Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Quiz : qu’avez-vous retenu de l’actualité 2020 à Strasbourg ?

Quiz : qu’avez-vous retenu de l’actualité 2020 à Strasbourg ?

2020 ne nous aura rien épargné, même pas le quiz de fin d’année ! Mais vengez-vous en montrant à la Terre entière qu’au moins votre mémoire ne vous fait pas défaut.

2020, ce n’est pas que la Covid et son cortège de nouvelles qui ont fait de nous tous des experts en immunologie confinés. La preuve avec ce petit quiz, concocté à partir d’une sélection complètement empirique d’infos publiées par votre média favori.

What ? Photo : Véronique Debord-Lazaro / FlickR / cc

Pression et profondeur : Fonroche a plusieurs fois dépassé les limites autorisées

Pression et profondeur : Fonroche a plusieurs fois dépassé les limites autorisées

Une enquête administrative lancée suite au séisme du 4 décembre provoqué par l’activité de géothermie profonde à Vendenheim révèle plusieurs « écarts importants » de l’opérateur Fonroche, au niveau de la pression et de la profondeur des injections autorisées. L’entreprise nie toute non-conformité.

Suite au séisme du 4 décembre provoqué par l’entreprise Fonroche, la préfecture du Bas-Rhin avait sollicité une enquête administrative « pour comprendre les causes » de l’événement sismique. La Direction régionale de l’environnement, l’aménagement et le développement (Dreal) Grand Est a rendu ses conclusions ce mercredi 30 décembre. Le directeur de la structure Hervé Vanlaer a décrit deux écarts de la société de géothermie profonde par rapport à son autorisation d’exploitation.

Les installations de Fonroche, sur l’ancien site de la raffinerie de Reichstett, à Vendenheim Photo : Pascal Bastien / Divergence

Pression et profondeur excessives

Au niveau du puit d’injection de Vendenheim, le forage a atteint 5 000 mètres de profondeur, « contre 4 200 mètres autorisés, avec une tolérance de 600 mètres », précise Hervé Vanlaer. L’activité de géothermie profonde a ainsi touché une couche de granite dont la réaction sismique peut être plus importante.

L’entreprise Fonroche a aussi dépassé les normes de pressions réglementaires. En novembre 2019 et en août 2020, elle a réinjecté l’eau pompée à 150 et 140 bars en tête de puit, contre 100 bars maximum prévus dans l’arrêté d’exploitation.

Un nouveau comité, sur l’impact de ces écarts

Mais ces deux non-conformités ne suffisent toujours pas à expliquer les événements sismiques de novembre 2019 et décembre 2020. Un comité d’experts a ainsi été nommé par le ministère de la transition écologique pour préciser l’impact des écarts constatés sur ces épisodes sismiques. « Le comité devrait être installé mi-janvier », a annoncé la préfète.

Tout en restant prudente – l’enquête administrative ne peut suffire à établir un lien de cause à effet entre les écarts et les séismes – Josiane Chevalier évoque un « doute qui plane » puisque le dépassement de pression mesuré entre le 6 et le 8 novembre pourrait coïncider avec le séisme de magnitude 3,9 du 12 novembre à Strasbourg.

Arrêt définitif à Vendenheim, suspension pour trois autres sites

Le projet de Fonroche à Vendenheim est définitivement arrêté. Pour y parvenir, l’entreprise réduit progressivement la pression et les émissions d’eau : « Un déséquilibre trop important peut entraîner de nouveaux séismes », explique le directeur de la Dreal Grand Est.

Les deux autres projets de Fonroche et celui d’Electricité de Strasbourg (à Eckbolsheim, Hurtigheim et Illkirch) sont suspendus le temps « que le comité d’experts améliore la connaissance de cette technologique, a affirmé la préfète du Bas-Rhin, l’heure n’est pas à la poursuite tant qu’on a pas une meilleure maîtrise du risque. » Pour ces projets, Josiane Chevalier ne voit pas de redémarrage en 2021.

Une « faute » de Fonroche, selon la préfète

La préfète a dénoncé « une faute » de l’entreprise. Elle a rappelé que « sa responsabilité est engagée » en indiquant que « des poursuites judiciaires ne sont pas à exclure ». « Tout laisse penser que ces dépassements ne sont pas des erreurs », a ajouté le directeur de la Dreal Grand Est. Hervé Vanlaen émet l’hypothèse que l’entreprise a « essayé de favoriser la circulation de l’eau entre les puits en augmentant la pression ».

Interrogée par France 3 Grand Est, la société Fonroche ne reconnaît pas ces non-conformités :

« Toutes les informations ont été données en temps et en heure à la préfecture, vous pensez bien qu’on ne peut pas creuser en profondeur comme on veut! Depuis novembre 2019, nous sommes en phase d’acquisition de données scientifiques suite à la sismicité et c’est bien dans le cadre de l’enquête demandée que nous avons creusé plus profondément, la préfecture le savait. C’est la même chose pour la pression. »

En tout, 400 dossiers ont été déposés pour des dégâts liés aux différents séismes induits par l’activité de Fonroche. La préfète estime qu’elles seront toutes traitées entre fin janvier et fin février 2021.

Pour le site de Vendenheim, l’entreprise Fonroche devra remettre le site en état à ses frais. « Le terrain pourra être réutilisé pour d’autres usages par la suite », a assuré le directeur de la Dreal Grand Est.

5 dessins de Piet auxquels vous avez échappé en 2020

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Bien que renouvelable, l’inspiration est une énergie intermittente. Parfois notre dessinateur maison est en panne sèche, parfois il déborde et il faut le canaliser. Nous avons repêché 5 dessins qui auraient mérité d’être publiés en 2020.

17 avril : Les Agences de régionales de santé (ARS) sont des comptables, pas des gestionnaires de crise. C’est Jean Rottner, président de la région Grand Est et médecin urgentiste à ses heures perdues, qui le dit. La crise du coronavirus a révélé au grand jour les antagonismes entre le personnel soignant et leur administration. Pour les médecins, infirmières et autres aide-soignantes, la décision de supprimer des lits de réanimation lourde jugés trop coûteux par plans successifs explique le débordement des capacités hospitalières locales lors du pic de l’épidémie de Covid-19.

1er septembre : Face aux multiples agressions dont sont victimes les femmes dans les rues de Strasbourg, un groupe organise des rondes dans le centre-ville. Mais l’affiliation de certains membres avec l’extrême droite pose question. A-t-on vraiment envie de déléguer la sécurité publique à une milice pas si apolitique que ça ?

20 novembre : L’intérêt des filières courtes ne réside pas uniquement dans la création d’emplois de proximité. Elles permettent aussi de faire prendre conscience au consommateur de son impact sur l’environnement et invite à des comportements plus vertueux. Ce reportage de Thibault Vetter à Schnersheim en est un magnifique exemple.

4 décembre : Aaah, Fonroche ! On aurait pu dessiner une anthologie sur la géothermie profonde et ses séismes induits. Le sujet est d’autant plus urgent alors que la région a éteint cette année la centrale nucléaire de Fessenheim. Si nos voisins allemands n’aiment pas le nucléaire, la géothermie a également ses détracteurs dans l’Ortenau, région du Land de Bade-Wurtemberg. L’Eurodistrict s’est d’ailleurs emparé du sujet, la partie allemande se demande qui paiera la facture si un séisme vient à causer des dégâts en Allemagne. Affaire à suivre.

11 décembre : Frédéric Duval l’a assuré une nouvelle fois face à la caméra : Amazon France n’est pas derrière le projet de hangar géant « Eurovia-16 » à Ensisheim. Quelques semaines plus tôt, le P-DG d’Amazon France assurait que le groupe n’avait aucun projet en Alsace. En revanche, le géant de la distribution a placé ses pions juste à sa limite dans le plus grand des secrets. Quelques semaines après cette interview sur BFM, le site factuel.info révélait que le géant du commerce en ligne allait bel et bien investir un nouveau hangar juste à côté, dans le territoire de Belfort.

Nouvel An : la Ville offre le parking surveillé, la Préfecture empêche les cocktails molotov

Nouvel An : la Ville offre le parking surveillé, la Préfecture empêche les cocktails molotov

Pour lutter contre les voitures brûlées lors de la soirée du Nouvel An, la Ville de Strasbourg offre une place de parking gardiennée à tous les Strasbourgeois. La Préfecture du Bas-Rhin a interdit la vente de pétards et d’essence au détail.

Moins de voiture dehors à Nouvel An, c’est moins de véhicules incendiés. Pour sa première Saint-Sylvestre, la nouvelle municipalité écologiste met en place des interdictions de stationnement dans plusieurs rues (voir arrêté ci-dessous). Pour offrir une solution aux habitants concernés et à tous ceux qui craignent de voir leur auto en flammes, l’adjointe en charge de la tranquillité publique Nadia Zourgui a annoncé la mise à disposition de parkings gratuits et gardiennés.

Arrêté d’interdiction de circulation et de stationnement du 30 décembre 2020 au 2 janvier 2021.

