La Ville de Strasbourg s’attend à une importante grève au sein de ses services périscolaires mardi 10 novembre. Toutes les cantines seront fermées et de nombreux accueils du matin et du soir ne seront pas assurés.
Ce week-end, un préavis de grève a été annoncé à l’échelle nationale par les syndicats CGT Fonction publique, FNEC FP FO, FSU, SNALC, SUD pour la journée de mardi 10 novembre. Il concerne l’ensemble des personnels travaillant dans l’éducation nationale et l’accompagnement scolaire.
Pour ces syndicats, les agents ne sont pas assez protégés contre l’épidémie de Covid-19. Ils demandent plus de personnel et un allègement des effectifs.
Si les accompagnants ou les enseignants sont en grève, les enfants doivent être récupérés par leurs parents Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Aucun service minimal d’accueil
Au vu des déclarations d’intentions transmises par ses agents, la Ville de Strasbourg s’attend à une forte mobilisation. En conséquence, toutes les cantines des établissements scolaires de la Ville de Strasbourg seront fermées mardi midi. Toujours à cause du Covid, il n’y aura pas de repas froid non plus, aucun accueil des enfants n’est prévu entre 12h et 14h.
En outre, dans le cas où des accueils matinaux et en soirée dans les écoles maternelles ne pourraient pas non plus être assurés, aucun service minimal d’accueil n’est prévu en remplacement (en raison du Covid…).
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La firme américaine a surpris tout le monde cette semaine en annonçant n’avoir aucun nouveau projet en Alsace. Autrement dit : le projet d’entrepôt géant à Dambach-la-Ville tombe à l’eau, et Amazon ne serait à ce jour pas impliqué dans le projet Eurovia 16 à Ensisheim. Même les anti-Amazon semblent avoir du mal à y croire.
Pour le deuxième podcast de notre série « Sortez-nous de l’Art ! », nous avons tendu le micro à Elizabeth Holleville, une jeune illustratrice de 32 ans. Elle aime les monstres, avoir peur, et surtout, (se) raconter des histoires. Évasion assurée pour ce nouveau week-end confiné.
La jeune femme d’origine nantaise a posé ses valises à Strasbourg après des études d’illustration à Paris et Angoulême. C’est ici qu’elle a commencé à créer des fanzines, des BD écrites et dessinées avec des amis, passionnés et professionnels, auto-éditées.
À l’origine, Elizabeth voulait faire de l’illustration jeunesse, mais les idées qu’elle avaient « étaient trop glauques pour les enfants ». Elle s’est alors tournée vers la BD, assez naturellement : « J’ai alors pu mettre en scène tout mon petit cinéma des horreurs, en toute liberté. «
Films d’horreur et cauchemars pour faire le plein d’adrénaline
La passion d’Elizabeth ? Avoir peur. Et tout est bon pour se sentir vivante, se questionner sur la mort, sur la vie éternelle ou encore sur les fantômes. Des livres de la collection Chair de Poule, à la trilogie du samedi soir sur M6 avec X-Files, les inspirations de la jeune femme sont directement tirées de son enfance dans les années 90. Sur son bureau, un Gremlins noir trône – « un cadeau d’anniversaire que j’adore » -, ultime symbole de l’univers de l’illustratrice.
Un monde fantastique, mêlant avec subtilité le réel et l’iréel, qui séduit la maison d’édition Glénat, chez qui Elizabeth Holleville publie sa première BD en 2015. L’Été fantôme raconte une histoire d’amitié entre une jeune pré-ado et un fantôme, dans le décor d’une maison de vacances effrayante et mystérieuse, dans le sud de la France.
Un premier confinement anxiogène, un deuxième plus créatif
Si le confinement du printemps a laissé un souvenir amer à Elizabeth Holleville, ce deuxième est plus doux : « Je crois que maintenant que j’ai compris ce que c’était, je m’y suis habituée, j’ai moins peur que lors du premier. » La peur de l’avenir et l’incertitude face au futur de notre planète, c’est justement le thème de sa prochaine BD, prévue pour septembre 2021, toujours chez Glénat. Une histoire d’ados dans une petite ville des Vosges, qui découvrent des hommes et des animaux, étranges et monstrueux, tout ça à proximité d’une ancienne usine de minerais radioactifs…
Quelques planches de la future bande-dessinée d’Elizabeth Holleville, qui racontera une histoire d’ados confrontés à des monstres post-industriels, venus détruire leur petite ville des Vosges.
À l’origine de cette BD, il y a le mouvement pour le climat en 2018 : « Je trouvais ça fascinant, ces jeunes qui n’ont même pas le droit de vote et que les politiques méprisent, alors que leur planète et leur avenir sont menacés. »
L’actualité comme seconde source d’inspiration donc, et la crise actuelle ne manque pas de fournir de nouvelles idées à la jeune femme. De l’ambiance post-apocalyptique du confinement, aux délations entre voisins qui s’observaient de leur fenêtre au printemps, le monde d’aujourd’hui est un puits sans fond pour l’illustratrice : « Ce sont dans ces moments extrêmes que l’on apprend plein de choses sur l’humain. »
Une planche de la future bande-dessinée d’Elizabeth Holleville, à paraître en septembre 2021, chez Glénat.
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Les parlementaires ne peuvent plus briguer de mandats exécutifs locaux. Mais certains cumuls de fonctions et d’indemnités restent possibles. Nous avons inspecté la situation individuelle des 99 conseillers de l’Eurométropole de Strasbourg suite au renouvellement des élections municipales.
L’exception française du cumul des mandats exécutifs de parlementaires a pris fin en 2017. Être député-maire, maire-sénateur ou aux commandes d’une région et d’un département est désormais interdit. Mais d’autres cumuls de fonctions locales et d’indemnités restent autorisés. Avec l’arrivée des écologistes au pouvoir à Strasbourg « les nouveaux cumulards » parmi les 99 conseillers de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) sont désormais connus.
Premier constat, seuls deux adjoints de la maire Jeanne Barseghian (EELV) ont obtenu un poste de vice-président à ses côtés à l’Eurométropole de Strasbourg : il s’agit de Syamak Agha Babaei (1er adjoint) et de Suzanne Brolly (2e adjointe). Ils et elles étaient quatre dans cette situation lors du mandat précédent.
Sept autres élus strasbourgeois (Anne-Marie Jean, Alain Jund, Françoise Schaetzel, Caroline Zorn, Marie-Dominique Dreyssé, Pierre Roth et Christian Brassac) sont devenus vice-présidents de l’intercommunalité présidée par Pia Imbs. Parmi eux, six sur neuf sont à la retraite ou en disponibilité. Ce qui permet de se consacrer à plein temps à ce mandat, où les enjeux sont plus complexes à 33 communes qu’à l’échelle juste de la Ville. Comme tous les élus de la majorité, ils ont une « délégation » à la Ville (on parle de conseillers municipaux délégués) et donc des indemnités et responsabilités supplémentaires.
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Le directeur d’Amazon France a annoncé sur BFM qu’Amazon ne serait pas à Ensisheim. Les DNA précisent que la firme américaine a également abandonné son projet d’entrepôt à Dambach-la-Ville.
Est-ce la fin des projets d’Amazon en Alsace ? Selon les Dernières Nouvelles d’Alsace, la firme américaine ne souhaite plus installer d’entrepôt géant sur le territoire de la communauté de communes du Pays de Barr.
Après les propos du directeur d’Amazon France sur BFM Business mercredi matin, les DNA ont obtenu du nouveau président de la ComCom, Claude Hauller, la confirmation de l’abandon. Pour le maire de Dambach-la-Ville, la complexité du dossier administratif et les oppositions locales ont fait renoncer Amazon.
Le terrain qu’avait envisagé Amazon pour s’implanter à Dambach-la-Ville, au pied des Vosges. Photo : Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg
Amazon peut pas test l’Alsace centrale
Dambach-la-Ville se situe dans le vignoble alsacien, sa zone d’activité est à proximité de zones humides et d’espèces protégées… Pas tout à fait le meilleur endroit pour installer une plate-forme logistique : le dossier d’autorisation environnementale aurait pu prendre plus d’une année à être constitué, précisent les DNA.
En outre, l’annonce du projet d’Amazon a rapidement fédéré de nombreux opposants, chez les écologistes mais aussi des commerçants et élites économiques. Ces personnes s’opposent à la fois au principe du commerce électronique de masse et à l’irruption de milliers de camions dans l’environnement du centre Alsace.
Très déçu, Claude Hauller promet une hausse du chômage dans les DNA et veut se consoler avec trois autres pistes, plus modestes, pour occuper l’extension de la zone d’activité prévue par la communauté de communes.
À Ensisheim (Haut-Rhin), le projet dit « Eurovia 16 » est bien plus avancé. Le permis de construire pour cet entrepôt géant d’e-commerce est déjà délivré. L’étape suivante serait l’autorisation environnementale, dont le projet d’arrêté du préfet est prêt. L’exploitant est tenu secret. Si ce n’est pas Amazon comme l’assure désormais son directeur Frédéric Duval, il peut s’agir d’un concurrent. Ou d’un autre abandon.
L’association d’aide aux personnes sans-abri « Les petites roues » fait face à une baisse de ses revenus et une augmentation des besoins. Pour sortir du rouge, elle organise une tombola en ligne.
« Notre trésorerie est catastrophique, on est à moins 1 700 euros ». Sabine Carriou, la présidente de l’association d’aide aux sans-abri Les petites roues, est inquiète. Avec le reconfinement, les sources de revenus de sa structure ont disparu. Finies les soirées à la Grenze et autres lieux alternatifs, dont les bénéfices étaient reversés pour aider les plus démunis.
Pire encore : les besoins ont augmenté en parallèle. « On distribuait 30 repas par semaine il y a un an, décrit Sabine Carriou, maintenant c’est plus de 80 repas hebdomadaires… » L’association a donc décidé de lancer une tombola en ligne.
L’association Les Petites Roues organise une maraude hebdomadaire, le vendredi soir. Photo : Document remis
Petites Roues, grandes actions
L’association Les Petites Roues a commencé à aider les Sans Domicile Fixe strasbourgeois dès 2017. Aujourd’hui, ses 17 bénévoles organisent une maraude hebdomadaire, le vendredi soir. Les repas sont aussi distribués dans les hôtels comme Vendôme, place de la gare, où les personnes hébergées, dont des femmes victimes de violences conjugales, n’ont souvent pas le droit de cuisiner dans leur chambre.
Mais le travail des Petites Roues s’étale sur toute la semaine, comme l’explique Sabine Carriou : « Nous aidons aussi les sans-abri dans leurs démarches administratives, entre demande d’Aide Médicale d’Etat, de Couverture Maladie Universelle, inscription dans les écoles ou renouvellement de carte d’identité… » La présidente de l’association rappelle aussi que sa trésorerie a fondu lors du confinement :
« On a grillé nos ressources en payant des nuits d’hôtel à des personnes à la rue, pour une personne seule ou en couple, c’est entre 35 euros et 40 euros, et ça peut monter jusqu’à 80 euros pour une famille. »
La tombola, ses lots
L’achat d’un ticket de tombola se fait sur la plateforme HelloAsso pour deux euros l’unité. Les noms des gagnants seront révélés le vendredi 20 novembre à 18h30 lors d’un live Facebook sur la page de l’association. La fondation Les Petites Pierres promet de doubler les bénéfices de l’événement si ces derniers atteignent 6 000 euros.
La liste des bons à gagner :
Un repas gastronomique pour 2 personnes dans le restaurant étoilé 1741Un barbecue portatif 2 entrées Spa au centre balnéo de Ribeauvillé Un casque Bluetooth JBL Des bouteilles de champagne Un kit brassage bière B Maker Un coffret graine « mon petit coin vert » Des kits beauté Aromazone Un coffret beauté homme Occitane Un jeu de 7 familles sur la thématique impressionnisme Des paniers gourmands locaux (miel, chocolat…) Des colis de bières locales
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Amazon France assure ne pas être concernée par le projet d’entrepôt dédié au commerce électronique en projet à Ensisheim. Mais la firme américaine a bel et bien eu des contacts à Dambach-la-Ville en 2019 et 2020.
Invité de BFM TV, le directeur d’Amazon France Frédéric Duval a assuré que sa société « n’a pas de projet aujourd’hui en Alsace ». Le dirigeant a cité nommément le projet d’entrepôt à Ensisheim (Haut-Rhin), dont la réunion de validation prévue ce jeudi 5 novembre vient d’être reportée.
Le projet à Ensisheim près de Mulhouse (Haut-Rhin) n’est pas porté par Amazon directement, mais une société dédiée, appelée Eurovia. Il s’agit du seizième entrepôt de cette entreprise luxembourgeoise, fondée par un ancien cadre logistique d’Amazon. C’est elle qui construira l’installation sur-mesure et louera l’activité de stockage et de livraisons petits colis individuels commandés en ligne. Ses clients seront donc Amazon ou d’autres gros opérateurs du commerce en ligne comme la firme chinoise Alibaba. Le président de la communauté de communes et maire d’Ensisheim Michel Habig (divers droite) a assuré en juin à Rue89 Strasbourg ne pas avoir signé de clause de confidentialité.
Une exploration bien en cours dans le Bas-Rhin
Dans le Bas-Rhin, à Dambach-La-Ville, Amazon a bien eu des contacts avec l’ancien président de la communauté de communes du Pays de Barr Gilbert Scholly (LR). Suite à un premier contact, sous couvert d’anonymat, une réunion en préfecture du Bas-Rhin s’est tenue en novembre 2019. L’ancien maire de Barr a ensuite été habilité le 17 décembre par les élus des communes voisines lors d’un vote à huis clos, à poursuivre seul à seul les tractations avec Amazon, jusqu’aux élections municipales de mars 2020.
Depuis, le nom d’Amazon a fuité en début d’année 2020. Et Gilbert Scholly a confirmé dans un courrier aux opposants, suite à son départ de la communauté de communes, que son interlocuteur était bien Amazon. Depuis l’installation de la nouvelle majorité aucun signal positif ou négatif n’a été envoyé sur ce projet controversé au pied du vignoble alsacien.
Dans son interview sur BFM TV, Frédéric Duval a d’ailleurs précisé qu’Amazon menait des « campagnes exploratoires dans différentes régions ». Dans le Grand Est, il a mentionné le début des travaux à Metz où une clause de confidentialité avait été signée par le président de la métropole Jean-Luc Bohl. Il avait été autorisé à dévoiler le nom la fin de l’été 2019. À l’instar d’Ensisheim, il s’agissait d’une société foncière parisienne nommée Argan, qui construit puis louera cet entrepôt.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Les Strasbourgeois peuvent commander la livraison d’un repas sur Kooglof, une plateforme de livraison alternative à Deliveroo ou Uber Eats. Objectifs : soutenir les commerces locaux et offrir de meilleures conditions de travail aux coursiers.
Et si la livraison de repas à domicile n’avait plus le goût amer de l’exploitation des coursiers par Deliveroo ou Uber Eats ? Jeudi 5 novembre, cinq coursiers strasbourgeois lancent Kooglof, une nouvelle plateforme pour la livraison des repas à Strasbourg.
Zone de livraison de Kooglof. Photo : Document remis
La commande passe par internet ou une application. Six restaurants strasbourgeois (Bistrot Paulus, Harmonie Bowl & Juice, Le pont aux Chats, Au Coin des Pucelles, Pizz’ArÔme et Le Labo) sont les premiers disponibles. « On commence volontairement sur un format réduit parce qu’on ne sait pas encore à quelle sauce on va être mangé », explique Florian Gentelet, vice-président de l’association Kooglof. « Dans les semaines qui suivront, on ajoutera un restaurant tous les trois jours », ajoute l’ancien livreur Deliveroo.
L’équipe de livreurs strasbourgeois et indépendants des mastodontes de la livraison. Photo : Marine Stieber
Dégoût pour Deliveroo, envie d’éthique
Présidente de l’association, Marine Stieber décrit son dégoût pour Deliveroo, après deux ans passés à pédaler pour le mastodonte :
« À l’été 2019, le tarif minimum de la course est passé de 4,20 à 2,60 euros. Pendant le confinement, le nombre de livreurs a cessé d’être régulé en fonction des besoins. Je suis passée de 20 euros brut de l’heure à 10 euros de l’heure… »
Même sentiment chez Florian, livreur indépendant depuis un an :
« Je voulais sortir de ce schéma Deliveroo qui pratique le salariat déguisé, sans aucun avantage niveau assurance, protection sociale… »
L’éthique, c’est l’argument principal pour les membres de l’association Kooglof. « On ne va pas se démarquer sur des prix plus bas que Deliveroo, mais sur un service de qualité, par des livreurs qui aiment leur métier et qui sont correctement rémunérés », décrit Marine Stieber. « Notre objectif, c’est de favoriser l’économie locale, on ne vas pas livrer de grandes multinationales comme McDo par exemple », ajoute Florian Gentelet.
Un tarif dégressif et une meilleure rémunération
Kooglof pratique un prix de livraison dégressif selon la taille du panier acheté. La commande minimum est de 15 euros. L’association prend environ 4,10 euros de commission au restaurateur. Pour une commande de 35 euros, la commission est d’environ 7,20 euros. Côté client, la plateforme locale prend aussi 4 euros pour parvenir, au total, à « 9 euros gagnés par livraison, pour être payés 40 euros brut de l’heure », détaille Marine Stieber. « Selon les retours des coopératives de livraison à Bordeaux ou Grenoble, c’est le taux horaire nécessaire pour créer un modèle économique stable et rémunérer correctement les coursiers », précise Valentin, autre membre de l’association.
C’est ainsi que les livreurs, qui restent indépendants dans un premier temps, espèrent atteindre une rémunération nette d’environ 1 500 euros par mois. Mais à terme, les membres de Kooglof espèrent bien se salarier et s’octroyer d’autres avantages, comme des primes pour le matériel, des tickets restaurants, des heures supplémentaires payées et des vacances : « Les coursiers bordelais sont un peu notre modèle, ils ont huit semaines de congés payés ! »
Depuis plus d’un an, Marine et ses confrères coursiers songeaient à lancer leur propre coopérative. D’abord découragés par un investissement de près de 50 000 euros nécessaires pour construire la plateforme de commande, les livreurs se sont lancés grâce à CoopCycle, une fédération de coopératives de livraison à vélo. Cette dernière leur a proposé d’utiliser leur plateforme libre de droits à Strasbourg. Elle permet de proposer un service de livraison et de « click & collect ». « Sur la tarification et les contrats avec les restaurants, on a repris le modèle des Grenoblois de la coopérative S!cklo« , ajoute Florian Gentelet. Pour le reste, l’équipe de Kooglof était déjà équipée de vélos avant de se lancer dans l’aventure.
Prochaines étapes : une Scop et la livraison pour des commerces
Interrogés deux jours avant leur lancement, Marine et Florian préfèrent ne pas se prononcer sur le nombre idéal de livraisons quotidiennes. « On reste sur une inconnue, c’est le nombre de personnes qui vont télécharger l’application CoopCycle », admet l’ancienne livreuse Deliveroo. À court-terme, l’association espère se doter de vélo-cargos, qui permettraient de livrer les produits de commerces strasbourgeois pendant les fêtes de Noël. Florian évoque aussi un système de livraison avec consignes lancé à Montpellier.
À plus long-terme, l’association Kooglof devrait devenir une Société coopérative et participative (SCOP). Pour ce faire, la structure devra justifier de l’emploi de deux équivalents temps plein. Mais Marine est optimiste quant au succès de la démarche : « On ne s’est même pas encore lancé, qu’on reçoit déjà des tonnes de messages enthousiastes ! » L’exemple des Coursiers bordelais montre que le pari de l’éthique, du local et de l’écoresponsable paie. Alors pourquoi pas dans la capitale française du vélo ?
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Premier rendez-vous du volet « démocratie locale » tant vanté par la nouvelle municipalité : le Conseil de la participation citoyenne. Covid oblige, le rendez-vous de mercredi 4 novembre à 18h n’est qu’en ligne. Avec un ordre du jour plutôt chargé et après un début de mandat à tâtons, au point de susciter l’impatience.
« Enfin ! » a subtilement noté la précédente adjointe à la démocratie locale, Chantal Cutajar, pour se réjouir de la réactivation du Conseil de la participation citoyenne. Cette instance ouverte à tous avait été initiée sous son impulsion lors du mandat précédent. Confinement oblige, cette première édition du mandat écologiste prévue ce mercredi 4 novembre ne se déroule qu’en ligne. Seule la maire Jeanne Barseghian (EELV) et son adjointe à la démocratie locale, Carole Ziélinski, parleront. « Il sera possible de poser des questions via un tchat modéré. Les questions et propositions seront traitées pendant ou après l’événement », indique le communiqué de presse.
Améliorer la démocratie locale faisait partie des trois « urgences » du programme écologiste avec l’environnement et le social. Mais entre l’installation de la majorité et la gestion de la situation sanitaire, le dialogue avec la population version écolo n’a pas encore pu être apprécié. « Je ne vois aucune décision du début de mandat qui a été soumise à une consultation », fustige l’élu d’opposition Pierre Jakubowicz (Agir). « Sur les arbres en pot, il aurait été possible d’associer les habitants sur des places moins prestigieuses, mais qui sont vraiment des lieux de vie des quartiers. Personne ne va se rafraîchir de la canicule, place Gutenberg ou place de la gare ! », s’agace-t-il. Le coup d’envoi de cette nouvelle page de la démocratie locale est donc très attendu.
Le chantier des conseils de quartier
La principale réforme va concerner la prise de décision à l’échelle micro-locale, avec le « pôle territoire » : 20 élus-référents de quartiers, et trois adjoints pour les encadrer, ont remplacé 10 adjoints de quartier. C’est l’action phare de ce début de mandat que cite Carole Ziélinski. « Nous nous retrouvons tous les lundis matins pour faire le point sur les remontées des élus de quartiers, dédoublés pour plus de proximité ». À ses côtés, Hervé Polesi s’occupe de la « coordination », tandis que Benjamin Soulet veille à « l’équité ».
Quel sera donc le découpage (20 quartiers ou moins ?) et leur fonctionnement pour répondre aux critiques ? Interrogée mi-octobre, Carole Ziélinski répond vouloir d’abord soumettre ses propositions au Conseil de la participation citoyenne. En attendant, le découpage actuel interroge Pierre Jakubowicz. « On nous parle du besoin de mixité, mais on scinde Cronenbourg en deux et on sépare la Cité de l’Ill de la Robertsau. »
Dans les faits, il y a eu quelques moments de discussion avec les habitants. Une rencontre s’est par exemple tenue place Sainte-Aurélie, au sujet de l’insécurité aux abords de l’école. Les élus avaient été interpellés dès la campagne municipale. Depuis, « il y a effectivement plus de patrouilles de la police municipale, surtout à l’heure de sortie d’école l’après-midi », apprécie Guy D’Alex, un parent d’élève élu. C’était l’engagement de l’adjointe à la sécurité, suite à son insistance, à la fin de la réunion. En revanche, le rendez-vous suivant, prévu « avant les vacances de la Toussaint », n’a jamais eu lieu. « Nous n’avons eu aucune nouvelle, ni même pour nous dire que ce n’était pas possible tout de suite dans le contexte sanitaire, ce qu’on aurait compris », relève le parent d’élève.
En octobre 2017, le premier « sommet citoyen » avait réuni environ 300 strasbourgeois un samedi après-midi. Une époque où la distanciation sociale n’était pas nécessaire. Photo : Fabien Nouvène / Rue89 Strasbourg
Fracture numérique et premiers couacs
Les premières décisions présentées ce mercredi 4 novembre devraient donc un peu plus figer les choses. Mais quelle place sera donnée aux échanges ? Le comité d’éthique s’est auto-saisi car la retransmission « ne permet pas le débat en distanciel, ni la délibération, ni le vote ». Mais comme le déontologue n’a pas encore été renouvelé, il ne pourra pas émettre d’avis rapidement. La maire a répondu à ces citoyens impliqués qu’elle était consciente de la « fracture numérique », mais qu’elle ne voulait pas « mettre la démocratie locale sous cloche avec le reconfinement ».
Une délibération sur la démocratie locale doit être votée lors du conseil municipal du 16 novembre. Les textes devant être prêts une semaine à l’avance, il n’y aura donc que peu de temps pour amender les projets de la municipalité en fonction des échanges de la soirée. Sauf à la convaincre, par tchat écrit, de revoir et repousser.
Citoyen impliqué dans ces instances de participation depuis 2018, Pierre Schweitzer reste « indulgent » en dépit de critiques :
« On peut mettre cela sur le compte de la découverte du Pacte de la démocratie et de ses règles. Mais nous n’avons par exemple pas reçu d’ordre du jour pour cette rencontre, alors que le règlement voté – y compris par Jeanne Barseghian lors du précédent mandat –, dit qu’il doit être construit avec ses membres. Par ailleurs, le comité d’évaluation du Pacte de démocratie ne s’est pas réuni depuis la fin 2019. D’autres instances ont pu continuer comme le Conseil de développement à l’Eurométropole mais pas celle-ci, pas plus que les conseils de quartiers… Il faut être vigilant, surtout qu’il est aussi question d’amender les règles du budget participatif. »
Une démocratie locale en suspens
L’un des premiers couacs concerne un projet lauréat portant sur un skatepark. Le porteur du projet initial avait proposé trois emplacements : la place de l’Étoile, le quartier Starlette / Citadelle et le Jardin des Deux-Rives. Étrangement, la mairie a quant à elle étudié la faisabilité du projet… au Heyritz. Pour finalement décider que la dépollution des sols rendrait le projet trop cher. Exit donc, le futur skatepark du Heyritz. Mais la Ville promet de consulter les associations concernées « avant la fin de l’année », alors que le dépôt de projet « saison 2″ arrive déjà à son terme. » Au début, les idées proposaient d’aménager plusieurs petits équipements dans plusieurs quartiers, mais ils ont été regroupés pour un grand skatepark central », se souvient un participant, qui craint de voir un projet dévoyé par l’administration.
Quant aux pétitions officiellement reconnues par la Ville, elles sont suspendues depuis les élections. Grâce à des campagnes de signatures de terrain, elles ont permis des interpellations en séance sur le recrutement de personnel en école maternelle et le grignotage de la « ceinture verte » en 2019. Lors de la campagne, toutes les listes s’engageaient à employer une Atsem par classe et à préserver cette ceinture verte. Carole Ziélinski estime que l’outil a « toute sa pertinence » et va donc le soumettre à ce Conseil de la participation citoyenne.
La page « participer.strasbourg.eu » ne renvoie que vers cinq concertations « en cours » (et 15 terminées), avec des durées d’échanges et de débats citoyens parfois un peu fantaisistes : « 665 jours » par exemple, sont laissés pour discuter d’une nouvelle école « Parc Naturel Urbain » à Koenigshoffen. Aucune concertation n’apparaît dans la catégorie « nouvelle » ou « à venir ». Tous ces éléments concourent à une certaine impatience chez les citoyens soucieux d’un renouveau démocratique à Strasbourg.
Pierre Jakubowicz est de son côté davantage inquiet par les pratiques du début de mandat et sur la place de l’opposition :
« Qu’il y ait un peu de temps pour réformer les règles c’est compréhensible. Mais en attendant, rien n’est décidé dans les instances démocratiques déjà en place. Sur la 5G, la maire a pris position pour un moratoire seule et depuis, la commission consultative de la charte sur les antennes relais n’a pas été réunie. Quand il y avait des difficultés avec les forains pour le Marché de Noël, j’ai proposé de réunir la commission foire et marchés, et cela n’a pas été fait. Pour le refus du prix de la démocratie, les associations européennes étaient réunies dans « l’Agora » quelques jours avant et cela n’a pas été évoqué. J’ai l’impression que cette liste se pense représentative de la population. Or aucune ne peut l’être et il faut forcément élargir la discussion. »
Le conseiller municipal espère que les nouveaux conseils de quartiers auront « des prérogatives sur les plantations d’arbres du Plan Canopée » ou sur la Zone à faibles émissions (ZFE).
Les conférences citoyennes bientôt amorcées ?
En juillet, Jeanne Barseghian détaillait à Rue89 Strasbourg un autre projet-phare du mandat, les « conférences citoyennes ». Sur une durée limitée, elles doivent aborder avec la population, une thématique précise. La maire donnait l’exemple de la Zone à faibles émissions (ZFE), l’exclusion des voitures les plus anciennes à l’aide de la vignette Crit’air. Mais finalement, elle a annoncé en conseil municipal – lors d’un débat sur la 5G – que c’est ce thème-là qui sera celui de la première convention, puisque le gouvernement n’amorce pas la discussion sur le sujet. « L’intitulé n’est pas arrêté, mais ce sera sur les usages du numérique », précise son adjointe, soucieuse d’élargir le thème.
Pourquoi ce choix qui ne touche pas directement aux pouvoirs d’un maire ? « C’est un sujet de société tout trouvé avec des implications locales, économiques, sociales et environnementales, à l’instar de notre programme. La ZFE ou les transports, sont des compétences de l’Eurométropole et mes missions sont sur le périmètre de la Ville », botte en touche Carole Ziélinski. Le format de cette première séquence de participation sera analysé de près pour éventuellement améliorer les suivantes.
Notons qu’à l’Eurométropole, une vice-présidence à la démocratie locale a été créée et confiée à Cécile Delattre, la maire (divers droite) d’Oberhausbergen le 15 juillet. Mais aucune grande action à ce sujet n’a encore été amorcée. Le premier arrêté sur la ZFE doit en théorie être signé avant le 1er janvier 2021, si les écologistes tiennent leur engagement de campagne.
Avec le « budget citoyen » qui existe depuis 2011, les habitants de Stuttgart, en Allemagne, voient leurs projets prendre vie. L’idée de créer une vague artificielle est la plus populaire du moment. À Strasbourg, des habitants plébiscitent un skate-park, mais l’engouement est moindre.
« Le formidable résultat du dernier budget citoyen est une immense joie pour nous », s’enthousiasme l’association Neckarwelle e.V., un groupe d’habitants qui porte le projet d’une vague artificielle sur un bras du Neckar, le fleuve qui traverse Stuttgart. Pour le budget 2020-2021, c’est la proposition qui a obtenu le plus de votes (4 445 voix) sur cette plateforme ouverte à tous les habitants. Un succès qui les fait s’emballer : « Ce résultat est très clair : le plus grand souhait des habitants de Stuttgart est de mettre en place cette vague sur le fleuve ». Leur idée germe en 2015, inspirée par la vague artificielle de Munich. En 2017, le groupe profite de cet outil de participation citoyenne simplifié pour faire de son projet, une réalité : ils s’inscrivent, écrivent quelques lignes (dont leur slogan « Nous pouvons tout faire, même surfer ! »), des propositions sur le lieu et la manière de construire la vague, et expliquent à quel point ça pourrait être « amusant ».
Les commentaires d’autres citoyens enthousiastes pleuvent, et les votes des internautes hissent la proposition à la 20e place du classement des projets. Les services de la Ville de Stuttgart se penchent dessus et acceptent de financer une étude de faisabilité à hauteur de 93 000 euros en l’intégrant dans le double budget 2018-2019. L’étude alerte alors sur la qualité de l’eau, ce qui met le projet en suspens… Mais l’association de plus de 360 membres refait une proposition en 2019 et rafle la première place, devant les réfections de voirie, les aires de jeux pour enfants ou les tarifs des transports publics.
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Le texte du maire Éric Straumann prévoyait d’autoriser l’ouverture des magasins « non essentiels » ce mercredi 4 novembre.
Les commerces dits « non essentiels » ne pourront pas ouvrir à Colmar comme ailleurs. Saisi en procédure d’urgence, le tribunal administratif de Strasbourg a estimé qu’un telle autorisation était « susceptible de compromettre la cohérence, l’efficacité et la lisibilité » des mesures du gouvernement.
Par ailleurs, les députés ont confié « en priorité au Premier ministre, et plus généralement aux autorités compétentes de l’Etat, le soin de prendre […] les mesures qu’exige la lutte contre l’épidémie de Covid-19 » avec l’état d’urgence sanitaire. Ainsi, le texte est suspendu en raison du « doute sérieux » sur sa légalité.
« Comportements dangereux »
Le maire Éric Straumann (LR) avait pris un arrêté autorisant toutes les boutiques à ouvrir à partir de ce mercredi 4 novembre. Depuis l’annonce d’un « reconfinement » partiel, plusieurs dizaines de maires ont signé des arrêtés similaires partout en France, parfois avec effet immédiat. Pour contrer cette fronde, le gouvernement les attaque systématiquement devant les tribunaux administratifs, via les préfets.
Ni le préfet du Haut-Rhin – ni l’un de ses représentants – ne s’est toutefois rendu au tribunal ce mardi 3 novembre. Il a simplement indiqué dans ses observations écrites, que la liste de commerces mentionnés par Éric Straumann « méconnait » la liste du décret du gouvernement (article 37). Un arrêté qui provoque « une importante confusion » et encourage des ouvertures et déplacements « pénalement réprimés », car elles favorisent « des comportements dangereux ».
Le tribunal administratif de Strasbourg en automne. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
« Rupture d’égalité »
Éric Straumann n’a pas défendu son arrêté jusqu’au bout. Lui non plus n’est pas venu à l’audience, contrairement à celle en 2016 sur le RSA contre bénévolat quand il présidait le Conseil départemental haut-rhinois.
Son représentant en séance, un agent de la mairie de Colmar, a pointé que les dispositions du gouvernement, au contraire, « favorisent la concentration de population dans les grandes surfaces » et provoquent une « rupture d’égalité entre les commerces ». « ’Les conditions d’une concurrence déloyale entre commerces […] ne sauraient, par elles-mêmes, et en tout état de cause, justifier l’assouplissement des mesures », estime pour sa part le juge Thomas Gros.
Questionné par le juge sur les intentions futures du maire, le fonctionnaire territorial a répondu qu’Éric Straumann avait été « entendu en partie » par le gouvernement avec la fermeture de rayons « non essentiels » en grande surface. C’est d’ailleurs le sens de sa courte réaction sur Facebook où il dit que « la négociation doit se poursuivre ».
Éric Straumann a la possibilité de faire appel devant la Cour administrative d’appel de Nancy.
L’association Strasbourg Action Solidarité estime qu’il faut améliorer la prise en charge des personnes plus précaires, plus nombreuses, avec le deuxième confinement.
Lundi 2 novembre, la présidente de Strasbourg Action Solidarité, Valérie Suzan, a donné rendez-vous devant les locaux de l’association, ouverts fin 2019 à la Cité Spach. Pour cette première semaine de reconfinement, elle a préparé un court discours :
« Une fois de plus les personnes sans-abri sont les grandes oubliées. Le président demande un confinement, mais eux restent dehors. L’urgence sociale demeure à Strasbourg et dans sa métropole. »
En deux minutes, la militante associative égrène les situations difficiles : familles à la rue, personnes isolées, personnes isolées avec chiens, hôtels non-pourvus de cuisine et loin des distributions alimentaires, personnes locataires qui « n’arrivent plus à se nourrir », des travailleurs pauvres sous tente ou dans des voitures sans oublier les « étudiants pauvres, en grande difficulté à l’heure actuelle ».
« Fournir les hôtels en repas »
Valérie Suzan demande « une mise à l’abri de toutes les personnes » et de « fournir les hôtels en repas et en produits d’hygiène ». Comment ? C’est à l’État ou la Ville de Strasbourg de le trouver, mais « nous sommes prêts à participer », répond-elle. Lors d’une maraude récente, elle a été interpellée par la situation « d’un couple dans un hôtel qui n’avait rien à manger ».
Deux personnes en grande précarité et impliquées dans l’association sont à ses côtés. Nadjitam est arrivé en France du Tchad en 2014. Sa situation l’empêche toujours de travailler et de suivre une formation. « J’étais dans un foyer pour adolescents à Illkirch, puis pris en charge par le Conseil départemental. Mais à mes 21 ans on m’a dit de partir et qu’il n’y avait rien pour moi », décrit-il d’une petite voix.
« Avant le premier confinement, je travaillais en vitrerie ou sur des chantiers », sans être déclaré, raconte-t-il. « Pendant le confinement, je vivais avec ma copine, donc ça allait. Mais depuis, nous sommes séparés et il n’y a plus de travail quand j’appelle les patrons. Avec le reconfinement, il n’y a plus rien à faire et les gens sont enfermés ». Il s’implique à Strasbourg Action solidarité en recherchant des invendus et en préparant les maraudes du mardi et du jeudi.
Le soir, Nadjitam dort dans une voiture à Lingolsheim. « Mon obligation de quitter le territoire a été cassée en appel à Nancy. Mais les services d’aide m’ont dit d’attendre un an avant de refaire une demande de titre de séjour. C’est long et en étant séparé de ma copine, je ne sais pas si elle sera acceptée ». Il craint que l’étau se ressert autour des immigrés dans le contexte des attentats. « Même moi à la place des Français je serais d’accord avec Marine Le Pen en voyant ce qui se passe », lâche-t-il fataliste.
Au centre, la présidente de l’association Strasbourg Action Solidarité. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Réouverture de l’espace Joséphine Baker, pour un autre public
À ses côtés, Steve Le Faou, est un sans-abri strasbourgeois. Impliqué dans l‘association Lianes, qui aide les propriétaires d’animaux en grande difficulté et requérant contre l’arrêté anti-mendicité en 2019, il dort sous tente « dans un endroit tranquille » du quartier des XV. Comme point positif, il cite la réouverture de l’espace Joséphine Baker à Cronenbourg après le premier confinement. Près d’Ikea, 14 caravanes sont occupées et 27 chiens vivent sur place, mais « il y a une file d’attente », relève-t-il. Ce lieu d’accueil de gens du voyage avait fonctionné de la fin 2017 au 31 janvier 2020. Avec les confinements et l’ouverture de plusieurs endroits, comme le Refuge des oublié.s au Port autonome, « c’est dur d’avoir les chiffres des besoins à jour », estime-t-il.
La douceur record pour un mois de novembre, près de 20 °C en fin de matinée, le pousse à un digression sur la météo. « Pour les gens à la rue, il est plus facile de dormir sous tente en hiver qu’en été. Depuis 2012, il n’y a plus d’hiver très froid en Alsace ». Néanmoins, il se demande s’il y aura tout de même un plan hivernal… Ce dernier aurait dû débuter le 1er novembre, puisque les places du plan 2019/2020 n’ont pas été fermées avec le premier confinement.
C’est terminé pour Odylus, cette expérience où des familles réfugiées, des personnes en situation de précarité et des artistes ont cohabité le temps de la transformation de l’ancienne clinique Sainte-Odile en logements.
L’accompagnement social d’environ 80 personnes a été confié à l’association L’Étage tandis qu’un accompagnement culturel et artistique a été mené par l’association Horizome. Grâce à cette expérience inédite, des artistes en résidence ont cohabité avec des familles réfugiées et des personnes qui étaient sans-abri, dans une sorte d’expérience de mixité sociale, un peu comme les Grands Voisins à Paris.
Cette cohabitation s’est officiellement terminée vendredi 30 octobre. Tous les résidents ont pu être relogés par l’État, dans le cadre de l’hébergement des demandeurs d’asile, mais très souvent dans des hôtels.
Vendredi 23 octobre, certains habitants d’Odylus ont été les derniers à quitter les bâtiments Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
« Il nous a manqué un échelon »
Référent pour Horizome, Thomas Nussbaumer sort épuisé de cette expérience :
« Il nous a manqué un échelon intermédiaire entre L’Étage et nous. Les structures et les modes opératoires sont vraiment différents. Ça a conduit à des difficultés ou à des incohérences par exemple sur les cours de français qui étaient des passerelles avec les résidents utiles aux deux structures. »
Les activités partagées ont permis de désamorcer des conflits, selon Horizome Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Mais une cohabitation entre les artistes, architectes et urbanistes rêveurs d’Horizome et une association engagée sur le front de la misère sociale comme L’Étage pouvait-elle se dérouler autrement ? Thomas Nussbaumer le reconnaît :
« Pour les horaires d’ouverture des locaux partagés, nous avions des différences de principes. Nous étions pour les garder ouverts, L’Étage préférait qu’ils soient fermés, pour éviter des problèmes de squat. On a finalement trouvé un accord mais on partait de positions opposées… Il y a eu beaucoup d’allers-retours de ce type et c’était un peu usant. »
L’accès aux espaces partagés a été l’objet de négociations incessantes Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Du côté de L’Étage, Brice Mendes, directeur des services, se servira de l’expérience Odylus pour d’autres « projets intercalaires » :
« On n’a pas encore tiré tous les enseignements d’Odylus mais il est clair que ces 18 mois nous ont permis d’apprendre beaucoup sur la manière dont on peut déployer des projets temporaires de ce type. On n’a peut-être souvent péché par excès d’optimisme, compte-tenu des moyens dont nous disposions. »
Autant du côté d’Horizome que de L’Étage, on se déclare partant pour d’autres projets d’occupations temporaires, mais avec plus de moyens humains pour organiser des temps de rencontres plus fréquents entre artistes et résidents. L’accompagnement d’Horizome a coûté 40 000€, la moitié a servi à rémunérer les artistes, ce qui fait dire à Thomas Nussbaumer que leurs quatre postes ont inclus « une grosse partie de bénévolat. » L’accompagnement de L’Étage a coûté environ 200 000€. Ces frais ont été pris en charge par l’État et la Ville de Strasbourg.
Selon Thomas Nussbaumer, l’accompagnement artistique dans la résidence a permis de pacifier les relations parmi la quinzaine de nationalités présentes. Ces moments ont contribué à faire ressortir et traiter des difficultés qui auraient provoqué des conflits sans ces échanges. Les enfants ont aussi bénéficié de la pratique artistique, en participant aux activités proposées par les artistes en résidence. De nombreux rendez-vous ont été organisés, parfois ouverts sur l’extérieur comme la Fête des voisins.