Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Les indemnités d’élus de la majorité revues suite à un examen de la préfecture

Les indemnités d’élus de la majorité revues suite à un examen de la préfecture

Le contrôle de légalité contraint la municipalité à ne pas faire de distinction financière entre les élus qui siègent à l’Eurométropole et les autres.

La prise de pouvoir est un apprentissage. Les écologistes l’ont découvert avec la question des indemnités des élus du conseil municipal de Strasbourg.

Partage de responsabilités

Dans la majorité de 47 élus sur 65, chaque colistier de l’équipe gagnante a une délégation signée par la maire Jeanne Barseghian (EELV). C’est une nouveauté par rapport aux gouvernances passées, la nouvelle équipe souhaite ainsi impliquer chaque élu et élue.

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Les enseignants du collège Solignac exercent leur droit de retrait

Les enseignants du collège Solignac exercent leur droit de retrait

Presque tous les enseignants du collège Solignac du Neuhof ont décidé d’exercer leur droit de retrait vendredi matin, pour dénoncer l’insuffisance des mesures de lutte contre la propagation du Covid-19.

Tous les enseignants du collège Solignac au Neuhof, sauf deux, ont exercé leur droit de retrait au matin du vendredi 13 novembre. Ils se sont réunis en assemblée générale pour alerter la direction du collège sur les défaillances des protocoles sanitaires, mis en place pour lutter contre la propagation du Covid-19.

Les enseignants se sont réunis en assemblée générale vendredi matin Photo : doc remis

Lors de cette AG, les enseignants ont évoqué leurs difficultés pour faire respecter les gestes barrières aux élèves :

« Nous passons nos cours à dire aux élèves de remettre leur masque, ils l’enlèvent presque tous dans la cour, ils ne suivent pas les sens de circulation mis en place dans les couloirs, ont des contacts très rapprochés de manière affectueuse ou hostile, comme souvent chez les adolescents… »

En outre, les enseignants ont mis en avant plusieurs problèmes liés au collège :

« La ventilation est insuffisante car nous ne pouvons qu’entrouvrir les fenêtres : elles sont verrouillées et le chef d’établissement refuse de nous en fournir les clés arguant de raisons de sécurité. Les personnels d’entretien sont en sous-effectifs alors qu’ils sont débordés de tâches supplémentaires liées au protocole, par exemple nettoyer jusqu’au montant des chaises de toutes les salles de classe… »

95% d’élèves boursiers, pas assez de masques

Selon leurs observations, il n’est pas possible d’éviter une propagation par brassage, en raison d’engorgement persistant au niveau du portail d’accès lorsqu’arrivent les élèves, ou lors des groupes d’accompagnement personnalisé, d’EPS, de latin, à la cantine, dans la cour, dans les groupes de science ou d’aide aux devoirs, en permanence…

Dans cet établissement où 95% des élèves sont boursiers, il manque toujours des masques à fournir aux élèves qui en sont démunis. Des cas positifs ont été diagnostiqués dans au moins quatre classes du collège mais les enseignants n’ont pas été prévenus, parfois même l’établissement n’a pas été prévenu…

Compte-tenu de cette succession de manques au protocole sanitaire, les enseignants demandent « la mise en œuvre d’une organisation hybride (présentiel-distanciel) comme au lycée. » Cette proposition n’a semble-t-il pas les faveurs de la direction académique, dont une représentante s’est déplacée vendredi à la rencontre des enseignants.

Les enseignants ont prévenu que si la situation n’évoluait pas, ils utiliseraient à nouveau leur droit de retrait, dans le but de protéger leur santé.

#Collège Solignac#droit de retrait

Frappée durement par la deuxième vague, la Suisse dans le chaos

Frappée durement par la deuxième vague, la Suisse dans le chaos

Beaucoup plus touchée que lors de la première vague, la Confédération helvétique a laissé l’initiative aux cantons qui sont partis en ordre dispersé. Le fédéralisme helvétique est mis à l’épreuve. Reportage pour comprendre les raisons du déraillement.

C’est la mauvaise surprise de cette deuxième vague de la pandémie de coronavirus en Europe. La Suisse, ce petit pays riche et considéré comme modèle par beaucoup, est frappée de plein fouet par le virus. Les chiffres se sont emballés au cours des dernières semaines.

Au cours de la 44e semaine de l’année, celle qui est allée du 26 octobre au 1er novembre, le nombre de cas détectés en Suisse s’est élevé à 55 276, soit 641,6 pour 100 000 habitants. Une hausse de 39 % sur une semaine. Ce niveau était certes un peu inférieur à celui de la France (742 cas pour 100 000 habitants), mais avec un taux de positivité de 26,5 % nettement au-dessus du chiffre français (20,2 %). Une semaine plus tard, si la tendance s’est un peu tassée, la Suisse connaissait encore plus de 45 000 nouveaux cas sur sept jours.Cas confirmés en Suisse © OFSPCas confirmés en Suisse © OFSP

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#Lausanne

« Je suis comédienne et j’aime les gens », les explorations confinées de Margaux Lagleize

« Je suis comédienne et j’aime les gens », les explorations confinées de Margaux Lagleize

Pendant les confinements, Margaux Lagleize a produit des dizaines de petits sketches vidéo, pris en selfie avec son téléphone et diffusés sur les réseaux sociaux. Au départ évanescente, l’expérience prend peu à peu corps, alors que les restrictions s’éternisent. Ses créations pourraient bien survivre au coronavirus…

Comédienne depuis une dizaine d’années, Margaux Lagleize reçoit chez elle, dans un appartement au rez-de-chaussée de la Krutenau, sa « grotte, » qui ne lui offre suffisamment de lumière pour se filmer qu’en matinée. Elle s’en accommode, comme du reste d’ailleurs : le confinement, la fin des spectacles, la baisse de ses revenus… Tout ça passera. En attendant, elle a inclus dans sa routine la production quasi-quotidienne d’une vidéo qu’elle réalise chez elle, avec son smartphone et qu’elle diffuse sur les réseaux sociaux.

Cette manie de produire des mini-sketchs réguliers lui est venue pendant le premier confinement, alors que la comédienne est en pleine réorientation professionnelle :

« Pour beaucoup de gens, 2020 restera l’année de la pandémie. Pour moi, ce sera une année de profonde réflexion, sur ce que j’ai envie de faire de ma vie professionnelle, sur mon métier et ce que j’ai envie d’être au final… »

Margaux Lagleize au naturel, image rare Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

« Je veux rester en contact avec le monde réel »

Issue du conservatoire, Margaux Lagleize a fait ses premières armes à la Ligue ouverte d’improvisation Lolita, elle a aussi beaucoup tourné avec La Mesnie H, la compagnie de Jacques Bachelier et à la Choucrouterie. Les téléspectateurs de France 3 Alsace la connaissent aussi en présentatrice foutraque de l’émission « C’est beau dehors », une expérience d’ouverture sur le monde qu’elle a adorée :

« Je veux aller vers les gens, j’aime bien les gens en fait. J’adore les reportages sur des métiers ou des sociétés… À l’avenir, je veux pouvoir être en contact avec le monde réel, celui dans lequel les gens travaillent et vivent… Je ne veux pas être une artiste déconnectée du réel. Je comprends que ça puisse exister, mais pour moi, ce sera dans une autre vie. »

Les personnages qui sont nés de ces vidéos quasi-quotidiennes sont devenus récurrents, des thèmes se sont installés… Très à l’aise en stand-up, Margaux Lagleize n’a encore jamais pu produire un « seul en scène. » Il se pourrait bien que certains instants confinés puissent trouver des débouchés lorsqu’il sera possible d’à nouveau rire ensemble…

#Margaux Lagleize

Crit’air : Pas de Zone à faible émission à Strasbourg au 1er janvier

Crit’air : Pas de Zone à faible émission à Strasbourg au 1er janvier

L’interdiction de certains véhicules au centre de Strasbourg a été repoussée sine die. La présidente de l’Eurométropole et la maire de Strasbourg veulent se donner plus de temps de discussion avec les maires pour arriver à un calendrier unifié.

L’ancien conseil de l’Eurométropole avait voté en 2019 la mise en place d’une Zone à faible émission (ZFE) à partir du 1er janvier 2021. À cette date, les véhicules trop vieux pour obtenir une vignette Crit’air, immatriculés avant 1997, ne devaient plus avoir le droit de circuler dans les 33 communes. Cette promesse de l’ancienne majorité ne sera pas tenue par les écologistes car pour prendre de telles interdictions, le pouvoir revient aux maires, via des arrêtés à signer.

Engagement de campagne

À Strasbourg, lors de la campagne des élections municipales, la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne » était la plus déterminée pour mettre en place la ZFE. Les écologistes refusaient de remettre en cause le calendrier voté à Strasbourg, plus strict que celui décidé par l’Eurométropole (voir encadré ci-dessous).

Questionné vendredi lors d’une conférence de presse sur la démocratie locale, la présidente de l’Eurométropole Pia Imbs (sans étiquette) et la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (EELV) ont indiqué revenir sur ce calendrier en raison du « contexte particulier » de la pandémie.

Selon Pia Imbs, « un arrêté réglementaire aurait dû être soumis au 1er juillet [2020 ndlr] pour permettre une application au 1er janvier ». Ce qui n’a semble-t-il pas été le cas.

