Le Racing club de Strasbourg reçoit l’AS Saint Étienne ce dimanche 17 janvier à 15h, pour la 20e journée de Ligue 1. Une confrontation entre le 15e et le 16e du tableau, séparés par seulement un point. Les deux formations tentent en outre d’échapper à la relégation.
La rencontre opposant le Racing Club de Strasbourg Alsace (RCSA) à l’AS Saint-Etienne (ASSE), ce dimanche 17 janvier, a bien failli ne pas avoir lieu : sept joueurs ont été contaminés par la Covid-19 ainsi que huit membres du staff de l’ASSE. Samedi encore, la conférence de presse du club où l’entraîneur Claude Puel et l’attaquant Ryad Boudebouz étaient attendus face à la presse n’a pas pu se tenir. L’ASSE attendait des résultats complémentaires concernant la situation sanitaire de leur effectif.
Le Racing espère rester sur une « bonne dynamique » en ce début de 2021 Photo : Quentin Felden graphies
Les Verts de l’ASSE suivent de très près le RC Strasbourg, les Stéphanois se trouvent au 16e rang de la Ligue 1. Le Racing possède seulement un point de plus que son adversaire et se situe à la 15e place du championnat. Défenseur du RCSA, Anthony Caci sait l’importance de « rester sur la bonne dynamique, » a-t-il dit lors de la conférence de presse d’avant-match vendredi. Strasbourg a bien démarré son année 2021 avec un succès (5-0) contre Nîmes puis en déplacement à Lens (0-1).
Une dynamique différente du côté de l’ASSE qui reste sur une défaite face à Reims (3-1) malgré le point récolté face au PSG (1-1) pour ouvrir la nouvelle année. Toujours selon Anthony Caci, c’est « le bon moment pour faire un résultat » face à des Stéphanois en difficulté qui totalisent seulement quatre succès cette saison en Ligue 1. Un chiffre bien inférieur aux attentes. Strasbourg fait mieux grâce à six succès obtenus.
Après une défaite à Saint-Etienne, « pas question de parler de vengeance »
La rencontre du match aller contre l’ASSE fait partie des quatre victoires de la formation stéphanoise. Lors de la 3e journée de Ligue 1, le déplacement des Strasbourgeois au stade Geoffroy-Guichard s’est soldé par une défaite (2-0) malgré la bonne performance des Alsaciens ce soir-là. Les retrouvailles entre ces deux équipes s’annoncent très intéressantes à suivre du côté de la Meinau. Même si Anthony Caci ne veut pas parler« d’un sentiment de vengeance. »
Malgré la fermeture des lieux de culture, le Service universitaire de l’action culturelle de l’Université de Strasbourg poursuit sa saison, consacrée cette année au thème de l’anthropophagie. Premier événement de 2021, l’accueil de l’artiste Merhyl Levisse en résidence. Photographe et plasticien, il se penche sur ces nouvelles contraintes et imagine une œuvre privée de son public. Entretien.
Mehryl Levisse est en résidence à Strasbourg. Le plasticien, danseur expérimenté, réalise une curieuse performance, sans public : Erster Solotänzer. Un danseur de l’Opéra national du Rhin dans deux bibliothèques. Pas un spectateur, mais des caméras et la diffusion d’un film, condensé de la danse, pendant les Nuits de la lecture du 21 au 24 janvier. C’est l’occasion de plonger dans le geste d’un artiste qui délaisse le spectaculaire pour travailler minutieusement les impressions du quotidien.
Rue89 Strasbourg : Vous composez des photographies où des personnages masqués sont mis en scène dans des espaces clos. Le corps est toujours le point d’attention de vos photographies. Que vous évoque cette thématique Anthropophagie : le goût de l’autre ?
Mehryl Levisse : L’anthropophagie est un des premiers thèmes sur lesquels j’ai travaillé. Le cannibalisme, la sorcellerie, les rituels, et comment on s’approprie le pouvoir et l’âme de l’autre dans les rites anthropophages des communautés africaines. Tout cela est présent dans mon travail, via les rituels et les croyances. Effectivement, je pars d’un travail sur mon corps, sur mon identité, mais beaucoup de choses viennent s’y greffer. Je considère que mon corps est plutôt universel. C’est un matériau neutre que je peux adapter. Je fais des productions non-genrées, car je travaille sur l’identité et la construction de soi.
L’absence de visage déshumanise aussi le corps et peut le rendre inquiétant. Photo : Mehryl Levisse
Je pense que mon corps peut être n’importe quel corps, car, avec tout un tas d’artifices, je peux le transformer. Il devient familier. Depuis ma première mise en scène photographique, je crée des espaces clos, sans ouvertures, portes ou fenêtres qui permettraient au regard de fuir vers un arrière-plan. Comme on est sur des espaces avec des papiers peints et du mobilier récupéré, il y a une impression très réelle. Ça permet de donner cette sensation que la scène se joue en permanence, que les corps y sont enfermés dans une espèce de quotidien, condamnés à rejouer éternellement la même situation. Les corps présentés sont souvent dénudés et masqués dans des postures qui font penser, quand on regarde la mise en scène photographique, que l’action ne ne s’est pas encore déroulée ou bien qu’on est en retard. La présence du spectateur est suggérée en permanence.
Mes créations ne sont pas du tout théâtrales, même si je reprends des codes du théâtre puisqu’il y a des prothèses, des artifices, des faux planchers, des faux murs, tout un tas de trucages. Je ne retouche aucune de mes images. Tout est réel, y compris les éclairages. Donc ce sont de très longs processus de mise en scène, d’essais de postures.
Quel est votre processus de création ? Comme vous travaillez seul, vous devez multiplier les allers et retours entre la scène et l’appareil photo.
Un élément posé dans la mise en scène, c’est une photographie. Puis je vérifie en fonction du cadre. Si l’objet est posé au bon endroit, il reste, sinon je le modifie encore. Je fais en général 800 images. Parfois, j’ai déjà une posture en tête, parfois j’ai le décor mais pas la posture, et donc, je cherche. Il y a ensuite un long travail de choix pour savoir quelle photo est la bonne.
Mehryl Levisse se sert habituellement de son propre corps comme objet d’art Photo : de Mehryl Levisse
Est-ce que votre passion pour les masques signifie que vous pensez qu’il est nécessaire de cacher le visage pour rendre un corps universel ?
Exactement. Je pense que ça joue sur deux axes qui se complètent : d’abord cacher l’identité du modèle, car le corps qui est photographié est une vraie identité, dans son environnement, dans son espace. Et ensuite, en plus d’anéantir cette identité réelle, le masque permet au regardant de se projeter dans l’image, à la place du personnage qui est mis en scène.
Le masque et le costume sont extrêmement présents dans mon travail depuis le début. Même au- delà ils m’ont toujours fasciné. Le masque de cérémonie ou le masque de carnaval et tout ce qui en découle : les rassemblements communautaires, les rassemblements sportifs où l’on grime son visage aux couleurs d’un drapeau, toutes ces mises en scène du corps dans une communauté permettent de créer une espèce de bloc.
D’habitude, pour gommer le genre vous invisibilisez tous les marqueurs d’identification. Mais cette fois-ci pour Erster Solotänzer, vous jouez sur des marqueurs très forts mais qui créent un contraste.
C’est un danseur de l’Opéra du Rhin, Pierre-Émile Lemieux-Venne, qui porte un costume de petit rat d’opéra. Comme mes personnages ont toujours un parallèle avec une identité personnelle, il était important que Pierre-Émile et moi fassions à peu près les mêmes gabarits. J’avais envie de travailler sur la couleur de mon corps, cette couleur chair. Je me suis intéressé à l’académique de danse classique. Cette combinaison couleur saumon, qui depuis toujours est standardisée pour des corps à peau claire, et pas à peau noire. Le costume est composé d’un masque, d’un corset, d’une jupe, de ballerines et de gants. C’est un costume très féminin, mais porté par un danseur qui a une apparence fortement masculine. Je voulais que ce soit un corps plutôt musclé. Il est important pour moi que, malgré cette couleur rose très genrée du costume, on puisse se questionner. C’est vraiment un personnage fait de dualités.
Pourquoi avoir choisi de placer ce personnage dans deux bibliothèques, en ces temps de fermeture culturelle ?
Les bibliothèques ont une fonction, de silence, de culture et de devoir. En venant y placer un personnage de ballet, c’est un premier dialogue qui va se créer, et on va voir ce que ça va donner. J’ai créé un personnage, qui est ce costume, et j’ai envie de lui laisser une liberté. Hormis quelques plans cinématographiques que nous avons travaillés, je veux que la chorégraphie soit libre. Il est important que lui aussi s’approprie ce personnage, via sa gestuelle de danseur de ballet. Il va donner vie à ce personnage que nous avons pensé à deux. C’est important, car si je délimite une chorégraphie il y aurait peu de marge de manœuvre.
Le geste du danseur s’associe au désir de naturel du chorégraphe. Le liberté du mouvement prime sur le reste. Photo : de Teona Goreci
Vous avez prévu deux performances de 4 heures chacune, à la Bibliothèque nationale universitaire et à celle du Cardo. Comment allez-vous transmettre ces films au public ?
