Le sénateur EELV Jacques Fernique a constaté des conditions de détention « humaines » tout en notant les risques d’infection liés au covid et un détournement de la fonction initiale du centre de rétention administratif de Geispolsheim, qui accueillait ce vendredi 11 décembre 50% d’ex-détenus privé du territoire à leur sortie de prison.
C’est la troisième visite du Centre de rétention administratif (CRA) de Geispolsheim pour le sénateur écologiste Jacques Fernique. Vendredi 11 décembre, en début d’après-midi, l’ancien conseiller municipal de Geispolsheim se laisse guider dans l’établissement tout en observant d’un œil expert. « Les grilles ont été réhaussées non ? », demande-t-il dès l’entrée au commandant de la police aux frontières et directeur Jean-Philippe Collomb. Ce dernier acquiesce avant d’expliquer une mesure prise suite à de nombreuses tentatives de fuite et certains blessés par la chute.
A gauche, Jacques Fernique, sénateur EELV, face au directeur du CRA de Geispolsheim, Jean-Philippe Collomb. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Un centre de détention pour expulsion
Le CRA de Geispolsheim, antichambre française de l’expulsion, se situe au bout d’un chemin de gravier, à une centaine de mètres d’une zone commerciale. Un panneau suranné, peu visible, indique l’établissement à côté de la Halle aux chaussures. Il compte 34 places destinées uniquement à des « hommes célibataires ». Sur place, 70 fonctionnaires de la police aux frontières y travaillent, entre surveillance et accompagnement des détenus jusqu’aux aéroports.
Ces derniers restent en moyenne 18 jours, estime le chef du centre, mais ils peuvent y être retenus jusqu’à 90. En général, la moitié des personnes sont escortées avant leur retour par avion dans le pays d’origine. L’autre moitié est reconduite en Allemagne, en Belgique ou en Espagne, dans les pays responsables de leur demande d’asile selon la procédure des accords de Dublin.
Le CRA de Geispolsheim compte 34 places destinées uniquement à des « hommes célibataires ». 70 fonctionnaires de la police aux frontières y travaillent, entre surveillance et escorte des détenus.
Une visite liée au covid et à un rapport de 2015
Jacques Fernique est d’abord venu observer les mesures prises face au Covid. « Après une fermeture du centre, nous avons rouvert à 50% des capacités et on nous a récemment demandé d’augmenter à 20 places », indique le commandant Jean-Philippe Collomb. Deux masques chirurgicaux par jour sont fournis à chaque détenu, ajoute-t-il. Dans le réfectoire, deux chaises et deux plateaux sur la table semblent indiquer une nouvelle disposition pour les trois repas quotidiens. Aux côtés de deux infirmières, le chef d’établissement assure qu’aucun cas covid n’a été détecté au CRA.
Lors de sa visite, Jacques Fernique se base sur le dernier rapport du contrôleur général des privations de liberté concernant le CRA de Geispolsheim.
Les interrogations du sénateur ne doivent rien au hasard. Jacques Fernique se base sur le dernier rapport du contrôleur général des privations de liberté concernant le CRA de Geispolsheim. Ainsi, l’ancien élu local et enseignant constate que certaines recommandations formulées en 2015 n’ont pas été suivies d’effet :
« 3. Il doit être remédié à l’absence de verrouillage intérieur des chambres dans un souci d’intimité et de sécurité.
6. La réduction de moitié du temps de présence de l’Office française de l’immigration et de l’intégration (Ofii) interroge, de même que sa prestation actuelle.
9. De véritables panneaux indicateurs devraient être posés au rond-point et à l’entrée de la voie.
11. La liste des objets interdits devrait être affichée. »
Un CRA plus souple
Dans la cour de la zone de détention, quatre hommes jouent au baby-foot à côté d’une salle de pause avec deux tables et deux jeux de société. Un peu plus loin, un fumeur allume sa cigarette sur un dispositif électrique accroché au grillage. « Ici, les détenus peuvent circuler librement, dans la cour et les bâtiments. Dans d’autres centres, ils sont enfermés dans leur chambre la nuit », décrit le chef d’établissement.
Autre particularité du CRA de Geispolsheim : les visiteurs ont un « accès direct » aux détenus dans le cour.
Autre particularité : les visiteurs ont un « accès direct » aux détenus dans le cour. « Les parloirs sauvages peuvent durer des heures l’été », décrit Jean-Philippe Collomb. Le sénateur reconnaît que le CRA de Geispolsheim est « plus humain » que d’autres établissements français, comme celui de Vincennes, où Streetpress a révélé des cas d’intimidations et de violences sur des détenus.
Le rythme soutenu de la visite rend difficile les échanges avec les détenus. Dans un français incertain, un Albanais répond au sénateur : « Ici, il y a pas de problème, c’est la justice le problème. » Dans le bâtiment E, un détenu d’origine nigériane préfère dénoncer son expulsion à venir, malgré des problèmes de santé et une famille en Italie. Interrogé sur ses conditions de détention, son voisin grimace simplement en évoquant la nourriture servie.
Une chambre au CRA de Geispolsheim.
Les nouveaux détenus du CRA
Avec le Covid, le CRA de Geispolsheim fait face à une autre difficulté. Certaines personnes sont condamnées à une peine de prison assortie d’une interdiction de territoire national. Mais la pandémie complique certains rapatriements. « La population du centre compte 50% de sortants de prison, contre 15% en temps normal », décrit le commandant Jean-Philippe Colomb. Interrogée sur l’adéquation des moyens actuels à cette nouvelle mission, la commissaire divisionnaire Charlotte Priestman préfère invoquer son droit de réserve.
Au sortir de la visite, le sénateur fait un premier bilan avec sa collaboratrice parlementaire et Marie-Dominique Dreyssé, vice-présidente (EELV) de l’Eurométropole et ex-adjointe en charge des solidarités à la Ville de Strasbourg. Il constate que les détenus ne portent pas le masque, que les toilettes ne comportent toujours aucun loquet et les chambres aucun rideau. Sa camarade EELV parle d’une double peine pour les détenus « sortis de prison mais qu’on ne veut pas laisser libre. » La collaboratrice note que la visite n’a pas été proposée dans certains bâtiments.
« Il m’a dit que tout se passait bien pour lui »
L’échange est interrompu par un automobiliste gêné par le vélo du sénateur. Il laisse la place à Daniel, venu de Metz voir le frère d’un ami au passeport albanais périmé pour lui apporter des vêtements. Contacté suite à sa propre visite, le jeune rapporte : « Il m’a dit que tout se passait bien pour lui. Il est au chaud, il a à manger, ça se passe bien avec les gardiens. Tout est cool, et si c’était pas le cas, il me l’aurait dit. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
À la recherche d’une solution écologique et atypique, la jeune artisane autodidacte a lancé son entreprise de meubles en carton fin 2019. Rencontre avec une passionnée.
« Je me suis lancée juste avant 2020. Ce n’était peut-être pas le meilleur moment », rigole Camille, 26 ans, fondatrice de l’entreprise « Ma maison est en carton« , qui fabrique des meubles tout en carton et sur mesure. Après une première moitié d’année compliquée par le confinement, elle se fait connaître grâce à un crowdfunding en avril 2020. La jeune artisane autodidacte récolte plus de 3 000 euros, qu’elle investit dans un vélo électrique et une remorque.
La jeune artisane peut même s’asseoir sur sa table basse en carton et papier kraft Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc
Le carton : matière première à zéro euro
Camille est ainsi libre d’aller récupérer sa matière première dans les boutiques de Strasbourg : du carton, et rien que du carton. Les magasins et ateliers de vélo regorgent de grands formats, pile ce qu’il lui faut. C’est ce que la Strasbourgeoise préfère dans ce matériau : on en trouve partout, à foison, et cela lui coûte exactement zéro euro.
La nouvelle remorque de Camille a été créée sur mesure par Sylvain, artisan de la métallerie L’Etincelle.
Depuis son emménagement à la Meinau à l’été 2020, Camille passe ses journées dans un atelier aménagé chez elle. Ni son compagnon, ni ses trois chats n’ont le droit de venir l’embêter pendant sa journée de travail. De 8h30 à 19h, elle fait naître de ses mains le futur mobilier insolite des Strasbourgeois.
À force d’automatismes, elle se permet de mettre une série télé en fond, ou un podcast (parmi ses préférés : Se sentir bien, d’Esther Taillifet, et Intentions, d’Isadora et Marisa). En ce moment, elle travaille sur une bibliothèque de deux mètres de haut, qui prend presque toute la place. Un stock de cartons occupe aussi tout un coin de la pièce, en plus de son bureau, d’une étagère pleine de vernis et de peinture, et d’une table haute pour faire les mesures et les découpes.
C’est dans le petit atelier de Camille que la magie opère. Du premier croquis à la livraison, elle fait tout toute seule Photo : DL/ Rue 89 Strasbourg
Croquis et modèle 3D pour une pièce sur mesure
Comme pour toutes ses commandes, Camille fabrique un modèle unique, selon les besoins de ses clients. Ils ont l’idée, elle a l’œil pour la concrétiser :
« Les gens me donnent les mesures mais ne pensent pas à tout, par exemple l’espace qu’il faut laisser pour la plinthe ! La plupart du temps, je me rends chez eux pour bien me projeter dans l’espace. »
Puis, l’artisane se met aux croquis et à la modélisation 3D. Quand le client donne le go, elle s’attaque à sa partie préférée : la coupe, le modelage, le montage, toujours armée de son pistolet à colle. Rien n’est impossible pour le carton : Camille fait des tables basses, des meubles de rangement ou encore des meubles TV. Son slogan : « Votre seule limite, c’est votre imagination ».
Une fois monté, elle peut livrer le meuble presque tel quel, recouvert seulement de papier kraft et vernis, ou le peindre. « L’illusion » est d’abord parfaite. Et puis, à y regarder de plus près, certaines créations présentent un aspect cartoonesque, comme si un dessin s’était glissé dans le réel.