La liste et les horaires des parkings gratuits et surveillés

Dans chacun des quatre parking-relais de Baggersee, Elsau, Ducs d’Alsace et Hoenheim gare, deux agents surveilleront les voitures du 31 décembre à 15 h au 2 janvier à 15 h. Ces quatre structures offrent à elles seules plus de 2 000 places. Trois autres parkings (Zénith, Piscine de la Kibitzenau, Jardin des deux rives) seront mis à disposition gratuitement et surveillés du 30 décembre à 15 h jusqu’au 2 janvier à 15 h. Le parking du gymnase Lixenbuhl à Illkirch-Graffenstaden est aussi gratuit et gardienné le 31 décembre.

Pour profiter de ces places, tous les habitants de Strasbourg peuvent se rendre dans l’un de ces parkings qui seront ouverts et gratuits aux heures indiquées. Aucune réservation en amont n’est nécessaire.

Cette mesure fait partie du plan d’action « Nouvel an », développé par la Ville de Strasbourg, la Préfecture, la Procureure, la Direction Départementale de Sécurité Publique et des associations.

Pétards et essence au détail interdits de vente

Dès début décembre, la Préfecture du Bas-Rhin annonçait l’interdiction de vente de pétards. Comme l’ont montré les Dernières Nouvelles d’Alsace, la mesure se contourne aisément : les mortiers et autres bisons sont vendus sur Snapchat.

Trois semaines plus tard, la Préfecture interdit aussi « la distribution, vente et achat de carburants au détail, sous forme de bidon, jerrycan ou tout autre récipient transportable (…) jusqu’au lundi 4 janvier 2021 à 6 heures sur l’ensemble du département du Bas-Rhin, sauf nécessité dûment justifiée par le client et vérifiée. » De quoi empêcher les pyromanes de Nouvel An de se fabriquer des cocktails molotovs ?

Une présence policière renforcée

La Direction départementale de la sécurité publique a aussi annoncé le déploiement de forces mobiles dans les zones stratégiques et des unités dynamiques de policiers, en tenue ou en civil, pour procéder à des interpellations.

En 2019, plus de 200 voitures ont été incendiées dans la nuit de Nouvel An. Plus de 110 personnes avaient été interpellées pour des faits liés à la délinquance de la Saint-Sylvestre.

10 photos qui ont marqué Strasbourg en 2020

10 photos qui ont marqué Strasbourg en 2020

Pandémie de coronavirus, fermeture temporaire des frontières, masque, racisme dans la police, élections municipales, Amazon et géothermie… Retour sur ces photos qui ont marqué l’actualité à Strasbourg et en Alsace.

Au début de la pandémie de coronavirus en France, l’Alsace est la première région touchée. Les services de réanimation à Strasbourg, Mulhouse ou Colmar ont été débordés, au point de devoir organiser des transferts de patients dans d’autres hôpitaux de France. Photo : Jérémie Rumpler
Le 16 mars, le Land de Bade Wurtemberg décide de la fermeture de la frontière côté allemand. La nouvelle surprend la Préfecture du Bas-Rhin et la Ville de Strasbourg Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Dès le mois de mars, le masque fait son apparition sur le visage des Strasbourgeois. Fin août, la préfecture imposera son port en extérieur dans les communes de plus de 10 000 habitants. L’arrêté sera contesté à plusieurs reprises devant le tribunal administratif, apportant seulement des modifications à la marge. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Dimanche 28 juin 2020, Jeanne Barseghian est élue maire de Strasbourg. Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg / cc
En guerre contre la « dictature qui monte », une médecin de Wangenbourg-Engenthal a produit des certificats médicaux à remplir soi-même. Objectif : s’exonérer du port du masque en arguant d’une pseudo contre-indication médicale. Eve ENGERER se trouve suspendue depuis le 10 novembre 2020 du droit d’exercer la médecine par décision de l’Agence régionale de Santé Grand Est pour une durée maximale de 5 mois dans l’attente de l’aboutissement de la procédure ordinale en cours . Photo : Document remis
Depuis l’été 2020, un groupe de jeunes organise des rondes pour prévenir les agressions. Une initiative qui se présente comme citoyenne mais parmi ces Strasbourgeois, certains semblent en manque d’action et adopter une posture sécuritaire. Notre reportage pendant une de leur virée nocturne a notamment suscité un vif débat lors d’un conseil municipal. Photo : Marie Bonnassie / Rue89 Strasbourg / cc
Négligées par la concertation gouvernementale du Ségur de la santé, les auxiliaires de vie ne devaient pas percevoir la prime Covid-19 promise aux soignants. Finalement, le gouvernement a accordé mardi 4 août une enveloppe de 80 millions d’euros aux départements pour financer en partie cette prime. Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg / cc
En octobre 2019, le brigadier de police Haykal Rezgui Raouaji dénonce par écrit le racisme dans sa brigade auprès de sa direction. Face à l’inaction de sa hiérarchie et aux représailles, il a décidé de porter plainte pour racisme, harcèlement moral et discrimination. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Idéalement placée au cœur de l’Europe, l’Alsace attire le géant du commerce en ligne Amazon. Les manifestations, ici devant la préfecture de Colmar, s’enchaînent depuis ces révélations au printemps. Si le projet à Dambach-la-Ville semble bel et bien abandonné, un entrepôt géant sur-mesure pour les besoins d’Amazon a été validé à Ensisheim, construit par une société prête-nom appelée Eurovia 16. Officiellement, Amazon assure ne pas avoir de projet en Alsace. Puis a précisé « pas avant 5 ans ». Photo : Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg
Début décembre, suite à nouveau séisme induit par l’activité humaine, la préfecture du Bas-Rhin met fin à l’activité de la centrale géothermique portée par Fonroche au nord de Strasbourg, suite aux trop nombreux séismes ressentis. Photo : Pascal Bastien / Divergence

Tout savoir sur la Collectivité européenne d’Alsace, l’ovni politique de l’année 2021

Tout savoir sur la Collectivité européenne d’Alsace, l’ovni politique de l’année 2021

Haut-Rhin et Bas-Rhin fusionneront le 1er janvier pour créer un seul département, avec un petit surplus de pouvoirs par rapport à leurs homologues. Si elle n’a rien de révolutionnaire, la Collectivité européenne d’Alsace ouvre cependant un nouveau rapport de force politique à inventer, notamment avec la Région Grand Est.

Huit ans après l’échec du référendum de 2013, Haut-Rhin et Bas-Rhin se regroupent, avec cependant bien moins de pouvoirs que le prévoyait alors la « Collectivité unique d’Alsace ». Il aura fallu la fusion des régions d’Alsace avec la Champagne-Ardenne et la Lorraine en 2016 pour créer cette volonté d’union dans la classe politique alsacienne, face au Grand Est.

Réponse au désormais célèbre « désir d’Alsace » consacré par le préfet Jean-Luc Marx en 2018, la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) est l’outil institutionnel des gouvernements d’Emmanuel Macron pour contenter la droite alsacienne. Et aussi la diviser.

Une ligne de fracture dans la droite alsacienne

La conséquence la plus visible de ce « super département » est pour le moment politique. Au gré des recompositions, la droite alsacienne se trouve éparpillée entre une fraction légitimiste qui a rejoint la majorité présidentielle et plusieurs courants chez « Les Républicains ». La ligne pro-gouvernement est incarnée par la ministre déléguée à l’Insertion et toujours vice-présidente du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert, mais aussi les députés Olivier Becht et Antoine Herth ou le sénateur Ludovic Haye, du micro-parti Agir.

Chez « Les Républicains », on retrouve d’un côté des défenseurs de la Région Grand Est et de son président Jean Rottner. Face à eux, des élus LR s’enthousiasment pour la CEA. Le président du Bas-Rhin, Frédéric Bierry (LR) voit ainsi une « capacité à agir » retrouvée. Enfin, d’autres ne la présentent que comme « une étape » avant une sortie du Grand Est.

Le sénateur André Reichardt (LR) a par exemple crée une petite surprise lors des élections sénatoriales en septembre. Sa liste, avec des élus du Bas-Rhin qui vont siéger à la CEA, a obtenu deux sièges en faisant campagne sur le thème de la sortie du Grand Est.

« La défiance à l’égard du Grand Est n’est pas réglée »

Un résultat similaire à l’autre liste estampillée LR, alliée à ce qu’il reste de l’UDI. « Contrairement à ce qu’espérait la ministre Jacqueline Gourault, la question de la défiance à l’égard du Grand Est n’est pas réglée, au contraire cet épisode pourrait donner de la force aux élus pour réclamer le retour d’une Région Alsace », analyse Patrick Tassin, président du Conseil économique social et environnemental régional (Ceser) du Grand Est.

