Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Frédéric Pfliegersdoerffer, maire de Marckolsheim : « Europa Vallée interroge l’identité d’un territoire et de ses habitants »

Frédéric Pfliegersdoerffer, maire de Marckolsheim : « Europa Vallée interroge l’identité d’un territoire et de ses habitants »

Suite au lancement d’une étude d’impact sur Europa Vallée (un projet de centre hôtelier, de formation et de loisirs porté par Europapark), le maire et président de la communauté de communes de Marckolsheim, Frédéric Pfliegersdoerffer, revient sur ses ambitions et exigences pour le centre-Alsace.

Europa Vallée, un projet aux contours flous. Aux alentours des communes de Diebolsheim et Sundhouse (Bas-Rhin), le PDG d’Europa Park souhaite étendre son parc d’attractions. Complexe hôtelier, structure d’apprentissage de l’allemand et parc de loisirs pourraient ainsi être construits dans cette zone rurale, entre parcelles agricoles et zones naturelles protégées. Mais l’emprise précise de cet ensemble reste inconnue à ce jour.

Téléphérique gelé mais pas le reste…

Autre source de flou : le calendrier du projet. Pour rappel, en novembre 2018, le président de la République Emmanuel Macron en visite en Alsace s’était précipité de communiquer son enthousiasme autour du projet de téléphérique qui relierait Rhinau à Europa Park à travers la réserve naturelle du Taubergiessen. De quoi susciter la fronde des écologistes, allemands comme français, surpris par cette annonce sans communication préalable. Pour calmer la contestation naissante, l’entreprise allemande avait annoncé un moratoire de 5 ans sur le projet de téléphérique… sans s’exprimer sur celui d’Europa Vallée.

En octobre 2020, les Dernières Nouvelles d’Alsace ont révélé qu’une étude d’impact du projet Europa Vallée sera coordonnée par l’Agence de développement d’Alsace (Adira). Suite à cette nouvelle annonce, le maire et président de la communauté de communes de Marckolsheim, Frédéric Pfliegersdoerffer (sans étiquette), a accepté de nous répondre.

Rue89 Strasbourg : Quand avez-vous entendu parler du projet Europa Vallée pour la première fois ? 

Frédéric Pfliegersdoerffer : C’était quelques jours avant l’arrivée du président de la République en Alsace, en novembre 2018. J’ai cru saisir que ce dossier faisait l’objet d’un travail en amont de la part de la Région et du Département, à la faveur de la venue du président. Il y a donc eu toute une série de réunions au niveau de la Région et du Département. L’ancien président de la communauté de communes du canton d’Erstein, Jean-Marc Willer, et moi-même en avons été informés, de même que les maires de Sundhouse et Diebolsheim.

Frédéric Pfliegersdoerffer, maire et président de la communauté de communes de Marckolsheim. Photo : Document remis

Que connaissez-vous d’Europa Vallée à ce jour ?

Ce que j’en sais, c’est grosso modo la localisation. Europa Vallée se situerait sur les bans communaux de Sundhouse et Diebolsheim. Sur un tiers de ceux de Sundhouse et deux tiers de Diebolsheim. On lance donc une étude globale sur la base d’un certain nombre de choses identifiées : un usage agro-ludique, la promotion de produits traditionnels, un nouveau parc de loisirs et des hébergements “nature ».

Le projet d’Europa Park concernerait principalement le ban communal de Diebolsheim. Photos : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« Un saut qualitatif » pour la nature

Le côté « nature » fait partie des questionnements que je porte. Ca ne peut pas être simplement du greenwashing. Il doit y avoir un vrai saut qualitatif. Il y a l’éventualité de création de structures pouvant accueillir des événements à caractère culturel et un centre d’apprentissage de la langue allemande, qui reste un des gros enjeux de la coopération transfrontalière.

Europa Vallée et le projet de téléphérique sont-ils dépendants ? 

Si je m’en réfère aux échanges qu’on a pu avoir avec Michael Mack (directeur exécutif d’Europa Park, ndlr) lors de deux réunions, les deux choses pouvaient être disjointes.

« Pas d’opposition de principe »

Cela a pu changer depuis, mais je reste sur la base d’une réunion à Benfeld qui a eu lieu il y a quelques mois, sous l’égide de l’Adira, avec les représentants de la Préfecture, et les élus des territoires concernés. Monsieur Mack a pu indiquer ses intentions et entendre la première réaction des élus locaux.

Comment ont réagi les élus locaux ?

Il n’y a pas d’opposition de principe. Cela paraît évident. Il y a un fort investissement, presque affectif, de Monsieur Mack sur ce projet. Il reste que la localisation et la nature du projet posent beaucoup questions. Il y a la localisation à proximité d’espaces naturels sensibles. Et le fait qu’à ce jour, l’ensemble du réseau routier n’est pas forcément en capacité de supporter le flux généré par Europa Vallée.

« Europa Vallée changera le territoire et sa perception »

Ce n’est pas un projet anodin, s’il est mis en œuvre, il changera durablement le territoire et la perception qu’en ont les gens. Ce qui interroge aussi l’identité des habitants. Sans dire qu’il faut donner du temps au temps, il faut laisser mûrir le projet, qui ferait aussi du territoire une périphérie du parc. Les citoyens doivent pouvoir connaître ces choses.

Les agriculteurs concernés par le projet sont-ils déjà au courant ? 

Des contacts ont été pris. L’ancien maire de Sundhouse, lui-même ancien agriculteur, a appelé à la vigilance sur la consommation des terres. Il y a aussi un travail initié avec la chambre d’agriculture et la Société d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural (Safer). Cette dernière a la possibilité de préempter des terrains pour les compensations.

« Un contexte de foncier plus rare et de changement climatique »

Quel est l’état du projet actuellement ? 

Nous ne sommes pas à la phase d’étude. C’est l’esquisse de projet. L’étude doit permettre d’établir si cette volonté de Monsieur Mack peut s’inscrire dans un projet de développement de l’Alsace centrale et plus globalement entre Strasbourg et Mulhouse. Ce très gros projet peut mettre en synergie d’autres structures touristiques du Bade-Wurtemberg ou d’Alsace Centrale.

Les associations environnementales tenues à l’écart

La question est multifacettes. Il y a la problématique des hébergements. Même si certains sont faits sur place, il faudra peut-être construire d’autres structures. Il y a aussi l’ensemble des règles d’urbanisme dans un contexte de foncier plus rare et de changement climatique, avec un objectif de neutralité carbone et de préservation de la biodiversité. Ce sont des contraintes qu’il va falloir intégrer dans le projet. On en est à cette phase-là. Si la volonté est là, on peut faire quelque chose d’exemplaire, une référence.

Comment s’assurer de l’exemplarité du projet sans consulter les associations environnementales par exemple ?

L’approche avec les associations n’est pas portée par les communes et communautés de communes. Mais nos communes ont totalement intégré que ces questions environnementales vont être décisives dans l’aval donné au projet. J’ai fait remarquer à l’ensemble de mes interlocuteurs que la bande rhénane a été par le passé un lieu de mobilisations pour la sauvegarde des espèces et de forêts relictuelles (milieu d’habitat protégé de taille restreinte dans lequel les espèces animales se développent dans une moindre concurrence vitale, ndlr). Ces grosses mobilisations ont eu lieu tant du côté allemand que français.

« Améliorer le franchissement du Rhin »

Europa Park est à l’étroit dans l’enveloppe foncière qui est la sienne parce qu’il est voisin de réserves naturelles classées. Mais si l’on doit renforcer le réseau routier, on devra forcément s’interroger sur l’impact pour les espaces naturels. C’est aussi l’opportunité de réfléchir sur l’amélioration du franchissement du Rhin, qui n’est pas optimal.

Y a-t-il une clause de confidentialité autour d’Europa Vallée ?

Il n’y a pas de clause de confidentialité. Nous sommes dans la réalisation d’une étude sur le développement économique et touristique. Cette étude prendra environ un an avec une analyse des enjeux économiques, éducatifs, agricoles et environnementaux, une analyse de la mobilité.

« Il y aura multiples débats et présentations »

Dans une deuxième phase, il y aura une élaboration d’une stratégie de territoire, afin d’arrêter l’ambition du projet, voir si le périmètre choisi est le plus pertinent pour une synergie d’Europa Vallée avec d’autres projets d’aménagements.

À quelle échéance les citoyens alsaciens pourront-ils en savoir plus sur ce projet ? 

En tant qu’élu, je vais participer au quotidien au groupe de pilotage de l’étude. Au-delà des affirmations théoriques, j’aurai la faculté de demander un focus particulier sur l’une ou l’autre dimension. Par principe, je rendrai compte de l’état d’avancement du projet auprès des citoyens. Il y aura ensuite de multiples présentations et débats autour d’Europa Vallée.

