femmes n’osent pas. »

Rue89 Strasbourg : Est-ce que votre manière de travailler est différente, au vu des nombreuses autres femmes occupant ces postes ?

P. I. : « Les femmes, je crois, ont souvent une autre approche du pouvoir. En ce qui me concerne, je le vis comme une responsabilité et non pas comme une position hiérarchique où je me considérerais au sommet, ou pour exercer une certaine autorité. Et je pense déceler auprès des autres femmes en poste ici, cette même approche. Je ne tiens pas à schématiser et à dire que les hommes sont dans une dynamique de pouvoir, mais moi je suis dans une logique de responsabilités. Aujourd’hui, les relations sont très fluides, hommes ou femmes, et oui, peut être qu’il y a un peu plus de connivences entre nous, mais c’est aussi une question de personnalités ! »

Elisabeth Laporte, 4e rectrice de l’Académie de Strasbourg : « Nous avons une considération mutuelle entre nous »

Le poste de recteur est beaucoup plus féminisé en France que les 5 autres listés dans cet article. En effet, sur 32 recteurs d’académie, 17 sont des femmes, soit 53%. Ainsi à Strasbourg, Elisabeth Laporte a pris la place en février 2020 d’une autre femme, Sophie Béjean, qui occupait le poste de rectrice depuis 2016. Toutefois, elle est seulement la 4e femme sur les 13 recteurs de l’Académie de Strasbourg qui se sont succédé depuis 1970 (la première rectrice femme de l’Académie a été nommée en 2008).

Elisabeth Laporte est la 4e rectrice de l’Académie de Strasbourg depuis 1970 (Photo J.F. Badias / Rectorat de Strasbourg).

Rue89 Strasbourg : Pourquoi le poste de recteur est-il plus souvent occupé par une femme que par un homme (53% de rectrices au niveau national) ?

Elisabeth Laporte : « Cela a changé ! Traditionnellement, c’était une affaire d’homme l’éducation. La féminisation est récente, elle date de la démocratisation de l’enseignement, et la féminisation est surtout marquée dans le 1er degré. Au niveau des recteurs, il y a une parité homme / femme, mais si vous regardez les inspecteurs d’académie : il y a plus d’hommes, les proviseurs de grands lycées : plus d’hommes aussi… Donc aujourd’hui il y a une volonté du ministère de l’Éducation d’être sur cet objectif de parité, et c’est très bien. Il faut que ça continue ! Je suis la 4e rectrice ici en 13 ans, c’est plutôt bien ! »

Rue89 Strasbourg : Est-ce que votre manière de travailler est différente, au vu des nombreuses autres femmes occupant ces postes ?

E. L. : « Nous sommes six femmes, avec des personnalités différentes, mais je pense que nous savons ce que nous devons à notre travail, pour arriver à ces postes. C’est ce qui nourrit aussi cette considération mutuelle. Je ne pense pas que ça change concrètement quelque chose dans nos réunions. En revanche, le parcours antérieur, notre travail, notre détermination qui nous ont permis d’être à ces fonctions, oui, ça crée du lien. Parce qu’une femme, plus qu’un homme, doit apporter certaines preuves, certaines garanties. »

Pour la première fois à Strasbourg : une procureure de la République et une DDSP

Parmi tous ses micros autour de la procureure Yolande Renzi, celui de Rue89 Strasbourg (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La procureure de la République, Yolande Renzi, est la première femme à occuper ce poste depuis 2017 (photo JFG / Rue89 Strasbourg).

Arrivée en septembre 2017, Yolande Renzi est également la première femme à occuper le poste de procureure de la République. En France, elles sont 53 sur 168 (en comptant également les procureurs des parquets financier et antiterroriste) soit 31,5% selon les chiffres communiqués par le ministère de la Justice.

Annie Brégal est la première femme nommée à la tête de la Direction départementale de la Sécurité Publique (DDSP) du Bas-Rhin (Photo Police Nationale).

Enfin, depuis mars 2019, une femme est également à la tête de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP). Annie Brégal est responsable des 1 200 policiers affectés à la sécurité publique du Bas-Rhin. C’est la première fois qu’une femme occupe ce poste à Strasbourg. Selon la police nationale, 19 femmes sont DDSP en France, sur 100 au total, soit 19%.

Annie Brégal et Yolande Renzi n’étaient pas disponibles pour répondre à nos questions.

La médecin anti-masques Eve Engerer radiée de l’Ordre des médecins

La médecin anti-masques Eve Engerer radiée de l’Ordre des médecins

Le Dr Eve Engerer produisait des certificats médicaux pour contre-indiquer le port du masque en pleine pandémie de coronavirus. Elle a été radiée de l’Ordre des médecins début janvier 2021.

Eve Engerer n’a pas fait appel de la décision. La docteure de Wangebourg-Engenthal dans le Bas-Rhin a été radiée de l’Ordre des médecins en janvier 2021, comme le rapporte le média spécialisé APM News. Le conseil départemental de l’ordre des médecins du Bas-Rhin avait déposé une plainte contre elle pour « rédaction de certificats de complaisance » et « charlatanisme ». Devenue une figure de proue de la contestation contre le port obligatoire du masque, elle rédigeait des certificats, en pleine pandémie, faisant état d’une contre-indication médicale.

Des manquements au code de déontologie

Dans une décision rendue le 15 janvier 2021, la chambre disciplinaire de première instance (CDPI) de l’ordre des médecins du Grand Est a établi des manquements à huit articles du code de déontologie médicale. Comme le rapporte APM News, la CDPI décrit un « soin énergétique simple sur un enfant de 18 mois » atteint d’un syndrome viral en 2018. En 2019, une patiente dont la pathologie relevait des urgences gynécologiques a reçu pour seul soin un questionnement « sur l’amour qu’elle se portait et l’amour que son mari lui portait ».

Au-delà des certificats contre-indiquant le port du masque, la CDPI reproche aussi à Eve Engerer d’être intervenue sans masque dans un Ehpad lors d’une permanence du Samu. Face aux constats liés à la pandémie de covid-19, la CDPI affirme que la docteure a « gravement contrevenu » à plusieurs articles du code de déontologie de l’Ordre des médecins, comme l’article 28 (« La délivrance d’un rapport tendancieux ou d’un certificat de complaisance est interdite. »), l’article 2 (« Le médecin, au service de l’individu et de la santé publique, exerce sa mission dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité. ») ou encore l’article 40 (« Le médecin doit s’interdire, dans les investigations et interventions qu’il pratique comme dans les thérapeutiques qu’il prescrit, de faire courir au patient un risque injustifié »).

En août 2020, Rue89 Strasbourg avait révélé les pratiques d’Eve Engerer pour exonérer certains de ses patients du port du masque. En novembre de la même année, la médecin avait été suspendue du droit d’exercer par décision de l’Agence régionale de santé Grand Est, pour une durée maximale de 5 mois.

#antimasque

Un éducateur de l’Arsea s’est suicidé sur son lieu de travail

Un éducateur de l’Arsea s’est suicidé sur son lieu de travail

Un éducateur du service d’investigation éducative de l’association d’aide à l’enfance Arsea s’est défenestré de son lieu de travail dans la soirée du lundi 8 mars. La direction de l’Arsea a reçu une lettre avant l’acte tragique.

Jeudi 11 mars, les salariés de l’association d’action sociale Arsea ont appris la nouvelle tragique par un mail du directeur général René Bandol :

« Un événement dramatique s’est produit lundi soir (8 mars, ndlr) à 22h20 au service d’investigation éducative de Strasbourg. Un salarié de l’Arsea s’est défenestré. Nos pensées vont vers sa famille et à l’ensemble des salariés du service. »

Extrait du mail de la direction de l’Arsea à ses salariés

Le service d’investigation éducative de l’ARSEA se situe boulevard de Lyon à Strasbourg. Photo : Louise Chappe / Rue89 Strasbourg / cc

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Il ramasse des déchets dans la rue, la police le verbalise

Il ramasse des déchets dans la rue, la police le verbalise

Depuis 6 ans, Loïc Krun parcourt les rues de Strasbourg, en récoltant les détritus laissés par terre ou dans les interstices de la ville. Mais mardi, il a été verbalisé par la police pour « dépôt d’ordures sur la voie publique. »

Dans l’après-midi du mardi 16 mars, le Strasbourgeois de 22 ans, Loïc Krun, arpente avec trois autres amis la rue de Koenigshoffen, dans l’objectif de débarrasser ses abords de déchets en tous genres. Le jeune homme pratique ces « opérations de nettoyage volontaire » pratiquement chaque jour. Ce mardi là, en une heure, la petite équipe a ramassé 14 kilos de bouteilles en plastiques, mégots, masques qui étaient dispersés dans la végétation, souvent dans des endroits qu’aucun service ne nettoie.