Circulation rue Jeanne d'Arc à Rouen (Photo Frédéric Bisson / FlickR / cc)
Les véhicules sans vignette Crit’air pourront continuer à rouler en 2021 à Strasbourg. Photo : Frédéric Bisson / FlickR / cc

L’espoir d’un « calendrier unifié »

Le duo veut veut rediscuter du sujet avec les maires métropolitains lors d’une rencontre le 4 décembre puis lors d’une discussion davantage ouverte au grand public courant 2021. Les deux têtes de l’exécutif tiennent à ce que toutes les communes partagent « un calendrier unifié » pour « donner de la visibilité. » Mais ce n’est par exemple pas le cas en région parisienne. Et cela ne s’annonce pas simple politiquement, puisque 13 maires siègent dans l’opposition à la majorité des écologistes et des autres maires.

Sur le fond, la question sous-jacente à la ZFE est celle des « compensations » à la voiture individuelle : transports en commun, aides pour changer de mode de transport, etc. Lors du vote de septembre 2019, Pia Imbs, alors simple maire de Holtzheim, s’était abstenue. Le développement de transports pour la deuxième couronne a toujours été l’une de ses principale revendication, ce qui l’a mené à la présidence de l’Eurométropole.

Pour s’y retrouver dans les vignettes et les véhicules Photo : document ministère des Transports

Depuis 2019, la France est condamnée par la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) pour non-respect des valeurs limites de pollution. Parmi les territoires critiques, Strasbourg est concernée pour le dioxyde d’azote (NO2), c’est-à-dire la pollution de fond, très impactée par la circulation routière. En l’absence de mesures prises localement, le gouvernement avait menacé les « territoires » de participer à l’amende. Mais c’était dans « le monde d’avant ».

Professeur en informatique, Germain Forestier inspire scientifiques et gouvernants sur le Covid

Professeur en informatique, Germain Forestier inspire scientifiques et gouvernants sur le Covid

Les graphiques de propagation du coronavirus de Germain Forestier, enseignant-chercheur en informatique à l’École d’ingénieur de Mulhouse, sont devenus une référence sur Twitter. Au point d’être repris par le Conseil scientifique ou le gouvernement. Rencontre.

Dans un campus de l’Université de Haute-Alsace, fantomatique en ce début novembre, Germain Forestier reçoit dans son bureau. Un plan de travail dégagé, un flacon de gel hydroalcoolique, un double écran relié à un ordinateur et deux meubles de rangement, le tout dans une dizaine de mètres carrés. C’est là, et depuis chez lui, que l’enseignant-chercheur produit des visualisations de l’épidémie du Covid-19 qui font chaque jour le tour de la France.

Le professeur de 36 ans s’est intéressé à la pandémie dès le mois de janvier. Un intérêt personnel et professionnel qui s’est accentué lorsque Mulhouse est devenue l’une des portes d’entrée du virus en France :

« Mon épouse est médecin généraliste et je travaillais sur les questions de santé. Dès le début on cherchait à s’informer. Quand on a vu ce qui se passait en Italie, on s’est dit qu’il n’y avait pas de raisons que cela n’arrive pas chez nous. Mais ce sentiment ne semblait pas partagé dans la population. Je voyais qu’il y avait de plus en plus d’étudiants malades et ma femme aussi le constatait chez ses patients. Pendant le confinement, quand je la voyais s’équiper pour travailler, c’était comme si elle allait réparer un réacteur nucléaire. Je me suis dit, qu’est-ce que je peux faire pour aider, avec mes compétences ? »

Sur le réseau social Twitter, l’informaticien voit des médecins qui tentent de publier des graphiques, pas toujours très esthétiques. Spécialiste du traitement de données, il réalise ses propres courbes sur son site professionnel. À partir d’avril, il les partage sur Twitter, sur lequel il avait un compte depuis 2009 et « 300 à 500 abonnés ». Huit mois plus tard, près de 13 000 personnes suivent ses publications.

Le bureau, très simple, de l’enseignant chercheur. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Au fur et à mesure, les données publiques sur l’épidémie sont de plus en plus nombreuses. En juin, les informations sur les tests (SI-DEP) sont communiquées au grand public. Alors que les vacances approchent, il continue et approfondit ses recherches tout l’été.

Des cartes de chaleur pour mieux comprendre

À la mi-août, il se démarque en publiant des heatmaps (cartes de chaleur en français) qui montre les différents taux de contaminations. « Un outil très classique en visualisation de données », minimise-t-il.

En un coup d’œil, via un dégradé de couleurs, elles permettent de voir l’évolution de l’épidémie dans tous les départements de France. Il est possible de les trier par catégories d’âge.

Pendant ses vacances en famille sur une île de l’ouest de la France, il met à jour ses cartes, en un clic. « Sauf un ou deux soirs où je manquais de 4G pour le partage de connexion », confie-t-il.

Changer de couleur ? « Un grand débat »

Comme Santé publique France, le chercheur a été poussé à modifier sa palette de couleurs en raison de la reprise virulente de l’épidémie, avec des nuances de rouge toujours plus écarlates, jusqu’à virer au noir. » C’est un grand débat, peut-on changer l’échelle de couleurs en cours de route ? », s’interroge-t-il. « Lorsque j’ai commencé, le rouge correspondait au seuil d’alerte, soit 50 nouveaux cas pour 100 000 habitants ». Fin octobre, des départements comme la Loire ou désormais la Savoie ont dépassé les 1 000. Au 6 novembre, tous les départements sont au-dessus de 50 (sauf la Guyane).

Un ordinateur, un écran, et la magie opère ! Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

À la rentrée, l’épidémie reprend. Très parlantes, ces visualisations sont partagées par quelques célébrités du réseau social, comme le journaliste indépendant Vincent Glad (143 000 abonnés), pionnier de Twitter qui ne publie que sur la Covid depuis le printemps, ou Christian Drosten, virologiste allemand aux 528 000 abonnés.

Ses travaux sont repérés par de nombreux journalistes, pour être retweetés ou intégrés à des articles (dont parfois Rue89 Strasbourg). Le 25 septembre, même le ministre de la Santé, Olivier Veran, utilise une de ces cartes de chaleur, sur le taux de positivité, pour justifier la fermeture des bars et restaurants à Marseille.

Ses travaux ont aussi trouvé de l’écho auprès du Conseil scientifique dans ses rapports du 22 septembre et du 26 octobre. L’instance présidée par François Delfraissy, censée aiguiller le gouvernement dans ses décisions, l’a contacté par mail à plusieurs reprises pour utiliser ses représentations.

La culture des données ouvertes

Ce surplus de travail ne correspond-il pas à ce que devrait plutôt faire l’administration ? Non répond-il, en expliquant la culture des données ouvertes (open data) :

« Cela énerve des gens qui me suivent, mais pas moi. On ne me pique pas mon travail. Il est sous licence “creative commons”, ce qui veut dire que chacun peut réutiliser ces travaux en citant l’auteur. La culture des données ouvertes, c’est de mettre à disposition des données publiques, pour stimuler la créativité. Et Santé publique France joue le jeu. Il n’est jamais possible de tout faire par soi-même. Je préfère que l’administration utilise ce travail, plutôt que de repayer quelqu’un pour le refaire. »

Ses recherches font d’ailleurs l’objet d’un dialogue avec l’agence gouvernementale. « Santé publique France nous a proposé deux visios, avec d’autres utilisateurs qui font des publications sur Twitter comme moi. Ils ont répondu à nos questions, nous ont demandé quelles améliorations ils pouvaient faire dans leur publication de données, et nous ont expliqué leurs limites dues au respect de la vie privée. C’était passionnant ».

Dehors sur le campus vide, l’enseignant chercheur tombe le masque, en gardant les distances. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Autre enseignement pour cet utilisateur « de linux et d’outils gratuits en open source », c’est aussi « la limite des données ». Par exemple, si quelqu’un passe plusieurs tests tous négatifs, son résultat n’est décompté qu’une fois, ce qui peut amener à surestimer le taux de positivité. De même, les résultats des tests, qui sont généralement fournis 3 jours après le prélèvement des patients, peuvent mettre plus de temps à arriver en fonction des tensions dans les laboratoires. Il invite donc son audience à être prudente avec les toutes dernières données publiées..

En temps normal, le scientifique originaire de Lingolsheim poursuit des recherches sur l’intelligence artificielle. Par exemple, étudier le comportement de chirurgien à l’aide de capteurs présents dans les salles d’opération ou encore interpréter une observation de cellule faite au microscope. C’est la première fois qu’il travaille sur une épidémie.

Ses travaux sur le Covid-19 ne concernent pas (encore ?) sa recherche académique pour le moment. Il a en revanche réutilisé des jeux de données pour les transformer en exercice pour ses étudiants de l’École nationale supérieure d’ingénieurs Sud-Alsace (Ensisa). Et son activité sur Twitter chamboule totalement son rapport au temps : « On peut avoir une idée le matin, la coder l’après-midi et avoir des retours de chefs hospitaliers dès le soir. En recherche universitaire, ce processus peut prendre un an, voire un an et demi ».

« La mission de chercheur comprend une vulgarisation des savoirs »

En plein reconfinement, Germain Forestier est toujours aussi actif à côté des cours qu’il dispense, à distance. Son secret ? L’anticipation. « À la fin de l’été, je sentais qu’on aurait au moins une partie des enseignements à distance. Avec l’aval des responsables, j’ai passé 10 jours à préparer un maximum de cours en distanciel ».

Pour Germain Forestier, ce travail supplémentaire fait partie de son rôle dans la société. « La mission de chercheur comprend une vulgarisation des savoirs », rappelle celui qui a déjà participé à des événements pour le grand public comme la Fête de la Science.