Du Do it Yourself à la fabrication pour les autres
Au milieu de ses créations, la jeune femme habillée de noir et d’une jupe à carreaux semble connaître sa matière sur le bout des doigts. Pourtant, elle a découvert le monde merveilleux du carton un peu par hasard, il y a 8 ans.
Camille a grandi à Epernay, près de Reims. Le premier studio dans lequel elle avait emménagé était non meublé. Jeune bachelière fraîchement débarquée sur le marché du travail, elle cherche alors une alternative aux meubles neufs, trop chers, trop encombrants, trop pénibles à déplacer. C’est sur internet qu’elle découvre les meubles en carton. Forte de quelques heures de tutoriels sur Youtube, elle décide de fabriquer les siens. Ainsi naissent ses premiers meubles de rangement, sa table basse…
Les cartonnistes peuvent faire toute sorte de meubles et l’avantage lors des déménagements, c’est qu’ils sont très légers à déplacer Photos : Camille Renton-Epinette
D’une exposition à la création d’entreprise
Pendant huit ans, Camille continue à en fabriquer pour le plaisir. À l’époque, elle n’a pas à chercher bien loin pour se fournir puisqu’elle travaille dans une cartonnerie !
Arrivée à Strasbourg en 2014, elle travaille pour la mission locale. Après quelques années, sa responsable l’encourage à montrer ses créations lors d’une exposition dédiée aux « talents insoupçonnables de la Mission locale pour l’emploi » à la Chambre des métiers de Schiltigheim. Pour la créatrice, cette expo devient « le gros déclic ».
Camille a fait son propre meuble TV, qui posait une question : comment fixer des portières et des charnières dans du carton ? Photo : DL/Rue 89 Strasbourg
Camille crée donc son entreprise en décembre 2019. Elle constate qu’elle doit devenir sa propre community manageuse, sa propre comptable, et qu’elle doit apprendre à se vendre. L’artisane se lance sur Facebook et Instagram, où près de 500 abonnés la suivent. Toutes ces casquettes pèsent lourd par moment, et lui prennent du temps :
« Au début je n’étais pas très réseaux sociaux… J’ai dû demander des conseils à ma sœur de 16 ans ! Heureusement, je suis très bien entourée amicalement : une amie graphiste m’a aidée pour le site internet. »
La passion d’un matériau qui « peut tout faire »
Quand elle n’est pas sur une commande en cours, Camille réfléchit, fait des tests pour trouver de nouvelles techniques. Cette agilité lui a permis de résoudre un problème de portes lors d’une commande d’armoire. Comment mettre des charnières sur une structure en carton ? Finalement, l’artisane a opté pour un système de contreplaqué, pour pouvoir enfoncer des vis dans une matière assez dense.
Camille Renton-Epinette tient à ce que ses vernis et peintures ne soient pas polluants. Elle se les procure dans la région. Photos : DL/ Rue 89 Strasbourg
À regarder la bibliothèque qui trône dans son atelier, le néophyte est tenté de se demander comment elle pourra accueillir des kilos de livres, et s’il n’y a vraiment que du carton à l’intérieur. Pas d’armature en métal, pas de baguettes en bois pour soutenir le cadre, vraiment ? « Oui oui, un meuble en carton peut tout supporter », sourit Camille :
« Pour se laisser convaincre, il suffit d’aller voir à Ikea où les palettes qui tiennent des tonnes de meubles sont… en carton. »
Pour la bibliothèque sur laquelle elle travaille, Camille « remplit » chaque partie pour rendre l’ensemble plus solide : l’intérieur de chaque plaque horizontale est constituée de rainures de carton qui vont dans tous les sens. Ainsi, la bibliothèque peut soutenir plusieurs tonnes.
L’intérieur d’une plaque de carton horizontale, vue du dessus. C’est cette technique d’alvéoles qui permet au meuble de tenir n’importe quel poids Photo : Camille Renton-Epinette
Camille engrène d’autres qualités méconnues du carton :
« Il suffit d’avoir le bon vernis ! Les Américains fabriquent des bateaux en carton, sur lequel il est possible de naviguer. Je pourrais faire des meubles d’extérieur sans problème. Le carton tient dans la durée aussi. Peut-être pas autant que du bois massif, mais certainement quelques années. »
L’artisane précise aussi qu’on peut lui donner toutes les formes, notamment arrondies. Il suffit de couper les cannelures à l’intérieur des parois de carton pour pouvoir les courber à loisirs. En témoigne un meuble de rangement gris clair dont elle se sert dans son atelier, incurvé sur le côté.
Le meuble de rangement de Camille (maintenant dans son atelier) est la preuve que le carton peut prendre toutes les formes et même soutenir le poids d’un adulte Photo : Camille Renton-Epinette
La création et l’écologie, un héritage familial
Si son père était plutôt « bricoleur du dimanche », les talents créatifs semblent venir de son grand-père, un artiste peintre qui n’a « pas osé faire les Beaux-Arts, mais qui aurait pu ». Quelques-uns de ses tableaux ornent les murs de l’appartement de la Strasbourgeoise. Il était aussi sculpteur. Camille se souvient avoir toujours aimé fabriqué « des bagues en perles, des bougies… J’aidais mon père à monter des meubles, à couper du bois. »
Même les week-ends, Camille ne cesse pas de fabriquer, c’est un besoin viscéral. Elle brode, elle coud sur sa vieille machine Singer, elle peint, elle fait de la photo. Sans oublier son premier amour : la danse et la musique.
Digne héritière de son grand-père, elle détonnait un peu à la maison, avec sa mère « pas créative pour un sou, même pas intéressée par la déco ». Mais cette dernière lui a transmis le souci de l’environnement, raconte la jeune artisane :
« Je baigne dans l’écologie depuis toute petite. Ma mère était très système D et récup’. Avant le carton, j’allais à Emmaüs et je fabriquais des trucs en palettes. Il était évident pour moi que j’allais me balader à vélo et utiliser des peintures et vernis à base d’eau. »
Aujourd’hui, Camille utilise les vernis et peintures de l’entreprise familiale Erika, basée en Alsace, sans solvant et vendus dans des contenants recyclables.
S’appuyer sur les petites communautés
C’est en échangeant avec d’autres cartonnistes qu’elle en a appris un peu plus sur les ficelles du métier. Ils ne sont pas très nombreux en France, même si deux autres femmes cartonnistes sont actives en Alsace. Camille a pu en contacter sur les réseaux sociaux. Les échanges lui permettent de nourrir sa réflexion et d’obtenir des conseils pratiques, par exemple sur la livraison. Parmi ses références, elle cite Éric Guiomar, qui a amené le meuble en carton en France en 1993 et dont elle aurait aimé suivre la formation, ou Schmulb, un artisan qui a développé sa propre méthode. Elle s’intéresse aussi au travail des Cartons flingueurs.
La machine à coudre de sa grand-mère par alliance et les tableaux de son grand-père : Camille fait honneur à son héritage créatif Photos : DL / Rue89 Strasbourg
Aujourd’hui, Camille compte sur le bouche-à-oreille pour développer sa marque. Elle est entrée dans la petite communauté du marché des créateurs de Strasbourg. L’artisane n’a pas encore pu exposer à cause de la pandémie.
Alors elle profite de l’approche de Noël pour vendre quelques objets de décoration, faisant une entorse à son idée originelle de ne rien produire en série, de ne pas faire de stock. Camille commence à fabriquer des petites boîtes et continue avec des décorations de sapin de Noël, des calendriers de l’avent à forme sylvestre et des cartes postales. Tout est disponible dans sa boutique en ligne.
À l’approche des fêtes, Camille fait des petites décorations en série, à l’inverse des meubles qu’elle ne crée que sur demande Photos : Camille Renton-Epinette
Camille regarde l’avenir avec confiance et apparaît épanouie entre son atelier et son appartement chaleureux, animé par des miaulements intempestifs. Son quartier lui convient parfaitement, il est calme, et « pas si loin du centre-ville ». Elle qui est née en Normandie était « tombée amoureuse de Strasbourg » en rendant visite à une amie. Elle s’était jurée de venir y habiter. Maintenant, si vous croisez une belle remorque verte remplie d’une quantité inhabituelle de carton, vous savez que dans quelques semaines, quelqu’un recevra un beau cadeau de Noël : solide, mais léger comme une plume.
Le Monde consacre un article à une figure du complotisme français depuis la pandémie de Covid-19, Silvano Trotta. Ce chef d’entreprise strasbourgeois a multiplié par 10 son nombre d’abonnés Youtube en délaissant la thématique des extra-terrestres pour celle du covid.
« Pas de panique, Donald Trump a été élu. » Silvano Trotta s’exprime ainsi, le 2 décembre et calmement, sur sa chaîne Odyssée, un système d’hébergement de vidéos. Ce Strasbourgeois d’une cinquantaine d’années est un chef d’entreprise, spécialisé dans les télécoms. Rue89 Strasbourg l’avait d’ailleurs rencontré, à l’occasion d’un marché public pour l’équipement de l’Eurométropole.
Depuis quelques mois, c’est la pandémie de Covid-19 qui l’occupe. Il est persuadé que cette crise sanitaire a été provoquée par Bill Gates, le milliardaire fondateur de Microsoft, « l’industrie pharmaceutique, les gouvernements ou les trois à la fois, » comme l’écrit Le Monde dans un article qui lui est consacré.
Silvano Trotta, un Strasbourgeois devenu une figure du complotisme français Photo : capture d’écran
Selon Les Décodeurs du Monde, sa chaîne YouTube, qui était auparavant consacrée aux ovnis et aux enlèvements par les extra-terrestres, est passée de 15 000 abonnés à 170 000 quand il s’est mis à rejoindre les thèses selon lesquelles la pandémie a été orchestrée. Il est cité notamment par Eve Engerer, ce médecin généraliste de Wangenbourg-Engenthal qui a proposé sur Facebook de fausses attestations contre le port du masque.