Oui, on va se retrouver avec 8 heures de rushes. Cela va servir à monter un film, plutôt réduit, car j’ai conscience que le temps de concentration d’un spectateur face à une œuvre vidéo est court. Ce film de 15 minutes sera diffusé en ligne pour les Nuits de la Lecture, du 21 au 24 janvier. L’idée c’est que la performance existe, et que cette vidéo en est une trace. La performance ce n’est pas la vidéo. Elle s’est passée, sans public, dans ces bibliothèques.
Dans cette résidence, vous avez rencontré la plus terrible des contraintes pour un artiste : être privé de son public. Comment faites-vous face ?
C’est mon nouveau travail, depuis le confinement et avec tout ce que le Covid a mis en place à la fois dans la vie des artistes, à la fois dans la non-possibilité et dans notre société. Ça fait presque un an qu’on est confinés, que le contact de l’autre est impossible, qu’on porte des masques, qu’on ne peut pas se rassembler. Les supermarchés sont ouverts mais les musées sont fermés.
La solitude du corps résonne dans la bibliothèque vide. Photo : de Mehryl Levisse
Du coup je me suis intéressé à une question qui était là dans mon travail sans jamais que je m’y consacre : est-ce que le regard du spectateur donne une valeur à une œuvre d’art ? Est-ce que la Joconde est la Joconde parce que le regard de l’humanité a décidé que c’était un chef-d’œuvre, ou est-ce que l’œuvre se suffit à elle-même ? Je pense qu’une œuvre n’est pas faite pour être stockée. Tous les artistes produisent pour être vus, donc le regard d’un spectateur est très important. Est-ce qu’une performance sans public est toujours une performance ?
En plus de cette performance, votre résidence prévoit l’affichage d’une de vos photographies sur le mur de l’Atrium, un bâtiment de l’Université de Strasbourg, bien que les conditions climatiques aient retardé sa mise en place.
Oui, en 10 mètres sur 7. Une photographie qui s’appelle L’Oisivore, tirée d’un triptyque, Anthropophage et carnassier. Il traite de la nourriture et de comment on se nourrit de l’autre. D’un point de vue intellectuel, dans un rapport humain, mais aussi nourricier quand il s’agit de manger l’animal ou le végétal. Cette photo est assez libre d’interprétation, avec un personnage en slip, sur un lit, entouré par un tas de plumes. Il y a toujours cette idée de se nourrir de l’autre et cette ambiguïté qui suggère que nous sommes ce que nous mangeons.
Le costume, classique sur une scène d’Opéra, semble prendre de l’âge lorsqu’il se place dans un espace inhabituel. Photo : de Teona Goreci
Que ce soit avec la photographie que vous faites en solitaire ou avec cette performance dans les bibliothèques, vous semblez vouloir garder de la distance avec vos spectateurs.
Je ne suis pas devenu danseur car le rapport avec le public est quelque chose d’un peu compliqué pour moi. Je ne me sens pas à l’aise d’être ainsi mis en scène. Lorsque je présente des traces photographiques, des performances, des installations, la production a été faite en amont. Il n’y a pas cette immédiateté avec le public qui me perturbe énormément. Dans mes performances, je fais performer pour moi, et ça me permet en permanence d’ajuster, de gérer plutôt que de me mettre en danger.
Un coursier Deliveroo a été jugé et condamné en comparution immédiate pour avoir refusé de livrer des repas venant de restaurateurs juifs. Les juges ont déploré le manque de réactivité de l’entreprise de livraison, et la défense le peu d’éléments fournis pour faire la lumière sur les comportements du livreur.
Depuis septembre, l’Agoraé, épicerie sociale destinée aux étudiants en difficulté financière, fait face à un afflux sans précédent de demandes. En cause, la crise sanitaire et ses conséquences économiques sur les jeunes. Grâce à ce dispositif de solidarité, plus de 200 d’entre eux peuvent s’alimenter à moindre coût.
« Ça m’est revenu à 1,97€. Je ne pensais pas que ce serait si peu cher ! » Laury, 20 ans et étudiante en Lettres modernes à la fac de Strasbourg, n’en revient pas. Mardi 12 janvier, elle est venue pour la première fois faire ses courses à l’Agoraé, l’épicerie sociale destinée aux étudiants en difficulté financière.
Un lieu singulier, situé place de l’Université, dans un local exigu mais foisonnant, où les produits, qu’ils soient alimentaires, d’hygiène, ménagers ou pour animaux, sont vendus à 10% du prix du marché. Huile, conserves de petits pois – carottes, pâtes, riz, compote ou crème dessert, les aliments proposés sont principalement secs. Dans un frigo, les bénéficiaires peuvent trouver des barquettes de jambon, des sachets d’emmental et des yaourts. Pas de légumes et peu de fruits, cependant.
Une soupe, vendue en temps normal à 1€40, est ici affichée à 14 centimes. Un bocal de fruits au sirop, 4€20 au supermarché, se retrouve à 42 centimes. « J’avais pris un billet de 10€, j’avais de la marge », s’exclame la jeune femme, originaire du Haut-Rhin.
Juste avant, c’est Moussa, grand gaillard de 22 ans en deuxième année de licence Informatique, qui est passé faire ses commissions. Oeufs, pain de mie, conserves variées, biscuits, quelques yaourts… le tout pour 5€30. « C’est vraiment extraordinaire, c’est une aide précieuse », confie-t-il. Même satisfaction pour Somi, étudiante iranienne de 38 ans. Ses deux sacs de courses sont bien remplis et elle n’a dû débourser que 5€40 : « ça change notre vie, ça réduit notre stress. »
Trente demandes d’inscription en une semaine
C’est l’Afges (Association fédérative générale des étudiants de Strasbourg), principale organisation étudiante d’Alsace, qui gère l’épicerie, ouverte depuis 2017 dans l’imposant bâtiment La Gallia, appartenant au CROUS (Centre Régional des Œuvres Universitaires et Scolaires) de Strasbourg. Une autre, ouverte sur le campus de l’Esplanade, est actuellement fermée pour travaux.
« L’objectif de l’Agoraé est de lutter contre la précarité alimentaire qui touche beaucoup d’étudiants », explique Léa Santerre, actuelle présidente de l’association et elle-même en licence de biologie. L’accès à l’épicerie se fait sur critères sociaux, avec un dossier « très simple à remplir » pour étudier la situation financière de chacun. L’admission est valable trois mois, renouvelable plusieurs fois si nécessaire.
Abelissa (à gauche), volontaire en service civique de l’épicerie, explique à Laury le fonctionnement du lieu. Photo : TS / Rue89 Strasbourg/ cc
Les rayons sont remplis grâce à des dons de la banque alimentaire Photo : TS / Rue89 Strasbourg / cc
Signe des temps, la fréquentation est en forte hausse cette année universitaire. « La semaine dernière, on a eu plus de trente demandes d’inscription, » indique Abelissa, 23 ans, l’une des quatre volontaires en service civique qui s’occupent de la vie de l’épicerie. Léa Santerre ajoute :
« On a environ 200 bénéficiaires alors que nous n’avons qu’une seule épicerie d’ouverte. Pour comparer, l’année dernière, nous avions environ 160 personnes inscrites, avec deux épiceries. À la rentrée de septembre, en deux semaines, nous avions traité autant de demandes d’inscription que lors de toute l’année scolaire précédente. »
Les conséquences de la crise sanitaire actuelle n’arrangent rien. Bars et restaurants fermés, tourisme et événementiel au point mort, missions d’intérim réduites, les principaux secteurs économiques pourvoyeurs de jobs étudiants sont à l’arrêt. Résultat : beaucoup n’ont plus la possibilité de travailler pour financer leur scolarité. Ceci alors qu’une étude de l’Observatoire de la Vie Étudiante (OVE) parue en 2018, estimait, qu’en moyenne, 27,3 % des ressources des étudiants provenaient d’activités rémunérées.
Une autre enquête, toujours réalisée par l’OVE mais cette fois-ci après le premier confinement, indiquait que, parmi les plus de 6 000 étudiants interrogés, 33% ont rencontré des difficultés financières au printemps et 19% ont dû restreindre leurs achats de produits de première nécessité.
Pour respecter la distanciation physique, les étudiants passent à tour de rôle dans la pièce servant d’épicerie. Photo : TS / Rue89 Strasbourg / cc
« 98% des bénéficiaires de l’épicerie ont entre 0€ et 3€10 par jour pour se nourrir », souligne Léa Santerre. L’Agoraé, qui obtient ses produits grâce à un partenariat avec la Banque Alimentaire du Bas-Rhin et à des dons d’entreprises ou de particuliers, permet alors aux étudiants en situation précaire de remplir leur frigo. À l’image de Laury :
« Ma famille ne peut pas me donner beaucoup d’argent et je n’arrive pas à trouver des missions d’intérim en ce moment. Je ne dépends que de l’aide de la Caf. Si je devais aller à Auchan faire mes courses, après le 15 du mois, je ne mangerais plus que du riz. »
Pouvoir choisir ce que l’on va manger
Le fait de payer pour ses achats, même si la somme réglée est modique, n’est pas anodin. C’est un geste d’autonomie, celui d’une personne indépendante, et l’un des principes fondateurs d’une épicerie sociale, souligne l’équipe de l’Agoraé.