« On n’a même pas fait 100 mètres pour trouver toutes ces ordures. C’était juste dans l’herbe, derrière une grille, » raconte Loïc Krun. À la fin de la journée, les quatre camarades décident de déposer les 30 sacs poubelles résultant de leur opération, sur un trottoir de la rue de Koenigshoffen, à côté d’une poubelle publique, devant le bâtiment de l’Association d’accueil et d’hébergement pour les Jeunes.

Loïc Krun, près des sacs sur la photos, et trois amis ont récolté 14 kg de déchets, qu’ils ont entreposés rue de Koenigshoffen pour que la ville puisse les ramasser. Photo : Loïc Krun / doc remis

Mais vers 18 heures, des agents de police interpellent Loïc Krun. Ils lui disent qu’il n’a pas le droit de déposer des ordures sur le trottoir et qu’il doit les déplacer, soit dans des containers dédiés soit à la déchetterie. Les agents notent l’adresse de Loïc et l’avertissent qu’il recevra une amende d’un montant de 90€ pour « dépôt d’ordures sur la voie publique ».

Loïc Krun détaille : 

« Les policiers m’ont dit que je ne pouvais pas mettre des ordures devant ce bâtiment, qui est historique. J’ai expliqué que je faisais un acte citoyen en ramassant les ordures mais ils n’ont rien voulu entendre. »

Le lendemain à 6 heures, les poubelles n’ayant pas été ramassées, des policiers sonnent chez Loïc Krun :

« Dans la soirée, la Ville a ramassé ses propres poubelles mais pas les nôtres. C’est étonnant car on les place sur le parcours des équipes de propreté, et d’habitude ils les ramassent. Les déchets étaient donc encore là mercredi matin. Les policiers m’ont dit que si je ne les enlevais pas dans la journée, ils doubleraient l’amende. J’ai déplacé les 30 sacs un peu plus loin dans la rue pour qu’ils ne soient plus devant le bâtiment historique mais je ne peux pas les enlever, je n’ai pas de voiture pour amener tous ces sacs à la déchetterie. »

« Trois ou quatre amendes en 6 ans »

Loïc Krun s’étonne de ce renversement de la peine :

« Je n’ai rien fait de mal. J’ai fait un geste citoyen en ramassant les déchets donc je ne comprends pas bien pourquoi je devrais payer une amende. Ce sont les gens qui jettent des détritus par terre qui devraient être punis par une amende, pas moi. »

Pourtant, Loïc Krun a déjà reçu « trois ou quatre amendes » délivrées par les polices municipale et nationale, depuis qu’il a commencé ses journées de nettoyage dans Strasbourg il y a 6 ans, toujours pour l’interdiction de déposer des ordures sur la voie publique. Le montant des amendes varie entre 90 et 180 euros. À ce jour, Loïc Krun n’a payé aucune de ces amendes, et n’a pas reçu de rappel de l’administration. Il compte ignorer de la même manière l’amende de mardi, s’il la reçoit.

Les déchets laissés sur le sol rue de Koenigshoffen Photo : Loïc Krun / doc remis

« Depuis le début de la pandémie, il y a encore plus de déchets »

Loïc Krun a commencé à parcourir les rues de Strasbourg pour les nettoyer de leurs déchets car « il en avait marre de voir des ordures s’accumuler dans la ville. » Les DNA lui ont consacré le titre de « héros de l’ombre du ramassage des déchets. » En 6 ans, il estime avoir enlevé environ 10 tonnes de déchets à lui seul :

« Si je vois des ordures en me promenant, je les ramasse et je les jette directement à la poubelle. C’est juste normal pour moi. Si le nombre de déchets est trop important ou qu’ils sont trop volumineux, j’appelle des amis pour m’aider ou des personnes qui font partie du groupe de Cleanwalk – collecte de déchets – sur Facebook pour m’aider. »

Sans emploi, le jeune homme consacre environ 4 heures par jour à cette activité. « Je sors quand je suis motivé, et je le suis presque tous les jours, soit le matin, soit l’après midi, » précise-t-il.

Depuis le début de la pandémie, l’activité de nettoyage de Loïc Krun s’est intensifiée :

« Les gens jettent par terre leurs masques, leurs gants… Une fois, j’ai ramassé plus de 200 masques en 4 heures. Bien sûr, il y a aussi beaucoup de mégots de cigarettes mais je ne les compte plus. »

Lors de ses marches, le jeune homme ramasse aussi beaucoup de seringues et des couteaux. Pour se protéger, il a acquis au fil du temps un équipement de nettoyeur des rues :

« J’ai des gants, une pince pour attraper les objets au sol, des gants spéciaux pour l’amiante, une combinaison… »

30 sacs poubelles ont été remplis lors du Cleanwalk du mardi 16 mars Photo : Loïc Krun / doc remis

Soutien de l’ONG Octop’us

L’organisation non gouvernementale de dépollution Octop’us, créée en 2019, a apporté son soutien à Loïc Krun. Lola Ott, présidente de l’ONG strasbourgeoise, a proposé au jeune strasbourgeois de prendre à sa charge le montant de l’amende, s’il la recevait. Un geste motivé par les principes mêmes de son ONG :

« Notre but est de soutenir et d’inciter toutes les personnes qui mettent en place des actions de dépollution. Nous n’avons jamais vu une personne être sanctionnée pour avoir ramassé des déchets. C’est une aberration. Nous n’avons pas envie que Loïc se décourage et arrête de ramasser les déchets. »

Régionales : des écologistes et des Socialistes prêts à écarter Pernelle Richardot

Régionales : des écologistes et des Socialistes prêts à écarter Pernelle Richardot

Les négociations autour de l’union de la gauche et des écologistes aux élections régionales contournent Pernelle Richardot, conseillère régionale socialiste sortante et conseillère strasbourgeoise. Première fédérale, elle est contestée jusque dans sa propre fédération.

Première secrétaire du Parti socialiste bas-rhinois depuis 2015, Pernelle Richardot est dans une situation délicate. Fait rarissime : les élus et militants locaux du bureau fédéral du PS 67 ont voté contre le texte de leur secrétaire fédérale (15 voix contre 12), relatif à la stratégie pour les élections régionales.

Les élections au conseil régional du Grand Est doivent se dérouler les 13 et 20 juin. La gauche ne part pas favorite pour ce scrutin et deux initiatives cherchent à rassembler. D’un coté, le « Pacte pour une région Grand Est écologiste, citoyenne et solidaire« , un pré-accord autour des cadres écologistes, du Parti communiste (PC) et du Parti socialiste (PS) dont Pernelle Richardot est l’une des représentante. De l’autre côté, l’Appel inédit, une démarche initiée par… Pernelle Richardot, aux côtés de l’ancienne ministre Aurélie Filipetti et la députée insoumise Caroline Fiat. L’Appel inédit a reçu le soutien d’autres formations : la France insoumise, Place publique, le Parti radical de gauche (PRG) et Generation.s, trois mouvements qui n’ont aucun élus régionaux.

Une convergence des deux appels

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Manifestation contre l’implantation de l’entreprise Huawei à Brumath et les Instituts Confucius jeudi

Manifestation contre l’implantation de l’entreprise Huawei à Brumath et les Instituts Confucius jeudi

L’association « Initiative Citoyenne » appelle à manifester jeudi 18 mars contre l’implantation de l’entreprise Huawei à Brumath. Les organisateurs demandent aussi la fermeture des Instituts Confucius en France.