La méthode Trotta : assurance et sources détournées
Le Monde décortique la méthode qui a fait le succès de Silvano Trotta :
« Un cortège d’exagérations, de déformations des faits, de théories complotistes et de fausses informations. Comme une vidéo de l’infectiologue américain Anthony Fauci antidatée pour le faire passer comme opposant au port du masque ; une dénonciation sans preuve d’un supposé trafic pédophile sur des sites d’ameublement ; ou encore une vidéo triomphaliste sur un pseudo-remède miraculeux au Covid-19 – vue plus d’un million de fois, puis supprimée par YouTube. »
Le Monde du 9 décembre 2020
Mais Silvano Trotta séduit également par sa manière de s’exprimer et son profil de responsable d’entreprise. Il parle depuis son bureau à Strasbourg, sobrement, doctement. Le youtuber publie de nombreuses références à l’appui de ses dires, jusqu’à 40 par vidéo ont compté Les Décodeurs du Monde, qui précisent immédiatement que certaines de ces références sont fausses, antidatées ou carrément détournées.
Le Monde a analysé dans le détail le discours de Silvano Trotta et ses origines, depuis le 11-Septembre et sa théorie selon laquelle la Lune est creuse. Le quotidien a sollicité des spécialistes de ces sujets et de ce type de communication et conclut que le Strasbourgeois a désormais « sa fiche sur l’observatoire en ligne des théories du complot, ConspiracyWatch ».
Dans une lettre ouverte, une vingtaine d’organisations demandent à la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian de faire du magasin Printemps de Strasbourg, dont la fermeture a été annoncée, un lieu dédié à l’économie sociale et solidaire.
Le 10 novembre 2020, le groupe Printemps a fait part de son intention de fermer sept de ses magasins à travers la France, dont celui de Strasbourg, dès les premiers mois de 2022. Alors que les licenciements des 180 employées débuteront en novembre et que notre société traverse une crise sociale et sanitaire sans précédent, nous, collectifs et organisations strasbourgeoises engagées pour la transformation sociale, solidaire et écologique du territoire, souhaitons vous faire part de notre préoccupation à propos de l’avenir qui sera réservé à ce site de plusieurs milliers de mètres-carrés.
Ne pas reproduire les installations de chaînes
Il s’agit désormais et très rapidement de se saisir de ce changement pour en faire une opportunité pour la vie des citoyens. Ainsi, dans le cadre du projet qui prendra la suite du Printemps, il est capital de ne pas reproduire les derniers choix d’aménagement dont les habitants et les associations n’ont pu qu’être les témoins ces dernières années, avec l’arrivée de grandes chaînes de la consommation de masse, dont les modèles reposent sur des modes de production écocidaires et socialement injustes (Primark, Five Guys, Burger King, Starbucks, etc.).
Le titre de « capitale européenne de l’Économie Sociale et Solidaire » de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg doit devenir une marque cohérente de l’aménagement de son territoire. De même, l’équipe municipale et métropolitaine récemment élue s’est engagée sur plusieurs mesures du Pacte pour la transition qui vont dans le sens de choix politiques forts dans l’installation des commerces. Parmi ces mesures, le point 9, mettre fin au développement de grandes surfaces commerciales sur le territoire, propose des pistes d’actions pour changer de modèle commercial.
Le magasin Printemps à Strasbourg pourrait fermer dès 2022 Photo : Guilhem Vellut / FlickR / cc
Des mètres-carrés en cohérence avec les valeurs de l’équipe municipale
Aussi, dès l’annonce de la fermeture du Printemps, la pétition « Transformer « Printemps » Strasbourg en lieu pour l’économie sociale, solidaire et locale » a été lancée. Celle-ci a déjà recueilli près de 1 200 signatures. Les signataires de ce courrier imaginent en effet que les 7 000 m² du Printemps pourraient aller à des projets plus cohérents avec leurs valeurs et celles affichées par l’équipe municipale : un lieu symbole de la transition accueillant des commerces solidaires et durables, des associations, des espaces d’accueil pour publics vulnérables, des zones dédiées au réemploi, au recyclage, à la réparation et à la valorisation des producteurs locaux, un lieu accessible de tous les Strasbourgeois et toutes les Strasbourgeoises.
Nos collectifs et organisations souhaitent par ce courrier porter votre attention sur cette initiative et solliciter une entrevue afin de pouvoir échanger sur la faisabilité d’un tel projet.
Nous sommes conscients des obstacles à sa réalisation, en premier lieu le coût des locaux. Néanmoins, des solutions innovantes pourraient être mises sur pied en coopération avec les associations, telles que l’utilisation de la location intercalaire, déjà expérimentée dans d’autres territoires ou des tiers lieux favorisant le réemploi, la réparation, le recyclage. Par ailleurs, la situation de crise sanitaire, sociale, environnementale et économique nous oblige à l’audace et à l’inventivité. Les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois que nous représentons attendent des actes politiques forts qui marqueront la métamorphose de notre territoire.
Le futur train de nuit Paris – Munich – Vienne intégrera Strasbourg sur son tracé. La Deutsche Bahn prévoit de lancer cette offre dès décembre 2021.
Mardi 8 décembre, la SNCF et ses homologues allemands, autrichiens et suisses ont annoncé l’ouverture de nouvelles lignes nocturnes : Zurich – Amsterdam dès décembre 2021, Berlin – Paris dès décembre 2023 ou encore Zurich – Barcelone dès décembre 2024. À l’issue de la conférence de presse conjointe, le ministre délégué aux transports Jean-Baptiste Djebbari publiait fièrement une carte des futures dessertes de nuit. Problème : Strasbourg, pourtant centrale par rapport à de nombreuses destinations, ne figure même pas sur le futur réseau ferroviaire.
Les trains de nuit reviennent – en France, mais aussi dans toute l’Europe.
De quoi surprendre de nombreux soutiens du train de nuit à Strasbourg. Dès le lendemain, l’eurodéputée (Agir) Fabienne Keller a rédigé un courrier destiné au ministre des Transports pour s’inquiéter de cette absence strasbourgeoise : « Ne pas associer Strasbourg au développement des trains de nuit en Europe me paraît être une erreur majeure. »
Le vice-président Grand Est de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut), François Giordani, estime que cette carte mériterait des explications du gouvernement :
« Ce réseau paraît aberrant par rapport aux axes traditionnels qu’on évoquait jusqu’à maintenant : Hambourg – Barcelone par la vallée du Rhin et puis Paris – Strasbourg – Karlsruhe – Munich – Bratislava. »
La Deutsche Bahn a mieux anticipé le retour des trains de nuit que la SNCF Photo : Jordan Lab / FlickR / cc
« La SNCF se raccroche au wagon »
Face à l’unique desserte française sur le réseau Nightjet, le vice-président de la Fnaut explique que « la SNCF se joint à l’initiative de trois autres pays, elle n’est pas moteur de ce projet, elle se raccroche au wagon lancé par les Autrichiens. » Une autre source proche du dossier corrobore cette explication :
« La motivation française pour le train de nuit est toute fraîche par rapport à celle de l’Autriche et de l’Allemagne. Si vous regardez le schéma, c’est la Deutsche Bahn qui le signe. Ils ont pris le leadership. Ce n’est pas un problème mais ça peut expliquer une partie de l’absence de Strasbourg. »
La SNCF hésite, la Deutsche Bahn annonce
Ainsi, mercredi 9 décembre, la communication de SNCF Voyageurs était incapable de confirmer la présence de Strasbourg sur l’un des tracés présentés : « Les arrêtés intermédiaires ne sont pas encore arrêtés ». Elle n’a pas été en mesure de mettre en relation Rue89 Strasbourg avec « l’équipe travaillant sur le partenariat des trains de nuit européens depuis quelques mois. »
C’est donc la Deutsche Bahn qui a répondu à Rue89 Strasbourg sur cette question : « Strasbourg est prévu comme étape sur la liaison Vienne – Munich – Paris à partir de décembre 2021 ». L’information a été confirmée par la société ferroviaire autrichienne Österreichische Bundesbahnen.
Des délais liés à une pénurie de matériel roulant
Interrogée sur le délai nécessaire pour ouvrir de nouvelles lignes, l’entreprise ferroviaire autrichienne a indiqué être dépendante de livraison de nouveaux wagons-lits : « Nous avons commandé 33 trains de nuit, nous en recevrons 13 en 2022 et 20 autres en 2024. »
La problématique du matériel roulant explique aussi le retard français dans le développement du train de nuit, comme l’explique Maxime Kieffer, secrétaire général du syndicat CGT Strasbourg : « Le tout-TGV a tué le train de nuit en provoquant un désinvestissement dans le matériel roulant. » Une explication corroborée par Nicolas Forien, membre du collectif Oui au train de nuit :
« Le cœur de l’investissement, c’est le matériel roulant. Pourquoi est-ce que les lignes Paris – Berlin et Paris – Vienne attendent 2023 pour démarrer ? Parce qu’il y a une pénurie de matériel roulant. On est obligé d’attendre que les commandes autrichiennes arrivent : les voitures couchettes, les voitures lits manquent. En France, les voitures couchettes qu’on a aujourd’hui datent d’il y a quarante ans. On paye ce retard et ce manque d’investissement. Le gouvernement rénove en catastrophe pour relancer la ligne Paris – Nice et Paris – Tarbes et maintenir les lignes existantes. Si on veut relancer plus de lignes, il faut commander du matériel neuf. »
La vision 2030 du collectif Oui au train de nuit
Le collectif Oui au train de nuit propose ainsi un schéma de 15 trains de nuit intra-européens pour 2030. « Avec nos propositions, Strasbourg serait reliée directement par train de nuit à Nice, Perpignan, Barcelone, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Rennes, Vienne, Budapest », explique Nicolas Forien.