Des hooligans néonazis provoquent une bagarre en pleine manifestation

Des hooligans néonazis provoquent une bagarre en pleine manifestation

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Politique de saloon

Politique de saloon

Avec son mot-dièse #NousNeSommesPasAuFarWest, l’adjointe à la maire chargée de la sécurité, Nadia Zourgui, a (de nouveau) fait l’objet d’un feu croisé. Sa prise de position contre la loi de sécurité globale et le ton employé lui ont valu des critiques des Républicains, de LREM, mais aussi des Socialistes.

Plus de 3 000 personnes contre la loi de Sécurité globale à Strasbourg

Plus de 3 000 personnes contre la loi de Sécurité globale à Strasbourg

Plus de 3 000 personnes ont manifesté dans le calme samedi 28 novembre à Strasbourg, contre la loi de Sécurité globale. Plusieurs Gilets jaunes étaient présents, ainsi que des syndicalistes et une forte proportion de jeunes. En fin de manifestation, les gendarmes mobiles ont dispersé une partie du cortège s’approchant de l’Hôtel de police.

La vidéo du tabassage à Paris d’une producteur de musique par des policiers parce qu’il ne portait pas son masque était dans tous les esprits des participants à la manifestation contre la loi de Sécurité globale, samedi 28 novembre à Strasbourg.

Ce projet de loi, voté mardi en première lecture par l’Assemblée nationale prévoit de donner plus de pouvoirs aux forces de l’ordre et aux policiers municipaux tout en restreignant le droit de les filmer. Dans ces conditions, l’appel formulé par le QG République des Gilets jaunes a trouvé un écho bien au-delà du mouvement revendicatif : plus de 3 000 personnes se sont rassemblées pour protester contre les dispositions de cette loi, dont une forte proportion de jeunes.

Parti de la place de la République, le cortège s’est rendu place de l’Étoile en passant par les quais vers 13h30, après quelques prises de parole de syndicalistes, de Gilets jaunes et d’étudiants. Parmi les slogans, l’incontournable « Tout le monde déteste la police » et « Siamo tutti antifascisti » (nous sommes tous antifascistes).

Laure explique la mobilisation par un sentiment de « ras le bol général » Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Parmi les manifestants, Laure porte une pancarte « mais qui observe la police » :

« C’est une allusion à 1984 de Georges Orwell, on est de plus en plus contrôles, on se rapproche de cette société horrible… Si la police se met à rouer de coups les gens, et qu’on ne peut plus les filmer ce qui empêche les preuves… Qui va pouvoir les punir pour ces crimes ? »

Raphaël a ressorti une pancarte qu’il avait concocté pour la manifestation #BlackLivesMatter Photo : PF / Rue89 Strasbourg/ cc

Raphaël, également une petite trentaine d’années, enseignant, a ressorti une pancarte qu’il avait faite pour le mouvement #BlackLivesMatter :

« Il y a vraiment un tabou sur le racisme dans la police, on se dit qu’en France, tout est propre parce qu’on a une république universaliste… Mais non, il faut qu’on en parle ! Et puis on voit le pouvoir qui profite de la stupeur générale liée au coronavirus pour passer des lois sécuritaires, alors qu’on sait très bien que la police en France est violente. »

Artiste – auteur, Robin, 34 ans, manifeste en rollers avec une pancarte « Non au flicage global » :

« J’ai fait pas mal de manifs contre la Loi Travail et je manifeste souvent mais là, je suis dehors parce qu’il y a la crise sanitaire, des gens meurent dans les hôpitaux et que c’est le moment que choisit le Gouvernement pour doter les forces de l’ordre de drones ! Donc voilà, ça me met en colère tout ça. »

Arrivé vers 16h place de l’Étoile, le cortège a ensuite continué directement vers l’Hôtel de Police, en passant par les jardins du centre administratif, à la grande surprise du dispositif policier, resté relativement discret jusque là. Après une petite course avec les manifestants, des policiers et des gendarmes mobiles se sont déployés devant l’Hôtel de police et ont fait usage de grenades lacrymogènes et d’une grenade de désencerclement pour empêcher les manifestants d’avancer.

Vidéo de la dispersion, filmée en direct

Le face à face à duré une petite heure puis les manifestants ont été ramenés vers la place de l’Étoile, avant une dispersion officielle du cortège.

Les retrouvailles chorégraphiques et déconfinées de deux danseuses

Les retrouvailles chorégraphiques et déconfinées de deux danseuses

Du hip hop et du break à la danse classique, et vice-versa : Hyacinthe Gau Lopez et Émeline Clerc poursuivent une résidence chorégraphique et espèrent vite retrouver le public et leurs élèves. 

C’est sur la grande scène du Point d’eau à Ostwald que les deux danseuses se retrouvent enfin. Survêtement gris, baskets et cheveux ramenés en chignon pour Hyacinthe Gau Lopez. T-shirt bordeaux, pantalon noir et pointes qui crissent sur le parquet pour Émeline Clerc. Les deux femmes entament le troisième volet d’une résidence artistique. Les projecteurs sont allumés, mais les gradins sont vides, l’atmosphère est feutrée. Elles ont la scène rien que pour elles : ensemble, elles suivent le tempo doucement balancé qui s’échappe d’une enceinte posée au sol. 

Émeline Clerc et Hyacinthe Gau Lopez ont chacune apprivoisé mouvements et techniques dans la discipline de l’autre (photo SW/ Rue89 Strasbourg/cc).

L’idée de cette chorégraphie commune est née dans une école de danse où elles enseignaient toutes les deux, raconte Émeline, 28 ans. 

« À la fin de l’année on a senti que nos élèves avaient envie de voir leurs professeurs sur scène. Pour leur faire plaisir, et pour nous faire plaisir aussi, on a décidé de faire un petite chorégraphie. Un duo hip hop classique. On a aimé le peu de temps qu’on a passé ensemble à créer cette pièce-là et sur scène, ça a été aussi une révélation. Il s’est passé quelque chose et on a eu envie d’approfondir. » 

Le teaser de la pièce en préparation de Hyacinthe et Emeline (vidéo Pix & Motion Lab)

Grâce et performance

Pour la durée de la résidence, Émeline a rejoint la compagnie Corps et Graph’ créée par Hyacinthe il y a 3 ans. Chacune a découvert et apprivoisé la discipline de l’autre. La chorégraphe et danseuse hip hop de 35 ans, apprécie ce qu’elle a découvert de la danse classique : 

« C’est très gracieux. C’est une danse qui permet d’aller très loin dans ses mouvements, on a l’impression que notre corps dessine des lignes et c’est comme si le dessin était parfait. C’est moins saccadé, les lignes sont fluides. La difficulté ? C’est vraiment la souplesse, la force dans les jambes, on n’imagine pas mais la force est énorme dans les jambes. » 

Émeline, a aussi changé sa vision de la danse hip hop : 

« D’abord j’ai découvert que ce n’était pas une danse mais plusieurs et j’ai appris deux disciplines : debout et le breakdance au sol. Donc double challenge ! J’ai dû faire un gros travail de musculation : le dos, les bras, ça a été dur. La chose que j’ai vraiment aimé, c’est la performance, c’est vraiment un show, il n’y a pas le même regard que sur la danse classique et ça me plaît. » 

Les deux danseuses se sont rencontrées dans une école de de danse où elles enseignaient (photo SW/ Rue89 Strasbourg/cc).

Si les deux danseuses sont soulagées d’avoir repris les entraînements et la création, leurs activités de cours et ateliers (établissements scolaires, studios, centres socio-culturels) sont totalement arrêtées ou presque. La situation financière est difficile même si certaines structures maintiennent les activités en visioconférence  : « on garde le lien avec nos élèves, mais on perd beaucoup, regrette Hyacinthe. Sur 15 élèves on va en retrouver 5 parce que les autres n’ont pas la place à la maison ou n’ont pas pu se connecter. »

Sentiment d’injustice

Les deux artistes ressentent une réelle injustice avec ce nouveau confinement, la culture « non essentielle » est durement frappée selon Émeline et beaucoup en souffrent :

« En septembre j’ai retrouvé mes élèves présents et sur-motivés, ils ont besoin de la culture pour grandir. On fait avec pour sauver les meubles et garder le moral des troupes. J’envoie des vidéos, mais je vois bien que c’est eux aussi qui font vivre mes cours de danse et sans eux, je perds mon dynamisme de professeur. »

Hyacinthe craint aussi les conséquences plus sévères pour les athlètes d’un certain niveau :

« Beaucoup se sont blessés à la reprise car ils n’avaient pas eu de suivi pendant quatre mois de confinement, parce qu’ils ont perdu la musculature, pas fait suffisamment d’étirements etc. Ceux qui sont dans des sections spécifiques peuvent continuer mais beaucoup sont arrêtés et le corps est mis à rude épreuve. »

Émeline a intégré la compagnie Corps & Graph’ créée par Hyacinthe. La compagnie est en résidence au théâtre du Point d’Eau à Ostwald (photo SW/ Rue89 Strasbourg/cc).

