Pendant ce deuxième confinement, le duo de cousins composé d’un Strasbourgeois, Sleyfa, et d’un Parisien, Zerfry, poursuit sa série « Dans l’Appart » publié tous les mercredi sur leur compte Instagram. Le concept : des sons « faits maisons » enregistrés et filmés dans le studio parisien où ils se sont retrouvés confinés.
« Ça veut nous reconfiner ? Ok ! ». Sur leur compte Instagram, Sleyfa et Zerfry, les deux cousins du duo Worbhé annoncent la couleur et poursuivent la série de freestyle (dans le rap il s’agit de morceaux courts, avec ou sans thème précis) « Dans l’Appart » née pendant le premier confinement.
Au total, plus d’une dizaine de vidéos d’une minute postées chaque mercredi sur leur compte Instagram. Pas de prise de tête : les morceaux sont écrits au feeling, les clips filmés à l’Iphone par leur manager dans le petit studio parisien où ils sont actuellement confinés.
En Peul, « Worbhé », signifie « les hommes ». L’aîné des deux artistes, Zerfry, 26 ans, a grandi dans la cité de La Glacière, dans le 13ème arrondissement de Paris. Le Strasbourgeois du duo, Sleyfa, 24 ans, a grandi dans le quartier de la Meinau. Tous les deux puisent leurs influences du côté du rap français et américain, mais aussi dans la funk. « Ça m’aide beaucoup dans les sonorités que je vais interpréter », explique Sleyfa qui est aussi pianiste autodidacte.
Actif sur la scène strasbourgeoise depuis plusieurs années, Sleyfa a d’abord formé le groupe Fame, avec son meilleur ami. Le groupe évolue, change de nom et devient Galactik où Sleyfa côtoie notamment Ash Kidd, un autre Strasbourgeois qui connaît un joli succès au niveau national.
Worbhé a récemment signé au sein du label indépendant OVTP du rappeur Black M.
Journaliste indépendante et professeur d’éducation aux médias. Sujets société, inégalités, éducation, police-justice. J’aime aussi écrire sur le rap et la culture hip hop de Strasbourg et d’ailleurs.
Pas de grands projets de la ville pour l’Hôtel des Postes situé Avenue de la Marseillaise. Celui-ci est privatisé, et débité en appartements qui se monnaient cher. Si seulement l’imagination avait été au pouvoir, soupire la droite.
Suite aux séismes à répétition, l’entreprise Fonroche, qui souhaite exploiter le puits de géothermie de Reichstett / Vendenheim, essaye de convaincre les élus locaux que sa technologie est sûre. Rue89 Strasbourg était présent lors d’une rencontre à Kilstett.
Le rendez-vous est donné à 19 heures, jeudi 19 novembre. La salle de la musique de Kilstett permet une large distanciation. Semi-confinement oblige, la population ne peut participer à cette première rencontre avec la société Fonroche Géothermie. La vingtaine d’élus arrive en avance. « On ne peut pas être contre la géothermie sur le principe », lance d’emblée le nouveau maire de Kilstett, Francis Laas. « Mais il faut des garanties. La peur s’est installée dans la commune », détaille-t-il avant la séance.
Ponctuel, le directeur régional de Fonroche, Olivier Heckel, franchit la porte à son tour. Un exercice inhabituel pour lui ? Pas du tout. « Nous avons eu des rencontres sur les communes de Reichstett, Vendenheim et Reichstett dès le début, vers 2015. C’est peut-être le moment d’élargir », dit-il. À ses côtés, la municipalité a aussi invité Thierry Mosser, le président de Prom’Ober, une association opposée à la géothermie dans le bassin rhénan, pour apporter une contradiction technique. Les deux hommes échangent quelques minutes avant la mise en place.
Disussion entre Thierry Mosser et Olivier Heckel avant la rencontre. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
« On n’a pas gagné le moindre euro »
Le maire engage la soirée. Il pose quelques questions, notamment sur les assurances en cas de dégâts. À l’aise, Olivier Heckel déroule des réponses rassurantes. Les zones Seveso ? Les bâtiments y sont renforcés pour mieux résister à la sismicité. Des gaz sulfureux ? Pas présents dans le bassin rhénan. La nappe phréatique ? Les tuyaux étanches en acier triple épaisseurs ne font que la traverser (entre -2 et -60 m) pour atteindre des roches et eaux géothermales à -4 000 mètres. En somme, la technologie est très différente des pompes à chaleur comme à Lochwiller, village qui se fissure depuis 10 ans. La durée de vie de l’exploitation est estimée à « 30 ou 40 ans ».
L’ingénieur cite les deux puits de géothermie profonde en Alsace, à Soultz-sous-Forêts et Rittershoffen pour l’entreprise Roquette. « Ces succès existent, ils sont incontestables ». Plus tard, il rappellera : « On n’a pas gagné le moindre euro avec ce forage et on n’est pas prêt de le gagner, mais nos actionnaires ne sont pas fous ». Il rappelle au passage que l’entreprise n’a pas reçu de subvention pour ses projets.
La rencontre s’est tenue en préambule du conseil municipal de la commune. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Hypothèses et omission sur les séismes de 2019
« Vous nous décrivez un monde parfait », s’agace une élue du groupe d’opposition « Bien Vivre Ensemble ». Elle évoque « la tectonique des plaques qui vient de l’Italie et nous repousse » et recadre la discussion sur l’épineuse question des séismes. Les deux tremblements de terre de 2019, mais surtout les 10 événements sismiques en 15 jours entre le 27 octobre et le 11 novembre, à peine moins intenses.
« Début novembre 2019, souvenez-vous, il y a eu un séisme important dans la Drôme. On en a beaucoup parlé car il y avait une centrale nucléaire. Avec la tectonique des plaques, il y a pu avoir des répliques jusqu’en Alsace quelques jours plus tard. L’épicentre était sous la Robertsau, à 5 kilomètres du puits. On a appliqué le principe de précaution, mais il sera prouvé que ce séisme est d’origine naturelle. »
Une hypothèse qu’avait déjà formulé le précédent préfet du Bas-Rhin, Jean-Luc Marx, dès la fin 2019. Mais il y a bel et bien eu deux séismes en deux jours, dont un plus près de Vendenheim. Le rapport du Bureau de Recherche géologiques et minières (BRGM) de février 2020 indique que « l’essaim de Vendenheim est sans ambiguïté associé aux cycles d’essais conduits par Fonroche Géothermie sur la période de mars 2018 à novembre 2019 ». Le deuxième séisme n’est pas évoqué.
Olivier Heckel a pu dérouler ses explications techniques, avec assez peu de projections. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Olivier Heckel s’avance et minimise l’intensité des dernières secousses, « le dernier séisme a dû être ressenti par peu de personnes dans la salle ». Phrase qui déclenche le seul moment de brouahaha de la soirée. « On l’a bien ressenti ! », lance une voix qui s’élève au-dessus des autres. Les autres participants approuvent.
La salle est très attentive aux explications. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
La plupart des 23 élus, 18 de la majorité et 5 de l’opposition, prennent la parole. Bien informés sur le sujet, ils demandent des précisions techniques sur le forage. On parle prix de rachat de l’énergie, pression de l’eau injectée, maintenance, caractère « durable » ou non de cette énergie…
« On ne va pas se battre pour un WC »
La pluie se met à crépiter sur le toit de la salle municipale. Après une petite heure d’échanges, l’énergie retombe. On pense s’acheminer vers une conclusion. Mais le maire relance la discussion. « Vous ne m’avez toujours pas répondu sur la question des assurances », revient à la charge Francis Laas. Les élus de Kilstett ont été interpellés sur un volet roulant ou des toilettes fissurées.
« Vous ne m’avez toujours pas répondu sur les assurances », insiste le maire Francis Laas. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Cette fois-ci Olivier Heckel répond :
« Pour toute demande présentée, on diligentera notre expert, le particulier peut avoir le sien. Et s’il y a un lien de causalité, on est là pour assumer. On ne va pas se battre pour un WC. Mais il peut aussi y avoir un effet d’opportunité. »
« Avec les assurances ça va prendre tellement de temps que les gens ont le temps d’abandonner », lâche une élue, pas convaincue.
Au fond, Thierry Mosser a l’impression d’être sorti sans nouvelles informations sur le projet, qu’il suit depuis 2015. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Fin de discussion plus critique
Les dernières prises de paroles sont plus critiques. « Est-ce que vous attendez que la population se soulève ? », lance un élu, un brin provocant. Un collègue, plus jeune, abonde :
« Je n’ai pas de souvenir de séismes ressentis aussi rapprochés dans le temps. Je me rappelle de celui de 2003 je crois et rien depuis. Je suis dubitatif que l’on parle d’expérience à ce sujet, alors qu’on parle en fait de quelques puits, à des endroits où le sous-sol est différent ».
« Nous venons de façon proactive, dire ce qu’on a à dire. On est loin de se cacher », rétorque Olivier Heckel. Là encore, tout le monde n’est pas convaincu. « Seriez-vous là sans les tremblements de terre ? », interroge un participant. Flottement dans la salle.
Pour terminer, Olivier Heckel suggère aux élus de demander à la préfecture que Kilstett intègre le Comité de suivi de site (CSS), aux côtés de Vendenheim, Reichstett et Vendenheim. Cela leur permettra d’avoir accès au futur protocole de fonctionnement et aux résultats des études. Certains résultats sont attendus « au mieux sous quelques semaines ». Le maire met fin au débat « très constructif » et remercie l’ingénieur pour sa participation, « en espérant qu’on ne soit plus secoué ».
Face au manque de concertation autour de la loi de programmation de la recherche, le comité de mobilisation de l’enseignement supérieur et de la recherche de l’Université de Strasbourg appelle à la démission de la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal.
« Dans le droit fil de la lettre adressée au Président Macron par la Commission permanente du Conseil National des Universités (CP-CNU) et de la pétition qu’elle a initiée, nous, personnels et étudiants de la communauté universitaire de Strasbourg, appelons à la démission de Madame Frédérique Vidal.
Prétendant aujourd’hui ouvrir un dialogue qui intervient bien trop tardivement dans le processus parlementaire en cours de finalisation de l’adoption de la loi, les personnels et étudiants ne sont dupes, ni de la stratégie déployée au niveau national compte tenu de la période de confinement, ni des nombreuses atteintes aujourd’hui faites aux fondements de l’Université française. En outre, le processus législatif ne retranscrit pas la position commune qui résulte des différentes prises de parole, institutionnelles ou non, de la communauté universitaire.
Pour rappel, la Loi de Programmation Pluriannuelle de la recherche (LPR) devenue Loi de Programmation de la Recherche (LPR), est en discussion depuis le 1er février 2019, suite à l’organisation de consultations auprès de la communauté d’enseignement et de recherche dont il n’a été nullement tenu compte des avis. N’ayant eu connaissance du texte rédigé que le 7 juin 2020, après une sortie de confinement douloureuse, le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) a été saisi le 12 juin, dans des délais extrêmement brefs de consultation (débat de 21 heures) pour une remise de son avis le 19 juin. Le CNESER a émis un certain nombre de critiques sur le texte. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE), dans son avis du 22 septembre 2020, a lui aussi souligné les limites du texte, le budget programmé n’étant pas à la hauteur des défis présentés.