L’association française « Initiative Citoyenne« , qui milite pour le respect des doits humains en Chine, organise une manifestation statique contre l’implantation de l’entreprise Huawei à Brumath jeudi 18 mars de 11 heures à 13 heures. Cette action se déroulera devant le conseil régional du Grand Est à Strasbourg. Un lieu qui n’a pas été choisi au hasard. La commission permanente du conseil régional du Grand Est a en effet validé, le 12 février, l‘attribution d’une subvention de 800 000 euros à la filiale de Huawei chargée de la création d’une nouvelle entreprise à Brumath.

D’autres associations, militant pour le respect du droit des humains en Chine, se joindront à cette mobilisation. Le Collectifs Strasbourg for Uyghurs, Liberté au Tibet, l’Institut Ouïghour d’Europe, l’association Tibétaine de Strasbourg, l’association Falun Dafa France seront notamment présentes lors de ce rassemblement.

Manque d’éthique, risque environnemental et danger pour la sécurité nationale

Brigitte Guiraud, présidente de l’association « Initiative Citoyenne », demande l’arrêt de ce projet pour des raisons éthiques :

« Les associations de lutte pour le respect des droits de l’Homme ont été choquées de voir la région attribuer 800 000 euros de subvention à l’entreprise Huawei qui dépend pourtant de la dictature chinoise. Pourquoi donner une telle somme à cette entreprise qui est un instrument de répression de la population Ouïghour en Chine ? »

L’entreprise Huawei a en effet développé un système de reconnaissance faciale qui permet d’identifier les personnes appartenant à la population Ouïghour.

Manifestation contre les Instituts Confucius à Rouen en Octobre 2020 Photo : Brigitte Guiraud

Brigitte Guiraud dénonce aussi l’impact environnemental engendré par la création d’une nouvelle usine de télécommunication en Alsace. « Il y aura une prolifération de la 5G qui entrainera un pillage des ressources naturelles, notamment des terres rare, » affirme Brigitte Guiraud. La sécurité nationale est aussi au cœur des inquiétudes de la présidente de l’association « Initiative Citoyenne » : « les salariés de Huawei implantent dans leurs produits des logiciels permettant de collecter nos informations et de nous espionner ».

« Le régime de Pékin utilise les Instituts Confucius comme un cheval de Troie »

La manifestation se poursuivra devant l’Institut Confucius de Strasbourg de 14 heures à 16 heures. Pour Brigitte Guiraud ces institutions offrent une éducation influencée par la politique chinoise :

« Nous demandons la fermeture des Instituts confucius car le régime de Pékin les utilise comme un cheval de Troie. Les étudiants apprennent que Taïwan est une province chinoise, que le Tibet a été libéré par la Chine et ils n’entendront jamais parler de la manifestation de la Place de Tian’anmen. Les pensées d’une dictature s’infiltrent dans notre démocratie. »

En octobre 2020 l’association « Initiative Citoyenne » avait déjà organisé une première manifestation à Rouen pour demander la fermeture des Instituts Confucius. Pour cette nouvelle mobilisation Brigitte Guiraud attend une centaine de participants.

L’État reconnaît « une responsabilité sans faute » dans la blessure infligée par un tir de LBD à Lilian

L’État reconnaît « une responsabilité sans faute » dans la blessure infligée par un tir de LBD à Lilian

Par la voix du ministère de l’Intérieur, l’État a reconnu une « responsabilité sans faute » dans la blessure infligée à Lilian par un tir de LBD. Ce lycéen faisait des achats aux Halles, le jour de la manifestation des Gilets jaunes du 12 janvier 2019. Le montant de l’indemnisation doit être fixé.

« Le ministre de l’Intérieur a reconnu la responsabilité sans faute de l’Etat dans la blessure infligée à Lilian Lepage lors de la manifestation du 12 janvier 2019 », indique l’avocat de la victime et de sa mère Flaure Diéssé, Me Xavier Metzger. Cette décision permet d’ouvrir une phase de négociations avec l’État afin de fixer le niveau d’indemnisation de la victime. « L’état du jeune homme n’est pas consolidé et on attend encore les conclusions d’expertises médicales et dentaires », explique l’avocat. Comme l’avait demandé la famille, une transaction à l’amiable va s’ouvrir avec les autorités.

Une responsabilité, mais pas de faute selon l’État

Cette reconnaissance de la responsabilité étatique se fonde sur l’article L211-10 du code de la sécurité intérieure, qui affirme que « l’État est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. » Le 12 janvier 2019, Lilian Lepage ne manifestait pas avec les Gilets jaunes, mais achetait une nouvelle veste au centre commercial des Halles en ce samedi de soldes (voir tous nos articles).

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Non, Nadia Zourgui n’a pas bénéficié de passe-droit pour l’attribution de son logement

Non, Nadia Zourgui n’a pas bénéficié de passe-droit pour l’attribution de son logement

Sur les réseaux sociaux, l’adjointe en charge de la tranquillité publique est accusée d’avoir bénéficié d’une attribution de logement social express. Une information reprise par Heb’di. Le président du bailleur 3F Grand Est dément : Nadia Zourgui a obtenu un appartement au loyer élevé, inabordable pour la majorité des demandeurs de logement social.

« Un logement social attribué en trois mois ! (…) L’attribution express de ce logement laisse songeur. » La rumeur a commencé sur Facebook mi-février. Sur une page créée fin janvier (PNA, Premières Nouvelles d’Alsace), la diffusion d’un message : « L’affaire Nadia Zourgui après l’affaire Suzanne Brolly ? », signé « Les Lanceurs d’alerte ». Deux semaines plus tard, Heb’di relaye le même soupçon : « Strasbourg : les Verts ne lavent pas plus blancs – Une deuxième affaire d’attribution de logement ? » Dans la foulée, la rédaction de Rue89 Strasbourg est sollicitée pour enquêter sur le sujet.

Vue sur le quartier d’Esplanade, où Nadia Zourgui a obtenu un logement social du bailleur 3F en novembre 2020 (document remis).

Un logement social plus cher, donc moins de demande

Le 23 août 2020, Nadia Zourgui finalise sa demande de logement 4/5 pièces auprès du bailleur social 3F. Fin novembre, elle obtient un appartement de 107 mètres carrés dont le loyer est de 1 145 euros par mois. Il permet de loger l’adjointe en charge de la tranquillité publique, ses deux enfants, son mari et son beau-père de 82 ans.

« Je n’ai jamais fait valoir mon rôle d’adjointe, ni demandé l’intervention de qui que ce soit, assure Nadia Zourgui à Rue89 Strasbourg. Je ne connais pas les process d’attribution de 3F. C’est au bailleur de fournir ces explications. »

Contacté, le directeur général du bailleur social 3F Carlos Sahun décrit une procédure « normale » :

« Madame Zourgui a reçu un logement pour lequel le plafond de revenu à ne pas dépasser est de 62 000 euros pour son foyer (ou 27 256 euros par an pour un foyer d’une seule personne). Cet appartement fait partie d’un patrimoine réservé à des candidats qui peuvent payer un loyer mensuel de plus de 1 100 euros par mois. Donc ce délai de trois mois ne m’étonne pas, quand on sait que 70% des inscrits dans le fichier de demandes de logement n’ont pas les moyens de payer ces loyers. »

« Nous ne sommes pas influencés par la Ville »

La rumeur soulève aussi la présence d’un élu de l’Eurométropole de Strasbourg au sein du conseil d’administration (CA) de 3F. Syamak Agha Babaei, ou Lucette Tisserand auraient-ils pu appuyer la demande de logement de Nadia Zourgui ? Nous avons interrogé un autre membre du CA de 3F, Éric Senet, chef d’entreprise et représentant d’Action Logement. Cet ancien élu et colistier de Jean-Philippe Vetter (LR) aux élections municipales, estime qu’il n’y a pas d’ »affaire Zourgui » :

« 3F n’est pas financé par la Ville ni l’Eurométropole. Donc des membres du CA comme Syamak Agha Babaei ou Lucette Tisserand n’ont pas d’influence sur les attributions de logement. »

Surtout que ce dernier a été remplacé par l’élue strasbourgeoise Lucette Tisserand le 28 août lorsque les représentations de l’Eurométropole dans des dizaines d’organismes ont été renouvelées.