La confrontation au grand public

Avec le recul, il remarque que la formation de la deuxième vague a été « très mécanique » depuis le mois d’août :

« D’abord, on a vu une hausse des cas positifs chez les 20-29 ans, puis ça s’est transmis dans les autres tranches d’âge, jusqu’aux plus de 65 ans, puis la hausse des hospitalisations, et désormais des réanimations et décès. »

En intérieur, fenêtre entre-ouverte, le professeur garde son masque pendant tout l’entretien et tient à poser avec. « On va tâcher de passer le bon message » Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Avec cette notoriété numérique, ce père de deux enfants en bas âge regrette de ne plus avoir « le temps de répondre à tout le monde ». Il se dit globalement peu confronté à l’agressivité des réseaux sociaux. « Ce sont surtout des encouragements et je retiens cela. Le côté universitaire donne une forme de crédibilité ».

Il reste néanmoins surpris par certaines réactions d’internautes :

« À chaque indicateur, il y a quelqu’un pour contrecarrer. Au début, on rétorque qu’on s’affole pour les jeunes qui ne sont pas malades. Puis que quand ça se transmet, qu’il n’y a personne dans les hôpitaux, quand les hospitalisations repartent, que désormais on guérit du Covid. Et quand il y a des morts, on rétorque que ce ne sont “que” des vieux… »

C’est peut-être ce sentiment qui l’a poussé à publier ce trait d’humour, quelques jours après notre rencontre.

« Hantise » de l’erreur et nouveaux projets

Le chercheur qui a « la hantise de se tromper dans une visu » s’est donné une ligne de conduite : « Je ne tweete aucune prédiction ». Sur son ordinateur, se trouve une « To do list » (choses à faire), avec pas moins de « 70 idées » de visualisations ou améliorations. Parmi celles-ci, croiser avec des données géographiques, comme le taux de pauvreté. « Il y a peut-être 1% du potentiel de données sur le Covid qui a été exploité », prévient-il.

Une de ses dernières créations, le 11 novembre, permet de comparer les déplacements des Français lors du premier et du deuxième confinement.

Manifestation des professionnels du spectacle vendredi

Manifestation des professionnels du spectacle vendredi

À l’appel de plusieurs organisations syndicales et patronales, une manifestation des professionnels du spectacle est organisée vendredi 13 novembre à Strasbourg. Ils veulent alerter sur la situation critique des auteurs, acteurs et techniciens, sans travail en raison des confinements et de l’arrêt des spectacles.

Une série de syndicats et d’organisations professionnelles (voir la liste ci-dessous) appellent « tous les professionnels du spectacle vivant, intermittents et permanents : artistes, techniciens et personnels de production et d’administration du Grand Est et leurs employeurs à une manifestation vendredi 13 novembre à 12h, place de la République à Strasbourg, » devant la direction des affaires culturelles de la région Grand Est.

Dans un communiqué diffusé mercredi, ces organisations rappellent que « la mise en place d’un nouveau confinement place tous les professionnels du spectacle dans une situation de grande insécurité » et se désole que « le gouvernement ne reconnaît pas le secteur culturel comme une activité « indispensable » à la nation. »

manifestation « Alerte rouge » des techniciens du spectacle le 16 septembre 2020 devant le Maillon Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Les droits à l’intermittence, un système d’allocation permettant de financer les temps de recherche et de création, ont été prolongés d’un an lors du premier confinement. Mais, selon ces organisations, la mesure est désormais insuffisante en raison de « l’annulation des événements publics empêchant de nombreux professionnels de reconstruire leurs droits. » En outre, des situations de précarité sont apparues pour certains professionnels qui n’ont pu obtenir les heures nécessaires avant la prolongation.

Les organisations syndicales et patronales du spectacle demandent que soient revues les fermetures des conservatoires et des écoles de musique, « incohérente au regard du maintien de l’enseignement général. » Elles demandent en outre un plan d’urgence pour les théâtres, les compagnies et les ensembles et artistes indépendants.

Épuisés, des agents de la Région Grand Est en « manifestation distancielle » jeudi

Épuisés, des agents de la Région Grand Est en « manifestation distancielle » jeudi

Alors que se tient une séance plénière du Conseil régional du Grand Est jeudi matin, plusieurs syndicats appellent à un mouvement inédit, numérique, au même moment pour protester contre des suppressions de postes et le recours aux vacataires dans les lycées.

« Les agents sont à bout. De toutes mes années de syndicalisme, je n’ai jamais vu ça. » Jacques Castelli, secrétaire général du syndicat Force Ouvrière à la Région Grand Est est catégorique.

Avec ses collègues de la CGT et de la FSU, il appelle à une « mobilisation distancielle, » jeudi 12 novembre de 9h à 11h. Les syndicats appellent les agents à débrayer et à se rendre sur YouTube pour dénoncer les suppressions de postes qui ont affecté tous les lycées du Grand Est depuis plusieurs années.

Jacques Castelli avoue la difficulté de son travail de veille :

« Selon nos comptages, entre 300 et 600 postes ont disparu dans les lycées du Grand Est parmi les agents d’entretien et de soutien technique. Il s’agit d’une estimation car la direction ne nous répond pas et ne nous communique pas les documents sur lesquels nous devons voter. »

Le lycée Marc Bloch (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Le lycée Marc Bloch Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Les agents d’entretien mis à rude épreuve par la crise sanitaire

Selon Pascal Koehler, secrétaire général de la CGT à la Région Grand Est, les conséquences de ces réductions se font particulièrement sentir dans les lycées depuis cette rentrée :

« Ce sous-effectif constant met les agents à rude épreuve. S’en suit un absentéisme important et de nombreux maladies ou blessures liées au travail. Mais en plus, avec la pandémie, de nombreuses tâches d’entretien se sont rajoutées… sans moyens supplémentaires. La situation est extrêmement tendue. »

Selon les syndicats, la Région Grand Est a prévu un renfort ponctuel dans les lycées, mais en faisant appel à des vacataires. Ce recours scandalise les syndicats de la Région, comme l’explique Marie-Josée Jeanront, secrétaire générale de la FSU :

« Ces personnes sont embauchées avec des contrats précaires, pour que la Région puisse s’en séparer aisément sitôt la fin de la crise sanitaire. En outre, elles ne sont pas bien formées et sont souvent plus mal équipées que les agents. On demande que la Région utilise au moins des CDD. »

Des agents seraient en dépression, d’autres en burn-out… D’autres encore ont été perdus de vue depuis le passage aux « lycées 4.0 », cette vaste numérisation des outils de travail des lycéens, et qui s’est accompagnée de nouveaux besoins techniques.

Comment le lobbying de l’industrie du BTP alsacienne a permis la construction du GCO

Comment le lobbying de l’industrie du BTP alsacienne a permis la construction du GCO

Depuis 2012, la Chambre de Commerce et d’Industrie Alsace s’est mobilisée pour le Grand contournement ouest (GCO). Son vice-président, Georges Lingenheld – à la tête du groupe de BTP alsacien – a convaincu les élus que cette autoroute serait la solution contre les embouteillages à Strasbourg. Le GCO est construit par Vinci mais Lingenheld a obtenu 4 millions d’euros de contrats en sous-traitance.

Le 1er juin 2012, un titre des Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) fait exulter les écologistes alsaciens : « Le GCO bientôt abandonné. » Selon l’agence Reuters, « l’État va abandonner le projet de Grand contournement autoroutier à l’ouest de Strasbourg (GCO), en raison de l’opposition des élus socialistes et verts locaux. » C’était quelques mois après l’élection de François Hollande à la présidence de la République. Un ancien collaborateur de Roland Ries (PS), alors maire de Strasbourg, se souvient :

« Jean-Luc Heimburger et Georges Lingenheld, à la présidence de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI), étaient furieux. Ils ont appelé le maire dans les jours qui ont suivi. C’est à cette période qu’ils ont commencé un lobbying intensif, en mettant des arguments politiques en avant. Ils ont relancé le projet. »

Selon Alain Jund, alors adjoint (EELV) au maire Roland Ries depuis 2008, la relance du GCO est directement à imputer à la CCI :

« Sans la CCI, le GCO n’aurait jamais vu le jour. Ses dirigeants ont martelé qu’il diminuerait les bouchons et améliorerait en conséquence la qualité de l’air à Strasbourg. Mais ces deux affirmations étaient fausses et d’ailleurs démenties par des études. »

Des rendez-vous avec les responsables politiques

À partir de 2012, la CCI, financée par les cotisations d’entreprises et des fonds publics, met en place une stratégie de communication pour promouvoir les bienfaits du contournement. En septembre, elle diffuse un document d’un peu plus de 40 pages, intitulé GCO 2016 Tous Gagnants. On peut notamment y lire que les objectifs de l’autoroute « ne portent pas prioritairement sur l’accessibilité de Strasbourg », mais que « son vrai rôle est d’offrir des conditions de circulation performantes au trafic de transit. » En clair, rallier Innenheim à Brumath à 110 km/h, en contournant les bouchons strasbourgeois.

La CCI organise dans le même temps des rendez-vous avec des responsables politiques comme Roland Ries ou Robert Herrmann. Ce dernier deviendra deux ans plus tard président de l’Eurométropole.