En vertu des dernières annonces, la réouverture des salles de danse et studios n’est prévue que le 20 janvier 2021. En attendant, les deux danseuses poursuivent leur création au long cours, leur plongée dans l’univers de l’autre, avec en tête l’espoir de pouvoir faire découvrir cette création à un public à nouveau autorisé en salle : « C’est pour ça aussi que ça s’appelle spectacle vivant, on vit avec le public, et on vit à chaque représentation », sourit Hyacinthe. 

Politique locale : la tentation du pourrissement

Politique locale : la tentation du pourrissement

Le durcissement de ton du débat politique strasbourgeois permet d’esquiver les discussions de fond. Une situation pas si inconfortable pour la majorité, comme pour son opposition.

La dernière quinzaine de novembre est la manifestation la plus aiguë des tensions et de l’affaiblissement du débat démocratique local à Strasbourg. La communication sur Facebook, où une partie grandissante du débat local se déroule, ne favorise pas les échanges apaisés. Dans chaque camp, ces publications interposées permettent d’imposer sa lecture de l’actualité, sans contradiction, auprès de sa « bulle » de contacts.

Sur fond de polémique sur l’armement des policiers, un sujet sérieux, les écologistes et leurs oppositions LR et LREM ont montré comment une discussion peut vite devenir impossible. Et c’est peut-être le but. À court terme, les deux camps ont besoin de raffermir leurs soutiens et donc être tentés de persévérer.

Recherche soutiens après abstention record

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Fabienne Baas : « On rêve de retirer l’Unité de Valorisation énergétique, mais on en a besoin »

Fabienne Baas : « On rêve de retirer l’Unité de Valorisation énergétique, mais on en a besoin »

Vice-présidente en charge de la gestion des déchets pour l’Eurométropole de Strasbourg, Fabienne Baas se dit satisfaite du fonctionnement de l’Unité de Valorisation Énergétique depuis son redémarrage. La maire d’Ostwald décrit plutôt des leviers d’action en amont, entre collecte des biodéchets et tarification incitative.

Stockage exceptionnel de déchets à l’extérieur, incendie sur la plateforme en question, crise sociale sur fond d’exposition à des cendres hautement toxiques… L’incinérateur Sénerval a connu de nombreuses difficultés depuis son redémarrage en septembre 2019. Mais pour la vice-présidente en charge des déchets à l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) et maire d’Ostwald, l’Unité de Valorisation Énergétique (UVE) fonctionne correctement aujourd’hui. Selon Fabienne Baas, la véritable problématique des déchets se trouvent en amont. D’où les politiques de collecte des biodéchets et la tarification incitative sur les ordures ménagères voulues par l’EMS.

Fabienne Baas, vice-présidente en charge des déchets à l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) et maire d’Ostwald. Photo : Document remis

Rue89 Strasbourg : Quel est le montant et la durée de la Délégation de Service Public (DSP) auprès du groupe Séché concernant l’incinérateur de l’Eurométropole ? 

La délégation de service public a commencé en 2010, et court jusqu’en 2030. Je n’ai pas de chiffre global mais depuis la reprise de l’installation, le coût de la redevance payée par l’Eurométropole de Strasbourg à Sénerval par tonne de déchets livrés est de l’ordre de 70 euros hors-taxe par tonne (le montant exact de la Rpp est encore en cours de consolidation). À cela s’ajoute la TVA de 10%.

Combien de tonnes d’ordures ménagères l’incinérateur doit-il brûler chaque semaine pour traiter toutes les ordures ménagères de l’Eurométropole ? 

L’arrêté préfectoral concernant l’UVE autorise le traitement de 270 000 tonnes par an. Mais ce seuil n’est pas atteint. Au niveau du tonnage d’ordures produits par l’Eurométropole de Strasbourg, on est plutôt à 155 000 tonnes par an, soit 3 000 tonnes par semaine. Le tonnage incinéré actuellement est de 208 000 tonnes par an, car l’installation traite aussi les déchets des collectivités voisines, comme le Select’om de Molsheim ou le Smictom d’Alsace Centrale.

Comment décririez-vous le redémarrage de l’usine ? Son fonctionnement vous semble-t-il satisfaisant un an après travaux ? 

Pour l’instant, les informations que j’ai sont très positives. Ça a été un chantier colossal et l’usine fonctionne plutôt bien depuis un an. À ce jour 180 000 tonnes de déchets ont été incinérés depuis le début de l’année. Tout le monde a l’air satisfait.

Selon plusieurs témoignages de salariés, des cendres CMR (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques) se retrouvent régulièrement dans l’usine. Dans un fonctionnement normal de l’installation, ces dernières devraient rester en circuit fermé. Cette problématique vous a-t-elle été remontée ?

Ça c’est vraiment une problématique dont le délégataire Sénerval est chargé. La récupération des cendres est contrôlée par les services de l’État. L’exploitant a mis en place des équipements et des procédures qui permettent d’améliorer la protection des salariés. Sénerval réfléchit à l’installation d’un système de captage des poussières pour limiter le plus possible la dispersion. Nous avons à cœur la qualité du travail et la santé des salariés.

La municipalité compte-t-elle adopter une nouvelle politique à l’égard de l’incinérateur ?

Je ne vous cache pas que pour l’instant, il y a malheureusement beaucoup de déchets à traiter, même s’il y a une politique de réduction de déchets tout au long du mandat.

Donc nous allons, de notre côté, réduire notre bac d’ordures ménagères de 50%, au plus tard en 2030, en développant le recyclage et l’économie circulaire. Ainsi, avant le 1er janvier 2024, les habitants pourront trier leurs biodéchets et plus d’emballages en plastique. Nous allons aussi déployer un territoire pilote pour la tarification incitative.

Concernant l’UVE, pour moi c’est un vrai sujet. On rêve de pouvoir s’en passer, mais si on n’avait pas cette UVE à proximité, il faudrait faire des millions de kilomètres pour traiter nos déchets. Je vous rappelle que lorsque l’usine était à l’arrêt, il a fallu transporter les déchets sur 17 sites de traitement en France.

L’objectif final est de réduire au maximum la part de l’incinération en sortant les biodéchets de la poubelle bleue et tout ce qui peut être recyclé ou bien sûr réutilisé.

Ouvriers exposés aux cendres toxiques : la direction de l’incinérateur joue avec le feu

Ouvriers exposés aux cendres toxiques : la direction de l’incinérateur joue avec le feu

Malgré les alertes, les ouvriers de l’incinérateur strasbourgeois sont régulièrement exposés à des cendres cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques. La direction refuse de réaliser les travaux nécessaires.

« Un an après le redémarrage, l’usine ne fonctionne toujours pas correctement. » Germain (le prénom a été modifié) travaille à l’incinérateur Sénerval. L’installation, propriété de l’Eurométropole de Strasbourg, est exploité par le groupe Séché grâce à une Délégation de Service Public (DSP) jusqu’en 2030. Malgré les 40 millions d’euros investis dans la réparation de l’installation entre septembre 2016 et juin 2019, l’ouvrier quadragénaire constate que l’usine de valorisation énergétique (UVE) de Strasbourg continue de mettre ses salariés en danger :

« Tous les 10 jours, il faut arrêter un four encrassé pour nettoyer les cendres cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) qui ne s’évacuent pas. Mais en attendant les arrêts pour maintenance, les collègues respirent tout… »

Tas de Réfiom observé dans l’usine mi-novembre. Dans un incinérateur fonctionnant normalement, ces cendres toxiques doivent rester dans des canalisations et des silos hermétiques. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

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Violences conjugales : « J’ai compris qu’il valait mieux parler, sinon j’explosais »

Violences conjugales : « J’ai compris qu’il valait mieux parler, sinon j’explosais »

C’était l’une des mesures phares du Grenelle des violences conjugales qui s’est tenu en novembre 2019 : créer des centres de suivi et de prise en charge des auteurs. Strasbourg fait partie des 16 villes retenues, avec notamment l’association Arsea, qui propose déjà depuis 2015 un accueil de ce public.

Il a des mains de la taille d’une brique, des épaules larges et épaisses. « Un homme de ma carrure et une femme comme elle… J’aurais pu lui déboîter la mâchoire. » Ce jour là, « il y a un an environ », Jean (tous les prénoms des auteurs ont été modifiés) se rappelle avoir suspendu son poing en l’air, pour en dévier la trajectoire et venir frapper l’arrière du crâne de sa femme. « Pas le visage. Je me suis juste dit pas le visage. » Sa compagne hurle, « elle s’est mise à saigner du nez, la force du choc j’imagine. » Le quadragénaire lâche sa victime, qui appelle aussitôt les gendarmes. Il quitte le domicile avec les forces de l’ordre, calme et sans protester, sous les yeux de ses deux enfants.