Ce que confirme l’étudiante en Lettres modernes : « je suis allée quelques fois aux distributions de colis alimentaires, mais je n’aime pas ça. Je me sens mal de prendre ça gratuitement, et je me dis aussi que des gens en ont peut-être encore plus besoin que moi. » Ce qui importe à Moussa, lui, c’est de pouvoir choisir ce qu’il mangera : « contrairement aux colis, on prend ce dont on a besoin, ça évite de gaspiller. »
Un vide-dressing est en préparation. Le magasin Galeries Lafayette donne à l’association de nombreux vêtements. Photo : TS / Rue89Strasbourg
Pour pallier tous les besoins, les étudiants bénévoles de l’Afges organisent aussi des vide-dressings. Le prochain aura lieu le 23 janvier. Il est d’ailleurs en pleine préparation. Dans le local, des habits sont suspendus sur des portants, des chaussures rangées dans des sacs et dans des caisses, entreposés là où il y a de la place. Léa Santerre explique :
« L’idée est venue après une enquête auprès de nos bénéficiaires, un certain nombre nous a dit qu’ils n’avaient ni bonnet ni écharpe. »
Malgré les annonces faites hier par Jean Castex de la reprise partielle des TD pour certains étudiants, la situation reste préoccupante dans les résidences universitaires. Sans lieu de convivialité, isolés et à l’étroit, les difficultés sociales et psychologiques sont croissantes.
« Je vous appelle dans 5 minutes le temps que je trouve un endroit où je capte bien le réseau » .
Éléonore Schmitt, en L3 de Sciences politiques, fait partie des étudiants qui ont rédigé la tribune des « Derniers déconfinés« . Elle habite en résidence étudiante, où elle peine à capter le wifi et même les réseaux : « Je suis souvent en 2G, je ne savais pas que ça existait encore ».
Les bibliothèques universitaires accueillent les étudiants qui ne peuvent suivre les cours depuis chez eux, certains obtiennent aussi des dérogations pour se rendre à la fac. Une nécessité selon Éléonore :
« Mon logement fait 18m2, donc je suis mieux lotie que d’autres, mais le lit et le bureau sont très proches. Les espaces de vie et de travail : tout est au même endroit. On se sent prisonniers, c’est vraiment stressant. »
Connections difficiles
L’isolement est encore accentué quand les conditions de connexions sont mauvaises : « notre seul lien avec l’extérieur, c’est appeler la famille et les proches et les réseaux sociaux, donc si même ça on n’y a pas accès… », commente l’étudiante.
Pour elle, l’organisation des partiels en présentiel, dans un strict respect des consignes sanitaires, sans entraîner de contamination prouve qu’un retour dans les facultés est tout à fait envisageable. Même sentiment pour Jean-François Havard, maître de conférences en science politique à l’UHA :
« La façon dont les cours se sont déroulés en demi-jauge en septembre et octobre, sans créer de cluster, montre que les Universités savent et peuvent faire avec un protocole strict et que les étudiants ne sont pas des irresponsables. »
L’enseignant-chercheur et beaucoup de ses collègues s’inquiètent des conséquences d’un deuxième confinement beaucoup plus pesant, même si la continuité pédagogique est moins mise à mal. Et l’annonce par Jean Castex d’autoriser la reprise des TD en demi-groupe, pour les étudiants de première année, à partir du 25 janvier, ne devrait pas changer la donne pour la majorité des étudiants.
« On le constate au moment des cours, beaucoup d’étudiants ne se connectent pas, ou de façon distraite et font autre chose en même temps. Nous recevons aussi directement beaucoup de mail de détresse qui parlent de décrochage, d’abandon, de changement d’orientation, des témoignages de gens qui craquent. »
Cité universitaire Paul Appell, à Strasbourg (photo S.Wenger).
« Mon voisin d’en face, je le vois une fois tous les deux mois »
L’abandon, c’est ce qu’a ressenti Oumar Cissé, étudiant ivoirien inscrit en L3 de droit à Mulhouse et résident en cité U, boulevard Stoessel. Alors qu’il s’apprêtait à réviser ses partiels, le deuxième confinement l’a coupé du monde. Pendant 10 jours il se retrouve sans connexion internet, sans réseau, et il ignore qu’il a accès à la BU.
« Lors du premier confinement rien n’avait été mis en place, donc je pensais que c’était pareil et personne ne m’a informé de solutions alternatives. Je ne pouvais pas non plus joindre ma famille, je n’avais pas du tout un état d’esprit à réviser, j’étais totalement isolé. Il y a très peu de contacts entre nous dans la résidence, chacun est dans son coin : mon voisin d’en face je le vois une fois tous les deux mois. »
Oumar travaille le samedi à Ikea, un contrat de 9 heures par semaine qu’il a pu reprendre avec l’allègement du confinement et qui l’aide à payer son loyer. Mais sa situation, comme celle de beaucoup d’étudiants étrangers, qui ont parfois perdu leur travail, reste critique. Le jeune homme ne connaît pas d’épicerie solidaire ou de distributions alimentaires, à destination des étudiants, comme il en existe à Strasbourg.
« Les cours à distance c’est une catastrophe. J’ai dû redoubler mon année, et je sais que c’est à cause du premier confinement. Je ne suis pas sûr d’avoir réussi mes partiels. Il est très urgent qu’on retourne en présentiel. On n’en peut plus. »
Kelana et Elisa construisent un bonhomme de neige au bas des blocs de la cité U de Strasbourg Photo : S.Wenger
Des journées qui se suivent et se ressemblent
Quartier de l’Esplanade à Strasbourg, la neige tombe à gros flocons. Kelana profite de quelques heures d’évasion. Avec Elisa, une amie de lycée qui étudie à Metz venue pour la journée, elles modèlent un bonhomme de neige au pied des blocs de la cité U Paul Appell.
En temps normal, les journées se ressemblent beaucoup pour cette étudiante en L2 d’informatique originaire de Yutz en Moselle : lever 7h30, début des cours à 8 heures. Pause rapide pour déjeuner à la cuisine collective ou sans sortir de sa chambre parfois. Fin des cours à 15h30 ou à 18h00, détaille Kelana.
« D’habitude, je sors un petit peu, je vais marcher ou respirer dehors ou faire mes courses. Avec le couvre-feu, ça ne va plus être possible. J’ai déjà senti l’impact du premier confinement sur mes notes en première année. Là, la solitude c’est dur et ça s’accentue, même si ma famille garde le lien avec moi et que j’organise parfois des soirées jeu à distance avec des amis. »
Aménagements aux restos U
Lors du premier confinement, les cités U s’étaient vidées : le taux d’occupation en avril 2020 était de 40,9 % selon le CROUS de Strasbourg, désormais l’occupation est estimée à 50 %. Contrairement au mois d’avril, l’État n’a pas donné suite aux demandes de gel des loyers des résidences étudiantes. Pour les repas, quelques aménagements sont prévus en raison de l’avancée du couvre-feu : récupérer deux repas en même temps à midi. Pour les résidents éloignés du Resto U, la livraison reste possible.
À la cité, Kelana n’a pas vraiment d’amis ou de connaissance et comme tous les espaces de convivialité (médiathèque, salle de télé, centre sportif) ont fermé, qu’aucun événement n’est organisé, difficile de rencontrer du monde. La jeune fille a toutefois entendu parler des « étudiants relais », un dispositif qui existe depuis des années au CROUS de Strasbourg, et trouve encore plus de justification en cette période : « je ne sais pas si j’irai voir une psychologue si vraiment ça n’allait pas, je me vois plus parler à des étudiants comme moi. »
Lucile et Cécilia sont « étudiantes-relais » à la cité U de Strasbourg depuis le début de l’année Photo : S.Wenger
Garder le lien, faire relais
Cécilia, 19 ans et Lucile, 24 ans, bâtiment B et bâtiment D, sont deux des quatre « étudiants-relais » de Paul Appell. Elles ont pris leur fonction à la rentrée universitaire et sont chargées de faire le lien avec les résidents de la cité. Selon elles, si certains étudiants s’en sortent bien, c’est très dur pour ceux qui étaient déjà le plus en difficultés à la fac ou financièrement : comme ailleurs, le Covid accentue la fracture selon Cécilia.
« On a fait une pause d’une semaine et puis on a repris le porte-à-porte, on passe pour demander des nouvelles, proposer des activités ou des balades. Certains étudiants restent dans leur bulle : si on ne va pas les voir, on ne peut pas les toucher. La détresse psychologique me paraît encore plus forte que les difficultés économiques cette fois-ci, et c’est quelque chose qu’il me semble plus difficile à admettre, c’est plus facile d’aller voir l’assistante sociale que la psychologue. »
Les « étudiants-relais » informent aussi sur les structures et les professionnels présents à la cité : deux assistantes sociales et une psychologue. Lucile a remarqué une plus grande vulnérabilité de certains étudiants étrangers.