La CCI siège dans le bâtiment massif de la Maison des Corporations, au centre de Strasbourg, place Gutenberg. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Le point de tension des bouchons

Pour le grand public, le message se concentre sur la question des embouteillages lors de la traversée de Strasbourg. Cette thèse est, aujourd’hui encore, défendue par le président de la CCI, Jean-Luc Heimburger, également à la tête d’une entreprise de location d’engins de chantier :

« Les bouchons à Strasbourg induisent une perte de temps et d’argent pour les entreprises. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut y mettre fin. Pour nous, le report de trafic vers le GCO sera conséquent, et participera donc à la diminution des embouteillages. Cette infrastructure est indispensable au développement économique de la région. »

Selon les opposants au GCO, l’autoroute ne sera qu’un contournement sans accès à Strasbourg, alors que les embouteillages sur l’A35 sont liés avant tout au trafic pendulaire (produit par les personnes qui viennent et repartent de Strasbourg quotidiennement pour des motifs professionnels). Pour analyser la circulation dans l’agglomération strasbourgeoise, le CGEDD (Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable) publie une étude en 2013, à la demande du ministre des Transports. Elle préconise notamment la construction du GCO, afin d’absorber une partie du trafic de l’A35.

Mais les opposants utilisent le même document pour démontrer que le contournement ne permettra pas de mettre fin aux bouchons. La plus optimiste des simulations de l’étude table sur un report de 14% du trafic sur le GCO. Il y aurait alors encore 142 000 véhicules par jour sur l’A35 contre 165 000 aujourd’hui.

Un discours qui contredit les études

Du côté de la CCI, le message reste pourtant le même. Dans une tribune publiée en mai 2014 dans les DNA, Georges Lingenheld, son vice-président, explique une nouvelle fois que le GCO permettra « la fin des bouchons et une traversée de Strasbourg fluide. »

Fin 2016, la CCI va jusqu’à financer une campagne de publicité : des affiches dans toute la ville et des spots audios diffusés sur des radios locales comme TopMusic et France Bleu. Des dizaines de milliers d’auditeurs entendent alors : « Mieux vivre à Strasbourg et mettre un terme aux embouteillages ? En 2020, ça sera possible. Découvrez comment sur jeveuxmonGCO.alsace. » Ce site internet est la propriété de l’Automobile Club Association, soutien du GCO et en lien avec la CCI et Vinci pour la stratégie de communication, selon son porte-parole Yves Carra.

Atmo Grand Est estime que la pollution baissera avec ou sans le GCO. L'impact de l'autoroute est en revanche plus difficile à quantifier pour la population. (Photo Pascal Bastien / Divergence)
Aux heures de pointe, les embouteillages sont causés par le trafic pendulaire. (Photo Pascal Bastien / Divergence)Photo : Pascal Bastien / Divergence

Le chef du Medef étonné par la manœuvre de la CCI

Olivier Klotz, président du Medef Alsace et également membre titulaire de la CCI, est étonné par la stratégie de communication de la présidence de la chambre. Comme lui, elle doit représenter l’intérêt des chefs d’entreprise :

« Si les chefs d’entreprises sont favorables au GCO, c’est dans la mesure où il doit réduire les embouteillages à Strasbourg. Ce n’est que vers 2016 ou 2017 qu’on a vraiment compris que l’objectif principal n’était pas d’améliorer l’accessibilité de Strasbourg, mais seulement de contourner la ville. En plus, le projet de transformation de l’A35 en boulevard urbain risque d’empirer la situation. »

Une opinion partagée par un autre chef d’entreprise, membre titulaire de la CCI, qui témoigne anonymement :

« Nous étions majoritairement favorables à la construction de cette autoroute, c’est vrai. C’est surtout qu’on ne nous a rien présenté d’autre comme solution pour mettre fin aux bouchons. »

Des élus prennent position pour le GCO

Alors que rien ne prouve que le contournement mettra fin aux embouteillages, le lobbying fonctionne : au fil du temps, les élus locaux reprennent les arguments de la CCI. En octobre 2017, Pierre Perrin, maire de Souffelweyersheim, s’exprime au nom de 23 maires locaux qui ont signé une tribune en faveur du GCO, et explique devant les caméras de France 3 que cette autoroute est indispensable contre les bouchons. Robert Herrmann (PS), grand défenseur du GCO, lors d’un débat organisé par Rue89 Strasbourg en 2016, assume tout de même que l’A35 sera toujours encombrée, même après la mise en service de l’autoroute. D’autres infrastructures seront nécessaires selon lui.

En 2017, une étude d’Atmo Grand Est montre par ailleurs que le contournement n’aura quasiment aucun impact sur la qualité de l’air. Cela n’empêche pas Roland Ries, maire de Strasbourg, d’expliquer l’inverse au micro de France Culture en janvier 2019, et d’en conclure qu’il est donc favorable à l’autoroute…

« Pourquoi refuser le débat et foncer tête baissée ? », s’indigne Dany Karcher. Membre du collectif « GCO Non merci », il est aussi l’ancien maire de Kolbsheim, un village désormais en bordure de l’autoroute :

« On a tout fait à l’époque pour proposer de vraies solutions à ces problèmes. Le collectif a même fait éditer un livret intitulé 10 solutions pour faire sauter les bouchons. Et pour la pollution, on a toujours dit que la seule issue réelle était la réduction de l’usage de la voiture et certainement pas la construction d’une autoroute. Mais les autorités ne voulaient rien savoir et continuaient à prôner le GCO sans base scientifique. Il y avait forcément d’autres enjeux derrière. »

Le rôle de Georges Lingenheld, grand patron du BTP alsacien…

Les anti-GCO pointent notamment du doigt Georges Lingenheld. Car le vice-président de la CCI est aussi le président du groupe de BTP local Lingenheld Environnement, au chiffre d’affaires de 175 millions d’euros en 2019.

Un ancien collaborateur de cabinet de Roland Ries témoigne anonymement de l’influence de ce grand patron alsacien :

« En 2012 et 2013, plusieurs rendez-vous ont eu lieu entre lui et des élus, dont Roland Ries. Avec les élections municipales de 2014 qui approchaient, il utilisait l’argument de la réduction des bouchons et surtout de la pollution causée par l’A4-A35. À l’époque, il a contribué au virage à 180 degrés du maire, passé d’opposant à défenseur du projet, ce qui a été déterminant. »

… dont le groupe a répondu à l’appel d’offres pour construire le GCO

Quelques temps plus tard, en novembre 2014, l’entreprise Lingenheld a été candidate à l’appel d’offres pour construire le GCO, en groupement avec NGE et Fayat. L’objectif : obtenir le marché de presque 500 millions d’euros. Dany Karcher y a vu un conflit d’intérêts :

« La CCI défendait cette autoroute alors que l’entreprise de son vice-président allait potentiellement gagner énormément d’argent en le construisant… »

Selon Jean-Luc Heimburger, Georges Lingenheld n’aurait pas influencé la CCI pour ses fins personnelles. Le président de la CCI continue : « Plus généralement, il est logique que nous défendions l’activité des entreprises de travaux publics et que cela ait penché dans la balance pour nous pousser à soutenir le projet. » Indisponible, l’intéressé n’a pas répondu à nos questions. C’est son fils, Franck Lingenheld, directeur général du groupe, qui s’en est chargé. Il conteste tout conflit d’intérêts :

« Mon père a agi à travers son titre de vice-président de la CCI, dans l’intérêt des chefs d’entreprises et de l’économie alsacienne. Le lobby du BTP, la FRTP (Fédération régionale des travaux publics, ndlr), dont notre groupe est membre, a aussi fait pression. Bien sûr, le GCO a des retombées positives pour tout le secteur du BTP. »

Jointe par téléphone, la FRTP nie avoir fait du lobbying et conteste même avoir pris position en faveur du GCO. Pourtant, en mars 2015, quand le dossier patinait, la CCI et la FRTP ont bel et bien réclamé la relance de l’autoroute de contournement lors d’une journée de mobilisation.

La sous-traitance sur le chantier profite à des entreprises locales

Depuis 2016, l’État a désigné Vinci comme maître d’ouvrage du GCO, ainsi que la Sanef pour l’échangeur nord. Mais le contrat prévoit que les concessionnaires délèguent une partie des chantiers à d’autres entreprises : 150 millions pour Vinci et 43 millions pour la totalité de l’échangeur, sous-traité par la Sanef. En octobre, Rue89 Strasbourg a dévoilé que huit sociétés alsaciennes avaient obtenu des contrats de plusieurs millions d’euros par ce biais. Quatre d’entre elles ont des dirigeants membres du bureau du syndicat des travaux publics, qui fait partie de la FRTP Alsace. Il s’agit de Lingenheld, Denni Legoll, SAERT et Trabet.

Franck Lingenheld déclare à Rue89 Strasbourg que son groupe a obtenu environ 3 millions d’euros de marchés. Selon nos informations, l’entreprise a aussi construit des intersections sur la partie Vinci et les installations de base, nécessaires à la vie sur le chantier, à Duttlenheim. Cela porte le total à 4 millions d’euros pour le groupe alsacien. Les autres entreprises locales titulaires n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Huit entreprises alsaciennes ont obtenu des contrats en sous-traitance sur le GCO. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

L’accessibilité de Strasbourg, encore des marchés pour le BTP

Alors que le GCO est en cours de construction, Jean-Luc Heimburger et Franck Lingenheld s’accordent à dire que d’autres infrastructures sont nécessaires pour la résorption des embouteillages. Ils évoquent des projets qui impliquent d’autres marchés pour le secteur du BTP.