Un stage pour répondre à « l’obligation de soin »

Si aujourd’hui Jean parle, c’est parce qu’il a réussi à mettre des mots sur ses actes. Et qu’il reconnaît « avoir commis l’impardonnable ». Une évolution du discours, qui a pu se faire grâce au long travail de mise en confiance réalisé par l’équipe de l’Arsea (Association régionale spécialisée d’action sociale d’éducation et d’animation). Depuis 2015, cette importante association d’aide sociale accompagne les auteurs de violences conjugales, par le biais d’entretiens individuels psychologiques.

Début 2020, l’Arsea met en place des stages dits « de responsabilisation », en partenariat avec les tribunaux de Strasbourg et de Saverne. Ces stages répondent aux obligations de soins, prononcées lors de condamnations pour des faits de violences conjugales.

Jean, 49 ans, a frappé sa femme à la tête lors d’une dispute au domicile conjugal il y a un an. Il a été condamné à suivre un stage de « responsabilisation » au sein de l’Arsea, à Strasbourg. Depuis, il dit « avoir compris beaucoup de choses » et il a demandé le divorce. Photo : MdC / Rue89 Strasbourg / cc

« Lorsque j’ai vu le procureur qui m’a parlé de mon cas, il m’a dit : c’est soit un jugement au tribunal, avec la possibilité que ce soit 3 ans de prison ferme et 30 000€ d’amende, soit un stage de responsabilisation à 240€ ». Le regard bleu perçant de Jean se fait un brin ironique derrière le masque : « Il n’y avait pas besoin de réfléchir 2 ans. » Et puis le père de famille l’avoue sans honte, « je pensais que ça ne servirait à rien, que c’était une connerie, comme les stages pour récupérer les points de permis. »

Alors, il y va, deux heures par semaine, pendant 6 semaines. Ce salarié du bâtiment se prête au jeu du stage. Entretien psychologique individuel d’abord. Puis, le fameux groupe de parole, où il rencontre 11 auteurs de violences conjugales, comme lui. « Au début on se regarde tous et on se demande comment les uns et les autres se sont retrouvés là. Il y a de la gêne. Et puis, avec les questions – pardon – mais les questions à 10 balles de la psychologue, tout à coup, on se livre, on raconte toute sa vie, et là on comprend. »

Avant et après le stage, Isabel Zapata, psychologue de l’Arsea, reçoit en entretien individuel les auteurs de violences conjugales, des hommes dans la grande majorité des cas. Photo : MdC / Rue89 Strasbourg / cc

17 ans de violences, « mais je ne savais pas que c’étaient des violences »

Comprendre déjà, qu’ils ne sont pas seuls. « Et y en a de tous les milieux hein ! », précise Gilbert, un autre homme suivi par l’Arsea depuis septembre. Avocat, ancien gendarme, pâtissier, retraité, étudiant… « Toutes classes sociales, de tous les milieux culturels et de tous les âges aussi », précise Isabel Zapata, psychologue de la structure. Leur point commun ? « Ils ont tous beaucoup de mal à reconnaître les faits. Pour eux, ils ne sont pas coupables mais plutôt victimes. »

Dans les mots de Jean ou de Gilbert : « elle m’a cherché », « elle m’a poussé », « elle savait que j’allais péter un plomb », « elle a essayé de me taper avec un manche à balais… » Il y a aussi une minimisation des faits. Jean raconte ainsi qu’il avait déjà eu, à plusieurs reprises, « des gestes », mais « pas grand chose », précise-t-il. « C’était juste des plaquages contre le mur, ou bien je la serrais dans mes bras pour lui bloquer les mains, mais c’était pour la calmer », explique-t-il.

Puis l’homme de 49 ans raconte comment, depuis le début de son histoire amoureuse, la violence est entrée, insidieusement, comme une tierce personne dans le couple. « On ne se rend pas compte. On se dit, dans les couples, il y a toujours des prises de tête, cette fois-ci on en est venus aux mains, mais c’est normal. En fait ce n’était pas normal et c’étaient des violences. » Ses yeux s’embuent de quelques larmes discrètes lorsque Jean se met à parler de ses enfants. Pour eux aussi, « il peut y avoir des conséquences plus tard, de ces violences. C’est ce que j’ai appris avec le stage ».

« S’occuper des auteurs, c’est aussi protéger les victimes »

Une association pour les auteurs et non pour les victimes de violences, le concept peut surprendre. Claire Rossini, responsable du projet, détaille :

« Pour les victimes, le réseau bas-rhinois est très dense. Il y a énormément d’associations de soutien, d’hébergement, d’aide juridique et c’est bien normal. Mais pour les auteurs, il n’y avait personne. C’est ce qui a motivé l’Arsea. On ne peut pas laisser des auteurs de violence sans rien. Quand il y a passage à l’acte, il faut comprendre d’où ça vient, essayer de “soigner”. S’occuper des auteurs, c’est aussi protéger les victimes ».

Claire Rossini, chef du service d’accompagnement socio-judiciaire de l’Arsea.

Le stage permet aux auteurs de prendre conscience de leur violence et de mettre en place des stratégies d’évitement, de réfléchir à des questions plus intimes sur l’origine de cette violence… « C’est un travail que l’auteur lui-même doit faire, rappelle Claire Rossini. La victime doit se protéger mais il faut prendre le problème à la base. »

Addictions, enfants, ce que disent le droit et la loi sur la violence : tous les thèmes sont abordés

Lors des 6 séances de deux heures, différentes associations prennent la parole devant les stagiaires. Il y a par exemple l’association ALT sur les addictions (souvent mises en cause dans les problèmes de violences conjugales), l’association Viaduq sur les conséquences pour les victimes, femmes et enfants, ou encore le CIDFF (Centre d’information sur les droits des femmes et des familles) qui anime un atelier sur l’égalité homme – femme.

Gilbert, 33 ans, a été condamné après avoir plaqué sa femme au sol, et tenté de la frapper. Il affirme que ce stage lui a ouvert les yeux, au lieu d’une amende ou d’une peine de prison, « qui ne font rien et surtout pas réfléchir ». Photo : MdC / Rue89 Strasbourg / cc

Pour Gilbert, ces ateliers sur la définition de la violence lui ont fait prendre conscience de l’importance des mots. Le jeune homme de 33 ans qui travaille dans la restauration raconte cette après-midi du 25 décembre 2019, où il a « pété les plombs ». Une énième dispute éclate avec sa compagne, « à propos de problèmes d’ordre sexuel dans notre couple, vu qu’elle venait d’accoucher, et moi je ne voulais pas comprendre. On a commencé à s’insulter, c’est monté, c’est monté, et je l’ai plaquée au sol, avec vraiment l’envie de la frapper. Je me suis retenu et j’ai finalement mis mon poing dans la commode juste à côté, que j’ai explosée. »

Le trentenaire n’est pas fier et reconnaît le climat malsain qui régnait dans son couple depuis plusieurs années. « Des violences verbales qui sont devenues physiques ». Grâce au stage, il a compris une chose : « il faut énormément dialoguer. Moi j’encaisse, j’encaisse et au bout d’un moment, la cocotte minute, elle explose. Donc il faut dire les choses. Quand on a la pression du boulot, la pression à la maison, ça explose. »

Une action débutée en 2015, soutenue par le Grenelle depuis 2020

De 2015 à 2020, 400 personnes ont été suivies par l’Arsea, en entretiens psychologiques individuels. Depuis 2020 et la mise en place des stages, ce sont 84 auteurs de violences (dont 5 femmes) qui ont été accompagnés. « À long terme, nous visons de suivre 250 personnes par an », explique Claire Rossini. Car depuis le Grenelle des violences conjugales, l’action pionnière de l’Arsea est davantage reconnue. Et surtout, davantage financée.

Isabel Zapata, psychologue, Claire Rossini, la responsable du projet, et Ludivine Budria, élève avocate, ont accompagné cette année 84 auteurs de violences au sein de l’Arsea. Photo : MdC / Rue89 Strasbourg / cc

« Notre projet fait partie des 16 sélectionnés. Nous avons reçu une subvention de 150 000€ ce qui a doublé notre budget de fonctionnement », s’enthousiasme Claire Rossini. Conséquence : deux embauches supplémentaires dans l’équipe (un travailleur social et un contrôleur judiciaire), et le travail de la psychologue a été transformé en un temps plein.

Autre changement prévu dans les mois à venir : un déménagement du centre. « Nous sommes voués à nous agrandir et à accueillir de plus en plus d’auteurs. Trois stages sont déjà programmés pour janvier et février 2021 et ils sont tous complets. Il nous faut des locaux plus adaptés », explique la responsable.

L’Arsea dispose de trois petits bureaux pour réaliser les entretiens individuels, et d’une grande salle pour les groupes de parole. À terme, la structure va devoir déménager au vu des demandes croissantes formulées par la justice. Photo : MdC / Rue89 Strasbourg / cc

84 personnes suivies en 2020, environ 70% de « réussite » mais pas de chiffre sur la récidive

La grande question qui reste en suspens, c’est celle de l’efficacité de cette mesure judiciaire, notamment sur la récidive. « La seule façon de le savoir, ce serait d’avoir accès aux chiffres des condamnations pénales, aux statistiques de la justice. Pour l’instant, ces chiffres sont confidentiels, mais nous y travaillons également », assure la jeune directrice avant de reconnaître : « Il est certain qu’il faudra un outil d’évaluation objective à un moment ».