Le directeur général du bailleur social abonde :

« Aucun administrateur ne peut se mêler de la gestion courante. Il n’en a pas le droit et je le refuserais s’il essayait. Nous ne sommes donc pas influencés par les membres du CA, a fortiori chez 3F, où je ne tiens pas mon mandat de la Ville de Strasbourg, mais de mes trois actionnaires principaux : 3F, Action Logement et le Medef. On n’a pas de lien particulier avec l’Eurométropole. »

Imbroglio autour de la vente d’une propriété

Les dénonciateurs de cette attribution de logement affirment également que Nadia Zourgui est propriétaire d’une maison, située dans le quartier du Neuhof. Or, un demandeur de logement social ne peut pas être propriétaire d’un logement. Sur ce point, Nadia Zourgui rétorque que la propriété est en vente. « Nous ne pouvions plus assumer les traites de cette maison (le remboursement du prêt bancaire, ndlr) », explique-t-elle.

Un compromis de vente avait ainsi été signé devant un notaire le 2 juillet 2020.

« L’Eurométropole a imaginé un moment user de son droit de préemption sur la parcelle de notre maison pour mener des projets urbains, avance Nadia Zourgui, au point d’organiser une visite sur place en octobre, ce qui a conduit mes acheteurs à renoncer à leur investissement. L’Eurométropole a finalement renoncé à son droit de préemption, donc je ne suis toujours pas tirée d’affaire et je continue les visites en espérant pouvoir vendre le plus vite possible cette maison… »

Nadia Zourgui, adjointe à la maire, en charge de la tranquillité publique.

Contactée, la Ville de Strasbourg a expliqué son projet d’acquisition avortée au niveau de la propriété de Nadia Zourgui dans le Neuhof. La municipalité a pour projet de créer une voirie entre la rue parallèle et la rue des Jésuites. Mais les terrains municipaux étaient insuffisants pour réaliser le tracé envisagé. La Ville a alors envisagé de préempter l’immeuble avant de renoncer au projet « les services concluant que cet immeuble ne pouvait participer à la redéfinition des espaces publics et des cheminements au voisinage du groupe scolaire. »

Face à ces accusations, Nadia Zourgui témoigne de son incompréhension devant « cet acharnement dont ma famille et moi-même sommes victimes. »

Deux manifestations contre la loi « sécurité globale » prévues mardi et samedi

Deux manifestations contre la loi « sécurité globale » prévues mardi et samedi

Dès mardi 16 mars, la proposition de loi « sécurité globale » sera examinée au Sénat. En réaction, un collectif d’associations, de syndicats et de partis politique appelle à manifester mardi 16 et samedi 20 mars à Strasbourg.

La proposition de loi relative à la sécurité globale, adoptée par l’Assemblée nationale le 24 novembre 2020, sera examinée au Sénat en séance plénière les 16, 17 et 18 mars. À cette occasion, le mouvement « de coordination pour le retrait total de la loi de sécurité globale » reprend ses manifestations initiées au mois de novembre 2020. Le collectif organisateur, composé d’une quinzaine d’associations, de syndicats et autres partis politiques propose trois nouvelles actions publiques cette semaine.

Manifestation contre la proposition de loi « Sécurité globale » le 28 novembre 2020. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Contre « l’élargissement des pouvoirs de surveillance de de la police »

La Ligue des Droits de l’Homme, les Gilets Jaunes Strasbourg République, la CGT, la France Insoumise, la Fédération Syndicale Unitaire feront partie des organisations présentes mardi 16 mars de 12 heures à 14 heures pour un rassemblement sur la place de la République. L’objectif de cette mobilisation est de protester contre « l’élargissement des pouvoirs de surveillance de la police qui supprime toute notion de vie privée dans l’espace public », selon le collectif. La proposition de loi prévoit d’étendre les moyens technologiques de surveillance des forces de l’ordre, grâce à la vidéoprotection, ainsi que de renforcer le rôle des policiers municipaux et des agents de sécurité privés.

Les organisateurs de la manifestation dénonce aussi l’article 24 de la loi qui « dissuaderait les citoyens de filmer l’action de la police, entraverait la liberté d’informer et invisibiliserait les violences policières ». Dans la loi « sécurité globale » toute diffusion du visage d’un fonctionnaire de police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie dans le but de porter atteinte à son intégrité est punie d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Autre texte visé par le rassemblement : le Schéma national de maintien de l’ordre publié le 16 septembre par le ministère de l’intérieur. Les organisateurs de la manifestation dénoncent le statut appliqué aux journalistes qui seraient « assimilés à des manifestants ». Le texte rappelle que se maintenir dans un attroupement après sommation est un délit, y compris pour les journalistes.

L’élargissement du fichage des individus « dangereux pour la sécurité publique » par décret du gouvernement en décembre 2020 et le projet de loi sur les « séparatismes », renommée loi « pour conforter les principes républicains », sont aussi au cœur des préoccupations des manifestants. Ce dernier prévoit notamment de « restreindre l’instruction à domicile » et de contraindre les associations à « s’engager à respecter les valeurs de la république ».

Webinaire et manifestation

La mobilisation se poursuivra en ligne à travers un webinaire mardi 16 mars dès 19 heures 30. La section strasbourgeoise de la Ligue des Droits de l’Homme diffusera un documentaire de Karine Parrot et Stéphane Elmadjian : « Sécurité globale, de quel droit ? » regroupant les points de vue de sept universitaires sur la loi « sécurité globale ». Cette projection sera suivie d’un débat public autour de la notion de sécurité et « des lois liberticides actuelles », selon les organisateurs.

Samedi 20 mars, une manifestation contre la « loi sécurité globale » viendra clôturer cette semaine de protestation. Le cortège partira à 14 heures de la place de la République. Une marche précédée dès 13 heures d’une assemblée populaire avec les membres du collectif.

D’une cité-jardin aux tours ultramodernes : le quartier Wacken en pleine mutation

D’une cité-jardin aux tours ultramodernes : le quartier Wacken en pleine mutation

Le quartier du Wacken présente un contraste saisissant entre les nouvelles tours ultramodernes d’Archipel 1, la cité-jardin Ungemach et d’autres maisons cossues voisines. Photoreportage dans un quartier en pleine mutation.

En venant de la place de Bordeaux, le quartier du Wacken débute juste après celui du Contades, où de grandes bâtisses aux toitures raffinées se succèdent, parfois une villa. Ici et là, de grosses berlines stationnent au bord du trottoir. Il suffit de traverser la rivière de l’Aar pour découvrir un tout autre style architectural, celui de la cité jardin Ungemach qui accueille aujourd’hui des logements sociaux. Derrière les pavillons de couleur rose ou paille, de grandes tours ultramodernes ont été construites à côté du Parlement européen. Le quartier d’affaire Archipel 1 est en cours de finalisation, avec ses logements, ses bureaux du Crédit Mutuel, d’Adidas et d’autres entreprises. Photoreportage dans un quartier en pleine mutation, aux contrastes saisissants.

Le Contades, ses maisons cossues

Après la place de Bordeaux, les belles maisons individuelles se succèdent. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
De belles berlines stationnent dans le quartier du Contades, juste avant celui du Wacken. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Derrière la villa Voltaire, le quartier Archipel 1 en cours de finalisation. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

La cité Ungemach, et ses pavillons des années 20

Vue sur la cite Ungemach d’un des nouveaux immeubles d’Archipel 1. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Des petits pavillons des années 20 aux tours ultramodernes en 2021. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Les 140 pavillons de la cité Ungemach servent aujourd’hui de logements sociaux gérés par le bailleur Habitation Moderne. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Des tours qui surplombent la cité-jardin

La majeure partie du quartier Archipel 1 est d’ores et déjà construite. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Les travaux continuent sur plusieurs édifices côté place Adrien Zeller. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Le quartier d’affaires Archipel 1 accueille également le siège d’Adidas, situé juste en face du Parlement européen. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Face à Archipel 1, un terrain vague

Entre le Rhénus Sport et le nouveau Maillon, un terrain vague de près de 10 hectares remplace l’ancien site du parc des expositions. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
La municipalité de Jeanne Barseghian compte transformer ce site en un « vrai lieu de promenade » pour les Strasbourgeois et les Schilikois. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Un patrimoine à valoriser

Au bout du terrain vague, une maison éclusière que la Ville compte valoriser. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
L’aboutissement du projet Archipel 2 devra aussi permettre d’aménager les berges de l’Aar côté Strasbourg. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Archipel 2 : deux banques en moins et des arbres en plus, pour des écolos ravis

Archipel 2 : deux banques en moins et des arbres en plus, pour des écolos ravis

Au Wacken, la Caisse d’Epargne et le Crédit Mutuel ont abandonné leurs projets de siège et de bureaux dans le futur quartier Archipel. L’opposition municipale s’en inquiète, mais la majorité écolo veut en profiter pour construire plus de logements et laisser de la place aux espaces verts.