« Avec nos propositions, Strasbourg serait reliée directement par train de nuit à Nice, Perpignan, Barcelone, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Rennes, Vienne, Budapest », explique Nicolas Forien, membre du collectif « Oui au train de nuit » . Photo : Document remis
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Par précaution, la préfecture du Bas-Rhin a suspendu la progression des trois projets de géothermie profonde qui existent autour de Strasbourg, en attendant les résultats d’un comité d’experts international.
La préfecture du Bas-Rhin a pris la décision de suspendre les trois projets de géothermie profonde qui sont en cours près de Strasbourg, à Illkirch-Graffenstaden, Hurtigheim et Eckbolsheim. Cette décision s’ajoute à l’arrêt définitif du puits de Fonroche à Vendenheim, actée lundi par la préfecture du Bas-Rhin suite au séisme de magnitude 3,5 ressenti vendredi dans toute l’agglomération.
Les installations de Fonroche, sur l’ancien site de la raffinerie de Reichstett, à Vendenheim Photo : Pascal Bastien / Divergence
Lors d’une rencontre avec la presse ce mardi, la préfète du Bas-Rhin Josiane Chevalier a indiqué avoir pris cette décision le même jour en concertation avec les membres du « comité de site », une réunion où siègent les élus locaux, l’État, l’exploitant Fonroche et des experts es-qualité, notamment de l’École et observatoire des sciences de la terre (EOST).
Les projets d’Hurtigheim et d’Eckbolsheim sont également portés par Fonroche et étaient en phase d’études, les travaux n’avaient pas démarré. Des constructions étaient en cours à Illkirch-Graffenstaden en revanche, mais ils ont été stoppés à l’initiative de l’exploitant, Électricité de Strasbourg, suite au séisme de novembre 2019.
Création d’un comité d’experts international
Lors de cette même réunion, les participants ont acté la création d’un comité d’experts internationaux, devant s’intéresser à la question de la géothermie profonde autour de Strasbourg. Il s’agira d’éclairer les possibilités de cette technologie pour la transition énergétique de l’agglomération, en fonction des caractéristiques géologiques du sous-sol. La composition de ce comité sera communiquée ultérieurement.
Par ailleurs, la Direction régionale de l’environnement (Dreal) est chargée d’une enquête administrative, pour comprendre l’origine du séisme de vendredi. Ses résultats seront transmis au comité de suivi et de site à la fin du mois de décembre, a promis le directeur de la Dreal, Hervé Vanlaer :
« Les séismes d’octobre peuvent être corrélés avec un test d’interférence entre les réservoirs, mené à Vendenheim. C’est pourquoi la décision avait été prise de continuer. Mais il n’y a aucune explication au séisme de décembre… Et c’est pourquoi la décision de tout arrêter a été prise. »
Un arrêt complet et définitif précisé à Vendenheim
La préfète du Bas-Rhin a également précisé qu’elle avait demandé en garantie d’une reprise des tests qu’il n’y ait pas de nouvelle secousse, le site de Vendenheim étant situé dans une zone très urbanisée :
« Les habitants autour du puits de forage de Vendenheim ont fait état de leur angoisse permanente qu’une nouvelle secousse survienne, ce qui est très difficile à vivre. La décision de fermer ce site définitivement été prise dès vendredi. »
Le protocole d’arrêt complet prévoit la baisse graduelle du débit de 1,5 mètres-cube par heure (m3/h) chaque jour, en partant d’un débit initial de 40 m3/h. Cette baisse est continue jusqu’à 15 m3/h tant qu’il n’y a pas de secousse d’une magnitude supérieure à 1,8, ni plusieurs secousses rapprochées moins intenses. À partir de 15 m3/h, la baisse quotidienne du débit doit atteindre 3 m3/h. Si toutes ces conditions sont respectées, l’arrêt complet des installations doit intervenir entre fin décembre et la première semaine de janvier.
Deux autres exploitations de géothermie profonde sont en exploitation dans le Bas-Rhin, sans que ne soit ressenti d’activité sismique gênante, à Soultz et à Rittershoffen. Ces deux installations ne sont pas concernées par les mesures visant les projets strasbourgeois.
Un collectif d’une vingtaine d’associations et de partis appellent à une nouvelle manifestation, la cinquième à Strasbourg, pour que soit retiré l’ensemble du projet de loi sécurité globale.
Le nombre d’organisations appelant à la mobilisation contre le projet de loi sécurité globale ne cesse d’augmenter. Une vingtaine d’organisations participent au collectif qui appelle à nouveau à manifester à Strasbourg, samedi 12 décembre de 14h à 17h, dont la Ligue des Droits de l’Homme, la CGT, le NPA, la France insoumise, etc.
Les organisateurs de cette cinquième manifestation demandent le retrait total du projet de loi sécurité globale. Le gouvernement avait proposé une commission pour réécrire l’article 24 de cette loi, qui prévoyait d’inclure dans la loi de 1881 sur la liberté d’expression un délit d’intention (nuire aux forces de l’ordre), ce qui était d’une part parfaitement inutile et d’autre part une brèche particulièrement malvenue dans une liberté fondamentale.
Plus de 3 000 personnes s’étaient déjà mobilisées contre la loi sécurité globale samedi 28 novembre à Strasbourg Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
L’introduction d’outils de surveillance de masse
Mais, selon la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), « les articles 21 et 22 sont toujours là et visent l’instauration d’outils de surveillance de masse comme l’utilisation des drones avec caméras par les forces de l’ordre. » La loi de sécurité globale prévoit également l’extension des prérogatives des policiers municipaux et même des agents de sécurité privés.
Elle a été qualifiée de « loi illibérale » par des médias anglo-saxons de référence, qui se sont étonnés des dispositions prévues par de cette loi pour la France alors qu’elles sont d’habitude réservées aux régimes autoritaires. Plus de 180 organisations ont signé un manifeste contre ce projet de loi qui divise jusqu’aux rangs de la majorité LREM au parlement.
Le trajet désormais habituel de la manifestation
La troisième marche contre la loi de sécurité globale, samedi 28 novembre, a rassemblé plus de 3 000 personnes à Strasbourg. Samedi 5 décembre, à nouveau 3 000 se sont déplacées, dont la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (EELV), et plus de 500 000 personnes ont bravé le froid dans plusieurs villes de France contre ce projet de loi.
La manifestation déroge aux limites des rassemblements sur la voie publique imposées par l’état d’urgence sanitaire. Cependant, les participants doivent être munis d’une attestation, de masques et respecter les gestes barrières.
L’ancien supermarché de l’Elsau doit être détruit courant janvier 2021. Le promoteur immobilier Marignan y construira une centaine de logements et 1 000 mètres carrés de surface commerciale. Une mutation profonde pour l’entrée du quartier.
Une activité inhabituelle règne sur le parking de l’ancien supermarché de l’Elsau ce samedi 5 décembre. Malgré le froid, plusieurs personnes s’activent devant le bâtiment désaffecté. Responsable de la partie elsauvienne de la Fabrique Artistique Culturelle et Citoyenne (FACC), Mouss passe le balai au pied du mur. Marc, éducateur spécialisé, scrute le sol à la recherche de seringues. Cyril, fondateur de l’association Mix’cités, graffe le portrait d’une habitante du quartier sur la façade.
Cyril, fondateur de l’association Mix’cités, graffe le portrait de Josiane Sattler, habitante engagée du quartier. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Le début du retour d’un supermarché ?
Le tag en cours suscite la curiosité de Lucas, un adolescent de l’Elsau qui se promène avec un ami. Mouss lui explique que le supermarché sera bientôt détruit pour construire de nouveaux logements ainsi que des commerces. « Quand le Leclerc était encore ouvert, c’était la bonne époque ! », commente le jeune avant de se diriger vers la station de lavage automobile en décrépitude : « Ici, on nettoyait la voiture des darons, se souvient le garçon en doudoune grise, c’était il y a plus de cinq ans. » Lucas se retourne et rejoint Cyril pour s’essayer au tag.
« Ici, on nettoyait la voiture des darons, se souvient le garçon en doudoune grise, c’était il y a plus de cinq ans. » Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
L’habitante engagée Josiane Reibel, le footballeur Michael Cuisance, le rappeur Larry… Ces Elsauviens qui font la fierté du quartier auront leur portrait graffé à l’entrée du quartier quelques semaines durant. Au courant du mois de janvier 2021, le bâtiment de l’ancien supermarché sera détruit pour entamer la rénovation de l’Elsau.
Le promoteur immobilier Marignan y construira ensuite cinq immeubles pour accueillir 1 000 mètres-carrés de surfaces commerciales et une centaine de logements, dont 36 pour le marché privé. Au milieu de cette copropriété, une nouvelle rue reliera l’entrée du quartier aux rues Rubens et Leonard de Vinci.
En haut à gauche du plan, la station de tram Elsau. La rue Watteau se trouve à gauche. Les rues Léonard de Vinci et Rubens se trouvent en bas à droite. Photo : Document remis
« Programme impulsion » d’une autre image
« L’opération s’intitule “Programme impulsion” », explique Sylvain Crouzier, directeur de l’agence strasbourgeoise de Marignan. « Notre objectif est de changer l’image du quartier », enchaîne-t-il. Pour ce faire, la rénovation du quartier commence par un terrain idéalement situé selon plusieurs experts immobiliers interrogés. Le centre-ville et la gare de Strasbourg sont à quatre stations de tram. L’autoroute A35 est à quelques centaines de mètres.