À plus court terme, la fusion a ravivé des tensions sur le partage du pouvoir entre haut-rhinois et bas-rhinois. Initialement, le tandem entre Brigitte Klinkert et Frédéric Bierry était moteur pour la CEA. Une fois qu’il a fallu travailler sur l’élaboration de cette entité, cette entente s’est délitée en 2020. Arrivé cet été, le nouveau président haut-rhinois Rémy With n’a pas eu le temps d’imprimer sa marque. La tâche était d’autant plus ardue compte tenu de l’omniprésence de Brigitte Klinkert dans les affaires alsaciennes. L’élection du président ou de la présidente et son équipe ce samedi 2 janvier devrait au moins figer les choses pour quelques mois.

Qu’est-ce qui va changer ?

Sur le fond, le principal changement est le transfert de la gestion des routes nationales et des autoroutes, à l’exception du futur GCO et quelques kilomètres payant de l’A4. Cette opération impliquera d’ailleurs une renumérotation des axes de circulation. La CEA aura la responsabilité de 6 410 kilomètres de bitume et 4 550 kilomètres de pistes cyclables.

Ce transfert ressuscite l’idée d’une « écotaxe alsacienne » (un mécanisme de régulation du trafic poids lourds) pour limiter le report sur l’A35 du trafic venu d’Allemagne depuis la taxation des camions. La CEA devra « proposer un scénario » et recevoir l’assentiment de l’État. Une ordonnance pourra être prise courant 2021. Cette perspective inquiète des dirigeants lorrains, qui craignent un report du trafic alsacien sur leur A31.

Cette organisation ne satisfait pas non plus Patrick Tassin, pour d’autres raisons :

« La Région Grand Est est de plus en plus sollicitée pour faire des investissements ferroviaires que ne fait plus l’État. Elle était demandeuse pour récupérer cette taxe et financer le réseau ferré. »

Les autres compétences de la CEA sont souvent partagées avec l’État, la Région Grand Est, les communes ou agglomérations. Il en est ainsi de la coopération transfrontalière, la gestion du fonds social européen, le bilinguisme ou l’attractivité touristique.

Un rapprochement avec les territoires d’outre-mer

Avec ce modèle atypique, l’Alsace va d’ailleurs se rapprocher des territoires d’outre-mer où « la différenciation est le cadre normal de fonctionnement », pointe Arnaud Duranthon, maître de conférences de droit public à Science Po Strasbourg. Reste que même pour les connaisseurs, il est difficile d’estimer la portée concrète de ces transferts. « Les spécialistes de droit public peinent encore à saisir les effets véritables car ils supposent une action sur le long terme », poursuit ce spécialiste des collectivités locales.

Ces compétences partagées relèvent « essentiellement de la mise en œuvre de « schémas », des documents de planification qui ne rendent pas l’action publique immédiatement palpable et supposent notamment la mobilisation des agglomérations et communes », explique le juriste strasbourgeois. La CEA fera face à un problème similaire à celui des Régions : en dehors de la politique du TER ou des lycées, il est difficile de percevoir les effets concrets des différents « schémas » (Énergie, Innovation et économie, artificialisation des sols, etc.).

Selon le Conseil d’État, il n’y avait même pas besoin de loi pour acter de telles mesures. « Aucun changement immédiat notable ne devrait intervenir dans la vie des Alsaciens », tranche Arnaud Duranthon.

Du côté de l’administration d’État, rien ne change. La CEA aura affaire à deux préfets. Tout juste quelques mesures « d’harmonisation » comme sur les « durées des sanctions administratives relatives au permis de conduire » ont été lancées entre les préfectures du Bas-Rhin et de Haut-Rhin.

Cette coexistence fait dire à Patrick Tassin du Ceser, « qu’il n’y a pas de statut particulier dans la loi comme pour la Corse ou Lyon, mais c’est tout de même un territoire particulier, avec un découpage différent entre les circonscription d’État et du département ».

Le rapport de force politique en question

Mais l’enjeu de la CEA n’est pas seulement ce que disent les textes de lois, décrets et ordonnances. « Tout dépendra de la capacité des élus de la CEA à peser politiquement dans le jeu, notamment face à la Région », envisage Arnaud Duranthon.

Incontestablement, la CEA crée une nouveauté dans le paysage politique local. Son président ou sa présidente sera à la tête d’un budget de 2 milliards d’euros et environ 6 000 agents. Même si beaucoup de ses dépenses sont contraintes par l’aide sociale et le RSA, c’est à peu près autant que l’Eurométropole de Strasbourg et deux tiers des moyens de la Région Grand Est (3,3 milliards pour 2021), étalée sur 10 départements.

Alors que la mort des départements était envisagée vers 2014, ses élus sont davantage en position de parler « d’égal à égal » quand il faut envisager des projets collectifs. Pour réussir ses desseins, gare à l’excès de vanité, car « la CEA ne sera pas dotée de tous les leviers d’action et devra donc développer un véritable leadership politique », rappelle Arnaud Duranthon.

Et justement, le contexte n’est pas des plus serein. « Moi, je ne fais pas de politique contre, mais de la politique pour, » prévient de son côté Jean Rottner à la tête du Grand Est, bien conscient du ressentiment en Alsace. « Il y a un risque pour la cohésion régionale, les premiers échanges seront très importants », s’inquiète Patrick Tassin. « Le point fort du Grand Est était sa grande frontière. Or, la CEA devient cheffe de file sur la coopération transfrontalière », poursuit-il.

Les premières réunions plénières de la Collectivité européenne d’Alsace se tiendront à Colmar. Photo : capture Google Street View

« Un poisson pilote » pour les autres départements

La fusion du 67 et 68 accouche de la CEA quelques mois avant l’examen de la loi dite « 3D » (déconcentration, décentralisation, différenciation) qui concerne l’avenir des collectivités territoriales. « La CEA est clairement un poisson pilote de la différenciation des compétences », estime Arnaud Duranthon. En clair, chaque département pourrait avoir plus ou moins de prérogatives selon sa situation. La CEA compte d’ailleurs négocier d’autres compétences sur la santé ou les gestionnaires d’établissements dans les collèges avec cette future loi.

Ce projet politique du gouvernement fait notamment réagir la CGT. Son secrétaire général dans le Bas-Rhin, Laurent Feisthauer, redoute avec le CEA la « fin d’égalité de traitement du service public » :

« On parle du bretzel sur la plaque d’immatriculation, mais pas de ce qui va être déterminant. Au gré des décrets, on apprend qu’il y aura un seule Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) mais deux services de pompiers (SDIS 67 et 68). Nous ne sommes pas contre la décentralisation, mais il faut un cadre législatif contraignant et là on en sort. Sur les routes par exemple, l’Eurométropole et la CEA ne sont pas satisfaits des transferts financiers prévus par l’État. Sur le bilinguisme, la CEA ne va pas recruter des professeurs allemands vue la disparité de traitement, donc plus vraisemblablement elle aura recours à des contractuels, à la place des titulaires de l’Éducation nationale. »

Les autres organisations syndicales n’ont pas spécialement pris position sur le projet de CEA.

Pour Arnaud Duranthon, cette évolution générale laisse deux questions en suspens :

« Quel effet la différenciation aura sur l’égalité des citoyens à travers le pays ? Et quels seront les véritables effets de cette vision qui consiste à encourager une dynamique de mise en concurrence des territoires, un nouvel exemple de la transposition d’un regard managérial sur la chose publique ? »

Problème, il n’y aura pas assez de recul sur l’expérience de la CEA lorsque la loi 3D sera adoptée. D’autant plus que les périodes pré-électorales et post-électorales ne rendent pas compte du fonctionnement normal d’une collectivité.

Transition, siège, indemnités… Comment va débuter la vie de la CEA ?

Dans les premiers mois, la CEA va fonctionner avec l’addition de 46 élus du Bas-Rhin et 34 du Haut-Rhin, tous élus en mars 2015. Chez ces 80 représentants des 40 cantons, on compte 70 élus de la majorité alsacienne de droite et du centre, sept élus socialistes ou apparentés strasbourgeois, la seule opposante haut-rhinoise estampillée PS, ainsi que deux élus strasbourgeois passés chez LREM.

Cette nouvelle équipe fonctionnera jusqu’aux prochaines élections départementales, où 40 binômes hommes-femme seront élus dans autant de cantons. Prévu en mars et repoussé pour cause de crise sanitaire, le scrutin devrait se tenir au mois de juin, en même temps que les régionales.

Avant cela, dès ce samedi 2 janvier, il faudra élire un nouveau ou une nouvelle présidente pour la fin du mandat. À cela s’ajouteront 15 vice-présidents et présidentes. La majorité compte en élire sept pour représenter des « territoires » et huit sur des thématiques (Finances, Habitat, Voiries, Autonomie et Solidarité, Éducation et Jeunesse, etc.).

À l’approche d’élections départementales périlleuses, les socialistes strasbourgeois ne présenteront pas de candidat. Ils ne rechigneraient pas à une vice-présidence en réhabilitant une sorte de coalition droite-gauche comme à l’Eurométropole de Strasbourg sous Robert Herrmann (2014-2020). Surtout que leurs 8 voix, avec la haut-rhinoise Marie-France Vallat, pourraient faire pencher la balance en cas de confrontation entre une candidature soutenue par la droite du Haut-Rhin (33 élus) face à celle du Bas-Rhin (39 élus). Les socialistes alsaciens ont accueilli fraîchement la création de la CEA (« nous prenons acte de l’annonce », réagissait le PS67 en 2018) qu’ils voient comme un détricotage de la réforme des régions du quinquennat de François Hollande.

Les premières réunions de l’assemblée se dérouleront à Colmar. L’hémicycle y est plus adapté à la distanciation physique. La nouvelle majorité issue des urnes au printemps choisira le « siège » définitif. Dans tous les cas, il faudra plusieurs lieux de réunions du nord au sud de l’Alsace compte tenu de l’étendue du territoire. Par souci de cohérence, il serait de bon ton de ne pas répéter le schéma du Parlement européen, avec plusieurs lieux de réunions plénières, à l’heure où le « siège » strasbourgeois et la « transhumance » de ses sessions sont fragilisés.

Enfin, l’augmentation de la population dont la CEA aura la charge (plus de 1,25 million d’habitants) permet au passage de percevoir les indemnités maximales pour des élus départementaux : 2 722€ bruts par mois pour les des « conseillers d’Alsace » simple,  2 994€ pour les membres de la commission permanente. L’augmentation serait d’environ 200 euros pour les élus bas-rhinois et de 400 euros pour les élus haut-rhinois. Ces montants sont majorés pour les vice-présidents (+40%) et le ou la présidente (+145%) soit jusqu’à 5 639 euros mensuels. Sauf si la nouvelle équipe décide de limiter les rémunérations le 2 janvier.

Nouveau séisme de magnitude 2,5 à La Wantzenau

Nouveau séisme de magnitude 2,5 à La Wantzenau

Un tremblement de terre d’une magnitude de 2,5 a été ressenti au nord de Strasbourg vendredi à 9h58. Comme les précédents, il est à mettre sur le compte de l’activité de géothermie à Vendenheim.

Vendredi 25 décembre, les festivités de Noël au nord de Strasbourg ont été un peu secouée vers 10h par un nouveau tremblement de terre. Ce séisme, d’une magnitude de 2,5 tout de même, est survenu à 9h58 précisément, à une profondeur de 5 km sous La Wantzenau, selon le Réseau national de surveillance sismique (Renass). 

Il a immédiatement été classé par les sismologues du réseau comme « événement induit, » c’est-à-dire provoqué par l’activité humaine puisqu’il découle de l’activité de géothermie profonde, menée à Vendenheim par Fonroche.

L’entreprise Fonroche va devoir arrêter ses installation et les démonter. (Photo Pascal Bastien / Divergence)Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

L’entreprise, appelée GéoVen, a d’ailleurs reconnu en être à l’origine dans un communiqué. Elle indique que cet événement est survenu alors que l’installation doit arrêter la circulation des fluides, par palier :

« Ces événements sont liés au relâchement progressif de la contrainte sur la roche résultant de la diminution progressive de la circulation de l’eau dans le doublet. Comme évoqué, d’autres évènements similaires sont possibles dans le court terme, jusqu’au retour du réservoir à sa pression naturelle. »

GéoVen doit progressivement réduire le débit de l’eau pressurisée jusqu’à son extinction complète, suite à une décision de la préfecture du Bas-Rhin d’arrêter toute exploitation géothermique à Vendenheim. La préfecture avait pris cet arrêté le 7 décembre suite à un séisme de magnitude 3,59 survenu le 3 décembre.

GéoVen avait prévenu que, malgré ce protocole de descente du débit et de la pression, d’autres séismes seraient à craindre. L’entreprise le rappelle à nouveau dans son communiqué du jour. Ce nouveau séisme va obliger l’entreprise à maintenir l’actuel débit quelques jours, afin de stabiliser la situation.

Suite à ces tremblements, trois autres projets de géothermie prévus dans l’agglomération strasbourgeoise ont été suspendus, dont le plus avancé est à Illkirch-Graffenstaden.

Dix articles qui ont eu un impact à Strasbourg en 2020

Dix articles qui ont eu un impact à Strasbourg en 2020

Du 24 décembre au 2 janvier, Rue89 Strasbourg rediffuse tous les jours un article qui a changé quelque chose à la vie locale cette année.

Une année de tous les records pour Rue89 Strasbourg. Jamais notre média d’investigation local n’a compté autant d’abonnés (1 138 abonnements actifs au 22 décembre). Jamais notre petite structure indépendante n’a suscité autant de lectures : autour de sept millions de pages vues cette année. Nous n’avons jamais été aussi nombreux, puisque Maud de Carpentier nous a rejoint en octobre dernier. De quoi renforcer nos capacités d’enquête pour terminer l’année avec une deuxième « semaine de l’investigation », cette fois réservée à nos abonnés.

L’impact d’un média indépendant

Notre lectorat s’élargit, notre base d’abonnés grandit… Logiquement, l’impact de nos articles augmente aussi. Cette année encore, Rue89 Strasbourg a vu ses articles produire des effets sur la vie locale. Ces changements peuvent prendre du temps, comme lorsqu’une enquête débouche sur l’ouverture d’une instruction judiciaire. Parfois, l’impact se situe au niveau des décideurs, contraints d’agir par la médiatisation d’une problématique. Dans tous les cas, nous nous félicitons qu’un média indépendant puisse produire des changements à l’échelle locale. Avoir une utilité pour les habitants, c’est aussi l’esprit de notre opération « Quartiers connectés » qui a reçu le prix de la meilleure initiative d’un média pour l’éducation à l’information aux Assises du journalisme en mars 2019.

Par ailleurs, il est toujours difficile de savoir si un article « seul » suffit à modifier le cours des événements. Ce sont aussi les lecteurs, habitants, voire des collectifs ou associations concernés, qui vont ensuite porter un sujet, interpeller les autorités et lui donner une résonance plus forte. À ce moment-là, les journalistes doivent s’efforcer de suivre un dossier dont ils ont été le déclencheur. Ils le font vivre et racontent son évolution.

10 jours de rediffusions et bonnes fêtes !

Ainsi, du 24 décembre au 2 janvier 2020, Rue89 Strasbourg prend un peu le temps de souffler. La rédaction vous propose de (re)-lire 10 articles phares et leur impact. Chaque matin, un article sera publié en « Une » du site, sur les réseaux sociaux et dans sa newsletter.

La rédaction souhaite à tous ses lecteurs de bonnes fêtes de fin d’année et vous retrouve début janvier. D’ici là, quelques surprises seront publiées sur le site.

Le Soliguide, un outil « fantastique » pour les plus démunis… qui le connaissent mal

Le Soliguide, un outil « fantastique » pour les plus démunis… qui le connaissent mal

Depuis janvier 2020, les personnes précaires de Strasbourg peuvent retrouver toutes les adresses utiles sur un seul site actualisé en temps réel. Mais ce sont davantage les associations qui l’utilisent pour aider les gens dans le besoin que les bénéficiaires eux-mêmes.

Le Soliguide fête bientôt sa première année d’existence à Strasbourg. Ce site internet rassemble toutes les adresses et contacts utiles pour les personnes dans le besoin : il permet de savoir où avoir accès à une douche, des paniers repas, un accompagnement à l’emploi ou un endroit pour se reposer au chaud.

L’interface vise à être intuitive. En cliquant sur la « goutte » en bas à droite, les personnes qui le souhaitent peuvent poser leurs questions (dans n’importe quelle langue) Photo : capture d’écran du site soliguide.fr

En lançant une recherche (sur ordinateur ou smartphone), la liste et la carte qui s’affichent montrent toutes les structures qui correspondent, avec des pictogrammes représentant les services disponibles : des toilettes, un café, des produits menstruels… Le concept a été développé par l’association Solinum dans huit villes de France avant d’atterrir dans la capitale alsacienne.

Des infos en temps réel pour ne plus trouver porte close 

Aimeric Prod’homme, le chargé de développement local, indique que « toute l’action sociale de Strasbourg y est répertoriée », avec « 200 lieux cartographiés, qui représentent 800 services ».

L’actualisation en temps réel permet aussi aux bénéficiaires de s’assurer que les endroits qu’ils ont l’habitude de fréquenter (les Restos du cœur, le Secours Populaire ou simplement les toilettes publiques) soient bien ouverts. Un vrai plus en temps de confinement, avance Aimeric :

« Il est hyper important pour les personnes à la rue de ne pas trouver porte close quand on leur a indiqué un endroit. Cela freine énormément leur motivation à aller toquer aux portes. Or, pendant le premier confinement, 83% des structures en France étaient fermées. A Strasbourg, on a remarqué que le site est beaucoup plus consulté en confinement. Habituellement, il y a environ 200 utilisateurs par mois, mais les visites ont plus que doublé au mois de novembre par exemple, on était plus autour de 400-500. »

De manière générale, il estime que le projet accroche bien à Strasbourg, où le « réseau associatif est très dense » :

« Le nombre de visites (17.000 pages vues depuis janvier) est similaire à Nantes, alors que là-bas, le Soliguide couvre tout le département. Je constate aussi que le taux d’ouverture de la newsletter est élevé (35% au mois de novembre). »

Selon lui, ce succès est dû au fait d’avoir associé les acteurs locaux dès le début et de travailler encore main dans la main. Des réunions ont lieu régulièrement avec les associations, et Aimeric s’y rend souvent pour « rappeler comment fonctionne le Soliguide, prendre des nouvelles, bien comprendre les spécificités du terrain. »

Toutes les informations nécessaires sont recensées pour chaque adresse. En cliquant sur « Plus d’infos », des propositions d’itinéraire en tram et en bus apparaissent. Photo : Capture d’écran du site Soliguide.fr

Un guide pour… aider à guider

Pour le moment, le Soliguide bénéficie aux personnes précaires à travers ces structures qui les accompagnent. Emmanuel Suzan, bénévole et coordinateur à Strasbourg Action Solidarité (une association d’aide alimentaire, matérielle et administrative), l’utilise quotidiennement pour « aider les gens « paumés » à trouver ce qu’il leur faut sur le moment » :

« C’est un outil fantastique. Nous, on est fan. On a mis des affiches dans le local, et quand on explique aux gens le concept, c’est bon. Ils ont tous un smartphone de toute façon. »

C’était le constat de Solinum qui s’était basé sur une étude montrant que plus de 70% des personnes sans domicile avaient un téléphone connecté à Internet.

Emmanuel trouve aussi que l’étendue nationale du site est très utile car « les personnes sans domicile sont des globe-trotters » :

« Nous avons croisé un couple tchèque à qui nous avons expliqué le fonctionnement. On leur a dit qu’ils pourraient ensuite l’utiliser dans d’autres villes comme Lyon ou Bordeaux. C’est top. »

« Des réponses toutes prêtes pour les bénéficiaires »

De l’autre côté de la ville, quartier Montagne verte, l’accueil de jour du Home protestant « Femmes de parole » a aussi mis des affichettes du Soliguide et une version imprimée de la carte du site dès la porte d’entrée. « Ça permet aux bénéficiaires d’avoir déjà quelques infos, même si on est fermé », indique Marie-Alice Bougon, coordinatrice du lieu qui accueille exclusivement des femmes (qui ont besoin d’un endroit chaud, d’une douche, de discuter ou d’être orientées). Elle salue la réactivité de la plateforme :

« Les femmes qui viennent ici ont des demandes précises et ont besoin de réponses immédiates. Avant on prenait Google Maps, on zoomait, on l’imprimait, c’était un peu la galère. Là, la cartographie est vraiment super, et la proposition d’itinéraire en transport en commun est un gain de temps énorme pour nous. On a des réponses toutes prêtes pour les bénéficiaires. »

Elle trouve la plateforme assez intuitive et en parle aux personnes accueillies, notamment quand elles viennent utiliser l’ordinateur. Marie-Alice Bougon va d’ailleurs mettre une petite affiche « tutoriel » à côté du poste. Au niveau national, Soliguide estime que les bénéficiaires constituent la moitié des utilisateurs, mais Aimeric Prod’homme ne peut pas confirmer ces données sur Strasbourg.

Odile découvre le Soliguide, mais sait qu’elle pourra maintenant y accéder sur son smartphone ou l’ordinateur de Femmes de parole Photo : DL/Rue 89 Strasbourg

« Je ne connaissais pas, mais ça pourrait m’aider »

Au local de Femmes de parole, les femmes présentes ouvrent de grands yeux ronds à l’évocation du Soliguide… avant de se montrer très intéressées. Odile, jeune femme discrète, se met à explorer le site sur son smartphone. Elle avait entendu parler de Femmes de parole par l’intermédiaire d’autres professionnels, et s’y rend pour profiter de « l’ambiance conviviale ». Si elle avait connu le Soliguide, elle aurait trouvé l’accueil de jour en filtrant les recherches avec le critère « Femmes seulement ». D’autres filtres permettent de trouver des lieux où les animaux sont acceptés, les lieux gratuits, sans rendez-vous… Odile pense que l’outil « pourrait [l]’aider pour l’accompagnement social, pour trouver plus facilement les bonnes personnes. »

Non loin, Mélanie, jeune mère de famille, raconte qu’elle a besoin de trouver des ressources rapidement dans la vie de tous les jours :

« Je n’ai pas toujours mes enfants chez moi et donc quand ce n’est pas le cas, je ne touche pas les allocations. Là, c’est ric-rac. J’ai parfois besoin de savoir où je peux trouver de l’aide alimentaire, une douche ou des soins. »

Au local de Strasbourg Action Solidarité, à la cité Spach, les gens de passage découvrent aussi le site. En buvant son café non loin de son lévrier allongé sous des couvertures, Henri estime que Soliguide l’aurait aidé quand une connaissance demandait de l’aide pour manger. « J’aurais pu le renvoyer vers toutes ces structures », dit-il en déroulant la liste sur son smartphone. « Du coup, ce jour-là, c’est moi qui l’ai dépanné avec des petites courses », ajoute-t-il.

Jérôme, qui vient de passer la porte du local, le teint fatigué, souriant sous son masque, trouve aussi que c’est une bonne idée mais que, malheureusement, « il faut avoir un smartphone ! ». Ce qui n’est pas son cas.

« Il faudrait avoir une large diffusion papier »

L’occasion pour Emmanuel Suzan de souligner ce qu’il manque au Soliguide pour bien atteindre sa cible, à commencer par le format :

« Il faut une large diffusion papier, et que ce soit affiché dans tous les lieux d’accueil, peut-être un résumé sur une seule page. Nous, ce serait bien qu’on ait 350 fichiers à distribuer (à l’image du Guide de la débrouille à Mulhouse, dont nous parlions en 2016, ndlr). »

Selon lui, le format papier faciliterait le bouche-à-oreille car les bénévoles n’ont pas vraiment le temps de former à l’utilisation d’un site pendant leurs maraudes. Surtout, si le guide est bien disponible en anglais, arabe et espagnol, « il faut absolument le mettre en d’autres langues, comme le russe et le roumain », affirme-t-il.

des cartes du soliguide
Les associations affichent des éléments du Soliguide pour sensibiliser les personnes qu’elles accueillent Photo : DL/Rue 89 Strasbourg

Marie-Alice Bougon confirme que Strasbourg accueille de nombreuses personnes d’Europe de l’Est, des femmes qui ne parlent que russe par exemple, ou des gens qui se débrouillent en allemand.

Des améliorations à venir pour toucher plus de monde

Toutes ces réflexions sont dans les tuyaux, explique Aimeric Prod’homme. Cet été, il a distribué lui-même de nombreuses cartes imprimées aux bénéficiaires et aux associations, notamment en version russe et roumaine. Il précise que le tchat disponible sur le site permet de dialoguer dans toutes les langues :

« Les gens peuvent s’adresser à moi, qui suis « à l’autre bout du tchat » en russe par exemple. Et comme le tchat passe par Google Traduction, nous pouvons échanger sans problème. »

« Le bouche-à-oreille prend du temps »

Et si le Soliguide n’est pas encore connu de tous ceux qui en auraient directement l’utilité, Aimeric Prod’homme le prend avec philosophie :

« Le bouche-à-oreille prend toujours du temps, et l’outil est là depuis moins d’un an. C’est normal qu’il soit davantage approprié par les professionnels au début. Il m’arrive tout de même souvent de me rendre dans des structures et de voir que les gens le connaissent déjà. »

Aussi, il assurait avant le confinement des permanences hebdomadaires au Centre Communal d’Action Sociale pour présenter le guide aux bénéficiaires qui venaient y chercher leur courrier. Elles reprendront en 2021. Cette année, son équipe (deux services civiques et lui-même) a aussi fait une quarantaine d’actions de diffusion où elle a pu sensibiliser 150 personnes.

Il répète que l’interface est en constante amélioration et qu’il se réjouit des retours de ceux qui l’utilisent. Les structures avaient suggéré d’avoir leur propre compte sur le site et de mettre à jour elles-mêmes les informations, ce qui sera bientôt chose faite et permettra une actualisation encore plus rapide. Jusqu’à maintenant, Aimeric contactait tous les acteurs par lui-même, au jour le jour.

En 2021, Solinum espère pouvoir développer un autre outil de solidarité sur Strasbourg : Merci pour l’invit’, déjà présent en région parisienne et à Bordeaux, qui met en relation des particuliers et des femmes sans domicile et/ou victime de violences qui ont besoin d’un toit.

Mascarade TV, l’action d’artistes pour exister pendant la pandémie

Mascarade TV, l’action d’artistes pour exister pendant la pandémie

Une poignée de comédiens se sont emparés de la période de l’Avent pour se rappeler aux Strasbourgeois. Avec Mascarade TV, ils ont publié de petites vidéos quotidiennes, afin de rappeler que la comédie fait partie de la société, même en période de pandémie.

L’idée a germé lors du discours d’Emmanuel Macron, quand le président de la République a confirmé le second confinement. Pour Pierre Le Crieur, comédien strasbourgeois, il n’était pas question de rester passif :

« La crise sanitaire, le reconfinement, c’était de nouveau de notre faute à tous, rien n’était prévisible, rien pour les hôpitaux… J’étais tellement en colère, j’ai appelé les copains. En tant qu’artiste, je voulais apporter une réponse à la situation, participer à ce que nous vivions. »

Quelques heures plus tard, la réponse s’intitulait Mascarade TV, une sorte de télé-crochet un brin décalé, porté par une série de personnages hauts en couleurs. Cette idée réunissait plusieurs atouts, comme le précise Pierre :

« Je voulais quelque chose de léger, on a le moral assez plombé avec la Covid comme ça… Critique, mais pas seulement. Et puis l’idée était de demander des autorisations de tournage, puisque c’était quasiment la seule manière d’être dehors légalement… »

Finalement, l’autorisation de tournage n’est jamais venue. Mais l’équipe ne s’est pas démontée et une série de sketchs ont été tournés par les comédiens eux-mêmes, soit chez eux, soit à la Fabrique de théâtre dans le quartier Laiterie. Ils ont tous été publiés sur la chaîne YouTube de Mascarade TV.

Un ministre du gouvernement formidable ! (vidéo Mascarade TV / YouTube)

« Pas de ligne artistique claire »

Pierre reconnaît que l’ensemble n’a pas « de ligne artistique très clairement définie. » Chaque comédien a apporté son univers, ses compétences et son envie d’en découdre avec le silence imposé aux artistes depuis des mois. Pour Pierre, qui s’est fait connaître des Strasbourgeois avec ses criées publiques sur les marchés, l’important était de renouer avec le public, dans la rue :

« Je viens de là, c’est ma scène la rue… Le contact avec le public nous manque. Les plus chanceux d’entre nous ont des créations, des répétitions… voire quelques dates de tournages mais on ne peut pas être séparés du public aussi longtemps en tant que comédiens, surtout pendant cette période traversée par tout le monde. On ne vit pas bien cette mise à l’écart. »

Initialement, les sketchs de Mascarade TV devaient se dérouler entièrement à l’extérieur, dans des cours d’immeubles et essaimer dans les quartiers de Strasbourg. Quelques impératifs professionnels ont eu raison de ce bel objectif mais une partie de la troupe s’est produite mardi 22 décembre dans le centre-ville, devant des passants interloqués.

Le concert de Maria Caillasse, toujours un grand moment (vidéo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Le futur de Mascarade TV est encore incertain. L’équipe doit décider si elle continue après le 24 décembre et si oui, sous quelles formes et avec quelle régularité. Et puis… la capacité de se produire devant un public dépendra des conditions sanitaires. Quoiqu’il en soit, Pierre veut recréer un lien avec le public :

« Les vidéos c’est bien mais le théâtre, ça ne peut pas être que ça. On a besoin de la réaction des gens. On a appelé notre chaîne Mascarade TV justement parce qu’on ne veut pas participer à cette idée selon laquelle un sketch en streaming permet de remplacer un spectacle. »

Le séisme Deaf Rock dans le monde de la musique à Strasbourg

Le séisme Deaf Rock dans le monde de la musique à Strasbourg

Quelques jours après l’enquête de Mediapart et Rue89 Strasbourg sur des faits de harcèlements et d’agressions sexuelles visant Julien Hohl du label Deaf Rock, les artistes et responsables de structures culturelles réagissent, entre colère et indignation.

« On était tous sur nos téléphones, nuit et jour, à échanger les uns avec les autres. C’était vraiment un choc, pour nous tous ». Les artistes des groupes associés à Deaf Rock ont eu une semaine difficile, après la parution de l’enquête sur des faits de harcèlements et d’agressions sexuelles visant le patron du label, Julien Hohl. Devaient-ils faire des communiqués sur leurs pages Facebook, pour se « désolidariser publiquement » ? Ne pas le faire, pour ne pas paraître « opportunistes », au risque de se taire sur un sujet aussi lourd ? Nommer le label au risque d’y être associé à nouveau ? Et comment « faire la distinction entre l’homme et le label », quand un groupe est bien souvent associé aux deux ?

Pour certains, qui n’étaient plus en contact avec le milieu musical strasbourgeois depuis plusieurs années, les choses ont été plus évidentes que pour d’autres, encore proches parfois de membres du label. Finalement, tous ou presque ont décidé de prendre les devants, et une majorité a lancé les démarches pour quitter Deaf Rock Records.

Un micro sur une scène de rock Photo : Milosz Karski / Pixabay

Au moins onze artistes et groupes ont (re)demandé à quitter le label 

D’après nos informations, en plus de Last Train et Décibelles qui avaient déjà annoncé de façon officielle leur départ du label, au moins 9 artistes (solo et groupes confondus) tentent de quitter Deaf Rock. Certains depuis longtemps, bien avant le post de MusicToo publié cet été sur les réseaux sociaux. Le groupe strasbourgeois pop Amoure par exemple, avait entamé une procédure il y a un an déjà, pour des raisons de désaccords professionnels. La parution de l’enquête n’a fait que confirmer leur volonté de partir au plus vite. 

« Julien Hohl est une connaissance de longue date du groupe. Nos relations se sont détériorées au fil du temps pour des raisons mêlant le personnel et le professionnel. Certaines des victimes font partie de nos amies les plus proches. Si nous étions au courant d’attitudes souvent insistantes et déplacées, le récit d’agressions relaté ces derniers mois nous a profondément choqués ».

Les membres du groupe Amoure.

Idem du côté du groupe alsacien de heavy blues, Dirty Deep, qui tentait aussi de partir depuis près d’un an, et qui a demandé « la résiliation immédiate » de son contrat dès la parution de l’enquête :

« Suite à la publication des articles, nous avons fait part au label de notre intention de soutenir publiquement les victimes des actes dénoncés. Nous nous désolidarisons totalement d’un label dont le dirigeant fait l’objet d’accusations aussi graves sans même daigner y répondre. »

Les trois musiciens de Dirty Deep.
Les trois membres du groupe Dirty Deep, qui avaient déjà demandé à quitter le label il y a près d’un an, ont demandé « la résiliation immédiate » de leur contrat la semaine dernière (cc Éric Antoine).

Parmi les groupes qui ont demandé à quitter le label plus récemment, en raison notamment de l’enquête, il y a les Américains de Crocodiles, les Belges de Pale Grey, les Sud-Coréens de DTSQ, ou encore le groupe de rock parisien Structures, signé chez DR en novembre 2019. Ces derniers avaient entamé une procédure dès le message de MusicToo publié cet été. Pierre Seguin, chanteur et guitariste du groupe confie :

« Nous ne voulons pas être associés à cela, on se bat quotidiennement pour défendre des valeurs qui sont à l’opposé, ça donne la nausée ! Ce qui a été très difficile à gérer, c’est le flou dans lequel on était. Personne ne nous disait rien, ça a été un poids psychologique et moral très lourd. On a demandé à DR de racheter notre album, pour pouvoir partir plus tôt que prévu. »

Pierre Seguin, du groupe de rock Structures.

Le groupe a également publié un message sur sa page Instagram pour se désolidariser publiquement du label, après l’enquête de Rue89 Strasbourg et Médiapart.

Communiqué du groupe de rock parisien Structures, publié sur leur page Instagram, le lendemain de la parution de l’enquête.

“Ça a tué ma motivation, je ne veux plus faire de la musique comme ça”

Pour certains artistes, comme Flo Chmod (en théorie sous contrat jusqu’en 2023), la publication de l’enquête a été le « coup de grâce » après des mois de relations devenues difficiles et inexistantes avec Julien Hohl, pour des raisons principalement professionnelles, explique le jeune artiste folk :

« Ça a tué ma motivation, je n’ai plus envie de faire de la musique comme ça, dans ce milieu-là. J’ai d’autres projets de toutes façons. »

Florian fait également partie de la vague des artistes qui ont contacté Julien Hohl au lendemain de l’enquête, pour demander de rompre son contrat.

L’artiste folk Flo Chmod, en théorie sous contrat jusqu’en 2023, a demandé la semaine dernière à quitter le label. « Je n’ai plus envie de faire de musique comme ça, ça m’a dégoûté. » (cc Bartosch Salmanski).

Pour d’autres musiciens – qui souhaitent rester anonymes jusqu’à la rupture officielle de leur contrat – c’est la réaction du public sur les réseaux sociaux qui a été difficile :

« Les gens croient qu’on est tous complices, que c’est le monde de la jetset, qu’on voyait tout, qu’on ne disait rien… En soirée, oui il draguait les filles, mais jamais je ne l’ai vu faire en public les choses dont on l’accuse ! »

Cet artiste, encore sous le choc, parle de « dégoût et de colère ». Il a lui aussi demandé à rompre son contrat et à ne plus apparaître sur le catalogue Deaf Rock. 

Même chose du côté d’un ancien musicien, signé pendant longtemps chez Deaf Rock dans un groupe historique, et encore sous le choc de l’enquête :

« On ne savait pas. Tout ce qu’on découvre est extrêmement choquant. Les gens nous associent à ça, ils associent le groupe à ça, mais nous on est pas des mauvais garçons ! C’est super dur et je suis très en colère que toutes nos années de travail soient maintenant entachées par cette histoire dégueulasse. »

Des artistes indépendants du label souhaitent retirer leurs titres des plateformes

L’affaire a également fait réagir d’autres artistes, plus éloignés du label. Kamisa Negra est la seule artiste féminine à avoir ainsi participé à une compilation rap sortie sur le label Iconic, division de Pégase, la maison mère de Deaf Rock. Dans un communiqué publié au lendemain de l’enquête, l’ex-finaliste de La Nouvelle Star en 2017, a fait savoir qu’elle demandait le « retrait immédiat » de son titre « Quitter », sorti en février 2020, de toutes les plateformes. La chanteuse strasbourgeoise, signée au sein de son propre label, Remade Music, s’est dite « indignée ».

Communiqué de presse de Kamisa Negra, au lendemain de notre enquête.

« Mon combat contre toute forme de violence, de harcèlement, et de discriminations faites aux femmes est au cœur de ma vie personnelle et artistique ». 

La chanteuse Kamisa Negra.

Les rappeurs Mismo et Adel, présents sur cette même compilation rap/hip hop, ont également demandé à ce que leurs titres soient retirés des plateformes. Néanmoins, les artistes ne souhaitent pas faire d’amalgames entre Iconic et l’affaire concernant Julien Hohl. « Les agissements d’un seul individu ne sauraient ternir le travail et la mentalité par ailleurs remarquable [de Iconic] », précise Kamisa Negra.

Plusieurs artistes qui ont participé à cette compilation du label Iconic, comme Mismo, Adel et Kamisa Negra, ont demandé à ce que leur morceau soit retiré des plateformes (cc Iconic).

25 artistes sur le catalogue Deaf Rock… en théorie

Si le catalogue d’artistes affiché sur le site de la Maison des labels Pégase est extrêmement fourni (25 artistes solos et groupes), la réalité semble bien différente. À commencer par les nombreux groupes référencés qui n’existent plus depuis des années (Colt Silvers, 1984, Plus Guest, Electric Suicide Club, Birdy Hunt, La Mort de Darius). D’autres, sont déjà partis il y a parfois un an, voire plus (The Blind Suns, Holy Two). Et d’autres encore, ne sont pas affiliés au label et n’ont plus de contact avec DR depuis au moins 3 ans, comme Yeahrs, dont les membres tiennent à préciser, par mail :

« Nous n’aurons plus aucune collaboration sous quelconque forme avec eux dans le futur. Nous entreprendrons les démarches nécessaires pour être supprimés de leur site dès que possible. »

Enfin, si l’on ajoute les groupes et artistes qui ont demandé à partir, il resterait, d’après nos calculs, 5 artistes encore « signés chez Deaf Rock » (dont 3 qui ne nous ont pas répondu comme les Allemands de Dr Norton – qui n’ont rien sorti chez DR depuis 2009, ou les Luxembourgeois Mutiny on the Bounty). 

Julien Hohl, écarté du réseau de musiques actuelles Grabuge

Du côté des structures culturelles aussi, les liens ont rapidement été coupés. La plateforme Artefact (espace de coworking, incubateur et pépinière) a par exemple indiqué qu’elle n’accueillait plus le label : « Deaf Rock était une structure résidente, avec ses bureaux dans nos locaux. Ils déménagent bientôt et nous ont rendu les clés, c’était de toute manière prévu de longue date », a déclaré Thierry Danet, directeur d’Artefact.

Thierry Danet fait surtout valoir la position du réseau Grabuge, réseau des musiques actuelles dans le Grand Est, lancé en mars 2020, et qui regroupe 70 structures, dont Artefact et Pégase.

Dès la publication de l’enquête, Grabuge a ainsi fait savoir, via un communiqué de presse, la mise à l’écart de Julien Hohl de tous les travaux et activités du réseau : « Nous avons pris une décision aussi rapide qu’immédiate », indique Patrick Legouix, référent de la Commission Prévention et référent en Champagne-Ardennes pour le réseau. Cet organisateur de festival explique que les langues ont commencé à se délier parmi les membres de Grabuge, dès les débuts du mouvement #MusicToo l’été dernier : « Des rumeurs bruissaient de plus en plus, venant de l’Est du réseau. »

Toujours aucune réponse officielle et des mails laconiques aux artistes

La réponse de Julien Hohl (que nous avons pu lire) aux mails des artistes la semaine dernière « ressemble à une réponse d’avocat », nous explique l’un d’entre eux, avec la même phrase ou presque, à la fin : « La situation dépeinte dans l’article ne reflète pas la réalité et nous ne nous reconnaissons pas là-dedans. » 

À propos des ruptures de contrat, Julien Hohl ou son associée, Lisa Annicchiarico, ont simplement répondu par mail, et parfois par téléphone : « Vous pouvez partir, aucun problème ». Réponse étrange, puisque les contrats d’artistes sont en principe extrêmement contraignants et difficiles à rompre. 

Un avocat contacté par plusieurs groupes, et qui souhaite rester anonyme, confirme : « Juridiquement, c’est loin d’être acceptable, encore moins lorsque les choses se font au téléphone. C’est très flou, on ne sait pas qui s’exprime au nom de Deaf Rock, c’est très embêtant. On ne sait même pas qui est habilité à nous répondre, puisque Julien Hohl est officiellement démissionnaire. » Le jeune patron a en effet « quitté ses fonctions » la semaine dernière, mais reste actionnaire et donc décisionnaire dans son label.

Contacté à nouveau la semaine dernière, Julien Hohl n’a pas souhaité répondre à nos questions.

À Athènes, le business des diplômes de l’Université de Strasbourg

À Athènes, le business des diplômes de l’Université de Strasbourg

Un institut privé athénien, créé en 2017, fournit des diplômes siglés de l’Université de Strasbourg, sans que les équipes pédagogiques n’aient accès aux étudiants. Et c’est légal.

C’est une conséquence de la loi sur l’autonomie des universités, celles-ci peuvent désormais gérer leur nom comme une marque. Et « Université de Strasbourg », l’une des plus importantes d’Europe, ça claque pas mal. C’est ce qu’ont compris une poignée d’instituts de formation, qui se sont fait une spécialité de proposer des diplômes Unistra. Pas besoin de venir étudier à Strasbourg, même pas besoin de parler français, au final c’est le même diplôme. Quant aux requis pédagogiques, ils sont laissés à la discrétion de ces instituts. Pratique.

La composante de l’Université de Strasbourg spécialiste de cette pratique est l’Itiri, l’Institut de traducteurs, d’interprètes et de relations internationales, une division de la faculté des langues. Quasi-autonome, l’Institut signe des conventions de délocalisation, au nom de l’Université de Strasbourg, avec de nombreux établissements d’enseignement supérieur un peu partout en Europe.

Rien d’illégal là-dedans. Qu’une grande et vieille université européenne vienne en aide à d’autres, peut-être moins prestigieuses, pour les aider à s’améliorer, est même plutôt positif. Mais là où ça coince, c’est quand les enseignants de Strasbourg commencent à poser des questions, pourtant légitimes puisqu’ils valident les formations proposées à l’étranger.

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Dans l’oreille d’un sourd

Dans l’oreille d’un sourd

Après le cinéma, la scène. #MusicToo révèle des centaines de témoignages sur des cas de harcèlements et d’agressions sexuelles. Plus d’une dizaine concernent le label strasbourgeois Deaf Rock, et son directeur Julien Hohl. Ce dernier a démissionné, mais ces années d’omerta interrogent une nouvelle fois sur les mœurs dans l’industrie culturelle.

Un rap en novlangue sur une dictature imaginaire : Sdorvia Desko prépare une tournée en camion

Un rap en novlangue sur une dictature imaginaire : Sdorvia Desko prépare une tournée en camion

Auteur d’un rap-électro-punk dans une novlangue dénonçant la dictature d’un pays imaginaire, le groupe Sdorvia Desko prépare son « Operap Tour », une tournée dans un poids lourd pour pouvoir être libre de jouer partout, tout le temps. Dernier épisode de la série de podcasts « Sortez-nous de l’Art ! »

Viny, a.k.a. Missila Vanila, ouvre une grande porte donnant sur une cour, quartier Neudorf. En ce vendredi pluvieux de décembre, elle porte une cagoule et nous invite à « entrrrer » dans une petite maisonnette, en roulant le « r ». C’est ici que se trouve le QG du groupe Sdorvia Desko, aussi mené par MC Lugon, Don Rubis et Moldavov, et toujours accompagné des artistes Yaklet et Zimmo. Ensemble, les musiciens dénoncent une dictature d’un pays imaginaire (la Sdorvie), dans un rap sur fond d’électro-punk.

De gauche à droite : MC Lugon, Yaklet, Don Rubis, Missila Vanila et Zimmo. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

En janvier 2020, Sdorvia Desko a sorti un nouvel EP, intitulé « RADIO KEPTA E.P. » Le groupe strasbourgeois espère pouvoir se produire sur scène pour la prochaine édition du festival Giboul’off. Il prépare aussi un spectacle intitulé « OPERAP TOUR ». Une boutique sera bientôt mise en ligne pour pouvoir acheter leur dernier vinyle, ainsi qu’un passeport et une carte de la Sdorvie pour « soutenir la Sdorvie Libre ».

Sixième manifestation pour le retrait de la loi de sécurité globale

Sixième manifestation pour le retrait de la loi de sécurité globale

C’est la sixième manifestation à Strasbourg depuis le 24 novembre, pour protester contre le projet de loi de sécurité globale. Une vingtaine d’associations appellent à se mobiliser ce samedi, à partir de 14h.

Seize associations dont les Gilets Jaunes Alsace, Extinction Rébellion ou la Ligue des droits de l’Homme ou encore plusieurs syndicats et organisations d’étudiants appellent à manifester samedi 19 décembre à partir de 14h contre le projet de loi de sécurité globale.

Le parcours a été légèrement réduit par la préfecture du Bas-Rhin, afin d’éviter la désormais traditionnelle poussée vers l’Hôtel de police en fin de manifestation. Le rendez-vous est toujours donné place de la République mais la dispersion sera prononcée place du Maréchal de Lattre de Tassigny (place de la Bourse).

L’appel à la raison du… Conseil de l’Europe

Le très controversé article 24 de la proposition de loi sécurité globale continue de faire polémique depuis plusieurs semaines partout en France. À tel point que le Conseil de l’Europe s’est également saisi du dossier et, fait rarissime, s’est adressé directement au Sénat, chargé d’examiner le texte en janvier.

Dans une lettre datée du 15 décembre, la commissaire aux droits de l’Homme Dunja Mijatovic écrit :

« Le texte de cet article tel qu’il est soumis à votre examen demeure, à mon sens, insatisfaisant du point de vue du respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. »

Un collectif dont le nombre d’associations grandit

Sur la page Facebook de l’évènement, on peut lire : « Cette proposition de loi menace gravement la liberté de la presse, et les libertés fondamentales comme le droit de manifester, le droit de filmer l’action des forces de l’ordre, le droit de ne pas être surveillé à distance par drones ou cameras piétons, le droit de ne pas être fiché, le droit de ne pas être soumis à l’action de sociétés de surveillance ou de polices municipales qui auraient davantage de prérogatives. »

La manifestation a été autorisée en dérogation à la limitation des rassemblements dans l’espace public.

Au conseil de l’Eurométropole, trois extensions de tram à choisir

Au conseil de l’Eurométropole, trois extensions de tram à choisir

Le conseil de l’Eurométropole de ce vendredi 18 décembre va lancer les extensions de tramway à l’ouest, vers le nord et vers les institutions européennes, au Wacken. Il sera aussi question de l’autoroute A35. À suivre en direct à partir de 9h.

Moins spectaculaire que les fins de conseil municipal de Strasbourg jusqu’à 1h ou 2 heures du matin, le conseil de l’Eurométropole a aussi battu un record de durée fin novembre. Il a débuté à 9 heures pour se conclure après 17 heures.

Cet allongement des débats témoigne de la montée en puissance des métropoles, au détriment des communes qui les composent. À Strasbourg, c’est aussi une conséquence de la fin de l’opacité de la commission permanente, décidée par la présidente Pia Imbs (sans étiquette). Sous le mandat précédent, des dizaines de délibérations y étaient à peine discutées en quelques minutes, sans public, caméra ou journalistes.

Trois options pour trois extensions lors du mandat

La séance du 18 décembre devrait aussi tirer en longueur puisque 96 points sont à l’ordre du jour. Le dossier le plus important, le premier, concerne les trois extensions du réseau de tramway prévues lors de ce mandat. Direction l’ouest, avec un prolongement de la ligne F à Koenigshoffen, le nord vers Schiltigheim voire au-delà, ainsi qu’une liaison directe entre la gare et les institutions européennes.

Pour chacune de ces trois lignes, trois variantes de tracés seront proposées plus tard. L’extension vers l’ouest est plus avancée avec le début de la « concertation réglementaire » du 18 janvier au 19 février 2021. Puis, suivra une enquête publique en 2022, et une mise en service espérée fin 2025 jusqu’à Wolfisheim.

Pour Schiltigheim aussi trois variantes existent, par l’Avenue du Général de Gaulle puis le quartier des Écrivains à l’ouest de la commune, la route de Bischwiller au centre, ou une sorte de mélange des deux. Les tracés détaillés rue par rue ne sont pas présentés, puisqu’ils sont encore soumis à des études techniques.

La maire écologiste Danielle Dambach, numéro 3 de l’Eurométropole a été élue puis réélue à Schiltigheim sur la promesse de la relance du projet de tramway sur l’Avenue du général de Gaulle. De quoi laisser penser qu’à l’Eurométropole le tracé choisi lors de la concertation « au printemps » est déjà connu. L’association Col’Schick s’étonne qu’un budget de 80 millions d’euros soit déjà présenté, ce qui éliminerait l’itinéraire qui débute route de Bischwiller, puis retrouverait l’Avenue du général de Gaulle en passant devant l’usine Heineken. Elle demande un référendum comme mode de sélection de la variante.

Un tram vers les institutions européennes

Enfin, une liaison directe de la Gare vers le quartier européen serait créée d’ici 2025, à la place du bus électrique H inauguré quelques jours avant que les sessions du Parlement européen ne désertent Strasbourg et peu utilisé. « Il a toujours été clair que cette ligne de bus est une préfiguration à un tram », indique Alain Jund (EELV), vice-président aux Mobilités. Même si le tracé ne sera pas forcément identique. Cette extension vise à « desserrer le nœud de l’homme de fer », saturé aux heures de pointes. « Une condition pour envisager toute amélioration du réseau », selon Alain Jund.

D’autres extensions de lignes de bus importantes sont prévues, comme celle du BHNS G (Bus à haut niveau de service) de la Gare vers la place de l’Étoile (2,8 kilomètres), promise lors du mandat précédent et sans cesse repoussée. Désormais prévue pour 2023, elle devrait aller jusqu’au quartier Danube. Enfin, la ligne 50 (11,5 kilomètres) serait aussi améliorée, à l’instar des L1, L2, L6, pour relier le Marais (Schiltigheim), à la Montagne-verte en passant par les quartiers des Écrivains, Cronenbourg, Hautepierre et son hôpital tout en contournant le centre-ville.

Tous les projets ne seront pas réalisés lors du mandat 2020-2026. Plusieurs variantes de tracés sont dessinées en rouge pour les extensions de tramway. Photo : document Eurométropole de Strasbourg

D’autres projets seront amorcés, mais plutôt pour une concrétisation d’ici 2030. Il faudra qu’une future majorité confirme ces choix en 2026. À l’est, il est question de prolonger le tram F vers le Port-du-Rhin et au sud, le tram C vers le Stockfeld. À cela s’ajouterait un BHNS « sud » qui relierait Neuhof-Meinau à Ostwald et Lingolsheim.

Transfert imminent mais chaotique pour l’A35

Autre dossier complexe, le transfert de la gestion de l’autoroute A35 de l’État vers l’Eurométropole, pour les 40 kilomètres qui la concerne (point 9), le 1er janvier 2021. Comme la droite au conseil départemental du Bas-Rhin (qui fusionnera en janvier avec le Haut-Rhin et récupérera cette compétence pour les autres kilomètres de l’A35), les écologistes et maires de l’Eurométropole estiment que l’État est trop économe dans ses transferts financiers. Les 33 communes aimeraient 6,2 millions d’euros, alors qu’à ce stade des négociations, on leur propose un peu plus de 4 millions d’euros.

Le gros enjeux sur l’A35 sera de réussir l’interdiction des camions en transit, qui ne font que traverser Strasbourg, pour qu’ils se déportent sur le Grand contournement ouest (GCO), payant. Mais à un an de la mise en service, « il n’y a pas de système de contrôle automatique », remarque Béatrice Bulou (DVG), vice-présidente en charge des voiries. Les contrôles humains, assurés par l’État, n’étant pas fréquents, la crainte d’une absence de solution efficace s’approche se précise. L’option de ressusciter les portiques jamais utilisés de l’écotaxe ne semble plus d’actualité.

« Nous avons une obligation de moyens, mais pas une obligation de résultats », pointe Béatrice Bulou. Il reste donc un an pour trouver au moins un moyen d’obtenir des résultats.