Sur l’axe Est-Ouest, le groupe Lingenheld est par exemple en train de construire au niveau d’Ittenheim l’infrastructure pour le Transport en Site Propre de l’Ouest (TSPO), une voix rapide de bus, entre Wasselonne et Strasbourg. Sur l’axe Nord-Sud, Jean-Luc Heimburger vante la future VLIO, un projet de route départementale de contournement de Strasbourg de 2 x 1 ou 2 x 2 voies selon les portions, qui passerait dans la périphérie ouest de l’agglomération.

« Ces jeux de pouvoir sont néfastes »

« Il ne faut pas s’étonner que les entreprises de BTP défendent des projets de route, » analyse Dany Karcher. Celui qui a lutté pendant 20 ans contre le GCO déplore l’influence des intérêts privés sur les décisions politiques :

« Cela ne va pas dans le sens de l’intérêt général. Si les décisions étaient prises en concertation avec la population, des infrastructures comme le GCO ne seraient plus construites. Quel gâchis que de payer une autoroute à 500 millions d’euros, de déforester et d’exproprier des agriculteurs, le tout sans réel impact sur les embouteillages. C’est un vrai problème de démocratie. Pour quoi et pour qui les décisions sont-elles prises ? Les élus sont influencés par les cercles de lobbying des grandes entreprises. Ces jeux de pouvoir sont néfastes pour le territoire et la vie des gens, et ils commencent à l’échelle locale. »

20 hectares de forêt ont été abattus pour construire le GCO. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
#Lingenheld

Ressources en baisse et précarité persistante, Caritas Alsace appelle à l’aide pour répondre au Covid

Ressources en baisse et précarité persistante, Caritas Alsace appelle à l’aide pour répondre au Covid

L’association caritative Caritas Alsace est inquiète. Son action en 2019 a progressé alors que les effets du Covid font baisser ses recettes, augmente le nombre de précaires et réduit la participation des bénévoles…

Jessica a trente ans et trois enfants. Depuis sa séparation d’avec un conjoint « insultant et dégradant », Jessica galère. En juillet 2019, elle perd son boulot après une proposition d’emploi à plein-temps. Seule, la mère ne peut pas cumuler la garde de ses trois enfants en bas âge et un job dans la restauration. Sans revenu depuis plus d’un an, la jeune trentenaire se rend régulièrement dans l’épicerie solidaire de Caritas Alsace à Mulhouse. « Généralement, c’est à partir du 20 du mois que ça devient chaud », explique-t-elle, lors d’une présentation du bilan de l’association caritative à la presse, mardi 10 novembre.

« Généralement, c’est à partir du 20 du mois que ça devient chaud. » Depuis sa séparation, Jessica galère seule avec la garde de ses trois enfants. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

27% de mères isolées

Caritas Alsace a analysé les profils de 3 888 familles soutenues en 2019 (sur un total de 14 685 ménages). Les mères isolées comme Jessica constituent 27% du public aidé par la structure caritative. En tout, les familles forment 62% des personnes soutenues par l’association. « Ce sont plus de 10 000 enfants qui sont concernés par ces situations de pauvreté », note le directeur de Caritas Alsace, Olivier Coupry, avant de préciser : « Les familles qui vivent le plus mal sont des mères seules, sans travail et sans allocations. »

En comparaison avec 2018, les profils des personnes aidées n’a que peu évolué. La moitié des bénéficiaires sont d’origine étrangère et 57% des ménages soutenus par l’association n’ont pas de travail.

« Une précarité qui s’ancre »

Olivier Coupry note également une légère hausse du public de plus de 50 ans. En 2019, ils constituaient 29% des personnes aidées par Caritas Alsace, contre 23% en 2013. Mais le président de la Fédération de Charité Caritas Alsace, Jean-Marie Schiffli, s’inquiète de voir « une précarité qui s’ancre dans la durée » : 46 % des personnes qui se sont rendues chez Caritas Alsace en 2019 étaient déjà connues des bénévoles l’année précédente. En 2011, seul 26% du public de l’association venait pour la seconde année consécutive.

À gauche, Olivier Coupry, directeur de Caritas Alsace. À droite, Jean-Marie Schiffli, président de la Fédération de Charité Caritas Alsace. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Selon les calculs de Caritas Alsace, une fois les dépenses de base déduites (loyer, charges, électricité…), un tiers de son public vit avec moins de 4€, par personne et par jour.

Les effets du covid redoutés

Les effets de la pandémie de coronavirus ne sont pas encore visibles dans ce rapport de l’association. Mais le directeur de Caritas Alsace a esquissé les deux conséquences principales que la crise sanitaire aura pour sa structure. Au niveau du public de l’association, Olivier Coupry note « une augmentation comprise entre 10 et 20% des demandes », tout en craignant « d’être au creux d’une vague » de nouveaux bénéficiaires, sur le point de déferler. Comme le note Jessica, mère isolée et aidée par Caritas à Geispolsheim, « les gens attendent souvent jusqu’au bout des économies, et après avoir demandé de l’aide à des amis, avant de venir dans une association. »

Autre conséquence de la crise sanitaire, les bénévoles sont moins nombreux. « Toutes nos équipes ont perdu des membres, de 10 à 50% des effectifs », décrit le directeur de Caritas Alsace. La crainte d’être contaminé par le coronavirus expliquerait une partie de cette désertion. Le président de l’association déplore un manque à gagner de 300 000 euros cette année, « avec l’annulation des fêtes, concerts et autres manifestations pour récolter des fonds. »

Inquiète pour ses recettes et face à une potentielle hausse des besoins, l’association appelle au soutien des Alsaciens.

Médecins, nous sommes opposés à la disparition des interprètes dans nos cabinets

Médecins, nous sommes opposés à la disparition des interprètes dans nos cabinets

Plusieurs médecins strasbourgeois interpellent les autorités de santé, alors que s’amorce une réforme de l’aide à la traduction dans les consultations médicales. À Strasbourg, les patients incapables de s’exprimer en français bénéficient de l’aide de traducteurs qui se déplacent dans les cabinets. Ils pourraient disparaître.

Imaginerait-on faire, aujourd’hui, l’examen d’un patient sourd sans l’aide d’un interprète en langue des signes ? Être écouté (à défaut d’être entendu) constitue le vœu que tout patient forme quand il présente une plainte et formule une demande parfois difficile à exprimer, surtout dans le
cadre intime de la consultation médicale et / ou psychiatrique.

Depuis 2007, ce qui est aujourd’hui l’Agence régionale de santé (ARS) du Grand Est et l’Union régionale des professionnels de santé des médecins libéraux (URPS-ML) portent et financent un dispositif qui permet la présence d’un interprète professionnel, via l’association Migrations Santé Alsace, lors des consultations de médecine générale ou spécialisées dans les villes de Strasbourg et Mulhouse. Cet outil est précieux pour la prise en charge de certains patients qui maîtrisent peu ou pas le français. En effet, comme le recommande la Haute Autorité de Santé, « l’interprétariat linguistique dans le domaine de la santé garantit, d’une part, aux patients, les moyens de communication leur permettant de bénéficier d’un égal accès aux droits, à la prévention et aux soins de manière autonome et, d’autre part, aux professionnels, les moyens d’assurer une prise en charge respectueuse du droit à l’information, du consentement libre et éclairé du patient et du secret médical » (HAS 2017).

Le psychiatre Georges Federmann reçoit de nombreuses personnes ne parlant pas français. Il est signataire de cette tribune Photo : Swen de Pauw / Sheilac Films

Traduire les paroles mais aussi les silences

Il est fondamental que l’interprète soit un professionnel formé, qui puisse retranscrire au mieux la parole de la personne, mais également les nuances, les traits d’humour, les émotions… Spécialiste des échanges verbaux, il veille à la bonne compréhension des propos des patients mais
également des professionnels de santé. Le recours à un tiers non formé à l’interprétariat (parents, proche, enfants) ne permet pas le respect du cadre déontologique : fidélité de la traduction, impartialité, secret médical… Il empêche également l’abord de certaines problématiques touchant à l’intime, et le médecin comme le patient se retrouvent amputés d’une partie essentielle et nécessaire au soin.

L’absence d’interprétariat en santé conduit à de mauvaises prises en charge, des erreurs diagnostiques, la répétition coûteuse d’examens complémentaires, des traitements inadaptés, voire dangereux… Ces coûts seront supportés par le patient qui souffrira d’une prise en charge de
moindre qualité (et aussi des risques pour sa santé), mais également par le système de santé qui devra l’assumer.

Plus simple par téléphone mais pas sans limites

Nous avons appris que le dispositif d’interprétariat ne serait plus porté par l’URPS-ML du Grand Est à partir de janvier et que son financement était menacé, au risque de voir disparaître ce mode d’appui à nos prises en charge. Dans le même temps, l’ARS Grand Est déploie un service d’interprétariat téléphonique ouvert à tous les médecins. Cette mise à disposition à tout le Grand Est illustre parfaitement la nécessité de l’interprétariat en santé et nous saluons donc cette reconnaissance. Son extension va favoriser l’équité pour les patients allophones, et permettre une réelle amélioration de l’accès au soin.