« Certains ont des amis ici, donc ça va. Mais quand on a organisé la fête de Noël – par créneau de six étudiants – ce ne sont presque que des étrangers qui se sont inscrits. Contrairement aux autres, ils n’ont pas pu rentrer dans leur famille et étaient seuls à cette période. »
Prendre soin des corps confinés
Alors que la plupart des étudiants sont assignés à résidence, privés d’activités physiques et rivés à leur écran pour suivre les cours, ce confinement extrême pèse sur l’esprit comme sur le corps.
Le centre sportif de l’Esplanade a fermé ses portes avec le deuxième confinement Photo : S.Wenger
Léa Marie est en Master de droit à Strasbourg et ceinture marron de judo. Elle n’est pas résidente à la cité mais avec un petit groupe informel, qui compte un certain nombre d’étudiants en STAPS, elle s’est mise depuis la rentrée à accompagner de manière un peu informelle certains étudiants qui fréquentent les salles de sport du campus.
« Alors que ce n’était pas obligatoire, on gardait le masque pendant les deux heures à la salle, même si on étouffait et qu’on transpirait encore plus : on est prêts à la réouverture dans n’importe quelles conditions. Cela a été très compliqué avec la fermeture des salles et encore plus au début quand on ne pouvait pas se retrouver dehors pour faire du sport. »
Léa Marie et les étudiants qu’elle accompagne ont réussi à se retrouver via les réseaux sociaux. Désormais, elle organise 3 à 4 séances par semaine en visio, pousse aussi ses contacts à sortir au parc de la Citadelle, juste à côté de Paul Appell, où elle a récemment organisé une séance d’étirements.
« Le sport, ce n’est pas juste se dépenser. C’est important pour l’équilibre. C’est infernal, surtout pour ceux qui sont en cité U. On ressent tous des problèmes de sommeil, être toujours derrière son écran, ça crée une vraie fatigue mentale. »
Caroline Zorn, vice-présidente de l’Eurométropole, conseillère municipale et co-présidente du groupe Écologiste et Citoyen, signe une tribune en faveur du déconfinement des étudiants et pour une refonte du système de bourse.
« Si seulement ma fille arrêtait ses études et trouvait un vrai travail ! Elle pourrait sortir de sa chambre de 9m2, elle pourrait relever la tête », ai-je entendu récemment à la caisse d’un supermarché, rare lieu à permettre encore des échanges in vivo.
Cette dame inquiète pour sa fille se pose une question essentielle et, si elle n’est pas inédite, contient un élément inconnu jusqu’alors : les études conduiraient les jeunes à l’isolement. De fait, un nombre croissant de jeunes abandonne leurs études. Une situation qui se révélera vite être une catastrophe collective.
Mis à l’isolement
Hier accusés de toutes les « bamboches », nos étudiants sont aujourd’hui mis à l’isolement, présumés moins capables de respecter les gestes barrières dans leurs campus que les salariés dans leurs entreprises. Pourtant, d’autres continuent à étudier normalement : quel raisonnement abracadabrantesque a conduit le gouvernement à fermer les Universités, tout en laissant ouverts les BTS et les classes préparatoires aux grandes écoles ?
La Conférence des Présidents d’Université a fait part de sa stupéfaction devant ce traitement différencié, le 29 octobre dernier dans un communiqué : « Chacun le sait, les classes préparatoires, souvent bondées, accueillent des élèves issus de milieux sociaux plus favorisés. Rien ne peut justifier, en dehors d’un réflexe sociologique de reproduction, une telle différence de traitement. Cette décision ôte toute crédibilité aux annonces du gouvernement en faveur de l’égalité des chances, dont il prétend faire son cheval de bataille. »
À Strasbourg aussi, la misère en milieu étudiant explose : cloîtré dans de petits logements dont il est devenu difficile de payer le loyer, assigné à un écran d’ordinateur du lever au coucher du soleil, sans ressource après avoir perdu brutalement leur job (la moitié des étudiants travaille pour financer leurs études, seulement 37% bénéficient d’une bourse sur critères sociaux), un nombre inquiétant de ces jeunes appellent au secours.
L’aide alimentaire est devenue incontournable. Les distributions organisées sur le campus par le Secours Populaire, l’Afges (association des étudiants d’Alsace, cf notre reportage) ou encore Les Compagnons de l’espoir connaissent un triste succès. L’exceptionnelle solidarité et la force du tissu associatif en Alsace permettent de répondre à ce besoin d’aide alimentaire, mais, de l’avis général, un élément est plus critique encore : la perte de lien qui conduit à la perte de sens.
Une détresse psychologique grave
Les services d’aide médico-psychologiques sont saturés. Les professionnels qui œuvrent à aider les étudiants à ne pas s’enfoncer psychologiquement en témoignent : la situation n’est plus tenable.
La réponse du gouvernement par l’autorisation d’un accueil par groupe de dix « personnes fragiles » n’est pas une option réaliste : comment organiser des cours en présentiel pour ce public sélectionné, mais aussi en distanciel pour les autres ? L’équation est ingérable administrativement, mais aussi inhumaine pour les jeunes et pour leurs enseignants au bord de la rupture. Ainsi que l’écrivent des étudiants de l’Université de Haute-Alsace dans une poignante tribune « Monsieur le Président, ceci est la Lettre des Derniers confinés » : « Même les lieux de culte ont pu rouvrir, avec une jauge de 30 personnes, quand les lieux de culture et de connaissance ne peuvent reprendre leurs activités […] Nous n’avons plus d’espoir ».
Demain, un manque de jeunes diplômés ?
Dès lors, faut-il continuer ses études ? Faut-il poursuivre ce parcours du combattant « quoi qu’il en coûte » ? Les demandes de remboursement de frais d’inscription pour cause d’abandon pleuvent sur les Universités. Or, ces demandes proviennent de celles et ceux issus des familles les moins aisées pour qui la pression est devenue trop lourde.
Le risque est un décrochage massif et que nous nous trouvions dans quelques années avec un déficit de médecins, de psychologues, de profs, d’ingénieurs… bref de jeunes diplômés.
La priorité : déconfiner les étudiants
Les Universités ne sont équipées aujourd’hui ni pour accueillir tous leurs étudiants (amphis souvent vétustes, trop petits et mal aérés), ni pour un vrai enseignement en ligne. Les enseignants dispensent un cours à l’aveugle « face caméra », pour un public collé à son écran (s’il dispose du bon matériel) sans dynamique pédagogique. De plus, les plateformes institutionnelles n’ont pas été conçues pour un usage permanent de la communauté universitaire et saturent. Il est urgent de reprendre une majorité des cours en présentiel, quoi « qu’il en coûte » !
En réalité, la situation de l’Université est préoccupante depuis longtemps et la gestion de la crise sanitaire ne fait qu’enfoncer les étudiants dont tout le statut doit être revu globalement.
Pour une vraie politique de soutien aux étudiants
La Ville de Strasbourg et l’Eurométropole se sont mobilisées comme jamais par le versement d’aides au fonds d’urgence pour les étudiants de l’Université de Strasbourg, le doublement des subventions aux associations étudiantes, le soutien au recrutement du Centre d’accueil médico-psychologique de Strasbourg (CAMUS), la fourniture de masques réutilisables pour les plus précaires, la mise à disposition de gymnases, l’aide logistique aux collectes, etc.
Mais les collectivités territoriales peuvent bien continuer d’atténuer les effets de la crise par des mesures d’aides exceptionnelles, là où l’État se satisfaisant simplement de sa loi pour la programmation de la recherche qui consacre les inégalités à l’Université : il est aujourd’hui question d’une crise sans précédent dont la Nation doit s’emparer, pour son avenir et celle de ses jeunes.
Ainsi, seuls des États Généraux de la vie étudiante et la mise en place d’une allocation autonomie universelle étudiante permettra à cette population de se projeter à nouveau dans un parcours universitaire. Quand un étudiant sur cinq est sous le seuil de pauvreté, cela signifie que le système de bourses est dépassé et doit être remis à plat.
Là où la France augmente, lentement mais sûrement, les frais d’inscription à l’Université en excluant une réforme des bourses, le système danois par exemple propose aux étudiants la gratuité des frais et une bourse de 750 €, ce qui attire de plus en plus d’étudiants notamment français. L’idée d’une allocation autonomie universelle étudiante date de l’après-guerre et de nombreux économistes l’ont chiffrée. Les syndicats étudiants la réclament. Cette solution est réaliste et réalisable !
Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, déconfinez nos étudiants ! Mesdames et Messieurs les parlementaires, donnez à (tous) nos jeunes l’envie et la possibilité de continuer leurs études. Nous en avons besoin.
Vice-présidente de l’Eurométropole en charge de l’Enseignement supérieur, la recherche, vie étudiante, métropole numérique et innovante. Conseillère municipale et co-présidente du groupe Écologiste et Citoyen.