Les travaux commenceront par un premier îlot de deux bâtiments longeant la fin de la rue Watteau, près du tramway. Aux rez-de-chaussée, les 1 000 mètres-carrés sont réservés à des surfaces commerciales, dont un supermarché attendu par tous les Elsauviens. « L’idée, c’est d’abord d’attirer un commerce alimentaire, ce sera la locomotive pour faire venir d’autres commerces par la suite », assure Sylvain Crouzier.
Le premier ilot se situe sur ce plan sous la rue Watteau, à droite du petit parking voisin de l’épicerie. Photo : Document remis
Aux étages de ces deux bâtiments, 45 logements en locatif intermédiaire seront construits, puis gérés par la société Livie, filiale du bailleur social Batigère. Son responsable développement immobilier à Strasbourg, Raphaël Dufraisse, décrit les types d’appartements et les loyers prévus :
« Il y aura 20 T2 de 48 m2, 18 T3 de 55 m2 et et 7 T4 de 65 m2, tous avec balcon et place de stationnement en sous-sol. Les loyers tournent autour de 8,84 euros le mètre-carré, donc le T2 sera loué à 470 euros par mois, le T3 à 600 euros mensuels et le T4 à 670 euros par mois, sans les charges. »
Des logements en « accession sociale sécurisée »
Ensuite, trois autres bâtiments seront construits en face de ce premier ilot. Les travaux se feront presque en simultané.
L’immeuble au plus proche de l’entrée du quartier, offrira des espaces pour bureaux au rez-de-chaussée. Les étages de ce bâtiment seront occupés par 19 logements en accession sociale sécurisée.
En haut de ce plan, une future nouvelle rue pour relier l’entrée du quartier (en haut à droite) aux rues Léonard de Vinci et Rubens (à gauche). Photo : Document remis
Cécile Roussel, directrice générale Batigère Maison Familiale (BMF), décrit le processus d’acquisition et les tarifs :
« Les T2, T3 et T4 seront vendus autour de 128 000, 183 000 et 225 000 euros. L’accession sociale sécurisée permet à un potentiel acheteur d’entrer en location pendant six mois à un an. Pendant cette période, l’intéressé verse une redevance qui correspond à ce qu’il paierait à la banque si un prêt était en place. Pour un T2, cette redevance est de 500 euros par mois environ.
Ce mode d’acquisition contient une exonération de taxe foncière pendant 15 ans. Aussi, en cas de coup dur comme un divorce ou un décès, la BMF s’engage à racheter l’appartement et à proposer un nouveau logement à l’habitant. »
Vue de synthèse de l’entrée de l’Elsau une fois le « programme impulsion » achevé. Photo : Document remis
Une offre destinée aux jeunes actifs
Selon les deux salariés de Batigère, ces deux types de logements correspondent aux besoins et aux moyens d’une population jeune, qui débute dans la vie active. Cécile Roussel précise : « Un T2 en accession sécurisée correspond à un couple au revenu annuel imposable de 25 000 euros. » La directrice générale de BMF décrit les trois profils-types du public strasbourgeois ayant recours à l’accession sociale sécurisée :
« On a trois types de profils sur ce type de produits à Strasbourg : plus d’un tiers sont des jeunes actifs qui entrent sous le plafond de ressources de 40 000 euros par an pour deux personnes ou un couple avec deux enfants gagnant moins de 58 000 euros annuels. Ce sont souvent des primo accédants. Un deuxième tiers est constitué de familles monoparentales avec un apport important. Le dernier tiers sont des personnes issues de logement social et qu’on voudrait faire accéder à la propriété. »
Deux bâtiments pour 36 logements privés
Les deux bâtiments voisins seront construits par le promoteur Marignan. Il y commercialisera 36 logements sur le marché privé à un « prix moyen inférieur à 3 000€ du mètre carré », annonce Sylvain Crouzier. Voici la liste des appartements proposés selon leur taille :
En discutant de ces futurs projets avec les personnes réunies devant le supermarché abandonné, Lucas se projette dans l’Elsau du futur. « C’est dommage, ici ça va être beau et là-bas (il désigne les immeubles du quartier ndlr) ça va rester tout moche. » « Mais non, rétorque Mouss, ça c’est le début. Après, ils vont rénover le reste du quartier. Tu vois l’école, ils vont la déplacer à l’arrêt Martin Schongauer pour construire des maisons pour les plus riches au fond du quartier. » Lucas hausse les épaules. Mouss se retourne vers le tag en cours de réalisation. Il prend une photo et envoie le portrait à Josiane, qui répond « mdr ».
Portrait en cours de Josiane Reibel Photo : prise par le jeune Lucas
Josiane Reibel a pris connaissance du projet de Marignan pour l’entrée de l’Elsau lors d’une réunion du conseil citoyen, fin novembre. En réaction à cette présentation du « programme impulsion », cette habitante engagée a rédigée une lettre au nom du conseil citoyen de l’Elsau. Elle y préconise « d’entreprendre en priorité » :
la démolition de la barre d’immeuble de la rue Watteau tel que prévue par l’ANRU,de faire en sorte que les pseudos commerces implantés rue Léonard De Vinci disparaissent,de redonner à la rue Watteau un aspect convivial et sécuritaire en y mettant les moyens adaptés,de réglementer l’accès aux barbecues du Gazébo, voire de déplacer ces barbecues hors de l’entrée du quartier, sachant que l’œuvre artistique a toute sa place à cet endroit. »
« Cette chronologie des travaux nous semble incontournable »
Dans cette lettre, le Conseil citoyen l’admet, « notre demande ne sera pas facile à satisfaire, compte tenu des délais incompressibles et des négociations à mener avec la copropriété du bâtiment subsistant rue Watteau, mais cette chronologie des travaux nous semble incontournable. À défaut, le projet idyllique de Marignan pourrait se transformer en situation cauchemardesque. »
Côté Marignan, les travaux doivent démarrer à court-terme, comme l’annonce Sylvain Crouzier : « Nous avons pour objectif de démarrer les travaux début 2021, avec une première partie de livraison début 2023 et qui s’étalerait jusqu’à 2024. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Jouez un rôle actif dans la préservation de la pluralité médiatiquePlongez en illimité dans nos articles et enquêtes exclusivesParticipez librement à la discussion grâce aux « identités multiples »
Accusé de harcèlement sexuel sur deux de ses ex-employées et une stagiaire, l’ancien directeur de la Maison des associations, Patrick Gerber, a difficilement répondu aux questions du tribunal correctionnel de Strasbourg mardi matin. Le Parquet a requis un an d’emprisonnement avec sursis.
Après des heures d’audience où lui ont été répétés ses gestes et ses propos sexistes ce mardi 8 décembre, Patrick Gerber a tout de même admis une chose devant le tribunal correctionnel de Strasbourg : il a bien 55 ans.
Questionné sur son âge Patrick Gerber avait corrigé le président du tribunal Olivier Ruer, en précisant qu’il avait « bientôt 56 ans. » L’échange a été qualifié de symptomatique par le juge, qui a eu bien du mal à obtenir des réponses claires à ses questions durant l’instruction des faits de harcèlement sexuel en 2017 et 2018 qui sont reprochés à l’ancien directeur de la Maison des associations de Strasbourg.
Le directeur rejette les accusations
Cet article fait partie de l’édition abonnés.
| Déjà abonné ?
Connectez-vous
Abonnez-vous maintenant pour poursuivre votre lecture
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Dans une tribune, le Chaudron des Alternatives dénonce les conséquences du projet Europa Vallée, un « vaste projet d’aménagement en Centre-Alsace qui artificialiserait 150 à 250 ha de terres agricoles dans le Ried, entre Rhinau, Diebolsheim et Sundhouse. »
« Europa Vallée est le nom d’un projet de complexe hôtelier souhaité par l’entreprise Europa Park sur le modèle d’un « Center Park ». L’emprise du projet évoquée par l’entreprise allemande serait de 150 à 250 hectares entre les communes de Sundhouse et Diebolsheim. La commune de Rhinau serait dans une moindre mesure également impactée.
Opacité contre protection de la nature
Europa Park avance sur ce projet avec la plus grande opacité. Depuis 2018, il est vaguement évoqué dans les conseils municipaux de Rhinau, Diebolsheim et Sundhouse. Mais ce n’est qu’en mars 2020 que des éléments ont été publiés dans la presse par Rue89 Strasbourg suite à la découverte d’une lettre de soutien sans retenue signé par l’ancien préfet et par des responsables de la région Grand Est et du département. Jean-Luc Marx, Frédéric Bierry et Jean Rottner y expriment leur plein enthousiasme face aux ambitions de l’entreprise allemande en France – quand bien même aucun projet n’aurait encore été présenté !
Nous rappelons que le patrimoine naturel du Ried rhénan est reconnu par de nombreux classements nationaux, européens et internationaux : Zones Naturelles d’Intérêt Faunistique et Floristique, réseau Natura 2000, Zone Humide Remarquable, site Ramsar qui valent aux zones humides du Rhin supérieur une reconnaissance internationale.
Il y a encore quarante ans, ces espaces étaient constitués de vastes prairies extensives où s’épanouissaient les Courlis cendrés, où fleurissait une mer bleue d’Iris de Sibérie – des espèces autrefois communes qui ont quasiment disparues du paysage alsacien. Nous savons que ces prairies peuvent être restaurées comme cela a déjà été fait et qu’elles peuvent ainsi retrouver leur biodiversité d’autrefois.
À Sundhouse et à Diebolsheim, les agriculteurs s’inquiètent de voir le projet « Europa Vallée » empiéter sur leurs terres (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc).
Trafic problématique
L’impact environnemental de ce projet serait accentué par le recours intégral au trafic routier pour y accéder, au vu de l’absence de tout transport en commun. La concentration des hébergements dénaturerait non seulement le site, mais saturerait tous les accès à la riveest du Rhin.