Néanmoins, si l’interprétariat par téléphone semble plus simple en termes de logistique, plus rapide en disponibilité, avec un accès sans rendez-vous utile pour les consultations d’urgence, il ne saurait se substituer à une traduction en présence d’un interprète, dans les zones où les deux sont également accessibles. Il reste un dispositif qui peut être ressenti comme froid et impersonnel, qui ne permet pas la prise en compte de la dimension « non-verbale » de la consultation. Son utilisation ne permet pas d’être dans une prise en soin optimale pour un certain nombre de consultations-clés :
consultations de synthèse, consultation d’annonce, éducation thérapeutique, consultations psychiatriques, accompagnement de fin de vie, accompagnement social…

L’interprète présent apporte beaucoup plus qu’une traduction

Dans ces moments essentiels de la relation thérapeutique, l’interprète, aux côtés du patient, permet la mise en confiance, par le regard, la présence soutenante, le renforcement du lien dans la relation à trois, qui se fait par les émotions, le rire, la gestuelle. L’interprète présent peut respecter les silences, les sous-entendus, les hésitations, mais également les émotions comme la peur, la colère, la tristesse, tant importantes quand on aborde l’intime, des violences vécues, des maladies chroniques… L’interprète présent sent quand se mettre en retrait, arrive parfois à apaiser des tensions, encourage aussi l’ébauche de la langue française, aide à trouver les mots… Il pourra, à la demande du médecin, faciliter l’explication d’un schéma ou un plan pour se rendre chez un spécialiste. Il traduit, selon les précisions du médecin, la posologie, les effets secondaires, l’importance
de l’observance d’un traitement, explique un court document, participe, par sa présence, à rassurer des parents parfois isolés, perdus, dépassés…

Enfin, il est essentiel de préserver cette possibilité très précieuse d’avoir plusieurs fois le même interprète pour un même patient, afin d’avancer dans le récit, de ne pas revenir sur des choses déjà décryptées ou dénouées, de maintenir le lien thérapeutique, la relation de confiance.

Un dispositif efficace contre la violence institutionnelle

Les interprètes professionnels de Migrations Santé Alsace ne disent pas autre chose : la plupart d’entre eux ont insisté pour revenir dans les cabinets après avoir dû travailler par téléphone en raison de l’épidémie de coronavirus. Ce dispositif d’interprétariat en présence fonctionne. Mieux, il permet de réduire les inégalités de santé et de respecter une certaine qualité de soins pour des consultations complexes. De plus, il reste moins cher que l’interprétariat téléphonique sans rendez-vous.

Pour toutes ces raisons, nous ne comprenons pas ce recul dans l’accueil des patients non-francophones. Nous souhaitons, pour leur bien, que les deux dispositifs d’interprétariat professionnel, téléphonique et en présence, cohabitent et perdurent. Chacun a son utilité, nous sommes en capacité de choisir le mode d’interprétariat le mieux adapté selon chaque situation et
besoin rencontrés. Les patients allophones subissent déjà parfois de la violence institutionnelle (parcours administratifs complexes voire incompréhensibles qui peuvent mener à des inégalités d’accès aux soins jusqu’au non-recours aux soins), ne les excluons pas davantage. Qu’ils puissent continuer à dire en quittant nos consultations qu’ils se sentent plus écoutés… La manière dont nous offrons l’hospitalité, dans nos cabinets, à ces patients vulnérables nous aide aussi à améliorer l’accueil de tous les autres.

L’Hôtel de la rue attend toujours sa convention d’occupation

L’Hôtel de la rue attend toujours sa convention d’occupation

La Ville de Strasbourg souhaite vider l’Hôtel de la rue fin 2021. Sur place, les organisateurs attendent toujours une convention d’occupation, pour mieux accompagner les résidents, maintenant et jusqu’à leur départ.

« Si on veut rendre l’Hôtel de la rue fin 2021, il nous faut une convention d’occupation dès maintenant », affirme Véronique Brom. Lundi 9 novembre, la trésorière de l’association La Roue Tourne, gestionnaire du squat de Koenigshoffen, attend toujours que la structure d’hébergement de sans-abris puisse enfin « sortir de l’illégalité » :

« Cette convention est nécessaire pour que nous puissions souscrire à une assurance du bâtiment, mais aussi pour mettre en place un suivi social des résidents, en signant des conventions de partenariat avec Casas, la Cimade, Médecins du Monde… Ces structures ont aussi besoin de savoir quelles sont nos relations avec le propriétaire. »

Au dernier recensement, l’Hôtel de la rue comptait 98 résidents, dont 20 enfants. Le squat est désormais équipé en cuisinières, frigos, congélateurs et même d’une salle de classe pleine d’ordinateurs. La Fondation de France finance le matériel, ainsi qu’une partie du salaire d’Edson Laffaiteur, l’ancien président de l’association La Roue Tourne étant devenu le coordinateur de la structure. « La fondation a été plus efficace en quelques semaines, que la mairie en plusieurs mois », note celui qui se surnomme volontiers « l’emmerdeur de service ».

La fondation de France prend en charge une partie du salaire d’Edson Laffaiteur et a payé plusieurs frigos, congélateurs, et autres ordinateurs pour l’hôtel de la rue. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Jeanne Barseghian : « L’impératif, c’est que les résidents puissent rester »

Interrogée sur la signature d’une convention d’occupation, la maire (EELV) de Strasbourg Jeanne Barseghian n’a pas souhaité avancer de date précise :

« Les modalités (de cette convention d’occupation) sont encore discutées. Là, on entre dans une période de trêve hivernale. L’impératif, c’est que les résidents puissent rester. Notre logique, c’est d’essayer de mettre en place des dispositifs d’accompagnement social, pour reloger de manière pérenne les habitants et leur permettre de se réintégrer dans la société. On aura l’occasion de donner des précisions. »

La Ville de Strasbourg ouvre 104 places d’hébergement d’urgence supplémentaires

La Ville de Strasbourg ouvre 104 places d’hébergement d’urgence supplémentaires

La Ville de Strasbourg compte mettre à disposition une salle municipale et un vélo-cargo pour faciliter les maraudes. Ces annonces viennent compléter l’ouverture de 104 places d’hébergement, dont 74 à destination des femmes victimes de violences intrafamiliales.

Mardi 10 novembre, la Ville de Strasbourg a annoncé une série de mesures destinées aux personnes les plus fragiles. Des solutions « coconstruites » avec les acteurs du domaine social de l’Eurométropole de Strasbourg, lors d’une « agora des solidarités » conclue ce mardi matin.

104 nouvelles places d’hébergement d’urgence

Suite à un appel à projets diffusé en juillet, la municipalité va ouvrir 104 places d’hébergement. 74 d’entre elles sont destinées aux femmes victimes de violences intrafamiliales, en partenariat avec les associations Arsea-Gala, Home Protestant et SOS Femmes Solidarité. En juillet, la nouvelle majorité avait voté le budget pour l’ouverture de 50 places, conformément à son programme. Un objectif « théorique », mais dépassé par les chiffres du Service intégré d’insertion d’accueil et d’orientation (SIAO) pour les femmes violentées, ce qui a poussé à augmenter ce total. Les autres places ouvertes concernent tous types de public sans-abri, « la situation administrative des familles ne sera pas regardée », assure Floriane Varieras, adjointe à la maire en charge de la ville inclusive. Les deux structures déjà existantes restent ouvertes, désormais 24h sur 24. Et l’espace des douches publiques de La Bulle reste lui aussi ouvert tous les jours de la semaine, de 8h30 à 12h et de 13h à 14h. Les maraudes du Centre communal d’action sociale (CCAS) se poursuivent également.

Soutien à l’aide alimentaire

Un collectif de 11 associations de distribution alimentaire pourra bientôt stocker leurs denrées dans la salle Marcel Marceau, « où une cuisine permettra de confectionner des repas chauds », précise Floriane Varieras. Un vélo-cargo sera également mis à disposition de l’association Les vélos du cœur (« des livreurs à vélo qui profitent de leur tournée pour livrer en denrées alimentaires et produits de première nécessité les sans-abris » comme l’explique leur page Facebook).

Contre l’isolement des personnes âgées et la fracture numérique

Pour contrer l’isolement des Strasbourgeois, et des personnes âgées plus précisément, la Ville de Strasbourg continue d’enrichir son registre des « personnes vulnérables, qui n’ont pas de parents proches pour les aider au quotidien. » Basée sur le fichier canicule, ce document compte 900 personnes à Strasbourg. Ces dernières sont appelées en cas de crise sanitaire par des agents de la Ville pour établir leurs besoins. Des volontaires strasbourgeois ou des associations comme l’Abrapa ou SOS Aide aux Habitants peuvent ensuite se charger de leur apporter ce qui leur manque.

La Ville de Strasbourg avait également lancé un site internet pour répondre aux questions des habitants sur les mesures et les dispositifs locaux liés à la crise sanitaire. Pour répondre aux citoyens éloignés des outils numériques, la municipalité a lancé un numéro de téléphone (03 68 98 50 00) « pour que tous les citoyens puissent poser leur question à la collectivité », explique Céline Geissmann, adjointe à la maire, en charge du numérique.

Un « kiosque d’inclusion numérique » doit aussi rouvrir au centre administratif le vendredi 13 novembre, entre 13h30 et 16h30. En partenariat avec l’association Emmaüs Connect, il doit permettre aux néophytes de l’informatique de s’inscrire à la CAF, suivre son dossier Pôle Emploi ou inscrire son enfant à la cantine scolaire. Le calendrier d’ouverture du kiosque doit encore être précisé.

Pour rappel, 25% de la population de Strasbourg vit en dessous du seuil de pauvreté (1 063€ par mois en France en 2020).

Liberté de la presse : « Cachez ces violences policières que je ne saurais voir »

Liberté de la presse : « Cachez ces violences policières que je ne saurais voir »

Le gouvernement envisage l’interdiction de diffusion d’images ou de vidéos des forces de l’ordre, dans le cadre du projet de loi de « sécurité globale ». La loi est en cours d’examen au Parlement. Il s’agit d’un pas de plus à rebours de la démocratie et d’une nouvelle entrave au travail des journalistes.