Dans la nuit, des dispositions attentatoires aux libertés académiques ajoutées
En discussion au Sénat, plusieurs dispositions ont été introduites dans le texte, dans la nuit du 28 octobre, parmi lesquelles la soumission des libertés académiques aux valeurs de la République (rédaction heureusement abandonnée), plusieurs cas de dérogation à la procédure de qualification aux fonctions de professeur par le Conseil national des universités et la création d’un nouveau délit d’entrave à la tenue d’un débat organisé dans les locaux de l’université par le fait de pénétrer ou de se maintenir dans l’enceinte de l’établissement. La commission mixte paritaire saisie en vue de rédiger un texte commun aux deux chambres a, le 12 novembre, aggravé le délit en prévoyant une infraction différente (« délit de trouble à la tranquillité ou au bon ordre de l’établissement par le fait de pénétrer ou de se maintenir dans l’enceinte de l’établissement ») et une sanction plus lourde (« délit commis en réunion, sanctionné par une peine d’emprisonnement de 3 ans et une amende de 45 000 euros au titre des atteintes à l’autorité de l’État »).
Adopté par l’Assemblée nationale le 17 novembre et en discussion devant le Sénat le 20 novembre pour l’adoption du texte définitif, la concertation avec la communauté n’est pas matériellement possible. Cette adoption dans l’urgence en période de confinement, autrement dit en profitant de la difficile mobilisation collective des personnes directement concernées par ce texte, relève de méthodes d’un autre temps et de modalités indignes d’un système démocratique : celles d’un autoritarisme qui fait fi des nombreuses pétitions, motions de conseils d’université, communiqués syndicaux ou de multiples collectifs qui ont tous exprimé des critiques majeures à l’encontre de ce texte.
Vers une saisine du Conseil constitutionnel
Les atteintes au statut de l’enseignant-chercheur, aux modalités d’exercice des fonctions de l’enseignant-chercheur, aux libertés académiques et aux libertés publiques (liberté d’expression, liberté d’association et libertés syndicales) dans l’enceinte de l’université apparaissent à nos yeux inacceptables. Le Conseil constitutionnel pourra être saisi. Mais nous ne craindrons pas de recourir aux différentes procédures permettant de faire sanctionner de telles atteintes devant la Cour européenne des droits de l’Homme.
Pour toutes les raisons qui précèdent :
Nous appelons à la démission de la ministre Frédérique Vidal et soutiendrons toutes les démarches collectives entreprises pour l’obtenir ;Nous demandons un moratoire sur le texte législatif afin d’associer dans le cadre d’un débat public contradictoire l’ensemble des enseignants-chercheurs des universités. Une étude d’impact menée en toute indépendance aurait clairement fait apparaître les limites du texte proposé. Nous interpellons le gouvernement à ce sujet afin de réaliser enfin une étude d’impact sérieuse ;Nous exigeons des mesures d’urgence en termes de postes et de moyens financiers pour lutter contre toutes les formes de précarité dans l’ESR, ainsi qu’une revalorisation immédiate des bourses des étudiants. Tous les fonds d’urgence disponibles doivent être mobilisés, y compris ceux de l’Université de Strasbourg ;Nous demandons la titularisation immédiate des non-titulaires exerçant des missions pérennes à tous les niveaux de l’enseignement supérieur et de la recherche ;Nous dénonçons la position de la présidence de l’Université de Strasbourg qui est favorable à l’expérimentation des recrutements sous contrat, par dérogation au concours de la fonction publique (procédure de qualification par le CNU) ;Nous décidons de la création d’une caisse de grève ;Nous appelons à faire grève le mardi 24 novembre, journée de mobilisation nationale, et nous organiserons un événement le même jour à 14h, dont les modalités seront précisées ultérieurement.
Mobilisé·e·s dans la lutte pour une Université publique forte, au service du bien public, pour les libertés académiques et les libertés publiques, nous revendiquons le plein exercice de nos droits fondamentaux et de notre mission au service de la construction et de la diffusion d’une connaissance inventive et indépendante. »
L’assemblée générale qui a voté cette motion était appelée par le Comité de mobilisation de l’Université de Strasbourg et soutenue par l’intersyndicale de l’Université de Strasbourg et des organismes de recherche : Solidaires étudiant.e.s Alsace, CNT-STP67, SES-CGT, SNTRS-CGT, SNASUB-FSU, SNCS-FSU, SNESUP-FSU, FO-ESR, SUD Éducation Alsace.
L’assemblée générale qui a voté cette motion était appelée par le Comité de mobilisation de l’Université de Strasbourg et soutenue par l’intersyndicale de l’Université de Strasbourg et des organismes de recherche : Solidaires étudiant.e.s Alsace, CNT-STP67, SES-CGT, SNTRS-CGT, SNASUB-FSU, SNCS-FSU, SNESUP-FSU, FO-ESR, SUD Éducation Alsace.
Élise Brolly est infirmière libérale. Fatiguée, mal protégée, confrontée à une envolée des prix du matériel de protection, elle continue d’aller à la rencontre de ses patients majoritairement très âgés, isolés souvent et touchés par la crise sanitaire.
Photos : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Il est 6h10 à la Krutenau. Une silhouette claire et menue s’échappe hors d’un immeuble dans l’obscurité silencieuse. Baskets aux pieds, un sac en tissu sur l’épaule, Élise Brolly s’avance d’un pas vif vers les deux journalistes, un large sourire sur le visage. « Ça va ? Vous n’êtes pas trop fatigués ? », demande l’infirmière, blonde, svelte et pétillante de 48 ans. Sa voix rauque, éreintée, contraste. Un stigmate laissé par son infection au Covid-19 en mars, pour laquelle elle a été arrêtée cinq semaines. D’autres symptômes sont moins visibles mais plus handicapants : la fatigue, chronique, ou les essoufflements, intermittents.
Infirmière libérale, Élise Brolly utilise énormément sa voiture. Parfois pour faire quelques mètres entre deux immeubles. C’est à l’intérieur qu’elle conserve une partie de son matériel de protection. Photo : Abdesslam Mirdass/ Hans Lucas
Ce vendredi, elle « reprend » après quelques jours de repos. Confinement ou pas, elle a toujours autant de travail : seuls deux de ses patients ont souhaité suspendre leurs soins. Masque ajusté sur le nez, elle monte dans sa voiture et commence à ranger ses affaires avant de s’interrompre. « Mince, ils ont enlevé le plastique que j’avais mis sur le siège au garage. C’est plus simple à nettoyer lorsque je désinfecte tout l’intérieur avec une lingette. » Contrairement aux unités covid en milieu hospitalier, « je n’ai pas la chance d’avoir un sas de décontamination dans ma voiture, moi », laisse échapper celle qui craint par dessus tout de retomber malade.
Assise sur une serviette de bain, elle sort d’un vide-poche deux masques FFP2, comme le sien, qu’elle nous tend. « Vos masques chirurgicaux protègent surtout les autres. Ceux-là vous protègent vous également », explique t-elle entre deux conseils sur la manière de bien les mettre. Dernier check up. Elle glisse in extremis une bouteille de gel hydro-alcoolique à côté d’elle et peut enfin partir dans la nuit.
Souvent dans sa voiture, Elise écoute la radio. Ce matin, c’est FIP. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Entre 25 et 30 patients par tournée
6h21. Première escale, au cabinet qu’elle partage avec deux associées à la Robertsau. Élise fait le plein de matériel : seringues, produits injectables, compresses et certains médicaments stockés au cabinet pour ne pas être laissés chez les patients dont elle s’occupe. Elle récupère aussi une partie des clés des appartements à visiter. Ce matin, elle a 27 patients à voir, une « tournée moyenne ». Parfois, il y en a plus d’une trentaine. Ce sont des personnes âgées pour la plupart, 75% d’entre eux ont plus de 85 ans.
En passant, Élise récupère le journal d’une de ses patientes pour le lui ramener. Photo : Abdesslam Mirdass/ Hans Lucas
6h27. La tournée commence dans un immeuble de la cité de l’Ill, à la Robertsau. Au rez-de-chaussée, une Maison des aînés. L’infirmière grimpe les étages à pied et accroche son manteau à la rampe qui court le long du couloir avant d’entrer chez Robert (le prénom a été changé). Il est l’un de ses plus vieux patients. Elle ne prête attention ni à l’odeur âcre ni aux blattes qui s’enfuient sous ses pieds en entrant. Des affaires ont été jetées en tas sur le grand lit en bois, abandonné.
Photo : Abdesslam Mirdass/ Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass/ Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass/ Hans Lucas
Robert se réveille dans son lit médicalisé, au pied d’un mur couvert de photos anciennes. Des portraits. Certains, en uniforme. Une collection de bibelots prend la poussière dans un buffet. Ici, Élise doit juste délivrer un médicament. Elle le prépare à table pendant qu’il arrive. « Hier soir, tu as mangé et tu as oublié de ranger », fait-elle remarquer en coulant un regard vers une table basse couverte de restes de repas. « Oui ». Dernier regard sur la pièce avant de partir. « N’oublie pas de manger avant de te recoucher. » « Oui oui. »
Autre étage, même immeuble. Il est 6h39. « Vous êtes toute pâlotte vous n’avez pas bien dormi ? », s’inquiète Élise en entrant chez sa patiente. Glycémie, prise de tension, ça ne va pas fort. La dame n’a pas trouvé le sommeil de la nuit. Un examen médical à venir l’inquiète. La dernière fois qu’elle y est allée, les images n’étaient pas bonnes. Elle avait été opérée dans la foulée.
Lunettes sur le nez, l’infirmière prend le temps de parcourir son dossier de santé pendant qu’à la télévision, des journalistes dissèquent le dernier discours de Jean Castex sur une chaîne d’informations en continu. Les soins sont terminés mais Élise s’attarde pour rassurer sa patiente : « Votre examen est dans un mois. Si vous continuez à vous inquiéter comme ça, ça va être un mois d’angoisse. » Elle laisse cette dame avec une recommandation, celle de se recoucher pour faire baisser la tension.
Élise Brolly part dans sa tournée avec un sac contenant les clés d’une partie de ses patients. mais quand ces derniers ont également des auxiliaires de vie, ou d’autres accompagnants, un double des clés est laissé à disposition dans une boite à code. Photo : Abdesslam Mirdass/ Hans Lucas
La peur de contaminer ses proches
Avant d’entrer juste en face, chez une autre patiente, seule, Élise nous lance les clés de sa voiture : « Je vous ai fait un thermos de café et vous ai pris deux gobelets. C’est dans le sac en tissu, dans le coffre. » Le jour pointe quand elle revient avec un mannele fait-maison sous le bras. Elle sort sa propre bouteille du sac.
D’une main, elle rajuste son calot en tissu coloré. « C’est du batik que j’ai ramené d’Indonésie. Si j’avais pensé que ça me servirait à ça… C’est une amie qui me l’a cousu sur un modèle de bloc. » Depuis le début de l’épidémie, elle ne s’en sépare plus. « Ça évite les projections dans les cheveux ». Elle a également ressorti son uniforme d’étudiante des placards, et noué par dessus, dans le dos, une blouse en coton épais qu’elle peut faire bouillir. « Je l’enlève devant la porte avant de rentrer chez moi », explique t-elle. Plus que de tomber malade, ce qui la terrifie, ce serait de contaminer ses proches :
« On y pense sans arrêt. Moi si je meurs, à la limite je m’en fiche. Bon, j’ai deux enfants que je voudrais accompagner encore un peu quand même… Mais s’il devait arriver quelque chose aux gens que j’aime… »
Elise Brolly, infirmière libétale
Même cas de conscience pour une de ses consœurs dont le mari est asthmatique. Lorsqu’un patient se met à tousser, l’inquiétude resurgit et tord le ventre.