Cette structure accentuerait encore les difficultés liées au transport puisqu’elle attirerait une partie du trafic actuel en direction du parc. Visible d’une grande partie de la plaine en passant au-dessus de deux réserves naturelles (Taubergiessen et Ile de Rhinau), le téléphérique dénaturerait aussi le paysage rhénan et causerait une grave nuisance au déplacement des oiseaux, alors que le Rhin est un haut-lieu de passage pour la migration.
Nous dénonçons le manque de cohérence des actions publiques en ce qui concerne la préservation de notre environnement.
« Un autre avenir pour le Ried »
En Alsace c’est une véritable explosion de projets d’artificialisation des terres agricoles : Grand Contournement Ouest de Strasbourg dans le Kochersberg, les entrepôts Amazon à Ensisheim et Dambach-la-Ville (bien qu’en principe abandonnés), l’entrepôt Huawei dans l’Eurométropole, Europa Vallée dans le Ried, etc. Les terres agricoles et les milieux naturels alsaciens semblent aujourd’hui vendus au plus offrant.
Notre collectif pense qu’il existe un autre avenir pour le Ried de Rhinau – Diebolsheim – Sundhouse que d’être définitivement détruit au bénéfice d’Europa Park. Et pourquoi pas une autre étude cette-fois, de renaturation du Ried ?
Le chaudron des alternatives et ses premiers cosignataires :
Extinction Rébellion Strasbourg Alternatiba Strasbourg Les Amis de la terre France Le collectif GCO Non Merci L’association Nature Ried d’Erstein L’association Le Ried Bleu Serge Dumont, réalisateur du film « Le fleuve invisible » Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN) de Centre Alsace L’association NARTECS (Nature Aménagement Réfléchi Territoire Environnement Culture Sauvegardés) L’association Les Amis de la Confédération Paysanne d’Alsace L’association Nature et Vie L’association Naturhena Les Ecocitoyens d’Ebersheim L’association Tieffenbach Environnement Le collectif Réseau Urgence Climatique et Social Sud Alsace (RUCCSA) Alternatiba Soultz L’association Schillik Écologie Le groupe local ATTAC Haut-Rhin L’association « Réserve du Bischnoï » Le Collectif Citoyen de Guebwiller Le Collectif Agir pour le Pays de Sierentz (CAPS 68) Le Pain de la Vigne à Sélestat
La décision sur l’avenir des « déchets ultimes » entreposés dans les anciennes mines de potasse à Wittelsheim est imminente. La pression augmente autour de la ministre Barbara Pompili.
Le gouvernement remontera-t-il à la surface une partie des milliers de tonnes de déchets toxiques enterrés de manière « réversible » dans l’ancienne mine de potasse à Wittelsheim ? Ou laissera-t-il les galeries s’effondrer sur ces barils et à terme communiquer avec la nappe phréatique d’Alsace ? La décision de la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili est imminente, pour la fin de l’année 2020 ou début 2021. Et nombre de parties prenantes craignent qu’un confinement total du sous-sol soit privilégié.
C’était en février 2019 et le ministre de l’Écologie s’appelait encore François de Rugy. Sous la pression des élus alsaciens, l’éphémère ministre concède une nouvelle « étude complémentaire ». Le temps de publier un cahier des charges et d’attribuer le marché, plusieurs mois passent. Début 2020, le confinement fait perdre de nouveaux mois et les conclusions des bureaux d’études Antea et Tractebel, « un groupement qui n’est jamais intervenu sur le sujet de StocaMine » selon les Mines de potasses d’Alsace (MDPA), étaient attendues à l’été 2020.
Quel avenir pour les déchets de l’ancienne mine de sel de Wittelsheim, comme ce Bigbag de déchet contenant de l’amiante dans une galerie de stockage à 500 mètres de profondeur sous terre (photo Pascal Bastien / Divergence ).
Deux nouveaux scénarios
Aujourd’hui nous sommes début décembre et Barbara Pompili, quatrième ministre de l’Écologie du quinquennat, est depuis quelques semaines en possession de ces conclusions. La ministre s’est récemment entretenue en visio-conférence avec des élus du Haut-Rhin et du Grand Est.
Pour faire simple, trois options sont désormais présentées : un confinement immédiat, une remontée d’environ 10% des déchets jusqu’en 2025, suivie d’un confinement de la mine jusqu’en 2027, ou encore un début de confinement, un déstockage, suivi de la fin des opérations de confinement, qui permettrait de remonter jusqu’à 25% des 41 700 tonnes de barils et « big bags » entreposés, ces déchets « ultimes » que l’on ne sait pas traiter.
Député de la circonscription et co-rapporteur de la mission parlementaire, Raphaël Schellenberger (LR) souhaite le déstockage de 25% et veut « pousser à cet arbitrage ».
« Nous sommes face à un dossier où la complexité technique a pris le dessus. Il faut un choix politique fort pour donner un sens à la décision et confiance dans la parole de l’État. Surtout qu’il y a un consensus : on ne pourra pas tout remonter, notamment le bloc 15 à l’origine de l’incendie ou encore les Refiom (résidus d’épuration des fumées d’incinération des ordures ménagères, ndlr). »
Les arguments du confinement des déchets
Le 17 novembre, le nouveau sénateur du Bas-Rhin Jacques Fernique (EELV) a eu l’occasion d’interpeller Barbara Pompili lors d’une audition. Déjà en possession de l’étude, elle répondait alors :
« On va avoir des choix à faire sur ce qu’il est encore possible de retirer avant que [la mine] ne s’affaisse, combien de temps on a ? Est-ce que ça vaut la peine oui ou non, au regard de ce que l’on peut retirer, et de ce qu’on en fait. Où on les met [les déchets toxiques] ? Et du risque qu’on fait peser sur les hommes et les femmes qui vont aller récupérer ces colis ? Je regarde les résultats de l’étude à l’aune de ces éléments-là. »
Des premiers mots qui n’avaient guère convaincu Jacques Fernique. « Quand j’entends ses réponses, j’ai l’impression qu’elle prépare les arguments pour ne rien faire ».
Président de la mission parlementaire de 2018, le député du Bas-Rhin Vincent Thiébaut (LREM) avoue avoir « du mal à se positionner ». Sur le plan technique, il esquisse les arguments pour le confinement. Selon lui, des considérations différentes s’entrechoquent :
« Si on fait une lecture froide et pragmatique de l’étude, il faut confiner. C’est le moins risqué et rater cette étape serait le pire. Les projections les plus pessimistes estiment à 0,07 m3 de saumure par an, avec des traces de pollution, dans une nappe phréatique de 35 000 m3. La pire menace pour la nappe est bien l’activité de surface, notamment la pollution liée aux médicaments, pas celle des anciennes mines. Barbara Pompili s’est engagée à ce que la somme non dépensée dans le déstockage serait redéployée dans la protection de la nappe. Mais il est vrai qu’il y a une volonté des élus et des citoyens de remonter des déchets et il faut la prendre en compte. En cas d’accident, il faudra néanmoins poser la question du partage de la responsabilité pénale avec celles et ceux qui souhaitent cette orientation. «
Le confinement immédiat est estimé à environ 60 à 80 millions d’euros, contre 120 à 160 millions pour les options de déstockage partiel.
Le risque la perte de confiance
Bruno Fuchs (Modem), autre co-rapporteur de la mission parlementaire de 2018, est d’accord sur un point : le confinement immédiat est moins risqué. Mais c’est négliger un autre risque selon le député :
« Quel que soit le scénario, l’acceptabilité localement n’est pas acquise. Il faut que la ministre nous dise comment la décision sera prise. Est-ce qu’elle décide seule dans son bureau, comme François de Rugy, ou est-ce qu’il y a un débat public mature, à l’heure de la Collectivité européenne d’Alsace qui marque une étape de décentralisation ? Il y a un risque politique qui va bien au-delà de Stocamine, qui est la parole de l’État. On sait qu’il est possible techniquement de remonter des choses. Je ne veux pas prendre la responsabilité d’une décision qui permettra de dire que dans 300 ans, l’État n’a pas tout fait pour remonter des déchets toxiques enterrés sous la nappe phréatique. »
L’élu haut-rhinois a sa préférence personnelle pour un autre scénario, proposé dès 2018 par le BRGM, qui permettrait d’extraire 20 à 25% « des déchets les plus dangereux ». Une piste « plus compliquée juridiquement », reconnaît-il. L’option la plus ambitieuse désormais prévoit que seuls les barils et les sacs les plus accessibles soient remontés.
« Ne plus traîner »
Porte-parole du collectif d’opposants Destocamine, Yann Flory s’inquiète des premiers échos de ces échanges entre politiques. Il espère pouvoir faire entendre la demande des habitants pour la remontée de barils, quitte à ne plus demander le déstockage total, position pourtant historique de l’organisation :
« Nous voyons bien que le déstockage massif est le scénario le plus risqué, mais dans les nouveaux scénarios, certains présentent un risque modéré. Si on a l’occasion de s’entretenir avec la ministre, on aimerait proposer une alternative : se donner comme objectif de tout remonter, quitte à confiner ce qu’il reste si les conditions matérielles ne le permettent plus. C’est un scénario qui implique de la confiance réciproque, ce qui a fait défaut dans ce dossier. L’État se fixe la date de 2027 comme limite, mais c’est un argument juridique. La durée de vie du stockage temporaire était de 30 ans, mais le BRGM proposait un déstockage qui se terminerait en 2031. Le projet a tellement changé que cette date limite peut être repoussée. »
Le 17 novembre, Barbara Pompili assurait que le gouvernement « ne va plus traîner sur cette affaire ». Les eurodéputés écologistes français viennent de lui écrire pour lui demander « preuve de bon sens et de courage politique là où [ses] prédécesseurs en ont maqué » pour éviter « une bombe à retardement ». L’ancienne députée écologiste risque de faire des déçus dans le Haut-Rhin et chez ses anciens amis.