Plusieurs médias indépendants – dont Rue89 Strasbourg – ont signé une tribune dénonçant le caractère liberticide de la loi de « Sécurité globale », présentée par le gouvernement.

Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, lorsque Jean-Jacques Bourdin l’interroge sur la proposition de loi (PPL) « Sécurité Globale », résume ainsi la position du gouvernement :

« J’avais fait une promesse, qui était celle de ne plus pouvoir diffuser les images des policiers et des gendarmes sur les réseaux sociaux. Cette promesse sera tenue puisque la loi prévoira l’interdiction de la diffusion de ces images. »

Ce texte, les députés LREM sont pressés de le faire passer. Sans doute craignent-ils une levée de boucliers légitime pour défendre la démocratie. Sinon comment pourrait-on expliquer que cette loi fasse l’objet d’une procédure accélérée ? Quelle urgence, en plein confinement, justifie cette attaque contre une liberté de chaque citoyen français ?

Déjà, en février, Mediapart révélait que Christophe Castaner, à l’époque encore ministre de l’Intérieur, envisageait de « contrôler la diffusion de vidéos montrant les violences policières« , reprenant ainsi les revendications des syndicats de police les plus liberticides. L’information avait déjà fait à l’époque bondir les défenseurs des libertés publiques. Le ministre de l’Intérieur avait alors nié étudier une telle loi, affirmation pourtant démentie quelques heures après par ses propres services.

Cet article de loi résulte directement du lobbying de syndicat policiers, qui ne supportent pas d’être scrutés par les citoyens pendant l’exercice de leurs missions Photo : archives Rue89 Strasbourg

« Il en va du droit d’informer et d’être informé »

Quelques semaines après, en mai, c’était au tour des députés LR, Éric Ciotti en tête, de ressortir cette idée du placard. Sans succès. Mais cette fois-ci, derrière cette nouvelle attaque contre les libertés fondamentales, les députés LREM, dont Christophe Castaner et Jean-Michel Fauvergue, deux ténors de la majorité présidentielle.

L’article 24 du projet de loi prévoit « un an d’emprisonnement et une amende de 45 000€ » pour sanctionner la « diffusion du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de police dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique. »

« Les dérives possibles des policiers sont inquiétantes »

Nous, journalistes en devenir, professionnels de l’information, syndicats de journalistes représentatifs de la profession, associations de défense des droits humains, avocats et usagers des médias, tenons à alerter l’opinion publique sur de telles menaces.

Il en va de la liberté de la presse et, plus largement, du droit d’informer et d’être informé. En effet, un flou persiste sur cette notion « d’intention de nuire à l’intégrité physique et psychique. » Cette partie de la loi vise sans doute à tenter de rassurer, mais nous sommes nombreux à ne pas être dupes. Toutes les personnes qui ont déjà filmé les forces de l’ordre le savent : ces dernières s’y opposent régulièrement, souvent violemment, à la captation de leur image. Agressions, intimidations, garde à vue, destruction du matériel : les exemples ne manquent pas, les victimes sont nombreuses.

Pourtant, à ce jour, aucune loi particulière ne donne raison à de tels agissements : les forces de police et de gendarmerie n’ont pas de droit à l’image particulier lors des manifestations. Mais ne soyons pas naïfs, cette nouvelle disposition ne pourra que rendre l’opposition de la police encore plus systématique, plus violente, peu importe le sens souhaité par le législateur. Les dérives possibles avec un tel arsenal juridique sont inquiétantes. On connaît la puissance d’instrumentalisation et de lobbying des syndicats de police.

Si cette loi passe, qui peut affirmer que ces derniers n’exigeront pas des réseaux sociaux, la censure de toutes images d’abus policiers ? Un tel scénario est d’autant plus à craindre que la loi française rend ces plateformes responsables des images « manifestement illicites » qu’elles ne censureraient pas après signalement.

« Nous, journalistes de terrain, documentons les abus »

Nous le savons tous : Facebook , YouTube et Twitter n’iront pas jusqu’au procès, ils préfèreront supprimer toutes images désignées comme potentiellement sensibles. Vidéos de violences policières comprises, bien évidemment. Or, sans ces vidéos, la réalité des abus policiers resterait trop souvent invisibilisée, niée dans son existence même. Trop souvent, elle l’a été dans les quartiers populaires d’abord, puis dans les cortèges des Gilets jaunes ou dans les différents lieux d’expression politique. Ce sont nous, journalistes de terrain, associations de défense des droits et observateurs réguliers de la police, qui les documentons et participons à les visibiliser, via nos enregistrements, diffusés sur les réseaux sociaux et les médias traditionnels.

« Les violences policières existent, nos images les attestent »

Les violences policières existent, nos images les attestent, les rendent réelles aux yeux de l’opinion. Ce alors même que les autorités françaises nient leur existence et persistent, une nouvelle fois, à vouloir invisibiliser. C’est ce contre-pouvoir, nécessaire en démocratie, que le gouvernement et sa majorité parlementaire souhaitent enlever aux citoyens, aux journalistes encore soucieux de dénoncer ce qui ne va pas dans nos sociétés.

La police doit agir sous la surveillance des citoyens. Même devant les smartphones ou les caméras, si le public le juge nécessaire pour notre démocratie. Sans ces outils, sans celles et ceux qui les braquent, combien de violences policières auraient été passées sous silence ? Bien souvent ces vidéos, qu’elles soient le fait de journalistes, de citoyens ou directement des victimes des abus policiers, peuvent aussi constituer des éléments de preuve pour la justice, comme pour la mort de Cédric Chouviat ou d’Aboubakar Fofana.

Sans ces vidéos, qui aurait entendu parler de Geneviève Legay, militante pacifiste de 73 ans, gravement blessée à la tête dans une charge policière d’une violence inouïe ? Qui aurait entendu parler d’Alexandre Benalla si un journaliste n’avait pas identifié cette personne et diffusé son image sur les réseaux sociaux ?

« L’accès à une information indépendante rendue plus difficile »

Aujourd’hui, la priorité du gouvernement n’est pas de résoudre le problème du lien entre la police et le citoyen, mais de s’attaquer à la diffusion du message, en condamnant journaliste, manifestant ou habitant des quartiers populaires. Leur politique ? « Cachez ces violences policières que je ne saurais voir ». Ne nous leurrons pas, ce projet de loi s’inscrit dans un contexte pré-électoral où la majorité présidentielle court après les quelques voix sensibles aux arguments sécuritaires. En accédant aux demandes de certains syndicats de police, le pouvoir souhaite rendre toujours plus difficile l’accès à une information indépendante donc dérangeante, sur le travail de la police.

Mais, devons-nous rappeler que la force publique, au service de tous, doit être observable en tout temps, par toutes et tous ? Dans un État démocratique respectueux du droit international et de la liberté d’informer, ce serait inutile. Inutile de rappeler au pouvoir, la nécessité de maintenir coûte que coûte ce droit comme le répètent l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de réunion et d’association ou encore la Fédération européenne des journalistes (FEJ) et le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias (ECPMF), dans le « Code de la liberté de la presse pour la police. »

Filmer la force publique dans l’espace public est un droit

Alors que les manifestations et leurs observateurs sont de plus en plus réprimés, nous nous inquiétons de voir le gouvernement céder à ce point aux sirènes liberticides lorsque celui-ci aurait dû se tenir au chevet des 2 000 manifestants blessés en 2019. Notons également que plus de 200 journalistes ont été empêchés de travailler, blessés ou mis en garde à vue, depuis novembre 2018, lors d’opérations de maintien de l’ordre en France.

Filmer les agissements et les comportements des agents des forces de l’ordre, dans leur action, doit rester un droit ! Il en va de la liberté de la presse, de la liberté de manifester, de notre démocratie.

Liste des signataires

Pour consulter la liste complète sur le site d’origine.

Organisations : Syndicat national des journalistes (SNJ) ; SNJ-CGT, syndicat national de journalistes de la CGT ; ACRIMED, association de critique des médias ; Ligue des droits de l’Homme ; Malik Salemkour, président de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) ; Pierre-Antoine Cazau, Observateur, président de la section de Bordeaux LDH ;  Attac France ; Raphaël Pradeau, Aurélie Trouvé et Maxime Combes, portes-parole d’Attac France ; Peuple Révolté, Collectif de Convergence des Luttes ; Fondation Copernic.

Les personnalités universitaires et en dehors du journalisme : Larrere Mathilde, historienne ; De Cock Laurence, historienne et enseignante ; Ludivine Bantigny, historienne ; Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS ;  Silyane Larcher, chercheure au CNRS, Lévrier Alexis, MCF, historien de la presse ; Gilles J. Guglielmi, Professeur de droit public ; Pouget Grégoire, président de l’association Nothing2Hide ; Vergiat Marie-Christine, ancienne Eurodéputée ; Elliot Lepers, le Mouvement ; Smidt Chloe, observatrice des droits de l’homme ; Jérôme Graefe, juriste, observateur de l’Observatoire parisien des libertés publiques ; Avert Erik, universitaire ; Rain Simono, juriste.