(Photo: Abdesslam Mirdass/ studio Hans Lucas).Photo : Abdesslam Mirdass/ Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass/ Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass/ Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass/ Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass/ Hans Lucas
« Ce n’est pas dans nos attributions mais on le fait quand même »
7h12, dans un bloc voisin. Élise vient réveiller Jean-Marc (le prénom a été modifié) et prendre sa glycémie. L’homme souffre de troubles cognitifs. L’infirmière s’engouffre dans la cuisine et glisse une tasse dans le micro-onde. Sans un regard pour le papier peint déchiré partout sur les murs, elle attrape une clémentine, un petit pain et découpe un kiwi. « Préparer le petit-déjeuner, ça n’entre pas dans nos attributions mais on le fait quand même », explique t-elle en aparté. Tout petit pas après l’autre, en traînant des pieds, Jean-Marc finit par arriver à table. Élise lui enfile des chaussettes aux pieds, puis un pantalon de jogging, avant de partir.
Photo : Abdesslam Mirdass/ Hans Lucas
Ce sont les infirmières du cabinet, Élise et ses collègues, qui ont « tout enclenché » pour mettre Jean-Marc sous tutelle. Elles s’étaient aperçues de ses problèmes cognitifs. Elles, aussi, qui se sont mobilisées pour apporter à manger à Robert – le premier patient de la tournée – lorsqu’il s’est retrouvé avec d’importantes saisies sur comptes.
« C’était l’été, on n’arrivait à joindre personne. On a passé des heures à appeler », se souvient Élise, pestant contre les « longueurs administratives » à l’origine de « situations ubuesques ». La précarité ? « On est tout le temps confronté à ça », reconnaît-elle. « Beaucoup de mes patients sont des gens isolés. C’est encore pire avec le covid. La famille vient peu. Ou pas. » Privés de contact, certains se dégradent. Comme Alfred, son plus vieux patient, qui ne peut plus jouer aux cartes avec son voisin ni avec le père de sa belle-fille en raison du confinement.
« Toucher, c’est déjà soigner. Mais là, je ne peux plus… »
Élise, infirmière libérale
7h32. Élise fait un saut chez Anne-Marie (le prénom a été modifié). Ici, l’infirmière fait partie de la famille. Elle a accompagné le mari de cette dame avant son décès. La patiente lui raconte ce qui la préoccupe pendant qu’elle prend sa température et lui donne ses médicaments. En partant, elle pose brièvement une main sur son épaule. « Des fois, tu voudrais pouvoir rester plus longtemps. C’est un métier dans lequel le contact est essentiel. Toucher, c’est déjà soigner. Mais là je ne peux plus… Je ne peux plus. J’ai de plus en plus de surveillance post-covid. On a pris les mesures nécessaires. » A savoir : programmer ces visites-là en fin de tournée, pour réduire le risque de contamination. Avant, Élise lisait parfois le journal avec certains patients, en buvant un café. Désormais, c’est trop risqué.
« T’es une éponge. Les gens se confient, évoque Élise Brolly avant d’entrer chez Anne-Marie. Tout ce qui leur pèse, ils t’en parlent. Ils se déchargent. T’es la panseuse, dans tous les sens du terme » (Photos Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)Photo : Abdesslam Mirdass/ Hans Lucas
« C’était comme aller au front sans armure et sans armes ! »
8h. L’infirmière cherche une place sur un parking rempli avant de se garer près de la porte de l’immeuble. Sur son pare-brise, pas de macaron signalant sa profession. Elle ne le met plus. « Pendant la première épidémie, il y a plein d’infirmières libérales qui se sont fait casser la bagnole et voler du matériel, » raconte t-elle. « C’est arrivé à quelqu’un que je connais. On lui a pris ses gants et ses masques. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, » tonne-t-elle. À ce moment-là, ne plus avoir de matériel, c’était comme aller au front sans armure et sans armes ! »
Des blouses « de merde », qui se déchirent quand on les ouvre. Des surchaussures introuvables à moins de passer des heures sur internet. Les équipements de protections manquent toujours. Photos : Abdesslam Mirdass/ Hans Lucas
Aujourd’hui, certains équipements de protection sont toujours difficiles à trouver. Comme les surchaussures et les charlottes, qu’elle attend depuis plus d’un mois. Le matériel est aussi de moins bonne qualité. Élise déplie une de ses blouses jetables à 3 euros pièce pour montrer à quel point elles sont fragiles.
« Une prise de risques à 50 centimes »
Même problème avec les gants, dont les prix ont explosé. « Avant, je payais ma boîte de cent gants 4,5 euros. Maintenant, elle coûte entre 11 et 20 euros. C’est juste lamentable. Je refuse de donner de l’argent à des voleurs », s’emporte l’infirmière, qui explique boycotter les prestataires médicaux et commander certains équipements sur Wish. « C’est trop facile de profiter de la crise sanitaire. En tant qu’infirmière libérale ça me semble normal de payer mon propre matériel, mais pas à ce prix-là. » Elle fait le calcul :
« Sur une injection payée 7 euros bruts, vous enlevez 50% de charges. Si vous enlevez encore les 3 euros du prix de la blouse, ça fait une prise de risque à 50 centimes. »
8h55. Élise laisse derrière elle la Cité de l’Ill et celle des Chasseurs pour une petite heure. Direction la zone pavillonnaire où elle retrouve Constance, centenaire alerte et son frère Lucien. « T’as mis tes oreilles ? », demande-t-elle. « J’ai mis mes oreilles », répond Constance en haussant un sourcil malicieux. « Pourquoi ils sont là, eux ? Qu’est ce qu’ils veulent savoir ? », interroge-t-elle en nous désignant du menton. « Ils viennent voir comment travaille l’infirmière ». « Ah très bien, très bien. » Ici aussi, Élise n’a qu’un médicament à donner mais elle s’arrête un peu plus longtemps pour le plaisir. « Vous êtes mes rayons de soleil de la journée », lance-t-elle aux deux anciens. « Oh bah c’est pas trop lumineux j’espère », répond Constance du tac au tac. Retour à la voiture, avec le sourire.
Le jour vient de se lever. En quittant la cité de l’Ill, Élise passe à la boulangerie pour s’acheter quelque chose à grignoter. Bien qu’elle prenne chaque matin « un gros petit déjeuner ». Celui-ci, c’est « la pause syndicale de l’infirmière » Photo : Abdesslam Mirdass/ Hans Lucas
« Un beau métier de merde »
C’est notamment parce qu’elle « aime beaucoup les personnes âgées » qu’Élise a choisi de devenir infirmière. « J’ai toujours eu besoin d’aider les autres », se souvient celle qui, petite, « voulait toujours ramener des animaux blessés à la maison » et venir en aide aux sans-abris. « Il fallait que je fasse quelque chose qui soit utile, qui aide quelqu’un, sinon ça n’avait aucun sens pour moi. »
Après le bac pourtant, elle entre d’abord en fac de droit, le temps de mûrir son choix. C’est à 24 ans qu’elle pousse enfin la porte de l’école des soins infirmiers. Elle travaille ensuite dix ans en clinique en tant qu’infirmière de bloc. Une décision prise pour « ne plus être frustrée de ne pas pouvoir passer du temps avec les patients dans les services », frustrée de ne « plus avoir le temps de mettre des mots sur les maux ». Lorsqu’elle quitte le secteur hospitalier, elle enchaîne les remplacements, pendant deux ans. Une amie lui parle d’une associée prête à vendre sa patientèle dans un cabinet : c’est comme ça qu’elle finit par arriver à la Robertsau, un peu par hasard. C’était il y a neuf ans.
« J’aime mon métier, mais on peut dire que c’est un beau métier de merde. Surtout dans une période comme celle-là. On est mal payées. Certes, on gagne mieux notre vie qu’à l’hôpital, mais il faut épargner pour les carences (délais pour être indemnisée en cas d’arrêt maladie, ndlr), pour la retraite. Quand je pourrais la prendre, à 67 ans, je gagnerai 1 200 euros par mois. » Élise a fait le choix de travailler 16 jours par mois, ce qui lui permet de gagner presque l’équivalent d’un temps plein à l’hôpital. Mais les journées sont longues. Après la tournée du matin, il y a celle du soir. De 15h à 19h30. Entre les deux, l’infirmière met un point d’honneur à rentrer chez elle manger et faire une sieste.
Beaucoup de visites ont lieu pour des petits gestes : faire un pansement, passer une crème, faire une toilette. Élise ne les dédaigne pas pour autant. Une toilette, « c’est voir l’autre à nu, voir s’il a des marques, des bleus. C’est une autre façon d’apprendre à connaître ses patients. » Photos : Abdesslam Mirdass/ Hans Lucas
9h30, 9h47, 10h15, 10h40, 11h. Les visites s’enchaînent. Élise entre chez Claire (le prénom a été modifié) en fin de matinée pour faire des pansements. La jeune femme suit des études d’infirmière. La soignante détaille chacun de ses gestes, explique comment elle désinfecte la plaie, et quel matériel elle choisit. Enseigner, confie-t-elle, ça la tenterait bien.
Élise fait la démonstration de la « technique de l’escargot », pour nettoyer une plaie correctement, du plus propre au plus sale. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
« On apprend à se blinder »
De retour dans sa voiture en direction de la cité de l’Ill, pour voir notamment des patients chez qui elle est déjà passée plus tôt, Élise philosophe une nouvelle fois sur son métier. « On apprend à se blinder. C’est comme une peau qui se tanne au soleil. Des fois, ça m’effraie. J’ai peur de devenir insensible à des situations de la vie. » Silence. « C’est quand même dur de côtoyer la misère tous les jours. »
Marie ne tarit pas d’éloges au sujet d’Élise. Emphatique, mais un brin canaille. « Quand Élise dit : reste tranquille et met ton masque, Marie elle reste tranquille et elle met son masque. » Ou presque. Photos : Abdesslam Mirdass/ Hans Lucas
11h20. Élise s’arrête chez Marie (le prénom a été modifié), touchée par le covid il y a trois semaines. Elle a été hospitalisée. L’infirmière passe la voir depuis son retour, pour lui faire sa toilette notamment. Elle n’est plus contagieuse en théorie, mais l’infirmière sort deux surblouses de son coffre et nous les tend. Son matériel, elle l’a laissé chez Marie pour ne pas en ramener à chaque fois et faire des économies. Curieuse, la nonagénaire veut elle aussi savoir pourquoi nous sommes là. Pour suivre l’infirmière dans son travail ? Marie se lance dans une litanie entre deux essoufflements. « Madame, monsieur, sachez que je ne manque absolument de rien. Élise, elle s’occupe de tout. De tout ! Du médecin, du laboratoire, de la pharmacie. Sans elle… Je vous dis, vous pouvez vous fiez à elle ! » « Marie, garde ton souffle ! » l’interrompt Élise. Peine perdue. « Mieux, on ne trouve pas ! », poursuit Marie tandis que l’infirmière prépare son petit déjeuner. Salutations sur le perron pour enlever la surblouse et les surchaussures. « Soyez prudents et mettez bien vos masques ! » lance Marie tandis que la porte se referme.
Un dernier tour au cabinet et il est l’heure de désinfecter la voiture, en silence, avant de rentrer. Photos : Abdesslam Mirdass/ Hans Lucas
11h50. Fin de la tournée. Élise revient au cabinet. Normalement, elle y reste une heure pour faire de l’administratif. Mais pas aujourd’hui. Retour à la Krutenau pour la pause de la mi-journée. Oublier quelques heures la peur de soigner un patient malade pas encore diagnostiqué, sans être assez protégée. À 15h, il faudra y retourner.
Le conseil de l’Eurométropole de ce vendredi 20 novembre va voter des aides aux loyers pour les entreprises frappées par les conséquences du coronavirus et engager un programme de pistes cyclables pour le début du mandat. À suivre en direct à partir de 9h.
Reconfinement oblige, retour dans l’hémicycle place de l’Étoile et surtout en visio-conférence pour les 99 élus et élues des 33 communes de l’Eurométropole. Les deux séances précédentes s’étaient tenues au Palais des Congrès pour permettre la distanciation entre les participants.
Du soutien complémentaire pour les commerces fermés
Après les dispositifs du mandat précédent, la nouvelle majorité enclenche à son tour des dépenses supplémentaires de soutien aux entreprises. Car le semi-confinement heurte à nouveau de nombreux pans de l’économie. À cela s’ajoute la suspension des séances au Parlement européen à Strasbourg (15% du chiffre d’affaires des hôtels strasbourgeois) depuis mars. Le secteur hôtelier local accuse une baisse du chiffre d’affaires de 65%, avec seulement 35% d’occupation dans les établissements 4 et 5 étoiles et 20% pour les 3 étoiles.
L’Eurométropole prévoit une aide aux loyers d’un total de deux millions d’euros. La délibération (point 26) ratisse large et concerne une cinquantaine de secteurs. Aux côtés des hôtels, gîtes, bars, restaurants, etc., on retrouve tous les établissements interdits de recevoir du public, comme les salons de coiffure, activités de soins de beauté, salles de sport, discothèques (fermées depuis mars), cinémas, musées, salles de concert escape game, ou encore les activités impactées par la baisse de l’événementiel comme les traiteurs, organisateurs de salons, loueurs de vélos, ainsi que les « activités afférentes aux sessions plénières du Parlement Européen ». Selon le nombre de demandes, 30% à 50% du dernier loyer payé pourra être pris en charge, dans la limite de 5 000 euros.
« Pas assez » ou « trop tard » devrait critiquer l’opposition, qui a déjà fait part de ses demandes lundi au conseil municipal. Elle réclame des points de vente directs pour les agriculteurs, des bons d’achats pour les familles modestes ou encore la gratuité des transports en commun, à défaut du stationnement.
D’autres actions de moindre ampleur (prêts d’honneur à taux 0 via l’association Initiative Strasbourg, aide à la digitalisation dans les secteurs événementiel et touristique, campagnes de communication) doivent aussi être mises en place en complément du fonds « Résistance » de la Région Grand Est et bien sûr les aides de l’État comme le chômage partiel, les prêts garantis, crédit d’impôts, etc.
Nouveau braquet pour les pistes cyclables ?
L’autre délibération forte (point 55) concerne les pistes cyclables, après un mandat où très peu de nouvelles réalisations ont été faites. La nouvelle majorité acte le lancement de 23 projets d’ici 2023. Il s’agit de 9 tronçons à Strasbourg et 14 dans les communes voisines, pour un total de 19 millions d’euros, dont 3,8 millions financés par l’État suite à un appel à projets de 2019.
L’ensemble ne fait qu’une dizaine de kilomètres, mais ces réalisations permettront surtout de sécuriser des axes ou de faciliter des jonctions dans le réseau actuel. À Strasbourg, il est par exemple question de faire deux passages le long des bassins place de l’Étoile, afin de désencombrer les carrefours avec la place de la Bourse, très fréquentés.
La pratique du vélo a augmenté de 20% à Strasbourg et de 10% dans d’autres communes suite au premier confinement. D’autres déploiements de nouvelles infrastructures cyclables, de plus grande ampleur, doivent encore être arbitrés lors de ce début de mandat. En campagne, les écologistes strasbourgeois ont promis 15 nouveaux kilomètres par an.
Comme en 2008-2014, l’écologiste Alain Jund est à nouveau en charge de la politique du vélo. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
Nouveaux bus et vie interne
Parmi les autres délibérations, le point 55 concerne le renouvellement des rames de tramway (17 sur les 104) et des bus de la CTS. La compagnie des transports de Strasbourg va acquérir 49 bus électriques en 2020 et 2021. « Une manière de répondre à la question de la qualité de l’air. Les nouveaux bus circuleront notamment sur les lignes centrales », précise Alain Jund (EEVL), vice-président en charge des mobilités. Alors que l‘interdiction des vieux véhicules, notamment les diesels, est reportée, la CTS compte encore 64 bus diesel sur ses 226 véhicules. L’objectif est de ne plus du tout en avoir début 2025.
Autre point sur la vie interne et démocratique de l’assemblée, acter le lancement d’un « Pacte de gouvernance » pour définir les règles de décisions à 33 communes. Le dit Pacte, une possibilité offerte par une loi de 2019, serait à rédiger avec un maximum de maires d’ici « mars ou avril », selon la présidente Pia Imbs. L’une des nouveautés est de pouvoir impliquer les conseillers et conseillères municipaux des 33 communes qui ne siègent pas à l’Eurométropole dans des commissions et autres instances qui relèvent bien de la métropole.
D’un côté, Maxime Lux, fils d’éleveurs, veut poursuivre l’activité familiale. Son projet : construire un élevage de 1 200 cochons, sur paille, pour assurer son emploi. De l’autre, des citoyens du village s’opposent à cette nouvelle porcherie industrielle. Malgré leurs demandes répétées, aucune réunion publique n’est organisée.
Maxime Lux est déterminé. Il cherche à installer un élevage de 1 200 porcs sur paille à Schnersheim, à 20 km à l’ouest de Strasbourg. Selon lui, cette installation sera « avant-gardiste » pour le bien-être animal.
Mais des membres de Kochersberg, Action, Sauvegarde et Environnement (KASE) ont distribué des tracts hostiles à son projet dans les boîtes aux lettres pendant l’été 2020. Dessus, on peut lire des réactions d’habitants répertoriées par l’association : « Déjà des milliers de cochons sur zone… Faut-il encore en rajouter ? », « Tout ce lisier, c’est forcément des nitrates en plus dans l’eau de la Souffel ! » L’association, établie dans plusieurs communes voisines, regroupe 70 foyers adhérents, « dont une trentaine dans le village » selon Sylvie (prénom modifié), membre active :
« On se sent dépassés, sidérés par cette situation. Ces 1 200 porcs sur paille élevés industriellement, c’est censé être le progrès ? Nous avons de nombreux soutiens. Certaines personnes s’opposent au concept d’élevage intensif. D’autres critiquent l’emplacement de la porcherie, qui serait très visible et dans une zone pour le moment épargnée par les bâtiments agricoles autour de Schnersheim. »
La paille, c’est « moins pire » que le standard
« Je comprends que des écologistes s’opposent. Oui, les cochons sont toujours considérés comme une ressource à rentabiliser, c’est de la zootechnie, » considère Anne Vonesch. Cependant, l’ancienne vice-présidente d’Alsace Nature et membre du groupe de dialogue civil sur les productions animales à la Commission européenne ne s’opposera pas à cet élevage :
« Depuis 20 ans, je me bats pour que les éleveurs se mettent à l’élevage sur paille. Évidemment, l’idéal serait que l’élevage industriel disparaisse complètement. Il faut comprendre qu’on part de très loin. La paille, c’est moins pire que le standard, et c’est encore archi minoritaire. J’encourage la démarche des Lux, même si ça reste très industriel. »
Dans les élevages conventionnels, les caillebotis sont inconfortables à l’appui et au couchage pour les animaux. Photo : remise par l’association L214 prise dans un élevage en Bretagne en 2013 Dans les élevages conventionnels, les caillebotis sont inconfortables à l’appui et au couchage pour les animaux. Photo : remise par l’association L214 prises dans un élevage en Bretagne en 2019
« On fait ce qu’il faut pour vivre de l’élevage »
Né dans cette commune de 800 habitants, Maxime Lux, 24 ans, veut rejoindre l’exploitation familiale. Ses parents, bientôt à la retraite, et son grand frère, Jérémie, 33 ans, gèrent une maternité de 250 truies. Ils engraissent la moitié des porcelets en élevage standard et vendent les autres à des exploitants.
Maxime est de trop pour l’instant. Il doit travailler dans une usine de méthanisation pour gagner sa vie. Selon lui, « une extension avec 1 200 bêtes, c’est le minimum. » Le plan d’entreprise qu’il a présenté à la Chambre d’Agriculture prévoit qu’il se paie, au niveau du SMIC, au bout de 4 ans d’activité :
Comme dans les autres maternités, les 250 truies des Lux ont une vie divisée en cycles de 21 semaines. Elles sont inséminées artificiellement, ont une période de gestation de 16 semaines, et mettent bas. Ensuite, pendant 4 semaines, elles allaitent leurs porcelets comme sur les photos ci-dessus, dans une installation qui les empêche de se retourner. Après le sevrage, elles auront une petite semaine avant d’être à nouveau inséminées et de recommencer le cycle. Photos : remises par l’association L214 prises dans un élevage en Bretagne en 2013
Refus d’une réunion publique
« Cette porcherie est conséquente et aura un impact sur le village, mais les citoyens n’ont pas leur mot à dire, » s’insurge Sylvie :
« Après avoir envoyé des courriers à la maire à deux reprises pour demander la tenue d’une réunion publique de présentation du projet, nous n’avons pas reçu de réponse. Les agriculteurs montent des projets en cachette, sans discussion. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est anti-démocratique. Nous refusons cette manière de faire. »
Le projet de porcherie a été présenté par Maxime et Jérémie Lux lors du conseil municipal du 22 juillet. La maire (sans étiquette), Denise Boehler, affirme que « la crise sanitaire rend difficile l’organisation d’une réunion publique. » En outre, les exploitants ont exprimé leur opposition à l’organisation d’un tel événement selon elle. Maxime Lux se justifie :
« On a donné notre numéro de téléphone pendant le conseil municipal. Oui pour répondre aux questions de celles et ceux qui nous appellent, non pour organiser une réunion. On sait que certains, comme l’association KASE, ne sont pas dans le dialogue. Ils veulent juste descendre le projet. »
Le Kochersberg est une région très agricole à l’ouest de Strasbourg. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Les porcs sont envoyés à l’abattoir à 6 mois
Schnersheim compte déjà 4 sites d’élevage industriel : 2 porcheries, dont la première de la famille Lux, un poulailler et une exploitation laitière. Le paysage autour du village est composé essentiellement de cultures intensives et de bâtiments agricoles. Pour Rue89 Strasbourg, Maxime et Jérémie Lux détaillent le fonctionnement de leur future exploitation :
« Les porcs vont naître dans la maternité qui existe déjà. En 4 semaines, ils atteindront 8 kg. Là ils seront sevrés et amenés sur le site d’élevage sur paille qui sera composé de deux bâtiments de 400 et 800 places. Pour la phase post-sevrage, on les placera dans un compartiment chauffé où ils auront une surface d’environ 0,7 m² par bête. Cinq à six semaines plus tard, ils pèseront 25 kg et seront alors placés en engraissement, la dernière phase. Elle durera 4 mois et demi avec une surface de 1,2 m² par porc. Ensuite, âgés de 6 mois, ils seront envoyés à l’abattoir avec un poids de 120 kg. »
Les frères Lux estiment que cette vidéo rend compte de l’élevage qu’ils comptent mettre en place. Les porcs voient la lumière du jour mais n’ont pas accès à l’extérieur. (Vidéo Arcanne Constructions / YouTube)
Le viande de porc est la plus consommée en France
En France, 95% des élevages porcins se font de manière standard, sur caillebotis. Les élevages sur paille ne représentent que 5% des exploitations. Dans la majorité des porcheries, les éleveurs sont obligés de couper la queue des porcelets 2 ou 4 jours après leur naissance. Sinon, ils se la mangent car ils développent des comportements agressifs. Cette pratique n’est pas nécessaire dans les élevages sur paille. Anne Vonesch détaille :
« Les cochons passent leur temps à explorer la paille avec leur groin ou à la mâchonner. Ce sont des comportements de base pour eux. Le fait qu’ils puissent les réaliser limite les attitudes agressives. C’est un enrichissement qui améliore leur vie donc on est pragmatiques et on soutient ça. Malheureusement, souvent, on observe qu’il n’y a pas assez de paille. »
Du côté d’Ittlenheim, à quelques centaines de mètres de l’exploitation des Lux, un paysan élève déjà des porcs sur paille. Maxime et Jérémie assurent qu’ils mettront plus de litière que leur voisin. Photos : TV / Rue89 Strasbourg / cc
« Tout le monde veut de la viande locale, de bonne qualité. On souhaite répondre à cette demande. Il faut donc qu’on produise beaucoup, » affirme Jérémie Lux. La viande de porc est la plus consommée des français avec 33 kilos par habitant et par an. Plus de 24 millions de cochons sont abattus chaque année dans le pays. En Alsace, on compte 280 élevages dont une soixantaine avec plus de 200 porcs. Mais d’après les données de FranceAgriMer, depuis 2010, la consommation de viande de porc diminue tous les ans, pour atteindre une baisse de 20% en 2020.
Une prise de risque pour les Lux
Dans un contexte où ils sont minoritaires, selon Maxime et Jérémie Lux, leur démarche est une prise de risque :
« On va investir 800 000 euros dans les bâtiments, sans savoir exactement comment on pourra vendre notre production. Comme elle coûtera plus cher, on devra sortir des circuits de commercialisation classiques. On s’inscrit exactement dans le cadre du Label rouge mais pour le moment, cette filière n’existe pas en Alsace pour le porc. »
La production industrielle soutenue par la PAC
Anne Vonesch constate « une grande inertie dans l’évolution des pratiques » :
« La réalité du monde agricole est très éloignée des revendications écologistes. À Schnersheim comme ailleurs en Europe, on s’inscrit dans un contexte politique où l’agriculture industrielle est encore massivement soutenue par des fonds publics, notamment à cause de la pression des entreprises du secteur de l’agroalimentaire à travers leurs lobbies. »
La Politique Agricole Commune (PAC) est dotée d’un budget qui correspond à 40% de celui de l’Union Européenne (62,4 milliards d’euros pour la France, ndlr). Cet argent est distribué en subventions aux agriculteurs. La PAC finance entres autres le Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles (PCAE), pensé notamment pour l’élevage et ses coûts d’investissement. Ainsi, Maxime et Jérémie Lux doivent recevoir 100 000 euros de subvention dans le cadre du PCAE pour l’extension de leur porcherie. « Mécaniquement, tout pousse vers l’industrialisation, » analyse Anne Vonesch.
C’est sur ce champ que les frères Lux aimeraient construire leur porcherie. Photo : / Rue89 Strasbourg / cc
L’accès à la terre, un parcours du combattant
Jérémie Lux travaille 65 heures par semaine sur l’exploitation. Plus tard, ça sera le cas de Maxime. Les deux frères se confrontent aux difficultés de l’activité agricole : « Rien que pour accéder à un terrain, c’est la croix et la bannière. Et encore, on est du village et on avait déjà des terres. » Ils ont acheté la parcelle sur laquelle ils veulent construire leur élevage pendant l’hiver 2019.
Jean-François Vierling est maraîcher à Schnersheim, et propriétaire du champ voisin. Il souhaite aux jeunes éleveurs de monter leur projet mais ailleurs :
« J’ai appris aux alentours du 20 juillet qu’ils avaient acheté ce terrain à côté du mien pour leur porcherie. Depuis les années 80, j’ai investi mon champ et installé un système d’irrigation en goutte-à-goutte. Maintenant, j’y cultive de l’ail, de l’épeautre, des patates douces, du céleri, des artichauts… Et je projette de planter des haies et des arbres fruitiers, pour faire de l’agroécologie. Nous sommes en plein remembrement. Leur parcelle m’aurait intéressée. J’aurais trouvé normal qu’ils dialoguent avec moi. C’est difficile de se lancer pour des jeunes, on le sait. Au conseil municipal, on leur a proposé un autre endroit. »
Mais Jérémie Lux rétorque que cet emplacement-là est plus adapté :
« Le terrain qu’on nous propose se trouve juste à côté d’une ligne électrique. On ne sait pas ce que ça peut avoir comme impact pour les animaux. Forcément, on réfléchit à deux fois. Vous savez, notre projet, c’est pour les 40 prochaines années. »
Schnersheim, son clocher, et ses hangars agricoles. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
« Là, nous recherchons le compromis, »
Opposante, Sylvie tient à préciser qu’elle n’est « pas contre l’installation de jeunes agriculteurs » :
« Majoritairement, le bureau de KASE est constitué d’enfants ou de petits enfants de paysans. Personnellement, j’ai grandi à la campagne. Nous connaissons ce milieu rural. Cela ne nous empêche pas de réinterroger la production intensive massivement pratiquée dans le Kochersberg. À ce stade, nous sommes dans une recherche de compromis. Nous voulons être inclus dans la discussion et imposer la transparence aux futurs éleveurs. »
Denise Boehler, la maire du village, entrée en fonction suite aux dernières élections, est déjà confrontée à un sujet brûlant. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Un premier permis de construire refusé
Pour le moment, le projet prend du retard. Le 20 octobre, la maire a délivré un avis négatif à la demande de permis de construire :
« S’ils acceptent l’autre emplacement, je pourrai leur donner le permis de construire. J’ai bon espoir qu’ils choisissent cette option. »
Comme le projet n’est pas encore accepté par la commune, la subvention PCAE de 100 000 euros, qui doit être votée par la Région, est également bloquée. Le dépôt des demandes pour 2021 devait être fait avant le 30 septembre 2020. Joint au téléphone, Patrick Bastian, élu à la Région en charge de l’Agriculture, explique cependant que « le dossier des Lux sera prioritaire » lorsqu’un permis de construire sera délivré. « Ils pourront repostuler l’année prochaine. La Région fera ce qu’il faut ».
Un rotativiste de 57 ans a sauté du haut du parking voisin de l’imprimerie mardi 17 novembre dans la soirée. Il s’agit du deuxième décès volontaire dans l’unité de production du journal régional en moins d’un an.
Il avait 57 ans et s’appelait Didier. Ce rotativiste travaillait aux Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) depuis une vingtaine d’années. Il s’est donné la mort dans la soirée du mardi 17 novembre. Il a sauté du haut du parking Broglie, voisin de l’imprimerie du journal régional.
Son corps a été retrouvé peu après 21h. Un passant a vu le corps et appelé la police. Il s’agit de l’heure où les ouvriers se rendent sur le lieu de production du journal. Certains de ses collègues étaient arrivés avant, d’autres l’ont vu en arrivant. L’impression rue de la Fonderie, à côté de la rédaction, débute à 21h30.
Une enquête de police a débuté dans la soirée de mardi. Rien ne contredit l’hypothèse du suicide mercredi en début d’après-midi a-t-on appris auprès de la police, contrairement à ce qu’indiquait un message qui circulait à ce sujet sur les réseaux sociaux.
L’imprimerie du journal rue de la Fonderie à Strasbourg est voisine de la rédaction et du parking Broglie. Photo : Capture d’écran Google Street view
Fin 2019, déjà
Le 5 décembre 2019, un technicien de maintenance âgé de 43 ans s’était donné la mort, sur son lieu de travail. Il s’agit du deuxième suicide à Strasbourg en moins d’un an. Fin 2019, un autre décès similaire est survenu au Dauphiné libéré, un journal du même groupe de presse, Ebra, propriété du Crédit mutuel comme les DNA depuis 2012. Ces disparitions s’inscrivent dans un climat social tendu, qui s’est accentué depuis 2016. Cette période coïncide avec l’annonce de plans de départs et externalisations pour réduire des coûts et ramener le journal à l’équilibre financier. Certains pans de cette restructuration qui impliquerait une centaine de licenciements doit débuter en 2021.
Alertée par ses homologues, la secrétaire générale du syndicat du livre de Strasbourg Filpac – CGT s’est rendue sur place mardi dans la soirée. Contactée ce mercredi matin, elle n’a pas souhaité faire de commentaires, ni de lien direct avec l’employeur. « Ça fait trop. On est traumatisés, tristes, en colère », relève-t-elle. Une cellule de soutien psychologique, à la demande de la médecine du travail, s’est rendue sur place pour écouter les salariés dans les heures qui ont suivi le drame. Il s’agissait des mêmes personnes qu’en décembre 2019.
Le journal du 18 novembre, ainsi que le quotidien L’Alsace, n’ont pas pu être imprimés et distribués aux abonnés et en kiosques. Il est accessible gratuitement en ligne. Les machines n’ont pas été activées dans ce contexte.
En 2017, La Poste a décidé de vendre son ensemble de bâtiments historiques de l’avenue de la Marseillaise à Bouygues : 20 000 m² de surface en plein cœur de Strasbourg. Le géant de l’immobilier a su saisir une occasion en or.
Recherche appartement atypique, 6 mètres de hauteur sous plafond, fenêtre en rosace et porte en bois sculptées datant du XIXe siècle, le tout équipé d’un système ultra moderne de chauffage, d’un ascenseur ou encore d’un garage avec une borne pour voiture électrique… C’est ce qui est promis aux acquéreurs d’appartements de l’Hôtel des Postes, livrés à partir de 2022.
La visualisation de l’un des futurs appartements du parc privé de l’Hôtel des Postes, propriété de Bouygues (photo issu du dossier de communication de Bouygues Immobilier).
62 logements privatifs, 60% de clients domiciliés en Alsace
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Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
À l’occasion des deux ans du mouvement des Gilets jaunes, une « marche aux flambeaux » est organisée autour du centre-ville de Strasbourg mardi 17 novembre à partir de 18h30.
C’était le 17 novembre 2018, une poignée de personnes ont appelé à occuper les rond-points et les feux rouges pour protester contre l’augmentation des taxes sur le carburant. Ce mouvement, très hétéroclite, trouvera beaucoup d’écho et prendra plus tard le nom de « mouvement des Gilets jaunes », en référence à la surveste de sécurité qu’ils ont portée pendant ces premières heures.
Deux ans plus tard, le mouvement s’est considérablement réduit mais il existe toujours. À Strasbourg, son collectif « inter QG du Bas-Rhin » appelle à une manifestation autour du centre-ville, en commémoration de cet anniversaire. Le départ est prévu mardi 17 novembre à 18h30 place Kléber.
Trajet prévu de la manifestation aux flambeaux des Gilets jaunes Photo : doc InterQG Bas-Rhin / Facebook
L’inter-QG du Bas-Rhin des Gilets jaunes assurent que la manifestation a été déclarée en préfecture et autorisée, en exception aux restrictions sanitaires qui limitent les rassemblements sur le voie publique. Les organisateurs demandent à chaque participant de se munir d’une attestation spéciale et de respecter les règles de distanciation physiques ainsi que les gestes barrière.
Des flambeaux seront vendus « à prix coûtant » et les manifestants sont invités à apporter « anternes, bougies, LEDs… bref tout ce qui permettra de diffuser un peu de lumière dans ces temps obscurs que nous surpasserons ensemble. »
Pour ne pas disparaître, les entreprises du textile doivent innover au-delà de ce qui est copiable par l’industrie asiatique. Rencontre avec trois fondateurs d’entreprises du textile alsacien, engagés pour exister dans cet univers de concurrence mondialisée.
En 2005, la fin des accords multifibres ont permis l’irruption sur le marché européen du textile asiatique, importé à bas prix. L’industrie européenne a longtemps compté sur une meilleure qualité pour se démarquer mais ça ne suffit plus. Elle doit inventer de nouveaux produits, de nouveaux procédés, et si possible faire en sorte qu’ils ne soient pas copiables.
Dans les années 2000, des entreprises alsaciennes ou vosgiennes ont fabriqué des vêtements avec des capsules renfermant des principes actifs, des tissus à mémoire de forme ou respirant. Ces inventions n’ont pas évité les fermetures ni les suppressions d’emplois, mais elles ont inauguré un nouveau credo : innover à tout prix.
Ranna : la chaussette sportive alsacienne cherche sa place dans la jungle des équipementiers
Au fond de la zone industrielle de Bischheim, trois collègues ont pris leurs quartiers après des mois d’incubation dans l’appartement d’un des cofondateurs. Steven Delavau, gardien de but semi-pro, Cédric Kanté, ancien défenseur du RC Strasbourg et Alexandre Adler ont lancé Ranna en 2018. Leur credo : la « chaussette de performance », meilleure amie du sportif. L’idée est simple : une chaussette de sport avec un revêtement en polyuréthane sous le pied : confort et appuis garantis. La tige de la chaussette maintient la cheville et s’arrête au bas du mollet : elle assure un maintien confortable sans gêner le travail du muscle. Si le produit est polyvalent, il est pour l’instant très orienté vers le foot. Deux millions de licenciés plus les joueurs de city-stade rien qu’en France, ça vaut un effort.
« La chaussette a longtemps été laissée de côté par les équipementiers. On a énormément de joueurs qui coupent la chaussette du sponsor à la cheville pour enfiler une paire plus confortable en dessous. »
Alexandre Adler, cofondateur de Ranna
Avec les autres cofondateurs de Ranna, Alexandre Adler assure une partie de la confection dans une pièce attenante aux bureaux. Photo : Pierre Pauma
Les joueurs plus accessibles que les clubs
Pour l’heure, l’assemblage est encore artisanal. Les chaussettes sont tricotées par Labonal à Dambach-la-Ville. Le revêtement est fabriqué à Grenoble, et thermocollé par l’équipe de Ranna au moyen d’une petite presse. Rythme de production : environ deux paires par minute. Suffisant pour l’instant, même si l’équipe réfléchit à une solution pour industrialiser le processus. En attendant, chacun fait son quota de chaussettes à la presse en plus de gérer la conception, la prospection commerciale et le marketing qui fait l’objet d’une attention toute particulière. Les trois cofondateurs ont réussi à recruter quelques pointures du foot comme ambassadeurs, dont Olivier Giroud, Moussa Sissoko ou l’attaquante des bleues Eugénie Le Sommer. Au niveau local, Ranna compte sur le bouche-à-oreille des clubs amateurs qui ont passé commande. Au fait que disent Adidas, Nike et consorts en voyant leurs égéries découper leurs chaussettes au mépris des contrats de sponsoring ?
« Il y a une marge de tolérance, même si certaines marques posent plus de problèmes que d’autres. On a essayé de jeter des ponts avec le RCS, mais Adidas n’a pas trop apprécié. En général, les clubs font passer le confort du joueur avant l’enjeu financier. »
Dans le monde de la chaussette, la pompe est reine
Et puis, d’autres marques ont déjà ouvert le chemin avant. Les footballeurs connaissent bien la Trusox, inventée en 2010 outre Atlantique par le footballeur Jim Cherneski. D’autres marques se sont engouffrées depuis, avec des technologies, des matières ou des formes de revêtement alternatives. Alexandre Adler le sait, même brevetée, les copies de sa chaussette éclosent un peu partout :
« Ça fait partie du jeu sur un marché en pleine expansion. Certaines marques font un effort d’innovation, d’autres se contentent de copier, voire de faire du drop shipping en important à bas prix des produits fabriqués en Asie. De toute façon, on scrute tout ce qui se fait et on est également scrutés. Il y a quelques jours, on a expédié des commandes qui partaient chez Décathlon et New Balance. »
La concurrence est rude. À droite la chaussette de performance Ranna. À gauche, un produit Decathlon orienté pour le rugby. Photo : PP / Rue89 Strasbourg
Décathlon justement, a sorti sa propre chaussette destinée au rugby. 7 euros la paire, fabriquée en Turquie. Alexandre Adler jette un oeil critique sur la chaussette :
« Avec leurs volumes et en fabricant à l’étranger, ils seront toujours moins chers. Mais leurs bandes couvrent moins de surface et sont plus épaisses, ce qui peut générer de l’inconfort. »
Alexandre Adler
Positionnement haut de gamme
Un concurrent direct la marque bleue ? Pas vraiment assure Alexandre Adler. Ni même les mastodontes Nike ou Adidas. Ranna vise un public de professionnels ou d’amateurs prêts à payer le prix fort pour un très bon produit. Même avec ses petits volumes et en s’imposant du made in France, Ranna parvient à rester dans les prix de ses concurrents (34 euros la paire de chaussettes grippées). L’entreprise réalise entre 5 et 10 ventes par jour sur son site, avec un ticket moyen autour de 50 euros. En 2019, le chiffre d’affaire était de 50 000 euros. Assez pour être à l’équilibre, mais pas assez pour se verser des salaires.
Les trois fondateurs ont appris au passage à ne pas brûler d’étapes en se diversifiant trop vite. Leur première erreur a été de vouloir sortir du monde de la chaussette :
« En 2019, on a levé 19 000 euros grâce à un financement participatif pour lancer un caleçon destiné aux sportifs. Même si le produit est bon, il n’a pas encore trouvé son public. Les gens ne nous attendaient pas là-dessus. »
Prochaine étape : s’ouvrir à de nouvelles disciplines avec des chaussettes pour le rugby ou les sports en salle. Leur rêve est pourtant bien de se diversifier. Quand on lui demande sa référence, Alexandre Adler cite Under Armour. Une entreprise américaine qui a commencé en vendant des maillots de corps adaptés au football américain, avant de devenir un équipementier à part entière.
La corderie Meyer-Sansboeuf : de la marine aux cordages techniques, puis aux masques recyclables.
Pendant longtemps, la corderie Meyer-Sansboeuf a équipé la marine française en cordages. Un marché confié à la famille Meyer après la seconde Guerre Mondiale en remerciement de son engagement dans la résistance. Mais en 1989 à l’occasion d’un nouvel appel d’offres, c’est une entreprise étrangère qui décroche la timbale. L’actualité est ironique. Accords de l’OTAN oblige, les cordes de la marine française sont turques, affirme l’actuel gérant Benoît Basier.
Dans ses années les plus fastes, Meyer Sansboeuf employait près de 400 personnes à Guebwiller et aux alentours. Aujourd’hui, elle emploie une quarantaine de personnes, pour un chiffre d’affaire 4.2 millions d’euros. Benoît Basier a repris l’entreprise en 2007, et constate que faire du haut de gamme ne suffit plus. La corderie nautique représente une vitrine de choix, mais elle ne pèse que 15% du chiffre d’affaires actuel. Loin derrière les ficelles alimentaires (45% du chiffre d’affaire) et les cordages techniques (30%).
« L’étiquette « made in France » ne fait pas tout. Les gens sont prêts à mettre 2-3% du prix en plus pour un article made in France, mais pas plus. Si je continue à faire la meilleure ficelle du monde sans apporter de valeur ajoutée, ça ne fonctionnera pas. »
Benoît Basier, dirigeant de la corderie Meyer-Sansboeuf
Pour tenir le choc, l’entreprise a dû se repositionner. Selon son site internet, Meyer-Sansboeuf n’est plus une corderie, mais un « concepteur de solutions textiles techniques ». Parmi ces solutions, Benoît Basier cite volontiers des cordes isolantes pour les travaux sur les lignes à haute tension, mais aussi du système de débardage créé avec des équipes de bûcherons vosgiens :
« Les câbles traditionnels en acier sont plus lourds. Et la tension qu’ils subissent en tirant des troncs est telle qu’en cas de casse, la force libérée peut littéralement couper un homme en deux. Nous avons mis au point une corde synthétique solide avec des mousquetons adaptés. »
Via sa marque Skadee, la corderie Meyer-Sansboeuf a conçu avec des bûcherons alsaciens et vosgiens sa corde, son mousqueton et son système d’enroulage. Photo : Document remis
Trop peu d’entreprises prêtes à recycler les masques
Dès le début de la crise du coronavirus, Benoît Basier a également créé une unité de production de masques dans une société à part. Barral produit actuellement 150 000 masques par jour et emploie une centaine de personnes. Pour l’instant rentable, l’activité doit être pérennisée. Cela passe par la production d’une gamme de masques destinée aux hôpitaux dès 2021, et d’un nouveau modèle grand public adaptable à toutes les morphologies.
Difficile pour l’entreprise alsacienne de s’aligner sur les coûts des masques importées. Elle a donc choisi dès le début de se distinguer sur l’éco-conception. Si les Strasbourgeois se sont inquiétés de la solidité des masques Barral qu’ils ont reçus, Benoît Basier maintient qu’ils sont lavables jusqu’à 50 fois. Barral a fait le choix de la fibre synthétique plutôt que du coton ou le lin, pour des raisons de légèreté et de filtration. Barral ambitionne de mettre en place une filière de recyclage de ses masques en mettant des bacs de récupération à disposition de ses clients. Sur ce point là, le succès est pour l’instant mitigé :
« Je suis assez pessimiste. J’en ai parlé avec d’autres fournisseurs de masques, qui me confirment que les entreprises ne jouent pas le jeu. Les collectivités nous ont aidé pour lancer la machine, mais dans le privé, il y a une vraie démission des ressources humaines et des acheteurs. Ils continuent de promouvoir la solution jetable pour économiser quelques euros, et tant pis pour le coût collectif du traitement des déchets. »
Pour le moment, Benoît Basier estime que seuls 10% de ses masques usagés lui reviennent pour être recyclés. Photo : doc remis
Spinali Design : À la croisée du textile et des objets connectés
Benoît Basier et Romain Spinali ont en commun de ne pas croire au concept de « relocalisation ». Trop chimérique à leurs yeux. Le premier était déjà chef d’entreprise (vins et spiritueux) au moment où la France renonçait à une partie de ses usines pour pouvoir exporter des Airbus vers un continent asiatique en plein boom économique. Le second a fait ses armes dans le développement de logiciels et estime que ce retour en arrière serait contre-productif :
« Vouloir faire revivre la carte postale d’il y a 100 ans, ce n’est pas un projet en soi. Pendant qu’on rêve de relocaliser ce qui a été perdu, on oublie d’inventer ce qui se vendra demain. »
Romain Spinali, fondateur de Spinali Design.
Romain Spinali (à droite), a lancé un maillot de bain connecté à une appli capable de mesurer l’exposition aux UV. (Photo Spinali Design).
Romain et Marie Spinali ont créé Spinali Design en 2015 à Mulhouse. En l’adossant à une activité de logiciels de gestion destinée aux entreprises, ils en ont fait un laboratoire du textile connecté. L’entreprise se fait connaître grâce à un maillot de bain capable de donner à sa porteuse le degré d’exposition aux ultra-violets. Le projet capte l’attention des médias, y compris à l’international, et offre un joli coup de projecteur à la start-up. Romain Spinali espérait capitaliser sur cette notoriété, quitte à vendre son maillot à perte dans un premier temps :
« Concrètement, en vendant un maillot de bain connecté 200 euros, on perdait encore de l’argent. Aujourd’hui, le premier prix pour un maillot femme est à 330 euros. «
Romain Spinali, cofondateur de Spinali Design
Plusieurs produits lancés en trois ans
Car plus que sur la vente de ses collections, l’entreprise comptait aussi dans un premier temps sur des rentrées d’argent en vendant des licences de la partie électronique et informatique. Une manière de pouvoir multiplier les coups d’essais, sans prendre le risque de se retrouver avec une pile d’articles invendus sur les bras. Ainsi, la technologie de mesure d’exposition aux rayons du soleil utilisée dans les maillots de bain a trouvé preneur avec la marque Soway, qui fabrique des chapeaux et des accessoires connectés.
Contrairement à Ranna et à sa chaussette de performance, Spinali Design sort plusieurs articles en très peu de temps : jean vibrant indiquant à son porteur quelle direction prendre dans la jungle urbaine, sac connecté audit jean avec une fonction antivol qui fait vibrer le jean en cas d’éloignement suspect… Avec sa robe connectée, la marque mulhousienne est plus proche de l’art contemporain que du business, avec un message anti fast-fashion : quand elle reste trop longtemps au vestiaire, cette pièce à 290 euros envoie un message d’alerte à sa propriétaire. Le textile intelligent, une industrie du gadget ? Romain Spinali assume ces tâtonnements qu’il juge nécessaires pour s’approprier la technologie :
« Je peux comprendre que le jean qui vibre pour vous dire de tourner à droite ou à gauche fasse sourire. Mais il faut tenter ce genre d’expériences pour arriver à maturité. L’Europe a raté le train du smartphone, il ne faut pas rater celui des objets connectés. »
Un redressement judiciaire en 2019
En plus des vêtements, Spinali Design se lance sur le créneau de la santé avec deux projets : Une crème solaire liée à une application capable de calculer la quantité de crème à appliquer selon le type de peau et le degré d’exposition, et un pansement capable de détecter une infection. L’entreprise les développe en anticipant une subvention de la région Grand Est. Douche froide quand celle-ci leur est refusée fin 2018. Spinali Design réduit la voilure et est obligée de se placer en redressement judiciaire. Il lui manque 200 000 euros de trésorerie.
« Je n’avais aucun doute sur notre capacité à rebondir, mais ça reste un poids. L’activité était rentable. Mais le remboursement des dettes s’est fait au détriment du développement de produits innovants. »
L’entreprise de 6 personnes se voit confirmer sa continuation d’activité en juin 2019, avec un étalement de dette sur 9 ans. Mais impossible désormais d’emprunter de l’argent, et l’arrivée d’investisseurs externes n’est pas à l’ordre du jour (Romain et Marie Spinali détiennent 80% du capital de Spinali Design). L’entreprise doit se développer sur ses fonds propres. La vente de logiciels de gestion, notamment dans l’immobilier, représentaient encore plus de 90% du chiffre d’affaire en 2019 (300 000 euros). Ce n’est que cette année que le chiffre d’affaire « textile » devrait vraiment décoller.
Le gant autonettoyant : des commandes, mais pas d’industrialisation pour l’instant
En août 2020, Spinali Design sort son nouveau produit maison en pleine période de covid. Un gant traité au dioxyde de titane qui permet une élimination des bactéries par exposition aux UV. Prix, 60 euros.
Le programme et l’application dédiée ont été conçus entre Mulhouse et le bureau de Bâle, l’électronique est en partie suisse, le tissu italien, la confection française. Si la relocalisation n’est pas une fin en soi, les circuits courts ont tout de même quelques vertus au yeux de Romain Spinali :
« On veut que nos produits soient sourcés pour être réparables. À partir du moment où on veut réutiliser ou réparer les objets, il faut savoir d’où viennent les composants. Si votre valeur ajoutée c’est la traçabilité, alors vous avez intérêt à garder vos fournisseurs près de vous. »
Après des produits grand public, Romain Spinali se tourne vers des niches. Avec son gant connecté autodésinfectant, il espère intéresser des corps de métier où les contacts sont fréquents. Photo : Spinali Design
L’entreprise a déjà enregistré 500 commandes sur les 2000 escomptées, mais elle peine à suivre la cadence : avec une confection et un traitement au dioxyde de titane maison, elle arrive à produire une cinquantaine de paires par semaine. Impossible de financer une fabrication industrielle sur ses fonds propres. Pour augmenter sa force de frappe, Spinali Design a lancé le projet Galactique : une sorte d’appel à manifestation d’intérêt en 4 langues pour, encore une fois, partager la prise de risques.
« Pour le moment, on peut espérer 100 000 euros d’ici fin 2020 grâce à ces gants. Si on veut passer à la vitesse supérieure, on ne le fera pas seuls. On a la chance d’avoir tous les acteurs potentiels à proximité : la recherche et le développement en informatique et dans la santé, et la partie textile. Tout ce qu’ils nous faut, ce sont des partenaires prêts à partager leur savoir-faire et qui croient au projet. »
Une trentaine d’enseignants du collège Sophie Germain, dans le quartier de Cronenbourg à Strasbourg, se sont placés en grève ce mardi 17 novembre. Ils dénoncent l’inapplication des mesures sanitaires face au Covid-19 et de trop nombreux incidents.
Le mouvement de grève spontané a été décidé lundi. Face à l’impossibilité de faire respecter les mesures sanitaires contre l’épidémie de Covid-19 et de trop nombreux incidents, une trentaine d’enseignants sur 35 ainsi qu’une partie du personnel administratif du collège Sophie Germain, dans le quartier de Cronenbourg à Strasbourg, se sont déclarés en grève ce mardi 17 novembre.
Réunis en assemblée générale, les enseignants grévistes déplorent l’absence de communication sur le nombre de cas covid dans l’établissement et que les élèves s’affranchissent trop souvent du port du masque, sans qu’ils soient sanctionnés.
Les enseignants du collège Sophie Germain n’en peuvent plus des agressions Photo : Fabrice Copyloff / doc remis
Le mouvement de grève a été décidé après le refus du Rectorat de l’académie d’autoriser des classes en demi-groupes, selon Fabrice Copyloff, représentant des personnels CGT Educ’Action.
En outre, les enseignants font part de trop nombreux incidents avec les élèves : agression de personnels, menaces de morts, insultes, bagarres, départ de feu, présence de couteau dans les affaires… et là encore sans sanction.
Fabrice Copyloff résume :
« Nous demandons la souplesse d’organisation pour le collège et une aide pour la direction dépassée. »
Le collège Sophie Germain à Cronenbourg Photo : Google Maps
Mercredi 18 novembre à 18h, Rue89 Strasbourg et l’Université en campagne contre les idées reçues invitent deux spécialistes de la police : le politologue Fabien Jobard et le sociologue Jérémie Gautier. Les deux universitaires vont démonter ou préciser les stéréotypes qui pèsent sur les policiers et répondront aux questions des auditeurs.
« A l’heure où tout le monde est équipé de téléphone, la police est filmée comme jamais. Or, la police a tendance à masquer son action », estime le sociologue Jérémie Gauthier. Ainsi, ce spécialiste de la police française ne s’étonne pas des dispositions prévues par l’article 24 du projet de loi de sécurité globale. S’il est adopté, la loi pourrait punir d’un an de prison et 45 000 euros d’amende la diffusion d’images d’un policier « dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique. »
Mercredi 18 novembre à 18 heures, Rue89 Strasbourg et l’Université en campagne contre les idées reçues ont donc invité le sociologue Jérémie Gauthier et le politologue Fabien Jobard à discuter de plusieurs préjugés concernant la police, notamment le suivant : « Interdire de diffuser des images de policiers, c’est protéger les policiers des campagnes de haine. »
À gauche, le sociologue Jérémie Gauthier et à droite le politologue Fabien Jobard. Au centre : images de l’acte 9 des gilets jaunes à Strasbourg Photos : Document remis et Rue89 Strasbourg
Jérémie Gauthier : « L’attaque de Magnanville n’a pas grand chose à voir avec la diffusion d’images »
Au sujet de ce préjugé, Jérémie Gauthier esquisse une première critique :
« Interdire de diffuser des images de policiers, c’est un vieux serpent de mer de la droite et de l’extrême-droite, justifié par les syndicats grâce à l’attentat de Magnanville (un assassinat d’un couple de policiers, ndlr), un événement qui a traumatisé dans les rangs policiers et bien au-delà. Sauf que ce djihadiste ne les a pas tués parce qu’il les a vus sur Youtube. Le djihadiste avait une liste. Il les connaissait parce que c’étaient des policiers locaux, donc cette attaque n’a pas grand chose à voir avec des questions de diffusion d’images. À ma connaissance, aucun policier ne s’est fait agressé parce que filmé par des gens en manif. Il y a un détournement de l’émotion causé par cet attentat de Magnanville. »
Dans une première partie, le sociologue Jérémie Gauthier et le politologue Fabien Jobard puiseront dans leurs recherches, entretiens et autres études pour répondre à d’autres « idées reçues » sur la police, dont :
« La police est raciste »,« Les Français n’ont plus confiance en la police »,« Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit », Emmanuel Macron lors d’une réunion du Grand Débat, le 7 mars 2019
Les spectateurs du Facebook Live sont invités à poser leurs questions par écrit, les deux universitaires leur répondront à l’antenne.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Confinement oblige, Jeanne Barseghian va tenir son premier conseil municipal à distance. Il sera notamment question de l’aménagement des cours d’écoles à Strasbourg. À suivre en direct et avec nos commentaires à partir de 14h.