La préfecture du Bas-Rhin met fin à l’activité de la centrale géothermique portée par Fonroche au nord de Strasbourg, suite aux trop nombreux séismes ressentis.
La préfète du Bas-Rhin a signé lundi un arrêté « d’arrêt définitif » du puits de géothermie profonde à Vendenheim. Cette décision fait suite aux trois tremblements de terre au nord de Strasbourg vendredi 4 décembre, dont le plus fort d’une magnitude de 3,59 ressenti fortement jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde.
« Principe de précaution »
Par communiqué, Josiane Chevalier invoque le « principe de précaution et de protection des populations » :
« Ce projet, implanté dans une zone urbanisée, n’offre plus les garanties de sécurité indispensables et doit donc être stoppé. »
La représentante de l’État rejoint donc la demande de nombreux élus locaux à Strasbourg et autour, dont la présidente de l’Eurométropole Pia Imbs. Elle rappelle qu’une enquête administrative sur le fonctionnement de l’installation a été lancée.
Vendredi 4 décembre, la société Fonroche, qui a investi 90 millions d’euros dans ce projet d’exploitation de la chaleur du sous-sol, voulait se « donner un temps long », afin d’étudier les secousses et « revenir vers le territoire » avec « des options » techniques. Elle n’aura pas eu l’occasion de les présenter.
Les installations de Fonroche, sur l’ancien site de la raffinerie de Reichstett, à Vendenheim Photo : Pascal Bastien / Divergence
D’autre projets près de Strasbourg
Trois autres puits de géothermie profonde sont en projet aux alentours de la capitale alsacienne : l’un à Illkirch-Grafenstaden, à l’arrêt mais dont les travaux ont été effectués par Électricité de Strasbourg, tandis que deux permis de forer sont déposés par Fonroche à Eckbolsheim et Hurtigheim.
Plus de deux ans après les faits, le procès de l’ancien directeur de la Maison des associations pour harcèlement sexuel sur deux ex-employées et une stagiaire d’une association doit s’ouvrir ce mardi devant le tribunal correctionnel de Strasbourg.
L’enquête de police avait été rapidement bouclée mais la procédure judiciaire aura pris son temps. Après deux reports, le procès de l’ancien directeur de la Maison des associations est prévu mardi 8 décembre devant le tribunal correctionnel de Strasbourg. Patrick Gerber, 57 ans, est accusé de harcèlement sexuel sur deux ex-employées et sur une stagiaire de l’UFC – Que choisir 67, association hébergée dans la structure de la place des Orphelins.
En novembre 2019, les militantes du collectif Entendre, Croire, Agir, s’étaient donné rendez-vous sur le parvis du Palais de justice pour soutenir les victimes. En raison du coronavirus, l’audience de mardi est inaccessible au public. Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
L’affaire avait été révélée par Rue89 Strasbourg. Ces trois jeunes femmes avaient eu à subir les gestes déplacés, les propos sexistes et les comportements intrusifs de Patrick Gerber, pendant plusieurs mois pour Louise et Nathalie, les deux ex-salariées alors âgées de 28 et 35 ans, et pendant une seule journée, traumatisante, pour Isabelle, alors âgée de 25 ans.
« Hâte que cette histoire se termine »
Elles ont toutes les trois porté plainte pour harcèlement sexuel. Louise a déménagé à l’autre bout de la France. Elle a fait le voyage pour être présente à l’audience de mardi :
« Le monde associatif strasbourgeois est tout petit… J’avais l’impression que l’ombre de M. Gerber planait sur chaque mission potentielle… J’ai préféré partir et j’ai bien fait, ça m’a permis de me reconstruire. »
Louise se dit « un peu tendue » mais elle a « hâte que cette histoire se termine, » d’autant que le volet social de l’affaire, devant le tribunal des prud’hommes, attend la décision du tribunal.
Isabelle a repris sa vie d’étudiante. Elle s’est « réinscrite aux concours » après une année de découragement et de dépression :
« Je relis le dossier et tout ça est encore très vif. J’ai très très peur de ne pas pouvoir supporter qu’on m’explique que ces gestes “n’étaient pas si graves” ou ce genre de truc… Je redoute l’audience, dans la mesure où elle sera quasiment à huis-clos à cause du Covid. J’aurais apprécié d’avoir le soutien de mes proches dans la salle. »
Un procès pour la cause
Les victimes espèrent que l’audience permettra de faire progresser la lutte contre le sexisme. L’association contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) s’est constituée partie civile. Juriste de l’association, Marylin Baldeck détaille :
« Pour les victimes, il est important que ce procès rejaillisse collectivement. Nous sommes là pour les soutenir et amplifier leur voix. Je note que l’enquête dans ce dossier a été exemplaire et complète, ce qui est très rare dans ces affaires, et qu’elle montre à quel point des remarques et des regards permanents sur ces femmes peuvent rendre impossible le travail dans ces conditions. »
Si l’enquête est aussi complète, c’est parce que Me Thomas Steinmetz, l’avocat de l’ancien directeur, a demandé un supplément d’information qui a été accordé par le tribunal. Mais pour Me Amandine Rauch, avocate de deux des trois victimes, l’effet boomerang de ces nouvelles auditions sera terrible :
« M. Gerber a cité plusieurs personnes en pensant qu’elles viendraient à son secours et il n’en a rien été. Sa plus proche collaboratrice parle de lui comme d’un “harceleur moral en puissance.” Deux autres anciennes collègues ont décrit les mêmes mécanismes, déjà présents plusieurs années auparavant dans une autre association… »
Contacté, l’avocat de Patrick Gerber, Me Thomas Steinmetz, n’a pas souhaité faire de déclaration avant l’audience de mardi.
En 2019, chaque habitant de l’Eurométropole de Strasbourg a produit 451 kilos de déchets. Une fois jetés dans la bonne poubelle, ces déchets débutent un long voyage. Un parcours complexe, avec parfois une destination finale lointaine : la Slovaquie.
20h30, le dîner est fini. On débarrasse la table. La bouteille d’eau vide est jetée dans la poubelle. Encore faut-il savoir laquelle…(indice : pas la bleue). Ce geste quotidien, et au premier abord anodin, signe le début d’un long voyage pour cette bouteille. En 2019, les 491 409 habitants des 33 communes de l’Eurométropole ont produit 221 476 tonnes de déchets, soit 451 kilogrammes par habitant.
Au sein de l’Eurométropole, la collecte des déchets s’effectue grâce à deux ramassages hebdomadaires. Un premier passage enlève les poubelles jaunes qui contiennent papiers, cartons, bouteilles et flacons en plastiques ainsi que les emballages métalliques. Le second collecte les poubelles bleues contenant les déchets ménagers résiduels. C’est-à-dire les ordures ménagères, pots en plastiques (comme les yaourts) et emballages en polystyrène. Quant au verre, son ramassage se fait par apport volontaire dans les bacs.
Direction l’incinérateur
Après collecte, les déchets connaissent deux destinations selon le type de poubelle. Les ordures ménagères sont transportées dans l’unité de valorisation énergétique (UVE), c’est-à-dire l’usine d’incinération Sénerval sur l’île du Rorhschollen. Là, elles sont brûlées pour fournir de la chaleur et de l’électricité aux Strasbourgeois. Cependant l’usine d’incinération a connu de gros problèmes de rénovations et de dysfonctionnements. Et elle n’a pas pu assurer sa mission en 2018. Elle est redevenue opérationnelle en fin d’année 2019.
L’incinérateur de Strasbourg, opéré par la société Sénerval Photo : GK / Rue89 Strasbourg
Après incinération, les cendres des déchets ménagers servent à fabriquer du mâchefer, une matière utilisée à la couverture des chaussées.
Qu’est-ce qui est jaune et qui voyage ?
Pour la poubelle jaune, c’est bien plus complexe. Son contenu est amené au centre de tri de l’Alsacienne de Tri d’Emballages Ménagers (Altem) près de l’île du Rorhschollen au sud du Port autonome le long du Rhin. S’y déroule la deuxième grande étape de leur voyage : le tri. Jusqu’à 1 000 tonnes de déchets des habitants de l’Eurométropole sont triées au centre d’Altem chaque semaine.
Pile de déchets réceptionnés dans le centre de tri Photo : FS / Rue89 Strasbourg
Arrivées sur place, les ordures connaissent un long parcours pour être séparées selon leur composition. Tout d’abord un aimant extrait les emballages métalliques. Ensuite, un trieur optique sépare les déchets restants. C’est-à-dire que chaque détritus est éclairé et trié selon sa couleur. Cette étape permet de séparer les bouteilles colorées et opaques de leurs homologues transparentes. Enfin, intervient un dernier tri par les employés. À la fin du processus, les détritus sont séparés en huit catégories : les journaux et revues, les bouteilles plastiques opaques (PEHD), les bouteilles plastiques translucides (PET clair), les bouteilles plastiques colorées (PET foncé), les emballages en aluminium, les emballages en acier, les emballages en cartons et les briques alimentaires.
Le centre de tri extrait aussi les refus de tri, ces déchets qui n’auraient pas dû être jetés au recyclable. Ils sont ensuite emmenés à l’UVE, 500 mètres plus loin.
Selon Cyril Besson, adjoint responsable au département Collectivités de Schroll, cela concerne près d’un déchet sur cinq :
« Les refus de tri représentent 15 à 18% des déchets réceptionnés. Il s’agit principalement de bâches plastiques, de plastiques non recyclables, de nourriture ou de verre. »
Une fois séparés, les déchets sont récupérés par les acteurs du marché de la valorisation, dernière étape du voyage. Cette phase consiste à transformer les déchets soit en énergie (valorisation énergétique), soit en produits recyclés (valorisation matière).
Entrent alors en scène les négociants, qui revendent les matières dans 14 usines de 5 pays d’Europe.