Une vingtaine d’organisations syndicales, citoyennes et politiques appellent samedi 16 janvier à 14h, à manifester contre le projet de loi relative à la sécurité globale. Elles dénoncent également le nouveau refus de la préfecture de laisser la mobilisation se dérouler dans le centre-ville de Strasbourg.
Maintenir la pression. C’est l’objectif de la vingtaine d’associations locales, collectifs citoyens et partis politique plutôt classés à gauche qui appellent à manifester ce samedi 16 janvier contre le projet de loi de Sécurité globale. Il s’agira de la huitième marche en quelques semaines. Cette coordination demande toujours le retrait total de la proposition de loi.
La marche partira de la place de la République à 14h, pour terminer place du Maréchal de Lattre de Tassigny. Un parcours hors du centre-ville de Strasbourg, « imposé » une nouvelle fois par la préfecture du Bas-Rhin, selon les organisateurs. Lors d’une conférence de presse en ligne ce jeudi, ils ont d’ailleurs dénoncé avec virulence le refus de la préfète Josiane Chevalier de laisser la manifestation se dérouler sur la presqu’île.
La manifestation ne pourra pas, une nouvelle fois, avoir lieu dans le centre-ville de Strasbourg. Photo : PF / Rue89Strasbourg / cc
« L’argument sanitaire n’est qu’un prétexte »
Dans un arrêté daté du 13 janvier, la représentante de l’État « interdit tout rassemblement au sein de la Grand-Île de Strasbourg pour la journée du samedi 16 janvier ». Notamment au motif d’éviter en cette période de Covid-19 « des croisements de flux trop importants […] au sein de ce périmètre marqué par un habitat particulièrement dense ».
« L’argument sanitaire n’est qu’un prétexte, qui sert à invisibiliser notre mobilisation, loin du centre-ville », fustige Hervé Gourvitch, syndicaliste à la SNFOLC et membre de la coordination. Isabelle Wendling, représentante du comité Gilets Jaunes Strasbourg République, le rejoint :
« Ils nous font passer par la rue d’Austerlitz, qui est tout aussi dense et commerçante que dans la presqu’île. Et il y a quelques jours, une manifestation contre les féminicides a pu avoir avoir lieu place Kléber. C’est très bien que cela ait pu se faire. Mais pourquoi cela nous est systématiquement refusé ? C’est parce que pour le gouvernement il y a deux poids deux mesures selon les revendications ».
Ingrid Boury, de la Ligue des Droits de l’Homme, a quant à elle critiqué ce qui constitue « une entrave à notre mobilisation ». Pour l’heure, les organisateurs réfléchissent à contester devant le tribunal administratif cet arrêté.
Le très controversé article 24
Adopté par les députés en fin d’année, le projet de loi de Sécurité globale sera examiné prochainement par les sénateurs. Il a suscité de nombreuses manifestations à travers le pays depuis le mois de novembre. Son article 24, qui prévoit d’interdire et de pénaliser la diffusion malveillante d’images permettant d’identifier des forces de l’ordre est particulièrement controversé. Au point que les sénateurs ont déjà annoncé leur souhait de le réécrire.
Dans un courrier daté du 15 décembre dernier, la commissaire aux Droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatovic, s’était d’ailleurs directement adressée aux sénateurs français, pour les exhorter à « supprimer cette interdiction ».
Le coursier Deliveroo qui a refusé de prendre les commandes de deux restaurateurs juifs a été reconnu coupable de discrimination raciale et condamné à quatre mois de prison ferme. Entré illégalement en France, il sera reconduit à la frontière à l’issue de sa peine.
L’affaire avait fait grand bruit. Jeudi 7 janvier vers 21 heures, un coursier de Deliveroo s’était présenté auprès de deux restaurants de Strasbourg à quelques minutes d’écart. L’un d’eux propose des spécialités méditerranées cacher et l’autre des sushis. Les deux établissements distants de quelques centaines de mètres appartiennent à la même famille. Après s’être enquis des spécialités de ces établissements, il avait annulé les commandes en déclarant qu’il « ne livrait pas les Juifs », selon le témoignage d’un de ses interlocuteurs.
Identifié grâce à la collaboration de la société Deliveroo « pas particulièrement coopérative et réactive » selon le juge, le livreur a été présenté devant le tribunal correctionnel ce jeudi matin, en comparution immédiate. Il louait le compte 150 euros par mois à un autre individu, qui n’était pas convoqué à l’audience.
Reconnu coupable de discrimination raciale, il a été condamné par le tribunal à quatre mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Entré illégalement avec sa famille sur le territoire français il y a environ un an, il a été écroué et sera reconduit à la frontière à l’issue de sa peine. Une obligation de quitter le territoire (OQTF) lui a été notifié la veille entre autres « pour les motifs dont nous sommes saisis » a indiqué le juge. Il a 19 ans, jouait dans un club de Cronenbourg en National 2 et était hébergé par la Croix rouge.
Identifié grâce aux données de Deliveroo, l’auteur de cette discrimination a rapidement été retrouvé par la police. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
Le tribunal a suivi les réquisitions du Parquet. Il a également accordé 1 000€ en réparation des préjudices moraux à chacun des deux restaurants et 400 euros pour les frais d’avocat, mais pas les 5 000€ réclamés au titre des préjudices matériels, en l’absence de justification. Les six parties civiles (Licra, SOS Racisme, Mrap, le Crif, Consistoire israélite du Bas-Rhin, Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme) ont également obtenu des dommages et intérêts, 400 euros ou l’euro symbolique selon leur demande.
Le coursier a plaidé non coupable. Selon lui, il a annulé ces courses parce que les commandes le faisaient aller trop loin, dans des secteurs hors du centre-ville qu’il ne connait pas. Ces annulations à la discrétion du livreur sont tout à fait autorisées selon les termes de l’application Deliveroo. Il conteste avoir tenu les propos rapportés, mais avoir dit « Ah c’est bien » en demandant l’origine de la cuisine (et non de la religion) et « c’est comme ça » pour justifier son annulation subite.
Son avocat a pointé à l’audience, que le livreur avait fait état de précédentes annulations, qui concernent des restaurants (McDonald, une pizzeria, un Sushi, un tibétain) qui n’ont rien à voir avec l’alimentation casher.
Saisi en référé par Fonroche géothermie, le tribunal administratif a maintenu mardi l’arrêté préfectoral ordonnant la suspension définitive des opérations de géothermie à Vendenheim.
Les installations de Fonroche, sur l’ancien site de la raffinerie de Reichstett, à Vendenheim Photo : Pascal Bastien / Divergence
Interrogé sur sa volonté de contester le fermeture définitive du site de Vendenheim, Jean-Philippe Soulé, directeur de Fonroche Géothermie, avait d’abord répondu par la négative, faisant valoir que d’autres forages étaient à l’étude dans le département. Finalement, l’entreprise a déposé un recours en référé le 18 décembre contre les arrêtés de la préfecture suspendant les opérations de géothermie à Vendenheim.
Pas d’urgence à statuer
Mais le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté mardi cette requête, arguant que Fonroche n’avait pas prouvé qu’il y avait urgence à statuer sur la légalité des arrêtés visés. Pour Fonroche, cet arrêt définitif pourrait porter atteinte à la pérennité de l’entreprise et avoir pour conséquence la suppression de 42 emplois. Le tribunal n’y a pas vu de caractère d’urgence.
Fonroche peut contester cette ordonnance devant le Conseil d’État mais devrait plutôt présenter une requête au fond, contre la décision d’arrêt définitif. Fonroche géothermie a investi plus de 90 millions d’euros sur ce site, il semble que l’entreprise ne soit pas prête à s’asseoir dessus, sans livrer au moins une bataille juridique.
Le Bas-Rhin comporte trois autres projets de centrales géothermiques, dont deux portés par Fonroche Géothermie et le troisième par Électricité de Strasbourg. Suite aux séismes de décembre, ils ont tous été suspendus.
La sœur d’une nouvelle élue de la majorité écologiste a obtenu, 16 ans après sa première demande, un logement aidé auprès d’Ophéa. Suite à cette révélation, elle explique le cheminement de sa demande, mais rejette une forme de favoritisme.
Élise Brolly, la sœur de Suzanne Brolly – l’une des personnalités fortes de la nouvelle majorité écologiste (2ème adjointe à la maire, vice-présidente de l’Eurométropole en charge de l’Habitat) – a obtenu un appartement social rue de la Première-Armée à la Krutenau. Cette information a été révélée par Heb’di, un hebdomadaire satirique alsacien disposant d’une édition en ligne.
Le dossier d’Élise Brolly a été approuvé par la commission d’attribution de logements du 17 décembre 2020 du bailleur social Ophéa (ex-CUS Habitat). Or, Suzanne Brolly siège au conseil d’administration d’Ophéa. L’information n’a pas suscité de réaction politique dans la journée du 13 janvier.
Dans les rangs de l’opposition municipale, en interne, et publiquement sur les réseaux sociaux, l’article d’Hebdi circule pourtant. La situation soulève des interrogations. Y a-t-il eu une forme de passe-droit par la nouvelle équipe municipale ? L’article indique qu’Élise Brolly a repris l’ancien appartement de sa sœur et aurait dû être radiée, n’ayant pas actualisé sa demande auprès d’Ophéa.