L’Arsea, aujourd’hui située avenue de Colmar à Strasbourg, pourrait déménager.

Un dispositif encore très jeune pour l’Arsea, avec ces stages nés en janvier 2020, et zéro chiffre sur la récidive du public suivi depuis 2015… Mais malgré cela, Isabel Zapata se veut optimiste :

« Je suis confiante, et – même si ce n’est qu’un ressenti, je dirais qu’environ 70% des personnes que nous avons reçues ici, sont réceptives à notre discours. »

C’est le cas de Gilbert, qui semble transformé par le stage. « Des grosses amendes ou de la prison, ça ne change rien du tout, ça ne permet pas de se remettre en question. Sur le coup, on paie, ça nous embête, mais ce n’est que de l’argent. Alors que là, on fait un stage et on comprend des choses. » Le jeune trentenaire en est sûr : « Si je n’avais pas fait le stage, j’aurais continué comme ça. Avec une autre femme peut-être, mais j’aurais continué. »

Vigivélo, lancement du dispositif pour retrouver les vélos volés à Strasbourg

Vigivélo, lancement du dispositif pour retrouver les vélos volés à Strasbourg

La Ville de Strasbourg, le CADR 67 et Anoloc déploient Vigivélo, un système de localisation des vélos pour les retrouver en cas de vol.

Le système est en test à Strasbourg depuis plus d’un an. Un traqueur autonome est installé dans le vélo et son signal peut être capté par le réseau GSM (couche Lora). Lorsqu’un vélo équipé est volé, le traqueur s’active et peut être localisé grâce aux outils du Sirac, le système de vidéo-surveillance de la circulation de l’Eurométropole.

Concrètement, le traqueur est installé gratuitement par le CADR 67 sur le vélo, soit à l’extérieur soit à l’intérieur du cadre. Il est associé au système d’immatriculation Bicycode, qui doit concerner tous les vélos vendus par un professionnel, neufs ou d’occasion, en 2021. En cas de vol du vélo, le cycliste le signale via une application mobile, appelée Vigivélo, ce qui active le traqueur. Le Sirac peut ensuite communiquer à la police l’emplacement exact du vélo volé, où qu’il soit.

En juin 2015, des nouveaux arceaux ont été installés à Strasbourg Photo : Rue89 Strasbourg

Ce système a été développé par Anoloc, une entreprise spécialisée dans la gestion de flottes de véhicules de Schiltigheim. Anoloc a répondu à un appel à projets de l’Eurométropole comme l’explique Stéphane Bresson, son dirigeant :

« Il s’agit d’un produit développé spécifiquement pour l’Eurométropole de Strasbourg. Notre principal atout réside dans la durée de vie quasi-infinie de la batterie de l’émetteur, qui est en veille profonde tant que le vélo n’est pas signalé volé. »

Gratuit pendant la période de test

Pour l’instant, la Ville de Strasbourg assure les coûts de développement, l’achat des traqueurs, leur installation et l’abonnement au service (pour un budget de 100 000€). Après un test initial auprès de 80 cyclistes, la Ville de Strasbourg l’a étendu pour équiper 300 vélos simples et 50 vélos à assistance électrique. Les cyclistes participants ont été choisis parmi une liste de 3 000 volontaires mais Stéphane Bresson espère bien proposer Vigivélo directement aux particuliers un jour.

Pour la Ville de Strasbourg, l’objectif est de gommer cette image de « capitale du vol de vélo » qui ternit ses efforts en faveur des mobilités douces. Malgré 700 km de pistes cyclables, de qualité fort variable, la part des déplacements quotidiens effectués à vélo stagne autour de 11%. L’objectif est d’arriver à 16% en 2030, un horizon qui dépendra aussi de la qualité des aménagements cyclables, très inférieure à celle des villes du nord de l’Europe.

Le souffle, le nez, la mémoire : 9 mois après la covid, ils n’ont toujours pas récupéré

Le souffle, le nez, la mémoire : 9 mois après la covid, ils n’ont toujours pas récupéré

Infectés par le coronavirus, ils doivent réapprendre à vivre avec des maux persistants, auxquels même le corps médical n’a pas de remède. Trois Strasbourgeois racontent leurs galères post-covid.

Théotime : papa sportif cherche toujours son second souffle

Pour la photo, Théotime remonte son vélo de la cave jusqu’à son appartement du quartier Gare. Même s’il habite au rez-de-chaussée, c’est déjà une victoire. Une semaine plus tôt, il ne sait pas s’il en aurait été capable. Depuis qu’il a été infecté par le coronavirus en mars, les phases de rétablissement et de rechute se succèdent. Ces dernières sont de plus en plus espacées note-t-il, optimiste.

En servant le café, le jeune papa raconte son sentiment d’avoir raté un épisode. Ce confinement automnal, c’est le premier qu’il vit en étant éveillé. Il a passé celui de mars et d’avril dans les vapes, avec dans ses instants de lucidité la peur permanente de contaminer sa compagne et sa fille qui venait tout juste de naître. « En somme, je découvre seulement maintenant le sentiment de frustration lié à l’attestation de déplacement. »

Entre le confinement et le souffle court, Théotime n’est pas prêt de refaire du vélo. Photo : PP / Rue89 Strasbourg / cc

Pour lui, la première vague a débuté par une grosse grippe sans fièvre. Non, ce n’est pas la covid-19 lui assure au bout du fil un médecin du Samu débordé qu’il a mis une bonne heure à avoir. Finalement, la fièvre et les douleurs dans la poitrine s’installent :

« J’étais obligé de rester allongé, mais légèrement incliné pour que ce soit supportable. J’avais l’impression d’avoir des bulles liquides dans la poitrine, c’était assez étrange. »

« J’ai pu aller jusqu’au parc de la Citadelle à vélo »

Sans consigne médicale, Théotime reste alité deux semaines. Il met en pause son activité d’illustrateur. Puis sa première tentative de sortie se solde par une rechute : « La maladie sape vraiment toutes tes défenses, tu ne peux plus rien faire contre les agressions extérieures. »

Pendant trois mois, il enchaîne des périodes de deux semaines de bonne forme, puis de rechute. Les douleurs à la poitrine ne le lâchent pas. La reprise du travail est compliquée : quand il reste assis trop longtemps, son diaphragme se comprime.

Sans être un grand athlète, Théotime avait jusque-là une bonne condition physique. Mais l’adepte d’escalade devra patienter un peu avant de pouvoir regrimper sur un mur. À vélo, le Rhin est son nouvel horizon : « Au début de l’été, j’ai pu aller jusqu’au bout du parc de la Citadelle puis il m’a fallu 15 minutes pour récupérer avant de rentrer. »

« Je veux pouvoir assurer mes charges parentales »

Il lui faut aussi assumer son nouveau rôle de père, et soulager sa compagne qui a elle aussi frôlé l’épuisement. Il a donné le change comme il pouvait cet été, quand le couple s’est rendu dans leurs familles respectives. Mais son corps lui a très vite rappelé ses nouvelle limites :

« Je me suis fait un peu violence en Bretagne avec ma belle-famille, pour montrer que j’étais présent. Mais chez mes parents, je me suis écroulé. J’aurais pu dormir à même le sol. »

Théotime se sait diminué mais il sait aussi que ce qu’il ne fait plus est une charge supplémentaire pour sa compagne. Celle-ci a tout géré de front durant la première vague, il rattrape ses absences comme il peut. Aujourd’hui, il arrive à gérer la crèche parentale où est inscrite la fille du couple :

« Je ne me plains pas auprès de ma compagne à chaque fois. D’un côté j’ai toujours des coups de fatigue, et d’un autre, je veux pouvoir assurer un minimum la répartition des tâches. De toute façon tu ne peux jamais trop lâcher quand tu as un bébé. »

Sans réponse, un « lâcher prise médical » s’impose

Papa avant d’être patient. Cette nouvelle responsabilité fait passer la quête de la guérison au second plan. Pendant un temps, Théotime se documente lui-même. La réponse à ses problèmes se trouve peut-être dans une revue médicale très pointue. Il y découvre surtout de nouvelles formes de complications qui ne font qu’attiser ses angoisses :

« Quand j’ai découvert qu’il y avait aussi des séquelles sur le plan cardio-vasculaire, je sentais mon cœur s’emballer pour rien. Je n’avais pas envie que ces angoisses se concrétisent avec un nouveau problème. Du coup, j’ai arrêté de me documenter, j’ai fait une coupure médiatique. »

Mieux vaut alors se faire une raison. Admettre que son corps de trentenaire sportif n’est plus infaillible, pas plus que la médecine moderne. Après le premier médecin joint par téléphone, Théotime a consulté plusieurs médecins et spécialistes. Les examens du cardiologue et du pneumologue n’ont rien détecté.