Papiers et cartons, c’est Strasbourg ou l’Allemagne
Les déchets triés et conditionnés en ballots sont donc revendus par des négociants, intermédiaires entre l’Eurométropole et les recycleurs finaux.
Schroll et Suez assurent respectivement le négoce des déchets papiers tels que les journaux et revues et celui des emballages cartons. « Nous les envoyons dans deux usines de valorisation puisque nous ne disposons pas de l’infrastructure nécessaire », précise Cyril Besson. Plus précisément, ces déchets sont revendus auprès de papeteries en France et en Allemagne. Selon l’Eurométropole, les deux tiers (65%) sont traités par la papeterie Blue Paper à Strasbourg. Le reste est divisé entre celles de Papierfabrik Palm à Wörth-am-Rhein et Aalen (21%), DS Smith à Endingen (12%) et Suez à Ölbronn-Dürrn (1%). Toutes sont situées à moins de 200 kilomètres de Strasbourg.
« En France, il y a 7 millions de tonnes de papiers à recycler chaque année mais les papeteries françaises ne peuvent en traiter que 5 millions. »
Cyril Besson, adjoint responsable au département Collectivités de Schroll
Ces filières varient selon les prix. La papeterie Norske à Golbey, dans les Vosges, est un repreneur régulier du papier de l’Eurométropole.
Journaux et revues prêts à être transportés par camion Photo : FS / Rue89 Strasbourg
Une fois arrivé dans la papeterie, le papier est désencré et transformé en pâte à papier recyclée. Mais avant de redevenir du papier, l’entreprise ajoute systématiquement de la fibre vierge à la pâte, il n’est donc pas recyclé à 100%. « Le papier a une durée de vie de 5 à 7 cycles. Après, la fibre du papier se dégrade et il faut ajouter de la fibre vierge », détaille Gabriel Langlois, directeur des achats de papiers récupérés de Norske.
Les métaux entre la Normandie et le Luxembourg
Suez assure également le négoce des emballages acier et aluminium.Selon Sandrine Gauthier, cheffe du service Collecte et valorisation des déchets de l’Eurométropole, Nextmetal, à Isigny-le-Buat (Manche), recycle l’ensemble des emballages en aluminium. Ceux en acier vont, quant à eux, au Luxembourg, dans les usines Boone ArcelorMittal de Differdange et Belval.
Sur ces sites, les déchets métalliques sont broyés et fondus à 1 600°C pour être transformés en plaques, bobines, barres et fils pour l’aluminium ou en plaques et lingots pour l’acier. Avant fonte, ils sont passés dans un four à basse température pour éliminer les impuretés.
L’acier recyclé devient ensuite boîtes de conserve, canettes, armatures à béton, il peut aussi servir dans la fabrication d’appareils ménagers ou de pièces automobiles. L’aluminium sert, quant à lui, également dans la confection de boîtes de conserve et canettes, mais aussi de papier aluminium, barquettes, bombes aérosol, pièces d’appareils ménagers ou automobiles…
Balles de cartons pressées qui seront transmises à Suez Photo : FS / Rue89 Strasbourg
Plus près d’ici, l’entreprise Recycal collecte le verre déposé dans les conteneurs de l’espace public. Il le stocke dans une plateforme à Oberschaeffolsheim avant de l’expédier à Owens-Illinois Manufacturing dont les verreries sont dans les Vosges (Gironcourt-sur-Vraine) et en région lyonnaise (Chazelles-sur-Lyon et Veauche). Contactée, l’entreprise américaine, qui n’a pas donné suite à nos demandes d’interviews, est notamment spécialisée dans la fabrication de bouteilles de bière. Selon l’Eurométropole, le verre est fondu pour être réutilisé.
Les plastiques, un peu en France, beaucoup en Europe
Pour les plastiques, plusieurs partenaires se partagent le marché. Une moitié des déchets plastiques est reprise et revendue par Semardel dans l’Essonne, et l’autre par des entreprises européennes dont les noms n’apparaissent pas dans le rapport annuel sur la valorisation des déchets. Les déchets sont toutefois expédiés directement depuis le centre de tri d’Altem vers les usines de recyclage.
« Nous privilégions le recyclage en France, mais cela dépend aussi des capacités d’accueil. Sur des territoires frontaliers, la proximité géographique est aussi prise en compte. »
Daniel Surmont, responsable valorisation de Semardel
Ainsi, certains déchets plastiques partent vers des usines allemandes car plus proches que certains sites français.
Balles de bouteilles plastiques pressées Photo : Pixabay
Malgré ce discours, les déchets plastiques de l’Eurométropole vont bien plus loin que l’Allemagne. Une grande partie des déchets PET foncés ainsi qu’une partie des PET clairs sont acheminées vers la Slovaquie, à l’usine Kras de Banská Bystrica. En France, ces déchets PET clairs sont traités par Plastipak, basée à Sainte-Marie-la-Blanche (Côte-d’Or), et Wellman, dans les usines de Neufchâteau (Vosges) et Verdun (Meuse). L’usine de Verdun recycle également des PET foncés. D’autres PET foncés partent aussi en direction de la Belgique, à Wielsbeke, pour être recyclés par Matco Plastics.
Le trajet des bouteilles opaques plus épaisses (PEHD), comme les bouteilles de lait, est plus simple. Elles vont toutes à Lünen, en Allemagne (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), dans l’usine de REPlano. À l’exception de l’usine Kras en Slovaquie, aucune usine de recyclage n’est à plus de 350 kilomètres de Strasbourg.
Par la suite, toutes les bouteilles sont nettoyées puis broyées en granulés. Les bouteilles claires servent à fabriquer de nouvelles bouteilles, tandis que les bouteilles colorées deviennent de la fibre pour l’industrie textile. Les bouteilles et flacons opaques sont, quant à eux, transformés en arrosoirs, en sièges enfants ou en tuyaux d’arrosage.
Des filières de reventes opaques
Les entreprises négociantes refusent de communiquer publiquement sur leurs filières, ce qui rend le parcours des déchets très opaque.Seuls Citeo et l’Eurométropole connaissent l’ensemble des acteurs du recyclage.
« Tous les trimestres, les collectivités locales nous communiquent les tonnages recyclés et les entreprises négociantes. Ensuite, des salariés de Citeo accrédités au secret industriel veillent à la traçabilité des recyclages avec les repreneurs, et au respect des normes européennes de recyclage. »
Christophe Neumann, responsable de la région Grand Est chez Citeo
Citeo est un éco-organisme – société privée à but non-lucratif, qui organise et développe le recyclage des emballages en France, mission que lui a déléguée L’État. Les entreprises produisant des emballages financent l’éco-organisme, qui subventionne à son tour le recyclage de ces emballages. Pour percevoir ces subventions, l’Eurométropole l’informe sur la traçabilité des déchets.
Saturation des usines de recyclages
Le recours à des sites de recyclage à l’étranger s’explique par la saturation du marché national de la valorisation. « Le gouvernement demande de trier davantage mais on ne sait pas où envoyer les déchets. Les centres de recyclage sont saturés », explique Sandrine Gauthier. Cyril Besson ajoute que « lorsque les pays d’Asie du Sud-Est ont fermé leurs frontières aux déchets et les ont renvoyés (en janvier 2020 ndlr), ils ont été transférés vers les usines européennes, conduisant à une saturation du marché. »
Un constat que partage aussi Gabriel Langlois. « La fermeture des frontières a surtout impacté le marché du carton, car les Chinois étaient de gros consommateurs de cartons récupérés. »
La quantité de plastique augmente
Malgré l’interdiction de certains plastiques à usage unique depuis janvier 2020, les centres de tri reçoivent de plus en plus d’emballages plastiques. « Les arrivées de PET augmentent et on s’attend à une hausse dans le futur », prévoit Cyril Besson. Cette augmentation s’explique par le fait que les centres de tri acceptent de plus en plus de plastiques, suite à de nouvelles directives données par Citéo.
En effet, les pots, barquettes, films et sachets en plastique seront bientôt à jeter également dans la poubelle jaune. Cette extension des consignes de tri est déjà effective pour la moitié des Français depuis janvier 2020. L’Eurométropole envisage de suivre ces recommandations, mais ses centres de tri doivent s’adapter. Citeo finance une trentaine de projets de recherche en France pour une application d’ici 3 ans.
À cela s’ajoute une arrivée de « petits cartons » en hausse avec le développement du commerce en ligne. » À l’inverse, le flux de journaux diminue depuis quelques années ainsi que le flux de papier », souligne Cyril Besson.
Seulement 31% des déchets recyclés
Dans l’Eurométropole,31% des déchets collectés sont recyclés en nouvelle matière. Un taux plutôt faible en comparaison à d’autres agglomérations. « On ne peut pas comparer les performances des grandes collectivités par rapport à celles des petites collectivités. Au niveau des grandes agglomérations, Strasbourg n’est pas la plus mauvaise », tempère Sandrine Gauthier. Parmi les 16 plus grandes communautés urbaines françaises, seule Bordeaux fait moins bien, avec 27% de déchets recyclés. Plus vertueuse, la métropole de Montpellier atteint 50%. L’objectif français est d’atteindre une moyenne de 65% de déchets recyclés en 2025 sur l’ensemble du territoire. « Quasiment mission impossible pour un territoire comme Strasbourg », selon Sandrine Gauthier.
Ce faible taux de recyclage s’explique par le coût très bas de la matière neuve par rapport à la matière recyclée. Pour une entreprise, il est plus rentable de produire à partir de matière neuve, en particulier pour les plastiques qui dépendent des prix du baril. D’autant plus que le plastique recyclé est rare. Seulement 8% de la production mondiale de PET est issue du recyclage. Une rareté qui trouve son explication dans les réticences industrielles. Le plastique recyclé est d’une qualité légèrement inférieure et les entreprises privilégient la prudence dans leurs normes produit.