Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Au Port, l’écologie industrielle peine à passer au niveau… industriel

Au Port, l’écologie industrielle peine à passer au niveau… industriel

Échanges de matières, mutualisation d’achats et de prestations : il y a cinq ans, le Port de Strasbourg (PAS) lançait une réflexion pour développer les synergies entre les industries présentes sur ses emprises. La démarche a pris, mais les projets les plus innovants peinent encore à se concrétiser.

Le projet emblématique de production de spiruline développé par la société Algae natural food, en utilisant le CO2, les eaux de germination et la chaleur fatale (non utilisée) produits par la malterie Cargill, peine ainsi à passer au stade industriel. La demande est pourtant là, issue des secteurs de la cosmétique, de l’alimentation humaine et animale, pour ces micro-algues certifiées bio et produites localement, à forte teneur en protéines.
Depuis l’annonce, en 2015, de son partenariat avec l’enseigne américaine, tissé grâce à la démarche d’économie circulaire lancée par le PAS, la start-up multiplie les projets. En France et à l’étranger, elle s’active pour utiliser la chaleur fatale d’une usine d’incinération, produire une micro-algue dans de l’eau de choucroute bio ou encore développer une production en aquaponie à Lutzelbourg, dans la vallée des éclusiers, en utilisant l’ancien canal de la Marne-au-Rhin. Mais elle a du mal à trouver les fonds et les compétences qui lui permettrait de concrétiser ces dossiers.

Le procédé de culture d'algues développé par Algae natural food attend de pouvoir être mis en oeuvre à grande échelle (Photo Algae natural food)
Le procédé de culture d’algues développé par Algae natural food attend de pouvoir être mis en oeuvre à grande échelle (Photo Algae natural food)

Spiruline : de la qualité, mais pas encore de volume

Sur le site de la malterie, au port du Rhin, seule une petite serre est pour l’instant visible. Elle abrite un photobioréacteur, qui permet d’accélérer la production des algues vertes. Prévu au départ en mars 2018, le démarrage des installations industrielles ne devrait finalement intervenir que cette année. Faute de financement, leur achèvement a été reporté au printemps 2019, pour peaufiner les derniers réglages de l’outil et démarrer la culture de l’algue à une période propice en termes de luminosité. Dans un premier temps, cinq bassins de culture fermés permettront la production de 60 tonnes de spiruline par an. Le projet porte à terme sur l’exploitation de 18 bassins.
Francis Kurz, co-fondateur de la société, reconnaît qu’il a été très difficile de passer des essais à la phase industrielle :

« Il ne s’agit pas d’une question de taille, ni de moyens financiers. Mais les compétences dont nous avons besoin ne sont pas les mêmes entre un développement en laboratoire et une production à grande échelle. 50% de l’équipe a dû être changée pour des profils plus expérimentés. Et comme en Europe, la production industrielle de spiruline n’en est qu’à ses balbutiements, ils ont dû être trouvés dans d’autres secteurs. »

Les installations actuelles d’Algae natural food, à côté de la malterie Cargill, au port du Rhin (Photo Algae natural food)
Les installations actuelles d’Algae natural food, à côté de la malterie Cargill, au port du Rhin (Photo Algae natural food)

Une levée de fonds de 750 000 euros a été réalisée en mai 2018, vite absorbée par les frais liés aux changements de personnel. Une nouvelle levée de 10 millions d’euros.

Gazéifier du bois : plus compliqué qu’il n’y paraît

L’autre innovation développée dans le cadre de la démarche écologie industrielle du port de Strasbourg vise à transformer le bois… en gaz. Une idée lancée par le fabricant de produits d’étanchéité Soprema. Il cherchait une solution locale pour alimenter la chaudière chauffant le bitume incorporé dans ses membranes. Or, contrairement aux plaquettes forestières qu’il comptait utiliser au départ, les déchets de bois produits par les industriels voisins, en particulier les palettes endommagées, n’ont pas besoin d’être séchés pour être gazéifiés. Soprema éviterait ainsi une dépense de 200 000 euros, en plus des gains permis par la proximité de la ressource livrée, évalués à 75 000 euros par an.
Mais là encore, les premiers résultats sont loin de ceux espérés. Sur une année, seules 500 tonnes de biomasse ont été gazéifiées, représentant 20% de la consommation de la chaudière. Cet approvisionnement ultra-locale est encore loin des 4 000 tonnes espérées à terme, comme l’explique Olivier Weymann, directeur stratégie et performance environnementale de Soprema :

« Ce n’était pas simple à mettre en route, on manquait d’expérience sur le sujet. Un travail doit encore être fait sur la qualité de la biomasse, par exemple. Celle employée aujourd’hui contient trop de poussière. La société qui collecte et trie ces déchets de bois doit elle-même trouver la technique lui permettant de se rapprocher de notre cahier des charges. »

Olivier Weymann, directeur stratégie et performance environnementale de Soprema
Olivier Weymann est responsable de la politique environnementale de Soprema (photo NS / Rue89 Strasbourg / cc)

À terme, Soprema souhaite également utiliser du bois agglomérés issus de la production de meubles. Ces rebuts sont disponibles en grande quantité en Alsace. Les fabricants de panneaux en recyclent une partie, mais ne peuvent pas utiliser toute cette ressource, qui fini en centre d’enfouissement. Olivier Weymann précise :

« L’idée est de traiter ce que la filière n’utilise pas. Mais nous n’avons pas encore obtenu d’autorisation pour développer cette utilisation à grande échelle. Il y a un vide juridique, ces matériaux n’ont pas encore de classification réglementaire bien définie. »

Les palettes usagées peuvent avoir une seconde vie et être gazéifiées
Les palettes usagées peuvent avoir une seconde vie et être gazéifiées (Photo BPA Bennes)

3 500 tonnes de CO2 évitées… et 400 000€

Au total, sur les 24 synergies identifiées dans le cadre du programme d’écologie industrielle du port du Rhin, près de la moitié a été ou est en cours de mise en œuvre. Cela va de la collecte des vieux cartons pour le compte de Blue Paper à la réparation de palettes, en passant par la négociation commune de contrats de fourniture d’électricité, l’ouverture d’une station de lavage de camion recyclant la majorité de l’eau utilisée, l’organisation de formations inter-entreprises ou le prêt d’engins. Avec à la clé, près de 400 000 euros d’économies par an réparties entre les 24 entreprises participantes. C’est aussi 3 500 tonnes de rejets de CO2 évités.

Un bilan que défend Olivier Weymann :

« Il doit y avoir un avantage environnemental. Ce principe est ancré dans les décisions, c’est le lien entre les différents membres de la démarche ».

Acteur initial de celle-ci, il revient sur les premières réunions de travail, regroupant les responsables d’une dizaine d’industries de la zone portuaire :

« Ce qui nous a tous surpris, c’est que l’on ne se connaissait pas, alors qu’on était voisins. La démarche d’écologie industrielle a permis de créer des liens sur des valeurs communes, qui simplifient les discussions entre sociétés. Elle facilite aussi la communication sur la question de la transition écologique, parce qu’elle apporte quelque chose de positif face aux discours anxiogènes sur le changement climatique. »

Un passage de relai est nécessaire

De nouvelles idées ont ainsi émergé au fur et à mesure des discussions, comme celle de mutualiser des équipements sportifs. Le responsable de Soprema précise :

« Plusieurs entreprises poursuivent une démarche de sport en entreprise. Dans ce cadre il s’est bien vite avéré qu’il pouvait être intéressant de partager les mêmes équipements. L’initiative a également permis de parler mobilité, avec un enjeu de limitation des déplacements individuels. »

Depuis 2017, la démarche d’écologie industrielle est portée par la communauté portuaire, rassemblée au sein du Groupement des usagers des ports (GUP) de Strasbourg. Son animation, réalisée par l’association Idée Alsace, est cependant financée à 60 % sur fonds publics. Une part que l’autorité portuaire souhaiterait voir diminuer au profit de celle des entreprises. Comme il n’est pas prévu d’augmenter les cotisations, les entreprises partenaires vont ainsi devoir faire des émules.

#écologie industrielle#Francis Kurz

Qui viendra sauver le Conseil de l’Europe de la crise budgétaire ?

Qui viendra sauver le Conseil de l’Europe de la crise budgétaire ?

Cette semaine, Rue89 Strasbourg revenait sur les difficultés budgétaires du Conseil de l’Europe, liées au non-versement de la contribution de la Russie. Son secrétaire général a appelé les États à la remplacer. Mais dans la foulée, la Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil a fait part de son inquiétude au sujet des violences policières qui ont eu lieu en marge des manifestations des Gilets jaunes en France…

 

Dessin Emmanuel Macron Consei de l'Europe
Dessin de Piet

 

Des Crocodiles plus sombres et plus rock mardi à la Laiterie, parce que la fin est proche

Des Crocodiles plus sombres et plus rock mardi à la Laiterie, parce que la fin est proche

Le groupe américain Crocodiles s’apprête à faire rugir les guitares à La Laiterie Club mardi soir. L’occasion de découvrir leur nouvel album Love Is Here (The End Is Near), sorti cette semaine.

S’ils ont eu pendant très longtemps un groupe homonyme alsacien, c’est bien du groupe américain Crocodiles dont on parle aujourd’hui. Historiquement duo formé par Charlie Rowell et Brandon Welchez, les Californiens ont été rejoints par Carla Sariñana et Carlos Icaza pour sortir un septième album nommé Love Is Here (The End Is Near) (L’amour est là (La fin est proche)), 10 ans après leur tout premier album, Summer Of Hate. Entre cet été-là et la fin qui approche, le groupe a parcouru un peu de chemin.

De la Californie à la France

Géographiquement surtout. Formation à San Diego, premières tournées en Californie, colocation à New York, puis vie à Paris pour l’un (Charlie) et à Mexico pour l’autre (Brandon). Les ambiances, les distances, et surtout les nombreux problèmes personnels rencontrés, n’ont jamais empêché les amis de composer ensemble tout au long de cette dernière décennie, jusqu’à venir signer leur dernier disque sur un label strasbourgeois (Deaf Rock Records).

Mais musicalement, le chemin lui n’a pas été si long. Dès les débuts, Crocodiles célèbre ses influences, avec une esthétique et des guitares inspirées des cultissimes Sonic Youth ou The Jesus And Mary Chain. Un rock garage au début, qui vire au psyché par la suite, et qui a fini par lorgner sur la pop un peu dissonante à coup de synthés planants dans Dreamless, sorti en 2016… Avec Love Is Here (The End Is Near), on en revient aux racines rock et on retrouve le mix garage/psyché que Crocodiles a toujours affectionné.

Album sombre pour situation désespérée

Pourquoi ce retour à l’électrique un peu nerveux ? À cause d’un cocktail rupture amoureuse / climat mondial qui a donné envie au duo de coucher sur le papier leurs états d’âme. Entre l’élection de Trump et la montée des extrêmes droites un peu partout dans le monde, les deux compères, qui se sont rencontrés dans des manifs anti-nazis, n’ont pas eu d’autre choix que d’écrire un disque plus sombre et moins planant, en résonance avec leur désespoir amoureux. Pessimisme vous pensez ? Non. Il n’y a qu’à regarder le titre. L’amour est là. Et tant pis si la fin est proche. Pourvu qu’elle n’arrive pas avant mardi soir.

Tomi Ungerer a rejoint Jean de la Lune

Tomi Ungerer a rejoint Jean de la Lune

Tomi Ungerer est mort dans la nuit de vendredi 8 à samedi 9 février. L’artiste strasbourgeois a éclairé les identités alsaciennes avec ses dessins et son esprit anticonformiste depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

L’auteur et illustrateur strasbourgeois Tomi Ungerer est décédé dans la nuit de vendredi à samedi, à Cork, en Irlande ont annoncé les DNA samedi. Il a été retrouvé au matin dans son lit, au domicile de sa fille Aria. Âgé de 87 ans, Tomi Ungerer était une conscience de l’Alsace et de Strasbourg, un esprit fin et anticonformiste, forgé par les alternances de la région entre la France et l’Allemagne.

Tomi Ungerer a Strasbourg en 2012 (Photo Pascal Bastien / Divergence)
Tomi Ungerer a Strasbourg en 2012 Photo : Pascal Bastien / Divergence

Tous les enfants alsaciens connaissent les histoires de Jean de la Lune, des Trois brigands ou de Guillaume l’apprenti sorcier… Ses histoires ont bercé des générations d’Alsaciens, qui se sont tous reconnus dans l’expression de Tomi Ungerer, à la fois tendre et impertinente. Pétri par la double culture alsacienne, Tomi Ungerer a été un trait d’union jovial et critique entre la France et l’Allemagne, ce qui l’a rendu si indispensable.

Né à Strasbourg en 1931, Tomi Ungerer a souvent évoqué son enfance sous l’endoctrinement nazi, qui la profondément marqué. Il expliquait que pendant l’occupation il était français à la maison, alsacien dans la rue et allemand à l’école…. « J’en fais des cauchemars toutes les nuits, » indiquait-il dans un film « la guerre des enfants » (voir ci-dessous).

Bande annonce de La guerre des enfants (vidéo CPD Films / Youtube)

L’artiste a construit sa carrière aux États-Unis dès 1956 où son succès d’affichiste a été immédiat puis il s’est installé définitivement en Irlande, pays d’où est originaire sa femme, en 1975. Mais il a maintes fois utilisé les paysages de Strasbourg et de l’Alsace dans ses œuvres. En 2007, la Ville de Strasbourg lui a dédié son musée de l’illustration, qui accueille une impressionnante collection de 11 000 dessins originaux de l’artiste et 6 500 jouets et jeux issus de sa collection.

Nombreuses réactions

À l’annonce du décès de l’artiste, nombre de personnalités alsaciennes ont exprimé leur vive émotion. Le maire de Strasbourg, Roland Ries, revient sur le lien qui unissait l’article à sa ville d’origine :

« Les liens entre l’artiste et la Ville de Strasbourg ont toujours été d’une grande qualité et d’une grande fidélité. Pour preuve le don de sa collection de jouets à la ville de Strasbourg et l’ouverture du centre de l’illustration portant son nom. Tomi Ungerer avait ce talent de séduire petits et grands, incrédules comme avertis. Dans le monde entier son regard à la fois enfantin et acide est plébiscité. J’ai d’ailleurs toujours été frappé par la manière dont Tomi s’autorisait à être systématiquement là où on ne l’attendait pas. Volontiers primesautier, il s’est toujours senti libre dans son expression, orale comme artistique. C’est selon moi une vraie force. Au nom de tous les strasbourgeois, je tiens enfin à le remercier, sincèrement, pour son œuvre immense et pour tout ce qu’il a apporté à notre ville. »

Robert Herrmann, président de l’Eurométropole se rappelle :

« Tomi était parmi nous, il y a quelques semaines encore, à Strasbourg, pour partager avec nous des instants privilégiés, aux côtés de jeunes élèves entièrement gagnés à sa présence joyeuse, à ses histoires facétieuses. Enfant parmi les enfants. C’est d’abord à cette immense joie de vivre, à cette générosité unique et à ce talent hors pair qu’il faut penser, en souvenir d’un artiste si cher et ami, reconnu et apprécié sur les cinq continents. Les trois brigands nous le dérobent aujourd’hui et il s’en va rejoindre Jean de la Lune. Et cette fois, Tomi réussit à nous faire pleurer. »

Alain Fontanel, adjoint au maire de Strasbourg en charge de la culture, indique :

« C’était non seulement un énorme artiste, adoré des enfants comme des adultes, mais c’était aussi un homme qui incarnait la complexité de l’Alsace, sa double culture. On l’imaginait éternel, et voilà qu’il nous quitte. Brigand jusqu’au bout, il est parti rejoindre Jean de la lune sans prévenir. »

Président du Conseil départemental du Bas-Rhin, Frédéric Bierry a loué son engagement pour l’Alsace et l’Europe :

« Lui qui a tant fait pour la culture, pour la jeunesse, pour l’Europe, pour Strasbourg et l’Alsace, laisse un grand vide. Au-delà de son œuvre qu’il nous appartient désormais de transmettre aux générations futures, nous continuerons à nous inspirer de sa créativité et de son esprit libertaire face aux inégalités et aux injustices. »

Président du Conseil régional du Grand Est, Jean Rottner loue l’audace de l’illustrateur :

« Tomi Ungerer est, d’abord, le nom d’une audace fabuleuse. Celle d’un jeune homme qui, à vingt-six ans, débarque à New York, une poignée de dollars en poche et conquiert l’Amérique avec son seul talent. Dans Life et le New York Times, il renouvelle en profondeur l’illustration et le dessin de presse. Certaines de ses œuvres, comme White Power, Black Power, sont entrées depuis longtemps dans l’histoire de l’art. Si Tomi Ungerer avait une force sans égale pour dénoncer les injustices et les désordres de notre temps, il savait comme nul autre regarder le monde avec des yeux d’enfant et une tendresse extraordinaire. Jean de la Lune ne sera plus jamais seul. Tomi le rejoint au firmament. »

C’est avec un profond respect que je m’incline devant la mémoire de cet artiste hors du commun, qui fut tout à la fois un grand Alsacien, un militant de l’Europe unie, un citoyen du monde. »

Sénatrice et ancienne maire de Strasbourg, Fabienne Keller est sous le choc :

« Son oeuvre était si présente dans notre quotidien depuis des générations que nous le croyions immortel. Strasbourg, l’Alsace, la France perdent avec lui un grand Ambassadeur, un artiste célèbre dans le monde entier, mais aussi et surtout un ami, un frère, un fils. La silhouette de la Cathédrale aura une signification particulière dans nos cœurs aujourd’hui. »

GCO : recours en référé contre le nouveau permis d’aménager du viaduc de Kolbsheim

GCO : recours en référé contre le nouveau permis d’aménager du viaduc de Kolbsheim

Le tribunal administratif de Strasbourg a étudié jeudi 7 février la légalité du permis d’aménager le viaduc prévu à Kolbsheim, un élément clé du chantier du Grand contournement ouest (GCO, voir tous nos articles sur cette autoroute payante de 24 kilomètres) de Strasbourg. Le rapporteur public, dont le . . .

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Sept éditions plus tard, Strasbourg mon amour exclut toujours autant les gays

Sept éditions plus tard, Strasbourg mon amour exclut toujours autant les gays

Pour sa 7e édition, la grand messe de célébration de l’amour à Strasbourg revient avec ses clichés romantiques classiques, sans laisser de place à une quelconque diversité échappant à la norme du couple formé par un homme et une femme. On a épluché le programme avec Sandra Boehringer, historienne à l’Université de Strasbourg et spécialiste des questions de genre et de sexualité.

« Chaque participant recevra un badge numéroté – rose pour les filles, bleu pour les garçons ». C’est la description du « Speed dating sur patins » de la patinoire de l’Iceberg, organisé dans le cadre de « Strasbourg mon amour » le soir de la Saint-Valentin. Ouf, les célibataires hétérosexuels (et à l’aise dans les normes de genre) savent où aller ce jour-là. Et les autres ? Strasbourg mon amour, événement monté par les hôteliers et soutenu par l’office du tourisme et la Ville, c’est 10 jours de soirées, de concerts et d’activités commerciales ou culturelles autour de l’amoouuuuur. Tous les hôtels et les musées s’y mettent, mais aussi les bars et les cinémas : le prétexte du romantisme est parfait pour faire « boire des philtres d’amour » aux Hospices de Strasbourg, ouvrir les piscines la nuit pour des « baignades nocturnes enchantées », faire des séances photo dans les hôtels ou revisiter le Musée Vaudou « en duo les yeux fermés ». Sans compter les quelques dîners romantiques au Château du Pourtalès ou à la Brasserie du Tigre dans une ambiance « élégante et feutrée ». Plein de bonnes idées… jusqu’à ce qu’on s’imagine y aller et sentir qu’on y aurait pas forcément notre place.

« Homos » et « diversité », le jeu des invisibles

En cherchant un peu (beaucoup), on trouve un événement explicitement adressé aux personnes lesbiennes, gays ou bisexuelles (pas dans son titre, mais dans sa description) : pour la toute première fois, le collectif Festigays organise la soirée Wannabe my lover au Studio Saglio le samedi 9 février. On la trouve sur le site du festival, mais pas sur le programme en pdf disponible sur le site de la Ville de Strasbourg. Pour s’amuser, on a fait testé l’outil de recherche du site de Strasbourg Mon Amour avec « LGBT », « amoureuses », « homo », « queer »… La barre de recherche nous oppose un rouge désespérant. Le mot « diversité » apparaît deux fois et nous apprend l’existence, tout de même, d’un show burlesque évoquant un « freak show » et des drag-queens, pour des « numéros engagés » (spectacle qui relève en fait d’un festival « complice », le Strasbourg Burlesque Festival). Seule l’exposition du Musée d’art moderne, « I Want to break free » opportunément récupérée par le festival, évoque l’artiste queer Freddie Mercury mais la description évoque pudiquement « une œuvre au contenu politique éminemment ancrée dans la société d’aujourd’hui. »
Le "Café des amours" vient d'être installé place Kléber. Il invite les amoureux au masculin neutre à "venir faire la fête dans un cadre magique". (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Le « Café des amours » vient d’être installé place Kléber. Il invite les amoureux au masculin neutre à « venir faire la fête dans un cadre magique »… (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

« Les amoureux », le choix des mots

Le reste du programme reste marqué par un hétérosexisme omniprésent, et surtout dans le langage, un marqueur essentiel de représentation, comme l’analyse Sandra Boehringer, historienne, agrégée de lettres, qui travaille sur les questions de genre et de sexualité :
« Pour commencer, on relève le choix grammatical du masculin neutre avec la formule « les amoureux ». Je ne dis pas qu’il faut forcément recourir à l’écriture inclusive, mais il s’agirait simplement de dire, par exemple, les amoureux et les amoureuses. Les études sociologiques l’ont montré : le non-dit profite à la norme majoritaire, le silence sur les autres formes de relations amoureuses peut être vécu par certains ou certaines comme psychologiquement violent. »
Beaucoup de descriptions du programme tentent de neutraliser au maximum, avec des termes comme « votre moitié », ou « soirée à deux ». L’hôtel Graffalgar propose par exemple de « venir en couple », se faire tirer le portrait. Mais Sandra Boehringer insiste sur la nécessité d’un discours explicitement inclusif, faute de quoi tout le monde ne se sent pas légitime à prendre part aux activités :
« Le sentiment d’illégitimité ne peut se dépasser que lorsqu’il y a quelque chose d’énoncé, que s’il est dit que tout le monde est accueilli. C’est très important. L’implicite, le neutre, ne suffit pas lorsque des personnes ont vécu des parcours d’invisibilisation dans leur adolescence. Et quand une activité est illustrée par un seul exemple, un couple hétéro, tout ce neutre est absorbé par l’exemple qui donne la norme. »

Des talons, des maquillages et des bijoux pour plaire au « Prince »

Un manque de représentativité qui se retrouve dans les visuels et l’esthétique de l’événement. Le couple de l’affiche est beau, jeune et hétérosexuel, et satisfait les normes de genre (robe et chaussures à talons pour la jeune femme notamment). La vidéo de présentation fait un effort sur la diversité des couleurs de peau et des âges, mais pas sur les orientations sexuelles, alors qu’il aurait été « si simple de faire entrer dans la danse deux femmes et deux hommes, également ! » remarque Sandra Boehringer.
...mais dans les règles, nous disent le jeune homme au mocassin et la jeune femme aux talons hauts (Capture d'écran du programme de Strasbourg mon amour)
…mais dans les règles, nous disent le jeune homme aux mocassins et la jeune femme aux talons hauts (Capture d’écran du programme de Strasbourg mon amour)
Elle trouve dommage que les quelques photos du programme ne laissent pas entrevoir la possibilité de venir par exemple danser au « Café des amours » en couple d’hommes ou de femmes. Cela peut se faire, certes, mais alors, pour beaucoup, il faut prendre son courage à deux mains :
« De façon générale, il y a une esthétique qui renvoie à un type de public : les trentenaires-quarantenaires, hétérosexuels, minces et blancs. Il n’y a jamais, par la personne qui porte l’énonciation, les organisateurs, la Ville, etc., un discours qui assumerait qu’il y ait des histoires d’amour multiples, alors même que tout le monde sait que les couples et les familles sont variées, dans la France du XXIe siècle. »
Elle pointe les choix des événements, qui relaient une vision des hommes et des femmes conformes aux stéréotypes de genre : entre la dégustation « Un prince pour toutes les princesses », le « wine dating pour mettre en relation des hommes et les femmes autour d’un atelier d’œnologie » et les activités au magasin Le Printemps, il vaut mieux être une fille qui aime la mode, et un garçon qui aime les filles… au pluriel. Le grand magasin propose pendant toute une quinzaine « des ateliers mode pour trouver des idées cadeaux pour la Saint-Valentin, une découverte de l’univers privé de la joaillerie autour d’un petit déjeuner, des conseils et leçons de maquillage, et des cours de danse de Bachata. » L’hôtel Mercure propose aussi ses shootings photo, « en solo, pour exalter votre féminité, ou en duo, pour magnifier votre amour. » Batorama, dans son activité « La Croisière s’amuse », propose bien de « choisir son bord », mais en parlant du côté passager ou équipage. Quelle occasion manquée.

Vous reprendrez bien un peu de 50 Nuances de Grey ?

Sandra Boehringer remarque avec humour l’utilisation massive du masculin neutre, à l’exception de ces quelques événements qui ne s’adressent qu’aux femmes, car portant sur le maquillage et la mode :
« Un programme écrit au masculin qui propose un moment « d’exalter sa féminité », c’est presque queer ! Mais non, c’est qu’évidemment, dans ce contexte, seules les filles doivent exalter leur féminité. Et ça veut dire quoi en fait ? Ici,il  n’y a rien qui ouvre vers un monde plus ouvert, qui non seulement ferait en sorte que tout le monde serait inclus mais aussi qui informe les lectrices et les lecteurs de la multiplicité de formes de l’amour. Les normes de genre, telles qu’elle apparaissent dans ce visuel, sont très traditionnelles : on ne montre aussi que des femmes habillées comme ce que devrait être une femme, et on ne semble pas comprendre que des hommes aussi puisse être féministes. »
Côté films, comment faire plus mainstream et stéréotypé que le marathon de la trilogie des 50 Nuances de Grey, ou plus facile que le blockbuster La La Land (tous deux diffusé au cinéma Vox pendant la quinzaine) ? Sandra Boehringer regrette à nouveau ces choix, alors qu’il « aurait été tellement simple de montrer la diversité des couples par une sélection plus variée. » Elle relève aussi la frilosité du programme, à l’image de cette description d’un concert à la Chapelle Rhénane : « un programme intense qui déploie l’universalité du sentiment amoureux dans une vision à la fois féministe et féminine ». » On a l’impression que lorsque le mot féministe est prononcé, il faut tout de suite rassurer le public avec le terme de féminité », ajoute la chercheuse.
L'omniprésence de ce type de visuel donne une norme implicite qui marque les personnes se sentant déjà invisibilisées, indique Sandra Boehringer (Photo patrice_muc8/Flickr/cc)
L’omniprésence de ce type de visuel et le silence sur les autres formes de relations amoureuses peut être vécu par certaines et certains comme psychologiquement violent, indique Sandra Boehringer (Photo patrice_muc8 / Flickr / cc)

L’Antiquité omniprésente et 100% hétéro, il fallait le faire

Alors que de nombreuses activités empruntent un imaginaire à l’Antiquité (les expositions Cupidon Métamorphose ou Eros X Agapé, des événements évoquant Bacchus ou Hélène de Troie), l’historienne regrette que cette référence soit amputée de sa diversité des relations amoureuses et sexuelles :
« L’Antiquité, c’est le réservoir des amours de tous ordres ! C’est un sujet qui permet de sortir des classifications, qui intervient avant les dénominations de « normal » et « pas normal » du XIXe siècle. Quand on lit Ovide ou d’autres écrits grecs ou latins, on ne sait souvent pas quel est le sexe de la personne aimée. Le festival veut évoquer cette période, eh bien l’Antiquité, c’est aussi Zeus qui enlève Ganymède par amour, les tourments amoureux de la belle Iphis pour son amie Ianthé, les étreintes d’Artémis et de la jeune Kallistô, ou encore Apollon et le bel Hyacinthe. Qu’on ne vienne plus dire qu’il est difficile de donner à voir d’autres représentations parce qu’on manque de références : elles existent, et à toutes les époques ».
Strasbourg mon amour mise sur un romantisme très classique pour attirer les touristes (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Strasbourg mon amour mise sur un romantisme très classique pour attirer les touristes (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Un programme écrit par les hommes ?

Ce sont toutes les activités culturelles qui sont marquées par une norme hétérosexuelle traditionnelle, que ce soit dans les visites guidées autour des couples célèbres (Goethe et Frédéric Brion, Victor Hugo et Juliette Drouet…) ou la visite commentée de l’Aubette, comme le soulève Sandra Boehringer :
« Cela commence par « Hans Jean Arp rencontre Sophie Taeuber en 1915 ». Pourquoi ce ne serait pas « Sophie Taeuber rencontre Jean Arp », ou « Tous deux se rencontrent » ? Cette formulation révèle que le point de vue n’est pas neutre et qu’ici il est plus facile de se projeter dans ces énoncés lorsqu’on est un homme. »
L’historienne revient souvent sur l’importance du point de vue, de l’autorité de celui qui énonce, et de la nécessité de se remettre en question. Un point de vue qui est souvent « celui de l’homme blanc cinquantenaire » :
« Si on ne change pas les discours, on ne risque pas de changer les choses. On peut faire certes du marketing mais si tout cela est soutenu par la municipalité, c’est le moment aussi d’appliquer une politique publique de lutte contre les discriminations et de favoriser un monde mixte, varié, ouvert et joyeux. »

« Réinventer la fête des amoureux », vraiment ?

Sandra Boehringer déplore que l’événement soit si peu adapté à ses contemporains, à la jeunesse d’aujourd’hui, si diverse et attachée à des valeurs et des lieux plus alternatifs :
« À la lecture de ce texte, toute personne qui ne vit pas dans la norme traditionnelle d’une forme d’hétérosexualité peut se sentir exclue. Ainsi, ce ne sont pas que les homos qui sont exclus de ce discours, mais de nombreuses personnes aux modes de vie différents d’une vie de couple… »
La chercheuse se dit étonnée par l’esprit de cet événement, alors que par ailleurs la Ville de Strasbourg s’engage beaucoup, de son point de vue, sur les questions sociales, sur l’égalité de genre etc. :
« Pour un événement soutenu par la Ville, c’est vraiment dommage. On se croirait dans un espace-temps coincé dans les années 80, qui voudrait être  “cool” et qui échoue. Si on veut faire une “capitale de l’amour”, il faut aussi permettre aux personnes qui vivent d’autres formes d’amour de savoir qu’elles font aussi partie de la communauté strasbourgeoise. Il faut permettre à toutes et à tous, aussi, de connaître la richesse, l’inventivité et l’énergie de toutes et de tous, en couple ou pas. Il faudrait faire de la Saint-Valentin une fête de l’amour pour toutes et tous. »
Un constat qui s’accommode mal du sous-titre de cette édition : « Strasbourg réinvente la fête des amoureux ». Peut-être l’année prochaine ?

Compensations au GCO : un appel à la transparence d’Alsace Nature

Compensations au GCO : un appel à la transparence d’Alsace Nature

Alors que le front de la justice administrative se referme, Alsace Nature ouvre désormais le front pénal dans son opposition au Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg, un projet d’autoroute payante dont les travaux ont débuté.

L’association soupçonne, grâce à des observations de terrain par ses membres, que les mesures de compensation ne soient pas toutes réalisées telles que préconisées par le contrat de concession ou les différents arrêtés. Mises en œuvre par la société Arcos (groupe Vinci), elles doivent être validées par les agents de la direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement du (Dreal) du Grand Est ou la police de l’Environnement.

Les compte-rendus de contrôles demandés

Ainsi, Alsace Nature demande dans un courrier adressé au préfet du Bas-Rhin, Jean-Luc Marx, (voir ci-dessous) de lui fournir les rapports suite aux différents contrôles le long des 24 kilomètres du tracé (en septembre, la préfecture communiquait sur des opérations « quotidiennes »). Elle évoque en particulier un contrôle du 25 janvier concernant une zone humide. Le président de l’association rappelle au représentant de l’État que, sur la base de ces remontées d’informations de ses agents, les « infractions seront signalées au parquet au moyen de procès-verbaux » et que le préfet doit effectuer des mises en demeure au contrevenant pour régulariser d’éventuelles infractions. Tout ceci devant être publié par la suite.

L’association demande à la préfecture d’autres pièces plus techniques, notamment des cartes suite à la modification le 11 octobre 2018 d’un arrêté des travaux préparatoires lorsque ceux-ci étaient quasiment terminés. Alsace Nature s’interroge aussi sur des déboisements à Pfettisheim et Griesheim en dépit d’arrêtés municipaux les interdisant…

Quand elles ne sont pas évitées, les destructions d'espaces naturels impliquent des compensations diverses pour la nature pendant... 54 ans. Ont-elles toutes été mises en oeuvre ? (photo Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg)
Quand elles ne sont pas évitées, les destructions d’espaces naturels impliquent des compensations diverses pour la nature pendant… 54 ans. Ont-elles bien été mises en oeuvre ? (photo Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg)

Un avis positif de la CADA

Pour appuyer sa demande, l’association se base sur un avis de la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) qui lui donne raison, sous réserve de masquer quelques mentions confidentielles. Cette instance veille à ce que chaque citoyen qui en fait la demande puisse avoir accès aux documents publics produits par les administrations françaises.

Le préfet dispose de deux mois pour répondre à la requête. S’il ne devait pas donner suite dans ce délai, ou répondre par un refus, Alsace Nature pourrait de saisir officiellement la CADA. Cette dernière peut ensuite « forcer » une administration à délivrer les documents par une décision. En 2017, l’association avait déjà reçu un avis favorable auprès du ministère de la transition écologique en demandant des dossiers annexes sur le projet. Mais tout n’avait pas été obtenu en raison du « secret des affaires » invoqué par le gouvernement.

Comme trois autres associations environnementales, Alsace Nature ne participe plus aux différentes commissions administratives chapeautées par l’État dans le département, pour protester contre la non-prise en compte des avis formulés. Cela inclut le « comité de suivi des engagements de l’État » concernant l’autoroute A355, c’est à dire le GCO.

Le courrier d’Alsace Nature

Strasbourg sans SDF ? Le Labo citoyen réactive une proposition bien connue

Strasbourg sans SDF ? Le Labo citoyen réactive une proposition bien connue

En novembre 2017, l’élu strasbourgeois Syamak Agha Babaei proposait que la municipalité ouvre 500 places pour sans abris. Avec cet effort volontaire (c’est normalement une obligation de l’État), il n’y aurait plus de sans-abris dans les rues de la capitale européenne. Cette estimation était basée sur le nombre d’appels au 115. Un mois plus tard, le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) 

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Pourquoi des militants kurdes sont en grève de la faim à Strasbourg depuis décembre

Pourquoi des militants kurdes sont en grève de la faim à Strasbourg depuis décembre

En grève de la faim depuis le 16 décembre, des centaines de militants kurdes en Europe et ailleurs réclament la fin de l’isolement du leader du PKK, Abdullah Öcalan. Quatorze d’entre eux sont à Strasbourg pour attirer l’attention du Conseil de l’Europe.

Comme depuis près d’un mois et demi, les visiteurs affluent au centre démocratique du peuple kurde dans le quartier Laiterie. Vendredi 1er février, un groupe de Kurdes est venu de Bordeaux pour apporter son soutien aux 14 militants en grève de la faim à Strasbourg. La veille, trois militants ont dû jeter l’éponge à la demande des médecins, leurs corps ne supportant plus les privations.
Les militants kurdes en grève de la faim à Strasbourg le 31 janvier 2019. (Photo Roni Ruha / Doc Remis)
Cette nouvelle mobilisation a débuté le 7 novembre, lorsque Leyla Güven, députée turque du parti pro-kurde HDP, 55 ans, a entamé une grève de la faim depuis la prison où elle était incarcérée en Turquie. Des centaines de personnalités kurdes, emprisonnées en Turquie ou militants en Europe, au Canada, en Syrie et en Irak lui ont emboîté le pas depuis le 16 décembre. Tous réclament avec elle la fin de l’isolement du leader kurde Abdullah Öcalan. Libérée fin janvier, après 79 jours de privation, Leyla Güven poursuit sa grève. Le célèbre chef du Parti des travailleurs kurdes (PKK) est emprisonné sur l’île turque d’Imrali depuis 20 ans. En 2011, les autorités turques l’ont privé de tout contact téléphonique ou postal avec sa famille et ses avocats. Depuis, les militants kurdes se mobilisent pour rompre cet isolement. Les conditions de détention du prisonnier d’exception sont un sujet hautement sensible. Abdullah Öcalan a été capturé en 1999 au Kenya par les services secrets turcs avec l’aide des services secrets américains et israéliens. Il a été condamné à mort la même année, pour avoir fondé et dirigé le PKK, organisation considérée comme terroriste par la Turquie comme par l’Union européenne. En 2002, sa condamnation a été commuée en prison à perpétuité après que la peine de mort a été abolie en Turquie.

Une grève au nom des 40 millions de Kurdes

Le point de ralliement français des grévistes a naturellement été Strasbourg, capitale des droits de l’Homme et siège du Conseil de l’Europe, dont la Turquie est membre fondateur. Les militants entendent convaincre l’institution d’intervenir auprès de la Turquie pour faire appliquer les droits fondamentaux d’Abdullah Öcalan. Plus de 700 familles kurdes sont liées à l’association strasbourgeoise « Centre démocratique du peuple kurde, » elle-même membre d’une fédération regroupant environ 200 associations kurdes en France.
Un soutien aux grévistes de la faim met à sécher l’un des nombreux bouquets apportés aux activistes ces derniers jours. Ils ambitionnent de confectionner des pots de pétales de roses séchées pour les offrir à leurs nombreux visiteurs en souvenir de leur mobilisation. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)
Journalistes, militants à Bruxelles, professeurs, députés HDP… Les grévistes à Strasbourg sont des personnalités de la diaspora kurde venues de toute l’Europe. On compte parmi eux le député HDP Dilek Öcalan (31 ans), la journaliste et présentatrice télévisée Gulistan Ciya Ike (35 ans), l’activiste du Mouvement des femmes kurdes en Europe Deniz Rojbîn (32 ans), la militante du droit des femmes Nurgül Bazaran (35 ans), l’écrivain Ramazan Imir (34 ans), l’ancien journaliste télévisé emprisonné pendant 22 ans en Turquie Mehmet Nimet Sevim (51 ans), la figure politique Mustafa Sarikaya – ancien vice-président le l’ex parti pro-kurde DTP-, le militant du parti de lutte contre le régime iranien PJAK Mohamad Ghaderi (34 ans), l’universitaire Deniz Sürgüt (30 ans), le militant politique Ayvaz Ece (45 ans),  le codirigeant du Centre démocratique du peuple kurde en Europe Yüksel Koç (55 ans), l’universitaire et activiste Kardo Bokani (35 ans), le militant à Marseille Kerem Solhan (54 ans), le militant Act Ural (58 ans), et le militant parisien Ekrem Yilmaz (29 ans) « Si les Kurdes ne croyaient pas en l’utilité de la mobilisation de ces personnalités, il y aurait des milliers de Kurdes anonymes en grève de la faim actuellement », assure Hélène Erin, qui encadre la grève à Strasbourg. « En isolant Öcalan, ce sont les 40 millions de Kurdes qui sont aussi isolés. C’est pas parce qu’on est dehors qu’on n’a pas de chaînes. »

Un rapport européen non appliqué à ce jour

En avril 2016, le comité de prévention de la torture (CPT) du Conseil de l’Europe a rendu visite à Öcalan sur l’île prison d’Imrali. Ce déplacement a fait l’objet d’un rapport. Mais la Turquie s’est opposée à sa publication. Le texte a finalement été rendu public en mars 2018 dans une version que les militants kurdes soupçonnent d’être édulcorée. Quoi qu’il en soit, ce rapport préconise bien aux autorités turques de permettre aux quatre détenus d’Imrali, dont Öcalan, de pouvoir recevoir les visites de leurs familles et avocats régulièrement. Aujourd’hui, les militants kurdes estiment avoir épuisé tous les moyens pour faire appliquer les conclusions de ce rapport. Hélène Erin rappelle :
« Depuis leur visite à Abdullah Öcalan, les activistes kurdes ont épuisé toutes les solutions. Nous avons manifesté. Nous demandions au comité de prévention de la torture deux rendez-vous par mois pour réclamer des suites. La délégation HDP au Conseil de l’Europe a aussi mis la pression. On a essayé de faire entendre notre cri humain mais il n’a pas été entendu. Alors le dernier moyen radical, c’est la grève de la faim. »

« Jusqu’à la mort »

En mars et avril 2012, des militants kurdes s’étaient déjà relayés pendant une grève de la faim de 52 jours pour réclamer au comité du Conseil de l’Europe qu’il rende visite à Abdullah Öcalan. À cette époque, une vingtaine de députés du Parlement européen avaient apporté publiquement leur soutien aux militants dans leurs revendications. Le Conseil de l’Europe avait finalement mis fin au mouvement en assurant de sa prochaine visite au prisonnier. Cette première visite a eu lieu en janvier 2013. Depuis mai 2012, des militants kurdes se relaient devant l’institution européenne à Strasbourg pour manifester leur soutien à Abdullah Öcalan et réclamer sa libération. Une fois par an, des dizaines de milliers de kurdes se rassemblent pour une marche à Strasbourg et réclament la libération de leur leader et une reconnaissance de leur peuple comme nation. Cette fois, les Kurdes entendent durcir leur mouvement avec une grève de la faim sans passage de relais. Hélène Erin assure :
« Aujourd’hui, ça peut aller jusqu’à la mort. »
Kardo Bokani est l’un des 14 militants kurdes en grève de la faim à Strasbourg. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)
Kardo Bokani, membre du Congrès national du Kurdistan et d’ordinaire militant à Bruxelles, participe à cette grève de la faim. Il a déjà perdu 9 kilos et se dit déterminé :
« Nous avons un objectif : faire rompre l’isolement d’Öcalan. Selon les traités et conventions internationaux, il s’agit de torture. Donc c’est le devoir du comité de prévention de la torture de se saisir de cette situation. Le CPT a échoué à prévenir cette torture. Le Conseil de l’Europe doit mettre la pression sur l’État turc pour qu’il applique sa propre constitution. »

« Dialogue confidentiel » avec la Turquie

Contactée par Rue89 Strasbourg, une porte-parole du Conseil de l’Europe assure :
« Concernant les conditions de détention d’Abdullah Öcalan, le CPT entretient un dialogue confidentiel constant avec les autorités turques sur la base de son rapport publié à l’issue de sa visite à la prison d’Imrali en 2016. »
Le 28 janvier, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui regroupe les délégations de députés des parlements nationaux de ses 47 États membres, a salué la libération de Leyla Güven. Elle l’a appelée à cesser sa grève de la faim et « reprendre ses travaux parlementaires. » Après la visite de Rue89 Strasbourg aux grévistes, l’un d’entre eux, Yüksel Koç, 55 ans, a dû être hospitalisé, indique Hélène Erin. Il aurait refusé les soins et poursuit son jeun dans un état critique.

GCO : nouvel échec pour suspendre des travaux de l’échangeur nord

GCO : nouvel échec pour suspendre des travaux de l’échangeur nord

Sur le tracé le Grand contournement ouest (GCO, voir tous nos articles sur cette autoroute payante de 24 kilomètres) de Strasbourg, il y a des zones de protection des espèces menacées et des zones de protection dites « strictes ». Les premières peuvent être contournées par des arrêtés préfectoraux pour un projet « d’intérêt général ». Pour l’échangeur au nord avec l’A4 et l’A35, 57 espèces sont ainsi concernées. Pour les secondes, il faut des arrêtés du ministère de l’Environnement. Pour ces mêmes travaux à Vendenheim, il n’y a que le pélobate brun (un crapaud) qui est ainsi catégorisé, sur une plus petite zone.

En décembre 2018, les services du préfet du Bas-Rhin avaient corrigé une erreur de droit sur son arrêté du 29 août 2018, suspendu pour cette raison depuis novembre 2018. Ce texte alors inopérant ne concernait que le chantier réalisé non pas par Arcos (Vinci), mais par la société Sanef. Suite à la correction, le tribunal administratif de Strasbourg avait levé la suspension le 15 janvier 2019 de l’arrêté préfectoral, suite à une nouvelle audience à la demande de l’État.

Un nouvel arrêté après le référé

Or, l’arrêté rédigé de manière similaire établi par le ministère de l’Environnement n’avait pas été corrigé. Alsace Nature l’a donc à nouveau attaqué devant le tribunal administratif, mais cette fois-ci sans succès. L’audience un peu lunaire avait mené les parties à débattre des traductions allemandes ou anglaises d’une directive européenne.

L'échangeur nord a été remanié et agrandi par rapport à la première version du projet (visualisation par Arcos)
L’échangeur nord a été remanié et agrandi par rapport à la première version du projet (visualisation par Arcos)

Dans l’exposé de ses motifs, le trio de juges ne prend pas la peine d’exposer en quoi les éléments soulevés ne sont pas « de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté ». Il note néanmoins qu’après le référé déposé le 16 janvier, le ministère a émis un nouvel arrêté le 24 janvier, soit avant l’audience du lundi 4 février.

Cette petite partie (2 hectares) concerne des travaux qui ne pourront reprendre que le 1er septembre, jusqu’au 15 octobre 2019. En outre, la Sanef avait demandé 3 000 euros au titres de frais de justice, bien que « cela n’est pas dans ses habitudes », dixit son avocat Me Champy, mais qui voyait un « acharnement » dans les procédures d’Alsace Nature. Sur ce point, le tribunal n’a pas suivi la société d’autoroutes.

La décision complète

Perdu dans les recours ? Notre infographie

Gagnez des places pour Parquet, Encore et Lemmings Suicide Myth à Django

Gagnez des places pour Parquet, Encore et Lemmings Suicide Myth à Django

L’Espace Django au Neuhof accueille samedi 23 février Parquet, Encore et Lemmings Suicide Myth pour une soirée dédiée à la transe et à la danse, servie par des mélodies précieuses et entêtantes puis par des gros sons rock et électro.

On va pas se mentir, c’est du brutal. Parquet se définit comme « fat, addictive, 8 bits, video games, trans music. » Et effectivement, c’est un peu tout ça, un groupe de rock répondant aux canons de la techno et des cultures électroniques, tout en s’extirpant des étiquettes. Reste l’essentiel : un bon gros son, le rythme, la répétition, aux racines de la transe. C’est beaucoup plus intelligible en écoutant la vidéo ci-dessous :

Avec les deux Strasbourgeois d’Encore, ce sera beaucoup plus calme sur disque mais ça peut s’énerver en concert. Ce duo, qui joue dos à dos, a fait partie de la pépinière de Django pendant deux ans avant d’enregistrer leurs premiers EPs au Port-du-Rhin. Tout en subtilités et recherches, Maria Laurent aux claviers et Clément Chanaud-Ferrenq à la batterie proposent des mélodies entraînantes aux textures denses.

Encore (par Mathieu Schoenahl)
Encore (par Mathieu Schoenahl)

Avec les Lemmings Suicide Myth, on est dans la haute-couture, du jazz-rock progressif aux multiples influences et un résultat précieux, soigné, propre, net. Les morceaux, composés de nombreuses séquences, s’enchaînent naturellement, tenus par un fil voguant sur un océan tantôt calme, tantôt tumultueux.

Le concours

 

Rythmes scolaires : ce qui attend les enfants à la rentrée 2019

Rythmes scolaires : ce qui attend les enfants à la rentrée 2019

Lundi, le maire de Strasbourg est revenu sur son projet de réaménagement de la semaine scolaire et s’est rangé à l’avis des conseils d’écoles de revenir à une semaine de 4 jours dans la majorité des écoles, comme avant la réforme de 2014. Concrètement qu’est-ce que cela implique ? On fait le point.

Dans la majorité des écoles de Strasbourg, les enfants vont revenir dès la rentrée de septembre 2019 à une semaine de 4 jours de classe. Les conseils d’écoles doivent encore se prononcer d’ici le 20 mars pour déterminer s’ils préfèrent 36 semaines d’école dans l’année, avec des journées de 6 heures, ou 37 semaines, dont une rognée sur les congés scolaires, avec des journées de 5 heures 45.

Dans les deux variantes, les élèves commenceront leur journée d’école à 8h30 pour l’interrompre à midi et la reprendre à 14h. Leurs mercredis seront libérés.

Strasbourg repasse à la semaine de 4 jours dans ses écoles (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)
Strasbourg repasse à la semaine de 4 jours dans ses écoles (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)

Deux variantes soumises au vote

Dans la première variante, les élèves finiraient les cours à 16h30. Dans la seconde variante, la sortie des classes se ferait à 16h15.

Pour compenser la moindre longueur des journées prévus par la variante 2, les enfants auraient classe six jours de plus dans l’année. Ces journées supplémentaires seraient réparties sur les petites vacances scolaires ou les mercredis des semaines avec des jours fériés. Le calendrier des mercredis travaillés changera donc à la marge chaque année.

La variante appliquée aux 101 écoles concernées dépendra de la majorité qui se dégage dans les conseil d’école amené à revoter d’ici mars.

Quid des mercredis ?

Les mercredis ne feront donc plus partie du temps scolaire. Les écoles continueront de proposer un accueil des enfants, mais sur du temps périscolaire, à la charge des familles donc pour un montant calculé en fonction du quotient familial.

La Ville de Strasbourg réfléchit à proposer un accompagnement aux devoirs les mercredis matins pour les primaires. La question de sa prise en charge par les familles ou par la municipalité n’est pas encore tranchée à l’heure de publier cet article.

Quid des activités éducatives ?

Les activités éducatives ont été introduites par le passage à la semaine de 4 jours et demi à la rentrée 2014. La Ville de Strasbourg proposait une heure et demie d’activité éducative gratuite par élève, un après-midi par semaine après 15h45. En revenant à la semaine de 4 jours, la municipalité va perdre la dotation de l’État de 1,2 millions d’euros qui finançait à hauteur d’un tiers environ ces activités.

Elle prévoit donc de les supprimer dans la plupart des écoles. Mais elle étudie la possibilité de les maintenir dans les zones d’éducation prioritaires, à la charge du budget municipal. Près de 300 personnes étaient employées depuis 2014 pour encadrer ces ateliers d’activités éducatives.

L’expérimentation de 4,5 jours encore possible dans 11 écoles

Onze écoles sur 112 se sont prononcées en faveur du réaménagement de la semaine scolaire initialement proposé par le maire. Il s’agit des écoles élémentaires Guynemer 1 (Neuhof), Gutenberg (Montagne Verte), Leonard de Vinci et Martin Schongauer (Elsau), Hirtz (Cronenbourg), Albert le Grand, Schlutfhled et Musau (Neudorf), des écoles maternelles Louise Scheppler et Sainte-Aurélie (quartier Gare) et de l’école primaire du Neuhof.

S’ils souhaitent expérimenter le nouveau modèle à 4,5 jours de classe, la Ville veut en laisser la possibilité à ces établissements s’ils confirment cette intention. L’Éducation nationale aura néanmoins le dernier mot.

Le projet pour les 11 écoles qui ont voté pour la proposition de la mairie. L’après-midi déchargée peut varier. La fin de semaine sera privilégiée.

Pour ces écoles volontaires, la semaine de classe sera donc répartie sur les cinq matinées du lundi au vendredi, mercredi inclus et trois après-midi jusqu’à 16h. Une quatrième après-midi dans la semaine, vraisemblablement le jeudi ou le vendredi, sera consacrée de manière systématique aux activités éducatives gratuites de 14h à 16h. La municipalité espère en effet garder une quote-part de la dotation de l’Etat pour les écoles qui expérimentent cette nouvelle semaine de 4 jours et demi.

Dans tous les cas de figures, un accueil périscolaire payant (en fonction du quotient familial) reste possible de la sortie de classe jusqu’à 18h.

L’hôpital de Strasbourg épinglé par la Cour des comptes pour l’attente à ses urgences

L’hôpital de Strasbourg épinglé par la Cour des comptes pour l’attente à ses urgences

France 3 Alsace a déniché que le Centre hospitalier universitaire de Strasbourg avait été épinglé dans un tome du rapport annuel de la Cour des comptes sur les urgences hospitalières, publié ce mercredi 6 février, comme l’une des structures où le temps d’attente aux urgences est le plus long.

Les magistrats citent une étude réalisée en 2016 selon laquelle la majorité des patients doivent attendre 2 heures avant d’être pris en charge dans un service d’urgences hospitalières. Mais à Strasbourg, ce temps de passage médian atteint… 4h15 !

La Cour des comptes rappelle qu’elle avait déjà formulé des recommandations pour améliorer la prise en charge des patients aux urgences en 2014. Mais ces mesures n’ont pas été mises en oeuvre, alors que le nombre de passages a augmenté de 15% en quatre ans. Résultat : les urgences sont engorgées et les délais de prise en charge s’allongent.

Les urgences sont si pratiques…

En outre, les urgences souffrent en raison de leurs côtés bien pratiques. Bien connues, ouvertes tout le temps, gratuites, elles attirent nombre de patients dont les maux auraient pu être traités par la médecine de ville. Les magistrats évaluent cette proportion à au moins 20% et recommandent l’installation, près des urgences, de maisons médicales de garde où des médecins libéraux pourraient assurer la prise en charge des cas les plus simples.

France 3 Alsace a interrogé Syamak Agha Babaei, médecin urgentiste, syndiqué à l’Association des médecins urgentistes de France (dont le président est Patrick Peloux) et également conseiller municipal de Strasbourg :

« Les problèmes d’engorgement se répètent d’année en années parce que les autorités de santé réduisent le nombre de lits en France depuis 20 ans. Or, on a besoin de lits. Sinon qu’est-ce qu’on fait des patients ? On les garde aux urgences, parce qu’il manque des lits d’hospitalisation dans les autres services. En outre, les urgences pallient les capacités d’accueil de toute une série de services. »

Municipal-o-drome de janvier 2019 : la droite et le PS devront trancher

Municipal-o-drome de janvier 2019 : la droite et le PS devront trancher

Qui sera le nouveau maire de Strasbourg en mars 2020 ? Rue89 Strasbourg vous propose de retrouver chaque mois le positionnement de chacune des listes et ses candidats potentiels. Le mois de janvier 2019 a été marqué par plusieurs candidatures officielles à droite pour « Les Républicains » et à gauche pour le Parti socialiste.


Le municipal-o-drome est un nouvel outil imaginé par Rue89 Strasbourg qui vise à sortir de l’instantanéité des déclarations des prétendants. L’autre objectif est d’avoir l’ensemble du panorama électoral en un coup d’œil pour remettre chaque mouvement dans ce contexte plus global. Passer la ligne d’arrivée revient à être le candidat investi par sa formation.

Le positionnement de chaque candidat est décidé par les journalistes de la rédaction selon leur appréciation de la situation. Il dépend notamment de certains critères objectifs comme une déclaration publique ou non de candidature qui permet d’apparaître sur la pelouse, la concurrence au sein de son « écurie » ou la capacité des différentes formations à mener une liste. S’être déclaré en premier confère aussi un avantage (provisoire) au sein de sa famille politique. L’ordre de placement de haut en bas ne répond pas à une logique particulière.

Cette première édition qui revient sur le mois de janvier 2019 est marquée par la déclaration d’intention de Robert Herrmann côté PS et les candidatures plus formelles de Jean-Philippe Maurer et Jean-Philippe Vetter côté « Les Républicains ». Ils retrouvent ainsi Philippe Bies (PS) et Jean-Christophe Anna (Strasbourg Go). Ils seront rejoints par d’autres pendant l’année 2019. Pour zoomer, il suffit de continuer à faire défiler son écran vers le bas.

Des pistes d’améliorations ? N’hésitez pas à nous en faire part en commentaires. Nous tenterons d’en tenir compte pour les prochaines éditions.

Jean-François Gérard, Geoffrey Brossard et Nina Courtois
Un outil créé à trois, dans l’ordre : un journaliste, un développeur web et une graphiste

Environ 1 500 personnes pour la manif des gilets jaunes et rouges

Environ 1 500 personnes pour la manif des gilets jaunes et rouges

La manifestation de mardi 5 février, à l’appel de la CGT et devant rassembler les gilets rouges du syndicat aux Gilets jaunes n’a mobilisé qu’environ 1 500 personnes.

C’est un demi-échec pour la CGT. Le syndicat avait appelé depuis plusieurs semaines à faire du mardi 5 février une journée d’action et de mobilisation en faveur des luttes sociales communes aux salariés du privé, du public et aux Gilets jaunes. Ces derniers, souvent étrangers aux luttes syndicales voire à la politique tout court, manifestent chaque samedi depuis mi-novembre, de plus en plus sur des thématiques de justice sociale. Le mouvement ne laisse pas indifférents les syndicats et en particulier la CGT.

(dessin Ariane Pinel)

Une mobilisation en deçà des capacités

Mais il n’y a pas eu de « convergence des luttes » mardi à Strasbourg. La CGT n’a réussi à mobiliser qu’un millier de manifestants tandis que les Gilets jaunes n’ont apporté qu’environ 500 personnes au cortège. Une centaine de lycéens et d’étudiants se sont également joints à la manifestation. L’essentiel des troupes syndicales et qui peuplent les ronds-points n’ont donc pas dépassé la méfiance réciproque qu’ils peuvent avoir les uns pour les autres. Dans les groupes Facebook des Gilets jaunes, les appels à manifester ont bien été relayés mais les commentaires sous ces publications étaient souvent critiques envers les syndicats, accusés d’être trop proches du gouvernement.

(dessin Ariane Pinel)

En temps normal, la CGT du Bas-Rhin est capable de produire une manifestation similaire sans apport extérieur et ses cortèges peuvent atteindre 3 à 4 000 personnes à Strasbourg. Quant aux Gilets jaunes, leur Acte IX à Strasbourg avait également mobilisé à lui tout seul environ 1 500 personnes.

Mais la CGT peut au moins se satisfaire d’avoir retrouvé le chemin des manifestations de rue. Les syndicats, sonnés par leurs échecs successifs sous le quinquennat de François Hollande (loi Travail) et écartés par le gouvernement d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe, cherchent à rebondir et à reprendre une place dans le champ des négociations sociales en cours, actuellement tournées vers les revendications des Gilets jaunes.

(dessin Ariane Pinel)

Dans son discours inaugural mardi, Jacky Wagner, secrétaire général de la CGT pour le Bas-Rhin, a précisé :

« Entre gilets jaunes et rouges, on ne s’entend pas sur toutes les revendications. Ils estiment qu’il y a trop de fonctionnaires, nous on estime plutôt qu’il n’y en a pas assez. Des mobilisations communes sont possibles, mais seulement sur certaines revendications. »

Si les militants de la CGT et les Gilets jaunes ont bien défilé ensemble, ils sont néanmoins restés séparés tout au long de la manifestation. Quelques participants ont cependant indiqué être à la fois proches de la CGT et des Gilets jaunes. Peut-être que la CGT va devoir prendre quelques tours d’occupation d’un rond-point ?

(dessin Ariane Pinel)

Suivez en direct la manifestation de mardi

Suivez en direct la manifestation de mardi

En partenariat avec Dazzl, Rue89 Strasbourg propose une couverture inédite et en direct de la manifestation de mardi 5 février. Trois journalistes seront dans le cortège pour écouter et rencontrer les manifestants, et partager en vidéo le déroulé à partir de 10 heures.

Mardi 5 février, la CGT appelle à une « journée d’action » dans les secteurs privés et publics. Et à Strasbourg, le syndicat organise une manifestation à partir de 10h avec à l’arrivée un « blocage » du centre administratif. La CGT mobilise sur « l’urgence sociale, » une meilleure assurance chômage et de meilleures retraites.

Toute la question est de savoir si les Gilets jaunes, qui se mobilisent depuis mi-novembre sur des thématiques liées aux taxes mais aussi sociales, viendront se joindre au cortège ? Nombre de Gilets jaunes n’ont jamais manifesté et certains regardaient les luttes sociales de loin… avant de se mobiliser à leur tour. Cette nouvelle conscience politique va-t-elle regonfler les rangs des syndicats ? C’est le pari de la CGT.

Trois journalistes dans le cortège

Pour suivre ce rassemblement important, Rue89 Strasbourg va utiliser les moyens techniques de Dazzl, une start-up française qui met au point une solution permettant d’utiliser des smartphones comme autant de caméras dont les flux vidéos peuvent être mixés en direct pour une diffusion sur le net.

Grâce à cette technologie, notre retransmission de la manifestation sera donc disponible sur YouTube (ci-dessus) et sur notre page Facebook. Trois journalistes seront présents au sein du cortège tandis qu’au bureau, Ariane Pinel prévoit d’illustrer en direct également ce que les échanges filmés lui inspireront.

Images par
Jean-François Gérard
Pierre Petitcolin
Pierre Pauma
Ariane Pinel