La mandature précédente espérait un nouveau quartier d’affaires, la nouvelle municipalité promet plus de logements et d’espaces verts. Dans sa deuxième phase, le projet Archipel continue d’être un symbole des ambitions municipales.

Lors de son dernier mandat, le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) avait répondu favorablement aux sollicitations du Crédit Mutuel et de la Caisse d’Epargne. Sur ce terrain vague situé entre le nouveau théâtre du Maillon et le vieux bâtiment du Rhénus, les anciennes halles du Parc des Expositions ont bien été rasées. Pour y mettre quoi ? Le long du canal, entre le parking Coubertin et la salle de la SIG, le Crédit Mutuel souhaitait développer un programme immobilier d’environ 24 000 mètres carrés. Plus au centre du quartier, le long du boulevard de Dresde, la Caisse d’Epargne, elle, comptait y installer son nouveau siège Grand Est.

Mais en novembre 2020, le Crédit Mutuel renonce finalement à son projet de bureaux, invoquant la crise sanitaire et le boom du télétravail. Un mois plus tard, la Caisse d’Epargne abandonne elle aussi son projet de siège, décrivant « un contexte externe fortement perturbé par la crise sanitaire ».

Entre le Rhénus Sport et le nouveau théâtre du Maillon, une vaste zone doit accueillir le futur quartier Archipel 2 (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc).

« Archipel 2 sera un vrai lieu de promenade »

Suite à ces annonces, le conseiller municipal d’opposition Pierre Jakubowicz s’est ému de ces désistements, dans une lettre à la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (EELV) : « Ces faits nouveaux questionnent l’équilibre du projet et sa mixité fonctionnelle. » L’élu Agir craint qu’Archipel 2 n’accueille plus assez de bureaux et autres entreprises du secteur tertiaire.

Pour les écologistes, l’abandon des projets des deux banques leur permettent de repartir à zéro sur cette vaste étendue. L’occasion de façonner un quartier avec leur prisme, encore plus vite que prévu. L’adjointe à la maire en charge de la ville résiliente Suzanne Brolly, se félicite de ne pas reproduire la première phase du projet, située de l’autre côté du boulevard de Dresde :

« Archipel 1 est trop dense, trop minéral. En haut des tours, la vue est belle. Mais y vivre c’est autre chose. Archipel 2 sera au contraire un vrai lieu de promenade, un lieu d’apaisement dans une ville dense et chahutée. Nous souhaitons développer une proximité intelligente, avec des espaces de nature qui permettent de s’évader à proximité de chez soi. Pour les cyclistes, nous créerons des axes agréables à traverser avec moins de confrontation à la circulation automobile. »

Suzanne Brolly, adjointe à la maire en charge de la ville résiliente.

D’une vocation économique prédominante

Dans les plans de la précédente mandature, Archipel 2 devait garder une vocation économique prédominante, avec 70 000 m² de bureaux contre 18 000 m² réservés à des habitations. Un parking de 250 places devait être construit, ainsi que deux programmes résidentiels de près de 18 000 m² et une crèche de 500 m².

Sur 11,5 hectares de terrain, 3,5 hectares étaient dédiés à un parc traversant la zone jusqu’à une maison éclusière au bord de l’Aar, la rivière qui borde le quartier. Au total, la part consacrée au bâti était de 32% de l’espace au sol, ce qui consistait déjà en une rupture avec l’Archipel voisin, bien plus compact.

Plan du quartier Archipel 2 tel qu’imaginé sous la dernière mandature du maire Roland Ries, quand le Crédit Mutuel et la Caisse d’Epargne souhaitaient y construire des bureaux. Photo : Document remis

une augmentation des logements et des espaces verts

La nouvelle municipalité compte exacerber cette rupture en réduisant encore la part dédiée au secteur tertiaire. Ainsi, la Caisse d’Epargne a transformé son projet de nouveau siège en logements qu’elle louera.

Quant aux Crédit Mutuel, Suzanne Brolly souligne :

« Le projet du Crédit Mutuel était très intéressant, il était en bois et se situait au niveau de la ceinture verte, proche des berges. Donc on va en profiter pour désartificialiser les sols, et créer un espace de nature. »

Sur le nouveau plan d’Archipel 2, le bâtiment du Crédit Mutuel a donc disparu, remplacé par une trame verte le long du Canal de la Marne au Rhin (à droite de la SIG Arena sur le plan ci-dessous).

Version 2021 du projet Archipel 2. La zone orange désigne les lots concernés par le nouvel appel à manifestation d’intérêt (AMI) (Document remis).

Le projet de halle gourmande dans un immeuble de 8 600 m², avec du maraîchage sur le toit, est maintenu. Mais le projet de parking en silo (lot C) est aussi remis en cause, affirme l’adjointe, qui annonce un nouvel appel à manifestations d’intérêt (AMI) d’ici l’automne 2021 :

« On transforme complètement le permis d’aménager pour augmenter la part réservée à la pleine terre – qui permet de planter des arbres, et à la nature – en valorisant les berges. Au final, plus de 50% du bâti sera dédié au logement. C’est pour cela que nous n’avons pas touché au permis d’aménager pour les lots de logements sociaux, de locatif intermédiaire et de bail solidaire B, H et J (voir ci-dessous). L’AMI concerne toute la zone centrale des lots G, F, I, D et C. »

Plan d’Archipel 2 tel qu’envisagé par la municipalité Ries en 2019. Photo : Document remis

Suzanne Brolly annonce les critères qui seront scrutés par la Ville de Strasbourg face aux propositions des aménageurs : « Les projets architecturaux devront être exemplaires dans le choix des matériaux écologiques, les performances énergétiques, la végétalisation des sites et la réduction de leur emprise au sol. »

« Un lieu de vie des Strasbourgeois et des Schilikois »

Dans sa lettre à la maire de Strasbourg, l’élu d’opposition Pierre Jakubowicz craint aussi de voir le projet Archipel manquer « son développement pour renforcer sa dimension internationale et sa vocation européenne. » Suzanne Brolly rétorque :

« Il n’est pas décent de bétonner au nom de l’Europe, pour répondre à des enjeux économiques en omettant les enjeux sociaux et écologiques. Le quartier du Wacken restera un site où l’on va accueillir les institutions européennes (avec le projet Osmose, prévu pour servir de bureaux au Parlement européen, ndlr). Mais ce doit aussi être un lieu de vie des Strasbourgeois et des Schilikois. »

L’adjointe en charge de la démocratie locale Carole Zielinski prépare actuellement une consultation des Strasbourgeois et Schilikois autour de l’avenir du site Archipel 2.

Déni d’initiés sur les pesticides

Déni d’initiés sur les pesticides

Cette semaine, Rue89 Strasbourg s’est rendu à Schnersheim où un habitant s’inquiète du nombre de cancers et de maladies neurodégénératives dans le voisinage. La faute aux produits utilisés en agriculture ? Ça reste à prouver. Mais dans ce village agricole, les volontaires pour une étude ne se bousculent pas au portillon.

« L’expérience Ungemach, une histoire de l’eugénisme », ou quand des Strasbourgeois étaient pris pour des rats de laboratoire

« L’expérience Ungemach, une histoire de l’eugénisme », ou quand des Strasbourgeois étaient pris pour des rats de laboratoire

Avec un documentaire sur l’expérience eugéniste de la Cité Ungemach à Strasbourg, les réalisateurs Vincent Gaullier et Jean-Jacques Lonni ouvrent les portes de ces maisons où, derrière des rideaux soigneusement choisis, se cachait une idéologie mortifère.

Le documentaire mélange animation, images d’archives et interviews.
Photo : document remis Sancho & Co

Aujourd’hui, les maisons de la Cité Ungemach, au pied du Parlement européen, font rêver les promeneurs, avec leurs beaux jardins et leurs toits à double pente. Pourtant, peu de gens savent que s’y est déroulée la seule expérience eugéniste de France, au lendemain de la Première guerre mondiale. La fondation des Jardins Ungemach est créée en 1920 par le patron de la Société alsacienne d’alimentation de Schiltigheim, Charles-Léon Ungemach, sans doute pour faire oublier la rumeur qui l’accuse d’être un profiteur de guerre. Il fait construire 140 maisons quasi identiques, dotées d’un confort incroyable pour l’époque, destinées à des familles de classe moyenne, mais avec des loyers modérés. Un beau geste pour la ville de Strasbourg.

Objectif de la cité Ungemach : « guider l’évolution humaine vers une ascension plus rapide » (document remis Sancho & Co).

Sauf que pour être locataire, il faut répondre à des critères de sélection bien particuliers : Ungemach et son acolyte Alfred Dachert recrutent des couples jeunes, en bonne santé, où la femme doit rester au foyer afin d’élever les nombreux enfants « dans de bonnes conditions d’hygiène et de moralité. »

Le documentaire de Vincent Gaullier et Jean-Jacques Lonni montre bien comment cette expérience s’inscrit dans le contexte nataliste d’après-guerre mais aussi dans une pensée eugéniste moins connue. Une archive éloquente sur le créateur de l’eugénisme, le britannique Francis Galton, permet de comprendre comment une certaine frange de la bourgeoisie européenne espérait « améliorer l’humanité. »

Surveillés et notés, les habitants sont inspectés à la loupe (document remis Sancho & Co).

« Nous étions des rats de laboratoire », répète à plusieurs reprises Marie-Sophie Corman, qui a grandi avec ses 5 frères et sœurs dans la cité. Elle se tourne vers ce passé avec stupéfaction : les habitants n’étaient pas pleinement conscients de l’expérience menée sur eux.

À quoi est-on prêt pour du confort ?

« Le film pose la question de ce à quoi l’on est prêt pour avoir du confort, » explique le producteur de Sancho & Co, Laurent Dené. Les familles subissent des inspections régulières et le couperet tombe si le nombre d’enfants n’est pas au rendez-vous. « Les réalisateurs ont choisi l’animation pour évoquer les mécanismes de l’eugénisme, on n’a aucune trace vidéo de ces familles, et ils ont préféré mettre en valeur les voix des témoins plutôt que leur image. Leur parole est plus libre. »

Paul-André Rosental, auteur de « Destins de l’eugénisme » aux éditions du Seuil
(document remis Sancho & Co).

Plus troublant encore, l’expérience de la cité Ungemach ne s’arrête pas après la Seconde guerre mondiale. Alfred Dachert repeuple la cité, alors qu’elle devient propriété de la Ville en 1950. Les critères de sélection perdurent jusque dans les années 1960 et les critères d’expulsion – quand le dernier enfant atteint la majorité, la famille doit quitter les lieux – jusque dans les années 1980. Le réalisateur Vincent Gaullier n’a trouvé personne pour raconter la fin de cette expérience, qui en réalité ne s’est jamais arrêtée officiellement, mais a été glissée, mine de rien, sous le tapis.

« La Ville de Strasbourg n’a jamais mené de réflexion sur cette histoire », regrette Laurent Dené, « la stèle sur “les jeunes ménages en bonne santé” est toujours là, au milieu de la place Dachert, accompagnée d’aucun geste explicatif. » Le documentaire co-produit par France 3 relancera peut-être un travail sur cette page mal tournée de l’histoire de Strasbourg.

Occupation du TNS : « Notre but est de réveiller le théâtre »

Occupation du TNS : « Notre but est de réveiller le théâtre »

Depuis mardi 9 mars, les étudiants de l’École supérieure d’art dramatique occupent jours et nuits le Théâtre national de Strasbourg. Ils revendiquent la ré-ouverture des lieux de culture et la prolongation de « l’année blanche » pour les intermittents du spectacle. Reportage lors de cette première semaine d’occupation.

Ils ont voté à l’unanimité, en quelques heures, le vendredi 5 mars. Les 51 élèves des promotions 46 et 47 de l’École supérieure d’art dramatique ont décidé d’occuper le Théâtre National de Strasbourg quelques jours plus tard. Une décision prise suite à l’occupation du Théâtre national de l’Odéon à Paris, par une cinquantaine d’intermittents du spectacle le jeudi 4 mars. Strasbourg est l’un des trois théâtres nationaux à être occupé avec le Théâtre de la Colline à Paris.

« Nous nous sommes battus pour intégrer cette école »

Selon Carla, étudiante en deuxième année de l’École supérieure d’art dramatique, ce mouvement « fait écho à celui du théâtre national de l’Odéon à Paris ». Les étudiants du TNS se sont d’ailleurs rendus, samedi 6 mars, sur place pour s’inspirer de l’organisation des artistes occupant le théâtre de l’Odéon.

« Nous avons vu comment ils se ravitaillaient, notamment grâce à une équipe extérieure, comment ils avaient structuré leur mouvement et nous avons communiqué ces informations aux autres étudiants à Strasbourg pour élargir cette action initiée par le théâtre de l’Odéon. C’est important que ça ne reste pas un mouvement d’entre-soi à Paris ».

Carla, étudiante en 2e année à l’École supérieure d’art dramatique du TNS.

La jeune fille précise que leur mouvement est différent de celui de l’Odéon :

« Ce n’est pas une réelle occupation, nous venions déjà en cours tous les jours au TNS. Nous nous sommes juste installés dans le théâtre, c’est chez nous désormais. »

Pour Naïsha, étudiante en première année, cette occupation est aussi née de la frustration des étudiants :

« On a toujours pu aller dans notre école. Actuellement nous faisons un stage avec l’actrice Dominique Reymond et les deuxièmes années avec le metteur en scène Éric Lacascade. Mais nous ne pouvons plus, à la fin de ces stages, présenter notre travail au public. Normalement, on se forme en regardant des pièces, en échangeant avec des artistes mais ce n’est plus possible. Les premières années n’ont pas connu de théâtre vivant au TNS. Nous n’avons jamais pu faire de représentations, alors que nous nous sommes battus pour intégrer cette école et réussir le concours d’entrée. »

Gabriel, Juliette et Naïsha, en première année au TNS, n'ont pas pu faire de représentations devant un public durant leur scolarité en raison de la pandémie. (Photo LC / Rue89 Strasbourg)
Gabriel, Juliette et Naïsha, en première année au TNS, n’ont pas pu faire de représentations devant un public durant leur scolarité en raison de la pandémie. Photo : LC / Rue89 Strasbourg

Une organisation bien rodée

À l’intérieur du Théâtre National de Strasbourg, les étudiants se sont répartis en plusieurs pôles pour « faire durer ce mouvement et préparer leurs actions futures », selon Ivan Marquez, en deuxième année :

« Il y a le pôle direction qui s’occupe des relations entre l’administration et les élèves, le pôle communication qui fait le lien avec la presse, un pôle qui discute avec les syndicats, un pôle qui se tient au courant des mesures prises par le gouvernement dans le domaine de la culture et le plus important, un pôle qui s’occupe de la répartition de la nourriture. Il y a aussi d’autres groupes qui s’occupent de la cuisine et du ménage. »

« On s’est aussi organisé avec les restaurants Crous pour avoir des paniers repas à emporter et dans le TNS, on a accès à des plaques électriques et à un four micro-ondes, » explique Ivan Marquez. Le soir, les 43 résidents permanents du TNS sont rejoints par leurs camarades de la section Scénographie, actuellement en stage, pour dormir dans le hall du théâtre. « Nous avons des duvets, des couettes et nous dormons les uns sur les autres. Mais ça va, il y a de la moquette au sol ! », raconte Gabriel, étudiant en première année, le sourire aux lèvres.

Une action qui souhaite intégrer les autres écoles d’art de France, selon Ivan Marquez :

« Nous faisons aussi tous les soirs des appels en visioconférence avec les autres écoles d’arts et de dramaturgie, pour parler de nos futures actions. Pour le moment, c’est encore en discussion. Nous avons déjà fait un cri d’une minute à 17 heures jeudi soir avec le Théâtre national de la Colline à Paris qui est occupé par les étudiants du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique et l’École Supérieur d’Art Dramatique. »

Bien que revendicative, l’occupation des locaux est tolérée par l’administration du TNS :

« Pour le moment, on observe leur action. On ne s’oppose pas, mais on reste vigilant. Tant que les règles sanitaires et sécuritaires sont respectées, ils pourront rester dans le théâtre. »

Chantale Regairaz, secrétaire générale du Théâtre National de Strasbourg.

Le directeur, Stanislas Nordey, a déclaré sur France Info qu’il faut savoir « entendre les revendications » des étudiants.

Les étudiants du TNS se sont installés dans le théâtre national de Strasbourg jours et nuits depuis le mardi 9 mars à 17 heures.
Les étudiants du TNS se sont installés dans le Théâtre National de Strasbourg, qu’ils occupent 24H/24 depuis le mardi 9 mars (Photo LC / Rue89 Strasbourg).

Réouverture des lieux de culture et prolongation de l’année blanche

Tous les jours à 13 heures, les étudiants de l’École supérieure d’art dramatique se rassemblent pour une « assemblée générale, » sur le parvis du théâtre. Mercredi et jeudi, une cinquantaine de « spectateurs » ont assisté aux échanges avec les étudiants.

La première réunion, mercredi 10 mars, a été l’occasion de rappeler les principales revendications. La réouverture des lieux de culture se place en tête de liste. « Il faut que le gouvernement nous donne un calendrier avec les dates d’ouverture des lieux de culture. C’est important pour que les élèves du TNS puissent aussi se projeter dans leur futur métier », explique Mathilde, en deuxième année.

La reconduite de « l’année blanche » pour les intermittents du spectacle et son extension à tous les travailleurs précaires est aussi au cœur de leurs revendications :

« L’année blanche avait prolongé les droits d’indemnisation des intermittents du spectacle jusqu’au 31 aout 2021. Mais des artistes n’ont pas eu le temps d’effectuer les 507 heures nécessaires pour avoir le statut. Cette question touche aussi notre futur métier. »

Juliette, étudiante en première année au TNS.

Les étudiants du TNS réclament également la mise en place de mesures d’aides financières et psychologiques pour tous les étudiants. « Notre mouvement dépasse la culture, nous sommes solidaires avec nos pairs », affirme Mathilde. Le retrait de la réforme de l’assurance chômage, la garanties des droits sociaux (retraite, congés payés…) et la mise en place d’un financement du secteur culturel sont aussi demandés.

Les étudiants du Théâtre National de Strasbourg ont organisé mardi 10 mars leur première assemblée générale pour exposer leurs revendications au public. Photo : LC / Rue89 Strasbourg

« Réveiller le théâtre strasbourgeois »

« Notre but est de réveiller notre théâtre », affirme Ivan Marquez. Mercredi 10 mars, les étudiants du TNS ont donc invité le public à partager avec eux des poèmes, des citations ou juste leurs pensées sur le parvis du théâtre. Une première spectatrice, Anna Groh, retraitée, se joint au petit groupe. Juste avant de saisir le micro, elle se désinfecte les mains puis prend la parole : « Je suis votre public et vous me manquez. J’ai toujours travaillé dans des milieux artistiques et je ne peux pas vivre sans le théâtre. »

Anna et Chira, du lycée voisin des Pontonniers, s’empressent à leur tour de prendre la parole, pleines de joie :

« Nous étudions le théâtre et l’histoire de l’art, donc ce mouvement nous concerne aussi. En plus, on est dans une période compliquée et retourner dans les lieux culturels, ça nous ferait du bien. On va tout faire pour que nos lycées prennent connaissance de vos actions et vous soutiennent. On veut que les théâtres rouvrent ».

Des paroles applaudies par Mélodie, élève de la Haute école des arts du Rhin qui souhaite aussi prendre part à ce mouvement.

« On souhaite adapter nos assemblées générales à l’actualité et à notre public »

Cet échange entre les étudiants du TNS et le public a évolué au fil de la semaine. Vendredi 12 mars, un débat a été proposé aux spectateurs. « Cette nouvelle forme de communication nous permet de faire entrer les gens qui nous soutiennent dans notre mouvement et de connaître leurs avis, » explique Quentin, en deuxième année.

Le principe : un étudiant pose une question simple à la foule, avec deux réponses possibles. On assiste alors à une drôle de scène, où des gens courent pour se placer à droite ou à gauche du parvis, en fonction de leur réponse. « Respectez les mesures de distanciation sociales !  » rappelle Juliette, en première année.

« Peut-on faire de l’art sans argent ? » La question divise l’assemblée. « Nous n’avons pas besoin d’argent pour faire de l’art, c’est notre passion », affirme un étudiant. « Oui mais la passion ne paie pas les repas, » renchérit un autre. D’ailleurs, l’art est-il un métier ou une passion ? Sur cette question, la foule est unanime et s’assoit par terre : « On ne peut pas choisir entre les deux, être un artiste c’est les deux à la fois. »

Lors de leur troisième assemblée générale, les étudiants du TNS ont organisé un débat public avec les spectateurs. Photo : LC / Rue89 Strasbourg

Un mouvement qui touche les lycéens et les intermittents du spectacle

Ces mobilisations ont touché particulièrement les lycéens de Strasbourg. Lucile, Héloïse et Luna, du lycée des Pontonniers, ont répondu tous les jours à ce rendez-vous : « On va essayer de distribuer des tracts et on reviendra la semaine prochaine si rien ne change. » Pour Luna, c’est aussi son futur qui est en jeu :

« L’année dernière je faisais du théâtre au lycée, mais avec la pandémie je n’ai pas pu en faire cette année. Plus tard, j’aimerais devenir actrice et entrer au TNS donc il est normal de les soutenir. C’est important pour l’avenir du métier que je souhaite exercer. »

Une démarche suivie également par un grand nombre d’intermittents du spectacle comme Pierre, comédien : « Beaucoup d’artistes soutiennent cette initiative. On vient régulièrement à leurs assemblées générales pour voir comment la situation évolue. » Pour Elisabeth Marie, membre du syndicat français des artistes interprètes, le mouvement des étudiants du TNS est un « processus de solidarité » : « Ils se battent aussi pour leurs aînés qui ont fini l’école et qui sont en difficulté. »

Depuis le début du mouvement à Paris et Strasbourg, 9 autres villes ont vu leur théâtre à leur tour occupé comme Lille, Nantes ou encore Saint-Etienne.

À Strasbourg, des soignants vaccinés avec le lot suspect d’AstraZeneca, suspendu dans 5 pays d’Europe

À Strasbourg, des soignants vaccinés avec le lot suspect d’AstraZeneca, suspendu dans 5 pays d’Europe

À Strasbourg, depuis mi-février, plusieurs soignants ont été vaccinés avec le lot ABV5300 d’AstraZeneca. Un mois plus tard, l’utilisation de ce lot a été suspendue dans cinq pays d’Europe suite au décès d’une infirmière de 49 ans en Autriche. La France, elle, continue de l’utiliser.

Jeudi 11 mars. Alice (le prénom a été modifié) écoute l’allocution du ministre de la Santé. Olivier Véran évoque brièvement la suspension du vaccin AstraZeneca dans certains pays d’Europe ainsi qu’un lot précis suspecté et suspendu en Italie. Cadre dans le domaine de la santé, Alice a été vaccinée trois jours plus tôt au centre de vaccination de SOS Médecins, dans le quartier de Neuhof. Elle cherche son certificat de vaccination et découvre que le lot utilisé fait partie des suspects. Le lot ABV5300 a été suspendu en Estonie, Lituanie, Lettonie, au Luxembourg et en Autriche, suite au décès d’une infirmière autrichienne.

Certificat de vaccination d’Alice, qui découvre avoir été vaccinée avec une dose issue du lot suspendu dans 5 pays européens (document remis).

Précaution locale, feu vert national

Selon nos informations, le comité de pilotage (Copil) de la campagne de vaccination dans le département a envisagé un temps de suspendre localement l’utilisation du vaccin AstraZeneca dans l’après-midi du jeudi 11 mars. Le Copil décide donc d’attendre le feu vert du gouvernement pour continuer la vaccination. Ce que fait finalement le ministre de la Santé, lors du point presse du jeudi soir.

Lors de son allocution, Olivier Véran n’a pas abordé la problématique du lot ABV5300 précisément. Il a seulement évoqué, sans la nommer, la suspension du lot numéro ABV2856 en Italie, à titre de précaution :

« Sur le vaccin AstraZeneca, le Danemark, la Finlande et l’Islande ont suspendu par précaution et jusqu’à nouvel ordre l’utilisation du vaccin AstraZeneca en raison de craintes liées à la formation de troubles de la coagulation sur de très rares personnes vaccinées, dont une est hélas décédée. Dans le même temps, l’Agence nationale de la santé danoise souligne qu’à l’heure actuelle on ne peut pas conclure à l’existence d’un lien entre le vaccin et ces troubles de la coagulation.

L’Italie a décidé quant à elle de suspendre un lot seulement des vaccins pour analyse, un lot qui n’est pas utilisé sur le territoire français. J’ai saisi dès ce matin l’Agence nationale de la sécurité du médicament (Ansm) de la question, afin d’y apporter un éclairage. D’après l’Ansm, suivie par l’Agence européenne du médicament, il n’y a pas lieu de suspendre la vaccination par AstraZeneca. Des enquêtes sont menées systématiquement à chaque fois qu’un effet indésirable grave est déclaré. Sur cinq millions d’Européens, trente personnes ont présenté des troubles de la coagulation. »

Manque de prévention et de transparence

Suite à cette allocution, et à la découverte du lot utilisé pour la vacciner, Alice est en colère. Elle estime qu’une prévention spécifique devrait être mise en place pour les personnes ayant reçu le même lot suspect qu’elle :

« Les données de vaccination sont enregistrées par l’Assurance Maladie. Je pense qu’une requête sur le lot suspect prend 30 secondes pour trouver les personnes concernées. J’espère que les médecins des centres vont contacter les personnes vaccinées, pour qu’on puisse prendre des anticoagulants quelques jours, ça permettrait de nous protéger. Je ne comprends pas qu’ils ne prennent pas cette mesure de prévention. »

Le vaccin d’AstraZeneca est plus simple à manipuler Photo : Marco Verch / FlickR / cc

Infirmière libérale à Strasbourg, Mélanie a reçu sa première dose d’AstraZeneca le 18 février. C’est aussi au centre de vaccination de SOS Médecins au Neuhof qu’on lui a injecté une dose du lot ABV5300. Alertée par une collègue sur la suspension du lot dans cinq pays dans la matinée du 12 mars, elle regrette un manque de transparence du gouvernement sur le sujet :

« Depuis le début de la crise, avec les mensonges sur les masques, je n’ai pas confiance dans le gouvernement. Le ministre de la Santé promet la transparence mais dans cette allocution, il aurait pu dire que le lot ABV5300 a été utilisé en France.

Je suis pro-vaccination. Je reste persuadée que c’est ce qui va nous sortir de cette situation. Mais dans le doute, on ferait mieux de suspendre l’utilisation de ce lot, sinon il n’y a aucune anticipation… Surtout qu’on est maintenant alertés par d’autres pays. Je ne pense pas qu’ils sont moins compétents que nous. Et au pire, si ça ne montre aucune gravité, on le réutilisera. »

Confiance dans une surveillance poussée

Mais tous les soignants vaccinés avec le lot ABV5300 ne sont pas inquiets pour autant. Ainsi, Franck (le prénom a été modifié), pharmacien, « reste confiant sur l’innocuité et la surveillance accrue de la vaccination. »

Responsable médical du centre de vaccination de Schiltigheim et médecin généraliste, Raymond Attuil partage cette confiance dans le vaccin AstraZeneca et décrit un système de surveillance très poussé pour détecter des effets indésirables :

« La semaine dernière au centre de vaccination, on a examiné quelqu’un. Le médecin lui dit tu vas t’asseoir là bas. En s’asseyant, il s’est fait une fracture du col du fémur. On ne l’avait pas encore vacciné, mais s’il avait fait sa fracture deux minutes plus tard, on aurait classé ça en effet indésirable. »

« 30 cas de thromboses multiples en Europe sur environ 5 millions de personnes »

Préfecture, Ville de Strasbourg, SOS Médecins. Tous ces interlocuteurs nous ont renvoyé vers l’Agence régionale de santé pour en savoir plus sur l’utilisation du lot ABV5300 à Strasbourg. L’ARS Grand Est considère ainsi qu’il n’est pas « utile à cet stade » d’informer les vaccinés concernés par ce lot, tout en rappelant qu’ils peuvent consulter leur certificat de vaccination.

L’ARS préfère éviter « d’inquiéter les personnes vaccinées sur la base d’une alerte sans fondement démontré, à ce stade. (…) L’Agence nationale de la sécurité du médicament, suivant les recommandations de l’Agence européenne du médicament, indique qu’il n’y a pas lieu de suspendre l’utilisation du vaccin AstraZeneca à ce stade. Le nombre de cas d’évènements thromboemboliques chez les patients vaccinés n’est pas supérieur au nombre de cas qui seraient habituellement observés dans la population générale. Les avantages du vaccin continuent de l’emporter sur ses risques. (…) De nouvelles données pourraient amener l’ANSM à réviser cette position. »

Cinq syndicats de la Direccte portent plainte contre leur ancienne directrice

Cinq syndicats de la Direccte portent plainte contre leur ancienne directrice

Le dialogue social est très tendu à la Direccte, l’administration régionale en charge du commerce et de l’emploi. Cinq syndicats accusent leur ancienne directrice de ne pas avoir assez protégé les fonctionnaires pendant la crise sanitaire. Ils portent plainte contre elle.

Cinq syndicats de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, du commerce, du travail et de l’emploi (Direccte) du Grand Est ont la mémoire longue. Malgré la mutation de leur ancienne directrice en Auvergne – Rhône-Alpes en décembre 2020, ils ont bouclé un dossier de 33 pages à l’appui d’une plainte qu’ils déposent contre elle devant la procureur de la République du Bas-Rhin, pour « abstention volontaire de prendre des mesures pour combattre un sinistre de nature à créer un danger pour les personnes. »

Les locaux de la Direccte Grand Est à Strasbourg Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Sur un tract circulant dans les locaux de la Direccte du Grand Est, la CGT, FO, SUD, la CNT et la FSU listent une série de « manquements » qu’ils reprochent à Isabelle Notter : notamment la réouverture des services de la Direccte à Mulhouse en pleine crise aiguë de Covid-19, mais aussi le fait d’avoir ignoré des droits de retrait d’agents, ou encore le refus des mesures de télétravail, etc. Selon ce document, l’ancienne directrice aurait même exigé que « des agents en isolement pour raisons sanitaires reprennent leur poste de travail. »

Absence complète de dialogue social

Délégué syndical de la Confédération nationale des travailleurs, Laurent Bosal constate une absence complète de dialogue social au sein de cette administration, pourtant en charge des relations au travail :

« C’est malheureux d’en arriver là, mais tout au long de l’année 2020, les représentants des salariés se sont constamment heurtés à un mur… Les messages, recommandations puis alertes ont systématiquement été ignorés. Le résultat a été une grande source de stress pour certains de nos agents. On n’oublie pas, et s’il faut en passer par l’action pénale pour être entendus, et bien qu’il en soit ainsi. »

Selon le souvenir de Laurent Bosal, c’est la première fois qu’un directeur de cette administration est ainsi poursuivi par une partie des syndicats. Me François Stehly, ancien inspecteur du travail à Strasbourg, est chargé de représenter ces syndicats.

La CFDT et l’Unsa n’ont pas été associés à cette plainte. La CGT est le premier syndicat de la Direccte Grand Est.