Seule la kinésithérapie le soulage un peu. Après chaque séance, Théotime dispose de deux heures pendant lesquelles la douleur s’en va. Deux heures de répit qui tendent à s’allonger un peu plus ces dernières semaines. C’est toujours ça de pris.

« Il n’y a rien d’autre à faire pour le moment, les médecins n’en savent pas plus que nous. C’est assez perturbant de voir la médecine être dans l’incapacité d’apporter une réponse immédiate. La seule chose qu’a pu me certifier le pneumologue, c’est que mon état n’empirerait pas. »

Sacha : « On ne se rend pas compte à quel point l’odorat et le goût sont essentiels pour survivre »

Sacha a une nouvelle question rituelle quand il reçoit chez lui : « Ça sent quoi dans mon appart ? Ça pue pas ? » L’homme à la casquette est devenu direct : mettre des mots, même crus, sur ce qui lui arrive, fait partie de la thérapie qu’il s’est appliquée.

Contaminé à Strasbourg dès mars, Sacha s’est fendu cet été d’un long témoignage aux allures de catharsis dans la rubrique blogs de Médiapart. Le coronavirus l’a abattu mais surtout, en quittant son organisme, il est parti avec son palais et son nez. Avec ce texte, il a pu expliquer ces troubles une bonne fois pour toutes ce qu’il vivait :

« Ça m’a fait du bien à moi, et aussi à d’autres personnes qui traversent la même chose et qui sont venues me remercier. Pas mal de proches sont venus me trouver et me dire “vieux, je me rendais pas compte que c’était à ce point-là”. »

Sacha attablé devant un ceviche de loup. Le premier plat dont il a pu reconnaître le goût cet été. Photo : PP / Rue89 Strasbourg / cc

« La pire odeur qu’on puisse sentir le matin me guettait toute la journée »

Les premières semaines après être sorti du lit, Sacha ne s’inquiète pas outre mesure. Cette histoire d’anosmie et d’agueusie, c’est sûrement un petit désagrément passager qui le priverait juste du plaisir de manger pendant un temps. Sauf que ce « petit désagrément » ne passe pas. Beaucoup de patients relèvent que les goûts et les odeurs sont altérés. Pour Théotime, c’était les couches de sa fille qui sentaient la cerise. Sacha de son côté a fait une mauvaise pioche : son nerf endommagé par le virus lui indique que tout ce qui est cuit ou torréfié a le goût de ses selles :

« Je parle pas d’un goût de merde en général hein, quand je mangeais quelque chose de cuit, ça me renvoyait vraiment à MES selles. Ça veut dire que la première odeur désagréable du matin, pouvait resurgir n’importe quand dans la journée. »

Quand Sacha envoie bouler le test à l’aveugle d’huiles essentielles de l’ORL qui ne fonctionne pas, et qu’il n’a plus de motivation pour rien, sa compagne de l’époque met le mot sur ce qui ne va pas. Sacha traverse une dépression. « Rien que le comprendre, ça a déjà été une délivrance. »

Le risque permanent de l’intoxication alimentaire

Mais le calvaire ne s’arrête pas au goût exécrable de la cuisson. Sacha découvre rapidement à quel point l’odorat et le goût sont des sens aussi nécessaires que sous-estimés :

« Spontanément, tu te dis que le sens le plus important pour survivre, c’est l’ouïe qui te prévient du danger. Puis tu penses à la vue. Mais jamais tu penses à l’odorat ou au goût. L’autre jour, j’ai mangé un truc pas frais. J’ai été malade pendant 4 jours. Depuis, je jette la nourriture au moindre doute. »

À cela s’ajoutent les contraintes sociales. Depuis qu’il a perdu l’odorat, Sacha pose des questions qui ne lui seraient jamais venues à l’esprit sans cette perte d’autonomie. À chaque sortie, une question l’obsède : « est-ce que je pue ? »

« C’est quelque chose de très social l’odeur. Tu ne vas pas dire à quelqu’un qu’il pue, ça ne se fait pas. Tu vas juste t’éloigner poliment. Donc j’ai demandé à mes amis d’être très francs là-dessus. Pareil pour l’odeur de mon appart ou de la poubelle. »

« Je dois réapprendre à manger »

Depuis, Sacha guette toute amélioration que lui transmettrait son palais. Bonne nouvelle, il peut toujours sentir l’anis et le jus de tomate. Mauvaise nouvelle : les pots d’échappement ont une odeur aussi infecte que décuplée. Pour reconstruire son nerf abîmé, il s’est concocté une cure d’oméga 3. « Je m’envoie des litres d’huile de colza. Normalement c’est infect quand c’est pur, mais je ne le sens pas. »

Il a renoncé à son régime végétarien en y incluant du poisson. La vraie bonne surprise est venue cet été : son palais s’est réveillé à Marseille, alors qu’il dégustait un ceviche de loup avec du gingembre, du citron, du balsamique. Il s’en est justement préparé la veille, il engloutit l’assiette qui l’attend dans le frigo :

« Il y a eu une étincelle parce que c’est un plat très goûteux qui mélange beaucoup de saveurs. La prochaine étape, ça sera d’être capable d’isoler des ingrédients dans des plats plus simples. Je dois vraiment me concentrer, visualiser mon nerf en train de se reconstruire. Je ne mange plus devant une série ou un bouquin. Je me pose et je me concentre sur ce que je reçois comme information. Est-ce que c’est amer, acide, quelle texture ça a. En gros, je dois réapprendre à manger autrement. »

Lucille : « Je dois parfois demander à mes proches ce que j’ai fait la veille »

Lucille passe le confinement seule, dans la résidence étudiante du quartier Danube où elle a atterri à la rentrée. La solitude ne la dérange pas spécialement. Plutôt ça que les soirées étudiantes à risques :

« Avant le reconfinement, j’étais assez choquée par la désinvolture générale. Je pensais à mes grands-parents qui sont des personnes à risque. Et puis je n’ai pas non plus spécialement envie d’être recontaminée. »

Pour garder un souvenir de ses journées, Lucille doit tout noter sur post-it. Photo : PP

Question covid, Lucille et sa famille ont déjà donné. Ses grands-parents l’ont eu en premier, quelques jours avant le premier confinement. Elle suppose que c’est en allant les ravitailler que le virus s’est invité dans sa famille belfortaine pour l’infecter elle, sa sœur et ses deux parents. Son frère est resté mystérieusement hermétique, même en ayant vécu sous le même toit qu’eux pendant le confinement :

« Ça a été très dur pour tout le monde. De mon côté j’ai eu les pires migraines de ma vie, j’étais incapable de lever les yeux, je pouvais à peine les ouvrir. Et c’était littéralement impossible de me mettre debout. »

Trois jours sans souvenirs

Lucille n’a pas été hospitalisée mais aujourd’hui encore, Lucille a du mal à identifier certaines odeurs. Le parfum de son compagnon a complètement changé pour son nez. Mais ce qui l’handicape le plus, c’est sa mémoire et sa capacité de concentration devenues très aléatoires :

« Au début j’ai eu de simples trous, un peu comme quand on a un mot ou le nom d’une personne célèbre sur le bout de la langue. Il m’est aussi arrivé d’envoyer un message ou d’appeler une personne deux fois d’affilée. »

Mais depuis le reconfinement, ces phases d’absences sont plus fréquentes et plus marquées. Lucille parle de « black-out ». Une semaine après la fermeture des magasins, elle s’est réveillée le jeudi sans avoir le moindre souvenir de ce qu’elle a bien pu faire depuis le début de la semaine :

« J’ai dû recontacter tous mes proches pour qu’ils m’aident à retracer les jours qui me manquaient. J’ai pu voir sur mon emploi du temps que je devais avoir cours en visio, mais je ne me souviens de rien. Je sais juste par mon copain que je suis allée faire des courses et que je l’ai appelé. »

Depuis ce jour où elle a oublié la moitié de sa semaine, Lucille est victime d’à peu près une perte de mémoire par semaine, d’intensité variable. Faute d’obtenir une réponse de la médecine, elle émet une hypothèse : est-ce que ces pertes de mémoires sont liées à l’ambiance générale ? Le confinement a beau être plus souple qu’au printemps, Lucille n’a pas oublié le K.O que lui a infligé le virus, et elle redoute d’y être de nouveau confrontée : 

« J’ai l’impression que c’est lié au fait d’être sous pression à nouveau. Beaucoup prennent ça à la légère, mais quand on a vraiment été malade, c’est un peu comme un stress post traumatique. Ça réveille certaines choses. »


Des Post-it comme béquilles thérapeutiques

L’hypothèse est invérifiable pour le moment. Comme Sacha et Théotime, Lucille s’est accommodée de l’absence de réponse médicale. « Je ne vois pas trop l’intérêt d’en parler à un médecin, ils ne savent pas quoi faire pour l’instant. » Pas plus qu’elle n’espère d’aide du côté de l’Université. « Je leur dis quoi ? Que j’ai des difficultés à mémoriser ? Ils vont faire quoi ? De toutes façons, je ne pourrai pas le justifier sans attestation du médecin. »

Faute de mieux, l’étudiante s’applique à consigner sur des post-it les étapes de ses journées et les cours qu’elle a eu. Une sorte de bullet-journal qu’elle garde à portée de main en cas de nouveaux trous de mémoire. Quand les post-it ne suffisent pas, elle compte sur sa famille et ses proches avec qui elle échange régulièrement pour retracer ses journées.