Jeanne Barseghian arrivera-t-elle à maîtriser sa fin de séance ? C’est l’une des intrigues du conseil municipal de ce lundi 16 novembre, après huit semaines de pause. Fin août, sa majorité n’avait pas réussi à prendre position sur les rondes sécuritaires de Stras Défense, donnant l’impression d’une forme de soutien.
Puis, en septembre, son équipe a peiné à justifier les vraies raisons l’amenant à décliner le « prix de la démocratie » pour 2021, des rencontres imaginées par un jeune institut privé, pas complètement transparent. Le sujet avait été monté en épingle par l’opposition, qui n’avait pas transmis le dossier à leurs ex-collègues. À chaque fois, il s’agissait de questions d’actualité et les groupes LR, LREM et les « alliés » socialistes ont chacun critiqué la municipalité, acculant les écologistes. Le format « à distance » de ce nouveau conseil pourrait limiter les moments de flottement dans l’hémicycle.
Plus de verdure dans les écoles
L’un des principaux sujets est la végétalisation des cours d’écoles. Dans toutes les grandes villes, c’est un changement qui est perçu comme une solution pour lutter contre les îlots de chaleur. Cette idée figurait dans le programme de plusieurs listes des élections municipales à Strasbourg.
Il s’agit aussi de favoriser un meilleur partage de l’espace entre filles et garçons. Les terrains de foot en accès libre, notamment, sont pointés comme la raison d’une marginalisation des filles, des « plus petits garçons » ou « des moins dominants ». Des comportements qui se reproduisent dans l’espace public ensuite. « Il ne s’agit pas de retirer tout terrain de sport des cours d’école, mais plutôt de repenser globalement la fonctionnalité et la disposition des différents types d’espaces au sein même d’une cour d’école afin de favoriser l’égalité entre les filles et les garçons », indique la délibération soumise aux élus ce lundi.
Ces projets de « déminéralisation » avaient été évoqués lors du mandat précédent mais ils ne s’étaient pas concrétisés. Seule l’école Catherine à Hautepierre a vu ces critères pris en compte, suite à un budget rectificatif voté par les écologistes en juillet, à l’occasion des travaux cet été. Trois écoles, au Port-du-Rhin, au Tivoli et à la Meinau sont concernées.
École du Rhin, Branly, Fischart, : les trois cours refaites
La future école Branly Photo : doc Ville de Strasbourg Avant/après l’école Fischart à la Meinau Photo : doc Ville de Strasbourg
Les cinq prochaines écoles concernées en 2021 seront Albert le Grand élémentaire, Catherine, Musau, Schoepflin et Académie, ainsi que deux établissements de petite enfance.
Quel « réveil » pour la démocratie locale ?
L’autre gros dossier est la « reprise » démocratie locale, en suspens depuis le début du mandat. Ce sujet a souvent amené plus d’une heure de débat lors du mandat précédent, chacun ayant sa propre vision de ce qu’il faut partager ou non avec les habitants. L’opposition ne devrait pas rater les écologistes sur ce qui était un des trois piliers de leur programme.
La délibération prévoit encore peu de choses concrètes, comme le laissait penser la visioconférence avec environ 300 Strasbourgeois le 4 novembre. L’échange a surtout apporté une justification nouvelle à ce retard à l’allumage : le manque d’effectifs. « L’administration dit qui lui faut 6 mois pour recruter, ce qui déjà parait un peu long, mais surtout veut dire que personne en interne ne veut s’y coller », analyse un ancien membre des services.
Un des retards concerne le budget participatif, enlisé. La majorité des projets (24 sur 31) lauréats de la saison 1 n’ont pas été réalisés. La saison 2 avait été volontairement étalée sur deux ans pour éviter cet écueil, mais ce n’est toujours pas suffisant. La municipalité compte revoir les critères pour les 185 projets déposés et le calendrier ne sera pas tenu. Jeanne Barseghian souhaite arriver à « un calendrier réel et non pas un affichage ».
La délibération prévoit néanmoins de « réveiller les instances » actuelles de démocratie locale, dixit Jeanne Barseghian en conférence de presse. Parmi les projets, la relance des pétitions reconnues par le conseil municipal qui donnent le droit à un habitants d’interpeller les élus en fin de séance. Elles devraient revenir à l’issue du vote.
Une petite nouveauté fait son apparition avec les « conférences citoyennes ». Les écologistes ont choisi de discuter avec la population de la 5G, puis de la Zone à faibles émissions (ZFE), dont le calendrier va être repoussé à l’échelle de l’Eurométropole en 2021.
Pour d’autres nouveautés, il faudra attendre des délibérations suivantes en 2021. Parmi les idées, des « votations » sur le modèle de la Suisse. Concernant la réforme des conseils de quartiers, obligatoires, Jeanne Barseghian a parlé de « transcender la loi » lors de la séance du 4 novembre. Les écologistes, mais aussi des membres de ces conseils, estiment qu’ils ne concernent pas assez de monde et ne sont pas adaptés aux demandes des citoyens, qui préfèrent s’engager sur des thèmes ou des durées déterminés. Le chantier suit son cours.
En fin de séance, l’opposition bat son record d’interpellations avec 7 sujets à débattre. Cette fois-ci, c’est le groupe LR qui remporte la manche avec 4 interpellations, contre « seulement » 3 pour les LREM et apparentés.
Toujours persuadés d’être les seuls détenteurs du « pragmatisme » et de n’avoir aucune « idéologie », les élus du groupe LR recyclent leurs sujets de prédilection : le stationnement dans les rues, les commerces de centre-ville et la sécurité. Pour LREM, les questions portent sur les actions concrètes (ou leur absence), le 31 décembre et les quartiers populaires, où la formation cherche à convaincre les nombreux abstentionnistes de juin.
La chaîne de grands magasins détenue par un fonds qatari a annoncé fermer 7 magasins en France, dont celui de Strasbourg, situé place de l’Homme-de-Fer. Sa rénovation en 2013 avait coûté 22 millions d’euros.
Archives vivantes – Magasin historique du centre-ville de Strasbourg, le Printemps devrait fermer ses portes début 2022, laissant derrière lui près de 180 salariés. Retour sur un siècle d’histoire et de reprises, plus ou moins fructueuses.
Avec ses verrières et son bardage en métal couleur « champagne », le Printemps est une enseigne emblématique du centre-ville. Situé place de l’Homme-de-Fer à proximité immédiate de deux arrêts de tram, ce grand magasin, ouvert en 1906, a traversé les âges.
Les investisseurs qataris, actuels propriétaires de la chaîne, expliquent leur décision par des difficultés financières croissantes dues au mouvement des Gilets jaunes, au contexte attentats et à la crise sanitaire. Localement, les syndicats pointent plutôt plusieurs erreurs stratégiques, à l’image de Yolande Fischbach, secrétaire CGT du Comité social et économique du Printemps Strasbourg :
« Le magasin ne se portait pas bien depuis 2013. Le tournant mode, luxe, beauté pris lors du dernier rachat n’était pas adapté à la clientèle. Les Alsaciens ne se retrouvaient plus dans ce luxe affiché sans complexe et nous n’attirions pas pour autant de riches clients étrangers qu’espéré. »
Si l’on regarde dans le rétroviseur, le premier établissement de ce grand magasin a vu le jour à Strasbourg en 1906. Installé dans un élégant bâtiment Jugendstil (Art nouveau allemand), ce grand bazar appelé « Louvre » vendait toutes sortes d’objets : charrettes, brouettes, corseterie, vêtements pour hommes…
Aperçu du magasin au début du siècle Photo : document Archi-wiki / auteur inconnu / cc Esquisse du Louvre en 1910. Le tramway passait déjà devant. Photo : document Archi-wiki / Jocelyne Boes / cc
Le Louvre devient « Grandes Galeries » en 1927, avant d’être repris en 1935 par Robert Jung qui sera son directeur pendant près de 40 ans. À part pendant l’Occupation, les Grandes Galeries conserveront leur nom jusqu’en 1979, date à laquelle le groupe Printemps acquiert l’enseigne.
Salariée du magasin depuis 1975, Yolande Fischbach a connu ce premier changement majeur de gouvernance :
« J’ai côtoyé M. Jung qui était le patron des Grandes Galeries. À l’époque, c’était un magasin très paternaliste, mais le concept du grand magasin est resté le même. On y trouvait tout : de la mercerie, des livres, des disques… Il y avait aussi un café-bar, ainsi qu’un restaurant au 8e étage. »
Rétrospective pour les 100 ans, en 2006
Un virage « luxe et élégance »
Le café et le restaurant panoramique ont depuis fermé leurs portes en 2011, tout comme l’impressionnant parking en silo qui a été transformé en logements d’habitation. Avant cela, en 1992, Printemps est racheté par le groupe PPR (Printemps Pinault Redoute), devenu Kering. Puis il est cédé à son tour en 2006 à RREEF, un fonds immobilier associé au groupe italien Borletti.
La devanture en 2008, avant les derniers travaux Photo : Archi-wiki / Fabien Romary / cc
Jusqu’aux débuts des années 2000, le grand magasin de la place de l’Homme-de-Fer résiste bien. Il réalise encore, selon la conseillère de vente, quelque 45 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.
Finalement, le virage qui sera fatal au magasin sera le mot d’ordre « luxe et élégance », choisi par les investisseurs qataris pour accompagner en 2013 une rénovation de fonds en combes du bâtiment, un investissement de 22 millions d’euros. Première grosse erreur, celle de vendre les murs. « Une idiotie sans nom » pour Yolande Fischbach, puisque le loyer du Printemps « pèse aujourd’hui lourd dans les comptes d’exploitation ».
Le Printemps de retour en 2013
« Des sacs à main à 3 000 € »
Autre non-sens, toujours selon la vendeuse de 61 ans, l’aménagement d’une boutique « Printemps luxe » dans le hall d’entrée. « On y vendait des sacs à main à 3 000€. Évidemment à ce prix là, les gens terminaient vite leur tour », s’agace-t-elle. « Les Gilets jaunes et les mouvements sociaux ont bon dos pour expliquer les difficultés économiques. La direction ne veut pas regarder ses erreurs en face. »
Embauchée pour un contrat d’intérim de deux mois au Printemps en 2016, Anne-Sophie Puls a travaillé à l’espace montres. Cette animatrice commerciale pour L’Oréal se définit comme une top vendeuse. « Si un produit me plaît, j’arrive à le vendre », argumente-t-elle. De sa courte expérience non-renouvelée pour « manque de savoir-être », la quinquagénaire retiendra un manque de dynamisme général :
« J’ai fait deux très belles ventes, des montres à 2 000 €, alors j’étais fière. J’en ai parlé à mes collègues pour les stimuler, mais on me l’a reproché. Le personnel était découragé. Selon moi, la direction a fait quelques erreurs commerciales. Notamment de déménager la parfumerie au sous-sol du magasin. Il n’y avait pas de fenêtre, c’était étouffant et peu mis en valeur. »
À Strasbourg, les premiers licenciements débuteront en novembre 2021. Au total, ce sont quelque 180 employés (salariés de Printemps, animateurs commerciaux des marques et prestataires extérieurs) qui vont perdre leur emploi. Contacté, le directeur du Printemps de Strasbourg Alexandre Vaillant a indiqué ne pas vouloir communiquer « en raison du contexte actuel ».
Considéré comme commerce non essentiel, le Printemps est fermé pour ce second confinement Photo : Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg