Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Amazon à Ensisheim : 5 dérogations à la protection incendie et un fluide « inconcevable en 2020 »

Amazon à Ensisheim : 5 dérogations à la protection incendie et un fluide « inconcevable en 2020 »

L’entrepôt controversé pour le commerce en ligne dans le Haut-Rhin, Eurovia 16, est à l’ordre du jour d’une réunion jeudi 5 novembre en préfecture pour permettre sa réalisation. Le dossier prévoit des dérogations à la réglementation incendie et un bâtiment très polluant.

Le gouvernement s’apprête à permettre l’arrivée d’Amazon ou d’un autre gros opérateur de commerce électronique à Ensisheim, près de Mulhouse. Un entrepôt dernier-cri doit être construit dans cette commune du Haut-Rhin mais pour ça, le préfet doit accorder cinq dérogations à la sécurité incendie générale des bâtiments logistiques. Un procédé tout à fait légal qui figure dans un projet d’arrêté d’autorisation environnementale auquel Rue89 Strasbourg a eu accès. De plus, la société Eurovia qui construira et louera l’entrepôt à un occupant officiellement tenu secret utilise un produit peu respectueux de l’environnement pour régler la température.

Cet arrêté de 37 pages doit être étudié jeudi 5 novembre en conseil départemental des risques sanitaires et technologiques (Coderst), à la préfecture du Haut-Rhin. Après un vote, une formalité administrative en théorie (voir encadré), le préfet pourra signer l’autorisation environnementale et donc le début des travaux.

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Médiapart entre au capital de Rue89 Strasbourg et conforte notre indépendance

Médiapart entre au capital de Rue89 Strasbourg et conforte notre indépendance

Le capital de Médialab, la société éditrice de Rue89 Strasbourg, devient uniquement composé de journalistes et de médias indépendants.

Le média d’investigation cofondé par Edwy Plenel, Médiapart, a accepté d’acheter les parts de Marie Hoffsess dans Médialab, la société éditrice de Rue89 Strasbourg. En conséquence, Médiapart devient actionnaire minoritaire de notre média, avec l’acquisition de 22% des parts sociales.

Le capital de Médialab se décompose désormais ainsi :

Journalistes à Rue89 Strasbourg, Jean-François Gérard et Guillaume Krempp ont également acquis 25 parts sociales chacun. Pierre France reste l’actionnaire majoritaire de l’entreprise avec 66% des parts, une proportion inchangée après l’opération.

Un capital 100% indépendant

Suite à cette opération, l’indépendance de Rue89 Strasbourg est vivement confortée puisque tout notre capital est composé de journalistes ou de médias indépendants. Nous sommes très heureux que Médiapart, média en ligne de référence sur la journalisme d’investigation en France, ait accepté de soutenir notre pratique faite d’enquêtes et de journalisme local engagé.

Fondé en février 2012 par deux journalistes (Marie Hoffsess et Pierre France) et un développeur, Laurent Jassaud, Rue89 Strasbourg s’était lancé en suivant le modèle de Rue89.com, l’un des premiers médias français uniquement sur le web, lancé par Pierre Haski, Pascal Riché, Laurent Mauriac et Arnaud Aubron en 2007. Nous voulions alors répliquer ce succès médiatique à l’échelle locale, en proposant des articles dont les sujets sont issus du vécu des habitants grâce à un modèle économique basé sur la publicité.

La joyeuse équipe de Rue89 Strasbourg en novembre 2020.

Des enquêtes de proximité, pour 5€ par mois

Huit ans plus tard, Rue89.com est devenu une rubrique du site de L’Obs. De notre côté, nous avons étoffé notre modèle économique en proposant dès 2017 à notre audience de soutenir notre travail d’enquêtes, avec un abonnement à 5 euros par mois. À ce jour, plus d’un millier de Strasbourgeois cofinancent leur média local d’enquêtes, vigie citoyenne sur la ville. La publicité ne représente plus que la moitié des recettes de l’entreprise.

Avec cette entrée au capital, Rue89 Strasbourg rejoint un vibrant réseau de médias indépendants soutenus par Médiapart, où se trouvent d’autres sites d’actualités locales comme Marsactu à Marseille ou Le Poulpe à Rouen. Des médias que nous connaissons déjà bien, qui nous inspirent et nous servent de modèles. Nous allons en outre pouvoir collaborer plus fréquemment avec la rédaction de Médiapart afin de proposer des enquêtes conjointes, notamment lorsque des sujets strasbourgeois ont des ramifications nationales ou à l’inverse, lorsque des thématiques nationales ont des conséquences locales.

Fracture énergétique

Fracture énergétique

La quête de l’énergie propre et bon marché continue. Le nucléaire ? Trop dangereux. L’éolien ? Trop encombrant. Quant à la géothermie profonde, elle est fortement soupçonnée d’être à l’origine du séisme de novembre 2019 ressenti à Strasbourg. Plusieurs séismes ont également été provoqués par des tests ce mois-ci.

Mais pourquoi… l’Alsace est-elle spécialisée dans la production de vins blancs ?

Mais pourquoi… l’Alsace est-elle spécialisée dans la production de vins blancs ?

Chaque année, le vignoble alsacien produit un peu plus d’un million d’hectolitres de vin. Dont 90% de blanc. Dans cet épisode de « Mais pourquoi », Eric Duchêne, ingénieur à l’INRAe, donne quelques éléments pour comprendre pourquoi les cépages de blancs sont majoritaires entre les Vosges et la Forêt Noire.

Eric Duchêne est ingénieur de recherche à l’INRAe de Colmar. Son domaine d’expertise concerne la génétique de la vigne, et notamment la synthétisation des arômes dans les raisins.

En Alsace, 4,5% de la surface agricole est utilisée par la viticulture. Sur les quelques 150 millions de bouteilles produites chaque année sous l’AOC Alsace, selon les chiffres du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (CIVA), 90% contiennent du vin blanc. En matière de volumes produits, 24% des raisins récoltés sont du pinot blanc (dont 55% servent à la production de crémant d’Alsace), 22% du Riesling, 16% du Gewurztraminer, 15% du pinot gris et seulement 10% de pinot noir – dont 38% sont destinés à la fabrication de crémant d’Alsace. Et sur les 51 grands crus de la région, aucun rouge.

Entre les Vosges et la Forêt Noire, les cépages de blancs sont donc rois. Mais pourquoi ? Ingénieur de recherche spécialisé dans la génétique de la vigne à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAe) de Colmar, Eric Duchêne donne quelques éléments de réponse en lien avec le climat. Ce même climat qui ne favorise pas la maturation des cépages de rouge, mais qui fait beaucoup pour les arômes que l’on retrouve dans les vins blancs alsaciens. Le réchauffement climatique pourrait donc changer la donne dans les années à venir.

#riesling

Festival INACT, retour sur les dernières performances avant le confinement

Festival INACT, retour sur les dernières performances avant le confinement

Vivre pleinement la culture ? Avant le reconfinement, c’était encore possible. Les 23 et 24 octobre, INACT, le Festival des Arts Mutants, prenait possession de la Fabrique de Théâtre. Retour sur une dixième édition entre transdisciplinarité, malentendus et contraintes sanitaires.

Le rendez-vous était fixé en mai, comme à l’accoutumé. C’est finalement sur deux week-ends, les 23-24 octobre et 13-14 novembre que le festival devait se tenir, avant qu’une nouvelle fois, les mesures sanitaires ne bousculent la programmation. Le couvre-feu annoncé à la veille de l’allumage aura donné quelques sueurs froides à Arthur Poutignat, directeur artistique et co-organisateur de l’évènement. Initialement prévue en soirée, c’est finalement au cœur de l’après-midi que le public a découvert, à la Fabrique de Théâtre dans le quartier Laiterie, dans ce lieu foisonnant de créativité, une prometteuse édition intitulée « Déclonisation. »

À cheval entre art contemporain et spectacle vivant

Nombreux sont ceux, qui, à tort, pensent la performance comme un art élitiste. Loin s’en faut puisqu’au contraire, elle est le point de rencontre de pratiques artistiques en tous genres : les arts visuels, le théâtre, les nouvelles technologies et même le bricolage. À l’ouverture du festival vendredi dernier, William Nurdin présentait par exemple RiR1009, une performance sonore. Ce musicien insolite et déjanté fabrique des instruments de musique à partir d’objets désuets, destinés au vide-ordures – un couvercle de casserole cabossé, une paire de claquettes démodées, un flacon de médicament vide. Dans le noir, armé d’une lampe frontale et d’une ceinture dotée d’un émetteur sans fil, ce savant fou explore les bruits quotidiens, les amplifie et les détourne.

William Nurdin, RiR 1009, performance présentée dans le cadre du Festival des Arts Mutants le 23 octobre 2020 à la Fabrique de Théâtre Photo : Patrick Lambin / doc remis

C’est ainsi que la programmation de cette nouvelle édition a été pensée : entre hybridité et transdisciplinarité. Sur scène : théâtre, photographie, installations vidéos, nouvelles technologies, sons et concerts se croisent et s’entrecroisent. Samedi 23 octobre, le collectif Anthropie présentait Dio, une très intrigante performance. Avec cette création texte-image à la sonorisation intense, le public a vécu, en direct, une insurrection générale contre le pouvoir aliénant. Une propositions immersive, dans laquelle  une jeune spectatrice choisie au hasard a été  invitée sur scène, casque de réalité virtuelle sur la tête. 

Collectif Anthropie, Dio, installation performative créée en 2019 Photo : Collectif Anthropie / doc remis

Arthur Poutignat souhaitait « donner la parole à celles et ceux qui ne trouvent pas leurs places en donnant libre court à à des formes expérimentales. » Le défi est réussi. De fait, malgré l’incertitude qui pèse sur le festival, INACT a su conserver ce qui fait son essence : proposer une expérience accessible à toutes et tous, en dehors du cadre classique du spectacle vivant.

Hétéroclisme à profusion

Cependant, à la richesse créative s’oppose une contradiction. De ce week-end, deux grandes absentes, et non des moindres, sont à regretter : les problématiques coloniales et décoloniales. Indissociables l’une de l’autre, c’est sur ces concepts raciaux que les fondations des sociétés contemporaines s’établissent, entre domination et rapport de pouvoir. Une absence perturbante lorsque l’on pense à l’intitulé de cette édition : la « déclonisation. » Sans nul doute, ce terme a pour beaucoup, porté à confusion. « L’idée était de créer un néologisme pour parler de la question des “colonialités”, » déclare Arthur Poutignat. Néologisme ou mot valise, finalement, le spectateur est confus et n’a pas retrouvé dans ce premier week-end, la promesse tenue dans le titre.

Pour Marie, jeune passante curieuse arrivée ici par hasard, ce festival est une « belle découverte où différents univers se rencontrent, malgré une trame générale difficile à suivre ». Chapitrée en quatre thématiques (intimisme, extraversion, genre et race), une par journée, peut-être cette édition en a perdu son véritable propos de fond, son liant entre chaque œuvre. D’un côté, l’artiste Jeune GDB invite, par des ballades cathartiques et mélancoliques, à se reconnecter à soi-même tandis que la folklorique Sarah Vigier, membre du groupe Bazar laqué, propose un concert burlesque au paroxysme de l’extraversion, entre bouffonnerie et cosmogonie. Parfois, à trop vouloir ouvrir les sujets, le fils de l’histoire se découd.

De belles pépites

À noter également quelques propositions détonantes venant contrebalancer le manque de cohérence dont nous parlions. Quel rafraîchissement en ces temps difficiles de découvrir cette Banane et le complot des gens qui pleurent, une performance au cynisme tordant. Née humaine, devenu banane, la talentueuse Magalie Ehlinger réécrie le mythe de Circée – sorcière mythologique –, et porte un regard humoristique sur ces « petits » tracas du quotidien qui font de nous des êtres aliénés : se réactualiser chez Pôle Emploi pour éviter la radiation, être empathique pour ne pas sembler inhumain, etc. Et si, après tout, nous décidions de planter un coupe papier dans la main de notre conseiller ? Les rires ne se font pas attendre dans le public. 

Magalie Ehlinger, La banane et le complot des gens qui pleurent, performance créée en 2017 Photo : Compagnie ///E/// Doc remis

Dans une démarche plus intime, Stéphane Clor présente Saturations, un concert acoustique teinté de sonorités électroniques. Son violoncelle en mains, ses boîtes à rythme aux pieds, le musicien joue et rejoue, encore et encore, le même geste. Tantôt rapides et brutales, tantôt lentes et délicates, les sonorités appellent l’exploration de nos tréfonds intérieurs. Une expérience profondément sensible.  

Stéphane Clor, trames électriques (vidéo Stéphane Clor / YouTube)

À soulever aussi les ateliers proposés au public et ouverts à toutes et tous. En compagnie d’une ou d’un artiste de la programmation, quelques chanceux ont pu fabriquer des instruments de musique à partir de boîte de sardines notamment, ou encore, interroger la capacité narrative de leur gestualité corporelle. 

Le second week-end en version numérique

De ces deux jours hors du temps, retenons également un plaisir simple de spectateurs, des rencontres entre des corps, dans un même espace. L’expérience d’un partage collectif avant l’isolement. Il faut relever l’engagement sans faille de l’équipe d’INACT à maintenir, coûte que coûte, le festival. Lui-même artiste, Arthur Poutignat sait la nécessité vitale que cela représente pour les arts vivants. Sauvé in extremis donc, les premières représentations ont pu se dérouler sans encombre, avec cependant une jauge limitée et des règles restrictives.

Quant aux journées des 13 et 14 novembre, le reconfinement aura eu raison d’elles. Une diffusion en direct du Garage Coop et en présence des artistes est prévue en remplacement, sur YouTube et via une billetterie en ligne, à prix libre.

Le vendredi 13 novembre est « À fleur de peau » : micro-univers et petites fictions s’entremêleront pour « changer notre relation au monde. » Dominique Petitgand jouera sur la fragmentation des récits tandis que Janneke van der Putten étudiera les frontières et possibilités de la voix humaine. Pour clôturer cette dixième édition, un samedi 14 fort en émotion, entre « Tentative holistique » et « Spectre et revenant. » Christian Bena Toko questionnera la restriction des libertés. De leur côté, Yoko et Evan Nguyen interrogeront le sens de l’histoire.

#Festival des Arts Mutants

Trois foyers de contamination au commissariat de la Police nationale à Strasbourg

Trois foyers de contamination au commissariat de la Police nationale à Strasbourg

Des « clusters » de Covid-19 ont été identifiés au sein de la police strasbourgeoise, où 21 agents ont contracté le virus. Les cas contacts asymptomatiques doivent continuer à venir travailler fustigent deux syndicats.

Les deux syndicats de policiers Alliance et Unité SGP font état de 21 cas contaminés dans la police strasbourgeois. Un bilan confirmé par la direction, « moins de 2% des personnels, tous grades et fonctions confondus, affectés en Sécurité publique », relativise l’institution dans un communiqué.

Selon les deux organisations majoritaires, trois « clusters », des foyers de contamination, ont été identifiés dans différents services du commissariat central, près de la place de l’Étoile. L’un des trois service compterait 10 personnes contaminées.

Contamination quand l’alerte attentat est renforcée

Ces contaminations interviennent alors que l’ »alerte attentat » vient de passer au niveau maximal (« urgence attentat ») et que les forces de police vont devoir faire respecter le reconfinement.

Concernant la menace terroriste, la préfète Josiane Chevalier a indiqué sur France Bleu Alsace avoir fait « une expression de besoins compte tenu de l’importance du département, des lieux sensibles et du niveau de menace ». Elle compte sur un « nombre important » de « renforts militaires et [de] réservistes de la police et surtout de la gendarmerie », sans donner de chiffre.

Des cas contacts continuent de travailler

Concernant le Covid-19, la direction de la police nationale du Bas-Rhin rappelle avoir mis à disposition des masques, du gel hydroalcoolique et des gants en latex en plus de signalétiques dans le commissariat.

Mais le protocole et le matériel mis à disposition ne fait pas partie des reproches des syndicats, au contraire. Christophe Rouyet, secrétaire départemental d’Alliance fustige que « les cas contacts asymptomatiques doivent continuer à travailler » :

« La direction se cache derrière l’ARS et son protocole. En clair, si les agents ont contracté le virus, c’est qu’il ne l’ont pas bien respecté, donc elle fustige les malades. Selon elle, il n’y a aucune raison qu’un agent soit cas contact, puisqu’il y a ces protections. Or nous travaillons en équipe, certains locaux sont exigus, nous sommes plusieurs dans les véhicules et au contact de la population. Nous ne pouvons assurer la distanciation à tout moment. Nous demandons un dépistage rapide de l’ensemble de l’hôtel de police. »

Reconfinement : L’Université de Strasbourg bascule en distanciel

Reconfinement : L’Université de Strasbourg bascule en distanciel

L’Unistra a communiqué ses modalités de reprise des cours pour le deuxième confinement.

Les étudiants et étudiantes ont quitté l’Université de Strasbourg pour une semaine de vacances avant la Toussaint. La plupart ne la retrouveront pas le lundi 2 novembre.

Suite au reconfinement, l’Université de Strasbourg a publié ses directives générales pour adapter l’enseignement et la recherche jusqu’au 1er décembre a minima. Elles concernent toutes les composantes de l’Université, y compris les IUT et autres écoles, qui préciseront à la marge leur application.

    Les cours se feront à distance « à l’exception de certains travaux pratiques », avec des « contraintes sanitaires renforcées ».Les examens se feront sur place « le plus souvent en présentiel » avec une place entre chaque personne.Les stages se poursuivent si l’entreprise d’accueil continue ses activités.Les activités des laboratoires se poursuivent et les chercheurs invités à développer le télétravail lorsqu’il est possible. De même les personnels de l’administration sont « invités à télétravailler dès lors que l’activité le leur permet ». Pour les autres agents, des attestations employeurs seront remises.Les restaurants universitaires proposeront des repas à emporter. Plus d’infos sur le site du Crous de Strasbourg.Les bibliothèques universitaires restent ouvertes, mais sur rendez-vous. Les modalités de réservation seront précisées plus tard.Les colloques et rencontres scientifiques sont suspendus. Ces activités pourront se tenir en ligne lorsque cela est possible.Les activités sportives sont arrêtées sauf pour les étudiants de la faculté des sciences de sport (Staps).Les soutenances de thèse ou d’habilitation à diriger les recherches auront lieu sans public ou à distance.Les services de santé universitaire, le centre d’accueil médico-psychologique de Strasbourg (Camus) et les assistantes sociales, restent accessibles sur rendez-vous.L’ensemble des réunions auront en visio-conférences. Les bâtiments restent ouverts, sauf exceptions, pour les quelques activités en présentiel.

L’Université promet aussi de « nouvelles actions » pour les « étudiants qui ne disposent pas d’ordinateurs », afin de pouvoir « bénéficier de mesures spécifiques ».

Maintenir l’information

Les étudiants et personnels sont invités à se connecter à leur espace numérique (Ernest) et leur mail universitaire pour obtenir des informations actualisées régulièrement. Une adresse mail information-coronavirus@unistra.fr a été ouverte pour les questions.

L’Unistra n’a pas précisé si les élections prévues en novembre sont maintenues. Les listes « Refonder », opposantes à l’actuelle direction, demandent leur report.

Le campus central sera bien vide en novembre et peut-être au-delà Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

En lutte contre la morosité, Baptiste Schohn joue de la guitare sur un monocycle-licorne

En lutte contre la morosité, Baptiste Schohn joue de la guitare sur un monocycle-licorne

Depuis l’annonce du couvre-feu, Baptiste Schohn parcourt Strasbourg sur son monocycle-licorne en jouant de la guitare. Son espoir : vaincre la morosité ambiante et redonner le sourire aux gens. Premier épisode de notre série « Sortez-nous de l’Art ! »

Vous l’avez sous doute déjà croisé à Strasbourg, en train de jouer du saxophone, de la guitare ou sur un vélo improbable. Baptiste Schohn fait partie de ces Strasbourgeois qui égayent la ville au quotidien, par sa musique, ses vêtements bigarrés ou son mode de locomotion.

Suite à l’annonce du couvre-feu, le décorateur a décidé de chevaucher son monocycle-licorne tout en jouant de la guitare. C’est ainsi que la Brigade Anti-Morosité (BAM) est née. Et l’artiste espère bien continuer l’aventure pendant ce deuxième confinement.

Suite au couvre-feu, Baptiste Schohn a décidé de lancer la Brigade Anti-Morosité en parcourant les rues de Strasbourg sur un monocycle-licorne. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Ci-dessus, le premier épisode de notre nouvelle série « Sortez-nous de l’Art ! », à écouter pour s’évader grâce à l’imaginaire débordant de nos artistes locaux.

Face au reconfinement, la Ville de Strasbourg se veut rassurante : maintien des services publics et du lien social

Face au reconfinement, la Ville de Strasbourg se veut rassurante : maintien des services publics et du lien social

Alors qu’un confinement assoupli débute ce vendredi 30 octobre, la maire de Strasbourg promet le maintien des services publics ainsi qu’un accès aux parcs et aux jardins de la ville.

« Nous n’avons pas attendu les annonces du Président pour activer une cellule de suivi Covid », assure Jeanne Barseghian au cours d’une conférence de presse sur l’application du reconfinement. La maire de Strasbourg tient à rassurer ses administrés, ce jeudi 29 octobre : « Nous avions remis en place cette cellule dès la fin du mois d’août, elle se réunissait de manière hebdomadaire. Dès aujourd’hui, ce sera quotidien ».

« Pas de tension en réa »

Sur la situation sanitaire, Alexandre Feltz, adjoint en charge de la santé, a tenu à tempérer les inquiétudes. Comme il l’expliquait quelques jours plus tôt à Rue89 Strasbourg, « il n’y a pas de tensions dans les services de réanimation, et on sait mieux soigner aujourd’hui le covid qu’en mars » :

« Lors de la première vague, nous étions passés de 0 à 600 personnes hospitalisées en 5 à 6 semaines, avec 200 en réanimation. Là, c’est autre chose, ça augmente progressivement. Nous avons aujourd’hui 100 personnes hospitalisées et 12 en réanimation. Le rapport entre les deux chiffres est donc beaucoup plus faible que lors de la première vague. C’est l’une des bonnes nouvelles. »

Alexandre Fletz, adjoint à la Santé.

L’adjoint à la santé a toutefois insisté sur l’accompagnement psychologique des Strasbourgeois pour ce deuxième confinement. « Nous allons remettre en place la cellule de soutien, Covi Écout’ 67, pour permettre d’avoir une ligne d’écoute sur ces questions de santé mentale des habitants. Il faut que les gens aient des aides pour vivre ce temps de confinement ».

Parmi ces aides, il y a notamment l’accès aux parcs et jardins, qui restent ouverts. C’est peut être la deuxième et dernière bonne nouvelle du jour… « Il est essentiel que les gens aient une activité physique », a rajouté le médecin généraliste : « C’est bon pour la santé physique mais aussi mentale ».

Maintien de la majorité des services publics

La municipalité a également mis l’accent sur le maintien des services publics, « qui continueront, dans la protection de nos agents, à assurer leurs missions », a déclaré Jeanne Barseghian. « Il faut protéger au mieux notre population, mais aussi toutes les activités qui génèrent du lien social et qui vont être particulièrement importantes pendant cette période difficile, sur le plan économique, psychologique et social ».

Les écoles donc, avec leurs services de restauration, les accueils périscolaires et les temps scolaires, seront rouvertes dès le lundi 2 novembre (jour de la rentrée des vacances de la Toussaint). Le protocole sanitaire d’accueil sera quant à lui renforcé, comme l’a annoncé ce jeudi soir Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation.

Idem pour les centres médico-sociaux : « nous faisons tout pour qu’ils maintiennent leurs actions », a déclaré Floriane Varieras, adjointe en charge de la ville inclusive. Les CCAS (Centre communal d’action sociale) resteront également actifs, et pour les plus démunis, les sans-domiciles et les mal-logés, les douches publiques de la Bulle seront, elles-aussi, ouvertes pendant le confinement.

Sur le logement d’urgence, Floriane Varieras a annoncé une concertation dès ce vendredi avec les acteurs du champs caritatif.

« Nous allons identifier toutes les semaines les besoins, et garantir une veille collective. Nous allons maintenir, en concertation avec l’État, l’hébergement d’urgence. Il faut que chacun et chacune puisse bénéficier d’un hébergement en cette période difficile. »

Les médiathèques en revanche fermeront, « mais il faut réfléchir à un système de prêts » annonce Jeanne Barseghian, qui s’est également réjouie du maintien des marchés alimentaires.

Maintien de la vie démocratique

La maire écolo a enfin insisté sur la poursuite de la vie démocratique.

« Ce n’est pas parce qu’on est en gestion de crise, que la vie démocratique doit être mise sous cloche, au contraire. Il faut qu’on fasse preuve de pédagogie, que l’on permette le dialogue, le débat et la participation citoyenne, c’est essentiel. »

Jeanne Barseghian, maire EELV Strasbourg.

Ainsi, le Conseil de la participation citoyenne du 4 novembre, prévu à 18h « sera maintenu mais dans un format 100% numérique », a expliqué Carole Zielinski, adjointe en charge de la démocratie locale. « Il est important d’avoir des échanges, un débat, du lien ». Idem en ce qui concerne le prochain Conseil municipal prévu le 16 novembre, « il est essentiel qu’il se maintienne », a insisté Jeanne Barseghian, « même sous une forme digitale ».

Embouteillages et incivilités… À la Meinau, l’entrepôt Amazon sature la rue Livio

Embouteillages et incivilités… À la Meinau, l’entrepôt Amazon sature la rue Livio

Amazon provoque quotidiennement des embouteillages près de son entrepôt situé à Strasbourg. Entre incivilités des livreurs et investissement dans des portails pour fermer l’accès à leur parking, les entreprises voisines de l’entrepôt de la rue Livio paient fort le prix de leur voisinage.

Une dizaine de camionnettes stationnent sur la route devant l’entrepôt strasbourgeois d’Amazon. Il est 9h30, mardi 27 octobre. Les chauffeurs des entreprises sous-traitantes attendent l’ouverture du portail de la multinationale américaine.

Feux de détresse allumés, ils occupent la voie de droite de la rue Livio. Les transporteurs obligent ainsi les automobilistes et autres camionneurs à prendre le virage à contresens. « On est juste là pour cinq minutes », veut rassurer un conducteur intérimaire, avant d’admettre : « Le problème c’est qu’après nous, une autre vague de camionnettes arrivera… »

Les camionnettes qui stationnent sur la voie de droite obligent des automobilistes à prendre le virage à contresens. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« Un bordel monstre depuis des années »

Installé depuis 2017 à Strasbourg, l’entrepôt Amazon s’étend sur 5 000 mètres-carrés. 80 personnes y sont salariées à temps plein, et 60 intérimaires y travaillent en plus. Pour la « livraison du dernier kilomètre », le géant américain sous-traite auprès de cinq sociétés de livraison : Globe Express, AG Express, Easy to go et Fast Dispatch. Ces entreprises emploient 250 chauffeurs. Selon la communication de la multinationale : « Ce sont plusieurs dizaines de milliers de colis qui partent chaque jour de l’entrepôt. Sur les périodes de fête, ce volume peut doubler. »

Les voisins strasbourgeois d’Amazon dénoncent volontiers les embouteillages incessants provoqués par la multinationale de Jeff Bezos. « C’est un bordel monstre depuis des années ici », souffle Sabine (le prénom a été modifié) en arrivant au travail. En pleine vacances de la Toussaint, la salariée d’une entreprise de la rue Livio est venue en voiture avec sa fille : « Quand j’ai la petite avec moi, je prends un autre chemin. Amazon a rendu ce virage beaucoup trop dangereux. »

Le matin, la rue Livio est régulièrement bouchée par les camionnettes en attente de chargement dans l’entrepôt strasbourgeois d’Amazon Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

À côté, la quincaillerie Ferbat subit aussi le flux de livreurs. En trente ans de présence dans cette rue, c’est la première fois que l’entreprise a dû investir dans un portail pour barrer l’entrée de son petit parking. Coût de l’investissement : 15 000 euros. Pour Michel Fernandes, directeur adjoint de l’établissement, « c’était le seul moyen pour que nos clients et nos fournisseurs aient de la place pour se garer chez nous. »

Déchets et insultes…

Juste en face, le magasin Yess électrique subit aussi la présence des camionnettes sur son parking. Le chef magasinier Jean-Philippe Frère y voit même une perte de chiffre d’affaires : « Je ne compte pas le nombre de clients qui sont allés chez nos concurrents parce que toutes nos places étaient occupées par les Amazoniens. »

À peine sa phrase finie, le responsable des achats entend un véhicule arriver devant son entreprise. Il reconnaît un livreur Amazon à son gilet jaune, parfois orange : « En voilà encore un qui se gare chez nous… Et c’est sans compter les emballages alimentaires qu’ils laissent traîner par terre », peste-t-il, images à l’appui.

Jean-Philippe Frère : « Je ne compte pas le nombre de clients qui sont allés chez nos concurrents parce que toutes nos places de parking étaient occupées par les Amazoniens. »

Plusieurs autres salariés de la rue Livio ont fait part d’incivilités récurrentes. Ici, un livreur a insulté la directrice d’un établissement. Là, un fournisseur de magasin de matériel électrique doit bomber le torse pour prendre une place de parking occupée illégalement par un livreur Amazon…

En manque de place, un site non-adapté

Au-delà de la colère, l’incompréhension règne parmi les voisins d’Amazon. Pourquoi est-ce que les gérants ne laissent pas les chauffeurs patienter dans l’enceinte du site ? Michel Fernandes a posé la question à Amazon : « La responsable logistique du site, une Polonaise basée à Londres, m’a dit qu’ils avaient du mal à régler le problème vu que les chauffeurs sont employés par des entreprises sous-traitantes. »

Salem (le prénom a été modifié) fait partie des rares habitants de cette zone artisanale. Le père de famille décrit une « situation invivable » depuis l’arrivée d’Amazon à Strasbourg il y a trois ans. « Les camionnettes, les semi-remorques passent 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, décrit-il, la seule différence le dimanche, c’est que les camions viennent de Pologne. » La nuit, on dort mal rue Livio. Salem est fatigué. Il a déjà songé à déménager.

Car la situation reste inchangée malgré les alertes auprès de la municipalité et de la police : « Ils se sont tous déjà déplacés, les policiers ont mis des amendes… Mais c’est leur site qui n’est pas adapté pour cette zone artisanale », analyse Salem.

Le problème va croître avec Noël et le confinement

Vers 10 heures du matin, le directeur du site strasbourgeois d’Amazon vient à notre rencontre. Mais Cyril Hetzel n’est pas là pour nous répondre. Il se contente de nous indiquer une adresse mail à qui envoyer nos questions pour « faire l’interview proprement. » Le responsable demande aussi de ne pas photographier l’entrepôt.

Plus tard, l’entreprise indiquera à Rue89 Strasbourg que « dans l’organisation d’Amazon, il n’y a pas de parking dédié aux livreurs mais une gestion par vague de chauffeurs, pour récupérer les colis dans le hangar. L’idée c’est d’avoir un flux continu et organisé. » Interrogé sur les mesures prises pour réduire les embouteillages, l’entreprise évoque des actions de « communication et de sensibilisation des livreurs ».

Amazon et ses sous-traitants, comme Globe Express, cherchent une aire de parking pour permettre aux livreurs de stationner hors de la rue Livio. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Joint par téléphone, Anthony Caviglia, manager chez Globe Express, un sous-traitant d’Amazon, explique l’origine des bouchons récurrents : « Nous avons des vagues d’entrées dans l’entrepôt à heures fixes. Ce qui nous laisse un timing de 10 minutes pour synchroniser l’entrée de 12 vans, le moindre grain de sable qui vient perturber la routine peut générer des bouchons ce que nous essayons d’éviter au maximum. Nous travaillons constamment avec Amazon pour limiter l’impact de notre activité sur le voisinage et la circulation Rue Livio. »

Amazon à la recherche d’un nouveau parking

Le cadre de Globe Express affirme aussi qu’Amazon est à la recherche d’un nouveau site pour permettre aux sous-traitants de stationner à proximité de la rue Livio. « Une solution de parking est à l’étude actuellement », confirme la multinationale. Pour Anthony Caviglia, une solution doit être trouvée le plus rapidement possible, car la problématique risque de croître avec l’augmentation des commandes liées au reconfinement et à la période de Noël.

En deux heures sur place, trois vagues d’une dizaine de camionnettes ont forcé des automobilistes à rouler à contresens. Vers 10 heures, c’est un semi-remorque qui a bloqué la circulation au niveau de la quincaillerie Ferbat. Un conducteur de Globe Express analyse : « Depuis qu’ils ont mis en place un portail, les routiers galèrent pour entrer sur le parking. » Portail lui-même installé… à cause du stationnement des livreurs Amazon.

L’entreprise de géothermie Fonroche reconnaît une responsabilité dans les séismes de la nuit du 27 au 28 octobre

L’entreprise de géothermie Fonroche reconnaît une responsabilité dans les séismes de la nuit du 27 au 28 octobre

Cinq mini-séismes ont été relevés près de Strasbourg en l’espace de sept heures. Ces événements sismiques interviennent alors que l’entreprise Fonroche a repris des tests d’interférence sur les eaux des sous-sols depuis le 1er octobre, pour comprendre les tremblements de terre de 2019.

Entre mardi 27 octobre à 23h33 et mercredi 28 octobre à 6h17, le Réseau National de Surveillance Sismique (RéNaSS) a relevé 5 séismes d’une valeur de 1,1 à 2,7 sur l’échelle de Richter.

Pour Jérôme Vergne, sismologue au sein de l’Ecole et de l’Observatoire des Sciences et de la Terre de l’Université de Strasbourg (EOST), « le lien entre ces événements et les tests géothermiques à Vendenheim est très probable. Ils sont tous localisés dans la zone de forage. »

Jean-Philippe Soulé (à gauche), directeur général de Fonroche Géothermie, a reconnu la responsabilité de son entreprise dans les séismes de la nuit du 28 octobre. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Des tests pour expliquer les secousses de novembre 2019

L’entreprise Fonroche, qui mène les activités de forage, a d’ailleurs reconnu sa responsabilité par la voix de son directeur général, Jean-Philippe Soulé. Dans une réaction aux DNA, il indique, « ces secousses sont une mauvaise nouvelle, mais [sont pleines] de renseignements ». Les deux séismes sont « induits par une des séquences de tests d’interférences et de traçage, actuellement en cours sur demande de la Préfecture », complète par écrit la société auprès de Rue89 Strasbourg.

Deux séismes d’amplitude comparable avaient déjà secoué Strasbourg en novembre 2019. Pour ces secousses, l’entreprise et l’État estiment qu’il n’y a pas de conclusion définitive quant à leur lien avec l’activité de géothermie profonde, à savoir faire remonter de la chaleur des eaux souterraines. Ces activités-là, à 5 000 mètres sous la croûte terrestre, sont toujours bel et bien à l’arrêt depuis.

La préfecture du Bas-Rhin, qui encadre ces opérations minières, a autorisé le 1er octobre l’entreprise à réaliser des tests pour justement tenter d’expliquer les secousses de novembre 2019 et vérifier la viabilité économique du projet. « Fonroche fait des tests de connectivité entre les deux puits, pour savoir si on est bien entre deux failles qui communiquent avec un débit suffisamment important », précise Pascal Lajugie, directeur de l’unité départemental de la Direction régionale de l’Environnement, de l’aménagement et du Logement (Dreal).

Dans le cadre de ces tests, Fonroche injecte de la fluorescéine, un produit « inerte et coloré » qui permet de suivre les courants d’eau chaude, avec une montée en pression. Ce protocole établi avec un comité d’experts, composé de la Dreal, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) est imposé par la préfecture. Ce sont ces injections qui ont été réalisées entre le 1er et le 27 octobre qui génèrent de la sismicité, selon l’entreprise, l’État et le sismologue Jérôme Vergne.

Nouvelle phase de test à partir de la fin de semaine

Selon Jean-Philippe Soulé, ces séismes pourraient provenir d’un arrêt trop rapide des injections et donc d’une « rétractation naturelle de la roche ». « On y va tout doucement, justement pour éviter la sismicité. Là, on a arrêté en 18 heures, il faut peut-être plutôt arrêter cette centrale en quinze jours », explique-t-il. Les conclusions que le comité d’experts tirera des évènements des 27 et 28 octobre doivent permettre d’adapter le protocole d’arrêt. Mais la terre alsacienne avait déjà tremblé à quatre autres reprises depuis le 14 octobre (entre 1 et 1.4 sur l’échelle de Richter), à proximité du lieu de forage avant les séismes des 27 et 28 octobre.

Contactée dans la matinée, la Préfecture a diffusé un communiqué à 20h30. Elle indique que les mesures de traçages « seront achevées le 29 octobre à 12h » et surtout que la « poursuite du test de traçage est suspendue », en attendant les résultats d’une « analyse des événements sismiques de ce jour ». Cette nouvelle phase, avec l’ajout d’un produit de traçage, devait débuter en fin de semaine et durer jusqu’à la fin de l’année 2020.

Sans-abris : après les promesses de campagne, les associations attendent toujours les actes

Sans-abris : après les promesses de campagne, les associations attendent toujours les actes

Le nombre de personnes demandeuses de services sociaux augmente fortement à Strasbourg depuis le confinement selon des acteurs associatifs. Inquiets à l’arrivée du froid, ils ne voient pas de concrétisation aux engagements de campagne de la nouvelle municipalité en faveur des personnes précaires. L’adjointe en charge des solidarités promet des actions rapides, à commencer par la création de 100 places d’hébergement d’ici le début de l’hiver.

Fin octobre, presque 4 mois après l’élection de la nouvelle municipalité, des militants associatifs de l’aide aux sans-abris s’interrogent. « Il y a eu des annonces et des engagements, mais sur le terrain, à ce jour, on ne voit pas de changement », remarque Gabrielle, bénévole à Abribus, une association qui distribue des repas chauds. Elle est inquiète :

« En fait, il n’y a pas d’acte concret pour le moment, alors que beaucoup de nouvelles personnes nous demandent à manger depuis la Covid. La Ville ne nous a rien communiqué pour le plan hivernal qu’elle aide à mettre en œuvre avec la préfecture. Il débute normalement le 1er novembre. Sur le terrain, ce qu’on aimerait par exemple, c’est que lorsqu’on appelle le 115 (numéro hébergement d’urgence, ndlr) pour un bénéficiaire, on nous réponde qu’il y a de la place. Le froid arrive, il y a urgence. »

Une distribution de repas à des sans-abris, fin en 2016. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)Photo : Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / cc

40% d’activité en plus pour le Secours populaire depuis le confinement

Camille Vega, directeur du Secours populaire du Bas-Rhin, évoque le contexte social tendu :

« Notre activité a augmenté de 40% par rapport à avant le confinement. On distribue de la nourriture, des vêtements et des aides financières à des nouveaux arrivants, pour la plupart d’anciens travailleurs précaires qui ont perdu leur emploi. Je pense notamment aux auto-entrepreneurs de l’évènementiel ou dans le service aux particuliers comme les esthéticiennes. Il y a aussi des intérimaires qui ont beaucoup moins d’activité. La Ville nous donne de bons signaux, elle semble avoir de la volonté. Mais pour le moment, rien ne change. »

Beaucoup de promesses de campagne

Jeanne Barseghian (EELV), élue maire de Strasbourg le 28 juin, a fait des promesses, durant sa campagne, pour les personnes précaires et les sans-abris. Elle a notamment signé des engagements rédigés par le collectif Nuit de la Solidarité Strasbourg, regroupant 24 associations et collectifs. Parmi eux figurent la création de centaines de places pérennes ainsi que la mobilisation de bâtiments vacants. La Ville projette aussi un renforcement de l’accès aux services de base (nourriture, sécurité, hygiène, éducation) et la mise en place de lieux de répit, de vestiaires-bagagerie, de toilettes, de douches publics, de lieu de domiciliation et d’aides aux services numériques.

Lors de l’abrogation de l’arrêté anti-mendicité, Jeanne Barseghian annonçait qu’elle souhaitait « renforcer les moyens de l’équipe mobile de rue. » Dédiée à l’aide administrative, médicale et alimentaire, cette équipe gérée par la Ville est composée d’une infirmière, d’un médiateur et d’un travailleur social.

100 places d’hébergement fin novembre

Pour Floriane Varieras, adjointe à la maire en charge des solidarités, il a fallu une période de quatre mois pour « se familiariser avec les dossiers. » Sur les actions concrètes, elle développe :

« Nous avons ouvert l’appel à projets pour la création de cent places d’hébergement, dont 50 pour les femmes. La délibération sera votée le 16 novembre et les places seront donc disponibles assez rapidement après, normalement fin novembre. Nous travaillons aussi en relation avec la préfecture, qui prend en théorie la charge entière de l’hébergement social, pour trouver les lieux d’accueil du plan hivernal. Les précisions quant à celui-ci seront bientôt connues. Nous menons un travail d’identification des bâtiments vides susceptibles d’être réquisitionnés. Difficile de dire quand certains seront disponibles, car il faudra à coup sûr réaliser des travaux pour les mettre aux normes ERP (établissement recevant du public, ndlr). »

L’attente d’une concertation avec les acteurs du terrain

Pour ce qui est de l’augmentation des moyens de l’équipe de rue et du renforcement de l’accès aux services vitaux, « les changements sur le terrain devraient se voir au cours de l’hiver », estime Floriane Varieras.

La nouvelle élue insiste sur l’importance de la concertation : « Personne ne sait mieux ce qui doit être mis en œuvre que celles et ceux qui sont sur le terrain et les bénéficiaires de ses services. » Le 10 novembre aura lieu l’agora des solidarités, qui impliquera des centaines de personnes des sphères associatives, militantes et institutionnelles de l’aide aux personnes en situation de précarité à Strasbourg. « On devrait en organiser deux fois par an, » explique l’adjointe aux solidarités.

Un changement de gouvernance au service social de la Ville

La gouvernance du centre communal d’action sociale (CCAS, le service social des communes, ndlr) va également changer. Des associations comme Abribus et le Secours populaire ont été ajoutées au conseil d’administration (9 élus, opposition inclue, et 8 membres d’associations). À cela, s’additionnent quatre membres « consultatifs. » Trois d’entre eux représentent des acteurs du réseau caritatif et le dernier portera la parole des bénéficiaires de ces dispositifs. Selon Floriane Varieras, cette redistribution est nécessaire pour une politique « plus ancrée dans le terrain ».

Pour Camille Vega du Secours populaire, ce changement au CCAS est « un bon signal ». Il espère que les propositions se transformeront en actions. Déterminé à influencer les pouvoirs publics, il craint tout de même que les concertations prennent trop de temps : « Les mesures doivent être mises en place maintenant et la communication claire », dit-il. « Nous sommes bien conscients de l’urgence de la situation, » répond Floriane Varieras.

Vider l’Hôtel de la rue d’ici un an

L’adjointe en charge des solidarités indique par ailleurs que la Ville s’est donné pour objectif de vider l’Hôtel de la rue d’ici un peu plus d’un an. Environ 150 personnes habitent dans ce squat situé à Koenigshoffen depuis l’été 2019. Une convention d’occupation temporaire sera signée dans un premier temps avec l’association « La roue tourne ». À terme, le bâtiment se transformera en maison des services publics comme prévu initialement. Avant d’entamer ce chantier, « nous nous assurerons que tous les habitants aient une situation stable », précise l’adjointe.

#CCAS

Les centres de santé infirmiers « obligés de prendre la parole pour ne pas disparaître »

Les centres de santé infirmiers « obligés de prendre la parole pour ne pas disparaître »

Ces centres de santé géré par des associations et sans médecin craignent pour la survie de leurs établissements. Les gérants de ces structures très présentes en Alsace-Moselle demandent l’alignement des salaires de leurs soignants sur ceux de l’hôpital suite au Ségur de la Santé.

Après les médecins libéraux le 8 octobre, ce sont les représentants des centre de soins infirmiers (CSI) qui alertent sur leurs conditions d’exercice ce mardi 27 octobre. Les 45 CSI du Grand Est craignent pour la pérennité de leur offre de soins. Ils dénoncent une vision trop « hospitalo-centrée » du Ségur de la Santé.

Les centres de soins infirmiers sont des établissements de santé par des association à but non lucrative, souvent d’appartenance religieuse. C’est pourquoi 10% des CSI français sont en Alsace-Moselle. Leur personnel médical assurent des soins, notamment en sortie d’hospitalisation, à la fois au sein de maisons médicalisées et à domicile, leur conférant un double statut. Les structures effectuent les intervention qui ne nécessitent pas de médecin.

« Les personnels se sont donnés »

Selon Nicolas Horvat, gestionnaire de l’association intercommunale pour les soins aux malades, qui gère trois établissements en Alsace, « le Ségur a créé une inégalité létale » entre hôpitaux et centres de santé.

Christian Weick, directeur d’un centre de santé à Munster donne l’exemple de son établissement :

« À Munster, les personnels se sont donnés pour répondre à l’urgence du cluster. Ils ont travaillé avec des masques anti-poussière donnés par un entrepreneur et en lavant des protections théoriquement à usage unique. Mais ils n’ont droit ni à la prime Covid ni à une augmentation de salaire. Aujourd’hui, on a déjà une démission et deux congés maladies. »

« La prime Covid, nos soignants ont fait sans mais le problème de fond, c’est une revalorisation salariale », précise Nicolas Horvat. En effet, les accords de juillet 2020 ont acté une revalorisation salariale des infirmiers. Mais du fait de leur statut d’établissements sanitaires de proximité, les CSI n’y ont pas droit. « Les personnels se sont mobilisés durant la première vague, maintenant ils se demandent où est la reconnaissance », raconte Martine Jourdan, représentante de l’Adédom, la fédération nationale des soins à domicile.

Les diaconnesses accueillent un centre de soins infirmiers à Strasbourg Photo : capture Google Street View

Des disparités salariales qui minent les établissements

Avec les revalorisations salariales du Ségur de la Santé, ces établissements, financés par la Sécurité sociale et les subventions, peinent à recruter. « Ça fait trois ans que l’on a des difficultés à embaucher mais avec le Ségur, à chaque fois, ça bute sur le niveau salarial », expose Christian Weick.

Un amendement du projet de loi de finance a été déposé sur demande de l’Union nationale interfédérale des oeuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss) pour demander un rapport sur la distorsion salariale suite au Ségur de la Santé. Selon les estimations de Nicolas Horvat, 12 millions d’euros seraient nécessaires pour rétablir l’égalité salariale.

« Tout le monde compte sur nous mais personne ne veut nous reconnaître »

Avec les hôpitaux au bord du gouffre, les centres de soins infirmiers sont sollicités pour prendre en charge les patients que les hôpitaux ne peuvent plus soigner. Les infirmiers libéraux ne pourront prendre en charge tous ces patients si les CSI devaient fermer. « Si nous n’intervenons plus, deux tiers des actes à domicile ne peuvent plus être assurés », prévient Nicolas Horvat.

« A Montbéliard, l’hôpital nous a demandé de prendre en charge plus de patients à domicile. Mais ils nous siphonnent nos effectifs parce qu’il leur manque 60 infirmières. Tout le monde compte sur nous mais personne ne veut nous reconnaître. »

Bruno Palandre, directeur général de Soli-Cites, centres de soins infirmiers dans le Doubs

« Le réveil va être douloureux », prévient Martine Jourdan. Selon Nicolas Horvat, sans mesure d’ici le 1er janvier, les centres de santé infirmiers alsaciens seront contraints de fermer en mars par manque de personnel. Il ajoute que si les CSI disparaissent, « c’est 25% de l’offre de soin en Alsace qui disparaît, une absence de prise en charge en sortie d’hospitalisation et 22 000 patients supplémentaires à gérer pour des hôpitaux qui n’ont pas besoin de ça en ce moment ».

Alexandre Feltz : « Sortir d’une logique binaire, tout ouvrir ou tout fermer »

Alexandre Feltz : « Sortir d’une logique binaire, tout ouvrir ou tout fermer »

Adjoint à la maire en charge de la Santé et membre du conseil de surveillance des hôpitaux universitaires, le médecin généraliste Alexandre Feltz estime qu’il faudrait une gestion plus fine de l’épidémie du Covid-19 et des fermetures plus ciblées.

Adjoint au maire en charge de la santé depuis 2008, Alexandre Feltz (Place publique) a gardé ses fonctions dans l’équipe de la nouvelle maire Jeanne Barseghian (EELV).

Rue89 Strasbourg : Quelle est la situation sanitaire à Strasbourg face à la deuxième vague de Covid-19 ?

Alexandre Feltz : Nous ne sommes pas comme fin mars avec 600 patients hospitalisés dont 200 en réanimation. Mais il y a une montée en charge progressive depuis septembre, qui s’est accélérée en octobre. Si bien que l’on est à 83 personnes hospitalisées dont 13 en réanimation. L’occupation des places en réanimation est de 18%, là où le premier seuil d’alerte est à 30%. Mais nous sommes toujours en phase d’augmentation et non pas à un plateau où la situation se stabiliserait. Strasbourg est parti un peu plus tard mais rattrape voire dépasse d’autres métropoles.

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Face à la seconde vague de Covid, les hôpitaux universitaires de Strasbourg « sur le point d’être débordés »

Face à la seconde vague de Covid, les hôpitaux universitaires de Strasbourg « sur le point d’être débordés »

En quinze jours, le nombre de patients Covid a triplé aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Une deuxième vague qui survient en pleine période de tension épidémique avec la grippe et la gastro-entérite aiguë. Le chef des urgences Pascal Bilbault craint le débordement de son service.

En quinze jours, le nombre de patients Covid hospitalisés a triplé aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Ce lundi 26 octobre, 83 patients Covid étaient pris en charge aux HUS, dont 13 en réanimation. Le 10 octobre, ils n’étaient que 23 patients Covid, dont 8 en réanimation. Cette deuxième vague a poussé l’établissement à déclencher un plan blanc.

Bulletin d’information de la cellule de crise des HUS Photo : Document remis

Le plan blanc permet par exemple des sorties anticipées de patients hospitalisés. Des salles de réveil chirurgical peuvent aussi être transformées en unité de soins critiques et de réanimation Covid. Mais ce mécanisme réservé aux situations sanitaires exceptionnelles ne suffit pas à rassurer les soignants des HUS… « Une réponse indispensable mais non-suffisante », pour le professeur Bilbault, chef du service des urgences des HUS, qui compte sur les déprogrammations d’opérations pour libérer du personnel.

Prêt en matériel, pas en lits et en personnels

« Point de vue matériel, masques, gants, protections, on est prêt cette fois. Mais nous ne sommes pas prêts ni en lits ni en personnel », déplore le professeur Jean-Philippe Mazzucotelli, chef du service chirurgie cardiaque aux HUS. Le professeur Pascal Bilbault décrit aussi une situation « tendue » au sein des hôpitaux strasbourgeois. Il pointe la « conjonction de patients Covid et non-Covid et de lits fermés par manque de personnel médical et paramédical. »

Un constat que partage le professeur Jean-Philippe Mazzucotelli, chef du service de chirurgie cardiaque : « Aujourd’hui, on arrive encore à accueillir tout le monde mais dans les prochains jours, ça risque de devenir compliqué », explique-t-il.

Photo : Jérémie Rumpier

Des personnels proches de l’épuisement professionnel

Le contexte de manque de personnel est ancien aux HUS. Mais au sous-effectif s’est ajouté le traumatisme de la première vague au sein du personnel soignant. Un rapport sur les risques psychosociaux au sein de l’établissement, datant d’octobre 2020, montrait qu’un tiers des soignants des urgences et du service de réanimation et des urgences des HUS souhaitait quitter l’hôpital. Les questionnaires du cabinet Technologia, spécialisé dans les risques au travail, ont aussi révélé qu’un quart du personnel interrogé a un risque « élevé ou très élevé d’épuisement professionnel. » D’où les inquiétudes du professeur Mazzucotelli :

« Beaucoup de personnels sont partis. Ceux qui sont restés et qui ont vécu la première vague vont se retrouver dans une situation très compliquée professionnellement mais aussi dans leur vie personnelle. Ils sont nombreux à s’inquiéter que leur famille puisse à nouveau être exposée à une contamination. »

Professeur Jean-Philippe Mazzucotelli, chef du service de chirurgie cardiaque des Hôpitaux universitaires de Strasbourg

« On risque d’exploser et le système hospitalier avec »

Pour Sébastien Harscoat, praticien hospitalier aux urgences strasbourgeoises, l’engagement des soignants atteint ses limites face à la deuxième vague :

« Tous les jours, on se met en quatre pour que le système fonctionne encore malgré les dysfonctionnements quotidiens. Mais là on est fatigué de les compenser. À force de faire reposer l’hôpital sur la bonne volonté des soignants, on risque d’exploser et le système hospitalier avec. »

Les personnels hospitaliers craignent également la virulence de la grippe 2020. « La grippe 2019 a été relativement clémente. En mars, il n’y avait plus de cas donc il n’y a pas eu de chevauchement avec le Covid. Mais on ignore ce qu’il en sera de celle de 2020 », raconte le professeur Bilbault.

Un Ségur de la Santé « honteux »

Une situation à laquelle le Ségur de la Santé de juillet n’a pas répondu. Pour le professeur Bilbault, « le Ségur, ça a été beaucoup d’annonces mais le concret arrive lentement. Or il est nécessaire qu’il arrive maintenant ! » Le professeur Mazzucotelli voit même dans la concertation gouvernementale de l’été une des sources de la pénurie de personnel : « Le Ségur a été contreproductif et honteux avec des augmentations de salaires ridicules pour les infirmières. »

Pour le professeur Bilbault, les hôpitaux strasbourgeois ne sont pas débordés mais « pas loin du bord ». D’autant que la situation évolue très rapidement : « La situation change toutes les 48 heures et les choses accélèrent très vite. »

#Jean-Philippe Mazucotelli

Les voix et les visages de l’opposition à Amazon en Alsace

Les voix et les visages de l’opposition à Amazon en Alsace

Que représente le modèle Amazon pour eux ? Pourquoi n’en veulent-ils pas ? Six opposants aux projets d’implantations d’entrepôts d’e-commerce à Ensisheim et Dambach-la-Ville nous expliquent pourquoi ils luttent contre l’empire Bezos.

Amazon souhaite étendre son implantation dans l’Est de la France. Après avoir retenu la base aérienne de Metz-Frescaty, le leader mondial du e-commerce lorgne désormais sur l’Alsace. Les sites d’Ensisheim (Haut-Rhin) et de Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) sont pressentis pour accueillir deux immenses entrepôts logistiques. Mais la contestation s’organise.

Rue89 Strasbourg a donné la parole à six opposants de ces deux départements. Les trois premiers appartiennent au collectif Rucssa (Réseau urgence climatique et sociale Sud Alsace), les trois suivants sont membres du Chaudron des Alternatives, un collectif qui regroupe une soixantaine d’associations et d’ONG.

« On sait par expérience qu’Amazon veut robotiser de plus en plus les emplois »

Stefan Suter est membre depuis un an du collectif Urgence climatique des Trois frontières, transformé récemment en association : Climat 3 Frontières (C3F).

Stefan Suter est un adhérent actif de la toute jeune association C3F Photo : Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg

« Pour moi, c’est une avalanche de camions qui va forcément impacter toute la plaine d’Alsace, déjà gravement touchée par un flux de trafic énorme… Je m’oppose aussi à ce projet parce ça va avoir des répercussions sur le commerce local, français et européen. Pour un emploi créé chez Amazon, ça en tue entre quatre et cinq ailleurs ! On sait par expérience que le géant mondial veut robotiser de plus en plus les emplois, les gestes sont toujours les mêmes, et ce serait plus facile pour eux de ne faire fonctionner que des robots. Et puis ça enrichit encore et encore un seul bonhomme qui s’appelle Jeff Bezos, qui a d’autres considérations déjà : il voit l’espace, il va préempter aussi les étoiles en gros. C’est-à-dire que même sur Terre, ça ne lui suffit pas. »

« Ce projet Amazon, c’est l’ancien monde et donc on ne peut que le combattre »

« Vieux militant » de son propre aveu, Roland Braun a été décrocheur de portrait d’Emmanuel Macron à Bollwiller, Lutterbach et Retzwiller. Il a également été premier adjoint au maire de Merxheim dans le Haut-Rhin. Membre du Mouvement pour une alternative non-violente (MAN) en Centre Alsace, il considère que les bagarres perdues d’avance sont celles que l’on n’engage pas.

Roland Braun fait partie du Mouvement pour une alternative non-violente en Centre Alsace Photo : Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg

« On vient de vivre une pandémie, on s’est rendu compte qu’on était dans une situation très fragile, que nos systèmes aussi sophistiqués qu’ils soient, pouvaient être mis à mal par un petit virus. Et ce qui ressort quand même, ça a été dit par la Convention Citoyenne (pour le climat, ndlr), c’est qu’il faut changer de monde, changer de paradigme. Le monde d’avant ne peut pas se poursuivre sinon on va droit dans le mur ! Et ça, ce projet Amazon, c’est un projet de l’ancien monde. Et donc on ne peut que le combattre. La communauté de communes du pays de Guebwiller a voté une motion pour demander un moratoire sur l’installation de ce type de site, et dans le cadre des débats, le maire de Guebwiller a dit par exemple : « On nous annonce qu’Amazon va proposer des emplois peu qualifiés. Dans ma ville, j’ai un certain nombre de personnes qui sont sans-emploi et qui cherchent des emplois non qualifiés ! » Donc je peux comprendre son point de vue. Mais il n’a pas voté pour, il s’est abstenu dans le vote sur la motion. Seulement il faut que les gens et que les élus comprennent que c’est une fausse solution, que c’est quelque part un mirage, qui peut jouer le temps d’un mandat. »

« On ne prend pas du tout le chemin qu’on devrait prendre »

Lui aussi décrocheur de portrait du chef de l’Etat à Wittelsheim, Patrick Frank est devenu écologiste sur le tard, « il y a une quinzaine d’années ». Depuis qu’il est à la retraite, il donne de son temps libre pour les mouvements Alternatiba et Action non-violente COP 21 (ANV-COP21) à Mulhouse.

Patrick Frank milite pour Alternatiba et ANV-COP 21 : Mulhouse / Sud Alsace Photo : Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg

« Ça représente tout ce qu’on doit abandonner, les excès dans la consommation, dans les déplacements, dans les transports inutiles, ça représente le monde d’avant. Je suis très inquiet pour l’avenir de mon fils et pour celui des générations à venir, tout simplement parce qu’on ne prend pas du tout le chemin qu’on devrait prendre pour laisser une planète viable à nos enfants. Je ne suis pas du tout satisfait de ce que j’ai fait pendant une trentaine d’années. Je suis devenu écologiste il y a peut-être une quinzaine d’années, j’ai pris conscience des choses importantes ! Avant cela, j’étais un bon petit consommateur, un bon petit soldat. On me demandait de consommer, je consommais, on me demandait de changer les appareils quand ils étaient cassés, je les changeais, j’ai également beaucoup roulé en moto et je me suis dit : Non, ça mène à rien tout ça. C’est qui est important, c’est d’être bien dans sa peau, de faire le moins de mal possible à notre planète et de polluer le moins possible en nous déplaçant, en consommant, en mangeant moins de viande, il y a énormément de choses à faire. Maintenant, je suis à la retraite, j’ai plus de temps à donner et je m’investis dans la mesure de mes moyens physiques et intellectuels. Je fais ce que je peux. Un peu comme le colibri, je fais ma part. »

« Il est absolument indispensable de freiner tout ce qui concerne l’extra-activité »

Sympathisant des Gilets jaunes et porte-parole du Chaudron des Alternatives, Pascal Lacombe est engagé contre le projet d’entrepôt logistique à Dambach-la-Ville (Bas-Rhin). Il est convaincu que les citoyens peuvent faire reculer Amazon.

Pascal Lacombe est l’un des porte-paroles du Chaudron des Alternatives Photo : Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg

« Le dumping que fait Amazon en proposant des prix que personne ne peut concurrencer facilite l’incitation à la consommation. Est-ce qu’il faut consommer juste parce qu’on a une opportunité d’acheter un produit qu’on trouve beaucoup moins cher, à l’occasion de promotions comme le Black Friday ? Non, effectivement ! Je crois qu’il y a suffisamment d’éléments scientifiques qui montrent à présent qu’il est absolument indispensable de freiner tout ce qui concerne l’extra-activité, la productivité et la consommation. Donc c’est un modèle qui n’a pas de sens de mon point de vue. Je me positionne dans un état d’esprit visant à protéger ce qui nous reste de notre nature, qui est déjà fortement dégradée, avec tous les paramètres qui explosent que sont l’augmentation des gaz à effets de serre, l’augmentation des températures. On va vers des bouleversements dramatiques et Amazon ne contribue pas à les freiner ou à faire marche arrière. »

« On parle d’économie circulaire, or Amazon c’est tout sauf ça »

Membre d’Alsace Nature et de Nature et Vie à Barr, Jean-Philippe Langrand est certain qu’il existe des alternatives à l’installation d’Amazon à Dambach-la-Ville. Il plaide pour des entreprises plus vertueuses et créatrices d’emplois.

Jean-Philippe Langrand est administrateur d’Alsace Nature et membre actif de l’association Nature et Vie à Barr Photo : Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg

« C’est un modèle qui va à l’encontre de ce qu’il faut faire par rapport au réchauffement climatique. C’est faire venir des produits de toute la planète, pour les distribuer dans les 24 heures chez les particuliers, ce n’est pas un modèle qu’on défend. En plus de ça, je n’ai pas les chiffres, mais les invendus sont détruits, c’est un gâchis incommensurable. On parle d’économie circulaire, on essaie de mettre en place des endroits où l’on peut réparer du matériel pour le faire durer, pour ne pas gaspiller. Amazon, c’est tout sauf ça ! »

« Ça tue les liens, les rencontres, ce qui fait le cœur de mon métier »

Commerçante dans le centre-ville de Sélestat depuis 12 ans, Aurélie Sutter a affiché sur sa vitrine un mail du Chaudron des Alternatives alertant sur une possible installation d’Amazon dans la région. Elle s’inquiète de voir le lien social disparaître.

Aurélie Sutter est commerçante, elle est la gérante de la boutique La Java de Lili à Sélestat Photo : Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg

« Pour moi, ça représente une force, même un pouvoir. Ce n’est pas le monde dans lequel je veux vivre, ni le monde auquel je crois. C’est important de protéger les générations à venir et c’est pour ça que je ne crois pas du tout en ce genre de commerce ou d’implantation. Ça tue les liens, les rencontres, ce qui fait le cœur de mon métier, je pense que c’est vraiment ça. Sinon je ne le ferais pas, je ne serais pas dans le commerce. Il y a beaucoup de choses qui se créent au niveau de la boutique, du quartier, au niveau d’une ville. C’est très important d’avoir ces petits commerces parce qu’on fait le lien je pense entre tout le monde, et c’est important que ça reste et que ça puisse rester. »