Mais même très bienveillants, ses proches ne peuvent pas suivre ses cours à sa place. Lucille en veut un peu à son excellente mémoire surentraînée par une classe prépa de l’avoir laissée tomber. Le format des cours à distance n’est pas non plus pour l’aider. Dans le cinéma puisque c’est le domaine qu’a choisi d’étudier Lucille, l’ambiance dépend du son, de l’acteur, du décor. Un cours en ligne, c’est comme un film sans image :

« La visio n’aide pas franchement. Il manque cette présence humaine qui donne quelque chose auquel se raccrocher. Ici il y a du son, mais pas vraiment d’image, ni d’atmosphère qui aide à restituer les choses. »

Lucille a beau rester sûre de ses capacités et de la présence de son entourage, le reconfinement et ses complications ont miné sa première année à l’université. « Je pense que j’aurai mon année, mais j’aurais pu faire tellement plus. »

Manifestation contre la loi de « sécurité globale » samedi

Manifestation contre la loi de « sécurité globale » samedi

Un collectif formé par des « citoyens en colère » avec le QG République des Gilets jaunes du Bas-Rhin appellent à manifester samedi 28 novembre contre la loi de « sécurité globale », votée mardi par l’Assemblée nationale.

Il se présente comme un « citoyen en colère », Mike appelle à manifester contre la loi de « sécurité globale » samedi 28 novembre à partir de 12h30 à Strasbourg. Le point de rassemblement est la place de la République, d’où le cortège partira vers 13h30 pour se rendre sur les quais en direction de la place d’Austerlitz pour arriver place de l’Étoile.

Mike revendique le soutien du QG République des Gilets jaunes du Bas-Rhin et appelle toutes les organisations opposées à cette loi, votée mardi par l’Assemblée nationale, à le rejoindre. Des prises de paroles sont prévues au début du rassemblement.


Le trajet prévu de la manifestation, selon la déclaration en préfecture.

Compte-tenu de l’état d’urgence sanitaire, la manifestation a dû être autorisée par la préfecture, en dérogation aux interdictions de rassemblements sur la voie publique.

Manifestation de Gilets jaunes samedi 21 novembre Photo : doc remis

En manif : moins de vidéos de policiers et plus de drones de policiers

La loi de « sécurité globale » prévoit d’étendre le champ d’intervention des policiers municipaux et des agents de sécurité privés. Le texte permet l’emploi de drones et de caméras piétons par les forces de l’ordre et les agents pourront porter leur arme dans des établissements publics lorsqu’ils sont hors service. En outre, le texte modifie la loi sur la liberté de la presse de 1881, qui encadre la liberté d’expression, avec une disposition limitant l’usage d’images de policiers « si celles-ci ont pour but de porter atteinte à l’intégrité des forces de l’ordre. »

Cette dernière disposition a réuni l’unanimité des journalistes et des médias contre elle, notamment en raison des risques d’interprétation qu’elle contient par des policiers de moins en moins enclins à supporter que leur travail soit filmé.

Loi « Sécurité globale » : comment ont voté les 15 députés alsaciens

Loi « Sécurité globale » : comment ont voté les 15 députés alsaciens

Les députés ont adopté loi controversée sur la « Sécurité globale » ce mardi 24 novembre. Voici le détail et les raisons des votes des députés d’Alsace.

Les députés français ont adopté la loi dite de « sécurité globale » à une large majorité : 388 votes « pour », 104 « contre » et 66 abstentions. Le texte suscite les critiques de collectifs de journalistes, associations et ONG de défense des libertés publiques, ainsi que du conseil des droits de l’homme de l’ONU ou même, fait rare, de la Commission européenne. Les inquiétudes portent sur des menaces sur le droit de manifester et d’informer. La majorité rétorque qu’elle clarifie des situations, comme l’usage de drones et le recours à des sociétés privées, et protège les membres des forces de l’ordre de campagnes de haine ciblées sur les réseaux sociaux.

Point névralgique de la contestation, l’article 24 punit jusqu’à un an d’emprisonnement, la diffusion du visage ou « tout autre élément d’identification » de policiers (sauf leur matricule RIO qu’ils sont censés arborer) dans l’exercice de leurs fonctions dans le « but manifeste qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique ». Une notion floue qui « sera difficilement applicable » selon le président du tribunal judiciaire de Paris, tandis que les « atteintes à la personne humaine » sont déjà punies par le code pénal.

13 pour, 1 abstention et 1 contre en Alsace

Parmi les 15 députés alsaciens, les 5 représentants des groupes « La République en Marche » et « Agir Ensemble » ont voté « pour ». Pour le Modem, troisième membre de la majorité présidentielle, Bruno Fuchs s’est abstenu, contrairement à la consigne de groupe, qu’a suivie de son côté Sylvain Waserman.

À droite, les 7 députés « Les Républicains » ont voté « pour » conformément à la position du parti. Enfin, l’ancienne marcheuse Martine Wonner (groupe Libertés et Territoires) a voté « contre », à l’instar de la majorité de son nouveau groupe.

Modification au Sénat et manifestations

Le texte va désormais être étudié par le Sénat. La droite, majoritaire, a prévu de « corriger » l’article 24 « inapplicable et inconstitutionnel » et « un marché dupe pour les policiers qui n’en retireraient aucune protection ». Le Conseil constitutionnel sera également saisi.

Des manifestations sont prévues ce samedi 28 novembre dans plusieurs ville de France, dont Strasbourg à partir de 11h30 place de la République.

La crise sanitaire a fait disparaître leur travail, des intérimaires témoignent

La crise sanitaire a fait disparaître leur travail, des intérimaires témoignent

La crise économique et sociale successive à la pandémie de Covid-19 est déjà bien palpable pour les intérimaires. Leur volume de travail n’a jamais été aussi faible depuis qu’il est mesuré. Certains d’entre eux témoignent à Rue89 Strasbourg de leurs graves difficultés pour boucler les fins de mois.

La boucherie Herrmann à Reichstett embauchait Laurent Bauer, intérimaire, à temps plein depuis un an. Il livrait des restaurants et des événements. C’était avant le 16 mars. Ce jour-là, Emmanuel Macron a annoncé le début du premier confinement pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Le soir-même, Laurent a reçu l’appel d’un supérieur qui lui a annoncé que l’entreprise n’avait plus de travail pour lui. Depuis, il est en grande difficulté :

« Ils m’ont juste réembauché de fin juin à début octobre. Maintenant, je suis à nouveau au chômage, avec 700 euros mensuels pour vivre, au lieu de 1 300 quand je bossais. Mon loyer est de 400 euros. Il me reste donc 300 balles pour les charges, les frais d’assurance de la voiture, la nourriture et les fournitures essentielles. Je creuse un peu plus mon découvert chaque mois. Heureusement, mes parents et ma copine, qui travaille en Ehpad, m’aident financièrement. Je ne vois pas le bout. Je me suis inscrit à 18 agences d’intérim à Strasbourg. Il n’y a aucune offre pour moi, quelque soit le domaine. Je devais passer le permis poids lourd comme le secteur du transport de marchandises est en demande. Mais la formation a été annulée à cause du deuxième confinement. Si ça continue, je serai obligé de retourner vivre chez mes parents à 23 ans. »

Des travailleurs temporaires interrogés par Rue89 Strasbourg s’inscrivent à plus de 30 agences d’intérim, postulent pour tous les domaines, et ne trouvent pas de travail. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Le Grand Est, très touché par la diminution du travail en intérim

Laurent est loin d’être un cas isolé. Imed, 45 ans, ne trouvait déjà plus de boulot en intérim avant la crise sanitaire, « alors maintenant, c’est désespéré ». Il lui reste « 120 euros par mois une fois que le loyer, l’électricité et le gaz sont payés. » Pourtant, avec des qualifications de cariste, il pensait qu’il trouverait dans le secteur de la grande distribution : « même là, je n’ai eu aucune proposition ». Situation similaire pour Kevin (prénom modifié), travailleur temporaire depuis 10 ans. Sans diplôme, il était « régulièrement embauché dans le bâtiment. » Depuis le mois de mars, il n’a plus trouvé de travail alors qu’il « cherche dans tous les domaines » et qu’il est inscrit « à 40 agences d’intérim à Strasbourg. »

En France, au deuxième trimestre de 2020, le volume de travail en intérim a atteint son niveau le plus faible depuis qu’il a commencé à être mesuré, en 2000. Selon Pôle emploi, joint par Rue89 Strasbourg, tous les types d’offres ont baissé, particulièrement celles en intérim. Le Grand-Est est la seconde région la plus concernée, après la Bourgogne Franche-Comté, avec une diminution de 34,2% du volume horaire de travail temporaire entre janvier et septembre, par rapport à la même période en 2019. La moyenne française est de 27,4%. De septembre 2019 à septembre 2020, l’équivalent de 125 000 emplois intérimaires à temps plein ont disparu dans le pays.

