Les amateurs de bonne musique peuvent se réjouir, le Café de la Biennale, qui squatte une partie de l’ancien Hôtel des postes, gardera ses portes ouvertes jusqu’au 31 mars. L’endroit, ouvert depuis le 21 décembre à l’occasion de la Biennale d’Art Contemporain, s’est fait une place remarquée dans l’univers culturel strasbourgeois grâce à une programmation à la fois pointue et ambitieuse. L’endroit, coincé entre l’avenue de la Marseillaise et l’avenue de la Liberté, est parvenu à programmer 32 dates en 10 semaines, avec parfois des stars internationales comme Omar Suleyman ou Zombie Zombie…
La cour intérieure de l’Hôtel des Postes constitue un cadre exceptionnel (Photo Bartosch Salmanski / Facebook)
L’occupation d’une partie de l’Hôtel des Postes de Strasbourg par la Biennale d’art contemporain et son exposition « Touch me » devait initialement se terminer le 3 mars. La rénovation de cet ensemble exceptionnel de la Neustadt par Bouygues Immobilier devait suivre, en vue d’y installer des logements de luxe, des bureaux de luxe, une résidence de luxe pour personnes âgées et une brasserie (probablement de luxe).
Cadre majestueux, programmation ambitieuse
Mais finalement, l’ensemble des Strasbourgeois dispose d’un nouveau sursis pour profiter de ce cadre historique et majestueux, oscillant entre inspirations médiévales et néo-gothiques. La nouvelle de la prolongation de la Biennale est arrivée en fin de semaine dernière, elle a été accueillie avec soulagement par l’équipe du Café comme l’explique Alexandre “Rob” Bureau, le gérant :
« Faire vivre un lieu comme ça, en hiver, avec de telles charges, on savait que ce serait compliqué. Même s’il n’y a pas de loyer, il a fallu isoler le bâtiment, le sonoriser et louer l’ensemble du matériel de bar et audio… Avec cette prolongation, on va pouvoir développer une activité de terrasse et ça devrait nous permettre d’équilibrer l’économie de cette opération. Mais ce ne sera clairement pas l’affaire la plus rentable de ma carrière ! »
Les facétieux Guillaume et Fabien de Bâle Tragique (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Et de fait, l’équation est compliquée puisque la jauge du Café de la Biennale est limitée à 250 personnes. Difficile dans ces conditions d’accueillir des grands noms de la scène, sans subvention et en gardant des prix d’accès relativement bas. C’est pourtant ce qu’a réalisé Elsa Plaza, la programmatrice du Café :
« On est en déficit sur l’activité des concerts, c’est clair. Pour certains concerts, comme Omar Suleyman, on a même dépassé nos limites maximales de cachets… Mais bon, voilà, on eu cette opportunité et Omar Suleyman cherchait aussi à se produire dans de plus petites salles donc il y avait un créneau. Même chose pour Zombie Zombie, c’était assez compliqué techniquement de les accueillir mais ça a permis de faire plaisir à près de 300 personnes, donc ça valait le coup. À 12 ou 15€, ce sont clairement des concerts cadeaux pour les Strasbourgeois. »
Suite à la prolongation, Elsa s’est remise au travail pour remplir l’agenda de mars du Café de la Biennale. Aucune date ne peut encore être annoncée au moment de rédiger ces lignes, mieux vaut garder ses antennes en alerte.
Le conseil municipal de ce lundi 25 février présente un ordre du jour restreint. L’une des principales délibérations concerne les actions pour la Santé de Strasbourgeois. À suivre en direct et avec nos commentaires à partir de 15h.
Après un mois de janvier marqué par plusieurs candidatures pour les élections de 2020, l’actualité du conseil municipal strasbourgeois a bien ralenti en février. Seul un retournement aussi spectaculaire que rapide sur la question des rythmes scolaires (à lire ici,là et là) est sorti du lot. La question avait d’ailleurs été soulevée par l’opposition lors de la précédente séance.
Et ce calme hivernal, peut-être dû en partie aux vacances scolaires, se ressentira ce lundi 25 février. Seuls 23 points figurent à l’ordre du jour. Mais les programmes légers sont parfois l’occasion de s’engouffrer dans les angles morts de la politique locale, des décisions pourtant essentielles, mais qui passent parfois sous les radars au profit des gros dossiers.
Le conseil municipal du lundi 25 février débutera par un hommage à Tomi Ungerer (photo Pascal Bastien)
La Santé n’a pas de prix mais a un coût
La principale délibération concerne le Contrat local de Santé (CLS, 2015-2020). La Santé est une compétence de l’État et non des Villes. Mais depuis la période allemande de Strasbourg, la municipalité a toujours développé des politiques médicales et hygiénistes pour ses habitants. Ainsi, un avenant au CLS est signé par désormais 16 institutions puisque la Région Grand Est s’y ajoute.
Parmi les nouveautés pour les deux dernières années, quelques places d’hébergement à la salle de consommation de drogue à l’hôpital (ou « salle de shoot »), la poursuite des maisons de Santé à la Cité de l’Ill (et des projets au Port-du-Rhin et à ), le déploiement d’équipes de prévention contre le tabac (1 coordinateur et un chef de projets autour d’étudiants en santé), le renforcement des équipes du Sport sur Ordonnance et de lutte contre l’obésité ou encore des recherches sur les perturbateurs endocriniens.
L’Eurométropole, qui votera aussi l’avenant lors de sa séance de vendredi, va participer en essayant de permettre aux 33 communes de mieux partager leurs bonnes pratiques. La collectivité se retrouve interpellée sur la qualité de l’air, de l’eau ou par le peu de matériaux recyclés à Strasbourg et aux alentours.
Le problème, c’est que toutes les nouvelles dépenses de fonctionnement des mairies sont scrutées par le gouvernement. Elles ne doivent pas augmenter de plus de 1,2% par an, sous peine de sanctions financières. Un paradoxe qui agace l’adjoint au maire en charge de la Santé, Alexandre Feltz (non-inscrit) :
« L’État via l’Agence régionale de Santé (ARS) nous subventionne pour aller plus loin dans nos actions de Santé et l’État « financier » (via la Préfecture ndlr) nous demande de ne surtout pas augmenter nos dépenses. »
Des associations d’élus et de maires ont demandé au gouvernement que certaines politiques volontaristes, comme celles de Santé, soient exclues du calcul des 1,2%. Un appel auquel le maire Roland Ries souscrit. Les négociations auront lieu en avril.
Les PNU en discussion
Une autre délibération importante concerne les « Parcs naturels urbains » (PNU). L’idée des PNU est de répliquer le modèle des parcs naturels régionaux (comme ceux des Vosges du nord ou du Ballon des Vosges) où l’on concilie l’activité économique, humaine et la préservation de la nature. Après celui à l’ouest appelé « Ill-Bruche », dont la suite du développement vise à l’étendre vers la gare, notamment en passant par l’Elsau, celui de « l’Ill Rhin » sera créé. Ce deuxième PNU englobe les quartiers du conseil des XV, de l’Orangerie et jusqu’à la forêt de la Robertsau.
Les deux PNU
Le deuxième PNU Strasbourgeois et ses projets Plan des projets du PNU à l’ouest de Strasbourg pour 2019-2023 (Cliquez pour agrandir – document Ville de Strasbourg)Plan des projets du PNU à l’ouest de Strasbourg pour 2019-2023 (Cliquez pour agrandir – document Ville de Strasbourg)
Symptôme du calme apparent de ce mois de février, l’opposition – pourtant en pré-campagne – n’a pas déposé d’interpellation. La fin de séance sera marquée par une motion pour « réaffirmer les valeurs de la République » et, comme le propose l’association des maires de France, de planter un arbre pour s’opposer aux discriminations, et notamment à l’antisémitisme. Vue la recrudescence des actes, pas sûr que cela soit suffisant.
Le cimetière juif de Quatzenheim a été retrouvé maculé de croix gammées. Un acte antisémite qui s’ajoute à une longue liste depuis ces dernières années.
On en parlait à l’automne, lors de son passage en première partie de Cœur de Pirate à la Laiterie. Vendredi, l’occasion se présente de retrouver Gael Faure dans une toute autre configuration au Cheval Blanc de Schiltigheim. Cette fois-ci tête d’affiche, c’est en groupe qu’il viendra chanter les titres de Regain, son dernier album.
« Le regain, c’est la deuxième coupe d’herbe qui permet à celle-ci d’être plus verte. C’est tout ce qui croît et qui renaît. Et puis, c’est aussi l’anagramme de graine ». En interview, Gael Faure situe très vite ce qu’il avait en tête lorsqu’il a composé son dernier album, quatre ans après De Silence en Bascules. Des titres plus cohérents, plus profonds, plus personnels aussi, composés par lui-même et écrits à plusieurs mains. Sur des sujets variés mais toujours guidés par son amour profond de la nature qui l’entoure.
Entre urgence et légèreté
L’Ardéchois n’hésite pas à faire de la nature le prisme de toute chose, au travers duquel il scrute les moindres tourments de notre civilisation et de notre humanité. Quand « La belle échappée » ou « Traverser l’hiver » respirent le grand air pour parler des angoisses amoureuses, « Siffler » et « Éreinté » abordent la difficulté du travail et de la terre. « Colibri », elle, marque le point d’orgue des considérations climatiques de Gael Faure, lui qui est très engagé au sein du mouvement du même nom, aux côtés par exemple du réalisateur Cyril Dion. Engagement qui se traduit notamment dans la Tournée des Colibris qui réunit de grands noms de la chanson française autour de la question du changement global.
Mais si les sujets ne sont pas légers, Gael Faure réussit toujours le pari de ne pas tomber dans une gravité trop pesante. Celui qui chante « n’aie pas trop peur, la saison est belle » installe sur scène avec ses trois musiciens une ambiance toujours joyeuse, à coup de synthés et de rythmes communicatifs. Du groove, de la chaleur et toujours beaucoup d’humour partagé, car la scène est l’endroit de communion par excellence pour lui qui aime être au contact de son public. D’introductions presque chamaniques à des passages chaloupés, le tout entrecoupé toujours de discussions à cœur ouvert, il est sûr que dans le petit écrin du Cheval Blanc, le concert de vendredi risque d’être un beau moment de partage.
Dernier blockbuster signé par James Cameron et Robert Rodriguez, Alita : Battle Angel ressuscite un manga culte pour sa noirceur. Le pari d’une telle adaptation est réussi, donnant lieu à un spectacle jouissif et à l’intrigue haletante.
Alita : Battle Angel fait partie de ces films adaptés d’animés japonais dont la route jusqu’aux écrans de cinéma fut longue, très longue. On sait Hollywood friand de mangas et d’animation japonaise : Guillermo Del Toro est un admirateur du maître de l’horreur Junji Ito et Leonardo Dicaprio promet depuis une quinzaine d’années de produire un film live Akira.
Pourtant alléchantes, les annonces de tels projets hérissent systématiquement le poil des puristes alors que ces prises de risques sont monnaie courante au Japon. On pense à Takeshi Miike, réalisateur prolifique et inégal dans son travail, qui se frotte à des licences comme Ace Attorney ou Jojo’s Bizarre Adventure. Mais en Occident, cette méfiance est méritée : l’ineffable Dragon Ball Evolution est l’exemple archétypal de l’incompréhension dont feraient preuve les vils américains à l’égard des œuvres originales.
En vérité, ce qui est lost in translation (par exemple, la spiritualité du premier Ghost in the Shell, emplie de shintoïsme dans l’animation de Mamoru Oshii) devient une réactualisation d’enjeux occidentaux (une Robocop incarnée par Scarlett Johansson en quête d’identité chez Rupert Sanders) qui peut véritablement donner une saveur inédite à une adaptation.
Tiré du manga Gunnm, œuvre cyberpunk phare de Yukito Kishiro dans les 90s, Alita : Battle Angel est effectivement couvé depuis 2003 par James Cameron (Terminator, Aliens, Titanic). Préoccupé par Avatar (il y a dix ans – déjà !) et ses suites à venir, il relègue finalement la réalisation à Robert Rodriguez, réalisateur atypique à qui l’on doit Sin City, la trilogie Spy Kids ou le culte Une Nuit en Enfer.
Féroce, Alita va devoir faire face au chaos d’Iron City. (Photo 20th Century Fox)
Au XVIème siècle, le docteur Dyson Ido (Christoph Waltz) est un chirurgien de renom à Iron City, où règne la loi du plus fort et où les habitants sont tous affublés de prothèses cybernétiques. La cité flottante de Zalem, forteresse des nantis qui ont pu échapper à l’Effondrement, catastrophe qui engloutissait l’humanité trois siècles plus tôt, déverse continuellement des déchets métalliques sur Iron City. Dans sa récolte habituelle de pièces détachées, le docteur Ido tombe sur un buste de cyborg en piteux état qu’il compte réparer. Alita (Rosa Salazar) renaît dans un corps de jeune adolescente, confectionné par son nouveau père, et s’apprête à découvrir un monde en ruines avec les (grands) yeux d’une enfant qui doit trouver sa place.
Le docteur Dyson Ido met Alita en garde sur les dangers du monde extérieur. (Photo 20th Century Fox)
Prouesse technique et amour de la machine
Après ce petit détour concernant l’origine du film, évacuons d’emblée l’embarras de savoir si la fidélité à l’œuvre est au rendez-vous : je ne connaissais Gunnm que de nom avant de voir Alita et, pour être franc, c’est surtout ce choix audacieux d’affubler l’héroïne d’une paire de grands yeux typiques des animés qui m’a incité à aller au cinéma. C’est le risque certain de trahir des moments de faiblesse dans l’animation numérique et d’entrer dans la vallée de l’étrange (uncanny valley). Ce paradoxe stipule que plus un objet animé ressemble à un humain sans en être un, moins nous sommes à l’aise en sa présence : zombies, automates…
En somme, Alita aurait pu tomber dans le piège de devenir absolument terrifiante à cause d’erreurs d’animation mêmes légères qui trahiraient son artificialité. Cette crainte ne se réalise jamais. La force du film est le jeu d’actrice de Rosa Salazar et son vernis numérique, faisant d’Alita une héroïne adorable et redoutable. Plus les yeux sont gros, mieux ça marche : l’expressivité du personnage est grandiose et on en vient à se demander pourquoi Hollywood n’y a pas pensé plus tôt.
Émotions humaines mais corps de métal. La synthèse fonctionne à merveille : Alita est crédible tout le long du film. (Photo 20th Century Fox)
Cette tendance à mélanger la prise de vue réelle et l’animation numérique n’est pas nouvelle, Ghost in the Shell de Rupert Sanders dotait déjà Scarlett Johansson d’un corps augmenté. C’est le propre des acteurs et actrices que de transformer leur corps, de le travailler, de le présenter au nom de la mise en scène mais, miracle du cinéma contemporain, les machines peuvent désormais prendre cette charge. Cette complémentarité – refusons de parler de paradoxe – entre l’art dramatique et la technique démiurge était déjà au cœur d’Avatar, réalisé par James Cameron. Si les deux protagonistes, l’un humain et l’autre alien motion-capturé, représentaient déjà cette liaison pacifiée et enthousiaste, Alita synthétise cette question en un seul corps.
Des boulons et des jeux
Postulat en apparence éculé, les premiers pas d’un cyborg tout frais et la découverte de son environnement pourrait lasser si ce monde n’avait pas la richesse visuelle d’Iron City. Si les spectateurs n’ont que du post-apocalyptique à souper depuis des années, les couleurs chaudes et le fourmillement de détails font de cette décharge terne une véritable cité, dernier bastion d’une humanité dans toute sa diversité.
Très vite, Alita rencontre Hugo, un scraper, qui collecte et revend des pièces mécaniques et qui va notamment l’introduire au monde du motorball, courses ultra-violentes de roller dans des stades noirs de monde. Opium d’un peuple dominé par Zalem, dont l’accès est promis au champion, le motorball est au cœur du récit. En effet, Alita montre des prédispositions naturelles époustouflantes qui en font rapidement une féroce concurrente à un bestiaire mécanique de cyborgs augmentés spécialement pour l’occasion. Les scènes de course, spectaculaires, restent lisibles grâce à une mise en scène efficace qui suit Alita de près, dans des accélérations vertigineuses.
Les affrontements sont violents et mis en scène avec brio. (Photo 20th Century Fox)
Ainsi les habitants d’Iron City sont-ils tous liés, de près ou de loin, à ce sport extrême. Des criminels orchestrent l’arrachage de membres de cyborgs pour les revendre au marché noir. Dans cette décharge anarchique, seuls quelques chasseurs de primes traquent ces cyber-receleurs. Alita : Battle Angel, bien que blockbuster à plus de 200 millions de dollars, ne lésine pas à montrer des corps se faire fracasser dans des explosions jouissives de boulons et de vis. Cette violence, bien qu’atténuée par la nature mécanique des personnages, donne au film un rythme et un souffle qui aurait très certainement rendu le résultat moins savoureux sans elle. Alita est certes douée sur des rollers mais bon sang, qu’est-ce qu’elle tabasse bien.
Cette prodige du combat gagnera en talent au fil du récit, à mesure que sa mystérieuse vie antérieure lui reviendra à l’esprit. Les chorégraphies sont impeccables, le style de combat est excentrique et le formalisme de Robert Rodriguez sied parfaitement à une action typée animé japonais, avec ce qu’il faut d’exagération dans les corps qui se tordent et les poses propres à l’immobilité du format papier. Derrière l’ange, la brute hurlante capable d’éviscérer ses adversaires dans une révolte adolescente qu’elle va apprendre à fonder fait décidément d’Alita une des héroïnes-guerrières de SF marquantes de ces dernières années.
La guerrière ingénue
La candeur d’Alita est le principal attrait du film. Le regard innocent qu’elle porte sur le monde réenchante les décombres et on s’éprend du destin de la jeune cyborg. Seulement, le film avance en funambule sur cette corde tendue qui sépare le cliché du trope, à savoir celui de la rencontre d’une jeune femme ingénue, sauvage, et d’une civilisation en crise. Ce stéréotype, qu’on retrouve trop souvent comme l’expression salvatrice de la femme virginale qui vient absoudre les péchés du masculin, se manifeste malheureusement dans la romance entre Alita et Hugo.
Depuis le Chat Potté, aucun personnage n’a été aussi attendrissant. (Photo 20th Century Fox)
Cette relation donne lieu à quelques séquences touchantes mais ça ne suffit pas : que s’est-il passé pour qu’un acteur sorti d’un téléfilm Disney Channel se mette à jouer un loubard au cœur tendre ? Ce jeune homme est tout le temps propre sur lui (alors qu’il a littéralement les mains dans le cambouis) et le développement de son arc narratif se finit en queue de poisson, comme si les scénaristes devaient improviser en plein tournage. Difficile de faire plus antipathique et creux que ce personnage qui est pourtant pétri d’un paradoxe intéressant dont je laisse la surprise intacte. Sans doute Cameron et Rodriguez ont-ils cru bon de mettre en scène un énième garçon adolescent à sauver, comme pour conforter les spectateurs ingrats et immatures : un jour, une waifu viendra prendre leur cœur sans émettre de résistance…
Au-delà de ce seul gâchis, compromis hollywoodien dont on peine à passer par dessus, le film offre généreusement ce qu’il promettait : un spectacle haletant, enrobant l’histoire d’une adolescente cybernétique. Préoccupation monomaniaque dans l’écriture américaine des récits de robots, la question de l’identité est balayée d’un revers de main :show, don’t tell.Alita court, ressent et tremble ; c’est par le toucher et l’exploration qu’elle trouvera sa place entre pré-détermination et conquête de son destin. La fin du film, abrupte, promet une suite à la tonalité différente. Il n’y a plus qu’à espérer un second film à la hauteur de ce pari franchement remporté.
Strasbourg est une ville plutôt dotée en solutions de transports. Mais pourtant, ses accès et routes restent engorgées de voitures et l’utilisation des modes de déplacement alternatifs reste marginale. Voici un tour d’horizon de ce qui existe… et de ce qui pourrait s’améliorer.
Pourquoi les alternatives à l’utilisation de la voiture restent marginales à Strasbourg ? La métropole s’enorgueillit du titre de capitale du vélo, elle a été parmi les premières à réinstaller un tramway dans ses rues, elle est un berceau de l’autopartage mais encore 55% de ses habitants continuent d’utiliser leur voiture pour se rendre à leur travail. Pire, pour des déplacement inférieurs à 3 km, 74% des habitants de l’agglomération optent pour leur voiture…
Lors de l’apéro des possibles de janvier sur les transports, plusieurs propositions ont été avancées pour améliorer les modes alternatifs. (Photo Emmanuel Hoff)
Lors de l’Apéro des possibles de janvier, une démarche de réflexion citoyenne et d’engagement initiée par Rue89 Strasbourg et le Crew 2038, les participants ont posé cette question des alternatives à la voiture. Et parmi les propositions qui ont circulé, quatre ont été retenues.
Comment rendre l’autopartage plus incitatif ?
Ce qui a été fait. Lors de l’Apéro de janvier, un participant a proposé la création d’un abonnement global, qui permettrait d’accéder à tous les modes de transports à Strasbourg. « Mais ça existe déjà ! » s’étrangle le P-DG du service d’autopartage Citiz, Jean-Baptiste Schmider, présent dans l’assemblée. Inauguré en 2014, le PassMobilité permet d’utiliser le réseau de transports CTS, le vélhop, le réseau Citiz et « Yea! », mais aussi les TER et les bus du réseau CTBR qui circulent dans l’Eurométropole depuis décembre 2016. Moins cher qu’une recharge mensuelle CTS en plein tarif, il s’agit cependant d’un engagement sur un an qu’il n’est pas possible d’interrompre en cas d’inutilisation. Seuls 625 personnes ont choisi cette formule.
Quant à l’autopartage à Strasbourg, Citiz, OuiCar et Drivy cumulent à eux trois une flotte de 800 voitures, dont une centaine disponibles en réservation immédiate avec les services Yea! de Citiz, et celui de son concurrent Drivy. OuiCar pour sa part se concentre sur l’autopartage entre particuliers, tout en recourant aussi à des intermédiaires qui mettent plusieurs véhicules à disposition. Les prix vont de 20 à 70 euros la journée, en fonction du modèle ou du nombre de kilomètres parcourus. Pour le P-DG de OuiCar, Benoit Sineau, le nombre de voitures disponibles est aujourd’hui suffisant pour rendre le service attractif.
« On a une flotte assez grande pour le moment. Au niveau national, on pourrait facilement tripler notre chiffre d’affaires sans augmenter le nombre de voitures disponibles. La prochaine étape reste d’améliorer l’adéquation de l’offre et de la demande. Il y a des pics de demande le week-end et dans certaines périodes comme septembre, propices aux déménagements. »
Les différentes entreprises d’autopartage cumulent 800 voitures pour Strasbourg et ses alentours. (Photo Pierre Pauma)
Ce qu’il reste à faire. André Roth de l’ASTUS (Association des Usagers des Transports Urbains de Strasbourg) a été interloqué par la faible connaissance du public sur l’offre existante :
« Aujourd’hui à Strasbourg, on a une offre relativement complète. Celui qui cherche à optimiser ses déplacements, est normalement en mesure de trouver les informations. »
Une question de réflexe à adopter ? « Il y aura toujours des irréductibles qui préféreront le confort du véhicule individuel avec l’autoradio », lâche-t-il, fataliste. Une raison d’y croire tout de même : le nombre d’abonnements au PassMobilité a augmenté de 14% entre 2016 et 2017.
Même son de cloche chez les professionnels de l’autopartage, qui se heurtent encore à quelques réflexes conservateurs. L’autopartage trouve son public, mais il encore loin d’être généralisé, constate le manager France de Drivy, Quentin Lestavel :
« Tous les citadins n’acceptent pas encore de partager leur véhicule. Il y a encore parfois un lien affectif à la voiture. On peut changer ça en apportant des garanties suffisantes, aussi bien en termes d’assurance que de fiabilité des véhicules ou des utilisateurs. »
En revanche, le covoiturage pour les courtes distances peine à trouver son public. La plateforme IDvroom, lancée par la SNCF en 2014, n’indique que trois utilisateurs à Strasbourg partageant leur véhicule régulièrement…
Pourquoi personne n’utilise les parkings relais ?
Ce qui a été fait. Il y dix parkings publics et connectés au tramway autour du centre ville de Strasbourg, 4 200 places à un prix imbattable de 4,10 euros par jour (4,60 euros pour le très demandé parking de la Rotonde), avec un ticket aller-retour pour tous les occupants du véhicule. Les résidents peuvent y abriter leur véhicule pour moins de 40 euros par mois.
Ce qu’il reste à faire. Las, avec 731 000 véhicules accueillis en 2018, ces parkings-relais restent globalement boudés, à l’exception de celui de Rotonde qui borde l’A35 et affiche un taux de remplissage élevé. Plusieurs d’entre eux connaissent des pics de fréquentation ponctuels, en fonction de leur environnement économique ou événementiel (celui des Rives de l’Aar pour la Foire européenne, ou de la Meinau pour les matches du RCS). Mais les parkings du centre-ville, malgré leurs prix, restent très prisés, les automobilistes préfèrent quand même s’ajouter aux interminables files d’attente du samedi après-midi pour une place au parking Gutenberg, à deux pas de la Cathédrale. Puisque la carotte ne marche pas, André Roth de l’Astus se demande s’il ne faudrait pas tendre le bâton :
« On peut réfléchir à privatiser les parkings de Gutenberg, en les réservant aux résidents ou aux abonnés. Je ne suis pas sûr que les commerçants approuveraient, mais cela permettrait d’attribuer plus de place aux piétons et obligerait les visiteurs à utiliser les parkings relais. »
À noter que contrairement aux parkings-relais, quasiment désertés en fin d’après-midi, certains parkings du centre-ville (Wodli, Sainte-Aurélie, Gutenberg, Tanneurs) peuvent afficher des taux de remplissage supérieurs à 50% passé 22 heures. Il reste donc la piste d’un forfait nuit, à développer pour les parkings relais…
Même avec des tarifs dissuasifs, les parkings du centre-ville restent plus sollicités que les parkings relais en périphérie. (Photo Pierre Pauma)
Passer d’un réseau de transports en étoile à un maillage
Ce qui a été fait. Historiquement, le réseau de bus et de trams de la CTS est en étoile, avec au milieu le centre-ville de Strasbourg. Mais depuis la refonte du réseau de bus au nord de l’agglomération, les transports en commun strasbourgeois ont opéré une timide évolution vers un maillage, rendant plus accessible la périphérie de Strasbourg. André Roth rappelle :
« Pour aller de Vendenheim à Mundolsheim, il me fallait 15 minutes à vélo alors qu’avec le bus, il fallait encore faire un détour par le sud, il y en avait pour 40 minutes. Depuis septembre 2018, la ligne L6 permet de faire le trajet bien plus facilement. »
De même, les lignes E et G (en tram et en Bus à haut niveau de Service) évitent la place de l’Homme-de-Fer, le centre névralgique mais ultra-saturé du réseau. Pour soulager le réseau routier d’une partie des travailleurs pendulaires, une autre ligne de bus appelée TSPO pour Transport en site propre Ouest doit relier Strasbourg à Wasselonne en 45 minutes. Mais sa mise en service est sans cesse repoussée, on parle désormais d’une mise en route en 2023. Et comme Rue89 Strasbourg le relevait déjà en 2015, la solution d’une voie dédiée, souhaitée par les usagers des transports en commun, n’a pas été retenue. Le bus circulera sur l’actuelle bande d’arrêt d’urgence, et devra cohabiter avec les voitures… Ceci alors que certains redoutent une augmentation de trafic sur cet axe avec le GCO.
Ce qu’il reste à faire. Certaines zones restent encore peu couvertes par les transports en commun. Entre les horaires aléatoires et au rythme de deux bus par heure, difficile pour les employés qui travaillent au Sud du Port-du-Rhin par exemple, d’envisager les transports en commun. Sans compter des ratés, comme l’écoquartier des Tanneries à Lingolsheim. Reste enfin à créer un réseau express régional, qui permettrait de soulager les routes strasbourgeoises de ses travailleurs pendulaires.
Tracé de la future ligne de TSPO. (document de l’enquête publique)
L’Astus suggère de rouvrir la gare de Schiltigheim. André Roth a un argument choc :
« Avec un arrêt TER aux Trois-Epis, Schiltigheim serait à 4 minutes du centre de Strasbourg. Et avec des trains passants en gare de Strasbourg, on aurait la possibilité de rallier Lingolsheim et Vendenheim en 15 minutes seulement. »
Il semble en effet paradoxal qu’il soit possible de rallier plus facilement Kehl en Allemagne grâce au réseau Sweg, que certaines villes en périphérie de Strasbourg…
En finir avec les voies cyclables dangereuses
Ce qui a été fait. Au niveau local, le collectif Vélorution et les habitants de l’avenue des Vosges ont réussi à forcer la main de la Ville. D’ici 2020, les voitures devront se pousser pour laisser place à une bande cyclable sur cette grande artère de Strasbourg. Membre actif de Vélorution, Yannick Ganne s’en félicite, même si cela reste à ses yeux une solution transitoire :
« L’idéal reste d’avoir une piste cyclable, physiquement séparée des voitures pour plus de sécurité. Mais personnellement, je trouve que c’est un bon début. S’il faut prendre de la place pour les vélos, autant la prendre aux voitures plutôt qu’aux piétons. »
Pour rappel, l’avenue des Vosges dédiait jusqu’à présent 6,70 m de trottoir aux piétons, 22,85 m de largeur à la voiture… Et rien du tout pour les vélos. Lors du Conseil municipal de novembre, les élus d’opposition se sont inquiétés des conséquences en termes de sécurité routière : la bande cyclable intervenant entre la route et des places de parkings, ils redoutent des accidents entre automobilistes quittant leur place de parking et les cyclistes.
Marquage du collectif Vélorution sur l’avenue des Vosges le 28 mai 2018. (Photo : Sophie Dupressoir / doc remis )
Quant à la cohabitation avec les piétons, Yannick Ganne apprécie la décision de la ville sur le boulevard de la Victoire : les cyclistes les plus pressés ne sont plus obligés de cohabiter sur le terre-plein central avec les piétons et les passagers qui attendent leur tram, ils peuvent emprunter la voie au côté des voitures. De quoi, espère-t-il, éviter les chocs entre piétons et cyclistes.
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Ce qu’il reste à faire. Mais comme pour les transports en commun, la continuité du réseau cyclable avec les villes voisines de Strasbourg laisse à désirer. Yannick Ganne cite notamment la ville de Schiltigheim :
« Une fois sorti de la place de Haguenau, le cycliste qui arrive à Schiltigheim se retrouve sur la route de Bischwiller, où rien n’est n’est prévu pour lui. Il doit rouler avec les voitures. [ndlr : il y a quelques mètres de piste cyclable à hauteur du parking Le Millésime]. »
Ce sera le mot d’ordre de la prochaine Vélorution : une meilleure liaison à vélo entre Strasbourg et sa banlieue (voir encadré). À l’intérieur même de Strasbourg, certains grands axes posent aussi problème aux cyclistes, avec des pistes cyclables en pointillés :
« On peut prendre la route du Polygone en exemple. En partant de Rivétoile, on a une piste cyclable qui est parfaite. Mais si on descend vers Kibitzenau, on n’a plus rien, puis un semblant de piste cyclable sur le trottoir, et de nouveau plus rien. »
Quand aux porte-vélo sur les cars, ce n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour. Certains bus en sont déjà équipés en Suisse et en Allemagne… Peut-être une option pour le TSPO, à défaut d’une voie dédiée ?
Si vous souhaitez réagir ? Vous avez d’autres solutions ? Ne les gardez pas pour vous, venez en discuter avec nous mardi 26 février, à l’occasion de notre second Apéro des possibles sur les transports.
La Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Dreal) indique dans un communiqué que les travaux de la seconde phase de la rocade Sud de Strasbourg reprennent lundi 25 février.
Les travaux débuteront avec le rétablissement de la RD84 entre Geispolsheim-village et Geispolsheim-gare et la création d’une voirie provisoire pour la RD401. Le rétablissement de la RD84 comprend notamment la création de deux carrefours giratoires (des ronds-points). À l’issue de cette phase en mai, les usagers de la RD84 franchiront la Rocade par le nouvel ouvrage d’art (OA5 sur la carte ci-dessous).
Plan de situation des travaux en cours de la rocade sud (carte Dreal / doc remis)
Afin de permettre la réalisation de la liaison entre l’A35 et la RD1083 sans gêne pour l’usager, une voirie provisoire de la RD401 sera ouverte début mai.
La circulation sur la piste cyclable qui relie Geispolsheim-village à Geispolsheim-gare reste maintenue pendant toute la période des travaux.
Un pont doit permettre d’enjamber la rocade sud et d’atteindre Geispolsheim (Photo Adrien Adloff / Doc remis)
Construction de la section courante
L’ensemble des travaux de terrassement, assainissement et chaussées de cette nouvelle section de 3 kms a été confié à un groupement composé d’Eurovia et de Colas. Ces travaux sont indépendants de ceux du Grand contournement ouest (GCO) qui ont débuté mais cette fois, au nord de l’agglomération de Strasbourg.
La mise en service de la seconde phase de la Rocade Sud de Strasbourg est planifiée à l’automne 2020. En 2018, les travaux sur cette rocade ont été marqués par la fin de l’échangeur de Geispolsheim (A35-RD400) et celui de Fegersheim (RN353-RD1083).
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Les cinémas Star et Rue89 Strasbourg vous proposent de gagner des invitations pour la projection spéciale de Wardi, un film d’animation sur l’exil palestinien qui a reçu de nombreuses récompenses, en présence du réalisateur Mats Grorud jeudi 28 février.
Le pitch
Beyrouth, Liban, aujourd’hui. Wardi, une jeune Palestinienne de onze ans, vit avec toute sa famille dans le camp de réfugiés où elle est née. Sidi, son arrière-grand-père adoré, fut l’un des premiers à s’y installer après avoir été chassé de son village en 1948. Le jour où Sidi lui confie la clé de son ancienne maison en Galilée, Wardi craint qu’il ait perdu l’espoir d’y retourner un jour. Comment chaque membre de la famille pourra-t-il aider à sa façon la petite fille à renouer avec cet espoir ?
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Dans une lettre ouverte au maire Roland Ries suite à son revirement sur les rythmes scolaires, des parents élus de l’école maternelle du Neufeld à Neudorf demandent qu’au-delà de l’organisation de la semaine, plus de moyens soient alloués aux écoles surchargées.
Ainsi donc, il suffit de hurler plus fort que les autres, de pousser les conseils d’école à se prononcer sur une question qui n’avait pas à être mise aux votes pour retourner totalement une situation.
Du temps perdu
Au terme d’une semaine fort surprenante, nous sommes plusieurs représentants de parents écœurés par l’issue de cette consultation. Nous investissons du temps, de l’énergie, nous essayons de travailler en bonne intelligence avec les enseignants pour le bien être des enfants. Tout ça pour ça.
4 jours à l’école seulement certes, mais dans quelles conditions ?(photo Pascal Bastien)
Monsieur le Maire, votre décision concernant les rythmes semble irrévocable, soit. Mais finalement, c’est presque un détail. Le fond du problème réside dans les moyens alloués à l’Éducation.
Alors, allons au bout des choses et ne participons pas à la casse de l’Éducation émanant du ministère, qui supprime des postes et précarise l’enseignement. Œuvrons réellement pour nos enfants et pour tous les enfants de la commune en leur permettant d’être réellement biens dans leur école.
4 mesures
Ce bien-être passe par des mesures « simples » comme :
une ATSEM pleinement dédiée à chaque classe en maternelle et pas uniquement en petite section,
un groupe d’ATSEM remplaçantes suffisant (1,5 équivalent temps plein pour 7 écoles sur la circonscription de Neudorf par exemple, ce qui n’est absolument pas viable),
des cantines pouvant accueillir sur le site de l’école TOUS les enfants y déjeunant sans les balader ailleurs en ville en car,
des accueils périscolaires de qualité dans toutes les écoles, dans des locaux suffisants.
Que fera le futur maire ?
Et enfin, et surtout, par des écoles en nombre suffisant pour que tous les enfants puissent travailler en groupes réduits. Pour ne parler que du quartier que nous connaissons, il semble que la Ville soit plus encline à faire construire des immeubles que des écoles. L’ouverture de la maternelle Danube ne résoudra pas à elle seule la tension pesant sur le quartier.
Monsieur le Maire, en accédant à la demande d’une partie des acteurs sur les 4 jours, vous avez sans doute permis à votre successeur ou successeure de disposer d’une certaine paix dans les écoles quand il ou elle prendra ses fonctions.
Puisque nous sommes dans des considérations très politiques, il est encore temps d’espérer que vous investirez dans l’Éducation sur le fond, en dotant correctement les écoles, en leur donnant les moyens qu’elles sont en droit d’attendre. Surtout, en nous adressant à vous aujourd’hui, c’est aussi à votre successeur que nous souhaitons adresser ce message. Les très probables candidats Robert Herrmann et Alain Fontanel restent bien silencieux sur cette question. L’avenir de nos enfants, lui, n’a que faire des couleurs politiques et des alternances éventuelles. Il mérite mieux que ce que l’on se contente de lui offrir en ce moment, sur fond d’élection municipale.
L’éducation est coûteuse, c’est un fait, mais nos enfants, et à travers eux l’avenir de notre société, le valent bien.
Hélène Both,
pour les représentants de parents de la maternelle Neufeld
Gilets jaunes, chevaux et tambours… Hautepierre a fêté mercredi son traditionnel carnaval des enfants, en toute simplicité. Une tradition rare dans les quartiers de Strasbourg, mais qui garde son importance historique à Hautepierre même si le défilé n’a plus la vigueur des années 90.
Un étonnant cortège de gilets jaunes a manifesté mercredi 20 février à travers le quartier de Hautepierre. Qu’on ne s’y trompe pas, si le fluo était le mot d’ordre du rassemblement, la petite centaine d’enfants avait pour seule revendication de fêter carnaval. Un rendez-vous devenu incontournable chaque hiver depuis dix ans pour les enfants de ce quartier de l’ouest de Strasbourg.
En dehors du défilé du centre-ville qui attire des dizaines de milliers de spectateurs venus de Strasbourg et au-delà, ce carnaval est l’un des derniers en quartier, hérité d’une tradition dès les premières années de la cité.
carnaval de Hautepierre, février 2019. (Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc)
Après les mille et une nuits et leurs paillettes l’an passé, le thème 2019 était « le dadaïsme. » « Un thème pas simple à porter jusqu’aux enfants, qui sont aujourd’hui très terre-à-terre, » confie Fanny Munsch, l’artiste plasticienne qui accompagne les accueils de loisirs et le centre socio-culturel du Galet dans la préparation de la cavalcade. « Le dadaïsme, c’est très abstrait pour eux, » confirme Anne Prudhomme, animatrice au Terrain de jeu et d’aventure, le plus ancien accueil de loisir de Hautepierre, depuis 1989. « C’est la préhistoire. Ils ne sont pas dans l’absurde, il leur faut du concret. »
Carnavail de Hautepierre, février 2019. (Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc)
Sur proposition du théâtre TJP, le carnaval de Hautepierre s’est inscrit cette année dans son opération Big Dada, pour essaimer le dadaïsme dans le paysage des habitants avant la représentation de la pièce Ça Dadajouée au théâtre de Hautepierre en avril. Pour fédérer les différents groupes d’enfants autour de ce thème abstrait, Fanny Munsch a proposé un travail sur des costumes fluorescents, l’appropriation publicitaire pour imaginer des slogans, et la figure du cheval dans un esprit dada de manifestation.
Ramenez la coupe à la maison !
À l’arrivée, chasubles fluos, casques de chantiers revisités, pancartes, têtes de cheval, et tambours étaient bien au rendez-vous. « L’année dernière, nous n’avions pas pu faire de grand tour à cause des travaux », se souvient Rosa, fidèle au rendez-vous. Une enceinte dans un chariot de courses pour la musique, et il n’en fallait pas plus pour emmener le défilé des enfants à travers les mailles, de la Maison de l’enfance jusqu’au Galet, en passant par le théâtre. À travers la maille Jacqueline, cette drôle de manifestation qui chante en cœur Ramenez la coupe à la maison attire les curieux aux fenêtres des barres d’immeubles. Avant de rejoindre le parvis du Galet où les attendent jeux et goûter, garçons et filles se lancent dans la chorégraphie de Mama Africa.
Le défilé des enfants est passé par la maille Jacqueline. (Photo : Claire Gandanger / Rue89 Strasbourg / cc)
« Je n’ai pas le souvenir qu’on fêtait carnaval ici quand j’étais petit », regrette un jeune homme revenu dans le quartier de son enfance pour admirer la fête. Pourtant, le carnaval de Hautepierre trouve ses origines dans la naissance du quartier. C’est « le premier événement » qu’ont organisé les éducateurs de rue de Hautepierre dès la fin des années 1970. L’objectif : que les habitants des différentes mailles, séparées à l’époque par des routes surélevées sans feux tricolores, apprennent à se connaitre. Des parents se constituent en collectif et donnent une dimension supplémentaire à cette fête de la fin d’hiver. Mais aujourd’hui, peu d’adultes se souviennent encore de la grande époque de ce carnaval et il faut convoquer les archives de l’Institut national audiovisuel pour en saisir l’ampleur passée.
Souvenirs des premiers carnavals
Sujet de France 3 Alsace de 1977 qui traite des premiers carnavals à Hautepierre.
Plus de 500 enfants dans les années 1990
Anne Prudhomme est animatrice au Terrain de jeu et d’aventure. Elle non plus n’a pas connu la première version du carnaval porté par les éducateurs de prévention spécialisés, la Jeep. Mais elle se souvient des folles cavalcades des années 1990, déjà organisées par le centre socio-culturel :
« On se faisait accompagner par la police municipale. On partait de la maille Eléonore et on traversait tout le quartier jusqu’à la maille Karine où un chapiteau attendait les enfants pour un grand goûter. Il pouvait y avoir jusqu’à 500 enfants qui rejoignaient le cortège progressivement au fur et à mesure du chemin. Ils déambulaient aux pieds des immeubles et les habitants leur lançaient des bonbons. Deux fois, on a confectionné des dragons géants au terrain de jeu. Une année, les adultes avaient même récupéré un camion-benne. Avec, on avait fabriqué un char en forme de planète extraterrestre. »
Peu d’images restent aujourd’hui de cette époque. Celles du TJA ont quasiment toutes disparu dans un dégât des eaux. Les quelques photos qu’Anne Prudhomme parvient à retrouver dans ses archives remontent à 2003. Au début des années 2000, le carnaval de Hautepierre s’est ensuite arrêté :
« Au bout d’un moment, la cavalcade a tourné au flicage pour les adultes qui l’encadraient. Le côté amusant s’est perdu. Elle ne consistait plus pour les gamins qu’à se ruer sur les bonbons et se battre pour les attraper. C’était devenu ingérable. Alors on a arrêté. »
carnaval de Hautepierre, février 2019. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)
Cantonné aux voies piétonnes
Depuis sa reprise il y a une dizaine d’années, le carnaval se cantonne aux voies piétonnes et aux trottoirs. Aujourd’hui, le quartier a changé depuis sa rénovation, avec des larges trottoirs et pistes cyclables, ainsi que le prolongement du tram. Un défilé de l’ampleur des années 1990 n’est plus envisageable, explique l’animatrice :
« La police ne souhaite plus accompagner le carnaval. Une véritable déambulation stopperait la circulation du tram. Mais cette année elle est quand même plus importante que l’an passé quand on restait simplement dans la maille Catherine autour du Galet. Dans les années folles, il y avait une liberté beaucoup plus importante, personne ne craignait rien. Et puis il y avait beaucoup de friches encore autour des immeubles construits : tout y était possible. Aujourd’hui, dans le contexte des attentats, il faut sécuriser le parvis pour rassembler les enfants. C’est une autre époque… »
Mardi, le groupe belge qui a repris l’usine GM de Strasbourg avait fait une nouvelle proposition de reprise d’une usine près de Bordeaux. Mais Ford Motor Company l’a rejetée mercredi.
Ford Blanquefort et graffitis (Photo XR / Rue89 Bordeaux)
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Pour sa troisième édition, le Pelpass Festival prévoit à nouveau d’ambiancer le printemps strasbourgeois, en squattant un coin du jardin des Deux-Rives. Voici le détail d’une programmation très éclectique et haute en couleurs. Parmi les nouveautés : trois créations en duo appelées « versus » et une programmation étoffée pour la « militente », grâce à un peu plus d’espace.
Démarré comme une célébration, les dix ans de l’association, le Pelpass Festival a trouvé sa place dans le coeur et les oreilles des Strasbourgeois, aux beaux jours du printemps et juste avant l’été, dans l’écrin du jardin des Deux-Rives. Le rendez-vous s’est installé et pour sa troisième édition, du jeudi 16 au samedi 18 mai, le festival propose une programmation très diverse, du rap à la techno, en passant par des instants rock ou complètement foutraques.
Directeur artistique, Jérémie Fallecker avoue que les choix qui ont guidé la programmation du Pelpass sont très subjectifs :
« Il s’agit d’une compilation de gens dont on suit les travaux depuis longtemps, certains qu’on a fait venir parce qu’ils brillent grâce à des disques impeccables et pour d’autres, on a profité de créneaux dans leurs tournées. On a essayé d’arranger tout ça sans vouloir ranger les groupes dans des cases, mais avec une prime à la créativité et à la découverte. »
Des créations et un peu plus de place
Du coup, aucun des trois soirs n’est spécialisé dans un genre musical en particulier. Sans grosse tête d’affiche, le festival parie sur le plaisir des Strasbourgeois de se retrouver autour de musiques qui vont les emmener vers des territoires nouveaux, avec l’appui de bonnes bières (Météor, Perle) et d’une restauration locale et saine.
Une bonne partie des groupes programmés viennent de Strasbourg ou du Grand-Est. Pour pimenter un peu tout ça, Pelpass a inclut quatre créations dans le dispositif, des rencontres entre deux formations aux univers proches mais pas identiques, appelées « Versus. » Il y aura Nautilus Vs Albinoïd Sound System, Les Garçons Trottoirs Vs Les Bredelers, Ian Caulfield Vs Flo Chmod et Schnack Vs Cheap House. Pour chacune de ses créations, les groupes disposeront d’un temps de résidence, à l’Espace Django, au Pré’O d’Oberhausbergen ou aux studios Mascaron de Deaf Rock.
La programmation du Pelpass Festival 2019
Autre nouveauté : le camping sera installé de l’autre côté du chemin d’accès au festival, ce qui permettra de déplacer la « Militente » un peu plus à l’écart. L’endroit accueillera une programmation plus étoffée et plus indépendante du reste du festival que les années précédentes. Elle est assurée en partie par Lord Cumbia, qui clôturera le festival.
Présentation des artistes présents le jeudi 16 mai (vidéo Pelpass / YouTube)
Jeudi 16 mai
Dope D.O.D (Hip Hop // Pays-Bas) Révélé en 2011 grâce à leur clip What Happened, Dope D.O.D. ne cesse depuis de faire grandir sa réputation. Explosant les vues sur YouTube, faisant gronder les scènes des plus grands festivals d’Europe (Rock en Seine, Le Printemps de Bourges, Les Eurockéennes, Dour, The Great Escape, Paleo, Sziget) et enchaînant les featurings avec les plus grands noms – dans le hip hop ou ailleurs –, les membres du groupe ne semblent jamais s’arrêter, nous gratifiant environ tous les ans d’un nouvel album ou EP.
Tha Trickaz Cloud City (vidéo YouTube)
Tha Trickaz (Tricknology // Paris). Présent depuis plus de 10 ans sur la scène électronique, Tha Trickaz est composé de Pho de Dirtyphonics et Dj iRaize de Tha New Team. Après plus de 200 dates dans le monde lors des 5 dernières années, des remixs officiels pour Chinese Man, Cassius ou encore Wax Tailor, le groupe a sorti un 3eme album en 2017 intitulé « Cloud City », un projet en téléchargement gratuit sur leur propre label « Otodayo Records » incluant des collaborations avec ‘Dope DOD’ ou encore ‘ETC!ETC!’. Cet album illustre bien leur vaste univers, hybride et puissant aux influences Bass music, Trap et Hip Hop, mêlant orchestres et bandes son cinématiques.
DJ Kentaro (Beatmaker // Tokyo), le maestro de la platine japonais, a fait passer l’appréciation de la musique dans tous les genres à un autre niveau et a réussi à dépasser les attentes de ses fans. DJ, producteur, scratcheur, guitariste, il est devenu le premier champion du monde d’Asie lors de la finale mondiale DMC en 2002. Dj Kentaro rejoindra Tha Trickaz sur scène pour un set exceptionnel.
Baloji l’hiver indien (vidéo Bella Union Inc / YouTube)
Baloji (rap // Belgique // RDC) est poète, auteur-compositeur, acteur, performeur, réalisateur et styliste. Après l’album Hôtel Impala (2008), sa version congolaise (Kinsasha Succursale/2011) auréolé de 4 étoiles par la presse mondiale (NY Times, Guardian, El Pais, les Inrocks…) et une tournée de plus de 260 concerts à travers le monde. Sa musique se présente à la croisée de la musique africaine, de la chanson française, du rap, de la musique afro-américaine (soul, funk, jazz) découverte à travers la culture hip hop et le sampling ; et de la musique électronique (trance et deep house) dont le Limbourg et la région de Liège (Belgique), où il a grandi, est l’un des berceaux.
Notilus Vs Albinoïd Sound System (Electro-afro-jazz // Strasbourg). La rencontre entre des machines et des instruments, entre le jazz et l’afrobeat du Lagos des années 70. Notilus et Albinoïd Sound System vont explorer les confins de la musique électronique pour délivrer une musique hybride dansante et implacable, aussi organique que synthétique où les percussions et les cuivres se mèlent aux machines.
Drame à la Route du Rock 2016 (vidéo YouTube)
Drame (no wave // Tours) Retour en arrière : fin 2015, Drame sortait un premier album « improvisé » de rock psyché sans guitare (ou de techno sans boite à rythme si on préfère) qu’ils allaient défendre non-stop sur scène. Tout terrain, le groupe a fait une pause le temps d’enregistrer son deuxième album, en formation plus resserrée cette fois-ci (une batterie, une basse et deux synthés). Toujours instrumental, le groupe est encore une fois parti d’improvisations pour enregistrer ce deuxième album, dans lequel la joie de jouer ensemble s’entend sur chaque morceaux.
Binidu (Weird pop // Tours // Nantes) réunit Vincent Dupas, Jérôme Vassereau et Jean-Baptiste Geoffroy. Leur collaboration est une randonnée qui a débuté dans des pâturages verdoyants et ensoleillés pour aller plus loin avec le temps, au cœur des montagnes couronnées d’orage. Un chemin sinueux de batterie et de guitare, entouré de roches qui font écho au torrent de la voix. Une musique d’endurance…
Ispolin (Chant Bulgare & Beat de ouf // Strasbourg). La légende bulgare raconte que les «Ispolin» , des géants qui peuplaient la Terre avant les hommes, conversaient d’une montagne à l’autre, grâce à leur voix puissante. Les géantes miniatures du trio du même nom insufflent à des morceaux centenaires l’air contemporain qu’elles respirent. Trois voix de femmes pour une ôde au chant traditionnel bulgare.
Awards (Weird Hi-Pop // Tours) Dignes descendants de Devo et des Talking Heads avec qui ils partagent le goût pour les ambiances sautillantes et bubble gum, le français Funken a la production et le MC canadien Thesis Sahib influencé par le hip-hop underground californien (Busdriver, Freestyle Fellowship) ont eu la bonne idée d’unir leurs forces respectives pour nous faire tourner la tête avec des titres à la joie communicative. Alternatif Hip-hop avec confettis !
Rubin Steiner DJ set (Electro-Disco-Weird Electronics // Tours). « On ne sait jamais de quoi sera fait le nouvel album de Rubin Steiner » est la phrase répétée inlassablement depuis les débuts discographiques de Frédéric Landier, musicien autodidacte qui ne cesse de jouer depuis le début des années 2000 avec les codes de la musique pour danser, électronique ou non. Associé à la French Touch depuis ses débuts sans pourtant n’avoir jamais fait le moindre morceau house ou techno «conventionnel», Rubin Steiner s’est toujours défendu d’appartenir à une chapelle et a malgré tout réussi l’exploit de se renouveler à chaque album, sans jamais arrêter de tourner depuis plus de quinze ans, que ce soit en live avec son groupe ou en DJ.
DJ Mute, alias Cécile Roque (doc remis)
DJ Mute (Electro-Techno // Strasbourg). DJ Mute, alias Cécile Roque bien connue des Strasbourgeois, est issue de la charismatique association Sens Inverse, sa musique est un pastiche de toutes les musiques électroniques actuelles, véritable exercice de style pour l’oracle de jadis, qui voyait dans chaque vol de décibels son futur envol et l’annonce de tempos meilleurs. Et ils sont arrivés : entre des sonorités électro-techno, des beats en provenance de mouvances éparses se glissent, flirtant entre kuduro, dubstep, breakbeat, parsemés de tic-tac binaire et de mots chuchotés. De Paris à Berlin, on se rappelle encore de cette curieuse apparition…
Itaho (Techno-House-UK // Strasbourg). Nouvelle Dj de la scène strasbourgeoise, ITAHO vous transportera à base de sons techno / House directement sortis des tréfonds de la musique UK.
Un résumé des artistes présents le vendredi 17 mai (vidéo Pelpass / YouTube)
Vendredi 17 mai
Josman (Rap FR // Vierzon). À l’heure où le rap tend à s’orienter vers des sonorités plus ouvertes et bénéficie d’un public toujours plus nombreux, Josman fait figure de leader de cette jeune génération : totalement décomplexée et hyper productive qui emmène le rap français vers de nouveaux horizons. Avec un style, un flow et une authenticité qui marquent dans le paysage rap français, Josman rappe son quotidien. Dans ses textes il est question de weed, d’argent, de femmes, de doutes, de temps qui passe. L’histoire de notre génération, avec les termes de notre génération.
O.B.F feat Charlie P. (Dub // Fr – UK). GhettoCycle, c’est la bande son de la vie de Charlie P, mise en musique par O.B.F. Se retrouver en studio avec Charlie P et Rico d’O.B.F revient à plonger sa tête dans un accélérateur de particules lancé à pleine vitesse. Remuants, hyperactifs, bosseurs, le MC de Southend et le plus warrior des soundsystems français ne tiennent littéralement pas en place. Leur créativité fonctionne en continu: riddims, mélodies, paroles, concepts de clip et autres élucubrations fusent à toute vitesse. Ces traits de caractère communs leurs permettent de proposer des collaborations explosives, autant sur scène qu’en studio.
Danger 4h30, live at Nouveau Casino (vidéo EkleroShock / YouTube)
Danger (Electronic – Cold Pop // Paris) « Quand j’étais enfant, j’ai grandi seul devant un ordinateur. C’est là que j’ai appris la musique, à jouer à des jeux vidéo et regarder des rediffusions sans fin de dessins animés et d’émissions de télévision américaines. La télévision m’a abrité quand j’étais seul, m’a nourri des mythologies d’Hollywood. Cela m’a guidé à travers des pays sans nom, avec elle j’ai abattu des colosses et gravi des montagnes. J’ai prêché ses croyances. Mais quand j’ai grandi, tous mes héros sont morts. »
Cyril (Drone // Genève) De tous les Cyril qu’enfanta la Cité de Calvin à l’orée des années 80, ces deux-là devaient fatalement se trouver. Deux Cyril comme deux âmes dizygotes dont les aléas ont hâté la rencontre. Cyril Cyril. Guitariste et accordéoniste, Cyril Y. adopte le banjo. Il y greffe des pédales d’effet qui ont tôt fait de le muer en bouzouki malingre, en saz épique, en lyre d’Addis. Cyril B, lui, recompose une batterie de cuisine cannibale, sertissant sa grosse caisse modèle fanfare de grelots maousses et de noix tropicales.
Mes Souliers Sont Rouges – Non que j’aime donc (vidéo YouTube)
Mes Souliers Sont Rouges (Chanson // Basse Normandie) « Je me souviens, » la devise du Québec, résonne particulièrement pour ces virtuoses du recyclage, artisans de la musique durable que le public n’oublie pas. Ces normands ont du mettre du viking dans leurs chansons ! Quelque chose de rock’n roll qui a épaté les américains du Tennessee en 1994. Après 5 saisons en formation pionnière Mes Souliers Sont Rouges accélèrent le pas. Le groupe folk le plus alternatif se régénère avec de nouvelles collectes de terroirs. Musiciens alchimistes, bien de leur temps, ils auront tôt fait de donner le tempo à de nouveaux succès populaires.
Ian Caulfield Vs Flo Chmod (Punk pop // Reims Vs Strasbourg). Entre guitares grunge et dream-pop, Ian Caulfield, petit protégé de The Shoes rencontre Flo Chmod qui évolue avec son projet folk en solo après une carrière dans le punk. Cette rencontre Reims / Strasbourg promet un savoureux mélange allant du punk à la pop en passant par le grunge.
Les Garçons Trottoirs Vs Les Bredelers (Chanson punk // Nancy Vs Strasbourg). Puissance scénique et textes ciselés, les Garçons Trottoirs font danser les publics. Vêtus de kilts pour rendre hommage à leurs ancêtres, les Bredelers cherchent à tout prix à remettre la culture et la langue alsacienne au goût du jour. Entre chanson française et celti-punk alsacien, ça va taper du pied !
Rickolus (Pop // Jacksonville Beach) a eu sa première guitare à l’âge de 7 ans, et connaissait tous les morceaux du répertoire de Ritchie Valens à l’âge de 8 ans. Il a appris le piano seul, tout comme Bach. Il a enregistré un album par jour pendant 13 ans, dans une cabane verte. Ça fait 4748 albums. La plupart d’entre eux ne sera jamais écoutée par personne. Il a écrit « Coyote and Mule », qui a signé son retour à l’enregistreur 4 pistes de sa cabane verte, et “Troubadour », double album ode à sa femme et son mariage.
Ours Samplus (Beatmaker // Lille) propose un univers musical qui se suffit à lui-même sur le plan instrumental tant les inspirations viennent de toutes parts. Avec une base résolument hip-hop viennent s’ajouter des inspirations issues de la black music comme le jazz, le swing, la soul et les sonorités chaudes qui leur sont propres. Mise en relief par M.A.O. et de l’électro posée, le rendu final apporte une touche de fraîcheur sur ce qui se fait en beatmaking.
Saligo (Beatmaker // Strasbourg). Champion de France Beat 4 Battle 2018, cofondateur du collectif Streetorama et membre des crews de Mc’s / Beatmakers Le Vers 2 Trop, The 13 Looters, Tour De Manège et Little Mind Beats. Dj officiel du Rappeur Davodka. Lire le portrait que Rue89 Strasbourg avait consacré à Saligo en août 2018.
DJ Cerk (Beatmaker // Mulhouse), surnommé Cerky, est dj et beatmaker. Il collabore à partir de 2007 avec différents rappeurs, devient membre fondateur du groupe de rap Artcore State Of Mind ; groupe avec lequel il sillonne la France de bars en salles de concert jusqu’au Printemps de Bourges. Il collabore également avec de nombreux rappeurs tels que Vald, Nepal, Georgio et bien d’autres…
Résumé des artistes du samedi 18 mai (vidéo Pelpass / YouTube)
Samedi 18 mai
Kokoroko (Afrobeat // Londres). Kokoroko est un jeune groupe d’Afrobeat basé à Londres et dirigé par la trompettiste Sheila Maurice-Gray. ils jouent la musique qu’ils aiment, avec laquelle ils ont grandis avec leurs parents. Inspirés par Fela Kuti, Ebo Taylor, Tony Allen et les superbes sonorités de l’Afrique de l’Ouest, ils ont construit un show pour honorer les maîtres qui leur ont appris. Ils proposent un son trépidant alimenté par des cuivres, un doux mélange entre racines ouest-africaines et teintes londoniennes
Asher Roth (Rap US // Morrisville, USA). « Quelques années après s’être fait connaitre avec son single « I Love College », il a fait un choix radical : il a ‘rebooté’ sa carrière. Au revoir les majors, bonjour la liberté. Il rejoint le label indépendant Federal Prism Records et enregistre une poignées de morceaux avec les Blended Babies. Dix tout ronds ont été gardés pour RetroHash, qui n’est autre que l’anagramme de son nom-prénom. Asher et les Blended Babies ont mélangé tout plein de genres : le rap, le blues, le pop/folk comme le confirment le single « Pot of Gold» , « Keep Smoking » (feat Chuck Inglish) et « Fast Life » (feat Vic Mensa), avec une chouille de disco désertique. » (Chronique Sagihiphop)
La Dame Blanche – Esa Noche (vidéo Wakan Tanka Records / YouTube)
La Dame Blanche (Hip Hop Cumbia // Cuba). Avec son mélange explosif de hip hop, cumbia, dancehall, reggae, la chanteuse, flûtiste et percussionniste cubaine La Dame Blanche, délivre un son puissant et irrésistible, où s’invitent les esprits. Derrière ce personnage, inspiré de légendes du monde entier, aussi présent dans la santeria cubaine, se révèle Yaite Ramos Rodriguez, fille de Jesus «Aguaje» Ramos, directeur artistique de l’Orquesta Buena Vista Social Club. En 2018, elle revient avec Bajo el Mismo Cielo son 3ème album un disque de connexions, accueillant de nombreux invités. Une grande fête musicale et rutilante !
Karpatt – Les encombrants (vidéo YouTube)
Karpatt (Chanson // Paris). Pour le 5eme album « sur le quai » sorti en 2012, le groupe revient à ses origines et repart en trio avec des chansons énergiques tendres ou drôles. Le son est acoustique mais le propos hautement énergétique. Le 6e album «Angora» né d’une belle tournée en Amérique Centrale est sorti le 22 avril 2016. « Valparaiso », leur 8ème album sortira courant 2019.
Flamingods (Psychedelic – Exotic – Noise – Rock // UK). Flamingods est un groupe de 4 musiciens multi-instrumentalistes et multi-culturels venant de Bahreïn et d’Angleterre et formé en 2010.
Le groupe met l’accent sur l’exploration et l’expérimentation, sous l’influence de différentes cultures du monde entier grâce à une vaste collection d’instruments du Népal, de Thaïlande, d’Indonésie, de Turquie, du Japon ou de Tanzanie…
Nihiloxica (Afro/Techno Fusion // Kampala, Uganda). Spooky-J et PQ détournent le Nilotika Cultural ensemble pour naviguer vers des horizons techno chargés d’obscurité. Alors que la musique ougandaise chante habituellement les bons côtés de la vie, Nihiloxica vous invite à une plongée dans des abîmes sans fond. À travers un projet live qui associe l’état de transe des percussions bagandaises aux profondeurs de la culture électronique européenne, ses six membres s’unissent pour achever le même objectif : que personne n’en revienne.
Schnack VS Cheap House (Electro Post Rock Techno // Strasbourg). Schnack, trio de rock pour tes oreilles et Cheap House, groupe de techno instrumentale strasbourgeois s’allient pour proposer un set dansant à base de kick sur tout les temps, disto à gogo et bpm élévés. 2 batteries, 2 basse, 1 guitare, 1 clavier et 1 saxophone, ça promet de faire du bruit !
June Bug (Rock Psyché Anti-Folk // Lille). Très égoïstement, Sarah June a d’abord écrit pour se trouver ellemême, et n’avoir de compte à rendre à personne. Manque de bol, son univers sincère et décalé a aussi résonné pour les autres. June Bug se forme et se transforme au fil des rencontres en un projet espiègle, une musique bricolée de samples, de profondeur et de folie, comme un bonbon sucré d’enfants, bien plus acide qu’il n’en a l’air, où l’on fait vibrer les percussions comme on joue avec les émotions, et l’on triture les guitares comme on punit les mauvais garçons.
a.P.A.t.T. Yes, that’s positive… (vidéo YouTube)
a.P.A.t.T. (Fun with Music // Liverpool) Le retour glamour du collectif mixte de Liverpool aux références démence ; de ABBA à ZAPPA pour une nouvelle, belle tournée européenne : Oui ! a.P.A.t.T. c’est une performance physique et comique d’échangisme multi-intrumentaliste sans répis ! 1 heure de folie jolie = DANCE-PARTY AVANT-POP PROG-JAZZ POSTMUSIQUES !
Effy (Techno // Strasbourg) Dans ses sets, Effy mélange des basses lourdes avec des rythmes dansants, des textes badass et un petit brin de trash. On y retrouve des influences de baile funk, de batida, de grime, rap, dancehall, garage, miami bass, uk funky, cha3bi… Les vrai.e.s savent, quoi.
Lord cumbia (Cumbia // Strasbourg) Karl Ferdinand alias Lord Cumbia, distille une musique tropicale et déviante, alliant la tradition aux nouvelles technologies afin de propulser les dancefloors sur la planète Global Bass. Lord Cumbia à partagé la scène avec Dengue Dengue Dengue, Sauvage FM, Banana Split, Rafael Aragon, Anakronic Electro Orkestra, Radiobomb, Freestyle from the Arsonists, Dope D.O.D, Boris Viande et bien d’autres encore !
Boucan (Afro Caribbean Club Culture // Besancon) Né de la rencontre entre DJ Mellow et Rob Da Noize, Boucan est un concept construit autour de ce qui animent nos deux lascars, les beats du turfu tout droit sortis des ghettos africains et caribéens, en passant par l’Amérique latine comme les favelas du brésil où s’entremêlent flows bouillants et grosses basses groovy made in London…
Gan Gah (North African Groove // Bruxelles) Nourri aux rythmiques traditionnelles Gnawa et Berbères depuis son enfance dans les faubourgs d’Agadir, Gan Gah est un jeune producteur
et DJ désormais basé à Bruxelles. Proposant un astucieux mélange entre Club Music et musiques traditionnelles d’Afrique du Nord, son premier EP “Souktronics”est une déclaration d’amour à ses racines marocaines et à la musique électronique moderne qui risque bien de faire beaucoup de bruit sur les pistes de danse du monde entier ! Vous avez dit Moroccan Bass ?
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
France Bleu Sud-Lorraine rapporte qu’une librairie indépendante d’Épinal, « Le quai des Mots », a porté plainte contre Amazon pour concurrence déloyale. Isabelle Colin, la gérante de l’établissement, combat des casiers destinés aux livraisons d’Amazon, installés juste en face de sa librairie.
Les librairies sont en première ligne du combat pour la défense des petits commerces contre le géant américain de la distribution, aux pratiques sociales brutales et aux pratiques fiscales déplorables. Ce combat se déroule sur le terrain de la communication, en essayant d’orienter les choix des consommateurs. Mais pour la première fois, cette librairie d’Épinal peut physiquement éprouver l’invasion d’Amazon dans son environnement immédiat.
Les casiers Amazon ont été installés sur l’emprise de la gare d’Épinal (Photo Othree /FlickR / cc)
Cette série de casiers, au bénéfice exclusif d’Amazon, ont été installés sur l’emprise de la gare d’Épinal. La librairie aura donc du mal à s’y opposer et c’est pourquoi l’action juridique tente de cibler le respect des impératifs liés aux bâtiments historiques. Selon l’avocat de la librairie, l’aval de l’architecte des bâtiments de France n’a pas été sollicité. Mais quelque soit l’issue de cette action, la gérante de la librairie espère réveiller les consciences quant aux conséquences de choix de consommation sur Internet.
Dans la soirée du 20 février, le président de la République a annoncé la dissolution du groupuscule identitaire Bastion Social. Cette mesure, annoncée devant le Conseil représentatif des instances juives de France, vise trois associations qui « promeuvent la haine ou appellent à l’action violente. »
Le Bastion Social sera bientôt dissout. Dans la soirée du 20 février, le Président de la République a annoncé cette mesure devant le Conseil représentatif des instances juives de France (Crif). Emmanuel Macron se devait de réagir face à la croissance des actes antisémites sur le sol français : + 74% pour l’année 2018, selon le ministère de l’Intérieur. Suite à l’indignation provoquée par l’agression verbale du philosophe Alain Finkielkraut et la profanation du cimetière juif de Quatzenheim, le chef de l’Etat a souhaité renforcer la lutte contre les groupuscules identitaires :
« J’ai aussi demandé au ministre de l’Intérieur d’engager des procédures visant à dissoudre des associations ou groupements qui par leur comportement nourrissent la haine, promeuvent la discrimination ou appellent à l’action violente : Bastion Social, Blood and Honour Hexagone et Combat 18 pour commencer. »
A gauche, Steven Bissuel, ex-président du Bastion Social et condamné l’été dernier pour incitation à la haine raciale. A droite, Valentin Linder, actuel président du groupuscule identitaire. (Capture écran)
Dès l’inauguration du bar identitaire, le trésorier du groupuscule était impliqué dans une agression à caractère raciste. Quelques mois plus tard, des militants identitaires rouaient de coups quatre jeunes étudiants. Leur tort ? Ils venaient d’arracher des affiches prônant la préférence nationale. L’ultradroite locale avait assumé ces violences dans un communiqué invoquant la légitime défense.
Plus récemment, ces adeptes du nationalisme-révolutionnaire ont surfé sur la vague des Gilets jaunes. Le 12 janvier dernier, plusieurs membres du Bastion Social entretiennent le face à face avec les forces de l’ordre. Trois jours plus tôt, un militant du groupuscule était condamné à quatre mois de prison avec sursis pour « entente en vue de commettre des violences ou des dégradations. »
Un bastion de l’antisémitisme
L’accointance du Bastion Social avec l’antisémitisme ne fait aucun doute. Son ex-président, Steven Bissuel, a été condamné incitation à la haine raciale en août 2018. Le jour du 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz, le Lyonnais écrit sur Facebook : « Joyeux anniversaire Auschwitz. 70 ans de business ça commence à faire. » Lors d’une perquisition à son domicile, la police trouve des cartes postales à l’effigie d’Adolf Hitler, de la Wehrmacht, et des chants à la gloire de la Panzerdivision.
L’été dernier, le Bastion Social a tenu sa première université d’été. Les participants portaient tous un T-Shirt vert à l’effigie de François Duprat. L’ancien numéro 2 du Front National est connu pour ses thèses négationnistes. Il a oeuvré à la diffusion d’ouvrages à la gloire du nazisme et d’une brochure intitulée « Six millions de morts, le sont-ils réellement ? »
Un antisémitisme en recrudescence en Alsace
Pendant un an, le nationalisme et ses penchants xénophobes avaient un local au calme à Strasbourg. Au cours de cette période, plus d’une dizaine d’actes antisémites ont été commis sur le sol alsacien, contre trois l’année précédente. Lors de l’Acte 12 des Gilets jaunes, des manifestants ont proféré des insultes à l’encontre de membres de la communauté juive.
À plusieurs reprises, des militants antifascistes ont attaqué la vitrine du local identitaire. Ces dégradations ont poussé le propriétaire des lieux à mettre fin au bail du groupuscule, fin 2018. Depuis le 17 février, les membres du Bastion Social strasbourgeois occupent illégalement une maison alsacienne dans la commune d’Entzheim.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Faut-il une loi pour rendre illégales les expressions d’antisionisme, souvent prétextes à l’antisémitisme ? Pour l’avocat strasbourgeois Antoine Matter, la jurisprudence indique clairement que ce serait inutile.
Suite à plusieurs agressions et manifestations d’antisémitisme, certains députés ont trouvé LA solution miracle pour lutter contre ce fléau : faire une loi pour pénaliser l’antisionisme !
En effet, Sylvain Maillard, député et président du groupe de travail ayant planché sur la question, nous indique :
« La haine d’Israël est une nouvelle façon de haïr les juifs (…) Dire “mort à Israël”, ça veut dire “mort aux juifs.” (…) En utilisant le vocable de sioniste, [certains] pensent pouvoir éviter la justice. »
Il y a deux idées qui émergent de son propos. La première est que l’antisionisme peut servir de prétexte à l’antisémitisme : certaines personnes se réfugient derrière la critique d’Israël pour masquer leur haine des juifs. C’est en effet un phénomène qui est reconnu par de nombreux sociologues.
La deuxième idée, c’est que certains croient pouvoir échapper à la justice en criant leur haine d’Israël plutôt que de faire une allusion directement antisémite. Sous-entendu, la loi actuelle ne permettrait pas de sanctionner quelqu’un qui se sert de l’antisionisme pour cacher son antisémitisme.
Lors d’une manifestation contre la politique d’Israël en 2014 aux Etats-Unis (Photo Rodrigo Cilla / FlickR / cc)
L’arsenal législatif actuel est déjà adapté
Le problème, c’est que c’est tout simplement faux. En effet, l’arsenal législatif actuel est déjà parfaitement adapté pour détecter les propos antisémites cachés derrière une critique prétendument politique.
On peut citer par exemple un jugement du tribunal de grande instance de Lyon (TGI Lyon, 6e, 18-01-2007, n° 0564976) concernant un universitaire et homme politique à qui on reprochait d’avoir émis des doutes sur l’existence des chambres à gaz. Si l’antisionisme n’était pas au cœur des débats, le jugement contient tout de même un paragraphe très intéressant sur la question :
« Si les motivations des négationnistes peuvent être diverses, le tribunal estime cependant que l’évocation explicite des intérêts de l’Etat d’Israël par le prévenu, véritable poncif de la rhétorique négationniste (…) donne aux propos une indéniable coloration antisémite quelles que soient les « finasseries » d’antisémitisme recyclé en antisionisme et les inversions de postures. »
En d’autres termes, le tribunal estime que dans beaucoup de cas, l’antisionisme sert à recycler l’antisémitisme, auquel cas il doit être sanctionné. En l’espèce, le prévenu a effectivement été condamné à une peine de trois mois d’emprisonnement avec sursis et 5 000 € d’amende, ainsi qu’à des dommages et intérêts au profit des parties civiles. Certes, la condamnation portait sur la négation ou la banalisation du génocide des juifs, soit une infraction bien spécifique, et non pas sur des propos se revendiquant antisionistes.
Même lorsque l’auteur prend soin de cibler le sionisme
Examinons alors ensemble une autre décision encore plus éclairante, rendue par la cour d’appel de Paris (CA Paris, 11e, B, 02-04-2009, n° 08/00017). Dans cette affaire, il était cette fois question d’une personne qui était poursuivie pour avoir publié des propos racistes. Les propos en question figuraient dans un article publié sur internet et intitulé « Désionisation » évoquant plusieurs personnalités riches et influentes qualifiées de « sionistes », assimilant le sionisme à un « cancer de l’humanité » et prétendant que les sionistes étaient responsables de l’esclavage des noirs.
En défense, le prévenu avait effectivement tenté de jouer sur la distinction entre antisionisme et antisémitisme. Il indiquait notamment que « plusieurs décisions judiciaires, notamment de la Cour de Cassation, font bien la distinction entre l’antisémitisme et l’antisionisme, en qualifiant le sionisme de mouvement politique, et ont justement considéré qu’était licite la critique de l’idéologie du sionisme ».
Que nous dit la Cour en réponse ? Ceci :
« Considérant qu’ il est admis tant par la loi que par la jurisprudence nationale ou européenne que des critiques puissent être émises sur la politique menée par les États et sur l’idéologie qu’elle sous-tend ;
qu’il n’est pas sérieusement contestable qu’en l’espèce, le terme de « sionisme » employé par Monsieur X (…) ne peut être compris, dans son acception strictement politique et idéologique, comme se rapportant au courant politique né à la fin du XIXe siècle et visant à l’établissement de l’État d’Israël ;
qu’en se référant aux textes fondateurs du judaïsme pour dénoncer l’origine et la planification de l’esclavage, en désignant « les hommes de confession juive » qui se seraient livrés à la castration systématique des hommes noirs, en énumérant, pour illustrer les « grandes dynasties d’esclavagistes sionistes qui ont fait fortune grâce au sang qu’ont versé les Noirs… « des noms patronymiques dont le lecteur comprend qu’ils sont révélateurs d’une même origine, Monsieur X ne dénonce pas un groupe de personnes à raison de l’idéologie qu’il véhiculerait et de la suprématie politique qu’il exercerait, étant observé qu’il n’est fait aucune allusion dans le texte au conflit palestinien, mais une communauté humaine à raison de sa religion ou de son origine ; que le prévenu dénature donc délibérément le sens habituel du mot « sioniste » pour stigmatiser en réalité la communauté juive dans son ensemble ; »
Pour le dire plus simplement : on a le droit de critiquer la politique d’un État et l’idéologie d’un gouvernement, mais quand la critique se transforme en stigmatisation d’une communauté en jouant sur les mots et les amalgames, on se rend coupable de racisme. Le prévenu a été ici condamné à huit mois d’emprisonnement avec sursis.
Faire confiance aux magistrats
On le voit, la loi actuelle permet donc aux tribunaux de différencier la critique politique légitime des manifestations de haine à l’égard d’une communauté. Les magistrats sont suffisamment intelligents pour faire la part des choses. La nouvelle loi évoquée par Sylvain Maillard est donc inutile. D’ailleurs, même Emmanuel Macron ne s’y est pas trompé, puisqu’il s’est prononcé contre cette proposition.
Une telle loi semble même dangereuse et pourrait mettre à mal l’équilibre actuel, qui autorise la critique politique. En effet, elle pourrait permettre à certains de poursuivre en justice toute personne qui s’aventurerait à critiquer la politique de l’État d’Israël, ou de la qualifier d’antisémite sans risquer d’être poursuivi en diffamation.
Ce genre d’initiatives ne fait donc pas avancer les choses. La lutte contre l’antisémitisme est une chose trop importante pour être réduite à des lois pénales toujours plus mal ficelées, et qui mettraient en plus la liberté d’expression en danger.