Rédactions et collectifs de photographes / journalistes : Collectif REC, Reporters en Colère ; Kelaouiñ, collectif de journalistes pour la liberté d’informer en Bretagne ;  Collectif Presse-Papiers ;  Société Des Journalistes de LeMédia TV ;  La rédaction de Reporterre, La rédaction du journal Fakir ; La rédaction de Radio Parleur, le son de toutes les luttes ; La rédaction de La Meute, un média pour photographier le social ; La rédaction de Bastamag, média indépendant ; La rédaction de la Relève et la Peste ; Rapports de force ; Rue89Lyon ; Rue89 Strasbourg ; Rue89 Bordeaux ; Polka Magazine ; Collectif OEIL ; Tendance Floue, collectif de photographes ; Collectif Prism ; Primitivi, télévision de rue ; La Mule du Pape, média indépendant ; Collectif Gerda…

Un an après le meurtre de sa mère, la lutte infinie de Stella Guitton

Un an après le meurtre de sa mère, la lutte infinie de Stella Guitton

Le 10 novembre 2019, Sylvia Auchter mourait poignardée par son mari devant les yeux de sa fille. Un an après, Stella Guitton raconte ses maux, son combat pour se reconstruire et lutter contre l’oubli.

10 novembre 2019, la nuit est tombée à Oberhoffen-sur-Moder, près de Bischwiller. Une femme est poignardée par son conjoint avec lequel elle est en instance de divorce. Elle s’appelle Sylvia Auchter. Elle a 40 ans et elle mourra devant les yeux de sa fille, Stella, âgée de 20 ans. Sylvia est la 131ème femme à perdre la vie parmi les 151 victimes de féminicide recensées cette année-là. Quelques heures après le décès, la fille de Sylvia Auchter, Stella Guitton, dénonçait ce féminicide devant la caméra de France Bleu Alsace. La force de ce témoignage avait suscité des articles et des reportages dans tous les médias français, ainsi qu’une marche blanche dans le village d’Oberhoffen-sur-Moder.

« Dieu ne ferait pas des choses comme ça »

Mais après l’emballement médiatique des premières semaines, les multiples sollicitations des journalistes qu’elle juge parfois « antipathiques », Stella se sent de nouveau abandonnée. Des mois d’errance, un long combat pour se reconstruire, une lutte obsessionnelle contre l’oubli des faits et surtout pour continuer de faire vivre la mémoire de sa mère.

À la fenêtre de sa maison bleue à Mommenheim, une cigarette à la main, le regard lointain, elle semble pensive. Les dernières lueurs du soleil automnal illuminent ses cheveux roses vifs. Lorsqu’elle nous aperçoit, elle décroche un sourire. Au-dessus du perron, une effigie du Christ loge dans une petite niche vitrée. Stella était croyante. Mais depuis la mort de sa mère, la foi l’a quittée : « Dieu ne ferait pas des choses comme ça » confie-t-elle, résignée. 

Souvenirs et terreurs nocturnes

Avant d’organiser cette rencontre, nous avons échangé des centaines de messages : « Désolée mais depuis la mort de ma mère j’ai la phobie des appels téléphoniques, il est plus simple pour moi de communiquer par écrit ». 

Le soir du meurtre, Sylvia l’appelle pour qu’elle lui vienne en aide. Lorsque Stella arrive sur place, elle voit le dernier coup de couteau asséné à sa mère. Ces images viennent hanter ses nuits. Des terreurs nocturnes qu’elle fait « au moins une fois par semaine » précise pudiquement Clément, son compagnon avec qui elle s’est installée récemment. Il y a aussi le souvenir du corps à la morgue. Vanessa, la meilleure amie de Sylvia que Stella appelle « Tata », était avec elle ce jour-là. Elle décrit un corps méconnaissable : « On voyait la douleur sur son visage, elle paraissait 20 ans de plus ».  

Ses cauchemars se sont intensifiés ces derniers jours mais Stella tient à témoigner : « Je ne veux pas que l’on oublie ». Elle nous parle de l’importance de la prévention, des campagnes contre les violences conjugales et de son envie d’écrire un livre pour raconter son histoire. 

Tout semble durer une éternité

Parallèlement, il y a sa défiance envers les autorités judiciaires et le sentiment que rien ne pourra panser sa douleur. Le rapport de l’enquête de l’IGGN sur le délai d’intervention ce soir-là devrait être rendu d’ici la fin du mois et l’affaire classée selon son avocat, Me Maxime Bordron. Dans l’affaire d’homicide, le parquet n’a pas retenu la préméditation. Des incompréhensions de plus pour Stella qui estime que « la justice française n’applique pas des peines d’emprisonnements assez lourdes pour ces crimes ». Elle a demandé à la justice qu’une reconstitution des faits soit réalisée, « pour qu’aucun détail ne soit oublié ». Mais celle-ci est suspendue en raison de la crise sanitaire. « Le procès devant la cour d’assises du Bas-Rhin est attendu à l’automne 2021 », espère son avocat.

Un an après, Stella n’a toujours pas pu récupérer les affaires de sa mère, la maison où s’est déroulé le drame est encore placée sous scellés. Tout lui semble éternité. Les démarches longues et éprouvantes pour son jeune âge. Pour les obsèques par exemple, elle n’a pas pu la vêtir avec ses propres vêtements : « Je lui ai filé mes chaussures, Vanessa des chaussettes, une amie un pull. On l’a habillée avec “nous” ». Elle enchaîne les épreuves, en mai, la tombe de Sylvia a été profanée. Seul son prénom y figurait, quelqu’un y a ajouté le nom du meurtrier présumé, son mari dont elle devait divorcer en décembre 2019. 

« C’était ma maman, ma sœur, ma confidente, mon amie de bêtises et ma plus grande fan. »

Stella Guitton

Stella rit beaucoup, se remémore des anecdotes. Comme leur voyage en Turquie en juillet 2016. Sylvia voulait tellement revenir bronzée qu’elle s’est « tartinée de graisse à traire le premier jour ». Cloquée, elle n’a pas pu s’exposer pendant tout le reste des vacances. Ou encore lorsque Stella lui a annoncé qu’elle fumait, alors que sa mère lui avait fait promettre de ne jamais commencer. Elles ont fini par s’en griller une à deux. « C’était ma maman, ma sœur, ma confidente, mon amie de bêtises et ma plus grande fan. Elle était petite de taille mais avait une grande âme », résume la jeune femme. Son pilier, elles étaient « seules contre le reste du monde ».

Stella enchaîne les petits boulots. À 17 ans, elle fait un passage par l’armée pendant un an, elle travaillera ensuite comme ASH à l’hôpital de Bischwiller puis comme hôtesse de caisse pour un concessionnaire automobile. Deux mois après le décès de Sylvia elle est embauchée dans une écurie. Son contrat s’est terminé lors du premier confinement. Aujourd’hui elle est au chômage et peine à retrouver du boulot.

Si son rire résonne, ces yeux luisent et révèlent une autre façade. Dans ces messages, elle évoque ses sauts d’humeur, son enfermement, sa peur de l’extérieur, sa prise de distance avec ses proches, ses pleurs en cachette, ses mensonges lorsqu’elle dit que ça va bien, sa peur de s’attacher au risque de perdre un être aimé.  Elle nous raconte les abandons qu’elle aurait subi par son père biologique puis son père adoptif, avec qui elle n’aurait quasiment plus de contact. 

Des tatouages, autant de stigmates

Son corps aussi porte les stigmates d’une vie déjà rythmée de souffrances. Sur son bras droit, trois tatouages se suivent. Un électrocardiogramme se terminant par un cœur, qu’elle avait en commun avec sa mère. À côté, des mains liées portant les initiales de Sylvia. Avant sa mort, elles s’étaient lancées un pari : choisir un tatouage l’une pour l’autre. Stella avait choisi pour sa mère le dessin de deux masques, l’un souriant, l’autre pleurant : « Devant les gens elle souriait, et derrière elle pleurait ».  Le 4 décembre 2019, elle se l’est fait tatouer. Comme un héritage, c’est désormais elle qui le portera à vie.

Et puis il y a l’espoir, une envie indéfectible de s’en sortir, pour honorer la mémoire de Sylvia qui « continue de l’engueuler » lorsqu’elle « fait une connerie ». Son courage, sa rage de vaincre. Ses meilleurs amis, Célia et Anthony, qui ne la « lâcheront pas ». Clément, son compagnon, avec qui elle construit des projets de vie. Et Vanessa, qui ne « remplacera jamais Sylvia » mais avec qui elle passera cette journée du 10 novembre, pour partager inlassablement leurs souvenirs et « boire des coups » en sa mémoire.

Mardi, la pollution aux particules entraîne la gratuité des transports en commun

Mardi, la pollution aux particules entraîne la gratuité des transports en commun

Face au dépassement du seuil d’information du taux de particules pour le deuxième jour consécutif à partir de mardi 10 novembre, l’Eurométropole de Strasbourg met en place la gratuité des transports.

L’association agréée pour la surveillance de la qualité de l’air dans le Grand Est (Atmo Grand Est) a estimé ce 9 novembre que le taux de particules dans l’atmosphère allait probablement dépasser le seuil d’information et de recommandation pour la deuxième journée consécutive. Ce seuil est franchi à partir de 50 microgrammes de particules par mètres-cubes relevés en moyenne journalière dans l’atmosphère.

Suite à une décision du conseil de l’Eurométropole de Strasbourg en août 2020, les transports en commun comme le bus ou le tram seront donc gratuits ce mardi 10 novembre. Les Vélhop seront en location à 3 euros pour la journée dans les boutiques centre, gare, université, Koenigshoffen et Schiltigheim. Sur le réseau 67 de la région Grand Est, le forfait spécial « pollution air » permet d’effectuer un aller-retour à 2,50 euros.

En période de pic de pollution aux particules, les transports en commun sont désormais gratuits baissent. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc