Alors que des campements de demandeurs d’asile se sont créés en plusieurs endroits de Strasbourg, la Ville espère empêcher leur réinstallation en condamnant l’accès à ces pelouses et ses espaces verts.
« Quand d’autres construisent des murs, nous construisons des ponts ». C’était le slogan entonné et répété haut et fort en avril 2017 par le maire de Strasbourg lors de l’inauguration du tram vers Kehl. Mais à Strasbourg, on érige aussi des grillages, quand ce ne sont pas des blocs de béton sur les trottoirs. L’objectif ? Éviter l’installation de sans-abris sous tentes, souvent des demandeurs d’asile venus de l’Europe de l’Est.
Être visibles
Dernier lieu en date, le petit coin du quai de Malte, sur la rive de l’Ill en face du musée d’art moderne. À deux reprises, des demandeurs d’asile, souvent issus des Balkans, se sont installés à cet emplacement au pied de l’Hôtel du département. En étant visibles, ces derniers espèrent qu’une solution d’hébergement au moins provisoire leur soit proposée, au moins le temps de l’examen de leurs demandes.
Quelques agrès sportifs d’une « Vitaboucle » ont été installés dans ce petit espace vert (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le précédent des remparts, et autres
À l’été 2017, un grand camp s’est formé pendant des mois sur une pelouse jouxtant la rue des Remparts entre la gare et l’autoroute A35. Dans cet endroit, il n’y a aucun logement, donc aucun riverain, peu de passage et la pelouse n’était utilisée par personne d’autre. Il n’empêche, après l’évacuation en septembre de ce camp, les terrains ont été entièrement labourés pour éviter toute réimplantation, puis entièrement grillagés à plus de 2 mètres de hauteur. Là où il y avait des espaces verts accessibles à tous, où certains habitants du quartier venaient piquer-niquer à la belle saison, la Ville a érigé des cages vides du plus bel effet…
Dès lors, les migrants ont opté pour la rue des Cannoniers au Neuhof, face à l’ancien hôpital militaire Lyautey. L’endroit est devenu un lieu emblématique d’installations à répétition dès la fin de l’année 2017 puis à plusieurs reprises en 2018. Après la dernière évacuation, le maire a choisi cette fois de hérisser le trottoir de blocs de béton… Et tant pis pour les poussettes.
Vue d’ensemble de l’autre côté du barrage Vauban et de l’Ill, au pied du musée d’art moderne (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
L’adjoint au maire de quartier Paul Meyer (La Coopérative) défend une solution médiane pour le quai de Malte :
« J’avais découvert la situation de la rue des Remparts, une décision qui relevait de la direction des affaires sociales. Cette fois-ci, le jour de la première évacuation, je me suis opposé à ce qu’on laboure le terrain et qu’on installe des grillages aussi hauts, qui auraient privatisé l’espace public de la même manière. Avec des barrières à 1m20 et des portillons que l’on peut ouvrir, nous avons un point d’équilibre. L’enjeu était de refaire de cet espace un endroit utilisé par tous, à l’instar du quai Louise Weiss à La Petite France. C’est pour cela que des agrès de sport avaient été installés, mais aussi des tables de pique-nique et des barbecues qui ont été enlevées lors de l’évacuation. Maintenant, il faut les réinstaller et il faudrait des crédits pour ajouter des espaces de jeux pour enfants. Du côté de l’eau, j’aimerais qu’un établissement flottant type guinguette puisse s’installer. »
De manière générale, la municipalité défend que l’installation de demandeurs d’asile dans les rues ou les terrains vagues n’est pas une solution satisfaisante à la crise migratoire. Reste que sans méthode politique ni moyen d’accueil plus efficace, les personnes qui fuient leur pays risquent de simplement s’implanter ailleurs dans la ville. Des terrains aux Ducs d’Alsace ou près du parc de la Bergerie ont à leur tour vus des tentes de sans-abris se monter durant cet hiver. Et la Ville aura du mal à bloquer à l’infini le moindre espace public…
Pas plus de 1,20 mètre et la possibilité de pouvoir passer, promis ? (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
En mai 2019, les citoyens de l’Union européenne vont être appelés à choisir leurs députés. Souvent décriée, perçue comme lointaine, technocratique ou invasive, l’Union européenne est un sujet délicat à traiter pour un média local comme Rue89 Strasbourg. Nous débutons une série de tables-rondes avec des spécialistes et nous sollicitons votre avis pour affiner notre proposition éditoriale.
L’Europe, pour un média local comme Rue89 Strasbourg, c’est compliqué. Comment concilier l’exigence d’une information sur ce qui se décide à Bruxelles ou à Strasbourg (plus souvent à Bruxelles quand même) et notre ligne éditoriale qui s’adresse aux Strasbourgeois et aux Alsaciens ? Comment évoquer des décisions qui n’auront de conséquences que des années plus tard, lorsque les directives sont enfin traduites en droit français ?
Et grâce à notre partenariat avec l’Université de Strasbourg pour « L’Université en campagne contre les idées reçues » (Ucclir), nous débutons ce mercredi une série de tables-rondes sur l’Europe :
« Immigration : l’Europe est-elle une forteresse ou une passoire ? » avec le sociologue Smaïn Laacher et l’économiste Philippe Gillig (détails),
« L’Europe, un outil néolibéral ou protecteur ? » avec Hélène Michel, professeure de sociologie politique, (détails, une seconde date sera annoncée prochainement).
L’objectif de ces rencontres est de permettre à tous de rencontrer des vrais experts de ces questions, les meilleurs qu’on puisse trouver en fait puisqu’il s’agit des professeurs et des enseignants de l’Université de Strasbourg, afin de les interroger directement avec des questionnements très concrets. Ces échanges sont animés par un·e journaliste de Rue89 Strasbourg et retransmis sur notre page Facebook (quand ça fonctionne, voir ici les archives vidéo).
Les décisions prises à Strasbourg et Bruxelles sont complexes à relier aux préoccupations quotidiennes (Photo Parlement européen / cc)
Des idées pour informer sur l’Europe
Nous réfléchissons à la meilleure manière d’informer sur les enjeux européens, toujours à destination des Strasbourgeois et des Alsaciens avec des rendez-vous réguliers jusqu’aux élections de mai. On pourrait par exemple croiser notre opération « quartiers connectés » avec cette thématique et voir ce qui en ressort, ou bien une série d’articles de « politique fiction » pour montrer ce qui changerait, à Strasbourg et en Alsace, en cas de victoires électorales différentes ? On pourrait aussi se rapprocher de ceux qui font ou participent à l’Europe depuis Strasbourg, tous ceux qui en dépendent plus ou moins pour leur quotidien…
Ce sont des idées mais on aimerait les vôtres. On aimerait que vous nous aidiez à produire l’information dont vous avez vraiment besoin sur l’Europe, que vous nous disiez ce qu’il vous manque pour faire votre choix, quelles sont les questions pour lesquelles vous avez renoncé à chercher les réponses sur l’Europe ? Prenez quelques instants pour y réfléchir et remplissez le formulaire ci-dessous. Merci infiniment pour votre aide.
Silencieux jusqu’à présent, le président de l’université de Strasbourg, Michel Deneken, a annoncé mardi 29 janvier son opposition à la hausse des frais d’inscription pour les étudiants non-européens. La direction entend appliquer les mêmes droits d’inscription à tous à la rentrée.
Tout a commencé par l’annonce faite le 19 novembre par le Premier ministre Édouard Philippe d’un plan visant à accroître l’attractivité des universités françaises à l’international. La « stratégie Bienvenue en France » consiste à renforcer l’enseignement du français langue étrangère, à faciliter l’accès aux logements étudiants pour les étrangers et à simplifier des demandes de visa.
Mais surtout, elle implique une multiplication par 16 des frais d’inscriptions à l’université pour les étudiants extra-européens. Alors qu’ils payaient autant que leurs homologues français non-boursiers, ils se verront demander 2 770 euros en licence (contre 170€ aujourd’hui) et 3 770 euros en master et doctorat (contre 243 et 380€).
Strasbourg rejoint la contestation
Ces hausses des frais brutales et inattendues par la communauté universitaire ont provoqué une réponse des étudiants mais, c’est plus rare, une levée de boucliers de la part de plusieurs présidences d’universités. Treize d’entre elles avaient déjà affirmé publiquement leur franche opposition à ces augmentations. La dernière en date à rejoindre ce front est l’Université de Strasbourg, pourtant peu habituée à contester les décisions gouvernementales. Son président Michel Deneken a déclaré mardi 29 janvier qu’il « s’engage à appliquer les mêmes droits d’inscriptions pour tous » à la rentrée 2019.
Michel Deneken a pris cette position alors que le congrès de l’Université de Strasbourg était réuni et que sous les fenêtres, une soixantaine d’étudiants et d’enseignants l’appelaient à rejoindre le front du refus aux hausses des frais d’inscription.
Le président de l’Université de Strasbourg prend enfin position publiquement sur les frais d’inscriptions pour les étrangers (crédit c.schröder/unistra )
Le gouvernement tergiverse
L’opposition qui se développe avait déjà fait réagir le gouvernement, forçant la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, à lancer une consultation sur le sujet, qui devrait s’achever fin février. Mais ces discussions n’impliquent pas de changement de calendrier pour l’instant. L’augmentation des frais pour les étudiants extra-européens est toujours prévue pour septembre 2019.
Selon Michel Deneken, cette timide réponse ne change rien aux inquiétudes des étudiants :
« Nous ne pouvons imposer aux services de scolarité et des relations internationales, ni aux enseignants un calendrier d’ores et déjà intenable. En l’état, la hausse des droits est contre-productive, et déjà le nombre de demandes campus-France est en baisse. »
Si le calendrier est maintenu, l’équipe de direction prévoit de contourner la mesure :
« Je m’engage à soumettre au vote du conseil d’administration des dispositions permettant aux étudiants internationaux de se voir appliquer les mêmes droits que les étudiants nationaux. »
Le président de l’Université ajoute que son établissement accueille « un des plus fort taux d’étudiants internationaux ».
Ce qu’Édouard Philippe décrit comme « un choix responsable et mesuré » risque de changer complètement le profil des étudiants étrangers venant étudier en France. Actuellement, la majorité d’entre eux (44,8% pour la période 2016-2017) est originaire d’Afrique selon Campus France, l’organisme qui se charge de l’accueil. Un chiffre qui peut s’expliquer par le faible coût des études publiques françaises et par la maîtrise du français par les habitants de l’Ouest du continent.
Carte établie par Campus France sur l’origine des étudiants étrangers accueillis en France. Les diagrammes représentent les étudiants partis à l’étranger, et la part rouge ceux venus étudier en France. (document remis).
Julie, Louise et Quentin ont un point commun : au quotidien, ils n’ont que les transports en commun pour se déplacer. Elles n’ont pas de voiture, il n’a plus le permis et surtout, ils vivent tous les trois en dehors de la capitale alsacienne. Pour Rue89 Strasbourg, ils racontent les contraintes quotidiennes, le sentiment de dépendance mais aussi les avantages ignorés du train, du bus et du tram.
La voiture est toujours perçue comme absolument nécessaire aux déplacements. Dans les bourgs urbains et périurbains, la voiture individuelle reste très prisée malgré la présence de modes de transports alternatifs. Même dans les principaux centres urbains, où l’offre de mobilité est la plus élaborée, la part d’équipement en voitures des ménages reste stable selon les résultats d’une étude publiée par l’Agence de développement et d’urbanisme de l’agglomération strasbourgeoise (Adeus).
Ainsi en Alsace, le nombre de voitures a augmenté dans toutes les communes étudiées entre 1990 et 2012, très souvent de plus de 50%. Dans le Grand-Est, le nombre de véhicules personnels a augmenté d’un million en 20 ans. Mais à Strasbourg, le nombre total de véhicules est resté stable tandis que le taux de ménages équipés en voiture a baissé de 4%. Une situation d’exception.
Pourquoi cette quasi-obligation de posséder une voiture est-elle aussi ancrée ? Rue89 Strasbourg est allé à la rencontre de trois jeunes vivant hors de Strasbourg, pour qu’ils expliquent comment ils se débrouillent sans véhicule personnel.
Louise Vosdoganis, 22 ans, étudiante, habitante de Ettendorf
« Ça fait 15 ans qu’il n’y a plus de gare chez nous. » Louise Vosdoganis vit dans le village d’Ettendorf, à près de 40 kilomètres au nord Strasbourg. Comme dans les Vosges, le train a été remplacé par un bus pour Mommenheim. « Il y en a trois le matin, un le midi et quatre le soir », explique cette spécialiste des transports en commun du coin. « Le week-end c’est beaucoup moins… » De là, l’étudiante prend un train express régional (TER) pour Strasbourg et le tram pour la Meinau. Chaque journée est réglée à la minute près :
« Je passe mon temps à regarder ma montre. Le matin, il faut partir avec le train de 7h20 de Mommenheim, donc prendre le bus de 6h53 à Ettendorf. Le soir, le dernier train me permettant de rentrer en bus ensuite est à 19h55. Souvent, il faut que je demande aux prof’ de partir plus tôt. Ils ne sont pas tous compréhensifs… Ils ne s’imaginent pas que je dois me lever à 5h45 pour aller à la fac… Le week-end quand je rentre, je suis épuisée. »
Louise Vosdoganis connait par cœur les horaires de train pour Strasbourg. Elle évite d’emprunter la voiture de sa mère, ou de sa grand-mère : « Je ne veux pas les embêter… » (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)
Une voiture, fatalement
Louise pourrait conduire depuis trois ans. Encore faut-il avoir l’argent pour acheter une voiture. Impossible pour l’étudiante. Quand ses stages dans l’enseignement commenceront, elle ne pourra plus s’en passer :
« Sans voiture, travailler à l’Éducation nationale, c’est très compliqué. Souvent, on commence avec des quart-temps dans différents villages. C’est rare de pouvoir commencer à Strasbourg. Fatalement, je vais devoir acheter une voiture. »
En 2015, 70% des Bas-Rhinois prenaient leur voiture pour se rendre au travail. Seuls 13% des habitants du Bas-Rhin utilisaient les transports en commun pour aller travailler. Les travaux de l’agence strasbourgeoise montrent aussi la forte dépendance au véhicule personnel dans les plus petites communes. Au départ de l’Eurométropole de Strasbourg, la part de la voiture dans les déplacements est de 55%, contre 68% dans les villes moyennes et même 83% dans les plus petites communes du Bas-Rhin.
Le nombre de véhicules personnels a augmenté à peu près partout (carte Adeus)
L’impression d’être dépendant
« Le dimanche, il y a pas de transport en commun. » Le week-end, l’absence de voiture se fait sentir. Pour faire les courses, aller au cinéma ou à un anniversaire, elle a « besoin de ses parents ». Ou plus précisément, il lui faut emprunter l’un de leurs deux véhicules. « Souvent ça me bloque, souffle Louise, je suis toujours obligée d’embêter quelqu’un… »
Julie Fournier, 24 ans, en recherche de formation/d’emploi, habitante d’Eschau
Pour ses sorties, la dépendance à l’égard des amis commence à partir de minuit pour Julie, qui réside pourtant dans l’Eurométropole. Les transports en commun ne permettent pas de quitter Strasbourg après minuit. « Autour de moi, les gens ne comprennent pas que je n’aie pas de voiture », raconte l’habitante d’Eschau, à une quinzaine de kilomètres au sud de Strasbourg. Elle vient tout juste d’arrêter ses études dans le domaine de l’enseignement. Elle est la seule de sa famille à se déplacer à pied et en transports en commun uniquement. Son objectif : continuer ainsi. Elle explique : « J’aimerais bien ne pas avoir à prendre une voiture. Je n’aime pas conduire. »
Ce choix, teinté d’un engagement écologique et anti-GCO, fait plutôt figure d’exception alors que le nombre de véhicules est passé de 2 millions à près de 3 entre 1990 et 2012. Cette hausse de 46% en 22 ans est accompagnée d’une hausse de la population de seulement 5% pendant la même période. Ainsi, de 0,3 véhicule en moyenne par personne de plus de 18 ans en 1990, on est passé à près de 0,6 en 2012…
Julie Fournier vit à Eschau. Depuis plusieurs années, elle se rend à Strasbourg grâce au bus puis au tram. Un mode de vie plus écologique qui lui convient.
« Il ne faut pas être pressé »
Pendant six ans, Julie a pris le bus d’Eschau à Illkirch-Graffenstaden, puis le tram E pour se rendre à l’arrêt Observatoire. Elle a pris l’habitude d’être patiente :
« Tu mets quand même une heure pour arriver, il ne faut pas être pressé… En plus, quand tu loupes un bus, c’est direct trente minutes d’attente. »
Mais quand le boulot entre en jeu, tout se complique. En ce moment, Julie guette les annonces des agences d’intérim. « Quand je vois quelque chose à Vendenheim pour le lendemain, je sais que ça va être trop compliqué », souffle-t-elle. Cette difficulté se retrouve dans les statistiques de l’Adeus. En 2015, en partant de l’Eurométropole, 79% des trajets de plus de 10 kilomètres étaient réalisés en voiture, contre 18% seulement en transport en commun.
(Chiffres Adeus)
Quentin (le prénom a été modifié), Zellwiller, 22 ans, surveillant
Quand Quentin a perdu son permis, il a dû quitter Zellwiller pour emménager chez un ami à Barr, à une trentaine de kilomètres de Strasbourg, direction sud-ouest. C’était l’unique solution pour se rendre dans le collège où il travaille, à une quinzaine de kilomètres. « À Zellwiller, c’est vraiment impossible de vivre sans voiture », regrette-t-il. « Il faudrait un meilleur réseau de bus pour relier les villages alentours comme Stotzheim, Reichsfeld… » Le jeune homme continue donc de conduire pour voir ses amis ou sa famille :
« La voiture, c’est la liberté. Sans, j’ai l’impression d’avoir quinze ans à nouveau. C’est vraiment gênant de demander à tes potes de te chercher et de te ramener. »
Le train : une économie
Quentin parvient à voir un côté positif de sa situation. En réduisant ses passages à la pompe et en prenant le train régional, il a économisé beaucoup d’argent :
« Avant, je dépensais 180 euros par mois pour l’essence. Maintenant, je paye un abonnement à 35 euros par mois, dont la moitié est payée par mon employeur. En quatre mois, j’ai économisé près de 600 euros. »
Dans quelques semaines, le surveillant en collège pourra récupérer son permis. Malgré les gains financiers liés au transport en commun, il reprendra le volant de son véhicule. « Je ne connais personne qui prend le train pour travailler. » Il rejoindra donc le bataillon de 83% des travailleurs qui se rendent à leur travail en voiture lorsqu’ils vivent en dehors des villes moyennes du Bas-Rhin.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Le grand jury du 46ème Festival International de la bande dessinée d’Angoulême a décerné deux prix à des Strasbourgeois. Émilie Gléason a remporté le prix « Révélation » pour son projet de fin d’études aux Arts Décos et les Editions 2024 ont reçu le prix « Patrimoine » pour une réédition de Gustave Doré.
La bande dessinée strasbourgeoise a obtenu samedi deux des huit prix décernés par le grand jury du 46ème Festival d’Angoulême, le grand rendez-vous annuel de la filière. Le prix « Révélation » a été attribuée à Émilie Gléason, ancienne étudiante de la Haute école des arts du Rhin (HEAR) et les Editions 2024, établies à Strasbourg, ont reçu le prix « Patrimoine » pour une réédition de l’illustrateur du XIXème siècle Gustave Doré.
La bande dessinée d’Emilie Gléason retrace le quotidien de Ted, un jeune homme autiste Asperger inspiré par son frère. « Ted drôle de coco » est son premier album. L’autrice l’a tout d’abord présenté comme projet de fin d’études à la Haute école des arts du Rhin (HEAR), avant qu’il soit publié par Astrabile en août 2018. C’est ainsi que « Ted drôle de coco » est présenté au festival d’Angoulême et qu’il obtient le prix « Révélation », un prix réservé aux dessinateurs en début de parcours.
La couverture de « Ted drôle de coco » d’Emilie Gléason, publié par Astrabile.
Ce n’est pas la première fois qu’un ou une ancienne étudiante de l’atelier illustration de l’HEAR reçoit un prix à Angoulême : Guillaume Chauchat avait remporté en 2010 le prix « Jeunes Talents » avec « Le bleu du mystérieux étui à guitare » publié aux Éditions 2024.
Couverture de la réédition des « Travaux d’Hercule » de Gustave Doré, réédité en 2018 par les Éditions 2024.
Une bonne nouvelle pour la création locale
Cette maison d’édition strasbourgeoise a elle aussi été primée cette année, dans la catégorie « Patrimoine ». Un prix reçu grâce à la réédition des « Travaux d’Hercule » de Gustave Doré, une reprise parodique du mythe herculéen publiée en 1847. Ce premier album était un tour de force pour le dessinateur, qui n’avait que 15 ans à sa publication. Il s’approche de la forme actuelle de la bande dessinée alors que le neuvième art avait été défini par Rodolphe Töpffer seulement deux ans plus tôt.
Pour Fabien Texier, directeur du festival « Central Vapeur« , le succès de la réédition vient de l’importance historique de cet album :
« Gustave Doré est très connu pour ses illustrations de Rabelais, mais c’est aussi l’un des premiers auteurs de bande dessinées ! Il ne manque que des bulles aux « Travaux d’Hercule » pour être un album moderne. Le tour de force des Editions 2024 est de lui redonner sa place, en l’éditant comme un auteur d’aujourd’hui. »
Ce prix est aussi selon lui une bonne nouvelle pour la bande dessinée strasbourgeoise. Fabien Texier prévoit grâce à lui « plus de ventes pour les Éditions 2024, et autant d’argent qui sera réinvesti dans la création locale. »
« D’habitude, on demande à des experts qualifiés de faire un programme. Je m’y connais dans l’énergie, mais je suis incapable d’avoir un programme pour d’autres villes que Strasbourg. Nous, on préfère demander leur avis aux habitants ». Voici comment Jean-Marie Brom résume les premiers pas de la France insoumise (FI) dans la campagne des élections municipales de 2020.
Le physicien, ancien élu écologiste à la Ville de Strasbourg, fait en quelque sorte figure de guide expérimenté autour de « l’équipe d’animation » strasbourgeoise avec pour thème « les municipales ». À ses côtés lors d’une conférence de presse lundi, quatre jeunes militants pour lesquels la France insoumise représente pour la plupart le premier engagement politique.
Avec les prises de position successives des membres conseil municipal à Strasbourg, la formation proche de Jean-Luc Mélenchon, qui ne compte aucun élu dans l’hémicycle strasbourgeois, se trouve un peu absente des débats locaux. Elle compte pourtant bien « jouer un rôle important dans la campagne et la vie strasbourgeoise », expose Kevin Loquais qui rappelle que la France insoumise a obtenu 24,3% des voix à l’élection présidentielle ou, plus représentatif, 14% environ aux élections législatives en juin 2017. Obtenir un résultat similaire qualifierait les Insoumis pour le second tour des élections municipales s’il se reproduisait en mars 2020.
La « pré-campagne municipale » de FI va débuter avec une opération porte-à-porte pour présenter un questionnaire « avec des modules transports, soins, culture, vie de quartier, habitat et une partie plus ouverte sur Strasbourg en général. Nous avons écrit des questions les plus neutres possibles », décrit Lydie Bichet, qui a élaboré le document. Pour celles et ceux qui ratent la visite des militants sur leur pallier, une version en ligne sur strasbourg-fi.fr. permettra de participer.
Construisez le programme
En juin, une première synthèse des réponses permettra de poser des « idées ». La formation se donne ensuite le temps pour organiser des séances d’échanges avec les Strasbourgeois afin de déboucher sur un programme électoral plus précis. Quoiqu’il en soit, les mobilités, l’urbanisme, la démocratie locale et les services aux habitants seront ses thèmes centraux. Et la gratuité des transports qui commence à faire débat à gauche ? « On aura une réflexion plus globale sur les mobilités, mais nous allons probablement nous positionner sur le sujet, comme le Front de gauche en 2014. Pour cela il faut des données précises sur le budget de la CTS », avance Jean-Marie Brom.
De gauche à droite : Jean-Marie Brom, Kevin Loquais, Lydie Bichet, Adrien Fend et Marguerite Fay (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Ouverts aux alliances
Du côté des alliances possibles, FI Strasbourg explique que « depuis novembre, nous avons noué des liens avec d’autres formations quand nous avons une convergence sur des thèmes communs », répond Adrien Fend. Un collectif informel se réunit avec des membres de Génération.s, Place publique, Europe Écologie – Les Verts, le Labo citoyen ou encore du Parti de gauche. En plus d’actions communes de terrain, ce collectif prévoit d’organiser une soirée autour de l’alimentation locale en février. Invité, le Parti communiste n’a pas encore répondu, tandis que le NPA a décliné.
Mais de là à former des alliances électorales, « la question est prématurée, » assure-t-on. « La réflexion (sur l’émiettement de la gauche) passe par des idées communes et pas seulement une liste commune », pointe Jean-Marie Brom. D’ailleurs les représentants locaux de la France insoumise ne connaissent pas le mode de désignation des futures candidats, si ce n’est que l’avis des militants locaux aura une part importante dans le choix.
D’ici là, les élections européennes en mai 2019 permettront aussi aux différentes « étiquettes » de mesurer leurs poids respectifs. Jean-Marie Brom prend pour anti-modèle la campagne des écologistes en 2014 « où dès le premier tour, Alain Jund expliquait qu’au deuxième tour sa liste irait avec celle de Roland Ries. »
L’écart est grand entre les discussions des Gilets jaunes au bord du bien nommé rond-point du Nouveau-Monde à Soultz dans le Haut-Rhin et la consultation nationale. Leurs revendications sont pourtant soigneusement consignées dans le cahier de doléances ouvert à la mairie. Malgré les demandes de certains, aucun « grand débat » n’est programmé dans cette commune au pied des Vosges.
Bienvenue dans la « France périphérique ». Les 7 150 habitants de Soultz vivent à vingt minutes de route de Mulhouse. La voiture est omniprésente, on en croise plus que de piétons dans les rues. Un grand parking occupe la place de la mairie. Pour sortir de la ville, la départementale, à 80km/h, est un passage obligatoire.
Politiquement, la ville est indécise. Denis Meyer, le maire actuel, a été élu sur une liste Divers Gauche. Il a remplacé en 2014 Thomas Birgaentzlé, maire de centre droit qui était en place depuis 1989. À la dernière élection présidentielle, les deux gagnantes du premier tour étaient Marine Le Pen avec 28% des voix et l’abstention, 20%. Au second tour, la commune a finalement opté à 56% pour Emmanuel Macron, une majorité plus courte de 10 points que les résultats nationaux…
Pas étonnant que le rond-point du Nouveau-Monde, à la sortie de la ville,ait été parmi les premiers à connaître un blocage en novembre. Malgré une évacuation le 18 décembre, leur présence s’est maintenue aux abords du giratoire. Depuis ce jour, ils se sont installés sur le terrain d’un agriculteur, une dizaine de mètres plus loin. Mais plus de blocages, en ce mardi de janvier : ils se contentent de discuter au coin d’un feu de palettes et de saluer les véhicules qui klaxonnent depuis la route.
« Je crois que je n’ai jamais été aussi politique qu’aujourd’hui » peut-on entendre dans le campement de fortune des gilets jaunes. (Photo PP / Rue89 Strasbourg / cc)
La mairie comme courroie de transmission
Après un an et demi de mandat d’Emmanuel Macron et un peu plus de trois mois de crise des Gilets jaunes, le Grand débat national tarde à arriver à Soultz. Avec un léger décalage : pour l’instant seul un « cahier de doléances » est proposé en mairie, une initiative de l’Association des maires ruraux de France (AMRF). Mais les Soultziens participent peu et ce dernier ne compte que 20 contributions au 25 janvier.
Ainsi, Elio Rinaldi, porte-parole des Gilets jaunes de Soultz a déposé une synthèse des revendications. Une poignée d’autres membres du mouvement ont déposé des contributions. Un autre signataire a, au contraire, demandé expressément de ne pas accéder à certaines demandes politiques du mouvement (pas de démission de Macron, pas de Référendum d’initiative citoyenne, pas de nouvelle Constitution et que Macron continue en son programme « en tenant compte des doléances réalistes » comme le rétablissement de l’impôt sur la fortune, l’ISF).
En regardant les doléances, le maire de Soultz, Denis Meyer, semble rassuré :
« Tout ce qui est municipal n’est pas mis en cause par les doléances déposées ici, qu’ils soient Gilets jaunes ou non. On va bien sûr en prendre connaissance mais il s’agit surtout de les transmettre à la mission du Grand débat national. »
La politique nationale s’est invitée dans les « mairies ouvertes » par l’intermédiaire des doléances. (Photo PP / Rue89 Strasbourg / cc)
La plupart des maires adhérents à l’AMRF ont remis les doléances reçues à leur mairie lundi 14 janvier à Emmanuel Macron. Mais à Soultz, le maire a décidé d’attendre un peu pour collecter plus de doléances.
En voyant les doléances arriver une par une, un autre fonctionnement a été adopté : le cahier restera finalement ouvert toute la durée du grand débat, et les nouvelles doléances seront scannées et envoyées par mail chaque semaine au gouvernement.
Des réformes institutionnelles, du pouvoir d’achat…
Les réformes institutionnelles sont les plus demandées. Les contributeurs appellent à « mettre fin aux privilèges » des ministres, hauts fonctionnaires et parlementaires. En référence à la remise en cause de ceux du clergé et de la noblesse en 1789 ?
Le Sénat, qualifiée de « trop coûteux » et « superfétatoire » est aussi dans le viseur de quatre doléants sur vingt, dont le Gilet jaune Elio Rinaldi. Ils demandent sa suppression. Ils proposent de remplacer la Haute Assemblée par l’implication des citoyens via des consultations régulières ou en élisant les membres de l’Assemblée Nationale à la proportionnelle. Seuls deux textes sur 20 plaident en faveur du Référendum d’Initiative Citoyenne (le RIC), une revendication politique née en décembre, inspirée des votations suisses et portée par de nombreux Gilets jaunes en France.
L’autre sujet récurrent inscrit dans le cahier doléances de Soultz est le pouvoir d’achat. Sont demandés, une baisse des taxes sur l’essence et la consommation, ainsi que l’augmentation des retraites plutôt qu’une hausse des salaires. La fiscalité et sa redistribution concentrent les préoccupations. Seule une doléance d’Elio Rinaldi évoque une hausse du SMIC et des salaires en général. Le retour de lSF est quant à lui aussi mentionné par cinq citoyens.
La doléance d’Elio Rinaldi reprend la plupart des revendications que l’on peut entendre chez les Gilets jaunes installés au rond-point du Nouveau-Monde. (document remis)
Sur les vingt doléances que compte le cahier, deux d’entre elles seulement abordent le sujet de l’immigration. Pour l’une, il faudrait « privilégier l’accueil de migrants de confession non-musulmane » et « expulser les fichés S dans leur pays d’origine », pour l’autre « la fin du droit du sol, la déchéance de nationalité et la fin des aides sociales accordées aux migrants ». Des propositions inspirées par les programmes politiques de l’extrême-droite.
L’immigration a été inclue dans le Grand débat national par le Président de la République à l’occasion de sa lettre aux Français, bien que ce sujet ne soit pas toujours parmi les revendications des Gilets jaunes. Du côté de ceux installés près du rond-point du Nouveau-Monde, l’ouverture de ce débat provoque de vives réactions, comme le détaille Jeanne (prénom modifié) :
« L’immigration ? On n’en parle pas sur ce rond-point. On n’est pas là pour ça : c’est du pouvoir d’achat dont on veut parler. »
Entre méfiance et rejet du débat national
Le Grand débat national provoque d’ailleurs lui-même des réactions multiples au sein des Gilets jaunes soultziens. Elio Rinaldi fait partie de ceux ouverts à la discussion :
« Je serais prêt à participer à une réunion publique si celle-ci est rediffusée en intégralité. Ce serait une garantie que nos propos ne puissent pas être modifiés. »
Idem pour Laurent, Gilet jaune lui aussi :
« Des idées à défendre, tout le monde en a sur le rond-point. Moi je vais participer, mais c’est mon choix. Il n’y a pas de doctrine, chacun fait comme il veux. »
D’autres, comme Jeanne, sont plus pessimistes :
« Pour moi c’est de l’enfumage. Je sens qu’avec les Gilets jaunes, il y a un début de lutte des classes et que ça va plus loin que ce débat. »
La tenue d’une réunion faisant partie du grand débat a été réclamée par une partie des Gilets jaunes. Pour l’instant, le maire temporise. Il renvoie la charge de nommer un animateur à Emmanuelle Guénot, la sous-préfète du Haut-Rhin et référente dans le département pour la tenue du grand débat.
Quoiqu’il en soit les Gilets jaunes ont brûlé vendredi 19 janvier la lettre ouverte envoyée par le Président de la République. Il y a un mois leurs cartes d’électeurs étaient déjà parties en fumée. Que le dialogue soit ouvert ou non, la colère est toujours de mise.
Une altercation a eu lieu samedi 26 janvier à Strasbourg, en marge de l’Acte XI des Gilets jaunes. Un étudiant « antifa » de 19 ans s’est retrouvé encerclé et cogné par des personnes qui l’ont accusé d’avoir participé à l’attaque contre le local du Bastion social.
Jérôme, étudiant en Histoire à l’Université de Strasbourg de 19 ans, a été pris dans une altercation alors qu’il participait à l’Acte XI des Gilets jaunes, samedi 26 janvier vers 12h30 à Strasbourg. Selon son témoignage, publié sur Facebook, il a été menacé puis frappé en raison de son engagement politique « antifasciste » près de l’Aubette, place Kléber :
« Un homme intégralement vêtu de noir m’aborde et me demande si je suis un “antifa” (antifasciste, ndlr). Je réponds par l’affirmative. Trois autres individus arrivent alors et m’encerclent. Trois sont intégralement habillés de noir, le quatrième porte lui une parka bleue foncée, visage découvert. Ils me demandent “Qu’est-ce tu veux Jérôme M. ?” en citant mon nom. Un autre me demande si j’ai participé à l’attaque contre le local du Bastion Social (début octobre, nldr). Je réponds que non mais ils ne me croient pas. Le premier m’ayant interpellé commence à m’insulter, prend ma casquette et fait mine de partir avec. Puis il la jette alors à terre avant de la fouler du pied. Je la ramasse et ils continuent de me provoquer, m’ordonne de me battre, m’insultent, me bousculent, etc. »
Les ecchymoses de Jérôme suite à l’altercation de samedi 26 janvier (doc remis)
Jérôme arborait une casquette de l’Armée rouge, avec la petite étoile et un drapeau rot un wiss. Isolé du reste du groupe des Gilets jaunes, Jérôme prend peur et tente de donner un coup de tête à la personne en face de lui :
« Échec évident de par sa taille et, à peine ma tentative accomplie, je reçois un violent coup à l’arcade sourcilière droite. À partir de là, situation brouillonne dont je ne suis plus vraiment certain. Je me jette sur lui et prend un second coup, à la lèvre cette fois si, et suis projeté au sol, j’utilise alors le mat de mon drapeau pour lui asséner un coup, sans effet. Il s’en empara ensuite avant de le briser au sol. C’est à partir de ce moment que les Gilets jaunes sont intervenus, nous séparant immédiatement. »
Le Bastion social accusé
Toujours selon le témoignage de Jérôme, l’un des Gilets jaunes présent a demandé ce qu’il s’était passé, ce à quoi il lui a été répondu que Jérôme « avait cherché des embrouilles. » Les personnes impliquées dans l’altercation ne se sont pas attardées et ont quitté la scène, en emportant le drapeau avec elles. Des volontaires soigneurs parmi les manifestants ont pansé l’arcade sourcilière de Jérôme et l’ont fait boire. Dimanche, Jérôme s’en tire avec des ecchymoses autour de l’oeil gauche et à la lèvre inférieure.
Jérôme a porté plainte pour « agression en réunion » dès samedi. Dans son témoignage public, il désigne comme ses agresseurs des membres du Bastion social, un groupe néofasciste qui s’est rendu visible à Strasbourg en ouvrant un local en novembre 2017. Si le Bastion social n’a pas revendiqué d’attaque à Strasbourg, des attaques similaires se sont produites lors des manifestations de Gilets jaunes.
Le même samedi, lors de l’Acte XI à Paris, le groupe d’extrême-droite des « Zouaves de Paris, » proche du Bastion social, s’en est pris au cortège du NPA, en projetant du mobilier urbain sur les manifestants, des heurts qui ont fait six blessés selon France Soir. Les manifestations des Gilets jaunes se veulent hors des partis, mais l’extrême-droite et l’extrême-gauche cherchent à influer sur ce mouvement et leur tolérance respective au sein des mêmes cortèges s’effrite.
C’est donc le député Thierry Michels qui a essuyé les plâtres du Grand Débat national à Strasbourg. Le Grand contournement ouest (GCO) a été évoqué plusieurs fois, sans susciter de commentaire de l’élu. Le chantier semble bien parti pour rejoindre l’ISF en zone sanctuarisée…
Pour sa première exposition à Strasbourg, le photographe franco-allemand Jürgen Nefzger investit la galerie La Chambre, du 12 janvier au 24 février. À travers deux séries de photographies, l’artiste interroge visuellement l’emprise du nucléaire sur l’environnement et développe un propos à la fois engagé, poétique et porteur de multiples réflexions.
Vue de l’exposition (Photo Daniela Zepka)
À la galerie La Chambre, le photographe Jürgen Nefzger, diplômé de l’École Nationale Supérieure d’Arles, présente deux séries photographiques, Fluffy Clouds (2003-2006) et Bure ou la vie dans les bois (2017). Entre paysage et réflexion politique cette photographie documentaire explore visuellement les mutations des territoires.
Regarder pour mieux voir
À travers la série Fluffy Clouds, réalisée entre 2003 et 2006, Jürgen Nefzger confronte le spectateur à des paysages et des scènes observés lors de ses nombreux voyages en Europe. La photographie Nogent-sur-Seine, France (2003), par exemple, montre un homme allongé dans sa chaise-longue au premier plan. Autour de lui, la nature verdoyante et lumineuse encadre une étendue d’eau paisible.
Invitant à la détente et à la contemplation, ce cliché d’apparence sereine renferme pourtant une vérité bien plus inquiétante : partiellement cachées par les arbres au centre de la composition, deux immenses tours de refroidissement se dressent à l’arrière-plan. Motif récurrent dans l’ensemble de la série, ces tours en béton, signe couramment associé à l’énergie nucléaire, sont aussi imposantes qu’effrayantes. À contre-courant, c’est pourtant le caractère poétique et presque « sublime » de cette architecture industrielle que Jürgen Nefzger souhaite mettre en lumière.
Jürgen Nefzger, Nogent-sur-Seine, France, 2003 (Photo Jürgen Nefzger / Source AMC Archi)
Urbains ou champêtres, les paysages contemporains de Jürgen Nefzger composent une esthétique soignée qui n’est pas sans rappeler la peinture classique. Si ces photographies dévoilent une présence humaine qui peut sembler discrète, elles révèlent pourtant les modifications causées par l’intervention de l’homme sur la nature et interrogent notre capacité à voir ce que nous ne remarquons peut-être même plus.
« Le paysage est politique »
Si la photographie de Jürgen Nefzger semble principalement s’intéresser au paysage, ce dernier invite à de multiples réflexions : « [Le paysage] est politique, économique, il peut être social, mais il est fortement imprégné par nos activités et par nos manières d’être », affirme l’artiste. C’est d’ailleurs sous ce même angle d’approche que le visiteur est invité à appréhender la série Bure ou la vie dans les bois, réalisée en 2017.
Jürgen Nefzger, Bure ou la vie dans les bois, 2017 (Photo Daniela Zepka)
Inspirée de Walden ou la vie dans les bois (1847), récit écologiste et introspectif de Henry David Thoreau, la série illustre une volonté de résistance et d’opposition à l’industrialisation du paysage. Isolées ou regroupées, disséminées un peu partout dans l’espace, ces photographies de format divers documentent l’occupation des bois de Bure en Lorraine à l’été 2016, dans le cadre du mouvement de résistance contre l’enfouissement des déchets radioactifs sur ce territoire (voir les articles de Rue89 Strasbourg sur Bure).
Les clichés représentant la forêt, désertée de toute présence humaine, affirment une ode à la nature. Ailleurs, des militants pacifistes semblent développer une communion avec cet environnement menacé. Dans la ligne de la « désobéissance civile » prônée par Thoreau, les photographies mettent en avant une résistance passive et non-violente. Un extrait du texte issu de son essai éponyme La désobéissance civile (1849) fait d’ailleurs partie de la série et résonne avec ces luttes contemporaines. C’est finalement au regardeur de s’interroger : que faire face à un pouvoir démocratique qui n’écoute pas la protestation de la société civile ? Comment résister et désobéir aux décisions d’un gouvernement ?
Jürgen Nefzger, Bure ou la vie dans les bois, 2017 (Photo Daniela Zepka)
En inscrivant ses photographies dans une symbolique représentative des luttes d’aujourd’hui, Jürgen Nefzger propose également une perspective historique. Dans Hey-A-A-Hey (2017), un court-métrage de 16 minutes projeté sur la surface murale, l’artiste donne la parole à Frank, un militant allemand qui raconte la lutte acharnée qu’il mène contre les usines nucléaires depuis les années 1970. Enfermé malgré-lui dans ce hors-temps fragile où tout semble paisible, le spectateur comprend rapidement que tout n’est en réalité qu’un temps de latence avant de nouvelles luttes à venir.
Vue de l’exposition (Photo Daniela Zepka)
Malgré un caractère contemplatif, l’exposition refuse de cantonner le spectateur dans un regard passif. À travers son aspect minimaliste et un accrochage épuré, elle offre les conditions idéales à un travail d’introspection sensible et réfléchi. Si le nucléaire est un sujet sérieux, l’exposition vaut le détour, ne serait-ce que pour la prise de recul qu’elle propose : le temps d’un instant, ce danger imminent se voit détourné, sans pour autant être minimisé. Soulevant d’intenses problématiques écologiques, Jürgen Nefzger propose ainsi un regard tout à fait personnel sur des actions passées, mais dont les résultats défendent la nécessité des luttes encore à mener au sein de la société contemporaine.
Étudiante en Master 2 Critique-Essais à l’Université de Strasbourg. Axe ses travaux de recherche autour de la représentation du robot dans l’art contemporain.
Le punk new-yorkais pose ses valises à Strasbourg ce vendredi 1er février : l’acclamé groupe PILL vient installer son chaos organisé au Café de la Biennale d’art contemporain qui se tient en ce moment à l’Hôtel des Postes.
Depuis leur premier album en 2016, Convenience, PILL est considéré comme une valeur sûre de la scène punk américaine. La recette ? Interroger le monde d’aujourd’hui à grand renfort de bruit. À quatre, Veronica Torres, Andrew Spalding, Benjamin Jaffe et Jonathan Campolo font résonner les guitares, exploser les batteries et jouent de la distorsion et des gémissements comme personne.
Le résultat donne du fil à retordre à tous les critiques musicaux : post-punk ? noise rock ? free jazz ? no wave ? Beaucoup de termes obscurs pour une musique finalement inclassable. Chacun pourra se faire son avis à l’occasion du concert du vendredi 1er février au Café de la Biennale, une exposition d’art contemporain hébergée dans l’ancien Hôtel des Postes jusqu’au 3 mars.
Humour noir et saxophone
Sa plus grande originalité tient au saxophone, présent quelque soit la couleur du morceau. Avec lui, Benjamin Jaffe nous ramène à Sun Ra, poussant plus loin encore les expérimentations sonores et les touches jazzy. L’univers PILL lui doit beaucoup, mais ne serait rien sans les paroles et l’énergie vocale de Veronica Torres.
Dans Soft Hell, dernier album en date, elle y chante son amour/haine pour New York mais porte surtout son regard acéré sur notre société, à l’image du titre « Power Abuser » (« sex sells, money talks. »). Le tout sans jamais se départir d’un féroce humour (noir de préférence). La pochette de l’album le prouve, un champignon atomique venant à peine perturber le récital au piano d’un chien…
Le discours par les notes
La réputation de PILL est donc bien installée, eux dont la prise de contact s’est d’abord faite par la musique. On raconte en effet que Ben Jaffe a interrompu avec son saxophone la première répétition du groupe, forçant le guitariste John Campolo à répondre avec son instrument. Le discours par les notes plutôt que par les mots, c’est ce qu’ils continuent d’appliquer.
Et c’est aussi l’esprit do it yourself qui les anime qui a contribué à étendre leur renommée au tout New York, jusqu’à être repérés par les célèbres Parquet Courts, un groupe de rock de Brooklyn. Aujourd’hui, c’est l’Europe qu’ils parcourent pour des sets vibrants et déchaînés, qui ne laissent personne indifférents. Après Londres, Glasgow, Bruxelles, Paris, prochain arrêt : Strasbourg et son Café de la Biennale.
Le premier conseil de l’Eurométropole de l’année 2019 présente un ordre du jour peu chargé. La principale délibération consiste à revenir à un système de redevance selon le volume de déchets des entreprises et associations. L’idée d’une taxe incitative au poids ou au volume pour les particuliers est écartée pour ce mandat. À suivre en direct à partir de 9h.
Le conseil de l’Eurométropole reprend ses activités avec un ordre du jour léger. La principale délibération concerne les déchets, mais uniquement pour les associations et entreprises. Il s’agit de réinstaurer une « redevance spéciale » pour les professionnels, déjà expérimentée à partir de 2013, mais ajournée en 2016 le temps de « revoir la stratégie de mise en œuvre », puis suspendue le temps d’une étude sur une tarification incitative au poids ou au volume afin de « s’attaquer au porte-monnaie ». Un moyen jugé plus efficace pour modifier les comportements.
Les hoquets de la redevance spéciale
Parmi les premiers problèmes de la redevance spéciale, qui tient compte du volume de déchets, les plus gros employeurs de la métropole se retrouvaient d’un coup fortement impactés, malgré les mises en garde passées. Et comme il s’agissait parfois de grands établissements publics comme l’Université de Strasbourg ou les hôpitaux universitaires, cela n’était pas du meilleur effet. Néanmoins 2 200 sites fonctionnent tout de même sous ce jeune régime.
Pour les professionnels, dont les associations ou administrations, la redevance spéciale liée au volume de déchets (et non au poids) reprend son « déploiement », avec des règles légèrement simplifiées. Les « non-ménages » qui produisent moins de 770 litres par semaine de déchets resteront au système de le Taxe d’enlèvement des ordures ménages (TEOM), un montant fixe qui dépend simplement des bases locatives de chacun (à l’instar des particuliers).
« Des gagnants et des perdants »
Il s’agit d’environ deux tiers des 7 300 sites concernés. Au-delà, c’est donc une formule qui dépend du nombre de litres de déchets (ou plutôt de la taille des bacs vidés chaque semaine) qui s’appliquera. Un plafond maximal est fixé à 50 000 litres par semaine. Le système au volume est plus simple à quantifier que le poids.
La vice-présidente en charge de la gestion des déchets, Françoise Bey (PS), prévient que cette réglementation fera « des gagnants et des perdants ». Et les perdants pourraient se trouver du côté des « métiers de bouche » si les bio-déchets ne sont pas mieux envoyés vers le compostage.
La redevance déployée d’ici trois ans
Les services de la collectivité ont identifié un millier de sites supplémentaires qui passeraient au système réhabilité de redevance. En 2020, la collectivité démarchera les professionnels de Strasbourg-nord et centre, ainsi que des communes de Bischheim, Hoenheim et Schiltigheim. Puis en 2021, ce sera au tour des petites communes de l’Eurométropole, celles du sud (Lingolsheim, Ostwald, Illkirch-Graffenstaden) et de Strasbourg-sud.
Le seuil minimal choisi fera aussi « sortir » vers 2022 environ 600 de 2 200 professionnels déjà passés à la redevance spéciale avant sa suspension. Ils reviendront à la TEOM.
Report aux calendes grecques pour les particuliers
Cet ajustement marque l’abandon à moyen terme d’une TEOM dite « incitative », que ce soit au poids ou au volume pour les particuliers. Il est vrai que cette dernière un peu plus complexe à mettre en œuvre par 483 500 habitants, notamment dans les ensembles collectifs. Lors du lancement d’une étude en 2017, la date de 2019 ou 2020 était fièrement avancée. Françoise Bey parle désormais d’un « horizon 2026″. Autrement dit, il y aura un autre mandat complet, avec une nouvelle majorité, pour accélérer les choses ou au contraire les repousser à nouveau. »Cela se construit avec les maires », avance l’élue strasbourgeoise. Et ces derniers sont l’un des piliers de la coalition aux manettes.
Pour autant, il n’y a pas eu non plus de blocage se souvient Jeanne Barseghian (EELV), conseillère déléguée à la réduction des déchets jusqu’en octobre 2018, avant de rendre ses délégations avec les autres élus écologistes « Il y a une attente, notamment dans les petites communes ou l’on trie mieux qu’à Strasbourg, pour une corrélation entre les déchets que l’on produit et ce que l’on paie. Ce que ne veulent pas les maires, c’est se retrouver à payer autant, mais pour moins de services. »
L’élue strasbourgeoise se dit satisfaite sur « le cap » de cette délibération, mais déçue sur « le rythme » :
« En plus de clarifier les choses pour les entreprises, la délibération vient confirmer l’objectif d’une taxe incitative pour laquelle nous avons toujours poussé. Même si cela prend des années, l’annonce fait déjà changer les comportements. À Besançon, dès que l’intention a été donnée, il y a eu une baisse de 30% des déchets ménagers, avant même la mise en place de la taxe. Parmi les autres points positifs, il y a aussi des sites pilotes à partir de « 2020/2022″ où il n’y aura pas une facturation réelle mais la présentation de ce que paieraient les ménages avec une taxe au volume. C’est une étape primordiale. Néanmoins à ces rythmes là, les objectifs ambitieux que nous nous étions fixés, qui sont rappelés dans la délibération, à savoir -10% de déchets entre 2010 et 2020 et 65% de valorisation énergétique, c’est-à-dire le tri, en 2025 ne seront pas atteints. »
Un sujet pour les municipales ?
Si une taxe au volume devait un jour être mise en place à Strasbourg et aux alentours, une part variable et une part fixe devraient cohabiter sur la feuille d’impôts locaux.
Simon Baumert, le co-fondateur de l’association Zéro déchet Strasbourg se dit aussi partagé. Il rappelle qu’ »au départ les élus envisageaient une mise en place dans le mandat actuel » :
« Nous déplorons l’inertie du sujet qui est dans les tuyaux depuis 2011 et qui peine à aboutir. Mais la relance du développement de la redevance spéciale est une bonne nouvelle, car c’est un levier très puissant. En effet, les hôpitaux universitaires sous redevance spéciale ont souvent engagé des plan de réduction des déchets suite à la mise en place d’une telle redevance. »
Pour réduire le volume des déchets, l’enjeu à venir serait alors les déchets organiques (fruits, légumes, végétaux) :
« Nous attendons également une mise en place de la collecte des bio-déchets avec des possibilités pour les particuliers et pour les pro. Il y a l’exemple de Colmar qui le propose pour ses habitants et de nombreuses grandes villes le font en Europe. Paris l’expérimente dans deux arrondissements, mais nous sentons une grande timidité de la part de l’Eurométeropole, en dépit de l’expérimentation avec 100 foyers. La collectivité ne peut se reposer sur les associations avec les compost de quartier, car cela ne permet pas un accès à tous. »
La question des poubelles n’est pas très sexy, mais elle concerne chacun et mobilise des millions d’euros chaque année. Elle devrait donc bien se retrouver en débat dans l’hémicycle des 33 communes ce vendredi 25 janvier, voire dans les prochaines échéances électorales.
Le festival L’Ososphère va de nouveau investir le quartier Laiterie en septembre. Il s’agit d’un retour aux origines pour ce festival des musiques électroniques dont la notoriété dépasse largement les frontières de Strasbourg, après une aventure près du Port-du-Rhin à la Coop.
« Du 13 au 22 septembre, L’Ososphère se déploiera de nouveau sur le quartier de La Laiterie, pour y proposer 4 Nuits Électroniques (les 13 & 14 et 20 et 21 septembre), une exposition sur le même site, un programme de performances et de croisières sonores, un Café Conversatoire, un Pop-Up District et autres impromptus. » Cette annonce a été communiquée par Quatre 4.0, l’association organisatrice de l’Ososphère, accompagné d’un teaser (voir ci-dessus).
Une longue tradition et un retour bienvenu
L’Ososphère avait quitté en 2011 son quartier d’origine, que le festival des musiques électroniques occupait depuis 1997, en occupant le Môle Seegmuller (devenu Le Shadok) puis les bâtiments désaffectés de la Coop au Port-du-Rhin.
Le festival s’était ainsi positionné comme accompagnant le mouvement de retour vers le Rhin de toute la ville… Mais en 2015, les contraintes de sécurité ont été trop contraignantes et un repli avait été opéré en urgence dans les deux salles de la Laiterie. Les Nuits électroniques ont été reprogrammées une fois à la Coop en 2017.
En investissant la Coop, L’Ososphère était parvenu à augmenter sa jauge maximale, pour atteindre près de 10 000 personnes, et à résoudre des problèmes de voisinage qui devenaient importants.
Mais le festival avait dû séparer son exposition de ses soirées de concerts, et avait perdu du même coup son ambiance de ville électronique dans la ville et la déambulation parmi les oeuvres et les performances qui avaient fait son charme et sa particularité. Dans le quartier Laiterie, le festival Ososphère occupait outre les deux salles de la Laiterie, le Molodoï, une partie de la rue du Ban-de-la-Roche, l’actuel Espace K, le théâtre Taps Laiterie et la salle des colonnes…
Un « salon extérieur » où des souvenirs inoubliables ont été gravés pour de très nombreux festivaliers était installé dans la rue du Hohwald, fermée à la circulation. L’annonce de ce jeudi sur le retour « dans le quartier » semble vouloir renouer avec cette tradition d’occupation de l’espace public du quartier, qui n’a guère changé depuis 10 ans.
Aucun élément de programmation n’a été communiqué à ce jour.
Une première édition du Grand débat national à Strasbourg s’est tenue à l’école d’ingénieurs de l’environnement dans la soirée de lundi. Thierry Michels, député « En Marche » de Strasbourg, a écouté pendant deux heures les 53 propositions en provenance d’un public sage. Il s’est bien gardé de répondre, ce qui a donné à la soirée les allures d’une thérapie collective plutôt que d’un débat politique.
La salle de la Marseillaise paraît pleine à craquer quand les 160 personnes et quelques s’installent lundi soir pour participer à une première rencontre à Strasbourg dans le cadre Grand débat national, proposé par le président de la République, Emmanuel Macron. C’est le député (LREM) de Strasbourg, Thierry Michels, qui a pris tous ses petits copains de vitesse en proposant à l’École Nationale du Génie de l’Eau et de l’Environnement de Strasbourg (ENGEES) d’héberger cette soirée d’échanges sur la transition énergétique.
Jean-François Quéré (à gauche), directeur de l’ENGEES et Thierry Michels (à droite) annoncent l’ouverture de leur réunion du grand débat national à Strasbourg.
Bien que le Grand débat ait été mis en place pour répondre au mouvement des Gilets jaunes, pas question pour l’élu de la majorité de leur donner de l’écho. Il est parvenu à introduire la soirée sans les nommer :
« La dépendance à la voiture est à l’origine de la crise actuelle. Il faut que nous trouvions des solutions pour proposer aux citoyens de se déplacer autrement, en prenant en compte les enjeux sociaux de la transition écologique. »
Et ça marche : dans ses interventions, le public a égrené des propositions en faveur de la transition écologique et de son financement, sans parler des Gilets jaunes.
Le GCO écarté lui aussi du débat
Ce sont majoritairement des hommes, la cinquantaine passée, qui ont pris la parole. Les propositions ont porté sur les solutions locales ou nationales, le financement de la transition écologique et les actions à l’échelle européenne voir internationale en faveur de l’Environnement.
Certains des participants ont par exemple proposé l’augmentation des aides pour remplacer les véhicules diesels et le développement de voitures à hydrogène, « moins polluantes à la construction et au recyclage que les voitures électriques. » Soutenir financièrement l’isolation thermique des bâtiments a aussi été une demande récurrente. Mais pour financer cette fameuse « transition écologique, » les propositions se sont faites beaucoup plus rares.
Heureusement que les Gilets jaunes n’étaient pas présents, puisque certains participants ont évoqué des… taxes, sur les importations de viande et de panneaux solaires pour favoriser leurs productions en France. Fabien, étudiant à l’ENGEES, a aussi proposé de revoir à la hausse la fiscalité, mais sur les carburants utilisés pour le transport maritime et aérien.
La première évocation de l’autoroute du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg est venue à la quarantième minute du débat. Après une saillie contre la décision de laisser les déchets au fond de Stocamine, le militant et blogueur Jean-Claude Meyer a proposé que soit abandonné le GCO, une contribution largement soutenue par de forts applaudissements dans l’assistance… Aucune réaction de Thierry Michels. Deux autres interventions reviendront ensuite sur la future autoroute mais seront à chaque fois interceptées par Thierry Michels, au prétexte que « la parole a déjà été donnée plus longtemps que de raison à ce sujet. » Tant pis pour le débat.
Jean-Claude Meyer a rediffusé l’intégralité du débat en live sur sa page Facebook. « Je m’inquiète de la restitution du débat, sa rediffusion en public donne des garanties » justifie-t’il.
Dans une incroyable spontanéité, une personne du public a subitement proposé que soit « redirigé le fonds européen d’aide au désenclavement routier vers la transition énergétique. » Une remarque qui a tout de même sorti Thierry Michels de sa léthargie. Le député en a profité pour annoncer que cette mesure était « au cœur des débats de la commission aux Affaires européennes de l’Assemblée Nationale » dont il fait partie. Deux autres participants ont aussi insisté sur le rôle de « leader écologique que doit tenir l’Europe face aux autres grandes puissances » ainsi que sur la nécessité d’une réponse européenne pour remplir l’accord de Paris… Messages subliminaux.
Un brainstorming citoyen plutôt qu’un débat
Le député s’est contenté d’écouter les propositions, sans répondre sauf à connecter certaines propositions formulées avec des choix du gouvernement. Devant la remise en cause du PIB comme mesure du développement économique par un participant pour y inclure par exemple les impacts écologiques ou le temps de travail, Thierry Michels s’est placé en modérateur implacable : « il faut garder des propositions concrètes. »
Voilà donc à quoi ressemble le Grand débat national à Strasbourg : un enchaînement de propositions techniques, sans lien les unes avec les autres. De débat, il n’a donc pas été question… La soirée s’est plus apparentée à celle d’un groupe de parole pour citoyens inquiets, ou d’une thérapie de groupe pour macronistes.
Une boite à idées est mise à disposition des participants, ainsi que des tracts mettant en exergue les positions de Thierry Michels. (Photo PP / Rue89 Strasbourg / cc)
À la fin de la soirée, Thierry Michels a sondé la salle pour savoir si le public était satisfait. À main levée, l’assistance a répondu « oui » à une large majorité, ce qui aura été finalement le seul vote de la réunion. Mais pour Lucas, l’un des participants, les échanges « manquaient de lien entre eux. » Jean-Claude Meyer a qualifié la soirée de « défouloir par la parole. On n’a pas eu d’échange qui auraient pu aboutir à des réponses. »
Les échanges seront retranscrits dans une synthèse rédigée par les collaborateurs de Thierry Michels et publiée sur le site du Grand débat national. Toutes les synthèses des réunions ainsi que les contributions individuelles seront intégrées après la clôture des débats le 15 mars, dans un grand bilan de la consultation que dressera le gouvernement.
De nouvelles vidéos viennent étayer la compréhension des événements qui ont abouti à blesser deux adolescents samedi 12 janvier à Strasbourg, lors de l’Acte IX des Gilets jaunes. Selon ces éléments, ce sont bien des tirs de LBD, en provenance de policiers en civil, qui ont atteint les jeunes, l’un au visage et l’autre à la jambe.
Les parents des deux adolescents blessés à Strasbourg samedi 12 janvier, en marge de la manifestation des Gilets jaunes pour leur Acte IX, ont obtenu de nouveaux éléments vidéos de la part de manifestants ou de personnes qui ne prenaient pas part au cortège (voir ci-dessus).
Rencontrée au chevet de son fils Lilian, grièvement blessé à la mâchoire, Flaure D. indiquait à Rue89 Strasbourg ne pas comprendre pourquoi son fils avait été visé par les forces de l’ordre. Selon les vidéos qu’elle est parvenue à collecter, il se trouve que Lilian se tenait à distance de la manifestation. L’adolescent venait de s’acheter un nouveau manteau au centre commercial des Halles. Me Nicolas Clausmann, avocat de la famille, précise :
« Lilian ne pouvait pas utiliser le tramway en sortant du centre commercial parce que la circulation avait été interrompue à cause de la manifestation. Il a donc cherché à contourner la manifestation pour se rendre à la gare et il s’est pris une balle de LBD alors qu’il n’avait rien à voir avec les Gilets jaunes… C’est du moins notre analyse de ces éléments et on espère que le procureur de la République, en charge de l’enquête suite à la plainte de ma cliente, la partagera. »
Plan de situation
L’auteur des vidéos, Maximilien, participait à la manifestation samedi 12 janvier. Vers 16h20, il était à l’angle de la rue du Maire-Kuss et du quai Saint-Jean. Il précise :
« J’étais juste à côté des deux jeunes qui ont été blessés. Une balle de LBD m’est passée à 50 centimètres du visage, j’ai bien failli perdre un œil ! Sur les vidéos, on peut distinguer au moins trois tirs, ce qui déjà infirme les versions des policiers qui mettaient en doute que les blessures des jeunes aient été causées par leurs armes. À aucun moment, on pensait être en danger ou menacés… Les manifestants étaient assez loin et les gendarmes de l’autre côté du pont. Personne n’avait remarqué les policiers en civil, qui s’étaient d’ailleurs cachés derrière un coin, et qui ont fait usage de leur LBD en direction des manifestants pour finalement toucher des gens qui étaient derrière… »
Dans les vidéos, on repère à partir de 2mn 40 les deux adolescents blessés comme étant situés une dizaine de mètres derrière les quelques Gilets jaunes qui occupaient encore la placette entre le pont de la rue du Maire-Kuss et le quai Saint-Jean. Alors que des projectiles sont lancés en direction des gendarmes mobiles par les manifestants, des tirs fusent depuis l’autre côté de la rue du Maire-Kuss.
Des policiers en civil ont fait usage de leurs LBD contre les Gilets jaunes (document remis)
Dans une autre vidéo, on voit des policiers en civil, regroupés et dissimulés derrière un angle d’immeuble (voir ci-dessus), faire usage de leurs LBD 40. Les manifestants sont surpris par ces tirs de balles de défense de 40 mm et reculent. Lilian et un autre adolescent ont été touchés à cet instant.
La légalité du tir en question
Suite aux deux plaintes pour blessures involontaires déposées par les parents des adolescents, le procureur de la République de Strasbourg a ordonné une enquête, menée par la sûreté départementale. Elle devra déterminer si l’usage du LBD a bien été effectuée dans des conditions légales. L’usage du LBD 40 est régie par l’instruction du 2 septembre 2014 du ministère de l’Intérieur. Ce texte précise que l’emploi hors sommation n’est possible qu’en « cas de violences ou voies de fait commises à l’encontre des forces de l’ordre ou si elles ne peuvent défendre autrement le terrain qu’elles occupent. »
Le tireur doit « dans la mesure du possible », s’assurer « que les tiers éventuellement présents se trouvent hors d’atteinte, afin de limiter les risques de dommages collatéraux. » Il ne doit pas viser au dessus du torse mais rien n’interdit le tir tendu.
La température devrait atteindre -8°C à Strasbourg dans la nuit du mardi 22 janvier au mercredi 23. Comme le seuil des -5°C est atteint, la Préfecture du Bas-Rhin annonce par communiqué l’activation du « 2è niveau » du Plan hiver pour les sans-abris. Cette situation ouvre 174 places supplémentaires dans les structures déjà existantes (hébergement collectifs ou hôtels). Par ailleurs, les horaires des accueils de jour sont étendues pour ne pas mettre de personnes dehors et la veille des secours est intensifiée.
Sujet au conseil la veille
Le sujet s’était immiscé dans l’hémicycle du conseil municipal du 21 janvier. Interpellé par son adjoint Philippe Bies, le maire Roland Ries (PS) avait répondu qu’il tenait un gymnase à disposition mais que la Préfecture a répondu que « ce n’était pas indispensable ». Il a ajouté que le fonctionnement d’un tel lieu relevait ensuite de l’État. Roland Ries s’était engagé à « relancer » le préfet, mais il n’y a pas eu d’ouverture dès lundi soir. Le maire avait évoqué que des places étaient mobilisables par la préfecture dans les hôtels ou l’ancien hôpital militaire Lyautey, ce qui va dans le sens du communiqué de ce mardi 22 janvier.
Cet effort supplémentaire porte à 501, le nombre places temporaires prévues dans le cadre du « plan hivernal » qui début chaque 1er novembre. Elles s’ajoutent au parc de 9 051 places dans le Bas-Rhin disponibles toute l’année. Dans ce total, 3 106 sont prévues pour les demandeurs d’asile et 6 050 sans distinction de situation (en règle ou non, Français ou étranger).
Dans l’ancien hôpital militaire Lyautey au Neuhof, certaines places du plan hiver 2017/2018 ont été pérennisées toute l’année. D’autres supplémentaires sont (ré)-ouvertes à l’hiver mais le total reste insuffisant (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Un nombre d’appels qui interroge
La Préfecture indique en outre que 55 demandes d’hébergement ont été adressées au 115 dans la nuit de lundi à mardi. Elle estime donc que les 174 places devraient dès lors permettre de mettre à l’abri ces personnes-là. Cet ordre de grandeur tranche avec ceux connus il y a deux ans, de plusieurs centaines (200 à 500 selon les soirs et les sources). Selon une source proche du 115, le nombre d’appels serait en fait de 300 appels pour cette nuit du 21 au 22 janvier. Le chiffre de 55 correspondrait aux personnes signalées directement par les différents maraudes. À cela s’ajoutent donc de nombreux appels spontanés d’individus qui expriment un besoin, mais ne sont pas toujours comptabilisés comme sans-abris, notamment quand ils ont une solution de repli.
Une analyse que partage Syamak Agha Babaei, vice-président de l’Eurométropole en charge de l’habitat et conseiller municipal strasbourgeois :
« Pour l’État, les seules personnes à la rue sont celles signalées au 115 par les maraudes. Elles font un travail exceptionnel, mais elles ne peuvent pas tout voir. Ce n’est pas dans les habitudes de l’État d’ouvrir plus de places que nécessaire. Ces 174 places sont une bonne nouvelle car c’est plus qu’un gymnase comme nous le proposions à la Ville, mais il faut aller plus loin si nécessaire. Et surtout, il faudrait enfin sortir d’une gestion au thermomètre que tout le monde déplore. »
C’est seulement si les températures atteignent -11°C qu’un gymnase serait alors réquisitionné directement par le préfet. Meteo France ne prévoit pas une telle évolution dans le Bas-Rhin.
Pour le groupe La Coopérative / Generation.s des places supplémentaires peuvent-être trouvées via les bailleurs sociaux et les autres communes de l’Eurométropole.
Proposons que les logements et locaux vacants de CUS Habitat et Habitation Moderne soit mobilisés sans délais pour mettre à l’abri; et que la métropole comme les communes voisines soient solidaire et impliquées au même niveau que Strasbourg #CMStras@rue89stg_live@dnatweets 2/2
— La Coopérative Sociale Ecologique et Citoyenne (@CooperativeStbg) January 21, 2019