Cette carte de France présente, en pourcentage, la baisse du volume horaire de travail temporaire effectué au total par tous les intérimaires, entre janvier et septembre 2020, par rapport à la même période de l’année précédente, en fonction des régions. Photo : Document Prism’emploi – organisation professionnelle des agences d’intérim

Des témoignages de détresse, l’évocation du suicide

Selon Camille Véga, directeur de la Fédération du Bas-Rhin du Secours Populaire, de nombreux intérimaires, qui n’étaient jamais venus avant la crise sanitaire, font désormais appel aux aides alimentaires et financières de l’association. Un constat auquel abonde Fabienne Stoquert, responsable syndicale pour le Grand-Est d’Unsa Manpower, une entreprise de travail temporaire. Elle a recueilli de nombreux témoignages de détresse psychologique dans son entreprise, « à cause de la pression due aux problèmes d’argent ». Certains ont évoqué le suicide. Au cours des 6 derniers mois, la déléguée du personnel a orienté « une cinquantaine de personnes » vers les aides alimentaires de la FASTT, une plateforme d’aide sociale destinée aux intérimaires.

La note de conjoncture de l’Insee du 17 novembre documente une diminution du volume de travail rémunéré par les entreprises à cause de la baisse de l’activité économique globale. « Mécaniquement, les travailleurs temporaires sont mis au chômage quand il y a moins de boulot à effectuer, » explique Fabienne Stoquert :

« Beaucoup d’usines fonctionnent en permanence avec des intérimaires pour ajuster finement le nombre de salariés, selon la production nécessaire, sans avoir à licencier. Dans cette logique d’optimisation, nous sommes des variables d’ajustement. Notre statut est intéressant justement parce qu’il est facile de se débarrasser de nous. Il suffit de ne pas renouveler et de ne plus proposer de contrats d’intérim, pas besoin de licenciement. Dans les secteurs à l’arrêt ou en baisse d’activité, la crise met cette réalité en évidence. »

Presque la moitié des intérimaires travaillent dans l’industrie

Dans le Grand-Est, 50 000 personnes vivent du travail temporaire, dont la majorité, 44,2%, exercent dans l’industrie. Les autres personnes se répartissent assez équitablement entre les transports, les services, le BTP et enfin les commerces. Tous ces secteurs sont touchés par la baisse de l’activité en intérim.

Document Prism’emploi
Ce graphique montre l’évolution du nombre de contrats d’intérim en cours d’exécution sur cinq jours en fin de mois. Le pic vers le bas se trouve en avril, puis le nombre de contrats remonte en juillet. Les données pour les mois suivants ne sont pas encore disponibles, mais le deuxième confinement a refait baisser la quantité d’offres. Photo : Document DIRECCTE

« Même ceux qui travaillent sont précaires, avec des contrats d’un ou deux jours »

Marine, salariée de l’agence SUP intérim à Strasbourg, estime qu’environ 100 à 140 personnes inscrites dans son agence sur plus de 200, n’ont pas de travail en ce mois de novembre :

« On a beaucoup moins d’offres. Les contrats qu’on propose concernent majoritairement les secteurs du BTP et de la logistique, mais ils durent 1 ou 2 jours. Les intérimaires sont donc dans une situation très précaire, même ceux qui travaillent. Avant le premier confinement, on avait beaucoup de propositions de contrats de plusieurs mois. »

À l’agence SUP intérim de Strasbourg, rue d’Urmatt, plus de la moitié des inscrits n’ont pas de travail. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

« On me refuse tous les crédits »

Noëlle Prietz, 25 ans, fait partie des travailleuses temporaires qui « s’en sortent bien ». Elle est agent de production pour une grosse usine de fabrication de fours à Lipsheim qui, pour l’instant, n’a pas significativement ralenti son activité. Son employeur lui a confirmé qu’elle continuerait à faire ses 40 heures par semaine jusqu’à janvier. Mais malgré cela, elle rencontre d’autres complications en raison de son statut : difficulté à louer un nouvel appartement, refus d’un crédit pour acheter une voiture alors qu’elle « en a justement besoin pour se rendre à son travail ».

Pour Fabienne Stoquert de l’Unsa, « cette période noire montre que les premiers touchés par les perturbations économiques sont les plus précaires, comme les intérimaires. » Elle estime que les personnes qui « sortent un peu du cadre sont invisibles pour le gouvernement et n’ont pas été prises en compte dans les mesures de soutien. » En attendant « le retour des offres d’emploi », elle conseille des formations ciblées et oriente celles et ceux dans le besoin vers les aides qui existent.

Le policier qui avait tabassé un jeune à Koenigshoffen condamné et incarcéré

Le policier qui avait tabassé un jeune à Koenigshoffen condamné et incarcéré

Un policier strasbourgeois a été condamné vendredi à deux ans d’emprisonnement, dont 15 mois ferme, pour avoir tabassé un jeune homme après son interpellation à Koenigshoffen en mars. La victime avait reçu plusieurs coups de pied à la tête et doit subir une opération de reconstruction du nez.

Sofiane ne peut plus respirer de sa narine droite. Depuis cette nuit du 18 au 19 mars où il a été arrêté en possession de 60 grammes de cannabis à Koenigshoffen (voir ici la vidéo), puis tabassé par un policier à son arrivé au commissariat, ce jeune homme de 19 ans garde d’importante séquelles :

« J’ai subi une opération dès ma sortie du commissariat et je dois en programmer une pour la reconstruction du nez. Je n’ai pas encore osé aller à l’hôpital, à cause du Covid… J’ai encore des marques dues au sang coagulé sous mes yeux. »

L’auteur des coups, un policier de 46 ans, a été condamné à deux ans d’emprisonnement, dont quinze mois ferme, selon les Dernières Nouvelles d’Alsace qui étaient à l’audience correctionnelle vendredi 20 novembre. Un ordre d’incarcération a été émis par le tribunal, qui a également prononcé une interdiction d’exercer le métier de policier. Selon le quotidien, le procureur de la République a qualifié les faits « d’actes d’une brutalité rare, qui sont ceux d’un voyou. »

Le visage de Sofiane, peut après sa sortie de l’Hôtel de police Photo : doc remis

Saisie des faits dès le lendemain, suite au signalement d’une policière, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a mené une enquête approfondie, mettant également la main sur une vidéo dans laquelle le policier auteur des coups menace Sofiane de représailles à coups de Tchétchènes sur sa sœur s’il portait plainte, comme le relatent les DNA.

« Il y a une justice finalement »

Devenu coursier pour une entreprise de pièces détachées automobiles, Sofiane n’a pas émis de commentaires sur le jugement de vendredi, se contentant du passage du policier devant un tribunal :

« Je craignais vraiment qu’avec le confinement, le covid, etc. mon affaire ne soit oubliée, qu’on la mette au placard… Ce qui est arrivé n’était pas normal, vraiment pas, mais il y a une justice finalement. »

Pour son trafic de cannabis, Sofiane a été condamné à trois mois de prison avec sursis, à la suite d’une audience en reconnaissance préalable de culpabilité. Les avocats des deux parties n’ont pas souhaité faire de commentaires sur la décision, mais Me Michaël Plançon, conseil du policier, a indiqué qu’il fera appel de la condamnation.

En école d’infirmières, l’impression d’être une « promotion sacrifiée » pour le Covid

En école d’infirmières, l’impression d’être une « promotion sacrifiée » pour le Covid

Stages mal encadrés, cours manqués et manque de pratique de soins infirmiers… À l’Institut de formation en soins infirmiers de la Robertsau, les étudiants de deuxième année ont vu leur formation bouleversée par le Covid. Certains craignent de devenir des « rois de la débrouille » ou des « moitiés d’infirmiers ».

Drôle de stage pour une étudiante en soins infirmiers. En première année à l’Institut de formation en soins infirmiers (Ifsi) de la Robertsau, Audrey (tous les prénoms d’étudiantes ont été modifiés) a gardé des enfants de soignants pendant trois semaines en mars. Réquisition contre la première vague de Covid oblige, l’étudiante de 19 ans a ainsi manqué trois semaines de pratique. « J’ai l’impression qu’on m’a amputé ma formation. Je ne vois pas comment dessiner avec des gosses doit me servir pour apprendre mon métier. »

Désormais en deuxième année d’études, Audrey craint l’impact du coronavirus sur la qualité de sa formation. Testée positive fin octobre, elle a également manqué la fin de son deuxième stage.

Entrée de l’Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) de la Robertsau. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

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