Cet article fait partie de l’édition abonnés.
| Déjà abonné ?
Connectez-vous
Abonnez-vous maintenant pour poursuivre votre lecture
Le couvre-feu à 18h entraîne la fermeture anticipée de tous les commerces, y compris pour de la vente à emporter. Face à cette contrainte supplémentaire, les commerçants modifient leurs horaires en se demandant si les habitudes des clients vont changer. Ils se donnent souvent une semaine pour s’ajuster.
Sur le parvis de l’Ares à l’Esplanade, « La ruche qui dit oui » remballe les tables pliantes. Il est 17h45, il reste trois personnes et quelques cabas de produits locaux, non récupérés. Couvre-feu oblige, le retrait de commandes habituellement entre 18h et 19h30 a été avancé, de 16h45 à 17h45. « C’est une tendance nationale des ruches », explique François Schreiber, le responsable de ce point de vente. Il appelle au téléphone les « abeilles », autrement dit les clients, pour savoir si elles arrivent ou s’il faut trouver une autre solution. Quelques retardataires viennent un peu après 18h. Pour d’autres, la commande sera laissée sur place pour qu’ils viennent plus tard, parfois même ils seront livrés par François Schreiber lui-même, sur le chemin avant de rentrer chez lui à Plobsheim.
15 à 20% de clients en moins
Cette première vente avancée a déjà de forts impacts : 15 à 20% de clients en moins. « Quelques abeilles ont annulé » suite à l’annonce du gouvernement. François Schreiber craint « un report vers les grandes surfaces le samedi ». « Le co-butinage entre voisins est possible sur la page de la ruche, mais l’habitude a encore du mal à prendre », remarque-t-il . Alors que le centre socio-culturel de l’Ares ferme ses portes, il avance une autre explication :
« Le fait qu’on soit à côté d’un lieu culturel à l’arrêt nous impacte par ricochet, car il y a moins de passage, notamment de parents. Alors que le confinement était une explosion, on est sur une érosion. »
Les dernières commandes à récupérer hors délai après la ruche qui dit oui. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
L’avancée du couvre-feu est une nouvelle difficulté pour les commerçants strasbourgeois. « La situation sous couvre-feu est plus compliquée par rapport aux précédents confinements, puisque le retrait de commandes était possible à toute heure », témoigne Geoffroy Lebold, gérant du Tigre. Dans cette grande brasserie, « le click & collect représentait la moitié des commandes, notamment des gens du quartier ». Il fait face à des situations complexes :
« Il est compliqué d’expliquer à des clients qu’on n’a pas le droit de les servir. Ça peut très bien être un policier en civil. Il y a toute une clientèle d’affaires, dans notre cas celle de l’hôtel Ibis, qui ne veut pas commander sur les plateformes et qui a des difficultés pour dîner ».
Le gérant assure aussi les livraisons
Résultat, il lui arrive de « traverser la rue » et de livrer lui-même les occupants de l’Ibis. Mais Geoffroy Lebold estime avoir au moins un atout : « Avec les groller, on a un produit qui nous différencie : de la bière pression en qualité artisanale à emporter ».
Pour la première semaine, les horaires sont « avancées de 17h à 22h contre 18h30-22h30 jusque-là ». Le prix de la livraison est plus élevé (9,50€ contre 7,90€ pour une tarte flambée traditionnelle), pour encourager le retrait sur place car « les plateformes prennent 30% ».
Le Tigre arrivera-t-il à vendre des tartes flambées dès 17h ? Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Cet horaire de couvre-feu différencié dans 25 départements ne déclenche pas de mesure de soutien supplémentaire de l’État. L’adaptation des horaires est pour le moment la réponse la plus souvent expérimentée
Lisa Meyer, patronne d’un salon de coiffure homonyme situé Grand’Rue, a déjà fait des concessions : elle accepte désormais des rendez-vous les lundis, d’ordinaire jours de relâche. « Et si des clients me demandent de venir à 7h30, j’ouvrirai. On va bientôt avoir des horaires de boulangers ! », s’exclame-t-elle, en souriant.
Dans son salon de coiffure, Lisa Meyer accepte des rendez-vous le lundi et peut-être le matin Photo : TS / Rue89 Strasbourg / cc
À l’épicerie de spécialités savoyardes Chez Lulu à Neudorf, la fin de journée représente un moment important « où l’on vient pour un petit bout de fromage », selon Florence Walsch la gérante. Le téléphone sonne pour une commande « Vous savez qu’on ferme à 17h45 désormais ? ». C’est bon la cliente viendra à 17h35. « S’il y a du monde à la porte, je les servirai », poursuit celle qui compte sur une clientèle de quartier « qui n’habite pas loin ».
C’est la première fois depuis le début de l’épidémie qu’une mesure gouvernementale impacte l’épicerie Chez Lulu. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Seule adaptation, une ouverture « en continu » le vendredi. « On risque de perdre un peu, mais il y aura toujours une demande pour bien manger. C’est la première fois que j’ai une fermeture imposée, je ne me plains pas par rapport à d’autres professions ».
« Je ne sais pas combien de fois j’ai changé mes horaires » dit Florence Walsch derrière son comptoir. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Ouvrir le dimanche ?
Thierry Duparquet, gérant de la cave Nicolas au 105 Grand’rue risque lui de faire face à la même difficulté :
« Les clients venaient souvent après le boulot, donc être fermé entre 18h et 19h30, c’est quand même tout ça de perdu. »
Alors, pour compenser autant que possible le manque à gagner, il a également décidé d’adapter ses horaires :
« En temps normal, je suis fermé entre 12h30 et 15h. Là, je vais ouvrir les lundis après-midi, et de 9h30 à 18h non-stop du mardi au samedi. »
Ouvrir les dimanches ? Pour l’instant, il n’y pense pas. Les Alsaciens sont trop attachés au repos dominical pour que cela vaille la peine de lever le rideau, estime-t-il. « Cela reste à étudier, si le couvre-feu à 18h est parti pour durer, j’y réfléchirai. »
La possibilité d’ouvrir le dimanche fait débat. Photo : TS / Rue89 Strasbourg / cc
L’ouverture dominicale ne serait pas non plus la panacée, estime Gwen Bauer, à la tête de la boutique Lathéral, magasin de thés et de chocolat dans la Petite-France, et par ailleurs président de l’association de commerçants Les Vitrines de Strasbourg :
« Il faut payer double les salariés, accorder des récupérations. Pas sûr que la rentabilité soit au rendez-vous. »
Il précise qu’à titre personnel, il n’est pas contre mais attend de voir comment se sera déroulée cette première semaine. « Au niveau de l’association, nous sommes en train d’étudier la question avant de prendre une position officielle sur le sujet », confie-t-il.
La question ne se pose pas pour Guillaume Reeb, gérant de la boutique Rec House, magasin de figurines manga situé au 81 Grand’rue. « En janvier-février, Covid ou pas Covid, c’est calme le soir de toute façon ! », indique-t-il. Son magasin sera désormais fermé à 17h30. Le mois de décembre 2020 aura été, pour lui, le plus mauvais depuis l’ouverture de son magasin, il y a onze ans : presque moitié moins de chiffre d’affaires qu’une fin d’année normale.
Idem pour Lisa Meyer dans son salon de coiffure :
« On fait un métier où il faut avoir la pêche, avoir le sourire, pour proposer un service de qualité. Alors on a besoin d’avoir du temps pour se reposer, surtout qu’on fait aussi beaucoup de travail invisible comme l’administratif. »
À Strasbourg, c’est la préfecture du Bas-Rhin qui autorise ou non les ouvertures dominicales. Dans les autres communes, les maires sont compétents. Dans le Haut-Rhin, le préfet a annoncé qu’il ne s’opposerait pas aux ouvertures décidées par des municipalités lors du couvre-feu. Mais lors du premier dimanche d’ouvertures autorisées à Colmar le 10 janvier, peu de commerçants ont ouvert leur enseigne.
Les mois de janvier et février ne sont pas cruciaux chez les vendeurs de jouets. Photo : TS / Rue89 Strasbourg / cc
Moins de temps pour conseiller et accueillir les clients
Ouvert en continu, la librairie La tâche noire a décidé de décaler ses horaires. « On ouvre dès 8h30 contre 10h en temps normal », avance Éric Schultz, le gérant. Le dernier jour avant le deuxième confinement, il avait ouvert de 6h à 21h. « Il y avait eu pas mal de monde entre 7h et 9h30, plutôt pour du retrait de commande », se rappelle-t-il. Il vise « le créneau entre la dépose d’enfants et le boulot ». Pour le premier jour, il n’a eu qu’un seul client en début de matinée, mais plus de monde à la pause déjeuner. Convaincu qu’il faut « un travail sur les horaires » dans la société, l’ancien adjoint au maire rappelle qu’il lui faut du temps pour ses clients : « L’essentiel de mon métier, c’est du conseil ».
Des solutions et des idées pour s’adapter
Comme beaucoup de commerçants, il attend la première semaine pour décider d’une ouverture les lundis et ne tient pas « à travailler 7 jours sur 7 » avec les dimanches. Le rideau se ferme à 17h30, « pour ne pas inciter à être dans l’illégalité ». Quant aux livraisons, redevenues marginales depuis la réouverture, il les effectue « à vélo à Strasbourg lorsqu’elles sont à proximité du centre, en voiture au-delà ». Et à défaut par voie postale, en prenant le coût d’envoi à sa charge. Il réfléchit à relancer les « plateaux polars », un livre et un repas avec le restaurant Il Girasole :
« Il a fallu quelques jours pour que le bouche à oreille fonctionne, mais cela avait bien marché à la fin de la semaine ».
À La tache noire, Éric Schultz essayer les ouvertures en matinée. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Selon Jean-Luc Hoffmann, président de la Chambre des Métiers et d’Artisanat d’Alsace, la principale adaptation des commerces porte sur des ouvertures lors de la pause méridienne. « Mais il faut quelques semaines pour que la clientèle s’habitue à de nouveaux horaires », prévient-il. Il imagine que les métiers les plus touchés seront les artisans culinaires, les coiffeurs et les artisans du bâtiment « qui font beaucoup de devis en fin de journée ».
Au premier jour de la semaine de couvre-feu avancé, il a néanmoins un combat plus urgent à mener, celui des salons de thés. « Ils sont considérés comme des pâtisseries et donc n’ont droit à aucune aide, alors que leur salle doit rester fermée, ce qui fait parfois perdre 70 à 80% du chiffre d’affaires. » La perte « d’une heure de chiffre d’affaire qui n’est pas la moindre » pourrait leur être fatale « parce qu’ils ne sont pas dans la bonne catégorie ». Sous le Covid, les difficultés ne sont jamais uniformes.
Suite à l’enquête de Rue89 Strasbourg et Mediapart sur des faits d’agressions sexuelles et de harcèlement mettant en cause Julien Hohl, fondateur du label Deaf Rock Records, une première plainte a été déposée début janvier.
Une Strasbourgeoise a porté plainte pour viol et violences volontaires contre le fondateur et ex-dirigeant du label de rock strasbourgeois, Julien Hohl, début janvier. Cette plainte survient à peine un mois après notre enquête faisant état de comportements déplacés de la part du jeune homme de 36 ans, voire violents, à caractère sexuel, qui se seraient produits entre 2015 et 2019. Cette enquête est née d’un appel à témoignages lancé à l’été 2020 sur Instagram, via le compte MusicToo, pour dénoncer les violences sexuelles et sexistes dans le monde de la musique.
Le procureur de la République a refusé de confirmer l’information Photo : Guilhem Vellut / FlickR / cc
Ouverture d’une enquête préliminaire
Cet article fait partie de l’édition abonnés. Pour lire la suite, profitez d’une offre découverte à 1€.
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Face au silence du gouvernement sur l’université, plusieurs étudiants de l’Université de Haute-Alsace écrivent au président de la République, Emmanuel Macron. Ils déplorent d’être les « Derniers confinés » d’une politique à courte vue.
M. le président de la République,
En limitant l’accès des étudiants aux cours en présentiel, c’est toute une génération que vous sacrifiez et l’avenir du pays que vous mettez en danger.
À Mulhouse, en mars, alors que la France entière avait les yeux rivés sur notre cluster et que la vie autour de nos facultés s’évanouissait, les cours, eux, continuaient. Avec l’annonce du confinement, l’université a fermé ses portes afin d’endiguer la pandémie, que nous méconnaissions alors et que nous avions du mal à appréhender.
Étudiants comme enseignants, nous avons attendu les directives gouvernementales, qui tardaient à venir et nous laissaient là, incrédules, dans l’attente de connaître notre sort.
Le campus de l’UHA est devenu un désert Photo : doc remis
Pourtant, même sans qu’un horizon clair ne soit dégagé, nous avons pris notre mal en patience et avons composé. Nous nous sommes adaptés tant bien que mal à cette nouvelle situation de l’enseignement à distance. Nous avions alors vu cette solution comme transitoire, persuadés que, d’ici septembre, nous pourrions à nouveau faire cours en présentiel, dans des conditions respectant un protocole sanitaire strict.
« En novembre, retour à l’anormal »
Nous, étudiants, avions alors confié notre avenir entre les mains du gouvernement, les yeux fermés, en pensant que les moyens financiers importants débloqués pour venir en aide à certains secteurs allaient aussi nous être destinés.
Pourtant, en novembre : retour à l’anormal. Si nous avons eu la chance de pouvoir assister aux cours en présentiel, dans de bonnes conditions, jusqu’aux vacances de la Toussaint, quel ne fut pas notre désarroi face à l’annonce de la reprise du distanciel. Déjà, certains d’entre nous, venus de l’étranger, des quatre coins de la France ou du Grand Est, se demandaient où ils allaient se confiner. Pour beaucoup, le choix fut cornélien, entre des situations familiales complexes, des connexions internet médiocres, voire un manque de matériel numérique à nos domiciles, ou bien le silence d’un confinement, seul entre ses quatre murs.
« Pour certains, la figure professorale fut notre seule compagnie de la journée » Photo : doc remis
Nous avons, fort heureusement, pu compter sur le soutien de nos pairs avec qui nous avons tenté de créer de nouvelles formes de sociabilités et de solidarités. Nos professeurs aussi étaient là, répondant à nos mails, s’efforçant de maintenir un minimum de lien avec leurs étudiants afin d’éviter tout décrochage ou détresse psychologique. Pour certains, la figure professorale fut notre seule compagnie de la journée, au milieu des vignettes grises et des powerpoints. Plus que jamais, nous avons mesuré l’importance du lien entre professeurs et étudiants dans l’apprentissage et la formation de citoyens éclairés.
« Nos appels à l’aide sont ignorés »
Pourtant, madame la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ne prêtait pas attention à nos appels à l’aide, ou du moins ne semblait pas les entendre. Ce n’est pas évident, en effet, de faire entendre sa voix lorsque l’on est étudiant. Pourtant, comme vous le savez, les étudiants ont été la figure de proue de mouvements sociaux porteurs de grandes avancées sociales dans l’Histoire.
Mais notre répertoire d’action collective s’est appauvri avec le confinement et le distanciel : difficile de manifester notre détresse en respectant le protocole sanitaire, difficile d’alerter sur notre précarité quand nous n’avons aucune visibilité collective et que nos droits semblent menacés, difficile de signer des pétitions et de se mobiliser lors d’assemblées générales étudiantes quand notre sociabilité est réduite à néant.
Notre seul espoir résidait dans l’attente du mois de janvier Photo : doc remis
Nous avons donc serré les dents, nous avons tenu bon pour limiter les risques de décrochage, nous avons lutté pour sauvegarder notre propre santé mentale. Certains d’entre nous ont perdu leur emploi à cause de la crise, certains d’entre nous ont perdu un proche, certains d’entre nous ont pensé au suicide. Face à la précarité, au risque d’échec et à l’indifférence du gouvernement malgré les signaux de détresse envoyés par des camarades, des professeurs ou présidents d’université, notre seul espoir résidait dans l’attente du mois de janvier.
Alors que nous étions parmi les premiers de cordée quand il s’agissait de fermer les universités, nous voilà les derniers déconfinés. Dans l’échelle de « l’essentiel » du gouvernement, l’enseignement supérieur est à la traîne, derrière les restaurants et les bars. Même les lieux de culte ont pu rouvrir, avec une jauge de 30 personnes, quand les lieux de culture et de connaissance ne peuvent reprendre leurs activités.
« Nous n’avons plus d’espoir »
Début janvier, les étudiants n’ont plus espoir. Nous ne croyons plus à une reprise des cours en présentiel avant des mois. Les étudiants de troisième année voient leur « désintégration » approcher à mesure que leurs perspectives d’avenir s’éloignent et partent en fumée. Les premières années semblent entrevoir une éclaircie, mais le flou est tellement prégnant dans les circulaires ministérielles qu’il est difficile de saisir l’organisation des prochaines semaines, d’autant plus lorsque l’on patauge encore dans une institution que l’on a à peine eu le temps de découvrir.
Dès lors, sur quels critères s’appuyer pour définir qui serait prioritaire à un retour en salle, alors même que c’est toute la communauté étudiante qui est concernée ?
La belle promesse de l’université ouverte, permettant l’égalité des chances, semble envolée. Comment assurer une telle égalité alors que la fracture ne cesse de s’agrandir entre les étudiants ayant des conditions décentes de travail (tant au niveau du logement, du numérique que du point de vue financier) et les laissés-pour-compte ? Comment l’État peut-il sacrifier toute une génération sans se poser les questions essentielles ?
Nous vous remercions, monsieur le président de la République, pour vos pensées à notre égard, mais ce que nous demandons, ce sont des investissements concrets dans l’Université (notamment en direction des fonctionnaires, mais aussi des travaux de rénovation en matière d’aération et d’infrastructures) ainsi qu’un protocole sanitaire permettant un retour au présentiel dans les plus brefs délais, pour tous les niveaux d’études. Nous demandons que le ministère de l’Enseignement supérieur permette que des universités de proximité, servant de filet social, comme la nôtre, puissent, de toute urgence, reprendre vie et sauver ce qu’il reste à sauver.
Nous demandons également que les étudiants soient davantage pris en compte pour de pareilles décisions, mais aussi dans la vie universitaire en général.
Pour reprendre l’Abbé Sieyès à propos du Tiers-État : qu’avons-nous été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demandons-nous ? À y être quelque chose. Cette comparaison n’est pas vaine puisque des États Généraux de la formation ont été organisés dans certaines universités comme la nôtre. Les contributions y ont été riches et intéressantes, malgré l’absence des étudiants. Leur présence sera désormais essentielle.
Deux réunions publiques en visioconférence précèderont les débats budgétaires réglementaires en janvier. Dix participants choisis au hasard travailleront avec les élus sur les prix de certains services publics à Strasbourg et dans l’Eurométropole.
« On part de quelque chose de modeste, ce n’est pas un débat d’orientations budgétaires avec un vote et on a vite rectifié pour parler de débat citoyen sur le budget ». À quelques jours de deux réunions publiques sur les futurs budgets de la Ville et de l’Eurométropole, Syamak Agha Babaei avance prudemment : « On ne veut pas générer des frustrations issues d’attentes qui ne pourraient pas être satisfaites », complète le premier adjoint à la maire de Strasbourg, en charge des Finances.
Les deux jeudis soirs, les 14 et 21 janvier, viseront surtout à informer le grand public : que sont les budgets de fonctionnement, obligatoirement à l’équilibre, et d’investissement ? À quoi sert la dette ou quelles sont les rentrées d’argent possibles ? Plus subtil, qu’est-ce qu’une épargne brute ou une capacité de désendettement ? Des termes financiers techniques qui reviennent chaque année dans le débat et pourtant difficile à appréhender, y compris pour les élus.
Cinq citoyens de Strasbourg, cinq de l’Eurométropole
Mais l’annonce du jour de Syamak Agha Babaei vient du tirage au sort d’habitants et d’habitantes pour la suite. Cinq citoyens de Strasbourg, puis cinq autres de l’Eurométropole seront sélectionnés aléatoirement à l’issue des deux soirées en ligne (18h-20h), pour un volet davantage participatif.
Des habitants pourront faire part de leurs propositions sur les tarifs des services publics à Strasbourg Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Ces dix citoyens et citoyennes travailleront avec la nouvelle commission des finances, co-présidée par le conseil municipal et communautaire d’opposition Alain Fontanel (LREM) et l’adjointe à la maire Christelle Wieder, sur les tarifications des services publics la Ville et de l’Eurométropole. Là encore, difficile pour le citoyen non-spécialiste de savoir ce qui relève de la Ville, par exemple la cantine scolaire ou le stationnement, ou de l’Eurométropole comme les piscines ou les médiathèques.
Le but est notamment de les faire plancher sur la question des barèmes familiaux des tarifications progressives. D’éventuelles modifications interviendraient ensuite pour le budget 2022.
« Imaginer la complexité »
La municipalité n’a pas encore tranché si le mandat des 10 habitants durerait un an ou six ans. C’est à la commission de décider s’ils préfèrent favoriser le renouvellement ou valoriser l’incontournable travail de formation de ces citoyens lors de la première année.
Après l’épisode de la Convention citoyenne pour le Climat, dont les propositions les plus ambitieuses n’ont pas été suivies par le gouvernement, la méthode du tirage au sort de citoyens fait débat. Le gouvernement a pourtant réédité ce mode de sélection pour un suivi de la campagne vaccinale. La municipalité écologiste a-t-elle identifié les écueils suite à cette expérience ? « Probablement pas, je pense qu’on va apprendre en faisant. Il n’y a pas de doctrine établie si ce n’est de s’appuyer sur le triptyque élus, agents de collectivité et citoyens », répond Syamak Agha Babaei. Le principal objectif selon lui est que des Strasbourgeois arrivent à « imaginer la complexité de la décision publique ».
Du côté des deux hémicycles, les débats d’orientation budgétaire (DOB) obligatoires se tiendront fin janvier, avec trois scénarios. Le premier budget de la municipalité sera adopté le lundi 22 mars à la Ville, puis le 24 mars à l’Eurométropole. Cet écart de deux mois est plus long qu’au mandat précédent. L’habitude précédente, moins de 3 semaines entre le jour du DOB et l’envoi du futur budget aux élus, « ne permettait pas un vrai débat », estime Syamak Agha Babaei, ancien membre des deux précédentes majorités.
La municipalité compte rééditer et approfondir ces « débats citoyens » pour les futur budgets. Syamak Agha Babaei espère qu’avoir une année complète de préparation permettra de faire en sorte que le travail participatif soit « mieux préparé ».
Le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme a porté plainte dimanche contre la société Deliveroo et un ou plusieurs livreurs de cette enseigne qui ont refusé jeudi de « servir des juifs » en allant prendre des commandes dans des restaurants casher.
La scène relatée dans un communiqué du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) est à peine croyable. Jeudi 7 janvier au soir, un livreur Deliveroo s’est présenté devant un restaurant casher de Strasbourg et demandé « Quelle est la spécialité du restaurant ? » Quand le restaurateur lui a répondu qu’il cuisinait des « spécialités israéliennes, » le livreur a répondu « Ah bon alors je ne livre pas pour les juifs », avant de tendre son téléphone portable pour montrer le statut de la commande sur l’application Deliveroo : « Voilà c’est annulé, » a-t-il dit. Toujours selon le communiqué, devant l’incompréhension du restaurateur, le livreur a confirmé : « c’est comme ça, je ne livre pas pour les juifs » avant de repartir.
L’affaire de discrimination embarrasse la société de livraison, qui rappelle qu’elle n’est pas l’employeur des livreurs. Photo : Deliveroo / FlickR
Selon le BNCVA, des faits similaires se sont déroulés dans un autre restaurant casher de Strasbourg, le même jour sans qu’il soit possible à ce stade de savoir s’il s’agit du même livreur Deliveroo. Les deux restaurateurs ont porté plainte vendredi pour des faits de « boycott et de discrimination raciale. » Saisi de cette affaire par le Consistoire israélite de Strasbourg, le BNCVA a décidé de porter plainte à son tour dimanche contre ce ou ces livreurs, et la société Deliveroo.
Me Raphaël Nisand a été chargé par le BNCVA de cette procédure :
« Les faits sont particulièrement graves mais l’enquête progresse vite. La société Deliveroo collabore avec la police. Un livreur a été identifié à partir des informations fournies par les plaignants. »
Suite à cette affaire, le BNVCA exige « que les dirigeants de Deliveroo publient une charte destinée à leur personnel, interdisant le boycott et la discrimination. » De son côté, la société Deliveroo n’a pas répondu à cette sollicitation mais dans un communiqué transmis à l’AFP, elle a indiqué « prendre cet incident très au sérieux » et avoir mené une enquête interne.
En réunion publique après sa visite de Stocamine, la ministre Barbara Pompili a surpris, voire braqué, nombre d’Alsaciens avec un langage semblant désinvolte. Mais pour certains participants, cette familiarité est source d’espoir : avec une vision moins technocratique, les déchets pourraient remonter du sol plus vite.
« Si j’en n’avais rien à foutre… Pardon, excusez moi, c’est la fin de journée et j’ai pas bouffé (sic) ». En visite dans le bassin potassique d’Alsace, la ministre Barbara Pompili a usé d’un vocabulaire familier, voire grossier, avec le grand public. Le ton de cette « petite fille de mineurs » du Nord Pas-de-Calais, comme elle l’a souligné à plusieurs reprises, contrastait avec la gravité de la soirée. En visioconférence ou dans la salle, c’est pour beaucoup la seule occasion depuis 19 ans d’interpeller directement une ministre sur le dossier des déchets industriels enfouis à Stocamine, près de Mulhouse. Le tout à quelques semaines d’une décision qui semble définitive pour le centre de stockage souterrain.
Fatigue ? Manque d’arguments ? Désintérêt ? Tergiversations ? L’expression de Barbara Pompili s’est appauvrie au fur et à mesure de la soirée qui s’est étirée jusqu’à 23 heures en préfecture de Colmar. « Elle parlait beaucoup plus sérieusement avec les élus », témoigne Joseph Weisbeck, ancien mineur électricien à Stocamine (« ma caisse d’outils est toujours en bas, je l’avais laissé la veille de l’incendie ») et adjoint au maire à Wittenheim.
L’élu local a d’abord assisté à une rencontre d’environ une heure à la mine de Wittelsheim, « où elle paraissait moins catégorique », juste avant la réunion publique. Idem devant les journalistes, où elle met davantage en avant son émotion, tout en indiquant qu’elle a sa préférence pour ne plus rien remonter.
Cet article fait partie de l’édition abonnés.
| Déjà abonné ?
Connectez-vous
Abonnez-vous maintenant pour poursuivre votre lecture